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Full text of "Guide musical; revue internationale de la musique et de theâtres lyriques"

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GiVEN   By 


J^KUip    Ha\<.  . 


NTERNATIONALE  HEBDOMADAIRE 


DIRECTEUR-REDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE     KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR   EN    CHEF 

HUGUES     IM  BERT 

Rue  Beaiirepaire.  33,  Paris 

N.  Le  KiME,    SECRÉTAIRE- ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 
5E5H5HErE5H5H5H5H5HSH5H5H5H5H5H5H5H 

Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten — Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

J.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  dl  IIartog 

N.  Liez  -  I.  Will 

Dr  Dwelsh.^uwers  —  Ernest  Closson 

Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

J.  Freson  —  J.  Brunet  —  A.  Wilford 

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à  Paris,  à  la  Librairie  Fischbacher 
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40"  ANNÉE 


i"  Janvier  18 


NUMERO  1 


SOMMAIRE 

Hugues  Imbert  :  I.  Emmanuel  Chabrier. 

—  II.  La  première  de  Gwendoline  à  Paris. 
Marcel  Remy  :  I.  Les  Concerts  historiques 

des  Chanteurs  de  Saint-Gervaîs. 

—  II.  La  reconstruction  de  l'Opéra-Comique. 
Maurice  Kufferath  :  Bach  et  Marcello  au 

Conservatoire  de  Bruxelles. 
J.  Brunet  :  La  reprise  de  Sigurd  au  théâtre 
de  la  Monnaie. 

dironiquf  bc  In  Stmotnc  : 

Paris,  Bruxelles,  Concerts  divers  et  petites  nouvelles. 

CorrtBponbancts  : 

de  Berlin,  Leipzig,  Anvers,  Gand,  Tournai,  Liège, 
Hasselt,  Amsterdam,  Reims. 

Nouvelles  diverses. 
Bibliographie.  —  Nécrologie. 

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EN  vente  ,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  FEouyer; 
Office  de  Publicité,  rue  de. la  Madeleine,  et  chez  les 
principaux  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,   33,   rue   de    Seine  ;  librairie  Flammarion. 

—  A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Hfertel,  i5,  Oxford 
Street  ;  Schott  et  C°,  Régent  street,  iSy-iSg.  —  A  Leipzig  : 
Ottojunne.  —  A  Strasbourg  :  librairie  Ammel.  —  A 
Amsterdam,  Algemeene  Musikhandel,  Spui,  3.  —  A  La 
Haye,  Belinfante  frères. — A  Liège  :  M"""^  veuve  Muraille, 
rue  de  l'Université.  —  A  Anvers:  M.  Forst.pjace  de  Meir. 

—  A  Gand  :  M'™  Beyer.    —  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit. 

—  A  Genève  :  Ad.  Henn,  5,  rue  Grenus.  —  A  Madrid  : 
Martin,  édit.,  4,  Correo.  — A  St-Pétersbourg  :  R.  Viollet. 

—  A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Mexico  :  N.  Budin.  — 
A  Montréal  ;  La  Montagne,  éditeurs  de  musique. 

Le  numéro  :  40  centimes. 


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LE  GTRBE  MUSICAL 


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70 


So 


70 


70 


70 


JULES   PAINPARE 

Inspecteur  des  musiques  de  l'armée 
Ex-chef  de  luusiçiue  du  6=  régiment  d'infanterie 

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XfE  ©UIDE  fliUSICAL 


PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


Bruxelles,  le  i"  janvier  1894. 


EMMANUEL  CHABEIEE 


u  physique  de  petite  taille, 
mais  d'assez  forte  corpulence, 
les  yeux  vifs  à  fleur  de  tête, 
le  front  très  développé;  —  au  moral, 
d'une  amabilité  ouverte  à  tout  venant, 
gai,  plaisant  avec  un  gros  rire  bon 
enfant,  souvent  relevé  d'une  pointe 
malicieuse,  Emmanuel  Chabrier,  bien 
qu'ayant  commencé  fort  tard  à  pro- 
duire, s'est  taillé  une  personnalité  dans 
le  monde  musical.  Enfant  de  l'Au- 
vergne, il  est  né  à  Ambert  (Puy-de- 
Dôme),  le  18  janvier  1842.  Après  avoir 
passé  ses  jeunes  années  dans  cette 
jolie  vallée  de  la  Dore,  au  milieu  des 
sites  pittoresques  de  l'Auvergne,  il 
vint  en  i856  à  Paris  terminer  ses 
études  et  suivre  les  cours  de  droit.  En 
1862,  il  entra  au  ministère  de  l'inté- 
rieur; mais  il  n'eut  jamais  un  fervent 
amour  pour  la  paperasserie  et  profita 
de  la  latitude  qui  lui  était  donnée  pour 
se  livrer  à  l'étude  du  clavier.  C'est 
dans  le  milieu  artistique  où  il  vécut 
alors  qu'il  développa  ses  aptitudes 
pour  l'art  musical,  qui  commençait  à 
le  passionner.  Bach,  Mozart,  Beetho- 
ven, Schumann,  Berlioz  étaient  ses 
auteurs  préférés  ;  il  se  livrait  avec  la 
plus  vive  inclination  à  la  composition 
qu'il  étudiait  avec  Semet,  l'auteur  de 
Gil  Blas,et  Aristide  Hignard.  En  187g, 
il  abandonna  la    carrière  administra- 


tive, qui  ne  pouvait  qu'entraver  ses 
études  musicales.  B'uir  la  routine,  le 
séjour  de  l'ennui,  pour  entrer  à  pleines 
voiles  dans  le  rêve  éthéré  de  la  poésie  ! 
Quelle  joie,  quel  moment  d'ivresse!  Il 
habite  d'abord  les  Batignolles,  puis  la 
rue  Mosnier.  Dans  son  appartement 
commencent  à  flamboyer  les  œuvres 
impressionnistes  des  Manet,  Sisley,  Re- 
nouard,  Helleu D'une  grande  affa- 
bilité et  avec  une  conversation  pleine 
de  verve,  éclatant  en  saillies  impré- 
vues, E.  Chabrier  avait  su  attirer  chez 
lui  nombre  d'artistes  et  d'amateurs. 
Quelles  exécutions  musicales!...  C'était 
au  printemps;  les  fenêtres  du  petit 
entre-sol  de  la  rue  Mosnier  étaient 
ouvertes  à  deux  battants;  aussi  le 
public  s'amassait-il  pour  ouïr  les  mélo- 
dies s'envolant  à  tire  d'aile. 

Entre-temps  Chabrier  avait  résumé 
toutes  ses  impressions  de  joyeuse  jeu- 
nesse dans  un  petit  opéra  bouffe  en 
trois  actes,  VEtoile,  qui  fut  joué  avec 
succès  au  théâtre  des  Bouffes-Pari- 
siens. Mais  ce  n'est  qu'en  1881  que 
Chabrier,  grâce  à  Lamoureux,  qui  se 
l'attacha  pour  diriger  les  chœurs  et 
préparer  avec  lui  les  exécutions  des 
œuvres  de  Wagner,  s'inféoda  aux  théo- 
ries de  ce  maître.  L'ambition  le  saisit 
;  alors  à  la  gorge;  il  redoubla  d'ardeur 
et   joua   des    coudes    en   vrai    fils    di  ~ 


LE  GUIDE  MUSICAL 


l'Auvergne.  Tout  en  menant  active- 
ment les  répétitions  de  Tristan  et  Iseult, 
il  travaillait  à  Gwendoline  et  faisait 
exécuter  aux  concerts  Lamoureux 
Espana,  cette  composition  orchestrale 
d'une  verve  endiablée,  où  les  cordes, 
par  de  frénétiques  pizzicati,  les  casta- 
gnettes, par  leur  entre  choquement 
rapide,  nous  peignent  une  Espagne 
prise  sur  le  vif.  En  i855,  M™^  Brunet- 
Lafleur  interprétait  aux  concerts  La- 
moureux la  Sulamite,  morceau  pour 
soprano,  chœur  et  orchestre,  sur  des 
paroles  de  Richepin.  Le  lo  avril  i885, 
le  théâtre  royal  de  la  Monnaie  donnait 
la  première  représentation  de  l'opéra 
Gwendoline  sur  un  poème  de  Catulle 
Mendès,  qui  devait  être  monté  posté- 
rieurement et  également  avec  une  en- 
tière réussite  sur  le  théâtre  de  Carls- 
ruhe,  sous  la  direction  de  l'éminent 
chef  d'orchestre  Félix  Mottl.  Le  Roi 
malgré  lui,  sur  un  livret  de  E.  de  Najac 
et  P.  Burani,  où  l'on  sent  en  maint 
endroit  des  qualités  de  premier  ordre, 
surtout  au  point  de  vue  de  l'orchestra- 
tion, a  été  joué  pour  la  première  fois 
sur  la  scène  de  l'Opéra-Comique,  le 
i8  mai  1887  et  a  été  arrêté  en  plein 
succès  par  le  terrible  incendie  qui 
détruisit  le  théâtre  de  la  place  Favart. 
En  dehors  des  œuvres  que  nous 
avons  citées,  on  pourrait  encore  signa- 
ler les  Pièces  pittoresques  pour  piano 
réunies  en  un  seul  volume  ;  Valses 
romantiques  pour  deux  pianos  à  quatre 
mains  ;  une  Fantaisie  pour  cor  et  piano  ; 
A  la  niîisiqtie,  chœur  pour  voix  de 
femmes  et  soprano,  composé  en  vue  de 
l'inauguration  de  la  maison  d'un  ami 
mélomane,  Jules  Griset,  œuvre  d'une 
coloration  charmante,  qui  fut  exécutée 
au  Conservatoire,  sous  la  direction  de 
Paul  Taffanel,  le  2g  janvier  1893,  etc. . 
Chabrier    possède  en    portefeuille   un 


opéra  Brise'is,  sur  un  livret  de  Catulle 
Mendès;  c'est  un  travail  des  plus 
importants  que  l'auteur  cisèle  avec 
amour. 

En  avril  1892,  Catulle  Mendès  a 
fait  une  conférence  intéressante  sur 
l'œuvre  d'Emmanuel  Chabrier.  Il  a  su 
indiquer  quel  vigoureux  musicien, 
rempli  de  fougue,  de  verve,  de  per- 
sonnalité et  de  fantaisie  est  l'auteur 
d'Esparia,  de  Gwendoline.  On  a  entendu 
plusieurs  pages  verveuses,  telles  que  : 
Improvisation,  Sons  Bois,  Bourrée  fan- 
tasque, morceaux  pour  piano  exécutés 
par  M.  Risler;  un  Credo  d'amour  dit 
par  Engel,  des  fragments  de  Gwendo- 
line, chantés  par  M™'=  Leroux-Ribeyre, 
—  et  enfin,  dans  la  note  gaie  et  bouffe, 
qui  laisse  entrevoir  un  des  côtés  très 
caractéristiques  du  talent  de  Chabrier, 
la  Ballade  des  gros  dindons  et  la  Pasto- 
rale des  cochons  roses,  finement  dites 
par  Fugère. 

En  mars  1893,  M.  Bertrand,  direc- 
teur de  l'opéra,  écrivait  à  Emmanuel 
Chabrier  : 

Mon  cher  maître  et  ami. 

Je  suis  très  heureux  de  vous  donner  une  bonne 
nouvelle  qui,  j'espère,  hâtera  votre  guérison. 

Gwendoline,  votre  belle  œuvre,  que  Paris  devrait 
avoir  entendue  depuis  longtemps,  sera  représentée, 
cette  année,  à  l'Opéra. 

Rétablissez-vous  bien  vite,  afin  de  venir  vous- 
même  diriger  les  études. 

Croyez  à  mes  sentiments  dévoués. 

E.  Bertrand. 

Les  répétitions  de  Gwendoline  à 
l'Académie  nationale  de  musique  ont 
été  menées  à  bien.  La  première  repré- 
sentation de  cet  opéra  a  eu  lieu  avec 
le  plus  vif  succès  mercredi  27  dé- 
cembre i8g3. 

Chabrier  est,  avec  Vincent  d'Indy  et 
Gabriel  Fauré,  un  des  membres  les 
plus  influents  de   la  Société  nationale 


LE  GUIDE  MUSICAL 


de  musique.  Ses  œuvres  y  ont  été 
exécutées  fort  souvent. 

Nous  avons  dit  que,  romantique  en 
musique,  il  était  impressionniste  en 
peinture.  Mais  son  charmant  apparte- 
ment de  l'avenue  Trudaine  ne  contient 
pas    que   les    toiles    flamboyantes    de 

Manet,  de  Renoir,  d'Helleu On  y 

découvre  un  dessin  vivement  enlevé  de 
Détaille,  représentant  le  compositeur 
lui-même  au  piano,  attaquant  le  cla- 
vier avec  tant  d'impétuosité  que  les 
notes,  telles  que  la  mitraille  s'échappant 
du  canon,  s'envolent  dans  un  mouve- 
ment vertigineux  pour  aller  frapper  le 
plafond  et  les  murs  de  l'appartement. 

Sa  littérature  n'est  pas  moins  origi- 
nale que  sa  musique.  En  voici  un 
échantillon  qui  nous  était  adressé  par 
lui  le  17  novembre  1892. 

Mon  cher  ami, 

C'est  très  curieux  vraiment  la  vie  !  Ce  sont  sur- 
tout les  plus  anciens  amis  que  l'on  ne  voit  jamais  ; 
Hugues  Imbert,  Camille  Benoit,  Edouard  MouUé, 
Claude  Monet,  Fantin-Latour...  C'est  dégoûtant 
et  d'où  cela  vient,  on  n'en  sait  rien.  Et,  quand  on 
se  rencontre  et  qu'on  se  souvient  qu'on  s'est  tant 
vu,  on  se  regarde  un  peu  bêtement;  on  a  l'air 
d'avoir  des  regrets.  Enfin  tu  es  toujours  rue  Beau- 
repaire  et  dans  la  littérature  et  bien  portant.  Tu 
ne  t'es  pas  marié,  tu  n'as  pas  d'enfants,  tu  es  seul, 
tu  es  ton  maître,  tu  as  une  rude  veine,  maintenant 
que  ton  parti    est  pris  de  rester  garçon. 

Nous  t'envoyons  nos  bonnes  amitiés. 

Ton  vieux  camarade, 
Emmanuel  Chabrier 

L'auteur  de  Gwendoline  appartient  à 
cette  catégorie  d'esprits  très  prime- 
sautiers  entrés  sur  le  tard  dans  la  vie 
de  production  artistique,  se  dépensant 
beaucoup  pour  regagner  le  temps 
perdu,  se  souciant  peu  ou  prou  de 
l'Ecole,  poursuivant  avec  ténacité  leurs 
tentatives,  doués  d'une  imagination 
vive  et  débordante,  et  créant,  «  sans 
trop  se  dégoûter  d'eux-mêmes  et  de 
leurs  œuvres  »,  par  cette  raison  qu'ils 
ont  mis  dans  ces  œuvres  tout  leur  cœur. 


toute   leur  science,   et    qu'ils    les    ont 
choyées  avec  amour. 

Hugues    Imbert. 


(âwendolii^e 


Opéra  en  trois  actes  Poème  de  M.  Catulle  Mendès. 
Musique  de  M.  E  Chabrier.  Première  représentation 
à  l'Académie  nationale  de  musique,  le  mercredi  27  dé- 
cembre 1893. 


oici  encore  un  opéra  et  non  des 
moins  bons  d'un  compositeur  fran- 
çais qui  a  vu  pour  la  première  fois 


le  feu  de  la  rampe  sur  une  scène  étrangère. 
C'est  un  baptême  qui  porte  bonheur  :  Hé- 
rodiade,  Sigurd,  Salammbô,  Werther,  après 
avoir  été  exécutés  au  delà  des  frontières, 
sont  venus  reconquérir  dans  leur  pays 
d'origine  la  place  qui  leur  était  due. 

Gwendoline  a  été  donnée  pour  la  première 
fois,  à  Bruxelles,  sur  le  Théâtre  royal  de  la 
Monnaie,  le  lo  avril  i885,  sous  la  direction 
de  Joseph  Dupont.  Plus  tard,  elle  fut 
montée,  le  3o  mai  1889,  sur  le  théâtre  de 
Carlsruhe  et,  le  20  novembre  1890,  à  Mu- 
nich. Le  public  et  la  presse  ont  fait  à 
l'œuvre  le  plus  chaleureux  accueil.  Le 
riche  coloris  de  la  musique,  l'étonnante 
puissance  de  l'orchestre,  l'originalité  des 
idées  ne  pouvaient  que  frapper  vivement 
les  auditeurs.  On  a  dit  que  c'était  l'œuvre 
d'un  wagnérien.  Oui,  certes,  Emmanuel 
Chabrier  est  inféodé  aux  théories  wagné- 
riennes  ;  il  a  été  vigoureusement  pris,  sub- 
jugué par  la  maîtrise  du  génial  compositeur. 
Il  a  contribué  au  succès  de  Tristan  et  Iseult 
en  donnant  un  concours  des  plus  actifs  à 
M.  Charles  Lamoureux,  lorsque  ce  dernier 
fit  exécuter  d'importants  fragments  de  ce 
drame  lyrique  dans  les  concerts  organisés 
par  lui  au  théâtre  du  Château  d'Eau.  Mais 
son  admiration  pour  Richard  Wagner  n'a 
nullement  influencé  sa  manière  de  penser 
en  musique.  Il  n'a  été  ni  un  servile  imitateur, 
ni  un  plagiaire,  ayant  par  devers  lui  un 
fonds  déjà  riche  et  dans  lequel  il  n'avait 
qu'à  puiser  pour  nous  donner  des  œuvres 
primesautières.  S'il   a  adopté  les  grandes 


LE  GUIDE  MUSICAL 


lignes  du  maître  allemand,  c'est  que  sa 
nature  y  était  portée  ;  mais  vous  ne  trou- 
verez dans  Gwendoline  aucune  page  rappe- 
lant, au  point  de  vue  mélodique,  le  faire  de 
Richard  Wagner.  La  personnalité  du  com- 
positeur se  dégage  très  nettement. 

Nous  n'étions  pas  inquiet  sur  ce  point. 
Ce  qui  nous  préoccupait,  c'était  la  difficulté 
qu'avait  pu  avoir  l'auteur  d'Espana  à  réa- 
gir contre  des  tendances  naturelles  à 
l'opéra  bouffe.  De  joviale  humeur,  il  avait 
eu,  dès  sa  prime  jeunesse,  la  note  comique 
très  accusée,  aussi  bien  dans  sa  conversa- 
tion et  sa  correspondance  émaillées  de 
drôleries  que  dans  telle  ou  telle  de  ses 
compositions. 

Emmanuel  Chabrier  a  su  mettre  entière- 
ment à  part  et  éviter  cette  verve  rabe- 
laisienne dans  les  œuvres  sérieuses  comme 
Gwendoline  ;  sa  muse  a  pris  le  masque  tra- 
gique. Il  a  accordé  sa  lyre  à  un  diapason 
très  élevé.  Toute  l'œuvre  a  été  écrite  dans 
l'esprit  de  la  nouvelle  école  dramatique 
musicale. 

Voici  les  grandes  lignes  du  drame  ima- 
giné par  le  poète  de  M.  Catulle  Mendès. 

L'action  se  passe  au  huitième  siècle,  sur 
les  côtes  de  la  Grande-Bretagne.  Dès  le 
lever  du  rideau,  apparaissent  aux  fenêtres 
des  habitations,  sur  les  hauteurs,  dans  les 
sentiers,  filles  et  garçons,  se  livrant  gaî- 
ment  à  divers  travaux.  C'est,  au  matin,  le 
réveil  de  la  ferme.  Tous  chantent  l'aube 
vermeille  et  l'apparition  du  soleil.  Gwendo- 
line, fille  du  vieux  Saxon  Armel,  encourage 
tout  son  monde,  envoyant  les  filles  aux 
champs,  les  garçons  à  la  mer.  Mais  elle  est 
triste,  songeant  aux  Danois,  qui  menacent 
son  pays.  Dans  un  rêve,  elle  a  vu  un  Danois 
l'emportant  sur  son  vaisseau.  Ses  compa- 
gnes la  plaisantent;  leurs  douces  railleries 
ne  la  rassurent  pas.  «  Les  entendez-vous, 
dit-elle,  les  barbares  aux  cheveux  roux!  » 

Ils  arrivent,  en  effet  :  on  perçoit,  au  loin, 
leurs  cris  sauvages  :  «  Eheyo  !  Eheyo  !  » 
Ils  pourchassent  les  Saxons,  alors  que  les 
femmes  eft'rayées  se  cachent  dans  la  mai- 
son d'Armel.  Le  chef  danois,  Harald,  de- 
mande à  ce  dernier  de  lui  livrer  son  or,  ses 
moissons  ;  si  non,  il  brûlera  et  mettra  à 
sac  tout  le  pays.  Le  vieillard  refuse  ;  sa  tête 
tomberait  immédiatement  si  Gwendoline, 


apparaissant  subitement,  ne  se  jetait  aux 
genoux  d' Harald,  implorant  la  grâce  de 
son  père.  La  douce  et  blonde  jeune  fille 
subjugue  le  barbare.  Il  est  si  complètement 
maîtrisé,  le  rude  héros,  qu'il  demande  la 
main  de  sa  fille  au  vieil  Armel.  Gwendoline, 
elle  aussi,  s'est  prise  à  aimer  le  Danois. 
Elle  sera  son  épouse  ;  mais  les  noces  ne 
seront  qu'une  embûche.  Pendant  le  festin, 
les  Danois  quitteront  leurs  armes;  ils  seront 
ivres  et  sans  défense.  Les  Saxons  pourront 
les  exterminer. 

Au  deuxième  acte,  la  scène  représente 
la  chambre  nuptiale,  décorée  de  peaux  de 
bêtes,  de  cuivres.  Armel  est  rêveur,  morne, 
nerveux,  pendant  qu'au  loin  se  fait  entendre 
le  chœur  nuptial  des  filles  saxonnes.  Il  s'en- 
quiert  si  ses  ordres  ont  été  exécutés;  il 
donnera  aux  envahisseurs  l'hospitalité  du 
tombeau.  Les  filles  saxonnes,  couvertes  de 
leurs  plus  belles  parures,  les  Saxons  et  les 
Danois,  ces  derniers  sans  armes,  entrent 
en  scène,  célébrant  les  vertus  et  les  grâces 
des  fiancés.  Armel  bénit  Harald  et  Gwen- 
doline ;  mais,  à  cette  dernière,  il  remet  un 
couteau,  avec  lequel  elle  frappera  l'époux 
dans  son  sommeil.  Gwendoline,  qui  adore 
le  jeune  barbare,  le  prévient  du  complot 
tramé  contre  lui  et  les  siens.  Harald  refuse 
d'y  croire  ;  mais,  au  milieu  de  ses  trans- 
ports amoureux,  éclatent  dans  les  salles 
inférieures  des  cris  de  détresse.  Il  reçoit 
des  mains  de  Gwendoline  le  couteau  que 
lui  avait  donné  Armel  et  se  précipite  au 
secours  de  ses  soldats  et  amis. 

La  lutte  continue  au  troisième  acte,  dans 
un  site  farouche  et  couvert  de  roches,  près 
des  bords  de  la  mer.  Sur  une  élévation  de 
terrain,  un  vieux  tronc  d'arbre  à  moitié 
rompu.  Au  loin,  on  distingue  les  voiles 
rouges  et  les  proues  des  vaisseaux  danois. 
Les  Danois  sont  en  déroute  ;  ils  traversent 
la  scène  poursuivis  par  les  Saxons  :  c'est 
un  combat  désespéré,  corps  à  corps.  Pen- 
dant que  les  Saxons  chassent  et  tuent  à 
travers  les  roches  leurs  ennemis,  Harald, 
blessé,  se  dirige  vers  la  hauteur  et  s'accule 
au  tronc  d'arbre.  Contenu  par  les  serviteurs 
d'Armel,  Harald  est  frappé  par  ce  dernier, 
qui,  mortellement  touché,  ne  tombe  pas 
encore.  C'est  alors  que  Gwendoline,  éper- 
due, accourt,  se  précipite  vers  son  amant, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


7 


saisit  l'arme  qu'il  a  dans  la  main  et  se 
frappe.  Derrière  les  rochers,  les  nefs  des 
Danois  sont  en  feu;  l'incendie  est  immense. 
La  hauteur,  où  meurent  enlacés  Harald 
et  Gwendoline,  resplendit  d'une  lueur 
étrange. 

La  partition  de  Gwendoline  est  haute  en 
couleur,  d'une  grande  intensité  d'expres- 
sion ;  le  caractère  des  personnages  est 
rendu  avec  une  vérité  surprenante,  Harald 
surtout,  ce  barbare  aux  cheveux  roux,  ce 
farouche  qui  se  laisse  subjuguer  par  la 
douce  et  blonde  fille  d'Armel.  Le  Leitmotiv 
y  apparaît  avec  une  grande  netteté  ;  mais 
si,  en  cela  et  en  d'autres  points,  Chabrier 
est  un  disciple  de  Wagner,  il  ne  repousse 
pas  les  chœurs,  duos,  épithalame,  etc.... 
La  mélodie,  lorsqu'elle  apparaît  et  se 
dégage  d'une  orchestration,  malheureuse- 
ment trop  surchargée,  trop  riche  pour  ainsi 
dire,  coule  de  bonne  source.  La  recherche 
est  parfois  excessive  et  amène  des  licences, 
des  audaces  qui,  surtout  dans  les  voix, 
nuisent  plutôt  qu'elles  ne  servent  à  l'expan- 
sion de  l'œuvre. 

Tout  le  monde  artiste  connaît  l'ouver- 
ture, jouée  avec  succès  aux  Concerts  La- 
moureux  et  écrite  avec  un  brio  étonnant; 
le  début,  avec  son  rythme  persistant,  sur 
lequel  vient  se  greffer  une  phrase  langou- 
reuse empruntée  à  un  air  de  Gwendoline, 
est  remarquable;  la  conclusion,  un  peu 
bruyante,  est  moins  heureuse.  Au  premier 
acte,  on  peut  citer  la  légende,  d'un  caractère 
rêveur  et  poétique,  à  laquelle  les  réponses 
du  chœur  donnent  un  attrait  particulier,  — 
le  Chant  des  Epées,  d'une  belle  sonorité;  la 
scène  très  impressionnante  dans  laquelle 
Harald,  à  la  vue  de  Gwendoline,  s'arrête 
éperdu  et  fasciné,  —  puis  la  phrase  si  bien 
venue,  si  remplie  d'émotion  d'Harald  «  Peut- 
être  l'heure  était  venue  »,  qui  a  valu  à  l'in- 
terprète, M.  Renaud,  une  véritable  ovation, 
—  et  enfin  le  duo  de  la  séduction  entre 
Harald  et  Gwendoline,  plein  de  contrastes 
heureux,  d'effets  piquants  d'orchestre  et  où 
se  trouve  la  mélodie  déjà  populaire  :  «  File, 
file  la  belle  blonde  » . 

Le  second  acte  c'est  V épithalame,  page 
absolument  superbe,  digne  d'un  maître, 
dans  laquelle  les  chœurs  tiennent  une  place 
prépondérante;  peut-être  aurait-elle  gagné 


à  être  exécutée  dans  un  mouvement  moins 
lent.  Il  y  aurait  encore  à  citer  dans  cet  acte 
des  épisodes  pleins  de  caractère,  notam- 
ment le  chœur  étrange  et  sauvage  des 
Danois  chantant  dans  les  salles  inférieures. 

Le  dernier  acte  est  fort  court  ;  pour  nous 
il  est  pénible.  La  faute  n'en  est  pas  au 
musicien,  mais  au  poète,  qui  a  manqué  de 
mesure  en  donnant  une  agonie  si  désespé- 
rément lente  à  Harald  et  à  Gwendoline, 
pendant  que  le  vieil  Armel  gémit,  sans 
chercher  à  porter  secours  à  sa  fille.  C'est 
un  effet  dramatique  absolument  invraisem- 
blable. 

M.  Renaud  (nous  ne  surprendrons  per- 
sonne) s'est  merveilleusement  incarné  dans 
le  personnage  d'Harald  ;  son  bel  organe  a 
eu  tour  à  tour  du  charme  et  de  la  puissance. 
M.  Vaguet  s'est  tiré  beaucoup  mieux  qu'on 
ne  pouvait  l'espérer  du  rôle  d'Armel.  Quant 
à  M"'=  Berthet,  elle  est  une  Gwendoline 
suffisante.  Les  chœurs  n'ont  pas  toujours 
chanté  juste;  l'orchestre  a  été  fort  bien 
dirigé  par  M.  Mangin. 

Hugues  Imbert. 


Concerts  bistoriques  des  Cbanteuvs  be 
Saint=0ervals 


"y-A  seconde  séance  de  musique  historique 
-^^  donnée  par  les  Chanteurs  de  Saint-Ger- 
vais,  avec  le  concours  de  M"«s  Gramaccini  et 
Fournier,  de  MM.  Engel,  Auguez,  Gigout  et 
Diemer,  ainsi  que  de  l'orchestre  d'Harcourt,  ne 
présentait  pas  moins  d'intérêt  que  la  première. 
Cette  fois,  l'audition  était  consacrée  aux  auteurs 
du  xvu=  siècle. 

Un  fragment  d'une  messe  de  Lotti,  Cruci- 
fixus,  d'une  noblesse,  d'une  largeur  émou- 
vantes, avec  ses  harmonies  retardées,  ses  frois- 
sements de  demi-tons  est  d'un  modernisme 
achevé,  l^e. Hodie Christus  de  Nanini, ravissant 
mais,  à  cause  de  son  cachet  angélique  et  puéril, 
gagne  à  être  entendu  dans  une  atmosphère, 
d'église,  avec  plus  de  lointain.  UAdoranius  de 
Corsi  est  un  peu  lourde,  mais  d'harmonie  pré- 
coce ;  et  VAssumpta  e^/ d'Aichinger,  est  d'une 
élégance,  d'une  légèreté  aérienne.  Deux  pièces 


LE  GUIDE  MUSICAL 


d'orgue  admirables  de  Frescobaldi,  que  M.  Gi- 
gout  a  jouées  avec  tact,  poésie  ;  c'était  bon 
d'entendre  l'orgue  constamment  dans  la  note 
discrète,  dans  les  jeux  doux,  si  bien  en  situa- 
tion avec  la  grâce  mélancolique  de  Frescobaldi. 
Puis  deux  fragments  de  la  Symphonia  sacra 
de  Schutz,  duos  dialogues  chantés  par  MM. 
Engel  et  Auguez,  d'une  expression  singulière- 
ment vivante  sous  leur  forme  rigoureuse. 

Dans  la  musique  de  cour  ou  de  chambre, 
un  madrigal,  Cygne  d'argent  de  Gibbons,  un 
peu  froid,  quoique  d'une  coupe  élégante. 

La  Serenata  de  Stradella  nous  a  paru  moins 
intéressante,  malgré  deux  an  s  (allegro  et  presto; 
d'un  joli  mouvement  léger.  La  ritournelle  qui 
sépare  ces  deux  airs,  est  d'un  rythme  binaire 
dans  une  mesure  ternaire,  curieux  pour  l'épo- 
que. M""  Gramaccini  a  chanté  cette  Serenata 
avec  un  peu  trop  d'affectation,  déplacée,  à  notre 
avis,  dans  une  œuvre  qui  n'est  pas  de  la  pé- 
riode de  décadence. 

Signalons  le  triomphe  de  M.  Diemer  dans 
des  pièces  célèbres  de  Couperin,  qu'il  rend 
avec  une  grâce  exquise  sur  le  clavecin  si  habi- 
lement reconstitué  de  la  maison  Pleyel. 

La  partie  théâtrale  a  été  un  peu  écourtéepar 
suite  de  l'indisposition  d'un  interprète. 

L'air  de  Roland  de  Lully  a  été  chanté  avec 
autant  de  feu  que  d'intelligence  par  M.  Engel, 
qui  a  dit  ensuite  un  duo  très  curieux  avec 
M™*^  Gramaccini.  Ce  duo,  extrait  de  la  Ro- 
saura,  opéra  semi-serieux  de  Scarlatti,  contient 
des  oppositions  de  style,  une  observation  de 
caractères,  qui  sont  la  base  de  l'opéra  moderne; 
on  est  très  étonné  de  retrouver,  si  loin  de  nous, 
une  telle  précision,  une  telle  souplesse. 

La  séance  s'est  terminée  par  un  chœur 
superbe  extrait  du  King  Arthur,  opéra  de 
Purcell.  Ce  chœur,  qui  date  pourtant  de  1691, 
présente  une  analogie  accentuée  avec  certains 
chœurs  de  Hsendel,  sonneries  de  trompettes, 
rudesse  de  rythme_,  disposition  large  et  claire 
de  l'harmonie.  Il  était  précédé  d'une  Passa- 
caille  avec  chœur,  bien  intéressante  par  le  tra- 
vail serré  des  différentes  périodes  sur  un  thème 
de  «  basso  ostinato  ». 

La  prochaine  audition  comprendra  Bach  et 
Hsendel.  Marcel  Remy. 


£a  reconstructton  J>e  r®péra=(Iomigue 


/^N  reconstruit  l'Opéra-Comique  !  Telle  est 
^-^  l'invraisemblable  nouvelle  qui  courait  les 
journaux  ces  jours  derniers.  D'abord,  on  a  cru 
à  une  manœuvre  de  Bourse  ou  à  l'expédient 
d'un  gazetier  désireux  de  faire  monter  le  tirage 
de  sa  feuille.  Mais  les  journaux  d'informations 
répétaient  la  nouvelle,  donnaient  des  détails  : 
on  aurait  vu  des  ouvriers,  des  échelles,  une 
mise  en  train,  etc. 

La  chose  ainsi  présentée  demandait  une 
enquête  sérieuse  et  ne  pouvait  laisser  indiffé- 
rents les  lecteurs  du  Guide  Musical. 

A  leur  intention  et  surmontant  un  effroi  bien 
naturel,  nous  nous  sommes  transporté  solen- 
nellement à  l'endroit  désert,  désolé  où,  préten- 
dent de  savants  assyriologues  à  besicles,  —  et 
cela  est  contesté  du  reste,  —  s'élevait  jadis  le 
temple  de  l'art  musical  éminemment  national  : 
campos  iibi  Troja. 

Après  de  minutieuses  investigations,  nous 
avons  pu  jeter  un  regard  profane  dans  l'en- 
ceinte sacrée  par  une  fente  de  la  palissade  im- 
pénétrable. 

Qu'avons-nous  vu  ?  Rien  d'abord,  si  ce  n'est 
la  végétation  tropicale  (beaucoup  trop  même) 
qui  se  prélasse  sur  les  ruines,  sûre  de  l'impu- 
nité et  des  droits  acquis. 

Puis,  habituant  notre  œil  aux  reflets  des 
boîtes  a  sardines  et  des  tessons  de  porcelaine, 
qui  émaïUent  cette  prairie  urbaine,  nous  avons 
distingué,  —  sous  réserve  de  berlue, —  un  vague 
échafaudage  qui  escalade  les  pignons  des 
maisons  voisines,  restées  debout  après  l'in- 
cendie. 

A  quoi  tend  ce  cérémonial  ?  On  se  perd  en 
conjectures.  Vont-ils  reconstruire  en  commen- 
çant, comme  les  Chinois,  par  le  toit?  Ce  ne 
serait  que  conséquent  avec  les  chinoiseries  dont 
la  quesdon  de  reconstruction  a  été  entourée. 
Ou  bien  veut-on  consolider  les  ruines?  Ce  serait 
prudent.  Ou  encore  l'échafaudage  est-il  élevé 
par  une  agence  de  publicité  qui  veut  placer 
des  tableaux-réclames  sur  les  panneaux  impro- 
ductifs de  ces  immeubles  ?  C'est  là  le  plus  vrai- 
semblable. 

Constatation  déplorable,  l'effet  de  la  nou- 
velle a  été  nul.  Les  Parisiens  sont  restés  froids. 
Ingrats  mélomanes. 

Cela  les    laisse  indifférents  ;  ils   s'étaient  si 
bien  habitués  à  se  priver  du  nécessaire. 
Alors  ?  Si  on  ne  le  reconstruisait  pas  ? 

M,  R. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Bach   et  O^arcello 

AU  CONSERVATOIRE  DE  BRUXELLES 


'T-^ien  intéressante  et  instructive  la  juxtapo- 
"•-^  sition  du  Magnificat  de  Bach  et  du 
Psaume  XVIII  de  Marcello,  au  dernier  con- 
cert du  Conservatoire  de  Bruxelles.  M.  Ge- 
vaert  excelle  dans  la  composition  de  pro- 
grammes de  ce  genre,  offrant  à  l'auditeur  des 
pièces  capitales  de  grands  maîtres,  en  qui 
l'on  peut  dire  que  se  résument  les  aspirations 
souvent  très  diverses  d'une  même  époque  et 
l'esthétique  particulière^de  races  différentes. 
La  renaissance  italienne  est  tout  entière  dans 
l'admirable  Psaume  de  Marcello,  et  l'on  a  toute 
l'étonnante  richesse  harmonique  de  l'art  alle- 
mand dans  le  Magnificat  de  Bach.  Les  deux 
oeuvres  sont  contemporaines,  toutes  deux  du 
commencement  du  xviii<=  siècle.  Et  combien 
différentes,  cependant,  pour  le  fond  et  pour  la 
forme  !  Ici,  l'extraordinaire  efflorescence  du 
contrepoint  enroulant  ses  fines  arabesques,  ses 
surprises  harmoniques  autour  de  chants  d'une 
profondeur  idéale  de  sentiment  ;  là,  la  clarté  de 
la  ligne  mélodique,  le  charme  souverain  de  la 
voix  humaine,  une  curieuse  recherche  de  l'effet 
extérieur,  pittoresque  et  un  sens  dramatique 
saisissant.  C'a  été  pour  les  délicats  une  jouis- 
sance esthétique  incomparable. 

Le  Magnificat  est  l'une  des  œuvres  capitales 
de  Bach,  elle  date  de  la  pleine  maturité  de  son 
génie.  Bach  l'avait  composé  en  1723,  pour  les 
fêtes  de  la  Noël,  et,  dans  sa  forme  primitive, 
entre  les  différentes  parties  du  Magnificat  pro- 
prement dit,  s'intercalaient  des  chants,  airs  et 
chorals  composés  sur  des  paroles  allemandes 
s'appliquant  directement  à  la  fête  religieuse  du 
jour.  Ces  parties  intercalées  ne  s'exécutent 
plus  guère  aujourd'hui,  tout  au  moins  dans  les 
concerts. 

Le  Magnificat  proprement  dit  est  composé 
sur  le  texte  liturgique  latin,  pour  cinq  voix, 
avec  accompagnement  de  flûtes,  hautbois, 
trompettes,  timbales,  quatuor  et  orgue.  Ce  qui 
en  rendait  l'exécution  au  Conservatoire  parti- 
culièrement intéressante,  c'est  la  restitution  de 
Tinstrumentation  original.  On  sait  queM.Ge- 
vaert  a  fait  construire  par  M.  Mahillon  des 
hautbois  d'amour  et  des  trompettes-clarino  sur 
les  modèles  de  la  belle  collection  d'instruments 
anciens  du  Conservatoire  (i).  Il  n'y  a  pas  seule- 
ment là  une  curiosité  de  raffiné,  mais  un  artis- 
tique souci  de  musicien.  De  quel  charme  péné- 
trant la  sonorité  voilée  du  hautbois  d'amour 
pénètre  tout  l'accompagnement  du  bel  adagio 
Quia  respexitliuniilitateni;  et  plus  lom,  dans 
le  Gloria  et  le  Fecitpotentiam,  quel  éclat  laso- 

(i)    Voir  VAnnuairt    du    Conservatoire    de    Bruxelles, 
année  1890,  pp.  140  etsuiv. 


norité  aiguë  delà  trompette  jette  sur  le  puissant 
développement  du  chœur  et  de  tout  l'orchestre  ! 
L'emploi  des  deux  instniments  ici  n'est  pas  un 
pur  caprice  du  compositeur,  il  est  justifié  par 
le  sens  du  «  poème  »  et  réellement  caractéris- 
tique. 

Dans  cette  belle  œuvre,  si  riche,  si  pleine, 
d'un  sentiment  à  la  fois  si  pénétré  au  début  et 
si  exubérant  à  la  fin,  il  y  a  deux  perles  incom- 
parables :  l'énergique  aria  du  ténor  Deposuit 
patentes,  avec  ses  traits  persistants  de  violon, 
et  l'air  d'alto  qui  le  suit,  avec  ses  délicates  et 
charmantes  arabesques  des  flûtes  s'enroulant 
autour  d'un  chant  d'une  grâce  et  d'une  douceur 
divines.  Ceux  qui  connaissent  la  partition  ont 
remarqué  que,  dans  l'air  du  ténor,  M.  Gevaert 
avait  à  plusieurs  reprises  fait  exécuter  sur  la 
quatrième  corde  les  dessins  des  premiers  vio- 
lons. Pareille  interprétation  certainement  était 
inconnue  du  temps  de  Bach.  Ces  deux  airs  ont 
d'ailleurs  été  très  bien  chantés  par  Mll'^Flament 
et  par  M.  Demest.  L'exécution  vocale,  pour  le 
reste,  a  laissé  quelque  peu  à  désirer,  en  raison 
peut-être  des  mouvements  extrêmement  lents 
pris  par  M.  Gevaert.  Ni  M'i^Kleyn,  ni  M'ie  Ar- 
tot,  ni  M.  Maas  ne  parvenaient  à  tenir  suffi- 
samment le  son.  Quant  à  la  partie  chorale, 
elle  a  Cté,  comme  toujours,  d'une  richesse  et 
d'une  ampleur  de  sonorité  remarquables,  ce  qui 
n'a  pas  empêché  l'orgue  d'écraser  par  moments 
presque  complètement  les  voix.  Il  y  a  là  une 
erreur  de  M.  Mailly  qui  doit  être  relevée.  Le 
rôle  de  l'orgue  est  d'accompagner,  non  de  do- 
miner. On  a,  sur  le  rôle  que  Bach  entendait 
assigner  à  l'orgue,  des  indications  non  seule- 
ment traditionnelles,  mais  écrites  et  précises, 
qui  ne  se  concilient  pas  avec  cet  emploi  abusif 
du  grand  jeu  et  des  accords  plaqués  (i). 

Pour  le  Psaume  XVIII  de  Marcello,  le 
programme  indique  la  date  de  1720.  D'après  la 
Storia  dclla  miisica  sacra  de  Francesco  Caffi, 
les  vingt-cinq  premières  compositions  écrites 
par  Marcello  sur  la  paraphrase  des  Psaumes 
de  David  de  son  ami  Ascanio  Giustiniani, 
auraient  paru  seulement  en  1724,  à  Venise,  et 
les  vingt-cinq  dernières  en  1726  et  1727. 
Le  XVI Ile  est  le  plus  important  et  passe  pour 
le  plus  beau  de  la  série.  Il  est  particulièrement 
remarquable  par  les  emprunts  que  le  maître  y 
fait  aux  intonations  des  juifs  d'Orient  et  d'Es- 
pagne pour  le  même  psaume.  Il  y  a  notamment 
un  chœur  qui  se  développe  sur  un  thème  espa- 
t;nol  chanté  par  le  violoncelle  obligé,  qui  est 
de  la  plus  pénétrante  beauté  :  et  le  saisissant 
dessin  des  basses,  dans  le  quatrième  verset, 
simulant  le  battement  des  flots  sur  des  har- 
monies longuement  suspendues,  est  d'une 
hardiesse  bien  curieuse  pour  l'époque.  Toute 
l'œuvre  est,  du  reste,  d'une  élévation  de  style, 
d'une  force  à  la  fois  et  d'une  tendresse  d'inspi- 
ration  que  bien   peu    de  maîtres  ont    égalée. 


(i)  Voyez  notamment  le  Sébastien  Bach  du    D'  Spitta, 
tom  II,  pp.  124  etsuiv. 


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LE  GUIDE  MUSICAL 


Avec  moins  de  richesse  dans  les  harmonies 
que  chez  Bach,  avec  plus  de  simplicité  dans 
rornementation  figurative  des  parties,  il  n'y  a 
pas  moins  de  grandeur  et  de  majesté  dans  l'en- 
semble delà  composition,  et  l'on  reste  confondu 
de  la  puissance  expressive  de  cette  musique, 
malgré  la  prédominance  des  formes  scolas- 
tiques  de  l'époque. 

L'exécution  du  Psaume  XVIII  par  le 
puissant  ensemble  du  chœur  des  concerts  et  de 
la  classe  préparatoire  de  chant  choral  a  été 
tout  à  fait  digne  de  l'œuvre,  et  elle  a  produit  une 
profonde  impression. 

De  tels  concerts  sont  de  rares  et  bien  extraor- 
dinaires plaisirs  de  l'esprit  et  l'on  ne  peut  assez 
en  exprimer  sa  gratitude  à  l'homme  éminent 
qui  les  prépare  avec  un  soin  jaloux  et  un  souci 
minutieux  de  la  perfection  également  précieux 
et  rares.  Maurice  Kufferath. 


REPRISE   DE   SIGURD 

AU  THÉÂTRE  DE  LA  MONNAIE 

M.  Reyer  n'eût  pas  éprouvé  une  bien 
vive  satisfaction  à  assister  à  la  reprise  de 
Sigurd  qui  nous  a  été  servie  cette  semaine 
à  la  Monnaie;  il  est  même  probable  qu'il 
ne  se  fût  pas  fait  faute  d'exprimer  verte- 
ment à  qui  de  droit  sa  mauvaise  humeur 
pour  la  peu  brillante  exécution  qui  vient 
d'être  donnée  de  son  œuvre. 

Exécution  peu  brillante  sous  tous  rap- 
ports. Les  interprètes,  pour  la  plupart,  ou 
n'étaient  pas  en  voix,  ou  n'ont  pas  toute 
la  voix  que  réclament  leurs  rôles.  Au 
nombre  des  premiers,  l'on  peut  citer  M .  Cos- 
sira,  dont  l'organe  semblait  avoir  subi  les 
atteintes  du  brouillard  de  ces  derniers 
jours;  quelques  pages  de  demi-teinte  seule- 
ment lui  ont  été  favorables.  M"«  Wolf  aussi 
paraissait  n'être  pas  en  possession  de  tous 
ses  moyens  vocaux.  La  voix  de  M.  Seguin, 
qui  montre  une  tendance  à  gagner  en  gra- 
vité, a  quelque  peine  à  décrocher  les  notes 
élevées  du  rôle  de  Gunther,  et,  de  même,  le 
rôle  de  Hagen  a  paru  planer  trop  fréquem- 
ment vers  les  sommets  de  la  voix  de  basse 
pour  réussir  à  M.  Dinard  ;  celui-ci,  en  outre, 
ne  s'était  pas  suffisamment  débarrassé,  sous 
les  traits  du  farouche  guerrier,  de  la 
bonhomie  qu'il  donnait  récemment,  avec 
une  réelle  justesse,  au  père  d'Angélique 
dans  le  Rêve.  M"^  Lejeune,  sans  doute  en 


d'assez  mauvaises  dispositions  vocales, 
s'est  montrée  insuffisante  dans  le  rôle 
d'Hilda,  et  sa  voix  y  a  eu  de  fréquents 
écarts  de  justesse.  Seule  M"^  Tanesy  s'est 
acquittée  de  sa  tâche  avec  aisance  ;  exécu- 
tion musicale  très  soignée,  correcte  en  tous 
ses  détails,  mais  où  l'on  souhaiterait  une 
émotion  plus  communicative,  une  plus 
grande  variété  d'accent.  Inutile  de  dire 
que  le  souvenir  vivace  laissé  par  la  grande 
artiste  qui  créa  ici  le  rôle  de  Brunehilde 
rend  le  public  difficile  à  satisfaire.  N'ou- 
blions pas  M.  Rey,  dans  le  rôle  du  prêtre 
d'Odin,  un  rôle  où  la  voix  de  M.  Renaud 
sonnait  avec  une  si  belle  ampleur;  l'inter- 
prète actuel  n'en  a  su  tirer  aucun  parti  ;  il  l'a 
chanté  d'ailleurs  dans  une  langue  inconnue 
des  philologues  les  plus  érudits. 

La  reprise  de  Sigurd  avait  été  préparée 
il  y  a  quelque  temps  déjà,  pour  passer  avant 
Orphée,  dans  le  cas  ou  la  rentrée  de 
M"^  Armand  aurait  dû  subir  de  nouveaux 
retards.  C'est  à  cette  circonstance  sans 
doute  qu'il  faut  attribuer  la  mauvaise  exé- 
cution d'ensemble  à  laquelle  nous  venons 
d'assister  !  Jamais  Tonne  vit  représentation 
aussi  imparfaitement  mise  au  point. 

Les  chœurs  ont  fréquemment  manqué  de 
mesure  et  de  justesse,  et  leurs  mouvements 
scéniques  paraissaient  abandonnés  à  leur 
peu  artistique  fantaisie  ;  les  entrées  se  sont 
faites  tardivement,  sans  coordination,  et,  au 
dernier  acte,  on  a  failli  assister  à  une  colli- 
sion entre  choristes  des  deux  sexes.  Mais 
c'est  surtout  la  machination  et  la  partie 
matérielle  de  la  mise  en  scène  qui  ont 
réservé  aux  spectateurs  de  cette  soirée 
mémorable  les  surprises  les  plus  pitto- 
resques. La  lune,  qui  présente  son  disque 
lumineux  dans  un  des  tableaux  du  deuxième 
acte,  a  eu  la  coquetterie  de  se  faire  désirer, 
et  elle  n'a  montré  son  éclat,  soudainement, 
que  bien  après  la  dispersion  des  nuages, 
fort  défraîchis,  qui  masquent  le  changement 
de  décor.  Les  rayons  de  lumière  électrique, 
qui  éclairent  les  ébats  assez  naïvement 
réglés  des  elfes  et  des  kobolds,  ont  tardé  à 
prendre  les  teintes  variées  dont  on  colore 
ces  tableaux  puérilement  féeriques,  et  l'on  a 
entendu  une  voix  bien  timbrée,  et  qui 
mériterait  d'avoir  à  remplir  un  plus  éloquent 
office,  lancer  avec  éclat  le  mot  bleu,  plu- 
sieurs fois  répétés;  certains  spectateurs 
cherchaient  en  vain  dans  leur  livret  la 
trace  de  ces  interpellations,  que  M.  Re3'er 
avait  d'ailleurs  négligé  de  mettre  en  mu- 
sique. Enfin,  dans  ce  même  acte,  fertile  en 


LE  GUIDE  MUSICAL 


11 


anicroches  de  tous  genres,  l'on  a  pu  cons- 
tater que  Brunehilde  élevait  des  cygnes 
sous  sa  couche,  ce  qui  explique  d'ailleurs 
qu'elle  se  soit  servie  de  ces  gracieux  palmi- 
pèdes pour  se  faire  conduire  au  bourg  de 
Gunther. 

Au  dernier  acte,  l'apothéose  a  eu  des 
balancements  de  corps,  des  mouvements  de 
bras,  auxquels  on  n'était  pas  habitué  et  qui 
en  ont  fait  un  tableau  d'une  animation  bien 
inattendue.  Enfin,il  faudrait  plusieurs  pages 
du  Guide  Musical  (nouveau  format)  pour 
relever  tous  les  épisodes  divertissants  aux- 
quels a  donné  lieu  la  mise  en  scène  de 
l'opéra  de  M.  Reyer.  Qu'eût-ce  été,  s'il 
se  fiit  agi  d'une  œuvre  nouvelle  ? 

J.  Br. 

Chronique  de  la  Semaine 


PARIS 

Au  deuxième  concert  donné  par  le  quatuor  de 
M.  A.  Lefort,  le  22  décembre,  à  la  salle  de  la 
Société  de  Géographie,  était  inscrit  au  programme 
un  quintette  pour  piano  et  cordes  d'un  jeune  com- 
positeur suédois,  M.  Sinding.  Des  variations  pour 
piano,  qui  avaient  été  exécutées  aux  concerts 
Philipp,  pouvaient  déjà  donner  une  assez  bonne 
idée  du  talent  de  ce  musicien,  encore  peu  connu 
en  France.  Son  quintette  a  été  une  déception  : 
œuvre  sans  valeur,  mal  agencée,  sans  originalité, 
dans  laquelle  on  retiendrait  difficilement  une  idée 
mélodique  de  quelque  intérêt,  où  l'harmonie  et, 
encore  plus  la  sonorité  des  instruments  à  cordes 
sont  défectueuses.  Le  talent  des  exécutants, 
Mme  Herman,  MM.  Lefort,  Tracol,  Gianini  et 
Casella,  n'a  pu  réchauffer  cette  composition  qui 
nous  arrive  du  Nord.  La  sonate  pour  piano  en  fa 
majeur  de  Grieg,  malgré  des  remplissages  regret- 
tables, a  des  parties  charmantes  de  grâce  et 
d'imprévu  Deux  fines  mélodies  de  M.  Alexandre 
Georges  ont  été  interprétées  par  M.  Mazalbert.  et 
le  beau  quatuor  à  cordes  en  )ni  mineur  de  Men- 
delssohn  a  été  brillamment  enlevé  parM.  Lefort  et 
sa  petite  phalange.  H.   L 

Au  concert  d'Harcourt  du  24  décembre,  M"» 
Clara  Janiszewska  a  obtenu,  une  fois  de  plus,  un 
très  brillant  succès.  Quoique  la  part  réservée  au 
piano  dans  cette  séance  de  Noël  fût  relativement 
peu  importante,  la  jeune  virtuose  a  pu  déployer 
toutes  ses  qualités  de  véritable  artiste  :  précision 
et  sûreté  du  rythme,  charme  infini  du  toucher, 
intensité  du  sentiment,  grâce  et  intelligence  du 
style,  dans  le  célèbre  prélude  (Chant  des  Anges)  et 
l'i  lude  en  ui  de  Chopin,  et  la  Fikiise  de  Meii-  , 
delssohn. 

A    cette  même  séance,  M.  Eugène    Gigout,  le 


brillant  organiste  de  l'église  Saint-Augustin,  direc- 
teur de  l'Ecole  de  musique  religieuse  fondée  par 
Niedermeyer,  a  exécuté  en  maître,  —  sur  de 
vieux  noëls  populaires,  —  des  improvisations 
ravissantes,  toutes  pleines  de  charme,  d'ampleur 
et  de  haute  maestria 

•^ 

Le  jour  de  Noël,  les  Chanteurs  de  Saint-Gervais 
ont  donné  une  seconde  audition  de  la  Messe  du 
pape  Marcel,  cette  lois  avec  l'adjonction  du  Credo, 
qu'ils  n'avaient  pas  chanté  jusqu'à  présent.  Faut-il 
revenir  encore  sur  les  mérites  de  ces  exécutions, 
qui  sont  de  véritables  fêtes  intellectuelles? 

Les  Chanteurs  sont  maintenant  en  possession  de 
cette  souplesse  qui  donne  à  leur  exécution 
l'aspect  chatoyant  et  animé  ;  M.  Bordes  est  arrivé 
à  ce  résultat  de  leur  donner  une  âme  collective. 
Le  Credo,  tout  merveilleux  qu'il  est  —  oh  !  VHemo 
fadus  est  —  n'a  pourtant  pas  produit  l'impression 
de  s'élever  au-dessus  du  reste,  ce  qui  serait  bien 
difficile,  il  est  vrai. 

Trois  motets  ont  été  intercalés  dans  le  courant 
de  la  messe;  à  l'offertoire,  l'extatique  Magnum 
mysierium  de  Vittoria,  ce  chaste  joyau,  source  claire 
d'émotion.  A  la  communion,  Hodie  Christus  de 
Nanini,  charme  naïf,  A  la  sortie,  le  motet  de 
Gabrieli,  Angeli  archangeli,  a  été  complètement 
couvert  par  le  bruit  des  chaises  remuées,  du  piéti- 
nement hâtif,des  congratulations  chuchotées.  C'est 
qu'elle  laisse  un  peu  à  désirer,  la  tenue  de  l'assis- 
tance à  Saint  Gervais.  Convient-il  que  les  effu- 
sions de  Vittoria  soient  ponctuées  des  chocs  sur 
les  dalles  de  la  canne  d'un  bedeau  qui  profite  d'un 
pianissimo  pathétique  pour  dire  d'une  voix  fausse  : 
«  Pour  l'entretien  de  l'église,  s'il  vous  plait?  » 

Que  penser,  pendant  que  les  séraphins  évoqués 
par  Nanini  chantent  éperdument  «  Noie,  Noie  », 
que  penser  du  bruit  des  mâchoires  des  assistants 
mastiquant  le  pain  bénit,  selon  la  coutume  qui  se 
maintient  dans  les  églises  parisiennes? 

Et  les  répons  liturgiques  par  les  chantres  du 
chœur?  Une  mélopée  maussade,  un  plain-chant 
impuissant,  gastéropode,  qui  fait  penser,  en  con- 
traste avec  les  Chanteurs,  à  l'Ilote  des  anciens. 
D'une  phrase  simple  et  nette,  comme  Dignum  et 
justum  est  de  la  préface,  ils  font  un  long  brouhaha 
de  tombereau  passant  sur  un  pont  de  fer.  Les 
«  amen»  se  prolongent  en  échos  d'avalanche. 

On  a  bien  du  mal  à  conserver  intactes  les  pures 
impressions  d'art  que  procurent  les  Chanteurs. 
Pourquoi  tant  d'ombres  encore  dans  les  coins  du 
flambant  vitrail  qu'ils  ont  si  noblement  res- 
tauré? M.  R. 

Une  excellente  société  chorale,  les  Orphéonistes 
belges  de  Paris,  dirigée  par  M.  Julien  Piot,  a  fêté 
jeudi,  par  un  grand  banquet,  le  onzième  anniver- 
saire de  sa  fondation. 

Crée  en  1S82  par  Son  directeur  actuel,  la 
jeune  société  s'appelait  à  cette  époque  «  les  En- 
fants de  la  Belgique  ».  Elle  a  pris  part  en  ces 
dernières    années  à  beaucoup   de  festivals  et  de 


12 


LE  GUIDE  MUSICAL 


concours,  et  elle  a  remporté  de  nombreuses  récom- 
penses à  Saint-Germain,  Saint-Denis,  etc.  Le 
grand  prix  d'honneur  lui  fut  décerné  à  Ivry. 

Elle  se  rendit  à  Verviers,  à  l'occasion  du  cin- 
quantième anniversaire  de  la  Société  royale  de 
chant  en  1886,  où  elle  obtint  une  médaille  et  un 
prix  de  mille  francs.  9a  bannière  est  ornée  d'une 
quarantaine  de  médailles. 

M.  Julien  Piot,  un  Louvaniste  de  naissance,  est 
premier  prix  de  violon  et  de  composition  du  Con- 
servatoire royal  de  Bruxelles.  Il  est  l'auteur  d'un 
ouvrage  sur  le  violon,  qui  lui  valu  en  France  les 
palmes  académiques. 

Les  Stpi  Paroles  de  Théodore  Dubois  ont  été 
exécutées  avec  le  plus  vif  éclat  à  l'église  Saint- 
Bonaventure  de  Lyon.  Les  interprètes  étaient  au 
nombre  de  deux  cents  et  l'exécution  a  été  fort 
belle.  Le  maître  s'y  était  rendu  lui-même  et  a  joué 
deux  pièces  d'orgue  de  sa  composition  :  la  Marche 
dt  Jeanne  d'Arc  et  la  Toccata. 

BRUXELLES 

•^  La  seconde  audition  de  la  Messe  solennelle  de 
Noël  de  M.  Fernand  Le  Borne,  à  Sainte  Gudule  (où 
elle  avait  été  interprétée  en  1889),  a  été  pour  les 
initiés  un  hommage  à  la  perspicacité  de  Gounod, 
qui  déplorait,  suivant  M.  Le  Borne  lui-même,  la 
voie  où  celui-ci  s'engageait.  Non  que  l'œuvre  n'ait 
de  ci,  de  là,  quelques  fragments  bien  venus,  tels 
VAgnusDei  et  le  Benedictus;  mais,  d'allure  tapageuse, 
elle  se  ressent  par  moment  de  quelques  maîtres 
français,  repique  à  son  profit  des  motifs  altérés  de 
Lohengrin  et  de  la  Walkyrie;  le  Credo  est  hésitant 
et  décousu,  et,  bien  que  l'ensemble  ait  du  carac- 
tère, les  chœurs  sont  soumis  à  trop  de  sautes  brus- 
ques, le  travail  d'orchestre  trop  laborieusement 
étudié  et  la  trame  générale  trop  dramatique  pour 
que  le  mysticisme  simple  et  si  profondément  poi- 
gnant de  Palestrina  n'ait  pas  hanté  les  auditeurs 
à  la  fin  de  cette  œuvre  mouvementée  et  d'une  dis- 
cutable impressionalisme.  A.  V. 

•|f  Le  temps  et  l'espace  nous  font  défaut  au- 
jourd'hui pour  rendre  compte  de  la  première  de 
Miss  Rohinson,  de  MM.  Paul  Ferrier  et  Varney,  au 
théâtre  des  Galeries. 

Bornons-nous  à  enregistrer  le  brillant  succès  de 
cette  nouveauté,  grâce  à  une  mise  en  scène  extrê- 
mement luxueuse  et  au  talent  distingué  de 
M""  Nett)'  Lynds,  et  de  M.  Hérault.  Miss  Robinson 
sera  donné  en  matinée  aujourd'hui  et  demain 
lundi,  à  l'occasion  du  jour  de  l'An. 


On  veut  nous  faire  mettre  flamberge  au  vent  à 
propos  d'un  articulet  très  tranquille  où  nous  avons 
donné  notre  avis  sur  une  chanteuse  qu'ont  pu 
apprécier  les  abonnés  du  ThéâtTe  de  la  Monnaie 
et  les  habitués  de  nos  concerts. 

M.  Lucien   Solvay  nous  adresse   deux   lettres 


d'injures  qui  équivalent  à  une  provocation  en  duel, 
et  bien  qu'il  mette  en  cause,  avec  une  désinvolture 
qui  ne  peut  être  que  de  l'inconscience,  la  femme 
encore  plus  que  d'artiste,  il  va  jusqu'à  nous  in- 
viter à  faire  lire  ces  lettres  à  nos  amis,  «  à  qui 
vous  voudrez,  à  tout  le  monde,  je  vous  y  autorise; 
je  vous  en  supplie  même.  » 

M  Lucien  Solva}'  nous  demande  de  le  couvrir 
de  ridicule,  et  franchement  la  tentation  est  forte. 
Mais  il  s'agit  d'une  femme  et  nous  résistons. 

Quant  au  duel,  c'est  une  plaisanterie.  Dans 
l'armée  où  l'on  est  très  chatouilleux  sur  le  point 
d'honneur,  on  a  institué  des  conseils  d'officiers, 
pour  empêcher  les  duels  ridicules.  Il  est  inadmis- 
sible qu'un  critique  doive  aller  sur  le  terrain 
parce  qu'il  a  dit  d'une  artiste  «  qu'elle  a  chanté 
de  façon  à  ne  donner  une  idée  favorable  ni 
de  sa  méthode  de  chant,  ni  de  sa  voix,  ni  de  sa 
compréhension  des  œuvres  interprêtées  »,  cela 
parce  que  la  même  artiste  a  su  inspirer  à  un  autre 
critique  d'autres  appréciations. 

Que  M.  Solvay  veuille  nous  faire  épouser 
son  sentiment  de  force,  c'est  trop  comique.  Et 
si  nous  prenions  ses  injures  au  sérieux,  nous 
serions  dupes.  Nous  n'avons  pas  envie  de  lui  faire 
ce  plaisir-là. 

Maurice  Kufferath. 

CORRESPONDANCES 

'Y^ERLIN.  —  Hans  von  Bùlow  ne  dirigera 
'"*-'  décidément  plus  les  concerts  philharmo- 
niques. C'est  M.  Schuch,  de  Dresde,  qui  en  aura 
la  direction.  Cette  retraite  du  célèbre  chef  d'or- 
chestre parait  compromettre  l'existence  des  con- 
certs philharmoniques,  si  l'on  en  juge  par  le  petit 
nombre  d'auditeurs  fréquentant  la  Philharmonie 
depuis  octobre.  L'imprésario  Wolff,  qui  comprend 
la  situation,  s'est  assuré,  pour  les  cinq  derniers 
concerts,  le  concours  de  Rosenthal,  Clotilde 
Kleeberg,  Halir,  Scheidemantel,  Lili  Lehmann  et 
Rubinstein,  qui  dirigera,  en  mars,  une  nouvelle 
composition.  Souhaitons  et  espérons  la  réussite. 

Quoique  souffrant,  Hans  von  Bûlow  fait  tou- 
jours des  calembours  :  «  Je  suis  plus  que  Bier- 
gartner  »,  aurait-il  dit  dernièrement  à  un  visiteur 
en  jouant  sur  le  nom  du  chef  d'orchestre  de  l'opéra 
Félix  Weingartner  ! 

Au  cinquième  concert  philharmonique,  Sapbo, 
nouvelle  ouverture  de  Goldmark,  achevée  au 
mois  d'octobre  dernier  et  exécutée  pour  la  première 
fois  â  Vienne,  sous  la  direction  de  Hans  Richter. 
Comme  toutes  les  œuvres  de  Goldmark,  Safho  se 
distingue  par  une  riche  couleur  orchestrale. 
L'œuvre  débute  d'une  façon  très  originale  :  de 
larges  accords  arpégés  par  la  harpe  solo  et  sur 
lesquels  le  hautbois  chante,  plus  tard,  une  mélodie 
dans  un  mode  grec.  Le  thème  de  l'allégro, 
quoique  à  quatre  temps,  rappelle  les  premières 
mesures  du  Walknstein  de  d'Indy.  Ajoutons  que  la 
tonalité  io/ bémol  majeur  (pas  des  plus  aisées  pour 


LE  GUIDE  MUSICAL 


13 


les  archets)  donne  à  cette  œuvre  une  teinte  toute 
particulière. 

M.  Schuch  a  dirigé  dans  la  perfection  l'ouver- 
ture à^Anacréon  de  Chérubini  ;  la  symphonie  en  tit 
de  Schumann,  par  contre,  a  manqué  de  nuances 
et  de  clarté,  surtout  dans  le  finale.  Comme  soliste, 
M™"  Theresa  Carreno-d'Albert,  qui  a  eu  tort  de 
jouer  le  concerto  en  mi  mineur  de  Chopin,  qui 
n'est  pas  écrit  pour  elle.  Trop  de  «  con  bravuran 
et  pas  assez  de  poésie  dans  son  jeu  ;  tous  les  forte 
(relatifs  chez  Chopin)  du  premier  allegro,  exagérés, 
hachés. 

Le  docteur  Muck  a  encore  dirigé  le  dernier 
concert  de  la  chapelle  royale.  Programme  con- 
sacré à  Beethoven  :  les  ouvertures  à^Egmont  et  de 
LéoHore  n°  2  et  les  symphonies  en  si  bémol  et  en 
ni  mineur.  Je  n'ai  pu  y  assister,  étant  allé  entendre 
les  concerts  Richter,  à  Leipzig.  E    B. 


y^EIPZIG.  —  Le  saint  Jean  du  wagnérisme, 
--^^  Hans  Richter,  est  venu  diriger  deux  concerts 
à  Leipzig.  L'orchestre  n'était  pas  le  sien,  comme 
je  l'avais  d'abord  annoncé,  mais  celui  de  la 
Philharmonie  de  Berlin.  Le  premier  concert  était 
consacré  à  Beethoven  et  à  Wagner  :  VEroïca, 
Siegfritd-Idyll,  les  préludes  des  Meistersinger,  de 
Tristan  et  de  Parsifal.  L'exécution  des  œuvres  de 
Wagner  a  été  toute  une  révélation,  car,  si  Leipzig 
est  la  ville  natale  de  Wagner,  c'est  cependant  la 
ville  qui  en  exécute  le  moins  et  le  plus  mal.  C'est 
toujours  ainsi.  Le  Gewandhaus,  ce  repaire  de 
Beckmesser,  exécute  fort  rarement  du  Wagner; 
tout  au  plus  en  février,  à  l'anniversaire  de  la  mort 
du  niaître!  Et  alors,  rien  qu'une  exécution  froide, 
sans  vie. 

Pour  Beethoven,  Richter  n'a  qu'un  rival  : 
Hans  von  Bùlow.  Si  l'orchestre  de  celui  ci  arrive 
à  plus  de  clarté  encore,  il  n'a  cependant  pas 
l'élan,  la  fougue  de  celui  de  Richter. 

Au  second  concert,  les  ouvertures  du  Carnaval 
romain  et  V Académique  de  Brahms,  les  symphonies 
en  ré  mineur  de  Schumann  et  inachevée  de 
Schubert,  deux  œuvres  favorites  de  Richter,  et  la 
rhapsodie  en  ut  dièse  de  Liszt,  dont  l'exécution  a 
valu  au  chef  d'orchestre  des  ovations  sans  fin. 

Assister  à  de  tels  concerts  est  bien  une  des 
plus  grandes  jouissances  musicales  que  l'on  puisse 
éprouver.  Le  haut  poste  qu'occupe  Hans  Richter 
à  l'Opéra  de  Vienne  nous  rend  malheureusement 
ces  jouissances  trop  rares  ! 

Le  Gewandhaus  donnera,  en  janvier,  la  Messe 
en  ré  de  Beethoven.  E.  B. 

ZTnVERS.  —  Au  Théâtre-Flamand,  pre- 
j-^  mière  représentation  de  Liederik,  opéra  de 
P.  Billet  et  J.  Mertens.  Les  amours  du  paysan 
Stéphane  et  de  la  paysanne  Berthilda,  un  moment 
troublées  par  la  jalousie  et  les  intrigues  de  Liede- 
rik, l'intendant  du  comte,  forment  le  fond  du 
livret  naïf  sur  lequel'  M.  Mertens  a  écrit  une 
partitioia  chantante  et  mélodique. 

II  serait    pourtant   difficile,   à  en  juger   par  la 


partition  qui  nous  occupe,  de  dire  quelles  sont  les 
réelles  tendances  du  musicien. 

Par  la  forme,  Liederik  se  rapproche  de  l'opéra 
comique  français,  les  voix  étant  souvent  traitées  ù 
l'italienne. 

Les  tendances  wagnériennes  de  M.  Van  der 
Linden,  qui  dans  Leiden  Ontzet  a  singulièrement 
abusé  du  Leitmotiv,  ne  paraissent  point  être  du 
goût  de  M.  Mertens.  Celui-ci  s'est  contenté 
d'écrire  un  certain  nombre  d'airs  et  de  duos,  qui 
servent  (il  faut  bien  le  dire)  à  faire  briller  In 
chanteur,  mais  n'aident  nullement  au  développe- 
ment de  l'action. 

Nos  jeunes  artistes  en  ont  largement  profité 
pour  se  faire  valoir  dans  les  rôles  qui  leur  étaient 
confiés.  Le  ténor,  M.  Leysen,  a  fort  bien  réussi 
quelques  notes  élevées  que  nous  ne  lui  connais- 
sions pas  encore. 

M""  Saphir,  dans  un  rôle  à  vocalises,  a  su 
montrer  de  la  méthode,  et  M"'-'  Levering  a  été 
charmante  sous  les  traits  de  Berthilda. 

M.  Baets  est  excellent  dans  le  rôle  de  Liede- 
rik. La  voix  est  sympathique  et  l'artiste  a  une 
diction  très  claire  ;  nous  lui  conseillons  pourtant 
d'éviter  de  forcer  la  note  ;  de  là  un  chevrotement 
désagréable. 

M.  Mertens,  qui  assistait  à  la  représentation,  a 
dû  être  satisfait  de  l'accueil  sympathique  qu'a 
reçu  son  œuvre. 

Tantahis.  dont  nous  avons  constaté  le  grand 
succès,  la  semaine  dernière,  a  encore  impres- 
sionné davantage  à  la  deuxième  représentation 
Quelle  unité  entre  le  poème  et  la  partition  ! 
Quelle  vérité  dans  les  accents  dramatiques  de  cet 
orchestre,  que  Fibich  manie  avec  un  art  si  parfait. 

Voilà  une  œuvre  de  tendance  toute  moderne; 
rien  n'y  est  sacrifié  à  l'effet,  action  et  musique  se 
développent  d'une  façon  toute  logique.  La  tétra- 
logie tchèque  mériterait  d'être  entendue  dans  un 
grand  centre  comme  Bruxelles.  Le  succès  aitis- 
tique  d'une  telle  entreprise  n'est  pas  douteux. 

A.  W. 

+4.  La  Société  royale  des  chœurs  a  repris  sa 
série  de  concerts.  M"'  Cardon,  de  Bruxelles,  a  su 
conquérir  d'emblée  les  suffrages  des  membres. 
M.  Bresou  est  en  progrès,  sous  le  rapport  du 
style  et  de  l'émission  du  son.  C'est  un  chanteur 
doué. 

M.  Van  Avermaete,  l'excellent  professeur  de 
notre  Conservatoire,  s'est  fait  entendre  dans  un 
Concertstûck  avec  orchestre,  de  sa  composition, où 
il  y  a  de  la  grâce  et  une  remarquable  clarté  dans 
la  disposition  des  parties  chantantes. 

Le  public  a  fait  un  accueil  des  plus  chaleureux 
au  compositeur,  et,  après  sa  délicate  tarentelle. 
M,  Van  Avermaete  a  été  l'objet  d'une  véritable 
ovation 

La  section  symphonique,  sous  la  direction  de 
M.  Léon  Rinskopf,  a  exécuté  le  Menuet  de  Bo- 
cherini  et  le  Mélodrame  de  Guiraud  ;  il  est  à 
regretter  que  les  morceaux  symphoniques  aient 
été  si  peu  nombreux. 

©AND-  —  Deux  choses,  à  signaler,  cette 
semaine  ;  la  distribution  des  prix  du  Con- 
servatoire, avec  audition  des  élèves  lauréats,  la 
reprise  d'Hérodiade  au  Grand-Théâtre. 

L'audition  des  élèves  lauréats  a  été  peu  bril- 


14 


LE  GUIDE  MUSICAL 


lante,  sauf  pour  la  classe  de  déclamation  néerlan- 
daise de  M™"  Jeanne  Stevens,  qui,  en  moins  d'une 
année,  est  parvenue  à  façonner  des  élèves  d'ave- 
nir. Citons  hors  de  pair  le  nom  de  M""  Marie 
Den)'s,  qui  a  fait  apprécier  de  rares  qualités  de 
tragédienne  dans  des  fragments  du  premier  acte 
de  la  traduction  de  la  Méc/ée  de  Legouvé.  et 
M"''  Jeanne  Schaurwliege,  qui  lui  donnait  la 
réplique  dans  le  rôle  de  Creuse.  Pour  le  reste, 
nous  garderons  le  silence,  nous  contentant  de 
faire  observer  que  beaucoup  de  premiers  prix 
d'art  de  la  scène  et  de  chant  seraient  incapables 
de  se  produire  sur  les  planches,  avec  chance  de 
succès,  même  dans  des  rôles  très  effacés 

La  reprise  à' H êrodiade  aurait  été  un  beau  succès 
si  la  direction  n'avait  trop  présumé  des  forces  de 
Mi'e  Dumont,  lauréate  de  notre  Conservatoire,  à 
qui  l'on  avait  confié  l'emploi  de  Salomé.  M""  Du- 
mont est  gauche  et  maladroite  en  scène,  la  voix 
est  faible,  quoique  juste  jusqu'au  fa  du  registre 
aigu.  A  partir  de  cette  note,  la  justesse  perd  tout 
ses  droits,  au  grand  dam  de  l'oreille  des  specta- 
teurs. 

Disons  franchement  que  M""  Dumont  a  com- 
plètement gâté  un  ensemble  excellent.  MM.  Cou- 
Ion  et  Larrivé  feront  bien  de  songer  à  remplacer 
cette  artiste,  qui  pourrait  finir  par  impatienter  le 
public  et  gâter  complètement  la  bonne  impression 
des  dernières  reprises  de  Lakmé,  Sigurd  et  Manon. 
A  part  cela,  tous  les  artistes  et  les  choristes 
méritent  de  sincères  éloges. 

L'orchestre  n"a  cessé  de  dominer  les  voix. 
M.  Amalou  devrait  se  rappeler  qu'autant  Massenet 
excelle  dans  les  passages  de  douceur  et  de  demi- 
teinte,  autant  il  est  maladroit  à  manier  les  effets 
de  vigueur  :  le  compositeur  français  tombe  alors 
trop  facilement  dans  le  tapage  et  écrase  absolu- 
ment les  chanteurs.  En  tenant  compte  de  cette 
considération,  notre  excellent  chef  d'orchesire 
fera  disparaître  un  défaut  d'exécution  à  la  fois 
facile  à  éviter  et  fort  peu  agréable  peur  l'audi- 
teur. 


^^OURNAI.  —  Le  dernier  concert  de  la  So- 
^-^  ciété  de  musique  a  été  de  nouveau  un  très 
grand  succès  pour  cette  remarquable  institution. 

La  première  partie  du  programme  était  réservée 
à  M"'  Chaminade.  Cette  jeune  artiste  réunit  à  un 
haut  degré  deux  qualités  qui  imprègnent  profon- 
dément toutes  ses  œuvres  :  l'élégance  française  et 
la  grâce  féminine.  Les  chœurs  ont  admirablement 
interprété  avec  une  finesse  exquise  son  Noc'l  des  ma- 
rins et  ses  Filles  d'Arles,  qui  ont  valu  à  l'auteur  des 
applaudissements  nombreux  Elle  n'a  pas  été 
moins  appréciée  comme  pianiste,  et  M"''  Neyt  a 
chanté  plusieurs  de  ses  mélodies. 

M.  Bourgault-Ducoudray,  l'érudit  professeur  du 
Conservatoire  de  Paris,  figurait  aussi  au  pro- 
gramme avec  quelques-unes  de  ses  très  intéres- 
santes chansons  bretonnes. 

Diane,  le  poème  antique  de  Benjamin  Godard, 
est  d'une  belle  ordonnance,  développée  avec  soin; 
mais,  en  somme,  très  superficielle  Cette  œuvre  est, 
en  outre,  d'une  exécution  fort  difficile,  exigeant  de 
nombreuses  études  pour  atteindre  un  maigre 
résultat.  Les  chœurs  et  l'orchestre  se  sont  néan- 
moins merveilleusement  acquittés  de  leur  tache 
ingrate. 


Il  y  avait  encore  au  programme  une  attractior! 
exceptionnelle,  M''«  Dudlay,  de  la  Comédie-Fran- 
çaise. Elle  n'avait  à  dire  que  deux  morceaux, 
entre  autres  la  très  belle  Ode  à  Beethoven  de  M,  Guil- 
liaume,  mais  elle  a  tellement  empoigné  son  public 
et  a  causé  une  si  profonde  impression  qu'on  lui 
en  a  redemandé  trois  autres,  et,  avec  la  meilleure 
grâce  du  monde,  elle  s'est  prêtée  à  ces  exigences. 
Il  faut  savoir  gré  à  la  Société  de  musique  de  ce 
qu'elle  met  les  Tournaisiens  à  même  d'entendre 
chez  eux  des  artistes  de  pareil  talent. 

J.-S.  Bach  et  Haendel  terminaient  la  soirée  par 
deux  compositions  d'une  nature  toute  différente, 
le  célèbre  Aria,  d'un  côté,  pour  orgue,  violon,  solo 
et  quatuor,  et  de  l'autre,  le  non  moins  célèbre 
Alléluia  du  Messie,  enlevé  dans  la  perfection  par  les 
chœurs  et  l'orchestre,  et  nous  ajouterons  que  ce 
sont  ces  deux  grands  maîtres  du  xviii»  siècle  les 
triomphateurs  de  la  soirée  ! 

Cela  prouve  une  chose,  c'est  l'évolution  bien 
marquée  et  le  progrés  considérable  qui  s'accom- 
plissent chaque  année  chez  notre  public  musical 
depuis  l'existence  de  notre  excellente  Société  de 
musique. 


I  flÉGE.  -  C'est  par  un  très  heureux  début  que 
'^*^  s'est  ouverte,  vendredi  dernier,  la  première 
des  séances  musicales  qu'organise  chaque  hiver 
le  comité  de  musique  de  la  Société  d'Emulation, 
celui  de  M"'=  C.  Kleeberg,  la  brillante  pianiste  qui 
ne  s'était  pas  fait  entendre  encore  ici. 

Au  Concerto  italien  de  Bach,  à  la  Sonate  op.  3i, 
n°  3  de  Beethoven  et  au  Caprice  sur  des  airs  de 
ballet  d'Alcesie  (Saint-Saëns)  faisant  valoir  un  art 
classique,  concentré  et  précis,  s'opposaient  les 
Papillons  de  Schumann  et  les  Poèmes  sylvestres  de 
Théodore  Dubois,  pièces  charmantes  dont  le  public 
a  réclamé  le  bis,  notamment  pour  les  Myrtilles  et 
la  Source  enchantée. 

Puis  des  œuvres  de  virtuosité  vétilleuse  et 
piquante,  choisies  dans  Mendelssohn,  Chopin, 
Moszkowski,  enlevées  avec  un  étourdissant  brio. 
M"''  Kleeberg  a  été  très  applaudie  par  un  public 
connaisseur,  malheureusement  trop  restreint. 

Jeudi,  concert  de  bienfaisance,  avec  un  plan- 
tureux programme,  organisé  par  le  Cercle  royal 
le  Lion  Belge,  où  l'on  a  entendu,  l'excellente 
musique  du  premier  régiment  des  guides  Sous  la 
direction  de  M.  Julien  Simar.  Ces  vaillants  instru- 
mentistes se  sont  prodigués  dans  d'ingénieuses 
transcriptions  d'œuvres  de  'Weber,  'Wagner,  Bi- 
zet,  Brahms,  Chabrier  et  ont  obtenu  le  triomphe 
auquel  ils  sont  accoutumés.  La  Légia  prêtait  cha- 
ritablement, aussi,  à  ce  concert  le  concours  de 
son  puissant  contingent  de  chanteurs,  sous  la 
direction  de  M.  Sylvain  Dupuis.  Elle  a  enlevé 
d'abord  un  vif  succès  d'exécution  et  d'œuvre  dans 
la  Nuit  de  Mai  (première  exécution  à  Liège)  de 
Th.  Radoux,  chœur  écrit  avec  un  très  réel  souci 
de  la  poésie  et  d'une  débordante  inspiration.  A 
M.  D.  IDemest  était  confiée  la  piquante  sérénade 
qui  traverse  l'œuvre.  Le  majestueux  et  imposant 
chœur  de  Peter  Benoit  :  Moïse  au  Sinaï,  achevait 
la  part  considérable  et  triomphale  apportée  par 
notre  première  chorale  dans  cette  superbe  soirée. 
Mentionnons  encore  un  jeune  baryton,  M.  Flo- 
rissen,    du   théâtre    de  Verviers,    auquel   un   bel 


LE  GUIDE  MUSICAL 


15 


organe  assure  d'emblée  le  succès  partout  —  mais 
qui  doit  acquérir,  pour  s'imposer,  les  indispen 
sables  qualités  requises  du  chanteur;  et  M"''  Félicie 
Lamboray  —  lauréate  de  l'Ecole  de  musique  de 
Verviers — qui  intercalait  dans  ce  programme  vi- 
ril, le  charme  de  sa  jolie  voix,  disant  avec  un  goût 
réel  et  un  sentiment  juste  plusieurs  morceaux  de 
Schumann,  Brahms,  etc. 

M.  F.  Duysings.  professeur  à  Liège  et  Verviers, 
a  accompagné  avec  grand  soin,  surtout  une 
aimable  mélodie  inédite  de  sa  composition  —  qui 
sera  bientôt  populaire.  A.  B.  O. 

I^ASSKLT.  —  Jeudi  soir,  a  eu  lieu  la  dislri- 
-^C  bution  solennelle  des  prix  aux  élèves  de 
l'Ecole  de  musique,  dirigée  par  M.  Van der  Heydcn. 
La  séance  s'est  ouverte  par  un  concert,  qui  a 
permis  au  nombreux  auditoire  d'apprécier  les 
résultats  remarquables  de  l'enseignement  de 
l'Ecole. 

Le  quatuor  de  Haydn,  qui  commençait  la  partie 
musicale,  a  été  exécuté  avec  ensemble  et  avec  une 
observation  assez  correcte  des  nuances,  par 
MM.  Wagemans,  Janssen,  Van  den  Branden  et 
Quaedvlieg,  quatre  élèves  de  la  classe  de  M.  Mar- 
sick. 

La  petite  Van  der  Heyden,  âgée  à  peine  de 
neuf  ans,  fille  du  directeur  de  l'Ecole,  nous  a 
surpris  par  l'agilité  de  ses  doigts  mignons  dans 
une  sonatine  de  Steibelt,  ainsi  que  par  son  jeu 
correct  dans  l'accenluation  des  nuances  et  l'inter- 
prétation de  ces  quelques  pages  classiques. 
M"''  Bertha  Brauns  a  enlevé  son  caprice  Folletto.de 
Wachs,  avec  beaucoup  de  goût  et  de  précision. 
C'est  une  élève  qui  promet,  si  elle  veut  bien 
étudier. 

'Le Réved'Ariel,un  Scherzo-valse  de  Prudentont  été 
exécutés  par  M""  Svyinnen,  une  des  élèves  les  plus 
fortes  sorties  du  cours  de  piano  de  M.  J.  Van  der 
Heyden. 

La  classe  de  violon  (professeur  M.  Marsick), 
était  représentée  par  une  toute  jeune  fille,  MH^^San- 
dini,  qui  a  joué  une  sonate  de  Vivaldi,  et  par 
M.Jean  Van  den  Branden,  qui  s'est  distingué,  dans 
le  23"  concerto  de  Viotti,  par  un  coup  d'archet 
franc  et  une  interprétation  classique. 

La  classe  de  clarinette  (professeur  M  Wilmet), 
—  qui  va  nous  quitter,  à  la  suite  de  sa  nomination 
comme  chef  de  musique  au  2"  lanciers,  —  était 
représentée  par  ses  deux  meilleurs  élèves  : 
MM.  Désiré  Poncin  et  Edouard  Kusters.  On  a 
remarqué  la  pureté  de  son  et  le  phrasé  correct  de 
ces  deux  élèves. 

Le  clou  de  la  soirée  a  été  l'exécution  de 
l'Adus  tragicus,  cantate  de  J.-S.  Bach  pour 
chœurs  et  orchestre  (i3o  exécutants). 

M.  Van  der  Heyden  nous  avait  déjà  donné,  à 
d'autres  concerts  de  l'Ecole,  des  chœurs  du  Salo- 
mon  de  HEendel,  mais  aucune  œuvre  encore  de 
l'importance  vocale  de  cette  grande  composition 
de  Bach.  L'interprétation  a  été  remarquable  par 
l'ensemble. 

L'honneur  en  revient  entièrement  au  chef  de 
l'Ecole,  M.  Jules  Van  der  Heyden,  un  musicien 
de  race  et  de  science,  à  qui  nemanquent  ni  l'éner- 
gie ni  le  savoir  pour  mettre  à  l'étude  les  œuvres 
des  grands  maîtres. 


Stte- 


2Ti 


MSTERDAM.   —  Au  premier  concert  de 

J~^  la  Société  Excclsior,  sous  la  direction  de 
M.  Viotfa,  nous  avons  entendu  la  messe  composée 
par  Liszt  pour  le  couronnement  du  roi  de  Hongrie, 
à  Gran.  Le  public  n'a  pas  paru  goûter  beaucoup 
l'œuvre.  Il  l'a  écoutée  au  milieu  d'un  silence  gla- 
cial. L'exécution  de  cet  ouvrage  difficile  a  laissé, 
d'ailleurs,  beaucoup  à  désirer,  manquant  d'unité  et 
paraissant  de  beaucoup  au-dessus  des  forces  cho- 
rales d'Excelsior.  Celles-ci  ont  pris  une  revanche 
éclatante  dans  la  Nuit  de  Walpurgis  de  Mendels- 
sohn,  auquel  le  public  a  fait  un  excellent  accueil 
et  où  le  ténor,  M.  Rogmans,  surtout  s'est  distin- 
gué. Les  soli  de  ce  concert  étaient  confiés  à  des 
chanteurs  néerlandais.  M"°'  Jacobson,  Reinders, 
MM.  Rogmans  et  Van  Duinen. 

Je  ne  connais  pas  un  plus  grand  contraste  que 
la  messe  de  Liszt  et  la  messe  en  si  mineur  de 
Bach,  cette  œuvre  monumentale  du  maître  im- 
mortel, exécutée,  samedi,  au  concert  de  la  Société 
pour  l'Encouragement  de  l'Art  musical,  sous  la  di- 
rection de  M.  Rôntgcn,  et  qui  a  produit  la  plus 
profonde  émotion,  en  dépit  d'une  exécution  très 
médiocre  sous  tous  les  rapports.  Les  solistes 
mêmes,  M™'''  Uzielli  et  Fleisch,  de  Francfort,  et 
M.  Litzinger,  de  Berlin,  n'étaient  pas  à  la  hauteur 
de  leur  tâche.  M"""  Uzielli  paraissait  mal  dispo- 
sée; elle  a  beaucoup  mieux  chanté  en  tous  cas 
le  lendemain,  au  troisième  Beethoven-Concert, 
qui  avait  attiré  un  très  nombreux  auditoire  auCon- 
certgebauw.  Elle  a  chanté  les  Lieder  de  Claire,  de 
la  musique  cCEgmoiit  et  l'air  de  concert  Ah!  petfido, 
composé  en  1796.  La  deuxième  partie  du  pro- 
gramme se  composait  de  la  troisième  symphonie, 
supérieurement  exécutée  sous  la  direction  magis- 
trale de  Willem  Kes,  qui  est  décidément  le  pre- 
mier capellmeister  que  les  Pays-Bas  possèdent 
en  ce  moment. 

J'ai  encore  à  mentionner  le  succès  exceptionnel 
obtenu,  au  dernier  concert  philharmonique,  par 
une  cantatrice  de  Cologne,  M"""  Charlotte  Iluhn, 
qui  est  une  chanteuse  dramatique  remarquable,  et 
où  M.  Henri  Pétri,  actuellement  concertmeistcr  à 
Dresde,  un  excellent  violoniste,  un  peu  froid,  a  été 
vivement  applaudi. 

En  attendant  la  première  de  Samson  et  Dnîila, 
annoncée  pour  mardi  prochain,  l'Opéra-Frnnçais 
nous  a  donné  Hainlet,  un  des  ouvrages  les  plus 
faibles  d'Ambroise  Thomas.  M""'  Vaillant-Coutu- 
rier a  obtenu  un  succès  d'enthousiasme  dans  le 
rôle  dOphélie.  bien  que,  pour  ma  part.  M'"''  An- 
dral  m'ait  paru  bien  supérieure  dans  le  rôle  ingrat 
delà  Reine.  Le  baryton  Barthini  (Hamlet)  a  eu  de 
bons  moments,  mais  l'orchestre  et  les  chœurs  ont 
laissé  à  désirer. 

L'Opéra- Néerlandais  a  osé  nous  donner  la  pre- 
mière représentation  des  PagUacci.  libretto  et  mu- 
sique de  Leoncavallo.  Le  libretto  a  été  traduit 
métriquement  en  prose  néerlandaise  par  M.  van 
der  Linden,  le  chef  d'orchestre  et  l'auteur  du 
Siège  de  Leyde,  joué  en  ce  moment  à  Anvers,  au 
Théâtre-Flamand.  J'ignore,  et  je  ne  puis  affirmer, 
si  l'orchestration  des  PagUacci  qu'on  nous  a  jouée 
est  réellement  de  Leoncavallo  ou  si,  pour  échap- 
per aux  droits  et  pour  ne  pas  en  perdre  l'habi- 
tude, M.  de  Groot  a  fait  arranger  la  partition 
d'orchestre  sur  la  réduction  pour  piano  par  un 
musicien  du  cru.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  certain 


16 


LE  GUIDE  MUSICAL 


que    l'œuvre   du    jeune  mattre    italien  a   reçu    à 
Amsterdam,  comme  partout  ailleurs,   un    accueil 
enthousiaste.  Une  des  causes,  selon  moi,  de  l'en- 
thousiasme produit  partout  par  les  premiers  opé- 
ras de  Mascagni  et  Lconcavallo,  ces  deux  apôtres 
du  «  Verismo  italien  »,  c'est  la  supériorité  de  leurs 
hbretti  sur  tout  ce  qui  s'est  produit  en  France  et 
en  Allemagne  dans  les  derniers   temps,  et   l'inté- 
rêt réel   que  le  sujet  des    Pa^Harci  ci  de  Cavallevia 
nishcaiia    inspire.    Quant     à     la     musique     de    cet 
opéra,     de   couleur  absolument    moderne  comme 
érudition,  comme  travail,  comme  forme  et  comme 
orchestration,  elle  est  bien  supérieure  à  CnvaUeria, 
mais  comme  spontanéité  d'inspiration  mélodique, 
Leoncavallo  ne  senrble  pas  égaler  Mascagni    qui 
reste   Italien  envers    et   malgré    tout,    tandis  que 
Leoncavallo    est    idutôt   un    éclectique     Quant   à 
lexecution   de   sa   partition  par  l'Opéra-Néerlan- 
«.ais,  elle  a  laissé  beaucoup  à  désirer.  Je  n'ai  que 
des  éloges  à  décerner  à  U.  Urelio,  le  barvton    et 
a    M     Pauwels,     le    ténor,     deu.x      vétérans   "de 
1  Opéra  Néerlandais,    sans   oublier   le  chef   d'or- 
chestre, M.  Van  der  Linden,  qui  s'est  donné  beau- 
coup de  peine;  quant  à  M""  Vermeeren  (Nrdda'i, 
elle    a    ete    aussi    malhabile  comme    comédienne 
qu  insuffisante  comme  chanteuse.   Les  chœurs  et 
1  orchestre   ont  donné  ce    qu'ils  ont  pu 


^^ 


Intérim. 


\  I  J^^^^^^LLE.  —  La  concurrence  est  l'âme 
'^^  du  commerce,  dit-on.  Elle  l'est  aussi  de  l'art 
et  de  toutes  les  productions  humaines,  et  se 
nomme,  en  ce  cas,  l'émulation.  Nous  en  voyons 
les  bons  effets  dans  l'ordre  musical,  par  les  soins 
et  la  recherche  que  mettent  nos  deux  sociétés  de 
quatuors  à  varier  leurs  programmes  et  à  mériter 
notre  estime.  Cet  état  de  choses  a  produit  depuis 
trois  ans  une  surexcitation  on  ne  peut  plus  heu- 
reuse dans  notre  vie  musicale,  et  c'est  un  specta- 
cle très  consolant,  je  vous  assure  de  voir  nos 
amateurs  accourir  en  nombre  à  ces  séances,  écou- 
ter et  discuter  passionnément  les  œuvres  si  diffé- 
rentes qui  nous  sont  données,  comparer  l'art 
ancien  à  l'art  moderne,  et  en  tirer  profit  et  ensei- 
gnement. 

Le  quatuor  Lantier  nous  a  fait  connaître  à  sa 
seconde  séance,  le  quintette  avec  clarinette,  de 
Brahms.  Cet  ouvrage  a  trouvé  ici  un  succès  aussi 
grand  que  chez  vous.  Deux  répétitions  préalables 
auxquelles  ces  messieurs  avaient  convié  leurs 
abonnés,  ont  pu  en  faciliter  la  compréhension  et 
le  faire  connaître  dans  tous  les  détails  de  sa  fac- 
ture, comme  dans  toute  l'intimité  et  la  profondeur 
de  sa  pensée.  Il  n'y  a  eu  qu'une  voix  pour  pro- 
clamer ce  quintette  comme  une  des  œuvres  les 
plus  considérables  venues  depuis  Beethoven;  et 
les  lignes  —  reproduites  sur  le  programme  — 
par  lesquelles  votre  collaborateur  Van  Santen 
Kolff  exprime  son  opinion,  ont  trouvé  chez  nous 
la  plus  exacte  et  la  plus  passionnée  des  confirma- 
tions. 

Je  ferai  une  simple  remarque  au  point  de  vue 
de  la  constitution  instrumentale  de  l'œuvre.  En 
genéial,  le  timbre  de  la  clarinette  se  marie  fort 


heureusement  aux  instruments  à  cordes,  et  donne 
lieu  à  de  délicieuses  sonorités.  Mais  n'y  a-t-il  pas 
quelque  anomalie  à  imposer  dans  l'adagio  les  sour- 
dines aux  cordes,  pour  en  tirer  une  expression 
sonore  à  lequelle  échappe  et  contredit  le  timbre 
forcément  uniforme  de  l'instrument  à  vent?  Ce 
défaut  m'a  toujours  frappé  dans  toutes  les  compo- 
sitions d'orchestre  anciennes  ou  modernes  où 
les  sourdines  se  retrouvent,  et  je  voudrais  savoir 
l'impression  des  auteurs  à  ce  sujet.  En  l'état,  je 
crois  qu'il  ne  peut  y  avoir  qu'une  exécution 
extraordinairement  habile  des  bois  et  des  vents 
capable  d'atténuer  un  peu  ce  disparate. 

Je  le  répète,  l'effet  du  quintette  a   été  considé- 
rable et  a  grandi  beaucoup  l'auteur  dans  l'opinion 
de  nos  musiciens.  Il   faut   vous    dire  que  Brahms 
est  peu  répandu  ici.  En  dehors  d'un  salon  privé 
dans    lequel   une   femme   d'esprit,  musicienne   de 
talent  peu  commun,  a  instauré  un   véritable  culte 
pour  lui,  les  occasions  ont  toujours  été  très  rares 
de  le  connaître.  Une  sonate,  un  quatuor,  quelque 
fragment  vocal,   voilà  tout  ce  que  je  me  rappelle 
avoir  entendu  en  public  de  Brahms  et  toutes  les 
instances    adressées    à  nos   concerts    classiques, 
pour    introduire    enfin    quelque  symphonie  de  ce 
grand  maître    dans  leurs  programmes,  a  jusqu'ici 
inexplicablement  échoué.  Ce  n'est  pas  la  première 
faute  qui  soit  à  reprocher  à  ces  messieurs,  comme 
je   vous  le   disais    dans    ma    dernière   chronique. 
Dieu  sait   si  j'aime  et    si  j'estime  Saint-Saëns, 
mais  je  dois  à  la  vérité  de  déclarer  que  sa  sonate 
pour  piano    et    violoncelle  op.   Sa  a  terriblement 
souffert    du    voisinage  de  Brahms.   Il  me  semble 
bien  pourtant  que  cette  sonate  n'est  pas  à  la  hau- 
teur du  trio  et  du  quatuor  par  exemple;  je  n'y  vois 
que  des  qualités  estimables,  et,  ma  foi,  j'avoue  que 
l'estimable  seul,  dans  l'art,  est  proche  parent  de 
l'inutile  et  du  fastidieux.  Le  temps  nous  manque, 
et  la  vie  ne  suflît  pas  aux  chefs-d'œuvre;  pourquoi 
s'attarder  alors  aux  choses  inférieures  ?  Il  est  vrai 
aussi  que  le  répertoire  de  l'excellent  en  tout  genre 
est  borné,    et   qu'il  faut  un  peu    descendre  pour 
l'alimenter. 

La  Société  Lantier  annonce  pour  ses  deux  der- 
nières séances  le  deuxième  trio  de  Saint-Saëns,  la 
sonate  avec  alto  ainsi  qu'un  quatuor  de  Rubin- 
stein,  enfin  le  septuor  et  le  quatuor  en  ut  dièze 
de  Beethoven. 

De  son  côté,  la  Société  Roche,  qui  donne  six 
séances,  a  déjà  exécuté  les  lo' et  ne  de  Beetho- 
ven, une  sonate  avec  violoncelle  de  RafF.  qui  a 
médiocrement  plu,  soit  au  point  de  vue  de  la  com- 
position proprement  dite,  soit  comme  eflfet  spécial 
à  l'instrument,  et,  enfin,  un  quatuor  de  Rubinstein 
pour  instruments  à  cordes  seuls. 

La  Société  des  concerts,  elle,  ayant  le  choix 
entre  les  œuvres  et  les  maîtres,  a  choisi,  quoi?  la 
Vierge  de  M.  Massenet,  suivant  en  cela  probable- 
ment le  calcul  de  l'auteur;  elle  s'est  dit  que  Marie- 
Madeleine  ayant  plu,  il  y  avait  là  comme  genre  et 
comme  auteur  une  mine  à  exploiter,  et  elle  a 
adopté  la  Vierge,  en  attendant  sans  doute  le  com 
plément  de  la  trilogie,  Eve.   Trois  auditions  en  ont 


LE  &UIDE  MUSICAL 


17 


été  données,  mais  je  doute  que  les  deux  dernières 
aient  été  fructueuses^  car,  rompant  avec  les  ha- 
bitudes de  bienveillance  que,  dans  un  esprit  mal 
entendu  de  sauvegarde  pour  l'institution,  elle  s'est 
imposées,  la  presse  a  été  unanime  pour  dire  son 
fait  à  cette  production  inférieure  et  pour  critiquer 
la  Société  a'un  choix  si  malencontreux,  alors  que 
tant  d'autres  chefs-d'œuvre  sont  par  elle  écartés. 
Le  note  la  plus  vive  a  été  donnée  par  le  Sémaphore. 
«  Eve,  Marie,  Jésus,  dit-il,  figures  d'une  poésie 
grandiose  et  touchante,  exigent  de  l'artiste,  à  dé- 
faut du  génie,  à  défaut  de  la  loi,  une  représentation 
congruente  à  leur  nature  et  a  leur  rôle,c'est-a-dire 
de  la  dignité,  du  respect,  du  talent,  avec  du  sens 
commun.  Nous  avons  pu  passer  a  la  Madeleine  de 
M.  Massenet  sa  piété  et  son  amour  suspects  pour 
l'Homme-Dieu,  au  prix  des  accents  séduisants  qui 
les  exprimaient.  Mais  dépouillée  de  ces  charmes 
précieux,  la  Vierge,  roucoulant  un  duo  aveclange 
Gabriel,  ne  nous  apparaît  plus  que  dans  le  gro- 
tesque de  sa  tentative  et  le  néant  de  son  impuis- 
sance. H 

Il  y  a  aussi  le  théâtre.  Celui-là  désarme  la  cri- 
tique et  ferait  enchérir  les  points  d'exclamation, 
je  veux  dire  d'indignation.  Tout  y  est  mirifique  et 
labuleux  :  la  direction,  partagée  entre  on  ne  sait 
combien  d'associés,  d'actionnaires  et  d'adminis- 
trateurs, plus  Ignorants  les  uns  que  les  autres;  le 
règlement,  entre  les  mains  d'une  commission  com- 
posée de  trois  abonnes  et  quatre  conseillers  mu- 
nicipaux, lesquels  s'arrachent,  se  repassent  ou  se 
renvoient  les  décisions  relatives  aux  débuts;  la 
troupe,  formée  d'un  nombre  invraisembiable  de 
nullités,  lesquelles  trouvent  encore  des  applau- 
dissements et  des  panégyristes  ;  le  répertoire  et 
les  exécutions,  qu'on  croirait  de  cinquante  ans  en 
arriére.  Nous  en  sommes  encore,  le  croiriez-vous? 
aux  Mousquetaires  de  la  reiiie^  à  Si  j'étais  roi  et  au 
Trouvère,  que  l'on  vient  de  reprendre  après  di.'i  ans 
,  de  délaissement.  Il  est  vrai  que  vous  en  êtes  bien, 
vous,  à.  Jérusalem  !  Nous  n'avons  donc  rien  a  vous 
envier;  et  la  preuve,  c'est  que  pour  achever  la 
ressemblance,  on  va  nous  redonner  la  iVMî<  de  Noël, 
ballet  de  M.  Stoumon,  que  vos  directeurs  nous 
firent  connaître  lors  de  leur  passage  ici,  il  y  a 
cinq  ans.  Acte  de  reconnaissance,  sans  doute,  de 
l'ancien  pensionnaire  de  ces  messieurs,  devenu 
^.  notre  directeur  actuel,  M.  Lestellier. 
*  Si  à  cela  vous  ajoutez  que,  après  deux  mois 
>  d'exercice,  les  débuts  ne  sont  pas  termines  et  que 
le  défilé  d'œuvresnous  impose  des  séries  intermi- 
nables des  opéras-scies  du  répertoire,  vous  com- 
prendrez facilement  que  le  vide  se  fasse  dans  la 
salle  Beau vau,  malgré  la  présence  de  M.  Escalais, 
le  fort  ténor,  dont  les  ut  de  poitrine  parviennent 
seuls,  à  peine,  à  attirer  quelques  spectateurs. 


"OEIMS.  —  Le  théâtre  de  Reims  vient  de 
•■^^  jouer  pour  la  première  fois  un  drame  lyrique, 
Roseinonde^  paroles  de  M.  Ducros,  musique  de 
J.-A.  Wiernsberger,  dont  une  exécution  avait  déjà 
eu  lieu  l'année  dernière  à  Tournai.  Rosemonde  a  été 


très  bien  accueilli  par  le  public  de  Reims,  encore 
qu'il  soit  peu  familiarisé  avec  le  style  du  drame 
lyrique.  La  partition  de  M.  Wiernsberger  est  une 
œuvre  tout  à  fait  moderne  oti  l'orchestre  n'a 
pas  que  le  simple  rôle  d'un  accompagnateur. 
M.  Wiernsberger  lui  a  donné  une  large  part  dans 
la  conception  dramatique.  Si  le  premier  acte, 
malgré  ou  peut-être  à  cause  de  la  richesse  d'or- 
chestration, fait  éprouver  une  sorte  de  sensation  de 
monotonie,  les  beautés  de  la  partition  n'en  sont 
pas  moins  nombreuses  et  d'aucunes  sont  d'un  ordre 
élevé.  Chaque  fois  qu'on  y  rencontre  un  dessin 
mélodique,  il  n'est  pas  banal,  ni  quelconque;  la 
grande  scène  du  sacrifice  est  très  belle  ;  l'invoca- 
tion du  grand  prêtre  et  le  chœur  des  Lombards 
dans  la  coulisse  sont  d'un  bel  effet.  Le  récitatif  de 
Grimoald  et  la  chanson  à  boire,  que  M.  Grimaud 
a  fait  bisser,  sont  de  grande  allure.  Au  second 
acte,  il  faut  signaler  les  strophes  de  l'amour,  la 
scène  entre  Longin  et  Rosemonde. 

L'auteur,  M.  Wiernsberger,  qui  a  été  appelé  et 
chaleureusement  applaudi  au  baisser  du  rideau, 
doit  être  satisfait  de  son  orchestre,  du  chef  et  des 
artistes  qui  l'ont  si  bien  secondé;  ils  peuvent 
réclamer  une  large  part  dans  le  succès  :  M™''  Es- 
siani,  MM.  Grimaud,  Lamarche  et  la  basse, 
M.  Cormerais  qui  a  tenu  "avec  mérite  un  rôle  de 
premier  plan.  Tout  le  monde  a  bien  mérité  du 
public,  et  le  public  s'est  retiré  satisfait. 

!^louvelles     'diverses 


■4*-  Le  27  décembre,  jour  de  la  San  Stefano, 
s'est  ouverte  la  saison  au  carnaval  au  théâtre  de 
la  Scala,  à  MUan.  On  donnait  la  Walkyrie,  dont  la 
première  avait  été  annoncée  a  grand  reulort  de 
réclames  par  la  direction  au  théâtre.  L'exécution 
n'a  malheureusement  pas  répondu  à  l'attente  du 
public,  et  même  l'urchcsue,  sOus  la  direction  du 
maestro  Mascheroiu,  a  été  tout  a  fait  au-dessous 
de  sa  tâche.  Bref,  ça  ete  un  échec  pour  la  direc- 
tion, qui  comptait  sur  la  Walkyrie  comme  pièce  de 
résistance  Ue  la  saison. 

•4+  La  Walkyrie  va  être  montée  sur  presque 
tous  les  théâtres  de  l'Italie  et  a'Espagiie,  et  par- 
tout on  adopte  la  mise  en  scène  et  les  trucs  de 
l'CJpera  de  Pans. 

Les  directeurs  de  Milan,  de  Gènes,  de  Madrid, 
de  Barcelone  et  de  Lisbonne  sont  venus  a  Pans 
étudier  l'interprétation  de  l'œuvre  de  Wagner,  et, 
avec  eu.^,  les  chefs  d'orchestre,  les  peintres  déco- 
rateurs et  les  machinistes. 

A  la  Scala  de  Milan,  on  a  remplacé  les  projec- 
tions de  la  Chevauchée  par  les  plans  inclines, 
avec  les  chevaux  à  roulettes,  imaginés  par  le 
régisseur  de  i'Upera,  M.  Lapissida. 

•i"-  On  annonce  de  Berlin  le  prochain  mariage 
de  M"=  Elisabeth  Leisinger,  cantatrice  attachée  à 
l'Opéra  de  Berlin,   dont  on  se  rappelle  les   débats 


18 


LE  GUIDE  MUSICAL 


mouvementés  à  l'Opéra  de  Paris.  M""  Leisinger 
épouse  le  bourgmestre  de  la  petite  ville  d'Esslin- 
gen,  M.  Max  Muhberger,  et  renonce  à  la  carrière 
théâtrale. 

•t|.  M.  César  Thomson,  le  célèbre  violoniste, 
et  M™"  Delhaze,  pianiste,  tous  deux  professeurs 
au  Conservatoire  de  Liège,  viennent  de  faire  une 
tournée  en  Allemagne  et  ont  remporté  des  lau- 
riers partout  où  ils  se  sont  fait  entendre  :  Mann- 
heim,  Augsburg,  etc.  Le  dernier  concert  a  été 
donné  à  Hambourg,  où  le  succès  est  devenu 
presque  un  triomphe.  Les  journaux,  notamment 
les  Hamburger  Nachrichten,  ne  tarissent  pas  d'éloges 
sur  le  talent  absolument  génial  de  M.  Thomson, 
et  sur  la  technique  prestigieuse  de  M™«  Delhaze 
dans  la  Giga  et  Presto  de  Scarlatti,  la  brillante 
étude    de    Martucci  et  l'impromptu  de  Chopin. 

■»i*  Après  celui  de  Zola,  voici  l'avis  de  Roche- 
fort  sur  la  musique  et  les  musiciens. 

Dans  V Intransigeant  de  samedi,  Rochefort  s'in- 
digne que  la  souscrijjtion  pour  le  monument 
Gounod  ait  produit  cent  mille  francs  en  quelques 
semaines,  tandis  que  Victor  Hugo,  mort  depuis  dix 
ans,  attend  vainement  sa  statue,  pour  laquelle  on 
n'a  péniblement  recueilli  que  douze  ou  treize 
milliers  de  francs.  Et  il  constate  que  «  la  masse  de  la 


nation  française  est  non  moins  ignare  en  peinture 
qu'en  musique,  bien  qu'elle  se  considère  comme 
un  juge  à  peu  près  infaillible  en  matière  d'art  ». 
Il  rappelle  alors  les  fours  célèbres  de  Guillaume 
Tell,  de  Carmen  et...  de  Faust,  démentis  par  la  suite 
et  devenus  de  gros  succès.  Mais  cela  ne  l'empêche 
pas  de  déclarer  immédiatement  après  que  «  les 
récitatifs  de  Lohengrin  et  de  la  Walkyrie  sont  à  cre- 
ver d'ennui  «  [sic).  En  cela,  par  exemple,  il  reste 
dans  la  note  habituelle  de  son  journal,  dont  on  se 
rappelle  la  campagne  épileptique  contre  Lohengrin, 
à  l'Opéra.  A  cette  époque,  V Intransigeant  poussa  la 
critique  musicale  jusqu'à  donner  la  recette  de 
pois  fulminants  ou  asphyxiants  qu'il  conseillait  à 
ses  partisans  de  jeter  sur  les  spectateurs  ! 

■tf»  D'une  correspondance  d'Orient  :  n  A  l'église 
des  PP.  Jésuites  de  Shcing  haï,  on  a  inauguré  un 
orgue,  fabriqué  par  un  frère  coadjuteur  (Chinois). 
Les  tuyaux  sont  en  «  bambou  »  au  lieu  de  métal. 
Le  son  est  d'une  douceur  incomparable  :  on  n'a 
pas  entendu  en  Europe  quelque  chose  d'aussi 
moelleux  et  d'aussi  agréable  à  l'oreille.  C'est 
angéliquc  et  surhumain  «. 

Pour  chinoise  qu'elle  est,  l'innovation  n'en  paraît 
pas  moins  ingénieuse,  et  il  y  a  là  peut-être  une 
indication  précieuse  pour  nos  facteurs  d'orgues. 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


C.  SAINT-SAËNS 


NUIT  PERSANE 


Poème  d'Armand  RENAUD 


Partition  d'orchestre  . 
Parties   dorehestre     . 
Partition   piano   et   chant. 
Parties  de  chœur 


Prix  net,  Fr.  25 

„        »    30 

«       8 


LE  GUIDE  MUSICAL 


19 


BIBLIOGRAPHIE 


Cours  DE  VIOLON,  par  Alfred  Boutin,  chez  l'au- 
teur, 29,  rue  Beaurepaire,  à  Paris. 

M.  Boutin,  professeur  de  solfège  aux  Ecoles 
communales  de  la  ville  de  Paris,  vient  de  faire 
paraître  une  Méthode  de  violon  qui  est  appelée  à 
rendre  de  grands  services  aux  commençants.  Les 
leçons  sont  habilement  graduées  et  rédigées  par 
un  artiste  qui  a  étudié  à  fond  la  question. 

^  M.  Georges  Humbert,  professeur  au  Con- 
servatoire et  chef  d'orchestre  des  concerts  de 
Lausanne,  vient  de  fonder,  avec  M.  Adolphe 
Henn,  un  organe  musical  romand,  dont  le  pre- 
mier numéro  vient  de  paraître.  Cette  Gazette  musi- 


cale de  la  Suisse  romande  sera  publiée  les  i"  et  1 5  de 
chaque  mois.  On  y  trouve  des  correspondances 
musicales  de  Genève,  Lausanne,  Neuchâtel, 
Paris,  Lyon  et  Bruxelles,  et  une  série  de  nou- 
velles musicales  et  de  notes  bibliographiques. 
Les  collaborateurs  principaux  sont  MM.  Bel- 
laigue,  BourgaultDucoudray,  William  Cart,  de 
Casembroot,  A.  Ernst,  Saint-Saëns,  Tiersot  et  la 
plupart  des  écrivains  musicaux  romands.  Souhai- 
tons bon  succès  à  ce  nouveau  journal. 

■t^  Vient  de  paraître,  chez  F.  Hayez,  à  Bru- 
xelles, VArt  libre  et  renseignement  de  la  musique,  dis- 
cours prononcé  par  M.  Adolphe  Samuel  dans  la 
séance  publique  de  la  classe  des  beaux-arts  de 
l'Académie  royale  de  Belgique,  le  29  octobre 
dernier.  Nous  reviendrons  sur  cet  intéressant 
écrit,  qui  soulève  de  nombreuses  réflexions. 


DE   LA   MAISON 

BREITKOPF  &  Hv^RTEL 

Montagne    de    la    Cour,    45,     BRUlLEIil^EN 

Yient  de  paraître  : 

net  fr.  5  — 


Clavierstùke,  op.  ii8,  net  fr.  5 

Nos  I.  latermezzo,  la  mineur 

2.  Intermezzo,  la  majeur 

3.  Ballade,  sol  mineur 

4.  Intermezzo, /a  mineur 

5.  Romanzo,/a  majeur 

6.  Intermezzo,  mi  bémol  m^ 


Op.  iig. 

N"^  I.  Intermezzo,  si  mineur 

2.  Intermezzo,  mi  mineur 

3.  Intermezzo,  do  mineur 

4.  Rapsodie,  do  bémol  majeur. 


Cantilène,  pour  piano  et  violon 


net  fr.  2  — 


Le  Catalogue  des  Instruments  de  musique   et  accessoires  est 
envoyé   franco    à    toute    personne    qui    en    fait    la    demande 

FIAirOS  EECHSTEIIT  -  PIAFOS  BLUTHITEH 
HARMONIUMS   ESTEY 


20 


LE  GUIDE  MUSICAL 


NÉCROLOGIE 


Est  décédé  : 

A  Paris,  à  l'âge  de  quatre-vingt-cinq  ans,  Victor 
Schœlcher,  homme  politique  et  publiciste,  célèbre 
par  sa  participation  à  l'œuvre  de  l'émancipation 
des  esclaves  dans  les  colonies  françaises,  membre 
inamovible  du  Sénat.  Victor  Schœlcher  était  un 
amateur  distingué  de  musique.  Il  laisse  une  vie  de 
Htendel,  écrite  pendant  son  exil  en  Angleterre,  sous 
l'Empire. 

Il  possédait  une  très  riche  collection  d'instru- 
ments de  musique    des  peuples   sauvages,  qu'il  a 


I  donnée  au  Conservatoire  de   Paris,   et  un   grand 
I   nombre  d'éditions  rares,  qu'il  a  léguées  à  la  Biblio- 
I  thèque   nationale.  Il  a  donné  aussi  diverses  pré- 
cieuses collections  à  l'Ecole  des   beaux-arts  et  au 
musée  de  Cluny. 


Afin  de  permettre  à  nos  abonnés  nouveaux 
de  participer  à  nos  primes,  nous  les  prévenons 
qu'ils  pourront  souscrire  jusqu'au  i5  janvier, 
au  magnifique  PORTRAIT  A  L'EAU- 
FORTE  DE  BEETHOVEN,  parL.Dake 
(hauteur  47  i/2centim.,  largeur  Sy  i/2centim., 
sans  les  marges),  au  prix  de  faveur  de  20 francs. 


MACKÂE  et  KÛEL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

£*  .A.  H  I  s 

Propriétaires  des  œuvres  de  TscbaiUoiVMky,  Gottschaik,  Prudent,  Allard 
des   Archives   du  pianu    et   de  la   célèbre   llétbode   de   piano    A.   £e   Carpenticr 

Seuls  dépositaires  de  l'Edition  Cbarnot,  spécialement  consacrée  à  la  musique  de  violon 

CEUVRES       POUR      ORCHESTRE 


Op.  2.  N"  3   Ciiant  sans  paroles  ; 

Partition 3     » 

Parties  séparées 4     " 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     i     » 
op.  3.  Le  Voyevocie,  ouverture  extraite  : 

Partition 5     » 

Parties  séparées 10     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5o 
—  LeVoyevoae,  entracte  et  airs   de  ballet 
extraits    (nouvelle   édition   revue    par 
l'auteurj  ; 

Partition 8     » 

Parties  séparées, 20     » 

Parues  supplémentaires  cordes   chaque     2     » 
Op.  r3.  Première  Sympttonie  en  sol  mineur 

Partition i5     » 

Parties  séparées. 3o     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3     » 
Op.  14.  ~V  akoula  le  Forgeron,  ouverture  extraite 

Partition  d'orchestre 6     » 

Parties  séparées r5     « 

1  arties  supplémentaires  cordes    chaque     r  5o 
Op.  i5.  Ouverture  Iriomptiale  sur  riiymne 
danois 

l-aruiion  .  6     » 

Parties  séparées  (copiéesj 

Parties  suppl.  cordes  (copiées)     chaque 
Op.  r7.  Deuxième  symptionie(diie  sympho- 
nie russej  en  «i  mineur 

Partition 25     « 

Parties  séparées 35     » 

Parues  supplémentaires  cordes    chaque     3     » 
Op.  18.  La  Tempête,  fantaisie  d'après  Shakespeare 

partition 12     » 

Parties  séparées 20     » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     2     » 
Op.  20.  Le  Lac  des  cygnes,  valse  extraite  ; 

Parties  séparées ro     » 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     r  25 


—  Pot-pourri,  arrangé  pour  petit  orches- 

tre, par  N.  Ars. 

Parties  séparées 8 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     i   ' 
Op.  23.  Premier  Concerto  en  si  bémol,  pour 
piano  : 

Partition 20 

Parties  séparées 12 

Parties  supplémentaires  à  cordes,  chaque  r   ; 
Op.  24.  Eugène  Onéguine,  valse  extraite  de 
1  opéra  ; 

Partition 5 

Parties  séparées 20 

Parties  supplémentaires  à  cordes,  chaque  2 

—  Prélude  extrait  : 

Partition  orchestre 2 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  supplémentaires  à  cordes  (copiées) 

Op.  26.  Sérénade  mélancolique  pour  vio- 
lon; 

Partition 5 

Parties  séparées 4 

Parties  supplémentaires  à  cordes,chaque     r 

Op.  29.  Troisième  symplionie  en  ri  majeur 

Partition  ....  20 

Parties  séparées 3o 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3 

Op.  3t.  Marctie  slave 

Partition 10 

Parties  séparées i5 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     r 

Op.  32.  Francesca  da  Rimini,  fantaisie 
d'après  Dante 

Partition r5 

Parties  séparées 25 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 

Op.  33.  Variationspourvioloncellesur  un 
air  rucoco 

Partition 6 

Parties  séparées.      .      .      .      •      .      .      .   ro 
Parties  supplémentaires  cordes    chaque    r 


LE  GUIDE  MUSICAL 


21 


^ÉPERTOIRE^ES  THÉÂTRES JTJONCERTS^ 

Paris 

Opéra.  —  Du  25  au  3o  décembre  :  Faust.  Gwendo- 
line.  Gwendoline.  Faust. 

Opéra-Comique.  —  Du  25  au  3o  décembre  :  L'Attaque 
du  moulin,  le  Nouveau  Seigneur(matinée);  le  Pré  aux 
Clercs,  le  Déserteur.  Mignon.  L'Attaque  du  moulin. 
Philémon  et  Baucis,  les  Folies  amoureuses.  Le  Bar- 
bier de  Séville,  la  Fille  du  régiment. 

LES    CONCERTS    DU    DIMANCHE 

Concerts  d'Harcourt.  —  S"'  concert  populaire,  avec 
le  concours  de  M""  Clara  Janiszewska,  pianiste, 
de  M.  Ach.  Kerriou,  violoncelliste,  et  de  M.  Lafont, 
ténor.  —  Première  partie  •  Ouverture  de  Mignon 
(Amb.  Thomas);  Madrigal  (Ed.  Combe),  Tarentelle 
(Popper),  M.  Kerriou  ;  Célèbre  menuet  (Mozart), 
Improvisation  sur  des  anciens  Noëls  (E.  Gigout), 
M.    E.    Gigout;    Marche  nuptiale   de   Conte  d'Avril 


(Widor).  —  Deuxième  partie  •  Ouverture  de  la  Nuit 
de  Noël  (Reber);  Prélude  (Chopin),  Etude  (Chopin), 
Fileuse  (Mendelssohn),  M""  Janiszewska  ;  le  Dernier 
Sommeil  de  la  Vierge  (Massenet,;  Air  de  Benvenuto 
Cellini  (Diaz),  Noël  (Adam),  M.  Lafont;  Marche  du 
sacre  du  Prophète  (Meyerbeer). 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  25  décembre 
au  ler  janvier  ;  Orphée.  Faust.  Le  Barbier  de  Séville 
et  Farfalla.  Sigurd.  Orphée.  Sigurd.  Orphée. 

Théâtre  des  Galeries.  —  Miss  Robinson. 

Alcazar  royal.  —  Bruxelles- Port  de  mer. 
Vienne 

Opéra.  —  Du  26  décembre  au  i"  janvier  :  Les  Hugue- 
nots Siegfried.  Mignon.  Sylvia  et  I  Pagliacci.  Goet- 
terdammerung,  (;avalleria  et  Arlequin  électricien. 
Manon. 

An  der  Wien.  —  Le  Château  maudit.  Une  nuit  à 
Vienne.  La  pauvre  fille. 


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PROGRAMME 


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op.  1S9 F.  Schubert 

Andante  molto  —  Allegretto 
Andantino  (Sei  mir  gegrùsht) 
Allegro.  — ■  Presto. 


2.  La  Fée  d'amour,  morceau  ca- 

ractéristique de  concert  pour 

violon  et  piano J 

(Edition  Sarasate.) 

3.  a.  Polonaise-Fantaisie    .     .     . 
i-  Etude  en  forme  de  valse    . 

M™»  Bertha  MARX 


Raff 


Chopin 
Saint-Saëns 


4.  Quatre  danses  slaves  ?"■  violon    Dvorak 
a.  Lento  gracioso.  —  b.  Allegro 
c.  Allegretto  gracioso.   —  i.  Presto 
M. SARASATE. 


S.  a.  Le  Rossignol     .     .     .     .     ) 

b.  Vr  Rhapsodie  (piano  seul)  ' 

M™'-  Bertha  MARX 


Liszt 


Sararati; 


6.  Sérénade  andalouse .     . 

M. SARASATE 
PIANO   DE   LA    MAISON   ÉRARD 

Accompagnateur  :  M.  Otto  GOLD3CHMIDT 

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Galeries  de  côté  (numérotées) 8     »  '    Galeries  de  côté  (non  numérotées).      .      .      .     4     o 

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22 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Berlin 

Opéra.  —  Du  24  décembre  au  i''''  janvier  :  Mara  et  la 
Fée  des  poupées  et  Pagliacci,  Freyschûtz.  Tannhaeu- 
ser.  Csar  et  Charpentier  et  Cavalleria.  Faust. 
Pagliacci  et  Puppenfee.  Le  mariage  aux  lanternes. 
Lohengrin. 

Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  Le  lieutenant 
de  marine. 

Dresde 

Opéra.  —  Du  24  au  3i  décembre  ;  Les  Enfants  de 
la  forêt.  La  Flûte  enchantée.  Pagliacci.  Porcelaine 
de  Meissen.  Les  Huguenots.  L'Enlèvement  au  sérail. 
Les  Enfants  de  la  forêt. 


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MAURICE     KUFFERATH 

Rm  iu  Congrès,  2,  BruxeUts 

RÉDACTEUR  EN    CHEF 

HUGUES     IMBERT 

Rtu  Beaurepaire.  33,  Paris 

N.   Le  KiME,    SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  r2,  Bruxelles 
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Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten — Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

J.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

N.  Liez  -  I.  Will 

Dr  Dwelshauwers  —  Ernest  Closson 

Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

J.  BrUNET  —   A,  WiLFORD,   ETC,   ETC. 


abonnements 

aux  Bureaux  du  journal,  à  Bruxelles, 
2.  rue  du  Cougrès,  2 

à  Paris,  à  la  Librairie  Fischbacher 
33,   rue  de  Seine,  33 

France  et  Belgique  ...     i2  francs. 

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Pays  d'outre-mer  ....     18     — 


40'"  ANNEE 


7  Janvier  li 


SOMMAIRE 


E.  Evenepoel  :  Un  Précurseur  de  Wagner 
(L.  Vitet). 

Michel  Brenet  :  Les  Concerts  historiques. 

Marcel  Remy  :  Le  Quatuor  Ysaye. 

Maurice  Kufferath  :  Hermann  Lévi. 

Hugues  Imbert  et  Guy  Ropartz  :  Les  Con- 
certs à  Paris. 

Clirontqut  be  la  Sfmatnt  : 

Petites  nouvelles  de  Paris,  Bruxelles,  reprise  de 
Manon  à  la  Monnaie. 

Corrteponbancfs  : 
Amsterdam,  Anvers,  Berlin,  Dresde,  Gand,  Liège. 

Nouvelles  diverses. 
Bibliographie.  —  Nécrologie. 

5H555H5H5H5E5HH5gESra5HZ5H5E555a5H5BSH5a5H5g5Hra 

EN  VENTE  ,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  l'Ecuyer; 
Office  de  Publicité,  rue  de  la  Madeleine,  et  chez  les 
principaux  éditeurs  de  musique,  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,   33,  rue  de   Seine  ;  librairie  Flammarion. 

—  A  Londres  :  MM,  Breitliopf  et  Hœrtel,  i5,  Oxford 
Street  ;  Schott  et  C°,  Régent  street,  iSy-iSg.  —  A  Leipzig  : 
Otto  Junne.  —  A  Strasbourg  :  librairie  Ammel.  —  A 
Amsterdam,  Algemeene  Musikhandel,  Spui,  2.  —  A  La 
Haye,  Belinfante  frères. — A  Liège  :  M™"  veuve  Muraille, 
rue  de  l'Université.  -  A  Anvers  :  M.  Forst, place  de  Meir. 

—  A  Gand  :  M™  Beyer.    —  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit. 

—  A  Genève  ;  Ad.  Henn,  6,  rue  Grenus  —  A  Madrid  ; 
Martin. édit.,  4,  Correo.   —  A  St-PétersbDur»  :  R.  Viollet. 

—  A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Mexico  :  N  Budin.  — 
A  Montréal  ;  La  Montagne,  éditeur  de  musique. 

Le  numéro  :  40  centimes. 


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26 


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VENTE   —   ECHANGE   —   LOCATION 

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musicales 

(Puépertoire  des  Concerts  de  Monte-Carlo) 

Auvi'ay,  G.  Danse  tzigane,  pour  piano     net  i  70 

Parties  d'orchestre     ...       »  i     » 

Broustet.  Bonita,  valse  espagnole,  p"'  piano  2     » 

Pour  piano  à  quatre  mains.     .     .     »  3     » 

Parties  d'orchestre »  2     » 

Gervasio-  Nice-Casino,  galop,  p''  piano     »  i  70 
Parties  d'orchestre.      .     .     »  i     » 
Gillet,  E.   Douce   caresse,  pour  piano  .     «  2  00 
P'  instr.  à  cordes  (p°°  et  p'"==)  .     )i  2  5o 
Tellam,   H.    Le  Corso    blanc,    polka- 
marche  pour  piano »  i  70 

Pr  piano  à  quatre  mains    ...»  2     » 

Pr  piano  et  violon  ou  mandoline     «  2     » 

Parties  d'orchestre ni» 

—  Veglione-Polka,  pour  piano      ...»  i   70 

Parties  d'orchestre  .     .     .     .     »     i     » 

—  Violettes  russes,  polka-mazurka, pour 

piano »     I  70 

Parties  d'orchestre     »     i     n 

Nice,  PAUL  DECOURCELLE,  éditeur 

Propriété  pour  tous  pays 
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London  :  Stanley  Lucas,  Weber,  l'ill  k  ilartzfeid,  L'=d 


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Inspecteur  des  musiques  de  l'armée 
Ex-chef  de  musique  du  6«  régiraeut  Q'infanterie 

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XlE  @UIDE  iDUSICAL 


PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


40"  ANNÉE     —  NUMÉRO  2- 


Bruxelles,  le  7  janvier  1894. 


PRECURSEURS  WAGNERIENS 


'est  donc  avec  une  sorte  de  curiosité 
que  nous  avons  ouvert  cette  parti- 
tion... il  nous  tardait  de  jouir 
tranquillement  et  sans  bruit  du  spec- 
tacle de  ce  formidable  orchestre.  En  vain  nous 
étions-nous  figuré  d'avance  une  complication 
sans  exemple,  notre  attente  a  encore  été  sur- 
passée :  il  faut  voir  marcher  de  front,  sur  cha- 
cune de  ces  vastes  pages,  non  point  dix  ou 
douze  portées,  comme  dans  les  partitions  qui 
passaient  jusqu'ici  pour  les  plus  fortement 
instrumentées,  mais  bien  vingt  ou  vingt-cinq, 
dont  la  plupart  représentent  deux,  trois  et 
même  quatre  parties.  Il  faut,  en  pénétrant 
dans  ces  rangs  épais,  observer  l'ordre  et  la 
clarté  qui  y  régnent,  la  légèreté  et  la  facilité 
de  ces  immenses  manceuvres  !  Une  telle  com- 
position a  quelque  chose  de  plus  gigantesque 
encore  sur  le  papier  qu'au  théâtre... 

Mais  après  l'admiration  et  la  surprise,  un 
autre  sentiment  se  fait  jour  :  c'est  une  sorte 
d'inquiétude  pour  l'avenir  de  la  musique,  qui 
semble  compromise  par  ce  luxe  effrayant 
d'harmonie  instrumentale.  Il  est  beau  de 
gagner  des  batailles,  mais  si,  pour  être  vain- 
queur, il  vous  a  fallu  faire  donner  votre 
réserve  et  risquer  vos  dernières  ressources, 
n'avez-vous  pas  quelque  crainte  pour  le  com- 
bat du  lendemain  ?  Or,  tel  est  précisément  le 
péril  qui  menace  aujourd'hui  la  musique  :  un 
homme  est  venu,  qui  a  si  bien  abusé  de  tous 
les  moyens  d'effet,  qu'il  a  mis  ses  successeurs 
en  grand  danger  de  n'en  plus  trouver  de  nou- 
veaux, même  avec  du  génie  ;  et  tel  est  le  degré 
de  complication  auquel  il  a  porté  les  effets  har- 
moniques, qu'il  est  permis  de  demander  s'il 
n'a  pas  rendu  toute  innovation  impossible 


A  lire  ce  qui  précède,  vous  croyez, 


n'est-ce  pas?  qu'il  s'agit  de  quelque 
partition  bien  compliquée  de  Richard 
Wagner,  par  exemple  de  celle  des 
Maîtres  Chanteurs,  ouverte  au  finale  du 
deuxième  acte,  à  l'endroit  le  plus  touffu 
de  la  polyphonie  vocale  et  instrumen- 
tale qui  peint  lé  sabbat  nocturne  des 
bons  Nurembergeois.  Détrompez- vous. 
Nous  sommes  à  cent  lieues  de  là.  Dieu 
merci  !  il  nous  faut  remonter  bien  en 
arrière,  à  une  période  où  ni  Meyer- 
beer,  ni  Halévy,  ni  d'autres  encore 
n'avaient  produit  ces  opéras  fastueux 
de  musique  et  de  mise  en  scène  qui 
révolutionnèrent  en  leur  temps  la  mu- 
sique dramatique.  Ils'agittout  uniment 
du  Siège  de  Corinthe,  tragédie  lyrique  en 
trois  actes,  connue  en  italien  sous  le 
nom  de  Maometto  seconda  et  que  Rossini 
venait  de  remanier  en  1826,  pour  l'A- 
cadémie royale  de  musique  de  Paris. 
C'est  M.  L.  Vitet,  plus  tard  de  l'Aca- 
démie française,  qui  nous  donne  ses 
impressions  toutes  fraîches  au  sujet  de 
ce  grave  événement.  L'article  est  inti- 
tulé :  Rossini  et  l'avenir  de  la  musique,  et 
il  a  été  publié  en  1864  avec  d'autres, 
en  un  volume  intitulé  :  Ettcdes  sur  l'his- 
toire de  l'Art,  4*^  série  (Paris,  Michel 
Lévy). 

L'œuvre  de  Rossini  semblait  donc 
être  pour  M.  Vitet  le  dernier  mot  du 
possible  ;  après  le  Siège  de  Corinthe,  on 
pouvait  tirer  l'échelle,  car  enfin,  le 
futur  académicien  se  le  demandait, 
l'harmonie  peut-elle  se  compliquer  à 
l'infini?  les  musiciens  pourront-ils  dis- 
poser toujours  de  nouveaux  instru- 
ments? notre  capacité  organique  nous 
permet-elle  d'entendre  sans  fatigue  telle 


LE  GUIDE  MUSICAL 


OU  telle  quantité  de  sons  à  la  fois? 
notre  organisation  physique  suppor- 
tera-t-elle  sans  douleur  une  musique 
plus  compliquée  et  plus  bruyante? 

La  réponse  est  aujourd'hui  certaine. 
Oui,  notre  organisation  physique  sup- 
porte une  musique  plus  compliquée 
que  celle  du  Siège  de  Corinthe  et,  cela, 
sans  aucune  souffrance,  du  moment 
que  la  complication  n'est  pas  obscurité 
et  confusion.  Quant  au  bruit,  c'est  une 
autre  affaire,  et  il  faut  bien  avouer  que 
là  notre  endurance  est  limitée.  Sous 
ce  rapport,  l'instrumentation  de  Ros- 
sini  (M.  Vitet  confond  couramment 
l'instrumentation  avec  l'harmonie)  ou 
du  moins  celle  du  Siège  de  Corinthe, 
atteint  l'extrême  limite  permise. 

J'ai  sous  les  yeux  la  partition  d'or- 
chestre que  le  célèbre  musicien  dédie 
filialement  à  son  père.  Je  n'y  vois  au- 
cune complication  harmonique,  même 
dans  les  passages  où  M. Vitet  a  compté 
vingt-cinq  portées  (pages  4o3  et  sui- 
vantes). Mais  si  je  prends  la  peine  de 
calculer  les  coups  de  grosse  caisse,  je 
m'explique  sans  peine  l'inquiétude  où 
était  notre  critique.  Songez  donc  qu'il 
y  en  a,  sauf  erreur  ou  omission,  deux 
mille  deux  cent  quarante-six  !  On  demeure 
effrayé  en  pensant  que  l'on  pourrait 
être  exposé  à  un  tel  vacarme,  sous  pré- 
texte de  goûter  les  charmes  de  la  mélo- 
die, car  Rossini  est  un  compositeur 
mélodieux.  Et  ne  croyez  pas  que  les 
coups  de  grosse  caisse  contribuent  à 
produire  certains  effets  recherchés 
comme  dansle  finale  de  la  g^ symphonie 
de  Beethoven  ou  le  récit  du  songe  du 
Prophète.  Non,  ils  semblent  foudroyer 
tout  le  temps,  broyer  tout  ce  qui  existe 
y  compris  les  oreilles  et  la  cervelle  des 
auditeurs. 

Ceux  même,  dit  M.  Vitet,  qui  ne  sont  pas 
novices  en  fait  de  musique  bruyante,  ceux  qui 
assistent  tous  les  jouis  à  la  Sémiramide,  à 
Moïse,  au  Siège  de  Corinthe,  conviennent 
qu'ils  ne  sauraient  supporter  le  moindre  sur- 


croît de  bruit,  et  qu'à  la  trentième  représenta- 
tion, aussi  bien  que  le  premier  jour,  ils  sont  à 
tout  moment  sur  le  point  de  sentir  leur  plaisir 
se  changer  en  fatigue. 

Je  ne  suivrai  pas  M.  Vitet  dans  les 
déductions  qu'il  tire  de  tout  ce  tapage, 
dont  il  accuse  les  complications  de 
l'harmonie  autant  que  les  gros  instru- 
ments de  l'orchestre.  Mais  il  est  inté- 
ressant de  noter  ses  impressions  lors- 
qu'il entrevoit  le  remède  à  l'aide  duquel 
on  pourra  tirer  la  musique  de  la  voie 
néfaste  où  elle  est  engagée. 

Réagir  contre  l'harmonie,  point  n'y 
faut  songer  :  il  ne  saurait  y  avoir  pro- 
gression du  composé  au  simple.  Ela- 
guer indéfiniment  l'orchestre  en  expul- 
sant les  instruments  un  à  un  comme  ils 
y  sont  entrés,  chose  tout  aussi  impos- 
sible. Ce  qu'il  faut,  c'est  abandonner 
Rossini  :  «  Autant  la  réaction  générale 
contre  l'harmonie  est  impraticable, 
autant  la  réaction  partielle,  la  réaction 
contre  Rossini  est  urgente  et  désira- 
ble !  »  Puis  changer  le  système  de  l'or- 
chestre et  celui  du  chant.  Pour  le 
premier  (je  résume,  afin  d'abréger), 
laisser  reposer  le  plus  souvent  possible 
les  instruments  de  cuivre  et  tous  les 
faiseurs  de  tapage,  introduire  conti- 
nuellement dans  l'instrumentation  la 
variété  et  les  contrastes.  La  façon  de 
toujours  marcher  par  masse  et  de 
mettre  en  campagne  pour  la  moindre 
romance  les  cors,  les  bassons,  les 
trompettes,  les  timbales,  le  triangle  et 
la  grosse  caisse,  est  non  seulement 
assourdissante,  mais  d'une  détestable 
monotonie. 

On  voudrait  à  tout  moment  mettre  en 
déroute  ce  bataillon  compact  ;  on  voudrait 
entendre  séparément  tantôt  les  cors,  tantôt  les 
flûtes,  tantôt  les  violoncelles,  et  se  réserver  de 
les  faire  tonner  tous  à  la  fois,  quand  viendraient 
les  coups  de  théâtre  et  les  grandes  explosions 
dramatiques. 

M.  Vitet  préconise  enfin  la  distribu- 
tion des  instruments  en  petits  groupes, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


29 


en  associations  combinées  d'après  la 
diverse  qualité  de  leur  son. 

Quant  au  rôle  de  la  voix  sur  le 
théâtre,  briser  le  moule  des  airs,  cava- 
tines,  duos,  trios,  quatuors  et  finales, 
en  revenir  aux  dialogues  dans  les  duos, 
«  essayer  même  quelquefois  de  la 
vieille  et  bonne  fugue  ».  "Il  faut  que 
tous  les  morceaux  d'ensemble  ne  soient 
pas  des  canons (?),  que  tous  les  airs  ne 
soient  pas  accompagnés  de  chœurs, 
que  sais-je  enfin!  il  faut  trouver  de  nou- 
velles formes,  r, 

A  l'heure  où  M.  Vitet,  jeune  encore, 
proclamait  l'indépendance  d'un  esprit 
philosophique  porté  au  développement 
des  idées  nouvelles  dans  la  sphère  des 
arts,  Richard  Wagner  avait  treize  ans. 
Il  n'existait  donc  rien  de  ce  que  le 
grand  réformateur  du  drame  lyrique 
devait  concevoir  plus  tard  dans  ce 
domaine  de  l'orchestre  et  du  chant 
théâtral  qui  préoccupait  le  futur  aca- 
démicien français.  Il  y  avait  alors  du 
mérite  à  envisager  l'avenir  comme  on 
vient  de  le  voir  et  à  demander  des 
réformes,  qui  ne  tendaient  à  rien 
moins  qu'à  l'effondrement  de  l'opéra 
tel  qu'il  s'imposait  brillamment  et 
bruyamment  au  monde  dilettante. 

Mais  peut-on  concevoir  que  M.  Vitet 
n'ait  pas  eu  connaissance,  en  1864, 
date  de  la  publication  de  ses  Etudes  siir 
l'histoire  de  /'/îf^,  des  tendances  affirmées 
par  des  actes  et  par  des  écrits,  par  celui 
qui  était  déjà  l'auteur  de  Tristan  et 
Iseult?  Ce  n'était  vraiment  plus  le  mo- 
ment de  poser  la  question  de  savoir  ce 
que  deviendrait  l'art  musical  après  le 
"  luxe  effrayant  d'harmonie  instru- 
mentale ^  du  Siège  de  Corinthe.  L'opéra 
de  Rossini  avait  subi,  depuis  1826,  la 
concurrence,  très  désavantageuse  pour 
lui,  des  ouvrages  autrement  compli- 
qués et  non  moins  bruyants  de  Meyer- 
beer.  Et  Guillatime  Tell,  représenté  en 
182g,  pouvait    certes  compter  comme 


un   progrès    relatif  dans    le   sens    des 
idées  réformatrices. 

Peut-être  les  théories  de  Wagner 
répugnaient-elles  à  M.  Vitet,  qui,  en 
politique,  était  d'ailleurs  un  conserva- 
teur avéré,  et  les  repoussait-il,  après 
avoir  appelé  à  grands  cris  des  réformes. 
Des  anomalies  semblables  se  voient 
tous  les  jours.  Cela  n'empêche  qu'en 
1826,  M.  Vitet  voulait  supprimer  les 
airs,  les  cavatines,  les  morceaux  d'en- 
semble, duos,  trios,  etc.,  en  ajoutant 
qu'il  fallait  trouver  des  formes  nou- 
velles. C'était  aussi  un  précurseur  de 
Wagner!  E.  Evenepoel. 


LES  CONCERTS  HISTORIQUES 


ES  concerts  historiques  sont  une 
invention  de  notre  siècle.  Qu'on  ne 
dise  pas  que  les  arts  et  les  peuples 
jeunes  n'ont  pas  d'histoire,  et  que  la  mu- 
sique étant  un  art  tout  moderne,  il  fallait 
bien  laisser  les  faits  se  succéder  et  les 
œuvres  s'accumuler  avant  de  passer  de  la 
pratique  à  l'archéologie  :  le  xviip  siècle 
était  déjà  bien  assez  loin  du  xv^  pour  qu'il 
y  eût  en  suffisance  besogne  d'historiens. 
Mais  le  xviip  siècle  était  trop  satisfait  de 
lui-même,  trop  persuadé  de  sa  supériorité 
en  tous  genres,  pour  ne  point  mépriser  les 
productions  antérieures.  S'occuper  du 
moyen  âge  était  bon  pour  des  bénédictins  ; 
les  «  philosophes  »  avaient  mieux  à  faire. 
Dans  le  dictionnaire  de  Rousseau,  il  n'y  a 
point  d'article  Messe.  Dans  l'histoire  de  la 
musique  de  Blainville,  Palestrina  n'est  pas 
nommé.  Aux  fameux  concerts  spirituels  de 
l'Opéra,  bien  avant  1760,  on  ne  jouait  déjà 
plus  de  Lully,  mais  seulement  Mondonville, 
Davesne,  Cordelet,  Fanton  et  autres,  qui 
donnaient  la  monnaie  et  la  fausse  monnaie 
de  La  Lande.  Le  Stabat  de  Pergolèse  sem- 


30 


LE  GUIDE  MUSICAL 


blait  l'alpha  et  l'oméga  de  l'art  religieux 
italien  :  encore  ne  l'eùt-on  jamais  joué,  si 
Pergolèse  n'avait  d'abord  gagné  ses  épe- 
rons à  l'Opéra.  A  la  «  bibliothèque  du  roi  », 
M.  de  Boisgelon  conservait  et  cataloguait 
les  vieilles  partitions,  par  pur  devoir  de 
bibhothécaire,  et  en  remarquant  la  barba- 
rie de  celles  qui  dans  l'ancien  temps  s'impri- 
maient sans  barres  de  mesures  ;  vieilleries 
bonnes  tout  au  plus  à  prouver  l'ignorance 
et  la  pauvreté  d'esprit  des  ancêtres,  tout 
comme  ces  portails  de  cathédrales  gothi- 
ques, qui  ne  subsistaient,  selon  Rousseau, 
que  «  pour  la  honte  de  ceux  qui  avaient  eu 
la  patience  de  les  faire  ». 

Quand  la  Révolution  fut  passée,  le  XIX'= 
siècle  se  trouva  séparé  du  xviiP  par  un  si 
large   fossé    que    tout  ce   qui  était  vieux 
seulement  de  vingt  ou  trente  ans  parut  de 
l'histoire  ancienne;   et  l'on  s'aperçut  tout 
d'un  coup  qu'il  n'était  pas  besoin  de  remon- 
ter jusqu'aux  Grecs  pour  trouver  matière  à 
des  recherches  instructives.   On  examina 
alors  ce  que  l'humidité,  les  rats,  les  vers, 
les  pillards  et  les  ignorants  avaient  laissé 
subsister  des  manuscrits  du  moyen  âge  et 
des  imprimés  du  XVP  siècle.  On  s'appliqua 
à  cette  étude,  et  l'on  en  fut  récompensé  en 
découvrant  des    chefs-d'œuvre.  Les  gens 
qui  écrivaient  sur  la  musique  commencè- 
rent  à  laisser  un  peu   reposer  les   belles 
histoires  des  enclumes  de  Pythagore  et  de 
la  lyre  de  Terpandre,  de  Thalétas  qui  pré- 
serva les  Lacédémoniens  de  la  peste  en  leur 
faisant  de  la  musique,  et  des  joueurs  de 
flûte  qui  guérissaient  du  mouvement  per- 
pétuel les  infortunés  piqués  de  la  tarentule. 
Dans  le  nombre  des  choses  nouvelles  qu'on 
se  mit  à  raconter  pour  remplacer  tout  cela, 
il  se  glissa  encore  bien  assez  de  faits  dou- 
teux ou  extraordinaires  :  c'était  l'afiaire  du 
temps  de  les  écarter  peu  à  peu.  Il  y  avait 
toujours  un  grand  point  de  gagné,  c'était  de 
s'être  mis  en  route. 

Bientôt  quelques-uns  essayèrent  de 
passer  de  la  théorie  à  la  pratique.  Les 
exercices  de  l'école  de  Choron  furent  en 
réalité  les  premiers  concerts  historiques  à 
Paris.  De  1822  à  i83o,  un  nombre  à  la 
vérité  assez  restreint  de  curieux  y  enten- 
dirent exécuter  des  œuvres  religieuses  de 


Palestrina,  des  madrigaux  de  Gesualdo  et 
de  Marenzio,  les  deux  chansons  célèbres 
des  Cris  de  Paris  et  de  la  Bataille  de  Mari- 
gnan,  de  Clément  Jannequin;  des  cantates, 
des  airs  d'opéra  et  des  duetti  de  chambre 
de  Porpora,  d'Alexandre  Scarlatti,  de  Clari 
et  de  Steffani  ;  la  Mort  de  Jésus,  de  Graun, 
des  psaumes  de  Marcello  et  des  oratorios 
de  Hœndel.  Lorsque,  quelques  années  plus 
tard,  Fétis  organisa  ses  concerts  histori- 
ques, et  qu'à  cette  occasion  l'on  rappela  le 
souvenir  des  séances  de  l'école  de  Choron, 
il  se  défendit  d'avoir  voulu  les  imiter  ni  les 
continuer.  La  forme  et  le  titre  des  concerts 
étaient  sans  doute  fort  différents.  Tandis 
que  Choron  avait  cherché  seulement  à  per- 
fectionner le  talent  et  le  savoir  de  ses  élèves 
par    l'interprétation     et     la    comparaison 
d'œuvres  de  diverses  époques,  Fétis  entre- 
prenait l'éducation  du  public  ;  ses  concerts 
étaient  des  leçons  ;  il  s'y  produisait  comme 
professeur   en  prononçant  trois   discours 
par  séance,  puis  comme  musicien  en  diri- 
geant l'exécution  des  morceaux,  et  encore 
d'une  troisième  façon,    mais   très   mysté- 
rieuse   celle-là,    comme    compositeur,    en 
retouchant  selon  son  goût  ou  faisant  même 
tout   à  fait  les   œuvres    portées    au    pro- 
gramme.  Combien    entrait-il    de    Fétis  et 
combien  des  auteurs  véritables  dans  cha- 
cun des  morceaux  exécutés?  Il  n'est   au 
pouvoir    de    personne   aujourd'hui    de    le 
savoir  et  de  le  dire.  Mais  on  est  pris  d'une 
juste  méfiance  quand  on  apprend,  par  un 
témoin  autorisé  comme  M.  Weckerlin,  que 
Fétis  présenta  pour  les  concerts  historiques 
projetés  à  l'Exposition  universelle  de  1867, 
un  «  madrigal  d'Orlando  de  Lassus  »  qui 
était  entièrement  de  sa  propre  composition. 
On  comprend  que  M.  Weckerhn  ait  «  reli- 
gieusement   conservé    »    un   document    si 
curieux.  L'imitation  du  style  de  Lassus  y 
est,  ajoute-t-il,  «  de  telle  nature  qu'elle  ne 
pourrait  tromper  que  des  ignorants  ».  Fétis 
ne  sa^'ait  que  trop  qu'il  avait  surtout  affaire 
à  des  ignorants  :  c'est  pourquoi  il  se  van- 
tait si  fort  et  se  gênait  si  peu. 

Ses  quatre  concerts  historiques  produi- 
sirent une  grande  sensation.  Les  deux 
premiers  eurent  lieu  dans  la  salle  du  Con- 
servatoire, les  8  avril  et  16  décembre  i832; 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Bl 


les  deux  suivants  au  Théâtre  Italien,  les 
24  mars  i833  et  14  avril  i835.  De  son  pro- 
pre aveu,  Fétis  u  ne  put  parvenir  qu'à  une 
exécution  fort  imparfaite,  à  cause  de  la 
difficulté  de  faire  les  études  convenables 
pour  bien  rendre  la  musique  ancienne,  à 
moins  que  ce  ne  soit  dans  une  école  dirigée 
par  une  intelligente  et  puissante  volonté  » . 
L'allusion  à  l'école  de  Choron  est  claire. 
Continuant,  Fétis  ajoute  :  «  D'après  le 
succès  éclatant  obtenu  par  ces  concerts  en 
l'état  d'imperfection  où  il  a  fallu  les  donner, 
on  peut  juger  de  l'effet  prodigieux  qu'ils 
auraient  produit  si  les  morceaux  de  mu- 
sique y  eussent  été  rendus  avec  le  fini, 
l'ensemble  désirable,  et  dans  leur  véritable 
■  sentiment.  Cette  belle  œuvre  d'art  se  réali- 
sera peut-être  quelque  jour  ». 

Un  cinquième  concert  historique  fut 
encore  donné  par  Fétis  au  bout  de  vingt 
ans,  le  14  avril  i855,  à  la  salle  Herz.  Le 
programme  de  cette  soirée  était  tiré  en 
grande  partie  de  ceux  de  i832-i835.  Fétis 
y  répétait  notamment  un  morceau  chanté 
en  i832,  sous  le  titre  de  :  «  Cantique  à  la 
Vierge  des  confréries  italiennes  à  la  fin  du 
xv^  siècle,  en  chœur  sans  accompagne- 
ment ».  En  i855,  il  l'intitulait  :  «  Laudi 
spirituali,  cantiques  en  chœur  à  la  Vierge, 
exécutés  par  les  confréries  italiennes  au 
commencement  du  xvi'=  siècle  ».  Ainsi  que 
le  fit  remarquer  Farrenc,  le  texte  ne  parlait 
point  de  la  Vierge,  mais  bien  de  la  Trinité, 
et  rien  n'indiquait  aux  auditeurs  par  qui 
avait  été  composée  l'harmonisation  toute 
moderne  de  cette  ancienne  mélodie  popu- 
laire :  les  naïfs  croyaient  entendre  l'œuvre 
dans  sa  forme  primitive,  les  autres  y  devi- 
naient l'intervention  de  Fétis.  Farrenc 
s'amusait  aussi  à  relever  dans  les  pro- 
grammes des  erreurs  de  dates.  Un  morceau 
de  Schûtz  y  paraissait  sous  le  millésime  de 
iSgô,  alors  que  i585  était  l'année  de  la 
naissance  du  compositeur.  Berlioz,  qui 
n'était  pas  de  force  à  ergoter  sur  les  faits 
historiques,  trouvait  autrement  matière  à 
raillerie  ;  Fétis  était  une  de  ses  bêtes  noires, 
et  l'ayant  déjà  choisi  pour  cible  dans  son 
monologue  de  Lelio,  il  le  caricatura  de  nou- 
veau dans  Béatrice  et  Bénédict,  sous  les 
traits  de  ce  vieux  maître  de  chapelle  ridi- 


cule qui  annonce  à  l'avance  comme  un 
chef-d'œuvre  le  morceau  qu'il  va  diriger. 
Cette  scène  est  une  satire  évidente  des 
concerts  de  Fétis  et  des  petits  discours  qui 
y  étaient  entremêlés.  Mais  on  doit  convenir 
que  Berlioz,  dont  toute  la  compréhension 
artistique  se  limitait  à  l'époque  moderne, 
et  dont  l'esprit  restait  fermé,  aussi  bien  à 
Sébastien  Bach  qu'à  Palestrina,  ne  pouvait 
sentir  ni  l'intérêt,  ni  l'utilité  des  concerts 
historiques. 

M.  Weckerlina  reproduit  dans  son  Musi- 
ciana  les  programmes  des  cinq  séances  de 
Fétis.  Leur  division  en  trois  parties  :  mu- 
sique sacrée,  musique  vocale  mondaine  et 
musique  instrumentale,  a  servi  exactement 
de  modèle  à  la  première  soirée  de  M.  Ch. 
Bordes  à  la  salle  d'Harcourt.  Si  ce  plan  a 
l'inconvénient  de  beaucoup  réduire  la  part 
faite  à  chaque  forme  ou  à  chaque  maître, 
il  a  l'avantage  d'offrir  une  vue  d'ensemble 
sur  l'état  de  la  culture  musicale  à  une 
époque  déterminée. 

Dans  cet  intervalle  de  vingt  ans  qui  avait 
séparé  les  premiers  concerts  de  Fétis  de 
celui  de  i855,  on  eut  à  Paris  les  séances  non 
publiques,  mais  cependant  très  suivies,  de 
la  «  Société  de  musique  vocale  religieuse 
et  classique  »  fondée  en  1843  par  le  prince 
de  la  Moskowa,  pour  l'étude  et  l'exécution 
des  œuvres  antérieures  au  xix"  siècle. 
Niedermeyer,  qui  secondait  le  prince 
comme  sous-directeur,  puisa  peut-être  dans 
leurs  études  communes  l'amour  des  maîtres 
anciens  et  l'idée  de  faire  revivre  l'école  de 
Choron.  Dans  les  exercices  de  cette  nou-. 
velle  école,  aujourd'hui  dirigée  par  M.  Gus- 
tave Lefebvre,  reparurent  les  œuvres  du 
XYi"-'  et  du  xvii^'  siècle.  Ces  séances, 
dont  récemment  une  chaque  année  était 
donnée  dans  la  Sainte-Chapelle,  pouvaient 
passer  pour  des  concerts  historiques,  bien 
qu'elles  n'en  eussent  pas  le  titre  et  que  les 
morceaux  n'y  fussent  point  présentés  dans 
un  ordre  rigoureux.  Malheureusement  l'exé- 
cution était  en  général  très  faible.  Pour  rem- 
placer les  voix  d'enfants,  on  avait  recours 
à  l'obligeance  de  jeunes  femmes  du  meil- 
leur monde,  point  du  tout  accoutumées  à 
chanter  en  chœur,  ni  surtout  en  parties 
polyphoniques    et   sans  accompagnement. 


32 


LE  GUIDh  MUSICAL 


On  peut  penser  si  la  sûreté  des  attaques  se 
ressentait  tantôt  de  leur  hardiesse  et  tantôt 
de  leur  timidité.  Le  répertoire  comprenait, 
avec  un  nombre  naturellement  prépondé- 
rant de  compositions  religieuses,  quelques 
morceaux  profanes,  tels  que  la  fameuse 
Bataille  de  Marigjian,  et  des  pièces  d'orgue 
exécutées  sur  un  harmonium. 

Aujourd'hui,  les  publications  de  musique 
ancienne,  en  se  multipliant,  mettent  à  la 
disposition  des  organisateurs  de  concerts 
historiques  plus  de  matériaux  que  leur  zèle 
n'en  exige.  Chaque  année,  paraissent  de 
nouveaux  volumes  d'œuvres  mises  en  parti- 
tion par  des  artistes  laborieux  et  désin- 
téressés, dévoués  aux  vieilles  gloires  musi- 
cales. Il  suffirait  de  puiser  dans  ces  nom- 
breux recueils  pour  trouver  un  répertoire 
aussi  varié  que  considérable,  et  aussi  neuf 
qu'instructif. 

Avant  de  sortir  de  France,  nous  devons 
encore  rappeler  que  M.  Vaucorbeil  essaya, 
en  1880,  pendant  qu'il  était  directeur  de 
l'Opéra, d'intéresser  lepubHcà  des  concerts 
rétrospectifs  dans  lesquels  seraient  passés 
en  revue  les  opéras  disparus  delà  scène.  La 
première  et  dernière  séance  eut  lieu,  le 
22  mai  1880.  On  y  entendit  des  fragments 
d'Alceste,  de  Lully;  des  Fêtes  d'Hébé,  de 
Rameau;  à'Iphigénie en  Tauride,  de  Gluck; 
d'Anacre'on,  de  Grétry,  et  de  Moïse,  de  Ros- 
sini.  La  deuxième  partie  du  programme 
était  remplie  par  la  première  audition  de 
la  Vierge,  de  M.  Massenet.  En  présence 
de  la  notoire  indifférence  du  public,  l'entre- 
prise fut  abandonnée.  L'année  d'après, 
cependant,  Pasdeloup,  suivant  l'exemple  de 
Vaucorbeil,  donna  deux  fois  de  suite,  les 
3  et  10  avril  1881,  des  fragments  de  VAr- 
mide  de  Lully  et  de  celle  de  Gluck,  séparés 
par  quelques  morceaux  de  Rameau.  Pasde- 
loup fit  encore,  le  22  janvier  1882,  un 
«  programme  historique  de  la  symphonie 
classique  »,  assez  mal  combiné,  puisqu'il  se 
composait  de  trois  fragments  d'une  Suite 
de  Bach;  une  symphonie  de  Gossec; 
andanteet  finale  de  Haydn;  deux  morceaux 
du  Songe  d'une  nuit  d'été,  de  Mendelssohn; 
la  symphonie  avec  chœurs  de  Beethoven. 
Tout  cela  n'était  que  tentatives  isolées, 
sans  suite.  Pour  finir,  nous  rappellerons  les 


concerts  d'orgue  de  M.  Guilmant,  les 
séances  historiques  de  musique  de  piano  de 
Rubinstein,  celles  de  M .  De  Greef,  et  encore 
les  auditions  d'instruments  anciens,  clave- 
cin, viole  d'amour,  viole  de  gambe,  devenues 
assez  fréquentes  chez  nous  en  ces  derniers 
temps.  Puis  nous  passerons  aux  pays 
étrangers,  en  commençant,  bien  entendu, 
par  l'Allemagne. 
(A  suivre.)  Michel  Brenet. 

lie  Quati^uor  Usaye 


ENSATioN  heureuse  de  retrouver 
en  pleine  apogée  des  artistes  qu'on 
avait  vus,  jadis,  épars,  d'un  talent 
personnel,  mais  isolé,  cherchant  son  envo- 
lée, chacun  suivant  sa  voie  ;  et  un  beau  jour, 
ils  se  rencontrent  à  un  carrefour  de  la  vie, 
se  joignent  instinctivement  sous  la  pression 
d'une  affinité  latente  ;  sans  tâtonnements,  ils 
s'emboitent,  se  complètent,  et  les  voilà  qui 
forment  le  Quatuor  le  plus  uni,  le  plus 
vivant,  le  plus  vibrant  qui  se  puisse  en- 
tendre. 

Les  hésitations  les  heurts  s'effacent,  l'iné- 
galité des  styles  se  noie,  se  fond,  se  com- 
bine sous  le  chaud  rayonnement  du  maître 
Ysaye  ;  plus  qu'un  archet.  Et  quel  archet  ! 
fier  et  fin,  bref  et  loyal  comme  une  épée. 
Quelle  sécurité  d'entendre  ces  impeccables 
ouvriers,  quelle  certitude  d'intégralité  d'une 
pensée  traduite  par  ces  fidèles  linguistes 
musicaux,  quelle  absolue  totalité  de  lumière 
projettera  le  joyau  entre  les  mains  de  ces 
sertisseurs  experts  ! 

Tandis  que  les  applaudissements,  les 
trépignements  saluaient  les  excellents  quar- 
tettistes  à  la  fin  de  chaque  morceau,  je  les 
revoyais,  quelques  années  en  arrière,  avant 
qu'ils  ne  formassent  cet  indissoluble  bloc 
dont  les  facettes  harmonieuses  ont  émer- 
veillé l'auditoire  des  salons  Pleyel. 

Eugène  Ysaye  n'est  plus  le  désordonné 
romantique  d'antan,  ce  n' est  "phisle premier 
prix  frais  émoulu,  à  barbe  follette,  des  pre- 
miers succès.  Son  masque  est  devenu  grave 
comme  son  jeu  s'est  assagi  en  atteignant 
une  précision,  une  intensité  singulièrement 
émouvantes.  Aboli,  le  temps  des  cabrioles 
et  des  effets  «  en  dehors  ».  Le  son,  qu'il  a 


LE  GUIDE  MUSICAL 


33 


toujours  eu  éclatant  et  profond,  est,  à  pré- 
sent, d'une  beauté  songeuse,  teintée  d'((  au 
delà  ». 

C'est  la  maturité  pensive  de  l'artiste  ; 
l'expression  se  dégage  de  toute  basse  préoc- 
cupation de  virtuosité,  et  resplendit  de  la 
pure  beauté  interne. 

Il  est  beau  voir  Eugène  Ysaye  prési- 
dant son  quatuor  ;  d'un  geste  doux,  il  donne 
le  signal  et  entraîne  ses  compagnons  ;  et, 
dans  les  passages  d'émotion  tendre,  il  con- 
serve son  tic  :  clignoter,  les  sourcils  levés. 
Son  tempérament  de  Tzigane  s'est  rangé, 
s'est  apaisé  en  fondant  son  quatuor. 

Il  a  maintenant  charge  d'âmes  !  Le  jeune 
Crickboom  est  un  artiste  en  bonne  voie  de 
maîtrise  future.  Pas  bien  longtemps  pour- 
tant qu'il  sortait  des  mains  de  son  bon 
maître  Louis  Kefer  pour  s'initier  au  geste 
d'Ysaye.  Pas  bien  longtemps  qu'il  faisait 
ses  adieux  à  Verviers,  en  une  soirée  où  je 
le  vois  encore,  criquet  plein  d'aplomb,  se 
mesurant  avec  un  concerto  du  grand  réper- 
toire (celui  de  Beethoven,  je  crois),  enlevant 
les  difficultés  avec  une  étonnante  prestesse, 
puis,  pendant  les  ritournelles  de  l'or- 
chestre, dévisageant  le  public  avec  un  petit 
air  assuré,  vainqueur,  le  violon  sous  le 
bras,  les  mains  dans  les  poches  du  panta- 
lon, l'attitude  frisant  l'impertinence.  Etait- 
il  crâne,  le  gosse  !  et  avec  raison  d'ailleurs. 

Et  Van  Hout,  l'altiste,  qui  concourait, 
le  même  jour,  pour  l'obtention  d'un  prix 
et  décrochait  une  médaille  en  vermeil  par 
acclamation  du  jury,  au  grand  ahurisse- 
ment des  bonnes  âmes  qui  se  demandaient 
s'il  est  de  bon  sens  de  cultiver  l'alto  à  ce 
point,  quand  on  n'est  pas  un  ex-violoniste 
chauve  et  valétudinaire  ! 

Jacob,  lui,  n'a  guère  changé  ;  c'est  le 
même  aspect  débonnaire,  cachant  une  âme 
affinée  ;  la  noble  éloquence  de  son  violon- 
celle garde  la  même  intonation  claire,  cris- 
talline. Après  un  adagio  rendu  avec  un 
accent  pénétrant,  Ysaye  ne  put  s'empêcher 
d'étreindre  le  bras  de  son  collaborateur 
d'une  façon  significative  ;  ce  compliment 
muet  valait  les  acclamations  de  la  salle. 
Le  feu  couve  sous  les  dehors  placides  de 
cet  excellent  artiste.  Ne  disait-il  pas,  au 
temps  où  il  étudiait  la  musique  de  Wagner  : 
«  Si  quelqu'un  m'avait  contredit,  je  l'aurais 
tué!  )> 

Ah!  les  braves  musiciens  ;  ils  peuvent  se 
flatter  d'être  venus  sans  effort  rafler  tout 
l'enthousiasme  disponible  ce  soir-là.  Les 


a-t-on  assez  fêtés  !  Après  la  sonate  de 
Bach,  des  assistants,  en  rappelant  Ysaye, 
criaient  :  «Tous les  quatre, tous  les  quatre!». 
C'était  du  délire. 

Et  c'était  plaisir  de  les  voir,  au  foyer, 
après  le  concert,  entourés,  félicités  par 
tous  ceux  qui  comptent  dans  la  jeunesse 
musicale  de  Paris  ;  on  leur  était  si  recon- 
naissant de  l'enchantement  répandu  qu'on 
aurait  trouvé  même  du  charme  à  leur 
accent  wallon  roulant  ses  cailloux  sur  la 
pente  de  Montmartre  ! 

Gn'a  todi  qii'Lige  po  fer  vêle  inc  sakoi  di 
stokesse  âx  Iialcotis  !  Vive  nos  autes  ! 

Marcel  Rémy. 


HERMANN  LÊVI 


(j^^TpÉ    à    Giessen    (province    Rhénane),    le 

N^r  4  novembre  i83g,  Hermann  Lévi  est 
,:^j)^  aujourd'hui,  avec  Hans  Richter,  Hans 
de  Bulow  et  Félix  Mottl,  l'un  des  maîtres  dans 
l'art  de  diriger  l'orchestre. 

Directeur  général  de  la  musique  (General- 
musikdirektor)  de  la  cour  de  Bavière,  il  aura 
eu  la  rare  fortune  de  recevoir  du  maître  de 
Bayreuth  lui-même  les  indications  les  plus 
minutieuses  quant  aux  mouvements  et  aux 
nuances  delà  partition  de  Parsifal,(\\i"û  dirigea 
du  vivant  même  de  Wagner,  lors  de  la  première 
exécution  en  1882  au  théâtre  de  Bayreuth. 
C'est  de  là  que  date  sa  grande  notoriété. 
Hermann  Levi  est  demeuré  jusqu'ici  le  chef 
d'orchestre  attitré  de  Bayreuth,  quand  on  y 
joue  Parsifal,  lequel  n'a  été  dirigé  qu'une  ou 
deux  fois,  exceptionnellement,  par  Félix  Mottl. 

Hermann  Lévi  est  un  chef  d'orchestre  de 
carrière.  Après  avoir  fait  ses  premières  études 
musicales  à  Giessen,  sa  ville  natale,  il  fut  en- 
voyé à  Mannheim,  où  il  étudia  l'harmonie  et  le 
contrepoint  sous  la  direction  de  Vincent 
Lachner,  frère  du  célèbre  auteur  des  Suites  et 
ancien  directeur  de  la  musique  à  Munich, 
Franz  Lachner,  avec  lequel  Richard  Wagner 
se  trouva  en  conflit  lors  de  son  arrivée  à 
Munich  en  1864. 

Hermann  Levi  suivit  aussi  les  cours  du 
Conservatoire  de  Leipzig  (i858),  et  il  fit  un 
séjour  de  quelques  mois  à  Paris. 

Ses  débuts  dans  la  carrière  furent  modestes. 
Il  accepta  en  1859  la  place  de  chef  d'orchestre 
du  théâtre  de  Saarbruck,  qu'il  occupa  pendant 


34 


LE  GUIDE  MUSICAL 


deux  ans.  En  1861-62,  il  est  au  pupitre  du 
théâtre  de  Mannheim,  puis  nous  le  retrouvons 
à  Rotterdam,  à  la  tête  de  la  compagnie  alle- 
mande qui  desservait  alors  ce  théâtre.  De  là, 
il  passe  en  1864  à  la  tête  du  théâtre  de  Carls- 
ruhe,  où  il  demeure  en  fonctions  jusqu'en  1872, 
époque  à  laquelle  il  est  appelé  au  pupitre  de 
capellmeister  du  Théâtre-Royal  de  Munich. 

Hermann  Levi  a  dirigé  les  représentadons 
de  Parsifal,  à  Bayreuth,  en  1882,  i883,  1884 
et  1886.  En  1888,  il  dut  momentanément 
renoncer  à  toute  participation  aux  fêtes  wagné- 
riennes,  en  raison  d'une  fatigue  résultant  de 
l'excès  de  travail  auquel  l'avaient  contraint  la 
revision  de  la  partition  des  Fées  et  la  mise  a 
point  de  cet  ouvrage  au  théâtre  de  Munich. 
Mais  aux  fêtes  dramatiques  bayreuthoises  de 
1889,  il  repaïut  au  pupitre  et  il  n'a  pas  cessé 
depuis  d'y  prêter  le  concours  de  son  rare 
talent. 

Notre  éminent  collaborateur  J.  Van  Santen 
Kolff  nous  a  dit,  il  y  a  un  an,  l'impression 
énorme  produite  à  Berlin  par  M.  Hermann 
Levi,  comme  chef  d'orchestre  des  Concerts 
philharmoniques,  lorsqu'il  y  vint  remplacer 
Hans  de  Bulow,  malade. 

En  l'appelant  à  diriger  la  première  de  ses 
matinées  extraordinaires,  la  direction  des  Con- 
certs populaires  offre  au  public  bruxellois  un 
intéressant  sujet  de  comparaison  avec  les  deux 
éminents  chefs  Entendus  précédemment  ici 
même  :  Hans  Richteret  Félix  Motd.  M.  Joseph 
Dupont,  qui  est  lui-même  l'un  des  plus  remar- 
quables virtuoses  de  l'orchestre,  en  cédant  le 
bâton  à  son  confrère  allemand,  donne  une 
nouvelle  preuve  de  sa  hauteur  d'esprit  et  de 
son  tact  artistique.  M.  K. 

Les    Concerts   à   Paris 


QUATRIEME  CONCERT  DE  LA  SOCIETE   DES    CONCERTS.  , 

((  ^CHUMANN  déclare  cavalièrement,  sur  le 
^^  ton  de  la  fanfare  et  du  boute  selle,  qu'il 
va  se  lancer  à  la  suite  de  Beethoven  ;  il  le  serre 
de  près  avec  une  telle  résolution  qu'en  plus 
d'un  endroit  il  s'en  faudra  peu  qu'il  ne  l'at- 
teigne ».  Ainsi  s'exprimait  pittoresquement 
notre  ami  regretté  Léonce  Mesnard,  dans  son 
Etude  sur  Robert  Schumann,  en  analysant  la 
superbe  symphonie  en  si  bémol  (op.  18),  qui 
vient  d'être  exécutée  merveilleusement  au  Con- 
servatoire.   Elle   reflète  aussi   le   bonheur  que 


procura  au  maître  de  Zwickau  son  union  avec 
Clara  Wieck  (1840).  Dans  sa  lettre  à  Taubert, 
de  février  1841,  il  laisse  entendre  qu'il  écrivit 
cette  symphonie  sous  l'inspiration  du  renou- 
veau ;  il  aurait  eu  l'intention  de  la  dénommer 
Symphonie  du  printemps.  Il  est  d'une  fraîcheur, 
d'une  verve  éblouissante,  l'allégro,  avec  ses 
délicieux  effets  de  contraste  ;  c'est  bien  le  sen- 
timent beethovénien  qui  y  règne.  La  phrase 
dominante  du  larghetto  est  d'une  mélancolie 
pénétrante.  Le  scherzo  est  très  classique,  dans 
le  style  des  maîtres  anciens  ;  le  trio,  au  con- 
traire, est  très  personnel  à  Robert  Schumann. 
Quant  au  dernier  morceau,  c'est  un  allegro 
animé  et  gracieux,  dans  lequel  se  distingue  un 
poétique  badinage,  se  balançant  gracieuse- 
ment, qui  fait  songer  un  peu  à  l'allégretto  de 
la  symphonie  en  la  de  Beethoven.  Et  il  existe 
des  artistes  qui  prétendent  qu'en  dehors  des 
Lieder  et  des  morceaux  pour  clavier,  Robert 
Schumann  n'a  écrit  que  des  œuvres  secon- 
daires !  Qu'ils  se  rendent  au  Conservatoire  pour 
entendre  cette  symphonie  en  si  bémol  :  ils 
seront  édifiés. 

L'intérêt  du  concert  se  portait  principalement 
sur  le  piquant  concerto  en  la  mineur  pour 
piano  de  Grieg,  exécuté  par  M.  Raoul  Pugno. 
Avez-vous  remarqué  avec  quelle  délicatesse 
jouent  les  artistes  doués  d'un  certain  embon- 
point? M.  R.  Pugno  est  dans  ce  cas  :  il  est  im- 
possible de  caresser  les  touches  avec  plus  de 
grâce,  ce  qui  n'empêche  que,  dans  les  passages 
de  puissance,  l'intensité  du  son  ne  soit  des  plus 
remarquables.  C'est  un  grand  talent  révélé  au 
public,  et  l'accueil  des  plus  chaleureux  qui  a 
été  fait  à  M.  Raoul  Pugno  a  dû  lui  prouver 
le  succès  qu'il  a  obtenu.  M.  et  M'""  Carnot,  qui 
sont  des  fidèles  du  Conservatoire,  ont  donné  le 
signal  des  applaudissements.  Dans  le  même 
concert,  on  a  entendu  des  chœurs  d'Israël  en 
Egypte  de  Haendel,  musique  d'une  belle  et 
puissante  architecture,  des  fragments  des  Sai- 
sons d'Haydn,  et  l'ouverture  du  Can 
romain  de  Berlioz. 


-les  oui- 
:ir  naval 
H.L       I 


A    LA    Nationale 

A  son  premier  concert,  salle  Pleyel,  la  So- 
ciété nationale  de  musique  a  donné  à  ses 
abonnés  l'ineffable  joie  d'entendre  le  quatuor 
Ysaye  ;  et  l'inoubliable  impression  d'art  res- 
sentie en  cette  belle  soirée,  rayonnera  parmi 
les  plus  intenses  laissées  aux  Parisiens  épris  de 
musique  par  l'année  qui  s'en  va.  Car  pour  ja- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


35 


mais  ils  sont  conquis  à  la  musique  pure,  ceux 
qui  ont  une  fois  connu  l'épanouissement  des 
œuvres  par  la  toute  puissante  magie  d'Eugène 
Ysaye  et  des  trois  incomparables  artistes, 
Jacob,  Van  Hout,  Crickboom,  qu'un  infaillible 
choix  lui  assura  pour  collaborateurs. 

Un  quatuor  inédit  de  M.  C.  Debussy  inau- 
gurait le  programme  :  œuvre  très  intéressante, 
où  domine  l'iniluence  de  la  jeune  Russie  ;  poé- 
sie des  thèmes,  sonorités  rares;  les  deux  pre- 
miers mouvements  particulièrement  remarqua- 
bles. 

Puis  vint  la  Sonate  pour  piano  et  violon  de 
César  Franck,  souvent  appréciée  ici  même, 
page  d'une  émotion  profonde,  d'une  splendide 
pureté  de  forme,  que  M.  Vincent  d'Indy  a 
accompagnée  en  musicien. 

Enfin,  le  quatuor  à  cordes  de  M.  Vincent 
d'Indy,  qui  est  une  des  plus  puissantes  œuvres 
de  musique  de  chambre  écrites  depuis  Beetho- 
ven et  soutient  la  comparaison  avec  les  plus 
beaux  quatuors  du  maître,  par  la  hauteur  de  la 
conception,    l'invention    des    harmonies,    des 


thèmes  et  des  rythmes,  l'incontestable  maîtrise 
de  l'architecture. 

L'interprétation  de  toutes  ces  œuvres  fut 
géniale. 

Et  par  interprétation,  je  ne  veux  point  parler 
de  l'exécution  technique,  matérielle  pour  ainsi 
dire,  qui  fut  impeccable;  mais  j'entends  l'exé- 
cution intellectuelle  et  passionnelle  qui  fut, 
celle-là,  d'une  pénétration  telle,  que  je  ne  crois 
aucun  autre  quatuor  à  archets,  au  monde, 
capable  d'en  fournir  une  qui  lui  soit  compa- 
rable. 

Un  enthousiasme  exalté  s'empara  des  audi- 
teurs après  le  finale  de  la  sonate  de  Franck. 
Alors  Ysaye  joua  du  Bach,  pour  violon  seul. 
Nulle  parole  n'est  susceptible  de  noter  la  splen- 
deur de  cette  musique  révélée  par  un  tel  artiste. 
Des  mondes  nouveaux  surgissent,  le  ciel  s'entr' 
ouvre,  plus  rien  n'attache  au  sol,  le  géant  de  la 
musique  vous  emporte  à  travers  les  espaces 
supraterrestres  :  c'est  un  peu  de  la  Divinité  que 
Bach  avait  enclos  dans  son  œuvre  et  qui  reçoit 
l'essor,  de  par  l'archet  de  l'enchanteur  Ysaye. 

J.G.R. 


CHRONIQUE  DE   LA   SEMAINE 


PARIS 

La  deuxième  séance  donnée,  le  3  janvier,  à 
la  petite  salle  Erard,  par  MM.  L  Philipp,  Ber- 
thelier,  Loeb,  Balbreck  et  Carembat,  portait  au 
programme  un  quatuor  à  cordes  de  Borodine, 
l'élégie  (op.  24)  pour  violoncelle  et  piano  de 
G.  Fauré,  et  le  trio  (op.  26)  pour  piano,  violon 
et  violoncelle  de  Lalo.  Borodine,  l'auteur  du 
Prince  Igor,  n'a  composé  que  deux  quatuors  à 
cordes.  Le  premier  en  /tî  majeur,  exécuté  pour 
la  première  fois  au  concert  Philipp,  a  été  ins- 
piré à  l'auteur  par  un  thème  de  Beethoven  et 
dédié  à  M'"°  Rimsky-Korsakow.  Il  se  compose 
de  quatre  parties,  dont  la  première  nous  a  sem- 
blé la  mieux  venue.  Borodine  est  un  sympho- 
niste, qui  connaît  bien  son  métier,  dont  la 
musique  possède  un  coloris  charmant,  mais 
dont  les  idées  sont  souvent  sans  grand  relief. 
L'andante  de  son  quatuor,  sorte  de  legato  des 
instruments,  a  de  la  grâce  ;  le  presto  est  vif, 
pimpant  ;  dans  le  trio,  on  relève  des  passages 
entiers  en  notes  harmoniques,  bizarres,  sinon 
heureuses.  Dans  l'allégro  risoluto,  le  composi- 
teur affectionne  la  forme  canonique. 


Le  trio  de  Lalo  a  été  très  goûté.  Mais  le 
succès  a  été  pour  la  belle  élégie  pour  violon- 
celle et  piano  de  G.  Fauré,  supérieurement 
jouée  par  M.  J.  Loeb.  La  mélodie  du  début, 
d'un  caractère  si  simple  et  d'un  sentiment  si 
pénétrant,  rappelle  Schubert.  H.    I. 

•$' 
Aux  Concerts  d'Harcourt,  dimanche,  le  fes- 
tival d'Indy  a  été  l'occasion  d'un  grand  succès 
pour  le  jeune  compositeur.  On  a  entendu  sa 
symphonie  avec  piano  (ce  dernier  tenu  par 
M"^  Jossic  avec  grand  talent)  ;  un  Lied  pour 
violoncelle,  par  M.  Kerrion  ;  la  chevauchée  du 
Cid  et  des  fragments  du  Clmiit  de  la  cloche, 
par  M.  Engel  et  les  chœurs,  et  la  suite  en  ré 
pour  trompette,  fliàtes  et  archets. 

f 
Mercredi,  au  neuvième  concert,  une  Médita- 
tion pour  violon,  hautbois  et  orgue  de  M.  Gi- 
gout,  fort  applaudie  ;  le  concerto  pour  piano  de 
Rubinstein,  par  M.  Délia  Suda,  qui  a  joué 
ensuite  d'autres  morceaux  de  Liszt  et  de  Cho- 
pin. 


36 


LE  GUIDE  MUSICAL 


On  vient  d'achever  au  cimetière  de  Montmartre, 
la  construction  du  tombeau  de  Léo  Delibes.  Ce 
monument,  œuvre  de  M.  Jean  Girette,  se  compose 
d'un  cippe  en  pierre  de  cinq  mètres  de  haut,  au 
pied  duquel  esl  placée  une  lyre  voilée,  aux  cordes 
brisées,  sur  laquelle  sont  répandus  des  feuillets  de 
musique  jonchés  de  roses  et  de  lilas.  Sur  l'un  de 
ces  feuillets,  une  phrase  de  Lakmé.  Deux  oiseaux 
chantant  sur  les  branches  fleuries.  Au  millieu  du 
cippe  est  l'inscription  :  Léo  Delibes,  iSSô-iSgi.  Sur 
le  fronton,  couronné  de  fleurs  et  de  branches  de 
cyprès,  un  grand  médaillon  de  marbre  où  se  profile 
le  visage  du  délicat  compositeur.  Enfin,  sur  les 
deux  côtés,  les  titres  de  ses  principales  œuvres. 

Le  médaillon  est  l'œuvre  de  M.  Chaplain,  de 
l'Institut. 

MM.  Maurin,  professeur  au  Conservatoire, 
Cros-Saint  Ange,  Mas  et  Calliat  donneront,  cet 
hiver,  quatre  séances  dans  les  salons  Pleyel, 
Wolff  et  G"',  22,  rue  Rochechouart,  les  vendredis 
20  janvier,  23  février,  3o  mars  et  27  avril  1894,  à 
g  heures  très  précises  du  soir. 


BRUXELLES 

THÉÂTRE  ROYAL  DE  LA  MONNAIE 

EEPEISE    DE    «   MANON    I) 

MANON,  qui  n'obtint  à  l'origine  qu'un  suc- 
cès d'estime,  reste  décidément  l'œuvre 
la  plus  complète,  la  plus  homogène  de  M.  Mas- 
senet,  celle  où  sa  muse  efféminée  et  lascive  a  eu 
les  accents  les  plus  justes,  —  des  accents  d'une 
émotion  assez  superficielle,  il  est  vrai,  mais  qui 
par  là  même  s'adaptent  excellemment  au 
caractère  de  l'héroïne  dont  le  compositeur 
français  avait  à  souligner  les  joies  et  les  dou- 
leurs. Telle  est  l'impression  que  nous  a  laissée 
la  reprise  de  Manon  donnée  vendredi,  si 
insuffisante  qu'ait  été  cependant  l'exécution  de 
ce  qui  paraît  devoir  être  le  «  chef-d'oeuvre  » 
de  M.  Massenet.  Cette  impression,  déjà  res- 
sentie à  l'avant-dernière  reprise  et  assez  géné- 
ralement partagée,  l'apparition  de  Werther 
n'était  pas  pour  la  faire  disparaître,  car  la  der- 
nière partition  du  maître  français  n'est  certes 
pas  de  ses  meilleures  ;  et  la  récente  audition  de 
Afrt«o;/ est  venue  souligner,  pour  ceux  qui  n'en 
avaient  pas  encore  fait  la  constatation,  combien 
le  compositeur  a  répété  dans  son  récent 
opéra  les  formes  mélodiques  par  lesquelles  il 


avait  si  élégamment  dépeint  l'héroïne  de  l'abbé 
Prévost. 

Il  ne  pouvait  y  avoir  de  doute  que  le  rôle 
de  Manon  serait  trop  lourd  pour  la  voix  menue 
de  Mi'o  Horwitz.  Mais  cette  voix  menue,  si  elle 
a  eu  quelque  peine  à  accomplir  sa  tâche  jus- 
qu'au bout,  a  mis  de  bien  délicates  nuances  à 
chanter  les  pages  les  plus  tendrement  émues 
de  M.  Massenet;  et  cette  voix,  sans  chaleur 
naturelle,  est  même  parvenue  à  s'échauffer,  aux 
deuxième  et  quatrième  tableaux,  sous  l'impul- 
sion du  talent  de  la  gracieuse  artiste.  Ce 
talent  manque  sans  doute  de  spontanéité,  de 
naturel,  et  l'on  y  devine  trop  souvent  le  travail 
et  l'étude;  mais  il  nous  a  valu,  vendredi,  des 
passages  d'une  exécution  bien  raffinée,  sous  le 
rapport  du  chant  et  de  la  diction,  exécution 
qu'un  organe  plus  étoffé  eut  mise  singulièrement 
en  relief. 

L'orchestre  paraissait  d'ailleurs  avoir  reçu 
pour  mission  de  couvrir  autant  qu'il  est  possible 
la  voix  des  chanteurs,  tant  il  s'est  montré 
bruyant  chaque  fois  qu'un  «  piano  »  n'était 
pas  absolument  imposé.  La  partition  de 
M.  Massenet  ne  reçut  certes  jamais  ici  exé- 
cution aussi  brutale  ;  le  mot  est  dur,  mais  il  est 
expressif,  et  nul  mieux  que  lui  ne  peut  rendre 
l'impression  produite  par  les  oppositions  vio- 
lentes de  nuances,  les  heurts  de  rythmes,  les 
négligences  de  toutes  sortes,  qui  rendaient  par 
moments  méconnaissable  la  délicate  orchestra- 
tion du  maître  français.  Les  chœurs  se  sont 
montrés  à  l'unisson  des  instrumentistes,  —  ce 
qui  ne  veut  pas  dire  qu'ils  aient  toujours  chanté 
juste  ! 

En  dehors  de  Mi'<:  Horviritz,  —  que  nous 
espérons  bien  entendre  prochainement  dans  un 
rôle  tout  à  fait  à  sa  taille,  —  l'interprétation  a 
été  assez  terne.  M.  Leprestre  (Des  Grieux) 
n'était  pas  en  voix,  mais  nous  pensons  que, 
mieux  disposé,  il  saura  tirer  un  excellent  parti 
d'un  rôle  (jui  parait  dans  ses  cordes.  M.  Ghasne 
manque  d'aisance  et  de  légèreté  dans  le  rôle  de 
Lescaut;  M.  Lequien  (le  Comte)  sermonne 
avec  conviction  et,  ce  qui  vaut  mieux,  d'une 
voix  bien  timbrée  ;  M.  Barbary,  en  Guillot  de 
Morfontaine,  a  cherché  en  vain  la  note 
comique,  et  ses  efforts  laborieux  n'ont  pas 
porté.  Quant  au  trio  féminin  qui  accompagne 
Manon  en  quelques-unes  de  ses  aventures,  il  a 
eu  des  accents  qui  témoignaient  de  fréquents 
désaccords  entre  ces  trois  amies,  d'ailleurs  fata- 
lement rivales. 

Public  froid  et  réservé,  —  certainement 
plus  que  de  raison  en  ce  qui  concerne 
M"<=  Horwitz,  dont  on  regrettait  en  général   de 


LE  GUIDE  MUSICAL 


87 


voir  compromettre  le  talent  distingué  dans  une 
épreuve  au-dessus  de  ses  forces  :  le  réper- 
toire de  l'opéra  comique  est  vaste,  et  il  ne 
serait  pas  difficile  d'y  faire  un  choix  qui  fût, 
de  tous  points,  favorable  à   'intelligente  artiste. 

J.  Br. 


CORRESPONDA  NCES 


AMSTERDAM.—  Première  représentation 
de  Samson  et  DaUla  de  Saint-Saëns. 

Commencée  en  1867,  Saint-Saëns  n'a  fini  la 
belle  partition  de  Samson  et  Dalila  qu'en  1872; 
elle  fut  exécutée  pour  la  première  fois  dans  les 
salons  de  M""  Pauline  Viardot,  en  la  même 
année.  Cet  opéra,  le  plus  remarquable  que  le 
maître  français  ait  écrit  jusqu'ici,  a  été  joué  tout 
d'abord  en  Allemagne;  c'est  au  Théâtre  grand - 
ducal  de  Weimar  que  l'ouvrage  de  Saint  Saëns 
reçut  le  baptême  théâtral,  en  1877.  Après  Weimar, 
c'est  à  Hambourg,  Dresde,  Berlin,  Prague  et  Co- 
logne qu'il  fut  représenté,  et  ce  n'est  que  quinze 
années  plus  tard,  à  la  fin  de  1892,  que  Samson  et 
Dalila,  jugé  digne  de  figurer  dans  le  répertoire  de 
l'Opéra  à  Paris,  y  obtint  un  succès  d'enthousiasme, 
fut  acclamé,  ne  quitte  plus  le  répertoire  et  ne  cesse 
de  faire  des  salles  combles  à  Paris  à  chaque  re- 
présentation. 

La  place  nous  manque  ici  pour  analyser  la 
partition  si  remarquable  de  Saint-Saëns  comme 
elle  le  mérite  ;  mais  après  l'avoir  entendue  et 
réentendue,  on  comprend  que  Berlioz  ait  écrit  en 
1867  que  Saint-Saëns  deviendrait  un  des  plus 
grands  musiciens  de  l'époque.  Samson  et  Dalila 
prouve  d'un  bout  à  l'autre  que  chez  Saint-Saëns 
l'inspiration  égale  le  talent,  l'érudition  et  le  savoir. 
Rien  de  banal,  de  trivial,  de  médiocre  dans  cette 
partition  de  longue  haleine,  tout  y  trahit  le 
maître  ;  comme  tout  l'ouvrage  est  admirablement 
écrit  pour  les  voix,  avec  quelle  «  maestria  »  les 
chœurs  sont  traités,  il  y  a  des  moments  sil- 
lonnés par  l'esprit  de  Bach;  quelle  orchestration 
superbe,  claire,  sonore,  sans  excès  de  cuivre, 
et,  Dieu  merci,  quelle  absence  totale  de  disso- 
nances et  de  duretés  harmoniques!  L'exécution 
de  Samson  et  Dalila  fait  le  plus  grand  honneur  à 
M.  Mertens,  qui  dirigeait  lui-même.  Notre  excel- 
lent contralto,  M™''  Andral,  une  artiste  comme 
on  en  possède  rarement  en  province,  a  été  su 
perbe  dans  le  rôle  de  Dalila,  et  elle  a  été  fort 
bien  secondée  par  le  ténor  Van  Loo  (Samson),  Les 
autres  rôles  étaient  aussi  en  bonnes  mains,  les 
chœurs  ont  fort  bien  chanté,  l'orchestre  a  fait  de 
son  mieux,  et,  en  somme,  la  première  représenta- 
tion de  l'opéra  de  Saint-Saëns,  autant  à  Amsterdam 


qu'à  La  Haye,  est  un  grand  succès  pour  M.  Mer- 
tens et  ses  pensionnaires. 

Il  m'a  été  impossible  d'assister  au  concert  donné 
le  second  jour  de  Noël  au  Concertgebouw,  mais 
on  me  dit  que  la  jeune  violoniste  Betsy  Ganter  a 
été  trouvée  absolument  insuffisante,  et  que  votre 
compatriote,  M""  Julie  de  Cré,  a  été  très  favora- 
blement accueillie,  bien  que  le  choix  de  ses  mor- 
ceaux n'ait  pas  été  heureux  et  lui  ait  fait  du  tort.  Il 
paraît  qu'à  La  Haye  son  succès  a  été  complet  et 
légitime.  Intérim. 


ANVERS.  —  En  attendant  le  Tannhœuser , 
l'œuvre  qui  nous  a  été  promise  dès  le  début 
de  la  saison,  M.  Lafon  vient  de  nous  servir  une 
reprise  de  Werther.  On  n'a  pas  gagné  au  change; 
car  si  Tanuhauser  peut  être  considéré  comme 
appartenant  encore  à  la  première  manière  de 
Wagner,  l'œuvre  n'en  a  pas  moins  un  cachet  de 
noblesse  et  de  grandeur,  auquel  ne  pourra  jamais 
prétendre  la  nouvelle  partition  de  Massenet. 

Du  reste,  la  création  poétique  de  Gœthe  n'a 
pas  été  conçue  en  vue  de  la  scène.  Les  libret- 
tistes français  ont  essaj'é  de  donner  plus  de  relief 
aux  personnages  secondaires  pour  animer  scéni- 
quement  le  sujet,  mais  ils  ont  que  médiocrement 
réussi.  On  se  demande  également  si  la  nouvelle 
forme  que  paraît  affecter  ici  Massenet  est  décidé- 
ment u:i  progrès  dans  le  développement  de  son 
talent  peronnel. 

L'exécution  a  été  suffisante,  à  part  quelques 
indécisions  dans  l'ensemble. 

M.  Bonnard  chante  le  rôle  de  Werther  d'une 
façon  particulièrement  agréable.  Il  serait  plus 
difficile  de  juger  M.  De  Backer,  dans  le  rôle 
ingrat  du  mari  de  Charlotte.  Notre  excellent 
baryton,  d'ordinaire  fougueux  et  entraînant,  nous 
a  paru  cette  fois  mal  à  l'aise.  MmeMailly-Fontaine 
nous  plaît  mieux  dans  un  rôle  à  vocalises,  tel 
qu'Ophélie.  La  déclamation  soutentie  dans  le 
médium  n'est  pas  favorable  à  sa  voix,  un  peu 
mince  dans  ce  registre. 

Les  décors  sont  jolis  et  sont  certes  pour  quel- 
que chose  dans  le  succès  que  notre  public  fait  à  la 
pièce  de  Massenet. 

Hei  Meilief,  la  dernière  création  de  Benoit,  sera 
encore  donnée  à  Iseghem  dimanche  et  lundi.  La 
première  à  Anvers  est  annoncée  pour  le  courant 
du  mois. 

Nous  aurons  aussi,  dans  le  courant  du  mois,  la 
troisième  séance  de  notre  Kwartet-Kapel,  séance 
qui  sera  entièrement  consacrée  à  Beethoven. 

A.  W. 


>^^^^^ 


Li:  GUIDE  MUSICAL 


BERLIN.  —  A  la  Philharmonie  {concerts 
populaires)  :  une  rapsodie  de  Liszt,  des  frag- 
ments de  la  Damnation  de  Faust  de  Berlioz,  le  finale 
de  la  Walkyrie.  le  S»  Symphonie  en/a  de  Beetho- 
ven, la  Rapsodie  norvégienne  de  Lalo,  la  Suite 
de  VArlésitnne  et  les  ouvertures  de  Fidelio,  Strucn- 
sée,  Pau/us,  Riemi,  Obérou,  Ruy-Blas,  Preciosa,  Guil- 
laume Tell.  Loheiigrin,  Parsifal,  Mein  Heim  (Dvorak) 
et  Festacademische  (Brahms).  Cette  dernière  ouver 
ture  est  en  Allemagne  ce  qu'est  la  marche  de 
Rackocsy  (Berlioz)  en  France  :  elle  termine  grand 
nombre  de  concerts.  Il  est  curieux  de  remarquer 
que  le  thème  de  l'ouverture  de  Brahms  est  le 
renversement  de  celui  de  la  marche  de  Berlioz  ! 
L'ouverture  Mein  Heim  de  Dvorak  n'est  qu'une 
œuvre  insignifiante,  sans  le  moindre  cachet  per- 
sonnel. 

M.  Max  Freund  a  bien  exécuté  un  monotone 
concerto  de  Spohr,  et  le  professeur  Reimann  a 
déployé  sa  belle  technique  d'organiste  dans  la 
toccata  et  fugue  en  ré  mineur  de  Bach. 

Les  i5,  i6,  17  décembre,  à  la  salle  Bechstein, 
les  récitals  d'Antoine  Rubinstein,  consacrés  aux 
œuvres  du  grand  virtuose  et  offerts  exclusivement 
aux  artistes.  Aux  places  d'honneur,  les  enfants 
prodiges  Koczalski,  Simonson  et  Hoffmann. 

Rubinstein  reste  toujours  le  roi  du  piano  ;  son 
jeu  est  incomparable  de  souplesse,  de  puissance 
et  de  grandeur.  Il  faut  l'entendre  jouer  sa  ro- 
mance en/n  majeur  et  son  étude  et  mi  bémol  (pour 
la  main  gauche)  pour  savoir  jusqu'où  peut  aller 
l'art  du  piano  !  C'est  dommage  qu'il  ne  se  fasse 
plus  entendre  que  dans  ses  compositions,  compo- 
sitions qui,  en  général,  ressemblent  plus  à  de 
gigantesques  improvisations  qu'à  de  véritables 
œuvres  musicales.  A  part  quelques  instants,  que 
Rubinstein  a  pris  au  milieu  de  chaque  séance  pour 
se  reposer,  il  est  resté,  chaque  fois,  deux  heures 
au  piano,  modulant  aussitôt  après  chaque  compo- 
sition, pour  empêcher  les  applaudissements.  Dans 
le  premier  récital,  il  a  joué  les  opéras  2,  3,  6,  7, 
10,  14,  22,  23,  24,  26,  28,  36;  dans  le  second,  les 
op.  37,  38,  44,  Si,  53,  69,  71,  75,  77;  dans  le  troi- 
sième, les  op.  81,82,  88,  93,104,  109  et  la  musique 
de  ballet  de  Feramoys  et  du  Démon. 

Le  Richard  Wagner-Cyclus  s'est  terminé  à 
l'Opéra  par  la  colossale  GœHerdammerung.  C'est 
M"»e  Klafsky,  du  théâtre  de  Hambourg,  qui  a 
chanté  le  rôle  de  Brunehilde,  Rosa  Sucher  en 
étant  subitement  empêchée.  M"»  Klafsky  possède 
une  belle  voix,  surtout  dans  le  registre  aigu.  Mal- 
heureusement, sa  mimique  est  trop  convention- 
nelle, pas  assez  spontanée.  Gudehus,  fort  bien 
disposé,  a  été  très  bon  dans  Siegfried.  M.  Stam- 
mer  caractériserait  mieux  le  .personnage  de 
Hagen,  si  sa  voix  était  moins  belle  ! 

Dans  Siegfried,  M.  Lieban  fait  un  excellent  Mime. 
La     Sucher   (Brunehilde)    est    imcomparable,  de 


même  que   dans  la  Walkyrie   et  dans  Tristan,  qui    \ 
sont  ses  triomphes.  ' 

La  voix  chevrotante  de  M™  Pierson  rend  le 
premier  acte  de  la  Walkyrie  insupportable.  Que  la 
direction  de  l'Opéra  conserve  de  pareils  chanteurs 
et  en  congédie  comme  le  célèbre  Rothmûlh,  c'est 
ce  qui  est  tout  à  fait  incompréhensible. 

Le  ténor  Gôtze.  indisposé,  n'a  pu  chanter  le 
Walther  des  Maîtres  Chanteurs  :  une  véritable 
déception  pour  ses  nombreux  admirateurs.  Le  rôle 
d'Eva  n'est  guère  écrit  pour  la  Leisinger,  dont  le 
jeu  manque  de  naïveté.  Par  contre,  M.  Betz  est 
admirable  dans  Hans  Sachs;  un  véritable  «  Meis- 
tersinger  «,  lui. 

Le  dernier  Kammermusik-Abend  de  M.  Rummel 
était  consacré  à  Beethoven  :  Le  trio  en  mi  bémol 
(op.  72)  ;  le  quintette  pour  piano,  clarinette,  haut- 
bois, cor  et  basse,  dont  l'andante  compte  parmi 
les  plus  belles  inspirations  de  Beethoven;  le  sep- 
tuor et  des  Lieder  écossais,  fort  bien  chantés  par 
M"'"  Herzog,  de  l'Opéra.  E.   B. 

DRESDE.  —  Après  les  nombreux  Pagliacci 
qui  se  sont  succédé  ces  dernières  semaines, 
la  représentation  de  Fidelio  a  été  comme  une 
renaissance  artistique.  Chanteurs  et  orchestre  se 
sont  montrés  à  la  hauteur  de  l'œuvre.  C'est, 
d'ailleurs,  une  salle  comble  qui  les  a  acclamés. 
Les  éloges  que  M™"  Wittich  vient  de  recevoir 
par  écrit,  de  la  direction,  sont  des  plus  mérités.  .  J 
Cette  excellente  artiste,  par  son  talent  majestueux  -^ 
et  son  zèle  assidu,  rend  de  grands  services  à  notre  * 
Hoftheater.  Jeudi  dernier,  le  public  ne  lui  a  pae 
ménagé  les  applaudissements.  Fidelio  est  un  ds 
ses  rôles  préférés,  elle  y  apporte  un  sentiment 
profond  uni  à  une  réserve  qui  convient  absolument 
au  personnage.  M,  Decarli  restera  longtemps 
encore  un  artiste  indispensable  :  personne  ne 
pourrait  composer  un  meilleur  Rocco.  Le  baryton 
Perron,  qui  interprète  le  rôle  ingrat  du  gouver- 
neur, l'a  conçu  et  exécuté  avec  une  grande  auto- 
rité. Ce  jeune  artiste,  toujours  regretté  à  Leipzig, 
occupe  ici  un  poste  important,  quoique  notre 
éminent  premier  baryton,  M.  Scheidemantel,  soit 
souvent  aussi  sur  la  brèche  :  chacun  d'eux  a  son 
genre.  Vendredi,  on  les  a  entendus  tous  deux 
dans  une  représentation  faite  pour  attirer  la  foule, 
malgré  des  prix  élevés.  Au  bénéfice  de  la  caisse 
de  retraite  des  artistes,  notre  Hoftheater  a  donné 
Orphée  aux  enfers  d'Offenbach.  Le  public  a  géné- 
reusement répondu  à  l'appel  de  la  direction. 
Sera-t-il  aussi  empressé  pour  les  deux  auditions 
italiennes  de  M'""  Duse,  qui  a  fait  quadrupler  les 
prix  ?  Ce  soir.  M"'"  Camil  chante,  pour  la  pre- 
mière fois  à  Dresde,  la  GiUla  de  Rigoletto.  Il  y  a 
déjà  plusieurs  années,  M.  Scheidemantel,  dans  le 
rôle  du  protagoniste,  nous  avait  procuré  une  émo- 
tion intense.  Le  rôle  lui  a  été  conservé. 

La    fin  de   l'année    nous   a   causé    la   surprise, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


39 


depuis  longtemps  souhaitée,  d"enlendre  M™*  Stern 
comme  soliste.  Dans  ses  soirées  annuelles  de 
musique  de  chambre,  tout  en  exécutant  supérieu- 
rement sa  partie,  elle  s'applique  à  faire  ressortir 
les  autres  instruments.  Seule,  elle  déploie  toutes 
ses  qualités  de  grâce  et  d'expression,  en  demeurant 
une  pianiste  de  haut  style.  De  nombreuses  de- 
mandes l'appellent  souvent  dans  les  principales 
villes  d'Allemagne  et  de  Suisse;  aussi  forme-t-elle 
peu  d'élèves,  mais  ceux  que  nous  connaissons 
prouvent  que  M"""^  Stern,  qui  a  étudié  avec  Liszt 
et  Clara  Schumann,  sait  communiquer  le  feu  sacré 
et  les  grandes  traditions.  Alton. 

("^  AND.  —  M.  Paul  Boedri  avait  organisé, 
~JC  samedi  dernier,  3o  décembre,  à  Mont-Saint- 
Amand,  près  Gand,  un  grand  concert  de  charité 
dont  l'exécution  du  Paradis  et  la  Péri  de  Schumann 
formait  le  numéro  principal. 

De  telles  tentatives  artistiques  sont  rares  à  Gand  : 
aussi  tout  le  public  mélomane  de  la  ville  s'était 
donné  rendez-vous  dans  la  salie  de  l'hippodrome 
de  M.  de  Smet,  obligeamment  mise  à  la  disposition 
du  comité  organisateur.  Les  divers  morceaux  du 
programme  ont  été  admirablement  exécutés,  à  la 
satisfaction  de  l'auditoire  infiniment  moins  froid 
que  l'atmosphère  de  la  salle. 

L'ouverture  du  FreischiUz,  détaillée  avec  un  fini 
très  satisfaisant,  préludait  au  concert,  tout  entier 
consacré,  à  part  ce  premier  numéro,  à  la  musique 
chorale.  Trois  fragments  du  second  acte  du  Vais- 
seau-Fantôme, le  chœur  des  fileuses,  la  ballade  et 
l'entrée  d'Erik,  venaient  ensuite.  Les  chœurs  ont 
parfaitement  rendu  la  couleur  tour  à  tour  éclatante 
et  subtile   de  ces   pages  magistrales. 

Le  chœur  des  Bohémiens  de  Schumann  venait  en 
troisième  lieu.  Cette  fantaisie  descriptive  si  pleine 
de  pittoresque  a  été,  elle  aussi,  interprétée  avec 
un  ensemble  remarquable  et  un  sens  des  nuances 
vraiment  achevé. 

Mais  ce  qui  a  réellement  transporté  l'auditoire, 
c'est  l'exécution  de  l'oratorio  de  Schumann,  le 
Paradis  et  la  Péri. 

On  connaît  la  donnée  de  l'œuvre,  empruntée  au 
poème  the  Paradise  and  the  Pery  de  Thomas  Moore. 

L'orchestre  seul,  faute  de  répétitions,  a  montré 
quelques  faiblesses,  principalement  du  côté  des 
cuivres.  Quant  aux  chœurs,  ils  ont  été  parfaits  : 
résultat  d'autant  plus  remarquable  que,  il  y  a 
quelques  semaines, les  neuf  dixièmes  des  exécutants 
étaient  étrangers  à  tous  les  principes  du  solfège 
Les  perles  de  la  partition,  le  chteur  des  génies  du 
Nil,  qui  a  la  facture  légère  et  la  grâce  élégante  de 
Mendelssohn,  le  thrène  funéraire  des  deux  jeunes 
amants,  enfin  le  chœur  des  houris,  qui  ouvre  la 
troisième  partie,  ont  été  merveilleusement  rendus. 
Les  plus  vifs  éloges  sont  dus  à  M.  Paul  Boedri  et 
à  tous  les  solistes,  principalement  à  M™'^  Dirckx, 


Ils  ont  bien  mérité  de  l'art  musical,  que  les  Gantois, 
depuis  plusieurs  années,  boudent  quelque  peu. 
M.  Boedri  n'avait  fait  que  de  légères  coupures 
(les  n°s  22  à  2S  de  la  partition). 

Une  seconde  audition  sera  donnée  au  Casino, 
dans  le  courant  du  mois  de  février. 

La  réussite  de  ce  premier  concert  devrait  encou- 
rager le  comité  à  organiser.l'an  prochain, une  exécu- 
tion analogue  d'une  œuvre  importante,  le  Francis- 
CHS  d'Edgar  Tinel,  par  exemple,  jiresque  inconnu 
en  Belgique,  et  souvent  exécuté  en  Allemagne. 

L.  D    B. 


JIÉGE.  —  A  la  seconde  soirée  de  la  Société 
_J  d'Emulation,  le  3o  décembre  dernier,  exé- 
cution intégrale  et  soignée  de  l'Orphée  de  Gluck. 

Au  premier  plan,  faisait  sa  gracieuse  appari- 
tion le  nouveau  Cercle  choral,  recruté  dans 
l'élite  des  dames  musiciennes  de  la  société  lié- 
geoise ;  puis,  en  seconde  masse  chantante,  les 
réputés  Disciples  de  Grétry,  soutenus  par  l'or- 
chestre du  Théâtre-Royal,  formant  un  imposant 
ensemble  consciencieusement  dirigé  par  un  habile 
musicien,  M.  Delsemme,  professeur  à  notre  Con- 
servatoire. 

Vif  succès  pour  la  partie  chorale  et  orchestrale 
et  applaudissements  chaleureux  et  justement  mé- 
rités pour  IV^'^de  Saint-Moulin,  le  réputé  contralto, 
et  M""  Joachim-Terfve,  professeur  de  chant  en 
notre  ville,  dans  les  récits  et  airs  pathétiques  du 
chef-d'œuvre  de  l'art  lyrique 

Prochainement,  au  profit  d'une  institution  cha- 
ritable, dans  les  mêmes  artistiques  conditions, 
seconde  exécution  de  VOrphée.  à  laquelle  il  faut 
prédire  public  nombreux  et  plus  profonde  admi- 
ration encore.  A.  B.  O. 


NOUVELLES  DIVERSES 


Nous  avons  annoncé  que  M.  Siegfried  Wagner 
viendrait,  cet  hiver,  diriger  à  Bruxelles  un  con- 
cert symphonique. 

Ce  concert,  organisé  par  la  maison  Breitkopff  et 
Haertel,  est  fixé  au  dimanche  1 1  mars.  Il  aura  lieu 
dans  la  salle  de  l'Alhambra. 

M.  Franz  Servais  a  accepté  la  mission  de  pré- 
parer les  études  d'orchestre,  afin  d'épargner  à 
M.  Siegfried  Wagner  le  long  travail  des  répéti- 
tions. Il  reconstitue  à  cet  effet  l'orchestre  sympho- 
nique de  ses  u  concerts  d'hiver  i>,  qui  ont  laissé  à 
Bruxelles  de  si  vifs  souvenirs  artistiques. 

Bien  que  le  programme  du  concert  ne  soit  pas 
encore  définitivement  arrêté,  VIndépendance  croit 
savoir  que  M.  Siegfried  Wagner  se  propose  de  faire 
un  choix  parmi  les  pages  syraphoniques  dont  il  a 


40 


LE  GVIDE  MUSICAL 


dirigé  l'exécution,  à  Bayreuth,  à  Leipzig  et  à  Ber- 
lin, avec  un  succès  dont  toute  la  presse  allemande 
a  retenti.  On  nous  signale  notamment  :  l'ouver- 
ture de  FreyschiUz  de  Weber;  un  morceau  d'or- 
chestre de  M.  Humperdinck,  ami  de  Richard 
Wagner  et  professeur  de  composition  de  son  fils; 
le  poème  symphonique  de  Liszt,  le  Tasse;  et  de 
Wagner,  le  «  Rheinfahrt  »  de  la  Gœtterdœmmerung, 
le  prélude  de  Tristan  et  Isolde,  Siegfried-Idylle  et 
l'ouverture  du  Vaisseau- fantôme. 

Cette  audition  sera,  sans  nul  doute,  un  des 
événements  sensationnels  de  notre  saison  musi- 
cale. 

■4*  Lohengrin  vient  d'être  donné  pour  la  première 
fois  à  Bucharest,  par  la  troupe  d'opéra  italien.  Le 
succès  a  été  très  vif,  bien  que  le  public  roumain 
soit  encore  peu  familiarisé  avec  l'œuvre  de  Wag- 
ner. Les  pages  les  plus  importantes  n'en  ont  pas 
moins  été  vivement  applaudies. 

Lohengrin  a  été,  du  reste,  admirablement  monté. 
Décors  et  costumes  sont  riches  et  magnifiques. 
L'interprétation  a  dépassé  les  espérances  qu'on 
pouvait  concevoir  en  face  d'une  pareille  œuvre 
Le  chef  d'orchestre,  M.  Spetrino,  a  été  appelé  sur 
la  scène  au  milieu  des  bravos  de  toute  la  salle 
ainsi  que  le  jeune  peintre,  M.  Roméo  Giorolamo 
qui  a  brossé  les  décors,  d'une  beauté  rare. 

M™«  Cerne  Wulmann,  dans  le  rôle  d'Eisa,  a  été 
parfaite  comme  cantatrice  et  comme  comédienne 
M.  Signorini,  qui  porte  fièrement  l'armure  du  che 
valier  du  cygne,  a  étonné  et  captivé,  comme  d'ha 
bitude,  tout  son  auditoire.  M™"  Irma  de  Spagni 
dans  le  sombre  personnage  d'Ortrude,  a  montré 
un  grand  talent  de  comédienne. 

J^  Le  24  décembre  a  eu  lieu  à  Nantes  une 
fête  musicale  qui  a  produit  une  vive  impression 
dans  les  cercles  artistiques  de  cette  ville  :  la  pre- 
mière audition  de  la  Walkyrie.  L'exécution  avait 
été  organisée  au  Cercle  des  Beaux-Arts  par  un 
groupe  d'amateurs,  grands  admirateurs  de  Wa- 
gner, ayant  à  leur  tête  notre  collaborateur 
M.  Et.  Destranges.  Quoique  montée  dans  des 
conditions  insuffisantes, —  l'orchestre  ne  se  com- 
posait que  de  deux  quatuors  à  cordes  et  de 
deux  pianos,  et  les  interprètes  chantaient  en  tenue 
de  ville,  —  l'œuvre  a  produit  une  sensation  énorme, 
et  cela  malgré  l'absence  de  toute  figuration  ou 
mise  en  scène.  La  traduction  adoptée  était  celle 
de  M.  Ernst,  qui,  comme  on  sait,  s'est  efforcé  de 
suivre  scrupuleusement,  dans  sa  prose  rythmique, 
la  partition  allemande  et  d'en  reproduire  exacte- 
ment tous  les  rythines.  M.  Ernst  a  prêté  person- 
nellement son  concours  â  cet  intéressant  essai. 
Les  différents  rôles  ont  été  chantés  avec  beaucoup 
de  talent,  principalement  par  M™"  OrioUe,  Riom, 
Baudry,  et  par  MM.  Séchez  et  Mahaud.  M.  Mi- 
ranne,  l'habile  chef  d'orchestre  du  théâtre,  diri- 
geait. 

J^  Un  petit  opéra  de  M.  E.  Humperdinck, 
Hcensel  und  Greiel  (Jeannot  ef  Margot;,  vient  d'être 


donné  avec  le  plus  vif  succès  au  théâtre  de  Mu- 
nich, les  3o  et  3i  décembre  iSgS,  sous  la  direction 
de  Hermann  Levi  Le  poème  a  été  écrit  par  la 
sœur  de  M.  Humperdinck. 

Le  livret  est  la  mise  en  action  d'un  conte  de 
Grimm,  ou  plutôt  recueilli  par  Grimm.  qui  a  pour 
sujet  les  misères  et  les  joies  de  deux  pauvres 
enfants  du  peuple,  qui,  à  force  d'industrie  et  de 
grâce  naturelle,  arrivent  à  surmonter  tous  les 
obstacles  semés  sur  leur  route.  La  presse  alle- 
mande en  loue  à  la  fois  le  sentiment  très  poétique 
et  l'écriture  très  châtiée. 

Le  poème  n'a  pas  obtenu  moins  de  succès  que 
la  partition  de  M.  Humperdinck,  que  la  presse  est 
unanime  à  louer  comme  une  œuvre  d'un  charme 
et  d'une  originalité  exceptionnelles.  Depuis  la 
Sauvage  apprivoisée  de  Goetz  et  le  Barbier  de  Bagdad 
de  Cornélius,  aucune  œuvre  allemande  n'avait  été 
accueillie  avec  autant  de  faveur. 

Les  interprètes  étaient  M"'^  Borchers  (Gretel)  et 
Dressler  (Haensel).  Le  compositeur  a  été  rappelé 
six  fois  sur  la  scène. 

Ce  conte  de  fées  avait  été  déjà  joué,  le  23  dé- 
cembre 1893,  à  Weimar;  il  vient  d'être  représenté 
également,  le  5  janvier  1894,  ^  Karlsruhe,  sous  la 
direction  de  Félix  Mottl. 

■^  Le  Berliuey  TageblaHnous  apprend  que  M.  Fé- 
lix Mottl,  le  célèbre  chef  d'orchestre  de  Carls- 
ruhe,  vient  de  recevoir  le  titre  de  «  General- 
musikdirector  ». 

*&♦•  La  première  représentation  du  Vaisseau-Fan- 
tôme, de  Wagner,  a  eu  lieu  mercredi,  à  Genève, 
devant  une  salle  enthousiaste. 

L'ouvrage,  qui  comporte  un  décor  grandiose, 
est  superbement  monté  et  fait  le  plus  grand  hon- 
neur à  M.  Dauphin,  directeur  du  Grand-Théâtre 
de  Lyon  et  de  celui  de  Genève. 

L'interprétation  est  excellente  et  les  artistes  ont 
été  vivement  acclamés, 

■4*   Nouvelles  de  la  saison  des  théâtres  d'Italie. 

A  Milan,  à  la  Scala,  ainsi  que  nous  l'avons  dit, 
la  grande  saison  a  été  ouverte  par  la  Walkyrie  qui 
a  été  mal  donnée,  et  n'a  pas  porté. 

La  Forsa  del  destina  a  eu,  au  théâtre  Bellini  de 
Naples,  un  grand  succès,  où  l'on  a  applaudi  beau- 
coup la  chanteuse,  M™"  Elisa  Ferrari. 

A  Gênes,  au  Carlo-Felice,  l'opéra  Manon  Lescaut, 
de  M.  Puccini,  a  eu  un  grand  succès  pour  la 
musique  et  pour  les  interprètes. 

A  Crémone,  au  théâtre  Ponchielli,  on  a  donné 
deux  opéras  :  Z  Pagliacci  et  le  Petit  Haydn,  qui  ont 
plu  tous  les  deux. 

A  Vérone,  Manon  Lescaut  de  Puccini,  donné  au 
Philharmonique,  a  eu  im  succès  enthousiaste. 

A  Palerme,  IVespri  siciliani,  donnés  au  Politeama 
Garibaldi,  ont  eu  beaucoup  de  succès,  le  soir  du  27. 

Même  accueil  au  Municipale  de  Modène  à  Riga- 
letto. 

Au  théâtre  Reynach  de  Parme,  accueil  favo- 
rable a  Cavalkria  rusiicana,  donné  comme  partition 
d'ouverture. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


41 


La  Gioconda,  qui  a  inauguré  la  saison  des  Rin- 
novati,  à  Sienne,  a  été  un  grand  triomphe  pour  les 
artistes  qui  l'exécutaient. 

Et  de  même  il  en  a  été  pour  le  Riiy  Blas,  donné 
au  théâtre  de  Rimini. 

En  résumé,  la  saison  se  présente  assez  avo- 
rab'.cment. 

^  La  société  musicale  de  Varsovie  ouvre  une 
souscription  pour  l'érection  d'un  monument  à 
Frédéric  Chopin. 

•§H-  On  écrit  de  Toulouse  : 

Le  théâtre  du  Capitole  vient  de  donner  avec  le 
plus  grand  succès  la  Phryné,  de  C.  Saint-Saëns. 
Les  artistes  se  sont  montrés  à  la  hauteur  de 
l'oeuvre,  et  l'orchestre,  sous  l'habile  direction  de 
M.  Raynaud,  a  parfaitement  rendu  la  délicate 
partition  du  maître  français. 

^  Il  est  toujours  curieux  de  feuilleter  les 
collection  de  vieux  journaux.  On  y  fait  des  trou- 
vailles bien  intéressante.  Dans  la  Revue  et  Gazette 
Musicale,  du  20  septembre  i863,  nous  trouvons 
une  série  d'article  sur  V Anneau  des  Nibelungen,  par 
R.  Wagner.  Voici  la  conclusion  du  troisième  et 
dernier  article  : 

«  Quant  à  nous,  on  sait  déjà  notre  opinion. 
\S Anneau  des  Nibelungcn  n'est  qu'un  conte  légen- 
daire, dont  nous  abandonnons  la  valeur  poétique 
à  des  juges  plus  compétents,  plus  experts  surtout 
dans  la  langue  allemande. 

«  Comme  œuvre  dramatique,  l'auteur  nous  parait 
avoir  composé  quelquechose  d'aussi  absurde,  mais 
de  beaucoup  moins  amusant  que  le.  Pied  de  Mouton, 
les  Pilules  du  diable  et  autres  féeries  de  même  force. 
Ce  qui  nous  étonne  le  plus,  c'est  qu'un  musicien 
ait  méconnu  la  musique  au  point  de  croire  que 
V Anneau  desNibeluiigen  fût  prop  e  à  en  inspirer,  nous 
ne  disons  pas  de  bonne,  mais  de  tolérable,  et  que, 
s'il  existe  dans  l'univers  un  seul  homme  capable 
d'en  écrire  sur  ce  texte,  il  put  s'en  rencontrer  un 
seul  acte  en  état  de  l'écouter    « 

Cela  est  signé  :  J.  Duesberg  et  S"". 

Que  diraient  ces  excellents  critiques  en  voyant 
les  recettes  phénoménales  de  la  Walkyrie  à  l'Opéra- 
Comique. 

+4*  Le  retour  de  la  Damnation  de  Faust  sur  les 
affiches  du  Concert  du  Chàtelet,  à  Paris,  n'est 
jamais  un  événement  imprévu.  Pour  l'instruction 
des  critiques  et  des  amateurs  d'aujourd'hui,  nous 
reproduisons  deux  extraits  de  journaux  anglais  de 
1847,  où  l'on  verra  que  Scudo  n'avait  pas  le  mo- 
nopole de  l'insanité  : 

«  On  parle  toujours  beaucoup  de  la  Damnation  de 
Faust  de  Berlioz.  Ce  monstre  musical  a  été  exécuté 
depuis  tantôt  quinze  jours;  mais  trois  heures  de 
musique  sans  mélodie,  sans  science  et  sans 
charme  sont,  on  le  sait,  de  dure  digestion. 
M.  Berlioz  poursuit  depuis  quinze  ans  le  public 
par  ses  compositions.  Cependant  le  public  reste 
froid,  et  les  vrais  artistes  haussent  les  épaules  en 
voyant  les  signes  d'admiration  prodigués  si  béné- 
volement à  l'auteur  par  quelques   partisans  en- 


thousiastes et  peu  connaisseurs,  aux  yeux  desquels 
il  s'est  posé  comme  un  talent  méconnu  et  incom- 
pris. Hector  Berlioz  n'a  pas  de  génie  musical;  il 
méprise  les  phrases  de  chant,  parce  qu'il  n'en 
peut  pas  créer.  Il  méprise  la  science  parce  qu'il 
n'a  pu  l'acquérir,  ayant  fait  des  études  tardives  et 
superficielles.  Le  seul  mérite  qu'il  ait,  c'est  de 
trouver  parfois  de  nouveaux  effets  d'orchestre 
assez  piquants.  Dans  l'œuvre  dont  il  est  question 
aujourd'hui,  qui  est,  du  reste,  assommante  par  sa 
longueur,  on  remarque  une  marche  hongroise  qui 
n'est  pas  de  lui,  mais  qu'il  a  fort  bien  orchestrée, 
et  qui  fait  d'autant  plus  d'effet  que  le  reste  est  plus 
insignifiant    Quant  à  Faust,  il  est  damné.  » 

Ceci  est  de  l'Observateur  français,  de  Londres. 
De  son  côté,  le  correspondant  du  Musical  World 
écrivait  : 

«  L'ouvrage  de  Berlioz  est,  ainsi  que  tout  ce  que 
ce  compositeur  a  fait  jusqu'ici,  aussi  dénué  de 
formes  que  la  terre  avant  la  création.  Une  indomp- 
table volonté  et  une  patience  digne  d'un  meilleur 
objet  ont  été  employées  dans  cette  composition  ; 
mais  cela  en  pure  perte,  car  on  ne  trouve  dans 
cette  œuvre  ni  les  conditions  naturelles  de  l'art, 
ni  l'expression  poétique  des  sentiments  et  des 
situations  qu'elle  prétend  rendre.  M.  Berlioz  tient 
en  grand  mépris  les  règles  du  contrepoint  et  les 
nécessités  du  rythme.  Sans  contrepoint,  il  n'y  a 
pas  d'harmonie;  sans  rythme,  la  mélodie  est 
impossible  ;  et  sans  rythme  ni  harmonie,  il  n'y  a 
pas  de  musique.  M.  Berlioz  décore  ses  composi- 
tions du  nom  de  musique,  mais  le  nom  seul  y 
figure  :  la  chose  en  est  absente.  D'où  vient  alors 
la  position  qu'occupe  M.  Berlioz?  De  l'admiration 
forcée  des  artistes,  vivant  dans  une  crainte  conti- 
nuelle de  cette  plume  qui  fait  et  défait  les  réputa- 
tions dans  le  premier  journal  français  ;  ou  peut- 
être  doit  il  sa  célébrité  à  la  tolérance  et  à  l'indul- 
gence de  ses  confrèrss,  les  critiques  des  autres 
journaux  :  célébrité  d'ailleurs  aussi  fantastique  et 
aussi  dénuée  de  fondement  que  sa  musique.  Du 
reste,  nous  cro^'ons  que  le  dernier  ouvrage  de 
M  Berlioz  porte  la  trace  de  ses  défauts  plus 
encore,  si  c'est  possible,  que  tout  ce  qu'il  a  pro- 
duit jusqu'ici.  » 

BIBLIO  GRAPHIE 

ONT  paru,  chez  Muraille,  à  Liège,  Trois  Chan- 
sons et  Poèmes  d'antan  par  M.  Jean  Marlin. 

Il  y  a  des  pièces  charmantes  dans  les  deux 
recueils  de  M.  Marlin;  ce  sont  celles  d'un  carac- 
tère tendre,  Saint-Nicolas,  Fleurs  berceuses  et  Noël; 
dans  la  gaucherie  de  la  facture,  on  perçoit  un 
sentiment  réel  et  savoureux.  Nous  aimons  moins 
les  pièces  plus  développées,  VEnfant  grec,  la 
GrandWIère,  dans  lesquelles  l'effort  du  musicien 
s'essouffle,  le  sujet  étant  trop  vaste,  trop  compliqué 
et  trop  lyrique  pour  son  talent  de  demi-teinte. 

E  tonus  cas,  les  ocmpositions  de  M.  Marlin 
ont  de  la  couleur,  et,  malgré  certaines  incorrec- 
tions de  facture,  ne  manquent  ni  d'élégance  ni 
d'originalité. 


42 


LE  GUIDE  MUSICAL 


NÉCROLOGIE 


Sont  décèdes  : 

A  Bordeaux,  à  l'âge  de  soixante-treize  ans, 
M.  Théodore  Blanzini,  compositeur,  qui  eut 
son  heure  de  vogue.  II  donna  des  opérettes  sur 
plusieurs  théâtres  de  Paris  et  de  la  province.  Il 
était  le  fils  de  Félix  Blanzini,  qui  fit  représenter 
de  nombreux  ouvrages  à  l'Opéra-Comique,  au 
commencement  de  ce  siècle. 

•!<•  A  Vienne,  le  Hofcapellmeistir  B  Randhar- 
tinger,  compositeur  jadis  populaire  de  lieder  et 
d'oeuvres  chorales.  Il  était  âgé  de  quatre-vingt- 
onze  ans. 

Benedict  Randhartinger,  né  en  1802,  avait  été 
un  condisciple  de  Fr,  Schubert,  avec  lequel  il 
avait  étudié  chez  Salieri  et  où  il  avait  connu  éga- 
lement Beethoven.  Il  avait  été  le  premier  qui  eût 
chaulé  publiquement  des  Lieder  de  Schubert,  car 
il  chantait  et  appartint  longtemps  comme  exécu- 
tant à  la  chapelle  de  la  cour,  avant  d'en  devenir 


le  capellmeister,  en  1844.  Il  avait  pris  sa  retraite 
en  1864  Ses  compositions  sont  à  peu  près  oubliées; 
elles  comprennent  plusieurs  symphonies,  vingt 
messes,  soixante  motets,  des  quatuors,  des  choeurs, 
des  Lieder  et  un  opéra,  le  RoiEnzio. 

•ï*  ASaint-Josse-tenNoode(Bruxelles), M"'' Ma- 
rie-Pauline-Joséphine Héris,  veuve  d'André  Van 
Hasselt,  à  l'âge  de  soixante  dix-neuf  ans.  Elle 
avait  été  la  compagne  dévouée  du  poète  qu'elle 
avait  soutenu  avec  son  admirable  courage  au 
cours  de  son  ingrate  carrière. 

M""  André  Van  Hasselt  était  une  charmante 
femme,  une  fine  lettrée,  d'une  culture  étendue. 
Elle  jouissait  d'une  santé  qui  semblait  la  mettre 
pour  longtemps  encore  à  l'abri  de  la  maladie.  Et, 
effectivement,  cette  souriante  septuagénaire  est 
morte  subitement  sans  une  infirmité,  après  un 
heureux  commencement  de  vieillesse  sereine  et 
calme.  Avec  ses  bandeaux  blancs  et  sa  figure  aris- 
tocratique, on  croj'ait  voir  quelque  portrait  très 
ancien  de  marquise,  au  temps  où  les  femmes 
étaient  reines  dans  les  lettres. 

L'inhumation  de  M""'  André  Van  Hasselt  a  eu 
lieu  mardi  dernier,  au    cimetière  de  Saiiit-Josse- 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


C.  SAINT-SAËNS 


OP.  82 

LA  FIANCÉE  DU  TIMBALIER 


Ballade  de  VICTOR  HUGO 


Partition  d'orchestre  .... 
Parties    d'orchestre     .... 
Partition    chant    et    piano. 
Piano    à    deux    mains,    par  l'auteur  . 
Piano   à    4    mains,    par  A.    Benfeld. 


Prix  net,  Fr.  10  — 

.    15  — 

2  50 

»        „       3  _ 

»        j)       4  — 


LE  GUIDE  MUSICAL 


ten-Noode,  où  reposent  les  cendres  du  poète,   son 
mari. 

^  A  Strasbourg,  le  docteur  E.  Strohl,  ancien 
professeur  à  la  Faculté  de  médecine,  mélomane 
et  compositeur  distingué.  Né  à  Strasbourg,  en 
1814,  le  docteur  Strohl  s'étaient  spécialement 
intéressé,  il  y  a  quelque  cinquante  ans,  à  l'orga- 
nisation du  chant  choral  à  Strasbourg.  C'est  avec 
lui  que  le  docteur  Kùss,  Decker,  Nicollet,  Des- 
trais, Thomas  et  quelques  autres  de  ses  contem- 
porains, qui  tous  devaient  le  précéder  dans  la 
tombe,  fondèrent,  en  1840,  la  Société  chorale, 
aujourd'hui  réunie  à  l'Union  musicale.  Lors  de  la 
première  fête  des  Chanteurs  alsaciens,  célébrée  à 
Strasbourg  en  iS56,  le  docteur  Strohl  fut  appelé  à 
présider  le  comité  central  chargé  de  l'organisation 
ce  cette  grande  fête  orphéonique,  à  la  suite  de 
laquelle  fut  créée  l'Association  des  sociétés  cho- 
rales d'Alsace,  dont  il  allait  être,  pendant  plusieurs 


années,  le  président.  Les  chanteurs  exécutèrent 
à  ce  festival  les  Enfants  de  la  France^  un  chœur  que 
M.  Strohl  avait  composé  sur  des  paroles  de 
Béranger.  Ses  chœurs  d'hommes,  avantageusement 
écrits  pour  chaque  partie  vocale,  sont  tous  d'une 
inspiration  généreuse,  et  ils  comptent  au  répertoire 
préféré  des  sociétés  alsaciennes. 

De  18S3  à  i855,  le  docteur  Strohl  fut  à  la  fois 
président  et  directeur  de  la  Chorale.  Louis  Liebé 
ayant  pris  la  direction  de  la  Société,  en  i856, 
M.  Strohl  continua  sa  présidence  pour  ne  l'aban- 
donner qu'en  1867.  Depuis  iS83,  il  était  président 
de  la  Société  de  l'Eméritat  dos  artistes  musiciens 
de  Strasbourg,  au  comité  de  laquelle  il  était  entré 
en  1873,  en  remplacement  de  M.  Kern,  auquel  il 
succéda,  en  outre,  au  Conservatoire,  comme  pré- 
sident de  la  commission  des  études,  commission 
dont  il  s'est  toujours  montré  un  des  membres  les 
plus  assidus.  A.   O. 


DE  LA   MAISON 

BREITKOPF  &  H^RTEL 

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Nos  I.  latermezzo,  la  mineur 

2.  Intermezzo,  la  majeur 

3.  Ballade,  sol  mineur 

4.  Intermezzo, /a  mineur 

5.  Romanzo,/^  majeur 

6.  Intermezzo,  mi  bémol  m^ 


Op.   lig. 


net  fr.  5  — 


Nos  j_  Intermezzo,  si  mineur 

2.  Intermezzo,  mi  mineur 

3.  Intermezzo,  do  mineur 

4.  Rapsodie,  do  bémol  majeur. 


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Cantilène,  pour  piano  et  violon 


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FiAiros  bechsteut  --  piaitos  blïïthitee, 

HARmONIUMS 


44 


LE  GUIDE  MUSICAL 


RÉPERTOIRE  DES  THEATRES  ET  CONCERTS 


Paris 

Opéra.   —   Du  i*"  au  5  janvier  :   Faust.  Gwendoline, 
la  Maladetta.  Gwendoline,  la  Maladetta. 

Opéra-Comique.  —  Du  i"'  au  6  janvier  :  Fra  Diavolo, 
les  Folies  amoureuses  Zampa,  Lalla  Roukh.  Mignon, 


le  Maître  de  chapelle.  L'Attaque  du  moulin  Lakmé. 
L'Attaque  du  moulin. 
Concerts  d'Harcourt.  —  Mercredi  3  janvier.  Pro 
gramme:  Réminiscenceb  d'Ossian(Gade);  Méditations 
iGigout);  Scherzo-tarentelle  (Wieniawskij,  M.  de 
Guarnieri  ;  Concerto  (Rubinstein),  M .  F.  Délia 
Sudda;  Invocation  à  Pan  iGounod);  Pièces  d'orgue, 
M.  Gigout;  Air  de  Sigurd  (Reyer),  M.  Vives;  Pièces 
pour  piano  seul,  M.  Délia  Sudda;  Choral  (Boellmann). 

LES    CONCERTS    DU    DIMANCHE 

g'  Concert  Lamoureux  (Cirque  des  Champs-Elysées). 
—  Programme  :  Symphonie  en  ut  mineur  (Beethovenj; 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

Propriétaires  des  œuvres  de  TsehaîkoWKky.  Qottschaik,  Prudent,  Allard 
des   Archivrs    du   piano   et   de  la   célèbre    AlétlioUe    de   pinno    A.    £e   4'ar|ientler 

Seuls  dépositaires  de  l'Edition  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  musique  de  violon 


P.  TSCHAIKOWSKY 

ŒUVRES       POUR      ORCHESTRE 


Op.  34,  Sctierzo-valse  pour  violon 

Partition  (copiée)     ....•.■ 

Partses  séparées.      .      .  ....     5     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i     » 
Op.  35.  Concerto  en  «majeur  pour  Aiolon 

Partition 12     » 

Parties  séparées .      • 18     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2     » 
Op.  36.  Quatrième  symphonie  en /a  mineur  : 

Partition 25     » 

Parties  séparées 35     ■> 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     3     » 
Op.  39.  Douce  rêverie  et  Valse,  pièces  ex- 
traites    de     l'Album     d'enfants 
(n"s  21  et  8),   arrangées  pour  instru- 
ments à  cordes. 

Partition i     " 

Parties  séparées 2     » 

Parties  supplémentaires     .      .      chaque     »  5o 
Op.  43.  Première  suite  d'orctiestre  : 

1°  Introduction  et  fugue  ;  20  Divertisse- 
ment ;  3»  Andante  ;  4»  Marche  minia- 
ture; 5'  Scherzo;  6»  Gavotte. 

Partition 20     » 

Parties  séparées 3o     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3     » 
Op.  43.  Marotte  miniature  e.xtraite  delà  suite  : 

Partition 2  5o 

Parties  séparè^'s 3     » 

Parties  supplémentaires  cordes  1"  et  2'' 

violons  seulement.      .      .      .      chaque     i     » 
Op.  44.  Deuxième  Concerto  en  sol  majeur 
piano  : 

Partition 20     » 

Parties  séparées 20     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2     « 

Violon  solo I  25 

Violoncelle  solo i  25 


Op.  45.  Capriccio italien  : 

Partition i5     » 

Parties  séparées 25     » 

Parties  supplémensaires  cordes    chaque     2     » 

Op.  48.  Sérénade  pour  instruments  à  cordes  : 

I"  Pièce  en  lorme  de  sonatine  ;  2°  Valse  ; 

3°  Elégie;  4°  Finale  (thème  russe). 

Partition Sa 

Parties  séparées 10     « 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     2     » 

Op.  49.  Ouverture  solennelle  : 

Partition 10     « 

Parties  séparées 20    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5o 

Op.  53.  Deuxième  suite  d'orctiestre  : 

I»  Jeu  des  sons  ;  2»  Valse;  3"  Scherzo  hu- 
moristique; 40  Rêves  d'enfant  5"  Danse 
baroque,  style  Dargomijsky. 

Partition 25     » 

Parties  séparées 3o     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3     » 

Op.  55.  Troisième  suite  d'orctiestre  : 

i"  Elégie  ;  20  Valse  mélancolique  ; 
3o  Scherzo  ;  4°  Thème  avec  variations. 

Partitiion 3o    » 

Parties  séparées 35     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3     » 

Op.  56.  Fantaisie  en  sol  majeur  pour    piano, 
dédiée  à  M™''  Essipoff. 

Partition 10     » 

Parties  séparées 20     » 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     3     » 
Op.  58,  Manfred,    symphonie    en    4    parties, 
d'après  Byron  : 

Partition .      .      .      .   40     « 

Parties  séparées 72     ■> 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     4     » 

{A  suivre) 


LE  GUIDE  MUSICAL 


45 


f;hasse  et  Orage  des  Troyens  (Berlioz);  Symphonie 
fantastique  (Berlioz!;  Marche  funèbre  d'Hamlet  (Ber- 
lioz); Ouverture  des  Maîtres  Chanteurs  (R  Wagnei), 
12»  Concert  Colonne  (Chàteleti  —  Première  partie  : 
Wallenstein  (V.  d'Indy);  air  de  Zurgn,  des  Pécheurs 
de  perles  (G.  Bizeti,  M.  Claeys  ;  Havanaise,  pour  vio- 
lon (C.  Saint-Saëns),  M  Marsick;  Concerto  pour  trois 
clavecins  (J.-S.  Bach).  MM.  Louis  Dièmer,  Nieder- 
hofheiin  et  Joseph  Thibaud.  —  Deuxième  partie  :  les 
Deux  Ménétriers,  mélodie  poésie  de  J  Richepin 
(César  Cui>.  M.  Lorrain';  Cavatine  pour  violon  (Cé- 
sar Cui),  M.  Marsick;  quatre  poésies  de  J.  Richepin, 
mélodies  :  Où  vivre.  —  Larmes,  —  les  Songeants,  — 
les  Petiots  (César  Cui).  M"^  M.  Fregi  et  M.  Engel  ; 
le  Prisonier  du  Caucase,  première  audition  (César 
Cui)  :  air  d'Aboubeker,  M.  Claeys,  —  Danses  circas- 
siennes. 

Bruxelles 

Théâtre  roval  de  la  Monnaie.  —  Du  i"  au  g  jan- 
vier :  Orphée.  Carmen.  Sigurd.  Orphée.  Manon  Re- 
lâche. Manon   Lohengrin.  Orphée. 


Concerts  (populaires,  sous  la  direction  de  M.  Joseph 
Dupont  (22"  annéei  —  Dimanche  y  janvier,  â  i  h.  J^ 
précise,  au  théâtre  de  la  Monnaie,  Concert  extraordi- 
naire sous  la  direction  de  M.  Hermann  LE VI, 
maître  de  chapelle  de  la  cour  royale  de  Bavière  et 
chef  d'orchestre  des  théâtres  de  Munich  et  de  Bay- 
reuth  —Première  partie  :  Huldigungs.Marsch(R  Wag- 
ner); Siegfried-Idyll(R,  Wagner);  Prélude  de  Parsifal 
(R.  Wagner);  Scène  de  l'enchantement  du  'Vendredi- 
Saint,  3«  acte  de  Parsifal  (R  Wagner)  —  Deuxième 
partie  :  Huitième  symphonie  en  fa  majeur(Beethoven). 

Théâtre  des  Galeries.  —  Miss  Robinson.  -  Matinée, 
dimanche,  à  i  h.  }/^. 

Alcazar  royal.  —  Bruxelles- Port  de  mer. 
Vienne 

Opéra.  -  Du  2  au  8  janvier  :  Puppenfee  et  les  Joyeuses 
Commères  de  Windsor.  Hans  Heiling.  Sylvia  et  Pa- 
gliacci.  L'Africaine  Le  'Veilleur  Les  Femmes  mé- 
tamorphosées. Robert  et  Bertrand  et  'Valse  viennoise. 
Les  Maîtres  Chanteurs  de  Nuremberg.  Excelsior. 

An  der  Wien.  —  Une  pauvre  fille.  Le  Baron  des  Tsi- 


Concerts  Schott 

/eudi     z^''    février    18Q4,     à     8    heures    du    soir 

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op.  iSg F.  Schubert 

Andante  molto  —  Allegretto 
Andantino  (Sei  mir  gegriisht) 
Allegro  —  Presto. 

2.  La  Fée  d'amour,  morceau  ca- 

ractéristique de  concert  pour 

violon  et  piano J.  Raff 

(Edition  Sarasate.) 

3.  a.  Polonaise-Fantaisie    .     .     .     Chopin 
*.  Etude  en  forme  de  valse    ,     ,     Saint-Saëns 

M™e  Bertha  MARX 


PROGRAMME 

4-  Quatre  danses  slaves  p'  violon    Dvorak 
a.  Lento  gracioso.  —  b   Allegro 
c.  Allegretto  gracioso.  —  i.  Presto 
M.  SARASATE. 


S.  a.  Le  Rossignol     .     .     .     .     ) 

b.  VI'  Rhapsodie  (piano  seul)  \ 

Mme  Bertha  MARX 


Liszt 


Sarasate 


6.  Sérénade  andalouse.     . 
M. SARASATE 
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46 


LE  GUIDE  MUSICAL 


ganes.    Fledermaus.    L'Enfant    du    dimanche.    Les 
Cloches  de  Corneville. 

Berlin 

Opéra.  —  Du  i"'  au  7  janvier  :  Lohengrin.  Djamilé, 
Puppenfee  et  Pagliacci.  Cavalleria  et  le  Barbier  de 
Séville.  L'Africaine  Faust  Concert  par  l'orchestre  du 
théâtre.  Le  Vaisseau -Fantôme  (5o«  anniversaire  de  la 
première  représentation  à  Berlin), 

Théâtre  Friedrich  Wiliielmstadt.  —  Le  lieutenant 
de  marine. 

Dresde 

Opéra.  —  Du  i"  au  6  janvier  ;  La  Reine  de  Saba. 
Rigoletto,  Représentations  de  M""^  Duse.  Sinfonie- 
Concert.  Les  Enfants  du  steppe. 


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RÉDACTEUR   EN    CHEF 

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N.  Le  Kime,  SECRÉTAIRE- administrateur 

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Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.   Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten--Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  ~  Marcel  Remy 

J.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  dl  iiAiîToa 

N.  Liez  -  I.  Will 

Dr  Dwelshauwers  —  Ernest  Closson 

Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

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40''  année  14  Janvier   1894  numéro  3 


SOMMAIRE 


James  Van  Drunen  :  Théâtre  italien. 
Michel  Brenet  :  Les  Concerts  historiques. 
Hugues    Imbert  :  César    Cui    au    concert 

Colonne. 
Marcel  Remy  :  L'incendie   des  décors  de 

l'Opéra. 
Maurice  Kufferath   :    Hermann    Lévi  à 

Bruxelles. 
<ttl|rontqut  bc  la  Semaine  :  Paris,  concerts   divers; 

Bruxelles,  petites  nouvelles. 
Corresponbaïues   :  Anvers,    Berlin,    Dresde,    Liège, 

Verviers. 
Nouvelles  diverses   —  Bibliographie. 
Nécrologie.  —  Répertoire  des  théâtres. 

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Otto  Junne.  —  A  Strasbourg  :  librairie  Ammel.  —  A 
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50 


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Parties  d'orchestre.      .     .     »  i     « 
Gillet,  E.    Douce    caresse,  pour  piano  .     »  2  00 
P"'  instr.  à  cordes  (p""  et  p<'")  .     »  2  5o 
Tellam,  H.    Le  Corso    blanc,    polka- 
marche  pour  piano »  i  70 

Pr  piano  à  quatre  mains    ...»  2     » 

Pi'  piano  et  violon  ou  mandoline     »  2     » 

Parties  d'orchestre ni» 

—  "Veglione-Polka,  pour  piano      ...»  i  70 

Parties  d'orchestre  .     .     .     .     »     i     » 

—  Violettes  russes,  polka-mazurka, pour 

piano »     I  70 

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Bruxelles,  le  14  janvier  1894. 


THEATRE  ITALIEN 


ES  compagnies  d'artistes  errants 
promènent  de  ville  en  ville,  en 
Italie,  un  répertoire  d'opéras  po- 
pulaires, œuvres  sympathiques,  faciles  et 
abondamment  riches  de  mélodies  aimables. 
Dans  ce  répertoire,  logent  une  quantité  de 
compositeurs  qui  quittent  peu  le  pays;  c'est 
un  théâtre  presque  nouveau  pour  le  voya- 
geur :  VIsabella  d'Aragoiia  de  Pedrotti,  la 
Notte  dî  Natale  de  Pontoglio,  //  nuovo  Fi- 
garo de  Ricci  —  dont  nous  ne  connaissons 
que  le  Crispino.  —  IlBravo  de  Mercadante, 
Don  Procopio  de  Fioravanti,  leEducande  di 
Sorrejiie  de  Usiglio  et  les  oeuvres  de  Mar- 
chetti  et  de  tant  d'autres  —  sans  parler  des 
universellement  connus  :  Verdi,  Bellini  et 
surtout  Donizetti,  le  bergamasque  grande- 
ment fêté  et  traditionnellement  représenté, 
chaque  année,  à  l'époque  de  la  foire,  à 
Bergame,  dans  le  vilain  bâtiment  qui  sert 
de  théâtre,  à  côté  de  l'octroi. 

Ces  troupes  de  passage  se  casent  dans 
les  théâtres  de  deuxième  et  de  troisième 
ordre,  que  l'on  trouve  un  peu  partout  : 
vastes  salles  claires,  aux  murs  droits  percés 
de  loges  de  haut  en  bas. 

Les  bagages  sont  vivement  ouverts  et  les 
grandes  diableries  musicales  emménagent, 
n'importe  comment,  dans  des  décors  d'oc- 
casion, avec  des  accessoires  qu'on  rafistole 
et  qui  font  toujours  l'affaire. 

Ces  représentations  fantaisistes,  absolu- 
ment nationales,  devant  un  public  pas- 
sionné, sont  des  soirées  curieuses. 


Dans  la  ville,  c'est  un  événement,  le  sé- 
jour de  ces  colporteurs  d'opéras.  Tout  le 
monde  parle  de  la  Conipagnia  di  canto  et 
discute  le  mérite,  le  renom  des  artistes. 
Cela  devient  le  gros  sujet  des  préoccupa- 
tions, l'objet  de  toutes  les  conversations, 
à  la  promenade,  au  café. 

Bien  avant  l'allumage  des  lanternes,  la 
foule  se  tient  autour  du  bâtiment. 

Pour  pénétrer  dans  le  théâtre,  il  faut  pas- 
ser à  deux  guichets  :  au  premier,  on  prend 
un  carton  qui  constitue  le  simple  droit 
d'entrée;  au  second,  on  verse  un  supplé- 
ment, qui  désigne  la  catégoiie  de  place 
que  l'on  aura  le  droit  d'occuper. 

La  salle  est  spacieuse,  blanche,  sans  bal- 
C011.  Les  galeries,  quand  il  y  en  a,  ne  font 
pas  saillie.  Au  dessus  de  la  scène,  une 
grande  horloge  marque  froidement  le  temps 
qui  passe.  Sur  les  murs,  en  grosses  lettres  : 
vietato  funiare. 

Les  musiciens  allument  leurs  petites  bou- 
gies, et  le  maestro  prend  place,  non  contre 
le  théâtre,  mais  contre  le  public,  de  manière 
à  avoir  son  orchestre  devant  soi,  entre  son 
bâton  et  la  scène.  Le  souffleur  n'est  pas 
dissimulé  sous  une  boîte  :  on  voit  un  mon-, 
sieur  grave  dont  la  moitié  du  corps  émerge 
d'un  trou  dans  le  plancher  du  prosce- 
nium. 

Le  maestro  fait  le  beau,  l'air  fort  satisfait 
de  dominer  tout  ce  monde  et  de  se  savoir 
regardé.  Il  conduit  avec  des  gestes  tra- 
giques ;  il  manie  son  bâton  comme  un  tam- 
bour-major joue  de  la  canne;  il  fait  des 
tours  avec  des  élégances  adroites,  qui  s'en- 
lacent comme  pour  aller  piquer  des  notes 
au  vol  ~  et  il  tourne  les  pages  de  sa  par- 
tition en  froissant  le  papier  avec  un  magis- 
tral orgueil,  une  imposante  négligence. 

Les  acteurs  aussi  posent  horriblement; 
ils  font  la  roue  avec  une  morgue  agaçante. 
La  basse  tonitruante  fronce  le  sourcil  à  la 


52 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Jupiter  ou  bien  exagère  son  caractère  et 
prend  le  type  effrayant  de  ces  mouchards 
qui  rôdent  dans  les  vieux  mélos.  Le  ténor 
a  une  tète  de  mirliflore,  qui  vend  de  la  nou- 
veauté. Ce  chanteur  crie  de  toute  son  âme; 
il  s'époumonne  consciencieusement  et  le 
sang  lui  boursouffle  la  figure.  Pour  attaquer 
un  morceau,  il  se  campe  solidement  de 
l'air  de  vous  annoncer  :  Vous  allez  voir... 
11  prépare  la  phrase  à  efiet,  la  sert  préten- 
tieusement, garnie  de  gestes  arrondis,  de 
grands  yeux  perdus  et  de  signes  des  doigts, 
le  tout  vous  disant  :  Savourez-moi  donc 
cela... 

Quand  les  chœurs  donnent,  le  souffleur 
s'agite  ;  il  est  aussi  armé  d'un  bâton  et  rem- 
plit l'office  de  chef  du  chant.  Il  crie,  chante, 
bat  la  mesure,  gesticule  furieusement  —  et 
l'ensemble  se  termine,  brusquement,  sur  un 
accord  sèchement  frappé,  laissant  tout  le 
monde  immobile,  un  effet  qui  veut  étonner 
l'auditeur. 

Après  un  silence,  qui  donne  le  temps  de 
se  remettre  de  cette  petite  émotion  ravie, 
des  salves  nourries  partent  de  tous  les  côtés, 
bruyantes,  roulant  par  toute  la  salle.  Les 
artistes  ont  un  sourire  de  suffisance  à  peu 
près  satisfaite  ;  le  jeu  de  leurs  sourcils, 
leur  moue  pincée  expriment  une  infatuation 
qui  ne  s'étonne  pas  de  ce  succès  fort  natu- 
rel. Mais,  dans  ce  public  prompt  aux  ma- 
nifestations, il  y  a  le  plus  souvent  dans  les 
bravos  un  ou  deux  chuts  ;  des  mécontents, 
des  difficiles  qui  assurent  à  haute  voix 
qu'ils  ont  entendu  déjà  ce  morceau  bien 
autrement  chanté.  Les  artistes  interrom- 
pent leur  rôle  pour  répondre  aux  bravos, 
les  morts  se  relèvent  et  les  femmes  arrêtent 
leurs  larmes  pour  vous  remercier  d'un  sou- 
rire. C'est  le  cabotin  trônant. 

Après  les  grands  effets  tempétueux  du 
finale,  le  public,  absolument  transporté, 
s'enflamme  d'une  frénésie  d'enthousiasme 
et  rapelle  et  rappelle  toujours. 

Le  rideau  ne  se  relève  pas.  Dans  le  rideau 
est  pratiquée  une  ouverture  basse  devant 
laquelle  pend  une  tenture.  Un  valet  vient 
lever  cette  tenture,  et  les  acteurs  passent 
pour  venir  sur  le  proscenium  saluer  le  pu- 
blic. Alors,  ils  remercient  avec  effusion, 
donnant  les  marques  d'une  joie  complète  ; 


les  hommes,  la  main  sur  la  poitrine,  les 
femmes  en  faisant  des  ronds  de  bras  comme 
des  danseuses  de  corde.  Et  si  le  succès 
persiste,  mutuellement,  devant  le  public 
empoigné,  ils  se  serrent  les  mains  avec 
bonheur,  se  présentant  entre  eux  des  con- 
gratulations réciproques  et  triomphales. 

Après  ce  glorieux  assourdissement, 
l'entr'acte  n'amène  qu'un  calme  relatif.  Le 
monde,  fébrile,  se  remue,  se  retourne,  ba- 
varde, interpelle  des  voisins.  C'est  une  agi- 
tation de  toilettes  claires,  gaies,  de  figures 
épanouies,  encadrées  de  grosses  chevelures 
sombres  sous  des  chapeaux  blancs  et  roses, 
un  mouvement  nerveux  de  petites  ma- 
nières coquettes,  un  va-et-vient  d'évantails, 
un  bruit  de  rires  qui  partent  au  milieu  d'un 
long  caquetage  gazouillé  et  d'un  continu  , 
bourdonnement  confus. 

De  la  platea  —  au  fond  du  parterre,  ou 
les  flâneurs  restent  debout  et  viennent,  pour 
peu  de  chose,  voir  un  bout  de  représenta- 
tion —  s'élève  un  brouhaha  de  discussion,  ; 
de  colloques,  de  conversations  jacassées. 
Un  garçon  annonce  d'une  grosse  voix  qu'il 
vend  des  bonbons  et  de  la  gazosa  fresca. 
Beaucoup  de  spectateurs  s'arment  d'un  fla- 
con de  limonade,  et  de  partout  éclatent  des 
détonations  de  débouchage,  et  on  boit  au 
goulot. 

Quand  ce  public  sans  façon  trouve  que 
l'entr'acte  a  suffisamment  duré,  il  demande 
le  rideau  en  sifflant  et  en  applaudissant. 

Devant  un  pareil  auditoire,  on  n'ose 
guère  donner  des  opéras  trop  connus  — 
comme  la  Favorite;  tout  le  monde  chante; 
les  artistes  écoutent  la  salle  ou  se  fâchent, 
et  pendant  les  passages  qui  n'intéressent 
pas,  on  cause,  on  boit,  on  mange  ou  bien 
on  sort  pour  revenir,  quelques  instants 
après,  voir  où  en  est  la  pièce. 

L'allure  faussement  superbe  de  cette  mise 
en  scène  ratée,  le  pompeux  gauche  de  ce 
théâtre,  qui  fait  du  luxe  à  bon  marché,  s'an- 
noncent dès  la  porte  par  des  adjectifs  enflés 
qui  font  le  boniment  sur  l'affiche.  C'est  la 
Serata  d'onore  dell'  attrice  amorosa  ou  illus- 
trissima,  et  le  dramma  lirico  est  un  intéres- 
sante lavaro  sempre  ben  acceito.  Cette  em- 
phase blagueuse,  cette  grandeur  convaincue 
choquent    étrangement   dans    ces    loques 


LE  GUIDE  MUSICAL 


53 


d'occasion,  dans  ces  nippes  de  rebut  traî- 
nées de  ville  en  ville  dans  des  caisses  qui 
prennent  l'eau.  C'est,  tout  au  plus,  l'indi- 
gente mise  en  scène  d'un  art  de  forain. 

Nous  avons  eu  l'occasion  de  voir,  repré- 
senté de  la  sorte,  Ruy-Blas,  ignoblement 
déchiqueté  par  un  M.  d'Ormeville  et  mis 
en  musique  par  Marchetti.  Ruy-Blas  se 
tenait  comme  un  garçon  boucher  endiman- 
ché et  pommadé  pour  servir  de  garçon 
d'honneur  au  mariage  d'un  camarade  —  et 
le  programme  faisait  remarquer  que  ce  hé- 
ros était  miravigliato  altamente  ma  confer- 
fnezza  e  dignita.  Les  costumes,  tous,  étaient 
une  méchante  défroque  de  bal  masqué  ; 
l'entrée  des  nobles  faisait  l'effet  d'un  piteux 
carnaval  de  barrière  en  location.  Les  dames 
de  la  cour,  figurantes  décharnées,  mal 
peintes,  adressaient  des  sourires  à  leurs 
amis,  tout  en  haut  de  la  salle.  La  reine  était 
une  petite  femme  au  joli  profil  italien,  sans 
distinction,  les  cheveux  plaqués  sur  le 
front.  Elle  jouait  avec  une  profusion  de 
gestes  et  une  voix  criarde  pincée,  qui  appe- 
lait au  secours.  Elle  semblait  suivre  du 
doigt,  au  sortir  de  ses  lèvres,  les  roulades 
sèches  dont  les  notes  pénibles  se  heur- 
taient; et  la  malheureuse,  esquintée,  termi- 
nait la  phrase  avec  ce  geste  nigaud  d'un 
acrobate  qui  vient  d'exécuter  un  tour.  Après 
des  bis  enthousiastes,  elle  jetait  quelques 
baisers  du  bout  de  ses  doigts  sales. 

La  lettre  du  roi  était  un  vilain  chiffon  de 
papier  : 

Signora,  un  venio  orrihile 
Spira  da  Nord,  eppure 
leri  uccisi  sei  lupi. 
Segiiato  :  Carlo. 

La  duègne,  une  momie  hideusement 
crayonnée,  portait  une  robe  violet  et  vert 
d'une  coupe  grotesque.  Les  décors,  lamen- 
tables sous  des  fioritures  puériles  et  figno- 
lées niaisement,  avec  de  petits  pavillons 
dans  des  verdures  plates  et  des  perspec- 
tives extravagantes. 

Dans  toutes  les  parties  de  cet  art  drama- 
tique vojageur,  on  retrouvait  cette  fausse 
grandeur,  ce  besoin  de  paraître,  qui  est 
l'orgueil  de  l'Italien.  L'émotion  des  artistes, 
le  sentiment  de  la  musique,  la  pompe  de  la 
mise  en  scène,  l'inspiration  de  l'œuvre,  le 


dessin  des  décors,  tout  cela  était  à  côté, 
creux,  vide,  raté  —  et  on  se  demandait  si 
l'enthousiasme  excité  dans  le  public  par 
tous  ces  mo3'ens  manques  n'était  pas,  lui 
aussi,  une  convention,  une  complaisance  ; 
si,  ayant  payé  pour  leur  stalle  et  étant  venus 
certains  de  s'amuser,  ces  gens  ne  s'amu- 
saient pas  par  conviction,  par  persuasion 
devant  ce  théâtre,  qui  n'était  qu'un  prétexte 
mal  doré.  Et  ils  en  sont  très  sincèrement 
capables,  ces  ItaHens,  dont  le  grand  soleil 
ardent  fait  si  tumultueusement  bouillir 
l'imagination.  James  Van  Drunen. 


LES  CONCERTS  HISTORIQUES 

(Suite  et  fin.  —  Voir  le  dernier  numéro.) 


II 


A  Singakademie  de  Berlin  fut  fon- 
dée par  Cari  Fusch,  en  i/gi.pour 
l'exécution  de  la  musique  sacrée 
et  de  la  musique  profane  sérieuse  à  voix 
seules  ou  avec  accompagnement  d'orgue. 
Pendant  les  vingt  ou  trente  premières 
années  du  XIX'  siècle,  cette  célèbre  société 
fut  un  modèle  pour  toute  l'Allemagne.  A 
une  époque  plus  récente,  étant  passée  sous 
la  direction  d'Edouard  Grell,  elle  continua 
de  faire  dans  ses  programmes  une  place 
importante  aux  œuvres  anciennes.  Mais, 
depuis  1843,  date  de  la  fondation  du  Dom- 
chor,  elle  avait  perdu  beaucoup  de  son 
influence.  Ce  fut  à  l'instigation  de  l'histo- 
rien Winterfeld  que  le  roi  de  Prusse  Fré- 
déric-Guillaume IV  établit  le  «  Kœniglicher 
Domchor  fur  Kirchenmusik.»  En  dehors  de 
son  service,  pour  lequel  il  possède  un 
répertoire  d'environ  deux  cents  morceaux, 
le  chœur  donne  chaque  année  à  Berlin 
plusieurs  concerts  dont  le  programme, 
d'après  une  coutume  traditionnelle  assez 
fidèlement  observée,  offre  ordinairement 
un  résumé  de  l'histoire  de  la  musique 
depuis    Palestrina  jusqu'à   nos  jours.  Le 


o4 


LE  GUIDE  MUSICAL 


beau  temps  du  Domchor  fut  l'époque  de  la 
direction  de  Reithardt  (1845-1861).  Après 
la  mort  de  ce  chef  éminent,  on  fit  quelque 
reproche  à  son  successeur,  Rodolphe  de 
Herzberg,  d'être  trop  volontiers  sorti  du 
répertoire  a  cape  Ha,  véritable  spécialité  de 
l'institution,  pour  se  tourner  de  préférence 
vers  les  œuvres  du  xviil^  siècle,  celles  de 
Bach  en  particulier.  Si  les  programmes  se 
modifièrent,  l'exécution  ne  faiblit  pas.  C'est 
à  ce  moment  que  M.  Ernest  Reyer,  après 
avoir  assisté  à  une  séance  du  Domchor, 
écrivit  qu'il  n'avait  «  jamais  entendu  un 
ensemble  plus  parfait,  une  plus  stricte 
observation  des  nuances,  une  exécution 
plus  irréprochable  ». 

Sous  l'impulsion  de  ces  deux  modèles, 
la  Singakademie  et  le  Domchor,  on  vit  se 
multiplier  en  Allemagne  les  sociétés  de 
chant  classique.  Celle  que  fonda  Cari 
Riedel  à  Leipzig,  en  1854;  se  donnait  pour 
but  principal  l'exécution  des  œuvres  reli- 
gieuses des  anciens  maîtres,  jusques  et  y 
compris  Bach  et  Hœndel.  Des  villes  même 
de  peu  d'importance  eurent  ainsi  des 
concerts  en  quelque  sorte  historiques. 
Erlangen,  par  exemple,  fut  dotée,  en  1846, 
par  le  professeur  Schœberlein  d'une  «  So- 
ciété académique  pour  l'exécution  de  l'an- 
cienne musique  vocale  »  ;  une  partie  des 
frais  de  cette  entreprise,  qui  subsistait 
encore  en  1 865,  était  supportée  par  l'Uni- 
versité. A  Schwerin,  plus  récemment,  le 
Schlosschor,  dirigé  par  M.  Otto  Kade,  a 
donné  des  auditions  rigoureusement  histo- 
riques. Même  de  simples  Liedertafel  inscri- 
vent parfois  à  leur  programme  quelques 
morceaux  des  vieux  maîtres  allemands. 
Berlin  a  eu  récemment  des  concerts  histo- 
riques de  musique  d'orgue,  donnés  par 
M.  H.  Reimann.  Au  mois  de  février  1893, 
MM.  Scharwenka  et  Goldschmidt  exécu- 
taient, dans  la  même  ville,  d'anciennes 
œuvres  de  musique  instrumentale  de 
chambre.  Mais,  de  toutes  les  villes  de 
l'Allemagne  du  Nord,  Breslau  s'est  rendue, 
depuis  une  dizaine  d'années,  particulière- 
ment célèbre  par  les  concerts  historiques 
de  la  société  de  chant  appelée  Bohn'scher 
Vcrein,dn  nom  de  son  fondateur,  M.  Emile 
Bohn. 


Ce  qui  caractérise  les  programmes  de  ces 
concerts,  c'est  qu'ils  sont  extrêmement 
variés  d'une  séance  à  l'autre,  et  qu'en 
même  temps  ils  se  limitent  chaque  fois  à  un 
sujet  précis.  Au  lieu  de  donner,  comme 
Fétis,  une  idée  générale,  mais  forcément 
superficielle,  du  mouvement  de  l'art  sous 
ses  divers  aspects  pendant  une  période 
choisie,  M.  Bohn,s'adressant  probablement 
à  un  public  plus  restreint  et  mieux  préparé, 
s'attache  à  lui  offrir  les  éléments  d'un 
jugement  esthétique  approfondi  sur  un 
sujet  et  une  époque  plus  restreints.  Le  cin- 
quantième concert  de  la  Société  Bohn  a  eu 
lieu  le  12  décembre  1892.  En  citant  très 
brièvement  les  titres  généraux  de  quel- 
ques-uns de  ses  programmes,  nous  ferons 
mieux  comprendre  le  but  qu'elle  poursuit  : 
24  mars  1884,  musique  d'église  a  capella, 
de  Josquin  Deprés  à  Seb.  Bach.  —  23  fé- 
vrier i885,  œuvres  profanes  de  Hsendel.  — 
9  mars  l885,  Lieder  ^voidiXies  allemands,  de 
la  fin  du  xvi«  siècle  au  milieu  du  xvii<=  siècle. 
—  23  mars  i885,  œuvres  profanes  de  Seb. 
Bach.  —  i5  février  i885,  œuvres  de  Henry 
Purcell.  —  !<='■  mars  1886,  Fidelio  de  Beet- 
hoven, dans  sa  forme  primitive.  —  27  fé- 
vrier 1888,  musique  religieuse  espagnole 
du  xvp  au  xix^  siècle.  —  18  février  1889, 
chansons  à  boire  allemandes  du  xvi"  au 
xix^  siècle.  —  i"  et  8  décembre  i8go, 
opéras  et  opéras  comiques  allemands 
oubliés.  —  2  mars  1891,  musique  religieuse 
à  Venise,  du  xvi<=  au  xviii^  siècle,  etc.  Il 
n'y  a  pas  d'orchestre.  Les  programmes 
imprimés  contiennent,  avec  le  texte  des 
morceaux  chantés,  les  noms  et  prénoms, 
dates  de  naissance  et  de  mort  de  chaque 
musicien,  et  l'indication  des  ouvrages  im- 
primés ou  manuscrits  desquels  les  mor- 
ceaux ont  été  tirés. 

A  Vienne,  l'historien  musical  Kiesewet- 
ter,  grand  collectionneur  d'ancienne  mu- 
sique, donna  chez  lui  et  par  invitations, 
depuis  1817  environ  jusqu'à  i838,  des  audi- 
tions d'œuvres  sacrées  et  profanes  de 
toutes  les  écoles.  Ce  furent  les  premiers 
concerts  historiques  de  Vienne.  Mais  le 
vrai  public  ne  fut  initié  là- bas  que  beau- 
coup plus  tard  à  ce  genre  de  plaisir  artis- 
tique. Dans  la  même  année  i858,  la  Sing- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


akademie  et  le  Singverein  furent  fondés  à 
Vienne  dans  un  but  presque  identique. 
Stegmayer  dirigeait  l'Académie,  plus  spé- 
cialement consacrée  aux  œuvres  du  style 
acapella;  le  Verein,  qui  avait  pour  chef 
Herbeck,  se  tourna  vers  les  cantates  et 
oratorios  avec  orchestre.  A  ces  deux  insti- 
tutions vint  s'ajouter,  en  1862,  celle  des 
concerts  historiques  de  Zellner,  qui  dura 
plusieurs  années,  et  se  spécialisa  dans  la 
musique  profane  ancienne.  Une  nouvelle 
entreprise  a  été  inaugurée  en  i885  par 
MM.  Robert  Hirschfeld  et  Franz  Kœs- 
tinger.  La  première  séance  offrait  cinq 
Licder  polyphoniques  allemands  de  Henri 
Finck,  Senfl,  Hofheimer,  Lemlin  et  Ec- 
kel,  des  danses  instrumentales  du  xvi« 
siècle  et  des  Lieder  à  voix  seule  avec  luth, 
tirés  du  livre  de  tablature  d'Arnold  Schlick. 
En  1889,  le  ministère  de  l'instruction  pu- 
blique austro-hongrois  s'honora  en  accor- 
dant une  subvention  annuelle  à  cette  inté- 
ressante entreprise. 

A  Saint-Pétersbourg,  on  a  gardé  long- 
temps le  souvenir  d'un  concert  historique 
donné  au  palais  Michel  en  i86g  par  la 
grande  duchesse  Hélène,  et  dirigé,  par 
Promberger,  sur  le  modèle  de  ceux  de 
Fétis  et  de  Zellner.  Chant  grégorien,  motets 
de  Palestrina  et  de  Lassus,  noëls  populaires 
français,  villanalle  de  Donati,  airs  d'opéras 
deLuUy,  de  Jommelli,  de  Pergolèse,  pièces 
de  Balbàtre  et  de  Scarlatti  jouées  sur  un 
vieux  clavecin,  fragments  d'oratorios  de 
Bach  et  de  Hïendel,  il  y  eut  de  tout  dans  ce 
concert,  qui  dura  trois  heures.  De  nos 
jours,  les  amateurs  russes  entendent  aux 
séances  du  chœur  Aschangelsky  les  œuvres 
de  Palestrina  et  de  'son  temps  ;  on  leur  a 
chanté  en  i8go  des  fragments  importants 
de  VOrfeo  de  Claudio  Monteverdi. 

Le  (I  Caecilienverein  »  de  Copenhague, 
dirigé  par  Frédéric  Rung,  donne  des  con- 
certs historiques  ;  l'un  d'eux,  par  exemple, 
en  1884,  a  retracé  l'histoire  de  la  musique 
italienne  aux  XVIP  et  xviiF  siècles.  A 
Edimbourg,  M.  Niecks  a  organisé  en  1892 
des  séances  analogues,  dont  les  programmes 
imprimés  contenaient  des  notices  explica- 
tives, des  thèmes  notés,  et  jusqu'à  des 
portraits    de    compositeurs.    A  Turin,    le 


24  novembre  1S90,  M.  Giulio  Roberti 
dirigea  un  concert  mélangé  de  musique 
ancienne  et  moderne,  où  figuraient  un 
psaume  de  Marcello  etle  lamento  d'Ariane, 
de  Monteverdi.  La  mort  de  M.  Roberti 
arrêta  prématurément  l'entreprise.  LeLiceo 
Bcnedetto  Marcello,  à  Venise,  donne  des 
séances  historiques.  L'une  d'elles,  en  1891, 
consacrée  aux  maîtres  de  l'école  vénitienne, 
depuis  Monteverdi  jusqu'à  Legrenzi,  était 
précédée  d'une  conférence  faite  par  M.  Th. 
Wiel. 

Nous  n'avons  pas  à  renseigner  les  lecteurs 
du  Guide  Musical  sur  les  concerts  du  Con- 
servatoire de  Bruxelles  et  la  part  que 
M.  Gevaert  y  réserve  aux  œuvres  anciennes, 
exécutées  dans  des  conditions  toutes  parti- 
cuUères  de  fidélité  historique.  Nous  n'avons 
pas  davantage  à  revenir  sur  les  auditions 
de  VAmsterdamsche  a  Kapella  Koor,  dirigé 
par  M.  de  Lange,  et  qui  ont  fait  sensation 
il  y  a  un  ou  deux  ans  dans  l'Europe  musi- 
cale. La  longue  et  cependant  très  incom- 
plète énumération  que  nous  venons  de 
dresser  était  peut-être  utile  pour  montrer 
qu'en  tous  pays  le  public  semble  mûr  au- 
jourd'hui pour  un  genre  de  concerts  qui 
s'adresse  à  une  classe  d'auditeurs  particu- 
lièrement instruits,  curieux  et  raffinés  dans 
leurs  goûts.  Voir  augmenter  de  nombre 
cette  catégorie  d'amateurs  par  l'extension 
et  la  propagation  des  concerts  historiques 
est  un  souhait  que  tout  musicien  sérieux 
doit  former.  On  embrasse  d'un  regard  plus 
clair  les  mouvements  de  l'art  au  temps 
présent,  quand  on  a  la  notion  de  ses  évolu- 
tions passées.  On  juge  d'un  sens  plus  ferme 
et  plus  sage  les  questions  auxquelles  la  vie 
de  chaque  jour  vous  mêle,  quand  on 
apporte  dans  leur  examen  le  savoir  et  l'ex- 
périence. Aussi,  tandis  que  d'une  part  il  ne 
faut  point  se  lasser  d'encourager  théâtres 
et  concerts  à  accueillir,  à  produire  et  à 
répandre  les  œuvres  contemporaines,  celles 
dont  les  auteurs  sont  les  maîtres  d'aujour- 
d'hui ou  deviendront  peut-être  les  maîtres 
de  demain,  en  même  temps  l'on  doit 
approuver  hautement  les  efforts  plus  ardus 
et  moins  profitables  tentés  pour  ressus- 
citer les  ancêtres.  En  reculant  vers  le 
passé   les  bornes  du   répertoire,   les  con- 


56 


lË  GUiDj^  Musical 


certs  historiques  accroissent  le  nombre 
des  jouissances  artistiques  du  public;  ils 
enseignent  pratiquement  à  ce  même  public, 
par  des  «  leçons  de  choses  » ,  l'histoire  trop 
ignorée  par  lui  d'un  art  dont  il  ne  connaît 
que  les  derniers  chapitres  :  et  de  cet 
exposé  ne  résulte  pas  seulement  la  leçon 
sèche  et  chronologique,  mais  bien  la  leçon 
générale  esthétique,  d'où  il  ressort  que 
le  beau  et  le  vrai  n'ont  point  d'âge,  et 
qu'e-n  musique  comme  en  poésie  ou  en  pein- 
ture, il  n'y  a  pas  le  vieux  et  le  neuf,  mais 
seulement  le  bon  et  le  mauvais. 

Michel  Brenet. 


I^es    Concerts  à   Paris 

CÉSAR  GUI  AUX  CONCERTS  COLONNE 

'est  une  sorte  de  préface  à  la  repré- 
sentation du  Flibustier  à  l'Opéra- 
Comique,  que  nous  a  donnée  M.  Co- 
lonne,  le  dimanche  7  janviei-,  en  inscrivant  sur 
son  programme  (deuxième  partie)  plusieurs 
œuvres  de  César  Cui.  Il  était,  en  effet,  intéres- 
sant de  faire  plus  ample  connaissance  avec 
l'auteur  de  la  musique  du  Flibustier,  avec 
celui  dont  la  comtesse  de  Mercy  Argenteau, 
son  admiratrice,  écrivit  une  esquisse  critique 
très  développée.  M.  Lorrain  a  chanté  les  Deux 
Ménétriers  (poésie  de  Jean  Richepin),  — 
Mme  Marcella  Pregi  et  M.  Engel, quatre  poésies 
de  l'auteur  des  Gueux,  —  M.  Clayes,  l'air 
d'Aboubeker,  tiré  du  Prisonnier  du  Caucase 
(première  audition);  —  M.  Marsick  a  joué  la 
Cavatine  pour  violon,  qu'il  nous  avait  déjà  fait 
entendre  le  i5  octobre  iSgS,  au  «  Festival 
russe  »  organisé  par  1'  «  Echo  de  Paris  ». 
Enfin,  l'orchestre  a  exécuté  les  Danses  circas- 
siennes  du  Prisonnier  du  Caucase. 

M.  César  Cui,  qui  appartient  à  la  nouvelle 
école  russe  a  été  frappé  par  la  beauté  et  la 
vigueur  des  vers  de  Richepin.  Aussi,  a-t-il  été 
amené  à  traduire  musicalement  nombre  de 
pièces  du  poète  français.  Ce  sont  des  traduc- 
tions absolument  littérales,  dans  lesquelles  il  a 
cherché  à  serrer  le  texte  d'aussi  près  que  pos- 
sible. L'orchestre  joue  un  rôle  prépondérant  et 


met  en  un  relief  imitatif  les  diverses  phrases  du 
drame,  comme  dans  les  Deux  Ménétriers,  par 
exemple  :  véritable  scène  macabre,  où  l'élément 
mélodique  est  moins  accusé  que  dans  la  Danse 
macabre  de  Saint-Saëns.  C'est  pittoresque.  A 
noter  sur  les  vers  : 

Et  de  leurs  doigts  décharnés, 
Montrant  leurs  cœurs  en  lambeaux, 

le  même  effet  orchestral  que  celui  imaginé  par 
Vincent  d'Indy,  au  début  de  la  troisième  partie 
de  Wallenstein  pour  caractériser  l'influence 
des  astres  sur  les  destinées  humaines. 

Dans  les  Songeants,  on  retrouve  un  écho, 
sur  le  premier  et  le  dernier  vers,  du  faire  de 
Berlioz  dans  Y  Enfance  du  Christ  ;  le  compo- 
siteur a  cherché  la  simphcité  pour  peindre  cesi 
deux  vieux,  dont  l'un  aveugle  et  l'autre  sourd 
passent  leurs  dernières  années,  le  premier  à 
entendre,  le  second  à  voir  la  mer.  Quant  à  la 
poésie  les  Petiots,  c'est  très  dramatique,  mais 
passablement  réaliste  et  anarchiste.  Jugez-en 
sur  ces  derniers  vers  : 

Ouvrez  la  porte 
Aux  petiots  qu'ont  un  briquet. 
Les  petiots  grincent  des  dents 
Ohé  !  les  durs  d'oreilles  ! 
Nous  verrons  là  dedans, 

Bonnes  gens, 
Si  le/i!K  vous  réveille!. 

M .  Engel  a  fort  bien  rendu  le  côté  violent  de 
cette  page  flamboyante  ;  M""^  Marcella  Pregi  a 
dit,  de  cette  jolie  diction  que  l'on  sait  appré- 
cier, OÙ  vivre  et  les  Larmes,  mélodies  d'une 
grande  tristesse  et  qui  ont  quelque  parenté 
avec  celles  de  Robert  Schumann.  M.  Clayes, 
qui  doit  débuter  prochainement  à  l'Opéra- 
Comique,  a  chanté  en  excellent  musicien,  l'air 
d'Aboubeker  du  Prisonnier  du  Caucase.  Il  n'y 
a  que  des  éloges  à  faire  du  jeu  sage,  correct, 
délicat  de  M.  Marsick  dans  l'interprétation  de 
la  Cavatine  pour  violon  qui  est,  au  point  de 
vue  purement  mélodique,  une  des  pages  les 
plus  réussies  que  nous  connaissions  du  compo- 
siteur russe. 

Dans  la  première    partie  du  concert,  on  a  1 
réentendu  la  vigoureuse  Trilogie  de  Wallen-  • 
stein  de  Vincent  d'Indy,  à  laquelle  le  public  a  fait  t 
un  chaleureux  accueil.  La  Havanaise    pour 
violon  de  C.  Saint-Saëns  (première  audition)  a 
été  très  bien  jouée  par  Marsick;  elle  n'est  pas, 
selon  nous,  une  des  pages  les  plus  réussies  de 
l'auteur  de  Samson  et  Dalila.  Quant  au  Con- 
certo   pour    trois    clavecins    de   J.-S.    Bach, 
avouons  que  ce  n'était  pas  dans  une  grande 
salle  comme  celle  du  Chàtelet  où  il  eût  dû  être 
exécuté.  La  sonorité  grêle  du  clavecin  est  abso- 


I^E  GUIDE  MUSICAL 


57 


lument  désagréable,  ayant  surtout  pour  con- 
traste l'ampleur  de  l'oi  chcstrc.  Dans  un  salon, 
passe  encore;  l'intérêt  archéologique  est  enjeu; 
mais,  dans  un  vaisseau  de  grande  dimension, 
cela  devient  pénible.  Lorsque  l'orchestre  joue 
en  même  temps  que  le  clavecin,  les  traits  de 
cet  instrument  sont  absolument  annihilés.  Le 
piano  a  été  une  merveilleuse  invention  ;  laissons 
dormir  le  clavecin  dans  nos  musées.  Ces  obser- 
vations ne  touchent  en  rien  le  mérite  des  trois 
instrumentistes,  chargés  au  Chàtelet  de  l'exé- 
cution du  Concerto  de  Bach  :  MM.  Diemer, 
Thibaud  et  Niederhofheim. 

Le  même  jour,  à  neuf  heures  du  soir,  M.  et 
M™^  Colonne  donnaient  dans  leurs  salons  de  la 
rue  Le  Peletier  une  intéressante  séance,  uni- 
quement composée  des  œuvres  de  César  Cui, 
et  à  laquelle  assistait  le  compositeur  russe. 

H.  L 


£'incenMc  Des  Décors  &e  r©péua 


I  'omnibus  qui  nous  emportait  ce  soir-là  (i), 
j  vers  la  salle  Pleyel,  où  nous  conviait  la 
Nationale,  tourna  dans  la  cour  du  Carrousel, 
et,  par  dessus  les  toits  du  Louvre,  le  ciel 
apparut  flamboyant.  Les  nuages  bas  rendaient 
diffuse  la  lueur,  empêchant  de  préciser  l'endroit 
de  l'incendie.  Sur  la  confortable  impériale,  les 
suppositions  se  succédaient  :  La  Banque  de 
France  1  les  Halles  ?  En  approchant,  on  préci- 
sait :  les  Folies-Bergères,  disait  Tun  avec  une 
nuance  de  regret  ;  le  Conservatoire,  répliquait 
un  autre  —  sans  regret.  — 

C'était  le  magasin  des  décors  de  l'Opéra, 
vaste  hall  installé  contre  tout  bon  sens  dans  un 
pâté  de  maisons  qui  l'enserrent  de  toute  part. 
Quelle  merveilleuse  flambée  !  Jamais  ni  fon- 
derie d'acier  ni  finale  d'opéra  ne  donnèrent 
pareille  impression  ;  les  flammes  claires,  d'une 
intense  couleur  orangée,  se  nuançaient  admira- 
blement sous  l'influence  des  matières  minérales, 
peintures,  alcools,  vernis  qui  servent  à  la  con- 
fection des  décors. 

Vous  aurez  appris  les  détails  du  désastre  par 
la  presse  quotidienne  :  plusieurs  pompiers 
blessés,  des  millions  perdus,  les  maisons  voi- 
sines endommagées.  Les  décors  des  œuvres  en 
cours    d'exécution  étaient  demeurés  dans  les 

(i)  Le  6  janvier. 


coulisses  de  l'Opéra,  dont   les  représentations 
ne  seront  donc  pas  interrompues. 

Mais  les  flammes  ont  dévoré  le  matériel  de 
la  plupart  des  pièces  formant  le  fonds  du  réper- 
toire : 

U Africaine  (moins  le  vaisseau,  qui  ne  se 
trouvait  pas  dans  le  magasin  de  la  rue  Richer), 
Le  Cid,  Coppélia,  Don  Juan,  La  Favorite, 
Guillaume  Tell,  Hamlet,  Henri  VIII,  La 
Juive,  La  Korrigane,  Lucie,  Patrie,  Le 
Prophète,  Rigoletto,  Robert  le  Diable,  Roméo 
el  Juliette,  Sapho,  Stratonice,  Sylvia,  Taba- 
rin,  La  Tempête,  Yedda,  etc.  Il  faudra  des 
mois  avant  que  ce  matériel  puisse  être  recons- 
titué, même  en  partie. 

Au  Palais  de  l'Industrie,  l'Opéra  possède  un 
hall  de  débarras,  où  se  trouvaient  les  décors  du 
Mage,  du  Roi  de  Lahore,  de  Françoise  de  Ri- 
mini.  A  l'Opéra  même,  se  trouvaient  les  décors 
de  Lohengrin,  Gwendoline,  Faust,  Les  Hu- 
guenots, La  Valkyrie,  La  Maladetta,  Déida- 
mie,  Sigurd,  Les  Deux  Pigeons,  Samson  et 
Dalila.  Ce  matériel  est  intact, 

L'O  jéra  n'a  donc  plus  actuellement  que  treize 
opéras  et  deux  ballets  qui  peuvent  être  joués. 
Mais  si  l'on  réfléchit  que  la  plupart  des  ou- 
vrages détruits  par  les  flammes,  étaient  depuis 
longtemps  «  brûlés  » ,  on  se  dira  qu'il  n'y  a  pas 
tant  à  se  plaindre,  au  contraire.  Le  feu  a  accom- 
pli une  œuvre  salutaire  et  purifiante  i  Nous 
espérons  bien,  en  effet,  que  l'on  se  gardera 
de  reconstituer  les  décors  de  certaines  œuvres 
tout  à  fait  démodées  ou  de  médiocre  valeur, 
tels  que  Lucie,  Robert,  Stratonice,  la  Tem- 
pête, le  Cid.  Les  crédits  qu'on  pourrait  affecter 
à  leur  réfection  seraient  bien  plus  utilement 
employés  à  monter  des  œuvres  nouvelles. 

L'incendie  de  la  rue  Richer  fournirait  ainsi 
aux  musicographes  de  l'avenir  le  sujet  d'un 
chapitre  intéressant  sous  ce  titre  :  De  l'influence 
des  incendies  sur  la  destinée  de  l'art  lyrique 
en  France. 

On  se  souvient  que  l'Opéra-Comique  fut  dé- 
truit alors  que  l'opéra  de  M.  Chabrier,  le  Roi 
malgré  lui  en  était  à  sa  troisième  ou  quatrième 
représentation.  Cette  fois, M. Chabrier  l'échappe 
belle,  sa  Gwendoline  est  intacte  ;  il  doit  aux 
dieux  un  beau  cierge  :  mais  qu'il  ne  l'allume 
pas,  par  précaution. 

Marcel  Remy. 


v^«§V 


LE  GUIDE  MUSICAL 


HERMANN   LEVI 

A  BRUXELLES 
^^ 

(Jî5}ouR  la  troisième  fois,  M.  Joseph  Dupont  a 
i^M  cédé,  dimanche  dernier,  son  bâton  de  chef 
d'orchestre  des  Concerts  populaires  bruxellois 
à  un  chef  d'orchestre  étranger.  Après  Hans 
Richter  et  Félix  Mottl,  il  a  appelé  Hermann 
Lévi,  le  célèbre  chef  d'orchestre  de  Munich  et 
de  Bayreuth,  à  conduire  le  premier  des  con- 
certs extraordinaires  de  la  saison.  Combien 
d'autres  pourraient,  comme  lui,  affronter  la 
comparaison,  sans  déchoir  !  Combien  d'autres 
qui  n'ont  le  courage  ni  la  sincérité  de  recon- 
naître, comme  il  le  fait,  lui,  la  maîtrise  de  ses 
pairs  et  de  ses  rivaux  ?  Le  public  ne  s'y  est 
pas  trompé,  et  il  sait  à  M.  Joseph  Dupont  un 
gré  infini  de  lui  avoir  fourni  l'occasion  de  ces 
intéressantes  et  instructives  séances  orches- 
trales. Il  y  a  plusieurs  bonnes  manières  de  diri- 
ger l'orchestre  ;  et  il  y  en  a  une  mauvaise  :  c'est 
de  priver  de  mouvement  et  de  vie  les  œuvres 
du  génie,  enfantées  dans  la  fièvre.  La  bonne 
manière  consiste  à  animer  l'orchestre  de  la  pas- 
sion qu'on  éprouve  soi-même.  A  ce  point  de 
vue,  la  successive  apparition  de  Richter,  de 
Mottl  et  de  Lévi,  aux  Populaires,  a  fourni 
l'occasion  de  bien  intéressantes  observations. 
Tous  trois  ont  été  les  confidents  de  la  pensée 
du  maîtire  de  Bayreuth,  et  cependant,  tous  trois 
nous  ont  apporté  une  impression  différente  des 
mêmes  œuvres,  jouées  par  le  même  orchestre. 
Avec  Richter,  on  éprouvait  une  singulière 
sensation  de  puissance  et  de  grandeur  ;  Mottl 
entraînait  par  la  fougue  de  sa  direction  et 
l'éclat  incomparable  des  sonorités  qu'il  tirait  de 
l'orchestre,  dont  il  jouait  comme  d'un  instru- 
ment. Avec  Lévi,  on  a  eu  la  très  délicate  im- 
pression d'un  art  plus  finement  nuancé  et  très 
poétique.  On  a  très  justement  fait  remarquer 
que  le  programme  du  concert  dirigé  par  lui  ne 
contenait  aucune  œuvre  de  couleur  éclatante  ; 
la  Sicgfricd-Idyll,  le  prélude  de  Parsifal  et 
VEiicJiantcmentdti  V  en  dredi- Saint, \a.  huitième 
symphonie  de  Beethoven,  toutes  œuvres  de 
demi-teinte,  en  somme,  ou  tout  au  moins  d'un 
sentiment  très  contenu  et  plutôt  intime  qu'exu- 
bérant. Ce  n'est  pas  un  succès  banal  pour 
M.  Hermann  Levi  d'avoir,  avec  un  programme 
en  apparence  si  peu  fait  pour  entraîner  les 
masses,  provoqué  un  très  vif  enthousiasme,  qui 


est  allé  jusqu'au  triple  rappel  après  chaque 
partie.  Il  faut  dire  qu'on  n'avait  pas  encore 
entendu  la  Siegfried-Idyll  rendue  avec  autant 
de  charme  simple  et  tranquille.  M.  Lévi  la 
prend  dans  un  mouvement  très  flexible,  ralen- 
tissant ici,  pressant  là,  de  manière  à  diviser  en 
quelque  sorte  la  composition  en  plusieurs 
tableaux  correspondant  aux  différents  thèmes 
évoqués,  dont  la  signification  est  connue.  Dé- 
tail curieux  et  qui  montre  combien  l'interpré- 
tation personnelle  est  importante,  M.  Levi  a 
fait  exécuter  tout  en  piano  et  d'une  façon  très 
soutenue  le  thème  du  cor,  qui  amène  la  der- 
nière partie  du  morceau.  Il  l'interprète  comme 
une  évocation  attendrie  du  héros  Siegfried. 
Mottl,  au  contraire,  plus  réaliste,  avait  fait 
jouer  ce  trait  forte  et  gaîment  :  il  faut,  disait-il, 
que  l'on  ait  l'idée  d'un  jeune  garçon  s'amusant 
à  réveiller  les  échos  du  bois  avec  ses  sonneries 
de  cor.  Richter,  si  mes  souvenirs  sont  exacts, 
est  pour  cette  dernière  interprétation,  et  le 
fait  est  intéressant  à  noter,  puisque  ce  fut  lui 
qui  joua  la  partie  du  cor,  lorsque,  pour  la  pre- 
mière fois,  la  Siegfried-Idyll  fut  jouée  à  Trieb- 
chen,  sous  la  direction  de  Wagner,  après  la 
naissance  de  son  fils  unique.  Ce  qui  n'empêche 
que  l'interprétation  de  M.  Levi  ne  donne  à 
tout  ce  passage  un  charme  poétique  très  im- 
pressionnant. Je  noterai  aussi  que  M.  Levi 
supprime  la  moitié  des  cordes,  se  conformant 
ainsi  à  l'indication  de  Wagner,  qui  voulait  le 
«  petit  orchestre  »  pour  cette  musique  délicate. 
Quand  tous  les  violons  et  violoncelles  de  notre 
grand  orchestre  moderne  participent  à  l'exécu- 
tion, fatalement  celle-ci  s'alourdit. 

Dans  le  prélude  de  Parsifal,  qu'on  n'avait 
jamais  entendu  à  Bruxelles,  rendu  avec  une 
telle  intensité  dans  l'expression  de  la  douleur  et 
de  la  souffrance,  M.  Levi,  aux  répétitions,  a 
insisté  pour  obtenir  un  accent  très  expressif  sur 
le  sol  du  thème  de  la  Cène, 


d'où  Wagner,  en  le  variant,  tire  ensuite  le 
thème  de  la  Lance  et  la  Plainte  du  Sauveur, 
si  extraordinairement  poignante  quand  elle 
arrive  à  Vut  dièse  aigu  des  clarinettes  et  des 
altos.  Cette  nuance  est  très  caractéristique  et 
très  importante.  On  n'a  pas  moins  admiré  l'art 
avec  lequel  M.  Levi  obtenait  la  fusion  des  dif- 
férentes sonorités  de  l'orchestre,  avec  quel  soin 
il  établissait  la  transition  entre  les  différentes  ca- 
tégories d'instruments.  Avec  quelle  délicatesse, 


LU  GUIDE  MUSICAL 


59 


par  exemple,  les  arpèges  des  violons  et  des  altos 
s'enroulaient  autour  du  thème  de  la  Cène  ! 
avec  quelle  douceur  le  thème  de  la  Foi  passait 
du  quatuor  aux  bois,  puis  aux  cuivr_s  et  réci- 
proquement. C'était  adorablement  noyé,  fondu 
et  plein  de  mystère  ! 

Non  moins  pénétrante  a  été  l'impression 
laissée  par  son  interprétation  de  VEiichante- 
ineni  du  Vendredi-Saint.  A  ce  propos,  après 
la  répétition  générale,  dans  un  salon  hospi- 
talier, où  la  musique  à  de  somptueux  autels, 
M.  Lévi  racontait  quelle  importance  Wagner 
attachait  à  certains  détails  d'orchestre.  Vous 
vous  rappelez  ces  pizzicati  sourds  et  lugubres 
des  contrebasses,  accompagnant  le  thème  si 
douloureux  de  la  Plainte  du  Sauveur  (ada- 
gio 4/4).  Aux  premières  répétitions,  en  1882,  le 
contrebassiste  avait  exécuté  ces  pizzicati  comme 
on  les  fait  d'ordinaire,  d'une  façon  indifférente. 
Wagner  bondit.  Ce  pizzicato,  il  le  lui  fallait  très 
expressif  :  «  C'est  la  mort  qui  arrive,  criait-il  1 
Marquez-le,  marquez-le,  fortement.  »  C'est  le 
moment,  en  effet,  où  Kundry  repentante,  age- 


nouillée devant  Parsifal,  incline  doucement  la 
tête,  et,  suffoquée  par  les  larmes  de  la  grâce, 
s'affaisse  aux  pieds  du  héros  sauveur.  Quelle 
signification,  dès   lors,  dans  ce    simple    détail! 

Après  ces  pages  si  pénétrantes  du  drame  de 
la  Pitié,  la  symphonie  en  fa  de  Beethoven,  a 
produit  l'effet  d'un  rayon  de  soleil  bienfaisant 
et  doux.  Et  M.  Hermann  Levi  nous  en  a  donné 
une  interprétation  tout  à  fait  délicate  et  char- 
mante, faisant  saillir  avec  un  tact  parfait  de 
musicien  les  détails  exquis  de  Vandante  scher- 
zando{(i  ce  morceau  tombé  tout  entier  du  ciel 
dans  la  pensée  de  l'artiste  » ,  comme  disait  Ber- 
lioz), prenant  le  menuet  dans  un  mouvement 
très  modéré  et  le  finale,  au  contraire,  dans  un 
mouvement  très  vif.  C'a  été  un  vrai  régal, 
d'entendre  cette  symphonie  d'une  si  rayonnante 
inspiration,  interprétée  avec  tant  de  délicatesse 
et  de  clarté. 

De  tels  concerts  sont  de  rares  et  hautes  jouis- 
sances esthétiques,  et  il  faut  remercier  M.  Jo- 
seph Dupont  de  nous  les  procurer. 

M.   KUFFERATH. 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

-j  A  matinée  musicale  donnée  par  M .  et 
1  Jr>  M.^'^  Ronchini,  le  2  janvier,  nous  a  per- 
_^ç_T:i4  mis  d'entendre  une  pianiste  d'un  talent 
très  primesautier.  M™'=Carembat  a  exécuté  avec 
une  finesse  de  toucher  absolument  remarqua- 
ble divers  morceaux  de  M'i^  Chaminade  ;  son 
succès  a  été  des  plus  mérités.  Dans  la  même 
séance,  on  a  pu  applaudir  le  maître  et  la  maî- 
tresse de  la  maison  dans  diverses  pages  de 
Joncières,  Saint-Saëns,  Dunkler,  etc..  M.  Ca- 
rembat  a  fort  bien  exécuté  les  Danses  tziganes 
de  Nachez.  La  séance  se  terminait  par  le  qua- 
tuor à  cordes  de  Grieg  (MM.  Carembat,  Gi- 
raud,  Bailly  et  Ronchini). 

Charmante  soirée  chez  M.  Ten  Hâve,  mer- 
credi dernier.  C'est  un  ravissement  d'entendre 
M"^  Ten  Hâve  interprétant  une  étude  pos- 
thume de  Chopin,  la  Soirée  de  Vienne  de 
Schubert-Liszt,  le  largo  de  Bach-Saint-Saëns 
et  une  gigue  tout  à  fait  ravissante  de  Mozart. 
L'excellent  violoncelliste  M.  H.  Gillet  a  charmé 


les  auditeurs  dans  le  Cygne  de  Saint-Saëns  et 
un  allegro  de  Herbert.  La  belle  sonate  en  la 
mineur  de  Schumann  pour  violon  et  piano  a 
été  fort  goûtée  ;  elle  a  fait  tort  au  quatuor  pour 
piano  et  cordes  de  Boëlmann,  qu'exécutaient 
MM.  Ten  Hâve,  Gillet,  Chabert  et  M'i^  Ten 
Hâve.  H.  L 

La  première  matinée  Parent  était  consacrée 
à  l'œuvre  de  César  Franck.  Le  quatuor  à 
cordes,  très  difficile,  a  été  bien  rendu  par 
MM.  Parent,  Sailler,  Bailly  et  Baretti,  no- 
nobstant du  trouble  dans  le  relief  des  parties 
instrumentales  et  de  la  lourdeur  de  rythme 
dans  le  larghetto  et  l'allégro  final.  Par  contre, 
le  scherzo  (cou  sordini)  fut  légèrement  enlevé 
avec  toute  la  délicatesse  désirable.  M.  Parent 
renouvelle,  à  chaque  saison,  une  partie  de  ses 
collaborateurs,  et  cela  nuit  à  la  cohésion  de  son 
quatuor  ;  pris  séparément,  aucun  ne  manque  de 
talent  ;  réunis,  leur  ensemble  est  parfois  terne 
ou  manque  de  pondération.  M.  Parent,  qui  a 
l'archet  preste  et  le  son  incisif,  domine  l'ensem- 
ble d'une  façon  trop  accentuée  pour  l'exécution 


60 


LE  GUIDE  MUSICAL 


de  certaines  œuvres  modernes  rigoureusement 
équilibrées. 

M.  Engel  a  chanté  avec  infiniment  de  goût 
quatre  mélodies,  dont  l'une,  les  Cloches  du 
soir,  est  un  poème  adorable. 

Dans  la  sonate  pour  piano  et  violon,  M.  Pa- 
rent a  montré  un  beau  sentiment  compréhensif; 
on  n'en  peut  dire  autant,  malheureusement,  de 
sa  partenaire,  M'ie  Boutet  de  Monvel,  dont 
l'interprétation  nous  a  paru  à  côté  de  la  vérité  : 
de  l'afféterie  souvent  ou  de  l'inopportune  vir- 
tuosité, perlée  comme  pour  une  pièce  de  genre. 

Signalons  encore  une.  très  courte  et  substan- 
tielle causerie  de  M .  Tiersot  sur  César  Franck. 

M.  R. 

Au  concert  d'Harcourt,  mercredi,  exécution 
bonne,  quoique  un  peu  grosse,  du  septuor  de 
Beethoven,  par  MM.  de  Guarnieri,  Fernandez, 
Kerrion,  A.  Dubois,  Chaussier,  Jeanjean  et 
H.  Dubois.  Un  jeune  pianiste  hollandais, 
M.  David  Blitz,  a  joué  le  concerto  en  sol  mi- 
neur de  Saint-Saëns,  avec  une  belle  tenue 
sobre  et  une  modération  d'effets  dont  il  lui  faut 
savoir  gré.  L'orchestre  l'a  mal  servi  par  un 
accompagnement  hésitant  ou  lourd;  le  deu- 
xième thème  du  scherzo,  d'un  rhytme  si  net, 
si  accusé  était  mou  et  lâché.  Dans  des  pièces 
pour  piano  seul,  particulièrement  une  taren- 
telle de  Moskowski,  M.  Blitz  a  déployé 
un  mécanisme  étourdissant;  nous  ferons  quel- 
que réserve  sur  son  interprétation  du  nocturne 
de  Chopin, où, en  voulant  se  montrer  passionné, 
il  ne  s'est  pas  assez  gardé  de  sécheresse. 
M.  Blitz  nous  paraît  être  un  pianiste  de  sé- 
rieux avenir.  Un  air  d' Aida,  chanié  par  M''^ 
Bourgeois  a  mis  en  relief  la  voix  pure  et  éten- 
due avec  une  méthode  vraiment  trop  provin- 
ciale. Quant  à  VAne  et  le  Bœtif  de  M.  Schle- 
singer,  c'est  une  musiquette  quelconque,  desti- 
née, paraît-il,  à  dramatiser  un  Conte  récité, 
qu'elle  gêne  plutôt  par  ses  trémolos  et  ses 
accords  plaqués  ;  c'est  parfaitement  impuissant 
sinon  niais  ;  il  n'y  a  pas  lieu  de  s'en  préoccuper 
davantage.  M.  R. 

M.  Ambroise  Thomas  vient  d'être  élu  vice- 
président  de  l'Académie  des  Beaux-Arts  de 
France  pour  l'année  1894.  Par  suite  de  cette 
élection,  M.  Ambroise  Thomas  passera,  de 
droit,  président  l'an  prochain.  Or,  en  vertu  du 
roulement  qui  existe  depuis  un  siècle,  l'Acadé- 
mie des  Beaux- Arts  devant  avoir,  en  i8g5,  la 
présidence  des  cinq  Académies  qui  forment 
l'Institut,  c'est  M.  Ambroise  Thomas  qui  prési- 
dera le  centenaire  de  l'Institut. 


M.  Ambroise  Thomas  sera  fort  occupé  cette 
année- là,  car  il  aura  aussi  à  organiser  le  cen- 
tenaire du  Conservatoire  de  musique,  dont  il 
est  le  directeur. 


BRUXELLES 

Nous  sommes  au  regret  de  devoir  annoncer 
l'ajournement  indéfini  du  Concert  popu- 
laire qui  devait  être  donné  le  dimanche  21  jan- 
vier et  être  consacré  à  Rédemption  de  César 
Franck.  Une  grave  indisposition  de  M.  Joseph 
Dupont  est  la  cause  de  cet  ajournement.  L'émi- 
nent  chef  d'orchestre  a  été  pris,  la  semaine  der- 
nière, d'une  sérieuse  attaque  d'influenza,  qui  ne 
lui  a  permis  d'assister  ni  à  la  répétition  géné- 
rale ni  au  concert  dirigé  par  Hermann  Levi. 
Hâtons-nous  d'ajouter  que  M.  Joseph  Dupont 
va  beaucoup  mieux,  bien  qu'il  garde  encore  le 
lit  à  l'heure  où  nous  écrivons.  Ses  nombreux 
admirateurs  et  amis  liront  avec  plaisir  la  lettre 
suivante  que  vient  de  lui  écrire  M.  Hermann 
Levi  : 

Cher  ami, 
Ainsi  je  dois  vous  appeler  désormais.  J'ai  été 
bien  désolé  d'avoir  dû  vous  quitter  malade.  Vos 
amis  ont  tout  fait,  il  est  vrai,  pour  rendre  aussi 
agréable  que  possible  les  dernières  heures  de 
mon  séjour  à  Bruxelles,  mais  je  n'ai  pu  m'empê- 
cher  de  penser  toujours,  avec  tristesse,  à  l'ami 
malade  !  J'ai  éprouvé  un  véritable  chagrin  de  ce 
que  vous  n'avez  pu  assister  au  concert.  Vous 
auriez  ressenti  un  véritable  plaisir,  je  pense,  à 
entendre  comme  tout  a  bien  marché,  à  voir  com- 
bien l'orchestre  a  été  aimable  vis-à-vis  de  moi,  et 
combien  enthousiaste  le  public.  Le  souvenir  des 
journées  passées  à  Bruxelles  éveille  en  moi  les 
souvenirs  les  plus  délicieux,  car  non  seulement  j'y 
ai  éprouvé  de  hautes  satisfactions  artistiques, 
mais  j'ai  eu  encore  la  joie  de  rencontrer  des 
hommes  chaudement  épris  d'art  dont  le  souvenir 
restera  gravé  dans  mon  cœur  éternellement.  Tous 
cela,  je  vous  le  dois,  cher  ami  et  collègue,  et  de 
loin  je  vous  serre  cordialement  la  main!  Dites- 
moi  promptement  comment  vous  allez,  ou, si  vous 
ne  pouvez  écrire,  demandez  à  l'un  de  vos  amis 
d'écrire  pour  vous.  Croyez  à  ma  vive  reconnais- 
sance pour  toujours  et  à  ma  profonde  amitié. 

Votre  cordialement  dévoué, 
Hermann  Levi. 

M.  Hermann  Levi  a  quitté  Bruxelles,  di- 
manche soir,  après  avoir  assisté  à  une  réunion 
intime  d'artistes  et  de  journalistes  à  l'hôtel  du 
Grand-Miroir,  où  l'on  a  gaiement  devisé  d'art, de 
littérature  et  de  musique.  M.  Hermann  Levi  a 
charmé  tout  le  monde  par  son  esprit,  sa  haute 
culture,  sa  bonne  humeur  et  sa  piquante  bon- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


61 


homie.  On  a  bu  au  héros  de  la  fête  et  aussi 
à  M.  Joseph  Dupont,  dont  l'absence  a  été  vive- 
ment regrettée. 

S(  invraisemblable  qu'elle  soit,  la  nouvelle 
donnée  par  notre  excellent  confrère  V Even- 
tail de  la  mise  à  l'étude  de  Tristan  est  parfaite- 
mentexacte.  Celaneveutpas  dire,  toutefois,  que 
Tristan  passera  cette  année.  On  en  est  seule- 
ment aux  préliminaires  :  les  artistes  étudient  leurs 
rôles  :  M.  Cossira  celui  de  Tristan,  M"°  Tanésy 
celui  d'Iseult,  M'i<=  Armand  celui  de  Brangaine, 
avec  toute  la  bonne  volonté  imaginable,  mais 
aussi  avec  les  inévitables  désespérances  que 
cause  l'étude  de  toute  partition  wagnérienne, 
La  plus  grosse  difficulté  est  la  revision  de  la 
traduction  de  Victor  Wilder,  absolument  in- 
chantable.  M.  Léon  Dubois,  second  chef  d'or- 
chestre, qui  conduit  les  études  préalables,  s'est 
chargé  de  revoir  les  paroles  du  traditor  et  de 
les  conformer  le  plus  possible  au  texte  musical. 
Ne  vous  étonnez  pas  !  C'était  un  écrivain  qui 
avait  revu  et  amendé  à  sa  convenance  la  mu- 
sique de  Wagner  ;  il  était  juste  qu'un  musicien 
revît  le  texte  de  Wilder  et  le  tripatouillât  à  la 
convenance  de  la  musique.  Ce  que  deviendra 
de  la  sorte  le  poème,  nous  l'ignorons. 

Quant  à  l'orchestre,  on  ne  s'en  est  pas  encore 
occupé.  M.  Flon,  qui  est  un  chef  d'orchestre 
intuitif,  et  M.  Oscar  Stoumon,  qui  est  un 
musicien  pénétrant,  n'ont  aucune  inquiétude  à 
cet  égard.  Ils  sont  parfaitement  tranquilles,  et 
convaincus  qu'ils  auront  mis  l'œuvre  sur  pied 
en  quelques  semaines,  ayant  d'ailleurs  un 
moyen  très  simple  de  trancher  les  difficultés  : 
ce  qui  ne  marchera  pas,  on  le  coupera.  Les 
tailles  ont  déjà  commencé. 

M.  Stoumon,  à  son  retour  de  Bayreuth,  il  y 
a  deux  ans,  déclarait,  du  reste,  avec  sérénité, 
qu'entre  TannhcBîiser  et  Tristan  il  ne  balançait 
pas  ;  Tristan  lui  paraissait  le  plus  facile  à 
monter,  et  M.  Flon  fut  de  son  avis. 

Préparons-nous  doiic  à  entendre  Tristan  et 
Iseult  au  théâtre  de  la  Monnaie,  à  la  fin  de  la 
saison.  On  ne  s'ennuiera  pas  ce  soir-là. 


M.  K. 


t 


Une  statistique  édifiante. 

Voici  la  liste  des  ouvrages  donnés  au  théâtre 
de  la  Monnaie  depuis  le  commencement  de  la 
saison  (ils  sont  cités  dans  l'ordre  où  ils  ont  été 
représentés)  : 

Les  Huguenots,  Faust,  Laknié,  Mireille, 
Aida,  le  Prophète,  Lohengrin,  la  Giizla  de 
l'émir,  le  Barbier  de  Séville,  Cavalleria  rus- 


ticana,  lajfuive,  Carmen,  Werther,  Far f alla, 
Jérusalem,  le  Rêve,  Orphée,  Sigurd  et  Ma- 
non. 

Cette  liste  est  assez  longue  ;  elle  ne  compte 
pas  moins  de  dix-neuf  ouvrages.  Mais,  parmi 
ceux-ci,  il  en  est  douze  qui  avaient  été  repré- 
sentés la  saison  dernière,  et  les  sept  autres  ne 
comprennent,  à  part  Farfalla  (une  œuvre  iné- 
dite, il  est  vrai!),  que  des  pièces  du  vieux 
répertoire  —  le  Barbier  de  Séville,  la  Juive, 
Jérusalem  (!)  —  ou  des  ouvrages  plus  récents, 
mais  déjà  maintes  fois  exécutés  à  Bruxelles, 
et  dont  la  reprise  ne  pouvait  offrir  aucun  intérêt 
musical  :  Lakmé,  Sigurd  et  Manon,  ces  deux 
derniers  donnés  tout  récemment,  on  sait  dans 
quelles  déplorables  conditions.  N'oublions  pas 
la  Gusla  de  l'émir,  qui  ne  rentre  dans  aucune 
de  ces  catégories. 

De  plus  longs  commentaires  sont  inutiles 
pour  faire  ressortir  l'artistique  initiative  dé- 
ployée au  théâtre  de  la  Monnaie  pendant  ces 
quatre  premiers  mois  de  la  saison. 

Jeudi  dernier,  a  eu  lieu,  la  distribution 
solennelle  des  prix  à  l'Ecole  de  musique  de 
Saint-Josse-ten-Noode,  dont  M.  Gustave  Hu- 
berti  a  récemment  été  nommé  directeur  en 
remplacement  du  regretté  Henry  Warnots, 
fondateur  de  cette  remarquable  institution.  Le 
concert  qui  a  suivi  la  cérémonie  de  la  remise 
des  médailles  et  diplômes  aux  lauréats  a  permis, 
une  fois  de  plus,  de  constater  l'excellence  de 
l'enseignement  de  ce  Conservatoire  de  faubourg 
où  plus  d'un  talent  plein  de  promesses,  a  reçu 
le  premier  éveil.  Parmi  les  lauréats,  on  a 
remarqué  la  jolie  voix  de  M'i'=  Maton  (air 
à'Hamlet)  et  la  bonne  diction  de  M. G.  Oppelt 
[nir  d'Iphigénie  en  Aulide).  Sous  la  direction 
de  M.  Gustave  Huberti,  les  chœurs  de  l'écolo. 
admirable  phalange  chorale,  ont  chanté  un 
chœur  de  Paride  ed  Eléna  de  Gluck,  deux 
fragments  du  puissant  Lucifer,  de  Peter  Be- 
noit et  une  série  de  pièces  anciennes  à  quatre 
voix  mixtes  :  Pavane  (xvii«  siècle),  Chanson  de 
table  de  Friederici,  Gagliarda  de  Hassler, 
exécutées  à  ravir  par  un  groupe  choisi  d'élèves. 
La  Gagliarda  a  été  bissée. 

La  direction  de  M.Gustave  Huberti  promet, 
à  l'Ecole  de  musique  de  Saint-Josse-ten-Noode, 
un  nouvel  essor.  M.  K. 

•f" 

Vif  succès  aux  Galeries,  lundi,  pourM'°''De- 
launay,  qui  reprenait  le  rôle  de  Miss  Robin- 
son. 

La  gracieuse  et  intelligente  artiste  a  donné 
à  la  pièce  de   M .  Varney  une  allure  de  gaîté 


62 


LE  GUIDE  MUSICAL 


et  d'exubérance  qui  manquait  avec  l'interpréta- 
tion imposée.  Tout,  du  reste,  fait  piésager  une 
longue  carrière  à  Miss  Robinson.  M.  Maugé, 
directeur  habile  autant  qu'expert,  a  entouré  la 
pièce  d'un  cadre  soigné.  Les  décors  sont  jolis 
et  les  costumes  très  frais,  les  changements  à 
vue  sont  bien  réglés  et  les  couplets  du  lamier 
sont  bissés  chaque  soir.  N.   L. 

Le  Cercle  des  Arts  et  de  la  Presse  a  donné 
une  audition  musicale  ces  jours-ci.  Cette  asso- 
ciation, que  l'on  croyait  disparue,  semble  se 
réveiller  plus  vivante  que  jadis,  pour  la  plus 
grande  joie  des  débutants  et  des  jeunes,  qui 
peuvent  toujours  se  faire  entendre  sur  ses  tré- 
teaux hospitaliers.  Les  éléments  les  plus  hété- 
rogènes s'y  rencontrent  et  y  défilent  sans  ordre. 
Notons  au  hasard  de  l'audition  M"'"  May  Ro- 
berts,  pianiste,  qui  a  joué  du  Chopin  avec 
charme;  M°"^  Deville-Tehart,  contralto,  qui  a 
chanté  des  airs  à'Orphée,  de  Gluck,  de  Weber, 
de  Massenet  et  une  sérénade  d'A.  Holmes; 
M.  Deru,  élève  d'Ysaye,  violon  solo  au  théâtre 
de  la  Monnaie,  qui  a.  iouéLégende  ei  M aziirka 
de  Wieniawski  et  le  quatrième  concerto  de 
Vieuxtemps;  M.  Maes,  organiste  à  la  Monnaie. 
On  a  terminé  par  une  pantomime  fantaisiste  et 
originale  de  J.  Francq.  N.  L. 

L'abondance  des  matières  nous  a  empêch» 
de  citer  l'exécution  du  Genitori  et  de  ÏAve 
Maria  de  E.  Raw^ay,  à  l'église  Sainte-Gudule, 
au  salut  de  Noël.  M.  Fischer  ne  disposait 
peut-être  pas  des  éléments  indispensables  pour 
l'exécution  d'oeuvres  aussi  complexes.  Il  s'en 
est  tiré  cependant  avec  honneur,  et,  si  les  dé- 
tails restaient  dans  l'ombre,  l'ensemble  était 
convenable,  et  a  porté.  N.  L. 

•%■ 

Le  groupe  indépendant  d'études  ésotériques 
des  Kymris  (branche  métropolitaine  de  Bel 
gique)  nous  invite  à  l'inauguration  de  son  nou- 
vel auditoire  à  l'ancien  hôtel  des  ducs  de 
Clèves-Ravenstein  à  Bruxelles,  soirée  qui  sera 
consacrée  à  l'exégèse  wagnérienne  avec  audi- 
tion de  fragments  de  Lohengrin.  de  Tristan, 
de  la  Walkure  et  de  Parsifal. 

Cette  séance  aura  lieu  le  17  janvier,  à 
20  heures. 

Nous  irons. 

La  prochaine  conférence  de  M.  J.  Wallner, 
chez  Mlle  Desmet  aura  lieu  mercredi  prochain, 

17  janvier. 


La  Société  protectrice  des  enfants  martyrs 
organise  pour  le  lundi  29  janvier,  au  profit  de 
son  asile,  un  grand  concert  de  charité,  qui 
aura  lieu  dans  la  salle  des  fêtes  de  la  Grande- 
Harmonie  et  qui  sera  consacré  uniquement  à 
la  musique  de  Massenet. 

Le  maître  français  a  gracieusement  offert 
d'accompagner  lui-même  tous  les  artistes  qui 
se  feront  entendre  à  cette  intéressante  soirée. 

Le  comité  d'organisation,  sous  la  présidence 
de  MM.  Nothomb  et  Guillery  s'est  assuré  le 
concours  de  talents  de  premier  ordre. 

't' 
Nous  avons  fait  allusion,  dans  un  précédent 
numéro,  à  un  incident  soulevé  par  M.  Lucien 
Solvay.  Cet  incident  provenant  d'un  malen- 
tendu est  aujourd'hui  complètement  dissipé.  Il 
y  a  eu,  de  part  et  d'autre,  des  explications  cor- 
diales qui  ont  mis  fin  complètement  au  diffé- 
rend. M.  K. 

CORRESPONDANCES 


ANVERS.  —  La  troisième  représentation  de 
Liederik  a  été  augmentée  d'un  concert,  qui  a 
servi  à  nous  faire  entendre  quelques-uns  des  solis- 
tes de  rorchestre  et  de  l'Opéra  flamand. 

Le  premier  numéro  du  programme  était  la  Marche 
inaugurale  de  Wambach,  fièrement  enlevée  par 
rorchestre,  qui  a  encore  exécuté,  dans  le  courant 
de  la  soirée,  la  belle  ouverture  du  Roi  des  Aulnes  de 
Benoit. 

M.  de  Herdt,  qui  est  chef  de  pupitre  de  la  Kwar- 
tet-Kapel,  nous  a  fait  entendre  un  concerto  de 
Vieuxtemps  et  y  a  montré  de  sérieuses  qualités 
d'exécutant. 

M.  Rovies,  l'excellent  hautbois  solo,  a  interprété 
l'intéressant  nocturne  avec  accompagnement  du 
quatuor  à  cordes  de  Ed.  Keurvels.  Nous  apprenons 
que  cette  œuvre  sera  bientôt  donnée  à  Bruxelles, 
dans  les  mêmes  conditions. 

Les  solistes  du  chant  étaient  M.  H.  Fontaine  et 
M.  Berckmanns.  Le  premier  a  dit  de  sa  plus  belle 
voix  l'émouvante  mélodie  Mijn  Moederspraek  de 
Benoit.  Accompagnée  du  quatuor  à  cordes  et  de 
trois  harpes,  cette  composition  produit  un  effet 
énorme. 

M.  Berckmanns  possède  une  jolie  voix  de  ténor 
qu'il  riianie  avec  adresse.  In  H prieeltje  de  J.  Blockx 
a  été  interprétée  avec  une  belle  entente  des 
nuances  et  de  jolis  effets  de  mezza  voce. 

Ce  concert  nous  a  fait  d'autant  plus  do  plaisir 
que  les  fêtes  musicales  font  absolument  défaut  cet 
hiver. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


63 


Nos  sociétés  se  réserveraient-elles  pour  l'époque 
de  l'Exposition  ?  A.  W. 

Au  dernier  concert  de  la  Société  de  symphonie, 
sous  la  direction  de  M.  Emile  Giani,  on  a  entendu 
la  i"'"  symphonie  de  Beethoven,  et  l'ouverture  de 
Léonore,  n°  3,  très  bien  exécutées  par  ce  cercle 
d'amateurs.  Les  solistes  de  la  soirée  étaient 
M"''  Dorothée  Schmidt,  de  Francfort,  une  bonne 
chanteuse  de  concert,  et  M"'  Juliette  Mertens.  la 
brillante  pianiste,  élève  de  M.  Camille  Gurickx, 
qui  a  Joué  le  concerto  en  mi  bémol  de  Liszt,  puis 
du  Grieg,  du  Chopin  et  du  Rubinstein. 

M"'=  Juliette  Mertens  a  prouvé  dans  les  divers 
morceaux  qu'elle  a  joués,  qu'elle  possède  de  la 
virtuosité  et  du  style,  et  que  c'est  à  bon  droit  que 
le  Conservatoire  de  Bruxelles,  la  compte  au 
nombre  des  plus  brillantes  élèves  de  ses  classes 
de  piano. 

BERLIN.  —  Le  dernier  Kammermusik- 
Abend  de  Joachim  était  consacré  à  Bee- 
thoven :  le  septième  quatuor  en  fa,  le  dernier  aussi 
en  fa  et  la  sérénade.  La  Polacca,  que  Joachim  joue 
en  tempo  moderato,  a  été  bissée  Aussi  quelle  in- 
terprétation! L'adagio  du  dernier  quatuor  pris  très 
lent  ;  le  scherzo,  avec  son  trio-danse  d'ours,  très 
vite.  Dans  le  finale,  les  accords  de  septième  dimi- 
nuée, entonnés  \  ar  les  deux  violons,  n'ont  pas 
toujours  été  d'une  justesse  irréprochable.  Les 
quartettistes  ont  été  merveilleux  dans  l'exécution 
du  septième  quatuor,  surtout  dans  l'adagio,  que 
Joachim  chante  comme  un  séraphin 

Dans  la  prochaine  séance,  on  entendra  un  nou- 
veau quatuor  de  Gernsheim. 

Les  concerts  populaires  de  la  Philharmonie,  in- 
terrompus par  les  fêtes  de  Noël  et  du  nouvel  an, 
ont  repris  leurs  cours.  Le  professeur  Mansteadt  a 
dirigé  :  VOuverturc  tragique  de  Brahms,  les  ouvertures 
de  Coriolan,  de  la  Belle  Mélusine,  de  Lohengrin,  du 
Schauspieldiyector  de  Mozart,  AeManfred(Re\nec\'ie'\. 
de  Léonore  III,  des  fragments  du  Songe  d'une  unit 
d'été,  la  chevauchée  des  Walkyries,  la  symphonie 
en  ut  de  Schumann,  de  vulgaires  fragments  de  la 
Reine  de  Saha  de  Goldmark,  etc.,  etc. 

C'est  avec  le  plus  vif  intérêt  que  le  monde  mu- 
sical berlinois  s'est  rendu  au  second  concert  du 
Wagner- Verein  :  le  fils  du  célèbre  maître  de  Bay- 
reulh,  Siegfried  Wagner,  avait  pris  la  direction  de 
l'orchestre.Disons  tout  de  suite  que  le  jeune  capcU- 
meister  a  remporté  un  beau  succès,  voire  une 
couronne  de  lauriers. 

Pour  juger  avec  impartialité  du  talent  de  M.Sieg- 
fried Wagner,  on  ne  doit  pas  oublier  qu'il  ne  s'oc- 
cupe de  musique  que  depuis  deux  ans,  du  moins 
on  le  prétend.  S'il  en  est  ainsi,  le  concert  qu'il  a 
dirigé  (toujours  de  la  main  gauche),  lui  fait  certai- 
nement honneur.  Sous  son  impulsion,  l'orchestre 
philharmonique  a  fort  bien  exécuté  les  ouvertures 
des  Fées  (avec  les  thèmes  de  la  Faust-Ouverture  et 
du  TannhaHser),  de  Riemi  et  du    Vaisseau-Fantôme. 


Le  Siegfried-Idyll  et  l'ouverture  du  Tannltceuser  ont 
été  prises  dans  un  mouvement  trop  lent  ;  la  der- 
nière oeuvre,  jouée  froidement,  m'a  beaucoup 
étonné  de  la  part  d'un  orchestre  qui  a  été  stylé  par 
les  Bûlov,',  Levi,  Richter,  Mottl,  etc.  A  qui  la 
faute?  Tout  en  reconnaissant  le  talent  de  M.  Sieg- 
fried Wagner,  je  ne  crois  pas  cependant  qu'il  pos- 
sède un  grand  tempérament  d'artiste  à  la  Wein- 
gartner  ou  à  la  Nikisch. 

Deux  maîtres  de  l'art  du  chant,  Emile  Gôtze  et 
RosaSucher,  prêtaient  leur  concours  à  cet  intéres- 
sant concert.  M.  Gôtze  a  fort  bien  dit  la  prière  de 
Riemi  et  un  air  très  vieux  jeu  des  Fées.  Le  public 
a  bissé  les  deux  derniers  morceaux  des  Fiinf 
Gedichte,  dont  laSucher  est  toujours  l'incomparable 
interprète. 

Partant  pour  une  tournée  de  concerts,  le  violon- 
celliste hollandais  Anton  Hekking  s'est  fait  enten- 
dre à  la  Philharmonie,  devant  un  auditoire  mal- 
heureusement fort  restreint.  M.  Hekking  est  un 
violoncelliste  de  première  force  :  une  technique 
très  pure,  surtout  à  la  main  gauche.  A  mon  avis, 
il  abuse  un  peu  du  vibrato.  lia  exécuté  le  concerto 
de  Volkmann,  le  Preislied  de  Wagner,  la  Traumerei 
de  Schumann  et  deux  machines  de  Popper  et  de 
Servais 

L'orchestre  de  Manstaedt  a  joué  l'ouverture  de 
Richard  III  de  Volkmann,  le  Phaéton  de  Saint- 
Saëns,  une  archi-vulgaire  danse  de  Dvorak  et  le 
Solveg-Lied  de  la  seconde  suite  P««y  Gynt,  qui,  pour 
le  moment,  patauge  dans  la  formule. 

Le  Richard  Wagner-C^^clus  à  peine  terminé, 
l'Opéra  reprend  Lohengrin,  Tatinhauser,  le  Vaisseau- 
Fantôme  (le  cinquantième  anniversaire  de  la  pre- 
mière représentation  à  Berlin)  et  Tristan,  avec  la 
Sucher. 

Anton  Bruckner  (un  vieillard  de  soixante-dix  ans) 
vient  d'arriver  à  Berlin  pour  assistera  l'exécution 
de  sa  symphonie  en  mi,  de  son  Te  Deum  et  dp  son 
quintette.  E.  B 


DRESDE.  —  La  vogue  est,  en  ce  moment,  à 
M™'  Duse  qui,  dans  deux  représentations  ita- 
liennes, a  déployé  un  talent  supérieur.  Impossible 
d'être  plus  naturelle  et  plus  séduisante. 

Dans  Rigoletto,  repris  la  semaine  passée,  notre 
premier  baryton,  Scheidemantel  a  enthousiasmé 
l'auditoire.  En  lui,  tout  est  réuni  :  voix  superbe, 
jeu  toujours  expressif,  diction  admirable.  Sans  le 
vouloir,  il  laisse  un  peu  dans  l'ombre  ses  cama- 
rades. M™"  Camil  a  fait  de  son  mieux,  M.  Erl  a 
chanté  avec  grâce.  M""  Frôhlich  et  M.  Decarli  ont 
été  sufiisants.  C'est  M.  Schuch  qui  dirigeait,  et, 
sous  sa  baguette,  la  brave  phalange  accomplit 
des  merveilles. 

Au  dernier  Sinfonie-Concert,  on  a  beaucoup 
applaudi  une  symphonie  en  ré  mineur  d'un  jeune 
Norwégien  de  l'école  wagnérienne,  Christian  Sin- 
ding.  Hier  soir,  le  quintette  de  Brahms  en /a  mi- 
neur a  été  exécuté  par  M™"  Stem  avec  une  grande 


64 


LE  GUIDE  MUSICAL 


autorité.  Le  violoniste  Pétri    en  a  fort  bien  inter- 
prété  le    magnifique  adagio. 

Décidément,  nous  n'entendrons  pas  César  Thom- 
son ;  l'agence  Ries  a  remboursé  tous  les  billets 
déjà  pris.   Foule   de  concerts  en  perspective. 

Alton. 


LIKGK.  —  Mercredi,  deuxième  séance  du 
quatuor  liégeois  :  quatuor  en  ré  majeur  (xxi) 
de  Mozart;  sonate  en  la  majeur,  op.  69,  pour  piano 
et  violoncelle,  de  Beethoven  ;  quatuor  en  mi  bémol. 
op.  5i,  d'Anton  Dvorak. 

Il  faut  l'avouer,  le  pauvre  Mozart  a  été  fort  mal- 
traité. Que  restait  il,  en  vérité,  do  sa  suavité  péné- 
trante ?  La  noie  a  été  rendue,  à  peu  près  ;  mais 
Vesprit  de  cette  pure  musique  était  absent,  totale- 
ment !  Impression  des  plus  pénibles  pour  ceux  qui 
connaissent  et  aiment  ces  divines  pages.  Nette  et 
correcte,  sans  émotion,  a  été  l'exécution  de  la 
sonate  de  Beethoven,  avec  M.  Sidney  Vantyn  au 
piano.  Dvorak,  dont  le  deuxième  mouvement, 
(Diimka)  est  ravissant,  a  fourni  à  M.  Geminick  et 
à  ses  partenaires  l'occasion  de  se  faire  absoudre 
par  les  indulgents  du  crime  de  lèse-classiques. 
Le  défaut  d'homogénéité  apparaît  moins  dans 
cette  musique  passionnée.  Qu'ils  jouent  donc  les 
modernes  :  Tschaïkowsky,  Glazounoff,  Borodine, 
Cui,  Rubinstein,  Mendelssohn,  Niels  Gade, 
Svendsen,  Grieg,  Volkmann,  et  même  Schumann; 
mais  qu'ils  se  gardent  de  toucher  à  Beethoven,  et 
surtout  à  Mozart  ! 

Au  Théâtre-Royal,  Cavalleria  yiisiicana,  monté 
cette  année,  sévit  comme  partout.  La  platitude 
navrante  de  la  partition  appert  plus  encore  dans 
ces  grotesques  exécutions  de  province.  Dans  Ham- 
lef,  V Africaine,  Charles  VI,  les  critiques  locaux 
chantent  les  louanges  d'un  certain  baryton  au  jeu 
forcené,  dont  les  poings  fermés  ne  décolèrent 
pas.  Non,  rien  ne  vaudra  jamais  les  «  coups  de 
gueule  «,  ici,  pour  décrocher  les  bravos  du  par- 
terre. Quel  art  écœurant,  bon  Dieu  ! 


YERVIERS.  -  Au  concert  de  la  Société 
d'Harmonie,  nous  avons  eu  la  bonne  fortune 
d'entendre  M.  Hugo  Heermann.  un  des  rares 
grands  violonistes  dont  on  puisse  dire  qu'ils  sont 
bien  plus  profondément  artistes  encore  que  vir- 
tuoses. Cette  puissance  et  cette  pureté  de  son,  ce 
viril  et  sévère  instinct  du  beau  s'imposent  à  la  foule 
qu'il  ne  flatte  pourtant  par  aucune  condescen- 
dance. C'est  malgré  elle,  pour  ainsi  dire,  qu'elle 
admire  ces  talents  faits  de  volonté  obstinément 
haute.  Elle  a  été.  cette  foule,  positivement  sub- 
juguée par  la  façon  dont  Heermann  a  rendu  le 
Concerto  de  Beethoven.  Il  ne  faut  pas  demander  si 
dans  les  vivantes  Csardas,  de  Jeno  Hubay  (dédiées 
à  Heermann),  elle  a  été  entraînée  par  cette  vibrante 
et  hypnotisante  virtuosité. 


La  cantatrice,  M""  Denefve-Vandaele,  a  eu 
le  bon  esprit  de  remplacer  l'antique  grand  air 
obligé  par  le  beau  et  dramatique  récit  de  Sie- 
glinde  (de  la  Walkyrie).  L'air  de  Samson  et  Dalila 
lui  a  valu  de  chaleureux  applaudissements. 

Les  lecteurs  du  Guide  Musical  ont  entendu  sou- 
vent louer  l'orchestre  de  L.  Kefer.  Mais  il  est  im- 
possible de  ne  faire  que  répéter  banalement  ce 
qu'on  en  a  déjà  dit,  après  une  exécution  comme 
celle  d'hier  Cet  orchestre  devient  d'une  préci- 
sion d'une  clarté,  d'une  douceur  et  d'une  intensité 
d'expression  qui  vont  croissant  chaque  année. 

La  marche  funèbre  de  Siegfried  du  Crépuscule 
des  dieux,  a  fait  frissonner  tout  ce  qui,  dans  la  salle, 
avait  un  rudiment  d'âme  capable  d'être  ému.  Je  ne 
crois  pas  qu'il  soit  possible  de  rendre  d'une  façon 
à  la  fois  plus  rigoureusement  classique  et  plus 
fortement  poignante  cette  page  grandiose  et 
terrible,  d'un  symbolisme  si  profondément  et  si 
douloureusement  humain. 

La  F  est-Ouverture  de  Lassen,  si  bien  nuancée 
et  si  intéressante  dans  sa  charmeuse  interprétation 
des  thèmes  populaires  de  la  Thuringe,  la  Kermesse 
jlamande,  de  Jan  Blockx,  curieuse  par  la  fidélité 
réaliste  de  ses  pages  descriptives,  et  la  puissante 
Huldigungs  Marsch  de  Wagner  ont  été  enlevées 
avec  un  soin,  im  éclat  qui  forçaient  l'attention  des 
plus  profanes,  et  qui  ont  été  spécialement  re- 
marqués et  sentis  I.  Will. 


17 OU VELLES  DI VERSES 


La  IValkyrie,  si  mal  accueillie  à  Milan 
par  la  faute  d'une  interprétation  grossière  et 
insuffisante  à  tous  les  points  de  vue,  a  réussi  de 
la  façon  la  plus  brillante  à  Lyon,  grâce  aux 
soins  donnés  à  la  mise  en  scène  par  M.  Dau- 
phin et  à  l'exécution  orchestrale  par  M.  Lui- 
gini.  Parmi  les  interprètes  du  chant,  le  mérite 
principal  revient  à  M.  Lafarge  (Siegmund),  et  à 
Mme  Fierons  (Brunnhilde),  qui  tous  deux  ont 
été  remarquables  et  se  sont  montrés  des  chan- 
teurs de  style  et  de  caractère.  M"«  Janssen  a 
personnifié  avec  beaucoup  de  charme  la  poé- 
tique figure  de  Sieglinde.  M.  Sentein  (Wotan), 
M'i<=  Desvareilles  (Fricka)  et  M.  Sylvestre 
(Hounding)  ont  complété  un  ensemble  d'une 
réelle  valeur  artistique.  L'orchestre,  sous  la 
magistrale  direction  de  Luigini,  a  exécuté  la 
difficile  partition  de  Wagner  avec  une  rare  per- 
fection, de  manière  à  en  faire  comprendre  les 
incomparables  beautés.  Bref,  succès  retentis- 
sant. 

■^   La   Société   chorale    la    Concordia,   de 


LE  GUIDE  MUSICAL 


65 


Nantes,  a  exécuté,  le  mois  dernier,  sous  la 
direction  de  M.  Hourdin,  la  Vestale  de  Spon- 
tini.  Cette  tragédie  lyrique,  représentée  pour 
la  première  fois  par  ordre  de  Napoléon,  le 
2.5  décembre  1807,  et  qui  obtint  alors  cent 
représentations  consécutives,  est  bien  tombée 
dans  l'oubli  :  on  ne  la  connaît  plus  guère  que 
par  l'admiration  enthousiaste  de  Berlioz  et  de 
Wagner.  Cependant,  sur  la  foi  de  tels  critiques, 
les  rares  musiciens  soucieux  du  grand  art  l'ont 
placée  au  bon  coin  de  leur  bibliothèque.  Il 
faut  donc  savoir  gré  à  M.  Hourdin  et  à 
M"'  Laënnec-Bonjour,  dont  la  haute  compé- 
tence artistique  assure  encore  de  beaux  succès 
à  la  Concordia,  d'avoir  exhumé  ce  trésor.  «  Le 
public,  dit  Y  Ouest- Artiste,  a  écouté  la  superbe 
musique  de  Spontini  avec  un  réel  intérêt,  et 
plusieurs  fois  il  avait  été  véritablement 
empoigné  par  la  grandeur  des  situations  et  la 
façon  dont  elles  ont  été  rendues  musicale- 
ment. I) 

Avant  la  Vestale,  la  Concordia  a  fait  enten- 
dre le  chœur  de  la  chasse,  tiré  des  Saisons 
d'Haydn,  et  le  chœur  des  pèlerins  de  Taiin- 
Jiœuser. 

'^  Nous  avons  déjà  annoncé  qu'un  grand 
concours  de  chant  d'ensemble  sera  donné  à 
Mons,  à  l'occasion  du  trois  centième  anniver- 
saire de  la  mort  de  Roland  de  Lassus.  Ce 
concours  aura  lieu  les  24  et  25  juin  prochain. 
Le  premier  prix  dans  la  division  d'honneur  est 
de  3,000  francs,  accompagnés  d'une  médaille 
d'or;  le  deuxième  prix,  de  i,5oo  francs  et 
une  médaille.  Le  concours  est  international. 
Toutes  les  sociétés  pourront  donc  y  participer. 
M.  J.  Van  den  Eeden,  directeur  du  Conserva- 
toire de  Mons,  vient  de  terminer  le  chœur  qu'il 
avait  été  chargé  de  composer  pour  la  cir- 
constance. On  dit  l'œuvre  très  nouvelle  et  très 
hardie  de  forme,  pleine  de  souffle  et  d'éclat,  et 
sortant  de  la  banalité  traditionnelle  des 
chœurs  écrits  pour  ces  sortes  de  concours. 
Elle  paraîtra  incessamment  chez  Schott  frères. 

■^  La  Semaine  Religieuse  de  Nice  rend 
compte  en  ces  termes  d'une  grand'messe  célé- 
brée à  Grasse  : 

J'ai  entendu  de  ces  grand'messes  en  Italie,  en 
France  jamais.  Une  musique  exquise,  des  voix 
superbes  :  à  Viniroït,  un  quatuor  pour  violon, 
violoncelle,  alto  et  orgue;  exécutants  :  docteur 
Laugier,  Lefort,  professeur  au  Conservatoire  de 
Paris;  Ch.  Goby,  Bischoff,  organiste.  A  l'offer- 
toire, un  morceau  de  Rossini,  pour  violon,  orgue 
et  piano,  habilement  tenu  par  M™«  de  Blick.  Au 
Sanctus,  on  entend  la  lugubre  voix  de  M""  B03'- 
veau  ;  à  l'élévation,  Panis  angelicus  est  enlevé  par 
la  voix  forte  et  souple  de  M.  Chauvin.  A  la  com- 


munion, M.  Lefort  nous  inonde  d'harmonie  avec 
le  Déluge  de  Saint-Saëns.  A  la  fin  de  la  messe, 
M""'  Lefort  chante  l'Ave  Maria  de  Gounod  avec 
une  voix  harmonieuse  et  artistement  nuancée. 
C'est  fini... 

Il  ne  manque  vraiment  que  les  mentions 
bis,  rappels,  bravos  pour  avoir  absolument  un 
«  écho  >i  de  journal  mondain  sur  un  concert 
profane. 


BIBLIOGRAPHIE 

CHEZ  les  éditeurs  Mackar  et  Noël,  à  Paris  vient 
de  paraître  une  réduction  pour  piano  à  quatre 
mains  de  la  Sixième  symphonie  du  regretté  maître 
russe  Tschaïkowsky. 

Chez  les  mêmes  éditeurs,  signalons  une  nouvelle 
édition  de  la  partition  de  Judith,  de  Charles  Le- 
febvre,  avec  texte  allemand  de  H.  Wolfif. 

•4*  Catalogue  descriptif  et  analytique  du  Mu- 
sée instrumental  du  Conservatoire  royal  de 
Bruxelles,  par  M.  C.  Mahillon. Deuxième  édition, 
Gand,  Ad.  Hoste,  éditeur.  — 

Ce  catalogue  n'est  point  une  simple  nomencla- 
ture des  objets  faisant  partie  de  la  riche  collection 
d'instruments  du  Conservatoire  de  Bruxelles  ;  c'est 
une  véritable  organologie,  un  exposé  à  la  fois 
méthodique  et  scientifique  de  la  facture  instrumen- 
tale à  travers  les  siècles.  La  collection  du  Conser- 
vatoire s'étant  considérablement  enrichie  depuis 
1S80,  date  de  la  publication  du  premier  catalogue, 
M. Mahillon  a  été  amené  à  remanier  et  à  compléter 
son  premier  travail.  L"aimable  et  savant  conserva- 
teur du  Musée  a  rassemblé  de  nouveaux  éléments 
historiqueset  techniques. Tel  qu'il  est  aujourd'hui, 
le  catalogue  est  une  véritable  histoire  des  instru- 
ments de  musique,  qui  n'offre  pas  moins  d'intérêt 
pour  les  curieux  et  les  amateurs,  que  pour  le  spé- 
ciaUste.  De  nombreuses  représentations  graphi- 
ques d'instruments  anciens  ou  extraeuropéens, 
ajoutent  encore  à  l'intérêt  documentaire  de  ce 
catalogue, qui  ne  comprend  pas  moins  de  525  pages. 
Il  va  du  numéro  i  au  numéro  576  de  la  col- 
lection du  Conservatoire. 

Un  second  volume  est  sous  presse  et  parait  par 
fascicules. 

•4^  Chez  P.  Thelen,  à  Berlin,  le  Bayreuiher 
Taschenhuch  (Calendrier  de  Bayreuth)  pour  1894, 
vient  de  paraître.  On  sait  que  cette  curieuse  et 
intéressante  publication  a  lieu  sous  les  auspices 
de  l'Association  générale  Richard  W-a.gneT  (Richard 
Wagner-Verein).  Le  calendrier  de  1894, en  vue  des 
représentations  de  Lohengrin,  qui  va  pour  la  pre- 
mière fois  être  donné  sur  le  théâtre  de  Bayreuth, 
l'été  prochain,  est  consacré  presque  tout  entier  à 
cette  œuvre.  A  signaler  une  importante  étude  sur 
la  légende  de  Lohengrin  par  M.  Woligang  Gol- 
ther,  à  côté  de  laquelle  il  faut  citer  des  notes  de 
J.  van  Santen  Kolfi,  sur  la  musique    de  Wagner 


66 


LE  GUIDE  MUSICAL 


pour  le  Faust  de  Gœthe.  et  des  notices  sur  la 
belle-sœur  de  Wagner,  Cécile  Avenarius  et  sur 
le  chanteur  Cari  Hill,  morts  l'année  dernière. 
En  tête  du  volume  figure  le  fac-similé  de  l'affiche 
de  la  première  représentation  de  Lohengrin  à 
Weimar,sousla  direction  de  Liszt,  le  28  août  i85o. 
Le  calendrier  se  complète  des  notes  statistiques 
toujours  bien  curieuses  sur  l'ensemble  du  mouve- 
ment wagnérien. 

Du  tableau  des  représentations  données  sur 
les  théâtres  allemands,  il  résulte  que  dans  soixante- 
quinze  villes  les  œuvres  de  Wagner  ont  obtenu 
en  1893  mille  quaranie-sept  rtprésentaiions .  Le  relevé 
de  l'année  1892,  pour  le  même  nombre  de  villes, 
ne  donnait  que  huit  cent  vingt  représentations. 
Il  y  a  donc  eu  deux  cent  vingt-sept  représenta- 
tions de  plus  en  iSgS. 

A  propos  des  éphémérides  du  calendrier,  notons 
une  omission  regrettable  :  celle  de  la  première 
représentation  de  Lohengrin  au  théâtre  de  la 
Monnaie,  à  Bruxelles,  le  22  mars  1870,  sous  la 
direction  de  Hans  Richter.  Ce  fut  la  première 
représentation  de  Tœuvre  enjrançais. 


NÉCROLOGIE 

Sont  décédés  : 

A  Lyon,  le  baryton  Charles  Bérardi,  des  suites 
d'une  bronchite.  Doué  d'un  organe  magnifique, 
il  avait  créé  avec  succès,  à  l'Opéra  de  Paris,  dont 
il  fut  plusieurs  années  le  pensionnaire,  le  rôle  du 
sonneur  dans  Patrie.  Le  baryton  Bérardi  chanta 
aussi  au  théâtre  de  la  Monnaie,  à  Bruxelles,  et 
l'on  se  rappellera  que  c'est  lui  qui  avait  créé,  sur 
ce  théâtre,  le  rôle  de  Harald  dans  la  Gwendoline 
d'Em.  Chabrier  II  avait  été  aussi  de  la  création 
des  Templiers  de  Litolff.  Bérardi  n'avait  guère  que 
quarante-six  ans. 

^^  A  Bruxelles,  le  4  janvier.  M'""  la  baronne 
Goethals,  née  Engler,  veuve  du  général  baron 
Goethals,  ancien  ministre  de  la  guerre  et  ancien 
aide  de  camp  du  Roi. 

La  vénérable  baronne,  qui  était  la  mèie  du 
peintre  Goethals  et  de  M""^  la  baronne  Snoy,  dame 
de  Son  Altesse  la  comtesse  de  Flandre,  belle-mère 


Paris,  A.  DURAND    et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 


C.  SAINT-SAENS 


OP.  82 


Ballade   de  VICTOR  HUGO 


Partition  d'orchestre  ,  . 

Parties    d'orchestre     .  .  .         . 

Partition    chant    et    piano. 

Piano    à    deux    mains,    par   l'auteur  . 

Piano   à    4    mains,    par  A.    Benfeld 


Prix  net,  Fr.  10  — 

.     15  - 

2  50 

,       3  — 

»        »       4  — 


LE  GUIDE  MUSICAL 


67 


du  comte  de  Jonghe  d'Ardoye,  mort  tout  récem- 
ment à  Bruxelles,  avait  été.  il  y  a  une  trentaine 
d'années,  une  des  personnalités  féminines  les  plus 
aimables  et  les  plus  distinguées  de  Bruxelles. 
Esprit  très  cultivé,  excellente  musicienne,  elle  avait 
ouvert  sa  demeure  aux  artistes  les  plus  en  vue,  et 
il  n'est  pour  ainsi  dire  pas  de  célébrité  de  l'art 
musical  qui  n'ait  passé  par  son  salon  :  Franz  Liszt, 
Rubinstein,  Charles  de  Bériot,  M"""  Clara  Schu- 
mann,  les  sœurs  Milanollo,  la  comtesse  Rossi,  fille 
de  la  Sontag.  etc.  Pendant  longtemps,  ses  soirées 
de  musique  de  chambre  furent  très  recherchées  ; 
et  elles  offraient  un  attrait  peu  commun,  puisque 
l'on  y  entendait  habituellement  des  maîtres  tels 
que  Vieuxtemps,  Henri  Léonard,  François  Ser- 
vais, Ferdinand  Kufferath,  Joseph  Blaes,  et  bien 
d'autres. 


I        La  baronne  Goethals  meurt  à  l'âge  de  soixante- 
1    dix-neuf  ans. 

I       RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 


Paris 

Opéra.  —  Du  7  au  14  janvier  :  Gvvendoline,  la  Mala- 
detta.  La  Valkyrie.  Gwendoline,  la  Maladetta. 

Opéra-Comique.  —  Du  7  au  14  janvier  :  Carmen  (soi- 
rée populaire».  L'Attaque  du  moulin,  les  Deux  Avares. 
Le  Barbier  de  Séville.  les  Folies  amoureuses.  L'At- 
taque du  moulin,  le  Nouveau  Seigneur.  Mignon. 
Manon 

Concerts  d'Harcourt.  —  Mercredi  10  janvier.  Pro- 
gramme :   Ouverture  d'Euryante   (Weber);  Concerto 


'S^o\jL^v&SLXJLtGfs    xnxLsio^les 


DE   LA   MAISON 


BREITKOPF  &  H^RTEL 

Moutague    de    la    Cour,    45,     BlirilLt:iiL.E(9 


Yient  de  paraître  : 

OEBEFI/RE,   JULES.   Six   études-exer- 
cices pour  piano     .     .     .     net,  fr.       4  — 

DOUILLES,  PIERRE.  Op.  10.  Berceuse 
pour  piano net,  fr.       i  35 

VON  FIELITZ.  Op.  27.  Fantaisie  pour 
piano net,  fr.       3  20 

—  Op.  28.  Quatre  morceaux   lyri- 
ques    .......    netjfr.      3  20 


HENLEY.  Op.  8.  Douze  petits   duos 

pour  deux  violons.     .     .     net,  fr.       2  5o 
RYELANOT.  Op. 3.  Ouverture  de  Gain 

pour  piano  à  quatre  mains,  net,  fr.      3  y 5 
TINEL,  EDGARD.  ANGELUS  de  l'ora- 
torio Saint-François  pour  soprano 
solo  et  chœur  mixte 

Partition,  net,  fr.       i  35 

Chaque  partie,  net,  fr.       o  20 


Le  Catalogue  des  Instruments  de  musique   et   accessoires  est 

envoyé   franco   à    toute    personne    qui    en    fait    la    demande 

rlAÏTOS  BECHSTEIIT  --  PIAUOS  BLUTHITEE 
HARMONIUMS   ESTEY 


68 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Saint-Saëns),  pour  piano,  M  Blitz  ;  l'Ane  et  le  Bœuf 
(Charles  Fuster  et  Léon  Schlessinger),  première 
audition,  récité  par  M"=  Renée  Du  Minil,  de  la  Co- 
médie française,  accompagné  par  l'auteur  ;  air  d'Aïda 
(Verdi);  M"«  Armande  Bourgeois;  Septuor  (Beet- 
hoven); Pièces  pour  piano  seul,  M.  David  Blitz  ; 
Danse  slave  (Dvorak). 

LES  CONCERTS  BU  DIMANCHE 

lo'  Concert  Lamoureux  (Cirque  des  Champs-Elysées). 


—  Programme  :  Symphonie  en  ut  mineur  (Beethoven); 
Siegfried-Idyll  (R.  Wagner);  Marche  funèbre  pour  la 
dernière  scène  d'Hamlet  (Berlioz);  Rêverie  du  soir, 
suite  algérienne  (Saint-Saëns).  le  solo  d'alto  par 
M.  Van  Wafelghem  ;  Prélude  du  3"  acte  de  Tristan 
et  Iseult  (R.  Wagner;  Ouaerture  des  Maîtres-Chan- 
teurs (R.  Wagner). 

13*^  Concert  Colonne  (Chàtelet).  —  Première  partie  : 
Ouverture  de  Benvenuto  Cellini  (Berlioz);  2.  Cinq 
mélodies  (César  Cui)  :  Où  vivre?  —  Larmes,  —  Penses- 


MACKÂR  et  NOËL,  éditeurs,  22.  passade  des  Panoramas  (grande  galerie) 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tschaikofvsky,  Ciottsclialk,  Prudent,  Allartl 
des    Archivas   du   piauu   et   de  la    célèbre   méthode    de   piaao    A.    le   Carpenticr 

Seuls  dépositaires  de  l'Ëditiou  Ckarnot,  spécialement  consacrée  à  la  musique  de  violon 


P.   TSCHAIKOWSKY 

ŒUVRES       POUR      ORCHESTRE 


5o 


5o 


5o 


Op.  6i.  Mozartiana,  ^»  suite  d'orchestre  : 

N"  I  Gigue;  n»  2  Menuet;  no  3Preghiera; 
n'>  4  Thème  et  Variations. 

Partition 10 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     i 

Op.  62.  Pezzo   Cappriccioso,   pour  violon- 
celle et  orchestre  : 

Partition 3 

Parties  séparées 6 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  64.  Cinquième  symphonie,  en  mi  mineur 

Partition 35 

Parties  séparées 40 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3 

Op.  66.  La  Belle  au  Bois  dormant,  valse 
e.\traite  du  ballet  : 

Partition 5 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires     .  .      .      .     i 

—  La  même  pour  orchestre  de  bal,  par 

F.  Desgranges  : 

Conducteur 1     » 

Parties  séparées 2     « 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     »   25 

—  Pot-pourri  arrangé  par  Kleinecke  ; 

Violon  conducteur 2     « 

Parties  séparées 10     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  25 

Op.  67.  Hamlet.  Ouverture-fantaisie   (A.   Ed- 
ward Grieg)  : 

Partition i5     » 

Parties  séparées 25     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2  5o 
>  Hamlet,  d'après  Shakespgare,  musique 
de     scène     (ouverture,     mélodrames, 
marches,  entractes)  : 

Violon  conducteur 5     » 

Parties  séparées i5     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2     » 

Ouverture  extraite  : 

Violon  conducteur 2     » 


Op.e?!» 


Parties  séparées 6 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     1 

Op.  68.  La  Dame  de  pique,  pot-pourri  pour 
petit  orchestre,  par  A.  Kleinecke  : 

Violon  conducteur 2 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  69.  Yolande,  introduction  e.xtraite  ; 

Partition 2 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  supplémentaires  cordes  (copiées) 

Op.  71.  Le  Casse-Noisette,  ouverture  e.xtraite  : 

Partition  d'orchestre 4 

Parties  séparées 6 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 
—      Suite  d'orctiestre  tirée  du   ballet  le 
Casse-Noisdis  : 

Partition 20 

Parties  séparées  3o 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 

Op.  74.  Sixième  symphonie  : 

Partition 

Parties  séparées 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque 
Marche  solennelle 

Partition g 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 
Roméo   et   Juliette,  ouverture-fan- 
taisie d'après  Shakespeare  ; 

Partition i5 

Parties  séparées 25 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 
2°   Elégie   (1884)   pour   instruments  à 

cordes.  Partiton i 

Parties  séparées 

Parties  supplémentaires     .      .     chaque     » 
Hopaque,  danse  cosaque  extraite  de 
l'opéra  Mazeppa  ; 

Partition 5 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    1 


5o 
5o 
3o     1 


LE  GUIDE  MUSICAL 


69 


tu  ?  par  M"=Pregi,  —  les  Songeants,  —  les  Petiots, 
par  M.  Engel  ;  le  Prisonnier  du  Caucase  (César  Cui); 
Concerto  pour  piano,  op  i6  lE  Grie,g),  M.  Raoul 
Pugno.  —  Deuxième  partie  :  Parsifal,  prélude  du 
i"  acte  ;  2'"  tableau  du  i"  acte  (grande  scène  reli- 
gieuse); Scènes  des  filles-fleurs  Parsifal,  M.  Engel  ; 
i"'  groupe  :  M"''  Jeanne  Remacle,  M'^'^  Matthieu  et 
Marthe  de  Rrolls  ;  2"  groupe  :  M"''  Roland.  M"'"  Lé- 
ger et  Marny. 
Concerts  dHarcourt.  —  Symphonie  héroïque  de 
Beethoven,  suivie  d'une  sélection  des  œuvres  de 
M.  Victorin  Joncières,  exécutées  sous  la  direction 
de  l'auteur;  Ballet  du  Chevalier  Jean;  fragments  de 
la  Reine  Berihe  ;  Air  des  cloches  de  Dimitri,  M.  Du- 
chesne  ,  Arioso  de  Dimitri,  M""  Merelli, 

Conservatoire  national  de  musique  (Société  des  Con- 
certs). —  5"  concert.  Programme  :  Symphonie  avec 
chœur   (Beethoven),    soli    :   M™'^'   LerouxRibeyre  et 


Boidin-Puisais,  MM.  Warmbrodt  et  Auguez  ;  Andante 
et  scherzo  de  la  i''''  symphonie  (Bizet);  Ouverture  de 
Fidelio  (Beethoven).  Le  concert  sera  dirigé  par 
M   Paul  Taffanel. 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  7  au   14  jan- 
vier ;  Manon    Orphée.  Jérusalem  et  Farfalla. 

Théâtre    des    Galeries.    —     Miss     Robinson     avec 
M"''  Rose  Delaunay.  -  Matinée,  dimanche,  à  i  h.  J^. 

Alcazar  royal.  —  Bruxelles- Port  de  mer. 

Berlin 

Opéra.   —  Du  7  au  14  janvier  :  Le  Vaisseau -Fantôme. 

Cavalleria  et  la  Croix  d'or   Tristan   et   Iseult.    Les 

Noces  de  Figaro   Faust.  Carmen.  Mara.  Puppenfee  et 

IPagliacci.  Freyschûtz. 
Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  Le  lieutenant 

de  marine. 


Concerts  Schott 

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SALLE  DE   LA   SOCIÉTÉ  ROYALE  DE  LA  GRANDE-HARMONIE 

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PROGRAMME 


Fantaisie  pour  piano  et  violon, 

op.  iSg F.  Schubert 

Andante  molto  —  Allegretto 
Andanlino  (Sei  mir  gegrûsht) 
Allegro  —  Presto. 

La  Fée  d'amour,  morceau  ca- 
ractéristique de  concert  pour 

violon  et  ])iano J.  Raff 

(Edition  Sarasate.) 

a.  Polonaise-Fantaisie    .     .     .     Chopin 
''.  Etude  en  forme  de  valse    .      .     Saint-Saëns 
M""  Bertha  MARX 


4   Quatre  danses  slaves  p' violon     Dvorak 
a.  Lento  gracioso.  —  h    Allegro 
c.  Allegretto  gracioso.    -  i.  Presto 
M,  SARASATE, 


a  Le  Rossignol     .     ■     .     .     ) 

b.  VI"  Rhapsodie  (piano  seul;  \ 

Mm"  Bertha  MARX 


Liszt 


Sarasate 


Sérénade  andalouse.     ■ 

M. SARASATE 
PIANO  DE   l_A    MAISON   ÉRARD 

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Prix-courants  illustrés  franco 


70 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Vienne 

Opéra.  —  Du  7  au  i5  janvier  :  Les  Maîtres  Chanteurs. 
Werther.  Don  Juan.  La  Juive.  Coppelia  et  Pagliacci. 
Carmen.  Le  Bal  masqué  et  Puppenfee.  Pagliacci  et 
Terre  et  Soleil  Les  Rantzau  et  les  Femmes  méta- 
morphosées. 

An  der  Wien.  —  Les  Cloches  de  Corneville.  Le  Châ- 
teau maudit. 

Dresde 

Opéra.  —  Du  7  au  i3  janvier  :  Rigoletto.  Représen- 
tations de  M""^  Duse.  Armide.  La  Répétition  d'opéra, 
Pagliacci.  Les  Enfants  du  steppe.  Le  Vaisseau-Fan- 
tôme 


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LE  GUIDE  MUSICAL 


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72 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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MAURICE     KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

Rue  Beaurepaire,  33,  Paris 

N.  Le  KiME,    SECRET  AIRE- ADMINISTRATEUf 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten — Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

J.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

N.  Liez  —  I.  Will 

Dr  Dwelshauwers  —  Ernest  Closson 

Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

J.  Brunet  —  A.  Wilford,  etc,  etc. 


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Pays  d'outre-mer  ....     iS     — 


40"  .\NNEE 


21   Janvier   1894 

SOMMAIRE 


NUMERO   4 


Maurice  Kufferath  :  Littérature  wagné- 
rienne  (Alfred  Ernst,  Marcel  Hébert). 

Edm.  Van  der  Straeten  :  Un  portrait  de 
luthiste. 

Marcel  Remy  :  A  propos  du  Wallenstein 
de  M.  Vincent  d'Indy. 

Les  Concerts  de  Paris.  —  La  Neuvième 
Sj'inphonie  au  Conservatoire,  par  Hugues 
Imbert.  —  Parsifal  aux  concerts  Colonne, 
et  les  Chanteurs  de  Saint-Gervais,  par 
Marcel  Remy. 

CI)roniquf  'bt  la  Stinatiu  :   Paris,   concerts   divers; 

Bruxelles,  petites  nouvelles. 
dorrteponbaïKCS   :  Anvers,  Berlin,  Dresde,  La  Haye, 

Liège,  Lille,  Luxembourg,  Montréal,  Strasbourg. 
Nouvelles  diverses.  —  Bibliographie. 
Répertoire  des  théâtres. 

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principaux  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher.   33,   rue  de   Seine  ;  librairie  Flammarion. 

—  A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Haertel,  i5,  Oxford 
Street  ;  Schott  et  C»,  Régent  street,  iSy-iSg.  — •  A  Leipzig  : 
Otto  Junne.  —  A  Strasbourg  :  librairie  Ammel.  —  A 
Amsterdam,  Algemeene  Musikhaniel,  Spui,  2.  —  A  La 
Haye,  Belinfante  frères. — A  Liège:  M™'  veuve  Muraille, 
rue  de  l'Université.  -  A  Anvers:  M.  Forst, place  de  Meir. 

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Martin. édit.,  4,  Correo.  — A  St-Pétersbourg  :  R.  VioUet. 

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A  Montréal  :  La  Montagne,  éditeur,  149,  rue  Saint- 
Maurice. — A  New-York  :  G.-E.  Stechert,  810,  Broadway. 

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74 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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VENTE    —   ECHANGE   —   LOCATION 

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40' ANNÉE.  —  NUMÉRO  4. 


Bruxelles,  le  21  janvier  1894. 


LITTERATURE  WAGNERIENNE 


1 

L  n'est  plus  de  mois  qui  ne  voie 
paraître  quelque  livre  nouveau  sur 
le  maître  de  Bayreuth  et  son  œuvre. 
Je  ne  m'en  plains  pas,  au  contraire,  j'y  vois 
un  heureux  symptôme.  L'exégèse  wagné- 
rienne  s'étend  et  s'approfondit.  Nous  ne 
sommes  plus  au  temps  où  l'imagerie  était 
nécessaire  pour  faire  adopter  par  le  public 
français  l'histoire  de  la  vie  du  maître  et  le 
superficiel  exposé  de  ses  théories  ;  où  le 
suprême  de  la  critique  était  de  mêler,  à 
doses  égales,  le  blâme  et  l'admiration  ;  où 
il  suffisait  de  nouer  bout  à  bout  des  cou- 
pures de  journaux,  des  résumés  de 
seconde  main,  pour  faire  un  livre  sur  Wag- 
ner et  paraître  bien  renseigné. 

Aujourd'hui,  on  l'étudié  à  fond,  dans  ses 
œuvres,  dans  ses  écrits  théoriques,  dans 
ses  lettres  intimes,  révélatrices  de  sa  véri- 
table pensée  et  de  ses  hauts  sentiments.  Et 
les  livres  poussent  tout  seuls,  tant  il  se 
découvre  de  nouveautés  sur  le  grand 
homme  si  longtemps  méconnu  et  si  mal 
compris. 'L'agacement  qu'en  éprouvent  les 
gazetiers  dont^  l'esthétique  ne  s'élève  pas 
au-dessus  du  niveau  du  Domino  iioh-  est 
d'un  comique  intense  et  réjouissant.  Il  n'y 
a  pas  autrement  à  s'en  occuper.  Zoïle  est 
nécessaire. 

Je  veux  aujourd'hui  signaler  deux  ou- 
vrages nouveaux  :  VA  ride  Richard  Wagner, 
de  M.  Alfred  Ernst,  et   Trois  moments  de 


la  pensée  de  Richard  Wagner  de  Marcel 
Hébert  (i). 

Je  suis  un  peu  en  retard  pour  parler  du 
premier,  qui  date  déjà  de  quelques  mois  : 
mais  je  n'ai  presque  aucun  scrupule  de  ce 
retard. L'étude  de  M. Ernst  est  de  celles,  en 
effet, qui  n'ont  pas  qu'une  valeur  d'actualité 
faiblissant  à  mesure  qu'on  s'éloigne  du 
moment  ou  de  l'homme  qui  l'a  provoquée. 
Son  Art  de  Richard  Wagner  est  un  livre  de 
véritable  critique,  un  travail  de  maître,  sé- 
rieux, approfondi,  admirablement  complet, 
auquel  on  aime  à  revenir,  auquel  on  revien- 
dra, où  l'on  cherchera,  plus  tard,  des  direc- 
tions quand  on  voudra  être  fixé  sur  telle 
ou  telle  œuvre  du  maître  et  sur  l'ensemble 
de  ses  créations  et  de  ses  théories. 

On  a  reproché  au  livre  de  M .  Ernst  d'être 
touffu.  Je  ne  partage  pas  cet  avis,  quoique 
le  volume  comprenne  plus  de  cinq  cents 
pages  d'un  texte  serré.  Ce  qui  est  touffu, 
ce  n'est  pas  le  livre,  c'est  la  matière, 
c'est  l'œuvre  même  de  Wagner.  Ce  pro- 
digieux génie  a  touché  à  tout  :  son  art 
fait  penser.  Il  a  soulevé  des  problèmes 
esthétiques  de  la  plus  haute  portée,  qui  in- 
téressent tout  le  public  et  les  artistes;  et  ses 
œuvres,  par  le  monde  d'idées  et  de  senti- 
ments qu'il  y  a  renfermés,  invitent  le  philo- 
sophe à  la  réflexion.  Il  est  impossible  de 
l'embrasser  en  quelques  pages.  Si  l'on  veut 
le  faire  comprendre,  il  faut  l'expliquer  en 
détail.  C'est  ce  qu'a  fait  M.  iVlfred  Ernst, 
avec  un  bonheur  rare. 

Son  livre  n'est  pas  une  étude  historique 
exposant  le  développement  du  génie  de 
Wagner  et  marquant  les  étapes  de  sa 
réforme,  mais  une  vue  d'ensemble  sur  la 
totalité  de  son  œuvre.  M.Alfred  Ernst  avait 
déjà  publié  antérieurement  un  livre  pareil- 

(i)  Le  premier  a  paru  à  Paris,  chez  Pion  et  Nourrit, 
le  second  à  la  librairie  Fischbacher. 


76 


LE  GUIDE  MUSICAL 


 


lement  excellent  sur  le  maître  de  Bayreuth, 
mais  plus  superficiel  et  sommaire.  Le  plan 
des  deux  ouvrages  est  à  peu  près  le  même, 
mais  le  second  est  infiniment  plus  fouillé. 

Il  comporte  deux  parties.  Dans  la  pre- 
mière, des  considérations  générales  trou- 
vent place  qui  sont  relatives  aux  carac- 
tères essentiels  des  poèmes  et  aux 
tendances  de  Wagner  comme  poète  dra- 
matique; dans  la  seconde,  M.Alfred  Ernst 
étudie  les  grands  types  humains  qui  peu- 
plent ses  drames.  Dans  celle-ci,  il  établit 
de  curieux  et  bien  intéressants  rapproche- 
ments d'un  type  à  l'autre  qui  témoignent  à 
la  fois  d'une  parfaite  connaissance  de 
l'œuvre  et  d'un  sentiment  ingénieux  et  pé- 
nétrant chez  le  critique.  J'appellerai  l'atten- 
tion en  particulier  sur  le  chapitre  consacré 
à  Vénus  et  à  Elisabeth,  sur  celui  qui  com- 
prend à  la  fois  les  figures  d'Erik,  de  Wol- 
fram, de  Marke,  de  Hans  Sachs;  sur  les 
parallèles  entre  Alberich,  Hagen,  Klingsor; 
sur  Tristan  et  Isolde,  sur  Siegfried  et 
Brunnhilde.  Il  y  a  là  des  pages  excel- 
lentes, des  aperçus  neufs,  éclairant  les  per- 
sonnages, leur  caractère,  leur  développe- 
ment dans  le  drame  auquel  ils  appartiennent 
et  la  place  qu'ils  occupent  dans  la  série  des 
conceptions  v^^agnériennes. 

Dans  la  première  partie,  M.  Alfred  Ernst 
s'attache  surtout  à  développer  cette  idée 
que  Richard  Wagner  est,  avant  tout,  un 
poète  dramatique  ;  que  ce  qu'il  a  voulu, 
c'est  le  drame,  par  quels  moyens  il  l'a  voulu 
et  réalisé.  La  conclusion  est  qu'en  somme, 
seules  les  créations  du  poète  ont  rendu 
possible  l'épanouissement  du  musicien. 

Avec  M.  René  de  Récy,  je  crains  qu'ainsi 
formulée  cette  opinion  ne  soit  un  peu 
générale  et  absolue.  J'ai  déjà  touché  à  cette 
question  de  la  prédominance  du  poète  ou 
du  musicien  enWagner,à'propos  d'un  récent 
travail  de  M.  Houston  Chamberlain,  dus 
Draina  Richard  Wagner's,  où  se  trouve 
énoncée  une  opinion  analogue.  Maint  lec- 
teur pourrait  être  amené  à  conclure  que  le 
musicien  en  Wagner  est  secondaire.  Telle 
n'est  certainement  la  pensée  ni  de  M .  Cham- 
berlain, ni  de  M.  Alfred  Ernst.  Mais  il  serait 
bon  de  le  dire. 

La  vérité  est  qu'on  se  trouve  ici  en  pré- 


sence d'un  problème  psychologique  aussi 
difficile  à  poser  qu'à  résoudre. 

MM.  Alfred  Ernst  et  Chamberlain  ont 
raison  de  répondre  à  ceux  qui  ne  veulent 
voir  en  Wagner  qu'un  prodigieux  musicien 
et  qui  nient  en  lui  les  facultés  tout  à  fait 
géniales  du  poète  :  Wagner  est  surtout  et 
avant  tout  un  grand  poète  dramatique,  un 
créateur  de  types  humains  d'une  admirable 
et  idéale  expression. 

Seulement,  ce  serait  se  méprendre,  je 
crois,  que  de  placer  le  poète  au-dessus  du 
musicien.  Il  me  semble  que  les  deux  facul- 
tés, poétique  et  musicale,  sont  en  lui  abso- 
lument inséparables.  M.  Ernst  invoque 
l'antériorité  des  tentatives  dramatiques 
par  rapport  aux  essais  musicaux.  On  pour- 
rait lui  objecter  le  premier  éveil  des  facultés 
de  l'enfant  s'opérantchez  Wagner  aux  échos 
de  la  musique  de  Weber  (voir  l'Autobio- 
graphie); plus  tard,  l'impression  produite 
sur  l'adolescent  par  la  symphonie  de  Beet- 
hoven, impression  si  décisive  qu'on  peut 
se  demander  si,  Wagner  ne  l'ayant  pas 
éprouvée,  son  génie  se  fût  développé 
d'une  façon  normale.  Pour  moi,  je  ne  le 
pense  pas. 

Poète  dramatique  et  essentiellement  dra- 
matique assurément;  mais  âme  musicale, 
essentiellement  musicale. 

Voilà,  il  me  semble,  le  point  important;  et 
cela  est  si  vrai  que  toujours  Wagner  a  re- 
connu le  rôle  essentiel  et  même  prédominant 
de  la  musique  dans  ses  créations  comme 
dans  sa  vie.  Lui-même  n'a-t-il  pas  écrit  que 
la  musique  avait  été  «  son  ange  gardien  n , 
que  c'était  la  musique  qui  avait  «  sauvé  en 
lui  l'artiste  ».  Il  a  été  plus  loin  même  en 
avouant  que  c'était  la  musique  «  qui  avait 
fait  de  lui  un  artiste  à  l'heure  où  son  sen- 
timent se  révoltait  contre  les  conditions 
artistiques  du  temps  présent  ».  Ces  paroles 
me  semblent  aussi  décisives,  pour  le  moins, 
que  la  circonstance  en  vérité  peu  impor- 
tante de  la  composition  d'une  tragédie  dans 
le  style  shakespearien,  à  l'âge  de  treize  ans. 

Un  tout  autre  point  de  vue  est  celui  où  se 
place  M.  Marcel  Hébert  dans  ses  Trois 
moments  de  la  pensée  de  Richard  Wagner. 
Il  s'agit  ici  d'une  étude  sur  ses  idées  philo- 
sophiques et  particulièrement  de  l'évolu- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


77 


tion  qui,  peu  à  peu,  l'aurait  ramené  à  l'idée 
chrétienne.  M.  Hébert  divise  l'œuvre  de 
Wagner  en  trois  étapes  :  l°  Naturalisme 
(Tétralogie);  2°  Pessimisme  [Tristan  et 
Iseuli)  ;  3°  Foi  religieuse  (Parsifal)  ;  et  il 
examine  ensuite  à  ce  point  de  vue  philoso- 
phique les  œuvres  capitales  où  sous  une 
forme  artistique,  essentiellement  plastique, 
sont  développées  les  vues  particulières  de 
Wagner,  sa  conception  du  monde,  ses 
aspirations  métaphysiques  ou  religieuses. 
M.  Alfred  Ernst  a  touché  aussi  à  cette 
question,  et  il  arrive  à  une  conclusion  ana- 
logue à  celle  de  M.  Hébert  :  à  savoir  qu'il  y 
a  eu  dans  l'âme  de  Wagner  progrès  constant 
vers  la  foi  religieuse  ;  que  l'expérience  de 
la  vie, jointe  aux  réflexions  philosophiques, 
y  a  fait  prédominer  des  «  sentiments  oubliés 
dans  l'ardeur  de  la  jeunesse  )).  M.  Marcel 
Hébert  ne  fait,  toutefois,  de  Wagner  vieilli 
ni  un  dévot,  ni  un  théologien  ;  Wagner  n'a 
jamais  admis  la  lettre,  la  formule,  le  dogme  ; 
mais  les  intuitions  de  son  génie  se  seraient 
rapprochées  de  plus  en  plus  de  l'essentiel 
du  christianisme,  de  cet  esprit  de  l'Evan- 
gile qui  s'exprime  d'une  manière  si  admi- 
rable dans  Parsifal. 

La  thèse  est  intéressante  et  M.  Maixel 
Hébert  la  développe  avec  un  talent  d'ana- 
lyste très  fin,  très  souple  et  très  bien  armé, 
qui  éclaire  les  aspects  multiples  et  variés 
de  cette  riche  nature  de  poète  et  de  pen- 
seur. 

Je  crois,  toutefois,  qu'en  pareille  matière 
une  grande  prudence  est  nécessaire,  et 
qu'il  faut  se  garder  de  vouloir  accaparer 
B  pour  une  doctrine  religieuse  »  ce  grand 
artiste  qui  n'a  jamais  été  et  n'a  jamais 
voulu  être  qu'un  artiste. 

Le  pur  esprit  de  Vliumanisme  suffit  à 
expliquer  le  philosophe  en  Wagner.  Certes, 
il  a  toujours  été  une  âme  profondément 
religieuse,  mais  c'a  été  dans  le  sens  large 
du  mot. 

Aussi,  je  crois  que  M.  Marcel  Hébert, 
comme,  du  reste,  M.  Alfred  Ernst,  dogma- 
tise un  peu  trop  rigoureusement  en  cher- 
chant une  évolution  vers  les  «  vérités  «  de 
l'Evangile,  là  où  il  n'y  a,  en  somme,  que  le 
développement  d'un  seul  sentiment  profond, 
et  merveilleusement  actif,  ce  sentiment  qui 


seul  inspire  les  grandes  œuvres  d'art  :  Vlm- 
manité. 

A  ce  point  de  vue,  il  y  a  une  remarquable 
continuité  dans  la  vie  et  dans  l'œuvre  de 
Wagner.  Son  humanité  est  marquée  aussi 
nettement  dans  les  œuvres  du  début  et  de 
la  fin,  que  dans  celles  de  la  prétendue  pé- 
riode du  naturalisme  et  du  pessimisme. 
Même  à  l'époque  où  il  fut  le  plus  enchaîné 
par  la  doctrine  de  Schopenhauer,  il  ne 
voyait  autre  chose  dans  le  boudhisme  que 
la  doctrine  chre'tienne,  la  conception,  aryenne 
du  monde,  dans  sa  pureté  initiale,  dégagée 
de  toute  mixture  judaïque,  c'est-à-dire  une 
doctrine  morale  dont  le  principe  fondamen- 
tal était  la  bienveillance  à  toutes  les  misè- 
res, la  sympathie,  la  compassion,  ce  qu'on 
nomme  enfin  la  charité.  Le  pessimisme 
de  Tristan  n'en  est  pas  un;  et  je  crois 
que  c'est  une  interprétation  erronée  de  voir, 
dans  l'aspiration  des  deux  amants  à  la 
mort,  une  aspiration  au  ne'ant  absolu;  elle 
est,  au  contraire,  une  aspiration  ardente  à 
une  délivrance,  à  une  vie  supérieure.  Et 
la  scène  finale,  le  chant  de  mortd'Isolde 
transfigurant  l'amour  terrestre,  révélant 
l'union  intime  des  âmes  dans  l'infini,  est  une 
idée  qui  n'a  rien  de  commun  avec  le  pessi- 
misme, pris  dans  son  sens  rigoureux,  et  tel 
qu'on  l'entend  généralement.  C'est  si  l'on 
veut  une  idée  chrétienne,  mais  exprimée 
sous  une  forme  qui  ne  Test  pas.  De  même 
dans  la  Tétralogie,  le  ressort  de  tout  le 
drame,  c'est  le  sacrifice  de  Brunnhilde; 
c'est  encore  une  fois  l'idée  de  pitié,  de 
charité  qui  domine  ici,  comme  dans  le 
Vaisseau  et  Tannhœuser, comme  dans  Lohen- 
grin,  comme  dans  Parsifal. 

Cette  unité  profonde  du  sentiment  chez 
Wagner  peut  seule  expliquer  le  singulier 
phénomène  des  conceptions  simultanées, 
en  apparence  les  plus  opposées  ;  par 
exemple,  l'idée  de  la  scène  du  Vendredi 
Saint  de  Parsifal,  et  les  premières  esquisses 
de  cette  œuvre  coïncidant  avec  la  compo- 
sition de  la  scène  d'amour  de  Trista!!.{i856); 
ou  le  scénario  des  Maîtres  Chanteurs  s'éla- 
borant  au  milieu  de  la  composition  de 
TannhcBiiser  et  simultanément  avec  les  pre- 
mières idées  de  Lohengrin. 

L'évolution   que   M.   Marcel   Hébert  et 


LE  GUIDE  MUSICAL 


aussi  M.  Alfred  Ernst  analysent  un  peu 
subtilement  me  paraît,  en  somme,  plus 
apparente  que  réelle.  Si  l'on  veut  bien  y 
regarder  de  près,  du  Vaisseau- Fantôme  à 
Parsifal,  il  y  a  une  seule  et  même  idée 
directrice  et  fondamentale  :  Vamour  dans 
son  acception  élevée,  la  charité  chrétiefine 
peut-être,  la  charité  humaine  certainement, 
en  qui  Wagner,  théoriquement  dans  ses 
écrits  àtendances  philosophiques,  pratique- 
ment dans  son  œuvre  d'art,  a  toujours 
reconnu  et  proclamé  l'élément  libérateur 
de  ce  monde.  M.  Kufferath. 


UN  PORTRAIT  DE  LUTHISTE 

EL  s'agit  de  l'effigie  de  Charles  Mouton, 
luthiste  de  Louis  XIV. 
J'ignore  si  une  étude  spéciale  a  été 
vouée  à  ce  chef-d'œuvre  de  gravure. 

A  coup  sur,  Fétis  n'en  dit  mot.  Et 
les  lexiques  musicaux  les  plus  usités  imi- 
tent son  silence. 

La  figuration  est  due  à  l'éminent  graveur 
Gérard  Edelmck,  né  à  Anvers,  et  qui  sub- 
stitua, dit-on,  les  tailles  en  losange  aux 
tailles  carrées. 

L'artiste  prit  pour  modèle  une  peinture 
de  De  Troy.  Il  vécut  dans  la  période 
1649-1707. 

Son  œuvre,  que  j'ai  sous  les  yeux,  passe, 
à  bon  droit,  pour  la  plus  belle  de  ce 
genre. 

C'est  aussi  la  plus  grande  de  l'espèce.  Le 
luth  notamment  mesure,  en  largeur,  dix 
centimètres,  tandis  que  celui  de  Mersenne 
n'en  offre  que  six.  Sa  longueur  est  de  vingt- 
cinq  centimètres. 

On  connaît  cinq  états  de  l'estampe  de- 
venue actuellement  une  rareté  convoitée  : 

10  Celui  muni  d'un  quatrain  latin  enl'hon- 
neur  du  virtuose  ;  il  est  avant  le  nom  des 
artistes. 

2°  Celui  à  marge  coupée.  On  lit  à  la  bor- 
dure inférieure  gauche  :  De  Troy  pinxit, 


De  Troy  peignit  ;  et,  à  la  droite  :  Edelinck 
SCULP.  CUM  PRiviL.  Regis,  Edelinck  grava 
avec  la  permission  du  Rot.  A  Paris,  rue  Saint- 
Jacques,  «  Au  Séraphin  ». 

On  en  rencontre  des  épreuves  avec  ce 
quatrain  : 

Cher  maître,  à  te  voir  si  bien  représenté, 
Par  des  charmes  secrets  je  me  laisse  surprendre  ; 
Je  suis  de  ton  portrait  doublement  enchanté  : 
Je  te  vois  et  je  crois  t'entendre. 

3"  Celui  qui  offre  pour  toute  inscription, 
à  gauche,  sur  la  bordure  inférieure  :  De 
Troy  pinxit,  Edelinck  sculp.  —  A  Pa- 
ris, chez  I.  Audran,  graveur  du  Roy,  «  Aux 
Gobelins  ». 

40  Celui  où  l'adresse  d'Audran  est  rem- 
placée par  :  A  Paris,  chez  Budlet,  rue 
Gesvers,  mots  précédés  de  ceux-ci  :  De 
Troy  pinxit,  Edelinck  sculp. 

Et  enfin,  5°,  celui  où  les  inscriptions  du 
deuxième  état  ont  été  rétablies. 

Mouton,  au  type  gaulois,  à  la  mine  sou- 
riante et  spirituelle,  est  assis,  les  jambes 
croisées,  dans  un  fauteuil  capitonné. 

Il  porte  la  grande  perruque  de  l'époque 
et  est  drapé  dans  un  large  et  somptueux 
habit  à  ganses  d'or. 

Au  cou  et  aux  mains,  s'étalent  de  superbes 
dentelles. 

Ces  mains,  dont  Tune  pince  les  cordes  du 
luth  et  l'autre  marque  les  touches  du  clavier 
de  l'instrument,  sont  d'une  rare  perfection 
de  travail.  Impossible  d'en  imaginer  de  plus 
ravissantes. 

Tout  ce  luxe  déployé  révèle  non  seule- 
ment l'artiste  de  concert,  mais  le  virtuose 
qui  fréquentait  la  haute  société. 

Un  gentleman  de  ce  genre  fut  le  maître 
flamand  De  Fesch,  qui,  fixé  à  Londres,  s'y 
rendit  célèbre  par  ses  leçons  instrumen- 
tales. Le  luthiste  athois  de  Saint-Luc  ap- 
partenait également  à  cette  catégorie  de 
professeurs  privilégiés. 

Pour  l'instrument,  il  forme  un  vrai  bijou. 
On  le  voit,  pour  ainsi  dire,  de'  nature,  avec 
ses  proportions  élégantes  et  son  manche 
coquet,  rejeté  en  arrière  à  la  partie  supé- 
rieure. 

Grâce  aux  progrès  que  l'organographie 
a  réalisés  depuis  un  quart  de  siècle,  on 


LE  GUIDE  MUSICAL 


n 


parviendra,  quelque  jour,  j'espère,   à  assi- 
gner l'atelier  dont  il  émane. 

Il  arrive  communément,  pour  les  œuvres 
marquantes,  que  l'imitation  s'acharne  sur 
elles.  C'est  vraiment  ici  le  cas. 

D'abord  une  figuration  représentant  sen- 
sément Cambert,  et  reproduite  dans  la 
Musique  populaire,  le  21  décembre  1882. 

Cambert,  à  mon  humble  avis,  était  bel  et 
bien  un  compositeur  du  règne  de  Louis  XIV, 
qui  toucha,  dans  sa  jeunesse,  les  orgues,  et 
qui  délaissa  cet  exercice  pour  se  lancer 
dans  l'agencement  des  drames  lyriques,  où 
il  se  rendit  célèbre. 

La  gravure,  entièrement  rapetissée,  du 
pseudo-Cambert,  est  littéralement  copiée 
d'après  celle  de  Mouton,  hormis  le  change- 
ment de  position  de  droite  à  gauche. 

Cette  contrepartie,  grossièrement  exé- 
cutée, n'offre  qu'un  fragment  de  la  partie 
supérieure  du  luth,  ce  qui  produit  un  misé- 
rable effet  :  brossage  hàtif,  en  somme,  si 
j'en  juge  toutefois  par  le  spécimen  de  la 
Musique  populaire,  et  qui  ne  se  recommande 
d'aucune  façon. 

De  Troy,  le  modèle  de  l'effigie  de  Mou- 
ton, se  serait-il  inspiré  lui-même  de  celle  de 
Cambert?  Un  comble  alors. 

Autre  contrefaçon  :  le  portrait  du 
luthiste  allemand  Adam  Falkenhagen.  Elle 
n'est  heureusement  que  partielle  :  l'instru- 
ment manié  et  la  pose  des  deux  mains. 

La  table,  où  sont  déposés  un  encrier  et 
une  plume,  —  indice  d'un  compositeur,  — 
est  d'une  réelle  mesquinerie. 

Et,  à  propos  de  publications  organogra- 
phiques,  on  en  a  fait  éditer,  toujours  en 
contrefaçon,  une  série  du  célèbre  luthiste, 
chez  Etienne  Roger,  à  Amsterdam,  notam- 
ment de  1707  à  1716. 

A  cette  dernière  date,  on  peut  lire,  comme 
annexe  au  roman  des  Severambes,  imprimé 
audit  Amsterdam,  cette  annonce,  que  je 
reproduis  textuellement  : 

Pièces  de  luth  de  M.  Mouton,  livre  premier, 
contenant  aussi  des  instructions  sur  cet  instru- 
ment      fr.     3   — 

Pièces  de  luth  de  M  Mouton,  livre  second     3  — 

Pièces  de  luth  de  M.  Mouton,  livre  troi- 
sième     ' 

Pièces  de  luth  de  M.  Mouton,  livre  qua- 
trième   3 


Notre  musicien  fut  donc  théoricien  et 
praticien  de  son  art. 

Le  superbe  portrait  d'Ederlinck  est  men- 
tionné notamment  dans  le  Catalogue  des 
estampes  de  Firmin-Didot  (1877,  n°  4348). 

Il  fut  vendu  45  francs.  Aujourd'hui,  il 
atteindrait  au  moins  le  double. 

Divers  tirages  sans  la  lettre,  —  modernes 
en  tous  cas,  —  circulent  dans  le  commerce. 

Ils  sont  tellement  reconnaissables  que  le 
plus  vulgaire  amateur  ne  s'y  laisserait 
guère  prendre. 

Edmond  Vander  Straeten. 


A  PROPOS  DU  -WALLENSTEIN"  DE  VINCENT  D'INDY 


ETTE  œuvre  me  paraît  marquer  une 
étape  décisive  de  la  musique  syni- 
phonique française  depuis  Berlioz. 

Sans  dire  qu'elle  soit  plus  poétique,  plus 
hautement  conçue  que  les  compositions  de 
l'auteur  de  la  Fantastique,  on  doit  recon- 
naître qu'elle  est  plus  nettement  musicale, 
d'une  orientation  beaucoup  plus  marquée 
vers  l'art  symphonique  pur.  Et  pourtant,  si 
la  préoccupation  littéraire, descriptive, n'est 
plus  prédominante  comme  chez  Berlioz, 
elle  influe  encore  sur  l'œuvre  au  point  de  la 
rendre  obscure,  si  on  n'accepte  pas  a  priori 
les  indications  explicatives  d'un  livret  résu- 
mant succinctement  et  les  épisodes  drama- 
tiques et  les  thèmes  musicaux. 

Sans  doute,  de  par  sa  nature,  et  son  but, 
«  servir  de  préface  et  de  commentaire 
musical  au  poème  de  Schiller  »,  l'œuvre  de 
M.  d'Indy  devait  avoir  une  surface  décora- 
tive, et  pittoresque  ;  mais  il  est  heureux 
d'y  constater  autre  chose  qu'une  vaine  agi- 
tation descriptive  :  c'est  la  réalisation  mu- 
sicale d'une  pensée  poétique,  c'est  l'œuvre 
non  d'un  adaptateur,  mais  d'un  artiste  qui 
a  pensé  en  musique.  C'est  là  le  grand  point, 
à  mon  avis. 

Et  si  certaines  données  conventionnelles 
alourdissent  l'essor,  des  trouvailles  vrai- 
ment heureuses  rachètent  vite  ce  défaut. 
Ainsi,  nous  aurions  souhaité  une  concep- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


tion  plus  profonde  de  la  Guerre.  Ces  son- 
neries de  trompettes,  d'un  procédé  si 
poncif,  ne  sont  qu'une  allégorie  représen- 
tant à  peine  la  Bataille  par  une  transposi- 
tion assez  grossière.  Mais  la  Guerre,  vue 
de  plus  haut,  d'un  regard  philosophe  et 
artiste,  en  ce  qu'elle  a  de  monstrueux, 
d'antiphysique,  de  surhumain,  de  blasphé- 
matoire, quel  est  donc  le  musicien  qui  en 
donnera  l'impression  en  se  dépêtrant  du 
facile  clinquant  militaire?  Quel  maître  en 
fixera  l'image  avec  l'intensité  de  Wagner 
évoquant  l'Appréhension  dans  le  Ring,  de 
Beethoven  montrant  la  vraie  joie  dans  la 
Neuvième  Symphonie? 

Singulière  impuissance  de  la  littérature 
pour  certains  sujets,  par  exemple,  la  Guerre. 
Les  poètes  sont  lyriques,  imagés,  allégo- 
riques; les  romanciers  ne  donnent  qu'une 
impression  de  détails  accumulés  la  {Débâcle), 
sinon  des  périphrases  ou  même  des  phrases. 
Les  généraux,  dans  leurs  dépêches  ou  mé- 
moires, sont  techniques  ou  administratifs, 
le  vieux  combattant  ne  connaît  que  ses 
coups  donnés  ou  reçus  ;  visiter  Waterloo 
n'en  suggère  qu'une  idée  stratégique.  Bien 
plus  vraies,  comme  impressions  d'art,  les 
visions  apocalyptiques  d'Henry  de  Groux, 
de  la  peinture  chimérique  pourtant  ! 

Marcel  Rémy. 


Les     Concerts    à   Paris 

La     Symphonie    avec    chœur    au 
Conservatoire 

C'est  la  piemière  fois  depuis  son  avène- 
ment à  la  direction  de  l'orchestre  du  Con- 
servatoire que  M.  Taffanel  faisait  exécuter 
la  Symphonie-maîtresse,  l'œuvre  qui  a  été, 
avec  la  Messe  solennelle,  le  point  culminant  de 
l'œuvre  du  grand  Beethoven.  Belle,  inteUi- 
gente  a  été  l'mterprétation  qui  a  mis  plus  que 
jamais  en  lumière  les  beautés  de  la  partition. 
Jamais  peut-être  on  n'avait  mieux  apprécié  le 
caractère  sombre,  troublant  du  premier  mor- 
ceau, le  charmant  badinage  d'un  rythme  si 
remarquable  du  scherzo,  la  gaîté  toute  popu- 
laire du  trio,  le  profond  sentiment  se  dégageant 


de  l'adagio  avec  ses  deux  motifs  distincts  et 
enfin  la  majesté  du  finale  avec  chœurs,  inspiré 
par  l'Ode  à  la  joie  de  Schiller.  Qu'il  est 
éloigné  le  temps  où  critiques,  amateurs,  artistes 
déclaraient  urbi  et  orbi  que  cette  symphonie 
était  une  monstrueuse  folie,  ou  les  dernières 
lueurs  d'un  génie  expirant,  ou  encore  la 
source  troublée  à  laquelle  ont  puisé  tous  les 
musiciens  de  l'avenir 

Quelques  pauvres  esprits  (Berlioz  et  Wagner 
étaient  du  nombre)  osaient  prétendre  que 
c'était  le  point  de  départ  d'une  ère  nouvelle. 
Aujourd'hui  bien  des  conversions  se  sont  faites  ; 
les  yeux  se  sont  ouverts  à  la  lumière...  et, 
dimanche  dernier,  14  janvier  1894,  lorsque  le 
dernier  coup  d'archet  fut  donné  après  ce  vigou- 
reux et  joyeux  finale,  la  salle  entière  acclamait 
l'œuvre,  les  interprètes  et  le  chef  d'orchestre. 
Les  soli  étaient  fort  bien  exécutés  par  M"e  E. 
Blanc,  Mme  Boidin-Puisais,  MM.  Warmbrodtet 
Auguez,  artistes  que  l'on  est  toujours  certain 
de  trouver  prêts  à  exécuter  les  belles  et  grandes 
pages  des  maîtres. 

Rappelons  que  cette  merveilleuse  sym- 
phonie, dont  les  premières  esquisses  remontent 
aux  années  i8i5  et  18 17  ne  fut  achevée  que 
dans  le  cours  de  l'année  1823,  et  fut  exécutée 
pour  la  première  fois,  le  7  mai  1824  au  théâtre 
de  la  Porte  de  Carinthie,  avec  la  Messe  solen- 
nelle (Trois  grands  hymnes  avec  solo  et  chœurs, 
portait  l'affiche),  et  la  Grande  Ouverture 
(op.  124). 

La  Neuvième  Symphonie  en  ré  mineur  sur 
l'Ode  àe  Schiller,  porte  le  n»  i25  des  œuvres; 
elle  fut  éditée  en  1826,  par  la  maison  Schott. 
A  Paris,  la  Société  des  Concerts  l'exécuta,  dès 
la  quatrième  année  de  son  existence,  le 
22  mars  i83i.  H.  L 


LES    CHANTEURS  DE  SAINT-GERVAIS 

N  SUS  de  leur  service  régulier  à  l'église 
et  de  la  série  de  concerts  historiques 
en  cours,  les  Chanteurs  de  Saint- 
Gervais,  — louons  leur  prodigieuse  activité, — 
organisent  encore  trois  auditions  annuelles  con- 
sacrées aux  cantates  d'église  de  Bach,  avec 
l'éclairé  concours  de  M.  Guilmant,  organiste. 
Deux  cantates  dans  le  style  facile  du  Bach 
(c  première  manière  i)  figuraient  au  programme 
de  la  soirée  de  jeudi.  Bleib  bel  uns,  qui  débute 
par  un  chœur  suave  en  style  fleuri,  où  deux 
hautbois  dialoguent  au  travers  des  parties  cho- 
rales ;  nous  eussions  souhaité  plus  de  légèreté 
et  d'aisance  encore  dans  l'enchevêtrement  des 
voix.  Un  air  d'alto,  confié  à  la  belle  voix  de 


LE  GUIDE  MUSICAL 


81 


M^'Deschamps-Jehin,  artistement  soutenue  par 
le  cor  anglais  de  M.  Doisl  ;  un  choral  varié,  où 
l'on  a  entendu  un  instrument  oublié,  le  violon- 
celle-piccolo,  joué  par  M.  Kerrion  ;  court  récit 
de  basse  (M.  Sureau- Bellet)  ;  un  air  de  ténor, 
qu'a  dit  avec  élégance  M.  Warmbrodt;  puis  un 
choral  magnifique,  qu'on  a  bissé  avec  en- 
semble. 

Venait  ensuite  un  concerto  en  fa  pour  clave- 
cin et  deux  flûtes.  Le  premier  allegro  surtout 
est  ravissant,  lumineux,  avec  les  tierces  douces 
des  flûtes  sur  le  babillage  du  clavier.  M.  Dié- 
mer  nous  a  charmé  et  M.  Dorai  a  fort  discrète- 
ment dirigé  l'ensemble. 

En  façon  d'intermède,  la  Bataille  de  Mari- 
gnan  de  Janequin  et  deux  chansons  françaises 
de  Lassus,  rendues  par  les  Chanteurs  avec  le 
soin  habituel. 

La  seconde  cantate  de  Bach,  A  lies  wie  Got- 
ies  willen,  comprend  un  chœur  initial,  un  air 
d'alto,  qui  nous  a  paru  long  ;  un  air  de  so- 
prano, qu'a  chanté  avec  beaucoup  de  goût 
M"s  Blanc,  accompagnée  par  le  hautbois  de 
M.  Dorel. 

Cette  première  audition  a  été  soulignée  d'un 
succès  complet,  qui  est  du  meilleur  augure 
pour  les  auditions  suivantes.  Souhaitons  que  la 
progression  continue,  à  tous  les  points  de  vue,  et 
qu'on  nous  fasse  entendre  du  Bach  de  plus  en 
plus  accentué,  par  exemple,  Eine  fesie  Bitrg, 
et  surtout  Ich  hatte  viel  Bekiunnierniss,  en 
attendant  la  Passion  selon  Saint-Jean  et  —  qui 
sait — la. Matthaùs-Passion.  M.  R. 


t 

Au  concert  Colonne,  d'importants  fragments 
de  Parsifal  composaient  la  partie  principale  de 
la  séance  de  dimanche.  Hardie  et  louable, 
cette  tentative  s'est  réalisée  de  façon  très  ho- 
norable, autant  pour  M.  Colonne  que  pour  son 
personnel,  quand  on  se  rend  compte  de  l'ex- 
trême difficulté  de  faire  exécuter  de  la  musique 
aussi  compliquée  à  des  musiciens  et  choristes 
peu  habitués  aux  œuvres  de  la  «  troisième  ma- 
nière »  de  Wagner.  Aussi,  des  réserves  sont 
certes  à  faire  concernant  l'interprétation,  qui  a 
péché  surtout  par  un  défaut  de  mise  au  point 
et  par  une  disposition  de  nuances.  Souvent,  de 
la  polyphonie  orchestrale,  on  ne  percevait  que 
les  premiers  violons  et  les  basses,  le  reste  con- 
fus, brouillé.  Dans  la  Marche  sacrée  et  le 
chœur  des  Chevaliers,  manquaient  l'onction,  le 
sentiment  contenu,  le  sens  interne.  Trop  de 
rudesse,  de  lourdeur  même.  En  un  mot,  une 
sorte  de  traduction  aussi  littérale  que  possible, 
sans  l'intime  compréhension  vivifiante.  C'est 
déjà  bien  beau,  il  est  vrai,  de  mener  à  bonne 
fin  pareille  entreprise,  et  M.  Colonne  a  droit 
aux  plus  sincères  éloges. 

La  scène  des  Filles-Fleurs,  malgré  une  cer- 
taine confusion  bien  compréhensible,  a  mieux 
marché,  à  notre  avis,  a  serré  de  plus  près  l'ac- 
cent de  vérité  indispensable.  M.  Engel-Parsifal 
et  le  groupe  des  Filles-Fleurs,  —  signalons 
Mils  Remacle,  — •  se  sont  bien  tirés  de  leurs 
parties  périlleuses.  M.   R. 


^m^Mmû^'^mt%'^mmmtJ&&tmtmtm&&&ém&t 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

La  Société  d'art  fait  large  place  aux  jeunes, 
et  on  ne  peut  que  l'en  féliciter.  Les  débuts 
de  ta  carrière  musicale  sont  si  ardus  que  nous 
devons  tous  aplanir  la  route  à  ceux  qui  s'y 
destinent.  C'est  ainsi  que,  le  dimanche  14  jan- 
vier, elle  faisait  entendre  les  œuvres  de  M.  L. 
Boelmann,  avec  le  concours  de  jeunes  artistes, 
doués  d'un  réel  talent.  Il  suffit  de  citer  les 
noms  de  M"<^  Vormèse,  violoniste,  Barrière, 
pianiste,  MM.  Carcanade,  violoncelliste,  et 
Monteux,  altiste.  Il  est  jeune  également 
M.  Léon  Boelmann,  et  il  donne  de  belles  espé- 


rances.— Sorti  de  l'école  Niedermeyer,  comme 
G.  Fauré  et  Messager,  élève  de  M.  Gigout,  il 
est,  avant  tout,  mélodiste  ;  ce  qui  ne  veut  pas 
dire  qu'il  ne  possède  pas  fort  bien  son  métier. 
Son  quatuor  pour  piano,  violon,  alto  et  vio- 
loncelle en  est  une  preuve.  Cette  composition, 
qui  est  une  des  premières  sorties  de  sa  plume, 
dénote  déjà  des  tendances  que  l'on  ne  saurait 
trop  encourager.  Le  faire  rappelle  tout  à  la  fois 
Mendelssohn  et  Rubinstein  ;  mais  cette  assi- 
milation n'exclut  pas  la  personnalité.  Des  trois 
parties,  c'est  la  dernière  qui  nous  a  le  moins 
plu  ;  le  thème  principal  manque  de  distinc- 
tion. Le  grand  succès  a  été  pour  un  fort  joli 


82 


LE  GUIDE  MUSICAL 


lied  :  Ma  bien  aimée,  supérieurement  dit  par 
M.  Warmbrodt.  Le  programme  contenait,  en 
outre,  les  variations  symphoniques  pour  vio- 
loncelle et  piano  (M.  Carcanade  et  l'auteur), 
une  fantaisie  sur  des  airs  hongrois  pour  violon 
(Mlle  Vormèse)  et  un  trio  pour  piano,  violon  et 
violoncelle,  qui  est  supérieur  au  quatuor. 

Dans  la  réception  donnée  récemment  par 
M™=  la  baronne  Caruel  de  Saint-Martin,  l'émi- 
nent  violoniste,  M.  Maurin,  a  admirablement 
joué  avec  la  princesse  A.  Bibesco  la  sonate  en 
Mi?  mineur  de  Beethoven,  pour  piano  et  violon. 

H.  I. 

M.  Léon  Leleu  a  commencé,  le  12  janvier,  à 
la  salle  de  la  Société  de  géographie,  184,  bou- 
levard Saint-Germain,  un  cours  sur  «  l'histoire 
générale  de  la  musique  » ,  qu'il  poursuivra  tous 
les  vendredis  à  4  heures.  Il  commencera  par 
caractériser  la  musique,  en  ses  modes  divers, 
dans  les  civilisations  primitives  de  l'Inde,  de 
l'Egypte  et  de  la  Grèce  pour  mener  son  déve- 
loppement jusqu'à  nos  jours.  Tout  le  monde 
connaît  de  réputation  le  magnifique  cours,  si 
approfondi,  si  solide  et  si  brillant  à  la  fois  que 
M.  Bourgault-Ducoudray  donne  tous  les  ans 
au  Conservatoire,  Mais,  outre  que  la  salle  est 
petite,  on  n'y  entre  que  par  faveur,  car  ces 
leçons  sont  spécialement  destinées  aux  élèves 
de  l'Académie  de  musique.  Un  cours  d'un  pro- 
gramme plus  général,  s'adressant  particulière- 
ment aux  laïques,  surtout  aux  jeunes  gens  et 
aux  jeunes  filles  qui  font  de  la  musique  pour 
leur  plaisir,  répond  à  un  besoin  réel  du  public, 
aujourd'hui  où  le  goût  des  concerts  historiques 
se  répand  à  Paris. 

Une  cinquantaine  de  personnes  assistaient  à 
la  première  et  intéressante  leçon  de  M.  Leleu. 
Nous  souhaitons  à  son  entreprise  courageuse 
un  succès  mérité. 

Nous  avons  annoncé,  il  y  a  quelques  mois, 
la  fondation  de  l'Association  des  concerts  de 
l'Ecole  moderne,  sous  la  présidence  et  la  direc- 
tion de  M.  Charles  Lamoureux,  par  MM.  Emile 
Bernard,  Bourgault-Ducoudray,  Emmanuel 
Chabrier,  Ernest  Chausson,  Camille  Chevil- 
lard,  Benjamin  Godard,  Georges  Huë,  Vincent 
d'Indy,  Fernand  Le  Borne,  Xavier  Leroux, 
Georges  Marty,  André  Messager  et  Charles- 
Marie  Widor.  Cette  association,  dont  le  but  est 
de  réaliser  pour  la  musique  symphonique  ce 
que  le  Théâtre-Libre  fait  pour  l'art  dramatique, 
donnera,  cette  année,  cinq  grands  concerts  con- 


sacrés uniquement  à  l'exécution  d'oeuvres  nou- 
velles françaises  et  étrangères  non  encore  jouées 
à  Paris. 

Le  premier  concert  est  fixé  au  mercredi  soir 
28  février  ;  il  sera,  ainsi  que  les  suivants,  dirigé 
par  M.  Lamoureux.  Plusieurs  artistes  virtuoses 
et  chanteurs  aimés  du  public  ont  déjà  traité 
avec  l'association  pour  ces  concerts,  qui  auront 
lieu  par  abonnement. 

Les  abonnements  seront  reçus  chez  MM.  Du- 
rand et  fils,  éditeurs  de  musique,  4,  place  de  la 
Madeleine. 


A  la  représentation  du  samedi  i3  janvier, 
M.  Renaud,  indisposé,  n'a  pu  remplir  son  rôle 
dans  Gwendoliiie.  Il  a  été  remplacé  au  pied 
levé  par  M.  Noté,  qui  a  obtenu  le  plus  brillant 
succès,  et  dont  la  presse  parisienne  fait  le  plus 
chaleureux  éloge. 

M.  Eugène  d'Harcourt,  fondateur  et  direc- 
teur des  Concerts  symphoniques  qui  portent 
son  nom,  travaille  à  la  composition  d'un  drame 
lyrique,  dont  le  sujet  a  été  inspiré  par  les  cir- 
constances poétiques  et  tragiques  du  règne  de 
Louis  II,  roi  de  Bavière. 


Comme  l'an  dernier,  M.  Lamoureux  organise 
quatre  concerts  (hors  série),  qui  auront  lieu  le 
jeudi  après  midi,  avec  le  concours  de  pianistes 
en  renom. 

T 

Comme  quoi  la  concurrence  a  du  bon.  On  a 
fort  remarqué  qu'à  l'annonce  de  l'exécution  de 
fragments  dePar5?/a/aux  concerts  du  Châtelet, 
M.  Lamoureux,  dont  les  affiches  sont  toujours 
fort  discrètes  et  concises,  a  fait  suivre  l'énoncé 
de  son  dernier  programme  d'une  note  qu'il  a 
prié  les  journaux  de  reproduire  :  «  Prochaine- 
ment, audition  aux  Concerts  Lamoureux,  d'im- 
portants fragments  de  Parsifal  «. 

Tant  mieux,  tant  mieux!  abondance  de  frag- 
ments ne  nuit  qu'à  Parsifal.  Et  rien  de  plus 
stimulant  que  ces  rivalités.  L'un  fait  bien, 
l'autre  voudra  faire  mieux. 


Un  festival  Joncières  l'autre  dimanche,  aux 
Concerts  d'Harcourt  ! 

Un  peu  disproportionné,  cet  hommage,  à 
notre  avis. On  y  a  entendu  deux  airs  de  Dimitri, 
de  la  musique  bien  rassise,  du  Gounod  de 
deuxième   mouture,    un  ballet   du    Chevalier 


LE  GUIDE  MUSICAL 


83 


Jean,  soigneuse  collection  de  clichés,  de  rosa- 
iies,  de  formules  désuètes,  du  Delibes  départe- 
mental, et  une  Marche  franque,  bouffie,  pon- 
cive,  toc. 

En  un  mot,  musique  non  nécessaire,  inten- 
sément, et  dont  l'indigence  relèverait  de 
1'  «  Assistance  publique  pour  les  pauvres  non 
honteux  »,  s'il  y  en  avait  une;  car  si  chacun  ne 
peut  produire  de  chefs-d'œuvre,  personne  n'est 
obligé  de  prouver  avec  éclat  la  modestie  de  ses 
ressources  musicales.  M.  R. 


BRUXELLES 

Brelan  de  concerts  et  d'auditions,  cette 
semaine;  de  quoi  décourager  l'amateur  le  plus 
énergique.  A  la  salle  Katto,  vendredi  12  jan- 
vier, l'audition  organisée  par  M.  Van  Cromp- 
hout,  qui  a  joué  des  œuvres  pour  piano  de 
Schumann, Chopin, Schubert, et  avec  M"<=Louisa 
Merck.,  la  studieuse  et  intéressante  pianiste, 
l'andante  et  variations  pour  deux  pianos  de 
Schumann. 

M'i'=  Jeanne  Merck  a  chanté  d'une  jolie  voix 
de  soprano  des  mélodies  de  M.  Van  Cromp- 
hout.  Œuvres  non  sans  charme,  qui  ont  gagné 
une  plus-value  par  l'exécution  délicate  de 
M"=  Merck.  M.  Lerminiaux  a  exécuté  des 
œuvrettes  pour  violon  et  piano  de  M.  Van 
Cromphout.  On  aurait  pu  l&s  jouer  d'une  ma- 
nière plus  distinguée.  Il  y  avait  aussi  une  so- 
nate (n°  VII)  de  Beethoven,  pour  piano  et 
violon...  mais  n'insistons  pas. 

A  la  Bourse,  dimanche  après-midi,  concert 
de  Bruxelles-Attractions.  On  y  a  entendu  la 
musique  du  i"  guides,  dirigée  par  M.  J.  Simar. 
Au  programme,  l'ouverture  à'Egmomt  et  des 
fragments  de  la  Pastorale  de  Beethoven,  la 
Marche  funèbre  de  Chopin,  peu  de  circons- 
tance, mais  enfin  !  et  l'octuor  de  Beethoven 
pour  instruments  à  vent.  Comme  solistes, 
M"'"  Cossira,  qui  a  chanté  des  airs  du  Trouvère 
(une  œuvre  d'hier),  du  Prophète  et  de  Carmen; 
M.  Moyaerts,  qui  a  chanté  l'air  de  la  Jolie  fille 
de  Perth. 

A  la  salle  des  Ingénieurs,  jeudi,  concert  de 
l'Octuor  vocal  belge.  En  sérieux  progrès,  la 
phalange  de  M.  Beauvais.  Le  programme, 
très  chargé,  comprenait  des  chansons  françaises 
et  flamandes  des  xv^,  xvii=  et  xvin'=  siècles. 
Parmi  les  plus  jolies  et  les  mieux  exécutées,  il 
convient  de  citer  :  Si  douce  chanson  Haluin 
chantait,  déjà,  entendue  l'an  passé  ;  C'était  une 


nuit  où  l'étoile  luit,  et  une  chanson  flamande 
du  xviii^  siècle. 

Or,  dans  la  nuit 

Bergers  veillent  sans  bruit. 

A  noter  aussi  trois  noëls,  harmonisés  par 
M.  Gevaert,  déjà  exécutés  lois  du  cortège  de 
l'Agriculture  et  dont  la  répétition  a  fait  plaisir. 

Comme  intermède,  M"'°  Everaers  a  touché 
l'érard  et  joué  avec  beaucoup  de  charme  des 
œuvres  de  Couperin,  Rameau,  Gluck,  Haendel; 
M.  Angenot  a  joué  la  i^o //a,  variations  sérieuses 
pour  violon  de  Corelli  (i653). 

La  séance  s'est  terminée  par  la  première 
exécution  de  la  Chanson  de  ma  mie  de  L.Jou- 
ret,  un  petit  chœur  de  facture  originale  et  dis- 
tinguée ;  l'exécution  de  deux  chansons  de  la 
Basse- Bretagne  et  d'intéressants  fragments  de 
mélodies  grecques,  harmonisés  par  M.  Bour- 
gault-Ducoudray. 

En  somme,  séance  intéressante  et  qui  rem- 
place avantageusement  les  anciens  concerts 
Huysmans. 

Encore,  cette  semaine,  un  piano-récital  de 
M"<=  Menckmeyerà  la  Grande- Harmonie  ;  une 
parti  ;  de  concert  au  théâtre  Molière,  où  on  a 
entendu  M"e  Rachel  Neyt,  M.  Lerminiaux  et 
les  chœurs  du  Cercle  Tilman,  dirigé  par  M.  P. 
Carpay  ;  à  la  «  Maison  du  Peuple  »  (section 
d'art),  une  conférence  de  M.  Wilmotte,  profes- 
seur à  l'Université  de  Liège, sur  la  Chanson  de 
Renaud,  et  exécution  de  ladite  chanson  par 
M"^  E.  Bousman.  Il  y  a  encore  eu  d'autres 
auditions,  et  l'on  en  annonce  encore  ;  du  pain 
sur  la  planche  1  Gaudeamus  igitur  !    N.  L. 

La  séance  inaugurale  de  l'auditoire  du  groupe 
ésotérique  de  Bruxelles,  dans  la  grande  salle 
de  l'hôtel  Ravenstein,  avait  attiré  un  public 
extrêmement  nombreux.  On  s'attendait  à  des 
révélations,  à  des  mystères  dévoilés  ;  mais  on 
n'a  eu  ni  les  unes  ni  les  autres.  Simple  audition 
au  piano  à  quatre  mains  (!)  de  fragments  d'œu- 
vres  de  Wagner,  agrémentée  d'une  conférence 
de  M.  du  Chastaing  sur  l'ésotérisme  dans  l'œu- 
vre du  maître.  L'orateur  des  Kyniris  s'est  atta- 
ché à  montrer  en  Wagner  l'artiste  qui  s'élève 
à  l'intuition  des  plus  hautes  vérités  humaines 
et  dont  l'œuvre  dégage  le  principe  même  de 
la  vie  supérieure,  l'amour,  loi  suprême  du 
inonde.  Dans  cette  causerie,  où  les  noms  de 
Pascal  et  de  Platon  se  sont  familièrement 
associés  à  celui  du  maître  de  Bayreuth,  M.  du 
Chastaing  a  eu  des  aperçus  ingénieux  et 
d'heureux  rapprochements.  Il  a  montré  dans 
Lohengrin  la  loi  d'amour  trangressée  par  un 


84 


LE  GUIDE  MUSICAL 


vain  caprice  féminin;  dans  Tm/a«,  les  martyrs 
de  la  passion  s'élevant  à  l'aspiration  vers 
l'amour  divin  ;  dans  Siegfried  et  Briinnhilde, 
l'amour  divin  se  sacrifiant  et  élevant  à  lui  le 
héros  inconstant  et  fougueux  ;  dans  Parsifal, 
enfin  l'amou  r  divin  dans  sa  suprême  incarnation , 
dictant  au  monde  la  loi  de  la  pitié  et  de  la  foi 
qui  conduisent  à  la  Rédemption.  On  a  écouté 
avec  une  attention  soutenue  et  sympathique  cet 
exposé,  qui  a  pu  paraître  doctrinal,  mais  qui  n'en 
est  pas  moins  une  interprétation  exacte  de 
l'idéalisme  très  caractérisé  de  l'œuvre  du  poète 
de  Bayreuth. 

La  Flandre  bruxelloise  était  venue  en  masse 
dimanche  à  la  reprise  de  Charlotie  Corday  au 
Théâtre-Flamand.  Le  drame  de  Van  der  Ven  et 
Peter  Benoit  a  retrouvé  le  succès  de  l'année 
passée;  il  est,  du  reste,  mieux  mis  au  point.  M"'= 
Cuypers  personnifie  merveilleusement  l'héroïne 
de  1793.  Sa  beauté  caractéristique,  son  verbe 
pur  et  accentué,  son  geste  énergique  réalisent 
une  Charlotte  Corday  très  impressionnante. 
M.  Hendrickx  père,  a  mis  dans  son  Marat  plus 
de  sobriété  que  l'an  dernier.  M.  Hendrickx  fils 
et  les  autres  partenaires  complètent  cette  bonne 
interprétation.  La  partition  de  Peter  Benoit, 
bien  exécutée  par  l'orchestre  de  M.Van  Herzeele, 
a  obtenu  son  succès  légitime  et  accoutumé.  Le 
maître,  auquel  une  ovation  a  été  faite  après  le 
quatrième  acte,  est  venu  saluer  au  bourrelet 
de  sa  loge.  N.  L. 

Trois  artistes  connus  à  Bruxelles,  M"^  E. 
Bousman,  cantatrice,  M.  A.  Blaess,  violoniste, 
et  M.  Janssens,  premier  prix  de  la  classe  de 
piano  de  M.  A.  De  Greef  au  Conservatoire, 
s'en  étaient  allés,  dimanche  dernier,  collaborer 
généreusement  à  un  concert  de  charité  donné 
à  Souvret.  Tous  trois  ont  obtenu  le  plus  franc 
succès,  avec  rappels  et  bis.  M.  Blaess  a  très 
artistement  interprété  la  belle  romance  de  Pop- 
per,  puis  a  déployé  un  mécanisme  superbe  dans 
la  fantaisie  Arlequin,  du  même.M'ie  Bousman, 
l'excellente  cantatrice,  a  fait  valoir,  dans  des  lie- 
der  de  Bemberg,  de  Massenet  et  Huberti,  un 
organe  vraiment  remarquable  et  bien  conduit. 
M.  Janssens,  lui,  a  fait  preuve  d'une  virtuosité 
et  d'une  iougue  extraordinaire  dans  des  mor- 
ceaux de  Schumann,  Grieg  et  Weber  ;  le  finale 
du  Carnaval  de  Venise  a  été  surtout  bien 
enlevé.  Une  société  de  fanfares  de  Courcelles- 
Trieux,  sous  la  direction  de  M.  Bury,  a  ouvert 
et  terminé  le  concert  par  différents  morceaux, 


joués  avec  un  ensemble  remarquable  et  des 
nuances  assez  fines.  On  ne  peut  cependant 
s'empêcher  de  trouver  un  peu  excessive  pour 
un  local  clos  la  sonorité  tonitruante  d'une  telle 
quantité  de  cuivres  !  E.  C. 


Le  quatuor  Ysaye  donnera,  au  Salon  de  la 
Libre  esthétique,  du  i5  février  au  i5  mars, 
quatre  concerts  dont  les  programmes  compren- 
dront quelques-unes  des  plus  belles  œuvres 
classiques  et  un  choix  de  compositions  mo- 
dernes exécutées  en  première  audition  ou 
prises  parmi  celles  qui  ont  valu  à  Paris  un 
grand  succès  à  M.  Ysaye  et  à  ses  partenaires. 


La  classe  des  beaux-arts  de  l'Académie 
royale  de  Belgique  a  procédé,  jeudi,  à  diverses 
élections. 

Dans  la  section  des  lettres  et  sciences  appli- 
quées aux  arts,  elle  a  élu  M.  Florimond  Van 
Duyse,  par  12  voix  contre  10,  membre  corres- 
pondant. 

Comme  associés  étrangers,  l'Académie  a 
choisi  MM.  Ernest  Reyer  remplaçant  Charles 
Gounod,  Eugène  Mtintz,  Herman  Riegel  et 
Louis  Gonse. 

M.  Adolphe  Samuel  a  été  nommé  directeur 
de  la  classe  pour  la  présente  année. 


Le  programme  du  concert  que  viendra 
diriger,  le  dimanche  11  mars,  M.  Siegfried 
Wagner,  avec  le  concours  de  M'if^  Kempees, 
dans  la  salle  du  théâtre  de  l'Alhambra,  et  dont 
nous  avons  déjà  parlé  avec  détails,  est  an  été 
comme  suit  : 

Première  partie  :  i.  Ouverture  de  Vaisseau- 
Fantàme  (R.  Wagner)  ;  2.  a)  Chant  des  anges, 
extrait  de  la  légende  Hânsel  iind  Gretel 
(Humperdinck);  b]  Rêves  (R.  Wagner);  3. 
Tasso,  lamento  e  trionfo  (Liszt). 

Deuxième  partie  :  i .  Ouverture  et  baccha- 
nale de  Tannhœuser  (R.  Wagner);  2.  Sieg- 
fried-Idyll  (R.Wagner);  3.  Tristan  et  Isenlt, 
prélude  et  scène  finale  (R.  Wagner). 

On  s'inscrit  chez  Breitkopf  et  Hsertel,  Mon- 
tagne de  la  Cour,  45,  où  un  plan  de  la  salle 
est  déposé. 

Il  n'y  aura  pas  de  répétition  générale. 

La  recette  du  concert  est  destinée  à  la  l'on- 
dation  R.  Wagner  pour  permettre  aux  artistes 
pauvres  d'assister  aux  représentations  modèles 
de  Bayreuth. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


85 


CORRESPONDANCES 

ANVERS.  —  En  attendant  le  Tannhœuser  et 
le  Vaisseau- Fantôme,  deux  œuvres  dont  il  a 
été  sérieusement  question  au  début  de  la  saison, 
nous  avons  eu  mardi,  au  Théâtre-Royal,  la  Fille  du 
tambour -major. 

C'est  donc  décidément  au  Théâtre  lyrique 
flamand  qu'incombera  la  tâche  de  faire  connaître 
à  notre  public  la  dernière  de  ces  deux  œuvres 
wagnériennes.  Nous  souhaitons  que  l'épreuve 
puisse  réussir. 

Que  dire  de  la  Fille  du  tambour-major  ?  Quelques- 
uns  de  nos  artistes  sont  parvenus  à  s'y  tailler  un 
succès.  M.  Bars,  notre  sympathique  baryton, 
chante  finement  son  rôle,  et  M.  Juteau  reste 
toujours  le  comique  désopilant  que  l'on  connaît. 
Quant  à  M"«  De  Meryanne,  qui  remplit  le  rôle  de 
Claudine,  nous  ne  comprenons  franchement  pas 
le  cas  que  paraissent  en  faire  quelques-uns  de 
nos  journaux.  La  voix  est  faible  et  mal  posée; 
certains  gestes  sont  même  maladroits. 

Au  Théâtre  lyrique  flamand,  on  a  repris  le 
Freischiitz,  au  bénéfice  de  M.  Leysen,  qui  chante 
particulièrement  bien  le  rôle  sympathique  de 
Max. 

Après  avoir  donné  isolément  Tantalus  trois  fois, 
voici  que  le  drame  lyrique  a  redonné  Pelops, 
jeudi,  et  annonce  Tantalus  pour  la  semaine  pro- 
chaine. De  la  sorte,  les  admirateurs  de  l'œuvre 
tch  ;que  pourront  écouter,  à  peu  de  distance,  les 
deux  premières  parties  de  la  tétralogie  de  Fibich. 

La  semaine  prochaine,  mardi  ou  jeudi,  au 
Théâtre-Royal,  première  représentation  d'Amour 
de  fée,  le  nouveau  ballet  dont  M.  Emile  Agniez  a 
écrit  la  musique,  sur  un  scénario  de  M"'"  A, 
Gedda.  A.  W. 


BEF'LIN.  —  L'Opéra  étudie  très  activement 
les  Medici  de  Leoncavallo.  Le  compositeur 
italien  est  arrivé  dernièrement  à  Berlin,  pour 
assister  aux  dernières  répétitions.  Le  capellmeis- 
ter  Sucher  dirigera  la  «  première  »  de  cet  opéra, 
fixée  au  20  janvier. 

La  critique  berlinoise  dit  grand  bien  d'un  jeune 
violoniste  hongrois,  de  treize  ans,  Louis  Pecskai. 
Il  ne  s'agit  pas  seulement  d'un  enfant  prodige, 
mais  bien  d'un  artiste  de  grand  talent;  quel- 
ques-uns voient  en  lui  un  futur  Joachim.  TTant 
mieux  ! 

Aux  Concerts  populaires  de  la  Philharmonie, 
Mansteadt  a  dirigé  les  ouvertures  d'Egmoni,  112 
de  Tschaïkowsky,  une  œuvre  à  effet,  qui  n'a 
d'autre  mérite  que  d'offrir  une  nouvelle  harmoni- 
sation à  la  Marseillaise;  celles  des  Ruines  d'Athènes^ 
de  Manfred,  du  Tannkmiser,  de  Léonore  et  deRiemi; 
les  symp'nonies  en  li  de  Beethoven  et  en  si  de 
Schubert;    le  finale   du   Rheingold,  le  Preislied  des 


Meisiersinger,  le  scherzo  de  la  Fée  Mab  de  Berlioz, 
la  suite  Peer  Gynt  (II)  de  Grieg  et  la  Danse  macabre 
de  Saint-Saëns,  qui  est  toujours  l'auteur  français 
le  plus  joué  en  Allemagne. 

Le  Philharmonische-Chor  (direction  Siegfried 
Ochs)  a  donné  son  second  concert.  Eugène  d'Al- 
bert a  dirigé  (pas  un  beau  chef!)  sa  nouvelle  can- 
tate der  Mensch  und  das  Leben .  La  musique,  qui  sert 
de  près  le  texte  pessimiste  de  Ludwig,  n'offre  rien 
de  bien  nouveau.  L'œuvre,  bien  instrumentée, 
contient  du  Parsifal  et  surtout  du  Brahms. 

Plus  intéressants  étaient  les  quatre  morceaux 
pour  chant  et  orchestre  de  M.  Hugo  Wolff,  jeune 
compositeur  viennois.  1^' Anacréotts-Grab  de  Gœthe 
et  le  Feuerreiter  de  Shakespeare,  particulièrement 
réussis. 

Le  majestueux  Te  Deum  d'Anton  Bruckner  ter- 
minait le  concert.  L'œuvre,  plutôt  homophone  que 
polyphone,  étonne  de  la  part  du  grand  contra- 
puntiste. 

Weingartner  n'a  pas  encore  dirigé  le  dernier 
concert  de  la  chapelle  royale.  Le  docteur  Muck 
l'a  remplacé,  et  toujours  avec  succès,  il  faut 
l'avouer.  La  symphonie  en  mi  majeur  d'Anton 
Bruckner  était  le  principal  attrait  de  ce  concert. 
L'orchestre  l'a  exécutée  supérieurement,  aussi 
l'auteur,  présent,  l'a-t-il  applaudi  !  Le  public,  assez 
froid  après  les  deux  premières  parties,  s'est  mon- 
tré enthousiaste  pour  le  scherzo  et  le  finale,  finale 
qui,  malgré  son  beau  thème  Iristanesque,  est 
cependant  la  partie  la  plus  faible.  L'adagio  est 
beethovénien  ;  son  premier  thème  se  retrouve 
dans  la  péroraison  du  Te  Deum  du  même  auteur. 
En  somme,  cette  symphonie  est  bien  l'œuvre  capi- 
tale de  Bruckner,  tout  en  n'étant  pas  exempte  des 
défauts  de  ses  sœurs;  il  y  a  des  longueurs,  puis 
l'auteur  abuse  des  thèmes  provenant  de  la  décom- 
position d'accords  parfaits  et  de  leurs  renverse- 
ments, et  ils  perdent  très  souvent  en  e.\pres- 
sion. 

L'ouverture  de  la  Belle  Mélusine  de  Mendelssohn, 
la  symphonie  Jupiter  de  Mozart  et  la  sérénade  en 
ut  pour  cordes  de  Haydn  étaient  aussi  au  pro- 
gramme. La  sérénade  de  Haydn,  un  véritable 
Watteau,  a  été  bissée. 

Vous  apprendrez  avec  plaisir  que  M.Weinga rtner 
est  complètement  remis  de  sa  grave  indisposition. 
Il  dirigera,  le  23,  le  prochain  concert  de  l'Opéra. 
Au  programme,  deux  nouveautés  ;  une  symphonie 
en  si  bémol  de  Schubert  et  une  fantaisie  de 
Glinka  ;  puis,  les  ouvertures  d'Euryanthe  et  de 
Léonore  et  la  huitième  symphonie  en  fa  de  Bee- 
thoven. E.  B. 

DRESDE.  —  Depuis  la  retraite  du  ténor 
Riese,  on  n'avait  plus  donné  i'Armide.  Elle 
nous  est  apparue,  mardi  dernier,  sous  les  traits  de 
M"'"  Malten,  admirable  dans  ce  rôle  qui  fait  valoir 
ses  qualités  puissantes.  M.  Anthes,  qui  lui  donnait 
la    réplique,   est    un    aimable    Renaud .    Il    est   â 


86 


LE  GUiDE  MUSICAL 


regretter  que  la  direction  du  Hoftheater  ne  réserve 
pas  exclusivement  à  notre  jeune  ténor  les  parties 
qui  conviennent  à  sa  voix  fine  et  à  son  jeu  délicat. 
Ces  jours  passés,  on  annonçait  les  débuts  d'un 
fort  ténor,  —  une  trouvaille!  —  Entretemp-, 
Berlin  s'est  empressé  de  l'engager.  Les  représen- 
tations promises  à  Dresde  auront  lieu,  mais  si  le 
chanteur  a  du  succès,  il  ne  restera  que  le  regret  de 
se  l'être  laissé  enlever. 

M.  le  comte  Seebach  vient  d'être  nommé  inten- 
dant du  Théâtre- Roy  al;  il  entrera  en  fonctions  à 
mesure  que  le  vénérable  intendant  actuel,  M.  le 
Geheimrath  Baer,  s'en  démettra. 

Au  deuxième  concert  de  l'orchestre  Nicodé,  on 
a  entendu  le  pianiste  Sauer,  très  goûté  en  Hongrie 
et  en  Roumanie.  Afin  que  les  billets  de  faveur 
n'emplissent  point  la  salle,  M.  Nicodé  a  jugé  plus 
sage  de  les  distribuer  lui-même,  à  son  domicile. 
Cette  invitation  dispense  la  critique  française  de 
tout  compte  rendu.  Alton. 


LA   HAYK.   —   Preimière  représentation  de 
Phryné,  opéra  comique  en  deux  actes,  poème 
d'Augé  de  Lassus,  musique  de  Saint-Saëns. 

M.  Mertens  a  fait  représenter  le  dernier  ouvrage 
du  maître  français  à  La  Haye,  et,  bien  que  nous 
eussions  préféré  qu'il  ne  nous  etit  pas  fait 
entendre  deux  opéras  nouveaux  du  même  auteur, 
nous  avons  été  sincèrement  ravi  en  écoutant 
cette  partition  si  spirituelle,  si  finement  ciselée, 
quijtout  en  étant  d'un  cadre  tout  à  fait  différent  de 
Samson  et  Dalila,  d'une  valeur  beaucoup  plus 
modeste,  n'en  trahit  pas  moins  d'un  bout  à  l'autre 
la  main  du  maître.  Tout  en  accusant  absolument 
la  couleur  et  le  cadre  de  l'opéra  comique,  la 
légèreté  traditionnelle  de  l'opéra  comique  fran- 
çais n"y  règne  plus,  le  public  ne  peut  pas  en 
chanter  les  motifs  en  sortant  du  théâtre  après  une 
première  audition,  l'orchestre  y  joue  un  rôle  prin- 
cipal, le  travail  polyphonique  y  abonde,  le 
maître  français  n'y  fait  aucune  concession  au  gros 
public,  et,  à  part,  le  trio  ravissant  du  second  acte, 
qui  a  été  bissé,  Phryné  a  été  accueilli  par  le 
public  de  La  Haye  avec  une  réserve  extrême.  En 
revanche,  les  artistes,  les  initiés  ont  été  sincère- 
ment charmés,  et,  quoique  la  musique  de  Saint- 
Saëns  nous  ait  paru  un  peu  lourde  pour  le  poème 
bouffe,  frisant  l'opérette,  de  M.  de  Lassus,  sa 
partition  est  extrêmement  intéressante,  d'une 
grande  originalité  de  forme  et  de  contexture, 
conciliant  la  facture  moderne  avec  la  couleur  ar- 
chaïque, parsemée  de  tours  de  force  polyphoniques 
et  admirablement  orchestrée.  On  doit  remercier 
l'éminent  directeur  du  Théâtre  de  La  Haye  de 
nous  avoir  fait  entendre  cette  partition,  et  le  féli- 
citer sincèrement  d'en  avoir  donné  une  exécution 
aussi  bien  réussie,  car  l'orchestre  s\irtout,  dirigé 
par  M.  Mertens  lui-même,  s'est  vraiment  distin-  ' 
gué.  Nous  n'en  dirons  pas  autant  des  chœurs,  qui 
ont  laissé  beaucoup  à  désirer,  La  jolie  M""^  Vail- 


lant-Couturier (Phryné),  qu'on  aime  toujours 
voir,  a  chanté  sa  partie  avec  goût,  tout  en  mar 
quant  souvent  d'énergie,  et  elle  a  fort  bien  dit  le 
jolis  vers  de  M.  de  Lassus.  Je  n'en  dirai  pa 
autant  de  Samaty  (Nicias),  dont  la  voix  charmant 
fait  toujours  plaisir,  mais  qui  a  laissé  à  désire 
comme  comédien,  et  qui  ne  sait  pas  récite 
les  vers.  M.  Adam  s'est  bien  acquitté  de  so; 
petit  rôle  de  Lampito,  mais  M.  Barbe  (Dicéphile 
n'est  pas  l'artiste  de  nos  rêves, ni  comme  chanteur 
ni  comme  acteur. 

M.  Mertens  nous  promet  bientôt  la  premièn 
des  Pagliacci  de  Leoncavallo,  ainsi  que  le  Tanv 
hauser  de  Wagner.  Si  M.  Mertens  voulait  auss 
monter  Orphée,  ce  chef-d'œuvre  de  Gluck,  avec 
M™""'  Andral  et  Barety,ce  serait,  je  crois,  une  heu- 
reuse inspiration  dont  le  public,  autant  à  La  Hayt 
qu'à  Amsterdam,  lui  saurait  gré.  Nous  regretton: 
aussi  qu'il  ne  soit  plus  question  du  Djamikh  df 
Bizet. 

A  Amsterdam,  les  dernières  semaines  n'ont  paj 
offert  un  bien  grand  intérêt  musical.  Nous  avon: 
eu  au  Concertgebauw  deux  concerts  avec  solistes  : 
d'abord  le  pianiste-compositeur  d'Albert  et  sa 
femme,  Teresa  Carreno  ;  puis  une  chanteuse  de 
Breslau,  M""  Pluddeman,  et  le  violoncelliste 
néerlandais  Antoine  Hekking.  D'Albert  et  sa 
femme  sont  deux  pianistes  gigantesques,  et  ce  sont 
surtout  les  variations  pour  deux  pianos  de  Sin- 
ding  qui  ont  émerveillé  le  nombreux  auditoire. 
M""  Carreno  a  joué  un  concerto  d'Albert  avec  une 
maestria  peu  ordinaire  et  une  énergie  toute  mas- 
culine, mais  la  note  du  cœur  fait  défaut;  de  ce 
côté,  son  mari  est  mieux  doué,  ce  que  l'on  peut 
apprécier  surtout  qua»d  il  joue  du  Chopin.  Comme 
compositeur,  d'Albert  nous  parait  avoir  de  l'ave- 
nir ;  son  concerto  surtout  est  intéressant,  mais 
nous  aimons  moins  l'ouverture  d'Esther,  jouée 
sous  sa  direction. 

Le  violoncelliste  Hekking,  sans  égaler  ni  Pop- 
per  ni  Hugo  Becker,  est  un  artiste  de  talent,  qui  a 
eu  beaucoup  de  succès  et  a  été  vivement  applaudi. 
Pendant  quelque  temps,  il  avait  fait  partie  de 
l'orchestre  philharmonique  et  de  l'orchestre  Bilse, 
à  Berlin.  Quant  à  la  chanteuse.  M""  Pluddeman, 
elle  n'a  pas  pu  nous  enthousiasmer. 

L'orchestre  de  Kes  nous  promet  la  symphonie 
de  César  Franck.  Intérim. 

LIEGE.  "  La  troisième  audition  à  laquelle 
nous  conviait,  le  dimanche  14  janvier, 
l'infatigable  directeur  de  notre  Conservatoire 
royal,  offrait  un  très  vif  intérêt  de  curiosité. 

Il  s'agissait  surtout  de  l'exécution  d'un  épisode 
dramatique  en  deux  tableaux  :  Chactas,  d'après 
Chateaubriand,  —  de  J.  Sauvenière  pour  les 
paroles,  et  de  D.  Paque  pour  la  musique. 

M.  J.  Sauvenière  est  déjà  avantageusement 
coté,  tant  par  ses  succès  officiels  que  par  l'accueil 
qu'ont  obtenu  ses  productions  lyriques  auprès  de 
nombreux  compositeurs. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


87 


Les  deux  tableaux  que  comporte  sa  nouvelle 
œuvre  sont  habilement  disposés,  et  la  succession 
des  chœurs  qui  ouvrent,  encadrent  et  terminent 
l'épisode  dramatique  des  amours  infortunées 
d'Atala  et  de  Chactas  sont  amenés  de  saisisante 
façon. 

Les  strophes  très  rythmiques  qui  expriment 
la  passion  irrésistible  des  deux  amants,  puis  le 
déchirement  de  leurs  âmes,  au  cruel  dénouement 
d'une  félicité  en  vain  poursuivie,  tout  cet  émou- 
vant ensemble  enfin,  a  inspiré  le  jeune  musicien 
avec  vérité,  force,  éclat. 

M.  D.  Paque,  brillant  lauréat  de  notre  Conser- 
vatoire, élève  laborieux  de  M.  Ch.  Radoux,  pour 
la  composition,  devenu  depuis  habile  professeur, 
est  doué,  tout  d'abord  —  il  l'avait  prouvé  déjà  en 
des  visées  moins  hautes,  —  des  dons  précieux  de 
l'inspiration.  Dans  la  partition  qui  vient  d'obtenir 
une  sérieuse  et  vive  approbation,  M.  Paque 
révèle  un  presque  complet  acquis  de  la  technique 
et  de  la  polyphonie  modernes.  La  place  nous  fait 
défaut  pour  analyser  Chactas,  qui  est  mieux  qu'une 
promesse,  et  nous  avons  foi  en  l'œuvre  nourelle 
que  l'on  annonce  devoir  paraître  bientôt  de  ce  stu- 
dieux et  viril  artiste,  de  cet  excellent  musicien,  qui 
ne  craint  plus  de  s'affirmer  résolument  dans  les 
voies  d'un  art  tout  de  volonté  et  de  conviction. 

M.  Paque  avait  trouvé  de  gros  éléments  de  suc- 
cès en  son  collègue  M.  L.  Charlier,  qui  condui- 
sait, avec  habileté,  un  tout  jeune  orchestre,  et  en 
les  dévoués  et  infatigables  chanteurs  M.  E.  For- 
geur  et  M"''  M.  Lignière,  qui  s'attaquaient  aux 
rôles  très  éclatants  et  de  difficile  intonation  de 
cette  remarquable  musique. 

Au  début  de  la  séance,  le  trio  pour  piano, 
violon  et  cor  (op.  40),  de  Brahms,  de  profonde 
mélancolie  d'abord,  s'éclairant  ensuite  de  tout  un 
monde  de  sensations  douces,  enveloppantes,  puis 
des  fortes  et  pénétrantes  inspirations  du  maître. 
MM.  les  professeurs  O.  Dossin,  F.  Duyzings, 
M.  Lejeune,  qui  s'attachaient  à  rendre,  de  tout 
leur  pouvoir,  l'œuvre  complexe  du  grand  sympho- 
niste, n'y  ont  pas  peu  réussi.  La  gracieuse  et 
piquante  sonate  de  G.  Fauré  (op.  12J  pour  piano 
et  violon,  devait  se  ressentir  de  ce  terrible  voisi- 
nage malgré  les  soins  soucieux  des  deux  premiers 
habiles  exécutants,  ci-dessus  félicités. 

Remarqué  aussi  la  première  partie,  FeuxfolMs, 
du  poème  symphonique  pour  flûte  et  orchestre  de 
Peter  Benoit,  très  habilement  nuancée  et  enlevée 
par  M.  H.  Mativa,  brillant  lauréat  de  notre  Con- 
servatoire. A.  B.  O 
(Autre  correspondance.) 

Au  Théâtre-Royal,  Galathée,  avec  d'admirables 
anachronismes  de  décors  et  de  costumes  ;  à  la 
confection  de  ceux-ci,  préside  l'éclectisme  le  plus 
serein  :  le  grec,  le  germanique,  le  chinois  se  trou- 
vent réunis  dans  une  charmante  promiscuité.  A 
moins  d'être  un  grincheux,  tout  ce  qu'on  peut  de- 
mander aux  artistes,  c'est  d'être  propres,  n'est-ce 
pas?  —  Puis,   nous  avons   eu  Carmen,    avec   une 


héroïne  qui  paraissait  sur  le  point  de  fournir  un 
nouveau  citoyen  à  la  patrie  Puis,  encore  les  Hu- 
guenots, dont  les  beaux  seigneurs  ressemblaient 
bien  un  peu  les  uns  à  des  garçons  coiffeurs,  les 
autres  à  des  épiciers...  Comment!  Çà  ne  serait  pas 
de  l'art,  et  du  grand?  Au  moins,  n'allez  pas  le  dire 
devant  les  «  vieux  abonnés  !»  Il  y  aurait  dan- 
ger à  vouloir  arracher  des  idées  vissées  depuis 
si  longtemps  dans  leurs  cervelles.  A  ce  propos, 
j'allais  l'oublier,  ma  dernière  lettre  a  jeté  une 
inquiétante  perturbation  sous  certains  crânes. 
Pensez  donc  !  Oser  toucher  au  baryton  favori  des 
Liégeoises!  Entendons-nous  :  nous  lui  faisions,  à 
ce  seigneur,  en  le  croquant  beaucoup  d'honneur. 
Caries  autres,  on  n'en  saurait  parler.  En  dépit  des 
critiques,  il  reste  comme  l'aigle  au  milieu  d'une 
troupe  de  moineaux. 


IILLE.  —  Notre  théâtre  est  enfin  sorti  de 
J  l'agaçante  période  des  débuts,  et  nous  avons 
maintenant  une  troupe  lyrique  convenable,  que 
la  direction  renforce  encore,  quand  c'est  néces- 
saire,   d'artistes   en  représentations. 

Il  faut  espérer  que  nous  serons  débarrassés  en 
même  temps  des  Mignon,  Faust,  Si  j'étais  roi.  Pos- 
tillon deLongjumeau  et  autres  opéras-rangaines  dont 
ces  insupportables  débuts  sont  le  prétexte. 

Quoi  qu'il  en  soit,  M.  Viguier  vient,  en  quelques 
jours,  de  nous  donner  une  excellente  reprise  du 
Pardon  de  Ploërmel,  qui  n'avait  pas  été  joué  sur 
notre  scène  depuis  une  dizaine  d'années,  et  de 
monter   Werther  de  Massenet. 

Ces  deux  ouvrages,  parfaitement  interprétés, 
ont  été  très  bien  accueillis.  M"'  Berthelli.  notre 
gracieuse  chanteuse  légère,  a  dit  avec  beaucoup 
de  goût  le  rôle  de  Dinorah,  et  MM.  Bérardi  et 
Hyacinthe  se  sont  taillé  tous  deux  un  succès  de 
bon  aloi,  dans  ceuxd'Hoël  et  de  Corentin. 

L'interprétation  de  l'opéra  de  Massenet  a  été, 
dans  son  ensemble,  très  satisfaisante,  et  même,  en 
certaines  parties,  excellente. 

M  Degenne,  à  qui  était  échue  la  part  la  plus 
lourde,  a  été  absolument  remarquable  dans  le 
rôle  écrasant  de  Werther,  dont  il  a  parfaitement 
compris  et  rendu  les  côtés  multiples.  Ill'a  joué  en 
véritable  artiste  et  chanté  avec  la  voix  chaude  et 
la  science    consommée  qu'on  lui  connaît. 

M""  Marcolini,  spécialement  engagée  pour 
jouer  Charlotte,  y  a  été  parfaite  de  touchante  sim- 
plicité, au  premier  acte,  et  de  passion  contenue 
dans  les  suivants,  et  si  elle  a,  à  mon  sens,  un  peu 
trop  dramatisé  le  rôle,  —  s'éloignant  ainsi  de  la 
bonne  et  douce  Lotte  de  Gœthe,  —  la  faute  en 
est  plus  encore  aux  librettistes  et  au  musicien  qu'à 
elle. 

M""  Berthelli  (Sophie\  MM.  Bérardi  (Albert) 
et  Roger  (le  Bailli)  complétaient  un  bon  ensemble. 

Quant  aux  deux  fantoches  d'opérette,  par  les- 
quels on  a  voulu,  sans  doute,  égayer  un  peu 
l'action    et  qui    détonnent   si    fortement,  dans   le 


^ 


LE  GUIDE  MUSICAL 


drame  intime,  par  leur  vulgarité,  j'aime  mieux  n'en 
pas  parler. 

L'orchestre,  bien  stylé  par  son  excelleut  chef, 
M.  Bromet,  s'est  surpassé,  et  a  rendu  avec  beau- 
coup de  soin  les  complexes  et  délicates  nuances 
de  cette  musique  difficile 

On  annonce,  comme  devant  être  joués  avant  la 
fin  de  la  saison,  Benyentdo  Cellini  de  Diaz  et  Samson 
ci  Dalila  de  Saint-Saëns. 

Les  deux  dernières  matinées  des  Concerts  popu- 
laires n'ont  rien  offert  de  particulièrement  intéres- 
sant. 

La  première  comprenait  :  la  symphonie  en 
ré  mineur  d'Haydn,  une  étude  symphonique  de 
M.  G.  Pfeiffer,  intitulée  Marine,  très  habilement 
instrumentée  et  qui,  autant  qu'on  en  peut  juger  à 
une  première  audition,  m'a  paru  contenir  quel- 
ques parties  remarquables;  une  suite  d'orchestre 
de  M.  F.  Lecocq,  professeur  d'harmonie  à  notre 
Conservatoire,  et  la  magistrale  ouverture  des 
Maîtres  Chanteurs,  qui  écrasait  de  sa  merveilleuse 
polyphonie  et  de  son  incomparable  sonorité  tous 
les  morceaux  précédents. 

M'^"  Merguillier,  de  l'Opéra-Comique,  qui  y  prê- 
tait son  concours,  a  détaillé  à  ravir  quelques  mor- 
ceaux à  vocalises,  dont  un  seul,  la  Valse  du  Par- 
don, vaut  la  peine  d'être  cité. 

Au  programme  de  la  matinée  de  dimanche 
dernier,  figuraient  :  un  concerto  de  Max  Bruch, 
pour  violon  et  orchestre,  dans  lequel  M.  Geloso  a 
fait  apprécier  ses  admirables  qualités  de  son,  de 
technique  et  de  style  ;  le  concerto  en  la  mineur  de 
Grieg,  pour  piano  et  orchestre,  que  M.  Brugge- 
man,  professeur  à  notre  Conservatoire,  a  rendu 
avec  une  remarquable  intelligence  et  une  élégante 
correction;  la  symphonie  en  si  bémol  de  Schu- 
mann,  dont  l'interprétation,  faute  de  répétitions 
suffisantes,  a  été  assez  terne  et  n'a  pas  fait  res- 
sortir toutes  les  beautés  de  l'œuvre  si  fraîche  et  si 
vivante  du  maître  allemand  ;  une  suite  pour  trom- 
pette et  orchestre  de  M.  Ratez,  qui  n'était  guère  à 
sa  place  dans  un  concert  de  ce  genre  ;  une  canzo- 
netta  pour  instruments  à  cordes  de  Mendelssohn, 
et  la  Marche  héroïque  àe  Saint-Saëns.         E.  M. 

LUXEMBOURG.  —  Dimanche  dernier,  a 
eu  lieu  un  concert  organisé  par  la  Société 
du  Casino  et  dans  lequel  ont  figuré  deux  artistes 
de  Bruxelles,  M""  Milcamps,  cantatrice,  premier 
prix  du  Conservatoire  de  Bruxelles  et  prix  de 
Sa  Majesté  la  Reine  des  Belges,  et  M.  Schoofs, 
violoncelle  solo  du  théâtre  de  la  Monnaie  de 
Bruxelles. 

Le  programme  était  des  plus  attrayants,  et  Son 
Altesse  Royale  le  Grand  Duc  de  Luxembourg 
avait  tenu  à  honneur  d'assister  à  cette  audition 
musicale.  La  grande  salle  des  fêtes  du  Casino 
était  comble,  et  les  fraîches  toilettes  tranchaient 
agréablement  sur  les  quelques  habits  noirs  des 
Messieurs. 


Si  nous  étions  méchants,  nous  dirions  que  la 
présence  du  Grand-Duc  était  pour  quelque  chose 
dans  cette  nombreuse  assistance  féminine.  Mais 
non,  croyons  plutôt  qu'elle  était  due  uniquement 
à  la  musique.  M""  Milcamps  a  chanté  le  grand  air 
de  Smanne  de  Paladilhe,  et  deux  petits  morceaux 
de  genre  auxquels  manquaient  précisément  un 
peu  le  genre.  L'interprétation  était  un  peu  terne  et 
le  soprano  de  M""  Milcamps  n'a  pas  réussi  à  nous 
échauffer;  la  voix  est  belle  et  très  pure,  et  la  dic- 
tion est  soignée,  mais  une  certaine  sécheresse  lui 
enlève  une  grande  partie  de  ses  effets. 

M.  Schoofs,  de  son  côté,  n'a  pas  fait  non  plus 
merveille  par  le  choix  de  ses  morceaux;  c'était  un 
peu  aride,  et  le  motif  de  la  Chanson  napolitaine,  qui 
était  un  peu  saillant,  fut  effacé  par  une  lenteur  de 
rythme  exagérée.  Mais  M.  Schoofs  est  un  artiste 
qui  sait  manier  son  instrument,  et  il  nous  a 
montré,  dans  le  Prélude  de  Popper,  qu'il  sait  le 
faire  chanter  à  l'occasion.  M.  Berens,  professeur 
de  piano  à  Luxembourg  et  ancien  élève  du  Con- 
servatoire de  Liège,  outre  la  tâche  de  l'accom- 
pagnement qu'il  avait  assumée,  nous  a  joué  du 
Liszt  et  du  Chopin.  M.  Berens  n'est  pas  sans  pos- 
séder une  grande  virtuosité  qui  n'est  peut-être  pas 
encore  telle  que  l'exigent  les  deux  susdits  maîtres 
du  piano.  Mais  M.  Berens  charme  toujours  son 
auditoire  par  la  juste  et  la  chaleureirse  expression 
qui  se  dégage  de  son  jeu. 

La  semaine  dernière,  la  troupe  de  Verviers 
nous  a  donné  une  représentation  très  convenable 
de  Lakméj  le  bel  opéra  comique  de  Léo  Delibes. 
La  cantatrice  a  très  bien  dit  la  légende  de  la  Fille 
des  Parias  ;  de  son  côté,  le  ténor,  s'il  n'a  pas  la 
voix  bien  éclatante,  a  fait  son  possible  pour  con- 
tenter le  public.  A  part,  l'orchestre  jouant  avec 
une  incohérence  effroyable,  tout  le  monde  a 
mérité  des  applaudissements. 

Au  deuxième  acte,  les  chanteurs  verviétois  ont 
eu  l'honneur  de  chanter  devant  les  officiers  russes 
qui  étaient  venus  complimenter  notre  Grand  Duc 
à  l'occasion  de  son  5o«  anniversaire  en  qualité  de 
chef  de  leur  régiment  et  auxquels  le  public  luxem- 
bourgeois avait  ménagé  une  petite  manifestation. 


MONTREAL  (Canada).  —  La  première 
troupe  permanente  de  cette  ville  a  été 
formée  l'été  dernier  et  s'est  installée  au  théâtre  de 
l'OpéraFrançais,  où  elle  a  ouvert  sa  saison,  le 
2  octobre,  avec  des  artistes  français.  C'a  été  tout 
un  événement,  et  vous  comprendrez  l'émoi  de  nos 
dilettanti,  lorsque  vous  saurez  que,  jusqu'à  présent, 
nous  n'avions  de  théâtre  français  que  tous  les  six 
ou  sept  ans. 

Cela    doit    paraître     étrange     dans     un    pays 
comme  le  vôtre,  où  toute  petite  ville  possède  son 
théâtre  ;  mais  ici,  on  ne  peut  pas  compter  sur  une 
'  subvention  du  gouvernement.  Et  ce  sont  des  par- 
ticuliers qui   ont    formé   une   compagnie  à  fonds 


■ 


LE  aUIDE  MUSICAL 


social,  laquelle,  au  risque  de  faire  une  perte 
sérieuse,  a  engagé  la  troupe  d'opérette  et  de  co- 
médie établie  au  théâtre  de  l'Opéra. 

Les  principaux  sujets  sont  :  M""  de  Goyon, 
première  chanteuse,  qui  a  remporté  des  succès 
dans  tous  ses  rôles  et  particulièrement  dans  le 
Petit  Duc,  Boccace  et  Madame  Favart;  M""»  Giraud, 
excellente  comédienne,  que  nous  n'avons  malheu- 
reusement vue  que  dans  le  Maître  de  forges(C\a\x&), 
où  elle  s'est  révélée;  M""  Hosdez,  duègne  (opé- 
rette et  comédie),  dont  les  rôles  les  mieux  réussis 
ont  été  la  maltresse  d'école  du  Petit  Duc  et 
M"*"  Bonivard  des  Surprises  du  divorce  ;  M.  Giraud, 
premier  grand  comique  de  comédie  ;  M.  Bisson, 
trial,  premier  grand  comique  d'opérette,  qui  est 
aussi  le  régisseur  général;  M.  ValJy,  ténor  à  la 
voix  puissante,  mais  qu'il  cherche  trop  à  forcer; 
M.  Portalier,  excellent  baryton,  qui  a  remporté 
de  solides  succès  dans  Boccace  (le  tonnelier)  et  dans 
Madame  Favart  (Favart);  enfin  M.  de  Lafontaine 
(laruette),  un  artiste  de  grand  talent  et  qui  a  beau- 
coup plu. 

Les  choristes  travaillent  ferme,  et  nous  n'avons 
pas  eu  à  nous  en  plaindre  jusqu'ici. 

Quant  à  l'orchestre,  il  est  composé  en  grande 
partie  de  musiciens  belges,  et,  bien  qu'il  ne  soit 
pas  complet,  le  fini  de  ses  exécutions  a  été  remar- 
qué; le  chef,  M.  Dorel,  est  un  artiste  très  con- 
sciencieux, qui  rend  des  services  considérables  au 
théâtre.  Le  second  chef  est  un  Liégeois,  de  vingt- 
trois  à  vingt-quatre  ans,  M.  Goulet  ;  il  est  établi  à 
Montréal  depuis  trois  ans  et  s'est  déjà  créé  la  répu- 
tation d'être  notre  meilleur  professeur  de  violon; 
il  est  aussi  engagé  au  théâtre  comme  premier  vio- 
lon solo. 

Voilà  les  principaux  éléments  de  notre  théâtre, 
et  je  crois  qu'il  est  maintenant  implanté  pour 
toujours  au  milieu  de  nous. 

Le  jeune  violoniste  Henri  Marteau  nous  a 
donné  un  concert,  le  12  décembre  dernier,  et  il 
annonce  un  second  concert,  dans  quelques  jours. 

Notre  Société  philharmonique  prépare  active- 
ment son  festival  musical  pour  le  mois  d'avril  pro- 
chain; voici  le  programme  de  cette  société  : 

Premier  soir,  compositions  de  Grieg  ;  deuxième 
soir,  compositions  de  Mendelssohn  ;  troisième  soir, 
Wagner  [Vaisseau-Fantôme]. 

C'est  la  première  fois  que  nous  allons  pouvoir 
entendre  une  œuvre  entière  de  Wagner.  L'exécu- 
tion en  est  donc  attendue  avec  impatience. 

C.  O.  L. 

STRASBOURG.  —  Très  belle  représenta- 
tion, l'autre  soir,  de  Siegfried  de  R  Wagner, 
avec  le  ténor  Alvary  dans  le  rôle  titulaire,  qu'il  a 
superbement  chanté  et  joué.  Mime  avait  pour  in- 
terprète M.  Lieban  qui  s'acquitte  de  son  rôle  avec 
un  esprit  dramatique  vraiment  modèle,  et  Brunn- 
hilde  était  figurée  par  M""  Mailhac,  première 
chanteuse  dramatique  du  théâtre  de  Carlsruhe. 
M""  Mailhac  a  rendu  la  grande  scène  du  troisième 


acte  avec  une  franchise  vocale  et  une  vigueur  de 
sentiment  tout  à  fait  remarquables.  On  a  fait 
ovations  sur  ovations  à  ces  trois  artistes  de  qualité. 
Bravos  aussi  à  M.W.  Bruch,  chef  d'orchestre.  Pro- 
chainement, nous  aurons,  également  au  théâtre 
municipal,  le  Rheingold  de  Wagner.  Hier,  le  succès 
a  été  pour  la  troupe  dramatique,  qui  a  joué  pour 
la  première  fois,  Gezierte  Frauen,  une  adaptation 
tout  à  fait  heureuse  des  Précieuses  ridicules,  faite 
par  M.  Gustave  Fischbach.  Toutes  les  scènes  de 
ce  chef-d'oeuvre  d'esprit  et  do  gaité  du  grand 
Molière  sont  rendues  dans  la  traduction  de 
M.  Fischbach  avec  une  expression  des  plus  justes 
et  donnant  exactement  le  sens  de  la  mordante  cri- 
tique du  faux  goût  littéraire  et  du  langage  ampoulé 
des  précieuses  de  l'époque,  ainsi  que  de  la  vulga- 
rité des  manières  de  leurs  interlocuteurs. 

Au  dernier  concert  d'abonnement  de  notre 
orchestre  municipal,  le  public  a  fait  le  plus  chaleu- 
reux accueil  à  M.  Edouard  Risler,  pianiste  de  Paris. 
L'élève  si  distingué  de  Louis  Diémer  a  toutes  les- 
qualités  que  réclame  aujourd'hui  la  virtuosité  du 
piano.  Mécanisme  étonnant  de  brio,  de  pureté,  de 
vigueur  et  de  délicatesse,  avec  des  dessous 
veloutés  d'un  charme  attachant  et  bien  employés 
pour  faire  ressortir  toute  l'intensité  de  sentiment 
et  toute  l'intelligence  du  style,  rien  ne  fait  défaut 
dans  l'exécution  de  M.  Risler.  On  oublie,  en  l'écou- 
tant,les  difiicultés  de  mécanisme  que  présentent  les 
œuvres  qu'il  interprète,  pour  ne  suivre  que  l'exposé 
musical,  si  franchement  classique,  que  le  soliste 
donne  avec  les  nuances  les  plus  changeantes  et 
le  mieux  appliquées.  Le  public  a  applaudi  égale- 
ment M""  H.  Bernhardt,  de  Breslau,  qui  a  fait  ses 
études  de  chant  sous  la  direction  de  Jules  Stock- 
hausen,  à  Francfort.  La  voix  d'alto  de  la  soliste, 
bien  étoffée  dans  le  grave,  agréable  de  timbre, 
mais  d'une  ampleur  quelque  peu  inégale,  est 
formée  surtout  pour  la  traduction  du  style  drama- 
tique. 

Le  24  janvier,  l'oralorio  Sami  FyaKfow  de  Tinel 
sera  excécuté  pour  la  première  fois  à  Strasbourg, 
par  le  chœur  du  Conservatoire  et  l'orchestre  muni- 
cipal, dirigés  par  M.  Stockhausen.  L'audition 
aura  lieu  au  théâtre  municipal.  A.  O. 


iVO  U  V ELLES  ni  VERSES 


j^  Parmi  les  nominations  faites  dans  la  Lé- 
gion d'honneur  et  qui  relèvent  des  lettres  et  de 
la  musique,  nous  remarquons  celle  de  notre 
ami  et  collaborateur  Gérard  Harry,  rédacteur 
à  V Indépendance  belge,  nommé  chevalier  ;  celle 
de  M.  Charles  Lecocq,  l'auteur  de  tant  d'opé- 
rettes justement  applaudies;  de  M.  Carvalho, 
directeur  de  l'Opéra-Comique,  de  M.  Alfred 
Blau,  le  librettiste  de  Sigurd. 

Voici  d'autre  part  les  nominations  d'officiers 


90 


LE  GUIDE  MUSICAL 


de  l'instruction  publique  qui  ont  paru  à  l'Offi- 
ciel du  i6  janvier  : 

MM.  Delaborde  (Eraim  Miriam, dit), professeur 
de  musique    au  Conservatoire    national  de 
musique  et  de  déclamation. 
Delsart  (J.-J.-B.),  professeur  de  violoncelle  au 
Conservatoire    national    de   musique    et    de 
déclamation. 
Maurin  (J.-P.),  professeur  de  violon  au  Conser- 
vatoire  national   de  musique  et  de    décla- 
mation. 
Boussagol  (E.),  harpiste  au  théâtre  national  de 

l'Opéra. 
Cuelnaere  (P.-F.-J.),    directeur  de  l'école  na- 
tionale de  musique  de  Douai  (Nord). 
Fauchey,   compositeur  de  musique,   chef   de 
chant  au  théâtre  national  de  l'Opéra-Comique. 
Koszul    (J.),   professeur  de  piano  à    Roubaix 

(Nord). 
Lataste  (L.),  compositeur  de  musique,  sous- 
chef  de  bureau  à  la  Chambre  des  députés. 
Neustedt  (Ch),  compositeur  et  professeur  de 
musique. 


MnieRaimbaud(Y.(,  professeur  de  chant  à  Paris. 
Serpette  (G.),  compositeur  de  musique  à  Paris. 
Vuarnier,  inspecteur  des  finances,  membre  de 
la  commission  de  la  caisse  des  retraites  de 
l'Opéra.    - 

•4f  Au  dernier  concert  populaire  de  Nancy, 
l'orchestre  du  Conservatoire,  sous  la  direction 
de  M.  Théodore  Gluck,  a  fait  entendre,  le 
ballet  du  Démon,  de  Rubinstein  ;  les  Scènes 
hongroises,  de  Massenet  ;  et  les  Landes,  pay- 
sage breton  d'après  Brizeux,  de  Guy  Ropartz. 
Voici  en  quels  termes  VEst  républicain,  appré- 
cie la  musique  du  jeune  compositeur. 

«  M.  Ropartz  a  exprimé  dans  les  Paysages 
bretons,  beaucoup  mieux  que  de  simples  sen- 
sations. La  vue  de  la  Bretagne  est,  si  l'on  ose 
dire,  intellectuelle,  elle  est  totale.  Extrêmement 
moderne  avec  cela,  sans  qu'on  puisse  découvrir 
chez  l'auteur  une  influence  directe  quelconque, 
même  celle  de  son  maître.  César  Franck.  C'est 
encore  autre  chose,  une  autre  chose  tout  à  fait 
intéressante.  Notre  public  n'a  pas  paru  s'y 
déplaire.  Il  est  en  progrès.  » 


Paris,  A.  DURAND   et  fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


LE  MALADE  IMAGLNAIRE 

DE     MOLIÈRE 

Musique  de  M.-A.   CHARPENTIER  (1634-1J02) 


RESTAURÉE      PAR 


C.  SAINT-SAËNS 


Partition  chant  et  piano  réihaite  par  Gabriel  IHarie 

PRIX    MET    :    5    FRA]«GS 


LE  GUIDE  MUSICAL 


91 


^  Au  programme  de  la  première  journée  du 
festival  rhénan  qui  aura  lieu,  cette  année,  à  Aix- 
la-Chapelle,  à  la  Pentecôte,  figure  le  Francis- 
cus  de  M.  Edgard  Tinel.  C'est  la  première  fois, 
croyons-nous,  que  l'œuvre  d'un  compositeur 
belge  figure  au  programme  de  ces  festivals. 

•!*■  A  Budapesth,  l'exécution  de  VOtello  de 
Verdi  a  donné  lieu  à  un  incident  curieux  entre 
deux  des  interprètes,  le  ténor  Perotti,  quijouait 
Otello,  et  le  baryton  Odry,  qui  jouait  celui  de 
Jago. 

Dans  la  scène  où  Otello  menace  d'écraser  la 
tête  de  Jago,  le  ténor  dérangea  avec  son  pied  la 
perruque  du  baryton.  Après  la  chute  du  rideau, 
M.  Perotti  s'excusa  auprès  de  M.  Odry;  mais 
celui-ci  ne  se  déclara  pas  satisfait  et  menaça 
M.  Perotti  de  le  gifler.  Il  y  a  eu  échange  de 
témoins  à  la  suite  de  cette  menace.  L'affaire  a, 
toutefois,  pu  être  arrangée  à  la  satisfaction  des 
deux  parties. 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  13,  rue  du  ï^ail 

BIBLIOGRAPHIE 


J^  Les  éditeurs  A.  Durand  et  fils,  de  Paris, 
viennent  de  faire  paraître  une  intéressante  recons- 
titution de  la  musique  que  Marc-Antoine  Ch.'VR- 
PENTiER  (1634-1702)  écrivit  pour  le  Malade  Imagi- 
naire de  Molière  ;  cette  reconstitution  est  due  à  la 
plume  autorisée  de  M.  Camille  Saint-Saêns. 


DE  LA   MAISON 

BREITKOPF  &  H.€RTEL 


Montasue    de    la    Cour,    45,     BRUlLEIiliES 


Grande    partition  d'orchestre,    complète 
net 

—  —  en  12  livraisons 

—  —  en  24.         — 

Chant  et  Piano 

Partition,  texte  allemand  (Bulow),  in-4°  . 

Id.  in-80 

Id.  in  8",  accorap.  simplifié    .... 
Id.  in-8°,  version  française  de  V.  Wil- 

der 

Morceaux  détachés  avec  texte  français,  anglais  et 

allemand. 
N°  I.  Raillerie  de  Kourwenal.  Bar. 

—  2.  Conte  d'Yseult  à  Brangaine.  Sop. 

—  3.  Duo  d'amour  (Tristan  et  Yseult). 
Tén.  et  sop 


i5o 

12 

5o 

6 

25 

37 

So 

l3 

5o 

i3 

5o 

20 

— 

glais 

et 

I 

_ 

3 

r5 

3 

- 

—  4.  Demande    de    Tristan    à    Yseult. 

Ténor i   — 

—  5.   Réponse  d'Yseult  à  Tristan.  Sop.         i   — 

—  6.  Mort  d'Yseult.  Apothéose    ...         2  — 

Piano  à  deux  mains 
Partition  sans  paroles  (A.  Horn)    ...        26  3o 
—       avec  paroles  et  indications  scé- 
niques  (édition  populaire  n°  481),  net  .       10  80 

Prélude  (ouverture) i   2S 

Potpourri 2  5o 

Ehrlich,  H  Chant  de  Tristan,  «  Wie  sie 

selig  » I  60 

Eitner,   R.    Fantaisie  sur  des  motifs  de 

Tristan  et  Yseult 2  — 

Heintz,  A.  Morceaux  tirés  de  Tristan  et  Yseult  : 
Cahier  i,  3  fr.  45.  —  Cahier  2,  3  fr.  45.  —  Ca- 
hier 3,  2  fr.  85. 


FIAÏTOS  BECHSTEIIT  -  PIAITOS  BLUTHITEH 
HARMONIUIVÏS   ESTEY 


92 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Lors  de  la  représentation  delà  pièce  de  Molière 
au  Grand-Théâtre  {Direction  Porel, Paris  1892),  on 
eut  l'idée  d'exécuter  la  musique  de  Charpentier, 
l'on  rechercha  la  partition  à  la  bibliothèque  du 
Conservatoire,  et  l'on  s'aperçut  qu'il  n'en  restait 
que  des  fragments;  M.  C.  Saint-Saëns  accepta 
alors  de  revoir  la  musique  en  question,  et  se  livra, 
pour  ainsi  dire,  à  un  véritable  travail  de  restaura- 
tion. 

La  partition  que  les  éditeurs  viennent  de  publier 
est  réduite  pour  chant  et  piano,  par  Gabriel- 
MaTie. 


Paris 

Opéra.  —  Du  14  au  21  janvier  :   Salammbô.   Faust. 
Gwendoline,  la  Korrigane. 

Opéra-Comique.  —   Du  14  au  21  janvier  :  le  Dîner  de< 
Pierrot,  Mignon.  Fra  Diavolo.  l'Amour  médecin  (soi- 
rée populaire».  L'Attaque  du  moulin.   Carmen.  Wer- 
ther  Mignon.  Werther. 

LES    CONCERTS     BU    DIMANCHE 

II»  Concert  Lamoureux  (Cirque  des  Champs-Elysées). 
Symphonie  pastorale  (Beethoven)  ;  Siegfried-Idyll  (R. 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

:e*  .£;^  :Ei.  x  &> 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tschaîkowiiky,  dottschalk,  Prudent,  Allard 
des   Archives   du   pianu   et   de  la   célèbre   Méthode    de   piano    A.    le   Carpenticrr 

Seuls  dépositaires  de  l'Bdition  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  musique  de  violon 


P.   TSCHAIKOWSKY 

ŒUVRES      POUR      ORCHESTRE 


Op.  2.  N»  3.  Chant  sans  paroles  : 

Partition 2  „ 

Parties  séparées ^  » 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     i  » 

OP   3.  Le  Voyévode,  ouverture  extraite 

Partition 5  „ 

Parties  séparées 10  » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     i  5o 

—  Le  Voyévode,  entr'acte  et  airs  de  ballet 
extraits  (nouvelle  édition  revue  par 
l'auteur)  ; 

Partition 8  » 

Parties  séparées 20  » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     2  » 

Op.  i3.  Première  Symphonie  en  sol  mineur 

Partition i5  » 

Parties  séparées 3o  » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     3  » 

Op.  14.  Vakoula  le  Forgeron,  ouverture  extraite 

Partition  d'orchestre 6  » 

Parties  séparées i5  » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     i  5o 

Op.  i5.  Ouverture  triomphale  sur  l'hyrane 
danois 
Partition g     „ 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  suppl    cordes  (copiées)     chaque 

Op.  17.  Deuxième  symphonie  (dite  sympho- 
nie russe)  en  ut  mineur 

Partition 25     » 

Parties  séparées 35     » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     3     » 

Op.  18.  La  Tempête,  fantaisie  d'après  Shakespeare 

Partition 12     » 

Parties  séparées 20     » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque  "2     » 
Op.  20.  Le  Lac  des  cygnes,  valse  extraite 

Parties  séparées 10    » 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     i  35 


—  Pot-pourri,  arrangé  pour  petit  orches- 

tre, par  N.  Ars  . 

Parties  séparées j 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     i 
Op.  23.  Premier  Concerto  en  si  bémol,  pour 

piano  : 

Partition  .  2c 

Parties  séparées 12 

Parties  supplémentaires  à  cordes,  chaque  i  5o 
Op.  24.  Eugène  Onéguine,  valse  extraite  de 

l'opéra  ; 

Partition 5 

Parties  sép-.'ées 20 

Parties  supplémentaires  à  cordes,  chaque  2 

—  Prélude  extrait  : 

Partition  orchestre 2 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  supplémentaires  à  cordes  (copiées) 

Op.  26.  Sérénade  mélancolique  pour  vio- 
lon ; 

Partition 5 

Parties  séparées 4 

Parties  supplémentaires  à  cordes,chaque     i 

Op.  29.  Troisième  symphonie  en  ri  majeur 

Partition  ....  20 

Parties  séparées 30 

Parties  supplémentaires  cordés    Chaque     3 

Op.  3i.  Marche  slave 

Partition 10 

Parties  séparées 15 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque 

Op.  32.  Francesca  da  Rimini,  fantaisie 
d'après  Dante 

Partition  . 15 

Parties  séparées 25 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque 

Op.  33   Variations  pour  violoncelle  sur  un 
air  rococo 

Partition 6     » 

Parties  séparées.     .......   10     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5o 
(A  suivre.) 


5o 


5o 


LE  GUIDE  MUSICAL 


93 


Wagner);  Ouverture,  scherzo  et   finale  (Schumann); 
1      Introduction   de   la  Fuite  en  Egypte,  l'Enfance  du 
I      Christ   (Berlioz);   Prélude   du  3'-  acte  de  Tristan   et 
Iseult  (R.  Wagner);  Rapsodie  norwégienne,  i"  mor- 
ceau (E.  Lalo. 
I  14»  Concert  Colonne  (Châlelet).  —  Première  Sympho- 
i      nie  en  mi  bémol,  op.  38  (R.  Schumann);  les  Béatitudes, 
n»  4  (César  Francki,M.  Engel  ;  Concerto  pour  piano, 
op.  i6(Ed.  Grieg),  M.  Raoul  Pugno  ;  Parsifal  (R   Wag- 
ner) :  prélude  du  i"'  acte  ;   2'   tableau  du    i"   acte  ; 
;      Scènes  des  filles-fleurs  Parsifal,  M.  Engel  ;  i"  groupe  : 
j      M""   Jeanne  Remacle,   M"""  Matthieu  et  Marthe  de 
BroUs  ;  2"^ groupe  :  M"''  Roland,  M'"""  Léger  et  Marny. 
I      chœurs   de  jeunes   filles  ;   Tannhaeuser  (R.  Wagner), 
marche  et  choeur. 

Concerts  d'Harcouet.  —  Symphonie  héroïque  de 
i  Beethoven;  Concerto  en  ré  mineur  (Rubinstein). 
I      M""  Madeleine  Ten  Hâve;  Air  de  la  Flûte  enchantée 


(Mozart),  M.  Nivette,  de  l'Opéra-Comique);  Sympho- 
nie en  ut  mineur  avec  orgue  (Saint-Saëns). 

Conservatoire  national  de  musique  (Société  des  Con- 
certs). —  6>'  concert.  Programme  :  Symphonie  avec 
chœur  (Beethoven),  soli  :  M""  E.  Blanc,  M™  Boi- 
din-Puisais,  MM.  Warmbrodt  et  Auguez;  Andante 
et  scherzo  de  la  i"  symphonie  (Bizet);  Ouverture  de 
Fidelio  (Beethoven).  Le  concert  sera  dirigé  par 
M.  Paul  Taffanel. 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  i5  au  2i  jan- 
vier :  Les  Huguenots.  Manon   Orphée. 

Théâtre  des  Galeries  —  Les  Mousquetaires  au 
Couvent.  -  Matinée,  dimanche,  à  i  h.  J/$. 

Alcazar  royal.  —  Bruxelles -Port  de  mer. 
Berlin 

Opéra.  —  Du  14  au  21  janvier  ;  Freyschûtz.  Czar  et 
Charpentier.  Faust.  Les  Maîtres-Chanteurs.  Cavalle- 
ria  rusticana  et  la  Fille  du  régiment.  Mignon.  Les 
Medici  (première  représentation)   Lohengrin. 


Concerts  Schott 

Jeudi     I"    février    18Q4,     à     8    heures     du    soir 

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PROGRAMME 

4.  Quatre  danses  slaTes  ?"■  violon    Dvorak 
a.  Lento  gracioso.  —  b   Allegro 
c.  Allegretto  gracioso.  —  à.  Presto 
M. SARASATE. 


Fantaisie  pour  piano  et  violon, 
op.  iSg F 

Andante  molto  —  Allegretto 
Andaniino  (Sei  mir  gegrûsht) 
Allegro.  —  Presto. 


Schubert 


3.  La  Fée  d'amour,  morceau  ca- 
ractéristique de  concert  pour 

violon  et  piano J.  Raff 

(Edition  Sarasate.) 

3.  a.  Polonaise-Fantaisie    .     .    .    Chopin 
J.  Etude  en  forme  de  valse    .     .     Saint-Saëns 
M-»»  Bertha  MARX 


5.  a.  Le  Rossignol     .    .     .     .     ) 

b.  VI'  Rhapsodie  (piano  seul)  1 

Mm»  Bertha  MARX 


Liszt 


Sarasate 


Sérénade  andalouse  ■     ■ 

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94 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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Opéra.  —  Du  i5  au  22  janvier  :  Le  Vaisseau -Fantôme. 

Rouge  et  noir  et  I  Pagliacci   Manon.  Excelsior.  Mir- 

jane  (première  représentation)   Bal.  Roméo  et  Juliette. 

An  der  Wien.    —  Le  Château  maudit.  Le  Maître  de 

forges. 

Dresde 

Opéra.  —  Du  14  au  21  janvier  :  Robert  le  Diable, 
Alexandre  Stradella.  Fidelio.  Tannha;user.  Sinfonie. 
Concert   Armide.  La  Fille  du  régiment. 


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MAURICE     KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

Rue  Beaurepaire,  33,  Paris 

:.  Le  KiME,    SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


Collaborateurs 

Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Iiibert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

J.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

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40"  ANNÉE  28  Janvier    1894  numéro  5 


SOMMAIRE 

Ernest  Closson  :  La  technique  dans  l'art. 

Pablo  Sarasate  et  M""^  Berthe  Marx. 

Marcel  Remy  :  Le  Flibustier,  de  MM.  J.  Ri- 
chepin  et  César  Gui,  première  représentation  à 
rOpéra-Comique  de  Paris. 

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A 


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PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


28  janvier  1894. 


LA  TECHNIQUE  DANS  L'ART 


RRivÉS  au  développement  qu'ils 
ont  atteint  aujourd'hui,  les  diffé- 
rents arts  ne  pourront  progres- 
ser encore  qu'à  la  condition  de  se  synthéti- 
ser, de  concourir  ensemble  à  la  création 
de  l'œuvre  d'art.  » 

Si  ce  principe,  posé  depuis  bien  long- 
temps déjà  par  Richard  Wagner  dans  ses 
écrits  théoriques,  avait  besoin  d'une  con- 
sécration autre  que  celle  que  lui  donna  son 
auteur  lui-même,  l'art  d'aujourd'hui  la  lui 
eût  donnée,  —  bien  qu'indirectement, 
j'entends  parler  ici  de  l'ensemble  frappant 
avec  lequel  différents  arts,  dont  les  moyens 
d'expression  essentiellement  autres  rendent 
impossible  la  collaboration,  —  la  musique 
et  la  peinture  par  exemple,  —  suivent  une 
impulsion  identique,  avec  une  concordance 
de  temps  presque  parfaite.  Et  cela  témoigne 
à  l'évidence  de  l'existense  du  lien  mysté- 
rieux qui  réunit  tous  les  arts  pour  en  faire 
une  seule  expression  d'idéal. 

L'art  traverse  en  ce  moment  une  crise 
curieuse,  inquiétante;  un  mouvement  se 
dessine  qui  semble  emporter  de  nombreux 
groupes  d'artistes,  qui,  de  peur  d'être  taxés 
de  trembleurs  et  de  réactionnaires,  se  sont 
mis  à  la  remorque  de  la  triomphante 
poussée  du  modernisme  et  de  la  vérité 
artistique  dont  Wagner  a  été  le  génial 
promoteur.  Qu'adviendra-t-il,  cette  crise 
une  fois  passée?  —  car  le  moment  sera  bien- 
tôt venu,  du  train  dont  vont  les  choses,  où 


les  modernes  Icares  se  brûleront  les  ailes. 
Une  réaction,  évidemment.  Mais  qui  pour- 
rait en  déterminer  actuellement  les  consé- 
quences? 

Aussi  n'avons-nous  pas  à  nous  en  préoc- 
cuper pour  le  moment.  Le  mouvement  n'en 
existe  pas  moins,  et  il  est  intéressant  de 
chercher  à  caractériser  quelques-unes  de 
ses  tendances,  comme  il  est  utile  de  com- 
battre dans  la  mesure  du  possible  cerraines 
de  ses  aberrations,  qui  détournent  et  stéri- 
lisent tant  de  riches  natures.  Avec  une 
logique  singulière,  le  mouvement  s'est 
propagé  parmi  les  arts  d'après  l'ordre  de 
leurs  1  elations  plus  ou  moins  étroites  avec 
la  vie  intensive  elle-même,  et  d'après  la 
mesure  de  leurs  moyens  d'expression  sub- 
jective de  la  nature. 

La  littérature  et  la  poésie  d'abord,  la 
peinture  ensuite,  et  enfin  la  musique  s'en- 
gagèrent dans  cette  voie,  (i)  mais  en  un 
espace  de  temps  relativement  si  court, 
pour  une  évolution  aussi  grave,  que  l'on 
pourrait  presque  considérer  leur  mouve- 
ment comme  simultané. 

De  l'ensemble  des  doctrines  professées 
—  et  proférées  —  par  le  groupe,  deux  sur- 
tout se  détachent,  très  caractéristiques  : 
d'une  part  la  négation  de  la  forme  et  l'insou- 
ciance du  style  (amorphisme)  ;  de  l'autre,  le 
dédain  de  la  science  musicale  ou  même  la 
contestation  de  sa  nécessité  (agnoscisme 
décadent). 

(i)  Je  ne  parlerai  pas  ici  delà  sculpture,  irrésistible- 
ment rivée  à  la  nature,  ni  surtout  de  l'architecture, 
l'art  objectif  par  excellence,  dont  seuls  quelques  cer- 
veaux hautement  fantaisistes  ont  voulu  faire  un  art 
subjectif.  Il  y  a  deux  ans,  ML.  Landhoff  publiait  dans 
le  Neue  Berliner  Musihzeiiung  un  intéressant  article  sur 
l'objectivité  de  l'art  grec,  où  il  opposait  le  superbe 
épanouissement,  chez  les  anciens  Hellènes,  de  l'archi- 
tecture, art  objectif,  à  la  stagnation  relative  de  la 
musique,  art  subjectif  auquel,  seul,  l'avènement  du 
christianisme  devait  donner  tout  son  essor. 


100 


LE  GUIDE  MUSICAL 


C'est  à  propos  de  cette  technique  dans 
l'art  musical  que  je  voudrais  ici  me  per- 
mettre quelques  observations. 

Il  n'est  thèse  si  absurde  qui  ne  mérite 
réfutation.  L'amour  du  paradoxe,  com- 
biné avec  la  névrose  qui  dévore  tant  d'ar- 
tistes, provoque  l'élucubration  de  non- 
pareilles  folies  qui,  tout  aussitôt,  trouvent 
les  plus  chauds  défenseurs.  C'est  ainsi 
qu'au  nom  des  principes  déterminés  plus 
haut,  nous  avons  les  écrivains  qui  renient 
la  grammaire,  et  les  peintres  qui  contestent 
le  dessin.  Nous  n'avons  pas  encore  les 
musiciens  qui  désavouent  l'harmonie  et  le 
contrepoint,  mais  nous  y  viendrons. 

En  attendant,  de  singulières  doctrines  se 
font  jour  là-dessus.  Elles  ont  été  jusqu'ici 
fort  peu  propagées  dans  les  revues  d'art, 
même  les  plus  «  dans  le  train  »  ;  un  dernier 
scrupule,  une  sorte  de  crainte  du  ridicule 
semble  retenir  les  plus  convaincus.  Mais 
elles  sont  dans  l'air,  elles  traînent  dans  les 
conversations,  elles  remuent  les  cervelles 
et  ne  tarderont  pas  à  éclater. 

Seuls  jusqu'à  présent,  certains  diletdan- 
dies  musicaux  les  cultivent,  et  pour  cause  ; 
il  est  si  bon  de  professer  l'inutilité  de  ce 
qu'on  ignore!  L'égoïsme  et  la  paresse 
trouvent  également  leur  compte  à  bafouer 
la  science,  sous  prétexte  qu'elle  dessèche, 
et  la  règle  sous  prétexte  qu'elle  asservit. 

Mais,  avant  de  briser  une  lance  en  faveur 
de  la  règle,  voyons  ce  que  signifie,  au  point 
de  vue  musical,  ce  terme  morose. 

Une  règle,  en  musique,  est  un  concept 
purement  abstrait  ;  elle  ne  saurait,  à  pro- 
prement parler,  être  conventionnelle  ;  elle 
n'est  jamais  absolue,  et  c'est  là  sa  force. 
Le  plus  grand  des  théoriciens  ou  des  acous- 
ticiens,  fût-ce  un  Helmholtz  ou  un  Gott- 
fried  Weber,  ne  saurait  créer  arbitraire- 
ment une  règle.  Toute  règle  artistique  est 
la  codification,  sous  une  forme  pratique, 
d'un  principe  découlant  directement  de  la 
vérité;  pas  un  principe  essentiel  de  l'har- 
monie qui  ne  repose  sur  cette  base  ;  les 
règles  de  détail,  en  apparence  arbitraires 
et  étroites,  ne  sont  que  les  conséquences 
tirées  logiquement  de  quelques  grands 
principes. 

(i  Les  lois  de  la  morale  régissent  l'art  »,  dit 


Schumann.  C'est  là  l'une  des  plus  admira- 
bles, des  plus  profondes  paroles  qui  aient 
jamais  été  dites  sur  la  musique;  tout  est 
dans  ces  quelques  mots.  Schumann  con- 
state l'existence  des  lois  de  la  morale,  puis, 
assimilant  l'art  à  ce  fondement  de  toute 
civilisation,  il  lui  reconnaît  les  mêmes  prin- 
cipes essentiels  et  intangibles.  A  l'artiste 
d'établir  en  sa  pensée  ces  connexités 
mystérieuses  et  d'en  tirer  profit  pour 
l'expression  la  plus  vraie  de  l'œuvre  d'art.      A 

Dans    son    discours    sur  Y  Art    libre   et    * 
l'enseignement  de  la  musique,  prononcé  à  la 
séance  du  29  octobre  dernier, au  Palais  des 
Académies,  M.  Ad.  Samuel  semble  avoir     g 
singulièrement  méconnu  tout  cela.  Outre     ' 
que  son  discours  faisait  naître  une  conti- 
nuelle   confusion    entre    la    théorie    et    la 
pratique  de   la   musique,  la    science  et    le  '  | 
métier  du  compositeur,  l'orateur  ne  parais-     * 
sait,  en  aucune  façon,  se  rendre  compte  de 
l'importance    et  surtout  de   la  nature  des 
principes   qu'il   semblait  attaquer,  si  bien 
que,  par  le  fait  même  de  cette   confusion, 
après  avoir  eu  l'air  de  tout  bouleverser,  il 
n'a,  en  somme,  abouti  à  autre  chose  qu'au 
maintien  du  statu  quo. 

Pour  prouver  cet  aphorisme,  que  «  l'art 
ne  s'enseigne  pas  »,  —  principe  qui  n'est 
pas  absolument  vrai,  et  dont  un  avenir  pro- 
chain démontrera  peut-être  la  fausseté,  — 
M.  Samuel  déclare  catégoriquement  «  qu'en 
fait  de  lois  de  l'esthétique,  nous  ne  savons 
rien,  absolument  rien  ».  Combien  plus  haute 
et  plus  lucide  est  la  pensée  de  Schumann, 
citée  plus  haut  sur  le  même  sujet,  détermi- 
nant, non  pas  précisément  les  règles  qui 
régissent  l'insaisissable  idéal,  mais  une  base 
précise  d'investigations  et  de  recherches  ! 

Dans  les  lignes  suivantes,  M.  Samuel 
établit  parfaitement  la  nécessité  de  l'initia- 
tion musicale  : 

«  Depuis  qu'elle  vise  à  l'expression  pure, 
la  musique  est  devenue  une  sorte  de  lan- 
gage complexe  aux  multiples  modulations. 
Cette  langue  n'a  pas  été  forgée  d'un  seul 
bloc  ;  elle  est  due  aux  efi'orts  successifs  des 
maîtres  du  passé,  qui  se  sont  complétés 
les  uns  les  autres  ;  Bach,  Beethoven,  Wag- 
ner, en  sont  les  Titans  créateurs.  Un  voca- 
bulaire aussi   varié   n'est  que  strictement 


LE  GUIDE  MUSICAL 


loi 


suffisant  en  notre  époque  raffinée,  aux  sen- 
sations subtiles  ;  car  ces  sensations  ne  sont 
pas  dépeintes,  elles  sont  véritablement  tra- 
duites. Or,  quelle  que  soit  l'indépendance 
que  nous  apportons  dans  cette  traduction, 
quelle  que  soit  la  liberté  qui  préside  à  la 
réalisation  de  l'œuvre,  les  moyens  dont 
noxis  ferons  usage  ne  seront  autres  que 
ceux  découverts  par  les  maîtres.  Sans 
doute,  par  la  suite,  notre  personnalité 
aidant,  nous  ajouterons  aussi  notre  pierre 
à  l'édifice.  Mais  nous  ne  pouvons  songer  à 
élever,  par  nous  mêmes,  un  monument  en- 
tièrement nouveau.  » 

Tout  cela  est  très  juste;  mais  c'est  ici 
que  commence  la  confusion.  M.  Samuel 
continue  : 

«  C'est  pourquoi  s'enseigne  l'harmonie  ; 
non  plus  ce  fatras  de  préceptes  surannés,  de 
théories  arbitraires  ou  hypothétiques,  connues 
sous  lamente  dénomination;  mais  la  recherche, 
l'étude  et  l'application  (simples  croquis  équiva- 
lents à  ceux  du  peintre)  des  sons  simultanés 
considérés  comme  éléments  expressifs.  » 

Autant  de  mots,  autant  d'erreurs.  Cons- 
tatant la  nécessité  où  nous  nous  trouvons 
d'employer  comme  éléments  d'expression 
musicale  ce  même  vocabulaire  en  quelque 
sorte  déterminé  par  les  maîtres  de  tous  les 
temps,  M.  Samuel  veut  que  nous  étudiions 
ce  langage,  mais  en  ramenant  cette  étude  à 
une  simple  observation  de  phénomènes  in- 
déterminés, sans  nous  préoccuper  autre- 
ment des  lois  qui  émanent  de  ces  phéno- 
mènes, lois  que  tous  les  maîtres  de  tous  les 
temps  ont  consacrées  en  s'y  conformant. 
Permettre  le  contraire,  ce  serait  agir  abso- 
lument comme  le  professeur  qui  conseil- 
lerait à  un  élève  l'étude  de  la  lexigraphie, 
sans  se  préoccuper  de  la  syntaxe. 

Qu'entend  M.  Samuel  par  la  «recherche, 
l'étude  et  l'application  des  sons  simultanés» , 
si  ce  n'est  ces  «  exercices  absurdes  »  qu'il 
répudie  après  en  avoir  lui-même  écrit  une 
si  remarquable  série  (i)?  Toute  étude  des 
éléments  d'une  science  quelconque  suppose 
la  recherche  ou  l'application  des  préceptes 
qui  président  à  l'emploi  de  ces  éléments. 


(i)  Voir  le  célèbre  ouvrage  de  M.  Samuel,  Cours  d'har 
monte  pratique  et  ie  hasse  chiffrée. 


Et  si  les  théories  émanées  de  l'emploi  des 
éléments  harmoniques  étaient  «  arbitraires  » 
elles  n'auraient  pas  traversé  les  siècles 
intactes,  et  n'eussent  certes  pas  eu  le  temps 
de  devenir  surannées.  M.  Samuel  assimile 
ces  «  applications  des  sons  simultanés  »  à 
de  «  simples  croquis  équivalents  à  ceux  du 
peintre.  »  Mais  il  confond  croquis  avec 
étude.  Le  croquis  est  l'œuvre  du  peintre 
qui  sflzi;,rétude  est  l'exercice  d'un  débutant. 
Le  croquis  du  peintre  est  une  œuvre  par- 
faite en  soi,  à  laquelle  il  ne  manque  que 
l'amplification,  mais  où  rien  ne  blesse  l'es- 
thétique, tandis  que  les  essais  d'appUca- 
tion  des  phénomènes  harmoniques  tels  que 
les  préconise  M.  Samuel  seraient  plutôt 
assimilables  aux  informes  barbouillages 
d'un  enfant. 

Heureusement,  on  a  le  droit  de  dire 
qu'en  résumé,  M.  Samuel  conclut  au  statu 
quo, puisque,  retranchant  del'harmonietout 
ce  que  la  règle  y  introduit  de  conventionnel, 
//  n'en  écarte  absolument  rien;  attendu  que, 
comme  j'essayais  de  le  démontrer  plus 
haut,  la  règle  émane  du  dedans  au  dehors, 
de  la  musique  elle-même,  de  manière  qu'elle 
ne  saurait  être  conventionnelle  et  qu'on  ne 
pourrait  la  rejeter  sans  rejeter  l'essence  de 
la  musique  elle-même  (i). 

Les  grands  génies  sont,  en  fait,  les 
découvreurs  de  la  règle  musicale;  ils  ne 
l'ont  pas  énoncée  théoriquement,  mais  la 
règle  se  trouve,  latente,  dans  leurs  œuvres; 
les  théoriciens  ne  font  pas  autre  chose  que 
l'en  déduire  et  la  condenser.  Et  cette 
priorité  du  fait  sur  la  théorie  n'est  pas 
la  moindre  garantie  contre  l'arbitraire. 

La  science  n'a  jamais  entravé  un  grand 
artiste  dans  son  essor.  Il  est  donc  faux 
qu'elle  doive  nécessairement  avoir  une  ac- 


(I)  M.  Samuel  semble  si  peu  se  rendre  compte  de  ce 
qu'il  y  a  d'essentiel  dans  les  principes  qui  président  à  la 
création  de  l'œuvre  d'art  que,  au  commencement  de  son 
discours,  parlant  de  la  prédominance  de  la/ome  dans 
l'œuvre  d'art  d'autrefois  par  opposition  à  la  liberté  dont 
l'artiste  jouit  aujourd'hui,  il  dit  :  «  Dans  les  arts  plas- 
tiques, il  était  élémentaire  que  l'on  respectât  scrupu- 
leusement les /on«M/o!(ra«ï  par  la  nature  ainsi  que  les 
lois  des  perspectives.  »  On  se  demande  ce  que  peut  être, 
selon  M.  Samuel,  la  peinture  moderne,  sans  l'observa- 
tion des  formes  «  fournies  par  la  nature  »  ni  même 
celle  des  «  lois  des  perspectives  »? 


1Ô2 


LE  GUIDE  MUSICAL 


tion  funeste  sur  son  imagination.  Elle  est 
l'arme  indispensable  dont  se  munissent  les 
lutteurs  pour  la  conquête  de  l'œuvre  d'art  : 
il  n'y  a  que  les  maladroits,  les  faux  artistes 
qui  s'y  blessent.  Tant  pis  pour  eux  :  la 
stérilisation  de  la  médiocrité  ne  serait  pas 
le  plus  mince  service  que  la  règle  nous 
aurait  rendu. 

L'empirisme  ne  saurait  ouvrir  au  com- 
positeur les  ressources  de  l'harmonie  telles 
que  les  lui  offre  l'étude  raisonnée  de  ses 
principes.  Rien  de  mieux,  évidemment,  que 
la  définition  exacte  d'un  phénomène  har- 
monique quand  on  en  veut  tirer  toutes 
les  ressources  et  tous  les  effets.  Les  règles 
ne  nous  asservissent  pas,  elles  nous  affran- 
chissent, au  contraire,  en  nous  apprenant  à 
employer  des  matériaux  qu'en  somme  nous 
ne  connaissons  que  par  ranal5'se.  Elles  ne 
sont  pas  des  chaînes,  mais  des  ailes. 

Ah  !  si  l'on  pouvait  admettre  l'existence 
d'un  être  supérieurement  organisé,  doué 
d'une  pénétration  et  d'une  intuition  supra- 
humaines,  celui-là  n'aurait  aucun  besoin 
d'étudier  les  lois  de  l'harmonie,  puisque, 
émanant  uniquement  du  Beau  et  du  Vrai, 
elles  se  révéleraient  d'elles-mêmes  à  lui;  une 
pareille  intelligence  n'existe  malheureuse- 
ment pas. 

Et  encore,  la  science,  à  elle  seule,  ne  suffit 
pas,  puisque  ce  n'est  pas  tout  de  connaître 
les  règles  ;  il  faut  savoir  s'en  servir,  et 
c'est  alors  que  ces  études  deviennent  inté- 
ressantes. Quand  un  principe  est-il  appli- 
cable, quand  ne  l'est-il  pas?  Quand  une 
règle  peut-elle,  quand  doit-elle  même  être 
transgressée!  Lesphénomènesharmoniques 
se  présentent  constamment  sous  des  aspects 
nouveaux,  posant  chaque  fois  un  nouveau 
problème  esthétique.  Mais  ces  transgres- 
sions d'un  principe  posé  a  priori  ne  font 
que  confirmer  ce  principe,  par  le  fait  même 
qu'elles  sont  exceptionnelles;  comme  le  dit 
fort  bien  M.  Samuel,  pour  triturer,  modifier 
une  forme,  il  faut  tout  d'abord  la  posséder. 

S'il  nous  fallait  acquérir  empiriquement 
les  connaissances  que  l'on  s'obstine  à  re- 
pousser lorsqu'elles  se  présentent  sous  la 
forme  condensée  d'une  règle  harmonique, 
que  d'interminables  tâtonnements  avant  de 
sentir  qu'il  y  a  dans   un  passage  quelque 


chose  d'anti-esthétique  !  Et  la  faute  une  fois 
trouvée,  s'ensuit-il  que  nous  puissions 
arrêter  le  principe  qui  en  découle,  de  ma- 
nière à  en  former  une  ligne  de  conduite, 
une  règle  pratique,  facilement  applicable  le 
cas  échéant?  Et  si  cet  empirisme  aboutis- 
sait exceptionnellement,  il  ne  s'ensuit  pas 
qu'il  dût  réussir  continuellement  :  tant  s'en 
faut.  Si  le  coq-à-l'àne  choquant  de  deux 
accords  décèle  une  succession  de  quintes 
maladroite  et  inopportune,  si  la  lourdeur  de 
quelque  septième  de  dominante  trahit  un 
redoublement  de  sensible  facile  à  découvrir, 
combien  de  fois  la  vigilance  de  l'auteur 
ne  sera-t-elle  pas  mise  en  défaut,  que  de  . 
maladresses  et  de  hideurs  conserveront 
pour  lui  le  secret  de  leur  monstruosité! 
Dans  combien  de  cas  aussi  sa  perspicacité 
laissera-t-elle  échapper  des  vétilles  qui 
choqueront  un  auditeur  plus  raffiné!  Et 
que  de  finesses  harmoniques,  que  d'efiets 
lui  resteront  étrangers,  dont  la  trouvaille 
est  nécessairement  subordonnée  à  la  con- 
naissance des  principes  qui  y  conduisent  ! 

Et  tout  cela  pour  éviter  l'étude  d'un  traité 
où,  en  quelques  centaines  de  pages,  tout 
cela  est  pratiquement  condensé  sous  quel- 
ques  rubriques  rationnellement  graduées. 

Mais  les  études  harmoniques  ne  suffisent 
pas.  Il  est  certain  que,  sans  de  longues  et 
fortes  études  contrapontiques,  on  ne  fera 
jamais  un  compositeur.  En  dehors  de  leur 
nécessité  indiscutable  pour  toute  œuvre 
d'une  polyphonie  un  peu  développée,  ces 
études  donnent  au  musicien  plus  d'une  qua- 
hté  précieuse.  La  discussion  minutieuse  et 
point  par  point  raisonnée  d'un  devoir  de 
contrepoint,  l'analyse  approfondie  d'un  pas- 
sage en  apparence  sans  importance  déve- 
loppent en  lui  un  jugement,  une  pénétration 
et  une  sagacité  qui  lui  seront  plus  tard  tout 
à  fait  indispensables.  En  quel  embarras  se 
trouve  souvent  un  auteur  lorsqu'il  s'agit 
pour  lui  de  réaliser  une  œuvre  dont  toutes 
les  grandes  lignes  sont  cependant  arrêtées! 
Pour  les  moindres  détails,  il  se  trouve  aux 
prises  avec  mille  versions  différentes  que 
lui  suggère  son  imagination,  et  cependant 
aucune  ne  se  recommande  plus  spéciale- 
ment à  lui  par  une  supériorité  bien  appa- 
rente, bien  qu'elle  puisse  exister   en  fait. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


loâ 


Là,  le  goût  ne  pourrait  rien  sans  le  juge- 
ment, et  celui-ci  ne  s'acquiert  que  par  une 
longue  et  constante  gymnastique  intellec- 
tuelle. 

M.  Samuel  admet  l'étude  de  la  poly- 
phonie. Mais  comment  l'entend-il?  «  Non 
pas  ce  contrepoint  italien,  inepte  et  mala- 
droite adaptation  à  notre  art  si  mouvementé 
de  l'art  plastique  des  maîtres  du  moyen 
âge  ;  mais  une  polyphonie  libre  astreinte  aux 
seules  règles  du  goilt,  gymnastique  plutôt 
qti'enseignement,  provoguant  une  souplesse 
d'esprit,  point  généralement  innée  chez  le 
musicien,   u 

Ici  encore,  M.  Samuel  verse  dans  une 
série  d'erreurs  et  de  contradictions  incom- 
préhensibles. Il  détermine  fort  bien  la 
raison  d'être  du  contrepoint,  gymnastique 
plutôt  qu'enseignement,  c'est-à-dire  en 
opposition  avec  l'assimilation  en  quelque 
sorte  mécanique  des  recettes  et  des  arti- 
fices de  l'harmonie.  Mais  quel  moyen 
d'assouplir  l'esprit  sans  lui  imposer  quel- 
ques entraves  ?  C'est  seulement  après  une 
longue  pratique  de  ces  exercices  d'ailleurs 
si  intéressants,  où  le  musicien  doit  s'ingé- 
nier à  passer  à  travers  les  mailles  serrées  du 
contrepoint  italien,  qu'il  pourra  user  en 
toute  liberté  et  en  connaissance  de  cause 
des  innombrables  ressources  de  la  poly- 
phonie moderne;  il  aura  acquis  ce  que  l'on 
appelle  si  justement  le  «  métier  »,  la 
«  main  »,  ou  plutôt  la  patte.  Jamais  la  pra- 
tique immédiate  de  la  polyphonie  moderne 
n'eût  pu  le  lui  donner,  la  liberté  illimitée 
qu'elle  lui  ofi're  ne  l'obligeant  jamais  à  dé- 
ployer quelque  ingéniosité.  Je  pose  en  fait 
qu'il  se  trouverait  au  contraire  embarrassé 
de  ces  richesses  mélodiques,  rythmiques  et 
harmoniques,  et  c'est  ce  qui  le  ferait 
échouer  dans  leur  emploi. 

Ainsi  que  le  constate  judicieusement 
M.  Samuel,  «tout  n'est  pas  seulement  idéa- 
lité dans  les  arts  :  il  y  a  des  côtés  terre  à 
terre,  matériels,  avec  lesquels  force  nous 
est  bien  de  devoir  compter.  »  Que  pourrait- 
on  bien  entendre  par  ces  «  côtés  matériels  », 
si  ce  n'est  la  technique?  Celle-ci  est  au 
compositeur  ce  que  le  mécanisme  est  à 
l'interprète.  Le  mécanisme  ne  lui  suffit  pas, 
à  lui  non  plus.  Mais  qu'adviendrait-il,  s'il 


n'avait  que  son  seul  enthousiasme  d'artiste 
pour  exécuter  matériellement  une  œuvre  de 
maître? 

Le  métier!  Tout  n'est  pas  là,  certes, 
puisque  la  grande  part  appartiendra  tou- 
jours àl'inspiratfon;  mais  de  quelle  impor- 
tance immense  n'est-il  pas  dans  l'œuvre 
d'art!  Dans  une  bien  belle  lettre,  sur  le 
salon  de  Bruxelles,  adressée  à  l'Indépen- 
dance,M.  Th.  de  Wyzew^a  déplore  l'absence 
du  métier  chez  les  peintres  d'aujourd'hui, 
qui  ne  savent  plus  peindre.  Il  leur  oppose 
les  grands  maîtres  d'autrefois,  dont  il  mon- 
tre le  génie  résidant  presque  tout  entier 
diins  leur  maîtrise. 

Nous  pourrions  en  dire  autant  de  tels  de 
nos  maîtres  à  nous,  dont  l'œuvre  se  dres- 
sera jusqu'au  ciel,  toujours  aussi  inébran- 
lable,  quand,   depuis  des   siècles,   Vajuor- 
pliisme  et  V agnoscisme  décadents  ne  seront 
même     plus    un    souvenir.    Voyez    Bach! 
Qu'est-ce  donc  qui,  chez  lui,   confond  de 
prime  abord    d'admiration,  si  ce  n'est  sa 
prodigieuse  maîtrise  ?  Et  si  nous  en  appe- 
lons à  un  génie  pour  lequel  les  néo-impres- 
sionnistes de  la  musique  professent  si  sou- 
vent    une     admiration     imprudente,    que 
trouvons-nous?  Ah!  jamais  ils  ne  pourront 
convertir  à  leurs  téméraires  négations  les 
véritables  admirateurs  de  Richard  Wagner, 
jamais  ils  ne  réussiront  à  les  faire  croire  à 
la  vanité  et  à  la  sécheresse  de  son  extraor- 
dinaire technique.  On  viendrait  vainement 
dire,  à  ceux-là  qui  ont  passé  des  heures  si 
délicieusement,  si   purement  artistiques,  à 
examiner  de   près  ces  inénarrables  parti- 
tions, à  analyser,  à  disséquer  tout  cela  par 
le  menu,  qu'ils  font  besogne  sotte  et  pé- 
dante. Quelle  incomparable  jouissance,  au 
contraire  !  Voyez  comme  tout  cela  est  fait, 
comme  tout  se  tient,  comme  tout  est  en 
place,  jusqu'au  dernier  détail!  Voilà  cepen- 
dant l'un  des  plus  grands    novateurs    qui 
furent  jamais.  Il  savait  bien,  lui,  que  toute 
son  œuvre  s'en  irait  en  poussière,  —  en  ad- 
mettant qu'il  eût  jamais  réussi  à  l'édifier,  — 
s'il  ne  l'avait  assise  inébranlablement  sur 
les  bases  de  la  maîtrise,  de  la  technique,  de 
l'harmonie  et  du  contrepoint.   Et,  remar- 
quez-le bien,    une  harmonie  extrêmement 
sage  au  fond,  hardie,  mais  non  incohérente, 


104 


LE  GVIDL  MUSICAL 


caractéristique  et  saisissante,  lorsque  la 
situation  dramatique  l'exige,  mais  sans 
jamais  la  plus  petite  négligence  d'écriture, 
moins  encore  une  grossièreté  ou  une  mala- 
dresse. Rien  n'est  poussé  au  hasard  ;  tout 
est  logiquement  raisonné. 

L'art  wagnérien  est  également  presti- 
gieux dans  son  ensemble  et  dans  ses  plus 
infimes  détails.  On  pourrait  le  comparer  à 
un  arbre  immense,  qui,  de  loin  déjà,  sur- 
prend et  émerveille;  approchez-vous,  pre- 
nez la  plus  petite  de  ses  feuilles,  examinez-la 
de  près,  et  vous  restez  émerveillé. 

Je  citerai,  à  ce  propos,  cette  réflexion  pro- 
fondément sensée,  qui  terminait  un  article 
publié,  ici  même,  par  M.  René  de  Récy, 
sur  la  Musique  sacrée: 

«  Beaucoup  de  nos  musiciens  sont  con- 
vaincus qu'il  leur  suffit  d'étudier  les  parti- 
tions de  Richard  Wagner;  or,  je  les  avertis 
qu'ils  ne  pourront  y  pénétrer  qu'à  travers  les 
grands  maîtres  du  contrepoint;  et  je  leur 
opposerai  l'exemple  de  Richard  Wagner 
lui-même,  remontant  de  Beethoven  à  Sé- 
bastien Bach,  avec  les  Maîtres  Chanteurs, 
et  de  Bach  à  Palestrina,  dans  Parsifal.  » 

Il  y  aurait  à  faire  valoir  bien  d'autres 
considérations  en  faveur  de  cette  technique 
dans  l'art  et  des  études  qui  y  conduisent  et 
que  l'on  s'étonne  de  voir  bafouées.  Il  y 
aurait  surtout  beaucoup  à  dire  concernant 
la  nécessité  de  la  science  musicale  chez 
le  dilettanti,  pour  l'épuration  du  goût  du 
public,  ainsi  que  chez  le  critique,  qui  pré- 
tend endoctriner  l'artiste  et  lui  montrer  sa 
voie.  J'y  reviendrai  dans  un  prochain  arti- 
cle. Cette  fois,  j'ai  voulu  me  borner  à  exa- 
miner, sous  ses  aspects  les  plus  caractéris- 
tiques, la  question  de  la  nécessité  des 
études  rationnelles  et  systématiques  pour 
le  compositeur.  Je  serais  heureux  d'avoir 
converti  quelques-uns  de  ceux  qui  nient  et 
raffermi  chez  quelques  autres  la  foi  en  ces 
principes,  qui  sont  la  base  de  l'œuvre  d'art 
et  la  garantie  de  sa  vitalité. 

Ernest  Closson. 


>M^^^ 


PABLO     SARASATE 

ET 

M'"-^  BERTHE  MARX 

ABLo  Saïasate  y  Navascues  est  né  àPam-i 

sj^  pelune  (Navarre),  le  lo  mars  1844. 
Ç^i^  Son  père,  chef  de  musique  militaire 
lui  donna  à  l'âge  de  trois  ans  un  violon,  pouit 
lequel  l'enfant  manifesta  des  facultés  si  éton 
nantes  qu'on  se  décida  à  le  faire  étudier  aussi 
tôt  sérieusement. 

A  cinq  ans,  il  était  déjà  très  avancé,  et  à  sepi 
ans,  il  commença  à  donner  des  concerts  ai 
théâtre  de  Pontevedra  et  à  celui  de  la  Corogn«  ' 
(Espagne).  A  six  ans,  on  le  conduisit  à  Ma- 
drid, où  on  lui  donna  le  meilleur  maître  de  C( 
temps  Don  Manuel  Rodriguez.  Il  joua  plu 
sieurs  fois  au  Théâtre- Royal,  et  la  reine  Isa 
belle  fit  à  l'enfant  une  pension,  laquelle,  réuni( 
à  deux  autres,  dont  l'une  de  la  ville  de  Pampe 
lune,  et  l'autre  de  la  comtesse  de  Mina,  mit  ses 
parents  en  état  de  conduire  l'enfant  à  Paris 
pour  le  faire  admettre  au  Conservatoire. 

Au  commencement  de  i856,  sa  mère  voulu 
l'y  conduire,  mais  arrivée  à  Bayonne,  elle  fu 
attaquée  du  choléra  et  y  mourut,  laissant  l'en- 
fant à  lui-même.  Mais  un  compatriote,  Dor 
Ignacio  Garcia  s'occupa  de  lui,  et  le  conduis! 
personnellement  à  Paris,  où  il  fut  admis 
d'emblée  dans  la  classe  d'Alard,  dont  il  devin 
vite  l'élève  de  prédilection. 

Un  an  plus  tard  (iSSy),  le  petit  Pablo  obte 
nait  seul,  et  à  l'unanimité,  le  premier  prix  d( 
violon  au  Conservatoire  de  Paris,  et  sous  1; 
protection  de  M.  de  Lassabatie,  il  put  conti 
nuer  ses  études  jusqu'à  l'âge  de  vingt  ans.  j 

Ce  premier  diplôme  fut  suivi  bientôt  d'und! 
seconde  distinction.  En  1860,  la  reine  Isabelle 
lui  envoya,  quoiqu'il  eut  seulement  seize  ans  : 
la  croix  de  chevalier  de  l'ordre  royal  d'Isabelli 
la  Catholique. 

En  iS6i,  il  parut  aux  concerts  du  Palais  d( 
Cristal,  à  Londres;  l'imprésario  Ulmann  l'en 
gagea  alors  pour  une  tournée  en  Autriche-Hon 
grie,  et  Sarasate  poussa  jusqu'à  Bucharest  e 
Constantinople.  En  1869,  il  suivit  Strakoscl 
aux  Etats-Unis  et  dans  l'Amérique  du  Sud 
faisant  résonner  son  violon  au  delà  des  Cordil 
Hères  :  au  Pérou  et  au  Chili.  Après  deux  année: 


LE  GUIDE  MUSICAL 


105 


d'absence,  il  revint  en  Europe  ;  il  alla  jouer  des 
iquatuors  à  Londres,  créer  des  œuvres  nou- 
velles au  Conservatoire,  chez  Colonne,  Pasde- 
loup,  en  France,  en  Belgique,  en  Suisse  et  en 
Hollande. 

En  1876,  il  accepta  un  engagement  à  Leip- 
zig, aux  concerts  du  Gewandhaus,  de  même 
quelques  jours  plus  tard  à  Vienne,  où  il  fit 
(avec  la  symphonie  espagnole  de  Lalo  et  le 
concerto  de  Saint  Saëns),  une  sensation  énorme, 
d'autant  plus  intense  qu'il  était  venu  sans 
réclame  et  sans  être  annoncé. 

Il  fit  alors  la  connaissance  de  M.  Otto 
Goldschmit,  qui  bientôt  devint  l'organisateur 
de  ses  concerts,  son  ami  et  accompagnateur  au 
piano,  et  il  étendit  avec  lui  ses  voyages  dans 
toute  l'Europe,  du  Portugal  jusqu'à  Nischni- 
Nowgorod,  et  de  la  Finlande  jusqu'à  Gibraltar. 
En  1889-90,11  fit  une  seconde  excursion  dans 
l'Amérique  du  Nord,  en  CaUfornie  et  au 
Mexique. 

Depuis  1876,  Sarasate  a  mené  une  vie 
extraordinairement  active,  jouant  dans  plus  de 
1,400  concerts,  toujours  avec  un  succès  crois- 
sant. 

En  novembre  1884,  il  entendit  pour  la 
première  fois  l'éminente  pianiste  française 
]\/[me  Berthe  Marx,  qui  depuis  a  été  engagée  par 
lui  pour  partager  son  succès  dans  plus  de 
700  concerts  en  Europe  et  en  Amérique. 

Les  honneurs  recueillis  par  Sarasate  dans 
sa  longue  carrière  triomphale  sont  innombra- 
bles. Disons  seulement  qu'il  est  professeur 
honoraire  du  Conservatoire  de  Madrid,  direc- 
teur honoraire  des  Conservatoires  de  Malaga  et 
de  Valencia,  citoyen  honoraire  de  la  ville  de 
Saint  Sébastien,  grande  croix,  commandeur  et 
chevalier  de  l'ordre  d'Isabelle  la  Catholique, 
chevalier  de  l'ordre  de  Charles  III,  de  la 
Couronne  de  Prusse,  2<^  classe,  de  l'Aigle  rouge 
de  Prusse,  3«  classe,  de  Danebrook  de  Dane- 
mark, du  Faucon  blanc  de  Weimar,  d'Albert 
de  Saxe,  ir'=  classe,  d'Auguste  de  Wurtemberg, 
!'■'=  classe,  du  Christ  de  Portugal,  du  lion  de  Zœh- 
ringen  de  Bade,  de  Schwerin,  de  Dessau.  De 
plus,  il  possède  les  médailles  pour  les  arts  et 
les  sciences  de  la  Russie,  de  l'Espagne  et  du 
Mecklembourg. 

L'apparition  de  Sarasate  a  été  pour  l'art  du 
violon  d'une  importance  sans  précédent.  Des 
maîtres  tels  que  Saint-Saëns,  Lalo,  Max  Bruch 
et  d'autres  se  sont  inspirés  de  sa  géniale  virtuo- 
sité, pour  écrire  des  œuvres  qui  resteront.  Il 
n'a  pas  seulement  le  mérite  d'avon'  été  le  créa- 
teur d'un  grand  nombre  d'œuvres  des  auteurs 
comtemporains,  mais  encore  il  s'est  plu  à  faire 


entendre,  et  à  généraliser,  des  chefs-d'œuvre 
oubliés  ou  peu  connus  à  cause  de  leurs  diffi- 
cultés, lesquelles  pour  lui  n'existent  pas.  Dans 
cette  dernière  tâche,  sa  vaillante  camarade 
Mme  Berthe  Marx  lui  a  été  d'un  concours 
artistique  inappréciable. 

Sarasate  s'est  encore  essayé  et  avec  succès 
dans  la  composition.  Son  œuvre  comprend 
ses  célèbres  et  étincelantes  Danses  espagnoles, 
ses  airs  boliémiens,  ses  fantaisies  sur  des  opéras 
et  quantité  d'autres  morceaux  caractéristiques, 
applaudis  du  monde  entier. 

y[ma  Berthe  Marx  est  née  à  Paris;  elle  com- 
mença à  étudier  le  piano  à  l'âge  de  trois  ans. 
Elle  surprit  bientôt  par  ses  dispositions  musi- 
cales exceptionnelles  et  fut  considérée  comme 
un  prodige.  Heureusement,  ses  parents,  bien 
avisés,  jugèrent  que  des  études  sérieuses  et 
suivies  seraient  plus  précieuses  pour  l'enfant 
que  des  succès  précoces. 

Elle  entra  donc  au  Conservatoire,  chez 
M™'=  Réty,  puis  devint  l'élève  de  Henri  Herz, 
qui  lui  prédit  qu'elle  serait  un  jour  une  seconde 

Mme  Pleyel. 

Ce  fut  en  i885  que,  jouant  dans  un  concert  à 
Bruxe'les  avec  Sarasate,  elle  étonna  par  son 
talent  si  individuel  ce  grand  maître,  surnommé 
à  juste  titre  le  roi  du  violon. 

Musicienne,  ayant  le  style  pur  et  élevé,  son 
jeu  est  à  la  fois  gracieux  et  puissant. 

Douée  d'une  mémoire  extraordinaire,  elle 
connaît  toutes  les  œuvres  écrites  pour  le  piano, 
depuis  les  clavecinistes  jusqu'à  nos  grands 
maîtres  contemporains. 

Pour  elle,  les  difficultés  de  mécanisme 
n'existent  pas,  et  sa  facilité  est  telle  que  les 
œuvres  les  plus  ardues  deviennent  claires  et 
charmantes  pour  ses  auditeurs.  Xy. 


THÉÂTRE  NATIONAL    DE    LOPÉRA-COMIQUE 

LE    FLIBUSTIER 

Comédie  lyrique  en  trois  actes 
Poème  de  Jean  Richepin,  musique  de  C.   Cui 

'œuvre  nouvelle  de  M.  Cui  n'a  obtenu 
qu'un  succès  d'estime,  on  lui  reproche 
sa  monotonie  ;  sur  ce  point,  il  y  a 
quasi  unanimité.  L'interprétation  est  excellente 
de  la  part  de  M.  Fugère.  Les  autres  artistes, 
Mmes  Landouzy,  Tarquini  d'Or,  MM.  Clément 
et  Taskin,  sont  bons  à  des  degrés  différents.  Il 


106 


LE  GUIDE  MUSICAL 


y  a  un  joli  décor  ;  l'orchestre  a  bien  accompa- 
gné. Sérieux  accroc  au  dernier  acte,  mais 
M.  Danbé  a  repêché  tout  le  monde. 

Tel  serait  le  bulletin  de  la  soirée  de  lundi  à 
rOpéra-Comique. 

Cette  part  faite  au  reportage,  résumons  une 
impression  d'ensemble. 

Nous  ne  reprocherons  certes  pas  à  M.  Cui 
d'avoir  été  logique  avec  les  idées  qu'il  a  pré- 
conisées dans  son  livre  la  Musique  en  Russie. 
C'est  l'application  rigoureuse  d'un  système, 
poussée  jusqu'à  ses  dernières  limites,  comme  il 
convenait  à  un  chef  d'école  de  le  faire.  Rien  de 
plus  instructif  et  intéressant  que  cette  expérience 
pratique,  qui  démontre  mieux  que  toute  théo- 
rie,si  explicite  fût-elle,  quelle  est  la  valeur  d'une 
idée  artistique.  C'est  prouver  le  mouvement  en 
marchant.  Le  système  inauguré  par  M.  Cui  et 
la  jeune  école  russe  peut  se  résumer  à  peu  près 
en  trois  points  principaux  :  Exclusion  défini- 
tive des  itialanismes  et  du  co7;ceri^  au  théâtre. 
Si,  à  première  vue,  cela  paraît  prudhommesque, 
si  cela  ressemble  à  l'enfoncement  d'une  porte 
ouverte,  il  faut  se  reporter  à  l'époque  et  à  la 
contrée  où  ce  programme  a  été  formulé.  La 
Russie,  il  y  a  quelque  vingt  ans,  était  encore 
fortement  imprégnée  de  bel  canto.  Du  reste,  à 
l'heure  actuelle,  beaucoup  d'œuvres  soi-disant 
modernes  de  tendances  sacrifient  encore  plus 
ou  moins  involontairement  ou  sciemment  aux 
rossinismes  ataviques.  Ce  sont  les  derniers  ves- 
tiges, réfractaires  et  masqués,  d'un  art  con- 
damné (/;;  coda  venennin).  Les  principes 
émis  par  M.  Cui  ont  donc  encore  leur  utilité, 
moins  urgente,  mais  réelle. 

Ensuite,  l'école  russe  exige  que  la  partie 
orchestrale  ait  une  valeur  intrinsèque.  Ceci  est 
affaire  d'appréciation;  et,  à  moins  de  s'adresser 
précisément  à  un  cynique  j^artisan  de  «  l'or- 
chestre grande  guitare  »,  on  rencontrera  diffi- 
cilement un  compositeur  qui  ne  trouve  de  la 
valeur  au  plus  banal  de  ses  accompagne- 
ments. 

Qu'importe,  au  reste,  une  musique  dont  la 
beauté  intrinsèque  est  déplacée,  est  hors  de 
situation,  ne  souligne  pas,  ne  renforce  pas  l'ac- 
tion dramatique  ?  Cela  sent  trop  son  magister, 
son  professeur  aimant  «  l'ouvrage  bien  faite  » , 
cette  façon  d'envisager  une  question  d'art. 

Enfin,  le  troisième  point  principal  de  la 
théorie  de  M.  Cui  n'est  pas  affirmatif,  comme 
les  précédents  ;  il  consiste  à  s'en  prendre  à 
Wagner,  avec  lequel  il  serait  difficile  de  ne  pas 
compter,  de  lui  reprocher  d'avoir  voulu  i  epré- 
senter  en  musique  des  objets  inanimés  (épée, 
lance,   etc.)   et  de  faire  chanter  à   ses  person- 


nages des  récits,  qui,  pris  séparément,  n'ont 
aucun  sens  précis,  de  n'accorder  qu'une  im- 
portance secondaire  à  la  partie  vocale,  etc. 

Je  ne  sache  pas  que  Wagner  ait  jamais  voulu 
représenter  les  objets  ou  même  les  personnes  en 
musique.  Ce  qui  a  pu  causer  ce  malentendu, 
c'est  la  pauvreté,  l'impropriété  de  la  langue 
parlée  ou  écrite,  en  ce  qui  concerne  l'esprit 
intime  de  la  musique.  Thème  de  VEpe'e,  motif 
de  la  Lance,  nous  acceptons  à  titre  de  fiches 
de  classement  ce  volapûck  impuissant,  impré- 
cis, à  défaut  d'autre  moyen,  car  il  est  bien  évi- 
dent que,  du  mot  à  la  chose,  il  n'y  a  pas  iden- 
tification ni  représentation  dans  le  sens  matériel 
du  mot,  puisqu'il  s'agit  de  musique,  donc  du 
passage  de  la  réalité,  à  la  fiction. 

Par  une  sorte  d'association  d'idées,  il  se  pro- 
duit suggestion  de  sentiments  héroïques  à  l'au- 
dition du  thème  de  l'Epée.  Si  l'explication  est 
confuse,  ardue,  consultez  vos  souvenirs  :  l'im- 
pression fut-elle  nette,  tyrannique,  obsédante 
même?  Donc,  ce  thème  est  juste,  cette  musique 
vraie. 

Pour  ce  qui  concerne  le  vieux  reproche  à 
Wagner  de  sacrifier  les  voix,  il  y  a  été  trop 
souvent  répondu,  et  la  démonstration  de  la 
force  mélodique  et  surtout  de  l'opportunité 
dans  l'emploi  de  l'élément  mélodique  et  vocal 
n'est  plus  à  faire,  après  l'installation  définitive 
du  répertoire  wagnérien  dans  les  théâtres  les 
plus  hostiles  ou  les  moins  préparés. 

Quant  aux  «  récits  qui  n'ont  aucun  sens 
précis,  pris  séparément  »,  il  serait  plus  logique 
peut-être  de  ne  pas  les  prendre  séparément, 
puisqu'ils  ne  sont  pas  destinés  à  l'être.  Aucune 
œuvre  ne  peut  résister  à  ce  procédé  d'anal3'se. 
Si,  dans  les  œuvres  de  M.  Cui,  nous  considé- 
rons, par  exemple,  une  «  pause  prise  séparé- 
ment »,  elle  n'aura  pas  de  sens  précis  bien 
déterminé,  tandis  que,  dans  l'ensemble,  un 
silence  peut  avoir  son  éloquence,  son  émo- 
tion. 

Dans  le  Flibustier,  M.  Cui  a  fidèlement 
observé,  sans  concessions,  les  principes  qu'il  a 
exposés  dans  ses  écrits  théoriques. 

L'œuvre  n'a  pas  plu  ;  ce  n'est  pas  une  raison 
qu'elle  ne  soit  pas  curieuse  et  intéressante. 

Il  n'y  a  pas  un  seul  récit  non  mesuré,  mais 
la  parole  est  posée  sur  des  dessins  d'orchestre 
réguliers  ;  de  discrets  morceaux  symphoniques 
sur  lesquels  la  phrase  chantée  s'enlève  libre- 
ment. A  la  longue,  ce  procédé  fatigue  l'atten- 
tion ;  à  part  quelques  thèmes,  ramenés  parfois, 
l'orchestre,  très  disert,  réclame  pour  son  rôle 
l'oreille  de  l'auditeur;  mais,  comme  il  est  sys- 
tématiquement maintenu  sous  la  voix,  il  s'ensuit 


LE  GUIDE  MUSICAL 


107 


une  sorte  de  dualisme  mélodique,  sans  passion, 
d'un  relief  volontairement  réduit. 

La  conversation  musicale  des  personnages 
se  déroule,  d'allure  fort  naturelle,  il  est  vrai, 
enjolivée  d'un  bruissement  harmonieux  de 
l'orchestre,  mais  vainement  on  attend  une 
effusion  lyrique,  un  crescendo  d'émotion.  Un 
rôle,  un  personnage  est  marqué  d'un  bon  coin 
dans  l'ensemble,  celui  du  vieux  Legoëz  ;  c'est 
un  personnage  de  demi-caractère,  un  bon- 
homme conventionnel  d'opéra  comique.  La 
déclamation  rapide,  sans  accent  bien  accusé, 
convient  à  son  effacement  au  point  de  vue  du 
type  musical.  Il  parle,  il  parle,  la  musique 
parle  avec  lui  sans  conclusion,  sans  image 
symbolique. 

En  tant  que  métier,  les  morceaux  sont  bien 
écrits,  la  prosodie  est  respectée,  leçon  piquante 
donnée  par  un  étranger  à  bien  des  musiciens 
français.  Il  y  a  dans  l'abondance  des  motifs 
éphémères,  de  jolies  phrases  d'un  accent  senti- 
mental bien  venu  ;  tel  le  récit  de  Marie-Anne, 
(,  C'est  noir  là-bas  ».  Un  chœur  charmant,  à 
cinq  temps,  rappelant  celui  de  GHnka  dans 
la  Vie  pour  le  Tsar;  un  arioso  de  Jannik, 
«  Ce  que  j'éprouve  est  mal  »,  et  la  phrase  «  Le 
soir,  quand  le  soleil  descend».  D'autres  détails, 
qu'il  est  toujours  oiseux  de  citer,  puisque 
l'audition  permet  de  les  apprécier,  sont  encore 
d'une  touche  heureuse. 

Mais,  il  en  faut  convenir,  la  partition  est 
d'une  abondance  morne,  et  le  livret  manque 
vraiment  de  musicalité  ;  à  part  de  rares  épisodes, 
on  ne  voit  réellement  en  quoi  le  vêtement  musi- 
cal aurait  pu  rehausser,  enrichir  une  pièce 
complète  par  elle-même.  Les  vers  en  sont 
beaux,  mais  exigent-ils,  pour  être  mis  en  va- 
leur, l'adaptation  musicale  ? 

M.  Cui  a  fait  une  oeuvre  sérieuse,  digne 
d'attention  par  les  tendances  qui  s'y  révèlent  ; 
c'est  surtout  à  ce  titre  de  tentative  vers  le  nou- 
veau qu'elle  intéresse,  car,  en  tant  que  réalisa- 
tion, elle  est  grise,  quoique  fourmillant  de 
velléités,  sans  efflorescence. 

Le  livret  de  M.  Richepin  est  assez  connu,  le 
Flibustier  se  joue  régulièrement  à  la  Comédie- 
Française. 

Une  méprise  en  foime  le  canevas.  Le 
vieux  Legoëz  attend  son  petitfils,  Pierre, 
parti  en  mer  depuis  quinze  ans.  La  cousine  de 
l'absent,  Jannik,  l'aime  sans  le  connaître, 
d'après  l'image  qu'elle  s'en  fait.  Survient  Ja- 
quemin,  ami  du  Flibustier,  dont  il  vient  annon- 
cer la  mort.  Avant  qu'il  ait  pu  s'acquitter  de 
son  message,  Legoëz  croit  reconnaître  en  lui 
son  petit-flls,  et  Jannik,  le  fiancé  de  ses  rêves. 


On   n'ose    détromper    le    grand-père,    quand 
Pierre,     celui   qu'on    croyait    mort  et    qui    a 
échappé    miraculeusement,    revient.    Explica- 
tions violentes,   puis    réconciliation  générale, 
Pierre  cédant  ses  droits  à  la  main  de  Jannik 
à  son  ami,  qui  est  aimé  de  la  jeune  fille. 
Drame  littéraire,  s'il  en  fut. 
Nous  avons  parlé  de  l'interprétation. 
En  un  mot,  l'impression  dominante  est  l'in- 
décision. M.  Cui  a  voulu  frapper  un  coup  qui 
n'a  pas  porté.  Souhaitons-lui  d'être  plus  heu- 
reux une  autre  fois.  M.  R. 


ACADEMIE  NATIONALE  DE  MUSIQUE 

Reprise  de  la  Korrigane,  ballet  fantastique  en  deux  actes, 
de  MM.  François  Coppée  et  Louis  Mérante,  musique 
de  Ch  -M.  VVidor. 

IE  ballet  a  été  pendant  longtemps  la  fiche 
J  de  consolation  octroyée  à  tout  composi- 
teur qui  avait  des  droits  à  faire  valoir  pour  être 
joué  à  l'Académie  nationale  de  musique.  La 
direction  s'inquiétait  peu  des  tendances  ou  des 
aptitudes  du  musicien.  Qu'il  eût  plus  spéciale- 
ment écrit  des  oratorios,  des  motets,  des 
pièces  d'orgue,  de  la  musique  de  chambre,  des 
symphonies  ou  suites  d'orchestre,  —  qu'il  eût 
déjà  un  ou  deux  opéras  en  portefeuille,  on  le 
priait,  s'il  désirait  entendre  prononcer  le 
dignus  est  inirare,  d'écrire...  pour  les  jambes. 
L'histoire  de  Namouna  est  encore  présente  à 
tous.  Edouard  Lalo,  l'auteur  du  Roi  d'Ys, 
qui  était  capable  de  composer  un  bel  et  bon 
opéra  pour  l'Académie  nationale  de  musique, 
fut  forcé  de  passer  sous  les  fourches  caudines 
du  directeur.  Qu'arriva-t-il  ?  Dans  le  monde  où 
l'on  s'amuse,  on  lui  reprocha  de  n'être  qu'un 
symphoniste  (!),  et  sa  Namouna,  qui  contenait 
cependant  des  pages  charmantes  et  exemptes 
de  toute  banalité,  n'eut  qu'un  succès  relatif. 
Peu  s'en  fallut  que  la  Korrigane  de  Ch.-M. 
Widor  ne  fût  traitée  de  même  façon  !  Ce  der- 
nier appartenait,  lui  aussi,  à  la  classe  des 
musiciens  savants,  qui  inspirent  une  sainte 
frayeur  au  public  frivole  et  léger  qui  adore  les 
pointes  des  danseuses  soutenues  par  une  mu- 
sique quelconque.  Songez  donc  !  Un  organiste, 
un  musicien  qui  se  complaît  à  écrire  des  trios, 
des  quatuors,  des  concertos,  et  qui  ose  affronter 
la  scène  de  l'Opéra  1 

On  s'est  bien  aperçu,  à  la  reprise  qui  vient 
d'avoir  lieu  de  la  Korrigane  à  l'Opéra,  que  la 
science  que  possède  Ch.-M.  Widor  ne  l'a  pas 


108 


LE  GUIDE  MUSICAL 


empêché  de  revêtir  de  charmantes  et  déhcates 
mélodies  un  scénario  de  ballet.  Tout  en  descen- 
dant, sa  muse  ne  s'est  pas  prostituée;...  elle 
est  restée  chaste  et  fière.  Nous  n'avons  pas  à 
rappeler  le  sujet  de  la  Korrigane,  que  F.  Cop- 
pée  a  emprunté  à  quelque  vieille  légende  bre- 
tonne; le  compositeur  a  traité  avec  la  plus 
grande  habileté  et  une  variété  toujours  renais- 
sante les  divers  épisodes  qui  lui  étaient  fournis. 
On  pouvait  redouter  une  certaine  monotonie 
dans  la  traduction  musicale  d'un  sujet  où  le 
biniou  devait  avoir  une  place  prépondérante, 
puisque  le  cornemuseux  Liiez  est,  avec  sa 
fiancée  la  gracieuse  Yvonette,  le  principal  per- 
sonnage de  la  pièce.  Il  est  vrai  que  le  biniou 
a  été  remplacé  avantageusement  par  le  hautbois, 
et  que  l'auteur  n'a  pas  abusé  de  cet  instrument. 
Dans  toutes  ces  danses  caractéristiques,  la 
lutte  au  bâton,  la  lutte  des  sauteurs,  la  sabo- 
tière, la  contredanse  bretonne,  la  valseuse,  la 
gavotte,  la  gigue  bretonne,  etc.,  Ch.  Widor, 
a  trouvé  des  rythmes  saisissants  et  des  motifs 
toujours  distingués,  pour  ne  pas  laisser  faiblir 
un  seul  instant  l'intérêt.  Rappelons-nous  l'en- 
trée d'Yvonette,  dans  un  très  fin  andante 
poco  allegretto  en  2*4,  avec  variations  en 
doubles  Cloches,  —  la  marche  religieuse  avec 
l'imitation  des  cloches  sur  la  note  la,  soutenue 
par  les  flûtes,  cors  et  harpes,  puis  les  dévelop- 
pements dans  lesquels  l'orgue  mêle  sa  voix  à 


l'orchestre,  et  enfin  toute  la  scène  mouve- 
mentée des  Korrigans.  Que  de  jolies  pages  il  y 
aurait  à  citer  !  Il  faudrait  noter,  dans  la  «  Fête 
du  Pardon  »,  le  stjde  classique  de  la  «  Lutte  du 
bâton  » ,  l'élégant  motif  sur  un  tempo  di  valsa 
de  la  ((  Sabotière  »,  avec  de  jolies  colorations  à 
la  reprise  avec  deux  bémols  à  la  clef,  —  la 
spirituelle  «  Contredanse  bretonne  »  à  6/8, 
dans  le  style  mendelssohnien,  —  un  très  cu- 
rieux accompagnement  de  basson  dans  la 
«  Gavotte  »,  —  la  verve  endiablée  de  la 
marche-presto,  —  l'intéressant  travail  orches- 
tral du  début  du  finale,  dont  nous  aimons 
moins  la  conclusion  banale.  Et  nous  ne  sommes 
qu'au  premier  acte  !  Contentons-nous  donc  de 
mettre  hors  de  pair,  dans  le  second,  l'Epreuve 
(valse  lente),  la  perle  de  la  partition.  Cet  avdan- 
tiiio  à  3/4,  d'une  émotion  pénétrante,  eut  un 
grand  succès  à  la  première  représentation  de 
l'ouvrage;  il  s'est  renouvelé  à  la  reprise. 

Souhaitons  longue  vie  à  cette  œuvre  qui  est, 
avec  Sylvia  et  Coppélia  de  Léo  Delibes,  la 
Farandole  de  M.  Dubois,  la  Namoiina  de 
Lalo,  un  des  meilleurs  ballets  du  répertoire. 

Avec  une  interprète  aussi  remarquable  que 
M"'=  Mauri  (Yvonette),  et  des  partenaires 
comme  M""  Désiré,  Ottolini,  Salle,  Invernizzi, 
MM.  Vasquez,  Ajas,  Pluque,  nous  ne  sommes 
pas  inquiets.  La  centième  ne  se  fera  pas 
attendre.  Hugues  Imbert. 


CHRONIQUE   DE   LA    SEMAINE 


PARIS 


A    LA    NATIONALE 


AU  dernier  concert  de  la  Société  nationale, 
fête  pour  Gabriel  Fauré  et  pour  son 
ancêtre  artistique  Robert  Schumann  ;  car,  chez 
les  deux  musiciens,  c'est  le  même  charme 
intime,  c'est  la  même  grâce  morbide,  avec  plus 
de  recherche,  pourtant,  chez  le  maître  français. 
Le  deuxième  quatuor  pour  piano  et  instru- 
ments à  archets  est  une  œuvre  de  haute  valeur 
artistique  dans  son  ensemble.  Le  scherzo  vaut 
par  ses  curieuses  sonorités,  le  finale  par  sa  belle 
allure  rythmique,  mais  mes  préférences  sont 
pour  le  premier  morceau,  avec  ses  thèmes  de 
passion  exaspérée  tour  à  tour  ou  dolente,  avec 


ses  inquiétantes  harmonies  qui  me  font  songer 
à  certaines  pages  de  Baudelaire  ;  puis  à  l'émou- 
vant adagio,  avec  son  joli  carillon  du  début  et 
toute  la  dernière  partie  vaporeuse,  d'une  péné- 
trante poésie,  musique  pour  de  frêles  princes.ses 
blanches  errant  à  travers  des  jardins  enchantés, 
sous  la  lune.  L'âme  de  Fauré  doit  être  pi  es  de 
l'âme  de  Verlaine,  et  je  sais  des  vers  du  poète 
de  Sagesse  que  Fauré  maria  à  des  musiques 
très  congruentes.  Dans  Spleen  pourtant,  il  y  a 
divorce  entre  la  poésie  et  musique.  Et  de  tous 
les  lieds  entendus  à  ce  concert  :  En  sour- 
dine, Green,  C'est  l'extase,  Spleen,  les  Ber- 
ceaux, c'est  ce  dernier  qui  me  semble  le  plus 
parfait.  Le  public  a  acclamé  Fauré,  qui  accom- 
pagnait, MM.  Geloso,  Monteux  et  Schneklud 
(violon,  alto  et  violoncelle),  et  M""^  Mary  Ador, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


109 


dont  la  voix  de  contralto  a  des  notes  graves 
d'une  ampleur  merveilleuse  et  d'un  timbre  très 
sympathique. 

De  Schumann,  MM.  Geloso  et  Schneklud, 
avec  M'ii^  C.  Janizewska,  ont  joué  le  deuxième 
trio,  à  la  satisfaction  de  tous. 

A  ce  même  concert,  M.  Capet  a  interprété 
avec  beaucoup  d'habileté  une  difficile  Sonate 
arckaigne  pour  violon  seul,  de  M.  A.  Vinée, 
œuvre  non  sans  valeur,  mais  trop  visiblement 
inspirée  de  Bach,  et  MM.Chausarel  etDebriny 
ont  pianiste  à  quatre  mains  avec  un  brio  étour- 
dissant la  réduction  de  Cappriccio  espagnol  de 
Eimsky-Korsakovi',  qui  est,  me  dit-on,  d'une 
orchestration  charmante.  J.  G.  R. 

Les  avis  semblent  très  variés  en  ce  qui 
concerne  la  réfection  immédiate  des  décors 
de  certains  ouvrages  détruits  par  l'incendie  de 
la  rue  Richer. 

Chacun  prêche  pour  son  saint  :  d'une  part, 
les  directeurs  de  l'Opéra  demandent  qu'on  les 
mette  en  mesure  de  remonter  au  plus  tôt  les 
pièces  qui  font  recette;  de  l'autre,  les  journaux 
d'éditeurs  de  musique  réclament  pour  les  parti- 
tions que  ceux-ci  ont  en  magasin.  L'Art  Musi- 
ca/,par  exemple, se  préoccupe  vivement  à' Aida, 
voire  de  Tabarin  (?),  tandis  que  le  Ménestrel 
se  déclare  prêt  à  avancer  les  fonds  nécessaires 
pour  remonter  les  décors  du  Cid,  de  Coppélia, 
à'Hamlet,  et  demande,  en  attendant,  la  reprise 
de  Françoise  de  Rimini  ou  du  Mage  (!),  dont 
les  décors  sont  intacts  aux  Champs-Elysées. 

Nous,  qui  ne  dépendons  de  personne,  qui 
ne  relevons  que  de  nous-mêmes,  nous  nous 
bornons  à  demander  que,  dans  cette  affaire,  la 
question  d'art  prime  celle  des  gros  sous. 

Malheureusement,  la  Commission  supérieure 
des  théâtres  s'est  réunie,  l'autre  semaine,  pour 
arrêter  la  liste  des  pièces  dont  la  réfection  serait 
demandée  à  l'Etat,  et  son  choix  s'est  porté  sur 
quelques  ouvrages,  dont  le  Cid  et  Patrie,  deux 
œuvres  médiocres  qui  n'ont  pas  réussi  et  qui 
avaient  disparu  du  répertoire  depuis  plus  d'un 
an.  Il  est  vrai  que  MM,  Massenetet  Palhadille 
font  partie  de  la  commission.  Personne  n'a 
parlé  jusqu'ici  de  Henri  VIII,  qui  est,  pour- 
tant, une  œuvre  d'une  valeur  incontestée  et  qui 
figure  chaque  année  sur  l'affiche  de  l'Opéra. 
Seulement,  M.  Saint-Saëns  est  en  Algérie. 

Comme  rien  n'est  encore  définitivement 
arrêté,  nous  espérons  que  l'administration  des 
beaux-arts  saura  prendre  en  main  les  intérêts 
de  l'artiste  absent,  et  qui  est,  sans  conteste,  le 
maître  qui  fait  le  plus  d'honneur  à  l'école  fran- 
çaise. 


T 

M.  d'Harcourt,  qui  a  donné  déjà  une  exécu- 
tion complète  du  Fanst  de  Schumann,  orga- 
nise pour  dimanche  prochain,  une  audition 
intégrale  du  Fidelio  de  Beethoven. 

A  la  demande  de  ses  nombreux  amis  et 
élèves,  le  violoniste  J.  White  remplacera,  cet 
hiver,  ses  concerts  du  soir  par  quatre  matinéis, 
dont  la  première  aura  lieu  le  14  février. 

Miii=  Madeleine  Ten  Hâve  et  M.  Jean  Ten 
Hâve  donneront,  le  3o  janvier,  à  la  salle  Erard, 
avec  le  concours  de  l'orchestre  Lamoureux,  un 
concert  où  l'on  entendra  le  concerto  en  la 
mineur  de  Schumann,  la  Fantaisie  écossaise 
de  Max  Bruch,  le  concerto  en  ut  mineur  de 
Saint-Saëns. 

t 

Le  18  janvier,  nous  avons  eu  la  bonne  for- 
tune d'assister  à  un  concert  donné  dans  un 
cercle  privé  du  boulevard  Poissonnière,  con- 
cert pas  banal  du  tout,  entièrement  composé 
d'œuvres  de  M.  Fombonne,  le  sympathique 
premier  soliste  de  la  garde  républicaine.  Il  ne 
vous  est  pas  inconnu,  Fombonne,  il  a  fait 
toutes  ses  études  musicales  au  Conservatoire 
de  Liège,  et  vous  avez  pu  apprécier  à  leur  juste 
valeur  ses  soli  de  flûte  dans  les  concerts 
donnés  à  Bruxelles  par  l'excellente  musique 
de  la  garde. 

A  part  plusieurs  œuvrettes  déjà  connues, nous 
avons  assisté  à  la  première  audition  de  sa 
Symphonie  burlesque.  Voici  le  sujet  en  deux 
mots  :  Nous  sommes  dans  un  cercle  et  nou? 
voyons  toutes  les  péripéties  d'une  partie 
de  baccarat,  depuis  le  «  Faites  vos  jeux,  Mes- 
sieurs »,  jusqu'au  cri  de  l'oiseau  champêtre  qui 
lance  ironiquement  :  «  Paie  tes  dettes  !  « 

C'est  d'une  harmonie  imifative  parfaitement 
réussie. 

En    somme,    grand    succès    pour    l'auteur, 
succès  familial,  il  est  vrai,  mais  qui,  espérons- 
nous,  ne  tardera  pas  à  se  généraliser.  L'œuvre 
par  son  originalité  même,  le  mérite. 
<$» 

On  annonce  la  représentation  de  VA  Iceste  de 
Gluck,  sans  coupures  et  dans  la  tonalité  de 
1776. 

Interprètes:  M"i«  Pauline  Savari;  MM.  La- 
font  et  Montégut.  M.  Damaré  conduira  l'or- 
chestre et  M .  Vasseur  les  chœurs.  L'opéra  de 
Gluck  n'a  plus  été  joué  à  Paris  depuis  1862. 


no 


LE  GUIDE  MUSICAL 


BRUXELLES 

La  première  de  V Attaque  du  Moulin  de 
MM.  Zola  et  L.  Gallet  pour  les  paroles  et  de 
M.  Alfred  Bruiieau  pour  la  musique,  au 
théâtre  de  la  Monnaie,  a  eu  lieu  hier  samedi. 
Nous  en  rendrons  compte  dans  notre  prochain 
numéro. 

Dès  lundi,  vont  commencer  à  la  Monnaie, 
les  répétitions  d'ensemble  pour  Tristan  et 
Iseiilt.  La  direction  compte  être  prête  pour  la 
fin  de  février  ! 

M.  Jeno  Hubay,  le  célèbre  violoniste  hon- 
grois, vient  de  passer  quelques  jours  à  Bruxelles, 
et  il  s'est  fait  entendre  dans  plusieurs  salons, 
avec  un  succès  qu'il  est  à  peine  besoin  de  men- 
tionner. M.  Hubay  a  profité  de  son  séjour  ici 
pour  voir  MM.  Stoumon  et  Calabresi,  au  sujet 
de  son  petit  opéra,  le  Luthier  de  Crémone,  qui 
a  été  accepté,  mais  n'a  pu  être  joué  l'année 
dernière,  M.  Hubay  n'ayant  pu  s'entendre  avec 
la  direction  de  la  Monnaie  au  sujet  de  la  distri- 
bution. 

Cette  fois  les  pourparlers  ont  abouti.  Le  Ljl- 
tlîier  de  Crémone  passera  à  la  fin  de  la  saison. 
La  distribution  est  ainsi  convenue  :  Filippo, 
M.  Seguin;  Gianina,  M^^  Lejeune;  Ferrari, 
M.  Lequien;  Sandro,  M.  Massart. 

Le  Luthier  de  Crémone  est  également 
accepté  à  Dresde  et  à  Prague. 

•!• 

On  sait  la  prédilection  de  S.  M.  la  reine  des 
Belges  pour  la  harpe,  qu'elle  cultive  elle-même 
en  virtuose.  Il  y  a  eu,  cet  hiver,  au  palais  de 
Bruxelles  et  au  pavillon  de  Laeken,  des 
séances  de  musique  dans  lesquelles  S.  M.  s'est 
fait  entendre  à  côté  de  deux  harpistes  célèbres, 
MM.  Charles  Oberthûr  et  Hasselmans.  Citons 
notamment,  Vlmproniptu  pour  trois  harpes  de 
Ch.  OberthlJr  qu'elle  a  joué  avec  MM.  Hassel- 
mans et  yieeï\oo,ei\& F antaisie  britannique  du 
même,  qu'elle  a  exécutée  avec  MM.  Oberthûr, 
Hasselmans  et  Meerloo.  Dans  une  deuxième 
séance  musicale,  qui  a  eu  lieu  le  17  décembre. 
Sa  Majesté  a  encore  joué  avec  M.  Meerloo  le 
grand  duo  sur  les  Huguenots  de  M.  Oberthûr 
et  un  Nocturne  du  même  pour  trois  harpes 
avec  M.  Hasselmans  et  l'auteur. 

Si  nous  sommes  bien  informés,  il  y  aura 
d'autres  récitals  de  harpe  au  palais  royal,  dans 
le  courant  de  l'hiver,  mais  la  date  n'en  est  pas 
encore  fixée. 

Disons,  à  ce  propos,  que  M.  Oberthûr  vient 


également  de  se  faire  entendre  à  Strasbourg, 
au  palais  du  prince  de  Hohenlohe,  et  à  Ratis- 
bonne,  chez  le  prince  de  Thurn  et  Taxis. 

A  la  matinée  au  palais  de  Laeken,  se  sont 
fait  entendre  encore  le  fils  et  la  fille  de  M.  Has- 
selmans :  le  premier,  violoncelliste;  la  seconde, 
cantatrice,  qui,  tous  deux,  ont  été  vivement  féli- 
cités par  Sa  Majesté. 

Dansquelques  jours  on  entendra  à  Bruxelles 
le  fameux  choral  russe  dirigé  par  M"«  Nadina 
Slaviansky.  Il  donnera  une  audition,  dans  la 
salle  de  la  Grande- Harmonie,  le  mardi  i3  fé- 
vrier, à  huit  heures  du  soir.  Nous  publions  plus 
loin  le  programme  détaillé  de  cette  intéressante 
soirée. 

Nous  apprenons  que  M.  Siegfried  Wagner 
arrivera  à  Bruxelles  dès  le  i^""  mars  et  qu'il  fera 
lui-même  toutes  les  répétitions  en  vue  du  con- 
cert qu'il  dirigera  le  11  mars,  dans  la  salle  de. 
l'Alhambra.  L'orchestre  sera  celui  du  Conser- 
vatoire moins  quelques  pupitres.  La  jeune 
artiste  qui  chantera  les  Rêves  et  la  Mort  d'I- 
seitlt,  Mlle  Kempees,  est  cantatrice  de  la  Cour 
de  Hollande  ;  elle  s'est  fait  applaudir  fréquem- 
ment dans  les  renommés  concerts  du  Wagner 
Verein  d'Amsterdam. 

Avant  le  concert  de  l'Alhambra,  elle  se  fera 
dit-on,  entendre  au  Cercle  artistique. 

Nous  lisons,  dans  les  journaux  de  Vienne, 
des  articles  dithyrambiques  sur  lejeune  violon- 
celliste Jean  Gérardy,  de  Liège,  qui  vient  de  se 
faire  entendre  pour  la  première  fois  dans  la 
capitale  autrichienne,  avec  un  succès  étour- 
dissant, ce  C'est  un  artiste  déjà  fait,  malgré  son 
jeune  âge,  dit  le  critique  de  la  Wiener  A  lle- 
gemeiuc  Zeitung ;  il  possède  dans  le  chant  un 
son  singulièrement  pénétrant,  sa  technique  est 
remarquable,  et  il  joue  avec  un  sentiment,  une 
passion,  une  flamme  qui  révèlent  une  âme 
d'artiste.  » 

L'année  dernière,  j'ai  eu  l'occasion  d'enten- 
dre le  jeune  artiste  à  Liège,  dans  une  soirée 
particulière,  et  j'ai  été  émerveillé.  Depuis  les 
Servais,  personne,  entendez-vous,  personne, 
n'a  plus  joué  du  violoncelle  comme  cet  enfant. 

Il  est  vraiment  regrettable  qu'aucune  de  nos 
institutions  de  concert  ne  l'ait  encore  fait  enten- 
dre à  ses  habitués.  Il  a  paru  dans  toutes  les 
capitales,  à  Londres,  Berlin,  Vienne,  Amster- 
dam; Bruxelles  ne  l'a  pas  encore  entendu. 
N'estil  pas  étrange  que  ni  les  Concerts  popu- 
laires, où,  depuis  dix  ans,  l'on  n'a  plus  vu  de 


LE  GUIDE  MUSICAL 


111 


violoncelliste,  ni  le  Cercle  artistique  et  litté- 
raire, qui  se  montre  si  accueillant  aux  phéno- 
mènes polonais,  n'aient  songé  à  lui  ?      M.  K. 

Une  seconde  représentation  de  Saint-Nico- 
las, la  légende  symphonique  mimée  de 
Th.  Hannon  et  Jan  Blockx,  sera  donnée  di- 
manche prochain,  à  deux  heures,  au  théâtre  du 
Parc.  M.  Blockx  conduira  l'orchestre. 

La  Eeine  honorera  cette  matinée  de  sa  pré- 
sence. 

CORRESPONDANCES 

ANVERS.  —  Encouragé  par  le  franc  succès 
qu'avait  obtenu,  la  semaine  dernière,  le  con- 
cert qui  servait  de  lever  de  rideau  à  Liederik, 
M.  Fontaine  a  renouvelé  Texpérience,  mardi  der- 
nier. 

Cette  fois,  le  concours  de  M"'  Soetens-Flament 
y  apportait  un  attrait  de  plus.  On  dirait  le  Harpsang 
de  J.  Blockx  écrit  pour  elle.  Impossible  de  donner 
plus  de  relief  à  cette  composition,  dont  le  carac- 
tère archaïque  est  encore  rehaussé  par  l'effet 
d'accompagnement  des  flûtes  et  des  harpes. 

Les  compositions  de  Benoit,  entendues  la 
semaine  dernière,  avaient  été  redemandées. 

Mijn  Moederspraak  produit  un  effet  irrésistible, 
surtout  interprété  par  M.  Fontaine. 

Cette  fois,  l'accompagnement  laissait  un  peu  à 
désirer.  La  cause  en  est  peut-être  à  la  position 
qu'occupaient  les  divers  interprètes  :  l'orchestre 
dans  un  fond,  les  harpes  au  fond  de  la  scène  et  le 
soliste  au  milieu.  Cela  peut  diificilement  produire 
une  sonorité  homogène. 

Le  soliste  instrumental  était  M.  C.  Smit,  qui  a 
interprété  avec  virtuosité  et  un  réel  sentiment 
musical  la  suite  Im  Wnlde  de  Popper.  M.  Smit, 
qui  dirige  notre  Kwartet-Kapell  vient  d'être  appelé 
en  Hollande  pour  toute  une  série  de  concerts,  ce 
qui  prouve  assez  le  cas  que  l'on  fait  là-bas  de 
notre  jeune  violoncelliste. 

M.  Berkmanns  était  mal  disposé;  nous  nous 
abstiendrons  donc  de  porter  un  jugement  sur  ce 
jeune  artiste,  dont  la  jolie  voix  fait  habituellement 
un  des  attraits  de  notre  Opéra- Flamand, 

L'orchestre  nous  a  fait  entendre  une  marche  de 
Waelput  et  l'ouverture  à.'' Isa  de  Benoit. 

Jolie  soirée  musicale  au  Cercle  catholique. 
Nous  y  avons  entendu  M.  De  Herdt  qui,  dans  un 
concerto  de  Vieuxtemps  et  une  polonaise  de 
Wieniawski,a  fait  preuve  d'une  excellente  méthode 
et  d'un  profond  sentiment  musical. 

Ce  jeune  artiste  ne  contribue  pas  peu  à  l'excellent 
ensemble  qui  fait  un  des  principaux  attraits  des 
séances  de  la  Kwariet-Kapell. 

M.  Baets,  le  sympathique  baryton  de  notre 
Opéra-Flamand,  a  dit  avec  beaucoup  de  sentiment 
des  mélodies  de  A.  Stordiau,  un  de    nos  jeunes 


compositeurs.  Fî'ew^.une  mélodie  de  M.  Baets  nous 
prouve  que  celui-ci  n'est  pas  seulement  un  chan- 
teur de  mérite,  mais  encore  un  estimable  musi- 
cien. 

A  rOpéra-Flamand,  on  répète  activement  le 
Vaissuxu  Faniôme,  l'œuvre  de  Wagner  devant  pas- 
ser mardi.  A.  W. 

AMSTERDAM.  —  Les  critiques  d'Amster 
dam  ont  été  conviés  à  assister  à  une  audi- 
tion de  \3l  Damnation  de  Faust  de  Berlioz,  donnée,  à 
Leyde,  par  la  Société  de  l'encouragement  pour 
l'art  musical,  sous  la  direction  de  M.  Daniel  de 
Lange,  le  directeur  de  l'A  Capella  Koor,  qui 
s'est  fait  entendre  à  Bruxelles,  l'an  dernier.  Mal- 
gré les  préjugés  religieux  qui  existent  en  Hol- 
lande contre  cet  ouvrage,  dont  le  clergé  catho- 
lique avait  défendu  une  exécution  à  Harlem,  celle 
de  Leyde  a  pleinement  réussi,  et  l'œuvre  de  Ber- 
lioz y  a  obtenu  un  succès  d'enthousiasme,  malgré 
les  pages  d'une  défaillance  indiscutable  et  même 
d'une  couleur  triviale  qui  la  trnversent.  Sans 
égaler  l'exécution  d'Amsterdam,  donnée  il  y  a 
quelques  années,  avec  MM.  Van  Dyck  et  Blau- 
waert,  celle  de  Leyde  a  droit  à  nos  plus  sincères 
éloges,  M.  Messchaert  surtout,  notre  éminent 
chanteur,  a  été  admirable  dans  la  partie  de  Mé- 
phistophélès.  Le  ténor  français  Piroia  était  en- 
roué, mais  nous  a  semblé  néanmoins  un  chanteur 
de  mérite;  M"''  Helferich,  une  chanteuse  néerlan- 
daise, élève  de  M™'  Marchesi,  a  l'air  intelligent, 
mais  sa  partie  était  de  beaucoup  au-dessus  de  ses 
moyens.  Les  chœurs,  dont  le  nombre  était  trop 
restreint,  ont  fait  de  leur  mieux,  et  l'orchestre  du 
Concertgebouw  d'Amsterdam  a  été  excellent. 

L'Opéra-Français  de  La  Haye  nous  a  donné 
une  fort  bonne  ie^x\se àwCapitaine  A/"oî>deMertens, 
dont  le  troisième  acte  surtout  est  très  réussi. 
Excellente  exécution,  sous  la  direction  du  compo- 
siteur, auquel  les  ovations  pleinement  méritées 
n'ont  pas  manqué.  M"'^  Andral  et  Baretj'  ont  été 
acclamées,  le  ténor  van  Loo  a  donné  ce  qu'il  a  pu 
et  MM.  Barthini  et  Moutfort  se  sont  bien  acquittés 
de  leurs  rôles.  Malheureusement,  il  y  avait  à  peine 
une  demi-salle,  sans  doute  à  cause  de  l'influenza 
qui  règne  dans  toute  la  Hollande  et  qui  fait 
naturellement  grand  tort  aux  théâtres  et  conc.  rts. 

Le  cinquième  concert  Beethoven,  sous  la  direc- 
tion de  M.  Kes,  avait  cependant  attiré  exception- 
nellement un  nombreux  auditoire.  On  y  a  joué 
l'ouverture  composée  en  1812,  intitulée  Ungatn's 
erster  Wohlthaier  ;  le  concerto  pour  violon  (1S06), 
joué  par  le  concertmeister  Leopold  Kramer  ;  l'ou- 
verture Léonore  n°  2  (1804)  et  la  cinquième  sym- 
phonie en  ut  mineur  (1807).  L'orchestre  s'est  supé- 
rieurement comporté,  comme  toujours,  mais  le 
violoniste,  tout  en  jouant  très  honorablement,  n'a 
pas  égalé  à  beaucoup  près  Joachim  ni  même 
d'autres  violonistes  qui  sont  venus  jouer  ici  ce 
concerto  immortel. 

A  Rotterdam,   M.  Richard  von  Perger  prépare 


112 


LE  GUIDE  MUSICAL 


une  représentation  modèle  (MiistervorsteUiing)  du 
Freyschilts  de  Weber.  Les  chœurs  seront  chantés 
par  les  membres  de  la  Société  pour  l'encourage- 
ment de  l'art  musical,  et  les  soli  seront  inter- 
prétés par  les  artistes  du  théâtre  de  Dusseldoif 

Intérim. 

BKRLIN.  —  A  la  Philharmonie  (concerts 
populaires)  le  professeur  Mansteadt  a  donné 
son  troisième  Wagner-Abend  :  Les  ouvertures  du 
Vaisseau  Fantôme,  du  Tannhauser,  les  Murmures  de 
la  forêt,  le  finale  du  Rheingold.  Siegfried-Idyll,  la 
marche  funèbre  et  la  Rheinfahrt  de  la  Gôiierdam- 
viei'uiig,  la  scène  des  filles  fleurs  et  la  chevauchée 
des  Walkyries.  On  comprend  facilement  qu'un 
peuple  entendant  souvent  de  pareils  concerts 
(l'entrée  toujours  à  60  pf.),  soit  musicien  et 
ne  songe  plus  à  contester  Wagner!  Aux  séances 
du  dimanche  et  du  mardi,  du  Beethoven,  Liszt, 
Moszkowski,  Haydn,  Mendelssohn,  etc.,  etc. 

Dans  le  dernier  Kammermusik-Abend  de  Joa- 
chim,  le  quinzième  quatuor  eu  la  mineur  de  Bee- 
thoven. L'adagio  dans  le  «  Modo  lydico  »  a  été 
pour  moi  une  déception  :  je  m'attendais  à  beau- 
coup plus  de  la  part  du  quatuor  Joachim.  Le  mou- 
vements était  loin  d'un  «molto  adagio  ».  Toutes  les 
blanches  du  choral,  précipitées  surtout  dans  la 
dernière  variation.  Je  suis  convaincu  que  l'inter- 
prétation de  Joachim  a  été  refroidie  par  celle  de 
ses  partenaires  qui,  dans  cet  adagio,  ne  sont  plus 
à  la  hauteur  de  leur  chef.  —  Quant  au  récitatif 
précédant  le  finale,  il  faut  l'entendre  déclamé  par 
Joachim  pour  juger  de  sa  signification!  —  Petit 
détail  qui  intéressera  peut-être  les  quartettistes  : 
Joachim  détache  chaque  fois  la  quatrième  note  du 
premier  thème  du  finale.  On  a  aussi  entendu  un 
quatuor  de  Mozart  en  si  bémol  (pas  le  célèbre 
si  bémol)  et  un  quatuor  en  ui  mineur  de  Gerns- 
heim,  une  œuvre  de  valeur,  écrite  tout  entière 
dans  le  style  de  Brahms,  inévitablement.  Dans  la 
prochaine  séance,  un  Haydn,  le  quintette  en  ut 
majeur  de  Beethoven  et  le  sextuor  en  sol  de 
Brahms.  — 

Au  dernier  concert  philharmonique,  la  sympho- 
nie en  r^' de  Brahms.  Inutile  de  revenir  sur  la  valeur 
de  cette  composition  :  un  véritable  chef-d'œuvre 
qui  dépasse,  avec  les  trois  autres  symphonies  du 
même  maître,  les  symphonies  de  Schumann  et  de 
Mendelssohn.  L'exécution  n'a  guère  été  à  la  hau- 
teur de  l'œuvre.  M.  Schuch,  le  chef  d'orchestre, 
était,  du  reste,  indisposé. 

Le  baryton  Scheidemantel,  de  Dresde,  a  chanté 
An  die  Hoffnung  de  Beethoven  et  le  monologue  de 
Sachs,  du  troisième  acte  des  Maîtres  Chanteurs.  Le 
lied  de  Beethoven  a  été  parfait  d'interprétation  ; 
quant  au  second  morceau,  M.  Scheidemantel  y 
manque  de  cette  bonhomie  qui  caractérise  le  per- 
sonnage de  Hans  Sachs.  Il  faut  dire  que  «  notre 
Betz  »  nous  a  gâtés  sous  ce  rapport  !  De  plus,  l'idée 
de  chanter  des  fragments  des  œuvres  de  Wagner 


dans  la  salle  de  concert  n'est  pas  heureuse  :  c'est 
l'avis  général. 

Une  sérénade  pour  archets,  de  Fuchs,  terminait 
le  concert.  C'est  de  la  musique  trop  facile  pour 
trouver  place  dans  un  concert  philharmonique.  — 
Le  29,  M.  Schuch  dirigera  une  nouvelle  «  Ouver- 
ture dramatique  n  de  Berger.  Comme  soliste  : 
Moritz  Rosenthal. 

A  la  Singacademie,  le  pianiste  Rosenthal  a 
donné  un  récital  dans  lequel  il  a  joué,  entre  autres, 
la  dernière  sonate  de  Beethoven,  du  Brahms,  Scar- 
latti,  Liszt,  et  la  valse  en  ré  bémol  de  Chopin, 
qu'il  a  arrangée  en  forme  d'étude  :  il  exécute  en 
tierces,  la  mélodie  de  la  main  droite  !  Mécanisme 
fabuleux. 

Un  concert  de  bienfaisance  a  eu  lieu  à  la  Phil- 
harmonie M.  Reinecke  y  a  dirigé  son  ouverture 
de  Manfred,et.  a  joué  un  concerto  en  î(i  mineur  pour 
piano,  de  Mozart.  Il  est  réputé  en  Allemagne, 
premier  "  Mozartspieler  „,  et  à  bon  droit.  Le  con- 
certo de  Mendelssohn  a  trouvé,  en  Waldemar 
Meyer,  un  excellent  interprète.  La  Sucher  a  dé- 
clamé les  Fiinf  Gedichte,  de  Wagner;  admirable 
comme  toujours. 

A  l'Opéra,  salle  comble  chaque  fois  pour  Emile 
Gôtze,qui  est  actuellement  le  premier  ténor  d'Alle- 
magne. Il  est  superbe  dans  le  Freyschûiz,  les  Maîtres 
Chanteurs  et  Lohengrin,  L'indisposition  du  ténor 
Sylva  a  fait  remettre  à  huitaine  la  première  des 
Médici,  de  Léoncavallo.  E.  B. 

CREFELD.  — •  Le  dernier  concert  de  la 
Stadt-Capelle  avait  attiré  un  nombreux 
public.  Cet  empressement  était  justifié,  car  il 
s'agissait  de  l'exécution  d'œuvres  de  P.  Benoit, 
un  des  premiers  musiciens  contemporains.  Il  y 
avait,  en  outre,  comme  soliste,  M.  A.  Wilford,- 
d'Anvers,  qui,  comme  interprête  de  Benoit,  s'est; 
montré  excellent  musicien. 

Les  compositions  du  maître  belge  étaient  :  Ou- 
verture du  Roi  des  Aulnes  et  poème  symphonique 
pour  piano  et  orchestre.  Dans  son  ouverture,  Benoit 
nous  trace  un  tableau  fantastique  musical  d'une 
haute  valeur  ;  un  chef-d'œuvre  de  coloris  instru- 
mental. 

Le  poème  symphonique  se  divise  en  trois  par- 
ties :  Ballade,  Chant  du  Barde  et  Chasse  infer- 
nale —  Cette  composition  diffère  de  la  plupart 
des  œuvres  de  ce  genre,  en  ce  sens  que  l'orchestre 
y  a  un  rôle  aussi  important  que  le  piano  ;  on  assiste 
parfois  à  un  véritable  dialogue  entre  l'orchestre 
et  le  piano. 

La  partie  de  piano  était  tenue  par  M.  A.  Wil- 
ford.  Son  jeu  est  d"une  pureté  extrême  ;  puissance' 
et  douceur  s'y  côtoient  et  son  interprétation  est  des 
plus  poétiques.  M.  Wilford  a  ensuite  fait  entendre 
une  valse  de  sa  composition. 

Les  applaudissements  qui  ont  accueilli  ce  der- 
nier morceau  ont   décidé  l'artiste  à  nous  faire  eu- 
tendre  encore  une  délicieuse   Berceuse  de  Stephe 
Heller. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


]]3 


Notre  Stadt  Capelle  peut  être  fière,  car  Crefeld 
est,  après  Dùsseldorf,  la  seule  ville  d'Allemagne, 
où  Benoit,  le  Wagner  belge,  ait  put  dire  son  mot 

L'énorme  succès  qui  lui  a  été  fait,  ainsi  qu'à 
son  interprète,  nous  fait  espérer  que  ce  ne  sera 
point  la  dernière  fois  qu'il  nous  sera  donné  de  les 
rencontrer.  » 


DRESDE.  —  A  propos  du  jubilé  d'Edmond 
Kretschmer,  organiste  depuis  i863  à  l'église 
catholique  de  la  Cour,  on  étudie  à  nouveau  son 
opéra  Henri  le  Lion.  Les  jubilés  d'artistes  se 
succèdent  :  avant-hier,  au  Conservatoire,  c'était 
le  25"  anniversaire  de  l'entrée,  comme  maître,  de 
M.  Kraniz,  aujourd'hui  directeur.  Félix  Draeseke, 
la  gloire  de  l'Institut,  a  porté  la  parole  en  termes 
très  émus.  Vendredi  passé,  au  Sinfonie-Concert,  la 
suite  de  Bach  en  si  mineur  a  été  si  applaudie 
qu'on  a  dû  répéter  la  Badinerie.  Pareil  fait  ne  s'est 
produit  à  aucun  de  ces  concerts,  pendant  toute  la 
saison. 

Pour  remplir  la  caisse  des  veuves  et  des 
orphelins  du  théâtre,  ou  a  donné  hier  VOrpkée  aux 
Eh/«'S  d'Offenbach.  C'est  infaillible.  /IchjîV/^  elle- 
même,  avec  tous  ses  enchantements,  n'a  pas  eu  le 
pouvoir  d'attirer,  samedi  soir,  plus  d'une  demi- 
salle. 

La  séduisante  cantatrice,  Lillian  Sanderson, 
venue  avec  le  violoniste  Gregorowitch  et  le  pia- 
niste Brtlning,  annonce  un  second  concert. 
Dresde  les  entendra  de  nouveau  avec  plaisir.  Ce 
n'est  point  le  cas  pour  tous  les  artistes  de  passage 
ici.  Alton. 


HUY.  —  Le  comité  de  la  Société  d'amateurs 
avait  engagé  pour  une  soirée  donnée  hier  à 
ses  nombreux  membres,  au  théâtre,  la  brillante 
troupe  de  mandolinistes  dirigée  avec  tant  de 
maestria  par  le  remarquable  virtuose  napolitain 
Fasano. 

Salle  comble  ;  de  prime  abord  un  peu  défiante, 
vu  la  nouveauté  des  moyens  et  des  effets,  puis 
finissant  par  s'abandonner  sans  réserve  au  charme 
irrésistible  et  idéalement  réalisé  d'une  fantaisie 
sur  Faust.  Aux  seconde  et  troisième  parties  de 
cette  originale  et  séduisante  séance,  le  virtuose 
Fasano  a  fait  surtout  admirer  ses  qualités  d'agilité, 
de  vigueur,  de  souplesse  et  de  style,  comme 
aussi  son  art  pénétrant  de  phraser,  dans  une 
touchante  pièce  de  sa  composition,  Mélancolie,  et  la 
Gondolière  de  Mendelssohn. 


NOUVELLES  DIVERSES 

■4*-  L'Opéra  russe  impérial  de  Saint-Péters- 
bourg a  donné,  la  semaine  dernière,  la  trois- 
centième  représentation  de  Rousslanc  et  Lud- 
milla  de  Glinka,   le  chef-d'œuvre  de  la  scène 


lyrique  russe,  et  l'Opéra  privé  du  théâtre  Pa- 
naïiw  une  représentation  de  la  Roussalka  de 
Dargomj'jsky,  à  l'occasion  du  vingt-cinquième 
anniversaire  du  décès  du  célèbre  compositeur. 
On  a  commémoré  aussi  la  mémoire  de  Dargo- 
myjsky  par  un  office  funèbre  célébré  à  la 
cathédrale  de  Kazan. 

■4<-  Gros  scandale,  l'autre  jour,  au  théâtre 
d'Aix-la-Chapelle!  On  jouait  Cavallcria  rusti- 
cana,  avec  M"<=  Mitschineer  et  le  célèbre  bary- 
ton Cura.  Nous  ignorons  pour  quelle  cause  les 
deux  artistes  avaient  suscité  l'inimitié  du  pu- 
blic aixois.  Toujours  est-il  qu'à  son  apparition 
en  scène,  M.  Gura  a  été  accueilli  par  une  bor- 
dée de  sifflets  et  de  huées  telles  qu'il  a  fallu 
interrompre  la  représentation  et  baisser  le 
rideau.  Déjà,  avant  l'entrée  de  M.  Gura, 
M ""^ Mitschineer  avait  été  mal  accueillie  parles 
spectateurs.  Cet  orage  a  été  provoqué,  dit-on, 
par  des  propos  tenus  en  dehors  du  théâtre.  Il 
va  sans  dire  que  M.  Gura  et  Mi'<=  Mitschineer 
ont  résilié  séance  tenante. 

•4»  L'Opéra  de  Vienne  a  donné,  la  semaine 
dernière,  une  première,  la  Fête  de  mai,  trois 
actes,  paroles  de  M.  Ganghofer,  musique  de 
M.  Heuberger.  La  partition  paraît  avoir  ob- 
tenu un  certain  succès,  mais  le  livret  est  tout  à 
fait  insuffisant  et  l'œuvre,  en  somme,  n'a  obtenu 
qu'un  succès  d'estime. 

•&+  //  sigiwy  Mascagni  avait  cru  devoir  à  sa 
célébrité  de  souscrire  ouvertement  en  faveur 
des  victimes  des  événements  de  Sicile.  Or,  ces 
événements  ayant  pris  certaine  tournure  révo- 
lutionnaire et  devenant  ainsi  suspects  d'être 
«  francophiles  »,  la  National  Zcitung, iomnal 
de  la  Triplice,  accuse  Mascagni  de  «  noire 
ingratitude  «,  en  ajoutant  «  qu'il  aurait  dû  se 
souvenir  qu'il  doit  sa  réputation  au  public  alle- 
mand, qui  a  accueilli  avec  enthousiasme  sa 
Cavalleria  riisticana  ». 

Voilà  une  leçon  assez  inattendue  !  Mascagni, 
souviens-toi  qu'en  musique,  l'argent  n'est  pas 
tout  ;  il  y  a  encore  la  politique  ! 

-^  Il  existe, paraît-il,  à  Motoire,  petite  ville  du 
département  de  Loir-et-Cher,  un  orchestre 
d'amateurs  recrute  en  des  conditions  peu  ordi- 
naires. Quatorze  demoiselles  appartenant  à  la 
même  famille  composent  cet  orchestre,  ainsi 
formé  :  une  flûte,  un  flageolet,  deux  clarinet- 
tes, un  violon,  deux  altos,  une  basse,  un  trian- 
gle, un  tambour,  deux  cornets,  un  trombone, 
un  baryton. 

Sans  en  vouloir  médire  autrement,  on  recon- 
naîtra que  c'est  un  peu  «  armée  du  salut  » 
comme  disposition  d'instruments.  Mais,  en 
revanche,  le  coup  d'œil  doit   êhe  curieux.  On 


114 


LE  GUIDE  MUSICAL 


voit  d'ici,  la  gracieuse  jeune  dame  en  toilette 
claire,—  il  doit  y  avoir  un  uniforme  coquet,  à 
rubans  franco-russes  peut-être,  —  empoignant 
son  tuba  comme  un  bébé  récalcitrant  et,  sour- 
cils froncés,  joues  ballonnées,  émettre  les  sono- 
rités héroïques,  terrifiantes  d'une  «  brillante 
fantaisie  de  concert  sur  des  motifs  favoris  !  » 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 


Afin  de  permettre  à  nos  abonnés  nouveaux  de 
participer  à  nos  primes,  nous  les  prévenons  qu'ils 
pourront  souscrire  à  nos  bureaux  jusqu'au  i"mars, 
au  magnifique  PORTRAIT  A  L'EAU-FORTE 
DE  BEETHOVEN,  par  L.  Dake  (hauteur  47  1/2 
centim.,  largeur  37  1/2  centim.,  sans  les  marges), 
au  prix  de  faveur  de  20  francs. 

La  maison  G.  Gonfhier,  fournisseur  des  musées, 
rue  de  l'Empereur,  3i,  Bruxelles,  nous  informe 
qu'elle  se  charge,  pour  la  ville  et  la  province,  de 
l'encadrement  de  l'eau-forte  de  Dake.  Prix  d'ar- 
tistes pour  nos  abonnés.  Maison  spéciale  pour  en- 
cadrements artistiques. 

NÉCROLOGIE 

Sont  décédés  : 

A  Angers,  d'une  fièvre  typhoïde,  M.  Guillaume 
Lekeu,  violoniste  et  compositeur,  lauréat  12"  prix) 
du  grand  concours  de  musique  pour  le  prix  de 
Rome  de  Belgique  en  1891.  Cette  mort  causera 
d'unanimes  regrets.  Né  à  Verviers,  élève  de  Louis 
Kefer,  Guillaume  Lekeu  donnait  les  plus  belles 
promesses.  Sa  partition  d'Andromède  récemment 
publiée  était  une  œuvre  remarquable  à  plus  d'un 
titre  et  qui  révélait  un  talent  déjà  très  mùr  et  très 


Paris,  A.  DURAND   et  fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


C.  SAINT-SAËNS 


OP.  82 


,A  FIANCÉE  DU  TIMBALIER 


Ballade   de  VICTOR  HUGO 


Partition  d'orctiestre  , 

Parties    d'orchestre     . 

Partition    chant    et    piano. 

Piano    à    deux    mains,    par  l'auteur 

Piano    à    4    mains,    par  A.    Benfeld 


Prix  net,  Fr.  10  — 
.  15  - 
.  2  50 
.  3  — 
.       4  — 


LE  GUIDE  MUSICAL 


115 


personnel.  On  avait  aussi  entendu  de  lui  aux  con- 
certs des  XX  une  Sonate  pour  violon  intéressante,  qui 
eut  l'honneur  d'être  jouée  par  M.  Ysaye.  Enfin  au 
concert  belge  dirigé  cet  été  au  Waux-Hall  par 
M.  Ysaye,  celui-ci  avait  produit  une  Suite 
d'orchestre  sur  des  timnes  angevins  où  le  jeune 
compositeur  verviétois  s'annonçait  comme  un 
symphoniste  très  habile  et  plein  de  fantaisie.  La 
mort  de  cet  artiste  est  une  perte  cruelle  pour  la 
jeune  école  belge.  Guillaume  Lekeu  n'avait  guère 
que  24  ans. 

J^   A  Mariafeld,  près   de    Zurich,    à    l'âge   de 

84   ans,   M"'"    Elisa    Wille,    veuve    de    l'écrivain 

A.  Wille,  dont  le    nom  est  inséparable  de  celui 

de    Richard    Wagner.    M.    et    M™"   Wille  furent 

ces    amis    généreux    qui,    lors     de    l'arrivée    de 

Richard   Wagner    à   Zurich,    ouvrirent    à    l'exilé 

leur   hospitalière  maison,    et    maintes  fois  par  la 

I    cordialité   de   leur    accueil  relevèrent  le  courage 

f    du  proscrit  luttant  en  désespéré,  contre  la  fortune 

i    et  les  cabales,  en  faveur  de  sa  réforme  du  théâtre. 

M'"'"^  Wille,  qui  était  une  femme  d'une  haute  culture 

[    et  d'un  noble  caractère,  fut  plus  d'une  fois  la  confi- 

!    dente  de  ses  projets,   de   ses  illusions  et  de  ses 


désespoirs.     Elle    a    publié     naguère,     dans     la 

Deutsche  Rundschau  de  Berlin,  des  souvenirs  extrê- 
mement intéressants  sur  Richard  Wagner  pen- 
dant son  exil.  Ces  souvenirs  sont  reproduits  en 
français  dans  le  livre  de  M.  Fazy  sur  Wagner  et 
Louis  II. 
<i^£^<dtsiJtjiMs:dl',iiSl-^-iSk-sâ'>.:,ii\„?l'i.,  ;l;.,  sli?,.  -1°.-.,  ?|?o  f'.fla 

^PERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 

Paris 

Opéra.  —  Du  21  au  28  janvier  :  Faust.  Gwendoline 
et  la  Korrigane.  La  Valliyrie.  Samson  et  Dallila  et  la 
Korrigane. 

Opéra-Comique.  —  Du  21  au  28  janvier  :  le  Flibuster 
(première).  L'Attaque  du  moulin.  Mignon.  Le  Fli- 
bustier  L'Attaque  du  moulin.  Le  Flibustier. 

Concert  Lamoureu.x  du  jeudi  25  janvier.  —  Symphonie 
en  ut  mineur  (Beethoven)  ;  air  dentrée  d'Elisabeth,  de 
Tannhœuser  (Wagnen,  M™=  Lucy  Lammers  ;  Concert 
Stuck  pour  piano  (S.  Lazzari).  M"»  Marie  Panthés; 
Peer  Gynt.  n  •'  1-2-3  de  la  suite  d'orchestre  (E.  Grieg); 
l'Ange  (Wagner),  M""'  Lucy  Lammers;  pièces 
pour  piano.  M"''  Panthès),  deux  danses  hongroises 
(Brahms). 


DE   LA    MAISON 

BREITKOPF  &  HyERTEL 

IVIoutague    (le    la    Cour,    45,     BKUXIh:i.l.lJ:S 


Grande    partition  d'orchestre,    complète  _    ^.   Demande    de    Tristan    à    Yseult. 

net i5o  —  Ténor i   _ 

—  —          en  12  livraisons       12  5o  _    5    Réponse  d' Yseult  à  Tristan.  Sop.         i   — 

—  —          en  24         —                 6  25  _    6.  Mort  d'Yseult.  Apothéose    ...         2  — 

Chant  et  Piano  Piano  à  deux  mains 

Partition,  texte  allemand  (Bûlow),  in-4°  .       37  So  Partition  sans  paroles  (A.  Horn)    .     ,     .       26  3o 

Id    in-S»                                                              i3  5o  —       avec  paroles  et  indications  scé- 

Id!  in  8»,  accomp.  simplifié    '.'!."       i3  5o  i^il^es  (édition  populaire  n°  481),  net  .       10  80 

Id.  in-8°,  version  française  de  V.  Wil-  Prélude  (ouverture) i  2S 

(jer 20  —  Potpourri 2  5o 

•,,                j-/    V-    '     '     l     .    c          ■            C ■      ^  Ehrlich,  H  Chant  de  Tristan,  «  Wie  sie 

Morceaux  détaches  avec  texte  français,  anglais  et  selio-                                                                           f. 

allemand.  Eitner,   r!    Fantaisie  sur  des  motifs  de 

N"  I.  Raillerie  de  Kourwenal.  Bar.     .     .          i   —  Tristan  et  Yseult 2  

—  2.   Conte  d'Yseult  à  Brangaine.  Sop.         3   i5  Heintz,  A.  Morceaux  tirés  de  Tristan  et  Yseïilt  : 

—  3.  Duo   d'amour  (Tristan  et  Yseult).  Cahier  i,  3  fr.  45.   -  Cahier  2,  3  fr.  45.  —  Ca- 
Tén.  et  sop 2  —  hier  3,  2  fr.  85. 

Vient  (le  paraître  :  BAHMS,  J.  Exercices  pour  piino,  cah.  1-2-3  à  4  fr.  net 

FIAÏTOS  BECHSTEIH  -  PIAITOS  BLUTHUEE 
HARMONIUIVIS 


116 


LE  GUIDE  MUSICAL 


LES    CONCERTS     BU    DIMANCHE 

14"  Concert  Colonne  (Chàtelet). — S'  Symphonie  en  fa, 
op.  93  Beethoven);  Concerto  en  ré  mineur  n"  4  pour 
piano,  op.  70  (Rubinstein),  tM.  Philipp;  marche  fu- 
nèbre d'Hamlet  (Berlioz);  Parsifal  (Wagner)  :  prélude 
d>i  I"  acte  ;  2"  tableau  du  i"''  acte  ;  Scènes  des  filles- 
fleurs.  Parsifal,  M.  Commère;  i"  groupe  :  M™*"  Jeanne 
Remacle,  M"""^  Matthieu  et  Marthe  de  Brolls  ;  2" 
groupe  :  M"'  Roland,  M^'^^'  Léger  et  Marny,  chœur  de 
jeunes  filles  ;  Tannhaeuser(Wagner),  marche  et  chœur. 

Douzième  Concert  Lamoureu.\. — (Cirque  des  Champs- 
Elysées\  —  Symphonie  en  mi  bémol,  n"  3  (Schu- 
mann);    air  d'Achille,    à'Iphigénie   en    Anlide,    Gluck, 


M.  Engel,  introduction  de  la  Fuite  m  Egypte,  l'Enfanco 
du  Christ  (Berlioz  1  ;  concerto  en  w/  mineur,  n"  4,  pour 
piano  (Saint-Saëns),  M™"  Berthe  Marx;  le  Camp  de 
Wallenstein  (Vincent  d'Indyj  ;  Walther's  Preislied  des 
Maîtres  Chanteurs,  (R.  Wagner),  M.  Engel;  Marche 
hongroise.  Damnation  de  Fa!«< (Berlioz). 
Conservatoire  national  de  musique  (Société  des  Con- 
certs). —  7''  concert  :  Symphonie  en  fa  (Beethoven); 
air  de  ballet,  avec  chœur,  du  Prince  Ignor  (Borodine); 
suite  pour  violon  (Raff),  Sarasate  ;  Ave  verum  (Saint- 
Saëns);  Fuyons  tous  d'amour  le  jeu,  chœur  sans 
accompagnement  (R.  de  Lassus);  ouverture  d'Obéron 
(Weber). 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22.  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

F  ^^  ïl  I  s 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tsebaîkowsky,  Gottschaik,  Prudent,  Allard 
des   Archives   du   piauu   et   de  la   célèbre   .Vléthode   de   piano    A.    Le    Carpentier 

Seulsdépositaiiesde  l'Edition  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  musique  de  violon 


P.   TSCHAIKOWSKY 

ŒUVRES      POUR      ORCHESTRE 


Op.  34.  Sctierzo-valse  pour  violon 

Partition  (copiée)     ....... 

Partses  séparées.      .      .  .      .  -     5 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 
Op.  35.  Concerto  en  >■«  majeur  pour  Aiolon 

Partition I2 

Parties  séparées .      • i8 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 
Op.  36.  Quatrième  symptionie  en /a  mineur  : 

Partition 25 

Parties  séparées 35 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     3 
Op.  39.  Douce  rêverie  et  Valse,  pièces  ex- 
traites    de    l'Album     d'enfants 
(n»*   21  et  8),    arrangées  pour  instru- 
ments à  cordes. 

Partition i 

Parties  séparées 2 

Parties  supplémentaires     .      .      chaque     >> 
Dp   43    Première  suite  d'orchestre  : 

10  Introduction  et  fugue  ;  20  Divertisse- 
ment ;  3»  Andante  ;  4"  Marche  minia- 
ture ;  5  '  Scherzo  ;  60  Gavotte. 

Partition 20 

Parties  séparées 3o 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     3 
Op.  43.  Marcbe  miniature  extraite  de  la  suite  ; 

Partition 2 

Parties  séparées 3 

Parties  supplémentaires  cordes  i^'"'  et  2" 
violons  seulement.      .      .      .      chaque     i 
Op.  44.  Deuxième  Concerto  en  sol  majeur 
piano  : 

Partition 20 

Parties  séparées 20 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 

Violon  solo I 

Violoncelle  solo i 


Op.  45.  Capriccio italien: 

Partition i5     » 

Parties  séparées 25     » 

Parties  supp'émensaires  cordes    chaque     2     » 

Op.  48.  Sérénade  pour  instruments  à  cordes  : 
I»  Pièce  en  forme  de  sonatine  ;  2»  Valse  ; 
30  Elégie  ;  40  Finale  (thème  russe) . 

Partition 8     « 

Parties  séparées 10     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2     » 

Op.  49   Ouverture  solennelle  : 

Partition 10     » 

Parties  séparées 20     « 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5o 

Op.  53.  Deuxième  suite  d'orchestre  : 

I"  Jeu  des  sons  ;  2"  Valse;  3"  Scherzo  hu- 
moristique; 4"  Révesd'en'antS"  Danse 
baroque,  style  Dargomijsky. 

Partition 25     » 

Parties  séparées 3o     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3     » 

Op.  55.  Troisième  suite  d'orchestre  : 

1°  Elégie  ;  2°  Valse  mélancolique  ; 
3o  Scherzo  ;  4°  Thème  avec  variations. 

Partitiion 3o 

Parties  séparées 35 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     3 

Op.  56.  Fantaisie  en  sol  majeur  pour   piano, 
dédiée  à  M™"  Essipofï. 

Partition 10 

Parties  séparées 20 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     3 

Op.  58.  Manfred,    symphonie    en    4    parties, 
d'après  Byron  : 

Partition 40 

Parties  séparées 72 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     4 
{A  suivre] 


LE  GUIDE  MUSICAL 


117 


Bruxelles 

HÉATRE  ROYAL  DE  LA  MONNAIE.  —  Du  22  au  28  jan- 
vier :  Faust.  La  Juive.  Mireille  et  Farfalla.  Les  Hu- 
guenots. L'Attaque  du  moulin. 

HÉATRE  DES  Galeries  —  Les  Mousquetaires  au 
Couvent.  —  Matinée,  dimanche,  à  i  h.  }/^. 
LCAZAR  ROYAL.  —  Bruxelles-Port  de  mer. 
dncert  de  la  Chapelle-Russe  (vocale  de  M""'  Nadina 
Slaviansky),  14  février.  —  i"  partie  ;  Marche  mili- 
taire (Nadina  Slaviansky);  Devantle portail  du  Kaluga 
chant  national,  arrangé  par  Nadina  Slaviansky);  O 
jeune  homme  aux  yeux  noirs!  chant  national  ;  la  Mois- 
sonneuse, chant  champêtre,  arrangé  par  Nadina  Sla- 
viansky ;  George  m'aime  bien,  mère  !  chanson  co- 
mique, petite  russienne  ;  les  Adieux  du  rossignol 
(Tschaïkowsky);  Viens  à  moi,  sérénade  (Dargomijsky) 
—  2°  partie  :  Pater  Noster  (style  sévère  des  couvents 


de  Kieff.  xvi°  siècle,  Benedictum  (Ectenya),  soprano 
solo  :  Mischa  Tschuriline,  un  nain  de  23  ans.  — 
3"  partie  ;  Chant  et  ronde  de  l'opéra  Naïade  (Dargo- 
mijsky); On  ne  laisse  pas  Mascha  au  delà  de  la  rivière, 
chant  national  ;  O  toi,  mon  saule  pleureur  (Worotni- 
koff);  Jeune  fille,  voilà  les  boyards  (Dargomijsky);  En 
descendant  le  Wolga,  ancienne  chanson  des  brigands 
duWolga;  Les  Forgerons,  chant  national  (Nadina 
Slaviansky);  Ei  Guchouem,  ancienne  chanson  des 
burlaks. 

Berlin 

Opéra.  —  Du  21  au  28  janvier  :  Lohengrin  L'Enlève- 
ment au  Sérail  et  Noces  slaves.  Concert  delà  chapelle 
royale.  Tannhasuser.  Cavalleria  et  l'Armurier.  Mar- 
tha.  Mara,  Puppenfee  et  I  Pagliacci. 

Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  Le  lieutenant 
de  marine. 


Concerts  Schott 

/eudi     j-si"    février    i8g4,     à     8    heures    du    soir 

DANS    LA 

ALLE  DE   LA   SOCIÉTÉ  ROYALE  DE  LA  GRANDE-HARMONIE 


S  O  I  R,  É  E3 


DONNEE    PAR 


et  t 


Fantaisie  pour  piano  et  violon, 

op.  iSg F.  Schubert 

Andante  molto  —  Allegretto 
Andantino  (Sei  mir  gegrùsht) 
.\lIegro  —  Presto. 

La  Fée  d'amour,  morceau  ca- 
ractéristique de  concert  pour 

violon  et  piano J.  Raff 

(Edition  Sarasate.) 


PROGRAMME 

4.  Quatre  danses  slaves  p'' violon     Dvorak 
a   Lento  gracioso.  —  b    Allegro 
c.  Allegretto  gracioso.  -  d   Presto 
M.  SARASATE. 


Polonaise-Fantaisie    .     .     . 

*•  Etude  en  forme  de  valse    .     . 
M™"  Berthe  MARX 


Chopin 
Saint-Saëns 


5.  rt   Le  Rossignol     .     .     .     .     \ 

b.  VI"  Rhapsodie  (piano  seul)  \ 

M"""  Berthe  MARX 


Sarasate 


6.  Sérénade  andalouse.     . 
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La  Fête  de  mai.  Les  Contes  dorés.  Hans  Heiling.  La 

Fête  de  mai.  I  Pagliacci  et  Terre  et  soleil.  Robert  le 

Diable.  La  Fête  de  mai. 
An  der  Wien.  —  Le  Maître  de  forges.  Les  Noces  du 

réserviste. 

Dresde 

Opéra.  —  Du  21  au  28  janvier  :  La  Fille  du  régiment. 
Orphée  aux  enfers  (Offenbachj.  Les  Maîtres-Chan- 
teurs. Aïda.  Lorle.  L'Enlèvement  au  Sérail,  Cavalle 
ria  rusticana,  Obéron. 


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Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

J.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

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40''  ANNEE 


4  Février    1894 


SOMMAIRE 

Jules  Brunet  :  L'Attaque  du  Moulin  de 
M.  Alfr.  Bruneau  au  théâtre  de  la  Monnaie. 

Ch.  Tardieu  :  La  Sapho  de  Gounod  au 
Théâtre  d'Anvers. 

Marcel  Remy  :  Les  Chanteurs  de  Saint- 
Gervais. 

Chronique  î)c  la  âniiatnc  :  Paris  :  concerts  Co- 
lonne. M.  L  Philipp.  Fragments  de  Parsifal.  — 
Concert  Lamoureux.  —  Petites  nouvelles. 

Bruxelles  :  Concert  Sarasate.  —  Petites  nouvelles. 

Correejjpnbances  :  Angers,  Anvers,  Berlin,  Dresde, 
Liège,  Luxembourg,  Tournai. 

Nouvelles  diverses .  —  Bibliographie.  —  Nécrologie. 

Répertoire  des  théâtres. 


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Amsterdam,  Algemeene  Miisikhin  Hl,  Spui,  2.  —  A  La 
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Pour  piano  à  quatre  mains.     .     .     »     3     » 

Parties  d'orchestre n     2     » 

Gervasio-  Nice-Casino,  galop,  p'  piano     »     i  70 
Parties  d'orchestre.      .     .     »     i     » 
Gillet,  E.   Douce    caresse,  pour  piano  . 
P'  instr.  à  cordes  (p""  et  p"'^)  . 
Tellam,  H.    Le  Corso    blanc,    polka- 
marche  pour  piano 

Pr  piano  à  quatre  mains    . 

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acquéreur  n'habitant  pas  Anvers. 

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40=!  ANNÉE.  —  Numéro  6. 


4  février  1894. 


THEATRE  ROYAL  DE  LA  MONNAIE 

PREMIÈRE  REPRÉSENTATION  DE 

L'ATTAQUE    DU   MOULIN 

Drame  lyrique  en   quatre   actes,  d'après  Emile  Zola, 
par  Louis  Gallet,  musique  cI'Alfred  Bruneau. 


I L  y  a  deux  mois  à  peine,  au  lendemain 
de  l'apparition  de  VA  ttaque  du  Mou- 
lin à  rOpéra-Comique  de  Paris, 
M.  Hugues  Imbert  donnait  aux  lecteurs  du 
Guide  Musical  (i),  une  relation  détaillée  et 
vivante  du  livret  de  M.  Louis  Gallet.  Il  serait 
superflu  de  recommencer  la  narration  de  ce 
poème,  qui  suit  d'ailleurs  d'assez  près  la  nou- 
velle, très  connue,  du  maître  naturaliste.  Il  y  a 
cependant  cette  différence,  très  fertile  en  effets 
pathétiques,  c'est  qu'ici  le  père  Merlier,  et 
non  Dominique,  qui  tombe  fusillé  sous  les 
balles  ennemies. 

Le  poème  de  M.  Gallet  s'écarte  en  outre 
sensiblement  de  la  nouvelle  des  Soirées  de 
Médan  en  un  autre  point  qui  tient  étroitement 
à  l'action  du  drame.  Dans  l'œuvre  originale, 
Françoise,  après  que  la  fuite  de  Dominique  a 
été  découverte,  se  met  à  la  recherche  de  son 
fiancé,  et  finit  par  le  retrouver  dans  la  cam- 
pagne ;  et  c'est  là  que  les  deux  jeunes  gens  ont 
cette  entrevue  émouvante  où  se  livre  dans  l'àme 
de  la  jeune  tille,  ce  terrible  combat  entre  le 
désir  de  sauver  la  vie  de  son  père  et  celui 
d'épargner  son  amant. 

Dans  le  drame  lyrique  de  M.  Gallet,  cette 
scène  douloureuse  se  passe  dans  le  moulin 
même,  où  l'inquiétude  de  connaître  le  sort  des 
siens  a  ramené  Dominique.  Le  quatrième 
acte  renferme  ainsi,  à  peu  près  à  lui  seul,  tout 
le  drame  :  la  scène  entre   Dominique  et  Fran- 


;i)  Voir  le  numéro  du  3  décembre  1893,  p.  481  à  483. 


çoise  ;  celle  non  moins  émotionnante  entre  le 
jeune  homme  et  le  père  Merlier,  qui  cherche  à 
le  faire  fuir  pour  le  sauver  en  se  sacrifiant  lui- 
même  ;  enfin,  la  scène  des  adieux  du  père  Mer- 
lier à  sa  fille,  —  des  adieux  dont  celle-ci, 
croyant  son  père  libre,  est  seule  à  ne  pas  saisir 
la  poignante  douleur.  Cette  action  dramatique 
intense  et  serrée  du  dernier  acte  fait  malheu- 
reusement ressortir  le  vide  des  actes  précé- 
dents, où  les  épisodes  tiennent,  en  somme,  la 
plus  grande  place,  dans  le  troisième  surtout, 
qui  tout  entier  repose  sur  le  meurtre  de  la  sen- 
tinelle, —  un  détail  dans  le  drame  :  un  fait  pu- 
rement matériel,  dans  lequel  la  passion  et  le 
sentiment  n'entrent  pour  rien,  qui  n'est  inspiré 
ni  par  la  vengeance,  ni  par  la  haine,  et  dont  la 
réalisation  scénique  ne  saurait  dès  lors  nous 
intéresser.  Donc,  au  point  de  vue  de  l'action, 
un  manque  d'équilibre  sensible  entre  les  diffé- 
rents actes,  et  une  trop  grande  part  donnée  à 
des  épisodes  qui  auraient  demandé  à  être  traités 
plus  sommairement  ou  même  à  se  passer  dans 
la  coulisse  ;  par  le  fait  même,  le  compositeur 
s'est  trouvé  entraîné  à  développer  musicalement 
des  scènes  accessoires,  presque  des  hors-d'œu- 
vre,  —  telle  la  cérémonie  des  fiançailles,  —  et 
c'est  ce  qui  nous  a  valu  quelques  chœurs, 
quelques  ensembles  qui  ne  sont  pas  toujours 
en  concordance  avec  les  principes  émis  pré- 
cédemment par  M.  Bruneau. 

Le  poème  du  Rêve  était,  dans  la  forme,  plus 
soigné  que  celui-ci  :  tout  en  donnant  à  ses  per- 
sonnages un  langage  suffisamment  naturel, 
M.  Gallet  l'avait  rimé  avec  une  certaine  élé- 
gance; ici,  au  contraire,  les  héros  du  drame 
parlent  une  langue  désagréablement  conven- 
tionnelle, et  la  poésie  du  librettiste  est  émaillée 
de  tares  qui  ont  dû  souvent  gêner  le  musicien 
et  que  celui-ci  n'a  pas  toujours  eu  l'habileté  de 
laisser  dans  l'ombre. 

On  se  souvient  du  bruit  que  fit  la  partition  du 
Révc  à  son  apparition.  Cette  œuvre,  en  somme 
le  véritable  début  au  théâtre  du  jeune  compo- 
siteur, fut  considérée,  et  à  juste  titre,  comme 
un  coup  d'audace.  Il  fallait,  en  effet,  un  talent 
d'une  grande  indépendance,  une  volonté 
d'artiste  peu  commune,  pour  chercher  à  rendre 


124 


LE  GUIDE  MUSICAL 


musicalement  un  drame  qui  se  passait  dans  un 
milieu  bourgeois,  en  dehors  de  toutes  les  con- 
ventioDsde  l'ancien  répertoire  lyrique.  M.  Alfred 
Bruneau  s'était  acquitté  de  cette  tâche  de 
manière  à  inspirer  les  plus  vives  espérances. 

Venant  après  le  Réve,  VA  ttaque  du  Moulin 
est,  pour  nous,  une  déception.  La  nouvelle  par- 
tition de  M.  Bruneau,  si  on  la  rapproche  de 
celle  qui  l'a  précédée,  laisse  des  doutes  sur  la 
puissance  d'invention  de  son  auteur  :  la 
musique  de  l'Attaque  dîi  Moulin  est,  en  effet, 
beaucoup  moins  personnelle  que  celle  du  Rêve. 
L'influence  de  quelques  maîtres  français  s'y 
fait  visiblement  sentir  ;  et  Massenet,  Lalo, 
Delibes,  Bizet  et  Reyer,  sans  compter  Gounod, 
y  ont  de  fréquents  souvenirs.  Puisque  nous 
parlons  de  souvenirs,  citons  en  un  qui  est 
frappant  et  qui  n'aurait  pas  dû  échapper  au 
compositeur  lui-même  :  il  s'agit  d'un  motif 
en  3/4  qui  apparaît  à  la  fin  de  l'introduction  du 
quatrième  acte  et  qui  revient  plusieurs  fois 
par  la  suite;  le  sens  n'en  est  pas  clair;  mais, 
par  le  dessin  et  la  tonalité,  le  motif  a  une 
parenté  très  étroite  avec  certain  thème  de  la 
Siegfried-Idylle.  Là  où  M.  Bruneau  est  lui,  il 
est  trop  resté  l'auteur  du  Rêve;  non  que  les 
deux  œuvres  n'aient  pas  des  colorations  diffé- 
rentes, mais  lorsque  le  contour  mélodique  est 
personnel,  il  rappelle  trop  les  mélodies  du 
Réve,  il  épouse  les  mêmes  formes,  il  emprunte 
les  mêmes  modulations. 

Comme  dans  le  Rêve,  M.  Bruneau  fait  un 
fréquent  usage  des  motifs  conducteurs,  mais 
ces  motifs  sont  ici  moins  expressifs,  sont  moins 
adéquats  aux  personnages,  aux  sentiments, 
aux  états  d'âme  qu'ils  soulignent  ;  il  en  est 
même  dont  le  rythme,  le  dessin  ou  la  couleur 
sont  en  désaccord  absolu  avec  ce  qu'ils  ont 
mission  d'évoquer.  Et  ces  motifs  se  succèdent 
trop  souvent  sans  cohésion,  sans  lien  entre 
eux,  laissant  des  vides  nombreux  dans  la  trame 
musicale. 

En  quelques  endroits,  M.  Bruneau,  entraîné 
dans  cette  voie  par  son  librettiste,  s'est  départi 
du  système  logique  qu'il  s'était  imposé  dans  sa 
précédente  partition  et  qu'il  y  avait  observé 
avec  une  fermeté,  une  persévérance  si  remar- 
quables; à  citer  comme  exemples  de  ces  écarts, 
qui  font  de  son  œuvre  un  compromis  destiné  à 
lui  rallier  sans  doute  les  suffrages  des  masses, 
l'air  des  Adieux  à  la  forêt,  le  banal  duo  d'amour 
en  trois  temps  du  deuxième  acte,  sous  lequel 
nous  aurions  deviné  une  tout  autre  et  moins 
mâle  signature  que  la  sienne,  le  choral  des 
soldats  ennemis  qui  termine  le  troisième  acte, 
—  un  chœur  d'orphéon   qui  n'a  sur  celui  des 


Romains  d'He'rodiade  que  l'avantage  d'être 
plus  bref,  —  puis  le  quatuor  du  quatrième  acte, 
qui  se  résout  en  des  sonorités  vocales  d'une 
violence  bien  intempestive.  En  d'autres  en- 
droits, —  et  ici  il  ne  s'agit  plus  d'une  critique, 
—  M.  Bruneau,  suivant  une  règle  déjà  appli- 
quée avec  bonheur  dans  le  Rêve,  accouple  les 
voix  à  l'unisson,  lorsque  ses  personnages  ont 
à  exprimer  les  mêmes  sentiments. 

La  déclamation  lyrique  est,  en  général, 
moins  soignée  que  dans  le  Rcve  ;  elle  a  souvent 
une  allure  précipitée  et  saccadée  qui  nuit  à  la 
netteté  des  paroles.  Les  mouvements  rapides 
dominent  d'ailleurs  dans  la  partition,  et  l'œuvre, 
dans  son  ensemble,  a  une  apparence  fébrile  et 
nerveuse  très  accentuée. 

M.  Bruneau  a  abandonné,  en  grande  partie 
du  moins,  les  duretés  harmoniques,  les  disso- 
nances violentes,  les  modulations  heurtées  qu'il 
avait  répandues  avec  tant  de  largesse  dans  sa 
précédente  partition.  Mais,  en  même  temps 
l'œuvre  est  moins  colorée,  et  l'on  est  porté  à 
croire  que  le  réalisme  du  sujet  convenait  moins 
à  la  nature  de  M.  Bruneau  que  le  mysticisme 
du  Rêve,  pour  la  réalisation  duquel  il  avait  su 
trouver  des  formes  musicales  si  suggestives. 

Cette  comparaison,  un  peu  longue,  entre  les 
deux  ouvrages  d'un  même  compositeur,  s'im- 
posait. Le  talent  de  M.  Bruneau  s'est  nette- 
ment et  rapidement  affirmé,  et  nul  ne  songe  à 
le  mettre  en  doute  ;  il  s'agissait  donc  surtout 
d'en  rapprocher  les  manifestations  successives. 
Ce  rapprochement, nous  croyons  l'avoir  montré, 
n'est  pas  à  l'avantage  de  l'œuvre  nouvelle.  Mais 
si  l'on  juge  celle-ci  à  un  point  de  vue  plus 
absolu,  on  peut  dire  que  V  Attaque  du  Moulin 
possède  un  ensemble  de  qualités  très  précieux, 
et  témoigne  à  nouveau  d'une  nature  fortement 
ti'empée,  ayant  de  la  science  et  du  métier,  et 
par  dessus  tout  une  grande  force  de  volonté. 

Le  rôle  qui  a  le  mieux  inspiré  M.  Bruneau 
est,  sans  contredit,  celui  du  père  Merlier  ;  c'est 
d'ailleurs  celui  auquel  le  librettiste  a  prêté  le 
langage  le  plus  humain,  langage  dont  le  com- 
positeur a  su  donner  une  notation  musicale  très 
juste  et  qui  atteint  par  moments  une  grande 
force  d'expression.  Cela  tendrait  à  prouver  que 
si  M.  Bruneau  s'est  laissé  beaucoup  trop  sou- 
vent détourner  de  ce  qui  avait  paru  son  objec- 
tif à  peu  près  constant  dans  le  Rêve,  la  Vérité, 
la  faute  en  est  avant  tout  au  librettiste.  Mais  le 
musicien  n'y  a-t-il  pas  aussi  sa  part  de  respon- 
sabilité ?  Si  le  compositeur  est  l'amant  sincère 
des  règles  artistiques  qu'il  a  prônées  et  qu'un 
de  ses  adeptes,  M.  Gustave  Charpentier,  retra- 
çait il  y  a  deux  mois  dans  le  Gil  Blas,  il  saura 


LE  GUIDE  MUSICAL 


125 


se  garer  une  autre  fois  des  écueils  auxquels 
exposent  les  livrets  bâtis  d'après  les  vieux  prin- 
cipes. 

Nous  avons  dit  que  l'action  intime  du 
drame,  la  lutte  de  sentiments  qu'il  provoque, 
se  trouve  presque  toute  contenue  dans  le  qua- 
trième acte.  Celui-ci  est,  musicalement  aussi, 
de  beaucoup  le  plus  réussi  ;  il  suffirait  à 
assigner  à  l'œuvre  un  des  premiers  rangs 
parmi  les  productions  lyriques  de  l'école 
française  dans  ces  dernières  années.  Le  père 
Merlier,  —  cette  figure  si  bien  campée  par 
Zola  et  la  seule  à  laquelle  M.  Gallet  ait  con- 
servé son  vrai  caractère,  —  tient  une  grande 
place  en  ce  quatrième  acte,  et  l'héroïsme  avec 
lequel  il  se  dévoue  pour  sauver  la  vie  de 
Dominique  y  est  rendu  avec  justesse,  dans  ses 
multiples  et  intimes  manifestations  ;  le  senti- 
ment du  sacrifice  y  est  marqué  par  un  thème 
large  et  expressif,  bien  personnel  à  M.  Bru- 
neau  cette  fois,  et  qui,  ramené  à  plusieurs 
reprises  dans  ces  scènes  pathétiques,  rappelle 
avec  bonheur  l'idée  qui  les  domine.  Si  toute 
l'œuvre  avait  été  traitée  de  pareille  manière, 
M.  Bruneau  eut  donné  au  Rêve  un  digne  pen- 
dant; mais  les  actes  qui  précèdent  marquent, 
nous  le  constatons  à  regret,  un  recul  sensible 
sur  sa  précédente  production. 

Ce  rôle  du  père  Merlier,  qui  est  en  somme 
tout  l'intérêt  du  drame,  est  tenu  au  théâtre  de 
la  Monnaie  par  un  artiste  admirable,  dont 
toutes  les  créations  lyriques, —  et  surtout  celles 
qui  s'appuient  sur  des  œuvres  d'une  esthé- 
tique un  peu  moderne,  —  sont  marquées  au 
coin  du  plus  grand  art  :  M.  Seguin  a  réalisé 
cette  figure  avec  une  puissance  d'expression, 
jointe  à  une  simplicité  de  moyens,  que  bien 
peu  pourraient  égaler.  Pour  apprécier  toute  la 
force  du  talent  d'un  tel  artiste,  il  faut  avoir  vu 
combien  à  la  répétition,  sous  ses  habits  bour- 
geois et  sans  que  le  maquillage  lui  ait  donné 
les  traits  et  l'apparence  extérieure  de  son  héros, 
il  procure,  par  le  geste  et  la  physionomie, 
l'impression  complète  du  personnage  qu'il 
représente.  Si,  malgré  ses  faiblesses,  l'œuvre 
de  M.  Bruneau  obtient  ici  un  succès  de  quel- 
que durée,  le  talent  de  M.  Seguin  y  aura  con- 
tribué pour  une  forte  part. 

Le  rôle  de  Marcelline  a,  comme  celui  du 
père  Merlier,  inspiré  à  M.  Bruneau  quelques- 
unes  des  meilleures  pages  de  sa  partition.  L'in- 
tervention de  ce  personnage  symbolique, 
étranger  à  la  nouvelle  de  Zola  et  créé  de 
toutes  pièces  par  M.  Gallet,  n'est  pas  toujours 
logique,  tant  s'en  faut  ;  mais  elle  prête  à  quel- 
ques situations  très  musicales,   dont  M.   Bru- 


neau a  su  tirer  parti.  La  malédiction  de  la 
guerre,  qui  termine  le  premier  acte,  a  grande 
allure,  et  le  morceau  est  habilement  nuancé. 
Ce  rôle,  que  l'on  a  comparé  avec  quelque 
bonne  volonté  au  Chœur  antique,  a  permis  à 
Mi's  Armand  de  déployer  tout  à  l'aise  ses  belles 
qualités  de  tragédienne  lyrique.  L'effet  produit 
eût  été  plus  grand  encore,  si  l'excellente  artiste 
avait  retrouvé  tous  ses  moyens  vocaux  de  l'an 
dernier. 

De  Dominique  Penquer,  M.  Gallet  a  fait  un 
vrai  personnage  d'opéra-comique,  et  M.  Bru- 
neau n'a  guère  réagi  contre  cette  tendance. 
Les  adieux  à  la  forêt  que  Dominique  roucoule 
au  deuxième  acte,  alors  que  ses  pensées  de- 
vraient être  tout  autre  part,  sont  absolument 
typiques  à  cet  égard  ;  l'influence  de  ce  morceau, 
d'ailleurs  très  joliment  construit  mais  trop 
visiblement  inspiré  de  Gounod,  se  fait  encore 
sentir  dans  le  duo  qui  suit,  avec  Françoise,  un 
duo  dont  le  motif  principal,  en  3/4,  évoque, 
par  sa  ligne  mélodique  et  son  accompagne- 
ment, de  frappants  souvenirs.  M.  Leprestre  a 
mis  dans  tout  cela  le  charme  de  sa  jolie  voix, 
mais  son  art  a  contribué  à  accentuer  encore  le 
caractère  par  trop  élégiaque  donné  par  les 
auteurs  au  personnage. 

M™«  de  Nuovina  a  de  beaux  élans  dans  le 
rôle  de  Françoise,  mais  ces  élans  sont  drama- 
tisés à  l'excès,  et  le  rôle  demanderait  à  être 
joué  avec  plus  de  simplicité,  avec  une  expres- 
sion plus  contenue.  Ici  encore  auteurs  et  in- 
terprète sont  complices,  car  le  rôle  lui- 
même  est  écrit  dans  une  note  qui  jure,  comme 
langage  poétique  et  musical,  avec  le  caractère, 
avec  la  condition  du  personnage. 

M.  Isouard  s'est  fait  un  succès  tout  person- 
nel par  la  manière  fort  agréable  dont  il  a 
chanté  la  romance,  d'un  sentimentalisme  banal, 
et  fade,  que  M.  Bruneau  a  mise  dans  la  bouche 
de  la  sentinelle  ennemie.  Il  est  bien  ridicule, 
soit  dit  en  passant,  ce  pauvre  soldat,  dont  «  le 
pauvre  cœur  est  toujours  fatigué  «,  et  qui  sou- 
pire, pendant  sa  faction,  des  paroles  comme 
celles-ci  : 

«  A  que  plutôt  jamais  rien  ne  commence, 
Puisque,  un  jour,  tout  doit  forcément  finir.  » 

MM.  Ghasne  (le  capitaine  ennemi),  Lequien 
(le  tambour)  et  M'ii^  Hendrikx  complètent  une 
interprétation  d'ensemble  très  satisfaisante,  sur 
laquelle  se  détachent  avec  un  puissant  relief  le 
superbe  talent  de  M.  Seguin,  l'art  classique  et 
pur  de  M"*^  Armand,  mis  au  service  des  deux 
meilleurs  rôles  de  l'œuvre. 

La  partition  de  M.  Bruneau  a  reçu  une  exé- 
cution soignée  de  la   part  de  l'orchestre,  qui 


126 


LE  GUIDE  MUSICAL 


retrouve  d'ailleurs  ses  qualités  d'antan  chaque 
fois  que  la  présence  du  compositeur  vient  subs- 
tituer son  ascendant  à  l'autorité  défaillante  de 
son  chef  régulier.  Signalons  spécialement  le 
charme  intense  que  le  hautbois  de  M .  Guidé  a 
mis  à  «  chanter  »  l'introduction  du  troisième 
acte,  —  une  mélodie  assez  développée,  quelque 
peu  inspirée  de  Bizet,  et  qui  symbolise,  paraît-il, 
la  terre  de  France  ;  —  cette  même  mélodie, 
différemment  orchestrée,  sert  d'ailleurs  de  pré- 
lude à  l'œuvre.  J.   Br. 


LA    SAPHO 

DE    CHARLES  GOUNOD 

Ail   TIléâire-Royal  d'Anvers 

(j^T^E  n'avais  jamais  vu  Sapho.  Vu  au  théâtre, 
&)  s'entend.  Car,  indépendamment  de  ces 
exécutions  «  dans  un  fauteuil  »  dont  se  régale 
le  moindre  amateur  à  peu  près  capable  de 
déchiffrer  une  partition  —  et,  si  maladroit 
qu'on  puisse  être,  elles  ne  sont  pas  à  dédaigner 
ces  initiations  à  l'œil  et  par  l'œil,  où  la  perspi- 
cacité du  regard,  fouillant  les  harmonies  et 
scrutant  les  dessins  mélodiques,  compense  et 
corrige  la  gaucherie  des  doigtés  du  pianiste 
apprenti, — j'avais  eu  de  cette  œuvre  initiale 
de  Charles  Gounod  des  aperçus  fragmentaires 
assez  enviables.  Il  y  a  quelque  vingt  ans,  à 
Bruxelles,  chez  le  père  Blaes  et  M^^  Blaes- 
Meerti  son  aimable  femme,  une  audition  au 
piano  donnée  à  quelques  amis  par  un  groupe 
mondain  et  artiste  au  milieu  duquel  M^^  Hé- 
ritte-Viardot  se  signalait  par  l'énergie  tra- 
gique de  son  talent  de  cantatrice.  Plus 
récemment  à  Paris,  chez  M^'^  Pauline  Viardot- 
Garcia,  la  Sapho  princeps,  toute  la  fin  du 
troisième  acte  dite  par  celte  grande  artiste, 
d'une  voix  superbe  encore,  d'un  style  inoublia- 
ble avec  une  saisissante  et  douloureuse  inten- 
sité de  passion  ;  et,  à  défaut  d'orchestre,  l'au- 
teur au  piano.  Plus  récemment  encore,  à 
Anvers  même,  au  festival  Gounod  organisé  par 
la  Société  de  musique  {1879),  le  ?)<^  acte  donné 
en  opéra-concert,  avec  le  concours  d'une  canta- 
trice amateur  dont  l'influence  sur  le  mouvement 
musical  anversois  est  de  notoriété  assez  écla- 
tante pour  qu'il  soit  permis  de  la  nommer  : 
M"'^  Max  Schnitzler,  et  cette  fois  le  composi- 
teur dirigeait.  Ce  sont  là  certes  de  précieux 
souvenirs,  mais  loin  qu'ils  consolent,  ils 
excitent  ;  lom  qu'ils   vous   dispensent  du  théâ- 


tre, ils  vous  y  poussent,  ils  vous  en  donnent  la 
fièvre  et  la  soif.  Oui,  cela  est  beau  ;  oui,  mon 
cœur  a  battu  ;  j'ai  pleuré  sur  Sapho  et  son 
héroïque  sacrifice,  maudit  Glycère,  cette  peste 
de  Lesbos,  et  «  voué  aux  dieux  infernaux  » 
cet  imbécile  de  Phaon.  Mais  que  sera-ce  au 
théâtre  ?  Au  risque  de  se  gâter  une  impression 
unique,  dont  l'indécision  même  est  un  charme 
de  plus,  on  veut  à  tout  prix  la  réalisation  com- 
plète de  l'œuvre  génialement  ébauchée,  le 
corps-à-corps  de  la  scène  et  de  l'orchestre.  Et 
c'est  ainsi  que  je  partais  jeudi  pour  Anvers, 
n'ayant  pas  la  patience  d'attendre  la  Sapho, 
devenue  improbable  cette  année,  du  théâtre  de 
la  Monnaie. 

Première  représentation  au  bénéfice  des 
chœurs.  Ils  y  ont  mis  de  la  coquetterie,  les  bé- 
néficiaires. De  mémoire  d'Anversois,  jamais  ils 
n'avaient  chanté  aussi  juste  ;  et  si  l'interpréta- 
tion est  loin  de  répondre  à  toutes  les  exigences 
de  l'œuvre,  il  faut  tenir  compte  de  la  précipita- 
tion qu'impose  en  province  le  renouvellement 
forcené  du  répertoire,  et  rendre  justice  aux 
artistes  à  qui  il  a  suffi  d'une  quinzaine  de  jours 
pour  mettre  Sapho  à  peu  près  en  état.  Le  rôle 
principal  était  confié  à  M"^  Verhees,  que  nous 
avons  connue,  à  la  Monnaie,  alors  qu'elle  était 
encore  M"«  Cagniard.  Elle  s'est  tirée  avec  hon- 
neur d'un  rôle  écrit  pour  le  registre  exception- 
nelle de  M'""  Pauline  Viardot,  tournant  assez 
adroitement  les  difficultés  pour  les  dissimuler; 
la  voix  d'ailleurs  est  sympathique,  la  cantatrice 
inteUigente;  et  si  la  tragédienne  est  un  peu 
molle,  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que,  dans  la 
scène  du  concours,  elle  a  eu  de  l'ampleur  et  de 
l'éclat,  au  troisième  acte  une  émotion  commu- 
nicative.  M.  Verhees  faitun Phaon  un  peu  gris, 
M.Cobalet  un  Pytheas  assez  gai  et  bien  disant. 
M.DeBacker,  baryton  par  emploi,  ténor  par 
complaisance,  n'a  pas  mal  fait  sonner  les  ti- 
rades patriotiques  d'Alcée;  et  si  M™"^  Zevort 
manqu»  de  légèreté  dans  les  perfidies,  les  iro- 
nies et  les  traîtrises  de  Glycère,  il  ne  faut  pas 
lui  en  vouloir;  contralto  de  grand  opéra,  elle 
sortait  de  ses  attributions.  Quant  à  la  chanson 
du  pâtre,  un  des  bijoux  de  la  partition,  elle  a 
été  à  peine  indiquée  par  M''^  Cantareuil.  L'or- 
chestre a  été  plus  qu'honorable  sous  la  con- 
duite de  M.  De  la  Chaussée;  ce  n'est  pas  sa 
faute  si  on  l'a  enfoncé  dans  une  cave  qui  ne 
rappelle  que  de  loin  l'abîme  mystique  de  Bay- 
reuth...  mais  en  revanche  abîme  énormément 
les  sonorités  raffinées,  mais  discrètes  de  l'ins- 
trumentation gounodienne. 

Pour  vous  dire  si  le  public  de  cette  première 
a  été  ravi  ou  mécontent,  il  me  faudrait  de  plus 


LE  GUIDE  MUSICAL 


127 


fréquents  contacts  avec  ses  façons  de  manifester 
ses  sentiments.  A  parler    franchement,  il   m'a 
paru  froid  et  même  un  peu  ahuri.  Je  veux  espé- 
rer qu'une  interprétation  de   mieux  en  mieux 
assise  et  tassée,  plus  libre,  plus  en  dehors,  aura 
bientôt    raison    des    résistances    inaugurales. 
Mais  il  se  pourrait   que  l'oeuvre,  malgré    ses 
incontestables  mérites,  malgré  ses  grandes  et  du- 
rables beautés,  n'eût  pas  en  elle  de  quoi  pas- 
sionner un  public  qui,  pourtant,  a  voué  à  Gou- 
nod  une  admiration  sincère  et,  indépendamment 
de  son  enthousiasme  artistique,  une  sorte  de 
culte  local.  Anvers,  ville  flamande  et  coloriste, 
n'a  pas  le  sens  de  l'antiquité  grecque.  En  musi- 
que comme  en  peinture,  la  pureté  des  lignes  est 
le  cadet  de  ses  soucis.  Or,  la  Sapho  de  Charles 
Gounod  est  sa  tragédie  lyrique  de  rhétoricien, 
œuvre  d'un  jeune  artiste  lettré,   frais  éclos  du 
prix  de  Rome  et  du   séminaire,  donc  imprégné 
de  deux  gravités,  celle  des  canons  de  l'art  clas- 
sique et  celle  des  canons  de  l'église.  Il  est  telle 
;     page  de  Sapho  qui  rappelle  à  la  fois  la  majes- 
I     tueuse  sobriété  linéaire  des  arts   plastiques  de 
I     l'antiquité    et  l'humilité  juvénile  des   arts  mu- 
î     siques  du  christianisme  primitif.  Les  influences 
!     littéraires   et  religieuses  qui  ont  formé  le  pen- 
!     seur —  et  ce  fut  la  gloire  de  Gounod  de  penser, 
non   content    de   chanter  —  se  trahissent  dans 
cette  première  création  du  musicien.  Mais  il  y 
a  longtemps  déjà  que  ce  rhétoricien  a  quitté  le 
collège.  Il  a  trente-trois  ans,  et  s'il  a  prolongé 
son  stage  avant  d'affronter  les  épreuves  de  la 
vie  militante,  on  sent  bien  qu'il  est  armé  pour 
la  lutte  et  pour  la  passion.  Déjà  l'instinct  latent 
d'une  personnalité  qui  ne  tardera  pas  à  s'épa- 
nouir, anime    et  fait  vibrer  ces  formes  consa- 
crées  dont  il   s'inspire,  avec  lesquelles    il    ne 
rompra  jamais,  mais  que  son  émotion  se  réserve 
le  droit  de  sculpter.  Le  caractère  de  ces  pre- 
mières   affirmations    d'un  génie    qui    s'ignore 
encore  n'est  pas  plus  la  timidité  que  l'audace, 
mais  la  sécurité  dans  la  sérénité.  Alors  même 
qu'il  se  cherche,  Gounod  est  convaincu  ;  alors 
qu'il    semble  hésiter  à  s'émanciper,  il    fait   ce 
qu'il  veut,  et  cette  œuvre  de  début,  simple  pro- 
messe si  on  la  compare  à  ses  chefs-d'œuvre,  est 
déjà  signée  de  son  paraphe.  Son  éloquence  qui 
s'essaye  prononce  des  paroles  qui  restent.  Il  y 
a  du  définitif  jusque  dans  ce  commencement. 
Et  le  troisième  acte   par   exemple,  tient  d'un 
bout  à   l'autre,  inattaquable  à  ce  point    qu'en 
maint  ouvrage  ultérieur  et  des  plus  applaudis, 
le  maître  arrivé  n'en  n'a  pas  surpassé  la  force 
et  la  beauté.  G.  T. 


£eB  Cbanteuïs  ôe  $aint=(5er\)ats 


TROIS  auditions  nous  ont  été  données,  ces  jours 
derniers,  par  les  Chanteurs  de  Saint-Gervais, 
et  il  nous  faut  constater  avec  regret  que  ces  exé- 
cutions furent  loin  d'être  en  progrès  sur  le  résul- 
tat déjà  atteint. 

Les  chœurs  nous  ont  paru  fatigués  et  même 
négligés;  nous  n'avons  plus  retrouvé  au  même 
degré  cette  précision  et  cette  belle  aisance  de 
rythme  qui  tranchaient  si  heureusement  sur  la 
lourdeur  générale  des  autres  réunions  chorales. 
Nous  ne  pouvons  attribuer  ce  relâchement  fâcheux 
qu'au  surmenage  et  à  une  insulïisante  préparation. 
Des  exécutions  moins  fréquentes,  avec  des  pro- 
grammes moins  chargés,  auront  vite  raison  du 
mal,  qui  n'est  pas  grave,  mais  qu'il  importait  à 
notre  impartialité  de  signaler. 

La  troisième  audition  de  musique  historique 
était  consacrée  aux  noms  glorieux  de  Bach  et 
Haendel.  C'était  justice,  étant  donnée  la  place  im- 
portante qu'ils  occupent  dans  l'art  musical;  mais 
nous  a'avons  pas  été  peu  surpris  de  ne  trouver  sur 
le  programme  aucun  extrait  des  grandes  œuvres 
marquantes  de  ces  deux  maîtres  :  ni  du  Messie,  ni 
de  la  Passion,  ni  de  la  messe  en  si,  ni  du  Magnificat, 
ni  des  plus  célèbres  cantates.  Or,  dans  une  antho- 
logie, il  serait  naturel  qu'on  signalât  au  moins 
les  œuvres  principales;  et  le  programme  de 
M.  Bordes  faisait  l'effet  d'être  le  dixième  ou  dou- 
zième d'une  série  de  concerts  consacrés  à  Bach  et 
Haendel,  dont  on  aurait  exécuté  en  premier  lieu 
les  ouvrages  les  plus  connus.  Pour  Hasndel,  le 
chœur  de  victoire  de  Judas,  trois  couplets  sans 
développements,  ce  n'est  pas  là  du  vrai  Hagndel, 
c'est-à-dire  un  spécimen  caractéristique  de  son 
génie.  L'air  de  Rinaldo  (Argante,  M.  Auguez,  et 
Almirène,  M^^Gramaccini)  expose  mieux  le  Hœn- 
del  profane,  quoique,  dans  le  genre  gracieux, 
l'air  d'Acis  eût  mieux  convenu.  Les  fragments  de 
Sa;)î5o;j  attestaient  un  choix  plus  judicieux;  l'air 
de  Dalila,la  Marche fimèbve,  particulièrement,  a  été 
bien  rendue. 

Bach  figurait  au  programme  avec  un  beau 
chœur  de  la  cantate  :  Ach  Gott,  vom  Himmel  siek 
darein,  qui  a  été  chanté  de  façon  assez  négligée. 
Mettons  hors  pair  M.  Gigout,  qui  a  joué  avec 
une  finesse  extrême  le  prélude  et  fugue  pour 
orgue.  Restaient  un  motet  à  huit  voix,  un  choral 
figuré  de  la  cantate  LobdGoti,  mieux  rendus,  et  un 
air  de  basse  de  la  cantate  HœclisierGoti,  chanté  par 
M.  Auguez  sans  grand  relief  N'insistons  pas  sur 
les  tentatives  de  cor  et  trompettes  aigus,  insuffi- 
samment exercés,  tant  au  point  de  vue  de  l'instru- 
ment que  du  style. 


128 


LE  GVlDi  MUSICAL 


La  quatrième  audition  comprenait  Rameau, 
Pergolèse,  Scarlatti,  Cimarosa,  Durante,  Caris- 
simi  et  Marcello. 

La  scène  finale  de  Jephte  de  Carissimi  est  cu- 
rieuse; on  y  constate  l'acheminement  vers  le  récit 
moderne,  plus  libre,  plus  expressif.  Le  Psaume  IV 
de  Marcello  a  été  chanté  bien  paiement,  le  beau 
travail  des  parties  a  paru  confus  par  la  mollesse 
des  exécutants. 

Signalons  une  pièce  de  Scarlatti,  prélude  et 
fugue,  bien  jouée,  quoiqu'un  peu  confusément, 
par  M.  Thibaut,  ainsi  que  de  charmantes  petites 
pièces  pour  clavecin,  violon  et  basse  de  Rameau. 

Mais  la  partie  principale  consistait  dans  la  sé- 
lection habile  des  œuvres  Ij'riques  de  Rameau. 
Celui-ci  est  apparu  d'une  grandeur  singulière,  in- 
soupçonnée de  ceux  pour  qui  Rameau  n'était 
qu'un  compositeur  de  menuets  et  de  gavottes.  L'air 
de  Polhix  et  surtout  l'air  de  Telaïre  :  «  Tristes  ap- 
prêts »,  fut  une  révélation  pour  le  public. 
M"'^  Blanc  l'a  bien  déclamé;  M.  Dorel,  qui  condui- 
sait, a  gardé  une  mesure  trop  mécanique  et  trop 
rapide  ;  il  fallait,  à  notre  avis,  plus  d'ampleur  tra- 
gique et  plus  de  liberté  dans  le  récit  mesuré  du 
milieu  de  l'air.  Egalement,  l'unique  mesure  à  trois 
temps  dans  le  rythme  binaire  réclamait  plus  de 
largeur.  Vraiment,  cet  air  est  d'un  lyrisme  ma- 
gnifique, que  Gluck  lui-même  n'a  pas  atteint;  nous 
l'avons  rarement  entendu  chanter  avec  autant 
d'expression  que  par  M"*^  Blanc. 

Notons  encore  des  fragments  à^Hippolyte  et  Ari- 
de, où  se  trouve  une  scène  avec  chœur  bien  jolie. 


l'air  des  Rossignols,  avec  des  appels  de  flûte  et 
hautbois  (M"°  Lovano  l'a  bien  chanté). 

Un  air  de  Don  Calandrino  de  Cimarosa  a  montré 
la  voix  sympathique  de  M.  Berton,  à  qui  l'on 
pourrait  demander  de  prononcer  mieux  les  syl- 
labes. 

L'hymne  au  Soleil,  extrait  des  Indes  galantes  de 
Rameau,  terminait  la  séance. 

Le  jeudi  25,  c'était  la  deuxième  des  trois  audi- 
tions des  cantates  d'église  de  Bach,  qu'organisent 
annuellement  les  Chanteurs  de  Saint-Gervais  et 
M.  Guilmant,  organiste. 

'L'Etoile  luit  à  VQrimt,  la  première  cantate  com- 
porte ;  un  chœur  et  choral  ;  un  air  de  soprano,  que 
M™»  Gramoccini  dit  avec  un  peu  trop  de  langueur 
afifectée;  excellent,  M. Dorel,  le  cor  'anglais,  qui 
accompagnait;  un  récit  de  basse;  un  air  de  ténor, 
un  peu  long,  mais  bien  chanté  parM.Warmbrodt; 
et  un  très  beau  choral,  que  les  Chanteurs  ont  su- 
perbement enlevé. 

Dans  l'intermède,  ils  ont  chanté  «  a  capella  », 
la  Déploration  de  Jehan  Ockeghem,  un  chef-d'œuvre 
d'émotion  par  Josquin  des  Prés,  et  deux  chansons 
françaises  de  Roland  deLassus. 

La  deuxième  cantate.  Vous  pleurerez,  vous  gémire:, 
fut  écourtée  par  l'abeence  d'un  soliste.  Le  chœur 
initial  fut  bien  nuancé  par  les  Chanteurs  et  l'air 
d'alto  a  valu  un  beau  succès  à  M™»  Terrier- 
Viccini,  ainsi  qu'au  flûtiste,  M.  Bertran,  qui  a  un 
son  bien  cristallin.  Trop  rude,  l'accompagnement 
des  basses.  Un  beau  choral  terminait  la  séance. 

La  dernière  audition  aura  lieu  le  8  février. 

M.   R. 


CHRONIQUE  DE   LA   SEMAINE 


PARIS 

(^^C^A.  première  séance  de  la  Société  des  der- 
pl(^  niers  grands  quatuors  de  Beethoven 
I)  /  qui  a  eu  lieu  le  26  janvier  dans  les 
salons  Pleyel  Wolf  et  C''=,  avait  attiré  un  nom- 
breux public,  qui  s'intéresse  à  la  belle  et  fine 
exécution  des  maîtres  classiques  par  des 
artistes  d'un  talent  éprouvé,  comme  M.  Mau- 
rin,  Cros-Saint-Ange,  Mas  et  Calliat.  L'éminent 
violoniste  M.  Maurin  se  joue  des  difficultés 
qui  hérissent  les  grands  quatuors  de  Beethoven  ; 
avec  un  archet  quelquefois  très  court,  il  donne 
aux  traits  les  plus  rapides  un  brio,  un  velouté 
remarquables.  Dans  les  passages  de  haute 
envolée  qui  sillonnent  les  œuvres  du  maître  de 
Bonn,  il  obtient  une  puissance,    une  intensité 


de  son  qu'on  rencontrerait  difficilement  à  un 
degré  plus  élevé  chez  un  autre  artiste.  M.  Cros- 
Saint-Ange  est  aujourd'hui,  après  Richard 
Loys,  un  des  violoncellistes  les  meilleurs  de 
Paris  ;  M .  Calliat  est  un  second  violon  parfait, 
cherchant  à  suivre  son  chef  de  file  ;  quant  à 
M.  Mas,  qui  fut  un  des  fondateurs  de  la 
Société  des  grands  quatuors,  on  sait  quel 
parfait  musicien  il  est  et  quels  sons  merveilleux 
il  tire  de  son  alto.  Ces  artistes  ont  exécuté,  à 
la  satisfaction  de  tous,  le  quatuor  à  cordes  en 
sol  majeur  d'Haydn  et  le  grand  quatuor 
op.  i3o  de  Beethoven,  dans  lequel  se  trouve  le 
presto  vertigineux,  l'allégro  alla  dansa  tedesca 
et  la  superbe  cavatine.  M"<=  Georges  Hainl 
(Marie  Poitevin),  prêtait  son  concours  à  la 
séance   et    a   admirablement   interprété   deux 


LE  GUIDE  MUSICAL 


129 


études  de  Chopin  et  les  trente-deux  variations 
en  iitmineui  de  Beethoven. 

P"   (  f 

Le  concert  avec  orchestre  donné  par  M"»  Ma- 
deleine Ten  Hâve  et  M.  Jean  Ten  Hâve,  son 
frère,  le  3o  janvier,  a  été  un  triomphe  pour  ces 
deux  jeunes  artistes,  si  intéressants.  M.  La- 
moureux  conduisait  l'orchestre.  Dans  les  con- 
certos en  la  mineur  de  Schumann,  et  en  tùt 
mineur  de  Saint-Saëns,  M"«  Madeleine  Ten 
Hâve  a  déployé  toutes  les  qualités  de  finesse 
et  de  charme  qui  lui  sont  si  particulières. 
Quelle  merveille  que  ce  concerto  de  Robert 
Schumann  et  quelle  perle  que  le  scherzo  avec 
ses  piquantes  réponses  du  piano  à  l'orchestre, 
et  la  phrase  si  pleine  d'élan  des  violoncelles  ! 
M.  Jean  Ten  Hâve  doit  être,  si  nous  ne  nous 
trompons  pas,  élève  d'Ysaye.  Le  maître  lui  a 
inculqué  sa  verve,  sa  nervosité  ;  l'archet  est 
peut-être  un  peu  trop  serré  à  la  corde,  ce  qui 
empêche  le  son  de  se  développer  librement, 
mais  c'est  un  léger  détail  en  présence  de  la  vir- 
tuosité qu'a  déployée  le  jeune  artiste  dans  la 
Fantaisie  écossaise  de  Max  Bruch.  L'accueil  du 
public  a  été  des  plus  chaleureux. 

M.  Delaborde  prêtait  son  concours  à  la  qua- 
trième séance,  donnée  à  la  petite  salle  Erard 
par  MM.  L  Philipp,  Berthelier,  Loeb,  Bal- 
breck  et  Carembat.  Dire  avec  quelle  perfection 
ont  été  exécutés  par  lui  et  M.  Philipp  les  varia- 
tions (op.  35)  pour  deux  pianos  de  Saint-Saëns 
est  presque  impossible.  L'interprétation  de 
cette  œuvre,  une  des  meilleures  de  Saint-Saëns, 
a  été  merveilleuse  ;  aussi  a-t-on  fait  une  vérita- 
ble ovation  aux  deux  excellents  virtuoses.  Ils 
n'ont  pas  moins  déployé  de  talent  dans  les  ro- 
mances et  variations  pour  deux  pianos  (op.5i) 
d'Edouard  Grieg.  Mais  là,  nous  nous  trouvons 
en  présence  d'une  composition  d'une  grande 
faiblesse.  L'auteur  vise  à  l'originalité  ;  mais  il 
n'a  ni  profondeur,  ni  charme  ;  ce  sont  des 
pages  superficielles,  trop  longues,  sans  intérêt, 
les  plus  faibles  sorties  de  la  plume  du  compo- 
siteur norwégien.  MM.  Berthelier  et  Philipp 
ont  fort  bien  interprété  la  sonate  (op.  75)  pour 
piano  et  violon  de  Saint-Saëns;  on  connaît  le 
jeu  charmant  et  délicat  de  M.  Berthelier.  Le 
point  culminant  de  la  séance  était  le  superbe 
trio  (op.  loi)  pour  piano,  violon  et  violoncelle 
de  J.  Brahms.  Comme  les  merveilleuses  qua- 
htés  du  maître  de  Hambourg  se  laissent  voir 
dans  cette  œuvre  d'une  tenue  si  belle,  d'un 
caractère  si  élevé  !  Quelle  perfection  dans  ce 
presto  non.  assai,  dans  lequel  le  motif  gracieu- 


sement mené  par  le  clavier  est  accompagné  en 
sourdine  par  le  violon  et  le  violoncelle.  Quel 
Lied  printanier  que  l'andante  gracioso  ! 

H.  L 


Au  dernier  concert  Colonne  (28  janvier),  l'é- 
minent  pianiste  M.  L  Philipp  s'est  fait  entendre 
dans  le  concerto  en  rc' mineur  (op.  70)  de  Ru- 
binstein.  Ce  n'est  certes  pas  le  même  jeu  que 
celui  de  M.  Pugno,  si  justement  applaudi  dans 
le  concerto  de  Grieg  ;  mais  les  qualités,  bien 
que  tout  à  fait  différentes,  n'en  sont  pas  moins 
appréciables.  Nous  sommes  ici  en  présence 
d'un  réel  virtuose  du  clavier,  dont  le  jeu  net, 
précis,  ne  donne  prise  à  aucune  critique.  La 
puissance  est  superbe,  le  brio  remarquable  : 
aucune  trace  de  ce  qu'on  appelle,  en  terme  de 
métier,  «  la  ficelle  ».  C'est  de  l'art  pianistique 
bien  compris.  Aussi,  le  public  a-t-il  fait  un  cha- 
leureux accueil  à  M.  Philipp.  Du  concerto  de 
Rubinstein,  c'est  le  finale,  avec  son  rythme 
vertigineux,  qui  a  le  plus  porté.  L'adagio,  dans 
le  style  mendelssohnien,  a  été  rendu  avec  une 
simplicité  et  une  grâce  parfaites. 

Que  dire  de  la  merveilleuse  Marche  funèbre 
à'Hamlet,  sinon  que  Berlioz  a  atteint  dans 
cette  page  funèbre,  une  intensité  dramatique 
comparable  à  celle  des  belles  pages  de  R.Wag- 
ner.Ces  lamentations  du  chœur  dans  la  coulisse, 
les  accords  hachés  des  cordes,  ce  superbe 
crescendo  aboutissant  à  l'explosion  finale,  puis 
ce  silence  glacial,  les  derniers  sanglots,  les 
plaintes  étouffées  de  l'orchestre,  n'est-ce  pas 
une  superbe  traduction  de  l'œuvre  du  divin 
Shakespeare  ?  La  Marche  funèbre  pour  la 
dernière  scène  à'Hamlet  est  datée  du  22  sep- 
tembre 1848. 

Les  fragments  de  Farsifal  (troisième  et  der- 
nière audition)  ont  été  exécutés  encore  avec 
plus  de  perfection  qu'aux  derniers  concerts. 
C'est  un  grand  succès  pour  M.  Colonne  d'avoir 
donné  une  si  belle  et  si  soignée  interprétation 
de  la  plus  merveilleuse  création  de  Richard 
Wagner.  PI.   I. 

Entendu  de  nouveau  les  fragments  de  Par- 
sifal  aux  Concerts  Colonne,  et  avec  joie  con- 
staté l'amélioration  de  l'exécution  qui  s'est 
haussée  par  instants  jusqu'à  Vin tcllectualité  si 
on  peut  ainsi  dire.  Les  complexes  tutti  de  la 
marche  sacrée,  si  troubles  précédemment  sont 
devenus  transparents,  lucides.  L'ensemble  est 
"moins  lourd,   plus  harmonieux,  par  une  mise 


130 


LE  GUIDE  MUSICAL 


au  point  mieux  contrôlée. Il  y  a  eu  des  moments 
d'émotion  réelle  qu'il  convient  de  porter  à  l'actif 
de  M.  Colonne. 

Bien  des  imperfections  subsistent,  il  le  faut 
dire  également.  D'une  façon  générale,  les 
nuances  sont  trop  sautillantes,  trop  zélées, 
sans  souffle  régulier;  le  crescendo  n'est  pas 
l'augmentation  insensible  et  continue  du  son  : 
tout  de  suite  on  atteint  au  forte  qui  se  dégonfle 
quasi  subitement  en  un  piano  imperceptible. 
C'est  déplaisant  à  entendre  comme  ces  pia- 
nistes au  jeu  faussement  varié  qui  ne  connais- 
sent que  deux  nuances,  sans  transition.  Cela 
rappelle  également  ces  orchestres  grassouillets 
et  bichonnés,  sortes  d'harmonicas  à  expression 
dont  l'orchestre  de  l'Opéra-Comique  est  le 
spécimen  le  plus  parfait  et  le  plus  insuppor- 
table. 

Ainsi,  dans  le  premier  thème  du  prélude  de 
Parsifal,  M.  Colonne  fait  atténuer  fortement 
la  sonorité  dès  la  troisième  mesure  (3^  temps) 
de  sorte  que  les  archets  atteignent  beaucoup 
trop  tôt  &VL pianissimo  qui  ne  devrait  avoir  lieu 
qu'à  la  troisième  mesure  ;  il  en  résulte  qu'à  la 
quatrième  mesure  les  musiciens  refont  un  nou- 
veau crescendo  sur  les  quatre  notes  ascen- 
dantes pour  diminuer  de  nouveau  pendant  les 
notes  syncopées,  variante  qui  n'est  ni  dans  la 
partition  ni  dans  le  sens  du  thème.  La  ligne 
parabolique,  en  quelque  sorte,  de  la  phrase  en 
est  rompue. 

Pourquoi  aussi  dans  le  même  thème  un  aussi 
dur  retour  d'archet  sur  le  ré  bécarre,  qui  n'a 
plus  sa  valeur  entière  de  double  croche,  tout 
en  étant  trop  accentué  pour  une  note  de  pas- 
sage. 

Au  thème  du  Graal,  le  son  des  cuivres 
n'est  pas  assez  soutenu  dans  les  nuances 
douces.  Très  difficile  à  obtenir  ces  sonorités 
douces  et  pleines  d'orgue  métallique,  de  la 
part  des  instrumentistes  habitués  à  faire  selon 
le  vœu  de  beaucoup  de  compositeurs,  des 
accords  plaqués  ou  des  phrases  déclamatoires. 
Même  remarque  au  thème  delà  Foi  dans  lequel 
la  trompette  à  pistons  manque  un  peu  de 
noblesse  ;  la  suite  marche  beaucoup  mieux  ; 
dans  le  thème  du  Sauveur  on  eût  souhaité  le 
grnppetto  plus  incisif. 

L'interprétation  de  la  Marche  sacrée  a  été 
très  bonne  d'une  façon  générale. Certaines/ortiJ 
étaient  fort  réussis  de  pondération,  et  l'expres- 
sion s'en  dégageait  nettement.  Sans  doute,  des 
détails  choquent,  les  violons  tendant  à  presser 
le  mouvement  au  thème  du  Graal  renversé, 
scandé  sur  la  quatrième  corde,  les  cloches  d'un 


timbre  vulgaire  (le  sol  pas  très  juste),  les  cheva- 
liers ânonnant,  au  lieu  de  chanter  naïvement. 

Malgré  ces  imperfections,  le  progrès  est  sen- 
sible, ainsi  que  dans  la  scène  des  Filles-fleiirs 
(à  part  M.  Pommène  qui  remplaçait  M.  Engel), 
et  il  convient  d'en  reporterie  mérite  à  M.  Co- 
lonne. M.  R. 

Au  premier  de  ses  concerts  du  jeudi,  M.  La- 
moureux  nous  a  fait  entendre  une  chanteuse, 
Mil«  Lammers,  dont  la  visible  émotion  para- 
lysait tous  les  moyens,  et  une  pianiste, 
M"«  Panthès,  remarquable  par  la  vigueur  et  la 
virtuosité  de  son  jeu,  un  peu  saccadé  par  ins- 
tants et  trop  nerveux  peut-être.  Elle  a  inter- 
prété d'une  façon  très  personnelle  un  Concert- 
stùck  de  M.  Sylvio  Lazzari,  un  jeune  composi- 
teur dont  il  faut  retenir  le  nom.  Son  œuvre,  en 
effet,  mérite  l'attention.  Non  pas  qu'elle  soit 
parfaite,  mais  de  très  sérieuses  qualités  de 
nature  et  de  technique  dominent  de  haut  et 
font  oublier  les  défauts  que  l'on  y  pourrait 
relever.  Ces  défauts,  il  faut  les  attribuer  surtout 
à  la  forme  même  du  morceau  :  abus  de  traits 
plus  ou  moins  difficiles,  parti  pris,  devenant 
parfois  monotone,  du  dialogue  entre  le  piano  et 
l'orchestre,  développement  à  tiroirs.  Mais  la 
belle  orchestration,  la  finesse  et  le  piquant  de 
certaines  harmonies,  l'aristocratique  émotion 
du  second  thème  sont  d'un  artiste  et,  en  résumé, 
le  Concertstûck  est  plus  qu'une  œuvre  de  pro- 
messe. Le  public  lui  a  fait  un  chaleureux 
accueil,  et  M.  Lamoureux  n'a  pas  eu  à  se 
repentir  de  la  place  faite  à  un  jeune  dans  l'un 
de  ses  programmes.  J.  G.  R. 

On  a  commencé  à  l'Opéra-Comique  les 
études  de  Falstajf.  On  espère  que  le  maître 
Verdi,  toujours  bien  portant  malgré  son  grand 
âge,  pourra  faire  le  voyage  afin  d'assister  aux 
dernières  répétitions. 

C'est,  on  lésait,  M.  V.  Maurel  qui  jouera  le  ' 
rôle  de  Falstaflf,  qu'il  a  créé  d'une  si  brillante  e 
fuçon  à  Milan.  Le  reste  de  la  pièce  est  ainsi  i 
distribué  : 

Ford,  M.  Soulacroix  ;  Docteur  Caitis,  M.  Car-- 
bonne;  Pistolet,  M.  Belhomme;  Fenton, 
M. Clément;  Bardolph.Carrel;  Mistress  Quickly, 
MmeDelna;  Nannette,  M™<=  Landouzy  ;  Meg,, 
M"''  Chevalier  ;  Ahce,  M""-'  Grandjean. 

t 

L'Opéra  a  repris  mercredi  les  Deux  Pigeons, 
le  joli  ballet  de  MM.  Régnier  et  André  Messa- 
ger  dont  la  première  représentation  remonte  au 


LE  GUIDE  MUSICAL 


131 


i8  octobre  1886,  et  qui  n'avait  pas  reparu  sur 
l'affiche  depuis  longtemps. 

Cette  reprise  a  été  accueillie  très  chaleureuse- 
ment, et  l'on  a  applaudi  la  partition  de  M.  Mes- 
sager, œuvre  sans  prétention,  mais  non  sans 
grâce  et  sans  légèreté.  Plusieurs  morceaux  sont 
restés  populaires  :  le  motif  de  violon  qui  pré- 
cède l'entrée  de  Gourouli,  le  pas  de  deux  entre 
Gourouli  et  Pepio,  la  variation  àes  pizzicati  du 
second  tableau,  enfin  l'orage,  d'une  belle  cou- 
leur et  d'une  orchestration  puissante.  Ils  ont 
retrouvé  hier  soir  leur  succès  d'autrefois, 

M"<^  Subra  remplaçait  M™e  Rosita  Mauri, 
dans  le  rôle  de  la  Pigeonne.  Elle  l'a  dansé  et 
animé  en  artiste  de  grand  style.  M™'^  Lauss  est 
charmante  en  pigeon  Pepio  «  traînant  l'aile  et 
tirant  le  pié  ».  N'oublions  pas  M"'=  Hirsch. 

Le  Journal  Officiel  publie  des  nominations 
d'officiers  de  l'instruction  publique  et  d'officiers 
d'académie,  parmi  lesquelles  nous  citerons  : 

Officiers  de  l'instruction  publique  :  M^^^  Bé- 
guin-Salomon,  compositeur  de  musique  à  Paris. 

Officiers  d'académie  :  Godin,  professeur  au 
Conservatoire  de  Toulouse  ;  Jehin,  compositeur 
de  musique  à  Paris  ;  Schmoll,  compositeur  de 
musique  à  Paris  ;  Terrisse,  professeur  de  chant 
à  Paris  ;  M™^  Thibert,  directrice  d'un  cours  de 
musique  à  Paris. 

MM.  Raoul  Pugno,  Marsick  et  Hollman 
annoncent  qu'ils  donneront  cinq  soirées  de 
musique  d'ensemble,  salle  des  Agriculteurs  de 
France,  8,  rue  d'Athènes,  les  mardis  6,  i3,  20, 
27  février  et  6  mars,  à  9  heures  du  soir. 

UArt  musical  nous  apprend  que  c'est  une 
symphonie  de  M.  Léon  Boëllmann  qui  vient  de 
remporter,  à  l'unanimité  des  membres  du  jury, 
le  prix  de  mille  francs  au  concours  de  la 
Société  des  compositeurs. 

C'est  la  quatrième  fois  que  le  jeune  et  excel- 
lent organiste  de  Saint- Vincent-de-Paul  est 
lauréat  des  concours  de  cette  Société. 

Il  a  été  couronné  précédemment  pour  un 
quatuor  et  un  trio  qui  sont  aujourd'hui  au 
répertoire  de  toutes  les  sociétés  de  musique  de 
chambre,  ainsi  que  pour  une  fantaisie  pour 
orgue,  cette  dernière  en  partage  avec  M.  Sa- 
muel Rousseau. 


BRUXELLES 

Le  deuxième  concert  organisé  par  la  maison 
Schott  a  obtenu  un  succès  considérable. 

Ce  nom  étincelant  :  Pablo  de  Sarasate,  avait 
attiré  dans  la  salle  de  la  Grande- Harmonie 
une  foule  compacte,  qui  a  fait  au  célèbre  violo- 
niste un  accueil  enthousiaste.  Sarasate  nous 
est  apparu  plus  maître  de  son  instrument  que 
jamais  :  il  en  tire  des  effets  de  sonorités  insoup- 
çonnés avant  lui  et  qui  tiennent  véritablement 
du  prodige.  Il  a,  comme  précédemment, 
charmé  son  auditoire  par  la  pureté  du  son,  le 
sentiment  du  phrasé,  la  délicatesse  et  la 
légèreté  du  trait,  la  netteté  impeccable  du  trille. 
Et  à  côté  de  ces  qualités  de  séduction,  qu'il 
possède  à  un  si  haut  degré,  il  a  fait  preuve  à 
nouveau  d'une  technique  qui  lui  permet  de 
s'acquitter  sans  effort  des  difficultés  les  plus 
transcendantes.  C'est  surtout  dans  la  Fantaisie 
andalouse,  de  sa  composition,  que  son  pres- 
tigieux talent  a  pu  s'étaler  sous  tous  ses  aspects  ; 
les  tours  de  force  qui  font  valoir  le  virtuose  y 
alternent  avec  la  phrase  chantée  dans  laquelle 
l'artiste  met  toute  son  âme,  une  âme  qui  vibre 
avec  passion  au  souvenir  des  mélodies  du  pays 
natal. 

Quelles  chaudes  colorations,  quels  r3'thmes 
captivants,  Sarasate  met  dans  ces  fantaisies 
espagnoles  qui  sous  son  archet  endiablé, 
deviennent  de  véritables  petits  poèmes,  évo- 
catifs  au  plus  haut  point  ! 

L'effet  produit  a  été  moins  grand  dans  les 
danses  slaves  de  Dvorak,  dont  les  duretés  sou- 
vent piquantes  sans  doute,  mais  parfois  aussi 
pénibles,  ne  paraissent  pas  convenir  au  tem- 
pérament de  Sarasate  au  même  degré  que  les 
tons  chauds  et  caressants  des  mélodies  méridio- 
nales. 

Dans  la  Fée  d'amour,  un  morceau  carac- 
téristique de  Raff,  pour  violon  et  piano,  arrangé 
par  Sarasate,  le  maître  violoniste  a  eu  des  effets 
de  timbres  extrêmement  piquants,  qui  eussent 
fait  croire  à  la  présence  d'autres  instrumen- 
tistes. Cette  œuvre,  plus  curieuse  que  profon- 
dément artistique,  réserve  d'ailleurs  au  piano 
des  sonorités  également  très  «  caractéristiques  », 
auxquelles  M™e  Bertlie  Marx  a  su  donner  une 
puissante  coloration. 

Le  succès  de  la  très  distinguée  pianiste  a 
atteint,  comme  celui  de  son  partenaire,  les 
'proportions  d'un  triomphe.  M^k^  Berthe  Marx  a 
montré  des  qualités  que  l'on  trouve  rarement 


132 


LE  GUIDE  MUSICAL 


réunies  au  même  degré  :  elfe  allie  à  une 
délicatesse  de  toucher  et  à  un  sentiment  bien 
féminin,  très  appréciés  dans  les  passages  de 
douceur,  une  puissance  de  sonorité  dans  les 
pages  de  force  que  lui  envieraient  bien  des 
mains  masculines  ;  quant  à  sa  virtuosité,  elle 
lui  fait  surmonter  les  plus  grandes  difficultés 
avec  une  aisance  et  une  correction  dont  sa 
brillante  exécution  de  la  sixième  Ehapsodie  et 
du  Rossignol  de  Liszt  —  un  rossignol  à  bottes  !  — 
ainsi  que  de  l'Etude  en  forme  de  valse  de  Saint- 
Saëns,  est  un  témoignage  irrécusable.  Et  puis, 
c'est  merveille  de  constater  l'affinité  qui  existe 
entre  ces  deux  natures  d'artistes  et  qui  a 
poussé  sans  doute  Sarasate  et  M™'^  Berthe 
Marx  à  associer  leurs  succès.  Dans  les  œuvres 
pour  piano  et  violon,  on  dirait  vraiment  qu'une 
même  âme  fait  vibrer  les  cordes  des  deux  ins- 
truments, tant  les  interprétations  des  deux  vir- 
tuoses sont  adéquates  par  la  nature  du  senti- 
ment, de  l'impression  personnelle  qu'ils  y 
mettent.  La  composition  du  programme  —  qui 
comporterait  sans  doute  bien  des  réserves  — 
suffirait  d'ailleurs  à  établir  cette  affinité  de  tem- 
péraments. 

Bref,  cette  séance  laissera  d'ineffaçables 
impressions  chez  ceux  qui  y  ont  assisté,  tant 
par  la  valeur  des  deux  virtuoses  qui  s'y  sont 
produits,  que  par  l'intérêt  qu'offrait  le  rappro- 
chement de  ces  deux  talents  exceptionnels. 

J.  Br. 

La  séance  depuis  longtemps  annoncée  de 
M"s  Michaux,  où  devait  être  exécutée  la  Serva 
Padrona  de  Pergolèse,  a  eu  lieu  enfin  vendredi 
dernier,  et  elle  n'a  pas  été  sans  quelque  inté- 
rêt. M""^  Michaux,  dont  la  belle  voix  a  des  notes 
aiguës  mal  posées,  a  chanté  d'une  façon  pi- 
quante et  composé  adroitement  le  joli  rôle  de 
Zerbine.  On  eût  pu  désirer  plus  de  coquetterie, 
d'accent,  d'impudence.  Mais,  en  somme,  l'é- 
preuve a  été  intéressante  et  très  favorable  à 
Mlle  Michaux.  En  général,  une  sorte  de  lan- 
gueur brabançonne  pesait  sur  l'exécution. 
M.  Soyez  a  joué  le  rôle  de  Pandolphe  avec  une 
gravité  ennuyée,  sans  faire  apparaître  le  co- 
mique avonculaire  de  ce  type  de  l'ancienne 
comédie  italienne.  Avec  quelle  légèreté,  quelle 
bonne  humeur,  quelle  vivacité,  quel  relief,  les 
Italiens  jouaient  autrefois  ces  petites  ^pièces  ! 
Ceux  qui  se  rappellent  les  dernières  ti'oupes  de 
Merelli  et  d'Artot-Padilla  ont  dû  faire  un  triste 
retour  vers  le  passé.  La  tradition  de  ces 
œuvres  semble  décidément  perdue.  Qui  nous 
rendra  le  mouvement  alerte  de  cette  musique, 


bien  spirituelle  sous  sa  perruque,  la  rondeur 
joviale  du  bon  basse  bujfo,  qui  était  comique 
sans  être  grotesque!  M.  Montil,  seul  a,  rendu 
avec  humour  le  mutisme  obstiné  et  niais  du 
madré  Crispin. 

Cette  exécution  aimable  et  tranquille  de  la 
Servante-Maîtresse  avait  été  précédée  d'un 
concert,  sur  lequel  il  vaudrait  mieux  de  ne  pas 
insister.  M.  Heuschling  y  a  chanté  une  série  de 
petites  choses  indignes  de  son  talent,  avec  des 
ports  de  voix  qui  sentent  un  peu  trop  le  chan- 
teur de  salon,  le  chanteur  pour  dames  et  de- 
moiselles. Se  méfier  du  goût  musical  des  salons  ! 
En  fait  de  musique,  le  salon  est  voisin  de  la 
loge  du  concierge,  hélas  ! 

Il  y  a  eu  aussi  une  illustration  musicale  de 
l'élégie  de  Musset  : 

Mes  chers  amis,  quand  je  mourrai. 
Plantez  un  saule  au  cimetière... 

C'a  été  la  joie  de  la  soirée.  Victor  Hugo  a 
écrit  un  jour  :  «  Défense  de  déposer  de  la  mu- 
sique le  long  de  ces  vers.  »  L'auteur  de 
l'élégie  musicale  aurait  dû  se  rappeler  cette  in- 
terdiction, bonne  à  observer  aussi  en  ce  qui 
concerne  Musset. 

Signalons  le  début  d'une  petite  violoncelliste, 
Mi"^  Eisa  Ruegger,  élève  de  M.  Ed.  Jacobs, 
qui  a  un  joli  son,  beaucoup  de  justesse  et  un 
bon  archet.  M.  K. 

En  rendant  compte  de  la  première  représen- 
tation de  VA  ttaque  du  Moulin,  nous  signalons 
les  soins  inaccoutumés  que  l'orchestre  de  la 
Monnaie  a  mis  à  exécuter  la  partition  de 
M.  Bruneau;  et  nous  attribuons  cet  heureux 
résultat  à  l'influence  du  compositeur,  présent 
aux  dernières  répétitions  de  l'œuvre.  Peut-être 
cette  constatation,  maintes  fois  faite  d'ailleurs, 
engagera-t-elle  nos  directeurs  à  profiter  du 
prochain  séjour  à  Bruxelles  de  M.  Siegfried 
Wagner  :  la  présence  du  fils  du  maître  de 
Bayreuth  aux  répétitions  d'orchestre  de  Tris- 
tan serait  sans  doute  un  stimulant  efficace  pour 
nos  instrumentistes  et  viendrait  renforcer  utile- 
ment l'autorité  de  leur  chef.  Plus  efficace 
encore  serait  l'engagement  temporaire  d'un 
chef  d'orchestre  allemand,  Félix  Mottl  ou 
Plermanu  Lévi,  —  possédant  les  traditions  de 
l'œuvre  ;  ce  serait  le  moyen  d'alléger  un  peu 
M.  Flon  d'une  tâche  que  nos  directeurs,  on 
ne  saurait  le  méconnaître,  lui  font  trop  lourde 
pour  qu'il  puisse  s'en  acquitter  d'une  manière 
satisfaisante.  Nous  croyons  savoir  que  des  sol- 
licitations pressantes,  et  puissantes,  sont  faites 
auprès  de   MM.    Calabresi   et   Stoumon    pour 


LE  GUIDE  MUSICAL 


133 


qu'ils  se  décident  à  prendre  ce  parti,  si  dur 
dût-il  être  pour  la  caisse  du  théâtre.  C'est  que 
parmi  les  amateurs  d'art  qui  soutiennent  nos 
directeurs  de  leur  appui  moral  et  financier,  il 
en  est  quelques-uns  qui  ne  se  soucient  pas  de 
prêter  la  main  au  sacrilège  artistique  qu'on 
pressent.  Souhaitons  bonne  chance  à  ces  vail- 
lants !  J.  Br. 

Au  deuxième  concert  du  Cercle  des  Arts  et 
de  la  presse,  on  a  entendu  M"s  Laure  Calle- 
mien,  lauréate  du  Conservatoire,  qui  a  chanté 
l'air  de  Jocelyn  et  les  Stances  à  Manon  de 
Delmet.  M.  Léo  Devaux,  ténor,  qui  possède 
un  bel  organe,  dont  il  se  sert  bien,  a  chanté 
l'air  de  Suzanne  de  Paladilhe  et  le  Rêve  de 
Welsings.  M™  Marguerite  Lallemand,  la  char- 
mante pianiste,  a  joué  le  Coîicon  de  Claude 
d'Aquin  (i5i5),  qu'elle  a  très  bien  fait  ressortir, 
et  un  passepied  de  Delibes.  La  séance  s'est 
terminée  par  des  récits  dits  par  Mro<=  A.  Leturc, 
du  théâtre  du  Parc,  M™"  Blanche  Chesneau,  du 
théâtre  du  Gymnase,  et  des  chansonnettes 
«chat- noir»  dites  par  l'ami  Crabbe.  En  somme, 
bonne  soirée.  Le  12,  au  cercle,  séance  du 
Kwartet-Kapell  d'Anvers. 

Nous  avons  eu  l'occasion  d'entendre  derniè- 
rement la  partition  du  chœur  que  M.  Van  den 
Eeden  vient  d'écrire  pour  le  grand  concours 
organisé  à  Mons  à  l'occasion  des  fêtes  de 
Roland  de  Lassus.  Elle  est  intitulée  le  Rêve, 
et  comporte  un  double  chœur  de  voix  d'hommes. 
C'est  la  première  fois,  croyons-nous,  qu'une 
composition  de  ce  genre  est  proposée  à  nos 
sociétés  de  chant.  M .  Van  den  Eeden  a  tiré  un 
très  heureux  parti  de  l'emploi  du  double  choeur 
et  son  œuvre  est,  croyons-nous,  appelée  non  seu- 
lement à  un  grand  succès,  mais  à  une  véritable 
sensation.  Les  deux  chœurs  se  mêlent,  se 
répondent,  se  dédoublent,  se  divisent,  selon  la 
marche  du  poème,  qui  est  de  M.  Félix  Bernard, 
et  l'effet  de  l'ensemble  est  très  saisissant.  Nous 
avons  déjà  annoncé  que  cette  composition 
paraîtra  sous  peu,  chez  les  éditeurs  Schott 
frères,  à  Bruxelles. 

Aujourd'hui  dimanche,  deuxième  concert  du 
Conservatoire,  à  deux  heures. 

On  y  exécutera  la  3^  et  la  ']'^  sj'mphonie  de 
Beethoven.  Entre  les  deux  œuvres  orchestrales 
un  intermède  comprendra  :  le  chœur  des  pri- 
sonniers de  Fidelio  de  Beethoven,  exécuté  par 
la  section  des  hommes  du  chœur  des  concerts, 


et  le  grand  air  de  soprano  au  2^  acte  du  même 
opéra,  chanté  par  M""  Marin. 

Le  juvénile  et  vaillant  quatuor  Crickboom- 
Angenot-Hans  et  Merck  se  propose  de  donner, 
cet  hiver,  avec  le  concours  de  M"°  Louisa 
Merck,  pianiste,  trois  séances  de  musique  de 
chambre  consacrées  aux  maîtres  classiques  et 
modernes. 

Parmi  les  œuvres  qui  seront  exécutées  à 
ces  séances,  figureront  le  7^  quatuor  en  fa 
et  le  trio  en  mi  bémol  de  Beethoven,  le 
concert-sextuor  de  Chausson,  le  quatuor  de 
Brahms,  les  !«■■  quatuor  et  !"■■  trio  de  Schu- 
mann,  le  concerto  pour  deux  violons  de  Bach. 

La  première  séance  aura  lieu  le  vendredi 
9  février  et  comprendra  le  quatuor  en  fa  de 
Beethoven,  les  fantaisies  de  Schumann  pour 
violoncelle  (M.  Merck)  et  la  sonate  pour  piano 
et  violon  du  regretté  Guillaume  Lekeu  (M"'= 
Merck  et  M.Crickboom). 

Ajoutons  que  ces  soirées  de  musique  de 
chambre  auront  lieu  dans  la  jolie  salle  de  con- 
cert de  l'hôtel  Ravenstein. 

't' 

Dans  le  courant  du  mois  de  février,  il  y  aura 
au  Cercle  artistique  et  littéraire  l'audition  d'un 
opéra  inédit  de  M.  Emile  Chevé  ;  des  soirées 
musicales  données  par  M.  César  Tliomson  et 
par  M.  Maurice  Lefèvre,  avec  le  concours  de 
MU"  Auguez  et  de  M.  Cooper. 

Signalons  enfin  une  conférence  de  M.  Gus- 
tave Frédérix  sur  Gounod. 

Voici  le  programme  du  prochain  concert 
populaire  fixé  au  18  février. 

Ouverture  :  Le  roi  Etienne,  de  Beethoven. 
Concerto  pour  violon  et  orchestre,  Brahms, 
exécuté  par  M.  César  Thomson  (première 
exécution)  à  Bruxelles.  Dans  les  steppes  de 
l'Asie  centrale,  Borodine.  Morceaux  pour 
violon.  Marche  funèbre  de  Siegfried,  Wagner. 
La  Chevauchée  des  Walkyiies,  Wagner. 

Rédemption,  de  César  Franck,  passera  au 
commencement  d'avril,  avec  le  concours  de 
M"'=  Bréval,  de  l'Opéra  de  Paris. 

CORRESPONDANCES 


ANGERS.  —  Le  24  janvier,  M.  le  comte  de 
Romain,  ancien  directeur  d' Angers-Artiste  et 
président  d'honneur  de  la  Société  chorale  Sainte 
Cécile  a,  dans  une  assemblée  générale,  demandé 
à  cette  vaillante  phalange  de  chanteurs  de  vouloir 


134 


LE  GUIDE  MUSICAL 


bien  encore  une  fois,  peut-être  malheureusement 
la  dernière,  l'aider  à  monter  une  grande  audition 
musicale  avec  l'orchestre  du  théâtre.  C'est  avec 
cet  orchestre  que  M.  Giraud,  directeur  du  théâtre, 
a  continué  péniblement  cette  année  des  concerts 
que  son  successeur  se  gardera  bien  de  maintenir, 
tellement  ils  sont  onéreux  depuis  la  suppression 
de  la  subvention  de  la  municipalité. 

La  proposition  de  M.  de  Romain  a  été  accueillie 
à  l'unanimité,  avec  enthousiasme,  par  toute  la 
société,  qui  s'est  mise  ardemment  à  l'étude  des 
Maîtres  Chanteurs.  L'audition  aura  lieu  dans  les 
premiers  jours  de  mars,  au  Cirque-Téâtre. 

La  Société  Sainte  Cécile  est  une  des  plus 
anciennes  et  des  plus  importantes  sociétés  chorales 
de  l'Ouest.  C'est  déjà  avec  son  précieux  concours 
que  l'on  avait  monté  à  Angers, Parsifal,  Loheiigrin  et 
Tannhsuser. 

Nos  meilleurs  souhaits  de  réussite  à  ces  vail- 
lants soldats  de  la  défense  artistique  et  principa- 
lement à  leur  audacieux  chef,  M.  de  Romain. 
Triompheron  t-ils  à  la  fin  d'une  municipalité  im- 
bécile? 

Au  Grand-Théâtre,  la  Cavalleria  n'a  eu  aucun  suc- 
cès ;  on  redoute  une  seconde  représentation. M(î>îo«, 
au  contraire,  fait  fureur  Prochainement  paraîtra 
Hérodiade,  montée  avec  le  plus  grand  soin 


ANVKRS.  —  La  semaine  qui  vient  de 
s'écouler  a  été  tellement  féconde  en  nou- 
veautés artistiques  qu'il  nous  serait  impossible 
d'analyser,  en  détail,  chaque  audition. 

Commençons  par  les  séances  de  musique  de 
chambre,  dont  il  y  en  a  deux  à  signaler,  dans 
l'espace  de  huit  jours.  Le  22  janvier,  M.  Marïen 
donnait  sa  troisième  audition  d'oeuvres  classiques, 
cette  fois  avec  le  concours  de  M.  Max  Pauer,  de 
Cologne.  Cet  artiste  jouit  en  Allemagne  d'une 
trop  belle  réputation  pour  que  nous  nous  éton- 
nions du  brillant  accueil  qui  lui  a  été  fait  ici.  Le 
programme  comprenait  des  œuvres  de  Haydn, 
Beethoven,  Schumann  et  Saint-Saëns. 

Nous  avons  eu  ensuite  le  concert  Beethoven, 
qu'avait  organisé  la  Kwartett-Kapel.  L'exécution 
des  œuvres  annoncées,  — Quatuor  n"  6,  Sonate  n"  i 
pour  piano  et  violoncelle  ainsi  que  le  Quintette  à 
cordes,  — a  été  très  satisfaisante;  aussi  est-ce  avec 
recueillement  que  l'auditoire  a  savouré  cette 
musique  inimitable,  qui  a  été  rendue  avec  un  sen- 
timent sincère  et  une  belle  entente  des  nuances. 
Le  concert  national  qui  viendra  ensuite,  aura  un 
attrait  spécial  ;  nous  en  publierons  prochainement 
le  programme  détaillé. 

Belle  salle  au  Théâtre-Flamand,  mardi,  pour  la 
première  du  Vaisseau- Fantôme. 

Cette  soirée  a  été  un  vrai  triomphe  pour  l'entre- 
prise du  théâtre  lyrique  néerlandais.  Plus  encore 
que  le  Fmsc/iJÏfe.  l'opéra  de  Wagner  devait  donner 
une  preuve  décisive  de  ce  que  pouvait  réaliser  la 
troupe  actuelle,  où  le  jeune   élément   prédomine. 


Chœurs  et  orchestre  ont  rivalisé  de  verve  et  de 
précision.  C'est  avec  enthousiasme  qu'on  a  accueilli 
l'ouverture,  le  chœur  des  fileuses  et  le  chœur  des 
matelots. 

Quant  aux  interprètes,  il  faut  citer  en  premier 
lieu,  M.  H.  Fontaine,  admirable  de  naturel  dans 
le  rôle  de  Daland.  M.  Alb.  Baets,  dans  celui  du 
Hollandais,  s'était  composé  un  masque  parfait. 
Quoique  visiblement  fatigué  par  les  nombreuses 
répétitions  occasionnées  par  l'importance  de 
l'ouvrage,  ce  jeune  artiste  (autrefois  resté  quasi 
ignoré  au  Théâre-Royal)  a  chanté  son  rôle  avec 
une  teinte  de  mélancolie  et  de  douceur  tout  à  fait 
de  circonstance. 

Un  bon  point  aussi  â  MM.  Leysen  et  Berck-i 
manns,  dans  leurs  rôles  respectifs.  M""  Levering 
a  eu  de  bons  moments  Sa  voix,  si  égale  et  si: 
veloutée,  n'a  peut-être  pas  tout  l'éclat  qu'exige  le 
rôle  de  Senta  ;  mais,  contrairement  à  ce  qu'eussent 
fait  beaucoup  de  cantatrices  dans  pareille  circons- 
tance, elle  n'a  point  cherché  à  la  forcer.  Voici  une 
entreprise  vraiment  artistique  et  qui  mérite  d'être 
sérieusement  soutenue,  ne  serait-ce  que  pour  recon-i 
naître  le  zèle  et  le  dévouement  qu'y  apportent  nos 
artistes.  A.  W. 


BKRLIN.  —  Dans  la  Garnisonskirche,  le 
second  concert  du  Domchor.  On  sait  que  le 
directeur  de  ce  chœur,  Albert  Becker,  a  été  api 
pelé,  l'an  dernier,  â  la  place  de  catitor  de  l'église 
Saint-Thomas,  à  Leipzig  (place  actuellement 
occupée  par  M.  Schreck).  Cédant  au  désir  de 
l'empereur,  M.  Becker  est  resté  à  son  poste.  lia 
dû  le  regretter,  car  le  chœur  de  Leipzig  est  cer- 
tainement meilleur  que  celu  ide  Berlin,  les  diffé- 
rentes voix  de  celui-ci  manquant  souvent  dei 
cohésion  et  de  souplesse.  Néanmoins,  nous  avons 
eu  une  exécution  très  soignée  de  motets  de  Pales- 
trina,  Walther,  Bach,  Succo  et  Becker.  L'orga- 
niste-professeur Reimann  a  joué  une  Passacaille 
de  Muffat,  la  fugue  Badi  de  Liszt  et  le  prélude 
au  choral  Schniicke  dich  0  liehe  Seele  de  Bach.  Les 
orgues  auraient  pu  être  mieux  accordées  !  M"' 
Schacht  (alto)  a  été  très  heureuse  dans  son  inter- 
prétation d'un  air  de  Bach  ;  on  ne  pourrait  en  dirai 
autant  du  violoniste  Struss 

A  l'Opéra,  la  première  des  Medici  de  Leonca-: 
vallo  est  toujours  retardée  par  l'indisposition  dul 
ténor  S)'!va.  En  attendant,  le  compositeur  italien 
accompagne,  à  la  salle  Bechstein,  ses  Lieder,  in-: 
terprétés  par  la  chanteuse  Palloni. 

Nous  avons,  chaque  semaine,  Tnnuhteuser  et 
LoJ:ei:griii,  ce  dernier  avec  Gôtze,  chanteur  incom-i 
parable,  mais  très  médiocre  comédien.  Dernière-» 
ment,  reprise  des  Maîtres  Chanteurs;  le  finale  des 
deux  premiers  actes  toujours  mal  compris  :  les 
acteurs,  à  part  Beckmesser,  ne  se  remuant: 
■'  jamais. 

Le    violoniste  Sauret  a  donné  un  récital   à  la 


LE  GUIDE  MUSICAL 


135 


Singacademie.  Il  a  exécuté  le  Rondo  capricioso  de 
Saint-Saëns,  le  concerto  de  Moszkovvski  et  une 
bien  banale  fantaisie  de  l'Anglais  Mackensie. 
Prochainement,  récital  de  d'Albert  et  de  la  Car- 
reno. 

J'ai  entendu,  jeudi  dernier,  au  Gewandhaus  de 
Leipzig,  la  grande  messe  en  ré  àe  Beethoven.  Les 
chœurs  ont  laissé  beaucoup  à  désirer.  Il  est  vrai 
que  Beethoven  écrit  si  mal  pour  les  voix,  au  dire 
des  critiques!  Les  solistes,  M'"''^  Sicherer,  Cra- 
mer, MM.  Kaufmann  et  Wittekopf,  surtout  ce 
dernier,  excellents.  L'accueil  du  public  a  été  ex- 
trêmement froid. 

Au  programme  du  quatorzième  concert,  se  trou- 
vait l'ouverture  du  Vaisseati- Fantôme,  qui  a  eu  un 
succès  colossal,  ainsi  qu'à  la  répétition  générale. 
Wagner  a  donc  enfin  obtenu  droit  de  cité  au 
Gewandhaus.  Souhaitons-le  maintenant  à  Liszt  et 
à  Bruckner,  les  deux  bêtes  noires  du  capellmeis 
ter  régnant. 

A  la  Philharmonie,  les  symphonies  en  si  bémol 
de  Beethoven  et  italienne  de  Mendelssohn,  une 
rhapsodie  de  Liszt,  la  danse  des  Sylphes  du  Faust 
de  Berlioz,  les  ouvertures  de  Fidelio,  du  Roi  d^Ys, 
de  Lohengrin,  de  Matifred,  de  Médée  (Bargiel),  de 
LoreUy  (Bruch'l  et  le  Phaéton  de  Saint-Saëns,  qui 
ne  mérite  guère  d'être  joué  aussi  souvent. 

Hans  de  Bulow  a  passé  ces  derniers  mois  à 
Hambourg.  Richard  Strauss,  le  jeune  compositeur 
et  chef  d'orchestre,  qui  l'a  remplacé  au  dernier 
concert  philharmonique  de  Hambourg,  l'a  visité 
et  l'a  trouvé  très  cassé. 

Il  paraît  que  Bidow  compte  se  rendre  prochai- 
I      uement  en  Egypte,  suivant  en  cela    le  conseil  de 
I      Strauss,  qui,  lui-même,  en  revient  complètement 
j      guéri  d'une  maladie  de  nerfs.    «    Quant   à  la  mu- 
sique »,  aurait  ajouté  le  célèbre  chef  d'orchestre, 
Comœdia  fiiiita  est!  »  Je  tiens  ces  renseignements  de 
bonne  source.  E.  B. 

DRESDE.  —  La  fête  annuelle,  très  réussie, 
de  la  société  polonaise  Lechitia  a  eu  lieu 
le  29  janvier.  Un  concert  a  précédé  le  bal  On  y  a 
entendu  la  jeune  pianiste  Jaczynowska,  élève  de 
Rubinstein,  qui  a  exécuté  avec  vigueur  un  scherzo 
de  son  maître  ;  puis,  le  baron  von  Liliencron, 
dilettante  violoncelliste  très  en  vogue,  qui  a  exé- 
cuté trois  mélodies,  dont  une  de  sa  composition. 
M'"'^  Camil  a  été  fort  applaudie  dans  l'air  de  Dino- 
rail  «  Ombra  leggiera  ».  Ses  maîtres,  M.  et 
M""  Souvestre-Paschalis,  organisateurs  de  la 
partie  musicale,  ont  pu  jouir  de  leur  œuvre,  ce 
soir-là. 

M.  Gritzinger  n'a  pas  précisément  la  voix  qu'il 
faut  pour  chanter  Oléron,  mais  il  portait  un  très 
beau  costume,  et  la  critique  l'en  blâme.  N'est-ce 
pas  dommage?  M™"  Wittich  est  une  superbe  Re- 
zia;  Huon  peut  bien  faire,  pour  la  conquérir,  le 
voyage  de  Paris  à  Bagdad.  Jeudi  dernier,  elle  a 
délicieusement    chanté     avec    Scheidemantel    le 


charmant  opéra  de  Nessler,  le  Preneur  de  rats.  Tous 
les  artistes,  d'ailleurs,  ont  formé  un  ensemble 
excellent.  M.  Erl,  très  bon  dans  les  rôles  comi- 
ques, s'était  fait  une  tête  qui  le  rendait  méconnais- 
sable. Le  naturel,  la  simplicité  allemande  ressor- 
tent  agréablement  dans  ces  scènes  locales  ;  tout 
le  monde  s'y  sent  à  l'aise. 

L'interprétation  des  Maîtres  Chanteurs,  mardi 
passé,  a  ravi  la  nombreuse  colonie  étrangère  sé- 
journant ici. 

Pour  le  mercredi  des  Cendres,  on  annonce  un 
splendide  concert.  Le  dimanche  des  Rameaux, 
nous  aurons  le  Faust  de  Schumann.  Alton. 

LIEGE.  —  Composée  de  très  instructive  et 
classique  façon,  —  il  s'agissait  de  composi- 
tions choisies  dans  les  œuvres  des  maîtres  anciens, 
— ■  la  quatrième  audition  donnée  au  Conservatoire 
a  eu  lieu  en  présence  de  M.  Ambroise  Thomas. 
Sollicité  de  toutes  parts,  le  célèbre  maître  français 
était  venu  pour  présider  à  la  centième  d'Ha)>ikt,  au 
théâtre  de  Liège  (le  28  janvier),  suivie,  le  len- 
demain, de  la  quatre-vingt  dix  huitième  deMignon. 
La  première  visite  du  directeur  du  Conservatoire 
de  Paris  a  été  pour  notre  école  de  musique, 
où  de  chaleureuses  ovations  lui  ont  été  faites. 
Orchestre  et  solistes  ont  rivalisé  de  soins  et  de 
sentiment  pour  réaliser  au  mieux  les  difficultés 
dont  se  hérissait  un  ardu  et  sévère  programme. 
A  la  partie  vocale  étaient  inscrits  le  grand  air  de 
Fernand  Cortez,  largement  phrasé  par  l'excellent 
baryton  Eugène  Henrotte,  et  le  touchant  et  dra- 
matique air  de  Fidelio,  dit  avec  un  communicatif 
élan  par  l'intrépide  M""  Marthe  Lignière.  La 
symphonie  inédite  n°  4  deCh.-Ph  -Emm.Bach,de 
vif  intérêt  dans  ses  trois  mouvements  enchaînés, 
ouvrait  le  concert  A  côté  de  cette  œuvre  char- 
mante et  piquante,  éclatait  le  grandiose  deuxième 
concerto  pour  orgue  et  orchestre  de  Hsendel, 
supérieurement  interprété  par  l'habile  organiste  et 
brillant  lauréat  F.  Mawet;  puis,  comme  pièce 
de  résistance,  dominant  l'ensemble,  le  concerto 
pour  quatre  pianos  et  instruments  à  cordes  de 
J..S.  Bach. 

Il  était  réservé  à  quatre  jeunes  demoiselles  delà 
classe  de  M.  L.  Donis  de  faire  ressortir  avec 
justesse,  clarté  et  style  les  admirables  combinai- 
sons de  cette  pièce  unique. 

Signalons  enfin  l'adagio  du  concerto  pour  flûte 
de  Mozart,  exécuté  de  façon  parfaite  par  M.  H. 
Mativa.  Deux  mouvements  de  danse,  —  avec  solo, 
par  M.  Mativa  également,  —  extraits  d'une  œuvre 
aimable  de  Grètry,  enlevés  avec  brio  par  l'oi'- 
chestre,  terminaient  l'audition.  Le  tout  était  dirigé 
de  très  consciencieuse  et  classique  manière  par 
M.  J.  Debefve.  A.  B.  O. 


136 


LE  GUIDE  MUSICAL 


LUXEMBOURG.  —  Les  meilleures  audi- 
tions musicales,  ou  plutôt  les  seules  dignes 
d'une  correspondance  nous  arrivent  vers  le  déclin 
de  la  saison,  qui,  dans  les  villes  de  moindre  impor- 
tance, commence  dès  le  carême. 

Donc,  lundi  dernier,  notre  Société  philharmo- 
nique, que  les  accidents,  tels  que  refroidissements, 
changement  de  directeur,  etc.,  n'avaient  point 
épargnée,  a  donné  son  premier  concert  de  l'année 
(elle  on  donne  ordinairement  quatre  ou  cinq  par 
an)  ;  ne  se  sentant  pas  encore  assez  reconvales- 
cente, elle  s'était  adjoint  une  des  meilleures 
musiques  militaires, celle  du  29"  de  ligne  de  Trêves 
(direction  Kirselbaum),  comprenant  une  quaran- 
taine d'exécutants. 

Les  membres  de  la  Société  philharmonique,  qui 
avaient  étudié  sous  la  direction  de  M.  Klein,  pro- 
fesseur de  violon  à  Luxembourg  et  ancien  élève 
du  Conservatoire  de  Bruxelles,  se  sont  comportés 
vaillamment  en  unissant  leurs  efforts  à  ceux  des 
musiciens  de  M.  Kirselbaum,  et  l'inévitable  rugo- 
sité, résultant  du  jeu  d'éléments  forts  disparates 
et  n'ayant  pour  eux  qu'une  seule  répétition  géné- 
rale, ne  s'est  pas  fait  trop  sentir. 

Pour  le  début,  car  on  a  l'intention  de  n'en  pas 
rester  à  ce  premier  essai,  on  avait  naturellement 
choisi  des  morceaux  que  la  Philharmonique  possé- 
dait sufiisamment,  mais  dont,  étant  seule,  elle 
n'avait  pu  rendre  les  beautés  que  d'une  manière 
imparfaite. 

Cette  fois,  au  contraire,  l'interprétation  a  changé 
de  fond  en  comble  et  les  effets  en  furent  surpre- 
nants. 

Il  va  sans  dire  que  la  grosse  part  des  applau- 
dissements revient  tant  aux  musiciens  de  Trêves 
qu'au  s^'mpathique  chef  d'orchestre  qui  a  conduit 
avec  beaucoup  de  vigueur  et  de  virtuosité  les  ou- 
vertures lïEgmont  de  Beethoven,  celle  de  Meeres- 
stille  uud glûckliche  Fahride  Mendelssohn. 

Dans  la  symphonie  posthume  de  Fr.  Schubert, 
cette  œuvre  délicate  entre  toutes,  l'orchestre  n'a 
pas  eu  la  moindre  défaillance,  et  il  a  su  la  rendre 
avec  une  grande  expression  et  un  grand  souci  des 
nuances. 

M.  Kelner,  soliste  de  Trêves,  s'était  chargé  du 
concerto  pour  violon  de  Beethoven  ^cadence  de 
H.  Léonard),  morceau  qu'il  a  interprété  avec 
talent  et  style. 

La  troupe  de  Verviers,  dont  je  vous  avais  parlé 
dimanche  dernier,  à  propos  de  Lakmé,  nous  a 
donné  une  excellente  représentation  de  la  Traviata. 
Cette  musique  étant  plus  dans  la  note  de  notre 
orchestre  militaire,  l'accompagnement  a  été  conve- 
nable ;  les  artistes  de  Verviers  ont  eu  à  enregistrer, 
certes,  un  de  leurs  plus  grands  succès  et  notre 
public,  assez  difficile  en  choses  de  théâtre,  leur  a 
fait  une  véritable  ovation. 

M"'  Vialla  faisait  une  admirable  Violetta,  et, 
depuis  le  commencement  jusqu'à  la  fin,  elle  a  tenu 
le  public  sous  le  charme  de  sa  délicieuse  voix. 

Le  ténor,  M.  Lange,  n'est  pas  à  la  hauteur  de 
sa  partenaire;  cependant  il  a  su  se  faire  apprécier; 


le  père  d'Orbel  (M.  Mertel)  s'est  également  taillé 
une  large  part  dans  le  succès. 

Mardi  prochain,  les  artistes  belges  nous  revien- 
dront dans  l'œuvre  charmante  du  regretté  Gounod, 
Roméo  ei  Juliette. 


TOURNAI.  —  Le  Festival  Massenet.  — 
Une  véritable  solennité  que  le  concert 
annuel  de  la  Société  de  musique.  S.  A.  R.  le 
prince  Albert  a  assisté  à  la  cérémonie,  et  cette 
visite  princière  dans  la  ville  des  Chonq  Clotiers 
avait  mis  toutes  les  têtes  en  l'air.  Il  est  difficile  de 
décrire  l'enthousiasme  et  les  ovations  qui  ont 
accueilli  le  prince  qu'accompagnaient  M.  de  Bur- 
let,  ministre  de  l'intérieur,  et  du  gouverneur  du 
Hainaut. 

L'antique  Halle  aux  draps  présentait  un  coup 
d'œil  féerique  :  l'estrade  était  occupée  par  l'orgue, 
l'orchestre  et  trois  cents  choristes;  les  dames 
étalaient  naturellement  des  toilettes  extraordinaires 
aux  couleurs  impressionnistes  ;  la  vaste  salle  était 
pleine  d'un  monde  élégant  au  premier  rang  duquel 
se  trouvaient  les  autorités  provinciales  et  commu- 
nales, ainsi  qu'un  général  et  deux  officiers  français 
venus  pour  saluer  le  prince  au  nom  de  la  garnison 
de  Lille. 

Massenet  était  aussi  présent  :  il  avait  voulu  pré- 
sider lui-même  aux  dernières  répétitions  de  la 
Marie-Magdeleine,  l'oratorio  choisi  cette  année 
par  la  Société  de  musique.  Choix  assez  heureux, 
l'œuvre  étant  une  des  premières  du  maître  et  les 
beaux  chœurs  de  Tournai  ayant  l'occasion  de  s'y 
faire  entendre  dans  des  parties  chorales  à  effet. 
On  pourrait  faire  le  procès  à  l'œuvre  de  Massenet, 
qui  est  de  facture  très  inégale.  Bornons-nous  à 
signaler  le  troisième  acte  comme  étant  le  meil- 
leur, et  l'air  de  la  Magdaléenne  :  "  G  bien- aimé, 
sous  ta  sombre  couronne  „,  empreint  d'un  senti- 
ment passionnel  caractérisant  la  manière  de  l'au- 
teur. Cette  allure  voluptueuse  en  situation  chez 
Marie-Magdeleine,  a  été  bien  exprimée  par 
M"^  Sidner,  qui  tout  en  possédant  une  voix  frêle 
et  d'étendue  mesurée,  a  su  s'en  servir  en  artiste. 
Le  rôle  de  Jésus  manque  d'expression;  M.  Warm- 
brodt  est  un  ténor  distingué,  qui  n'a  pas  manqué 
de  charmes  avec  sa  voix  douce  et  ses  demi-teintes 
pleines  d'onction.  M""  Rachel  Ne^'t,  grâce  à  sa 
bonne  diction,  a  su  faire  ressortir  le  rôle  de 
Marthe.  Que  dire  de  M,  Demest,  qui  a  été  un  Judas 
plein  de  feu  ?  Sa  diction  irréprochable,  sa  belle 
voix  ont  fait  sensation  dans  cette  vaste  salle.  Il  y 
a  dans  le  drame  sacré  un  Pater,  pour  voix 
d'hommes,  sans  accompagnement,  qui  rappelle  un  1 
peu  Meyerbeer,  et  qui  a  été  enlevé  superbement 
sous  le  bâton  de  M.  de  Loose.  L'heure  avancée  a 
seule  einpêché  un  bis.  La  partie  orchestrale  a 
été  bien  exécutée;  il  est  vrai  qu'on  remarquait  la 
présence  de  quelques-uns  de  nos  premiers  pupitres 
de  Bruxelles  et  de  MM.  Leenders  et  Lilien,  qui 
cette  fois  étaient  de  l'orchestre.  On  a,  cela  va  sans 
dire,  ''  ovationné  „  M.  Massenet;  le  prince  Albert 


LE  GUIDE  MUSICAL 


137 


ne  lui  a  pas  ménagé  ses  félicitations.  Ne  les 
ménageons  pas  non  plus  à  M.Stiénon  Du  Pré,  l'in- 
fatigable président  de  la  Société  de  musique,  qui 
est  parvenu  à  faire  de  Tournai  un  centre  artis- 
tique intéressant  et  mouvementé  et  de  sa  phalange 
chorale  une  des  meilleures  du  pays.  C'est  certaine- 
ment à  lui  seul  que  doit  en  revenir  tout  l'honneur. 

N.  L. 


NO  U  V ELLES  DI  VERSES 

A  la  cinquième  séance  du  q\iatuor  Auer-Verjbi- 
lowitch  à  Saint-Pétersbourg  figurait,  outre  le 
quatuor  en  ut  de  Beethoven  du  recueil  dédié  à 
Razoumovsky  et  le  trio,  avec  piano,  en  sol  mineur, 
de  Rubinstein,  une  nouveauté  des  plus  importantes, 
le  quintette  en  la  majeur  pour  instruments  à  cordes 
de  M.  Alexandre  Glazounow. 

Ce  nouveau  quatuor,  d'après  le  critique  du  Jour- 
nal de  Saint-Pétersbourg,  contraste  singulièrement 
avec  la  recherche  et  l'indéfini  de  son  premier 
quatuor,  dans  le  scherzo  pizzicato  notamment  et  sur- 
tout dans  le  bel  andante  sostenuio,  dont  le  thème  de 
longue  haleine  domine  tout  le  temps  le  fond  harmo- 
nique, qui,  par  endroits,  aurait  gagné  cependant  à 
être  un  peu  allégé.  C'est  cet  andanfe  qui  a  obtenu 
le  succès  le  plus  éclatant,  malgré  le  piquant  du 
scherzo,  qui  a  précédé,  et  l'excellente  facture  du 
premier  allegro  et  du  Jinale,  lequel  présente  un 
curieux  spécimen  de  musique  figurée,  un  peu  per- 
ruque, dont  la  partie  thématique  est  imprégnée 
de   cachet  russe. 

Tous  les  morceaux  du  quintette  ont  été  vivement 
applaudis  et  l'auteur  a  été  rappelé  à  la  fin  du  mor- 
ceau. 

■^  Nous  avons  raconté  dans  un  de  nos  derniers 
numéros  le  scandale  qui  s'était  produit  au  théâtre 
d'Aix-la-Chapelle,  au  cours  d'une  représentation 
à  laquelle  prenait  part  M.  Eugène  Gura.  Les 
journaux  allemands  nous  avaient  mal  renseignés 
sur  la  personnalité  du  chanteur  de  ce  nom.  Dans 
cette  affaire,  il  ne  s'agit  pas  d'Eugène  Gura,  le 
célèbre  baryton  de  l'Opéra  de  Munich  et  de  Bay- 
reuth,  mais  du  fils  de  celui-ci.  Les  mêmes  journaux 
publient  aujourd'hui  une  déclaration  de  M.  Gura 
père,  désavouant  son  fils  et  le  traitant  comme  le 
dernier  des  misérableis.  Dont  acte. 

•I*-  A  Francfort,  on  vient  d'exécuter  la  jolie 
partition  de  M.  Edgard  Tinel,  Kollehloemen,  c'est-à- 
dire  le  Coquelicot.  L'œuvre  a  reçu  un  accueil  très 
chaleureux. 

■^  La  Fiancée  vendue  deSmetana  fait  décidément 
le  tour  de  l'Allemagne.  Après  le  théâtre  de 
Mayence,  celui  de  Munich  vient  de  jouer  l'œuvre 
du  maître  tchèque  avec  un  très  vif  succès. 

■^  A  l'occasion  de  l'anniversaire  de  la  nais- 
sance de  l'empereur  d'Allemagne,  M.  Joachim  a 
reçu  l'ordre  de  l'Aigle  rouge  de  deuxième  classe, 
avec  couronne  de  chêne. 


■J^  Pour  la  première  fois  en  Italie,  on  a  repré- 
senté au  théâtre  Pagliano,  de  Florence,  le 
25  janvier,  l'opéra  en  deux  actes  A  Santa  Lucia 
du  maître  sicilien  Tasca.  L'opéra  a  obtenu  un 
grand  succès.  M.  Stagne  et  M"«  Bellincioni  ont 
été  frénétiquement  applaudis  et  ont  été  rappelés 
avec  le  maestro  une  dizaine  de  fois.  On  a  beau- 
coup admiré  une  jeune  débutante.  M""  Bianca 
Barducci,  femme  du  maître  de  chant  Barducci, 
qui  a  donné  au  rôle  de  Maria  un  cachet  si  remar- 
quable que  le  public  lui  a  fait  une  ovation.  Quant 
à  l'orchestre,  il  était  dirigé  par  M.  Mugnone.  Le 
public,  à  la  fin  du  spectacle,  l'a  rappelé  quatre 
fois.  A  Santa  Lucia,  on  le  sait,  a  été  créé,  l'année 
dernière,  à  Vienne,  par  la  troupe  italienne  de 
M.  Sonzogno. 

^  M.  Leoncavallo,  qui  vient  â  peine  de  ter 
miner  la  partition  de  Savonarola,  la  deuxième  pièce 
de  sa  Trilogie  crépusculaire,  se  propose  d'écrire  un 
opéra-comique  sur  le  sujet  du  Don  Marzio  de  Gol- 
doni. 

^  Samson  et  Dalila,  l'opéra  de  C.  Saint. Saëns, 
vient  d'être  représenté  à  Nice  avec  le  plus  vif 
succès.  M""  Renée  Vidal,  dans  le  rôle  de  Dalila, 
et  M.  Paulin,  dans  celui  de  Samson,  ont  été  très 
chaleureusement  applaudis.  L'orchestre,  dirigé 
par  M.  Barwolf,  a  également  contribué  à  la 
réussite  complète  de  l'ouvrage.  La  mise  en  scène 
et  les  décors  sont  bien  soignés.  Tout  prédit  une 
longue  série  de  fructueuses  recettes. 

..|f  L'empereur  de  Russie  a  autorisé  l'ouverture, 
dans  toute  la  Russie,  d'une  souscription  publique 
dont  le  produit  servira  :  ï°  à  créer  un  fonds  du 
nom  de  Tschaïkowski,  pour  secours  aux  artistes 
et  compositeurs  ;  3°  à  ériger  un  monument  en 
l'honneur  du  défunt,  dans  le  nouveau  Conserva- 
toire de  Saint-Pétersbourg. 

L'organisation  de  cette  souscription  est  confiée 
à  un  comité  spécial  formé,  au  ministère  de  la 
cour  impériale,  sous  la  présidence  de  M.  N.  Stoïa- 
novski. 

■4*  Plus  catholique  que  le  Pape,  dit-on  parfois, 
sans  se  douter  qu'il  existe  dans  le  réactionnaire 
faubourg  Saint-Germain  de  pieuses  douairières, 
qui  ((  prient  pour  la  conversion  de  Léon  XIII  », 
depuis  l'adhésion  de  celui  ci  à  la  République.  De 
même  pour  le  wagnérisme.  Ainsi,  l'orthodoxe 
Ouvreuse,  de  VEcho  de  Paris,  par  deux  fois  s'est 
plainte  des  «  saignantes  coupures  »  faites  par 
M.  Colonne  au  finale  du  premier  acte  de  Parsifal, 
en  feignant  d'oublier  que  ces  coupures  ont  été  in- 
diquées par  Wagner  lui-même,  en  vue  de  l'exé- 
cution au  concert  sans  solistes. 

Faisant  modestement  trop  bon  marché  de 
«  l'érudition  »  que  Sarcey  lui  concède  dans  un 
récent  feuilleton,  la  spirituelle  Ouvreuse  affecte 
d'ignorer  (]ue  le  finale  de  Parsifal  se  donne  géné- 
ralement dans  ces  conditions  aux  concerts  d'Alle- 
magne, de  Belgique,  de  Hollande,  sans  qu'on  y 
ait  jamais  trouvé  à  redire.  Il  y  a  peut-être  une 
piété  wagnérienne  excessive  à  considérer  comme 


138 


LE  GUIDX  MUSICAL 


hérétique  des  arrangements   faits  par  l'auteur  en 
personne. 

Mais  l'Ouvreuse  aura  toujours  la  ressource  de 
dire  :  «  Ce  n'est  pas  ce  qu'il  a  fait  de  mieux  i', 
comme  le  bon  curé,  qui  regrettait  le  miracle  des 
Noces  de  Caita  au  nom  de  la  tempérance. 

BIBLIOGRAPHIE 


Soirées  perdues,  par  Willy,  chez  Tresse  et  Stock, 
éditeurs.  S,  galerie  du  Théâtre-Français,  Paris. 
Il  ne  perdra  pas  sa  soirée,  celui  qui  lira  les 
Soirées  perdues .'  Notre  spirituel  confrère  Willy,  qui 
s'est  déjà  fait  connaître  par  les  Lettres  de  l'ouvreuse, 
manie  la  plume  avec  une  verve,  une  gauloiserie 
qui  donnent  à  ses  écrits  une  saveur  particulière. 
La  dent  est  quelquefois  un  peu  dure  :  le  calembour 
est  trop  pratiqué  par  l'auteur.  Mais,  sous  cette 
bouffonnerie,  on  trouve  des  aperçus  souvent 
justes  sur  les  hommes  et  les  choses. 


Qu'il  nous  parle  de  la  Société  nationale  de  mu- 
sique, des  concerts  Lamoureux  et  Colonne,  du 
Rêve  et  de  tant  d'autres  pièces,  de  ses  impressions 
de  théâtre,  il  est  intéressant  et  amusant  tout  à  la 
fois.  Parcourez  surtout  les  pages  qu'il  a  écrites  sur 
Bayreuth,  et  vous  serez  édifié.  H.  I. 

•|h-  La  maison  Vanderauweraa  vient  de  publier 
un  recueil  de  chansons  enfantines  de  M.  Jan 
Blockx,  sur  des  poèmes  d'Antheunis,  vau  Droo- 
genbroeck,  E.  Hiel,  etc.  Très  joliment  édité,  ce  ■ 
petit  recueil  aura  certainement  un  vif  succès. 
M.  Jan  Blockx  l'a  dédié  à  ses  enfants  et  il  con- 
tierit  sept  petites  pièces  faciles,  très  touchantes, 
de  caractère  varié,  ayant  du  rythme,  de  l'humour, 
de  la  gaîté,  dans  le  genre  des  Kinderscenen  de 
Schumann. 

Afin  de  permettre  à  nos  abonnés  nouveaux  de 
participer  à  nos  primes,  nous  les  prévenons  qu'ils 
pourront  souscrire  à  nos  bureaux  jusqu'au  i'''"mars, 
au    magnifique    PORTRAIT   A  L'EAU-FORTE  i 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine  i 


Yient  de  paraître  ! 

IZEYL 


DRAME  INDIEN 


Armand  SILTESTRE  et  Eugène  MORAND 

MUSIQUE  DE  SCÈNE 

DE 

GABRIEL  PIEPvNÉ 

Partition   chant  et  piano,  avec  un  dessin  par  G.  Clairin,  prix  net,  fr.  6 
Aubade  extraite  pour  chant  et  piano   ....         Prix,  fr.  6 


LE  GUIDB  MUSICAL 


139 


DE  BEETHOVEN,  par  L.  Dake,  publié  par  la 
maison  L  Dietrich  et  C'*^  (hauteur  47  1/2  centim., 
largueur  37  1/2  centim.,  sans  les  marges),  au  prix 
ie  faveur  de  20  francs. 

La  maison  G.  Gonthier,  fournisseur  des  musées, 
rue  de  l'Empereur,  3i,  Bruxelles,  nous  informe 
qu'elle  se  charge,  pour  la  ville  et  la  province,  de 
.'encadrement  de  î'eau-forte  de  Dake.  Prix  d'ar- 
istes  pour  nos  abonnés.  Maison  spéciale  pour 
jncadrements  artistiques. 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4.  rue  Latérale 
PARIS  :  13.  me  du  Mail 


NÉCROLOGIE 

Sont  décédés  : 

A  Saint-Pétersbourg,  à  l'âge  de  |32  ans,  M.  Xa- 
vier Carlier,  pianiste  et  compositeur. 

On  entendit  dans  maint  concert  bruxellois  des 
œuvres  de  lui  pleines  de  promesses.  Il  faut  citer  : 
Chanson,  Aubade  printaniere,  Fhramye,  une  Marche 
funèbre  héroïque,  un  Ave  Maria  pour  violoncelle  et 
piano,  avec  chant.  Il  préparait  une  grande  légende 
symphonique,  Humanitas  vicirix,  qu'il  devait  exé- 
cuter à  la  cour  du  tsar,  où  déjà  il  avait  fait 
entendre  son  Chant  du  soir  et  sa  Marche  nuptiale. 

J^  A  Salonique,  à  l'âge  de  54  ans,  Jean 
Yastrebow,  consul  général  de  Russie;  spécialiste 
pour  la  langue  et  la  littérature  serbes  qu'il  avait 
étudiées  sur  les  lieux.  Il  a  publié  un  livre  sur  les 


SALLE  DE   L'ALH AMBRA    (Boulevard  de  la  Senne,  Bruxelles) 
Dimanche  11  mars  1894,  à  deux  heures 

GRAND  CONCERT  SllPHONlûDË 


sous  LA  DIRECTION  DE 


SIEGFRIED   \A/AGNER 

DE      B AYREUTH 

AVEC    LE    CONCOURS    DE 

Mademoiselle    KEMP EES 

Cantatrice  à  la  Cour  de  Hollande 


L'ORCHESTRE   DU    CONSERVATOIRE   DE   BRUXELLES 


PROGRAMME 

1.  Der  Fliegende  Hollaender  (ouverture)    ...... 

2.  A)  Die  XIV  Engel,  Traumpantomime   aus  dem   Maerchenspiel 

Hœnsel  imd  Gretel     .        .        .        • 

B)  TrcBume 

(Mlle   KEMPEES) 

3.  Tasso,  Lamento  e  trionfo . 

4.  Tannhseuser,  Ouverture  und  Bachanale        ..... 

5.  Siegfried-Idyll 

6.  Tristan  und  Isolde,  Vorspiel  und  Verklarung        .... 

(M"'    KEMPEES) 

PRIX     DES     PLACES 

Baignoires.         .         .         .         .         .     8  00  fr.      i  Deuxième  galerie  (de  face) . 

Fauteuils  d'orchestre.         .         .         .     7  00    »  Deuxième  galerie  (i""'  rang  numéroté) 


Balcons 6  00 

Parquet 4  00 

Promenoir 3  00 


Deuxième  galerie 
Troisième  galerie 
Amphithéâtre 


R.  Wagner. 

E.  HUMPERDINCK. 

R.  Wagner. 

F.  Liszt. 
R.  Wagner. 
R.  Wagner. 


3  00 

2  50 
2  00 
1  50 
1  00 


BILLETS  :  Chez  MM.  BREITKQPF  &  H^RTEL,  MoiUaoînc  de  la  Cour.  4S,  Bruxelles 


140 


LE  GVIDB  MUSICAL 


mœurs  et  les  chants  populaires  des  Serbes  de 
Turquie,  qui  eut  deux  éditions  et  classa  son 
auteur  parmi  les  premiers  slavénologues  de  notre 
temps.  Il  avait  recueilli,  dit-on,  des  matériaux 
importants  sur  l'ethnographie  slave  et  albanaise. 

^  A  Paris,  M.  Félix  Leroux,  ancien  chef  de 
musique  de  l'artillerie  de  Vincennes,  auteur  d'une 
quantité  considérable  d'arrangements  très  estimés 
pour  musique  militaire. 

M.  Félix  Leroux  est  le  père  de  M.  Xavier 
Leroux,  grand  prix  de  Rome  et  l'un  des  musiciens 
les  plus  disingués  de  la  jeune  école. 


^  A  Cannes,  Eugène  Nus,  l'auteur  dramatique 
bien  connu.  Il  était  né  à  Chalon-sur-Saône,  le 
21  novembre  1816. 


RÉPERTOlRŒSraÉÂTRES JT  CONCERTS^^ 

Paris 
Opéra.  —   Du  2g  janvier  au   4  février    :    Loheugrin, 

Gwendoline    et    les   Deux   Pigeons.    Sigurd.   3'   bal 

masqué. 
Opéra-Comique.  —  Du  29  janvier  au  4   février  :  le  Fli 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

F  -A.  H  I  s 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tschaikonrsky,  Gottsebaik,  Prudent,  Allard 
des   Archives   du  piauo   et   de  la   célèbre   Méthode   de   piauo    A.    Le   Carpenticr 

Seuls  dépositaires  de  l'Edition  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  musique  de  violon 


P.   TSCHAIKOWSKY 

CEUVRES       POUR      ORCHESTRE 


Op.  34,  Sclaerzo-valse  pour  violon 

Partition  (copiée)     ....... 

Partses  séparées 5 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  35.  Concerto  en  j-e  majeur  pour  Aïolon 

Partition 12 

Parties  séparées .      • 18 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 

Op.  36.  Quatrième  symplaonie  en/a  mineur  : 

Partition 25 

Parties  séparées 35 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     3 

Op.  39.  Douce  rêverie  et  Valse,  pièces  ex- 
traites de  l'Album  d'enfants 
(n"*  21  et  S),  arrangées  pour  instru- 
ments à  cordes. 

Partition i 

Parties  séparées 2 

Parties  suppléme«taires     .      .       chaque     » 

Op.  43.  Première  suite  d'orchestre  : 

i»  Introduction  et  fugue  ;  20  Divertisse- 
ment ;  3"  Andante  ;  4"  Marche  minia- 
ture; 5 'Scherzo;  60  Gavotte. 

Partition 20 

Parties  séparées 3o 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3 

Op.  43.  Marctie  miniature  extraite  de  la  suite  : 

Partition 2 

Parties  séparées 3 

Parties  supplémentaires  cordes  i"''  et  2" 
violons  seulement.      .      .      .      chaque     i 

Op.  44.  Deuxième  Concerto  en  sol  majeur 
piano  ; 

Partition 20 

Parties  séparées 20 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 

Violon  solo I 

Violoncelle  solo i 


Op .  45 .  Capriccio  italien  : 

Partition i5     >: 

Parties  séparées 25     > 

Parties  supplémensaires  cordes    chaque     2     ) 

Op.  48.  Sérénade  pour  instruments  à  cordes 
I"  Pièce  en  forme  de  sonatine  ;  2°  Valse  ; 
3o  Elégie;  40  Finale  (thème  russe). 

Partition Su 

Parties  séparées 10     » 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     2 

Op.  49    Ouverture  solennelle  : 

Partition 10     » 

Parties  séparées 20 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     r  5o 

Op.  53.  Deuxième  suite  d'orchestre  ; 

I»  Jeu  des  sons  ;  2"  Valse;  3"  Scherzo  hu- 
moristique; 40  Rêves  d'enfant  5"  Danse 
baroque,  style  Dargomijsky. 

Partition 25     » 

Parties  séparées 3o 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3 

Op.  55.  Troisième  suite  d'orchestre  : 

i"  Elégie  ;  20  Valse  mélancolique  ; 
3o  Scherzo  ;  40  Thème  avec  variations. 

Partitiion 3o     » 

Parties  séparées 35    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3 

Op.  56.  Fantaisie  en  sol  majeur  pour   piano, 
dédiée  à  M™''  Essipoff. 

Partition 10 

Parties  séparées 20 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque    3 

Op.  58.  Manfred,    symphonie    en    4    parties, 
d'après  Byron  : 

Partition 40 

Parties  séparées 72 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    4    » 
(A  suivre) 


LE  GUIDE  MUSICAL 


141 


bustier.  L'Attaque  du  moulin.  Mignon.  Le  Flibustier. 
L'Attaque  du  moulin.  Le  Flibustier. 

!^ONCERT  Lamoureux  du  jeudi  i'"'  février.  —  Symphonie 
en  ré  mineur  n"  4  (Schumann);  Le  Rouet  d'Omphale 
(Saint-Saëns);  Concerto  en  sol  mineur  pour  piano 
(E.  Lalo),  M.  Diémer;  Andante  pour  instruments  à 
cordes  (Dvorak);  Les  Murmures  de  la  forêt,  Siegfried 
(Wagner);  Humoresque  (Tschaïkowsky),  Fileuse  (Go- 
dard), ly  rapsodie  hongroise  (Liszt),  M.  Diémer  ; 
Pizzicati  et  Cortège  de  Bacchus,  Sylvia(Léo  Delibes). 
Bruxelles 

rHÉATRE  ROYAL  DE  LA  MONNAIE.  —  Du  29  janvier  au 
5  février  :  L'Attaque  du  moulin.  Relâche.  L'Attaque 
du  moulin.  La  Juive.  Orphée.  Relâche 

rHÉATRE  DES  GALERIES  —  Les  Mousquetaires  au 
Couvent.  —  La  tournée  Ernestin,  vaudeville. 

\lcazar  royal.  —  Bruxelles- Port  de  mer.  Les  Planta- 
tions Thomassin. 

Conservatoire  royal.  —  Concert  du  dimanche  4  fé- 
vrier, â  2  heures.  —  Programme  :  3«  symphonie  (Bee- 
thoven); chœur  des  prisonniers  de  Fidelio  (Beetho- 
ven); grand  air  du  2<"  acte  de  Fidelio  (Beethoven), 
M"'-  Marin  ;  70  symphonie  (Beethoven). 

Concert  de  la  Chapelle-Russe  (vocale  de  M™'  Nadina 


Slaviansky),  14  février.  —  i"  partie  :  Marche  mili- 
taire (Nadina  Slaviansky);  Devant  le  portail  du  Kaluga 
chant  national,  arrangé  par  Nadina  Slaviansky);  O 
jeune  homme  aux  yeux  noirs!  chant  national  ;  la  Mois- 
sonneuse, chant  champêtre,  arrangé  par  Nadina  Sla- 
viansky ;  George  m'aime  bien,  mère!  chanson  co- 
mique, petite  russienne;  les  Adieux  du  rossignol 
(Tschaïkowsky);  Viens  à  moi,  sérénade  (Dargomijsky) 
—  2'  partie  :  Pater  Noster  (style  sévère  des  couvents 
de  Kieff.  xvi'  siècle,  Benedictum  (Ectenya),  soprano 
solo  :  Mischa  Tschuriline,  un  nain  de  23  ans.  — 
3«  partie  :  Chant  et  ronde  de  l'opéra  Naïade  (Dargo- 
mijskyi;  On  ne  laisse  pas  Mascha  au  delà  de  la  rivière, 
chant  national  ;  O  toi,  mon  saule  pleureur  (Worotni- 
kofï);  Jeune  fille,  voilà  les  boyards  (Dargomijsky  ;  En 
descendant  le  Wolga,  ancienne  chanson  des  brigands 
du  Wolga  ;  Les  Forgerons,  chant  national  (Nadina 
Slaviansky);  Ei  Guchouem,  ancienne  chanson  des 
burlaks. 

Berlin 

Opéra.   —  Du  29  janvier   au   5  février  :  Mara,   Pup- 

penfee  et  I  Pagliacci.   Don   Juan.   Lohengrin   Mara, 

Noce  slave  et  I  Pagliacci,  Relâche.  Bal.  Faust.  Tann 

hœuser. 


SALLE   DE    LA   SOCIÉTÉ   ROYALE  DE  LA  GRANDE-HARMONIE 

81,     RUE    DE    LA    MADELEINE,    81 

Mardi    i3    février    i8q4,    à     8    lieures    du    soii 

\  DE    la 

tHAPELLE   RUSSE 

(VOCALE) 

sous    LA    DIRECTION    DE 

M"=  Nadina   SLAYIANSKT 


S'adresser   chez    SCHOTT    FRÈRES,   à    Bruxelles 

Voir  le  programme  au  répertoire. 


3>a'o"ia.iL7^oa.\x-tés    rrLiJLSioa,les 


5E  GREEF,  A.  Valse-Caprice  à 
2  mains •     .     .  fr.     2  5o 

-  La  même  pour  deux  pianos     .     . 

3REYSCH0CK.  Badinage,  mor- 
ceau de  genre  pour  piano     ...     i   25 


PETER  BENOIT.  Concerto  (poème), 
pour  flûte  et  piano fr.     7  5o 

HUBAY,  J.    Cinq   morceaux   pour 

Violon  et  piano 

(Op.  37,   38,   39) 


142 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  Le  lieutenant 

de  marine. 

Vienne 
Opéra.  —  Du  29  janvier  au  5  lévrier  :  La  Fête  de  mai. 

Faust.  Carmen.  Templier  et  Juive  Valse  viennoise  et 

Puppenfee  (ballets).  Hernani.  Fra  Diavolo.  Sylvia  et 

I  Pagliacci, 
Karltheater.  —  Charley's  Tante.  Nuit  et  Jour  (féerie). 
An  der  Wien.  —  Le  Maître  de  forges.  Gasparone. 

Dresde 
Opéra.  —   Du  28  janvier  au  4  février  ;   L'Enlèvement 

au    Sérail.    Cavalleria    rusticana.    Cornélius   Schut. 

Rigoletto.  Henri  le  Lion.   Le  Czar  et  le  Charpentier. 

Obéron. 

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I 


LE  GUIDE  MUSICAL 


143 


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Fournisseur  de  la  Cour,  Membre  des  Jurys  Anvers  1885,  Bruxelles  1888 
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Fournisseur    et  conservateur  des  instruments 

de  concert 

du  Conservateur  royal  de  Bruxelles 

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40"  année  II   Février    1S94  numéro  7 

SOMMAIRE 

Hector  Berlioz  et  Stephen  Heller  (Lettre  de 
Heller  à  Ed.  Hanslick. 

Marcel  Remy  :  Protectionnisme  artistique. 

Chronique  î>c  la  Scmatnf  :  Paris  :  Sarasate  et  Boro- 
dine  au  Conservatoire,  par  Hugues  Imbert.  —  Con- 
cert d'Harcourt.  —  Petite  chronique. 

Bruxelles  :  Concert  du  Conservatoire.  —  Les  répé- 
titions de  Tyistan.  —  Concerts  divers. 

Corres^Jonbaïucs  :  Anvers,  Berlin,  Dresde,  Gand, 
Liège,  Londres,  Marseille,  Namur. 

Nouvelles  diverses. —  Nécrologie. 

Répertoire  des  théâtres. 


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Parties  d'orchestre »     2     » 

Gervasio.  Nice-Casino,  galop,  p''  piano     «     i  70 
Parties  d'orchestre.      .     .     »     i     » 
Gillet,  E.   Douce   caresse,  pour  piano  . 
P''  instr.  à  cordes  (p°°  et  p"")  . 
Tellam,   H-    Le  Corso    blanc,    polka- 
marche  pour  piano 

Pr  piano  à  quatre  mains  .  .  . 
Pi'  piano  et  violon  ou  mandoline 
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PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


40«  ANNÉE.  —  Numéro  7. 


HECTOR  BERLIOZ 

ET 

STEPHEN  HELLER 

Stephen  Heller,  le  délicat  auteur  des  Etudes  de 
piano  et  de  tant  d'autres  compositions  finement 
pensées,  fut,  on  le  sait,  l'un  des  intimes  de  Ber- 
lioz. Dans  une  lettre  adressée  le  i"  février  1879 
à  Edouard  Hanslick,  à  Vienne,  il  retrace  de  l'au- 
teur de  la  Damnation  de  Faust  un  portrait  des  plus 
piquants,  où  la  sympathie  pour  l'ami  ne  dissimule 
pas  les  bizarreries  de  caractère  de  l'éternel  mécon- 
tent. Nos  lecteurs  nous  sauront  gré  de  reproduire 
la  lettre  de  Stephen  Heller,  d'après  le  texte  que 
M.  Edouard  Hanslick  vient  de  communiquer  à  la 
Nouvelle  Presse  de  Vienne. 

ÉJA  en  i838,  lorsque  j'arrivai  à 
Paris,  Berlioz  occupait  une  situa- 
tion à  part  parmi  les  artistes. 
On  ne  lui  contestait  plus,  dès 
lors,  le  renom  d'un  esprit  hardi,  aspirant 
aux  grandes  choses.  Ses  œuvres,  sa  con- 
versation, toute  son  attitude  lui  donnaient 
l'apparence  d'un  révolutionnaire  vis-à-vis 
de  I'k  ancien  régime  »  de  la  musique,  que 
Berlioz  déclarait  volontiers  déchu.  Je  ne 
sais  s'il  était  girondin  ou  terroriste,  mais 
je  crois  bien  qu'il  n'était  pas  éloigné  de 
déclarer  traîtres  Rossini,  Cherubini,  Auber, 
Herold,  Boïeldieu,  etc.,  ces  Pitts  et  ces 
Cobourgs  d'un  monde  musical  corrompu, 
qu'il  evit  volontiers  condamnés  à  mort.  Ces 
affreux  aristocrates  de  la  musique,  qu'on 
iouait  quotidiennement  sur  les  théâtres, 
étaient  coupables  à  ses  yeux  de  sucer,  au 
moyen  des  droits  d'auteur,  la  moelle  de 
leurs  sujets,   c'est-à-dire   du  public.  Mais 


Paris  est  la  seule  ville  du  monde  où  l'on 
comprenne  toutes  les  situations  où  l'on 
aime  à  suivre  et  à  encourager  les  étran- 
getés.  Seulement,  il  faut  que  l'étrangeté 
ait  une  certaine  physionomie,  qu'elle  puisse 
passionner.  En  un  mot,  il  faut  qu'une 
légende  puisse  se  former  autour  d'un 
homme.  Berlioz  en  avait  plusieurs.  Son 
irrésistible  amour  pour  la  musique,  que 
n'avaient  pu  vaincre  ni  les  menaces,  ni  la 
pauvreté  ;  lui,  le  fils  d'un  médecin  considéré 
de  Grenoble,  contraint  de  se  faire  choriste 
dans  un  petit  théâtre  afin  de  vivre;  sa  passion 
fantastique  pour  miss  Smithson  qui  l'avait 
enthousiasmé  dans  les  rôles  de  Juliette  et 
d'Ophélie,  bien  qu'il  ne  connût  pas  un  mot 
d'anglais;  enfin,  sa  Symphonie  fantastique 
qui  peignait  son  amour  malheureux  et  dont 
l'audition  avait  décidé  la  comédienne  bri- 
tannique à  répondre  à  son  amour,  bien 
qu'elle  ne  comprît  rien  à  la  musique,  — 
tout  cela  avait  mis  Berlioz  dans  cette  posi- 
tion qui  est  nécessaire  à  Paris  pour  éveiller 
les  sympathies  d'une  certaine  classe  d'en- 
thousiastes. Il  n'est  pas  de  talent  réel  qui  ne 
puisse  rencontrer  à  Paris  de  ces  enthou- 
siastes, intelligents,  généreux,  prêts  à  tout 
sacrifice;  mais  il  faut  que  ce  talent  se  mani- 
feste dans  une  certaine  lumière.  C'est  ainsi 
que,  peu  après  ma  première  rencontre  avec 
Berlioz,  je  vis  bien  qu'il  passait  pour  le 
chef  et  le  principal  des  génies  méconnus  de 
Paris. 

Il  était  méconnu,  cela  est  certain;  mais 
comme  un  homme  chez  lequel  il  y  a  quel- 
que chose  à  méconnaître.  Berlioz  a  élevé 
la  méconnaissance  dont  il  était  l'objet  à  la 
hauteur  d'une  dignité  ;  car  ceux  qui  ren- 
daient hommage  à  son  talent,  qui  l'admi- 
raient même  étaient  assez  nombreux  pour 
que  l'opposition  qu'on  lui  faisait  parût 
injuste  et  perfide  ;  et  ainsi  elle  lui  assurait 
4;  chaque  jour  de  nouvelles  sympathies. 


148 


LE  GUIDE  MUSICAL 


A  une  nature  plus  philosophe,  ce  contre- 
poids eût  suffi  pour  la  satisfaire.  Pour  le 
sens  délicat  des  Parisiens  (j'entends  une 
certaine  classe  de  gens),  c'était  un  froisse- 
ment de  voir  exposé  au  blâme  et  à  la  pau- 
vreté un  artiste  qui,  en  tous  cas,  avait 
donné  des  preuves  d'un  talent  supérieur, 
d'un  zèle  chaleureux  et  d'un  grand  courage. 
Les  Français  ne  se  contentent  pas  d'aimer 
platoniquement,  en  silence;  ils  ne  se 
bornent  pas  à  souhaiter  à  un  ami  tout  le 
bonheur  désirable  et  à  laisser  les  choses 
aller  leur  train.  Ils  sont  actifs,  nullement 
paresseux,  ils  mettent  la  main  à  l'œuvre,  et 
tous  les  saints  du  paradis  ne  les  empêche- 
raient pas  d'ouvrir  la  bouche  pour  louer 
à  leur  gré  un  artiste  méconnu,  qui  a  besoin 
d'encouragements.  Le  gouvernement  fran- 
çais, en  la  personne  du  ministre  comte 
Gasparin,  donna  l'exemple  en  commandant 
à  Berlioz  un  Requiem  ;  et  plus  tard  on  lui 
demanda  encore  une  musique  funèbre  pour 
la  commémoration  des  victimes  de  la  révo- 
lution de  Juillet. 

Peu  à  peu  tous  les  artistes  jeunes  de  quel- 
que talent,  et  plus  ou  moins  méconnus,  se 
groupèrent  autour  de  Berlioz,  leur  chef 
respecté.  Ils  devinrent  pour  lui  des  apô- 
tres, des  clients  donnés  par  la  nature; 
en  particulier,  les  peintres  et  les  littéra- 
teurs, qui  s'ils  ne  se  sentaient  pas  tou- 
jours inspirés  par  la  musique  l'étaient  du 
moins  par  le  sujet  poétique  des  compo- 
sitions de  Berlioz,  par  ses  pittoresques 
programmes.  Presque  tous  les  peintres 
(ils  ont  le  sens  de  la  musique),  les  gra- 
veurs, les  dessinateurs,  les  sculpteurs, 
les  architectes  étaient  des  partisans  de 
Berlioz.  Il  y  avait  même  parmi  ceux-ci 
beaucoup  de  poètes  et  de  romanciers  de 
renom  :  Victor  Hugo,  Lamartine,  Dumas, 
Vigny,  Balzac,  qui,  à  côté  des  peintres  Dela- 
croix et  Ary  Scheffer,  reconnaissaient  en 
Berlioz  un  fervent  adepte  du  romantisme. 
Tous  ces  grands  écrivains,  au  demeurant 
dénués  de  musique  à  ce  point  que,  dans  le 
moment  le  plus  pathétique  de  leurs  drames, 
ils  faisaient  exécuter  une  valse  de  Strauss 
pour  augmenter  l'effet  de  terreur,  tous  ces 
gens  étaient  enthousiastes  de  Berlioz  et 
lui  manifestaient   leur    sympathie    par    la 


parole  et  par  leurs  écrits.  Enfin,  à  ces 
agents  actifs  de  propagande  se  joignaient 
des  gens  du  monde  élégant.  Leur  nombre 
était  restreint,  mais  leur  influence  considé- 
rable. C'étaient  des  gens  qui  désiraient  à 
bon  compte  se  faire  la  réputation  d'esprits 
libres.  Ils  n'étaient  pas  capables  de  distin- 
guer une  sonate  de  Van  H  al  ou  de  Diabelli 
d'une  sonate  de  Beethoven;  mais  ils 
pestaient  contre  le  charme  lascif  de  la 
musique  moderne  et  prenaient  parti  contre 
leurs  pairs  qui  se  nourrissaient  de  la 
musique  de  Rossini,  de  Meyerbeer  et 
d'Auber  ;  ils  prophétisaient  la  fin  de  ces 
mélodies  vicieuses,  court  vêtues,  et  le 
triomphe  d'un  art  nouveau,  viril,  noble, 
éternel  qui  soulèverait  des  mondes. 

Ajoutez-}^  le  petit  nombre  de  vrais  musi- 
ciens capables  de  comprendre  la  véritable 
hardiesse  et  la  grandeur,  l'originalité  sou- 
vent étrange,  la  féerique  orchestration  de 
ses   compositions,   et  vous  avouerez  que 
Berlioz    n'a    pas    vécu    aussi    isolé    qu'il 
aimait  à  le  dire.  Dès   l838,  et  plus  encore 
par     la    suite,    certaines    parties    de    ses 
symphonies  ont  obtenu  de  brillants  succès. 
On  les  bissait,  on  les  applaudissait  avec 
chaleur.  Je  ne  veux  citer  que   la  Marche 
au  supplice,    la  Marche   des  pèlerins,   la 
sérénade  d'Harold  en  Italie,  la   fête   chez 
les  Capulets,    des   fragments   de   la  Fuite 
en    Egypte,   l'ouverture    du    Carnaval    ro- 
main, etc.   Il    n'est    pas   contestable    que 
beaucoup  de  pages   élevées  n'étaient   pas 
comprises,    mais    à    combien    de    grands 
maîtres,  de  plus  grands  maîtres,  pareil  sort 
n'a-t-il  pas  été  réservé!  Jamais  artiste  ne  fut 
plus  éloigné  que  Berlioz  de  tout  sentiment 
de   résignation,    cette    vertu   germanique'. 
Vainement  je  jouais  auprès  de  lui  le  rôle  de 
Plutarque,  lui  citant  en  exemple  les  vies  de 
Weber,    Mozart,    Beethoven,     Schubert,  , 
Schiller  (qu'il  aimait  beaucoup)  et  de  com-  ■ 
bien   d'autres!  Quand  il    se    plaignait  et  l 
comparait  ses  succès  à  ceux  des  composi- 
teurs dramatiques  en  vogue,  je  lui  disais  : 
((  Cher  ami,  vous  voulez  trop,  vous  \'0ulez 
tout.  Vous  méprisez  le  gros  public,  et  vous 
voulez  qu'ii  vous  admire.  Vous  dédaignez, 
de  par  le  droit  de  l'artiste  noble  et  original, 
le  suffrage  des  masses,  et  cependant  vous 


LE  GUIDE  MUSICAL 


149 


le  regrettez.  Vous  voulez  être  un  novateur 
hardi,  un  précurseur,  et  en  même  temps 
vous  demandez  que  l'on  vous  comprenne 
et  vous  honore.  Vous  prétendez  ne  plaire 
qu'aux  plus  nobles,  aux  plus  forts,  et  vous 
vous  irritez  de  la  froideur  des  indifférents, 
de  l'incompétence  des  faibles.  Il  ne  vous 
suffit  pas  d'être  isolé,  grand,  inaccessible 
et  pauvre  comme  Beethoven,  il  vous  faut 
encore  l'entourage  des  petits  et  des  grands 
de  ce  monde,  il  vous  faut  tous  les  biens  de 
la  terre,  titres,  honneurs  et  emplois.  Vous 
avez  atteint  tout  ce  que  la  nature  de  votre 
talent  et  de  votre  personnalité  pouvait  am- 
bitionner. Vous  n'avez  pas  la  majorité, 
mais  une  minorité  intelligente,  qui  vous 
soutient  avec  énergie  et  persévérance. 
Vous  vous  êtes  fait  une  place  à  part  dans 
le  monde  des  arts,  vous  avez  beaucoup 
d"amis  remuants  ;  —  mieux  que  cela,  il  ne 
vous  manque  même  pas  d'ennemis  sérieux 
qui  tiennent  en  éveil  la  sympathie  de  vos 
amis.  Votre  existence  inatérielle  est  assu- 
rée depuis  quelques  années,  ce  qui  n'est 
pas  à  dédaigner,  et  finalement  vous  pouvez 
compter  sur  une  chose  qui  jusqu'ici  a  tou- 
jours été  hautement  prisée  par  les  gens  de 
cœur  et  d'esprit  :  la  pleine  et  entière  glori- 
fication que  vous  réserve  l'avenir.  » 

Je  réussissais  quelquefois  à  le  remonter, 
ce  qu'il  avouait  toujours  avec  des  paroles 
touchantes.  Je  me  souviens  en  particulier 
d'un  succès  de  ce  genre.  C'était  un  soir, 
chez  l'excellent  Damcke,  mort  lui  aussi  (i). 
Berlioz  parle  de  lui  et  de  la  cordiale  hospi- 
talité de  sa  femme  dans  ses  Mémoires. 
Presque  quotidiennement,  nous  nous  réu- 
nissions chez  les  Damcke  :  Berlioz,  d'Or- 
tigue,  un  savant  historien  de  la  musique  et 
des  lettres,  Léon  Kreutzer,  et  d'autres.  On 
causait,  on  discutait,  on  faisait  de  la  mu- 
sique, sans  aucune  arriére-pensée,  libre- 
ment et  franchement.  La  mort  a  fauché 
dans  ce  petit  cercle;  dans  les  derniers 
temps,  seuls,  Berlioz  et  moi,  nous  venions 
encore  chez  les  Damcke. 

(i)  Berthold  Damcke,  né  à  Hanovre,  musicien  et 
musicologue,  qui  s'était  établi  à  Paris  vers  1840,  après 
avoir  été  chef  d'orchestre  en  Allemagne.  Il  collabora  à 
de  nombreux  journau.x  de  musique  en  Allemagne  et  à 
Paris. 


Donc, ce  soir,  comme  Berlioz  recommen- 
çait sa  plainte  éternelle,  je  lui  répondis 
ainsi  que  je  l'ai  rapporté  plus  haut.  A  la  fin 
de  mon  sermon,  il  était  onze  heures.  Une 
froide  soirée  de  décembre;  la  nuit  était  noire 
au  dehors.  Las  et  mécontent,  j'allumai  un 
cigare;  tout  à  coup,  Berlioz  fit  un  bond  du 
sofa  où  il  avait  l'habitude  de  s'étendre  tout 
de  son  long  avec  ses  bottes  crottées,  au 
grand  scandale  de  la  bonne  M""^  Damcke, 
qui  était  la  propreté  et  l'ordre  même. 

—  Ah  !  s'écria-t-il,  Heller  a  raison,  — 
il  a  toujours  raison.  Il  est  bon,  il  est  intelli- 
gent, il  est  juste  et  sage;  je  veux  l'em- 
brasser— il  m'embrassa  sur  les  deux  joues, 
—  et  proposer  au  sage  une  folie. 

—  Quelle  qu'elle  soit,  j'adhère,  répondis- 
je.  Que  prétendez-vous  faire? 

—  Allons  souper  chez  Bignon.  J'ai  peu 
déjeuné  et  votre  sermon  m'a  donné  l'envie 
de  l'immortalité  et  d'une  douzaine  d'huîtres. 

—  Parfait!  répliquai-je,  nous  boirons  à  la 
mémoire  de  Lucullus  et  de  Beethoven,  et 
noierons  nos  tristesses  dans  les  meilleurs 
vins  de  France  accompagnés  de  foie  gras. 

—  Damcke,  ajouta  Berlioz,  peut  rester 
chez  lui, car  il  a  une  femme  aimable.  Nous, 
nous  n'avons  pas  de  femme,  nous  allons  au 
restaurant.  —  Pas  d'objections,  c'est  en- 
tendu ! 

Le  vieux  Berlioz,  tout  de  flammes,  ve- 
nait de  renaître.  Et,  bras  dessus,  bras 
dessous,  riant  et  badinant,  nous  longeâmes 
la  longue  rue  Blanche,  la  non  moins  longue 
chaussée  d'Antin,  et  arrivâmes  ainsi  au 
café  Bignon,  brillamment  éclairé  :  il  était 
onze  heures  et  demie,  et  il  n'y  avait  plus  que 
de  rares  consommateurs,  ce  qui  nous  conve- 
nait parfaitement.  Nous  demandâmes  des 
huîtres,  du  pâté  de  Strasbourg,  un  poulet 
froid,  salade  et  fruits,  du  Champagne  et  du 
meilleur  bordeaux.  Vers  une  heure  du  ma- 
tin, on  vint  éteindre  le  gaz,  et  les  garçons, 
bâillant,  se  glissaient  comme  des  ombres 
autour  de  nous  (nous  étions  les  derniers 
consommateurs),  comme  pour  nous  inviter 
à  partir.  On  ferma  les  portes  et  l'on  nous 
apporta  des  bougies.  —  «  Garçon!  appela 
Berlioz  ;  vous  voulez,  par  vos  simagrées 
nous  faire  croirequ'il  est  tard.  Maisjevous 
prie  de  nous  apporter  des  tasses  de  café 


150 


LE  GUIDE  MUSICAL 


et  quelques  cigares  de  la  Havane,  authen- 
tiques. »  Il  était  maintenant  deux  heures.  «Il 
est  temps  de  partir,  dit  Berlioz,  car  à 
cette  heure  ma  belle-mère  est  couchée  et 
j'ai  l'espoir  fondé  de  la  réveiller  en  ren- 
trant. » 

Pendant  le   souper,   nous    avions    parlé 
de  nos  maîtres  préférés  :  Beethoven,  Sha- 
kespeare,   Byron,   Heine,  Gluck,   et  nous 
continuâmes  pendant  la  longue  route  qui 
menait  chez  lui  et    chez   moi.    Ce  fut   la 
dernière  soirée  vivante  et  gaie  que  j'eusse 
passée    avec    lui.     C'était,    si   je    ne    me 
trompe,   en   1867  ou   1868.  Vers  le  même 
temps,    il    fut    pris  de  la  passion  de  lire 
du  Shakespeare  aux  amis   qui   se  réunis- 
saient  chez  lui,  le  soir,  vers  huit  heures. 
Il   lisait    consécutivement    sept    ou    huit 
pièces,  dans  la  traduction  française.  Il  lisait 
bien,  mais  était  trop  souvent  victime  de  son 
émotion.  Aux  beaux  endroits,  les  larmes  lui 
coulaient  le  long  des  joues.  Mais  il  con- 
tinuait à  lire  et  s'essuyait  les  yeux,  rapide- 
ment, pour  ne  pas  s'interrompre.  A  ces  lec- 
tures assistaient  seulement  les  Damcke  et 
un  ou  deux  amis.  L'un  de  ceux-ci,  un  vieux 
camarade    de     Berlioz,    mais    peu    lettré, 
s'était  attribué  le  rôle  de  claqueur.  Il  écou- 
tait  avec  une  vive  attention  et  cherchait 
dans  l'expression  du  lecteur  et  des  auditeurs 
le  moment  de  manifester  son  enthousiasme. 
Comme  il  n'osait  pas  applaudir,  il  s'était 
fait  une  manière  originale  d'approbation. 
Chaque  endroit  que  Berlioz  déclamait  avec 
passion,  il  l'accompagnait  d'un  juron,  mur- 
muré à  voix  basse.  «  Nom  d'un  nom  !  Nom 
d'une  pipe  !  Sacré  mâtin  !  » 

A  la  fin,  Berlioz  n'y  tenant  plus  se  levait 
furieux,  interrompait  sa  lecture  et  d'une 
voix  tonnante  imposait  silence  à  l'interrup- 
teur :  «  Ah  !  çà,  voulez-vous  bien  me  ficher  le 
camp  avec  vos  Nom  d'une  pipe  !  «  L'autre 
filait  sans  mot  dire,  tandis  que  Berlioz 
reprenait  avec  calme  la  scène  du  balcon  de 
Roméo  et  Juliette. 

Ce  que  je  vous  ai  dit  naguère  au  sujet  de 
la  mauvaise  mémoire  musicale  de  Berlioz 
se  rapporte  à  la  musique  moderne,  qu'il  ne 
connaissait  qu'imparfaitement.  Mais  la 
musique  qu'il  avait  étudiée  lui  était  très 
présente,   notamment  les  œuvres   orches- 


trales de  Beethoven  (moins  les  quatuors  et 
les  œuvres  de  piano),  les  opéras  de  Gluck, 
Spontini,  Grétry,  Méhul,  Dalayrac,  Mon- 
signy.  Malgré  son  aversion  pour  Rossini,  il 
était  un  chaud  admirateur  de  deux  de  ses 
partitions  :  le  Comte  Ory  et  le  Barbier  de 
Sévi  lie. 

Berlioz  était  une  véritable  âme  d'artiste, 
qui  se  laissait  prendre  à  toute  production 
parfaite  en  soi  et  en  était  touché  jusqu'aux 
larmes.   C'est  ainsi  que  j'assistais  avec  lui 
à  la  première  représentation  de  la   Patti 
dans  le  Barbier  /je  l'ai  vu  pleurer  aux  pas- 
sages les  plus  gais  et  les  plus  aimables  de 
cet  ouvrage.  Et  que' dire   de   la  Fhite  en- 
chantée, que  j'entendis  aussi  avec  lui  !  Ber- 
lioz avait  une  colère  naïve  contre  ce  qu'il 
appelait  les  «  concessions  »  de  Mozart.  Il 
désignait  ainsi  l'air  d'Ottavio,  l'air  de  dona 
Anna  en  fa,  le  célèbre  air  de  bravoure  de 
la  Reine  de  la  Nuit.  Il  n'y  avait  pas  moyen 
de  lui  faire  reconnaître  le  mérite  relatif  de 
ces  pages,  évidemment  moins  dramatiques 
que  les  autres.  Mais   quelle  joie  il  ressen- 
tait, quelle  profonde  impression  il   éprou- 
vait à  l'audition  de  cette  Flûte  enchantée!  Il 
avait   souvent  entendu  cet  ouvrage  ;  mais 
soit   meilleure  disposition,  soit  efiet  d'une 
exécution  supérieure,  il  m'avoua  que  jamais 
cette  divine  musique   ne  lui  était  allée  si 
droit  au  cœur.  Il  arrivait  que  son  exaltation 
se  manifestait  si  bruyamment  que  nos  voi- 
sins de  stalles,  qui  se  récuraient  les  dents 
et   digéraient    tranquillement    leur   dîner, 
protestaient  contre  cet  enthousiasme  indis- 
cret. 

Un  soir,  dans  une  séance  de  musique  de 
chambre,  nous  entendîmes  ensemble  le  qua- 
tuor en  mi  mineur  de  Beethoven.  Nous  nous 
trouvions  dans  un  coin  isolé  de  la  salle. 
J'éprouvais  une  sensation  analogue  à 
celle  d'un  pieux  catholique  entendant  la 
messe  :  j'écoutais  avec  piété  et  ferveur, 
niais  tranquillement  et  avec  réflexion.  Ber- 
lioz, au  contraire,  avait  l'air  d'un  nouvel 
initié  ;  il  était  ému,  mais  à  son  émotion  se 
mêlait  quelque  chose  comme  une  terreur 
joyeuse  en  présence  du  doux  mystère  qui 
se  révélait  à  lui.  Son  visage  reflétait  l'ex- 
tase pendant  l'adagio,  —  il  semblait  qu'un 
changement  se  fût  produit  en  lui.  Ce  même 


LE  GUIDE  MUSICAL 


151 


soir,  on  joua  d'autres  belles  œuvres.  Mais 
nous  partîmes  et  je  l'accompagnai  jusque 
chez  lui.  Nous  n'échangeâmes  pas  une  pa- 
role. L'adagio  continuait  de  prier  en  nous. 
Lorsque  je  pris  congé  de  lui,  il  me  saisit  la 
main  avec  effusion  et  dit  :  «  Cet  homme 
avait  tout...  et  nous  n'avons  rien.  »  Ainsi  il 
se  sentait  dominé  et  maîtrisé  par  la  gran- 
deur géante  de  cet  «  homme  » . 

Une  petite  anecdote  encore.  Près  de  la 
maison  qu'occupait  Damcke,rue  Mansard, 
il  y  avait  sur  le  trottoir  un  pavé  blanc,  plus 
grand  que  les  autres.  Berlioz  se  plaçait  sur 
ce  pavé  chaque  fois  que  nous  venions  de  la 
rue  Mansard,  pour  me  souhaiter  le  bonsoir. 
Un  soir  (peu  avant  sa  dernière  maladie), 
nous  nous  quittâmes  rapidement,  car  il 
faisait  froid,  et  un  brouilard  épais  et  jaune 
enfumait  la  chaussée.  Nous  étions  déjà  à 
dix  pas  l'un  de  l'autre,  lorsque  Berlioz  me 
rappelle  :  «  Heller!  Heller!  où  êtes-vous! 
revenez  !  Je  ne  vous  ai  pas  dit  bonsoir  sur 
la  pierre  blanche  !  »  Nous  nous  rejoignons 
et,  dans  la  nuit  noire,  nous  voilà  cherchant 
l'indispensable  pavé,  qui  était  d'ailleurs 
d'une  forme  particulière.  Je  tire  mes  allu- 
mettes, mais  elles  ne  prennent  pas  à  cause 
de  l'humidité.  Tous  deux  alors,  nous  ram- 
pons à  quatre  pattes  sur  le  trottoir,  —  enfin 
la  fameuse  pierre  fut  retrouvée.  Berlioz, 
avec  un  grand  sérieux,  posa  le  pied  dessus 
et  me  dit  :  «  Dieu  soit  loué  !  je  suis  dessus. 
Maintenant,  bonsoir  !  » 

Ce  fut  notre  dernier  adieu  sur  le  pavé 
blanc.  Stephen  Heller. 


protectionnisme   artistique 


UN  aveu  d'impuissance,  cette  pétition  d'une 
Chambre  syndicale  d'artistes  musiciens 
de  Paris,  demandant  d'interdire  l'accès  des 
étrangers  aux  pupitres  de  chef  d'orchestre 
et  à  réduire  à  la  proportion  d'un  dixième  le 
nombre  des  instrumentistes  étrangers  dans  les 
orchestres  municipaux. 


Comme  pour  le  bétail,  on  demande  des  pro- 
hibitions. Du  reste,  la  pétition  spécifie  galam- 
ment «  un  dixième  d'étrangers,  comme  pour  les 
ouvriers  ».  Or,  on  ne  protège  que  les  faibles. 

Si,  en  ce  qui  concerne  l'intrusion  des  ouvriers 
«  manuels  »  étrangers,  on  comprend  encore 
l'argument  d'une  infériorité  possible  des  natio- 
naux, résultant  du  service  militaire  ou  des  im- 
pôts, il  serait  difficile,  en  l'occurrence,  d'invo- 
quer cette  raison  ;  on  ne  peut  sérieusement 
objecter  que  le  service  militaire  puisse  entra- 
ver l'éducation  musicale  (généralement  terminée 
avant  vingt  ans)  et  qui  dépend  d'abord  du  tem- 
pérament et  du  bon  enseignement. 

Pour  ce  qui  est  des  impôts  et  charges,  les 
instrumentistes  étant  des  nomades,  allant  d'une 
ville  à  l'autre,  sans  se  fixer,  se  trouvent  tous 
sur  le  même  pied  et  ne  paient  que  les  impôts 
indirects. 

La  vérité  est  que  le  musicien  étranger,  géné- 
ralement mieux  armé,  ne  vient  en  France 
qu'avec  des  chances  de  trouver  à  s'employer, 
c'est-à-dire  porteur  d'un  diplôme,  d'un  prix. 
C'est,  en  quelque  sorte,  une  «  élite  «  qui  vient 
se  mesurer  avec  une  «  moyenne  »  ;  et,  sortant 
d^un  pays  où  la  vie  est  à  meilleur  marché,  et  les 
salaires  moins  élevés,  il  accepte  souvent  un  en- 
gagement dans  des  conditions  pécuniaires,  mo- 
destes. Cela  a  amené  un  avilissement  des  prix, 
dont  tous,  nationaux  et  étrangers,  se  plaignent 
aujourd'hui.  Et  cette  baisse  ou  insuffisance  des 
salaires  se  fait  sentir,  non  pas  seulement  dans 
les  institutions  de  second  ordre,  mais  aussi  dans 
les  grands  orchestres  de  Paris.  Les  excellents 
instrumentistes  des  concerts  Colonne  etLamou- 
reux  sont  très  mal  payés.  Un  premier  violon 
touche  I20  francs  par  mois  environ,  pour  jouer 
par  semaine  le  concert  du  dimanche  précédé 
de  trois  répétitions,  qui  occupent  chacune  toute 
une  demi-journée.  Dans  les  casinos  des  plages 
et  villes  d'eaux,  on  donne  200  francs  à  un  vio- 
lon solo,  une  clarinette  solo,  un  premier  cor, 
pour  jouer  tous  les  jours,  sans  exception,  deux 
concerts  d'une  heure,  l'opéra,  le  soir,  et  très 
souvent  une  répétition  de  deux  heures  et  plus, 
sans  compter  les  bals.  Et  ce  sont  des  médailles 
et  des  premiers  prix  de  conservatoire  qui 
sont  forcés  de  subir  ces  conditions.  Les  musi- 
ciens sont  traités  comme  le  bétail,  et  les  exi- 
gences et  la  rapacité  des  tenanciers  de  casinos 
s'exercent  surtout  à  leur  endroit.  S'il  faut  faire 
une  économie,  c'est  sur  le  budget  de  l'orchestre 
qu'elle  se  fera.  On  engage  au  rabais,  on  fait 
faire  double  besogne.  De  là  provient  la  compo- 
sition absurde  de  certains  orchestres  :  trois  pre- 
miers violons,  un  violoncelle,  mais  on  garde  les 


152 


LE  GUIDL  MUSICAL 


deux  pistons  (qui  coûtent  moins  cher),  on  ne 
pi  end  que  deux  cors,  en  exigeant  qu'ils  jouent 
autant  que  possible  la  partie  des  troisième  et 
quatrième  cors  ;  de  même,  le  hautbois  unique 
rempla:cera  au  besoin  la  seconde  flûte,  absente. 
Les  exécutions  marchent  à  la  diable,  ficelées 
de  ces  expédients  grossiers.  Je  suis  bien  sûr  que 
les  directeurs  de  théâtres  regrettent  l'orchestra- 
tion antérieure  à  Monteverde. 

Ajoutez  que  le  retour  des  musiciens  à  Paris, 
centre  des  engagements,  a  lieu  à  leurs  frais, 
qu'ils  doivent  faire  plusieurs  jours  d'avance  des 
répétitions  d'ensemble  à  titre  gratuit,  le  salaire 
ne  commençant  à  courir  que  du  jour  de  la  pre- 
mière exécution  publique  ;  ajoutez  encore  que, 
dans  la  plupart  des  traités,  la  direction  stipule 
que  l'engagement  est  d'une  durée  telle,  tandis 
que  le  traitement  ne  sera  servi  que  pour  une 
durée  plus  courte.  Ainsi,  en  Auvergne,  —  j'ai 
l'habitude  de  ne  parler  que  de  ce  que  je  con- 
nais personnellement,  —  les  musiciens  ont 
séjourné  trois  mois  d'été  pour  toucher  un  sa- 
laire de  deux  mois  et  demi  !  Cela  était  contenu, 
paraît-il,  dans  les  clauses  de  l'engagement.  Il 
n'y  a  pas  deux  façons  de  qualifier  cela  :  c'est 
de  l'escroquerie.  Et  quand  ils  ont  voulu  pro- 
tester auprès  du  tenancier,  —  un  archi-million- 
naire,  seul  concessionnaire  des  eaux,  —  celui-ci 


a  répondu  :  ((  C'est  un  usage  à  mon  casino  et 
je  m'en  trouve  bien  » . 

Si  l'on  veut  faire  un  syndicat  pour  sauve- 
garder les  intérêts  et  la  dignité  des  instrumen- 
tistes, c'est  de  ce  côté  qu'il  faut  diriger  ses 
efforts.  Tâcher  d'empêcher  ou  au  moins  de 
réduire  cette  exploitation  de  toute  une  classe 
de  travailleurs,  dont  les  études  préparatoires 
ont  exigé  tant  de  temps  et  de  sacrifices. 

Quant  à  proscrire  les  étrangers,  cela  est 
puéril  et  n'aboutirait  qu'à  rabaisser  le  niveau 
moyen,  déjà  pas  si  élevé  pourtant,  des  orches- 
tres. Il  faut  reconnaître  qu'il  serait  bien  difficile 
de  former  des  orchestres  sérieux  sans  le  con- 
cours des  étrangers.  Voyez-vous  les  orchestres 
Colonne  et  Lamoureux  sans  les  archets  belges 
et  hollandais  ?  Si  les  instruments  à  vent  sont 
joués  avec  plus  de  charme,  de  distinction  par 
les  musiciens  français,  le  violon  et  le  violoncelle 
des  pays  du  Nord  l'emportent  par  la  beauté  du 
son,  la  noblesse  de  l'archet,  et  les  prohibitions 
n'y  changeront  rien.  S'il  vous  faut  un  impôt, 
frappez-en  les  «  impresarii  »,  mauvais  pa- 
triotes qui  ne  rougissent  pas  d'employer  des 
étrangers  par  sordide  économie,  mais  non  pas 
ces  étrangers  qui  ne  prennent  la  place  de  per- 
sonne, quand  ils  apportent,  à  conditions 
égales,  un  talent  supérieur.     Marcel  Rémy. 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

APRÈS  les  tournées  triomphales  à  l'étranger, 
Sarasate  revient  toujours...  à  ses  pre- 
mières amours,  à  ce  Conservatoire,  où  il  puisa 
les  belles  traditions  de  notre  école  de  violon. 
Son  maître  Alard  lui  inculqua  cette  élégance 
qui  est  une  des  qualités  maîtresses  de  son 
talent  et  cette  technique  absolument  irrépro- 
chable qui  fait  l'admiration  de  tous  ceux  qui 
l'ont  entendu.  Mais  en  lui  était  innée  cette  faci- 
lité absolument  extraordinaire  avec  laquelle  il 
se  joue  de  toutes  les  difficultés.  Il  manie  l'ins- 
trument avec  une  telle  aisance,  avec  une 
absence  d'efforts  si  complète  que  l'artiste  et  le 
violon  ne  font  qu'un.  La  suite  de  Joachim  RaiF 
n'est  certes  pas  une  des  meilleures  pages  dU 


compositeur  allemand  ;  mais  un  violoniste  ne 
peut  pas  toujours  se  confiner  dans  l'exécution 
des  concertos  de  Beethoven  et  de  Mendelssohn, 
ces  deux  maîtresses  pages.  Il  y  a  bien  encore 
le  concerto  et  la  Symphonie  espagnole  de  Lalo, 
le  concerto  de  Max  Bruch,  celui  de  Saint- 
Saëns;  mais  Sarasate  les  a  fait  entendre  fort 
souvent.  On  connaissait  peu  ou  point,  au  con- 
traire, cette  suite  de  J.  Raff;  Sarasate  a  voulu 
la  révéler  au  public  du  Conservatoire.  Si  l'œu- 
vre a  été  trouvée  inférieure,  l'artiste  a  été  jugé 
supérieur.  Pour  nous,  nous  aurions  préféré  lui 
voir  exécuter  le  beau  concerto  de  Johannes 
Brahms,  qui  est  si  peu  connu  à  Paris. 

Dans  la  première  partie  de  la  suite,  sorte  de 
mouvement  perpétuel  où  les  notes  volent 
serrées,  rapides,  l'exécution  a  été  d'une  aisance 


LE  GUIDE  MUSICAL 


153 


incroyable.  L'auditeur  était  littéralement  sub- 
jugé par  ce  staccato  vertigineux,  enlevé  par  un 
archet  magique.  Le  second  morceau  débute 
par  une  marche  dans  laquelle  de  larges  accords 
du  violon  solo  se  détachent  à  découvert  ;  la 
mélodie  qui  suit  immédiatement  est  banale, 
mais  si  bien  chantée  par  le  virtuose  qu'on 
oublie  un  peu  l'imperfection  de  la  composition. 
Quelle  sûreté,  quelle  égalité  dans  cette  suite  de 
trilles  non  interrompus  et  quelle  merveilleuse 
justesse  dans  les  notes  les  plus  aiguës  !  La 
phrase  langoureuse,  accompagnée  par  les  piz- 
zicati  de  l'orchestre,  est  d'une  meilleure  venue. 

L'andante  n'est  qu'une  longue  mélodie  en 
mineur,  rappelant  quelque  peu  certaine  élégie 
d'Ernst,  mais  beaucoup  moins  concise,  et  se 
répétant  par  trop.  Sarasate  l'a  dite  avec  une 
pureté  de  son  et  un  charme  indicibles. 

Le  finale,  comme  le  premier  morceau,  est  un 
mouvement  perpétuel,  sur  lequel  se  greffe  une 
phrase  mélodique  des  violoncelles.  Le  presti- 
gieux talent  du  virtuose  lui  a  donné  un  haut 
relief. 

Ce  n'est  pas  par  la  puissance  du  son  que 
Sarasate  se  fait  surtout  remarquer,  mais  bien 
par  cette  pureté  à  nulle  autre  pareille,  qui 
pourrait  faire  dire  que  son  violon  possède 
«  une  voix  d'or  ». 

Sarasate,  Joachim,  Ysaye,  voilà  les  rois  du 
violon  ! 

Dans  cette  même  séance  de  la  Société  des 
Concerts,  on  a  entendu  la  symphonie  en  fa 
de  Beethoven,  les  airs  de  ballet,  avec  chœurs 
du  Prince  Igor  de  Borodine,  deux  chœurs 
sans  accompagnement,  admirablement  chantés 
cette  fois  :  l'Ave  vertim  de  Saint-Saëns  et 
Fuyons  tous  d'amour  le  jeu  de  R.  de  Lassus, 
et  l'ouverture  à'Obéroii. 

On  sait  que  le  Prince  Igor  ne  vit  le  jour 
qu'après  la  mort  de  Borodine  (1887),  et  que  ce 
furent  ses  amis  Rimsky-Korsakow  et  Glazounow 
qui  complétèrent  l'œuvre.  Avant  d'écrire  cet 
opéra,  Borodine  avait  compulsé  nombre  de  ma- 
tériaux ayant  trait  à  l'expédition  des  princes 
russes  contre  les  Polovki,  peuple  nomade  qui, 
au  xii'i  siècle,  avait  envahi  les  principautés 
russes.  Il  avait  surtout  recueilli  des  mélodies  ab- 
solument originales  ;  on  assure  même  que  le 
célèbre  voyageur  Hunfalvi  lui  avait  communi- 
qué des  mélodies  de  l'Asie  centrale.  La  trace 
s'en  fait  sentir  très  profondément  dans  les  airs 
de  ballet  avec  chœurs  que  la  Société  des  Con- 
certs faisait  entendre  pour  la  première  fois. 
Aussi  existet-il  une  grande  intensité  de  couleur 
dans  ces  danses  polovtsiennes,  où  apparaissent 
certains    instruments  primitifs,  remplacés   par 


l'harmonica,  la  harpe,  le  tambourin,  le  triangle, 
etc..  Dans  cette  moisson  de  chants  asiatiques, 
Borodine  a  puisé  à  pleines  mains  et  il  les  a  ins- 
trumentés très  habilement.  Les  chœurs  ont  une 
partie  prépondérante,  fort  mouvementée,  dans 
laquelle  les  intonations  et  les  rythmes  sont 
empreints  d'originalité.  Comme  dans  presque 
toutes  les  mélopées  orientales,  le  mode  mineur 
domine.  On  a,  par  moments,  la  sensation  d'une 
foule  gesticulant,  hurlant;  puis  une  jolie 
phrase  mélodique  d'une  langueur  exquise, 
accompagnée  par  les  piszicati  de  l'orchestre, 
fait  songer  au.x  danses  si  typiques  des  aimées  ; 
enfin  le  tout  se  termine  par  une  conclusion 
brillante  et  éclatante.  C'est  une  page  de  la  vie 
de  ces  peuplades  sauvages  et  guerrières,  vie  si 
différente  de  la  nôtre  ;  le  tableau  qu'en  a  tracé 
Borodine  est  saisissant.         Hugues  Imbert. 

■V 

Au  concert  d'IIarcourt, mercredi,  une  Marche 
triomphale  quelconque  de  M.  Bérou,  l'adagio 
de  la  suite  en  ré  de  Bach,  pris  un  peu 
lentement  par  M.  d'Harcourt  :  le  crescendo 
des  dernières  mesures  ne  ressortait  pas  assez. 
En  revanche,  le  scherzo  de  l'Eroïca  de  Bee- 
thoven a  été  rendu  avec  une  précision  et 
des  nuances  dont  il  faut  féliciter  M.  d'Har- 
court ;  nous  nous  étonnons,  toutefois,  de  ce 
qu'il  batte  à  6/8  un  scherzo  de  Beethoven. 
La  Légende  pour  piano,  orgue  et  orchestre 
de  M.  Pfeiffer  est  une  œuvre  honorable, 
grise  par  l'intervention  un  peu  lourde  de 
l'orgue  dans  l'orchestration.  Il  y  a  un  joli  thème 
à  la  Mendelssohn,  puis  des  intentions  descrip- 
tives, des  trémolos  de  terreur,  des  effets  de 
cloches  ;  tout  cela  est  bien  agencé  et  ne  manque 
pas  de  goût,  ci  ce  n'est,  par  exemple,  les 
appels  de  cuivre  bien  vulgaires  en  voulant  être 
tragiques.  M.  Pugno  tenait  la  partie  de  piano 
avec  sa  clarté  habituelle. 

Notons  encore  la  Pastorale  de  M.  Syme, 
dont  nous  avons  parlé  lors  du  concert  à  l'Ins- 
titut des  aveugles.  Le  public  a  fait  une  véri- 
table ovation  à  l'auteur.  Celui-ci,  exemple 
étonnant  de  ce  que  peut  un  tempérament  dans 
les  conditions  les  plus  défavorables,  est  aveugle 
et  a  fait  cependant  des  études  complètes  de 
composition  avec  M.  Arthur  Coquard,  qui 
conduisait  l'orchestre. 

Citons  M"'=  Pack,  qui  a  chanté  les  stances 
de  Sapho  et  des  mélodies  de  M.  Pfeiffer; 
M™^  Lovano  dans  un  air  de  Hsendel  ;  une 
interminable  ouverture  de  M.  Weckerlin,  dans 
,  laquelle  passent  et  repassent  des  thèmes  de 
Weber    à    peine    démarqués   et   orchestrés  de 


154 


LE  GUIDE  MUSICAL 


façon  rudimentaiie.  Est-ce  un  hommage  sin- 
gulier à  Weber,  qu'elle  porte  le  nom  :  Weber- 
Ouverhire?  'Nous  avouons  ne  pas  bien  saisir 
la  portée  d'une  composition  de  ce  genre.  L'au- 
teur la  conduisait,  et  le  public  lui  a  fait  bon 
accueil.  M.  R. 


Au  second  concert  de  la  Société  philarino- 
nique  de  Reims,  à  côté  de  la  Rebecca,  scène 
biblique  de  César  Franck,  on  a  entendu 
nombre  de  pages  de  Théodore  Dubois  :  la  deu- 
xième suite  de  la  Farandole,  —  Hylas,  poésie 
d'Ed.  Guinaud,  d'après  Théocrite,  etc..  Le 
succès  a  été  considérable  pour  l'éminent  com- 
positeur, qui  assistait  au  concert  et  auquel  on 
a  fait  une  véritable  ovation.  L'interprète  de 
ces   œuvres,    M"^  Eléonore   Blanc,  a   été  très 


applaudie. 


T 


Soirée  charmante  et  des  plus  intéressantes, 
le  4  février,  chez  M.  et  M"^  Edouard  Colonne. 
Au  programme  :  Le  deuxième  concerto  pour 
violoncelle  de  Hollmann,  joué  admirablement 
par  l'auteur  ;  —  des  pages  exquises  de  Gabriel 
Fauré,  accompagnées  par  le  maître  lui-même 
et  chantées  délicieusement  par  M™es  Ed  et 
Mathilde  Colonne,  —  les  Soirs,  quatre  pièces 
pour  piano,  divinement  exécutées  par  l'auteur, 
M.  Raoul  Pugno,  —  et  enfin  plusieurs  compo- 
sitions de  Benjamin  Godard. 

La- commission  supérieure  des  théâtres  char- 
gée d'étudier,  de  concert  avec  l'administration, 
le  moyen  de  procéder  à  la  réfection  immédiate 
des  décors  de  l'Opéra,  s'est  décidée  pour  les 
huit  ouvrages  suivants  :  Roméo  et  Juliette, 
Aida,  le  Prophète,  l'Africaine,  Don  Juan, 
le  Freischiïtz,  le  Cid,  et  Patrie!  La  réfection 
de  ces  décors,  estimée  35o,ooo  francs,  eût  en- 
traîné, si  l'Etat  l'avait  prise  à  sa  charge, 
une  demande  exceptionnelle  de  crédits.  Mais 
les  directeurs  de  l'Opéra  se  sont  offerts  à 
assumer  cette  dépense,  à  la  condition  que  le 
gouvernement  supprimerait  les  matinées  du 
dimanche.  MM.  Bertrand  et  Gailhard  se  sont 
engagés,  en  outre,  à  organiser  par  an  quatre 
représentations  gratuites.  Ces  conditions  ont 
été  acceptées.  L'Opéra  sera  donc  tenu  de 
fournir,  d'ici  le  3i  décembre  1899,  les  décors, 
non  seulement  des  huit  ouvrages  en  question, 
mais  de  sept  autres  dont  la  réfection  lui  est  im- 
posée par  le  cahier  des  charges,  ce  qui  fait  en 
tout  quinze  ouvrages.  MM.  Bertrand  et  Gailr 
hard  devront  les  Uvrer  dans  l'ordre  suivant  : 
deux  opéras  dans  le  cours  de  1894,   trois  en 


1895,  en  1896  et  en  1897,  deux  en  1898,  deux 
en  1899.  —  La  commission  a  ensuite  émis  l 
vœu  que  le  ministère  des  travaux  publics  pro 
cède  immédiatement  et  simultanément  à  l'alié 
nation  des  terrains  de  la  place  Louvois  et  de  la 
rue  Richer,  le  danger  d'incendie  étant  au  moins 
aussi  grand  pour  le  magasin  des  décors  de 
rOpéra-Comique  qu'il  l'était  pour  celui  de 
l'Opéra. 

L'engagement  de  M™<=  Landouzy  à  l'Opéra- 
Comique  prend  fin  au  mois  de  juin  :  il  ne  sera 
pas  renouvelé. 

Les  gaietés  de  la  critique  musicale  : 
Voici  en   quels    termes  M.    H.    Barbedette 
parle  dans  le  Ménestrel  des  fragments  de  Parsi- 
fal  exécutés  au  dernier  concert  Colonne. 

Les  préludes  de  Wagner  sont  généralement  fort 
ennuyeux  (à  part  le  prélude  de  Lohengrin,  qui  est 
d'une  idéale  perfection).  Un  Allemand  qui  a  passé 
sa  matinée  à  lire  les  plus  beaux  passages  du  Monde 
en  tant  que  représentation  et  volonté  de  Schopenhauer, 
ou  la  Quadruple  Racine  de  la  raison  suffisante  du 
même  auteur,  peut,  dans  son  après-midi,  goûter  un 
charme  infini  aux  préludes  de  Wagner,  y  décou- 
vrir de  lumineuses  clartés  et  s'y  rafraîchir  comme 
à  une  source  vive.  Mais  tant  que  l'esprit  français 
n'aura  pas  été  absolument  perverti  par  les  impor- 
tations d'outre-Rhin,  il  a  besoin  de  se  repaitre  de 
clartés  moins  obscures.  La  grande  scène  religieuse 
passe,  aux  yeux  des  adeptes,  pour  être  le  chef- 
d'œuvre  du  divin  dans  l'art.  L'introduction-marche, 
qui  a  plus  d"une  analogie  avec  l'ouverture  des 
Maîtres  Chanteurs,  en  a  le  caractère  scolastique  et 
massif  ;  nous  trouvons  que  l'intérêt  ne  se  fait  jour 
qu'au  moment  où  le  chœur  intervient  ;  l'entrée  des 
chevaliers  est  vraiment  une  très  belle  chose.  Ces 
voix  humaines,  soutenues  par  un  rythme  puissant 
et  obstiné,  ont  un  effet  admirable,  effet  qui  devient 
irrésistible  lorsqu'elles  s'éloignent  dans  une  dou- 
ceur infinie.  Ce  qui  suit  n'est  plus  que  redites  et 
confusion. 

A  VENDRE  très  beaux  instruments  italiens  :  violons 
de  A.  Stradivarius  et  de  Joseph  Guarnerius, 
altos  de  J .  et  A .  Amati  et  de  J  .  B .  Guadagnini  . 

S'adresser  de  9  à  10  h.  du  matin,  à  M.  Soulisse,  fau- 
bourg S'-Honoré,  Paris. 


BRUXELLES 

(ji^o^u  deuxième  concert  du  Conservatoire, 
/\^'  ^^-  Gevaert  avait  consacré  entièrement 
i^j^  le  programme  à  Beethoven.  Deux  sym- 
phonies, Vhéroiquc  et  la  septième,  le  chœur 
des  prisonniers  et  le  grand  air  de  Léonore  de 
Fidelio.  Je  ne  sais  si  l'exécution  de  dimanche 
aura  confirmé  les  impressions  que  j'ai  em- 
'  portées  de  la  répétition  générale,  mais  il  me  ■■ 


à 


LE  GUIDE  MUSICAL 


156 


semble  avoir  entendu  déjà  les  deux  symphonies 
exécutées  avec  plus  de  fini  et  d'ensemble.  Les 
entrées  ont  laissé  beaucoup  à  désirer,  l'en- 
semble était  cahoté.  Ces  imperfections  n'ont 
pas  empêché  ces  deux  belles  œuvres  d'émouvoir 
profondément,  et  particulièrement  la  rayon- 
nante et  si  vivante  symphonie  en  fa  que 
Wagner  appelait  l'Apothéose  de  la  danse;  pre- 
nez, bien  entendu,  le  mot  danse  dans  son  sens 
le  plus  élevé.  Et  le  fait  est  qu'il  y  a  d'un  bout 
à  l'autre  de  cet  incomparable  tableau  sympho- 
nique,  une  intensité  de  rythme  tout  à  fait  extra- 
ordinaire. Dans  aucune  autre  de  ses  sympho- 
nies, Beethoven  n'a  employé  d'une  façon  aussi 
continue  les  timbales.  Dans  le  finale,  presque 
chaque  mesure  est  scandée  par  ses  roulements 
ou  ses  coups  secs.  Il  y  a  là  un  détail  très  carac- 
téristique d'instrumentation. 

Le  beau  chœur  des  prisonniers  de  Fidelio, 
dont  la  phrase  initiale  a  un  caractère  expressif 
singulièrement  poignant,  a  été  chanté  avec 
beaucoup  de  sentiment  par  les  chœurs  de  la 
classe  d'ensemble. 

Quant  à  l'air  du  deuxième  acte,  M}^'^  Marin, 
élève  de  M™^  Cornelis,  l'a  chanté  avec  vail- 
lance ;  mais  elle  n'a  encore  ni  la  voix  ni  l'auto- 
rité qu'exige  cette  page  éloquente,  l'une  des 
plus  difficiles  d'ailleurs  du  grand  répertoire 
dramatique.  Le  public  lui  a  tenu  compte  géné- 
reusement de  sa  bonne  volonté.  M.  K. 

Les  répétitions  de  Tristan  et  Iseult  sont 
poussées  avec  fébrilité  au  Théâtre  de  la  Monnaie. 
La  direction  est  absolument  décidée  à  passer 
avec  l'œuvre  de  Wagner  à  la  fin  de  février  ou 
dans  les  premiers  jours  du  mois  de  mars.  Les 
artistes  ont  commencé  les  répétitions  d'ensemble 
au  piano  et  dans  quelques  jours  on  descendra 
en  scène.  Les  répétitions  d'orchestre  sont  moins 
avancées.  On  en  est  encore  à  la  lecture  des 
parties  auxquelles  président  MM.  Philippe 
Flon  et  Léon  Dubois,  ce  qui  promet  des  études 
soignées  et  intelligentes.  On  espère  pouvoir 
commencer  les  répétitions  d'ensemble  de  l'or- 
chestre la  semaine  prochaine. 
>$» 

Très  aimable  et  très  artistique  soirée,  lundi 
dernier,  chez  M™^  Le  Kime,  mère  de  notre 
excellent  secrétaire-administrateur. 

Mlles  Louise  et  Jeanne  Douste  de  Fortis,  de 
passage  à  Bruxelles,  ont  émerveillé  l'auditoire 
par  leur  jeu  si  souple  et  si  varié,  qui  a  fait 
sonner  admirablement  le  nouveau  piano  Mas- 
cagni,  de  la  maison  Kaps.  Mais  la  surprise  de 
la  soirée  a  été  d'entendre  les  deux  char- 
mantes pianistes  se  transformer  en  cantatrices; 


M"^  Jeanne  Douste  particulièrement,  dont  la 
voix  fraîche  et  pleine  de  promesses,  a  un 
charme  jeune,  très  séduisant,  s'est  révélée 
excellente  diseuse  dans  un  lied  de  Massenet  et 
d'autres  pièces  de  chant.  On  a  entendu  aussi 
M"'  Julie  Decré,  qui  a  chanté  avec  sentiment  et 
de  sa  belle  voix  les  Rêves  de  Wagner  ;  en- 
fin, last  not  least,  M"^  Fanny  Vogri,  l'excel- 
lent professeur  de  chant,  qui  a  dit  d'une  voix 
admirablement  stylée  un  air  des  Vêpres  sici- 
liennes et  un  air  de  la  Cenereniola. 

Bref,  soirée  pleine  d'attrait,  et  qui  laissera 
un  charmant  souvenir  à  ceux  qui  y  ont  assisté. 

M.  K. 

L'autre  soir,  à  la  Grande-Harmonie,  conceii 
organisé  par  le  Cercle  symphonique,  sous  la 
direction  de  M.  J.-B.  Colyns,  qui  a  fait  exécu- 
ter l'ouverture  du  Vaisseau-Fantôme  de  Wag- 
ner et  l'ouverture  d'Ossian  de  Niels  Gade. 
M"e  Mary  Galiot,  élève  de  M.  Camille  Gurickx, 
a  remporté  un  succès  très-vif  à  ce  concert,  dans 
l'exécution  de  la  Fantaisie  hongroise  avec  or- 
chesti  e  de  Liszt. 

Egalement  au  programme  :  M"°  Van  Hoof, 
qui  a  chanté  très  bien,  et  M.  De  vaux,  qui  a  une 
jolie  voix  de  ténor. 

La  deuxième  séance  de  musique  classique 
pour  instruments  à  vent  et  piano,  donnée  par 
MM.  Anthoni,  Guidé,  Poncelet,  Merck,  Neu- 
mans  et  De  Greef,  aura  lieu  le  dimanche 
II  courant  (jour  du  grand  carnaval),  à  i  h.  1/2 
très  précise,  avec  le  gracieux  concours  de 
M"^  Kempees,  cantatrice,  et  de  M.  Léon  Van- 
hout,  professeur  d'alto  au  Conservatoire  de 
Bruxelles,  et  de  MM.  Achille  Lerminiaux,  En- 
derlé,  Henri  Merck,  Nahon  et  Fonteyne. 

En  outre  de  l'air  de  Samson  et  Dalila,  chanté 
par  M"'=Kempees,  d'une  ballade  de  Schubert  et 
d'un  Lied  nouveau  de  Vincent  d'Indy,  exé- 
cutés par  M.  L.  Vanhout,  on  y  entendra  la 
Triptiqne  symplionique  de  J.  Blockx,  première 
exécution,  dont  la  description  sera  jointe  au 
programme. 

Le  prochain  (troisième)  concert  du  Conserva- 
toire sera  consacré,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà 
annoncé,  à  l'œuvre  de  Charles  Gounod. 
M .  Gevaert  y  fera  exécuter  la  S3-mphonie  du 
regretté  maître,  les  chœurs  pour  l' Ulysse  de  Pon- 
sard  et  le  San^tiis  de  sa  grande  messe. 

Au  quatrième    concert    (dimanche    des    Ra- 

;  meauxj,   le   programme  porte,   outre  la  Nett- 

vièuie  Symphonie,   le  concerto  pour  piano  en 


156 


LE  GUIDE  MUSICAL 


fnihémol  de  Beethoven,  lequel  sera  exécuté  par 
M.  Camille  Gurickx,  qui  a  succédé  au  Conser- 
vatoire à  Auguste  Dupont. 

•I' 
Ce  soir,  au  Cercle  artistique,  aura  lieu  la  pre- 
mière audition  de  Merlin,  opéra  en  trois  actes, 
poème  de  M.  L.  Bonnemère,  musique  de 
M.  Emile  Chevé,  grand  prix  de  composition  de 
la  ville  de  Paris,  avec  le  gracieux  concours  de 
M™e  Lefebvre-Buol,  de  MM.  Isouard,  Ghasne 
et  Dinard,  du  théâtre  royal  de  la  Monnaie,  et 
de  MM.  Merloo,  harpiste,  et  Maes,  organiste 
du  théâtre  de  la  Monnaie. 
»"  Le  piano  sera  tenu  par  l'auteur. 

M^'i^  Louise  Derscheid,  la  pianiste  bien  con- 
nue, organise,  avec  le  concours  deMM.Colyns 
et  Jacobs,  trois  séances  de  musique  de  chambre, 
qui  auront  lieu  à  la  Grande-Harmonie.  La  pre- 
mière est  fixée  au  i5  février.  M""  Derscheid  et 
M.  Ed.  Jacobs  y  feront  entendre  toute  la  série 
des  sonates  pour  piano  et  violoncelle  de  Beet- 
hoven. 

Rappelons  que  c'est  dimanche  prochain, 
28  février,  qu'aura  lieu,  à  i  h.  1/2,  le  troisième 
Concert  populaire,  avec  le  concours  de  M.  Cé- 
sar Thomson,  qui  exécutera  pour  la  première 
fois  à  Bruxelles,  le  concerto  pour  violon  et  or- 
chestre de  Brahms,  œuvre  dans  laquelle  il  a 
obtenu  d'énormes  succès  en  Allemagne. 

Répétition  générale,  samedi,  à  la  Grande- 
Harmonie. 


^sm 


CORRESPONDANCES 


ANVERS.  —  Les  journées  du  carnaval,  si 
elles  ont  été  fructueuses  pour  la  direction 
de  notre  Théâtre-Royal,  ne  nous  ont  guère  fourni 
d'intérêt  artistique.  Des  deux  nouveautés  qui  vien- 
nent à  peine  de  paraître  sur  l'affiche,  Sapho  et 
Amour  de  Fée,  la  dernière  n'a  plus  été  reprise;  et, 
pourtant  le  charmant  ballet  de  E.  Agniez  méritait 
un  meilleur  sort.  Il  y  a  même  lieu  de  s'étonner 
que  le  musicien  ait  pu  s'inspirer  d'une  si  mince 
donnée.  Sa  partition  est  d'une  orchestration  déli- 
cate et  les  mélodies  ont  de  la  distinction. 

Tout  le  succès  est  allé  à  notre  Opéra  flamand 
qui,  en  montant  le  Vaisseau-Fantôme,  a  fait  un  coup 
de  maître.  Le  mardi-gras,  la  salle  avait  pris  l'as- 
pect d'une  soirée  de  gala.  Succès  pour  nos  jeunes 
artistes,  ainsi  que  pour  l'orchestre  qui,  sous  l'ha- 
bile direction  de  M.  E.  Keurvels,  fait  merveille.     ■ 

Notre  scène  lyrique  flamande  déploie  une  acti- 


vité rare.  C'est  ainsi  qu'on  nous  promet  pour  le 
iS  courant  Mélusine,  la  nouvelle  œuvre  de  Frans 
Gittens  et  Km.  Wambach.  Puis,  le  jeudi-saint 
nous  aurons  un  grand  concert  de  musique  reli- 
gieuse où  seront  exécutés  le  Requiem  et  l'Ave  Maria 
de  Peter  Benoit.  Ces  deux  œuvres  du  maître  fla- 
mand n'ont  plus  été  entendues  depuis  de  longues 
années.  Au  Théâtre  flamand,  il  y  a  tous  les  élé- 
ments nécessaires  pour  en  réaliser  une  brillante 
exécution. 

Les  Concerts  populaires  annoncent  pour  le 
18  courant  une  nouvelle  audition.  Le  principal 
attrait  du  programme  sera  l'exécution  de  la 
I"  Symphonie  de  Brahms,  ainsi  que  d'une  œuvre 
rarement  jouée  de  Beethoven,  le  Concerto  pour 
piano,  violon  et  violoncelle.  A-  W. 


BERLIN.  —  M.  Weingartner,  complètement 
rétabli  de  son  indisposition,  a  repris  le  bâton 
de  chef  d'orchestre  peur  diriger  le  dernier  con- 
cert de  la  chapelle  royale.  Celui-ci  a  été  ouvert 
par  la  brillante  ouverture  d'Euryaiitke,  que  Wein- 
gartner prend  dans  un  mouvement  très  vif.  Ensuite 
une  œuvrette  de  Glinka  :  Kamarinskaja,  fantaisie 
sur  deux  thèmes  populaires  russes;  puis.  «  pour 
la  première  fois  n,  la  cinquième  symphonie  en 
si  bémol  deSchubert  (sans  timbales  ni  trompettes!) 
conçue  d'un  bout  à  l'autre  dans  le  style  Haydn- 
Mozart.  On  y  retrouve  même,  dans  le  menuet, 
presque  note  pour  note,  la  belle  progression  har- 
monique qui  termine  la  seconde  partie  de  la  sym- 
phonie Jti-piter. 

La  seconde  partie  du  concert  était  consacrée  a 
Beethoven  :  la  huitième  S3'mphonie  en  fa  et  la 
grande  ouverture  de  Léonore,  que  Weingartner  a 
dirigées  dans  la  perfection. 

Avec  les  Quartette  Abend  de  Joachim,  les  con- 
certs Weingartner  sont  certainement  ce  qu'on  en- 
tend de  meilleur  à  Berlin  en  fait  de  musique. 
Nous  ne  plaçons  guère  à  la  même  hauteur  les 
concerts  philharmoniques,  qui  ont  beaucoup  perdu 
depuis  la  retraite   de  Hans  von  Biilow. 

A  la  Philharmonie  (concerts  de  Mansteadt),  nous 
avons  entendu,  cette  semaine,  comme  œuvres 
principales  :  le  finale  de  la  Walkûre,  la  Tainihaiiser- 
Marsch,  la.  suite  l'eer  Gyni  de  Grieg,  dont  on  a  bisse 
chaque  fois  la  danse  d'Anitra,  les  ouverture» 
d'Ohéron,  de  Guillaume  Tell,  de  Rosamonde,  de  la.  Fliiti 
enchantée,  du  Songe  d'une  nuit  d'été  et  les  symphonie; 
en  si  bémol  de  Haydn  et  en  ut  mineur  du  granc 
maître    Brahms,    malheureusement  mal  exécutée. 

Jeudi  dernier,  quatuor  Joachim.  D'abord  un 
quatuor  en  5!  bémol  de  Haydn,  un  de  ses  meilleurs: 
à  y  distinguer  surtout  le  profond  adagio  en  mi  bé- 
mol, qui  annonce  déjà  Beethoven.  Puis,  le  sextuoi 
en  sol  majeur  de  Brahms,  une  perle  de  la  musique 
do  chambre  et  qui,  quoi  qu'on  en  dise,  est  bien  : 
la  hauteur  du  premier  sextuor  en  si  bémol.  L( . 
quintette  en  ut  majeur  de  Beethoven  terminait  If  j 
concert.    Les   quartettistes  nous    ont    donné    un«| 


LE  GUIDE  MUSICAL 


157 


exécution  merveilleuse  du  scherzo.  Joachim  prend 
très  vite  le  finale  avec  ses  rythmes  à  la.. .  Meyerbeer 
et  ses  cadences  à  la...  Rossini  ! 

Ainsi  qu'il  le  fait  chaque  année,  Joachim  partira 
prochainement  pour  une  tournée  de  concerts  en 
Angleterre.  Il  ne  aous  reviendra  qu'au  commence- 
ment d'avril,  pour  donner  sa  dernière  séance  de 
quatuors. 

La  H  première  »  des  Medici  de  Leoncavallo  est 
toujours  retardée  par  la  maladie  de  M.  Sylva.  On 
vient  de  confier  la  partie  de  ténor  à  M.  Emile 
Gôtze.  La  Cour  assistera  à  la  première  représen- 
tation. 

Hans  von  Biilow,  accompagné  de  sa  femme,  est 
parti  pour  le  Caire,  la  semaine  dernière.  Tous  nos 
souhaits  pour  le  prompt  rétablissement  du  grand 
artiste.  E.  B. 


DRESDE.  —  Sous  la  direction  du  compo- 
siteur lui-même,  la  Kapelle  exécutera, demain 
soir, la  symphonie  dramatique  de  Rubinstein.  Espé- 
rons que,  peu  à  peu,  le  Théâtre  de  la  Cour  suivra 
l'exemple  donné  par  d'autres.  La  scène  de  Stutt- 
gart prépare  pour  le  21  février,  à  l'occasion  du 
jour  de  naissance  du  Roi,  une  représentation  des 
Macchabées.  C'est  M""  Elisa  Wiborg,  la  charmante 
prima  donna  formée  par  M"°  Hasnisch,  de  Dresde, 
qui  interprétera  la  partie  de  Noémie.  En  atten- 
dant quelque  grande  œuvre  digne  de  figurer  dans 
les  fastes  du  théâtre  de  la  Florence  allemande, 
nous  aurons  vendredi  un  acte,  Marga^  dû  à 
M.  Pittrich,  répétiteur  des  chœurs.  Certes,  il 
est  bon  d'encourager  la  jeunesse,  mais  les  maîtres 
doivent-ils    pour   cela    rester    dans    l'oubli  ? 

Le  nouveau  directeur  du  Dvesdiier  Ovpheus,  M  Al- 
bert Kluge,  a  placé  en  tête  de  son  programme, 
jeudi,  l'ouverture  de  Heryat,  de  F.  Draeseke,  et 
cette  intelligente  initiative  ne  saurait  qu'être 
approuvée  et  imitée.  On  donne  trop  peu  ici  les 
œuvres  des  compositeurs  dresdois  ou  habitant 
Dresde.  Henri  le  Lion,  de  Kretschmer,  a  été  con- 
sidéré par  le  public  comme  un  â  propos,  eu  égard 
aux  circonstances  de  ces  derniers  jours.  Les  jour- 
naux annoncent  l'arrivée  prochaine  de  M'"''  Alba- 
ni,  puis  du  couple  Sarasate-Marx.  Alton. 


a  AND.  —  Samedi  a  eu  lieu  au  Conservatoire 
une  intéressante  audition  des  lauréats  des 
derniers  concours. 

Trois  élèves  de  la  classe  de  piano,  élèves  de  feu 
M.  Heynderikx,  s'y  sont  fait  entendre.  Elles  nous 
ont  permis  d'apprécier  une  dernière  fois  la  haute 
valeur  de  l'enseignement  donné  par  leur  maître 
regretté.  M""^  Liem  a  joué  le  premier  allegro  du 
concerto  en  sol  majeur,  M"'^  Van  Avermaete  le 
premier  allegro  du  concerto  de  Chopin, et  M""  Ver- 
hulst  le  caprice  brillant  de  Mendelssohn. 

Parmi  les  élèves  des  classes  de  chant,  on  a 
surtout  remarqué  M"''  Stockfisch,  lauréat  de  la 
classe  de  chant  néerlandais  de  M.  Nevejans. 
Depuis   longtemps,  le    Conservatoire   n'avait  pas 


produit  une  élève  aussi  distinguée.  M"'  Stock- 
fisch a  une  voix  de  contralto  superbe  qu'elle  mnnio 
avec  la  plus  grande  aisance.  Un  brillant  avenir  est 
réservé  à  cette  jeune  artiste  si  elle  veut  continuer 
à  travailler. 

Les  deux  élèves  de  la  classe  de  chant  de 
M.  Bonheur  avaient  un  défaut  commun,  celui  de 
forcer  la  voix  dans  les  registres  él«vés. 

Signalons  enfin  une  marche  turque  pour  trois 
bassons  exécutée  par  les  élèves  de  la  classe  de 
M.  Blaes. 

L'ensemble  de  l'audition  a  été  très  satisfaisant 
et  laisse  une  excellente  impression  de  la  solidité 
de  l'enseignement  qui  se  donne  au  Conservatoire. 

LIEGE.  —  Le  chant  de  la  cloche  de  M.  Vin- 
cent d'Indy  a  été  exécutée  le  2  février,  au 
Conservatoire,  sous  la  direction  de  M.  Sylvain 
Dupuis.  La  salle  était  pleine  à  s'écrouler.  L'œuvre 
de  bienfaisance  qui  bénéficiait  de  la  fête,  peut  se 
féliciter. 

L'impression  générale  a  été  celle-ci  :  L'œuvre 
est  magistrale,  plutôt  cependant  d'un  maître  en 
l'art  d'orchestrer  que  d'un  maître  en  l'art  musical, 
architecture  de  sons  élevant  le  temple  d'une  idée. 
C'est  savant  et  quelquefois  banal  ;  très  fouillé  et 
les  lignes  fuient;  ce  n'est  d'aucune  école,  sans 
être  néanmoins  très  personnel;  le  descriptif  y  est 
délibérément  cherché  et  les  parties  descriptives 
sont  les  moins  réussies,  si  l'on  en  e-Kcepte  «  l'in- 
cendie »  du  cinquième  tableau.  Il  y  a  de  très 
grandes  beautés,  mais  noyées  dans  le  détail, détail 
plus  touffu  que  riche.  Il  faut  avouer  que  l'œuvre  n'a 
guère  plu.  M.  Vincent  d'Indy,  dans  ce  Chant  de  la 
cloche^  fait  un  peu  l'impression  d'un  musicien  très 
u  ferré  »,  ayant  de  la  poésie  et  qui  manquerait 
d'esthétique.  L'esthétique,  c'est  la  pensée,  et  ici 
la  pensée,  c'est-à-dire,  en  somme,  l'unité,  est 
absente  ou  du  moins  ne  se  laisse  point  suffisam- 
ment sentir.  Pour  tout  dire  en  un  mot,  il  y  a  dans 
cette  œuvre,  au  point  de  vue  de  l'art,  plus  de 
beautés  que  de  beauté. 

On  est  empoigné  par  le  début  du  prologue; 
puis  l'impression  ne  se  soutient  pas.  Le  tableau 
du  Baptême  est  gracieux;  celui  de  l'Amour 
(rêverie  de  'Wilhelm  et  de  Léonore)  contient  des 
phrases  d'une  douce  et  grande  poésie,  mêlées  de 
quelque  banalité.  C'est  un  des  meilleurs  passages; 
tandis  que  le  tableau  de  la  Fête,  avec  le  défilé 
de  corporations,  sur  des  rythmes  assez  quelcon- 
ques et  donnant  l'impression  de  fantoches,  est 
incontestablement  le  moins  bon.  J'en  passe.  Le 
tableau  de  la  Mort  du  fondeur  Wilhelm  a  de  belles 
phrases,  superbement  chantées  par  M.  Demest. 
Le  Triomphe  final  offre  assez  d'intérêt  pour  qu'on 
puisse  trouver  dans  l'œuvre  une  réelle  gradation. 
Le  discours  de  maître  Dietrich,  u  docteur  en  droit 
romain  n,  aifirmant  qu'aucun  son  ne  pourra  sortir 
^  de  la  cloche,  est  d'un  fin  comique.  Quant  au  con- 
voi funèbre,  nous  voudrions  signaler  une  fois  pour 


158 


LE  GUIDE  MUSICAL 


toutes  la  maladresse  des  compositeurs  qui  inter- 
calent dans  leurs  œuvres  le  plain-chant  liturgique. 
Il  faut  être  fort  pour  porter  ce  voisinage  et  résister 
à  cette  comparaison  !  Devant  l'ineffable  poésie  et 
la  grandeur  du  chant  funèbre,  In  paradisxm,  que  le 
compositeur  fait  chanter  dans  le  cortège  qui  porte 
le  corps  du  fondeur  Wilhelm,  sa  musique  semble 
terne,  compliquée,  fatiguée  ;  ce  qui  avait  paru 
poignant,  devient  artificiel;  or,  cette  impression 
ne  lui  rend  pas  justice.  Il  ne  faut  pas  enchâsser  ce 
dur  et  transparent  cristal  du  plain-chant  dans  la 
trame  ondulée,  moirée,  peignée  et  multicolore  de 
certaines  œuvres  contemporaines. 

Le  son  «  clair  et  grave  »  de  la  cloche,  mise  en 
mouvement  par  l'âme  du  fondeur  et  qui  doit  reten- 
tir pour  terminer  l'apothéose  du  génie  de  Wilhelm, 
a  été  malheureusement  figuré  par  un  bruit  de  fer- 
raille rappelant,  à  s'y  méprendre,  les  coups  de 
marteaux  sur  une  chaudière  en  construction.  Ex- 
cellente cloche  de  sabbat!  Le  passage  qui  suit,  où 
«  un  calme  profond  renaît  dans  les  esprits  »,  comme 
dit  le  résumé  du  poème,  est  le  meilleur  de  toute  la 
partition. 

A  part  cette  malencontreuse  cloche,  l'exécution 
a  été  ce  qu'on  devait  attendre  du  zèle  et  de  l'intel- 
ligence de  M.  Sylvain  Dupuis.  L'orchestre  a  sur- 
monté sa  tâche,  vraiment  rude;  les  chœurs  de  la 
Légia  et  des  dames  amateurs  en  ont  fait  autant  de 
leur  côté  (les  chœurs  étaient  souvent  écrits  trop 
haut  pour  les  voix). 

En  somme,  soirée  artistique  et,  une  fois  de  plus, 
initiative  intelligente  du  directeur  des  Nouveaux- 
Concerts.  J.  M. 


IONDRES.  —  Le  Queen's  Hall  a  rapide- 
J  ment  conquis  la  faveur  du  public,  et  c'était  à 
prévoir.  En  cette  salle  somptueuse,  bien  éclai- 
rée, les  auditeurs  jouissent  d'un  confort  qui  n'est 
pas  â  dédaigner  et, par-dessus  tout,  l'acoustique  est 
irréprochable.  Que  faut-il  de  plus,  sinon  de  bons 
concerts,  pour  lui  assurer,  avec  le  succès,  de 
bonnes  recettes. 

Mardi  dernier,  la  société  «  The  Bach  Choir  », 
qui  compte  environ,  chœurs  et  orchestre,  trois 
cents  exécutants,  donnait  pour  la  première  fois 
une  audition  de  la  messe  en  so/ majeur  (op.  46)  de 
C.  V.  Stanford,  dirigée  par  le  compositeur  lui- 
même.  Cette  œuvre  renferme  maintes  parties  in- 
téressantes et,  en  première  ligne,  le  Kyrie  Eleison. 
Quatre  mesures,  confiées  aux  cors  et  aux  clari- 
nettes d'abord,  aux  violoncelles  et  aux  basses 
ensuite,  lui  servent  d'introduction,  et  ce  motif 
reparaît  durant  tout  le  développement  du  Kyrie 
en  contrepoint,  avec  l'accompagnement  des  ins- 
truments àcordes,  des  bois  et  des  cors.  Succèdent 
cinq  mesures,  entamées  par  les  chœurs  et  reprises 
aussitôt  à  la  tierce,  qui  expriment  bien  une  sorte 
d'extase.  Les  moyens  employés  sont  peu  recher-,.'  i 
chés,  mais  leur   grande   simplicité  donne    à  l'en- 


semble un  charme  mystique  tout  particulier.  La 
seconde  partie  du  Credo  et  le  Sanclus  sont  aussi  des 
parties  méritantes. 

Les  soli  étaient  confiés  à  miss  Esther  Palliser, 
miss  Marie  Brema,  MM.  William  Shakespeare  et 
Norman  Salmond. 

Le  bel  orgue,  construit  par  MM.  Hill  and  Son, 
est  absolument  remarquable  par  le  velouté  du  son 
et  était  joué  par  M.  Fr.  Clifie. 

La  deuxième  partie  du  concert  comportait  le 
finale  du  premier  acte  de  Parsifal.  L'exécution  a 
beaucoup  laissé  à  désirer,  par  le  manque  de  pré- 
cision, et,  bien  que  ce  soit  la  deuxième  fois  que  le 
Bach  Choir  se  fasse  entendre  dans  ces  pages  ad- 
mirables, l'impression  générale  n'a  pas  été  bonne. 
M.  Norman  Salmond  chantait  tour  à  tour  les  par- 
ties de  Gurnemanz  et  de  Titurel.  M.  William 
Shakespeare  personnifiait  Parsifal  et  M.  David 
Bispham  Amfortas. 

Le  deuxième  concert  de  cette  importante  so- 
ciété, qui  se  trouve  sous  le  haut  patronage  de  la 
reine,  est  annoncé  pour  le  i5  mars.  On  y  entendra 
la  Passion  (selon  saint  Mathieu)  de  Bach.  Cette 
œuvre  sera  interprétée  dans  le  texte  allemand. 
M""  Fillunger,  miss  Maria  Brema,  MM.  David 
Bispham  et  Norman  Salmond  prêteront  leurs  con- 
cours à  cette  importante  exécution. 

Au  Monday  Popular  Concert,  le  quintette  de; 
Brahms  en  sol,  pour  instruments  à  cordes,  op.  m. 
Lady  Halle  et  MM.  Ries,  Gibson,  Hobday  et 
Piatti  s'y  sont  fait  vivement  applaudir.  L'impres- 
sion a  été  telle  que  le  quintette  a  été  unanime- 
ment redemandé.  Il  sera  redonné  au  prochair 
Saturday  concert,  le  dernier  de  cette  saisor 
pour  lady  Halle.  Joachim  la  remplacera  dès  Ion 
pour  les  autres»  Monday  et  Saturday  audiences  n 

M.  Léonard  Borwick  a  joué  d'une  façon  remar- 
quable les  Fantasiestûcke  de  Schumann,op.  12.  Ce: 
poèmes  sans  paroles,  car  je  ne  puis  pas  appelei 
autrement  ces  pages  colorées  qui  éveillent  ei 
notre  âme  je  ne  sais  quelles  émotions  de  tendresse 
d'amour,  de  passion,  ont  été  jouées  avec  la  comJ 
préhension  la  plus  parfaite.  L'exécution  d<i 
M.  Borwick  le  range  parmi  les  meilleurs  inter 
prêtes  de  Schumann.  Le  concert  se  terminait  pa 
la  sonate  en  la  pour  piano  et  violon,  op.  12,  n°  : 
de  Beethoven. 

César  Thomson  a  fait  ici  très  grande  impression 
Au  dernier  London  Symphonie  Concert,  il  a  jou^ 
le  concerto  en  la  mineur  de  Cari  Goldmark.  Cettt[ 
œuvre  remplaçait  désavantageusement  le  concertu 
de  Brahms  que  le  violoniste  avait  d'abord  annoncé 
Son  talent  a  été  mieux  encore  en  évidence  dan 
la  fantaisie  de  Paganini  et  le  Non  piu  Mesto  d 
Rossini. 

M.  Bosse,  ancien  directeur  du  Palace  Théâtre 
a  quitté  Londres  pour  prendre  la  direction  d 
Brnssels  Palace  of  Varieiy.  Bruxelles  sera  donc  dot 
à  son  tour  d'une  scène  où  pourront  se  donner  le 
ballets  anglais,  une  des  grandes  attractions  de  no 
théâtres.  Souhaitons  bonne  chance  au  nouvea 
directeur.  A.  Le  Kime. 


LE  aUIDE  MUSICAL 


159 


MARSEILLE.  —  «  Ce  qui  doit  arriver,  ar- 
arrive  à  l'heure  dite...  «  chantent  les  pro- 
phètes d'opéra.  Nous  avons  pu  constater  la  vérité 
de  cet  axiome  par  l'événement  survenu,  ces  temps 
derniers,  à  notre  Grand  Théâtre.  La  direction 
Lestellier  a  suspendu  ses  représentations  et  ses 
paiements  au  commencement  du  mois  de  janvier. 
Comment  aurait-il  pu  en  être  autrement?  Dès  la 
première  heure,  les  plus  mauvaises  lées  avaient 
environné  son  berceau,  et  il  eût  fallu  une  consti- 
tution autrement  forte  que  la  sienne  pour  résister 
à  leurs  malignes  influences.  Autorité  directoriale 
partagée  entre  on  ne  sait  combien  d'associés  et 
de  commanditaires,  tous  plus  ignorants  les  uns  que 
les  autres,  en  butte  encore  aux  charges  écrasantes 
d'un  règlement  ridicule,  troupe  au  rabais,  à  peu 
près  sans  valeur,  et  sans  action,  par  conséquent, 
sur  le  public,  voilà  les  belles  conditions  dans  les- 
quelles s'était  ouverte  la  saison  lyrique  chez  nous. 
Il  fallait  être  fou,  trois  fois,  pour  accepter  une 
telle  entreprise,  et  le  fait  de  s'y  être  risqué  cons- 
titue un  titre  peu  à  l'honneur  de  l'intelligence  et 
du  jugement  de  ceux  qui  l'ont  osé. 

A  la  suite  de  l'affaire,  les  artistes  se  sont  consti- 
tués en  société,  et,  après  bien  des  peines,  ils  ont 
pu  obtenir  de  la  municipalité  un  adoucissement 
notable  aux  conditions  écrasantes  du  cahier  des 
charges  primitif.  Ils  ont  ainsi  rouvert,  ces  jours 
derniers,  avec  Sigurd,  que  la  présence  de  M.  Reyer 
ici  a  pu  les  aider  à  remonter.  Mais  arriveront-ils 
à  vaincre  le  courant  d'indifférence  du  public  et  à 
le  ramener  au  théâtre?... 

Cette  catastrophe  inévitable,  que  les  plus  inté- 
ressés ont  été  seuls  à  ne  pas  prévoir,  vient  faire 
constater  une  fois  de  plus  la  curieuse  fatalité  qui 
pèse  sur  les  théâtres  lyriques  et  les  met  régulière- 
ment aux  mains  des  gens  les  moins  faits  ponr  les 
diriger  et  y  réussir.  Cette  fatalité  ne  frappe  pas 
d'ailleurs  que  les  théâtres  d'opéra;  elle  s'étend 
trop  souvent,  hélas  !  sur  toutes  les  choses  de  la 
musique  et  de  l'art  en  général  —  sans  compter  les 
autres  encore.  Combien  d'exemples  navrants  et 
comiques.à  la  fois  nous  en  pourrions  citer,  n'est  ce 
pas?... 

Nos  deux  sociétés  de  quatuors  nous  ont  donné 
à  leurs  dernières  séances,  comme  œuvres  mar- 
quantes, d'une  part,  chez  M.  Roche,  un  trio  pour 
orchestre  de  Mozart,  le  douzième  quatuor  de 
Beethoven  et  un  trio  pour  piano  de  M.  Auguste 
Caune.  Celui-ci  est  un  auteur  du  crû,  musicien  de 
tempérament  plus  que  d'acquis,  lequel,  sans 
études  spéciales  proprement  dites,  par  la  seule 
force  de  son  goût  passionné,  par  une  assimilation 
intelligente  des  belles  œuvres,  est  parvenu  à 
mettre  au  jour  un  certain  nombre  de  productions 
importantes,  fort  supérieures  à  ce  qu'est  ordinai- 
rement la  musique  d'amateur.  Le  trio  en  question 
n'est  pas  mal,  mais  le  point  culminant  de  l'œuvre 
de  M.  Caune  se  trouve  dans  une  grande  messe 
avec  chœurs,  orgue  et  orchestre,  qui  renferme  des 
pages  magistrales  et  d'une  beauté  accomplie. 


D'autre  part,  la  Société  Lautier  a  donné  le  sep- 
tuor de  Beethoven,  qui,  pour  «  jeune  »  qu'il  soit, 
possède  encore  bien  du  charme  et  fait  bien  de  l'effet, 
surtout  quand  il  est  entouré  de  compositions  aussi 
vides  que  le  quatuor  (op.  66)  de  Rubinstein,  ou 
aussi  pénibles  et  compliquées  que  le  quatuor  en 
ré  de  César  Franck,  celui-ci,  donné  de  nouvelle 
audition.  Cette  troisième  épreuve  n'a  nullement 
modifié  mon  appréciation  sur  une  œuvre  intéres- 
sante et  élevée  certainement,  mais  recherchée  à 
outrance,  percluse  de  modulations  et  d'altérations 
à  faire  saigner  l'oreille,  bourrée  d'intentions  et  de 
combinaisons,  mais  qui  m'apparaît  comme  le  pro- 
duit d'un  art  plus  artificiel  que  vraiment  senti, 
pénétrant,  inspiré. 

A  nos  concerts  d'orchestre,  tout  n'est  pas  rose 
non  plus.  Là  aussi,  il  est  plus  d'un  esprit  égaré  et 
il  se  fait  plus  d'un  faux  pas.  Voilâ-t-il  pas  que  nous 
sommes  en  passe  d'être  privés  de  la  Neuvième! 
Cette  Neuvième,  qu'on  n'a  pas  entendue  ici  depuis 
dix  ans  tout  juste  (et  dont  nous  dûmes  l'exécution 
alors  à  un  homme  de  valeur,  M.  A.  Elbert,  qui 
avait  réuni  en  sa  main  le  théâtre  et  les  concerts 
sous  une  direction,  par  extraordinaire,  artiste  et 
intelligente),  cette  Neuvième,  dis-je,  n'était  pas  vue 
d'un  bon  œil,  —  oh,  non  !  —  par  notre  Société 
artistique.  On  lui  reprochait,  que  sais-je,  d'être 
bien  longue,  sans  doute,  de  ne  pas  «  faire  le  sou  «, 
peut-être,  comme  à  un  sixaple  Orphée,  ou  à  quelque 
pauvre  diable  de  Bach,  de  Hœndel  ou  de  Schu- 
mann.  Mais  la  presse  et  les  amateurs  ont  telle- 
ment réclamé  cette  Neuvième,  ils  en  ont  si  bien 
taillé  et  promené  les  notes  en  scie  insistante  et 
lancinante  sur  les  crânes  obstinés  de  nos  concer- 
tistes, que  ceux-ci  avaient  fini  par  céder  et  que 
le  chef-d'œuvre  était  promis  pour  la  saison 
actuelle.  On  avait  même  fait  les  choses  dignement. 
Déjà  les  huit  premières  symphonies  avaient  été 
dressées  comme  un  noble  portique  devant  le 
sanctuaire,  préparant  l'initiation  et  le  recueille- 
ment nécessaires  pour  y  pénétrer. 

Quand  soudain  une  difficulté  s'élève  qui  menace 
de  ruiner  tout  l'édifice.  Qu'est-ce?  C'est  le  quatuor 
vocal  qui  ne  trouve  pas  de  titulaires.  S'égarant  com- 
plètement sur  la  valeur  des  choses  et  donnant 
cours  à  sa  manie  habituelle,  le  sj'stème  d'étoiles 
et  de  vedettes  comme  éléments  attractifs  de  ses 
concerts,  la  Société  avait  rêvé  de  mettre  là  un  gros 
d'artistes  célèbres,  des  Reszké,  des  Engel,  des 
Krauss,  dont  l'éclatante  et  majuscule  inscription 
sur  l'affiche  eût  fait  peut-être  quelque  effet  sur  les 
gobe-mouches.  Pour  se  rattraper  et  utiliser  ses 
étoiles,  elle  comptait  adjoindre  au  chef-d'œuvre 
vénéré  une  pièce  résistante  d'autre  genre,  la  Lyre 
et  la  harpe  de  Saint-Saëns,  par  exemple,  quitte  à 
gaspiller  dans  une  épreuve  maladroite  ces  res 
sources  multiples,  à  disperser,  à  fausser  l'attention 
du  public  sur  un  programme  disparate  et  trop 
copieux.  Par  malheur,  ou  par  bonheur  plutôt,  on 
a  reculé  devant  le  haut  prix  demandé  par  les- 
"^  dites  étoiles.  Mais  plutôt  que  de  renoncer  à  son 


160 


LE  GVIDE  MUSICAL 


idée,  plutôt  que  de  chercher  autour  d'elle,  parmi 
nous,  des  éléments  plus  humbles  peut-être,  mais 
probablement  tout  aussi  satisfaisants,  qui  doivent 
certes  ne  pas  manquer  ici,  la  Société  a  rayé  la 
Neuvième  de  son  programme. 

Entre  temps,  nous  avons  eu  en  extra  le  concert 
de  M.  Sarasate  et  de  M™^  B.  Marx  II  faut  le  dire, 
au  point  de  vue  de  la  musique  vraie,  ce  concert  a 
causé  une  grande  désillusion.  Certes,  le  talent  de 
Sarasate  est  considérable,  hors  de  pair,  merveilleux, 
et  il  n'y  a  eu  qu'une  voix  pour  le  reconnaître  et  le 
célébrer.  Mais  il  n'y  a  eu  qu'une  voix  aussi  pour 
regretter  le  choix  malencontreux  de  l'exécutant,  qui 
s'est  porté  sur  des  œuvres  aussi  peu  dignes  de  son 
talent  que  des  habitudes  musicales  de  notre  public. 
La  presse  a  été  unanimement  sévère  —  maisjuste  — 
en  relevant  cette  erreur  du  virtuose.  M.  Michel 
Desgravaz,  qui  tient  avec  tant  de  distinction,  de- 
puis la  mort  de  M.  Ménard,  la  plume  de  critique 
dans  le  Journal  de  Marseille,  dit  fort  sensément  : 
V  Je  dois  constater  que  nous  avons  quelque  peu 
été  traités  en  provinciaux  que  l'on  éblouit  de 
clinquant,  et  non  en  gens  capables  d'apprécier  les 
choses  de  prix.  Nos  hôtes  ignoraient  sans  doute 
qu'ici  fleurissent  le  concerto  et  toutes  les  formes 
de  la  vraie  musique  et  que  nos  connaisseurs  prati- 
quants ou  amateurs  sont  légion.  C'était  peu  que  la 
suite  de  Raff  comme  morceau  classique,  mais 
c'était  beaucoup  qu'une  fantaisie  sur  Carmen, 
comme  pièce  démodée  et  sans  valeur.  » 

M™°  Marx  disparaît  un  peu,  au  point  de  vue  de 
la  virtuosité,  dans  le  rayonnement  de  M.  Sarasate. 
Il  est  juste  cependant  de  dire  qu'elle  a  joué  avec 
un  talent  gracieux  et  distingué  le  concerto  en  ut 
de  Saint-Saëns  et  deux  pièces  de  Liszt. 

Enfin,  si  je  vous  apprends  que  le  concert  annuel 
au  bénéfice  de  M.  Lecocq  a  eu  lieu  avec  éclat, 
jeudi  dernier,  agrémenté  qu'il  a  été  du  concours  de 
M"°  Beumer,  votre  compatriote,  et  de  M""J.Dri- 
von,  jeune  violoniste  d'avenir,  qui  a  joué  le  con- 
certo de  Saint-Saëns,  j'aurai  terminé  la  série  des 
faits  musicaux  survenus  chez  nous  en  ce  mois  de 
janvier. 

NAMUR.  —  Le  deuxième  festival  Masse 
net  organisé  par  le  cercle  le  Progrés  a 
réussi  au  delà  de  toute  attente  ;  Phèdre,  ouverture  , 
et  la  Vierge,  légende  sacrée,  en  composaient  le 
programme.  Le  souvenir  de  la  première  fête  con- 
sacrée, il  y  a  une  dizaine  d'années,  aux  œuvres  du 
compositeur  français  actuellement  le  plus  popu- 
laire, était  tellement  vivace  que  la  salle  s'était 
louée  comme  par  enchantement,  malgré  les  prix 
relativement  élevés  des  places,  —  les  premières 
se  payaient  dix  francs. 

Le  maître,  qui  depuis  plus  de  cinq  ans  avait 
déposé  le  bâton  de  direction,  a  bien  voulu  le 
reprendre  pour  la  circonstance;  c'est  là  un  grand 
honneur  pour  Namur.  Aussi  les  cinq  cents  exécu- 
tants réunis  à  cette  occasion  se  sont-ils  surpassés. 


On  pense  bien  que  dans  ces  conditions  la  soir 
n'a  été  qu'un  long  triomphe  pour  le  composite 
et  ses  interprètes,  parmi  lesquels  il  nous  fa 
mentionner  M""  Esther  Sidner,  dont  le  be 
mezzo  et  surtout  l'admirable  diction  ont  f 
merveille  dans  le  personnage  de  la  Vierg 
M"*  Van  Hove.  un  archange  Gabriel  non  moi 
agréable  à  voir  qu'à  écouter;  la  superbe  voix 
basse  et  l'interprétation  artistique  de  M.  Pielts 
et  M.  J.  Richard,  le  violoncelle  solo,  qui  a  t 
félicité  publiquement  par  le  maître. 

On  le  voit,  les  Namurois  ne  garderont  pas 
moins  durable  souvenir  du  deuxième  festi\ 
Massenet  que  celui  qu'ils  avaient  conservé 
premier  ;  pour  que  de  son  côté  le  célèbre  com] 
siteur  n'oublie  pas  ses  amis  de  Namur,  M.  J.  I 
sel,  le  dévoué  président  du  Progrès,  à  qui  revif 
l'initiative  de  ces  solennités,  lui  a  remis  un  mag 
iîque  objet  d'art. 

Il  serait  injuste  de  ne  pas  remercier  M.  ( 
Hemleb,  à  qui  incombait  la  tâche  ingrate  de  p 
parer  les  études.  H.  Baltiiasar-Florence 

■^  Samedi,  M.  et  M"""  H.  Balthasar-Florei  : 
nous  ont  convié  à  une  audition  musicale  d:  i 
leurs  salons.  L'élite  de  la  société  namuroise  ■ 
était  donné  rendez-vous.  M.  Balthasar  nous  a  I 
entendre  une  série  de  ses  élèves  pianisi  , 
Mlles  Marie  et  Gabrielle  Bosquet,  Olympe  ( 
Béatrice  Fallon,  Louise  de  Gaiffier,  Gabrii  : 
Logé  et  M.  Adrien  Thibaut,  qui  tous,  à  l'éc  : 
d'un  tel  maître,  ne  peuvent  manquer  d'avoir  i 
meilleures  qualités  de  virtuosité  et  de  mécanisi  ; 
La  partie  de  chant  était  confiée  à  M"'  Cléme  s 
Balthasar.  M""  Clotilde  Balthasar,  la  violoni 
a  comme  d'habitude  recueilli  sa  moisson  d'appi 
dissements  et  de  bravos. 

Pour  terminer  la  fête,  la  petite  Berthe  a  exéc  ( 
la  célèbre  tarentelle  de  Liszt  :  Venezia  e  Napoli  t 
morceau  où  le  maître  pianiste  s'est  plu  à  accu;  i 
1er  les  difiicultés  les  plus  ardues.  La  jeune 
tuose  en  a  triomphé  avec  un  brio  et  une  sii:  < 
qui  tiennent  du  prodige.  L'ovation  qui  lui  a  i 
faite  était  bien  méritée. 


NOUVELLES  DIVERSE. 


Voici  le  programme  des  représentati  is 
des  drames  de  R.  Wagaer  qui  auront  lieu  6t 
été  au  Théâtre-Royal  de  Munich  : 

L'Or  dji  Rhin  :  n  août,  25  août,  8  s - 
tembre,  22  septembre. 

La  Val  kyrie  :  12  et  26  août,  9  et  23  1 
tembre. 

Siegfried  :  14  et  28  août,  n  et  25  septem 

Le  Crépuscule  des  Dieux  :  16  et  3o  août 
et  27  septembre. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


161 


Les  Maîtres  Chanteurs  de  Nuremberg  : 
j  août,  2,  i6  et  3o  septembre. 

Tristan  et  Isenlt  :  8  et  22  août,  5  et  19  sep- 
mbre,  3  octobre. 

Pour  les  billets,  s'adresser  à  M.  Josef  Seiling, 
iiteur  de  musique,  à  Munich. 

^  On  se  rappelle  l'insuccès  de  la  première 
jprésentation  de  la  Walkyrie  à  la  Scala  de 
[ilan.  Cet  échec  du  premier  soir  s'est  trans- 
amé  peu  à  peu  en  un  succès  retentissant, 
endant  le  mois  de  janvier,  la  Scala  a  joué 
ouze  fois  l'œuvre  de  Wagner,  qui  a  fait 
tiaque  fois  salle  comble,  et  elle  continue  d'atti- 
3r  la  foule  qui  s'y  intéresse  de  plus  en  plus. 

Combien  d'autres  œuvres  très  acclamées  le 
Dir  de  la  première  et  déjà  finies  le  jour  de  la 
ouzième  ! 

Ainsi,  le  Falstaff  de  Verdi  vient  d'être  re- 
onné  à  l'Opéra  italien  de  Saint-Pétersbourg, 
t  dès  la  seconde  il  n'y  avait  plus  personne  dans 
i  salle.  C'est  le  Journal  de  Saint-Pétersbourg 
ui  le  constate. 

Qu'en  pense  la  Gazetta  Musicale  de  Milan, 
rès  emballée  pour  Falstaff  contre  la  Walkyrie  ? 

4m-  Nous  avons  annoncé  récemment  que 
'I.  Alfred  Ernst  d'accord  avec  la  maison  Schott 
e  Mayence  et  M™^  Cosima  Wagner,  avait  été 
hargé  de  refaire  la  traduction  de  la  Walkyrie 
t  des  Maîtres  Chanteurs.  On  nous  assure  que 
es  héritiers  de  Victor  Wilder,  fort  mal  inspirés 
•u  conseillés,  se  sont  refusés  à  tout  arrange- 
ment avec  M.  Alfred  Ernst  et  qu'ils  se  pro- 
losent  d'intenter  à  celui-ci  un  procès. 

Un  tel  procès  est  simplement  enfantin.  Les 
suvres  de  Wagner  sont  aujourd'hui  libres  au 
loint  de  vue  de  la  traduction,  la  loi  littéraire 
Uemande  ne  protégeant  la  propriété  au  point 
le  vue  de  la  traduction  que  pendant  dix 
innées  après  la  publication  de  l'œuvre. 

Quant  à  l'exécution,  les  héritiers  Wagner 
estent  seuls  maîtres  de  donner  ou  de  refuser 
autorisation  nécessaire. 

Le  plus  plaisant  est  que  Victor  Wilder  lui- 
nême  a  fait  naguère  usage  du  même  droit  que 
«s  héritiers  prétendent  aujourd'hui  contester  à 
Vl.  Alfred  Ernst,  et  cela  en  publiant  une  nou- 
'elle  traduction  de  Loliengrin.  Il  est  vrai 
lu'elle  est  moins  bonne  que  celle  de  M.  Nuitter. 
^"iappelons  que  cette  traduction  fut  jouée  à  Gand 
m  dépit  de  la  Société  des  Auteurs,  qui  du  reste 
lurait  pu  s'y  opposer  en  vertu  du  mandat 
général  qu'elle  tient  de  Wagner.  Mais  s'il 
alaisait  à  M""'  Wagner  d'autoriser  le  Lohengrin 
ie  Wilder,  rien  ne  l'en  empêcherait. 

'^  Au  Petit-Théâtre   de  Saint-Pétersbourg, 


il  y   aura,   pendant  le  prochain  carême,    une 
saison  d'opéra  français. 

Le  chef  d'orchestre  sera  M .  Colonne  et  la 
troupe  est  composée  de  M™e Richard,  MM.  Van 
Dyck,  Oudin  et  Lorrain,  pour  ne  citer  que  les 
artistes  les  plus  connus.  Le  répertoire  com- 
prend cinq  partitions,  dont  trois  nouvelles 
pour  Saint-Pétersbourg.  M.  Colonne  donnera 
en  outre,  à  la  salle  de  l'Assemblée  de  la  no- 
blesse, deux  auditions  de  la  Damnation  de 
Faust  de  Berlioz,  avec  le  concours  du  célèbre 
ténor  Van  Dyck. 

•1*^  Extrait  du  feuilleton  musical  du  Journal 
de  Genève,  de  Genève  où  le  jeune  violoniste 
Gerardy  s'est  fait  entendre  l'autre  semaine  : 

Les  enfants  prodiges  ne  sont  pas  toujours  agréa- 
bles à  entendre,  car  on  sent  trop  souvent  chez  eux 
la  leçon  apprise  et  l'effort;  mais  que  penser  de  ce 
jeune  Gerardy,  qui  joue  à  quinze  ans  (il  parait 
bien  plus  jeune  que  son  âge)  comme  seuls  les 
grands  virtuoses  dans  leur  maturité  peuvent  le 
faire,  chantant  sur  son  violoncelle  de  manière  à 
émotionner  toujours  une  salle  !  C'est  une  chose 
tellement  surprenante  et  anormale  qu'on  se 
demande  si  l'on  n'a  pas  devant  soi  quelque  futur 
Mozart,  en  constatant  avec  étonnement  que  ce 
minuscule  grand  artiste  n'a  plus  rien  à  apprendre 
et  connaît  déjà  tous  les  secrets  de  son  métier. 

Jean  Gerardy  a  exécuté  le  Concerto  pour  violon- 
celle et  orchestre  de  Raff,  avec  une  merveilleuse 
aisance.  Sa  technique  est  si  extraordinaire  qu'il 
ajoute  sans  sourciller  toutes  les  difficultés  possibles 
à  ce  concerto  déjà  très  chargé.  Mais  le  vrai  pro- 
dige, et  ce  qui  impressionne  le  plus  dans  le  jeu  de 
l'artiste,  quand  on  pense  à  son  âge,  c'est  sa 
manière  de  phraser,  de  chanter  les  cantilènes. 
Les  dons  les  plus  rares  d'expression  et  de  senti- 
ment, cet  enfant  les  possède  d'instinct.  Aussi  le 
public  (bien  que  les  violoncellistes  le  passionnent 
moins  d'ordinaire  que  les  autres  artistes)  s'est-il 
hvré  aux  manifestations  les  plus  enthousiastes, 
acclamant  et  rappelant  à  n'en  plus  finir  ce  prodi- 
gieux virtuose.  Après  le  Concerto,  Gerardy  a  donné 
un  Aria  de  Bach,  chanté  à  ravir,  et  deux  pièces 
de  Popper,  la  Tarentelle  et  la  Pileuse,  prises  dans 
un  mouvement  si  vertigineux  et  d'une  vélocité  si 
inattendue  que  le  plus  impeccable  des  accompa- 
gnateurs se  demandait  comment  il  pourrait  suivre 
son  intrépide  sohste.  Cette  incroyable  rapidité 
n'atténuait  en  rien  le  relief  et  la  parfaite  netteté  de 
chaque  trait,  et  ces  pièces  familières  n'ont  jamais 
été  rendues  avec  autant  de  grâce  et  de  facilité. 
Dans  la  Berceuse  de  Jocelyn  (Godard),  donnée 
ensuite,  la  mélodie  était  phrasée  avec  une  expres- 
sion tout  à  fait  charmante.  Il  est  bien  regrettable 
que  Jean  Gerardy  n'ait  pas  le  temps  de  donner 
un  second  concert,  car  il  aurait  fait  salle  comble. 


162 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Afin  de  permettre  à  nos  abonnés  nouveaux  de 
participer  à  nos  primes,  nous  les  prévenons  qu'ils 
pourront  souscrire  à  nos  bureaux  jusqu'au  i^mars, 
au  magnifique  PORTRAIT  A  L'EAU-FORTE 
DE  BEETHOVEN,  par  L.  Dake,  publié  par  la 
maison  L,  Dietrich  et  C'«  (hauteur  47  1/2  centim., 
largueur  37  1/2  centim.,  sans  les  marges),  au  prix 
de  faveur  de  20  francs. 

La  maison  G.  Gonthier,  fournisseur  des  musées, 
rue  de  l'Empereur,  3i,  Bruxelles,  nous  informé 
qu'elle  se  charge,  pour  la  ville  et  la  province,  de 
l'encadrement  de  l'eau-forte  de  Dake.  Prix  d'ar- 
tistes pour  nos  abonnés.  Maison  spéciale  pour 
encadrements  artistiques. 

PIANOS  ET  HARPES 

ÉRAED 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 


NÉCROLOGIE 

Sont  décédés  : 

A  Paris,  Antoine-Joseph-Adolphe  Sax,  le  célè- 
bre facteur  d'instruments  à  qui  l'on  doit  l'inven 
tion  du  saxophone  et  de  toute  la  famille  dei 
cuivres  qui  portent  son  nom  et  auxquels  il  apport; 
de  nombreuses  et  remarquables  améliorations 
Les  découvertes  et  les  inventions  de  Sax  susci 
tèrent  une  foule  de  contestations  et  de  contre 
façons  qui  donnèrent  lieu  entre  lui  et  ses  rivaux  ; 
de  multiples  procès.  Ces  contestations,  résumée 
une  première  fois,  en  1848,  sous  le  titre  d'Affaire 
Sax,  se  terminèrent  toutes  en  sa  faveur.  En  com 
pensation  du  tort  qui  lui  avait  été  causé,  une  pro 
longation  lui  avait  été  accordée  pour  ses  brevets 
Adolphe  Sax  avait  obtenu  de  brillantes  récom 
penses  aux  différentes  expositions  de  Paris,  d 
Londres  et  de  Vienne.  Il  était  chevalier  de  1: 
Légion  d'honneur. 

Fils  de  Charles-Joseph  Sax,  qui  s'était  lui-mèm 
signalé  dans  la  facture  instrumentale,  A'Jolph 
Sax  était  né  à  Dinant  en  1814. 

—  A  Liège,  le  3i  janvier,  Antoine  Dabir 
compositeur  et  organiste   distingué,    ancien  orgs 


Paris,  A.  DURAND   et  fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleini 


Yient  de  paraître  ! 


IZ  EY  L 


DRAME  INDIEN 


Armand  SILWESTRE  et  Eugène  MORAND 


MUSIQUE  DE  SCÈNE 


GABRIEL  PIERNÉ 

Partition  chant  et  piano,  avec  un  dessin  par  G.  Clairin,  prix  net,  fr.  6  -1 
Aubade  extraite   pour  chant   et  piano   .        .         •         •         Prix,  fr.  6 


LE  GUIDE  MUSICAL 


163 


niste  du  séminaire  de  Liège.  M.  Antoine  Dabin 
était  l'oncle  de  M.  Amédée  Dabin,  l'éditeur 
liégeois  bien  connu. 

RÉPERTOIRE  DES  THEATRES^ E^CmTS^ 

Paris 

Opéra.  —  Du  5  au  lo  février  :  Samson  et  Dalila,  les 
Deux  Pigeons.  Faust.  La  Walkyrie.  Salammbô. 
Gwendoline.  La  Korrigane. 

Opéra-Comique.  —  Du  4  au  10  février  :  Richard 
Cœur  de  Lion,  les  Dragons  de  Villars.  L'Attaque  du 
moulin,  les  Folies  amoureuses  (matinée);  Mireille,  le 
Déserteur  (soirée).  Le  Pré  aux  Clercs,  la  Fille  du  régi- 
ment (matinée);  Mignon,  les  Deux  Avares  (soirée). 
L'Attaque  du  moulin,  les  Noces  de  Jeannette  (soirée 
populaire).  Carmen.  Le  Flibustier,  les  Deux  Avares. 
Carmen. 

Concert  Lamoureux  (Cirque  des  Champs-Elysées)  du 
jeudi  8  février,  avec  le  concours  de  M.  J.  Vianna  da 
Matta.  —  Ouverture  du  Vaisseau-Fantôme  (Wagner); 


Prélude  du  troisième  acte  de  Tristan  et  Iseult  (Wag- 
ner); Concerto  en  mi  bémol  pour  piano  (Liszt), 
M.  Vianna  da  Matta;  Chevauchée  des  Walkyries  (Wag- 
ner); Dans  les  bois  (Liszt),  Rêve  d'amour  (Liszt),  Soi- 
rées de  Vienne,  n"  3  (Schubert-Liszt),  M.  Vianna  da 
Matta  ;  les  Maîtres  Chanteurs,  prélude  du  3'  acte, 
danses  des  apprentis,  marche  des  corporations  (Wag- 
ner). 

LES  CONCERTS  DU  DIMANCHE 

Concert  Colonne  (Chàtelet),  avec  le  concours  de  Sara- 
sate  et  de  M^i^Deschamps-Jehin,  de  l'Opéra  ;  Ouverture 
de  Coriolan  (Beethoven)  ;  air  du  Roi  d'Ys  :  «Lorsque 
je  t'ai  vu  soudain  »  (Ed.  Lalo),  M'°°  Deschamps- 
Jehin);  Fantaisie  écossaise  (op.  46)  ;  Introduction  et 
adagio,  —  Allegro  (Tanz),  —  Andante,  —  Finale  (al- 
legro guerrier)  (Max  Bruch),  M.  Sarasate  ;  deux  mélo- 
dies :  l'Esclave, — Marine  (Ed.  Lalo),  M""-  Deschamps- 
Jehin);  Parsifal  ;  prélude  du  i«r  acte,  —  2"  tableau 
du  I*''  acte  (grande  scène  religieuse)  :  Introduc- 
tion-marche (orchestre),  Entrée  des  chevaliers.  Consé- 
cration du  Graal,  l'Agape,  Marche  finale  (Wagner); 
Tannhaeuser,  marche  et  chœur  (Wagner). 


SALLE  DE  L'ALHAMBRA   (Boulevard  de  la  Senne,  Bruxelles) 
Dimanche  11  mars  1894,  à  deux  heures 

GRAND  CONCERT  SÏMPHONIÛUE 


sous  LA  DIRECTION  DE 


SIEGFRIED   \A/AGNER 

DE      BAYREUTH 

AVEC    LE    CONCOURS    DE 

Mademoiselle    KEMP EES 

Cantatrice  à  la  Cour  de  Hollande 


L'ORCHESTRE   DU    CONSERVATOIRE   DE   BRUXELLES 
PROGRAMME 

1.  Der  Fliegende  HoUaender  (ouverture) R.  Wagner. 

2.  A)  Die  XIV  Engel,   Traumpantomime   aus  dem    Mœrchenspiel 

Hœnsel  und  Gretel     .        .        .        • E.  Humperdinck. 

B)  Traume R.  Wagner. 

(Mlle  KEMPEES) 

3.  Tasso,  Lamento  e  trionfo F.  LiSzT. 

4.  Tannhaeuser,  Ouverture  und  Bachanale R.  Wagner. 

5.  Siegfried-Idyll         . R.  WAGNER. 

6.  Tristan  und  Isolde,  Vorspiel  und  Verklarung        .... 

(Mlle    KEMPEES) 


PRIX  DES 

Dires 8  00  fr.      I 

Fauteuils  d'orchestre.         .         .         .     7  00  » 

Balcons 6  00  » 

Parquet 4  00  » 

Promenoir 3  00  » 


PLACES 

Deuxième  galerie  (de  face) .  .  .3  00 
Deuxième  galerie  (i'"'  rang  numéroté)  2  50 
Deuxième  galerie  .  .  .  .  2  00 
Troisième  galerie        .         .         .         .     1  50 


Amphithéâtre      .         .         .         .         .     1  00    » 

BILLETS  :  Chez  M.  BREITKOPF  k  H^RTEL,  Montagne  de  la  Cour.  4S.  Bruxelles 


164 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  4  au  ii  février  : 
Faust.  L'Attaque  du  moulin.  Relâche.  Les  Hugue- 
nots. Orphée.  Faust.  Relâche 

Théâtre  des  Galeries  —  La  tournée  Ernestin. 

Alcazar  royal.  —  Bruxelles- Port  de  mer.  Les  Planta- 
tions Thomassin. 

Concert  de  la  Chapelle-Russe  (vocale  de  M™»  Nadina 
Slaviansky),  i3  février.  —  i"  partie  :  Marche  mili- 
taire (Nadina  Slaviansky);  Devant  le  portail  du  Kaluga 
chant  national,  arrangé  par  Nadina  Slaviansky);  O 
jeune  homme  aux  yeux  noirs!  chant  national  ;  la  Mois- 


sonneuse, chant  champêtre,  arrangé  par  Nadina  Sla- 
viansky ;  George  m'aime  bien,  mère  !  chanson  co- 
mique, petite  russienne  ;  les  Adieux  du  rossignol 
(Tschaïkowsky);  Viens  à  moi,  sérénade  (Dargomijsky) 
—  2'  partie  :  Pater  Noster  (style  sévère  des  couvents 
de  Kieff,  xvi"  siècle.  Benedictum  (Ectenya),  soprano 
solo  :  Mischa  Tschuriline,  un  nain  de  23  ans.  — 
3«  partie  ;  Chant  et  ronde  de  l'opéra  Naïade  (Dargo- 
mijsky); On  ne  laissepas  Mascha  au  delà  de  la  rivière, 
chant  national  ;  O  toi,  mon  saule  pleureur  (Worotni- 
koff);  Jeune  fille,  voilà  les  boyards  (Dargomijsky);  Eu 
descendant  le  Wolga,   ancienne  chanson  des  brigands 


MÂCKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tsehaikovrsky,  Gottsehalk,   Prudent,  Allard 
(les   Archives   du  piano   et   de  la   célèbre   Méthode   de   piano    A.   Le   Carpentier 

Seuls  dépositaires  de  l' Edition  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  musique  de  violon 


P.  tschaïkowsky 

ŒUVRES      POUR      ORCHESTRE 


Op.  6i.  Mozartiana,  4"  suite  d'orchestre  : 

N»  i  Gigue;  n» 2 Menuet;  no  3Preghiera; 
no  4  'Thème  et  Variations. 

Partition 10 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  62.  Pezzo   Cappriccioso,   pour  violon- 
celle et  orchestre  : 

Partition 3 

Parties  séparées 6 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  64.  Cinquième  symptionie,  en  mi  mineur  : 

Partition 35 

Parties  séparées 40 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3 

Op.  66.  La  Belle  au  Bois  dormant,  valse 
extraite  du  ballet  : 

Partition S 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires i 

—  La  même  pour  orchestre  de  bal,  par 

F.  Desgranges  ; 

Conducteur  i 

Parties  séparées 2 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     » 

—  Pot-pourri  arrangé  par  Kleinecke  : 

Violon  conducteur 2 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  67.  Hamlet.  Ouverture-fantaisie   (A.   Ed- 
ward Grieg)  : 

Partition i5 

Parties  séparées 25 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 
Op.ôyiJ's  Hamlet,  d'après  Shakespeare,  musique 
de     scène    (ouverture,     mélodrames, 
marches,  entr'actes)  : 

Violon  conducteur 5 

Parties  séparées i5 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    2 

—  Ouverture  extradte  : 

Violon  conducteur  .,».,..     3 


Parties  séparées 6 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  58.  La  Dame  de  pique,  pot-pourri  pour 
petit  orchestre,  par  A.  Kleinecke  : 

Violon  conducteur 2 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  59.  'Yolande,  introduction  extraite  : 

Partition 2 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  supplémentaires  cordes  (copiées) 

Op.  71.  Le  Casse-Noisette,  ouverture  extraite  : 

Partition  d'orchestre 4 

Parties  séparées 6 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 
—      Suite  d'orctiestre  tirée  du    ballet  le 
Casse-Noisette  : 

Partition 20 

Parties  séparées  3o 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 

Op.  74.  Sixième  symptionie  : 

Partition 

Parties  séparées 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque 
Marche  solennelle 

Partition 6 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 
Roméo   et   Juliette,  ouverture-fan- 
taisie d'après  Shakespeare  : 

Partition i5 

Parties  séparées 25 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    2 
2'   Elégie  (18S4)   pour   instruments  à 

cordes.  Partiton i 

Parties  séparées 

Parties  supplémentaires     .      .     chaque    » 
Hopaque,  danse  cosaque  extraite  de 

l'opéra  Maxefpa  : 
Partition  ..........     5 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque    i 


l:e  guide  musical 


165 


du  Wolga  ;  Les  Forgerons,  chant  national  (Nadina 
Slaviansky);  Ei  Giichouem,  ancienne  chanson  dec 
burlaks. 

Grande-Harmonie.  —  Séances  de  musique  de  chambre 
pour  piano  et  instruments  à  cordes  données  par 
M""  Derscheid,  pianiste,  avec  le  concours  de  MM.  Co- 
lyns  et  Ed.  Jacobs.  —  Jeudi  i5  février,  à  8  heures  du 
soir,  première  séance  :  Sonates  pour  piano  et  violon- 
celle ;  op.  5,  n"  I  en  fa  majeur,  —  op.  5,  n"  2  en  sol 
mineur,  —  op.  ôg  en  la  majeur,  —  op.  io2,n<>  i  en  un 
majeur,  —  op,  io2,  n"  2  en  ré  majeur  (L.  Van  Bee- 
thoven), M""  Derscheid  et  M.  Jacobs. 

Concerts  populaires.  —  Dimanche  i8  février,  à 
I  h.  3^,  au  théâtre  de  la  Monnaie,  sous  la  direction  de 
M  ;  Joseph  Dupont  ;  Ouverture   du  Roi  Etienne  (Bee- 


thoven); Concerto  pour  violon  (J.  Brahms),  M.  César 
Thomson  ;  Dans  les  steppes  de  l'Asie  centrale  (Boro- 
dine);  les  Murmures  de  la  forêt  (Wagner);  Marche  fu- 
de  Siegfried  (Wagner);  La  Chevauchée  des  Walkyries 
(Wagner). 

Berlin 

Opéra.  —  Du  4  au  ii  février  :  Tannhœuser.  Faust. 
Mara,  Puppenfee  et  I  Pagliacci.  La  Walkure.  La 
Flûte  enchantée.  Cavalleria  rusticana.  Gringoire  et 
Noce  slave.  La  Fille  du  régiment.  Les  Maîtres  Chan- 
teurs de  Nuremberg 

Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  Le  lieutenant 
de  marine. 

Vienne 

Opéra.  —   Du  5  au  12  février  ;   Sylvia    et    I    Pagliacci. 


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Violon  et  piano 

(Op.  37,   38,   39) 


166 


LE  GUIDE  MUSICAL 


La  Fête  de  mai.  Hamlet  et  Noce  slave.  Werther. 
L'ami  Fritz  et  I  Pagliacci.  Terre  et  soleil.  Le  Pro- 
phète. Le  Franc  Tireur. 

An  der  Wien.  —  Le  Maître  de  forges.  L'Etudiant 
pauvre. 

Dresde 

Opéra.  —  Du  4  au  ii  février  :  Obéron.   Orphée   aux 
enfers.    Concert.    Lohengrin.    Marga   (première).  La 
Croix  d'Or.  La  Répétition  d'opéra.  Pagliacci,  Porce- 
laine de  Meissen.  Le  Vaisseau-Fantôme. 
Munich. 

Opéra.—  Du  11  au  18  février  ;  Tristan  et  Iseult.  Jiinker 
Heinz  ^opéra  de  R.  de  Perfall).  Otello  (avec  M.  Fumi- 
galli).  Hasnse!  et  Grethel.  Tristan  et  Isc-ult. 

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LE  GUIDE  MUSICAL 


167 


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168 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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Sorties  de  bal  et  de  théâtre 
Boas  en  plumes,  tour  de  cou 
Châles  et  écharpes 
Soieries  et  velours 


Chapeaux  et  coiffures 
Parfumerie  et  mercerie 
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REVUE  INTERNATIONALE  HEBDOMADAIRE. 


DIRECTEUR-RÉDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE    KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

Rue  Beaiirepaire,  33,  Paris 

N.  Le  KiME,    SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


Collaborateurs 

Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Seevières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.VanderStraeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  -  Marcel  Remy 

J.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

N.  Liez   -  I.  Will 

Dr  DwELSHAUWfiRS  —  ErNEST  ClOSSON 

Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer   —  Jean  Marlin 

J.  Brunet  —  A.  WiLF0;iD,  etc.  etc. 

HbOnnetnentS  :  aux  Bureaux  du 
journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
à  Paris,  à  la  Librairie  Fischbacher, 
33,   rue  de  Seine, 

France  et  Belgique  ...     12  francs. 

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40"  ANNÉE  18  Février   1S94  numéro  S 


SOMMAIRE 


Maurice  Kufferath  :  Hans  de  Bulow. 

Clirontquc  î)t  la  Semaine  :  Paris  :  Fiddio  aux  con- 
certs d'Harcourt,  par  Marcel  Remy.  —  Concerts 
divers,  par  Hugues  Imbert    —  Petite  chronique. 

Bruxelles  :  Nouvelles  de  Tristan  au  théâtre  de  la 
Monnaie.  —  Concerts  :  quatuor  Crickboom;  les 
sonates  de  Beethoven  pour  violoncelle,  les  instru- 
ments à  vent;  concert  de  M    O.  Jokisch,  etc. 

(îorreeponbiUUfs:  Amsterdam,  Anvers,  Berlin,  Gand, 
Liège,  Lille. 

Nouvelles  diverses  — •  Nécrologie. 

Répertoire  des  théâtres. 


EN  VENTE  ,  à  Bruxelles  :  Ofûce  central,  rue  de  l'Ecuyer; 
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Le  numéro  :  40  ceatimes. 


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^ 


170 


ii  aUlDE  MUSICAL 


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Parties  d'orchestre ni» 

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PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


40»  ANNÉE.  —  Numéro  8. 


H  AN  S  DE  BULOW 


A  mort  inflexible  vient  de  frappai- 
le  grand  artiste  au  moment  où  il 
touchait  la  terre  d'Egypte.  Il  y  a 
trois  semaines,  notre  correspon- 
dant de  Berlin  nous  annonçait  sa  résolution 
d'aller  demander  au  doux  climat  de  la  vallée 
du  Nil  la  guérison  de  la  maladie  nerveuse  qui 
depuis  longtemps  l'avait  affaibli.  C'est  sur 
les  conseils  de  son  jeune  ami,  le  composi- 
teur Richard  Strauss,  qu'il  s'était  décidé  à 
entreprendre  ce  long  voyage.  Lundi,  en  arri- 
vant au  Caire,  une  congestion  le  frappait 
au  cœur  et  il  expirait  quelques  heures 
après. 

La  première  nouvelle  de  cette  mort 
cruelle,  c'est  Johannes  Brahms  qui  l'a 
reçue  à  Vienne,  lundi  soir,  et  de  là  elle 
s'est  rapidement  répandue  par  toute  l'Alle- 
magne et  l'Europe. 

Hans  de  Bulow  était  l'une  des  per- 
sonnalités artistiques  de  ce  temps  et  avec 
lui  disparaît  l'un  des  contemporains  immé- 
diats et  l'un  des  collaborateurs  marquants 
de  Richard  Wagner.  Musicien  hors  ligne, 
c'était  aussi  un  esprit  supérieur,  d'une  rare 
culture  ;  on  pourrait  même  dire  de  lui  que 
la  pénétration  de  son  intelligence  a  toujours 
été  de  quelques  degrés  au-dessus  de  ses 
facultés  proprement  musicales.  Soit  qu'il 
parût  au  piano  comme  interprète  des 
grands  maîtres,  soit  qu'à  la  tète  de  l'or- 
chestre il  conduisît,  avec  quelle  sûreté  de 
compréhension,  les  ouvrages  des  sympho- 
nistes classiques  ou  contemporains,  on  avait 
l'impression  en  l'écoutant    d'une  intellec- 


tualité  exceptionnelle  dominant  en  lui  le 
sentiment  et  commandant  une  conception 
de  l'œuvre  d'art  merveilleusement  claire  et 
profonde,  mais  plus  réfléchie  que  spon- 
tanée. Je  ne  veux  point  dire  par  là  qu'il 
ait  manqué  de  tempérament.  Il  avait  une 
énergie  singulière,  une  ardeur  entraînante, 
et  très  capable  d'enthousiasme,  il  savait 
communiquer  au  dehors  quelque  chose  du 
feu  intérieur  qui  l'animait  ;  malgré  tout,  ce 
qui  caractérisa  son  jeu  et  sa  direction,  ce 
fut  toujours  plutôt  la  force  du  sens  critique 
et  la  faculté  anal3^ique  très  pénétrante  de 
son  esprit.  Et  cela  s'explique  par  ses  ori- 
gines et  par  son  éducation  qui  fut  excep- 
tionnellement sévère  et  universelle. 

Hans-Guido  de  Bulow,  né  le  8  jan- 
vier i83o  à  Dresde,  était  fils  de  Charles- 
Edouard  von  Bulow  (i8o3-i853),  philo- 
logue et  romancier  d'un  rare  mérite  qui  s'est 
distingué  dans  les  lettres  allemandes  par 
de  nombreuses  publications,  notamment 
celle  d'une  collection  des  meilleures  nou- 
velles de  tous  les  pays,  et  par  des  composi- 
tions originales  dans  le  goût  des  romans  de 
Tieck.  Dès  son  plus  jeune  âge,  Hans  de 
Bulow  avait  reçu  les  leçons  du  plus  fameux 
maître  de  piano  de  ce  temps,  Frédéric 
Wieck,  le  père  de  M^^  Schumann.  Déjà 
à  i5  ans,  il  jouait  avec  succès  en  public,  à 
Stuttgart,  mais  comme  simple  amateur, 
son  père  l'ayant  destiné  à  la  carrière 
administrative.  Il  fit,  en  efl"et,  toutes  ses 
études  de  droit,  d'abord  à  l'Université  de 
Leipzig,  puis  à   celle   de   Berlin. 

La  musique  finit  par  l'emporter.  En 
même  temps  qu'il  étudiait  le  Corpus  jitris 
et  les  Pandectes,  il  avait  continué  à  Leip- 
zig ses  études  de  composition  avec  Mau- 
rice Hauptmann,  Canfor  de  l'église  Saint- 
Thomas,  le  plus  célèbre  théoricien  de 
l'époque  et  l'ami  de  Mendelssohn  et  de 
Schumann.   Quand  il  arriva  à  Berlin,  il  y 


172 


LE  GUIDE  MUSICAL 


lut  pour  la  première  fois  les  écrits  de  Wag- 
ner, notamment  VArt  et  la  Révolution,  qui 
devint  l'évangile  de  sa  jeunesse. 

Esprit  frondeur  et  très  indépendant, 
Bulow,  dès  le  début,  se  rangea  ainsi  parmi 
les  adeptes  de  la  nouvelle  école  musicale.  A 
l'âge  de  20  ans,  alors  qu'il  était  encore  à 
l'Université,  il  publia  dans  le  journal 
démocratique  de  Berlin,  VAbendpost,  des 
articles  où  il  soutenait  avec  toute  l'ardeur 
de  ses  jeunes  convictions  les  tendances 
artistiques  de  Liszt  et  de  Wagner. 

Une  fois  prise  la  résolution  de  devenir 
musicien,  il  partit,  à  la  fin  de  184g,  pour 
Zurich,  afin  de  continuer  ses  études  musi- 
cales auprès  de  Richard  Wagner,  dont  il 
avait  fait  la  connaissance  à  Dresde  et  qu'il 
admirait  profondément.  Son  but,  en  allant 
chez  Wagner,  était  de  se  former  à  l'art 
du  chef  d'orchestre.  On  peut  lire  dans  la 
correspondance  de  Liszt  avec  Wagner,  les. 
doléances  du  maître  à  propos  de  l'inexpé- 
rience du  jeune  débutant  qu'il  avait  cru 
pouvoir  recommander  à  la  direction  du 
théâtre  et  qui  ne  s'en  sortait  pas.  Il  fallut 
que  Wagner  le  suppléât  plusieurs  fois  et  il 
s'en  plaignit  à  Liszt,  avec  quelque  amer- 
tune,  en  raison  des  soucis  et  de  la  perte  de 
temps  que  lui  occasionnait  cette  immixtion 
dans  les  choses  du  théâtre,  dont  il  voulait 
maintenant  se  tenir  éloigné  le  plus  pos- 
sible. 

Après  une  année  passée  à  Zurich,  Bu- 
low partit  pour  Weimar,  afin  de  se  per- 
fectionner comme  pianiste  auprès  de  Liszt. 
En  i852,  il  figura  en  cette  qualité  au  festi- 
val de  Ballenstedt  que  Liszt  avait  organisé 
et  dirigé  et  qui  est  resté  l'un  des  événe- 
ments artistiques  marquants  de  l'époque. 
C'est  là  que  Liszt  fit  exécuter  pour  la 
première  fois  ses  préludes  pour  orchestre 
et  la  Cène  des  apôtres  de  Wagner,  dont  l'im- 
pression fut  énorme.  Bulow  s'y  révéla  pia- 
niste si  remarquable,  qu'il  fut  immédiate- 
ment engagé  pour  différentes  tournées  de 
concert,  lesquelles  devaient  aboutir  à  sa  no- 
mination de  professeur  au  Conservatoire  do 
Stern  à  Berlin  (1854).  Pendant  dix  ans,  il 
conserva  ce  poste  (où  il  fut  remplacé  par 
Louis  Brassin),  rendant  de  fréquentes 
visites  à  Wagner,  en  Suisse,  et  à  Liszt,  à 


Weimar,  dont  il  épousa,  en  iBSy,  la  seconde 
fille,  Cosima.  Il  suffit  de  rappeler  qu'en 
1862,  à  Biebrich,  ce  fut  lui  qui  joua  au 
piano  la  partition  de  Tristan  et  Iseult  (ré- 
duite par  lui),  lorsque  le  ténor  Schnorr  de 
Carolsfeld  et  sa  femme  vinrent  chanter 
pour  la  première  fois  devant  Wagner  leurs 
rôles  respectifs. 

Aussi,  lorsque  Wagner,  en  1864,  fut 
appelé  à  Munich  par  le  roi  Louis  II,  sa 
première  pensée  fut-elle  de  s'adresser  au 
fidèle  disciple,  devenu  à  son  tour  un  maître 
dans  l'art  de  l'interprétation. 

Louis  II  le  nomma  paniste  de  la  Cour 
et  ensuite  chef  d'orchestre  du  théâtre. 
Ce  fut  ainsi  que  Bulow  dirigea,  en  i865, 
les  quatre  premières  représentations  de 
Tristan  et  Iseult,  demeurées  si  fameuses. 
En  même  temps,  le  roi  Louis  II  le  plaçait 
à  la  tête  de  la  nouvelle  école  de  musique 
créée  à  Munich,  sur  les  indications  et  sui- 
vant le  plan  d'études  élaboré  par  Wagner. 

Ce  poste  devait  malheureusement  valoir 
à  Bulow  plus  de  déboires  et  de  soucis  que 
de  satisfactions  et  de  gloire.  En  butte, 
comme  son  maître  et  ami,  à  des  attaques 
incessantes  des  adversaires  de  la  nouvelle 
école  musicale,  Bulow,  qui  était  extrême- 
ment nerveux  et  susceptible,  vivait  dans  un 
état  d'agitation,  qui  finit  par  menacer 
sérieusement  sa  santé.  Il  dut  résigner  une 
première  fois  ses  diverses  fonctions  en 
1866  et  se  retira,  pendant  deux  ans,  à  Bâle, 
vivant  dans  une  retraite  presque  absolue; 
mais  le  roi  ra3'ant  rappelé,  il  consentit  à 
revenir  à  Munich  et  il  dirigea  alors,  au 
théâtre,  les  études  et  la  première  des 
Maîtres  Chanteurs,  le  plus  éclatant  succès 
de  Wagner  à  ce  moment.  En  i86g,  il  diri- 
geait encore  la  reprise  de  Tristan  et  Iseult, 
avec  M.  et  M™<=  Vogl  dans  les  deux  rôles 
principaux. 

Avec  cette  reprise  coïncident  les  mal- 
heureux incidents  qui  devaient  amener  le 
divorce  de  Bulow  et  la  rupture  définitive 
avec  Wagner.  Celui-ci,  peu  après,  épou- 
sait la  femme  divorcée  de  son  ami. 

Dès  lors,  Bulow  mena  à  travers  l'Europe 
une  vie  errante  et  ne  se  fixa  plus  définitive- 
ment nulle  part.  Après  avoir  vécu  quelque 
temps  dans  la  retraite  à  Elorence,  il  entre- 


LE  ÙUIDE  MUSICAL 


173 


prit  de  nombreuses  tournées  de  concert,  en 
Allemagne,  en  France,  en  Angleterre,  en 
Belgique,  en  Italie  :  il  parcourut  même 
l'Amérique,  recueillant  partout  de  prodi- 
gieux succès,  par  sa  virtuosité  transcen- 
dante et  l'impeccable  clarté  de  son  jeu. 

A  son  retour  d'Amérique  (1876),  il  ac- 
cepta finalement  la  direction  de  l'orchestre 
du  théâtre  de  Hanovre,  et,  trois  ans  après, 
celle  d'intendant  de  la  musique  à  la  cour 
du  duc  de  Saxe-Meiningen.  C'est  dans  ce 
poste  que  ses  remarquables  facultés  de 
chef  d'orchestre  brillèrent  du  plus  vif  éclat. 
En  peu  de  temps,  il  réussit  à  transformer 
ce  petit  orchestre  de  Meiningen  en  une 
chapelle  de  premier  ordre,  avec  laquelle  il 
alla  donner  des  concerts  à  Berlin,  à  Vienne, 
à  Saint-Pétersbourg  et  dans  un.  grand 
nombre  d'autres  villes  d'Allemagne  et  d'Au- 
triche. La  sensation  produite  par  ces  exé- 
cutions fut  énorme,  notamment  à  Vienne  et 
à  Berlin,  où  l'on  était  cependant  habitué  à 
des  interprétations  orchestrales  supé- 
rieures. Se  souciant  avant  tout  du  style  des 
œuvres,  il  modifiait  sa  manière  suivant  les 
exigences  de  chacune  d'elles,  et  il  était 
arrivé  dans  cette  voie  à  faire  de  son  petit 
orchestre  un  instrument  d'une  souplesse 
extraordinaire.  Ces  tournées  orchestrales 
eurent  cette  très  grande  portée  de  montrer 
ce  qu'était  l'art  du  chef  d'orchestre  et  de 
mettre  ainsi,  dans  une  certaine  mesure,  un 
terme  à  la  routine  des  Capellmeister  en 
place. 

Après  huit  années  passées  à  Meiningen, 
—  il  y  avait  épousé  M"'=Schanzer,  une  tragé- 
dienne de  grand  talent,  attachée  au  théâtre 
de  Meiningen,  et  très  remarquée  dans  le  ré- 
pertoire classique,  notamment  dans  l'Elisa- 
beth de  la  MamS/î^arMe  Schiller,— il  donna 
sa  démission  à  la  suite  d'un  différend  avec 
le  duc  et  accepta  la  direction  de  l'orchestre 
du  théâtre  de  Hambourg  (1888).  Là  encore, 
ses  facultés  de  chef  d'orchestre  donnèrent 
une  impulsion  extraordinaire  à  la  vie  artis- 
tique. Le  théâtre  de  Hambourg  fut  bientôt 
cité  comme  le  plus  remarquable  de  l'Alle- 
magne. Bulow  y  fit  reprendre  et  étudier  à 
nouveau  non  seulement  les  chefs-d'œuvre 
classiques,  les  Iphigénie  de  Gluck,  l'Orphée, 
le  Fidélio   de  Beethoven,   mais  aussi  des 


œuvres  modernes,  notamment  le  Barbier 
de  Bagdad  de  Cornélius,  la  Sauvage  appri- 
voisée de  Goetz,  Samson  et  Dalila  de  Saint- 
Saëns,  Benveniito  Cellini,  Béatrice  et  Bene- 
dict  de  Berlioz,  etc. 

Son  état  nerveux  ne  lui  permit  pas, 
malheureusement,  de  rester  longtemps  à 
la  tête  du  théâtre  et  il  se  retira  pour 
diriger  alternativement  à  Berlin  et  à  Ham- 
bourg les  Concerts  symphoniques,  fondés 
dans  ces  deux  villes  par  l'imprésario  Her- 
mann  Wolff,  et  à  la  tète  desquels  il  demeura 
jusqu'à  la  dernière  saison. 

Dès  lors,  il  n'était  plus  douteux  pour  ses 
nombreux  amis  et  admirateurs,  que  son 
état  qui,  à  plusieurs  reprises,  l'avait  forcé  à 
de  grands  ménagements,  laissait  beaucoup 
à  désirer.  Au  milieu  de  la  saison  dernière,  en 
efiet,  il  dut  céder  son  bâton  et  se  soumettre 
à  un  traitement  hydrothérapique  sévère 
dans  un  établissement  des  environs  de  Ber- 
lin. Il  en  sortit  quelques  mois  après,  rétabli 
en  apparence  ;  il  reparut  en  public  aux  Con- 
certs philharmoniques  de  Berlin;  mais  le 
bien-être  ne  fut  que  passager  et,  cette  année, 
il  dut  renoncer  complètement  à  diriger. 
C'est  alors  qu'il  se  décida,  il  y  a  trois 
semaines,  à  partir  pour  l'Egypte,  où  il 
espérait  trouver  la  guérison.  Il  y  est  mort 
et  il  y  sera  inhumé. 

Comme  virtuose  du  piano,  Hans  de  Bu- 
low aura  été  au  premier  rang,  parmi  les 
plus  célèbres  de  son  époque.  Il  n'avait  pas 
la  puissance  de  sonorité  et  la  fougue  de 
Rubinstein,  ni  la  classicité  et  le  charme 
délicat  de  M™*^  Schumann,  ni  le  charme 
poétique  étrange  de  Liszt.  Son  toucher 
n'était  pas  dénué  d'un  peu  de  sécheresse. 
Mais  il  était  singulièrement  brillant  et  scin- 
tillant. Le  mécanisme  était  d'une  perfection 
peut-être  inégalée  et  le  jeu  tout  entier  d'une 
netteté  surprenante.  A  mesure  qu'il  jouait, 
on  se  sentait  plus  captivé  et  l'on  était  fina- 
lement subjugué  et  saisi  par  l'esprit  même 
de  l'œuvre  qui  se  réfléchissait  dans  son 
interprétation  comme  dans  un  miroir. 
C'était  en  tout  un  interprête  supérieur,  un 
grand  et  profond  artiste. 

Bulow  a  publié  des  éditions  critiques, 
des  œuvres  pour  piano  de  Bach,  Haendel, 
Gluck,  Scarlatti,  Weber,  Beethoven,  Cra- 


174 


LE  GUIDE  MUSICAL 


mer,  Chopin,  etc.,  qui  sont  aujourd'hui 
classiques.  Comme  compositeur,  il  laisse 
une  partition  complète  de  musique  de 
scène  pour  le  Jules  César  de  Shakespeare, 
neuf  cahiers  de  pièces  de  piano,  quelques 
Liedey  et  des  chœurs,  une  ballade  pour 
orchestre  d'après  le  poème  de  Uhland  :  la 
Malédiction  du  chanteur,  enfin  un  poème 
symphonique  :  Nirwana,  qui  ont  été  exé- 
cutés aux  festivals  de  l'Association  des 
artistes  musiciens,  à  Weimar  et  à  Mei- 
ningen,  et  figurent  quelquefois  aux  pro- 
grammes des  concerts  symphoniques  en 
Allemagne  (i).  Ce  sont  des  œuvres  certes 
distinguées,  mais  qui  ne  marquent  pas 
dans  la  littérature  contemporaine.  L'in- 
fluence de  Liszt  et  de  Wagner  y  est  mani- 
feste; elles  manquent  d'originalité  et  de 
personnalité. 

Bulow  a  aussi  beaucoup  écrit,  ayant  été 
mêlé  personnellement  à  la  polémique  sou- 
levée en  Allemagne  par  lalutte  pour  et  contre 
la  nouvelle  école  musicale.  Il  collabora  acti- 
vement à  la  Neue  Zeitschrift  fur  Musik  de 
Leipzig,  de  i85ô  à  1864  (2),  et  à  d'autres 
revues  musicales  allemandes.  Il  y  a  quel- 
que dix  ans,  il  a  donné  des  lettres  sur  ses 
voyages  aux  Signale  de  Leipzig.  Malheu- 
reusement, tous  ces  écrits  sont  dispersés  et 
difficiles  à  retrouver.  Ils  seraient  à  relire, 
et  il  est  à  espérer  qu'on  en  fera  une 
pubUcation  sinon  intégrale,  tout  au  moins 
choisie;  car  ils  contiennent  d'intéres- 
santes indications  sur  le  mouvement  musi- 
cal de  ce  dei-nier  demi-siècle  et  sont  à  ce 
titre  de  précieux  documents  qu'il  ne  fau- 
drait pas  laisser  perdre.  Ils  sont  pleins, 
d'ailleurs,  de  jugements  mordants  sur  les 
hommes  et  les  œuvres  du  jour  et  de 
réaexions  sur  les  choses  de  l'art  en  général 
qui  méritent  d'être  retenues. 

Bulow  était  un  écrivain  très  humoristique 
et  paradoxal,  et  nombre  de  ses  traits  sont 
frappants.  C'est  lui  qui,  parlant  de  Saint- 


(I) 


MaUiicli 
en  iS"' 


Franz  Servais  a   fait  exécuter    à  Bruxelles    la 
du    chanteur     à     ses     Nouveau.x    Concerts 


(2)  Signalons  notamment  son  article  sur  l'ouverture 
pour  le  Faust  de  Richard  Wagner,  qui  fit  sensation  et 
qui  a  été  depuis  reproduit  en  brochure. 


Saëns  dans  une  de  ses  lettres  aux  Signale 
(1878),  a  dit  que  la  meilleure  musique  alle- 
mande, c'est-à-dire  sérieuse,  Brahms  ex- 
cepté, se  faisait  maintenant  en  France  : 
jugement  sévère  pour  ses  compatriotes, 
mais  qui   n'est  pas  sans  quelque  vérité. 

C'est  lui  encore  qui  classait  les  compo- 
siteurs d'opéra  français  en  deux  catégories  : 
«  Ceux  qui  peuvent  enrichir  le  répertoire 
des  orgues  de  barbarie  et  ceux  qui  lui  font 
des  emprunts  ».  De  la  symphonie  en  ut  de 
Mozart  il  disait  qu'elle  était  la  première  de 
Beethoven,  et  de  la  première  de  Brahms 
qu'elle  était  la  dixième  de  Beethoven.  Pa- 
radoxe si  l'on  veut,  mais  qui,  sous  sa  forme 
piquante,  marque  avec  justesse  la  place 
historique  des  œuvres  en  question.  De 
l'humour,  il  en  avait  et  du  meilleur.  Je 
retrouve  dans  une  de  ses  lettres  aux  Signale 
cette  plaisante  boutade  :  «  Quand  un  livre 
et  une  tête  font  un  carambolage  et  que  cela 
sonne  creux,  ce  n'est  pas  toujours  la  faute 
du  livre  ». 

Malgré  sa  brouille  avec  Wagner,  —  et 
cela  prouve  en  faveur  de  la  hauteur  de  son 
esprit,  —  il  ne  cessa  de  prendre  un  grand 
intérêt  à  l'œuvre  de  Bayreuth,  en  faveur  de 
laquelle  il  continua  de  donner  des  concerts 
jusqu'en  1876.  Il  est  vrai  qu'à  la  fin  de  sa 
carrière,  après  s'être  réconcilié  avec 
Brahms,  très  méchamment  malmené  jadis 
par  lui,  il  brûla  ce  qu'il  avait  adoré  et 
critiqua  avec  aigreur  les  œuvres  qu'il  avait 
tant  admirées. 

Mais  il  était  alors  déjà  profondément 
atteint  dans  son  système  nerveux.  Ses 
crises  de  bizarrerie  ont  donné  lieu  plus 
d'une  fois  à  des  incidents  comiques  ou 
pénibles  ;  rappelons  sa  conduite  dans  les 
derniers  concerts  qu'il  donna  à  Berlin,  les 
petits  discours  qu'il  adressait  à  un  audi- 
toire ahuri  pour  l'inviter  «  à  dédier  en  com- 
mun la  Symphonie  héroïque  au  héros  pres- 
senti par  Beethoven  :  au  prince  Bismarck  » , 
ou  pour  lui  faire  honte  d'habiter  «  la  capi- 
tale-miasme ». 

Ses  bons  mots  et  ses  boutades  souvent 
impertinentes  sont  célèbres  et  ont  fait  for- 
tune. On  se  rappelle  l'incident  scandaleux 
de  son  expulsion  de  l'Opéra  de  Berlin,  par 
ordre  de  l'intendant,  M.  de  Hulsen,  parce 


LE  GUIDE  MUSICAL 


175 


que,  peu  de  temps  auparavant,  il  avait 
appelé  l'Opéra  le  Cirque  Hulsen.  Au  mo- 
ment où  l'huissier  l'arrêta  et  le  pria  de  se 
retirer,  il  repai^tit  avec  un  admirable 
phlegme  :  «  Parfait!  j'irai  chez  Renz!  » 
Quelques  jours  après  l'incident,  il  donnait 
un  concert.  Accueilli  par  des  applaudisse- 
ments frénétiques,  il  se  mit  au  piano  et 
préluda  en  intercalant  dans  cette  improvi- 
sation le  thème  de  l'air  de  Figaro  (les 
Noces)  :  «  Monsieur  le  comte  veut-il  que  je 
lui  joue  une  contredanse?»  Toute  la  salle 
comprit  l'allusion  et  ce  fut  un  immense 
éclat  de  rire. 

Unjour,  à  Hambourg,  pendant  la  répéti- 
tion d'une  grande  œuvre  chorale,  les  dames 
du  chœur  s'étant  mises  à  bavarder,  Bulow 
se  tourna  vers  elles  et,  du  ton  le  plus  galant, 
leur  dit  ces  simples  mots  :  «  Mesdames, 
nous  ne  sommes  pas  ici  pour  sauver  le 
Capitole».  Le  silence  se  rétablit  instantané- 
ment. 

A  Meiningen,  il  fit  redire  deux  fois  de 
suite  dans  le  même  concert,  la  Neuvième 
Symphonie  de  Beethoven,  parce  que  le 
public  ne  lui  avait  point  paru  prendre  à 
l'œuvre  un  intérêt  assez  éclairé. 

Une  autre  fois,  la  duchesse  de  Meiningen 
s'étant  glissée  dans  la  salle  du  théâtre  pen- 


dant une  répétition,  bien  que  Bulow  eût 
interdit  de  laisser  pénétrer  personne,  ne 
pouvant  faire  expulser  la  duchesse,  il 
s'avisa  de  ce  moyen  original  :  il  fit  avancer 
le  basson  et  le  plaçant  à  côté  de  lui  au  pu- 
pitre, il  lui  fit  jouer  d'un  bout  à  l'autre  toute 
la  partie  qu'il  avait  à  exécuter  dans  la  sym- 
phonie qu'on  répétait.  Le  bassoniste  n'en 
était  pas  encore  à  la  fin  du  premier  morceau 
que  la  duchesse  s'était  esquivée. 

De  ces  anecdotes  et  de  traits  de  ce  genre, 
il  en  court  des  centaines,  et  il  en  est 
d''extraordinairement  plaisantes .  Bulow 
avait  l'horreur  de  deux  choses  :  la  banalité 
et  la  médiocrité  ;  et  sa  causticité  n'était  que 
l'envers  du  profond  respect  qu'il  avait  de 
son  art. 

Aussi,  quoiqu'on  puisse  dire,  son  nom 
restera  comme  celui  d'un  artiste  doué  des 
facultés  les  plus  rares.  Nul  n'a  plus  ardem- 
ment que  lui  soutenu  Richard  Wagner  dans 
sa  lutte  désespérée  contre  l'indifférence  et 
l'incompréhension  des  contemporains  et 
bien  peu,  certes,  auront  avec  plus  d'abné- 
gation personnelle,  de  noblesse  de  senti- 
ment et  d'esprit  servi  la  cause  du  grand  art, 
qu'il  suttoujours  placer  au-dessus  de  toutes 
les  questions  de  personne  et  d'intérêt. 

M.  KUFFERATH. 


mmÉûâmmtmtmtmBû^mtmtmûS&&tmtmtmtmt 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

"X  "TOUS  n'allons  certes  pas  nous  aviser  de 
_L>  découvrir  Fidclio,  ni  en  raconter  le 
menu.  Félicitons  M.  d'Harcourt  de  son  intelli- 
gente initiative  ;  après  le  Faust  de  Schumann, 
voici  l'œuvre  dramatique  de  Beethoven.  Il  n'y 
a  donc  pas  que  Wagner  capable  de  former  un 
programme  intéressant  et  même  nouveau,  car 
Fidelio  est  peu  connu  de  la  jeune  génération, 
la  dernière  reprise  datant  de  quelque  temps 
déjà. 

Sans  vouloir  analyser  ni  les  pures  beautés, 
ni  les  insupportables  lourdeurs  de  cet  opéra, 
pas  plus  que  revenir  sur  les  défauts  du  livret, 
de  l'absence  d'action,  constatons  que  l'impres- 


'  sion  a  été  profonde  ;  les  belles  pages,  la  scène 
•  des  prisonniers,  l'air  de  Pizarre,  celui  de  Flo- 
restan,  le  duo  entre  Léonore  et  Rocco,  l'ouver- 
ture et  l'entracte  gardent  leur  éclat,  malgré 
l'aspect  général  déplaisant  de  la  partition. 
Mettant  tout  fétichisme  à  part,  il  faut  avouer 
que  quand  Beethoven  se  met  à  être  ennuyeux, 
il  ne  l'est  pas  à  demi  ;  et  telles  parties  de 
carrui'e  épaisse  ou  de  grâce  pesante  agacent 
particulièrement,  venant  d'une  plume  respectée. 
L'interprétation  est  fort  bonne.  M'ii^  Blanc  a 
fait  du  rôle  de  Fidelio  une  création  remarqua- 
ble. Cette  jeune  artiste  s'élève  davantage  à 
chaque  occasion.  Citons  aussi  M."Vivette, Rocco, 
Furst,  Florestan;  M^'^  Lovano,  Marceline; 
MM.  Manoury  et  Berton. 


176 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Mais  les  compliments  les  plus  chaleureux 
reviennent  à  M.  d'Harcourt,  qui  a  dirigé  les 
études  avec  un  soin  tout  artistique.  Nous  avons 
été  charmé, —  ajoutons  même  surpris, —  de  la 
finesse  de  l'exécution.  Çà  et  là,  se  trahissait 
encore  de  la  rudesse,  de  la  vulgarité  dans  le 
rendu  :  ce  sont  les  défauts  habituels  de  l'or- 
chestre d'Harcourt  ;  mais,  d'une  façon  générale, 
l'œuvre  a  été  travaillée,  répétée,  sue  et  exécutée 
avec  goût  et  sûreté.  La  version  que  donne 
M.  d'Harcourt  de  la  partition  de  Fidelio  nous 
paraît  bien  dans  le  sentiment  de  l'auteur  :  beau- 
coup d'animation  dramatique,  des  mouvements 
expressifs,  le  rôle  de  l'orchestre  bien  défini, 
nulle  mollesse  ni  afféterie  dans  les  passages 
de  charme.  En  vérité,  de  telles  exécutions  vont 
nous  rendre  justement  exigeant  à  l'avenir. 

^  M.  R. 

L'affluence  était  considérable  au  Concert- 
Colonne  du  dimanche  ii  février  :  on  a  dû 
refuser  plus  de  cinq  cents  personnes  au  con- 
trôle. C'était  le  violon  magique  de  Sarasate 
qui  avait  attiré  cette  foule  d'admirateurs  de 
son  talent.  Il  a  exécuté  le  Concerto  de  Beetho- 
ven, et  V Introduction  rondo  capriccioso  de 
Saint-Saëns.  Le  succès  a  été  aussi  considérable 
qu'au  Conservatoire,  et,  bien  que  la  dimension 
de  la  salle  du  Chàtelet  soit  plus  grande  que 
la  bonbonnière  de  la  rue  Bergère,  aucune 
note  n'a  été  perdue,  tant  l'attention  de  tous 
était  en  éveil!  Nous  ne  reviendrons  pas  sur  les 
qualités  du  grand  violoniste,  que  nous  avons 
soulignées  dans  notre  dernière  chronique. 
Dans  le  Concerto  de  Beethoven,  nous  avons 
remarqué  la  perfection  de  certains  staccati 
liés,  qui  ne  sont  pas  indiqués  dans  la  partition. 
Nous  aurions,  au  milieu  de  tous  les  éloges,  à 
formuler  cependant  une  critique.  Nous  igno- 
rons quel  est  l'auteur  du  point  d'orgue  exécuté 
par  Sarasate  ;  il  est  peut-être  très  apte  à  faire 
briller  la  virtuosité  du  soliste  ;  mais,  au  point 
de  vue  musical,  il  laisse  à  désirer,  comme 
s'éloignant  du  caractère  de  l'œuvre  beetho- 
vénienne. 

Dans  le  même  concert,  M"«  Deschamps- 
Jehin  s'est  fait  entendre  dans  l'air  de  Marga- 
reddu  Roi  d'Y  s,  et  deux  mélodies  d'Edouard 
Lalo.  La  voix  nous  a  paru  fatiguée  ;  la  justesse 
laissait  également  un  peu  à  désirer.  Il  ne  faut 
pas  s'en  étonner.  Depuis  que  M"i'=  Deschamps- 
Jehin  a  été  engagée  à  l'Opéra,  elle  a  eu,  comme 
tous  ses  partenaires,  à  lutter  contre  l'acoustique 
déplorable  d'une  salle  qui  détruit  rapidement 
les  plus  beaux  organes.  Et  Dieu  sait  si  le  sien 
était  superbe  !  Il  n'y  a  aucun  remède  à  cela. 
C'est  une  triste  constatation  à  faire.       H.  I. 


La  cinquième  audition  de  musique  histo- 
rique réunissait  trois  noms  glorieux,  Haydn, 
Mozart  et  Gluck.  Du  premier,  la  Symphonie 
en  mi  bémol  (dite  du  roulement  de  timbales), 
pas  la  plus  belle,  mais  une  des  belles  du  vieux 
maître.  Certes,  l'interprétation  n'en  fut  pas 
mauvaise  ;  nous  y  eussions  souhaité  plus  de 
rythme  et  de  légèreté,  élément  essentiel,  à  notre 
avis,  dans  l'exécution  de  la  musique  de  Haydn. 
La  même  remarque,  quant  à  l'accentuation 
rythmique,  s'impose  pour  l'interprétation  du 
cinquième  acte  d'Amiide,  de  Gluck.  Il  nous  a 
paru  bien  pâle,  ce  fragment  d'un  opéra  non  le 
plus  «  fort  1)  de  Gluck.  L'air  final  :  «  Le  perfide 
Renaud  me  fuit  »,  est  seul  empreint  de  gran- 
deur dramatique  ;  à  plusieurs  passages,  on  sent 
la  déclamation  «  wagnérienne  »,  si  on  peut  dire 
ainsi,  parce  qu'il  n'y  a  pas  d'autre  qualificatif  : 
par  exemple, la  phrase  :  «  L'horreur  de  l'éternelle 
nuit  cède  à  l'horreur  de  mon  supplice  »,  est 
d'un  modernisme,  d'une  justesse  d'accent  in- 
quiétante, troublante.  Généralement  l'exécution 
a  paru  froide  ;  je  ne  sais  si  on  a  réveillé  com- 
plètement le  Gluck  tragique,  terrifiant  qui  dort 
sous  les  formules  surannées  et  les  cadences 
parfaites.  M"<^Brun  alavoixforte  etpassionnée; 
elle  s'est  bien  tirée  du  rôle  fatigant  d'Armide. 
M.  Mazalliert  a  été  plutôt  faible,  douceâtre 
même. 

Mozart  était  représenté  par  le  célèbre  Ave 
verum,  des  fragments  d'Idoine'ne'e  sans  grand 
relief,  et  un  Quintette  d'archets,  pas  mal  joué, 
quoique  un  peu  perdu  dans  une  salle  trop 
grande  pour  la  musique  de  chambre. 

M.  R. 

Vendredi  dernier,  quatrième  séance  des  con- 
certs de  MM.  Lefort,  Casella,  Gianini  et  Tracol 
à  la  Société  de  géographie.  Programme  inté- 
ressant et  varié.  Très  bonne  exécution  du 
charmant  Otetto  de  Mendelssohn  dont  l'éloge 
n'est  plus  à  faire.  M.  Lefort  avait  adjoint  à  son 
quatuor, pour  cette  œuvre,  MM.  Saïller,  Clerjot, 
Loiseau  et  Alard.  Le  concerto  pour  deux  vio- 
lons avec  accompagnement  du  double  quatuor 
de  Bach  à  vivement  intéressé.  M.  Lefort,  dans 
une  barcarolle  et  un  menuet  de  sa  composition, 
s'est  montré,  comme  toujours,  un  exécutant 
impeccable  et,  ce  qui  ne  gâte  rien,  excellent 
musicien. 

M'''=  Ador  prêtait  son  concours  pour  la  partie 
vocale  ;  elle  a  chanté  avec  beaucoup  d'autorité 
l'air  d'Orphée  :  J'ai  perdu  mon  Eurydice,  et 
deux  mélodies  charmantes;  Vxi.ne,\es Berceaux 
de  G.  Fauré,  l'autre  Malgré  moi  de  Pfeifïer. 

Le  concert  se  terminait  par  Gavotte,  Musette 


LE  GUIDE  MUSICAL 


177 


et  Gigue  tirés  du  quatuor  n»  8  de  J.  RafF. 
L'exécution  a  été  parfaite.  On  peut  souvent 
critiquer  certaines  des  tendances  artistiques  de 
J.  Raff,  mais  on  ne  peut  nier  que  ses  œuvres 
n'offrent  toujours  au  moins  un  puissant  intérêt 
par  leur  facture  originale.  Dubief. 

A  la  Société  d'art  (ii^  audition), le  programme 
n'était  pas  dénué  de  charme.  Nous  avons  eu 
surtout  le  plus  vif  plaisir  à  entendre  M.  G.  Re- 
my  exécuter  fort  bien  le  Concerto  pour  violon 
(op.  29)  d'Emile  Bernard.  Voilà  une  page  char- 
mante, très  musicale,  que  Sarasate  aurait  bien 
dû  jouer  au  Conservatoire,  à  la  place  de 
l'œuvre  si  dénuée  d'intérêt  de  Joachim  Raff. 
M.  G.  Remy  a  fait  entendre  en  suite  pour  vio- 
lon seul  le  Prélude  et  la  Gavotte  en  mi  de 
J.  Bach;  il  y  a  déployé  une  grande  dextérité, 
et  a  montré  qu'il  possède  bien  la  technique 
du  maître  d'Eisenach.  Citons  encore  dans  cette 
séance  une  intéressante  Marche  sympJioniqiie 
pour  piano  à  quatre  mains  de  M.Heny  Lymien, 
deux  charmantes  mélodies  de  M.  Henry  Frêne, 
bien  dites  par  M™°  Gramaccini-Soubre,  deux 
morceaux  de  piano  (Scarlarti  et  Saint-Saëns) 
exécutés  à  ravir  par  M''^  Marie  Dubois,  etc.. 

On  a  fait  une  véritable  ovation  au  violoniste 
|.  Withe,  après  l'exécution  de  la  Chaconne 
pour  violon  seul  de  J.  S.  Bach,  à  sa  matinée 
du  14  février  (Salons  Flaxland).  Programme 
varié  et  attachant  :  Quatuor  pour  cordes  de 
Schumann,  Sonate  pour  piano  et  violon  de 
Gabriel  Fauré,  des  mélodie  de  Massenet  et 
d'A.  Thomas,  Trio  de  Diemer.  Excellente 
interprétation  par  MM.  Diémer,  Tracol,  Trom- 
bette,  Casella,  M"^  Dubois  et  M.  Withe. 

Intéressant  concert  donné  le  g  février  à  la 
salle  Erard  par  M.Vandœuvre  avec  le  concours 
de  M"<=s  Goetz  Lehmann  et  Marthe  Storell. 
M.  Vandœuvre  est  maître  de  son  instrument 
(le  violoncelle);  son  jeu  est  calme,  très  classique. 
Au  programme,  la  Sonate  pour  piano  et  violon- 
celle (op.  5)  de  Beethoven,  œuvre  de  jeunesse, 
la  cantilène  de  Cinq  Mars  (Gounod)  par 
M"<=  Storell,  du  théâtre  de  la  Monnaie;  Con- 
certo de  Romberg,  Suite  de  J.-S.  Bach,  Danses 
hongroises  de  Brahms,  par  M.  Vandœuvre,  et 
divers  morceaux  pour  le  piano  par  M"<:  Gœtz 
Lehmann. 

Le  premier  des  quatre  conccits  donnés  à  la 


salle  Erard  par  Sarasate,  avec  le  concours  de 
M""  Berthe  Marx,  MM.  L.  Diemer,  Parent, 
Van  Waefelghem,  Delsart  et  Abbiate  a  eu  lieu 
le  i3  février  1894,  avec  le  plus  vif  succès.  Au 
programme,  le  Quintette  {op.  [53)  de  Schubert, 
la  Deuxième  Suite  pour  piano  et  violon  [i^"  au- 
dition) de  Goldmark,  la  Fée  d'amour  de 
J.  Raff,  et  divers  morceaux  de  Chopin,  Schubert 
et  Scarlatti  pour  le  clavier. 

Au  concert  donné  par  M.  Arthur  Guidé, 
chez  Pleyel,  on  a  entendu  le  trio  en  ré  de 
Schumann,  par  M=>e  Hainl,  MM.  Guidé  et 
Salmon  ;  divers  morceaux  de  violon  exécutés 
avec  talent  par  M.  Guidé,  entre  autres,  une 
Sîiite  de  Ries,  une  pièce  d'harmonie  assez 
heurtée  de  M.  L.  Moreau,  et  un  Allegro  de 
facture  soignée,  de  M.  Mathieu. 

Le  quatuor  Remy,  Delsart,  Parent,  Van 
Waefelghem  vient  de  fusionner  avec  la  Société 
des  instruments  à  vent  Taffanel-Turban,  pour 
donner,  avec  le  concours  de  M.  Diémer,  des 
séances  de  musique  de  chambre  qui  auront 
lieu  bientôt  chez  Pleyel. 

Nous  apprenons  que  M.  Oscar  Commettant, 
le  critique  musical  bien  connu,  vient  d'être 
frappé  d'une  attaque  d'apoplexie. 


BRUXELLES 

Dernières  nouvelles  de  Tristan  et  Iseult  : 

MM.  Stoumon  et  Calabresi,  cédant  aux  sages 
avis  de  leurs  plus  clairvoyants  amis,  se  sont 
décidés  à  avouer  leur  incompétence  en  wagné- 
risme  et  à  faire  appel  au  concours  d'un  chef 
d'orchestre  étranger  pour  mettre  au  point  l'ou- 
vrage qu'ils  se  proposent  de  donner  au  public 
bruxellois  avant  la  fin  de  la  saison. 

Ils  ont  prié  M.  Edouard  Lassen,  maître  de 
chapelle  du  grand-duc  de  Saxe-Weimar,  de 
venir  veiller  aux  dernières  répétitions  de  Tris- 
tan et  Iseult  et  M.  Lassen  a  accepté.  Il  arri- 
vera à  Bruxelles  le  28  février,  si  nous  sommes 
bien  informés,  et  présidera  à  toute  la  mise  en 
scène  et  aux  répétitions  d'ensemble. 

Félicitons  MM.  Stoumon  et  Calabresi  de 
cette  résolution.  Ils  avaient  annoncé  la  pre- 
mière de  Tristan  pour  la  fin  du  mois,  persua- 
dés que  ça  se  montait  aussi  facilement  que 
Jérusalem  ou  Farfalla.  Ils!se  sont  aperçus  à 


178 


LE  GUIDE  MUSICAL 


temps  que  sans  le  concours  d'un  artiste  mieux 
au  courant  qu'eux-mêmes  du  style  de  l'œuvre, 
ils  ne  feraient  rien  qui  vaille.  Nous  espérons 
qu'ils  se  conformeront  en  tout  aux  avis  que  leur 
donnera  le  maître  de  chapelle  de  Weimar,  qui 
fut  un  des  premiers  adeptes  et  l'un  des  plus 
éminents  collaborateurs  du  maître,  lors  des 
premières  représentations  de  Tristan  en  Alle- 
magne; moyennant  quoi,  il  sera  possible  d'es- 
pérer une  bonne  exécution  du  grand  drame 
wagnérien. 

En  attendant,  le  régisseur  en  chef,  M. Gravier, 
demande  à  tous  les  échos  d'alentour  des  rensei- 
gnements sur  les  jeux  de  scène  à  introduire 
dans  ce  diable  d'opéra  à  cinq  personnages. 
Comme  il  ignore  radicalement  la  musique, 
qu'il  n'entend  pas  un  traître  mot  à  la  par- 
tition, il  ne  sait  où  il  doit  faire  les  passades  et 
placer  les  gestes  conventionnels  qu'il  a  appris 
naguère  au  théâtre  de  la  Porte  Saint-Martin. 
On  voit  le  malheureux  errer  comme  un  perdu 
d'une  coulisse  à  l'autre,  demandant  au  pompier 
de  service  s'il  n'aurait  point,  par  hasard,  trouvé 
la  mise  en  scène  de  Wagner.  Patience  !  M.  Las- 
sen  va  venir.  Il  indiquera  aux  pensionnaires 
de  MM.  Stoumon  et  Calabresi  ce  que  personne 
dans  la  maison  n'est  en  mesure  actuellement 
de  leur  indiquer. 

Pour  l'orchestre,  les  répétitions  d'ensemble 
ont  commencé  sous  la  direction  de  M.  Flon, 
qui  n'est  pas  encore  tout  à  fait  en  possession  de 
la  partition  et  qui  se  trompe  quelquefois  de 
mouvement,  prenant  allegro  ce  qui  est  marqué 
lento,  précipitant  le  mouvement  où  Wagner 
prescrit  un  ralentissement  ;  mais  ce  sont  là  de 
petites  erreurs  qui  ne  tirent  pas  à  conséquence 
de  la  part  d'un  chef  d'orchestre  aussi  convaincu 
de  ses  mérites  que  l'est  M.  Flon.  Quand  il 
aura  répété  une  dizaine  de  fois  chacun  des 
trois  actes,  il  saura  à  peu  près  ce  que  Wagner 
a  voulu  faire  exprimer  à  l'orchestre,  et  s'il  n'a 
pas  compris,  M.  Lassen  lui  expliquera  le  néces- 
saire. 

Quant  aux  chanteurs,  ils  ont  appris  leurs 
rôles  avec  M.  Léon  Dubois,  le  seul,  il  faut  le 
dire,  qui  possède  l'œuvre  pour  l'avoir  étudiée 
consciencieusement.  Ce  pauvre  M.  Dubois  a 
été  mis  fort  à  contribution  et  il  n'est  pas  encore 
au  bout  de  ses  peines.  Pour  M.  Cossira,  on 
trouvait,  au  début,  le  rôle  un  peu  dur  et  l'on 
avait  songé  à  ne  lui  laisser  chanter  que  les 
parties  lyriques  ;  on  avait  arrangé  une  par- 
tition toute  tailladée,  où  l'on  avait  supprimé 
presque  tous  les  passages  récités  !  Heu- 
reusement, l'excellent  ténor  est  vite  revenu  de 
sa  première  impression.  On  coupera,  mais  in- 


finiment moins  que  n'avait  désiré  d'abord  le 
Tristan  de  la  Monnaie. 

Voici  à  peu  près  dans  quel  état  la  partition 
déchiquetée  sera  présentée  au  public. 

Au  premier  acte,  pas  de  coupure. 

Au  deuxième,  suppression  de  tout  le  dialogue 
entre  Iseult  et  Tristan,  sur  le  Jour  et  la  Nuit, 
soit  de  la  page  i34  à  la  page  i5o  de  la  partition 
française  ;  trois  pages  dans  la  déploration  du 
roi  Marke  à  la  fin  de  l'acte  :  de  la  page  192  à 
la  page  194. 

Au  troisième  acte,  on  coupe  non  seulement 
tout  le  passage  où  Tristan  maudit  le  lour  (de 
la  page  219  à  la  page  223),  coupure  autorisée 
par  Wagner,  mais  encore  toute  la  «  Malé- 
diction du  philtre  »,  le  point  culminant  de  la 
scène  de  l'agonie  et  de  l'œuvre  (de  la  page  241 
à  la  page  245).  M.  Cossira  déclare  qu'il  ne 
peut  chanter  cette  imprécation,  qui,  du  reste, 
fait  longueur,  selon  M.  Stoumon.  Total  géné- 
ral, vingt-sept  pages,  d'une  partition  qui  en 
compte  trois  cents  tout  au  plus.  Cela  fait  dix 
pour  cent,  à  peu  près. 

Si  regrettables  que  soient  ces  coupures,  nous 
nous  consolons  en  nous  disant  que  ce  qui 
aura  été  coupé  ne  sera  pas  massacré.  D'ailleurs, 
peut-être  la  conscience  artistique  de  M.  Lassen 
se  refusera-t-elle  à  ces  mutilations.  Peut-être 
aussi  se  dira-t-il  que  le  théâtre  de  la  Monnaie 
étant  une  scène  provinciale,  il  ne  faut  pas  se 
montrer  trop  exigeant 

Quoi  qu'il  en  soit,  voilà  la  date  de  la  pre- 
mière, que  de  nombreux  lecteurs  nous  deman- 
dent de  leur  indiquer,  vraisemblablement 
ajournée. 

M.  Edouard  Lassen  n'arrivant  que  le  28  fé- 
vrier, il  n'est  pas  probable  que  l'œuvre  soit 
prête  avant  la  seconde  quinzaine  de  mars. 

M.  K. 


Une  n;ention  toute  spéciale  est  due,  parmi 
les  soirées  musicales  de  la  huitaine,  à  la  pre- 
mière séance  de  musique  de  chambre  du  qua- 
tuor Crickboom,  Angenot,  Hans  et  Merck, 
donnée,  il  y  a  huit  jours,  à  la  salle  Kavenstein. 
Elle  a  été  charmante  et  vraiment  pleine  d'inté- 
rêt, par  la  spontanéité,  la  fraîcheur,  le  13'risme 
généreux,  la  grâce  de  l'exécution.  Gioventu 
primavera  délia  vita!  C'était  printanier  et 
jeune.  Il  y  a  à  la  tête  de  ce  petit  quatuor,  —  je 
dis  petit  par  opposition  au  quatuor  des  grands, 
Ysaye,  Van  Hout,  Jacob,  —  un  jeune  violo- 
niste, déjà  très  coté  depuis  quelque  temps  et 
qui  est  en  passe  de  se  placer  tout  à  fait  en  bon 
rang,  M.  Crickboom.  II  a  un  joli  son,  pur  et 
pénétrant,  une  remarquable  justesse,  du  méca- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


179 


nisme,  du  rythme,  et  avec  cela  un  feu,  une  ar- 
deur, qui  sont  entraînants  et  qui  révèlent  une 
âme  d'artiste.  Le  quatuor  en  fa  de  Beethoven 
n'est  pas  un  des  plus  faciles  de  la  série,  encore 
qu'il  soit  l'un  des  plus  mélodieux  ;  sous  la  con- 
duite de  son  jeune  chef,  le  quatuor  en  a  donné 
une  exécution  remarquable  par  toutes  sortes 
de  qualités  séduisantes  :  bon  ensemble,  sonorités 
intelligemment  graduées,  nuances  bien  com- 
prises et  sentiment  excellent.  Nous  aurions 
donc  enfin  un  quatuor  à  Bruxelles,  un 
quatuor,  désireux  de  se  faire  connaître  et 
d'aller  de  l'avant  !  Il  importe  que  le  public, 
j'entends  les  vrais  amateurs,  encouragent  de 
toutes  leurs  forces  ce  jeune  quatuor,  qui  nous 
promet  d'excellentes  soirées  de  musica  di 
caméra,  le  fin  du  fin  de  la  musique.  M.  Crick- 
boom  a  fait  entendre  dans  cette  soirée  la  sonate 
pour  piano  et  violon  de  Guillaume  Lekeu,  le 
jeune  compositeur  verviétois  mort  si  tristement 
à  Angers.  Il  l'a  jouée  avec  beaucoup  d'âme  et 
de  virtuosité,  ayant  pour  partenaire  au  piano 
M"e  Louisa  Merck.  Certes,  cette  sonate  n'est 
pas  une  œuvre  parfaite  :  elle  débute  par  un 
mouvement  lent,  qui  est  plein  de  choses  épou- 
vantables, non  musicales,  de  chocs  d'harmonies 
et  de  thèmes  qui  jurent  de  se  trouver  ensemble. 
Triste  résultat  d'un  wagnérisme  et  d'un  franc- 
kisme  mal  digérés.  Mais,  à  côté  de  ces  bizarreries 
voulues,  surgissent  des  phrases  pénétrantes, 
d'allure  très  personnelle  et  d'un  caractère  sin- 
gulièrement poétique.  La  seconde  partie,  très 
«  lente  »,  une  sorte  de  rêverie  très  expressive 
et  très  sombre,  est  particulièrement  remar- 
quable par  la  hauteur  de  la  pensée  et  le  carac- 
tère de  l'ensemble.  L'audition  de  cette  œuvre 
a  vivement  impressionné  l'auditoire  et  augmenté 
encore  les  regrets  causés  par  la  mort  préma- 
turée de  l'auteur.  Notons  encore  dans  cette 
séance  les  Fantasiestûke  de  Schumann  pour 
violoncelle,  jouées  avec  élégance  et  goût  par 
M.  Henri  Merck,  accompagné  excellemment 
par  sa  sœur,  M"^  Louisa  Merck. 

Jeudi,  à  la  première  des  séances  organisées 
par  M'i'^  Derscheid,  M.  Edouard  Jacobs  a  joué 
avec  celle-ci  les  cinq  sonates  pour  violoncelle 
de  Beethoven.  Entreprise  hardie,  mais  qui  a  eu 
déjà  des  précédents.  Il  y  a  deux  ans,  à  Saint- 
Pétersbourg,  M.  Auer  avait  de  même  passé  en 
revue  la  série  complète  des  sonates  pour  violon. 
Celles  pour  violoncelle  n'occupent  pas  dans 
l'œuvre  de  Beethoven  une  place  aussi  impor- 
tante, mais  la  série  comprend  deux  composi- 
tions de  tout  premier  ordre  :  la  grande  sonate 
en  la  et  la  deuxième  sonate  de  l'opus  102  (en 
y^' majeur)  dont  l'adagio  est  une  des  plus  hautes 


inspirations  qui  soient  tombées  de  la  plume 
de  Beethoven.  Et  cependant,  cette  dernière  est 
peu  connue.  Ce  n'est  pas  un  morceau  de  vir- 
tuosité ;  alors  on  ne  le  joue  pas,  il  ne  plairait 
pas  au  public.  Il  faut  louer  M.  Ed.  Jacobs  et 
Mi'e  Derscheid  d'avoir  porté  cette  œuvre  à  leur 
programme  :  leur  initiative  a  été  récompensée. 
Cette  sonate  a  fait  une  profonde  impression  sur 
l'auditoire  et  elle  aura  été  le  meilleur  succès  de 
la  soirée.  De  l'interprétation,  il  nous  suffira  de 
dire  qu'elle  a  été  sage  et  correcte.  Çà  et  là,  on 
eût  aimé  un  grain  de  poésie  dans  la  partie  d& 
piano.  Mais  le  programme  était  également  écra- 
sant pour  les  deux  partenaires  et  l'on  ne  peut 
assez  admirer  la  vaillance  avec  laquelle  ils  se 
sont  acquittés  de  leur  tâche.  M.  K. 

Abondance  de  concerts  cette  semaine,  et  de 
la  musique  nationale  par-dessus  le  marché.  Pas 
toujours  agréable,  la  musique  belge.  Chauvi- 
nisme à  part,  on  doit  noter  cependant  l'intéres- 
sante audition  donnée  par  M.  Jokisch.  On  y  a 
ente  1  du  un  trio  assez  terne  de  M.  E.  Philips, 
bien  joué  cependant  par  M.  O.  Jokisch, 
M.  J.  Jacob  et  l'auteur,  une  sonate  pour  piano 
et  violon  de  L.  de  Lantsheere,  jouée  sincère- 
ment par  M.  O.  Jokisch  et  M"e  Derscheid.  Au 
demeurant,  malgré  des  longueurs  et  des 
reprises  inutiles,  l'œuvre  est  intéressante  et 
d'un  auteur  qui  promet.  Des  retours  de  thème 
rendent  l'allégro  monotone,  mais  l'adagio  et  le 
finale  font  impression.  Pour  finir,  un  concerto 
de  M.  Jokisch,  qu'il  a  exécuté  lui-même  avec 
cette  correction,  cette  simplicité,  cette  pureté 
de  son  que  l'on  a  toujours  admirées  chez  lui. 
Concerto  plein  de  beautés,  hérissé  de  difficultés 
que  M.  Jokisch  a  enlevées  avec  brio,  et  qui  lui 
a  valu  un  succès  mérité. 

Au  Conservatoire,  à  la  deuxième  séance  de 
musique  de  chambre  pour  instruments  à  vent, 
un  beau  quintette  de  Onslow  pour  flûte,  haut- 
bois, clarinette,  cor  et  basson,  exécuté  par 
MM.  Guidé,  Merck,  Anthoni,  Poncelet  et 
Neumans  avec  leur  correction  habituelle;  une 
ballade  de  Schubert  ;  un  lied  très  original  de 
Vincent  d'Indy,  merveilleusement  exécuté  par 
M.  Van  Hout,  un  véritable  artiste  qui  a  le  tort 
de  ne  pas  se  faire  entendre  plus  souvent. 
M"'^  Kempees  que  nous  avions  déjà  entendue 
au  concert  Jokisch,  a  chanté  l'air  de  Samsoii  et 
Dalila  de  Saint-Saëns,  des  mélodies  de  Bœhm- 
Grieg  et  Brahms.  Malheureusement,  cette  can- 
tatrice étrangle  le  son  ;  elle  manque  de 
charme,  le  médium  est  absent,  la  diction 
bonne  mais  exagérée  ne  peut  y  suppléer.  Elle 


180 


LE  GUIDE  MUSICAL 


a  obtenu  cependant  du  succès.  On  a  terminé 
par  le  Triptyque  syviphonique  de  Jan  Blockx, 
comprenant  un  Jour  des  morts  pour  quatuor 
et  piano,  d'une  couleur  très  flamande,  et  d'une 
gaieté,  peu  en  harmonie  avec  la  fête  de 
novembre  :  un  Noël  pour  hautbois,  cor  an- 
glais et  basson,  très  peu  pastoral  et  encore 
moins  divin  ;  un  Jour  de  Pâques  par  les  deux 
groupes  d'instruments  réunis.  D'un  joli  dessin 
mélodique,  cette  dernière  partie  suggère  des 
idées  de  saturnales  et  de  danses  populaires. 

La  Kwartet  Kapel  d'Anvers,  dirigé  par 
M.  Smit,  a  donné  une  séance  au  Cercle 
des  Arts  et  de  la  Presse,  au  cours  de  laquelle 
on  a  entendu  des  œuvres  d'Ed.  Keurvels, 
Peter  Benoit,  Wieland;  un  nouveau  quatuor 
pour  piano,  violon,  alto  et  violoncelle  de 
A.  Wilford,  comportant  un  andante  de  beau- 
coup d'allure  et  un  intermezzo  très  original. 
Du  même  auteur,  des  mélodies  nouvelles  bien 
interprétées  par  M"=  Kernitz,  du  grand-Théâtre 
de  Gand,  qui  ne  possède  qu'une  petite  voix, 
mais  qui  s'en  sert  en  artiste.  On  a  entendu 
aussi  M.  A.  Baets  de  l'Opéra  flamand,  qui  a 
chanté  d'une  voix  de  baryton  bien  timbrée  et 
très  expressive  l'air  du  chevalier  Arnold  de  la 
Yolande  d'E.  Wambach  et  une  sérénade  avec 
quatuor  de  G.  Wagner. 

L'audition  de  la  Chapelle  russe  a  été  une 
désillusion  pour  ceux  qui  ont  entendu  jadis  à  la 
Monnaie  et  à  l'Eden-Théâtre  le  chœur  de  M .  Sla- 
viansky  d'AgreniefF.  Le  groupe  actuel  se  com- 
pose d'une  vingtaine  de  jeunes  garçons  aux  traits 
rudes  et  aux  cheveux  étranges,  de  quelques 
hommes,  ténors  et  basses,  tous  dirigés  par 
M™"^  Slaviansky,  laquelle  se  charge  aussi  des 
solos,  qu'elle  chante  d'une  voix  perçante  et  pas 
agréable  du  tout.  Programme  très  chargé  ;  bor- 
nons-nous à  citer  les  Adieux  du  rossignol  de 
Tschaïkowski,  œuvre  très  gracieuse  et  qui 
gagne  à  être  interprétée  par  des  chanteurs 
du  pays,  un  Pater  noster  du  xvi^  siècle, 
style  sévère  des  couvents  de  KiefF,  des  œuvres 
curieuses  de  Dargomisky,  dont  une  Jeune  fille 
voilà  les  Boyards,  est  à  retenir  et  En  descen- 
dant le  Volga,  l'ancienne  chanson  des  pirates 
du  Volga,  très  connue  et  qui  a  obtenu  du  succès 
quoique  mal  chantée.  N.  L. 

Samedi  passé,  lo  février,  avait  lieu,  à  la 
Grande-Harmonie,  un  concert  à  grand  or- 
chestre consacré  aux  œuvres  de  M.  Louis  Van 
Dam.  Cette  séance  avait  attiré  un  public  nom- 
breux, qui  a  fait  au  sympathique  pianiste-com- 
positeur et  à  ses  interprètes  le  plus  franc  suc- 
cès. 


M.  Seha  a  dirigé  un  andante  et  scherzo  pour 
instruments  à  embouchure,  bien  exécuté. 
L'auteur  a  ensuite  dirigé  avec  expérience  et 
habileté  une  suite  pour  grand  orchestre,  très 
intéressante.  Ces  scènes  et  impressions  rus- 
tiques dénotent  un  véritable  tempérament  de 
compositeur,  plein  de  passion  et  de  lyrisme.  On 
eût  souhaité  parfois  plus  de  personnalité  ;  les 
réminiscences  wagnériennes  et  autres  se  mani- 
festent avec  un  peu  trop  de  netteté.  Mais 
l'allure  est  vraiment  superbe  et  l'orchestration 
est  d'une  richesse  rutilante  ;  on  a  surtout 
applaudi  la  pittoresque  Danse  des  laboureurs 
et  un  Orage,  magistralement  écrit.  M'i^  Calle- 
mien  a  fort  bien  chanté  la  Cloche  du  soir  et 
V Etoile  cachée,  et  M.  Verboom  Pour  un  seul 
mot  et  Nuit  tombante,  cette  dernière  mélodie 
sur  un  texte  de  M.  L.  de  Casembroot  ;  malheu- 
reusement, M.  Verboom  articule  d'une  façon  si 
défectueuse  qu'il  était  impossible  de  compren- 
dve  un  mot  de  ce  qu'il  chantait.  M"<=  Lefebvre- 
Buol  a  interprété  la  Colombe  envolée  et  les 
Clochettes  bleues;  M^'Lefebvre-Buol  dit  bien, 
mais  sa  voix  est  mal  posée.  Les  mélodies  de 
M.  Van  Dam  ont  beaucoup  de  grâce,  de  fraî- 
cheur et  de  sentiment  ;  à  soigner,  par-ci  par-là, 
la  déclamation  musicale.  M"«  Kufferath  a  inter- 
prété un  Aria -pour  violoncelle,  et  M.  Fontaine, 
—  un  tout  petit  bonhomme,  qui  possède 
autant  de  talent  que  de  crânerie,  —  a  joliment 
joué  quelques  charmantes  pièces  pour  piano, 
au  i:ombredesquellesifis7o^/£i',  Danse  ei\a.h\er\ 
connue  Sérénade  d'Arlequin.  Il  convient,  en 
terminant,  de  féliciter  M.  Van  Dam,  non  seule- 
ment de  son  talent  de  compositeur,  mais  encore 
de  la  courageuse  initiative  dont  il  a  témoigné 
en  organisant,  pour  nous  faire  entendre  ses 
œuvres,  un  concert  de  cette  importance.  Il  ne 
peut  que  s'applaudir  du  beau  résultat  auquel  il 
est  parvenu.  E.  C. 

Aux  Galeries,  M.  Maugé  a  convoqué  ces 
jours  derniers  la  presse  à  venir  revoir  la  Tour- 
née Ernestin.  La  première  représentation  avait 
été  languissante  à  cause  delà  longueur  exagérée 
des  entractes  et  de  certames  scènes  épisodiqucs 
qui  ne  comptaient  point  parmi  les  meilleures. 
Grâce  à  une  disposition  pratique  des  décors,  et 
notamment  du  navire  du  deuxième  acte,  équipé 
maintenant  avant  la  représentation,  grâce  à 
des  coupures  habilement  faites,  la  pièce  de 
Gandillot,  jouée  avec  beaucoup  de  verve, 
constitue  à  cette  heure  un  spectacle  amusant, 
varié,  pittoresque  et  qui  obtient  grand  succès. 

Mercredi,  changement  de  spectacle  :  pre- 
mière de  Sainte-Frcya. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


181 


M.  Léopold  Wallner  ainsi  que  nous  l'avons 
annoncé,  a  repris  ses  conférences  didactiques 
sur  l'histoire  du  piano  dans  les  salons  de 
Mme  Pauline  Desmedt.  La  dernière  causerie 
de  l'éminent  professeur  a  été  consacrée  à 
Cramer,  Hummcl,  Hassler,  Tomaschek,  dont 
M""^  Hoeberechts  a  joué,  en  excellente  musi- 
cienne, diverses  compositions  fort  intéres- 
santes. La  prochaine  causerie  de  M.  Wallner 
sera  consacrée  à  Mozart. 

On  prête  à  la  direction  du  Théâtre-Fla- 
mand l'intention  de  faire  venir  en  représen- 
tations au  théâtre  de  la  rue  de  Laeken,  la  troupe 
complète  et  l'orchestre  de  l'Opéra-Flamand 
d'Anvers.  La  grandeur  de  l'entreprise  est  de 
nature  à  laisser  des  doutes.  Mais  les  Flamands 
nous  ont  habitués  â  des  coups  d'audace.  Le 
répertoire  serait  déjà  désigné.  Le  Freischutz, 
version  originale,  le  Vaisseau-Fantôme  de 
R.  Wagner,  Meilief,  le  nouvel  opéra  comique 
de  Benoit,  la  Méliisine  d'E.  Wambach,  la 
Parisina  d'Ed.  Keurvels,  etc.,  etc.  Voilà  qui 
ferait  réfléchir  les  habitués  du  Théâtre  de  la 
Monnaie,  et  qui  ne  fera  pas  sourire  MM.  Stou- 
mon  et  Calabresi. 

•f 

Pour  rappel,  aujourd'hui,  à  i  h.  1/2,  au 
théâtre  de  la  Monnaie,  troisième  Concert  popu- 
laire, avec  le  concours  de  M.  César  Thomson, 
qui  exécutera  trois  morceaux,  dont  le  concerto 
de  Goldmark.  Ces  morceaux  seront  accom- 
pagné par  M™<=  G.  Delhaze,  professeur  au 
Conservatoire  de  Liège.  Le  concert  sera  ter- 
miné par  l'exécution  d'œuvres  de  Wagner. 

Demain  lundi,  au  Cercle  artistique,  soirée 
musicale,  dans  laquelle  se  feront  entendre 
M.  César  Thomson,  violoniste,  M"'=Courtenay- 
Thomas,  cantatrice,  et  M™«  Delhaze,  pianiste. 


CORRESPONDANCES 

ANVKRS.  —  Nous  avons  eu,  mardi  dernier, 
une  brillante  représentation  à  TOpéra-Fla- 
mand.  Le  monde  élégant  s'y  était  donné  rendez - 
vous,  pour  fêter  la  charmante  bénéficiaire  M""  Le- 
vering. 

C'était  justice,  car  cette  jeune  artiste  ne  fait  pas 
seulement  honneur  à  notre  école  de  musique,  mais 
encore  contribue-t-elle  d'une  façon  marquar.te  au 
bel  ensemble  qui  fait  un  des  principaux  attraits  de 
notre  jeune  institution  lyrique  flamande. 

M"'  Levering  avait  fait  choix  du  Freischutz^ 
œuvre  qui  a  toutes  les  syinpathies  de  notre  public. 
Si  depuis  ses  débuts,  MH"  Levering  a  créé  avec 
succès  d'autres  rôles,  il  n'en  est  pas  moins  vrai 


que  celui  d'Agathe  convient  admirablement  à  sa 
nature  tranquille.  L'artiste  peut  y  déployer  toutes 
les  ressources  de  l'art  vocal,  sans  trop  s'occupjr 
des  effets  scèniques 

Son  succès  a  été  aussi  grand  que  mérité;  ni 
fleurs  ni  cadeaux  n'ont  manqué  pour  prouver  à  la 
jeune  artiste  combien  lui  est  acquise  la  sympathie 
du  public. 

Avec  la  première  de  Mélusine  le  drame  lyrique 
recommencera  ses  représentations,  un  monent 
interrompues  par  les  nombreuses  répétitions  occa- 
sionnées par  la  mise  à  l'étude  du  Vaisseau-Fantôme. 
Nous  aurons  après  cela  het  MeilieJ,  cette  œuvre 
poétique  dont  la  petite  ville  flamande  Iseghem  a 
pu  saluer  la  première. 

Au  dernier  concert  de  la  Société  de  Symphonie, 
on  a  beaucoup  applaudi  M""  J.  Flament,  dont  la 
voix  ample  et  sonore  a  vivement  impressionné 
l'auditoire 

L'orchestre  a  exécuté  la  5'- symphonie  de  Bee- 
thoven et  l'ouverture  des  Noces  de  Figaro. 

Les  sections  des  finances  et  des  beaux-arts 
du  conseil  communal  d'Anvers  se  sont  réunies 
pour  examiner  la  question  des  représentations 
wagnériennes  pendant  l'Exposition. 

On  connaît  les  propositions  faites  à  la  ville 
par  les  impresarii  de  cette  tournée,  dans 
laquelle  figurent  le  ténor  Van  Dyck  et  un 
orchestre  dirigé  par  M.  Richter.  Ils  demandent 
que  la  ville  garantisse  le  résultat  financier  de 
l'entreprise  à  concurrence  de  100,000  francs. 

La  demande  ainsi  formulée  a  été  repoussée. 
La  ville  d'Anvers  aura  à  supporter,  à  l'occasion 
de  l'Exposition,  de  très  grands  frais,  et  elle  n'a 
pas  cru  pouvoir  s'engager  pour  une  somme 
aussi  importante. 

Quelques  conseillers  se  sont  montrés  dis- 
posés à  voter  un  subside  moins  considérable, 
25,000  francs,  par  exemple,  à  la  condition  que 
le  gouvernement  intervienne  à  son  tour  ;  mais 
il  n'est  pas  certain  que  le  conseil  communal  se 
rallie  à  cette  manière  de  voir. 


AMSTERDAM.  —  Le  premier  concert  du 
Wagner- Verein,  donné  au  théâtre  du  Parc, 
sous  la  direction  de  M.Viotta,  comprenait  le  troi- 
sième acte  de  Lohengrin  et  des  fragments  des 
Maîtres  Chanteurs.  M  Viotta  avait  donné  tous  ses 
soins  à  l'exécution,  surtout  orchestrale.  Les 
solistes,  malheureusement,  n'ont  guère  dépasse  la 
médiocrité,  et,  sous  ce  rapport,  nous  préférons  de 
beaucoup  M""' Barety  à  M""^  Louise  Mulder,  notre 
compatriote,  une  chanteuse  wagnérienne  attachée 
au  théâtre  de  Stuttgart.  M.  Hans  Schmidt,  de  Mu- 
nich, n'a  pas  été  non  plus  à  la  hauteur  de  sa  tâche, 
et  c'est  encore  le  ténor  Anthes,  de  Dresde,  i|ui 
nous  a  produit  la  meilleure  impression.  Quant  aux 
chœurs  et  à  l'orchestre,  il  n'y  a  que  des  éloges  à 
leur  décerner,  et,  à  cet  égard,  M.  Viotta  nous 
a  donné  une  exécution  supérieure  dans  tous  les 
détails. 

Autre    exécution    fort    intéressante,    dimanche 


182 


LE  GUIDE  MUSICAL 


dernier,  dans  l'église  luthérienne,  par  le  petit 
chœur  a  Capella,  dirigé  par  M.  Averkamp  et  qui, 
quoique  inférieur  en  nombre,  n'est  certes  pas 
inférieur,  au  point  de  vue  du  style,  au  chœur  dirigé 
par  M.  De  Lange.  Le  2  février,  il  y  avait  trois 
cents  ans  que  Palestrina  est  mort;  et,  en  com- 
mémoration de  cet  anniversaire,  M.  Averkamp 
avait  composé  un  programme  des  œuvres  les  plus 
importantes  du  maître  italien.  Il  nous  a  fait  enten- 
dre dans  d'excellentes  conditions  la  Missa  Assumpia 
est  Maria  (exécutée  pour  la  première  fois  en  i588), 
un  offertoire,  trois  Responsaria  et  le  Cantique  des 
Cantiques, à.oïi\.  l'exécution  a  été  écoutée  avec  autant 
d'admiration  que  de  recueillement.  Certes,  nous 
devons  savoir  gré  à  M.  Averkamp  de  l'idée,  si 
heureuse  et  si  intéressante,  d'avoir  fait  revivre 
Palestrina  parmi  nous. 

En  fait  de  nouveautés  symphoniques,  aux  con- 
certs philharmoniques,  M.  Kes  nous  a  fait  enten- 
dre une  œuvre  fort  originale  de  Grieg.  intitulée 
Musique  pour  le  drame  «  Sigurdjorsalfar  »  de  Bjôrnson. 
Les  solistes  de  ce  concert  étaient  M""^  Clotilde 
Kleeberg  et  le  chanteur  Perron,  qui  jouit  en  Alle- 
magne d'une  grande  réputation,  mais  très  surfaite 
d'après  ce  que  nous  avons  entendu  de  lui.  Il  a  une 
jolie  voix  de  baryton,  mais  lajustesse  laisse  beau- 
coup à  désirer,  et,  dans  les  Lieder  surtout,  sa  dic- 
tion et  sa  manière  de  phraser  n'ont  pas  su  nous 
plaire.  Quant  à  M"''  Kleeberg,  c'est  une  pianiste 
de  talent,  de  beaucoup  de  talent  même,  et  elle  a 
eu  un  joli  succès,  plus  grand  même  que  celui 
obtenu  dernièrement  par  M""  d'Albert  (Teresa 
Careno). 

Je  ne  vous  parlerai  pas  du  véritable  déluge  de 
concerts  d'artistes  indigènes,  d'exécutants  sentant 
le   terroir,  dont  nous  sommes  accablés  cet  hiver. 

Je  signalerai  seulement  la  septième  soirée  de  la 
série  des  concerts  Beethoven,  où  M.  Rôntjen  a 
joué  dans  la  perfection,  avec  M.  Kes,  la  célèbre 
Kreuzer-Sonate.  Au  même  concert,  M.  Kes  a  dirigé 
la  Pasioraît  (1808)  et  l'ouverture  die  Weiie  des  Hau- 
ses  (1822).  Public  d'élite  et  très  grand  succès, 

La  Société  pour  l'encouragement  de  l'art  musi- 
cal donnera,  l'été  prochain,  au  mois  de  juin,  un 
grand  festival,  qui  durera  trois  jours,  à  Utrecht, 
sous  la  direction  de  Richard  Hol.  On  y  exécutera, 
entre  autres,  le  nouvel  opéra  biblique  Moïse  de  Ru- 
binstein,  que  le  célèbre  maître  russe  viendra  diri- 
ger lui-même,  la  Neuvième  Symphonie  de  Beethoven 
et  les  Béatitudes  de  César  Franck. 

Au  prochain  concert  de  la  même  société,  à  La 
Haye,  on  exécutera  la  Damnation  de  Faust,  avec  le 
concours  de  deux  chanteurs  belges,  MM.  Demest 
et  Heuschling. 

L'Opéra-Français  de  La  Haye,  qui  ne  joue  plus 
régulièrement  à  Amsterdam,  ne  nous  a  donné 
qu'une  reprise  du  Capitaine  Noir  de  Mertens. 

Une  nouvelle  revue  musicale  néerlandaise  vient 
de  paraître  à  Amsterdam,  sous  la  direction  de 
MM.  van  Millingen,  l'heureux  auteur  de  Brinio,  et 
Hugo  Nolthenius,  un  dilettante  fortuné.  Elle  est 
intitulée  Weekblad  voor  rnuzieh. 


Les  journaux  néerlandais  se  sont  émus  d'une 
nouvelle  donnée  par  quelques  journaux  belges,  au 
sujet  de  la  composition  du  jury  au  prochain  con- 
cours de  chant  international,  qui  aura  lieu  à  Mons, 
au  mois  de  juin,  et  dans  lequel  ne  figure  qu'un 
seul  étranger,  M.  Massenet,  tandis  qu'aucun  Alle- 
mand ou  Néerlandais  ne  sera  invité  à  y  siéger.  Le 
Vaderland  écrit  que,  si  la  nouvelle  est  vraie,  l'Alle- 
magne et  les  Pays-Bas  devront  protester  contre 
cette  mesure   arbitraire   et  blessante. 

Intérim. 

BERLIN.  —  Aux  deux  derniers  Concerts 
populaires,  dirigés  par  Mansteadt,  les  ouver- 
tures de  Don  Juan,  de  Husitzka  (Dvorak),  de  if  ie«2i, 
de  Coriolan,  du  Tannhceuser,  la  Krônungsmarch  de 
Tschaïkowsky,  la  Rhapsodie  norwégienne  de  Lalo,  le 
ballet  de  BoaJAV  (Moszkowsky)  et  une  fantaisie 
ouverture  de  Berger,  que  Richard  Strauss  avait 
déjà  dirigée  au  dernier  grand  concert  philharmo- 
nique. 

Le  dernier  concert  philharmonique  n'a  pas  été 
un  des  plus  intéressants  de  la  saison.  M.  Schuch, 
indisposé,  a  été  assez  heureusement  remplacé  par 
M.  Richard  Strauss,  de  Weimar.  L'exécution  de 
la  Pastorale,  la  pièce  de  résistance  du  concert,  n'a 
pas  répondu  à  mon  attente  :  les  basses  beaucoup 
trop  lourdes  dans  la  première  partie  ;  le  scherzo  et 
l'orage  pris  trop  lents.  Comme  nouveauté,  une 
fantaisie-ouverture  pour  orchestre  de  M.  Berger, 
Américain  de  naissance.  Cette  œuvre,  beaucoup 
trop  longue,  est  bien  orchestrée,  mais  elle  manque 
d'originalité. 

On  ne  pourrait  faire  ce  dernier  reproche  au 
poème  symphonique  Don  Juan  de  Strauss,  dirigé 
avec  beaucoup  de  feu  par  l'auteur.  Ici,  beaucoup 
d'originalité,  mais  peu  de  sincérité;  c'est  de  la 
musique  fort  intéressante,  mais  qui  n'émeut  pas. 
Le  soliste  du  concert  était  Moritz  Rosenthal,qui 
a  exécuté  le  concerto  de  Liszt  (en  mt  bémol)  en 
grand  artiste.  Depuis  deux  ans,  Rosenthal  a  fait 
d'immenses  progrès  au  point  de  vue  de  l'expression, 
il  faut  le  reconnaître.  Sa  prodigieuse  technique 
passe  maintenant  au  second  plan.  Le  pianiste, 
rappelé  plusieurs  fois,  n'a  pas  voulu  se  rasseoir 
au  piano.  Tout  le  monde  l'a  regretté. 

Au  prochain  concert,  comme  nouveauté,  le 
prélude  du  Rtibis  d'Eugène  d'Albert.  Soliste,  Lili 
Lehmann. 

C'est  Wagner  qui,  maintenant,  compte  le  plus 
grand  nombre  de  représentations  à  l'Opéra  (natu- 
rellement hors  concours...  Leoncavallo  et..  Mas- 
cagni).  Depuis  octobre,  nous  avons  eu  environ 
deux  drames  de  Wagner  par  semaine.  Mercredi 
dernier,  avait  lieu  la  Walkiire,  avec  la  Sucher; 
dimanche  prochain,  les  M eister singer,  avec  Gôtze, 
et  mercredi,  le   Vaisseau-Fantôme. 

A  la  Philharmonie,  salle  Bechstein,  à  la  Singaca- 
démie,  foule  de  récitals  :  Hugo  Heermann,  de 
Francfort;  d'Albert  et  sa  femme  ;  Clotilde  Klee- 
berg   et    Emilie    Marhûse,  de    Paris  ;   Waldemar 


LE  GUIDE  MUSICAL 


183 


Meyer,  Stavenhaguen  et  sa   femme;   la  chanteuse 
Albani,  etc.,  etc. 

Très  intéressante  la  quatrième  et  dernière 
Kammermusik  de  Franz  Rummel  :  Un  nouveau 
sextett  (op.  6)  pour  piano  et  instruments  à  vent  de 
Thuille,  jeune  compositeur  autrichien.  L'adagio 
et  le  finale  m'ont  surtout  plu.  La  gavotte,  rempla- 
çant le  scherzo,  est  d'allure  trop  vulgaire;  le  pre- 
mier allegro  a  de  l'élan,  malheureusement  son 
thème  principal  est  la  reproduction  exacte  du 
début  du  concerto  pour  piano  en  si  bémol  de 
Brahms.  Les  Lieder  du  même  compositeur,  admi- 
rablement interprétés  par  M"'"  Herzog,  de  l'Opéra 
(ainsi  que  des  Lieder  de  Brahms,  Schubert,  Schu- 
mann)  ont  du  charme;  ils  ont  eu  beaucoup  de 
succès  MM.  Rummel  et  Berber  ont  joué  la  gra- 
cieuse sonate  en  sol  (op  96)  pour  piano  et  violon 
de  Beethoven,  et,  avec  MM.  Mûller  et  Dechert, 
le  quatuor  en  mi  bémol  (op.  47;  de  Schumann  ; 
interprétation  très  correcte.  E.  B. 

("^  AN  D  —  La  saison  théâtrale  touche  à  sa  fin. 
^  Les  dernières  semaines  ont  été  des  plus 
mouvementées .  Pendant  tout  l'hiver,  les  Gantois 
ont  boudé  le  théâtre,  et  la  campagne,  certes,  a  été 
peu  brillante  au  point  de  vue  financier.  La  direc- 
tion s'est  vue  obligée  de  réduire,  de  commun 
accord  avec  les  artistes,  les  appointements  de  tous 
les  grands  emplois.  D'autre  part,  le  conseil 
communal  a  longuement  examiné  la  question  de 
savoir  si  la  municipalité  ne  pouvait  rien  faire  pour 
aider  les  directeurs  à  venir,  dont  le  sort  est  ici 
vraiment  peu  enviable.  Du  choc  des  idées  la 
lumière  a  jailli,  et  nos  édiles  ont  décidé  que,  doré- 
navant, les  directeursauraient  le  choix  entre  trois 
combinaisons  : 

a)  Maintien  du  cahier  des  charges  actuel  (opéra, 
opéra  comique,  opérette,  ballet-divertissement)  et 
un  subside  de  35. 000  francs. 

h)  Opéra  et  opéra  comique  avec  certaines  lati- 
tudes laissées  à  l'initiative  de  la  direction.  Subside 
de  18.000  francs. 

c)  Théâtre  libre  ;  pas  de  subside  ;  chauffage  et 
éclairage  de  la  salle  à  la  charge  de  la  ville. 

Nous  signalons  cette  bizarre  solution, parce  que 
nous  pensons  sincèrement  qu'elle  ne  peut  qu'être 
désastreuse  au  point  de  vue  de  l'art  musical.  En 
effet,  la  plupart  des  directeurs  s'empresseront 
d'opter  pour  la  combinaison  du  théâtre  libre,  avec 
laquelle  il  leur  est  loisible  de  transformer  notre 
première  scène  en  café-concert,  d'y  donner  des 
spectacles  croustillants  ou  clownesques,  qui  ne 
pourront  manquer  d'attirer  le  public.  Chacun  sait 
que,  pour  la  plupart  des  imprésarios,  'le  souci  de 
la  pièce  de  cent  sous  prime  de  très  loin  le  souci 
d'art.  Nous  nous  bornons,  pour  aujourd'hui,  à 
exposer  ces  quelques  considérations,  non  sans 
faire  remarquer  que  nous  ne  sommes  pas  trop 
pessimiste  :  en  effet  M.  Fontenelle  postule  déjà  la 
direction     pour    la    saison    prochaine,    et    offre 


d'adopter  la  troisième  combinaison.  Il  donnerait 
la  comédie,  l'opérette  et  tout  ce  qui  s'ensuit.  Le 
règne  du  flon-flon,  quoi  !  Et  l'on  assure  que  nos 
édiles  voient  cette  candidature  d'un  œil  très  favo- 
rable. 

Sigttrd  aura  certainement  été  le  succès  de  la 
saison.  L'œuvre  de  Reyer  a  été  ici  supérieure- 
ment interprétée.  Notre  fort  ténor,  M.  Casset,  un 
débutant,  s'y  est  révélé  artiste  de  race.  Nous 
sommes  en  mesure  d'affirmer  que  M.  Casset  a 
signé  son  engagement  au  théâtre  de  la  Monnaie 
pour  l'hiver  prochain.  La  direction  compte  le 
produire  surtout  dans  le  répertoire  wagnérien, 
M.  Casset  remplacerait,  paraît-il,  M.  Massart,  qui 
part  en  tournée  artistique.  M.  Casset  est  vraiment 
une  bonne  acquisition  :  les  Bruxellois  pourront 
en  juger. 

Manon  et  Carmen  ont  été  pour  M  Bonijoly,  ténor 
léger,  de  jolis  succès  M""^  Darlof,  contralto, 
qui  a  abordé  le  rôle  de  Carmen,  a  révélé  des 
qualités  vocales  :  mais  cette  artiste  sait  très  peu 
la  scène  et  manque  encore  d'habitude.  Elle 
répète,  comme  une  machine  insensible,  un  rôle 
pourtant  bien  su.  Et  le  rôle  de  la  Carmencita 
exige,  outre  de  sérieuses  qualités  vocales,  une  puis- 
sante intelligence  dramatique  :  c'est  ce  qui  en  fait 
la  très  haute  valeur  artistique. 

Patrie,  reprise  ces  derniers  jours,  a  surtout  rais 
en  lumière  M™"  Dargissonne  et  M.  Lavallée.  La 
première  a  eu  des  élans  dramatiques  et  a  témoigné 
de  sa  coutumière  conscience  musicale.  La  basse 
d'opéra,  M,  Lavallée,  a  fait  depuis  ses  débuts  des 
progrès  remarquables,  et  nous  a  présenté  un  duc 
d'Albe  tragique,  chantant  son  rôle  d'irréprochable 
façon.  M  Auer,  baryton,  tire  tout  le  parti  possi- 
ble d'une  voix  un  peu  dure  :  il  est  affligé,  en  outre, 
d'un  défaut  de  prononciation  qui  rend  son  débit 
parfois  bien  confus  et  embarrassé. 

Nous  ne  terminerons  pas  ces  lignes  sans  présenter 
au  premier  chef  d'orchestre,  M.  Amalou,  dont  la 
soirée  de  bénéfice  a  été  un  triomphe,  nos  bien 
cordiales  et  sincères  félicitations.  Grâce  à  une 
science  solide,  à  une  inaltérable  persévérance, 
M  Amalou  a  su  transformer  notre  orchestre  en 
un  tout  homogène,  une  phalange  artistique  que  les 
habitués  du  théâtre  n'oublieront  pas  de  longtemps. 

M  Ose.  Roels,  second  chef,  a  implanté  au  sein 
des  choristes  une  discipline  et  un  ensemble  par- 
faits. Les  chœurs  ont  été  plusieurs  fois  bissés,  ce 
qui  ne  s'était  plus  vu  ici  depuis  de  longues  années. 

Nous  parlerons  la  semaine  prochaine  des  dé- 
buts de  M"'"  Cognault,  notre  nouvelle  chanteuse 
d'opéra  comique.  L.  D.  B, 

4J 


LIEGE.  —  Concert  Thomson.  —  Chapelle 
RUSSE.  —  Le  deuxième  concert  sous  la  direc- 
tion de  M.  Dupuis,  dimanche  dernier,  nous  faisait 
entendre  César  Thomson,  et  une  œuvre  nouvelle  : 
Viviane,  poème  symphonique  de  M.Ernest  Chaus- 
son.  Après  l'exécution  —  un  peu  lourde  —  de  la 


184 


LE  GUIDE  MUSICAL 


septième  symphonie,  M.  César  Thomson  joua  le 
concerto  en  la  mineur  de  Goldmark,  œuvre  puis- 
sante, quoiqu'un  peu  commune  en  de  rares  en- 
droits, d"une  remarquable  intensité  de  vie  et  d'une 
belle  et  savante  structure.  L'incomparable  inter- 
prète fit  splendidement  ressortir,  avec  cette  puis- 
sance contenue  qui  est  sa  caractéristique,  les  sen- 
timents si  divers  de  l'œuvre  de  Goldmark  :  la 
mélancolie  sereine  de  la  première  partie,  l'éléva- 
tion idéale  de  Varia,  la  galté  fantaisiste  et  mysté- 
rieuse de  la  fin,  où  la  pensée  mélodique  s'en- 
veloppe de  traits  d'une  virtuosité  prodigieuse.  Un 
mot  à  l'orchestre  :  poussant  la  discrétion  un  peu 
loin,  il  s'est  réduit  constamment  au  rôle  d'accom- 
pagnateur en  sourdine,  même  quand  c'était  à  lui 
de  reprendre  le  thème  sur  lequel  le  violon  brodait 
ses  capricieuses  arabesques.  A  part  cette  erreur, 
il  a  secondé  de  son  mieux  le  violoniste.  M.  Thom- 
son a  ensuite  enlevé  avec  une  maestria  superbe 
le  concerto  en  ré  mineur  de  Wieniawski.  Des 
acclamations  enthousiastes  ont  fêté  le  vaillant 
artiste. 

Viviane,  ce  nouveau  poème  musical  sur  le  cycle 
chevaleresque  breton,  tant  à  la  mode  aujourd'hui, 
est  une  œuvre  bien  faite,  d'un  sentiment  large, 
mais  un  peu  superficiel,  assez  inteUigible  sans  le 
(I  programme  »  qui  l'accompagnait.  Le  u  faire  » 
rappelle  un  peu  celui  de  Svendsen.  A  noter  des 
appels  de  trompettes  assez  mystérieux,  qui  errent  dans 
la  forêt  à  la  recherche  du  vieil  enchanteur  Merlin, 
réclamé  par  le  roi  Artus. 

Mercredi  soir,  la  chapelle  russe,  sous  la  direc- 
tion de  M™"  Nadina  Slaviansky.  Très  originale, 
cette  chapelle,  avec  son  défilé  de  bambins, 
impayables  de  crànerie,  sa  «  Capellmeisterin  », 
hiératique  comme  une  icône  dans  ses  somptueux 
vêtements,  et  l'allure  militaire  de  cet  ensemble  de 
chanteurs,  petits  et  grands,  sous  le  geste  étroit  et 
rigide  qui  leur  marque  le  rythme  étrange  de  leurs 
chants  nationaux.  Il  y  a,  dans  ces  chanteurs,  des 
voix  admirables,  à  commencer  par  celle  de  la 
«Capellmeisterin  I)  elle-même.  L'ensemble  pourrait 
être  mieux  fondu;  chacun  des  chanteurs  tient  à  se 
faire  entendre  et  non  à  se  perdre  dans  la  masse  ;  si 
la  perfection  de  l'ensemble  y  perd,  l'intensité 
du  sentiment  y  gagne.  Quelle  conviction  et 
quelle  décision,  surtout  chez  les  bambins  !  Par 
exemple,  les  transitions  du  piano  au  forte  sont 
inconnues,  et  l'expression  est  parfois  bien  un  peu. 
rustique,  à  force  d'être  primesautière  !  Les  déli- 
catesses de  la  virtuosité  font  défaut  à  ces  pas- 
sionnés exécutants.  Mais  comme  ils  sentent  pro- 
fondément ce  qu'ils  chantent!  Interloqué  d'abord, 
le  public,  s'accoutumant,  devint  enthousiaste,  et 
ce  fut  après  plusieurs  rappels  que  le  chant  national 
officiel  termina  le  concert. 

Il  y  a  des  choses  superbes  dans  ces  chants 
populaires.  Ils  mériteraient  une  étude  approfondie. 
II  serait  curieux  aussi  d'observer  comment  les 
compositeurs  russes  ont  puisé  à  ces  sources,  et 
comment  même  ils  ont  parfois  défiguré  le  senti- 
ment  de    cette  musique  primitive  et   spontanée. 


Une  remarque  curieuse  aussi  :  les  »  chants  reli- 
gieux )),  Pater  7ioster,  Eliienya  ou  Beiiedictus,  oïïra.\ent 
un  caractère  moins  grave  et  moins  mystérieux  que 
les  chansons  nationales.  Très  intéressantes  encore 
certaines  indéterminations  données  par  la  voix  des 
chanteurs  aux  notes  qui  diffèrent  dans  la  gamme 
orientale  et  dans  la  nôtre.  On  eut  dit  que  cette 
musique  de  l'Europe  de  l'Est  gardait  quelque 
chose  de  ces  modes  étranges  où  la  musique  arabe 
déroule  l'énigme  de  ses  déconcertantes  mélodies. 

Il  est  certain  qu'un  peuple  qui  se  plait  à  cette 
musique  garde  des  trésors  de  vitalité  plus  riches 
que  nos  populations  nourries  de  Joséphine  et  de  ma 
Gigoletfe...  Simple  remarque,  en  passant... 

L'ère  des  concerts  n'est  point  close  :  à  lui  seul, 
M.  Dupuis  nous  promet  :  le  14  mars,  un  concert 
Siegfried  Wagner;  le  17,  un  récital  d'Albert-Ca- 
reno;  le  iS,  un  concert,  avec  le  concours  du  même 
Eug.  d'Albert  ;  le  6  mai,  les  deux  premiers  actes 
de  Tristan,  avec  Ernest  Van  Dyck.  J.  M. 


LILLE  —  Concerts  populaires.  —  La  cin- 
quième matinée  de  l'abonnement  a  eu  lieu 
dimanche  dernier  avec  le  concours  de  M"'=  Van 
Veenen,  cantatrice,  et  de  M.  Camille  Chevillard, 
pianiste  et  conpositeur,  sous-directeur  des  Con- 
certs Lamoureux. 

Après  une  bonne  exécution  de  la  délicieuse 
symphonie  en  mi  bémol  d'Haydn,  si  ravissante 
dans  sa  simplicité  et  dont  la  pureté  de  lignes  et  la 
fraichenr  d'idées  nous  charment  encore  aujourd'hui, 
M.  Chevillard  nous  a  fait  entendre  deux  œuvres 
qui  brillent  par  des  qualités  toutes  différentes.  La 
Ballade  symphonique  est  très  habilement  écrite, d'une 
instrumentation  touffue  et  riche  en  jolies  sonorités. 
Son  poème  le  Chêne  et  le  Roseau,  sorte  de  commen- 
taire musical  de  la  fable  de  La  Fontaine,  est  bâti 
sur  deux  thèmes  d'un  caractère  opposé,  celui  du 
chêne,  fort  et  robuste,  exposé  tour  à  tour  par  la 
basse-tuba,  les  trombones  et  les  cors,  et  celui  du 
roseau,  souple  et  gracieux,  confié  au  cor  anglais 
et  au  hautbois.  Après  une  gracieuse  page  de 
musique  descriptive  qui  nous  dépeint  le  paysage, 
commence  le  dialogue  entre  le  frêle  arbuste  et  son 
puissant  voisin.  Puis  l'orage  éclate,  —  admira- 
blement traité  à  la  manière  wagnérienne  —  le 
chêne  est  foudi'oyé,  et  quand  le  calme  renaît,  on 
entend  de  nouveau  le  thème  du  roseau  s'élever 
dans  la  nature  apaisée,  au  milieu  du  paysage 
initial. 

Ces  deux  ouvrages,  très  élevés  et  d'une  facture 
ingénieuse  ont  remporté  un  très  vil  succès.  J'ajou- 
terai que,  malgré  les  difficultés  dont  ils  sont 
hérissés,  l'orchestre,  sous  l'habile  et  ferme  direc- 
tion de  l'auteur,  en  a  donné  une  interprétation 
fort  honorable. 

Dans  un  thème  avec  variations,  pour  piano, 
M.  Chevillard  a  montré  qu'il  était  aussi  habile 
virtuose  que  compositeur  distingué,  et  les  applau- 
dissements   que    lui   ont    été    prodigués   lui    ont 


LE  GUIDE  MUSICAL 


185 


prouvé  combien  son  double  talent  était  haute- 
ment apprécié. 

Je  regrette  de  ne  pouvoir  adresser  les  mêmes 
éloges  à  M""  Van  Veenen,  dont  la  voix,  quoique 
assez  mince,  est  fort  jolie  et  d'un  timbre  très 
agréable,  mais  les  quatre  morceaux  à  la  guimauve 
qu'elle  a  chantés,  sans  grande  expression,  seraient 
mieux  à  leur  place  dans  une  salle  de  dimension 
moins  vaste  que  celle  de  l'hippodrome,  et  ils  n'ont 
guère  produit  d'effet. 

Le  concert  finissait  par  l'ouverture  de  Fiddio 
(n°  4).  Elle  ne  se  rattache  à  l'opéra,  ni  par  son 
caractère,  ni  par  les  thèmes  qu'il  contient,  mais 
c'est  une  page  symphonique  d'une  verve  et  d'un 
éclat  incomparables.  L'orchestre  l'a  exécutée  avec 
une  réelle  maestria  et  un  excellent  sentiment  des 
nuances.  E.  M. 


NOUVELLES  DIVERSES 


C'était,  mardi  i3  février,  le  onzième  anniver- 
saire de  la  mort  de  Richard  Wagner,  mort  à 
Venise  en  i883.  Partout,  en  Allemagne,  cette 
date  a  été  commémorée  soit  par  des  concerts, 
soit  par  des  représentations  d'œuvres  du  maître. 
A  Londres,  également  a  eu  lieu,  un  concert 
commémoratif  qui  a  été  accueilli  par  un  en- 
thousiasme frénétique. 

Les  journaux  de  Londres  comparent,  à  ce 
propos,  le  passé  au  présent.  Lorsque  Wagner  se 
rendit  en  Anglererre,  en  i855,  et  fit,  pour  la 
première  fois,  entendre  sa  musique  aux  Londo- 
niens, il  fut  accablé  d'injures  et  de  railleries. 
Les  uns  traitaient  ses  compositions  de  «  chaos 
absolu  »,  les  autres,  de  «  cacophonie  sauvage, 
extravagante  et  démagogique  » .  Le  critique  du 
Times  déclarait  que  Tannhœuser  était  «  insup- 
portablement  ennuyeux  «,  et  qualifiait  Lohen- 
grin  de  ((  vague  tas  d'ordures  » . 

Que  les  temps  sont  changés  !  Et  que  compte 
la  critique  dans  l'histoire  de  l'art.?!? 

■^  Le  quatre  centième  anniversaire  de  la 
naissance  de  Hans  Sachs,  le  célèbre  maître- 
chanteur,  sera  célébré  cette  année,  à  Nurem- 
berg, avec  un  éclat  extraordinaire.  Les  fêtes 
dureront  toute  une  semaine  et  comporteront 
des  cavalcades  historiques,  des  spectacles  popu- 
laires et  des  représentations  théâtrales  com- 
posées des  opéras  les  Maîtres  Chanteurs  de 
Wagner  et  Hans  Sachs  de  Lortzing,  ainsi  que 
de  différentes  œuvres  dramatiques  de  Hans 
Sachs  lui-même.  La  municipalité  a  voté  un 
crédit  de  12,000  marks  pour  parer  aux  frais  de 
ces  fêtes. 

*&^   La  fortune  des  œuvres   de  Berlioz  est 


vraiment  paradoxale.  En  tous  les  pays  d'Eu- 
rope, —  l'Allemagne  fait  une  honorable  excep- 
tion, —  les  directeurs  de  théâtre  refusent  obsti- 
nément de  jouer  aucun  de  ses  opéras.  S'agit-il 
de  monter  à  Paris,  un  Benvennto  Cellinil  On 
va  chercher  celui  de  M.  Diaz,  sans  paraître  se 
douter  que  celui  de  Berlioz  n'est  peut-être  pas 
tout  à  fait  méprisable.  Les  Troyens  ne  revinrent 
à  la  scène  que  grâce  aux  efforts  de  la  Société 
des  grandes  auditions.  Quant  à  la  Prise  de 
Troie,  son  existence  est  généralement  ignorée. 
En  revanche,  les  inipresarii  s'ingénient  à  trans- 
porter sur  des  théâtres  variés  les  poèmes  sym- 
phoniques  de  Berlioz.  L'un  d'eux,  promène 
actuellement  en  Angleterre  la  Damnation  de 
Fajist,  «  opéra  en  un  prologue  et  quatre  actes  », 
avec  ballet  de  sylphes,  décors  et  accessoires  ; 
parmi  ces  derniers,  on  signale  deux  chevaux 
noirs  pour  la  course  à  l'abîme.  On  veut  bien 
nous  apprendre  encore  que  l'adaptation  scé- 
nique  n'a  pas  entraîné  de  grands  change- 
ments   L'année  dernière,  c'était  à  Monte- 
Carlo  que  l'on  donnait  une  adaptation  scé- 
nique  analogue  de  la  Damnation.  Quand 
verrons-nous  représenter  la  Symphonie  fantas- 
tique, drame  lyrique  en  quatre  actes  et  un  épi- 
logue infernal,  avec  ballets  aussi,  décors  et 
accessoires,  parmi  lesquels  il  en  serait  un  parti- 
culièrement sensationnel  :  la  guillotine  de  la 
Marche  au  supplice? 

•^  Le  théâtre  du  Capitule  à  Toulouse,  qui 
compte  déjà  à  son  répertoire  Tannhœuser  et 
Lohengrin,  vient  de  représenter  avec  grand 
succès  le  Vaisseau-Fantôme  de  Wagner. 

Mme  Lematte,  dans  le  rôle  de  Senta,  ainsi 
que  les  chœurs  et  l'orchestre,  sous  l'habile 
direction  de  M.  Raynaud,  ont  été  unanime- 
ment applaudis.  Tout  présage  une  longue 
série  de  représentations. 

■^  A  Moscou,  vient  d'avoir  lieu  la  première 
représentation  en  langue  russe  du  Siegfried 
de  Richard  Wagner,  au  Grand-Théâtre. 

*!*■  Les  joies  de  la  réclame!  Nous  lisons 
dans  les  journaux  français,  à  propos  d'une 
reprise  à' Aida  à  Monte-Carlo,  que  M.  Gûns- 
bourg,  l'étonnant  directeur  du  théâtre  de  cette 
«  cité  balnéaire  »,  continue  de  «  livrer  le  bon 
combat  pour  l'art  » .  La  bonne  réclame  ajoute  : 

«  Dans  chacune  des  œuvres  montées  sous  sa 
direction,  on  reconnaît  le  régisseur  des  Menin- 
gen  et  l'héritier  des  gran'des  traditions  théâ- 
trales. » 

Gùnsbourg,  régisseur  desMeningen  (sic),  l'hé- 
ritier des  grandes  traditions  théâtrales,  c'est  un 
vrai  comble.  Il  suffit  de  rappeler  ce  que  cet 
aimable  cabotin  avait  fait  de  Tristan  et  Iseult, 
l'année  dernière. 


186 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Afin  de  permettre  à  nos  abonnés  nouveaux  de 
participer  à  nos  primes,  nous  les  prévenons  qu'ils 
pourront  souscrire  à  nos  bureaux  jusqu'au  iTmars, 
au  magnifique  PORTRAIT  A  L'EAU-FORTE 
DE  BEETHOVEN,  par  L.  Dake,  publié  par  la 
maison  L  Dietrich  et  C'**  (hauteur  47  1/2  centim. 
largueur  37  1/2  centim.,  sans  les  marges),  au  prix 
de  faveur  de  20  francs. 

La  maison  G.  Gonthier,  fournisseur  des  musées, 
rue  de  l'Empereur,  3i,  Bruxelles,  nous  informe 
qu'elle  se  charge,  pour  la  ville  et  la  province,  de 
l'encadrement  de  l'eau-forte  de  Dake.  Prix  d'ar- 
tistes pour  nos  abonnés.  Maison  spéciale  pour 
encadrements  artistiques. 

PIANOS  ET  HARPES 

ÉKARD 

BRUXELLES  :  4.  me  Latérale 
PARIS  :  13,  rue  du  Mail 


NÉCROLOGIE 

Sont  décédés  : 

A  Paris,  M™"  veuve  Lafarge,  mère  de  MM.  Em- 
manuel et  Stéphane  Lafarge,  de  l'Opéra-Comique. 
La  défunte  était  une  musicienne  des  plus  dis- 
tinguées, élève  de  M'""  Gaveaux-Sabatier.  C'est 
elle  qui  donna  les  premières  leçons  de  chant  à 
ses  deux  fils.  Les  obsèques  ont  eu  lieu  samedi,  à 
l'église  de  Passy. 

—  A  Venise,  dans  les  derniers  jours  de  janvier, 
Giovanni  Masutto,  professeur  à  l'Institut  musi- 
cal de  Trévise  et  auteur  de  divers  travaux  histo- 
riques sur  la  musique,  dans  lesquels  il  a  fait  preuve 
de  plus  de  bonne  volonté  que  d'expérience.  Nous 
citerons, entre  autres, un  dictionnaire  biographique 
très  sommaire,  i  Maesiri  di  musica  italiana  del 
secolo  XIX,  et  un  ouvrage  plus  important,  en  trois 
volumes  in-4"  :  Délia  musica  sacra  in  Italia,  qui  est 
aussi  plus  utile  et  plus  soigné. 

—  A  Saint-Pétersbourg,  le  violoniste  Eugène 
Albrecht,  un  des  musiciens  les  plus  instruits  et 
les  plus  influents  de  la  capitale  de  toutes  les 
Russies.  Issu  d'une  famille  d'artistes  (son  père 
était  le  chef  d'orchestre  qui,  le  premier,  avait 
dirigé  Roiisslane  et   Ludmilla   de  Glinka),  il  a  publié 


Paris,  A.  DURAND    et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 


C.-A.    DEBUSSY 


OP.io 


I"    QUATUOR 

pour  deux  violons,  alto  et  violoncelle 

Partition  .     .     Prix  net  :  fr.  5      |    Parties  séparées.  Prix  net  :  fr.  8 
Arrau^eiueiit  a  quatre  maius  (sous  presse) 

Du  même  auteur  : 


MUSIQUE  DE  PIANO 

1"  Arabesque Prix  fr.  5 

2^  Arabesque Prix  fr.  6 

En  recueil     .     .     .  Prix  Net  fr.  2 
Petite  suite  à  4  mains     .  Prix  Net  fr.  5 


MUSIQUE  VOCALE 

L'Enfant  Prodigue,  scène 

l3aique  ....  Prix  Net  fr.  5 
Mahdoline,  mélodie  .  .  .  Prix  fr.  4 
Les  Cloches,  mélodie.  .  .  Prix  fr.  3 
Romanee Prix  fr.  3 


LE  GUIDE  MUSICAL 


187 


quelques  ouvrages  didactiques,  et  a  pris  souvent 
la  plume  pour  traiter  de  questions  relatives  à 
l'enseignement  musical. 

Elève  de  Ferdinand  David  au  Conservatoire  de 
Leipzig,  E.  Albrecht  avait  fondé  en  1872  le 
Quarietiverein,  dont  il  est  resté  l'âme  jusqu'à  ces 
derniers  temps.  En  1877,  il  avait  succédé  à 
Maurer  dans  le  poste  d'inspecteur  des  orchestres 
de  la  direction  des  théâtres,  dont  il  a  réorganisé 
aussi  la  bibliothèque  musicale,  dans  laquelle, 
grâce  à  lui,  se  trouvent  concentrées,  en  ce  mo- 
ment, toutes  les  partitions  et  parties  d'orchestre 
accumulées  depuis  un  siècle  et  demi. 

RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERT^ 

Paris 

Opéra.  —  Du  12  au  17  février  :  Faust.  Sigurd.  Samson 

et  Dalila,   la  Korrigane.  Faust. 
Opéra-Comique.  —  Du  12  au  17  février  :  L'Attaque  du 

moulin,  le  Maître  de  chapelle.  Carmen.   Le   Pré  aux 


Clercs,  l'Amour  médecin.  Carmen.  L'Attaque  du 
moulin.  Le  Barbier  de  Séville,  le  Maçon, 
Concert  Lamoureux  (Cirque  des  Champs-Elysées)  du 
jeudi  iS'^février.  —  Ouverture  du  Freyschûtz  (We- 
ber);  Concerto  en  ré  mineur  (Rubinstein),  M.  Falke  ; 
Parsifal  (R,  Wagner);  Chant  polonais  (Chopin-Liszt), 
—  Etincelles,  —  Tarentelle  (Motskowsky),  M.  Falke; 
Introduction  du  3'^  acte  de  Lohengrin  (Wagner). 

LES  CONCERTS  DB  DIMANCHE 

Conservatoire,  —  Symphonie  en  ré  majeur,  n»  38  (Mo- 
zart); le  Paradis  et  la  Péri  (Schumann),  traduct,  fran- 
çaise de  V,  Wilder,  soli  :  M"'"  Chrétien,  Héglon, 
MM.  Vagnet,  Manoury.  Le  concert  sera  dirigé  par 
M ,  Paul  Taftanel. 

Concert,  Colonne  (Chàtelet),  avec  le  concours  de 
M,  P.  de  Sarasate  et  de  M™'-'  Berthe  Marx  ;  Ouverture 
de  Coriolan  (Beethoven)  ;  2«  concerto  en  sol  mineur, 
pour  piano  (C.  Saint-Saëns),  M""  Berthe  Marx;  deux 
pièces  (R.  Schumaun),  i^e  audition  ;  concerto  pour 
violon  (.Mendelssohn),  M.  de  Sarasate;  le  Carnaval 
romain  (Berlioz);  Polonaise  fantaisie  (Chopin);  Etude 


SALLE   DE   L'ALHAMBRA   (Boulevard  de  la  Senne,  Bruxelles) 
Dimanche  11  mars  1894,  à  deux  heures 

GMND  CONCERT  SÏMPHONIQUE 


sous  LA  DIRECTION  DE 


SIEGFRIED   \A/AGNER 

DE      B AYREUTH 

AVEC    LE    CONCOURS    DE 

Mademoiselle    KEMP EES 

Cantatrice  à  la  Cour  de  Hollande 

et 

L'ORCHESTRE   DU    CONSERVATOIRE   DE    BRUXELLES 
PROGRAMME 

1.  Der  Fliegende  Hollaender  (ouverture) R.  Wagner. 

2.  A)  Die  XIV  Engel,   Traumpantomime   aus  dem    Maerchenspiel 

Hœnsel  und  Gretel     .        .        .        • E.  Humperdinck. 

B)  Trœume R.  Wagner. 

(M'ie  KEMPEES) 

3.  Tasso,  Lamento  e  trionfo .  F.  LiSzT. 

4.  Tannhaeuser,  Ouverture  und  Bachanale R.  Wagner. 

5.  Siegfried-Idyll R.  Wagner. 

6.  Tristan  und  Isolde,  Vorspiel  und  Verklarung        .... 

(Mlle    KEMPEES) 


PRIX  DES 

Baignoires 8  00  fr. 

Fauteuils  d'orchestre.         .         .         .     7  00  »       i 

Balcons 6  00  » 

Parquet 4  00  " 

Promenoir 3  00  »      ' 


PLACES 

Deuxième  galerie  (de  face) .  .  .3  00 
Deu.xième  galerie  (i^''  rang  numéroté)  2  50 
Deuxième  galerie  ....  2  00 
Troisième  galerie        .  .         .         .     1  50 


Amph: 


théâtre 1  00 


BILLETS  :  Chez  MM.  BREITKOPF  &  H^RTEL,  Montagne  de  la  Cour.  4S,  Bruxelles 


mr. 


188 


LE  GUIDE  MUSICAL 


(Rubinstein),  M™°  Berthe  Marx;  introduction  et 
rondo  capricioso  (C.  Saint-Saëns),  M.  de  Sarasate; 
Lohengrin,  prélude  du  3"  acte  (Wagner). 

Concert  Lamoueeux  (Champs-Elysées).  —«Symphonie 
en  mi  bémol,  n"  4  (Beethoven);  Mort  d'Ophélie  (Ber- 
lioz); Fantaisie  hongroise,  p' piano  (Liszt),  M  Vianna 
da  Motta  ;  les  -Eolides  (César  Franck);  chœur  des 
fileuses  du  Vaisseau  Fantôme  (R  Wagner);  Danse 
macabre  (SaintSaëns). 

Concert  d'Harcourt.  —  Deuxième  audition  intégrale 
de  Fidélio  (Beethoven)  :  Léonora  (Fidélio.  M"»  Eléo- 
nore    Blanc;    Marceline,    M™<^  Lovano  ;   Florestan, 


M.  Furst  ;  Pizarre,  don  Fernand,  M.  Auguez;  Rocco, 
M.  Nivette;  Jacquinot,  M.  Lucien  Berton  Orchestre 
et  chœur,  i3o  exécutants. 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie. — Du  1 1  au  18  février  : 
Bal.  Jérusalem.  L'Attaque  du  moulin.  Mireille  et 
Farfalla.  L'Attaque  du  moulin.  Relâche.  Sigurd. 
L'Attaque   du    moulin. 

Théâtre  des  Galeries  —  La  Tournée  Ernestin .  Mer- 
credi prochain,  première  de  Sainte-Freya. 

Alcazar  royal.  —  La  Plantation  Thomassin. 


MÂCKAE  et  NOËL,  éditsurs,  22,  passage  des  Pansramas  (grande  galerie) 

F  .A.  H  I  s 

Propriétaires  des  œuvres  de  TsebaikowsUy,  Gottsehalk,   Prudent,  Allard 
des   Archives   du   piano   et   de  la   célèbre   Méthode   de   piano    A.    Le   Carpenticr 

Seuls  dépositaires  de  l'Bdîtion  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  musique  de  violon 


P.   TSCHAIKOWSKT 

CEUVRES       POUR      ORCHESTRE 


Op.  6i.  Mozartiana,  4'  suite  d'orchestre  : 

N"  1  Gigue;  ni'2  Menuet;  no  3Preghiera; 
nti  4  Thème  et  Variations. 

Partition 10 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     i   ; 

Op.  62.  Pezzo   Cappriccioso,   pour  violon 
celle  et  orchestre  : 

Partition 3 

Parties  séparées 6 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  ; 

Op.  64.  Cinquième  symphonie,  en  mi  mineur  : 

Partition 35 

Parties  séparées 40 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3 

Op.  66.  La  Belle  au  Bois  dormant,  valse 
extraite  du  ballet  : 

Partition 5 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires il 

—  !La  même  pour  orchestre  de  bal,  par 

F.  Desgranges  ; 

Conducteur         i. 

Parties  séparées 2 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     »   ; 

—  Pot-pourri  arrangé  par  Kleinecke  ; 
Violon  conducteur   .      .      .      .      .      .      .2 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  : 

Op.  67.  Hamlet.   Ouverture-fantaisie   (A.    Ed- 
ward Grieg)  : 

Partition i5 

Parties  séparées 25 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2  . 
Op.57'>'s  Hamlet,  d'après  Shakespeare,  musique 
de     scène     (ouverture,     mélodrames, 
marches,  entractes)  : 

Violon  conducteur 5 

Parties  séparées i5 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 
,—       Ouverture  extraite  : 

-    Violon  conducteur 2 


Parties  séparées 6 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  68.  La  Dame  de  pique,  pot-pourri  pour 
petit  orchestre,  par  A.  Kleinecke  : 

Violon  conducteur 2 

Parties  séparées 1° 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     l 

Op.  69.  Yolande,  introduction  extraite; 

Partition 2 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  supplémentaires  cordes  (copiées) 

Op.  71.  Le  Casse-Noisette,  ouverture  extraite  : 

Partition  d'orchestre 4 

Parties  séparées 6 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 
—       Suite  d'orctiestre  tirée  du    ballet  le 
Casse-Nûisetîe  : 

Partition 20 

Parties  séparées  3o 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 

Op.  74.  Sixième  symptionia  : 

Partition 

Parties  séparées 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque 
Marche  solennelle 

Partition 6 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 
Roméo   et   Juliette,  ouverture-fan- 
taisie d'après  Shakespeare  : 

Partition i5 

Parties  séparées 25 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 
2°   Elégie  (1S84)   pour   instruments  à 

cordes.  Partiton i 

Parties  séparées 

Parties  supplémentaires     .      .     chaque     » 
Hopaque,  danse  cosaque  extraite  de 
l'opéra  Mazepfa  ; 

Partition 5 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 


Li:  GUIDE  MUSICAL 


189 


Concerts  populaires.  —  Dimanche  i8  février,  à 
I  h.  }^,  au  théâtre  de  la  Monnaie,  sous  la  direction  de 
M,  Joseph  Dupont  ;  Ouverture  du  Roi  Etienne  (Bee- 
thoven); Concerto  pour  violon  (Goldmark),  M.  César 
Thomson  ;  Dans  les  steppes  de  l'Asie  centrale  (Boro- 
dine);  les  Murmures  de  la  forêt  (Wagner);  Marche  fu- 
de  Siegfried  (Wagner);  La  Chevauchée  des  Walkyries 
(Wagner). 

Cercle  artistique  et  littéraire.  —  Lundi  ig  février, 
à  8  h.  J/^  du  soir,  soirée  musicale  :  Pastorale,  Presto 
(Scarlatti),  Etude  de  concert(Martucci),  M'''^  Delhaze 
air  du  Freyschutz  (Weber),  M"''  Courtenay-Thomas 
Concerto  pour  violon  (Goldmark),  M. César  Thomson 
air  des  Noces  de  Figaro  (Mozart),  M"'-  Courtenay- 
Thomas  ;  Sonate  (Follia)  (A.  Corellii,  M.  César  Thom- 


son ;  Chanson  d'amour  (] .  Hollmann),  M"»  Courtenay 
et  M.  César  Thomson;  Adagio,  Fantaisie  (Paganini), 
M.  César  Thomson. 

Berlin 

Opéra.  —  Du  ii  au  i8  février  :  Les  Maîtres  Chanteurs 
de  Nuremberg  I  Pagliacci  et  Promethée.  Concert  de 
la  chapelle  royale.  Le  Vaisseau- Fantôme.  Les  Noces 
de  Figaro,  Mara.  Noce  villageoise  et  Cavalleria  rusti- 
cana  Les  Medici  (i"''  représentation). 

Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  Le  lieutenant 
de  marine.  Vendredi,  première  de  Brautjagd  (la 
Chasse  au  mariage),  opérette  nouvelle  de  Suppé. 

Vienne 
Opéra.  —   Du  12  au  19  février  :  Rouge   et   Noir  et   I 


V'  Léopold  MURAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique) 


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oder  Quartett,  oder  Pianofortebeglei- 
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2  mains 2  5o 

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STOJOWSKY.  Op.  I.  Deux  pensées 

musicales  : 

N«  I.  Mélodie i  75 

N°  2.  Prélude 2  — 

—  Op.  2.  Deux  Caprices-Etudes  : 

N"  I.  Pileuse 2  — 

N"  2.  Toccatina 2  — 

—  Op.  4.  Trois  Intermèdes  : 

N"  I  en  sol.  N»  2  en  mi   mineur. 

No  3  en  si  bémol.     .     .     .   chaque     i   jS 

—  Op.  8.  No  I.  Légende     ....     i  75 

—  Op.  8.  N»  2.  Mazurka    ....     i  75 
PETER  BENOIT.  Concerto  (poème 

symphonique),  pour  flûte  et  piano.     7  5o 


HUBAY,  J.  Compositions  pour  vio 

Ion  avec  piano  : 

Fleur  de  mai,  op.  37.  N°  i  .     .     . 

Au  temps  jadis,  op.  37.  N^'  2.     .     . 

Devant  son  image,  op.  38.  N^  i    , 

(Chant  sur  la  4''  corde) 
Sous  sa  fenêtre  (sérénade),  op.  38 

No  2 

Ramage  de  rossignols,  op.  3g  . 

PANGAERT  D'OPDORP.    Op.    5. 

Souvenir  de  Spa  (Annette  et  Lu- 
bin).  Edition  pour  violoncelle 
avec  piano 2 

—  Op.  9.  Mélodie  pour  violoncelle 
et  piano i 


3  — 


35 


190 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Pagliacci.  Siegfried.  Manon.  Aïda.  Les  Noces  de 
Figaro.  Le  Franc-Tireur.  Hans  Heiling.  La  Fête  de 
mai. 

An  der  Wien.  —  Le  Maître  de  forges  Le  Franc- 
Tireur. 

Dresde 

Opéra.  —  Du  i3  au  i8  février  :  Tannhseuser.  L'ami 
Fritz,  Marga.  Fra  Diavolo.  Les  Rantzau.  Porcelaine 
de  Meissen,  Henri  le  Lion. 

Munich. 

Opéra—  Du  ii  au  18  février  :  Tristan  et  Iseult.  Junker 
Heinz  lopéra  de  R.  de  Perfall).  Olello  (avec  M.  Fumi- 
galli).  Hasnse!  C.  Grcthel.  Tristan  et  Iseult. 

FABRICATION  ET  REPARATION 
D'INSTRUMENTS  A  CORDES  ET  A  ARCHETS 

VENTE,  ÉCHANGE  ET  ACHAT 

d'Anciens  Violons,   Altos,  Violoncelles,   etc 


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LE  GUIDE  MUSICAL 


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Fournisseur  de  la  Cour,  Membre  des  Jurys  Anvers  1885.  Bruxelles  1888 
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du  Conservatoire  royal  de  Bruxelles 

23,    Montagne  de  la   Cour,    23 

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192 


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DIRECTEUR-REDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE     KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

Rue  Beaurefaire,  33,  Paris 

N.  Le  KiME,    SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  72,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

J.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

N.  Liez  -  I.  Will 

D''  Dwelshauwers  —  Ernest  Closson 

Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

J.  Brunet  —  A.  Wilford,  etc,  etc. 

HbOniiementS  :  aux  Bureaux  du 
journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès; 
à  Paris,  à  la  Librairie  Fischbacher, 
33,  rue  de  Seine, 

France  et  Belgique  ...     12  francs. 

Union  postale 14    — 

Pays  d'outre-mer  ....     iS    — 


40"  année  2S   Février   1894  numéro  ' 


SOMMAIRE 

Michel  Brenet  :  Promesses  gluckistes. 

Hugues  Imbert:  Virtuoses  contemporains  : 
Mme  Roger-Miclos. 

Clli-oniquc  bc  la  ScmatiiE  :  Paris  :  A  la  Nationale; 
Musique  nouvelle  aux  concerts  d'Harcourt  ;  Con- 
cert Colonne  et  concerts  divers. 

Bruxelles  :  Concert  populaire  ;  César  Thomson  ; 
séances  de  musique  de  chambre;  Sainte-Freya,  etc. 

(ttorrceponbiincfs  :  Anvers,  Berlin,  Dresde,  Genève, 
Liège,  Londres,  Strasbourg. 

Nouvelles  diverses,  —  Nécrologie.  —  Bibliographie. 

Répertoire  des  thé.^tres. 


EN  VENTE  ,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  l'Ecuyer; 
Office  de  Publicité,  rue  de  la  Madeleine,  et  chez  les 
principaux  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,   33,   rue   de    Seine  ;  librairie  Flammarion. 

—  A  Londres  ;  MM.  Breitkopf  et  Haertel,  i5,  Oxford 
Street;  Schott  et  C,  Régent  street,  iSy-iSg.  —  A  Leipzig  : 
Otto  Junne. — A  Munich  :  Josef  Seiling,  fourn"'  de  la  cour, 
Perusastrasse.  —  A  Strasbourg  :  librairie  Ammel.  —  A 
Amsterdam,  Algemeene  Musikhanlel,  Spui,  2.  —  A  La 
Haye,  Belinfante  frères. — A  Liège  :  M'"°  veuve  Muraille, 
rue  de  l'Université.  —A  Anvers:  M.  Forst, place  de  Meir. 

—  A  Gand  :  M"'<=  Beyer.   —  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit. 

—  A  Genève  :  Ad.  Henn,  6,  rue  Grenus.  —  A  Madrid  : 
Martin, édit.,  4,  Correo.  —  A  St-PétersbDurg  :  R.  VioUet. 

—  A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Mexico  ;  N.  Budin.  — 
A  Montréal  :  La  Montagne,  éditeur,  149,  rue  Siint- 
Maurice.— A  New-York  :  G.-E.  Stechert,  810,  Broadway. 

Le  numéro  :  40  centimes. 


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T^ 


194 


Lh  GUIDE  MUSICAL 


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LE  GRAND  HOTEL 

Boulevard  Anspach,  Bruxelles 

HOTEL  DE  SUÈDE 

rue  de  l'Evêque 
En  face  le  théâtre  de  la  Monnaie,  Bruxelles 

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plats  du  jour  variés 

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de  S.  A.  R.  la  comtesse  de  Flandre 

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ET  MEDAILLES  D'OR 
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VENTE    —   ECHANGE   —   LOCATION 

RÉPARATION 


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(Eépertoire  des  Concerts  de  Monte-Carlo) 

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Parties  d'orchestre     ...       »     i     » 

Broustet.  Bonita,  valse  espagnole,  p''  piano  2 

Pour  piano  à  quatre  mains.     .     . 

Parties  d'orchestre 

Gervasio.  Nice-Casino,  galop,  p"'  piano 
Parties  d'orchestre.      .     . 
Gillet,  E.   Douce   caresse,  pour  piano  . 
P--  instr.  à  cordes  (p°"  et  p"")  . 
Tellam,  H-    Le  Corso    blanc,   polka- 
marche  pour  piano 

pr  piano  à  quatre  mains  .  .  . 
pr  piano  et  violon  ou  mandoline 
Parties  d'orchestre 

—  Veglione-Polka,  pour  piano     .     .     . 

Parties  d'orchestre  .... 

—  Violettes  russes,  polka-mazurka.pour 

piano 

Parties  d'orchestre     »     1     w 

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BriixtUes  :  J.-H.  Katlo       Baixelone  :  J.-B.  Pujoi  &  Ù' 
Lnndon  :  Slaiilcy  Lucas,  Weber,  PiU  &  llarlzteld,  L^d 


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2  00 
2  5o 


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Jules  PAINPARE 

Inspecteur  des  musiques  de  l'armée 
Ex-chef  de  musique  du  6=  régiment  d'infanterie 

Directeur  de  la  Maison  C  PAINPARE  et  C« 

comme  représentanl  spécial  des  célèbres  pianos  des  maisons 

E  R  A  R  D  de  Paris,  depuis  fr.  1,400  jusque  fr.  5, 000 

E.  KAPS  de  Dresde,        »     1,000  »        4,000 

A.  BORD  de  Paris,         »       55o  »        2,5oo 

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mêmes  prix  qu'à  la  fabrique 

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Ft  BESSON  de  Paris  et  de  Londres,  fournissant, 
aux  mêmes  prix  qu'à  la  fabrique,  tous  les  instruments 
en  cuivre,  en  bois,  à  percussion,  des  principaux 
facteurs  belges  et  étrangers. 

N.  B.  —  Les  paiements  se  font  avec  fort  escompte, 
au  comptant  ou  mensuellement,  selon  conditions, 
et  les  frais  de  déplacement  sont  défalqués  à  tout 
acquéreur  n'habitant  pas  Anvers. 

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IfE  ®UIDE  (DUSICAL 


PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


40'=  ANNÉE.  —  Numéro  9. 


25  février  18 


PROMESSES  GLUCKISTES 


uoiQJE  l'on  ne  s'entende  guère  sur  la 
description  de  l'enfer,  tout  le  monde 
s'accorde  à  dire  qu'il  est  pavé  de 
bonnes  intentions.  Mais  on  ne  sait  pas  assez 
quelle  part  importante  revient,  dans  ce  travail  de 
voirie,  aux  directeurs,  entrepreneurs,  organisa- 
teurs et  autres  facteurs  de  représentations  théâ- 
trales, d'auditions  et  de  concerts.  Chacun  d'eux 
ne  manquant  pas  d'apporter  à  chaque  saison 
plusieurs  pierres,  on  peut  estimer  le  produit  de 
leur  labeur  à  l'étendue  d'une  ville  entière. 
La  rue  Gluck  est  une  des  rues  de  cette  ville  au 
pavage  de  laquelle  on  est  le  plus  occupé.  Il  est 
très  rare  qu'un  directeur  de  l'Opéra  ou  de 
rOpéra-Comique  ne  se  fasse  point  un  devoir 
sacré  d'annoncer  solennellement,  en  prenant 
possession  de  son  fauteuil  administratif,  l'inten- 
tion de  remonter  du  Gluck.  Il  y  a  sur  ce  point 
une  tradition  tout  à  fait  classique,  et  si  bien 
observée  que,  depuis  quinze  ans  seulement,  le 
tas  de  pavés  a  beaucoup  monté. 

Cela  s'est  fait  d'abord  au  moyen  d'A  niiide. 
Mf"^  Krauss  était  encore  à  l'Opéra  en  ce  temps-là. 
Sitôt  que  les  abonnés,  cessant  par  hasard  de 
causer,  s'apercevaient  qu'on  leur  jouait  tou- 
jours la  Favorite,  on  se  hâtait  de  leur  dire  : 
Vous  allez  avoir  Armide.  Les  journaux  se 
repassaient  la  bonne  nouvelle;  on  esquissait 
une,  deux  distributions  ;  on  s'inquiétait  un  peu 
du  diapason,  ce  fameux  diapason  d'autrefois, 
qui  donnait  à  la  reprise  projetée  un  air  tout  par- 
ticulièrement méritoire  de  difficultés  à  vaincre, 
d  obstacles  scientifiques  à  surmonter  ;  on  insis- 


tait sur  ce  qu'il  fallait  beaucoup  de  réflexion, 
beaucoup  d'études,  pour  que  la  reprise,  fût 
digne  de  Gluck  et  de  l'Académie  nationale  de 
musique;  on  faisait  délicatement  sentir  aux 
abonnés  qu'eux  aussi  ne  prendraient  point 
part  au  plaisir  sans  peine  ;  qu'il  leur  faudrait  un 
certain  stoïcisme  pour  accepter  l'austérité  de 
Gluck  ;  et,  qu'en  attendant,  ils  feraient  pru- 
demment, pour  profiter  de  leur  reste,  d'enten- 
dre la  Favorite.  Puis,  après  la  préparation 
voulue,  le  pavé  étant  bien  taillé,  le  directeur 
l'expédiait  à  sa  destination  naturelle,  soit  en 
quittant  lui-même  ses  fonctions,  soit  en  publiant 
officieusement  que  la  reprise  <ï Armide  aurait 
lieu  aux  calendes  grecques,  soit  tout  simple- 
ment en  ne  faisant,  ne  disant  et  n'annonçant 
plus  lien  du  tout. 

Après  Armide,  nous  avons  failli  entendre 
coup  sur  coup  deux  opéras  de  Gluck.  Deux  ! 
C'était  aller  très  vite  en  besogne.  Il  s'agissait 
d'abord  d'Iphige'nie  en  Tauride,  à  qui  une 
association  charitable  très  distinguée  et  très 
connue  avait  résolu  d'accorder  son  haut  patro- 
nage. Nous  avons  conservé  comme  un  docu- 
ment curieux  le  prospectus  répandu  dans  Paris 
à  ce  propos.  Il  était  ainsi  conçu  : 

Société  des  grandes  auditions  musicales  de 
France.  —  Programme  iSgS.  —  La  Société  don- 
nera :  le  25  mai  iSgS,  à  l'Opéra-Comique,  de  con- 
cert avec  M.  Carvalho,  Iphigénie  en  Tauride,  opéra 
de  Gluck;  le  20  décembre  iSgS,  à  l'Opéra,  de  con- 
cert avec  MM.  Bertrand  et  Gailhard,  trois  repré- 
sentations extraordinaires  de  Tristan  et  Iseiilt  de 
Richard  Wagner.  —  Les  répétitions  générales  sont 
exclusivement  réservées  aux  membres  de  la 
Société.  L'ouverture  du  bureau  de  la  Société  sera 
annoncée  spécialement  aux  membres  de  la  Société 
pour  la  remise  des  billets,  etc. 

Aux  termes  du  susdit  imprimé,  il  devait 
donc  y  avoir,  le  20  décembre,  non  moins  de 
trois  représentations  de  Tristan  et  Iseillt.  On 
sait  comment  tant  de  zèle  échoua  par  l'oppo- 
sition de  M™«  Cosima  Wagner,  qui  n'en  permit 
pas  même  une.  Ni  l'ombre  de  Gluck,  ni  aucun 


19^ 


LE  GUIDE  MUSICAL 


.léiitiers  ne  vinrent  mettre  un  pareil  veto 
ârd  de  l'unique  représentation  promise  de 
a.uvre  Iphige'jiie;  cependant,  la  Société  s'en 
tint  à  son  prospectus   et   à  ses  bonnes  inten- 
tions. 

Le  directeur  de  l'Opéra-Comique  saisit  alors 
avec  empressement  une  occasion  si  belle  de 
placer  son  pavé.  La  Société  ne  voulant  plus 
donner  du  Gluck  de  concert  avec  lui,  il  se  pro- 
mit d'en  jouer  sans  elle,  et,  tout  de  suite,  il 
choisit  Orphée.  Les  choses  se  passèrent  à  peu 
près  comme  à  l'ordinaire,  et,  dernièrement,  en 
lisant  leur  journal,  les  Parisiens  furent  avertis 
que  la  reprise  d'Orphée  de  Gluck,  projetée  par 
M.  Carvalho,  était  ajournée  et  remplacée  pro- 
bablement par  celle  du  Cheval  de  bronze,  à 
moins  que  ce  ne  fût  par  une  autre. 

De  directeur  en  société  ou  de  société  en  di- 
recteur, il  y  a  en  ce  cas  spécial  toujours  quel- 
qu'un de  prêt  pour  saisir  la  balle  au  bond.  Les 
joueurs  se  relayent  et  changent  d'éteuf,  mais 
la  partie  se  continue  sans  arrêt  sur  le  terrain 
gluckiste.  Armide,  Ipliigénie  en  Taiiride, 
Orphée.,  ayant  déjà  servi,  personne  ne  fut  sur- 
pris de  voir  la  «  Société  nouvelle  de  musique 
classique  »  jeter,  pour  ses  débuts  dans  le 
monde,  son  dévolu  sur  Alceste. 

L'annonce  de  ce  projet  nouveau  a  fait,  à  la 
fin  du  mois  dernier,  le  tour  de  la  presse,  sous 
forme  d'un  communiqué  séduisant,  mais  pas- 
sablement inexact,  où  il  était  dit  que  l'œuvre 
serait  représentée  incessamment,  sans  cou- 
pures, et  «  dans  la  tonalité  de  1776  »,  et  qu'on 
ne  l'avait  point  entendue  à  Paris  depuis  1862. 
Tonalité  était  placé  ici  à  tort,  comme  un  sy- 
nonyme de  diapason,  et  l'on  passait  sous  silence 
la  reprise  de  1866,  assez  lointaine  déjà,  il  est 
vrai,  pour  que  les  gens  âgés  de  plus  de  qua- 
rante-cinq ans  fussent  seuls  capables  d'en  avoir 
gardé  le  souvenir.  Cette  semaine,  un  nouvel 
entrefilet  vint  nous  apprendre  que  la  représen- 
tation à' Alceste,  au  «  théâtre  Moncey  »,  était 
retardée  par  l'indisposition  de  la  principale  in- 
terprète, et  qu'on  avait  renoncé  à  cette  tonalité 
de  lyjô  d'abord  promise,  puis,  une  fois  la 
main  à  l'œuvre,  reconnue  trop  périlleuse  et  im- 
praticable aux  instruments  actuels.  La  Société 
peut  se  rassurer  :  ni  la  critique,  ni  le  public 
surtout,  n'en  demandent  autant;  et  il  reste 
encore  assez  à  faire  pour  donner  l'opéra  de 
Gluck  «  sans  coupures  »  et   «  tel   qu'il  a  été 


écrit,  mais  au  diapason  moderne  ».  Que  si, 
par  une  aventure  que  nous  ne  voulons  ni  sou- 
haiter ni  prédire,  le  projet  de  la  «  Société  nou- 
velle de  musique  classique  »  allait  rejoindre, 
au  Tartare,  ceux  pareils  qui  l'ont  de  si  peu 
précédé,  le  tour  serait  à  Ipliigénie  en  A  idide, 
et  le  devoir  s'imposerait  pour  quelque  autre 
imprésario  d'en  parler  à  bref  délai. 

Michel  Brenet. 


Virtuoses  (^oi^tcmporains 
^^ 

M"^    ROGER-MICLOS 

NiGMATiQUE,  troublant  est  ce  gracieux 
buste  de  femme  exposé  à  l'admiration 
de  tous  dans  la  salle  de  Michel-Ange, 
au  musée  du  Louvre.  Marbre  de  l'école  napo- 
litaine du  xve  siècle  ! Et  c'est  tout.  Nulle 

indication  sur  le  personnage  représenté,  sur  le 
sculpteur  génial  qui  enfanta  cette  admirable 
tête.  C'était  l'époque  où  s'épanouissait  la  belle 
renaissance  italienne,  où  l'étude  de  l'antique 
inspirait  aux  Donatello,  Brunellesco,  Ghiberti 
et  à  tant  d'autres  les  chefs-d'œuvre  qui  couvrent 
encore  le  sol  italien.  Devant  la  «  Porte  de  Cré- 
mone »,  qui  lui  sert  de  fond,  le  buste  s'enlève  si 
finement  et  si  fièrement  tout  à  la  fois  !  Les  ban- 
deaux plats  des  cheveux,  dont  la  mode  revient 
en  cette  fin  du  xix^  siècle,  se  partagent  égale- 
ment et  sont  maintenus  dans  un  délicat  réseau 
qui  enveloppe  toute  la  tête.  Bien  particuliers 
sont  les  yeux  fendus  en  amande,  que  l'on  dirait 
empruntés  à  une  madone  byzantine.  Voyez  l.i 
finesse  du  nez,  la  petitesse  de  la  bouche,  à  ce 
point  exiguë  qu'il  semble  à  peine  possible  d'y 
cueillir  un  baiser,  le  menton  d'un  ovale  telle- 
ment pur,  la  gorge  d'un  modelé  et  d'un  con- 
tour si  pudiques. 

Belle  comme  la  jeunesse,  séduisante  comme 
le  Mystère  !  Fille  de  la  Joconde,  elle  a  en  par- 
tage cette  fleur  de  beauté,  sorte  de  parfum 
enivrant,  émanant  de  l'âme  italienne  d'autre- 
fois. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


197 


Avec  sa  frêle  et  délicate  figure,  elle  est  sœur 
de  cette  artiste  dont  nous  avons  entrepris  d'es- 
quisser la  séduissante  physionomie,  de  la 
Toulousaine  M""=  Roger-Miclos. 

Elle  aussi,  née  au  pays  du  soleil,  possède  ce 
charme  inquiétant,  mystérieux  des  portraits  du 
divin  Léonard.  De  tous  les  bustes  ou  images 
qu'elle  a  inspirés  (et  ils  sont  nombreux)  celui 
qui  donne  le  mieux  la  synthèse  de  l'artiste  est 
le  gracieux  buste  qui  fit  d'elle  Antonin  Cariez 
en  l'année  1890  et  qui  fut  remarqué  à  l'exposi- 
tion du  Cercle  de  l'Union  artistique.  N'est-ce 
pas  là  une  de  ces  jolies  têtes  de  la  renaissance 
italienne,  qui  arrête  le  regard  et  exerce  une 
fascination  irrésistible?  Mais  ce  que  le  marbre 
ne  peut  rendre,  ce  sont  la  beauté  des  cheveux 
noirs,  d'un  noir  d'ébène,  couvrant  une  partie  du 
front,  et  la  flamme  qui,  par  moments,  illumine 
étrangement  les  yeux  mi-clos  «  dont  on  ne  sait 
s'ils  vont  se  moquer  ou  s'attendrir  » . 

C'est  le  Midi  qui  l'a  vu  naître,  avons-nous 
dit,  le  !«■■  mai  1860,  à  Toulouse,  dans  cette  ville 
qui  fut  le  berceau  de  si  belles  intelligences 
artistiques.  Si  son  père,  qui  était  dans  les 
affaires,  n'avait  aucun  goût  pour  l'art,  sa  mère 
était,  en  revanche,  musicienne  d'instinct  et  ne 
pouvait  qu'encourager  les  dispositions  qui  se 
manifestèrent,  dès  la  plus  tendre  enfance,  chez 
sa  fille.  En  1869,  on  confie  l'enfant  à  une  insti- 
tutrice qui  lui  apprend  les  premiers  éléments 
du  clavier;  après  quelques  mois,  les  progrès 
furent  si  remarquables  que  les  leçons  de  ce 
premier  professeur  devinrent  insuffisantes. 
Aussi  fut-elle  placée,  en  1870,  au  Conservatoire 
de  Toulouse,  alors  dirigé  par  M.  Paul  Mériel. 
Dans  cet  établissement,  ses  professeurs  furent 
M"'=  Carol,  depuis  M™<^  Vincent-Carol,  et 
yime  Mériel,  femme  du  directeur.  Dès  la  pre- 
mière année,  elle  pouvait  exécuter  le  Concerto 
en  sol  mineur  de  Mendelssohn.  Sa  merveilleuse 
organisation  s'étendait  de  jour  en  jour  et 
lui  permettait  de  remporter  successivement  les 
prix  de  solfège,  de  piano  et  d'harmonie.  On 
doit  noter  ici  un  fait  assez  particulier;  cette 
enfant,  qui  dévoilait  des  aptitudes  si  remar- 
quables pour  l'art  musical,  ne  pouvait  entendre 
une  musique  quelconque,  les  orgues  à  l'église, 
les  sons  du  cor  se  répercutant  au  loin,  sans  en 
ressentir  une  tristesse  si  profonde  que  ses  larmes 
coulaient  en  abondance. 

Toulouse  n'était  plus  un  champ  assez  vaste 


pour  lui  permettre  de  développer  son  sentiment 
artistique  et  de  gravir  les  derniers  échelons  du 
virtuose.  Le  23  octobre  1873,  ia  jeune  Aimée- 
Marie  Miclos  était  admise  au  Conservatoire  de 
Paris,  dans  la  classe  de  Herz,  à  qui  devait  suc- 
céder bientôt  M™'=  Massart(mai  1874).  Cefut,  en 
réalité,  sous  la  direction  de  cette  dernière  qu'elle 
perfectionna  encore  son  jeu  et  obtint,  en  1875, 
le  second  accessit,  en  1876,  le  second  prix  et 
en  1877  le  premier  prix  de  piano.  Dans 
l'année  1874  (le  3  décembre),  elle  était  entrée 
dans  la  classe  d'harmonie  et  accompagnement 
de  M"<=  Dufresne  ;  un  deuxième  accessit  lui  fut 
décerné  en  1878.  Une  de  ses  aptitudes  les  plus 
remarquables  était  la  facilité  avec  laquelle  elle 
déchiffrait  et  réduisait  au  piano  les  partitions 
d'orchestre.  Lorsque  le  premier  prix  de  piano 
lui  fut  décerné,  en  1877,  M.  Wolft,  un  des 
membres  du  jury,  fut  frappé  des  qualités  d'ar- 
tiste révélées  par  cette  pianiste  et  lui  offrit  un 
beau  piano  à  queue  des  ateliers  Pleyel-Wolff. 
Il  n'en  resta  pas  là,  et  lui  facilita  les  débuts  si 
difficiles  de  la  carrière. 

La  première  fois  qu'on  l'entendit  dans  un 
concert  à  orchestre,  ce  fut  à  la  Société  natio- 
nale, où  elle  exécuta  un  concerto  de  B.  Godard. 
Puis,  les  concerts  Pasdeloup,  Colonne,  La- 
moureux  lui  ouvrirent  leurs  portes,  trop  heu- 
reux de  donner  au  public  l'occasion  de  juger 
le  talent  d'une  virtuose  de  valeur.  Au  théâtre 
du  Châtelet,  M.  Colonne  lui  permit  de  se  faire 
apprécier  fort  souvent;  depuis  l'année  de  1879, 
elle  ne  donna  pas  moins  de  seize  auditions, 
dans  lesquelles  furent  joués  les  concertos  de 
Mendelssohn  [sol  mineur),  de  C.  Saint-Saëns 
(deuxième  et  quatrième),  de  Schumann,  de 
Mozart  [ré  mineur),  de  Beethoven  {ict  et  ré 
mineur,  mi  bémol),  de  Pierné,  de  Pfeiffer,  de 
Liszt  (fantaisie) 

Chez  Lamoureux,  l'accès  fut  moins  facile. 
Avec  son  tempérament  autoritaire,  le  chef 
d'orchestre  des  Nouveaux  Concerts  se  refusait 
à  admettre  les  pianos  Pleyel,  que  joue  exclusi- 
vement M™s  Roger-Miclos;  aussi  dut-elle 
attendre  un  temps  assez  long  avant  de  voir 
lever  l'ostracisme. 

En  1881,  M'ie  Miclos  épousait  M.  Roger, 
inspecteur  au  chemin  de  fer  du  Nord,  qui  était 
un  fervent  de  la  musique  :  ce  fut  une  heureuse 
union,  malheureusement  trop  courte,  car  il 
mourut  dans  l'année  1887. 


198 


LE  GUIDE  MUSICAL 


r 

Depuis,  M"'^  Rogei-Miclos  s'est  adonnée  au  ! 
professorat,  mettant  en  pratique  l'excellente  ' 
méthode  qu'elle  tient  de  M™«  Massart  :  son 
enseignement  n'est  cependant  pas  immuable, 
absolu,  et  elle  traite  chaque  élève  suivant  son 
tempérament.  Cette  tâche,  à  laquelle  la 
majeure  partie  de  sa  vie  a  été  vouée,  l'a 
empêchée  de  se  produire  en  public  aussi 
souvent  qu'elle  l'aurait  désiré  ;  cependant,  en 
dehors  de  Paris  et  de  France,  la  charmante 
artiste  a  entrepris  plusieurs  voyages  en  Suisse, 
en  Belgique,  en  Espagne  et  en  Angleterre  ; 
l'accueil  a  été  toujours  des  plus  bienveillants. 

Sous  des  apparences  un  peu  froides,  elle 
cache  une  âme  sensible  à  toutes  les  beautés, 
celles  de  la  nature  comme  celles  des  beaux- 
arts.  Elle  lit  beaucoup  et  est  au  courant  de  la 
littérature  moderne.  Sa  nature  repousse  tout 
parti  pris  et  la  rend  éclectique  dans  ses  goûts, 
—adorant  Victor  Hugo,  Alfred  de  Musset,  Théo- 
dore de  Banville,  Flaubert,  Guy  de  Maupas- 

Sant,  Alphonse  Daudet,  Paul  Bourget En 

peinture,  ses  admirations  vont  souvent  à  des 
œuvres  émanant  d'écoles  absolument  diffé- 
rentes. D'instinct  elle  est  coloriste,  et,  cepen- 
dant, après  s'être  éprise  d'un  tableau  d'Henner, 
elle  ne  sera  pas  moins  enthousiasmée  par  une 
des  grandes  pages  du  fresquiste  Puvis  de  Cha- 
vannes.  La  poésie  qui  s'en  dégage  la  subjugue 
et  l'enivre. 

Les  portraits  et  bustes  qu'elle  a  inspirés  sont 
assez  nombreux.  Nous  donnons  la  préférence 
au  buste  d'Antonin  Cariez,  déjà  mentionné,  qui 
occupe  la  place  d'honneur  dans  son  cabinet  de 
travail.  Un  peintre,  M.  Peixotto,  s'inspirant 
du  portrait  de  M™^  Récamier  par  David,  l'a 
représentée  étendue  sur  un  sopha,  recouverte 
d'une  longue  tunique  blanche,  laissant  voir  les 
épaules  qui  sont  admirables,  la  tête  avec  le 
regard  noyé,  les  pieds  maintenus  dans  des 
sandales.  L'ouvrage  est  faible  ;  la  ressemblance 
surtout  laisse  à  désirer,  comme  du  reste,  dans 
la  petite  toile  signée  Henner  qui  orne  la  salon. 
Ici,  l'impression  est  triste,  d'une   tristesse  qui 


donne  une  impression  de  l'au  delà.  La  tête, 
d'une  blancheur  exsangue,  d'un  contour  ingrat 
et  d'un  pauvre  dessin,  apparaît  au  milieu  d'une 
tache  noire.  C'est  toujours  le  même  effet  pro- 
duit par  un  artiste  d'un  talent  original,  mais 
qui  se  répète  trop,  et  cela  avec  des  défauts  très 
accusés. 

Le  jeu  de  M™«  Roger-Miclos  est  d'une 
grande  correction  ;  le  mécanisme  est  impecca- 
ble. Possédant  une  volonté  de  fer,  une  ardeur 
que  rien  ne  peut  rebuter,  elle  a  su  vaincre 
toutes  les  difficultés  de  son  art.  A  la  première 
audition,  l'impression  qui  se  dégage  serait,  à 
côté  d'un  brio  remarquable,  une  certaine  froi- 
deur, mais  elle  n'est  qu'apparente,  comme  dans 
sa  physionomie,  qui  s'anime  sous  l'impression 
d'une  vive  émotion.  Ecoutez-la  exécuter  telle 
ou  telle  page  d'un  de  ses  maîtres  favoris  :  le 
Carnaval,  les  Fantasiestiicke,  Kreisleriana!... 
L'interprétation  de  ces  pièces, — où  le  maître  de 
Zwickau  a  introduit  une  si  grande  variété  de 
modes  délicats,  un  sentiment  poétique  intense, 
des  rythmes  très  particuliers  et  nouveaux,  — 
est  d'une  spirituaUté  charmante.  Le  coloris  est 
merveilleux  ;  les  multiples  nuances  existant 
entre  le  forte  et  le  piano  sont  rendues  avec  une 
suprême  délicatesse,  grâce  à  un  emploi  intelli- 
gent des  pédales  et  surtout  à  la  compréhension 
de  l'œuvre  (i). 

Pour  elle,  le  roi  du  piano,  c'est  Rubinstein, 
qui  réunit,  à  lui  seul,  toutes  les  qualités  de 
puissance,  de  charme,  de  haute  compréhension 
artistique.  «  En  l'écoutant,  —  dit-elle,  —  on 
oublie  que  c'est  un  pianiste  ».  Mot  fort  juste, 
puisque  l'instrumentiste  doit  toujours  dispa- 
raître pour  ne  laisser  venir  en  lumière  que  la 
beauté  de  l'œuvre  qu'il  interprète. 

Hugues  Imbert. 


(i)  M""  Roger-Miclos  doit  entreprendre,  à  la  fin  du 
mois  de  février  1S94,  une   tournée  artistique   en   Aile- - 
magne  ;  Berlin,  Leipzig,  Dresde,  etc. . .  Elle  fera  enten. 
dre  de  nombreuses  pages  de  Robert  Schumann. 


^, 


Vient  de  paraître  à  la  librairie  Fischbaclier,  33,  rue  de  Seine,  à  Paris,  et  chez  Schott  frères,  à  Bruxelles  , 
Tristan  et  Iseult,  étude  sur  le  drame  de  Richard  Wagner,  par  Maurice  Kuffekath.  Un  volume  de  400  pages, . 
Prix  ;  5  francs;  sur  papier  de  lu.xe,  10  francs. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


\199 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

Le  dernier  concert  de  la  Société  nationale  de 
musique  fut  spécialement  intéressant,  tant  par 
la  mise  au  programme  de  plusieurs  composi- 
tions inédites  que  par  le  choix  très  heureux 
d'oeuvres  déjà  entendues  et  qu'on  aime  enten- 
dre à  nouveau.  De  celles-ci,  le  génial  quatuor 
du  maître  C.  Franck  pour  instruments  à 
archets,  dont  il  fut,  ici  même,  trop  souvent 
et  trop  bien  parlé  pour  qu'il  soit  utile  d'en 
rappeler  les  beautés  radieuses,  interprété  de 
très  remarquable  façon  par  les  quartettistes  de 
la  société,  MM.  Geloso,  Capet,  Monteux, 
Schnecklud  ;  puis  des  pièces  pour  piano  de 
MM.  E.  Chabrier  et  Gabriel  Fauré,  merveil- 
leusement jouées  par  M.  E.  Risler. 

Dans  la  partie  inédite  du  concert,  un  quin- 
tette pour  piano  et  instruments  à  archets, 
dédié  à  la  mémoire  de  César  Franck,  par  M.  P. 
de  Wailly,  œuvre  fort  intéressante  et  de  con- 
ception élevée.  Le  thème  de  l'Introduction, 
dont  les  transformations  diverses,  passant  dans 
les  trois  parties,  assureront  l'unité  de  l'ensem- 
ble, est  de  noble  allure  ;  il  faut  signaler,  dans  le 
premier  allegro,  de  beaux  développements 
déduits,  un  peu  avant  la  conclusion,  d'une  idée 
qui  semble  nouvelle,  matériellement,  si  je  puis 
dire,  mais  qui  n'est  pourtant  elle-même  qu'une 
déduction  psychologique  des  autres  thèmes. 
L'adagio,  peut-être  la  meilleure  partie  de 
l'œuvre,  est  d'un  beau  sentiment  calme  et  d'une 
poésie  très  intense.  Le  public,  décidément  plus 
fermé  encore  qu'on  ne  le  croit,  n'a  d'ailleurs 
rien  compris  à  cette  phrase  longuement  étalée, 
quoique  d'un  contour  très  arrêté  :  mais  cette 
inintelligence  n'enlève  rien  au  mérite  du  mor- 
ceau. Le  finale  est  joyeux,  mais  d'une  joie 
d'âme,  encore  grave,  la  joie  paisible  du  maître, 
et  des  fragments  du  quintette  de  Franck  pas- 
sent parmi  les  développements  de  M.  de 
Wailly.  Assez  fréquemment  reproche-t-on  aux 
œuvres  de  manquer  d'air;  à  ce  finale  on  pour- 
rait adresser  le  reproche  contraire  :  il  y  a  trop 
d'air.  Les  arrêts  se  multiplient  et  les  change- 
ments de  mouvement  plus  qu'il  ne  faudrait. 
Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  petits  défauts  et 
d'autres  qu'une  plus  minutieuse  analyse  décou- 
vrirait peut-être,  le  quintette  de  M.  de  Wailly 
est  une  œuvre.  L'interprétation  a  été  bonne  de 
la  part  des  quartettistes  déjà  nommés,  mais 
insuffisante  de  la  part  du  pianiste,  M.  D.  Blitz  : 


son  jeu  est  correct,  mais  d'une  désespérante 
mollesse. 

Deux  Proses  lyriques  de  M.  Cl.  A.  Debussy 
ont  été  chantées,  fort  bien  d'ailleurs,  par 
M'if^  Th.  Roger.  M.  Debussy  est,  parmi  les 
«  jeunes  »,  un  de  ceux  sur  lesquels  il  est  permis 
de  compter  le  plus  pour  accroître  la  gloire  de 
l'école  française.  Ces  deux  nouvelles  composi- 
tions sont  absolument  exquises  ;  le  sentiment 
en  est  d'une  rare  distinction  et  d'une  émotion 
intense,  et  l'enveloppement  instrumental  que  le 
piano  doit  tisser  à  la  voix  est  d'une  absolue 
personnalité.  M.  Debussy  accompagnait  lui- 
même  et  de  façon  telle  que  le  mieux  serait  im- 
possible. 

Quand  j'aurai  ajouté  que  M"«  Remacle  a  dit 
avec  talent  trois  jolies  mélodies  de  M.  La- 
combe,  j'aurai  rendu  justice  à  tous  ceux,  au- 
teurs et  interprètes,  qui  ont  contribué  au  succès 
de  cette  belle  séance.  J.  G.  R. 

Beaucoup  de  musique  contemporaine,  sinon 
moderne,  au  dernier  concert  d'Harcourt.  Négli- 
geons d'abord  l'ouverture  de  Don  Juan,  placée 
en  tête  du  programme  pour  montrer  peut-être 
«  comment  il  faudrait  pouvoir  faire  » .  Ce  qui 
frappe  particulièrement,  dans  la  plupart  des 
morceaux  qui  ont  suivi,  c'est  un  aspect  de 
«  déjà  vu  »,  la  réminiscence  non  littérale,  mais 
une  sorte  de  silhouette,  une  parenté,  un  air  de 
famille  avec  des  œuvres  bien  connues.  Qu'im- 
porterait l'identité  ou  la  ressemblance  absolue 
de  deux  thèmes,  si  les  développements  accu- 
saient un  faire  .personnel.  Wagner,  utilisant 
l'yi /«£«  saxon  dans  son  Parsifal,  après  Men- 
delssohn,  et  Lalo  prenant  un  thème  de  Grieg 
pour  sa  Rhapsodie  norwégieiine,  ne  sont  pas 
diminués.  Plus  fâcheux  est-il  de  constater  le  fait 
du  compositeur  qui  se  croit  libre  dans  son  éla- 
boration, tandis  qu'une  influence  occulte  dont 
il  ne  s'aperçoit  pas,  pèse  sur  ses  idées,  les 
imprègne  en  tout  sens.  Bien  entendu,  il  s'agit 
ici  non  des  effrontés  démarqueurs  à  l'aifût  de 
toute  fiibusterie  praticable,  mais  du  musicien 
de  bonne  foi,  de  l'artiste  qui  croit  parcourir  à 
l'aventure  les  vierges  plaines  de  l'imagination, 
alors  qu'à  son  insu,  ses  pieds  suivent  des  che- 
mins frayés  ou  s'en  écartent  à  peine. 

Le  Concertstùck  pour  piano  et  orchestre  de 
M.  Diémer,  le  distingué  pianiste,  ne  manque 


20^ 


LE  GVJDL  MUSICAL 


ô&s  de  qualités  de  forme  ;  il  est  évidemment 
/bien  écrit  pour  l'instrument,  quoique  sans  trop 
'  de  variété  ;  des  arpèges,  puis  des  arpèges 
encore.  Le  premier  thème  rappelle  le  phrasé 
facile  de  Mendelssohn,  et  le  finale  vivace  se 
déroule  un  peu  trop  parallèlement  à  Vlnvita- 
tidn  à  la  valse  de  Weber.  Même  rhytme  dans 
le  premier  thème,  même  trio  mélodique. 
M.  Quevremont,  qui  tenait  le  piano,  n'en  joue 
pas  mal  ;  il  embrouille  un  peu,  surtout  de  la 
main  gauche.  Il  a  ensuite  joué  la  XII'^  Rhap- 
sodie de  Liszt  avec  cette  désagréable  tendance 
des  pianistes  à  étriquer  les  phases  farouches 
du  Lied  hongrois;  on  pourrait  dire  que  la 
respiration  laisse  à  désirer  dans  l'exposition  de 
la  mélodie. 

La  Fantaisie  triomphale  pour  orgue  et  or- 
chestre de  M.  Th.  Dubois  pèche  vraiment  par 
le  manque  de  noblesse.  De  l'emphase,  oui  ; 
mais  le  triomphe  nous  a  paru  bien  vulgaire 
et  la  fantaisie  peu  légère.  Le  premier  thème 
est  un  tempo  dipolacca  un  peu  retenu,  avec  sa 
conclusion  sur  le  troisième  temps  de  rigueur. 
Quant  au  second,  c'est  une  Rosalie  à  la  Gou- 
nod,  de  quatre  en  quatre  mesures  jusqu'aux 
trente-deux  traditionnelles;  il  y  a  les  dévelop- 
pement prévus,  attendus  et  un  finale  élargi  sur 
des  harmonies  déjà  entendues  dans  le  Roméo 
du  maître. 

Nous  3'  opposerons  la. M e'ditation,  aussi  pour 
orgue  et  orchestre,  de  M.  Ch.  Lefebvre  ;  sans 
atteindre  les  hauts  sommets,  cette  œuvre  est  ce 
qu'elle  veut  être,  point  important.  Nous  y 
avons  noté  une  ligne  mélodique  non  sans 
charme,  une  progression  heureuse,  vers  la  fin, 
et  surtout  l'orcliestration  idoine  ;  du  hautbois, 
de  la  harpe,  des  effets  discrets,  qui  contribuent 
certes  à  augmenter  l'aspect  sympathique  de 
cette  composition,  fort  bien  exécutée,  d'ailleurs, 
par  M.  Gigout. 

Il  n'y  a  pas  beaucoup  à  insister  sur  quatre 
mélodies  de  M.  Lenormand,  qu'a  chantées 
M"'=  A.  Remy.  Elles  rentrent  quelque  peu, 
malgré  leur  facture  soignée,  dans  la  catégorie 
neutre  avec  réminescences. 

Les  petites  Feuilles  d'album  de  Chauvet, 
orchestrées  —  avec  goût  —  par  M.  Maréchal, 
nous  ont  davantage  intéressé  ;  une  romance, 
un  Lied  et  la  Trompe  des  Alpes  sont  d'un 
charme  pénétrant  ;  la  ronde  finale  est  ai- 
mable. 

J'avoue  n'avoir  pas  bien  compris  l'idée  de 
M.  P.  Porthmann,  qui  a  trouvé  dans  la  Chute 
de  la  Maison  Ushcr,  ou  plutôt  dans  le  poème 
The  hauntes  palace  de  Poë,  l'occasion  d'une 
symphonie  à  programiTie.  Les  poèmes  de  Poë 


ont  une  telle  précision  littéraire,  une  forme  tel- 
lement adéquate,  qu'il  nous  paraît  bien  diffi- 
cile, sinon  impossible,  d'y  ajouter  une  intensité 
expressive  quelconque  par  l'enluminure  musi- 
cale. Nous  n'y  voyons  pas  ce  vague  spécial,  ce 
flou  caractéristique  qui  peut  servir  de  point  de 
départ  à  l'amplification  musicale,  qui  est  une 
sorte  de  terrain  de  transition  entre  la  littérature 
et  la  musique.  Nous  n'y  voyons  pas  expirer  en 
contours  indécis  l'art  du  poète  réclamant,  pour 
soutenir  son  vol,  le  secours  du  musicien.  Cette 
réflexion,  non  certes  à  propos  de  la  lourde,  in- 
fidèle et  incomplète  traduction  française  qu'on 
distribuait  aux  auditeurs  et  à  laquelle  man- 
quaient la  seconde  et  la  quatrième  strophe  du 
poème  de  Poë,  Banners  yellow...  et  A7id  ail 
with  pearl... 

La  partition  de  M.  Porthmann  se  ressent 
fortement  de  son  inexpérience.  Malgré  son  in- 
tention descriptive,  elle  est  obscure  et  mono- 
tone. Quant  au  faire,  cela  sent  l'élucubration 
laborieuse  et  impuissante,  malgré  quantité  d'in- 
tentions qui  ne  portent  malheureusement  pas. 

L'orchestre  est  diffus,  flasque  ;  il  y  a  pour- 
tant tout  l'attirail  voulu  :  harpe,  cor  anglais  et 
—  dernier  genre  —  alto  solo.  Non,  c'est  une 
chose  qui  nous  paraît  manquée  ;  et  si  le  rôle  de 
la  critique  était  de  conseiller  les  gens,  nous 
dirions  à  l'auteur  que  la  tentative  dépassait 
peut-être  la  mesure  de  ses  jeunes  forces,  qu'il 
pourrait  appliquer  avec  plus  de  bonheur  à  des 
œuvres  de  moindre  importance.  M.   R. 

Succès  sur  toute  la  ligne  au  concert  Colonne 
du  dimanche  i8  février.  Succès  de  compositeur 
pour  Théodore  Dubois,  qui  a  orchestré  mer- 
veilleusement deux  pièces  pour  piano  pédalier 
de  Robert  Schumann  (i).  La  première  est  un 
Adagio  en  5i  majeur,  superbe  de  style  et  de 
profonde  expression.  Quelle  poésie  intense  dans 
cette  phrase  dialoguée  en  forme  de  canon, 
entre  la  flûte,  le  hautbois,  la  clarinette,  le 
basson  et  les  contrebasses  !  La  seconde  est 
un  Allegretto  en  si  mineur,  charmant  et 
délicat  badinage,  dans  lequel  le  basson  joue 
un  rôle  important;  elle  a  été  bissée  d'ac- 
clamation. On  doit  féliciter  M.  Colonne 
de  la  façon  dont  son  orchestre  a  exécuté  ces 
deux  pièces  délicates  et  difiîciles  d'interpré- 
tation. Nous  espérons  bien  les  entendre  à 
nouveau. 

Succès    de    virtuose  pour   Sarasate   avec  le 


(I)  Les  six  pièces  du  Recueil  ont  été  transcrites  par 
Georges  Bizet  pour  piano  à  quatre  mains. 


Ll?  GUIDE  MUSICAL 


201 


Concerto  de  Mendelssohn  et  \e  Rondo  cappri- 
cf050deSaint-Saëns.  Ovations,  rappels  !  Succès 
également  pour  AI'"'-  licrthe  Marx,  la  parte- 
naire de  Sarasatc,  qui  a  fort  bien  exécuté  le 
deuxième  concerto  en  sol  mineur  de  Saint- 
Saëns.  Le  maître  français  n'aura  pas  eu  à  se 
plaindre  de  ses  interprètes. 
4. 
Au  Conservatoire,  vive  attraction  pour  la  si 
poétique  œuvre  de  Robert  Schumann,  le  Pa- 
radis et  la  Péri.  Nous  en  rendrons  compte 
dans  notre  prochaine  chronique. 

Nous  sommes  en  retard  pour  dire  quelques 
mots  de  la  dernière  séance  de  MM.  J.  Philipp, 
Berthelier,  Loeb,  Balbreck  et  Carembat,  à  la 
salle  Erard.  On  a  surtout  applaudi  le  second 
morceau  in  modo  d'una  marcia  et  le  scherzo 
du  beau  Quintette  de  Robert  Schumann,  pour 
piano  et  cordes,  puis  Yallegro  agitato  de  la 
sonate  d'Ed.  Grieg  (op.  36)  pour  piano  et 
violoncelle,  et  enfin  le  scherzo  et  l'adagio  du 
Quatuor  pour  piano  et  cordes  de  Gabriel 
Fauré. 

La  dernière  soirée  donnée  par  M.  et  M""=  E. 
Colonne  nous  avait  réservé  une  surprise  :  l'audi- 
tion en  plusieurs  langues  de  mélodies  diverses. 
C'est  ainsi  que  M™'=  Colonne  a  chanté  dans  leur 
idiome  les  Mélodies  populaires  de  Grèce, 
recueillies  par  M.  Bourgault-Ducoudray.  — 
C'est  court,  charmant —  et  si  bien  dit  !  M'i'î  Fré- 
dericksen  (un  peu  émue)  a  fait  entendre  des 
Chansons  norwégiennes,  de  Grieg  et  de 
W.  Thrane,  -  M"^  Esther  Sidner,  des  C/iflH- 
sons  suédoises  deFiaiiln  et  à'IvuïHollstrœm. — 
Quel  charmant  organe  et  quelle  fine  diction 
possède  M""^  Mathilde  Colonne  ?  UAveu,  mé- 
lodie inédite  de  Ch.  Gounod,  d'après  une 
poésie  de  Jean  Rameau,  a  été  bissé  !  Que  dire  de 
nouveau  du  beau  talent  de  M"'^  Marcella  Pregi, 
si  ce  n'est  qu'elle  a  enthousiasmé  l'auditoire 
dans  les  beaux  Lieder  de  Schubert,  de  Brahms 
et  de  Schumann  !  Nous  la  félicitons  tout  particu- 
lièrement du  choix  de  ces  divines  mélodies 

Mais    arrêtons  ici    la   liste,  qui  serait  un   peu 
longue  !  H.  I. 

4. 

Le  petit  Bronislaw  Hubermann  a  donné, 
l'autre  semaine,  un  concert,  salle  Erard.  Le 
petit  virtuose  a  enthousiasmé  l'auditoire  par 
l'étonnant  mécanisme  et  l'extrême  justesse 
avec  lesquels  il  a  interprété  les  différents  mor- 
ceaux du  programme,  parmi  lesquels  figuraient 
le  Concerto  de  Mendelssohn,  les  Danses  bohé- 


miennes de  Sarasate,  et  une  sonate  de  Bach. 

On  peut  prédire  à  cet  enfant  un  brillant 
avenir,  pourvu  que  le  succès  ne  le  grise  pas 
trop  et  qu'il  continue  à  travailler  sérieusement. 
Il  corrigera  ainsi  quelques  petits  défauts,  entre 
autres  celui  de  ses  coups  d'archet  par  saccades, 
ce  qui  n'est  pas  d'un  goût  très  pur. 

Les  bravos  et  les  rappels  lui  ont  été  prodigués 
au  cours  de  cette  soirée,  où  le  public  parisien 
lui  a  fait  l'accueil  le  plus  sympathique. 

La  première  séance  donnée  le  23  février,  à 
la  salle  Pleyel,  par  M"«s  Victoria  Barrière, 
Charlotte  Vormèse,  MM.  René  Carcassade  et 
Pierre  Monteux,  a  été  pleine  d'intérêt.  —  Jeu- 
nesse et  talent  réunis  !  On  a  entendu  le  3«  trio 
de  Rubinstein,  la  sonate  en  ut  mineur  de  Grieg 
pour  piano  et  violon  et  le  quatuor  en  si  bémol 
(op.  4.1)  de  Saint-Saëns,  une  des  bonnes  pages 
du  maître  français. 

'I' 
Après  la  première  représentation  de  Néron, 
à  Rouen,  Rubinstein  est  venu  passer  quelques 
jour-  à  Paris,  mais  dans  le  plus  strict  incognito. 

4, 

T 

Lundi  19  février,  salle  des  Agriculteurs  de 
France,  8,  rue  d'Athènes,  concert  du  quatuor 
vocal  fondé  par  M™'^  Muller  de  la  Source.  On 
y  a  entendu  la  jeune  violoncelliste  Marguerite 
Baude,  Paumier  de  l'Odéon,  —  et  des  frag- 
ments d'une  œuvre  inédite  du  regretté  Louis 
Lacombe,  le  Tonnelier  de  Nuremberg,  —  du 
Comte  Dry  de  Rossini,  —  de  Fior  d'Aliza  de 
Massé  —  et  Psyché  d'Ambroise  Thomas. 


L'Opéra  de  Paris  vient  de  donner  la  cin- 
quantième de  Samson  et  Dalila  de  M.  G. 
Saint-Saëns.  Ce  nombre  de  représentations  a  été 
atteint  en  l'espace  de  quinze  mois,  et  la  somme 
des  recettes  a  produit  le  chiffre  respectacle  de 
823,000  francs  ! 


BRUXELLES 

M.  Joseph  Dupont,  remis  de  son  influenza, 
avait  repris  le  bâton  de  chef  d'orchestre  pour  le 
troisième  concert  populaire  de  la  saison,  et  le 
public  a  saisi  cette  occasion  pour  faire  à  l'émi- 
nentcapcllnieistcr  un  très  chaleureux  accueil. 
A  la  fin  du  concert,  après  l'exécution  des  frag- 
ments de  Wagner  que  portait  le  programme, 
fragments   déjà   maintes    fois    entendus,    mais 


202 


LE  GUIDE  MUSICAL 


joués  cette  fois  avec  beaucoup  d'ampleur  et  de 
verve  (notamment  la  Marche  funèbre  pour 
Siegfried  et  la  Chevauchée  des  Walkyries)  les 
applaudissements  ont  pris  l'allure  d'une  véri- 
table ovation. 

Le  grand  intérêt  du  concert  a  été  dans 
l'apparition  de  M.  César  Thomson,  qu'on  n'a  eu 
que  rarement  roccasion  d'entendre  à  Bruxelles, 
bien  qu'il  soit  Belge,  ou  parce  qu'il  l'est.  Le 
succès  de  cet  exceptionnel  virtuose  a  été  énorme, 
encore  que  le  Concerto  pour  violon  de  Gold- 
marck  qu'il  avait  choisi,  ait  médiocrement 
intéressé  comme  composition.  Mais  quel  style 
M.  Thomson  a  su  mettre  dans  les  moindres 
phrases  chantantes  !  Quelle  verve  et  quel  éclat 
dans  les  traits  brillants  que  le  compositeur  a 
ménagés  au  virtuose  dans  cette  composition 
touffue  et  laborieuse!  Il  y  a  dans  le  jeu  de 
M.  Thomson  un  charme  étrange,  une  chaleur 
interne  de  sonorité,  une  intensité  d'expression 
qui  sont  profondément  saisissantes,  et  qui  ont 
vivement  impressionné  la  salle,  laquelle  était 
archicomble.  M.  Thomson  a  également  joué  le 
Trille  du  Diable,  qu'il  exécute  comme  per- 
sonne, avec  une  aisance  et  une  équanimité 
absolument  invraisemblables.  La  salle,  en  dé- 
lire, l'a  rappelé  jusques  à  quatre  fois. 

Le  lendemain,  le  succès  du  grand  virtuose 
s'est  renouvelé  au  Cercle  artistique,  dans  V Ada- 
gio et  la  Fantaisie  de  Paganini  et  dans  le  deu- 
xième  Concerto  de  Wieniawsky. 

Au  même  concert,  on  a  pu  apprécier  plus 
complètement  qu'on  n'avait  eu  l'occasion  de  le 
faire  la  veille  au  Concert  populaire,  la  pianiste 
qui  avait  accompagné  les  petites  pièces  de 
M.  Thomson  :  M™'=  Delhaze,  professeur  au 
Conservatoire  de  Liège.  Cette  artiste  de  talent  a 
un  mécanisme  d'une  clarté  tout  à  fait  remar- 
quable ;  elle  est  de  l'école  deThalberg — par  un 
élève  de  celui-ci  —  et  sa  tenue  au  piano  est  clas- 
sique dans  toute  l'acception  du  mot.  M™^  Del- 
haze a  joué  une  pièce  de  Scarlatti  et  une 
brillante  étude  de  Martucci,  avec  une  légèreté 
de  toucher,  une  limpidité  dans  les  traits  qui  lui 
ont  valu  un  très  vif  et  très  légitime  succès. 

Nous  ne  pouvons  en  dire  autant  de 
M"«  Courtenay-Thomas,  une  élève  de  M^e  Mar- 
chesi,  qui  a  chanté  d'une  voix  très  étranglée 
dans  le  registre  élevé,  et  avec  des  nasillements, 
imités  d'Yvette  Guilbert,  très  déplaisants  dans 
l'air  d'Agathe  du  Freyscliiitz  et  dans  l'insup- 
portable air  de  la  folie  de  Hanilet.  Elle  a 
mieux  dit,  à  la  fin,  l'air  de  Marceline  des  Noces 
de  Figaro. 

Mercredi,  à  la  salle  Ravenstein,  très  jolie 
soirée  —  la   deuxième  de  la  série  —   du  qua- 


tuor Crickboom.  Seulement,  cette  fois  on  n'a 
pas  eu  de  quatuor,  mais  seulement  deux  trios, 
celui  en  mi  bémol  de  Beethoven  (qu'elle  mer- 
veille !)  et  le  pathétique  trio  en  réàe  Schumann, 
joués  par  MM.  Crickboom  et  Merck,  avec 
M"^  Louisa  Merck  au  piano.  Entre  les  deux 
trios,  M.  Crickboom  a  joué  avec  M.  Angenot  le 
délicieux  Concerto  pour  deux  violons  de  Bach 
et  une  Elégie  de  son  maître  Ysaye.  On  a  parti- 
culièrement distingué  dans  cette  séance  la 
pianiste,  M"e  Louisa  Merck,  qui  a  tenu  le 
piano  avec  une  vaillance  très  applaudie  pendant 
toute  la  soirée.  Son  toucher  délicat,  ses  fines 
qualités  de  musicienne  accomplie,  ont  eu  l'oc- 
casion de  se  faire  valoir  dans  les  deux  trios 
d'une  façon  peu  ordinaire  ;  et  dans  les  très 
chaleureux  applaudissements  qui  ont  récom- 
pensé les  jeunes  et  charmants  artistes,  une 
bonne  part  est  allée  à  elle.  Il  faut  louer  aussi 
sans  réserve  l'exécution  du  Concerto  de  Bach. 
C'était  vraiment  très  bien. 

La  deuxième  séance  de  musique  de  chambre 
de  M'i<=Derscheid  avait  réuni  jeudi,  à  la  Grande- 
Harmonie,  un  nombreux  auditoire  et  le  succès 
a  été  très  vif.  M'i^  Derscheid  a  joué  avec 
M.  J.B.  Colyns  la  belle  sonate,  op.  io5,  de 
Schumann,  et  avec  MM.  Colj'ns  et  Jacobs  le 
trio  en  mi  majeur  de  H. -Ferdinand  Kufferath, 
et  le  trio  en  mi  bémol  (le  violoncelle  de  Jacobs 
remplaçant  le  cor)  de  Johannes  Brahms,  que 
les  éminents  artistes  ont  joué  avec  autant  de 
délicatesse  que  de  sentiment. 

L'espace  nous  manque  pour  parler  de  la 
première  séance  du  quatuor  Ysaye  dans  les 
salles  de  l'exposition  de  la  Libre  Esthétique. 
Bornons-nous  à  noter  pour  le  moment  l'ac- 
cueil enthousiaste  fait  à  M.  Ysaye  et  à  ses  col- 
laborateurs. Nous  y  reviendrons.  Jeudi  pro- 
chain, deuxième  séance  toute  entière  consacrée 
aux  œuvres  de  M.  Debussy.  M.  K. 

Mlle  Wolf  a  repris  cette  semaine,  dans  Y  At- 
taque du  moulin,  le  rôle  de  Marceline,  tenu 
jusqu'ici  par  M"«  Armand.  Elle  s'est  acquittée 
de  cette  tâche  peu  commode  avec  une  louable 
vaillance,  et  de  façon  à  satisfaire  ceux  qui 
n'avaient  pu  admirer  dans  ce  rôle  le  beau  talent 
de  sa  devancière,  dont  elle  n'a,  forcément,  ni 
l'autorité,  ni  la  profondeur  d'accent,  ni  l'am- 
pleur de  geste.  Si  sa  voix  n'a  pas  eu,  comme 
celle  de  M"«  Armand,  un  timbre  pénétrant 
dans  les  notes  graves,  par  contre  elle  a  vibré 
avec  plus  d'éclat  dans  les  passages  élevés  du 
rôle.  Au  total,  une  interprétation  très  satisfai- 
sante,  si  on  la  dégage  de  toute  comparaison 


LE  GUIDE  MUSICAL 


203 


avec  celle  de  notre  superbi  contralto,  et  qui 
fait  honneur  au  talent  de  la  jeune  et  intelli- 
gente artiste. 

Salle  bien  garnie  à  la  onzième  représentation 
de  l'œuvre  de  M.  Bruneau,  mais  public;  froid 
et  qui  ne  s'échauffe  quelque  peu  qu'au  qua- 
trième acte,  dont  l'action  dramatique  intense, 
bien  soulignée  par  le  musicien  et  mise  en  puis- 
sant relief  par  l'admirable  talent  de  M.  Se- 
guin, remue  et  touche  profondément. 

J.   Br. 

Chambrée  complète  aux  Galeries  pour  la 
première  de  Sainte  Freya,  le  nouvel  opéra 
comique  d'Edmond  Audran  et  Maxime  Bou- 
cheron. Quelques  mots  du  sujet,  essentiellement 
original.  Les  Van  Beck  habitent  Harlem  et 
sont  les  heureux  usufruitiers  d'une  fortune 
colossale  léguée  par  deux  vieilles  cousines 
mortes  il  y  a  quelques  cent  ans.  Pour  racheter 
leurs  fautes,  les  deux  testatrices  imposent  le  sa- 
crifice séculaire  d'une  Van  Beck  pure  et  naïve, 
s'astreignant  à  prendre  le  voile.  L'inobservance 
de  cette  clause  entraîne  l'annulation  du  testa- 
ment et  le  retour  des  biens  à  la  ville  de  Harlem. 
Il  y  aura  cent  ans  qu'il  n'y  a  plus  eu  de  voca- 
tion religieuse  dans  la  famille  Van  Beck  ;  aussi 
la  jeune  Hortensia  Van  Beck  est-elle  destinée 
à  prononcer  ses  vœux.  Le  bourgmestre  Krabbe, 
jaloux  de  l'opulence  des  Van  Beck,  détourne 
Hortensia  de  ses  devoirs  et,  en  conventionnel 
ennemi  de  la  mainmorte,  chasse  les  héritiers 
et  confisque  la  fondation.  Mais  Van  Beck  a  été 
dans  son  temps  un  joyeux  polisson  :  une  fille 
qu'on  ne  lui  connaissait  pas,  et  qui  est  légère- 
ment visionnaire,  prendra  le  voile  et  sauvera  la 
famille.  Seulement,  sainte  Freya,  le  nom  de  la 
fille  légitimée,  écoute  un  beau  capitaine  de  fré- 
gate qui,  muni  d'un  billet  de  logement,  s'impose 
chez  Van  Beck  et  fait  une  cour  brûlante  à  la 
jeune  ursuline  de  demain.  Les  Van  Beck  vont 
être  déshérités  quand  tout  s'arrange.  Une  vieille 
cousine  a  pris  jadis  le  voile  incognito  :  les  Van 
Beck  peuvent  dormir  tranquilles  jusqu'à  la  fin 
du  vingtième  siècle  et  le  bourgmestre  Krabbe 
participera  à  la  fondation  en  épousant  Hor- 
tensia. 

Ce  thème  prête  à  d'amusants  développe- 
ments. Edmond  Audran  a  brodé  une  partition 
pleine  de  jolies  choses  ;  le  premier  acte  est  ravis- 
sant :  le  duo  des  frileuses  et  l'hosannah  devien- 
dront populaires.  M"':  de  Roskilde  est  une 
sainte  Freya  d'un  mysticisme  exquis.  Sa 
diction  caressante,  sa  voix  pure  et  distinguée 
ont  autant  de  charme  que  sa  troublante  per- 


sonne. On  lui  a  fait  un  accueil  très  chaleureux. 
Elle  est  très  bien  secondée  par  M"«  Ellieze 
Dorange  qui  s'est  chargée  par  complaisance  du 
rôle  de  la  Frisonne,  qu'elle  détaille  avec  talent. 
M"es  Stemma  et  Libra;  MM.  Darmand,  Hé- 
rault et  Lespinasse  complètent  une  interpréta- 
tion raffinée.  Bis  et  rappels  à  foison,  ovation 
bruyante  aux  auteurs,  en  somme  grand  succès 
dont  il  convient  de  féliciter  M.  Maugé  à  qui 
nous  devons  déjà  des  reprises  intéressantes. 
Les  décors  et  les  costumes  sont  coquets  et  font 
revivre  déhcatement  un  intérieur  de  la  Hol- 
lande septentrionale.  N.  L. 

A  l'Alcazar,  on  entend  la  troupe  complète  du 
Ba-Ta-Clan.  Paulus  en  fait  partie,  mais  un 
Paulus  aphone  dont  la  voix  a  suivi  le  mouve- 
ment boulangiste  et  qui  n'évoque  plus  que  le 
souvenir  de  la  crécelle  liturgique  de  la  semaine 
sainte.  Heureusement,  Mevisto,  entouré  de  sa 
troupe,  interprète  en  artiste  le  Ravaillac 
d'Em.  Moreau,  et  fait  pleurer  public,  orchestre, 
ouvreuses,  fauteuils  et  décors.  On  n'est  pas 
habitué  à  entendre  les  choses  lugubres  à  l'Alca- 
zar. Mais  il  y  a  Chambot,  un  comique  désopi- 
lant, et  RudinoÉf,  un  ombiomane  prestigieux 
qui  feront  courir  tout  Bruxelles.  N.  L. 

Le  concert  donné  au  profit  de  l'Association 
pour  Tamélioration  des  logements  ouvriers, 
donné  salle  Marugg,  a  obtenu  un  vif  succès. 

On  y  a  entendu  à  nouveau  la  Servante  maî- 
tresse de  Pergolèse,  interprétée  par  M"=  Mi- 
chaux et  M.  Soyer.  Cette  seconde  audition  a 
été  supérieure  à  la  première. 

Dans  une  partie  de  concert  qui  précédait 
le  charmant  opéra  comique,  on  a  entendu  une 
intéressante  cantatrice,  encore  débutante  et, 
comme  telle  très  émue,  M™e  Maïa  Norly,  élève 
de  Mlle  Livain. 

La  voix  de  M™  Norly  est  d'une  belle  étendue 
et  consciencieusement  travaillée,  d'un  timbre 
agréable,  et  chaudement  colorée.  Douée  d'une 
ph3'sionomie  fort  expressive  et  très  mobile, 
Mme  Norly  remportera,  sans  doute,  des  succès 
à  la  scène,  car  il  est  à  supposer  qu'elle  aspire 
à  aborder  le  théâtre  lyrique. 

La  jeune  cantatrice  a  été  justement  applau- 
die, ainsi  que  la  violoncelliste,  M"^  Kufferath, 
et  M.  Janssens,  qui  remplaçait  la  pianiste, 
M™e  Lallemand,  indisposée. 

M.  Siegfried  Wagner,  qui  vient  de  remporter 
à  Francfort  aux  concerts  du  Muséum,  un  nou- 
veau succès  comme  chef  d'orchestre,  arrivera  à 


20i 


LE  GUIDE  MVSICAL 


Bruxelles  le  i^""  mars  et  commencera  dès  le 
2  mars  les  répétitions  pour  le  grand  concert 
organisé  par  la  maison  Breitkopf  et  Hasrtel. 

La  société  des  Nouveaux  Concerts  à  Liège, 
avait  demandé  à  M.  Siegfried  Wagner  de  venir 
diriger  un  concert  qui  aurait  été  spécialement 
organisé  à  son  intention.  Mais  M.  Siegfried 
Wagner  n'a  pu  accepter  cette  offre  flatteuse. 

Le  concert  de  Bruxelles,  sera  le  seul  qu'il 
dirigera  en  Belgique. 

A  propos  des  craintes  exprimées  par  notre 
correspondant  d'Amsterdam  sur  la  composition 
du  jury  pour  le  concours  de  chant  d'ensemble 
de  Mons,  nous  sommes  en  mesure  de  pouvoir 
démentir  catégoriquement  les  bruits  qui  ont  été 
mis  en  circulation  à  l'étranger.  Le  jury  de  ce 
concours  n'est  pas  encore  formé,  aucun  membre 
n'en  est  désigné,  pas  plus  M.  Massenet  qu'un 
autre. 

La  commission  organisatrice  ne  s'occupera 
officiellement  de  la  formation  du  jury  qu'après 
le  i5mars,  date  de  l'expiration  du  délai  des  ins- 
criptions. Il  est,  en  tous  cas,  entendu  que  les 
sociétés  des  pays  étrangers  qui  prendront  part 
au  concours  seront  représentées  par  des  mem- 
bres du  jury  de  ce  pays. 


Nous  apprenons  que  la  Maison  Schott  orga- 
nise, sous  le  patronage  du  gouvernement,  un 
concours  pour  la  composition  d'une  Marche 
solcnneUc  pour  orchestre  destinée  à  la  céré- 
monie d'ouverture  de  l'Exposition  d'Anvers. 
M.  de  Burlet,  ministre  de  l'intérieur  et  des 
beaux-arts,  a  accordé  un  prix  de  5oo  francs  en 
vue  de  ce  concours.  Les  manuscrits  devront 
être  livrés  avant  le  5  avril. 


CORRESPOND  A  NCES 

ANVERS.  —  Nous  avons  eu,  dimanche  der- 
nier, le  trente-neuvième  concert  populaire. 
Le  programme,  qui  n'était  composé  que  de  trois 
numéros  :  deuxième  symphonie  de  Brahms,  triple 
concerto  de  Beethoven  et  ouverture  de  TannlicBuser, 
avait  attiré  un  nombreux  public. 

L'habitude  de  joindre  au  programme  un  texte 
explicatif  des  divers  morceaux  S3'mphoniques 
n'est  pas  sans  intérêt  pour  l'auditeur,  quoique  la 
merveilleuse  ouverture  de  Tannhauser  ne  nous 
paraisse  guère  en  avoir  besoin,  cette  musique 
sensuellement  mouvementée  s'expliquant  par  elle- 
même.  Il  en   est  autremeirt   de  la  symphonie  de 


Brahms  :  œuvre  indécise,  et  souvent  sans  carac- 
tère On  dirait  plutôt  l'œuvre  d'un  mathématicien 
que  d'un  poète  On  n'y  retrouve  même  pas  cet 
clan  de  modernisme  qui  fait,  par  exemple,  le 
charme  des  symphonies  de  Borodine. 

Qu'il  y  a  loin  d'une  pareille  œuvre  aux  créations 
claires  et  limpides  d'un  Beethoven,  ou  même  aux 
productions  si  rythmiquement  caractéristiques 
d'un  Schumann!  En  un  mot,  l'œuvre  du  maître 
hambourgeois  n'intéresse  que  par  son  coté  savam- 
ment musical  ;  de  véritable  inspir..tion  il  n'y  en  a 
guère. 

L'ouverture  de  Tannkœuser,  par  contre,  émeut  et 
fascine  tour  à  tour,  le  riche  coloris  instrumental  et 
les  mélodies  suaves  qui  sont  propres  aux  compo- 
sitions de  Richard  Wagner  produisent  un  efiet 
irrésistible. 

Le  triple  concerto  (piano,  violon  et  violoncelle) 
de  Beethoven  est  une  œuvre  que  l'on  ne  rencontre 
guère  dans  les  programmes  de  concert.  Il  est  donc 
fort  louable  de  voir  une  institution  comme  celle 
des  concerts  populaires  la  tirer  de  l'oubli.  Cette 
composition  est  pourtant  loin  d'avoir  la  valeur 
intrinsèque  des  concertos  de  piano,  qui  sont  restés, 
avec  le  beau  concerto  de  violon,  des  modèles  du 
genre.  Les  solistes  étaient  MM.  Fr.  Lenaerts, 
Jos.  Marïen  et  Corn.  Smit. 

La  première  de  Mélusvie,  au  Théâtre-Flamand. 
n'pyant  pu  avoir  lieu  mardi,  ainsi  que  nous 
l'avions  annoncé,  force  nous  est  d'en  remettre  le 
compte,  rendu  à  la  semaine  prochaine.  Nous  pou- 
vons cependant  dire,  dès  à  présent,  que  certaines 
pages  de  la  nouvelle  partition  de  Em.  Wambach 
ont  produit,  à  la  répétition  générale,  une  excel- 
lente impression.  Nous  pouvons  nous  attendre  à 
un  succès.  A.  W. 

■^  Au  Théâtro-Roj'al,  Amour  de  Fée,  le  délicat 
ballet  de  M.  Emile  Agniez,  a  reparu  sur  l'affiche, 
et  le  succès  delà  partition  s'est  encore  affirmé.  On 
a  bissé  plusieurs  fois  la  jolie  valse  et  le  finale  du 
deuxième  tableau. 

^# 

BERLIN.   —    Cette    semaine,    où    tombait 
l'anniversaire  de  la  mort  de  Richard  Wag 
ner  (i3  février),  nous  n'avons  eu  que  des  concerts 
presque   exclusivement   consacrés   aux  œuvres  du 
maître  de  Bayreuth. 

Au  Wagner-Verein,  au  concert  Weingartner, 
chez  Mansteadt,  chez  Mcyder  et  à  l'Opéra,  où  l'on 
a  donné  le  Vaisseau- Fantôme. 

Lundi  avait  lieu  le  troisième  concert  du  Wagner- 
Verein.  Le  capcllmeister  Sucher  a  dirigé  la  marche 
funèbre  de  la  GœUei'dammerung.  peut-être  un  peu 
lente  et  sans  grande  émotion  ;  le  prélude  et  le 
finale  de  Tristan,  admirablement  rendus  par  l'or- 
chestre et  par  la  soliste  Rosa  Sucher;  la  Br.tailU 
des  Huns,  peinture  musicale  de  Liszt,  inspirée  par 
une  fresque  de  Kaulbach,  et  la  très  pâle  ouverture 
du  drame  lyrique  le   Cid  de  Peter  Cornélius,  La 


LE  GUIDE  MUSICAL 


205 


Sucher  a,  en  outre,  chanté  un  air  de  Chimène  de 
ce  dernier  drame  et  les  FiinJ  Gedichte  de  Wagner, 
dont  le  quatrième  a  été  redemandé.  M.  et  M""' 
Staudigl  ont  eu  aussi  beaucoup  de  sucrés  dans  un 
air  et  un  duo  à'Euryniithe. 

Le  programme  du  concert  Weingartner  com- 
portait la  marche  funèbre  de  la  Gatlerdammerung, 
les  préludes  du  Vaisseau-Fauiôme,  de  Loheiigrin,  de 
Tannhteuser,  des  M eistersinger  et  la  Danie-Sympltonie 
de  Liszt  (dédiée  à  Richard  Wagner).  Weingart- 
ner a  dirigé  le  tout  sans  partition  et  dans  la  per- 
fection habituelle,  sauf  l'ouverturedes  Meistersinger ; 
elle  était  un  peu  confuse  et,  en  général,  trop  vive. 
C'est,  paraît-il,  la  tradition  de  Bùlow.  Wagner  a 
cependant  écrit  en  tête  du  premier  épisode /«««^c. 
Quant  à  la  marche  funèbre  pour  Siegfried,  j'ai 
remarqué  qu'ici  les  chefs  d'orchestre  précipitent 
le  mouvement  aux  accords  en  ut  msL]e.vii:  fortissimo 
qui  suivent  le  thème  de  l'Epée.  Je  ne  me  l'explique 
pas.  Le  ralentissement  me  semblerait  même  en 
cet  endroit  beaucoup  plus  rationnel.  En  outre,  les 
chefs  d'orchestre(Sucher,Mansteadt,  Weingartner) 
ne  sont  pas  d'accord  sur  le  début  de  la  marche 
funèbre.  Les  deux  premiers  la  font  commencer 
aux  accords  du  Destin  Weingartner  aux  coups  de 
timbale  en  ui  dièse.  Je  préfère  de  beaucoup  cette 
dernière  version. 

La  symphonie  de  Liszt  est  un  chef-d'œuvre  de 
musique  descriptive  ;  les  thèmes  de  l'Enfer  sont 
saisissants  dans  leur  profond  réalisme  ;  la  première 
partie  du  purgatoire,  très  élevée;  la  seconde  (le 
fugoto],  assez  sèche.  M""  Hiedlera  très  bien  dit  les 
quelques  mesures  du  soprano  solo  dans  le  paradis; 
le  chœur  de  voix  de  femmes  (alto)  très  correct. 

Aux  Concerts  populaires,  un  «  Wagner- Abend»  : 
le  prélude  et  la  scène  du  Vendredi-Saint  de  Parsi- 
fal,  l'ouverture  àeFaust,\2LKaisermarsch,\'onveïUxre 
du  Vaisseau-Fantôme  et  la  marche  funèbre  pour 
Siegfried.  C'est  à  ce  concert  qu'on  nous  apprit  la 
mort  subite  de  Hans  von  Bulow. 

Le  lendemain  a  eu  lieu  un  concert  à  sa  mémoire  : 
la  Marche  funèbre  de  Wagner,  un  choral  pour  orgue 
(par  le  professeur Reimann)  de  Yiachjles Symphonies 
héroïque  et  en  nt  mineur  de  Beethoven  et  l'Ouver- 
ture tragique  de  Brahms  :  les  trois  grands  B,  comme 
disait  Biilow. 

Le  2  mars,  à  la  Singakademie,  nous  aurons  les 
Béatitudes  de  César  Frank  On  ne  connaît,  à  Ber- 
lin, que  son  quintette,  joué,  il  y  a  quelques 
années,  par  Biilow. 

Ce  sera  probablement  Richard  Strauss,  de 
Weimar,  qui  remplacera  Weingartner  à  l'Opéra, 
en  1896. 

A  l'Opéra,  les  Medici  de  Leoncavallo  ont  eu 
beaucoup  de  succès  :  le  compositeur  a  été  rap- 
pelé quatorze  fois.  La  critique  se  montre  d'avis 
très  différents.  En  général  cependant,  on  ne  trouve 
pas -le  nouvel  opéra  en  progrès  sur  les  Pagliacci. 

E.  B. 


DRESDE.  —  Au  troisième  concert  Nicodé, 
nous  avons  entendu  une  cantatrice  de  Franc- 
fort, M""  Uzielli.  La  voix  est  d'un  beau  volume, 
la  sonorité  en  est  étendue,  le  timbre  agréable. 
Une  gracieuse  simplicité  règne  sur  toute  la  per- 
sonne de  cette  sympathique  artiste.  Son  père,  le 
regretté  Haering,  était  un  organiste  de  talent .  mais 
c'est  surtout  de  M""  Pautex,  de  Genève,  que 
M""  Uzielli  reçut  l'enseignement  auquel  elle  doit 
plusieurs  de  ses  qualités.  Les  journaux  de  Dresde, 
en  la  félicitant,  ont  exprimé  le  désir  de  la  revoir 
bientôt.  Pour  le  concert  du  mercredi  des  Cendres, 
le  théâtre  était  comble.  Après  l'ouverture  de 
Léonore,  celle  de  la  Fiancée  vendue,  de  Smctana, 
dirigées  par  Schuch,  Antoine  Rubinstein  ,i  pris 
place  au  pupitre  et  a  conduit  sa  scène  dramatique. 

Si  la  première  partie  de  cette  œuvre  magistrale 
est  un  peu  prolongée,  Vadagio  est  de  toute  beauté. 
Les  applaudissements  étaient  tels  que  l'éminent 
compositeur  a  dû  revenir  plusieurs  fois  sur  la 
scène.  Puis  il  s'est  rendu  au  vœu  du  public  en 
improvisant  au  piano  avec  une  vigueur,  une  expres- 
sion saisissantes  qui  n'appartiennent  qu'à  lui. 
Avant  le  départ  de  notre  hôte  illustre  pour  Rouen, 
où  il  est  allé  assister  à  la  première  de  son  Néron, 
c'a  été  une  véritable  fête  artistique  de  l'entendre. 
Cette  incomparable  jouissance  est  devenue  mal- 
heureusement très  rare. 

Clotilde  Kleeberg  nous  a  charmés,  samedi  der- 
nier, avec  les  poèmes  sylvestres  de  Théodore 
Dubois.  Ces  six  pièces  sont  des  bijoux,  que 
l'aimable  pianiste  a  ciselés  avec  une  exquise  déli- 
catesse. 

Lillian  Sanderson,  dans  son  dernier  concert,  a 
obtenu  un  vif  succès.  Le  violoniste  Gregorowitch 
a  répété  la  mazurka  de  Zarzicki.  et  a  produit  beau- 
coup d'effet. 

Hier  soir,  a  eu  lieu  la  cinquième  soirée  du  Quar- 
tetto  Rappoldi-Grutzniacher-Frohberg-Remmele. 
Ces  excellents  artistes  ont  fait  entendre  un  (juar- 
tetto  en  mi  bémol  majeur  d'Eugène  d'Albert, 
œuvre  qui  semble  être  écrite  plutôt  pour  grand 
orchestre. 

La  dernière  soirée  Margarethe  Stern-Pelri- 
Stenz  est  reculée  jusqu'en  avril,  soit  à  cause  des 
nombreux  concerts  qui  accaparent  le  public  et  les 
salles,  soit  parce  que  M™'  Stem  est  en  tournée 
dans  toute  l'Allemagne,  où  elle  est  l'objet  d'ova- 
tions bien  dues  à  son  talent.  Au  commencement 
de  mars,  elle  jouera  dans  deux  grands  concerts  à 
B.ùle  et  à  Zurich. 

Cette  semaine,  rien  de  nouveau  au  théâtre,  si  ce 
n'est  un  acte  de  M.  Pittrich.  Nos  vaillants  artistes, 
M™'  Malten,  MM.  Anthes  et  Scheidemantel  ont 
bien  voulu  se  charger  de  faire  le  succès  de  cette 
Marga,  annoncée  depuis  fort  longtemps.  Jeudi, 
Fra  Diavolc,  étudié  à  nouveau  avec  M.  Erl  dans  le 
rôle  du  protagoniste.  La  dernière  fois  que  ce 
populaire  opéra  d'Auber  a  paru  sur  l'affiche,  le 
héros  en  était    M.  Stritt,  qui  a  malheureusement 


206 


LE  GUIDE  MUSICAL 


quitté  Dresde.   11  y  avait  fait  une  impression  des 
plus  favorables.  Alton. 

P.  S.  —  L'intendant  du  théâtre  royal  est  mort 
le  19  février.  S.  Ex.  M.  le  conseiller  intime  Bser 
avait  occupé  à  trois  reprises  cette  importante 
fonction,  qui  va  être  définitivement  remplie  par 
M.  le  comte  Seebach. 

GENÈVE.  --  On  la  dit  souvent  déjà  : 
Genève,  de  plus  en  plus,  devient  une 
vaste  boîte  à  musique  !  Et  certes  nous  serions 
les  derniers  à  nous  en  plaindre,  si  la  quantité 
n'existait  trop  souvent  au  détriment  de  la  qualité. 
En  outre,  il  résulte  de  cette  pléthore  musicale  que 
le  public,  —  toujours  le  même,  dans  une  ville  de 
80,000  habitants  à  peine,  —  ne  sait  plus  s'orienter 
et  n'assiste  en  rangs  serrés  qu'aux  concerts  à  la 
moifi!  et  aux  innombrables  soirées  de  bienfaisance 
pour  lesquelles  la  carte  forcée  est  devenue  un 
usage  consacré.  Nous  ne  dirons  rien  des  dernières, 
persuadés  que,  le  jour  où  la  critique  les  négligera 
entièrement,  ces  exhibitions  d'amateurs  épris  de 
leur  propre  talent  disparaîtront  d'elles-mêmes. 

Les  concerts  à  la  mode,  ce  sont  nos  concerts 
d'abonnement  qui,  tous  les  quinze  jours,  réunissent 
le  même  public  dans  la  même  salle.  Il  serait  trop 
long,  et  du  reste  peu  intéressant  de  détailler  tout 
ce  que  nous  y  avons  entendu  cet  hiver;  les  œuvres 
qui  sont  des  nouveautés  pour  Genève  ne  le  sont 
généralement  plus  pour  Bruxelles.  Cependant,  à 
part,  les  symphonies  de  Beethoven  (n°  2),  de 
Mozart  (îf^  majeur,  Ju;piler),  de  Haydn  (»»î  bémol, 
n"  i);  la  Sérénade  en  fa,  par  trop  guitaresque,  de 
Jadassohn;  la  Fantastique  Symphonie,  de  Berlioz,  — 
à  laquelle  nous  ne  pouvons  plus  trouver  qu'un 
intérêt  historique,  —  nous  avons  eu  une  nouvelle 
audition  des  exquises  Impressions  d'Italie  de  G. 
Charpentier,  des  fragments  de  Wagner,  du  Cha- 
brier,  puis  la  première  exécution  du  prélude  de 
Janil,  idylle  musicale  en  trois  actes  de  notre 
compatriote  Jaques-Dalcroze,  dont  l'œuvre  paraî- 
tra chez  l'éditeur  E.  W.  Fritszch,  à  Leipzig,  et 
sera  donnée  sous  peu  sur  la  scène  de  notre 
Grand-Théâtre.  Nous  reparlerons  de  celte  œuvre 
très  intéressante  lors  de  son  exécution  intégrale. 
Chacun  de  ces  concerts  d'abonnement,  sous  la 
direction  de  M.  W.  Rehberg,  nous  fait  faire 
aussi  la  connaissance  d'un  nouveau  virtuose  ; 
citons,  parmi  les  derniers  venus,  M.  E.  Sauret 
(concerto  de  Moszkowski),  M"'"  Ketten  (air  de 
Saint- Augustin  de  de  Saint-Quentin),  et  vos  deux 
compatriotes,  M.  A.  De  Greef  et  M.Jean  Gérardy, 
dont  je  suis  heureux  de  vous  annoncer  le  plus 
complet  succès.  L'excellent  pianiste  de  Bruxelles 
a  charmé  tout  le  monde  par  son  exécution  pleine 
de  poésie  du  concerto  de  Grieg  ;  quant  au  petit 
Gérardy,  c'est  assurément  un  grand  maître  du 
violoncelle,  et  les  louanges  de  la  presse  viennoise 
dont  les  échos  l'avaient  devancé  n'ont  nullement 
paru  exagérées. 

Les  concerts    de    virtuoses  étrangers    ont    été 


peu  nombreux  jusqu'à  présent  :  deux  seulement, 
sauf  erreur,  un  de  M.  Eugène  Ysaye,  qui  nous  a 
causé  l'une  des  plus  grandes  jouissances  musi- 
cales de  la  saison,  un  autre  de  M.  E.  d'Albert,  que 
d'aucuns  appellent  génial,  mais  que,  comme  inter- 
prète, nous  avouons  trouver  fort  incomplet, 

C'est  avec  plaisir  que  chaque  hiver  les  musi- 
ciens voient  réapparaître  les  séances  de  musique 
de  chambre  du  quatuor  Rey,  d'autant  plus  que  les 
programmes  en  sont  fort  intéressants,  grâce  à 
l'influence  des  deux  pianistes  qui  prêtent  leur 
concours  à  tour  de  rôle  :  M.  W  Rehberg,  repré- 
sentant de  préférence  les  tendances  de  l'école 
allemande,  M.  Théophile  Ysaye  celles  de  l'école 
française  moderne.  Citons  seulement,  parmi  les 
œuvres  intéressantes,  un  quatuor  à  cordes  de 
Glazounow,  et  le  merveilleux  quatuor  en  ut 
mineur  de  Gabriel  Fauré. 

Je  suis  confondu  de  voir,  en  relisant  ces  quel- 
ques notes,  que  je  me  suis  borné  à  une  sèche  énu- 
mération  de  noms  et  de  titres  d'œuvres;  une  autre 
fois,  je  tâcherai  de  parler  mieux  de  moins  de 
choses.  Qu'il  me  soit  permis,  cependant,  de  men- 
tionner en  terminant  le  grand  succès  artistique  de 
deux  concerts  de  musique  vocale  et  orchestrale  : 
l'un  donné  par  la  Société  de  chant  sacré,  sous  la 
direction  de  M.  Otto  Barblan  (Kyyie  de  la  Missa 
soleimiis  de  Beethoven,  et  Magnificat  de  J.-S.  Bach), 
l'autre  par  la  Lyre  chorale  (chœur  d'hommes), 
sous  la  direction  de  M.  G.  Humbert  et  consacré 
entièrement  aux  œuvres  de  Max  Bruch  :  le  second 
comcerto  de  violon,  exécuté  par  M.  E.  Reymond, 
un  jeune  violoniste  au  tempérament  musical  et 
dont  la  technique  n'est  pas  loin  d'être  parfaite,  et 
les  Scènes  de  Frithjof,  qui  ont  été  une  véritable  ■ 
révélation  pour  le  public  genevois. 

J'aurais    à   vous  parler   encore   du  Théâtre    et  1 

d'une  foule  d'autres  choses je  me  les  réserve  • 

pour  une  prochaine  lettre.  H.  d'O. 

F. -S.  —  On  nous  annonce  de  Lausanne  la  pre- 
mière exécution,  sous  la  direction  de  M.  Georges 
Humbert,  d'une  suite  manuscrite  de  M.  Guy  Ro- 
partz  :   Dimanche  breton.  Très  grand  succès  ;    l'un  1 
des  morceaux  a  dû  être  bissé. 

LIÈGE.  —  Le  deuxième  concert  annuel  du  1 
Conservatoire  fait  honneur  à  M.  Radoux. 
Tout  d'abord,  l'exécution  de  l'ouverture  de  Roméo 
et  Juliette,  de  Tschaïkowsky,  de  tout  le  premier 
tableau  du  Rheingold  et  de  l'ouverture  du  Tann- 
hœuser  avait  été  soigneusement  travaillée.  Ensuite, 
on  a  pu  admirer,  dans  la  scène  et  air  de  ï Allegro 
il  pensieroso  ed  il  moderato,  cet  opéra  allégorique 
de  Heendel,  et  dans  l'air  A'Elie  (Mendelssohn),  la 
belle  voix,  la  diction  savante  et  le  grand  style  de 
la  cantatrice  M'"'  de  Vere-Sapio  Enfin,  M.  Ra- 
doux a  eu  l'heureuse  inspiration  de  faire  entendre 
au.x  Liégeois  leur  jeune  compatriote  que  Vienne, 
Berlin,  Genève  et  Londres  viennent  d'acclamer  : 
Jean  Gérardy,  le  violoncelliste  de  quinze  ans. 

Le  charmant  artiste  !  Véritablement,  il  n'a  rien 
d'un  enfant  prodige,  d'un  de  ces  automates  à  mu- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


207 


sique  qui  réalisent  le  maximum  de  l'insupportable. 
Sa  virtuosité  merveilleuse  est  toiit  entière  au  ser- 
vice du  sentiment;  ce  n'est  pas  de  la  prestidigita- 
tion, c'est  de  l'art.  Et  le  vrai  «  prodige  i),  c'est  de 
voir  un  enfant,  si  gracieusement  et  si  simplement 
enfant,  pénétrer  et  rendre  avec  une  expression  si 
intense  et  si  saisissante  les  sentiments  les  plus 
complexes  et  les  plus  raffinés,  et,  pour  ainsi  dire, 
toute  une  psychologie  musicale  II  a  joué  l'andante 
du  concerto  de  Hans  Sitt,  la  tarentelle  en  fa  de 
Popper  et  le  concerto  de  Raff.  Le  finale  de  ce 
concerto  a  été  son  triomphe.  La  façon  dont  il  a 
rendu  certains  passages  est  la  perfection  absolue  : 
impossible  de  mieux  faire.  Et  c'était  précisément 
les  passages  empreints  de  ces  sentiments  com- 
plexes et  raffinés,  de  cette  gaieté  bizarre  et  mélan- 
colique, de  cette  fantaisie  rêveuse,  de  ces  nuances 
insaisissables,  pour  tout  autre  qu'uu  artiste  con- 
sommé, où  telle  altération  imperceptible  du 
rythme,  telle  accentuation  discrète  de  la  phrase, 
un  rien,  entr'ouvre  le  monde  mystérieux  de  la  Fan- 
taisie, le  sanctuaire  intime  de  l'art.  Ces  pensées 
inexprimables,  l'artiste  vrai,  l'artiste  poète  peut 
seul  les  évoquer  ;  aucun  signe  ne  les  peut  écrire  ; 
l'artiste  seul,  et  on  le  reconnaît  à  cela,  sait  les  lire 
dans  l'intention  du  compositeur.  C'est  une  véri- 
table transfiguration  que  le  concerto  de  Raff  rece- 
vait sous  l'archet  du  petit  Jean  Gérardy  ;  et  c'était 
un  curieux  spectacle,  un  spectacle  qu'un  vétéran 
de  la  critique  déclarait  «  émouvant  »,  de  le  voir, 
calme,  les  yeux  baissés,  sans  «  pose  >>  aucune,  se  re- 
cueillir pour  ainsi  dire  en  écoutant  la  voix  secrète 
de  l'inspiration  ;  puis,  s'animant  peu  a  peu,  s'absor- 
ber si  bien  dans  son  jeu,  qu'il  en  oubliait  l'audi- 
toire. Celui-ci,  enthousiasmé,  stupéfait,  lui  fit 
par  quatre  fois  une  ovation  aussi  attendrie  qu'ad- 
miratrice. 

Bruxelles  partagera, je  pense,  cet  enthousiasme, 
quand  on  pourra  y  entendre  le  surprenant  violon- 
celliste. ].  U. 

•!*•  L'annonce  d'une  audition  du  quatuor  Ysaye, 
dont  les  journaux  parisiens  nous  ont  rapporté  les 
récents  triomphes,  excitait  vivement  l'intérêt, 
comme  aussi  l'extraordinaire  particularité  de  sa 
composition.  C'est  au  comité  de  notre  excellente 
Légia,  animé  plus  que  jamais  par  Sylvain 
Dupuis  d'un  vif  sentiment  du  nouveau,  que  nous 
devions  cette  fête  musicale,  réunissant  en  une 
touchante  confraternité  artistique,  de  jeunes  vir- 
tuoses ardents  et  bientôt  célèbres,  issus  tous,  de 
notre  vieux  sol  wallon. 

Foule  nombreuse,  épanouie,  orgueilleuse  d'ac- 
clamer Ysaye  et.  à  ses  côtés,  Van  Hout,  Jacob, 
Crickboom,  Alfred  Marchol,  puis  saluant  de  ses 
acclamations  le  trop  modeste  compositeur  de 
Vivimie,  Ernest  Chausson.  La  partie  était  cepen- 
dant dure  à  mener  et  à  gagner,  car  les  vaillants 
quartettistes  s'attaquaient  au  périlleux  quatuor  en 
î-É  majeur  de  Vincent  d'Indy,  qui,  en  dépit  de  sa 
transcendante  modernité  et  de  ses  déroutantes 
combinaisons,  apparaissait    de    clarté   superbe  et 


comme  jaillissant  de  source,  grâce  à  de  semblables 
exécutants. 

Le  concerto  pour  violon  et  piano  soli  et  qua- 
tuor de  Chausson,  en  regard  de  l'œuvre  intran- 
sigeante de  son  ami  et  collègue  en  modernisme 
musical,  nous  conduisait  dans  d'autres  sphères. 
La  composition  est  cependant  aussi  inspirée,  de 
merveilleuse  facture,  d'un  intérêt  constant  et  ses 
développements  rythmiques  d'allure  nouvelle.  A 
côté  d'Ysaye,  un  jeune  pianiste  parisien,M  Pierret, 
a  produit  une  sensation  profonde  :  ampleur  du  jeu, 
perfection  dans  les  détails  et  sagesse  dans  les  dif- 
ficiles évolutions  de  sa  difficile  partie. 

M"«  Wilson,  cantatrice  amateur  à  Amsterdam, 
grâce  à  un  remarquable  organe  et  à  une  intelligente 
compréhension,  faisait  valoir  des  composilions 
moins  accentuées  de  Fauré,  Augusta  Holmes  et 
F.  Leborne. 

C'est  très  à  la  longue  que  l'assemblée  enthou- 
siaste s'est  décidée  à  se  séparer,  après  force  ami- 
cales félicitations,  poignées  de  mains  et  souhaits 
ardents  de  nouveaux  et  éclatants  succès  à  Ernest 
Chausson,  à  Ysaye  et  à  ses  très'remarquables  par- 
tenaires. A.  B.  O. 

'-^^^^ 

IONDRES.  —  La  Cari  Rosa  Company  vient 
j  de  donner,  au  Royal  Court  Théâtre  de  Li- 
verpool,  le  Faust  de  Berlioz,  arrangé  pour  la 
scène  par  M.  Friend.  Depuis  longtemps,  les  di- 
lettanti  anglais  ont  reconnu  les  beautés  orches- 
trales de  cette  partition  ;  pas  une  année  ne  s'écoule 
sans  que  la  Royal  Choral  Society  n'y  consacre 
un  de  ses  concerts  de  l'Albert  Hall.  Cette  fois, 
on  l'a  donné,  comme  à  Monte-Carlo,  avec  décors 
et  costumes. 

Bien  que  Berlioz  se  soit  particulièrement  attaché 
à  la  partie  lyrique,  les  critiques  sont  unanimes  à 
reconnaître  qu'un  tel  cadre  donnait  à  maints  pas- 
sages un  certain  relief,  un  accent  que  l'exécution 
simplement  musicale  ne  permettait  pas  d'apprécier 
à  leurjuste  valeur. 

Le  succès  a  été  délirant  ;  la  Marche  hongioise, 
l'Hymne  de  Pâques,  chantée  dans  les  coulisses,  le 
Ballet  des  sylphes  ont  été  bissés  et  redemandés. 
L'apothéose  de  Marguerite,  toutefois,  a  nui  à  l'im- 
pression d'ense  mble  ;  aussi  la  direction  l'a  sup- 
primée depuis  la  première.  L'orchestre  a  été  ex- 
cellent, sous  la  très  adroite  et  consciencieuse 
direction  de  son  chef,  M.  Jaquinot. 

Joachim  a  fait  sa  réapparition  au  Saint  -James 
Hall,  et  aussitôt  les  Saturday  Concerts  ont 
retrouvé  tout  leur  éclat.  Pas  une  place  à  avoir 

Successivement,  dans  le  quatuor  en  mi  bémol 
op  74  de  Beethoven,  dans  le  trio  en  ut  mineur 
op.  I,  n"  3  du  même,  enfin  dans  la  très  difficile 
fantaisie  op.  i3i,qui  lui  fut  dédiée  parSchumann, 
le  grand  maître  du  stradivarius  s'est  joué  des  diffi- 
cultés les  plus  grandes,  de  la  technique  la  plus 
ardue,  sans  jamais  un  seul  instant  de  défaillance, 
et  ce  avec  cette  simplicité,  cette  justesse  impec- 


208 


LE  GVIDE  MUSICAL 


cable,  ce  sentiment  profond  qui  en  font  une  si 
remarquable  et  unique  personnalité.  On  lui  a  fait 
des  ovations  sans  fin. 

M"''  Eibenschûtz,  qui  a  redonne  les  cinq  nou- 
veaux morceaux  de  Brahms,  op  iiS,  ainsi  que 
l'Intermezzo  en  mi  bémol  mineur  op.  ii8,  n'est  pas 
sans  être  en  droit  de  réclamer  une  juste  part  du 
succès,  de  même  que  MM.  Ries,  Gibson  et  Piatti. 

M""  Alice  Esty,  que  nous  entendîmes,  l'an  der- 
nier, dans  The  Golden  Web  du  regretté  Goring  Tho- 
mas, nous  a  donné  la-Ballade  aragonaise de  Massenet 
et  une  pièce  de  Grieg. 

La  London  Symphonie  Society,  désirant  obser- 
ver l'anniversaire  de  la  mort  du  grand  maître  de 
Bayreuth,  avait  consacré  à  ses  œuvres  son  dernier 
concert.  L'exécution  de  \a.  Symphonie  héroïque  a  été 
de  tout  point  excellente,  et  M.  Henschel  est  arrivé 
à  incarner  dans  chacun  des  éléments  de  son  or- 
chestre une  compréhension  parfaite  de  ces  pages 
sublimes.  Par  contre,  dans  le  prélude  de  Parsifal, 
il  reste  beaucoup  à  faire.  La  Chevauchée  des 
Walkyries,  bien  que  jouée  avec  la  grandeur 
voulue,  a  manqué  d'ensemble  dans  l'exécution. 

Le  Guildhall  Choir,  composé  d'environ  deux 
cents  exécutants,  se  fera  entendre,  en  juillet 
prochain,  à  l'Exposition  d'Anvers,  sous  la  direction 
de  sir  Joseph  Barnbj'.  La  ville  aurait  offert  une 
garantie  de  recettes  d'environ  i5,ooo  francs;  en  re- 
vanche, la  phalange  aurait  à  se  faire  entendre  deux 
fois  par  jour,  pendant  une  semaine  entière. 

Le  plus  grand  organiste  anglais,  M.  W.-T. 
Best,  vient  de  résigner  ses  fonctions  à  la  corpora- 
tion de  Liverpool,  pour  raison  de  santé.  Il  se  fai- 
sait régulièrement  entendre  au  Hasndel  Festival. 

M.  Ben  Davies  a  fait  ses  débuts  en  Allemagne, 
à  Elberfeld,  et  se  rendra  sous  peu  à  Berlin. 
M""'  Albani  commence,  cette  semaine,  sa  tournée 
continentale  et  se  fera  entendre  à  Munich. 

A.  Lekime. 

STRASBOURG. —  Martin  Marsick  et  Ed. 
Risler,  deux  artistes  dans  toute  la  force  du 
terme,  ont  eu,  à  leur  concert  de  samedi  dernier, 
comme  auditeurs  tout  ce  que  Strasbourg  compte 
d'amateurs  éclairés  et  d'artistes.  Du  talent  de  Mar- 
sick comme  du  talent  de  Risler,  nous  n'avons  rien 
de  particulier  à  dire,  car,  chez  le  violoniste  tout 
comme  chez  le  pianiste,  toutes  les  qualités  ne 
sont-elles  pas  absolument  parfaites?  Mais  ce  que 
nous  tenons  à  relever,  c'est  le  profond  sentiment 
musical,  la  rigoureuse  pureté  du  style  et  la  grande 
vérité  d'expression  qui  se  rencontrent  dans  l'inter- 
prétation, chez  l'un  comme  chez  l'autre,  des 
œuvres  classiques  et  des  compositions  du  réper- 
toire de  bravoure.  MM.  Marsick  et  Risler  ont 
offert,  entre  autres,  une  traduction  modèle  de  la 
grande  sonate  op.  47,  de  Beethoven  et  de  la 
sonate  pour  violon  et  piano,  en  ut  mineur  de 
Grieg.  Les  soli  de  M.  Marsick  étaient  la  Sonate  dti 
Diabte  de  Tartini,  d'après  une  transcrijition  dont  il 


est  lui-même  l'auteur  ;  un  nocturne  de  sa  compo- 
sition, dont  l'idée  mélodique  est  bien  trouvée,  le 
scherzo  de  Lalo,  et  puis  la  tarentelle  de  Wie- 
niawski,  qu'il  a  enlevée  à  la  pointe  de  l'archet 
avec  une  verve  étourdissante. 

M.  Risler  a  joué  seul  plusieurs  morceaux  de 
Chopin,  la  sonate  en  mi  bémol  op.  81  de  Beetho- 
ven, la  onzième  rhapsodie  et  la  Grande  polonaise  de 
Liszt.  Cette  magnifique  conférence  artistique  aura 
porté  ses  fruits,  car  violonistes  et  pianistes  en 
parleront  avec  enchantement. 

La  première  audition  de  Franciscus  d'E.  Tinel 
avait  attiré  peu  de  monde.  Nous  en  constatons 
néanmoins  le  succès  artistique  que  le  chœur  du 
Conservatoire  et  l'orchestre  municipal,  dirigés 
par  M.  Stockhausen,  ont  obtenu  avec  le  concours 
de  M""  Jeanne  Nathan  et  du  ténor  Bandrowsky, 
de  Francfort. 

Au  dernier  concert  d'abonnement  de  notre 
orchestre  municipal,  M.  Alfred  Lorentz,  un  jeune 
compositeur  strasbourgeois,  à  peine  âgé  de  vingt- 
deux  ans,  qui  dirige  les  études  des  chœurs  au 
théâtre  de  Carlsruhe,  a  fait  exécuter  sous  sa  propre 
direction,  —  une  direction  d'une  grande  fermeté 
et  d'une  remarquable  précision,  —  une  ouverture 
qu'il  a  composée  sur  Othello  de  Shakespeare. 
M.  Lorentz,  dont  l'école  préférée  est  celle  de 
Wagner,  a  mis  enjeu  dans  son  ouverture  d'Othello 
toutes  les  ressources  de  l'orchestration  moderne 
au  bénéfice  d'idées  musicales  clairement  expri- 
mées. C'est  un  talent  qui  promet  beaucoup  et  qui 
saura  tenir  toutes  ses  promesses.  A.  O. 


iVO  Cr  V ELLES  DI  VERSES 


^  Signalons,  dans  la  dernière  livraison  des 
Bayreiitlier  Blœttcr,  la  publication  du  texte 
authentique  de  vingt  et  une  lettres  de  Richard 
Wagner  à  son  ami  Ferdinand  Praeger.  On  sait 
qu'il  y  a  deux  ans  environ,  a  paru,  sous  le  nom 
de  celui-ci,  un  livre  intitulé  :  Wagner  tel  que 
je  l'ai  connu.  Ce  livre,  qui  contient  quelques 
détails  intéressants  et  nouveaux,  renferme  aussi 
beaucoup  d'appréciations  désobligeantes  et 
d'inexactitudes  de  tout  genre  M.  Houston 
Chamberlain  s'est  donné  la  peine  de  relever 
toutes  les  erreurs  commises  par  Praeger  ;  mais, 
ce  qui  est  plus  sérieux,  il  signale  des  altérations 
nombreuses  et  graves  dans  le  texte  des  lettres, 
de  Wagner,  que  Prasger  prétendait  posséder  et 
qui  appartiennent,  en  réalité,  à  une  autre  per- 
sonne. C'est  de  cette  dernière  que  M.  Chamber- 
lain a  reçu  l'autorisation  de  publier  le  texte 
authentique.  Il  reste  à  connaître  quatorze  let- 
tres, dont  Pi  Léger  donne  des  fragments  et  qui 
ne  se  trouvent  pas  dans  la  collection  que  pu- 
blient, dés  à  présent,  les  Bayreutlicr  Blcettcr. 


k 


LE  GUIDE  MUSICAL 


209 


M.  Chamberlain  promet  de  les  livrer  sous  peu 
à  la  publicité  et  de  confondre  ainsi  l'auteur  an- 
glais, qu'il  considère  comme  un  simple  faus- 
saire. 

■^  Par  suite  de  la  mort  de  M.  Arrieta,  la 
place  de  directeur  du  Conservatoire  de  Madrid 
est  vacante  et  fait  l'objet  de  nombreuses  com- 
pétitions. On  ne  sait  pas  encore  si  le  gouver- 
nement choisira  un  directeur  parmi  le  person- 
nel enseignant,  suivant  la  tradition  établie,  ou 
s'il  nommera  un  directeur  étranger  à  l'établis- 
sement. On  cite  parmi  les  candidats  le  maestro 
Breton  et  le  poète  Echegarray. 

■^  Au  Conservatoire  de  Lisboniie,  le  maes- 
tro Augusto  Machado  a  pris  possession  des 
fonctions  directoriales.  A  ce  propos,  notre  con- 
frère portugais  publie  une  biographie  détaillée 
et  le  portrait  de  ce  remarquable  musicien,  dont 
le  bagage  comprend  plusieurs  opéras,  joués 
avec  succès  sur  les  scènes  italiennes,  espagnoles 
et  portugaises. 

•4*-  Nous  annonçons,  plus  loin,  la  publica- 
tion du  second  volume  de  VAhnanach  des 
spectacles  de  M.  Albert  Soubies  (voir  la  Biblio- 
graphie). 

Parmi  les  très  curieux  renseignements  qu'il 
renferme,  nous  relevons  la  statistique  des 
représentations  d'œuvres  de  Wagner  à  Paris. 
A  l'Opéra,  Lohengrin  et  la  Walkyrie  ont 
obtenu,  du  i'^''  janvier  au  3i  décembre  iSgS, 
soixante-dix  représentations  ;  Lohengrin  vingt- 
quatre,  la  Walkyrie  quarante-six. 

Lohengrin  est  bien  près  d'atteindre  sa  cen- 
tième. Au  3i  décembre  il  en  était  à  la  quatre- 
vingt  dix-septième  représentation. 

^  Décidément,  MM.  Abbej'  et  Grau  n'ont  pas 
de  chance;  à  la  dernière  u  season  »,  leur  tournée 
artistique  n'a  pas  été  brillante,  pécuniairement  s'en- 
tend ;  les  nouvelles  de  New- York  ne  sont  guère 
meilleures.  Ils  viennent  de  monter  le  Werther  de 
Massenet,  et,  malgré  l'excellente  interprétation  de 
M""'  Calvé  et  de  M.  Jean  de  Reszké,  l'opéra  n'a 
pas  eu  de  succès. 

BIBLIOGRAPHIE 

■^  UAnnée  dramatique  et  musicale^  par  Camille 
Bellaigue,  chez  Delagrave,  Paris. 

Grâce  à  la  complaisance  d'un  éditeur  mélomane, 
M.  C.  Bellaigue  a  pris  l'habitude  de  réunir  en 
volume,  chaque  année,  ses  articles  de  la  Revue  des 
Deux  Mondes  sur  le  théâtre  et  la  musique.  Le  recueil 
de  iSgS  contient,  entre  autres,  la  chronique  rela- 
tive aux  Béatitudes  de  César  Franck,  exécutées 
intégralement  au  Châtelet,  au  mois  de  mars  der- 
nier. 

A  la  lecture  de  l'article  de  M.  Bellaigue  sur  la 
symphonie  en  ré  mineur,  on  m'a  affirmé  que  César 
Franck,  attristé  par  l'hostilité  du  critique,  avait 
pleuré.  Quel  sentiment  d'amertume  et  de  dégoût 
n'eût  pas  éprouvé  le  vieux  maître  s'il  avait  assez 


vécu  pour  lire  le  factum  du  même  critique  sur  les 
Béatitudes  ! 

«  Musique  indifférente  et  inutile  ..  La  musique 
dont  il  avait  le  secret,  c'est  la  musique  ennuyeuse 
L'ennui,  l'inexorable  ennui,  voilà  son  domaine, 
son  ro3'aume,  le  terrain  sur  lequel  il  fut  sans  rival... 
Vide,  absence  complète  d'action,  de  cette  action 
de  l'âme,  qui  est  la  joie  esthétique,  le  défaut  de 
tout  intérêt  aux  choses  entendues.  .  Mélodie  sans 
relief  et  sans  couleur.  Les  harmonies?  Toujours 
cherchées,  elles  sont  rarement  originnle.<^  et  saisis- 
santes, et,  pour  l'étrangeté,  la  nouveauté  des  ac- 
cords et  des  trouvailles  harmoniques,  les  Béatitudes 
tout  entières  ne  valent  pas  les  deux  accords  du 
Cygne  dans  Lohengrin  ou  un  motet  de  Palcstrina.  n 

Un  tel  jugement  ferait  supposer  que  M.  Bel- 
laigue ne  connaît  pas  les  premiers  éléments  des 
questions  qu'il  traite  avec  tant  d'aplomb  et  de 
suffisance,  si  son  acharnement  de  mauvaise  foi 
contre  César  Franck  ne  s'expliquait  par  le  parti 
pris  d'immoler  l'auteur  des  Béatitudes  à  la  gloire  de 
Gounod ! 

M.  Bellaigue,  s'il  daigne  parfois  parcourir  les 
chroniques  musicales  de  ses  prédécesseurs  à  la 
Revue  des  Deux  Mondes,  a  pu  constater  que  Berlioz 
a  été  vilipendé  par  Scudo,  Wagner  par  le  même 
maître  et  par  Blaze  de  Bury.  Tous  deux  ont  sur- 
vécu à  ces  attaques  et  leur  grandeur  s'en  trouve 
accrue.  Que  restet  il  de  leurs  détracteurs?  Un 
renom  de  sottise  et  d'animosité,  quelques  citations 
de  leurs  bévues  fameuses  et  de  leurs  diatribes,  re- 
cueillies pour  l'édification  du  présent.  Si  M.  Bel- 
laigue étnit  moins  infatué  de  lui-même,  il  redoute- 
rait un  sort  pareil  et  se  garderait  de  conserver  à 
la  postérité,  par  la  publication  de  ses  articles  en 
volumes,  les  monuments  de  son  inintelligence  cri- 
tique et  de  son  injustice  à  l'égard  de  tous  les 
compositeurs  à  tendances  .  levées.  G   S. 

•4*'  Almanach  des  Spectacles,  par  A.  Soubies. 
—  C'est  vraiment  un  régal  de  bibliophile  que 
d'avoir  sous  les  yeux  celte  charmante  édition  de 
VAhnanach  des  spectacles,  par  M.  Albert  Soubies.  Le 
tome  II  de  l'année  1898,  qui  vient  de  paraître  à  la 
librairie  Flammarion,  est  orné  d'une  fine  et  gra- 
cieuse eau-forte  du  maître  Lalauze,  représentant 
une  scène  de  Madame  Sans-Gêne,  la  pièce  de 
M.  V.  Sardou,  qui  obtint  tant  de  succès. 

La  collection  est  et  sera  toujours  un  répertoire 
utile  à  consulter.  H.  I. 

■4+  'L'Ouvreuse  du  Cirque  d'été  jette  décidément 
son  bonnet  par  dessus  les  moulins.  Voici  une  dé- 
bauche de  livres,  émanant  de  sa  plume  drolatique 
et  narquoise.  Après  Bains  de  sons  et  Soirées  perdues, 
viennent  de  paraître  Rythmes  et  rires,  à  la  Biblio- 
thèque de  la  Plume  (3r,  rue  Bonaparte). 

On  y  trouvera  des  petits  portraits  amusants  de 
Lamoureux,  Colonne,  Massenet,  Saint-Saëns,... 
un  aperçu  desthéories  deNietzche(Liî  cas  Wagner), 
des  réflexions  fort  justes  sur  les  vociférations  de 
M.  Mounet-Sull}-  dans  Manfred,  etc.,  etc 

Nous  ne  reprocherons  à  ce  petit  volume,  leste- 
ment enlevé,  qu'une  chose  :  son  caractère  trop 
mordant  à  l'égard  de  certaines  personnalités  mu- 
sicales. Un  peu  d'aménité  n'enlèverait  rien  à  l'es- 
prit de  l'ouvrage,  —  au  contraire.  H.  I. 

.4+  Vient  de  paraître,  chez  les  éditeurs  A  Du- 
rand et  fils,  à  Paris,  Promenades,  pièces  pour  le 
piano  par  Albéric  Magnard. 


210 


LE  GUIDE  MUSICAL 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉEARD 

BRUXELLES  :  4.  rue  Latérale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 


NÉCROLO  GI E 

Sont  décédés  : 

A  Gènes,  Camillo  Sivori,  le  célèbre  violo- 
niste italien,  élève  dePaganini  et  qui,  longtemps, 
fut  le  plus  illustre  représentant  de  la  virtuosité 
transcendante  de  son  maître.  Camillo  Sivori  était 
né  à  Gênes,  en  i8i5,  et  dès  l'âge  de  dix  ans,  il 
parut  comme  enfant  prodige  dans  des  concerts  à 
Paris  et  à  Londres.  De  retour  à  Gênes,  il  étudia 
l'harmonie  et  le  contrepoint  sous  la  direction  de 
Jean  Serra  et  devint  violon  solo  au  théâtre  Carlo- 


Felice.  Il  visita  ensuite  les  diverses  parties  de 
l'Italie,  fit  le  tour  de  l'Allemagne,  puis  se  rendit  à 
Moscou  et  à  Saint-Pétersbourg.  Il  donna  plusieurs 
concerts  à  Bruxelles  dans  l'hiver  1841.  Après 
avoir  parcouru  la  Belgique,  il  se  rendit  en  Hol- 
lande, puis  revint  à  Paris  au  mois  de  décem- 
bre 1842. 

Le  29  janvier  1843,  Sivori  exécuta  dans  un  con- 
cert de  la  société  du  Conservatoire  la  première 
partie  d'un  concerto  de  sa  composition.  Son  succès 
fut  si  grand  que  la  société  des  concerts  lui 
décerna  une  médaille  d'honneur.  Dès  cet  instant, 
la  réputation  de  l'élève  de  Paganini  était  fondée  et 
il  prenait  rang  parmi  les  grands  violonistes  de 
l'époque.  Depuis  lors  il  a  fait  de  fréquentes  tour- 
nées, tantôt  dans  le  Nord,  tantôt  dans  le  Midi, 
parcourut  les  deux  Amériques,  et  récolta  partout 
d'énormes  succès,  mérités  d'ailleurs,  tant  par  la 
belle  qualité  des  sons  qu'il  tirait  de  son  stradi- 
varius que  par  les  prodiges  de  mécanisme 
qu'il  accomplissait.  Mais  la  virtuosité  passa 
de  mode  et  le  malheureux  artiste  eut  la  dou- 
leur, il  y  a  quelques  années,  d'être  cruellement 
rappelé  à  la  réalité  par  les  sifflets  qui  l'accueil- 
lirent   après    l'exécution    du    Carnaval  de     Venise 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


C.-A.    DEBUSSY 

OP.io 

I"    QUATUOR 

pour  deux  violons,  alto  et  violoncelle 

Partition  .     .     Prix  net  :  fr.  6      |    Parties  séparées.  Prix  net  :  fr.  8 
Arran^eiueut  a  quatre  uiaius  (sous  presse) 

Du  même  auteur  : 


MUSIQUE  DE  PIANO 

i"  Arabesque Prix  fr.  5 

2^  Arabesque Prix  fr.  6 

En  recueil     .     .     .  Prix  Net  fr.  2 
Petite  suite  à  4  mains     .  Prix  Net  fr.  5 


MUSIQUE  VOCALE 

L'Enfant  Prodigue,  scène 

lyrique  ....  Prix  Net  fr.  5 
Mâhdoline,  mélodie  .  .  .  Prix  fr.  4 
Les  Cloehes,  mélodie.  .  .  Prix  fr.  3 
Romance Prix  fr.  3 


LE  GUIDE  MUSICAL 


211 


de  Paganini,  aux  concerts  du  Châtelet,  à  Paris. 
Ces  sifHets,  il  est  vrai,  s'adressaient  plutôt 
au  génie  qu'à  l'artiste;  ils  n'en  étaient  pas  moins 
injustes,  car  ce  morceau  célèbre,  Sivori  le  jouait 
avec  un  talent  et  un  esprit  rares.  II  en  avait  la 
tradition.  Il  savait  que  Paganini  avait  cherché  à 
caractériser  dans  ses  difierentes  variations  les 
types  divers  du  carnaval,  chacune  d'elles  corres- 
pondant à  un  masque,  représentant  en  quelque 
sorte  l'un  des  travestis  traditionnels  du  carnaval 
vénitien.  Nul  mieux  que  Sivori  n'exécutait  ce  mor- 
ceau célèbre,  en  lui  donnant  sa  véritable  physio- 
nomie, que  les  exécutants  actuels  méconnaissent 
souvent  en  jouant  ces  variations  comme  on  joue 
celles  de  Corelli.  Sivori,  après  cet  échec,  ne  se  fit 
plus  que  rarement  entendre  en  public  ;  il  n'en 
continua  pas  moins  d'être  choyé  dans  les  salons, 
où  sa  malice,  sa  verve,  son  inépuisable  trésor  de 
souvenirs  et  d'anecdotes  le  faisaient  rechercher 
autant  que  son  très  réel  talent  de  violoniste.  Si- 
vori, qui  était  âgé  de  soixante-dix-neuf  ans,  habi- 
tait depuis  longtemps  Paris,  mais  il  ne  manquait 
jamais,  dans  ces  dernières  années,  d'aller  passer 
quelques  mois  d'hiver  dans  sa  ville  natale.  C'est 
là  qu'il  a  succombé  à  une  attaque  d'influenza. 


—  AVienne,lecapellmeister  Philippe  Fahrbach, 
le  rival  de  Johann  Strauss  et  l'un  des  plus  célèbres 
compositeurs  de  danses.  Ses  mazurkas,  polkas  et 
valses  avaient  eu,  il  }'  a  une  vingtaine  d'années, 
une  vogue  extraordinaire,  justifiée  d'ailleiirs  par 
leur  grâce  et  leur  facilité  mélodiques.  Fahrbach  a 
beaucoup  produit,  et  plusieurs  de  ses  danses  se 
sont  vendues  à  des  milliers  et  des  milliers  d'exem- 
plaires. Il  avait  d'ailleurs,  ainsi  que  Strauss,  du 
talent  comme  chef  d'orchestre,  et  il  fut  quelque 
temps  chef  de  musique  militaire  à  Vienne  et  à 
Pesth.  Il  dirigea  aussi,  il  y  a  quelques  années,  des 
bals  à  rOpera  de  Paris.  Fahrbach  était  né  en  1843. 
On  lui  a  fait,  à  Vienne,  des  funérailles  splendides, 
qui  témoignent  de  sa  popularité. 

—  A  Madrid,  le  11  février.  Don  Emilio  Arrieta, 
directeur  du  Conservatoire  de  musique. 

RÉPERTOIRE  DESJ^mEmmjRT^ 

Paris 
Opéra.   —  Du  19  au  24  février  :  Gwendoline  et  la  Kor- 
rigane. Samson  et  Dalila  et  les  Deux  Pigeons.  Faust. 
Sigurd. 


BREITKOPF    ET    HvCRTEL 

Éditeurs,  45,  Montagne  de  la  Cour,   BRUXELLES 


Yient  de  paraître  ! 


Brahms,  J.  Exercices,  cah.  I,  II.  Net  fr.  4  — 
Goeyens-Platteel.    Solo   dans   le   style 
ancien  pour  trompette  chromatique 

avec  piano Net  fr.  2  5o 

Composé  spécialement  pour  les  cours  du  Conservatoire 
Mêlant,  Ch.  O  Salutaris,  solo  pour  chant 

avec  orgue  ou  piano.      .     .     Net  fr.   i    — 

—  Sous  les  lys,  chanson  pour    une  voix 

Net  fr.  2  — 

—  Six  feuilles  d'album  pour  piano.Net  fr.  4  — 


Mac-Dowell.  Op.  45.  Sonata  Tragiaca 

pour  piano Net  fr.  5  — 

Nordi,  Ed.    Deux  Mélodies  (i.  Adieu  1 

2.  Au  Cimetière).     .     .     .     Net  fr.  2  — 

Reinecke,  C.  Op.  223.  Prologussolemnis. 

Ouverture  à  quatre  mains  .     Net  fr.  5  — 

—  Menuet  à    la  Reine  à    deux  mains, 

d'après  Grétry      ....     Net  fr.  o  65 

Ryclandt,  J.  Op.  3.  Ouverture  pour  le 
drame  «  Gain  »  de  Byron,  à  quatre 
mains Net  fr.  4  — 


Dépositaires  des  PIANOS  BECHSTEIN  ET  BLUTHNER 
HARMONIUMS     ESTEY 


212 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Opéra-Comique.  —  Du  ig  au  24  février  :  Richard  Cœur 
de  Lion  et  l'Attaque  du  moulin.    Carmen.    Les  Deiix 
Avares  et  l'Attaque  du  moulin.   Mignon     Phryné  et 
Cavalleria  rusticana.  LAttaque  du  moulin.  Phryné. 
Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie. — Du  18  au  25  février  : 
Sigurd.  L'Attaque  du  moulin.  Relâche.  L'Attaque  du 
moulin.  Aida.  L'Attaque  du  moulin. 

Théâtre  des  Galeries  —  Sainte-Freya. 

Alcazar  royal.  —  Ba-ta  clan. 

Cercle  artistique  et  littéraire.  —  Soirée  musicale 


du  27  février,  à  8  h.  }/^  :  Sonate  pour  piano  et  violon 
(César  Franck),  MM.  Ed.  Risler  et  F.  Rivarde;  les 
Deux  Ménétriers,  ballade  (C.  Cui),  M.  Demest;  Pré- 
ludes, —  Fantaisie  en  fa  mineur  (Chopin),  M.  Risler  ; 
A  ma  fiancée,  —  J'ai  pardonné  (Schumann),  M.  De- 
mest; Concertstûck  (Saint-Saëns),  M.  F.  Rivarde; 
la  Belle  endormie  (Borodine),  —  Plaisir  d'amour 
(Martini),  M.  Demest;  andante  de  la  Fantaisie  en  sol 
(F.  Schubert),  —  ii«  Rhapsodie  (F.  Liszt),  M.  Risler; 
Chaconne  pour  violon  seul  (Bach),  M.  F.  Rivarde. 
Exposition  de  la  libre  esthétique.  —  Concerts  du 
quatuor  Ysaye.  —  Jeudi  i"'  mars,  séance   consacrée 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

£»  -A.  R  I  s 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tsehaikovraky,  Qottaehaik,  Prudent,  Allard 
des   i4rchives   du  piano   et   de  la   célèbre   Méthode   de   pluno    A.    Le   Carpentier 

Seuls  dépositaires  de  l'Bdîtion  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la.  musique  de  violon 


P.   TSCHAIKOWSKY 

CEUVRES       POUR      ORCHESTRE 


Op.  2.  N"  3.  Chant  sans  paroles  : 

Partition 2    « 

Parties  séparées .      .     4     » 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     i     » 

op.  3.  Le  Voyévode,  ouverture  extraite 

Partition 5     » 

Parties  séparées 10     » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     i  5o 

—  Le  Voyévode,  entr'acte  et  airs  de  ballet 
extraits  (nouvelle  édition  revue  par 
l'auteur)  ; 

Partition 8     « 

Parties  séparées 20     « 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     2     » 

Op.  i3.  Première  Symphonie  en  sol  mineur 

Partition i5     » 

Parties  séparées 3o     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3     » 

Op.  14.  Vakoula  le  Forgeron,  ouverture  extraite 

Partition  d'orchestre 6     » 

Parties  séparées i5     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i   5o 

Op.  i5.  Ouverture  triomphale  sur  l'hymne 
danois 

Partition  .  6    » 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  suppl.  cordes  (copiées)     chaque 

Op.  17.  Deuxième  symphonie  (dite  sympho- 
nie russe)  en  ut  mineur 

Partition 25     » 

Parties  séparées 35     » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     3     » 

Op.  18.  La  Tempête,  fantaisie  d'après  Shakespeare 

Partition 12     » 

Parties  séparées 20     » 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     2     » 

Op.  20.  Le  Lac  des  cygnes,  valse  extraite 

i'arties  séparées 10    » 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     i  25 


—  Pot-pourri,  arrangé  pour  petit  orches- 

tre, par  N.  Ars. 

Parties  séparées 8     » 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     i   25 
Op.  23.  Premier  Concerto  en  si  bémol,  pour 

piano  : 

Partition  .  20    » 

Parties  séparées 12     » 

Parties  supplémentaires  à  cordes,  chaque  i  5o 
Op.  24.  Eugène  Onéguine,  valse  extraite  de 

l'opéra  : 

Partition 5    » 

Parties  séparées 20    » 

Parties  supplémentaires  à  cordes,  chaque  2     » 

—  Prélude  extrait  : 

Partition  orchestre 2     » 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  supplémentaires  à  cordes  (copiées) 

Op.  26.  Sérénade  mélancoUque  pour  vio- 
lon ; 

Partition 5    » 

Parties  séparées 4    >' 

Parties  supplémentaires  à  cordes.chaque     i     » 

Op.  29.  Troisième  symphonie  en  ré  majeur 

Partition  ....  20    » 

Parties  séparées 3o    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3    »  • 

Op.  3i.  Marche  slave 

Partition 10    » 

Parties  séparées i5     " 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5o 

Op.  32.  Franoesca  da  Rimini,  fantaisie 
d'après  Dante 

Partition i5     » 

Parties  séparées 25     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2  5o  < 

Op.  33  Variations  pourvioloncelle  sur  un 
air  rococo 

Partition 6    » 

Parties  séparées  ........  10    '» 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5o  I 

(A  suivri.) 


LE  GUIDE  MUSICAL 


213 


aux  œuvres  de  M.  Claude- A.  Debussy  :  Quatuor  (iné- 
dit)en  sol  mineur  pour  instruments  àcordes  (i''"  audi- 
tion) ;  poèmes  d'après  Baudelaire  {i^'  audition);  la 
Damoiselle  élue,  d'après  D.-G.  Rossett;  (soli,  chœurs 
de  femmes  et  orchestre),  i''<'  audition;  l'Après-midi 
d'un  faune,  d'après  S.  Mallarmé  (orchestre),  i''"  audi- 
tion. 

Conservatoire.  —  Dimanche  25  février,  à  2  heures  : 
Deuxième  symphonie  en  mi  bémol  (i863);  la  Musique 
d'Ulysse,  tragédie  de  Ponsard,  jouée  en  i85i;  Sanctus, 
Benedictus,  Domine,  Salvum  Fac  Regem,  tirés  de  la 
messe  de  Sainte-Cécile  (i855). 
Namur 

Cercle    musical.    —    Grand  concert  Wagner  du  23  fé- 


vrier :  Ouverture  du  Vaisseau-Fantôme;  Preislied  des 
Maîtres  Chanteurs  (transcrit  pour  violon  et  orchestre 
par  Wilhelmy),  M"'=  Clotilde  Balthasar  Florence); 
Rêve  d'Eisa  (Lohengrin),  M"»  Clémence  Balthasar- 
Florence  ;  la  Chevauchée  des  walkyries  ;  Siegfried- 
Idyll  ;  Albumblatt  (transcrit  pour  violon  et  orchestre), 
M'io  Clotilde  Balthasar-Florence  ;  prélude  et  scène 
finale  (mort  d'Iseult), Tristan  et  Iseult,  M"=  Clémence 
Balthasar-Florence  ;  ouverture  de  Tannhaeuser. 
Berlin 
Opéra-Impérial.  —  Du  18  au  25  février  ;  Les  Medici. 
Tannhaeuser.  Les  Medici.  Faust.  Les  Medici.  Le 
Frey:  chûtz.  Mara,  I  Pagliacci  et  Noce  slave.  Lohen- 
grin. Les  Medici. 


V'Léopold  MURAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique; 


Vient  de  paraître  : 

Cesser  ThOniSOIl,  PassacagHa,  nach 
Hsendeljfiir  ViolinemitOrchester  oder 
Clavier-begleitung Mark     2  5o 


César  Thomsen.  skandinavisches 

Wiegenlied,  fur  Violine  und  Orchesler 
oder  Quartett,  oder  Pianofortebeglei- 
tung Mark 


EN  VENTE  CHEZ 

SCHOTT  FRÈRES,  éditeurs,   82,  Montagne  de  la  Cour,  82 

BRUXELLES 


DE   GREEF,    A.    Valse-Caprice    à 

2  mains 2  5o 

—  La  même  pour  deux  pianos     .     . 
STOJOWSKY.  Op.  I.  Deux  pensées 

musicales  : 

N°  I.  Mélodie i  75 

N°  2.  Prélude 2  — 

—  Op.  2.  Deux  Caprices-Etudes  : 

N»  I.  Pileuse 2  — 

N»  2.  Toccatina 2  — 

—  Op.  4.  Trois  Intermèdes  : 

N"  I  en  sol.  N°  2  en  mi   mineur. 

No  3  en  5/  bémol.     .     .     .  chaque     i  y 5 

—  Op.  8.  N»  I.  Légende     ....     i  75 

—  Op.  8.  N°  2.  Mazurka    ....     i  75 
PETER  BENOIT.  Concerto  (poème 

symphonique),  pour  flûte  et  piano.     7  5o 


HUBAY,  J.  Compositions  pour  vio- 
lon avec  piano  : 
Fleur  de  mai,  op.  3y.  N°  i   .     .     .     i  y5 
Au  temps  jadis,  op.  37.  N"  2.     .     .     2  5o 
Devant  son  image,  op.  38.  N°  i     .     1/5 

(Chant  sur  la  4"=  corde) 
Sous  sa  fenêtre  (sérénade),  op.  38. 

No  2 2    -- 

Ramage  de  rossignols,  op.  3g  .     .     3  — 

PANGAERT  D'OPDORP.    Op.    5. 

Souvenir  de  Spa  (Annette  et  Lu- 
bin).  Edition  pour  violoncelle 
avec  piano 2  — 

—  Op.  9.  Mélodie  pour  violoncelle 

et  piano i  35 


214 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  La  Chasse  au 

mari. 

Vienne 
Opéra-Impérial.  —   Du  19  au  26  lévrier  :  La  Fête  de 

mai.  Fidelio.  Pagliacci.  Terre  et  Soleil.  L'Africaine. 

Don  Juan.  Excelsior.  Tannhaeuser.  Cavallena  et  Pup- 

penfee. 
An   der   Wien.    —   Le    Maître  de   forges.    La   Belle 

Hélène. 

Dresde 
Opéra.  —  Du  20  au  25  février  :  Margarethe  (Faust). 

Carmen.  Cavalleria  rusticana,  Porcelaine  de  Meissen. 

Herrat  (F.  Draeseke).  La  Reine  de  Saba. 


FABRICATION  ET  REPARATION 
D'INSTRUMENTS  A  CORDES  ET  A   ARCHETS 

VENTE,  ÉCHANGE  ET  ACHAT 

à'Anoiens  Violons,  Altos,  Violoncelles,   etc. 

COK.D  ES 

de  fabrication  italienne,  allemande  et  française 


H.  DARCHE  aîné 

LUTHIER 
Rue   de  la   Montagne,    20,    Bruxelles 

Vente  et  Location  de  Pianos  et  Harmoniums 

INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  TOUS  GENEES 

DIAlSOIf  FOKDËE  KN  1854 


Etablissement  Photographique 
-  J.  GrJS^T^!Z 

Place  du  Congrès.  65,  rue  Royale 

Cartes  de  Visite  :  12  fr.  la  douzaine 

Les  ateliers  sont  au  rez-de-chaussée 
ENGLISH  SPOEEN  M&N  SFRICHT  DEUTSCH 


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PIANOS 

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Bruxelles,  6,  rue  Thérésienne 
DIPLOME  D'HONNEUR 

ABX     EXPOSITIONS     irNIVERSEI,I.ES 

F"'  des  Conservatoires  et  Ecoles  de  musique  de  Belgique 
INSTRUMENTS  DE  CONCERT  HT  DE  SALON 

LOCATION EXPORTATION ÉCHANGE 

PIANO  MASCAGNI 

Nouvelle  création  de  la 

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RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

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N.  Le  KiME,    SECRET  aire- ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Ijibert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten — Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

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année  4  Mars   1S94 


NUMERO  10 


SOMMAIRE 

M.  Kufferath  :  Quarantième  anniversaire. 
Charles   Tardieu   :   Charles    Gounod    au 
Conservatoire    de    Bruxelles. 

Chronique  bc  la  Scmûinc  :  Paris  :  le  Paradis  et  la  Péri 
au  Conservatoire  ;  le  Requiem  de  Schumann  au  con- 
cert de  l'Euterpe;  Axel,  poème  du  comte  Villiers  de 
risle-Adam,  musique  d'Alexandre  Georges,  au 
théâtre  de  la  Gaîté,  Hugues  Imbert.  —  Conerts 
divers. 

Bruxelles  :  reprise  de  Lohengrisi  et  de  Pierrot  macabre 
à  la  Monnaie.  —  Concerts  divers. 

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Nouvelles  diverses.  —  Nécrologie. 
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40^  ANNÉE.  —  Numéro  10. 


4  mars  i£ 


ODARÂNTIÉME  ANNIVERSAIRE 

oici  quarante  ans,  presque 
jour  pour  jour,  le  i^^  mars 
i855,  paraissait  à  Bruxelles 
un  petit  journal  de  quatre 
pages,  format  in  quarto, 
bourré  de  nouvelles  de  l'in- 
térieur et  de  l'étranger,  et 
qui  annonçait  vouloir  se 
consacrer  exclusivement  à  la  musique. 
Ce  petit  journal,  de  chétive  apparence 
et  qui  ne  payait  pas  beaucoup  de  mine, 
a  tenu  parole,  et  il  célèbre  aujourd'hui 
le  quarantième  anniversaire  de  sa  fon- 
dation :  c'est  le  Guide  Mtisical. 

Il  a  passé  par  bien  des  vicissitudes  ; 
il  a  connu  des  années  prospères  et  des 
années  stériles;  il  a  vu  paraître  et  dis- 
paraître bien  des  confrères  plus  ambi- 
tieux ;  il  a  pérégriné  :  il  a  eu  successi- 
vement son  siège  à  Bruxelles  et  à 
Paris,  et  il  est  revenu  à  son  lieu  d'ori- 
gine :  il  a  compté  d'illustres  collabora- 
tions, d'autres  moins  éclatantes  ;  en 
toutes  circonstances,  il  a  eu  la  sympa- 
thie des  artistes,  parce  qu'il  a  toujours 
été  un  organe  très  indépendant,  pla- 
çant la  question  d'art  au-dessus  de 
toute  considération  d'intérêts  ou  de 
personnes. 

Nous     nous    proposons    de    publier 
prochainement    un    numéro   jubilaire 


consacré  à  l'histoire  de  cette  vaillante 
revue,  qui  a  toujours  combattu  le  bon 
combat.  Elle  n'est  pas  sans  intérêt, 
et  l'on  y  verra  défiler  bien  des  physio- 
nomies d'artistes  ou  d'écrivains,  jadis 
débutants,  aujourd'hui  célèbres  ou  dis- 
parus, les  uns  oubliés,  les  autres  glo- 
rieux, qui  ont  touché  de  près  ou  de  loin 
au  Guide  Musical.  Ce  numéro  contiendra 
les  portraits  des  principaux  collabo- 
rateurs présents  et  passés,  des  noti- 
ces biographiques  sur  ceux  qui  ont 
marqué  dans  la  musicologie  ou  dans 
l'art,  un  aperçu  des  principaux  travaux 
dont  se  sont  alimentées  la  polémique  et 
l'esthétique  de  notre  revue. 

Aujourd'hui,  nous  voulons  simple- 
ment nous  borner  à  envoyer  un  hom- 
mage de  sympathie  et  de  vénération  à 
l'homme  de  cœur  et  de  talent  à  qui 
nous  devons  l'existence,  à  celui  qui, 
avec  Pierre  Schott,  fondateur  de  la 
maison  Schott  frères  de  Bruxelles,  fut 
le  fondateur  et  le  premier  rédacteur  en 
chef  du  Gîdde Musical,  à  Félix  Delhasse. 

Pendant  plus  de  trente  ans,  il  a  été 
à  la  tète  de  cette  publication;  c'est  à 
lui,  tout  d'abord,  qu'elle  dut  l'autorité 
qu'elle  s'acquit  si  rapidement  dans  le 
monde  des  musiciens  et  le  succès  qui 
couronna    les    efforts  de  sa  rédaction. 

Sans  cesse  sur  la  brèche,  Félix  Del- 
hasse, dans  la  direction  de  ce  journal, 
sut  allier  le  tact  le  plus  rare  et  les  vues 
les  plus  larges  à  une  fermeté  que  la 
sincérité  de  ses  convictions  et  la  bien- 
veillance naturelle  de  son  caractère 
savaient  rendre  aimable  à  tous. 

Si   son   horreur  de  toutes  les  hypo- 


220 


LE  GUIDE  MUSICAL 


crisies  et  de  tous  les  cabotinismes  lui 
a  dicté  souvent  des  pages  acérées  contre 
des  gloires  surfaites  et  des  talents  trop 
prônés,  il  a  non  moins  fréquemment 
défendu,  contre  l'injustice  de  la  mode 
et  l'aveuglement  du  goût  public,  les 
artistes  jeunes  ayant  la  flamme  et  cher- 
chant consciencieusement  leur  voie.  A 
ceux-ci,  il  n'a  jamais  ménagé  les  encou- 
ragements les  plus  précieux,  le  sou- 
tien le  plus  généreux  et  le  plus  désin- 
téressé. 

Au  nom  de  la  jeune  rédaction  du 
Guide  Musical,  qu'il  nous  permette  de 
lui  adresser  nos  félicitations  et  notre 
affectueux  hommage. 

M.    KUFFERATH. 


CHARLES   GOUNOD 

AU  CONSERVATOIRE    DE  BRUXELLES 

j-E  concert  Gounod  est  déjà  loin. 
Après  huit  jours,  il  serait  puéril 
d'en  donner  ici  un  compte  rendu 
i^^^j  méthodique  et  détaillé,  alors  que 
nos  confrères  de  la  presse  quotidienne  se 
sont  partagé  cette  tâche,  alors  que  les  con- 
tradictions même  de  leurs  jugements  reflè- 
tent fidèlement  la  diversité  des  impressions 
de  l'auditoire.  Mais  cet  hommage  à  un 
maître  illustre  nous  fournit  l'occasion  de 
recueillir  nos  souvenirs,  et  il  nous  sera 
permis  d'en  profiter. 

Ce  n'est  pas  la  première  fois  que  le  nom 
de  Charles  Gounod  figure  sur  l'affiche  du 
Conservatoire  roj^al  de  Bruxelles.  A  une 
époque  où  les  compositeurs  vivants  n'é- 
taient pas  systématiquement  bannis  de  ses 
concerts,  lorsque  l'auteur  de  Faust  vint  à 
Bruxelles,  en  février  1861,  pour  présider 
aux  répétitions  générales  de  son  chef-d'œu- 
vre, Fétis  père  eut  à  cœur  de  prendre  les 
devants  sur  le  théâtre  de  la  Monnaie,  et  il 


demanda  à  Jourdan  la  cavatine  du  jardin, 
vierge  alors  de  tout  récitatif.  Le  public  du 
Conservatoire  eut  ainsi  un  avant-goùt  de 
l'ouvrage  qui  devait  prendre  une  si  grande 
place  au  répertoire  de  notre  Opéra. 

Organisant  en  l'honneur  de  Gounod  une 
sorte  de  festival  posthume,  M.  Gevaert 
s'est  bien  gardé  d'en  emprunter  les  éléments 
aux  partitions  les  plus  populaires  du 
maître.  C'était  compliquer  sa  tâche,  pres- 
que tout  Gounod  ayant  été  joué  à  Bruxelles; 
mais  c'était, d'autre  part, assurer  à  son  pro- 
gramme l'attrait  d'une  sorte  de  révélation; 
et  il  a  très  ingénieusement  résolu  le  pro- 
blème en  choisissant  :  une  symphonie  exé- 
cutée une  seule  fois,  en  1872,  à  la  Monnaie, 
sous  la  direction  du  compositeur  ;  une  par- 
tition semi-dramatique,  demeurée  à  peu 
près  inédite,  puisque  depuis  plus  de  qua- 
rante ans  elle  se  couvrait  de  poussière  dans 
la  bibliothèque  du  Théâtre-Français,  où 
l'avait  confinée  l'échec  homérique  de  l'U- 
lysse de  Ponsard  ;  enfin  trois  fragments  de 
la  Messe  de  Sainte-Cécile  (i855)  qui  aida 
Gounod  à  se  remettre  de  l'insuccès  de  sa 
Nonne  sanglante  et  à  retrouver  le  courage 
nécessaire  à  l'achèvement  de  son  Faust. 

Des  trois  pages  inscrites  au  programme 
de  dimanche  dernier,  la  plus  récente  est  la 
symphonie,  la  seconde  (i863),  écrite  au 
lendemain  de  la  Reine  de  Saba  et  à  la  veille 
de  Mireille;  repos,  distraction,  mise  en 
train,  badinage  instrumental  d'un  homme 
d'esprit  qui  se  souvient  et  s'exerce,  se  pré- 
pare et  se  divertit.  Gageons  que  cette  S3'm- 
phonie  fut  écrite  par  Gounod  pour  Gounod 
bien  plutôt  que  pour  le  public.  Celui-ci, 
quand  on  lui  annonce  une  «  symphonie  », 
escompte  un  monument  grandiose.  Le  génie  1 
de  Beethoven  a  élargi  le  cadre,  sa  gloire  a 
hj'pertrophié  le  mot  à  ce  point  qu'à  l'or- 
chestre livré  à  lui-même  il  semble  interdit  l 
de  s'occuper  d'autre  chose  que  de  subli- 
mités. Comme  si  Beethoven  même  ne( 
s'était  pas  détendu  à  ses  heures,  à  preuve  ( 
cette  Huitième  que  M.  Hermann  Levi  diri- 
geait d'une  main  si  délicate  et  capricieuse  1 
aux  Concerts  populaires!  En  laissant  sur. 
ces  quatre  feuillets  symphoniques  courir. 
sa  plume  au  gré  de  ses  trouvailles  d'hu- 
mour et  de  ses  réminiscences  même,  Gou-.: 


LE  GUIDE  MUSICAL 


221 


nod,  dévot  à  Mozart  autant  qu'à  Beethoven 
et  à  Bach,  n'avait  pas  la  prétention  d'ou- 
vrir à  l'art  de  nouveaux  horizons.  Cette 
composition  de  demi-caractère  n'était  pour 
lui  qu'un  intermède  en  son  œuvre;  il  l'appe- 
lait une  «  symphonie  de  conversation  »,  et 
les  anciens  de  l'orchestre  de  la  Monnaie 
n'ont  pas  oublié  les  indications  qu'il  leur 
donnait,  il  y  a  vingt-deux  ans,  pour  en  pré- 
ciser le  caractère  et,  en  quelque  sorte,  pour 
en  dégonfler  l'interprétation,  qu'ils  étaient 
tentés  da  dénaturer  par  un  scrupule  de 
respect.  «  Conversation's  Symphonie»,  eût 
dit  Mendelssohn,  par  antithèse  à  sa  «  Re- 
formation's  Symphonie  ».  Après  un  court 
adagio  d'introduction,  le  premier  allegro 
est  un  caquet  féministe  dont  le  mouvement 
agitato  a  plus  de  nervosité  que  de  passion. 
Si  l'amour  apparaît  dans  le  larghetto  non 
trappe,  c'est  plutôt  à  l'état  d'évocation  :  la 
femme  aimée  est  absente,  mais  ils  sont  là, 
sous  la  tonnelle,  deux  jeunes  gens  pensant 
chacun  à  sa  chacune  et  peut-être  échan- 
geant des  confidences,  des  indiscrétions 
amoureuses  ;  cette  broderie  des  violons  qui 
vient  s'enrouler  autour  du  thème  principal, 
est  moins  une  caresse  que  le  souvenir  d'un 
enlacement.  Mais  le  soir  tombe  et  modifie 
le  tour  de  l'entretien  ;  des  deux  causeurs, 
l'un,  sentimental  et  impressionnable,  s'a- 
bandonne à  de  vagues  terreurs  ;  l'autre  les 
raille  d'une  ironie  légère;  et  ce  contraste 
de  rêverie  inquiète  et  de  moquerie  gouail- 
leuse motive  le  scherzo,  interrompu  par 
les  échos  d'une  villanelle.  Sans  doute,  il 
y  a  fête  au  village  voisin,  comme  au  temps 
de  Boïeldieu.  Si  nous  y  allions?  Pourquoi 
pas?  Et  ils  y  vont,  et  c'est  le  finale,  danse 
rustique,  bal  de  kermesse,  mouvements  de 
joie  et  de  folie  qui  font  tout  oublier.  «  On 
ne  le  jouera  jamais  assez  vite  »,  disait  Gou- 
nod  à  son  orchestre  de  1872;  et  le  fait 
est  qu'il  le  menait  d'une  allure  si  rapide 
et  endiablée  que  les  violons  avaient  peine 
à  le  suivre. 

Si  cette  symphonie  n'a  pas  révolutionné 
le  monde,  elle  n'en  a  pas  moins  le  mérite  de 
se  faire  écouter  et  de  charmer  encore,  après 
trente  ans  passés,  par  sa  bonne  humeur 
spirituelle,  sa  grâce  élégante  et  son  métier 
très  sûr  dans  les  données  restreintes  que 


l'auteur  s'imposait,et  dont  son  goût  affiné  ne 
s'est  pas  départi  un  instant. 

Ulysse  (i852)  est  de  la  même  époque  et 
de  la  même  veine  que  Sapho  (i85i).  Trai- 
tant un  sujet  antique,  Gounod  ne  s'est 
guère  préoccupé  d'archéologie  musicale. 
On  voit  bien  qu'il  a  limité  les  ressources  de 
son  orchestre,  évitant  les  sonorités  trop 
riches  qui  l'auraient  modernisé  à  l'excès, 
demandant  à  des  timbres  relativement  pri- 
mitifs l'équivalent  de  la  couleur  supposée 
de  l'Hellade,  le  résultat  fût-il  plus  méridio- 
nal qu'hellénique  à  proprement  parler;  mais 
c'est  surtout  dans  les  lignes  mélodiques  et 
les  combinaisons  de  rythmes  qu'il  a  trouvé 
le  caractère,  et  il  l'a  trouvé  bien  plus 
encore  dans  la  sincérité  de  son  sentiment 
personnel,  par  une  transposition  musicale 
des  impressions,  des  émotions  esthétiques 
qu'il  rapportait  de  son  séjour  à  Rome,  où  il 
s'était  imprégné  d'antiquité  classique  au- 
tant que  de  religiosité  catholique.  Si  son 
Ulysseii'di  rien  des  réalités  grecques  d'autre- 
fois, ce  n'en  est  pas  moins  une  vue  de  grand 
artiste  sur  l'art  antique,  et  il  est  fort  heu- 
reux qu'il  n'ait  pas  perdu  son  temps  à  res- 
tituer des  probabilités  toujours  douteuses, 
car  il  se  fût  épuisé  à  la  poursuite  d'une 
chimère,  plutôt  que  de  nous  laisser,  comme 
il  l'a  fait,  une  œuvre  d'illusion  qui  est 
grecque  tout  au  moins  par  la  sensation  de 
noblesse  et  de  beauté  dont  elle  nous  pénè- 
tre, et  aussi  par  l'individualité  linéaire  de 
chacun  des  groupes  de  chœur  qu'elle  met 
en  mouvement  :  naïades,  servantes  fidèles 
ou  non,  porchers  ou  prétendants. 

Voulez-vous  savoir  comment  cet  Ulysse 
fut  accueilli  à  ses  débuts  dans  le  monde 
musical?  Lisez  ce  billet,  inédit  jusqu'ici, 
qui  fut  adressé  à  Gounod,  le  soir  de  la  pre- 
mière (18  juin  i852),  par  un  de  ses  devan- 
ciers les  plus  illustres  : 

Cher  ami, 

Je  viens  d'assister  à  vos  chœurs  à.^  Ulysse. 
L'œuvre,  dans  son  ensemble,  est  fort  remar- 
quable et  Tintérêt  musical  va  croissant  toujours. 
Le  double  chœur  du  Festin  est  admirable  et  pro- 
duit un  effet  entraînant. 

La  musique  seule,  selon  moi,  attirerait  la  foule 
pendant  un  grand  nombre  de  représentations. 


Encore  bravo. 


Votre 
Hector  Berlioz. 


22a 


LE  &UIDS  MUSICAL 


La  musique  «  seule  »  !  Mais  il  y  avait 
Ponsard  et  sa  prose,  si,  toutefois,  ce  n'est 
pas  calomnier  la  prose  que  de  lui  imputer 
tant  de  platitudes  versifiées.  La  tragédie 
de  Ponsard  tua  la  partition  de  Gounod. 
Pour  peu  qu'il  en  soit  resté  au  Conserva- 
toire, ces  fragments  ajustés  et  emboîtés, 
non  sans  adresse,  pour  amener  les  chœurs 
et  donner  une  idée  de  l'action,  n'en  ont  pas 
moins  opprimé  l'attention,  d'autant  qu'il  y 
avait  là  quelque  abus  de  mélodrames  insi- 
gnifiants, trémolos  ou  accords  soutenus, 
parfaitement  à  leur  place  à  la  scène  pour 
souligner  une  entrée  ou  couper  un  dialogue 
médiocre,  mais,  au  concert,  faisant  lon- 
gueur et  plutôt  agaçants.  M.  Gevaert  n'a 
pas  laissé  de  s'en  rendre  compte,  et  c'est 
apparemment  pour  cela  qu'après  le  salut 
du  mendiant  vidant  la  coupe  offerte  par 
Eumée,  il  n'a  pas  hésité  à  écrire  un  récita- 
tif choral  sur  le  parlé  des  porchers  : 

Ah  !  ah  !  le  bon  vieillard  est  un  homme  nouveau  ! 
C'est  la  chaleur  du  vin  qui  lui  monte  au  cerveau  ! 

Sans  lui  reprocher  cette  liberté  qu'il  a 
prise,  on  pourrait  s'étonner  qu'il  eiit  hésité 
à  pratiquer  quelques  élagages,  si  l'on  ne 
réfléchissait  qu'après  tout,  ces  sacrifices 
auraient  eu  l'inconvénient  de  boucher  les 
jours  de  la  partition,  en  agglutinant  tous  ces 
chœurs,  faits  pour  se  manifester  seulement 
à  titre  épisodique.  Il  n'en  a  pas  moins 
donné  une  fort  belle  exécution  de  l'ouvrage, 
de  même  qu'il  avait  poli  à  souhait  l'inter- 
prétation orchestrale  de  la  symphonie  ;  et 
il  a  été  admirablement  secondé  par  tout 
son  peuple  d'interprètes,  instrumentistes, 
choristes  et  sohstes  (i). 

La  Messe  de  sainte  Cécile  est  au  réper- 
toire de  nos  grandes  chapelles  religieuses  ; 
mais  elles  ne  sont  pas  outillées  de  façon  à 
donner  au  Sanctus,  par  exemple,  l'ampleur 
de  crescendo  qui  a  enlevé  le  public  du  Con- 
servatoire, déjà  ravi  du  solo  de  M.  De- 
mest.  Ampleur  toute  vocale.  Tout  pour  le 
ténor  et  pour  le  chœur.  L'orchestre  ne  fait 
là  que  figure  d'accompagnement.  Il  est 
certain  que  nous  ne  sommes  pas  ici  à  la 


(i)  Parmi  ceux-ci,  une  mention  toute  spéciale  est  due 
à  M"'  Flament,  qui  a  délicieusement  soupiré  l'exquise 
cantilène  de  la  servante  fidèle. 


messe  de  Bach;  mais  nous  ne  sommes  pas 
non  plus  à  la  messe  de  Chérubini,  dont  la 
Marche  de  communion  a,  seule,  gardé 
quelque  prestige.  Gounod  est,avanttout,un 
chanteur,  et  c'est  par  le  chant  qu'il  a  ex- 
primé, délicieusement,  non  pas  la  dévotion 
ecclésiastique  figée  dans  les  rites,  mais 
l'adoration  naïve  du  christianisme  à  son 
aurore  et  l'élan  des  foules  répondant  aux 
extases  de  l'apôtre.  Il  y  a  déjà  du  Renan 
dans  ce  Sanctus  précurseur  de  la  Vie  de 
Jésus. 

Un  chanteur  avant  tout,  mais  un  chanteur 
qui  sait  l'orchestre,  et  un  homme  de  théâtre 
qui,  même  à  l'église,  se  laisse  prendre  aux 
caractères  scéniques  des  situations.  Le 
Domine  Salviim  de  cette  «Messe solennelle  » 
en  fournit  une  preuve  piquante.  A  la  prière 
de  l'Eglise,  simple  unisson  des  sopranos 
sans  accompagnement,  succèdent  la  prière 
de  l'armée  et  celle  du  peuple.  Le  motif  du 
chant  reste  identique,  mais  l'intervention 
de  l'armée  s'accuse  par  des  sonorités  d'har- 
monie militaire  et  des  rythmes  claudicants 
de  cavalerie  massée  au  seuil  du  portique; 
et  lorsque  le  peuple  entre  en  scène,  les 
cloches  sonnent  à  toute  volée,  réveillant  les 
échos  lointains  de  la  ville  et  du  paj's.  De 
sorte  que  trois  personnages  se  dessinent  :1e 
prêtre  dans  son  mysticisme, le  soldat  dans  sa 
gaîté  robuste,  et  pour  finir  la  foule  enthou- 
siaste, cité  ou  patrie  unanime. 

Tel  a  été  ce  concert  auquel  ont  coopéré 
avec  éclat  toutes  les  forces  du  Conserva- 
toire. Il  faut  louer  M.  Gevaert  de  l'avoir 
entrepris  et  mené  à  bien.  Il  n'a  pas  seule- 
ment rendu  à  la  mémoire  de  Gounod  un 
superbe  et  précieux  hommage.  Peut-être 
a-t-il,  du  même  coup,  rendu  un   éminent  i 
service  à  nos  jeunes  compositeurs,  enappe-  ■ 
lant   leur  attention   sur  les  conditions  les  s 
plus  favorables  à  l'éclosion  et  à  l'épanouis- 
sement de  la  personnalité  artistique,  en  leur  i 
montrant  celle  de  Gounod,    comme   celle  < 
de  Wagner,  bien  que  dans  des  directions 
toutes  difiérentes,  s'émancipant  et  s'affir- 
mant  pour  s'être  alimentée  à  des  sources  i 
antérieures   aux  succès   de  son  temps,  et 
pour  avoir  compris,  d'instinct  génial  plutôt' 
que  par  réflexion  critique,  que  la  musique  ( 
ne  saurait  se  suffii'e  à   elle-même,  fùt-ellei 


LE  GUIDE  MUSICAL 


223 


sans  paroles,  et  qu'il  lui  faut,  pour  créer  une 
maîtrise  et  une  signature,  des  jours  ouverts 
sur  les  arts  voisins,  un  contact  avec  les 


idées  directrices  des  civilisations,  religion 
ou  philosophie  peu  importe,  pourvu  qu'il  y 
ait  conviction.  Charles  Tardieu. 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


Nons  devons  une  fois  déplus  protester  contre  les 
irrégularités  et  les  insuffisances  du  service  postal  en 
France  et  tout  particulièrement  à  Paris.  Nous  rece- 
vons de  nos  abonnés  de  nombreuses  plaintes  au 
sujet  de  l'arrivée  tardive  de  leur  numéro.  Ces  retards 
sont  imputables  uniquement  à  l'administration  fran- 
çaise. Un  exemple  entre  tous  :  Nous  avons  mis  à  la 
poste  lundi  dernier,  àl'adresse  d'un  de  nos  clients, 
libraire  i.  Paris,  une  collection  de  cinq  ou  six  nu- 
méros, qui  auraient  dû  arriver  à  destination  mardi 
dans  la  matinée  :  l'envoi  n'a  été  remis  par  la  poste 
française  que  le  samedi  suivant,  soit  six  jours 
après  le  départ. 

Le  journal  étant  mis  régulièrement  à  la  poste  à 
Bruxelles,  le  samedi  soir  avant  dix  heures,  arrive 
à  Paris  le  dimanche  matin,  et  doit  être  distribué,  au 
plus  tard,  à  la  deuxième  ou  à  la  troisième  distribu- 
tion, selon  les  quartiers.  Nous  invitons  nos  abonnés 
qui  ne  recevraient  pas  leur  numéro  régulièrement  le 
dimanche  à  réclamer  énergiquement  auprès  du 
bureau  de  leur  quartier  ou  au  bureau  central  d  ; 
Paris.  Si  l'on  veut  être  bien  servi,  il  faut  savoir 
l'exiger.  Il  n'y  a  pas,  dans  le  monde  entier,  de  poste 
plus  mal  organisée  que  celle  de  Paris. 

PARIS 

^^i  les  œuvres  de  Robert  Schumann  se  sont 
j^^k  acclimatées  difficilement  sur  le  sol  fran- 
>^^  çais,  il  faut  reconnaître  qu'aujourd'hui 
l'éducation  du  public  est,  en  parde,  faite.  Aussi 
réclame-t-on  l'exécution  des  belles  pages  du 
maître  de  Zwickau.  Après  les  Symphonies  et 
Ouvertures  jouées  dans  les  grands  concerts,  — 
la  musique  de  chambre  et  les  Lieder  répandus 
dans  les  séances  publiques  ou  privées,  —  après 
l'exécudon  de  Manfred  et  des  fragments  de 
Faust,  du  Paradis  et  la  Péri  au  Conservatoire 
et  aux  concerts-Colonne,  ^  après  l'audition 
dans  des  séances  données  par  la  société  cho- 
rale l'Euterpe  de  certaines  œuvres  encore 
inconnues  en  France  (entre  autres  YAuatliênic 
du  chanteur),  —  M.  d'Harcourt  nous  a  permis 
d'entendre,  dans  leur  intégralité,  les  scènes  de 


Faust.  Voici,  aujourd'hui,  le  Conservatoire 
qui  vient  de  donner  en  entier  le  Paradis  et  la 
Péri,  dans  les  concerts  des  1 8  et  25  février  1894, 
puis  la  société  l'Euterpe  le  Requiem,  dans  la 
salle  du  Cirque  des  Champs-Elysées,  le  27  du 
même  mois.  Nos  espérances  se  sont  donc  réa- 
lisées et  le  jour  de  gloire  est  arrivé  pour  Robert 
Schumann. 

Le  Paradis  et  la  Péri  est  tiré  de  Lalla 
Rookh,  poème  de  Thomas  Moore,  le  contem- 
porain et  l'ami  de  lord  Byron.  Emile  Flechsig, 
compagnon  d'enfance  de  Robert  Schumann, 
en  avait  entrepris  la  traduction  en  1841  et  en 
avait  donné  la  première  idée  au  compositeur. 
Ce  ne  fut  que  deux  ans  plus  tard,  en  1843, 
alors  qu'il  était  encore  à  Leipzig,  que  Robert 
Schumann  écrivit  cette  merveilleuse  pardtion, 
qui  obdnt  le  plus  vif  succès  dans  les  différentes 
villes  d'Allemagne  où  elle  fut  exécutée. 

L'action,  pleine  de  poésie,  est  d'une  grande 
simplicité  :  une  Péri,  chassé  du  paradis,  ne 
pourra  rentrer  en  grâce  que  si  elle  apporte  à 
Dieu  un  présent  digne  de  lui  plaire.  Elle  offre 
en  vain  l'âme  d'un  héros  mort  sur  le  champ  de 
bataille  pour  la  liberté,  puis  le  dernier  soupir 
de  deux  fiancés  morts  d'amour.  Ce  seront  les 
larmes  d'un  pécheur,  pris  de  repentir,  qui  lui 
obtiendront  son  pardon. 

La  nature  du  sujet  comportait  un  coloris 
tout  spécial,  une  couleur  orientale  que  Schu- 
mann a  admirablement  rendue  et  dont  il  ne 
s'est  pas  départi  un  seul  instant.  Aussi  certaines 
personnes,  qui  ne  jugent  souvent  que  très 
superficiellement,  ont-elles  cru  pouvoir  déclarer 
l'œuvre  monotone.  Mais  lorsque  l'on  étudie  de 
près  la  partition,  on  y  découvre  des  trésors  de 
grâce,  de  charme,  de  vérité  dans  l'expression, 
de  sentiment  intense.  Les  mélodies,  d'une  haute 
élévation,  sont  comparables  aux  plus  beaux 
Lieder  du  maître.  Comme  dans  certains  ora- 
torios, l'auteur  s'est  trouvé  dans  l'obligation  de 


224 


LE  GUIDl  MUSICAL 


relier  les  divers  épisodes  du  drame  par  un  per- 
sonnage étranger  à  l'action . 

Si  nous  voulions  citer  les  belles  pages  de 
cette  poétique  composition,  nous  aurions  à 
dresser  une  nomenclature  aussi  longue  que  la 
fameuse  liste  des  victimes  de  Don  Juan.  Con- 
tentons-nous de  citer,  dans  la  première  partie, 
l'air  si  passionné  de  la  Péri,  Séjour  lumineux, 

—  le  motif  à  6/4,  Je  suis  dans  l'enceinte,  avec 
l'accompagnement  très  typique  en  doubles 
croches  liées  des  altos,  —  le  chœur  n"  6  si 
vigoureux,  —  l'air  du  ténor  (n"  9)  avec  la  jolie 
réponse  du  hautbois,  — l'entrée  de  la  Péri,  d'un 
merveilleux  sentiment  que  vient  encore  aug- 
menter le  délicat  accompagnement  des  harpes, 

—  et  enfin  le  beau  chœur  final,  auquel  les 
blanches  disposées  à  intervalles  égaux  donnent 
un  caractère  tout  particulier. 

Que  dire  du  merveilleux  chœur  des  Génies 
du  Nil  (n"  II  de  la  partition,  deuxième  partie) 
avec  l'accompagnement  en  doubles  cloches  des 
violoncelles  et  ces  appels  lancés  par  les  iiûtes, 
hautbois  et  clarinettes,  puis  repris  par  les 
sopranos,  rappelant  d'une  manière  frappante  le 
motif  de  la  chevauchée  des  Walkyries,  —  et, 
dans  le  numéro  12, de  l'exposition,  d'une  morne 
tristesse,  de  l'Egypte  dévastée  par  la  peste,  avec 
les  larges  et  pesants  accords  d'une  régularité  si 
soutenue. 

Quelle  orchestration  ravissante  accompagne 
le  ténor  solo  (n"  i3);  et  les  quatre  voix  solo, 
prenant  à  découvert,  ne  traduisent-elles  pas 
admirablement  le  texte  : 

Les  pleurs  versés  par  de  tels  yeux 
Ont  un  pouvoir  mystérieux  1 

Une  des  perles  de  la  partition  est  la  mélodie 
passionnée  que  chante  la  jeune  fille,  cherchant 
la  mort  dans  un  baiser  ardent  de  son  amant 
(n°  25j  ;  et  encore  plus  belle,  s' élevant  dans  les 
hauteurs  sidérales,  la  phrase  lente  du  ténor 
solo  :  «  Son  œil  s'éteint  ».  L'effet  dramatique 
est  indescriptible.  Le  chœur  final,  en  un  mou- 
vement très  lent  et  sur  un  rythme  de  3/4,  ne 
fait  qu'accentuer  l'émotion  qu'inspire  tout  cet 
épisode  douloureux. 

Quel  contraste  entre  le  tableau  précédent  et 
ce  chœur  gracieux  des  Houris,  empreint  d'un 
sentiment  populaire,  qui  sert  de  frontispice  à 
la  troisième  partie  du  Paradis  et  la  Feri  ! 
Puis,  nous  aurions  encore  à  noter  la  beauté  de 
l'air  du  ténor  (n"  19),  —  le  délicieux  motif  or- 
chestral soulignant  le  chant  de  la  Péri  (n"  20) 
et  rappelant  les  premières  mesures  de  l'ouver- 
ture, —  la  phrase  passionnée  et  pleine  de  mou- 
vement :  (I  Eh  bien, sans  repos  »,  —  le  double 
chœur  :    «   O  saintes  larmes    »,    dans  lequel. 


comme  le  disait  si  justement  Léonce  Mesnard, 
Schumann  s'est  élevé  jusqu'à  des  régions  où 
l'on  peut  se  figurer  Palestrina  se  rencontrant 
avec  Klopstock  et  avec  Schiller,  —  le  chant  de 
victoire  de  la  Péri,  rendant  gloire  au  Seigneur 
(n°  26),  avec  le  superbe  chœur,  rempli  d'accents 
d'allégresse  et  célébrant  le  triomphe  de  la 
Péri. 

La  société  chorale  l'Euterpe,  fondée  en 
l'année  1886,  sous  la  présidence  honoraire  de 
Mn>«  Clara  Schumann,  s'est  noblement  vouée  à 
la  divulgation  des  œuvres  de  l'auteur  de  M.an- 
fred.  Présidée  actuellement  par  notre  éminent 
ami  Edouard  Schuré  et  habilement  dirigée  par 
M.  Duteil  d'Ozanne,  cette  société  a  donné,  le 
27  février  1894,  au  Cirque  des  Champs-Elysées, 
un  fort  beau  concert,  où  l'on  a  entendu  le  Re- 
qtùem  de  Robert  Schumann,  Rebecca,  scène 
biblique  de  César  Franck,  le  Repos  de  la 
sainte  Famille  de  Berlioz,  marche  et  chœur 
de  Tannhceuser. 

Ce  n'était  pas  la  première  fois  que  l'Euterpe 
donnait  le  Requiem  de  Schumann.  Une  audi- 
dition  avait  déjà  eu  lieu,  le  3  février  1890,  à 
la  salle  Erard,  mais  sans  le  concours  de 
l'orchestre.  Mardi,  l'œuvre  a  été  exécutée  inté- 
gralement, avec  chœur,  soli  et  orchestre,  et  est 
venue  en  pleine  lumière.  Ecrite  dans  les  pre- 
miers mois  de  l'année  i852,  c'est-à-dire  quatre 
ans  avant  la  mort  de  Schumann,  elle  est  d'une 
merveilleuse  éloquence  ;  c'est  une  page  digne 
du  maître  qui  affirmait  que  le  but  le  plus  élevé 
de  l'artiste  devait  être  de  consacrer  ses  aspira- 
tions à  la  musique  religieuse.  Succès  sur  toute 
la  ligne  pour  les  chœurs,  l'orchestre,  les  excel- 
lents solistes,  M'^<^  Boidin-Puisais,  My^^  Van 
Weenen,  MM.  Warmbrodt  et  Auguez. 

Rebecca,  de  César  Franck,  a  été  trouvée 
charmante  ;  on  a  beaucoup  applaudi  l'air  et 
chœur  Encore  un  jour  qui  fuit,  écrit  dans  le 
style  mendelssohnien,  d'un  charme  mélodique 
ravissant,  et  le  chœur  si  original  des  chame- 
liers, proche  parent  de  telle  page  d'Hector 
Berlioz.  M"'^  Auguez  de  Montalant  et  M.  Au- 
guez n'ont  pas  peu  contribué  au  triomphe  de 
l'œuvre.  Quant  à  M.  Warmbrodt,  il  a  été 
rappelé  après  l'exécution  du  Repos  de  la  sainte 
Famille.  Nous  ne  croyons  pas  qu'il  soit  pos- 
sible de  dire  avec  plus  de  charme  et  d'émodon 
contenue  cette  jolie  et  naïve  inspiration  de 
Berlioz. 

En  montant,  au  théâtre  de  la  Gaîté,  Axel  de 
ce  pauvre  Villiers  de  l'Isle-Adam,  M.  Laro- 
chelle  a  fait  œuvre  d'artiste.  Ce  n'est  pas  qu'à 
côté  de  pages  vraiment  superbes  et  originales, 
il    n'y    ait    des    défaillances,    des    longueurs 


LE  GUIDE  MUSICAL 


225 


interminables  et  surtout  des  thèses  absolument 
fausses  dans  ce  poème  en  prose,  qui  n'avait 
pas  été  écrit  pour  le  théâtre  et  n'avait  même 
pas  été  achevé.  Mais  il  était  intéressant  de  voir 
apparaître  l'œuvre  d'un  convaincu  et  d'un  con 
sciencieux,  très  enlevé  dans  les  hautes  régions 
de  l'art,  du  mysticisme  et  de  l'occultisme.  Des 
quatre  parties,  la  plus  réussie,  le  Monde  reli- 
gieux, encadrée  dans  un  merveilleux  décor,  a 
produit  une  sensation  profonde  sur  les  rares 
auditeurs  qui  ont  assisté  à  cette  représentation 
unique.  C'est  le  spectacle  d'une  prise  de  voile 
dans  son  effrayante  et  dramatique  vérité. 
M.Alexandre  Georges,  chargé  d'écrire  quelques 
pages  musicales  pour  illustrer  Axel{i),  a  eu  la 
main  heureuse.  Son  travail  est  intelligemment 
mené.  On  devine  en  lui  un  musicien  élevé  à  la 
bonne  école.  Comme  Saint-Saëns  et  G.  Fauré, 
il  a  fait  ses  études  à  l'Institution  fondée  par 
Niedermeyer,  où  il  doit  actuellement  professer. 
S'il  possède  la  science,  il  a  aussi  en  partage 
l'inspiration,  et  nous  avons  relevé,  dans  sa 
partition,  des  pages  qui,  au  point  de  vue  mélo- 
dique, sont  bien  venues.  Il  suffirait  de  citer  la 
phrase  que  développent  les  violons  dans  l'ou- 
verture et  dont  la  progression  est  chaleureuse, 
les  divers  motifs  religieux  qui  se  lient  adroite- 
ment à  l'action  scénique,  un  joli  solo  de  ténor 
dans  la  quatrième  partie,  etc.  Peut-être  plu- 
sieurs de  ces  pages  auraient-elles  gagné  à  être 
exécutées  non  derrière  la  coulisse  (comme  les 
prologues  des  première  et  quatrième  parties), 
mais  à  la  place  habituelle  de  l'orchestre,  avant 
le  lever  du  rideau.  Hugues  Imbert. 

Entendu,  à  la  seconde  séance  de  musique  de 
chambre  donnée  par  M.  et  M™^  Carembat,  le 
trio  (op.  ig)  pour  piano,  violon  et  violoncelle 
de  M.  L.  Boellmann.  Très  originale  la  concep- 
tion de  ce  trio,  qui  est  bâti  sur  un  motif  de 
trois  notes  [ré,  mi  et  ut).  La  mesure  à  cinq 
temps,  maintenue  dans  l'allégro,  donne  à  ce 
morceau  une  allure  toute  particulière  et  gra- 
cieuse; on  y  relève  de  charmants  dialogues 
entre  le  violon  et  le  violoncelle,  et  l'harmonie 
y  est  toujours  distinguée.  L'andante  est  lié  à 
l'allégro  ;  le  Leitmotiv,  confié  d'abord  au  vio- 
lon, puis  repris  par  le  violoncelle,  revient  un 
peu  trop  souvent  ;  c'est  la  seule  critique  que 
nous  pourrions  faire.  Quant  au  scherzo,  il  est 
absolument  original  et  très  réussi.  Le  finale 
est  mouvementé  et  dramatique.  Dans  la  même 

(i)   Partition   piano  et  chant  chez  MM.  Beaudoux  et' 
O",  éditeurs,  3o,  boulevard  Haussmann. 


séance,  on  a  entendu  la  sonate  pour  piano  et 
violoncelle  de  Grieg,  très  inégale,  mais  fort  bien 
jouée  par  M™<^  Carembat  et  M.  J.  Loeb,  —  et 
le  trio  (op.  75)  de  C.  Saint-Saëns,  dont  le  scherzo, 
d'une  inspiration  si  franche,  a  enlevé  tous  les 
suffrages.  M.  et  M™^  Carembat,  ainsi  que 
M.  Loeb,  l'ont  excellemment  interprété. 

Programme  des  plus  variés  au  concert  donné 
le  22  février,  à  la  salle  Erard,  par  la  Société 
chorale  d'amateurs,  fondée  par  M.  Guillot  de 
Sainbris,  présidée  actuellement  par  M.  Gui- 
naud.  Le  concert  a  été  fort  bien  dirigé  par 
M.  Adolphe  Maton  et  on  a  applaudi  successi- 
vement l'Hymne  d'allégresse  de  Mendelsshon, 
la  Forêt  (première  audition)  de  Falkenberg,  les 
Tsiganes  (première  audition)  de  Georges  Hue, 
la  quatrième  partie  des  Saintes  Maries  de  la 
mer  Paladilhe  et  enfin  trois  chœurs  de  Ch.  Gou- 
nod. 

Les  matinées  de  M.  J.  White  sont  toujours 
fort  suivies;  nous  avons  été  heureux  d'y  en- 
tendre deux  belles  œuvres  :  le  quatuor  à  cordes 
en  si  bémol  (op.  67)  de  J.  Brahms  et  le  quin- 
tette en  mi  bémol  pour  piano  et  cordes  de 
Robert  Schumann.  Exécution  parfaite  par 
MM.  White,  Tracol,  Trombetta,  Casella  et 
Mi'i^  Boutet  de  Monvel.  N'oubhons  pas  M^^  de 
Swetschine,  qui  a  chanté  diverses  mélodies  de 
Massenet  et  de  Bemberg. 

La  grande  attraction  de  la  dernière  séance 
de  la  Société  des  grands  quatuors  de  Beetho- 
ven résidait  dans  l'exécution  de  la  belle  sonate 
en  ut  dièse  mineur  de  Beethoven  et  de  deux 
pièces  pour  piano  de  Robert  Schumann,  par 
M.  Raoul  Pugno,  qui,  depuis  les  derniers  con- 
certs du  Conservatoire  et  de  Colonne,  a  pris 
une  place  prépondérante  parmi  les  virtuoses  du 
clavier.  Il  a  plus  que  jamais  mis  au  grand  jour 
ses  grandes  qualités  de  puissance,  de  charme 
et  de  virtuosité.  Peut-être  serait-il  permis  de 
lui  reprocher  d'avoir  précipité  certains  mouve- 
ments dans  la  sonate  de  Beethoven  ?  Le  qua- 
tuor Maurin  a  exécuté  avec  son  talent  habituel 
un  quatuor  de  Mozart  et  l'op.  i32  de  Beetho- 
ven. 

Le  quintette  inédit  (op.  68)  pour  piano  et 
quatuor  à  cordes  de  Ch.-M .  Widor,  exécuté  le 
28  février,  à  la  salle  Erard,  par  MM.  Philipp, 
Berthelier,  Loeb,  Balbreck  et  Carembat,  est 
une  œuvre  mûrement  travaillée  et  qui  sera 
goûtée  des  musiciens  sérieux.  Après  quelques 
mesures  d'introduction  d'un  caractère  mélanco- 
lique, le  clavier  impose  le  thème  en  ré  majeur, 
que  reprend  ensuite  le  quatuor,  après  un 
court  épisode.  Le  second  motif,  très  chantant, 
avec  de  jolies  modulations,  dit  par  le  quatuor  à 


226 


LE  GUIDE  MUSICAL 


cordes,  réapparaîtra  plus  tard  dans  l'andante. 
Les  développements  de  cet  allegro  sont  issus 
du  premier  thème.  Il  sont  intéressants,  et,  dans 
la  trame  mélodique,  nous  avons  découvert  cer- 
taines affinités  avec  la  couleur  de  la  palette  de 
G.  Fauré. 

L'andante,  qui  est  exclusivement  construit 
sur  le  thème  en  fa  dièse  du  morceau  précédent 
et  sur  son  contre-sujet,  est  une  sorte  de  marche 
funèbre  dans  le  mode  mineur,  où  on  relève  des 
épisodes  curieux  en  «pizzicati  »  ou  à  l'unisson, 
et  surtout  une  conclusion  en  majeur  d'une 
charmante  tonalité. 

Le  scherzo,  qui  ne  se  rattache  nullement  aux 
thèmes  des  morceaux  précédents,  est  écrit 
dane  la  note  vigoureuse  et  fort  bien  rythmé. 
Les  harmonies  curieuses,  quelquefois  un  peu 
trop  cherchées  et  indécises,  donnent  à  cette 
partie  du  quatuor  un  caractère  sauvage. 

Quant  au  finale  (allegro  moderato),  qui  se 
développe  en  évoquant  le  thème  du  premier 
morceau  et  en  restant  dans  des  tonalités  douces, 
il  ne  s'accentue  que  dans  la  péroraison,  où  les 
instruments  à  cordes  chantent  et  modulent  le 
thème  principal  sur  les  harmonies  serrées  du 
piano. 

Dans  la  même  séance,  exécution  parfaite  de 
la  belle  sonate  pour  piano  et  violoncelle  de 
C.  Saint-Saëns,  par  MM.  Philipp  et  Loeb. 
Comme  conclusion,  nous  avons  entendu  trois 
pages  réellement  charmantes,  chacune  dans 
son  genre,  écrites  pour  quatuor  à  cordes  :  Sous 
les  frênes  de  M.  Edmond  Laurens,  Cavatine 
de  A.  Castillon  et  Sérénade  de  Lalo.  Nous  ne 
saurions  trop  les  recommander  aux  artistes  et 
aux  amateurs.  H.  L 

M.  Lamoureux  a  donné  deux  auditions  du 
poème  symphonique  de  César  Franck  intitulé 
les  Eolides.  Cette  composition,  exécutée  pour 
la  première  fois  dans  un  concert  avec  orchestre 
de  la  Société  nationale,  le  g  mai  1877,  n'avait 
pas  été  rejouée  en  public  depuis  le  jour  (26  fé- 
vrier 1882)  où  des  sifflets  l'accueillirent  au 
théâtre  du  Château-d'Eau.  L'échec  fut  si  mar- 
qué que,  bien  qu'à  cette  époque,  les  matinées 
musicales  oflfertes  à  ses  abonnés  par  M.  La- 
moureux fussent  distribuées  en  deux  séries  à 
programme  identique,  il  n'y  eut  pas  de  seconde 
audition  des  Eolides.  Le  compositeur  s'était 
même  tellement  résigné  à  cette  condamnation 
qu'il  a  utilisé  certains  thèmes  de  son  poème 
pour  décrire,  dans  Psyché,  l'enlèvement  de 
Psyché  par  les  Zéphyrs.  On  prétend  que 
M.  Lamoureux  avait  une  telle  rancune  de  cet' 
échec  qu'il  le  fit  expier  toute  sa   vie  à  César.: 


Franck.  Ce  n'est  que  depuis  la  mort  du  maître 
qu'il  consent  à  exécuter  ses  œuvres,  trop  rare- 
ment à  notre  gré. 

La  composition  a  pour  épigraphe  ces  vers 
de  Leconte  de  Lisle  : 

O  brises  flottantes  des  cieux, 

Du  beau  printemps  douces  haleines, 

Qui,  de  baisers  capricieux, 

Caressez  les  monts  et  les  plaines. 

Vierges,  tilles  d'Eole,  amantes  de  la  paix, 

La  nature  éternelle  à  vos  chansons  s'éveille. . . 

Des  trois  poèmes  symphoniques  de  César 
Franck  (les  Eolides,  le  Chasseur  maudit,  les 
Djinns),  les  Eolides  me  paraît  être  le  mieux 
réussi  au  point  de  vue  de  la  description  pitto- 
resque. Ces  bruissements  légers,  ces  froisse- 
ments des  airs,  ces  caresses  des  souffles  printa- 
niers,  c'est  une  merveille  que  d'en  avoir  donné 
l'impression  musicale  en  ce  chromatisme  si 
suavement  nuancé,  en  ces  modulations  exquises, 
en  ces  harmonies  délicates,  en  une  instrumenta- 
tion si  subtile  et  si  éthérée  que  toute  musique, 
après  celle-là,  semble  grossière  et  brutale. 

G.  S. 

•f 

Avant  de  gagner  l'Allemagne,  où  ils  vont  con- 
tinuer la  série  de  leurs  concerts,  M.  Sarasate 
et  M"^  Berthe  Marx  donnaient  mardi  leur 
(juatrième  et  dernière  séance  à  Paris. 

Bienheureux  les  privilégiés  qui  ont  pu  trou- 
ver place  dans  la  jolie  salle  Erard,  qui,  pour  la 
circonstance,  paraissait  bien  exiguë. 

Une  bonne  exécution  du  quatuor  de  Lalo, 
]  ar  MM.  Sarasate,  Parent,  Van  Waelfeghem 
et  Delsart,  ouvrait  la  soirée. 

Il  serait  superflu  de  dire  comment  fut  jouée  1 
jiar  le  grand   virtuose    la  sonate  de  M.  Saint- 
Saëns.  L'œuvre  et  l'interprète  sont  connus,  et 
nous  nous  bornons  à  constater  qu'ils  ont  vive- 
i;:ent  impressionné  l'auditoire. 

M™<=  Berthe  Marx  partageait  le  succès  ;  elle  ( 
in  a  même  pris  une  très  grosse  part,  bien  méri- 
IlC,  surtout  par  l'exécution  de  la  douzièmeii 
iliapsodie  de  Lizst,  qu'elle  a  enlevée  avec  uneii 
ficilité  au-dessus  de  l'ordinaire  et  même  deli 
l'extraordinaire. 

Des  rappels  enthousiastes  ont  obligé  les  deuxt 
l'.éros  de  la  séance  à  ajouter  au  programme,  et« 
si  tout  ne  devait  avoir  un  terme,  la  soirée  aurait I 
pu  se  prolonger  indéfiniment. 

En  somme,  exécutants  et  public  se  sont  fait 
des  adieux  touchants  ;  les  premiers  ont  donnéi 
tout  le  meilleur  de  leur  talent,  et  les  auditeurs: 
ont  applaudi  jusqu'à  épuisement  de  leurs  forces. 
Des  corbeilles  et  des  lyres  fleuries  ont  encorei 


LE  GUIDE  MUSICAL 


227 


affirmé  la  sympathie  si  irrofonde  qui  s'établit 
entre  les  vrais  artistes  et  les  vrais  amateurs  d'art 
musical.  Maurice  Delfosse. 

Il  vient  de  se  constituer  à  Paris,  un  comité 
dans  le  but  d'organiser  en  France  des  séances 
musicales  et  des  souscriptions  publiques  pour 
l'érution  du  monument  Franck  à  Liège  : 

Ce  comité  est  composé  de  MM.  Vincent 
d'Indy,  président  ;  Camille  Benoit,  Charles 
Bordes,  Albert  Cahen,  Arthur  Coquart,  Ernest 
Chausson,  Pierre  de  Bréville,  Henri  Duparc, 
Augusta  Holmes,  Guy  Ropartz.  Tous  domi- 
ciliés à  Paris. 


BRUXELLES 

]y[me  de  Nuovina  devant  se  consacrer  aux 
représentations  de  V  Attaque  du  moulin, 
Mlle  Tanésy  vient  de  prendre  sa  place  comme 
interprète  du  rôle  d'Eisa  dans  Lohcngrin. 

A  la  veille,  ou  plutôt  à  l'avant-veille  de  l'exé- 
cution de  Tristan  (l'œuvre  de  Wagner  ne 
passera,  dit-on,  que  vers  la  fin  de  ce  mois),  il 
était  particulièrement  intéressant  de  voir  com- 
ment la  future  Iseult  incarnerait  cette  autre 
figure  wagnérienne,  dont  si  peu  d'interprètes 
parviennent  à  rendre  la  véritable  physionomie. 
M'i'  ïanésy  ne  mérite,  à  cet  égard,  ni  éloges  ni 
critiques,  car  elle  ne  semble  pas  avoir  eu  la 
préoccupation  de  composer  son  personnage.  Au 
lieu  d'être  Eisa,  elle  est  restée  M^'^  Tanésy,  se 
bornant  à  chanter  le  rôle,  sans  rien  ajouter  à 
son  exécution  vocale  qui  nous  donnât  l'impres- 
sion de  l'héroïne  de  la  légende.  Mais  nous  nous 
empressons  d'ajouter  que  ce  rôle,  elle  l'a  chanté 
supérieurement,  et  mieux  certes,  au  point  de 
vue  purement  vocal,  qu'il  ne  l'avait  été  depuis 
longtemps  à  la  Monnaie.  Une  exécution  très 
correcte,  respectueuse  du  style  de  l'œuvre,  et 
servie  par  une  excellente  articulation,  ce  qui 
nous  a  valu  de  ne  perdre  ni  une  note  ni  une 
syllabe  ;  mais  une  exécution  froide,  dont  les 
nuances  musicales,  d'ailleurs  soigneusement  ob- 
servées, restent  toutes  matérielles,  sans  que  les 
vibrations  d'une  âme  émue  ou  passionnée  y 
fassent  passer  cette  étincelle  qui  doit  provoquer 
notre  propre  émotion.  Le  talent  de  chanteuse 
de  M'i'=  Tanésy  a  été  particulièrement  apprécié 
danslascènenocturnedudeuxièmeacte,quis'ac- 
commode  d'un  sentiment  intime  même  e.xagéré  ; 
Miii^  Tanésy  y  a  mis  de  délicates  nuances,  et 
elle  en   a  fait  valoir   à  merveille  les  délicieux 


dessins  mélodiques.  Elle  y  a  d'ailleurs  été 
excellemment  secondée  par  M'i^  Wolf,  qui  y 
fait  preuve  de  progrès  sensibles  :  la  voix  est 
mieux  assise  et  ses  accents  ont  une  fermeté  mieux 
assurée;  le  geste,  devenu  plus  sobre,  a  acquis 
en  même  temps  plus  d'autorité  ;  et  l'ensemble  de 
son  interprétation,  tout  empreinte  de  vie  et  de 
vérité,  mérite  de  sérieux  éloges. 

A  part  M.  Danlée,  qui  remplace  M.  Ghasne 
dans  le  rôle  du  Héraut,  dont  il  a  mieux  que  ce 
dernier  la  voix  et  le  style,  les  autres  interprètes 
sont  restés  ceux  de  la  récente  reprise  :  MM.  Cos- 
sira,  Seguin  et  Dinard. 

Les  chœurs  ont  chanté  avec  une  indiscipline 
qui  s'est  affirmée  au  deuxième  acte  d'une 
manière  particulièrement  pénible.  Quant  à 
l'orchestre,  il  semblait  vouloir  prouver  qu'il 
réserve  tous  ses  soins  pour  Tristan  et  Iseiilt; 
on  ne  peut  l'en  blâmer,  mais  il  faut  bien  s'en 
plaindre.  Il  avait,  d'ailleurs,  déjà  fait  pareille 
démonstration  la  veille,  à  la  reprise  de  Pierrot 
Macabre,  le  piquant  ballet  de  MM.  Th.  Han- 
non  et  Lanciani,  qui  a  été  revu  et  entendu  de 
nouveau  avec  plaisir,  malgré  une  exécution 
chorégraphique  assez  terne.  J .  Br. 

La  deuxième  séance  de  musique  organisée  à 
l'Exposition  de  la  Libre  Esthétique  par  M.  Eu- 
gène Ysaye  offrait  un  intérêt  particulier  de 
nouveauté.  Elle  a  été  consacrée  tout  entière 
à  l'audition  d'œuvres  de  M  Claude-A.  Debussy, 
une  adepte  de  la  nouvelle  école  du  pointillisme 
musical  et  de  l'amorphisme  universel.  Où  cette 
école  nous  mènera,  à  quoi  elle  aboutira,  il  est 
difficile  de  le  pressentir  et  ce  n'est  pas  notre 
affaire.  Nos  petits-neveux  seront  fixés  là-dessus 
et  nous  traiteront  peut-être  de  vieille  perruque, 
pour  n'avoir  pas  su  comprendre  Debussy, 
comme  nous  avons  quelquefois  traité  nos  pré- 
décesseurs qui  n'avaient  pas  deviné  Wagner. 

En  attendant,  il  faut  bien  avouer  que  cette 
musique  nouvelle  nous  paraît  plus  cherchée 
([u'inspirée,  plus  voulue  que  sentie,  qu'elle  est 
terriblement  fatiguante  par  l'excessive  accumu- 
l.ition  des  artifices  les  plus  raffinés  de  l'harmo- 
jiie,  qu'elle  est  souvent  plus  littéraire  que  véri- 
tablement musicale  et  tournée  tout  entière,  en 
somme,  vers  l'effet  purement  extérieur,  encore 
qu'elle  se  prétende  intime  et  symbolique. 

MM.  Ysajre,  Crickboom,  Van  [lout  et  Jacob 
ont  joué  d'abord  un  quatuor  à  cordes  en  sol 
mineur.  C'est  une  œuvre  étrange  et  bizarre, 
tout  au  moins  pour  qui  l'entend  pour  la  pre- 
mière fois.  Par  moments,  on  se  croirait  dans  la 
fameuse  rue  du  Caire,  à  l'Exposition  de  Paris 


228 


LE  GUIDE  MUSICAL 


en  1889.  Rythmes  sautillants,  heurts  violents 
d'harmonies  alternant  avec  des  chants  lan- 
goureux du  violon,  de  l'alto  ou  du  violoncelle, 
et  qui  rappellent  le  chromatisme  des  mélodies 
orientales  ;  pizzicati  faisant  songer  à  des  gui- 
tares et  à  des  mandolines  ;  flots  abondants 
d'harmonies  riches,  largement  soutenues,  évo- 
quant le  souvenir  du  Gamalang;  il  y  a  dans  ce 
quatuor  en  quatre  parties  un  assemblage  curieux 
de  sonorités  tantôt  charmantes,  tantôt  crispées. 
Ce  n'est  pas  quelconque  ni  commun  ;  c'est  très 
distingué,  au  contraire,  mais  Tonne  sait  par  où 
l'entamer.  Une  hallucination  plutôt  qu'un  rêve. 
Une  œuvre?  Nous  ne  savons?  Delà  musique? 
Peut-être,  mais  à  la  façon  dont  sont  de  la  pein- 
ture les  toiles  des  néo-japonisants  de  Mont- 
martre et  de  sa  banlieue  belge. 

Il  y  a  plus  de  clarté  dans  une  sorte  de  can- 
tate, la  Damoisellc  élue,  pour  soli,  chœurs  et 
orchestre,  d'après  le  poème  de  Rossetti,  le  pré- 
raphaélite anglais.  L'orchestre  a  un  charme 
singulier  de  sonorités,  mais  encore  la  constante 
modification  des  rythmes,  les  modulations 
inattendues,  l'accumulation  de  thèmes,  de 
sujets  et  de  dessins  superposés,  la  recherche 
des  combinaisons  inattendues  et  rares  produi- 
sent, à  première  audition,  un  vague  d'expres- 
sioH  qui  est  certainement  tout  le  contraire  de 
ce  que  l'auteur  avait  voulu. 

Il  y  a  un  contraste  singulier,  d'ailleurs,  dans 
l'extrême  complication  de  la  forme  et  la 
simplicité  des  paroles  à  laquelle  la  musique 
s'adapte.  Plus  les  paroles  sont  naïves,  puériles 
même  pour  ne  pas  dire  niaises,  plus  s'accroît 
la  recherche  des  harmonies  et  l'étrangeté  des 
thèmes.  M"'=  T.  Roger,  cantatrice  de  Paris,  nous 
a  fait  entendre  deu.x  «proses  lyriques  »,  lisez  : 
deux  mélodies,  où  le  piano  et  la  voix  poursui- 
vent des  dessins  chromatiques  se  contrariant  à 
des  intervalles  si  rapprochés  ou  si  éloignés  qu'on 
a  la  sensation  pénible  de  l'absence  complète  de 
tonalité.  Cela  rappelle,  comme  effet,  le  duo  des 
Puritains,  chanté  par  Rubini  et  Lablache,  à 
un  demi-ton  d'intervalle,  au  lieu  d'être  chanté 
à  la  tierce.  C'est,  par  moments,  une  caco- 
phonie pure.  S'il  n'y  a  point  là  une  gageure,  il 
y  a  le  symptôme  grave  d'une  maladie  du  sens 
auditif,  pareille  à  celle  que  la  vision  de  certains 
peintres  manifeste  dans  le  sens  de  la  vue. 

Il  y  a,  certes,  dans  les  œuvres  de  M.  Debussj' 
des  qualités  très  peu  communes, une  belle  distinc- 
tion de  sonorité,  une  grande  richesse  de  com- 
binaisons, çà  et  là  un  accent  pathétique  qui 
charme;  mais  à  première  vue  cela  est  terri- 
blement noyé  dans  un  fatras  des  bizarreries 
voulues,  et  il  vous    reste   de  ces  œuvres  une 


impression  singulière  de  malaise,  un  trouble 
étrange  qui  rappelle  le  réveil  après  un  cauche- 
mar. 

Ce  qui  est,  en  revanche,  un  charme  exquis, 
indicible  et  sans  mélange,  ce  sont  les  exécu- 
tions prestigieuses  du  quatuor  Ysaye.  On  ne 
peut  rêver  ensemble  plus  homogène, plus  fondu, 
plus  souple.  Quelle  finesse  de  nuances,  quel 
éclat,  quelle  verve  entraînante!  C'est  vraiment 
incomparable. 

Ce  qu'il  faut  admirer  aussi,  c'est  la  bonne 
volonté  et  le  désintéressement  des  quatre-vingts 
instrumentistes  et  membres  du  Choral  mixte 
qui  ont  généreusement  prêté  leur  concours  à 
l'exécution  du  programme.  Quel  est  l'auteur 
belge  qui  pourrait  compter  sur  un  pareil 
dévouement  à  l'art  de  la  part  de  ses  compatriotes, 
ou  de  la  part  des  musiciens  et  choristes  de 
Paris  ? 

Pour  la  nouveauté  du  fait,  cet  exemple  rare 
de  désintéressement  mérite  d'être  signalé  tout 
particulièrement.  Maurice  Kufferath. 

Deux  artistes  souvent  applaudis  à  Paris  et 
très  recherchés  dans  les  salons,  MM.  Rivarde, 
violoniste,  et  Risler,  pianiste,  se  sont  fait  en- 
tendre, mardi,  au  Cercle  artistique  et  littéraire. 
Le  violoniste,  un  Sarasate  en  miniature,  — joli 
son,  mais  tout  menu,  grande  justesse,  technique 
très  développée,  —  a  beaucoup  plu  par  la  grâce 
et  la  finesse  de  son  jeu.  M.  Risler  n'a  pas  aussi 
bien  réussi,  notamment  dans  la  Fantaisie  en  fa 
mineur  de  Chopin,  qu'il  joue  avec  des  contras- 
tes de  nuances  délicates  et  des  violences  outrées 
qui  désarticulent  cet  intéressant  poème.  Mais  il 
a  montré  des  qualités  de  toucher  et  d'interpré- 
tation dans  un  prélude  du  même  Chopin  et  dans 
un  fragment  de  la  fantaisie  en  sol  de  Schubert. 
Il  a  un  peu  l'air  de  dire  à  son  public  :  Voyez 
comme  ce  trait  est  fait  avec  agilité  ;  quelle  déli- 
catesse dans  cette  nuance,  et  quelle  vigueur 
dans  ce  forte  !  On  sent  trop  la  préoccupation  ; 
la  spontanéité  fait  défaut.  Néanmoins,  il  y  a, 
dans  ce  tout  jeune  virtuose,  l'étoffe  d'un  artiste, 
s'il  ne  joue  pas  trop  dans  les  salons  parisiens. 
Détestable  école  que  celle-là  ! 

M.  Demest,  l'excellent  chanteur,  le  nouveau 
professeur  de  chant  au  Conservatoire,  faisait  sa 
premièie  apparition  au  Cercle  artistique  et  les 
honneurs  de  la  soirée  ont  été  pour  lui.  Il  a 
chanté  de  sa  plus  belle  voix  et  avec  sa  claire  et 
pénétrante  diction  une  sorte  de  ballade  :  les 
Deux  Ménétriers  de  César  Cui,  sur  des  piroles 
de  Richepin,  qui  est  de  mauvaise  musique 
d'amateur  ;  deux  Licder  de  Schumann,  où  il  ne 


LE  GUIDE  MUSICAL 


229 


m'a  pas  semblé  qu'il  ait  mis  les  contrastes 
d'interprétation  que  comporte  le  poème,  notam- 
ment dans  le  jf^ai  pardonne;  enfin  une  péné- 
trante bluette  de  Borodine,  la  Belle  endormie, 
et  la  bonne  petite  romance  de  salon  :  Plaisir 
d'amour  ne  dure  qu'un  instant,  charmante 
toujours,  mais  bien  rebattue.  Néanmoins,  on 
l'a  bissée. 

La  séance  avait  commencé  par  la  sonate  pour 
piano  et  violon  de  César   Franck,  et  elle  s'est 
'  close  par  la  Chaconne  de  Bach.  Deux  grands 
noms  et  deux  grandes  œuvres  jouées  avec  cor- 
rection et  virtuosité.  M.  K. 

ILa  troisième  séance  de  musique  de  chambre 
donnée,  cette  semaine,  par  M"'  Louise  Der- 
scheid  avait,  comme  les  précédentes,  un  pro- 
gramme intéressant,  mais  moins,  cette  fois,  par 
la  valeur  intrinsèque  des  œuvres  exécutées  que 
I  par  leur  attrait  de  nouveauté.  Les  trois  pro- 
!  ductions  de  l'école  italienne  moderne  interpré- 
tées par  M"^  Derscheid,  avec  le  concours  de 
MM.  Colyns,  Jacobs,  Fiévez  et  Enderlé,  n'ont 
;  pas  donné,  en  effet,  une  idée  très  favorable  du 
;  talent  de  leurs  auteurs,  MM.  Pollini  (suite pour 
piano,  violon  et  violoncelle),  Martucci  (sonate 
pour  violoncelle  et  piano)  et  Sgambati  (quin- 
tuor).  Exécutées  pour  la  première  fois  à 
Bruxelles,  en  séance  publique  s'entend,  elles 
n'ont  eu  qu'un  succès  modéré,  qu'expliquent 
leur  pauvreté  d'idées  comme  leurs  faiblesses  de 
facture.  On  n'en  a  pas  moins  applaudi  la  vail- 
lante pianiste  qui,  aidée  de  ses  deux  précieux 
collaborateurs,  MM.  Colyns  et  Jacobs,  a  su, 
pendant  trois  séances,  attirer  un  nombreux 
auditoire  en  ne  cherchant  le  succès  que  dans 
l'exécution  probe  et  sincère  d'œuvres  classi- 
ques et  modernes,  sans  recourir  aux  artifices 
d'une  vaine  virtuosité,  souvent  aussi  brillante 
que  facile.  J.    Br. 

S  "^ 

i  On  se  demandait,  à  la  sortie  du  concert  du 
Conservatoire,  ce  qui  avait  valu  à  Gounod 
l'honneur  d'un  programme  tout  entier  consacré 
à  son  œuvre,  alors  que  César  Franck,  mort  lui 
aussi,  semble  systématiquement  exclu  des 
grandes  auditions  de  maîtres  contemporains 
données  par  M.  Gevaert. 

M.  Edouard  Lassen  est  arrivé  mercredi  soir 
à  Bruxelles,  et  dès  jeudi  il  s'est  entendu  avec 
MM.  Stoumon  et  Calabresi  au  sujet  des  répéti- 
tions et  de  la  mise  en  scène  de  Tristan  et 
Iseult. 


Rappelons  à  ce  propos  une  page  curieuse 
des  Notes  de  musique  de  M.  Ernest  Reyer,  où 
l'éminent  capellmeister  du  grand-duc  de 
Saxe-Weimar  joue  un  rôle. 

Chargé  d'une  mission  en  Allemagne  par  le 
ministre  d'alors  —  cela  se  passait  en  1864,  — 
l'auteur  de  Sigiird,  qui  n'était  encore  que 
celui  de  la  Statue,  s'était  naturellement  arrêté 
à  Weimar.  Il  y  vit  le  Vaisseau-Fantôme.  Le 
lendemain,  Edouard  Lassen  lui  fit  connaître 
Tristan  et  Iseult,  —  mais  au  piano  seulement, 
car  l'œuvre  n'avait  pas  encore  été  exécutée  à  la 
scène  ;  on  l'avait  mise  à  l'étude  à  Vienne,  mais, 
après  une  cinquantaine  de  répétitions,  les 
artistes  avaient  été  obligés  d'y  renoncer  ;  c'est 
du  moins  ce  qui  se  disait  alors.  Munich  ne 
devait  le  donner  que  l'année  suivante.  Voici 
comment  Reyer  nous  conte  ses  impressions  sur 
cette  lecture  : 

»  Lassen  se  mit  au  piano,  je  devrais  dire  à  l'or- 
chestre, et  il  joua  l'ouverture.  Je  tournais  les 
pages  silencieusement;  le  docteur  X...,  assis 
dans  un  fauteuil,  s'épanouissait.  L'ouverture 
finie,  les  récits  succédèrent  aux  récits,  et  d'autres 
récits  leur  succédèrent  encore.  Je  n'apercevais  au 
loin  et  de  tous  côtés  que  des  horizons  de  sable; 
la  chaleur  devenait  accablante  et  pas  une  oasis 
pour  nous  reposer,  pas  le  plus  petit  filet  d'eau 
pour  étancher  notre  soif.  Enfin  la  voix  de 
Tristan  s'unit  à  la  voix  d'Iseult...  Au  milieu  du 
duo,  j'éprouvai  cette  rage  folle  de  l'enfant  qui,  dé- 
sespérant d'apprendre  la  leçon  qu'on  lui  a  donnée 
à  étudier,  trépigne  et  pleure,  ferme  son  livre  avec 
colère  et  le  jette  bien  loin  de  lui.  De  rneî  doigts 
crispés  je  frappai  tout  à  coup  le  clavier,  comme 
l'eussent  fait  les  griffes  d'un  chat  furieux  et, 
mêlant  au  hasard  les  mots  allemands  et  les  phrases 
les  plus  bizarres,  je  poussai  des  cris  plus  ou 
moins  inintelligibles,  des  sons  inarticulés,  incohé- 
rents, sauvages.  Lassen,  toujours  calme  et  sou- 
riant à  peine,  continuait  à  déchiffrer.  Je  me  retour- 
nai pour  voir  quelle  mine  faisait  le  docteur.  —  Il 
avait  disparu.  —  Alors,  Lassen  s'arrêta,  et  j'allais 
le  prier  de  me  dire  franchement  s'il  trouvait  une 
grande  différence  entre  la  manière  dont  le  duo 
avait  fini  et  celle  dont  il  avait  commencé,  lorsque 
le  docteur  reparut.  «  Continuez,  dit-il;  j'étais 
dans  mon  cabinet,  mais  je  n'ai  pas  perdu  une  note. 
N'est-ce  pas  que  c'est  admirable  [wundcrschcen]! 

M.  Lassen,  on  le  voit,  connaît  Tristan  à& 
longue  date  et  son  apostolat  en  faveur  de  l'œu- 
vre n'est  pas  nouveau.  Souhaitons  que  le 
public  bruxellois  —  d'ailleurs  préparé  à  Tristan 
par  une  série  d'autres  œuvres  wagnériennes, 
—  n'y  soit  pas  aussi  réfractaire  que  le  fut 
M.  Ernest  Reyer  en  1864. 

Ainsi  que  nous  l'avons  annoncé,  à  l'occasion 
de  l'Exposition  universelle  d'Anvers  en    1894, 


230 


LE  GUIDE  MUSICAL 


dont  l'ouverture  solennelle  est  fixée  au  5  mai 
prochain,  la  Maison  Schott  frères,  éditeurs  à 
Bruxelles,  ouvre,  sous  le  haut  patronage  du 
gouvernement,  un  concours  musical,  compor- 
tant la  composition  d'une  Marche  solennelle 
pour  orchestre  sym phonique,  qui  sera  exécutée 
le  j  our  de  l'ouverture  de  l'Exposition  (5  mai  1 894), 
à  Anvers.  Le  ministre  des  beaux-arts  a  bien 
voulu  allouer  un  prix  de  5oo  francs  à  l'ouvrage 
que  le  jury,  nommé  à  cet  effet,  désignera  comme 
le  plus  méritoire.  Ce  jury  sera  composé  d'ar- 
tistes désignés  par  le  ministre. 

Voici,  en  substance,  les  conditions  exigées 
pour  prendre  part  au  dit  concours. 

La  composition  consisteia  en  une  Marche 
solennelle,  dont  la  durée  d'exécution  ne 
dépassera  pas  8  à  10  minutes.  Elle  pourra 
être  écrite  dans  la  forme  de  la  marche  célèbre 
extraite  de  la  suite  d'orchestre  de  F.  Lachner!! 

A  la  partition  d'orchestre,  l'auteur  ajoutera 
une  réduction  pour  piano  à  deux  mains,  et 
l'envoi  dûment  affranchi  sera  livré,  au  plus  tard, 
le  5  avril  1894,  et  adressé  directement  à  la  Mai- 
son Schott,  qui  en  fera  la  remise  au  commissaire 
général  de  la  section  belge. 

Les  manuscrits  devront  être  accompagnés 
d'un  pli  cacheté,  indiquant  le  nom  et  l'adresse 
du  compositeur  et  contenant  une  devise,  qui 
figurera  aussi  en  tête  du  manuscrit. 

La  récompense  attribuée  à  l'œuvre  couronnée 
consistera  dans  la  remise  de  la  prime  de 
3oo  francs  offerte  par  le  gouvernement  et  la 
publication,  par  les  soins  de  la  Maison  Schott, 
de  l'œuvre,  qui  restera  sa  propriété  pour  tous 
pays. 

Une  question,  à  cepropos  :  Le  concours  est-il 
international  ou  bien  les  auteurs  belges  seuls 
peuvent-ils  y  prendre  part  ? 

Au  Conservatoire,  M.  Gevaert,  en  vue  de 
faciliter  les  répétitions  d'orchestre  du  concert 
de  Siegfried  Wagner,  a  décidé  d'ajourner  son 
concert  Beethoven,  dont  l'attrayant  pro- 
gramme comportait  la  Neuvième  Symphonie  et 
un  concerto  de  piano  joué  par  M.  Camille  Gu- 
rickx. 

Le  quatrième  concert  du  Conservatoire  sera 
snnplement  une  reprise  du  premier  concert. 

M""  Louise  et  Jeanne  Douste  de  Fortis 
annoncent  pour  lundi  prochain,  le  5  mars, 
une  soirée  musicale,  à  la  salle  Ravenstein,  avec 
le  concours  de  M.  Marcel  Hervvegh,  violo- 
niste, et  de  M.  L.  du  Chastain.  On  trouvera  le 
programme  plus  loin. 


CORRESPONDANCES 

ANVERS.  —  La  saison  tirant  à  sa  fin,  les 
représentations  à  bénéfice  se  succèdent  rapi- 
dement sur  nos  deux  scènes  lyriques.  Au  Théâtre- 
Royal  le  spectacle  donné  au  bénéfice  de  M.  Do- 
mergue  De  la  Chaussée  mérite  d'être  cité.  M">!  Do- 
mergue  De  la  Chaussée,  une  cantatrice  maintes  fois 
applaudie  dans  nos  salles  de  concert,  avait  eu  à 
cœur  de  seconder  son  mari  et  s'était  décidée  à 
paraître  sur  la  scène  dans  le  rôle  de  Mignon. 

Quelques  grincheux  avaient  trouvé  cette  réso- 
lution hardie  et  s'étaient  attendus  à  un  fiasco. 
Quanta  nous,  nous  connaissions  trop  bien  le  talent 
essentiellement  musical  de  l'artiste, pour  nous  prêter 
à  CCS  (I  on  dit  »  et  nous  n'avons  pas  été  surpris  de  voir 
M™!'  De  la  Chaussée  se  révéler  comédienne  par- 
faite. Le  volume  de  la  voix  serait  peut-être  à  discu- 
ter; mais,  étant  donné  sa  diction  vraiment  sentie, 
le  soin  jaloux  qu'elle  a  de  faire  ressortir  les  moindres 
nuances,  au  détriment  même  des  effets  de  voix, 
nous  est  avis  que  la  vaillante  artiste  méritait 
mieux  que  les  minces  applaudissements  que  lui 
ont  accordés  les  abonnés. 

UAvii  Friiz  de  Mascagni  est  sans  doute  la  nou- 
veauté de  la  saison  destinait  à  nous  faire  oublier 
le  Tannliœuser,  tant  promis.  Franchement,  nous  ne 
pensons  pas  que  les  habitués  du  Théâtre-Royal,  si 
peu  wagnériens  qu'ils  soient,  aient  eu  lieu  de  se 
féliciter  du  change.  Cette  œuvrette  du  célè- 
bre maëstrino  aura  passé  bien  inaperçue  ici. 
L'interprétation  est  pourtant  bonne  ;  louons  sans 
réserve.  M™"  Mailly  Fontaine  et  MM.  Bonnard 
et  Bars.  Pour  M''"  Castaigné,  qui  remplit  le  rôle 
de  Beppo,  nous  lui  conseillons  de  jeter  un  coup 
d'œil  dans  l'orchestre,  pour  apprendre  la  façon 
dont  on  tient  un  violon;  car,  à  en  juger  par 
l'e.xtravagante  cadence  que  l'on  entend  dans  les 
coulisses,  ce  petit  Beppo  est  censé  en  savoir  plus 
iong  que  maint  musicien  du  métier.  En  un  mot, 
l'impression  que  nous  font  ressentir  les  produc- 
tions de  Mascagni,  c'est  celle  d'un  profond  regret 
en  voyant  un  Italien  de  tempérament  renoncer  à  . 
la  forme  mélodique,  la  seule,  qui  selon  nous, 
puisse  convenir  à  sa  nature  exubérante.  Il  y  a, 
sous  ce  rapport,  plus  d'une  analogie  entre  Werther 
et  VAmi  Frits. 

Le  spectacle  s'est  terminé  par  Amour  de  fée,  le  f 
charmant  ballet  de  E.  Agniez,  qui  se  donnait  au  j 
bénéfice  des  dames  du  corps  de  ballet.  Le  compo-  - 
siteur  assistait  à  cette  représentation  et  a  dû  être  ' 
satisfait  du  succès  croissant  de  son  œuvre. 

Salle  archicomble  au  Théâtre- Flamand,  pour  le 
bénéfice  de  M.  Alb.  Baets  qui,  en  choisissant  à 
cette  occasion  le  rôle  du  îîollandais,  dans  le  Vais- 
seau-Fantôme, a  fait  preuve  d'un  jugement  sain. 
La  dernière  création  de  ce  jeune  artiste  est  du 
reste,  de  l'avis  de  tous,  parmi  ses  meilleures.  Le 
public,  lui  aussi,  a  fait  preuve  de  goût  en  allant  en 
4  f  foule  applaudir  l'œuvre  de  Wagner  et  ses  excel- 
lents interprètes. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


231 


A  peine  une  demi-salle  lors  de  la  reprise  de 
Lohcngrm  au  Théâtre-Royal  et  salle  comble  pour 
le  Vaisseau  Fantôme  au  Théâtre-Flamand,  cela  fait 
réfléchir  ! 

La  première  de  Mékisine,  l'œuvre  nouvelle  de 
E.  Wambach  a  fourni  une  nouvelle  preuve  du 
talent  de  notre  concitoyen.  Le  libretto  de  Frans 
Gittens,  traité  en  forme  de  féerie,  offrait  au  com- 
positeur l'occasion  de  déployer  ses  dons  mélo- 
diques. 

Nous  reviendrons  sur  Mélusinc,  qui  a  obtenu  un 
beau  succès  ;  mentionnons  comme  ayant  été  parti- 
culièrement applaudi  l'ouverture  très  poétique;  les 
strophes  de  Jocelyn  au  2"  acte  (M.  Leysen);  le 
finale  du  3«  acte  et  le  lever  de  rideau,  très  émou- 
vant, du  Ç  acte. 

Après  le  3"  acte,  le  public  a  fait  une  ovation  au 
compositeur  ainsi  qu'au  poète  absent,  M.  Gittens, 
retenu  chez  lui  par  maladie.  A.  W. 

BERLIN.  —  La  mort  de  Hans  von  Bùlow 
a  été  cause  du  changement  apporté  au  pro- 
gramme du  huitième  concert  philharmonique. 
M.  Schuch  a  dirigé  deux  œuvres  favorites  de  son 
illustre  prédécesseur  :  VEroïcn  et  la  suite  en  ré  de 
Bach  La  première  partie  de  la  symphonie,  prise 
trop  lentement,  a  paru  interminable  ;  les  trois 
dernières,  irréprochables  d'exécution,  surtout  la 
marche  funèbre,  le  dernier  adieu  des  musiciens 
(il  ses  collègues  n,  comme  les  nommait  Bùlow)  à 
leur  chef.  Je  ne  saurais  m'enthousiasmer  pour  l'in- 
terprétation de  la  suite  de  Bach  que  M.  Schuch 
nous  a  fournie.  Le  contrepoint  des  voix  intermé- 
diaires ressortait  trop  rarement  :  ce  n'est  certes  pas 
là  la  clarté  à  la  quelle  Biilow  nous  a  habitués  !  L'air 
a  manqué  son  effet,  les  premiers  violons  n'étant 
pas  d'accord  entre  eux.  Lili  Lehmann,  la  célèbre 
cantatrice  de  Bayreuth,  prêtait  son  concours  au 
concert.  Elle  a  déclamé  avec  un  art  admirable  une 
scène  et  un  air  à^Armide  de  Gluck  et  le  finale  de 
\^ Gœtterdammernng.  Le  public  l'a  chaleureusement 
applaudie.  Nous  ne  rendons  compte  ici  que  de  la 
répétition  générale  publique,  n'ayant  pu  assister 
au  concert. 

Cette  semaine,  à  la  Philharmonie,  trois  concerts 
populaires.Voici  les  œuvres  principales  exécutées  : 
les  symphonies  Dans  la  forêt  de  Raff  et  inachevée 
de  Schubert,  une  Polonaise  et  les  Préludes  de  Liszt, 
une  Rhapsodie  de  Svedsen.les  préludes  de  Tristan  et 
de  Lûhengrin  et  les  ouvertures  du  Cid  (Cornélius), 
A'Egmont,  de  Manfred,  de  Rtcy  Blas,  dl'Iphigénie  en 
Aulide,  de  VEnlèvement  au  sérail  et  de  Léonore  n°  III. 

Pour  le  mois  de  mars,  nous  avons  une  foule  de 
concerts  annoncés.  Le  10,  la  Singacademie  don- 
nera une  exécution  de  la  messe  en  si  mineur  de 
Bach;  le  12,  le  professeur  Gernstein  dirigera  le 
Rcqniem  de  Verdi,  et  le  24,  la  Neuvième  Symphonie, 
au  dernier  concert  Weingartner. 
;    Les    restes    embaumés     de   Hans    von    Bùlow 


doivent  arriver  à  Hambourg  dans  la  première 
quinzaine  de  mars;  suivant  le  désir  du  défunt,  ils 
y  seront  brûlés.  A  cette  époque  auront  lieu,  à 
Hambourg  et  à  Berlin,  de  grandes  fêtes  musicales 
à  la  mémoire  du  célèbre  artiste.  E.  B. 


DRESDE.  —  M-"'  Albani,  Kgl  Preuss. 
Kammersungerin,  —  ainsi  s'annonce  la  diva 
anglaise,  —  passant  par  Dresde,  y  a  donné  un 
concert  La  presse  locale,  généralement  douce 
aux  artistes  de  renom,  hasarde  néanmoins  que 
cette  première  apparition  dans  la  Florence  alle- 
mande se  fait  un  peu  sur  le  tard.  Nous  ne  dirons 
pas  que  M™"  Albani  nous  a  donné  «  les  restes 
d'une  ardeur  qui  s'éteint  »,  —  elle  est  toujours 
pleine  de  vie,  -  mais  le  public  dresdois,  qui  n'a 
pas  eu  l'heur  de  l'entendre  en  Angleterre  ou  en 
Amérique,  n'a  pu  recueillir  que  les  précieux 
«  restes  d'une  voix  qui  tombe  ». 

Le  programme  de  samedi  soir  était  des  plus 
attrayants  :  Casta  diva,  de  Norma,  l'air  de  Tann- 
hauser,  un  morceau  de  la  Création,  transformé  sur 
place  en  une  pièce  peu  intéressante  de  Théodora 
de  Haendel,  et  la  valse  de  Roméo  et  Juliette  de 
Gounod.  Ne  parlons  pas  des  trois  premiers  numé- 
ros. Pour  aborder  la  Casta  diva,  il  faut  un  senti- 
ment, une  poésie  qui  ne  s'acquièrent  point  et  dont 
la  virtuosité  ne  tient  pas  lieu.  Nos  prime  donne  savent 
bien  que  le  Dich  griisse  ich  wieder,  theure  Halle 
exige  des  moyens  vocaux  non  factices.  Constatons 
plutôt  qu'à  l'exception  d'un  chevrotement  inter- 
mittent et  de  quelques  trilles  au  son  étrange,  la 
valse  de  Gounod  a  été  enlevée,  ainsi  que  Mia 
piccirella  du  Salvator  Rosa,  de  Gomes.  Le  Home 
siiieet  home,  dit  a.vec  beaucoup  d'expression,  a  touché 
la  fibre  patriotique  de  plus  d'une  jeune  miss,  et  le 
Guten  Abend  de  Schumann  a  clos  la  soirée.  Un  peu 
effarouché  par  une  pluie  de  baisers,  —  imitation 
Patti,  —  envoyés  dans  toutes  les  directions,  le 
public  s'est  pourtant  déclaré  satisfait. 

Quoique  l'opinion  de  la  critique  étrangère  soit 
totalement  indifférente  aux  artistes  dont  il  a  le 
devoir  de  servir  les  intérêts,  —  c'est  l'agent  princi- 
I)al  des  concerts  de  Dresde  qui  parle,  —  et  que  le 
service  de  presse  soit  subordonné  aux  préférences 
d'un  employé,  nous  souhaitons  à  M™»  Albani  une 
foule  empressée  pour  son  second  et  dernier  con- 
cert, le  27  mars.  Ou  n'a  presque  pas  remarqué, 
malgré  leur  qualités,  MM.  Schorg,  violoniste,  et 
Ammennann,  pianiste  :  l'étoile  absorbait  tous  les 
regards. 

Est-ce  à  l'heureuse  influence  du  nouvel  inten- 
dant du  théâtre,  M.  le  comte  Seebach,  qu'on  a  du 
un  léger  changement  dans  le  répertoire  de  la 
semaine  dernière?  La  Cavalleria  devait  aller  en 
scène  avec  l'inévitable  ballet  Porcelaine  de  Meissen. 
Au  dernier  moment,  on  lui  a  donné  pour  second 
r  VOrphée  de  Gluck,  0  et  par  droit  de  conquête,  et 
par  droit  de  naissance  ».  Alton. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


LIEGE.  —  Mercredi  dernier  avait  lieu,  au 
foyer  du  Conservatoire,  la  troisième  séance 
de  musique  de  chambre  donnée  par  M.  Désiré 
Geminick,  M"e  J.  Folville,  MM.  Max  Maasz  et 
Arthur  Vantyn.  Ces  vaillants  et  consciencieux 
artistes  ont  entrepris,  cette  année,  à  Liège, 
l'œuvre  difficile  de  la  fondation  d'un  quatuor.  Je 
vous  ai  parlé  de  leur  première  séance;  un  corres- 
pondant d'occasion  vous  a  dernièrement  entretenu 
de  la  deuxième.  Les  progrès  faits  par  les  dévoués 
quartettistes,  l'exécution  soignée  qu'ils  ont  faite 
d'œuvres  d'art  intelligemment  choisies  ont  justifié, 
dans  cette  séance  de  mercredi,  le  succès  qu'ils 
avaient  obtenu  lors  de  la  première  et  qu'avait 
encouragé  leurs  heureux  débuts.  Le  programme 
portait,  cette  fois,  le  quatuor  'mi  bémol)  pour  piano 
et  archets  de  Schumann;  Mli«  Folville  s'y  est 
montrée  aussi  habile  pianiste  qu'elle  est  intelli- 
gente violoniste;  puis  le  trio  (sérénade)  de  Bee- 
thoven (op.  S),  exécuté  par  MM.  Geminick, 
Maasz  et  Vantyn;  certains  mouvements  y  étaient 
pris  un  peu  lents.  Le  quintette  en  ni  majeur  de 
Schubert,  avec  le  concours  d'un  jeune  et  habile 
violoncelliste  (encore  élève)  couronnait  le  con- 
cert. 

Nous  sommes  convaincu  qu'un  succès  mérité 
couronnera  de  même  l'initiative  de  M.  Geminick  et 
de  ses  partenaires,  initiative  à  laquelle  nous  devons 
d'entendre  ces  œuvres  de  choix,  —  œuvres  si  peu 
connues  et  si  rares  qu'un  legs  de  cent  mille  francs 
vient  d'être  fait  à  l'administration  du  Conserva- 
toire pour  qu'on  les  exhume  de  leur  tombe  et 
qu'on  les  arrache  à  la  brume  du  respect  mytholo- 
gique où  ils  se  trouvaient  ensevelis.  J.  M. 


MONS.  —  M.  J.  Van  den  Eeden  a  donné 
ces  jours-ci,  à  quelques  invités,  une  audi- 
tion de  la  cantate  écrite  par  lui,  sur  un  poème  de 
M.  Hippolyte  Laroche,  pour  les  fêtes  de  Roland 
de  Lassus.  Cette  cantate  a  fait  la  meilleure 
impression  sur  les  invités. 

Le  finale  est  ravissant.  Après  de  magnifiques 
élans  arrive  un  savoureux  «  Salut  au  Carillon  » 
que  diront  des  centaines  de  voix  enfantines  et  que 
reprendront,  dans  une  splendide  sonorité,  les 
masses  chorales  et  orchestrales. 

Mons  chantera  son  Carillon  —  même  avant  juin, 
car  les  répétitions  l'auront  tôt  popularisé  — 
comme  Gand  chante  le  Viru  Artevelde  de  Gevaerl 
et  Anvers  la  Rutens  Cantate  de  Benoit. 

M.  Van  den  Eeden  a  également  fait  entendre 
son  chœur,  le  Rêve,  —  écrit  pour  le  concours 
organisé  à  l'occasion  des   fêtes  de  Lassus. 

Encore  une  magnifique  page  que  ce  Rêve,  dou- 
ble chœur  de  voix  d'hommes.  Ce  sera  une  œuvre 
sensationnelle,  mais  qui  déroutera  quelque  peu 
les  sociétés  appelées  à  l'interpréter. 


iVO  U  V ELLES  DI  VERSES 

Nous  avons  donné  le  programme  des  re- 
présentations qui  auront  lieu  cette  année  au 
Théâtre  Wagner  à  Bayreuth,  du  19  juillet  au 
19  août.  Dans  une  réunion  qui  s'est  tenue  le 
mois  dernier  à  Wahnfried,  il  a  été  décidé  que 
ces  représentations  seraient  dirigées  par  MM. 
Hans  Richter,  Richard  Strauss,  de  Weimar, 
Hermann  Levi  et  Félix  Motd,  qui  se  relayeront 
dans  la  conduite  de  Parsifal,  de  Lohengrin  et 
de  Tanhœuser,  les  trois  œuvres  portées  au  pro- 
gramme. 

•4+  La  reconstruction  de  l'Opéra- Comique 
de  Paris. 

Après  combien  de  déboires,  de  difficultés, 
de  marches,  démarches  et  contremarches  dans 
les  ministères  et  parlements,  projets,  contre- 
projets,  concours,  adjudications  et  protesta- 
tions était-on  arrivé  à  un  semblant  de  solution 
pour  l'affaire  de  l'Opéra-Comique  ! 

On  se  croyait  débarrassé  de  ce  tracas,  les 
travaux  étaient  sensément  en  cours  d'exécution  : 
patatras  !  Autre  guitare  (c'est  le  cas)  !  M.  Beriy, 
député,  va  proposer  à  la  Chambre  de  modifier 
les  dispositions  approuvées,  et  de  faire  au  nou- 
vel édifice  une  façade  sur  le  boulevard.  On  ne 
voit  pas  l'utilité  de  ce  changement, qui  ne  porte 
que  sur  de  l'accessoire,  mais  on  voit  le  prix 
qu'il  coûtera  et  surtout  le  temps  nécessaire  aux 
enquêtes,  expertises,  jugements  d'expropria- 
tion, coordination  des  plans  nouveaux  et  des 
plans  précédents,  adoption  après  concours  d'un 
projet,  etc.,  etc. 

Qui  donc  se  plaignait  que  le  genre  éminem- 
ment national  penchât  vers  le  lugubre?  La 
construction  du  théâtre  devient  elle-même 
burlesque.  C'est  d'un  excellent  augure. 

.^fLa  section  de  musique  de  l'Académie  des 
beaux-arts  de  l'Institut  de  France  vient  de 
nommer  M .  César  Cui  membre  correspondant, 
en  remplacement  de  Tschaïkowsky,  décédé'  le 
5  novembre  1893. 

4+   A   Monte-Carlo  et  à  Nice,  vient  d'obte- 
nir un  très  grand  succès,   dans  deux  concerts 
donnés  avec  orchestre,  une  jeune  violoniste  de 
grand  avenir,   M''^  Jeanne  Bourgaud,  dernière   •■ 
élève  du  regretté  Massart.   Dans  des  fragments  1 
de  la  Symphonie  espagnole  de  Lalo,  dans  une  • 
suite  de  Godard   et  surtout  dans  le  deuxième 
concerto   de   Wieniavi^ski,  cette  jeune  artiste  a  i 
montré  d'admirables   qualités    d'exécutant    et 
d'interprète,  joignant  à  une  étourdissante  assu- 
rance technique  une  justesse  de  compréhension 
et  une  autorité  absolument  remarquables.  C'est 
une   nouvelle   étoile   dont  le   nom  est    à  rete- 
nir . 

"^  On  a  bien  ri,  l'autre  semaine,  à  Liège. 
M.  Radoux,  l'éminent  directeur  du  Conserva- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


233 


toire  de  cette  ville,  a  fait  entendre,  pour  la  pre- 
mièie  fois  à  ses  concerts,  tout  le  premier 
tableau  du  Rlieivgold  de  Wagner,  la  scène  qui 
se  passe  au  fond  du  Rhin  entre  les  trois  on- 
dines  et  le  gnome  concupiscent  Alberich,  qui 
les  poursuit.  Ce  fragment  a  été  chanté  en  fran- 
çais, dans  la  traduction  de  Victor  Wilder.  Elle 
n'est  pas  très  poétique,  cette  traduction.  Ah  ! 
quel  plaisir,  chante  le  gnome  : 

Quel  plaisir  de  vous  prendre  dans  mes  bras, 

Si  vous  veniez  un  peu  plus  bas. 

Mais  enfin,  il  n'y  a  rien  dans  cette  scène  qui 
ne  ressemble  à  toutes  les  scènes  de  séduc- 
tion. Elle  n'est  pas  faite,  évidemment,  pour  les 
pensionnats  de  jeunes  filles,  mais  encore 
n'offre-t-elle  rien  qui  soit  choquant.  N'empêche 
qu'un  bon  père  de  famille  qui  assistait  au 
concert  s'est  fâché  et  a  écrit  une  longue  lettre 
à  la  pieuse  Gazette  de  Liège,  pour  protester 
«  contre  ce  qui  s'est  chanté,  l'autre  soir,  au 
Conservatoire,  dans  l'exécution  du  prologue 
wagnérien  l'Or  dti  Rhin  ». 

Ce  bon  père  de  famille  est  profondément  in- 
digné : 

«  Le  moyen,  dit-il,  d'associer  des  chré- 
tiennes à  un  festin  d'art  où  l'on  sert  pareil 
plat  ?  » 

Et  il  continue  : 

«  Je  ne  connais  point  le  texte  de  Wagner  et 
ne  comprends  un  mot  d'allemand  :  j'eusse 
été  d'autant  plus  charmé  qu'au  lieu  de  nous 
donner  cette  traduction  française,  que  la  fille 
de  l'éminent  directeur,  par  exemple,  détaille 
avec  une  si  parfaite  netteté  d'expression,  on 
nous  offrît  le  texte  authentique  du  maître  ;  la 
plupart  des  auditeurs  n'y  eussent  rien  compris 
non  plus,  et  c'eût  été  profit  pour  tous.  » 

Avouez  que  l'idée  est  drôle  !  Ce  Prudhomme 
qui  ne  demande  qu'à  entendre5fl«s  comprendre 
est  vraiment  d'un  bon  comique. 

"^  On  nous  prie  de  rappeler  que  la  date 
d'inscription  au  concours  de  chant  d'ensemble 
que  la  ville  de  Mons  organisera  les  24  et 
25  juin  prochain,  à  l'occasion  des  fêtes  de 
Roland  de  Lassus,  expirera  le  i5  mars  courant. 

Ce  concours  s'annonce  sous  les  auspices  les 
plus  favorables  et  le  succès  en  est,  dès  main- 
tenant, assuré  par  la  participation  de  sociétés 
placées  au  premier  rang  des  sociétés  belges  et 
étrangères. 

Les  fêtes  qui  seront,  en  outre,  organisées 
pendant  les  deux  journées  du  concours  de 
chant  auront  une  importance  exceptionnelle  et 
le  festival  de  musique  qui  en  ouvrira  la  série,  le 
23  juin,  comportera  l'exécution,  par  plus  de  cinq 
cents  choristes  et  instrumentistes,  d'une  œuvre 
capitale  de  Roland  de  Lassus,  et  d'une  cantate 
en  son  honneur  due  à  la  composition  de  M.Jean 
Van  den  Eeden,  directeur  du  Conservatoire  de 
musique  de  Mons. 

•^   Quelques  souvenirs  du  maestro  Arrieta, 


directeur  du  Conservatoire  de  Madrid,    dont 
nous  avons  annoncé  la  mort. 

Arrieta,  élève  à  l'école  de  Rossini  et  de 
Bellini,  n'en  admirait  pas  moins  Wagner. 
En  1876,  il  était  allé  à  Bayreuth,  pour  en- 
tendre la  Tétralogie,  et  il  racontait  avec  une 
vivacité  et  une  originalité  toutes  méridionales 
l'effet  qu'avaient  produit  sur  ses  nerfs  a  la  len- 
teur, le  flegme,  le  caractère  pompeux  »  de  l'exé- 
cution et  de  la  mise  en  scène  germaniques.  Il 
disait  assez  spirituellement  que,  dans  cette 
expédition  en  Allemagne,  il  a\  it  assisté  à  un 
si  grand  nombre  de  concerts  et  d'auditions  mu- 
sicales, que,  le  matin,  quand  il  époussetait  et 
brossait  ses  habits,  il  lui  semblait  qu'il  en 
sortait  des  sons. 

Il  avait  un  aphorisme  plaisant  en  matière  de 
critique  théâtrale. 

«  Remarquez,  disait-il,  que,  dans  les  bons 
opéras,  on  trouve  son  siège  excellent  ;  il  ne 
vous  donne  pas  envie  de  vous  déplacer.  Au 
contraire,  dans  presque  tous  les  opéras  mo- 
dernes, il  semble  qu'on  soit  assis  sur  un  fau- 
teuil garni  de  clous,  si  bien  qu'on  ne  peut  rester 
tranquille.  Ce  n'est  pas  le  siège,  c'est  l'opéra 
qui  est  mauvais.  » 


BIBLIOGRAPHIE 

RivisTA  Musicale  Italiana.  —  Fratelli  Bocca, 
éditeurs,  à  Turin.  —  Le  premier  fascicule  de  cette 
nouvelle  revue  musicale  vient  de  paraître,  et  il  est 
de  nature  à  donner  une  haute  idée  de  l'importance 
qu'elle  pourra  acquérir  par  la  suite.  Cette  livrai- 
son n"a  pas  moins  de  deux  cents  pages  et  comprend 
des  travaux  importants,  parmi  lesquels  nous  signa- 
lerons spécialement  une  étude  de  M.  Alfred  Ernst, 
sur  le  Motif  de  l'Epée  dans  la  Wakyrie  ;  une  étude 
développée  de  G.  Tebaldini,  surGounod,  auteur  de 
musique  sacrée;  des  notes  savantes  de  L.  Torchi, 
sur  l'accompagnement  instrumental  dans  les  mé- 
lodrames italiens  de  la  première  moitié  du 
XVI"  siècle,  etc.,  sans  parler  des  notices  bibliophi- 
liques  sur  les  nouveaux  livres  ou  les  nouvelles 
publications  musicales.  Bxe.l,\3.Rivisia  musicali est 
un  véïi\.2^Si\&  magazine  qui  manquait  jusqu'ici.  L'idée 
est  nouvelle  et  heureuse. 

•^  La  librairie  de  l'Art,  à  Paris,  met  en  vente, 
ces  jours-ci,  une  deuxième  série  de  Musiciens  (Tau- 
jourd'hui,  par  M.  Adolphe  JuUien,  absolument 
pareille  à  la  première,  qui  fut  publiée  il  y  a  deux 
ans  et  qui  est  déjà  totalement  épuisée.  Il  s'agit, 
dans  ce  nouveau  volume  de  cinq  cents  pages,  orné 
de  vingt  portraits  et  de  quarante  autographes 
des  compositeurs  suivants,  rangés  par  ordre  de 
naissance  :  Beethoven,  Auber,  Weber,  Meyer- 
beer,  Berlioz,  Félicien  David,  Richard  Wagner, 
Victor  Massé,  Reyer,  Porse,  Saint-Saëns,  Léo 
Delibes,  Guiraud,  Th.  Dubois,  V.  Joncières , 
Massenet,  E.  Pessard,  Paladilhe,  A.  Holmes  et 
Benjamin  Godard. 


234 


LE  GUIDE  MUSICAL 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4.  rue  Latérale 
PARIS  :  13,  rue  du  Mail 


NECROLOGIE 

Sont  décèdes  : 

A  Londres,  à  l'âge  de  cinquante-deux  ans, 
M""  Patey,  l'une  des  cantatrices  les  plus  remar- 
quables et  les  plus  célèbres  de  l'Angleterre.  Elle 
a  succombé  mercredi  à  Sheffield,dans  des  circons- 
tances particulièrement  dramatiques,  à  la  fin  d'un 
concert  qu'elle  y  donnait.  Ce  concert  devait  être 
son  concert  d'adieu.  Elle  fut  naturellement  l'objet 
d'ovations  réitérées.    Après    un   air   de   Hsendel,   i 


comme  elle  avait  été  rappelée  plusieurs  fois, 
M™=  Patey,  pour  répondre  aux  applaudissements  et 
aux  «  encore  !  n  entama  une  ballade  intitulée  The 
Banks  of  Allait  Water,  qui  se  termine  par  ces  mots  : 
«  Et  la  jeune  fille  tomba  sans  vie  ».  Au  moment 
même  où  elle  articulait  ces  paroles,  M™»  Patey, 
subitement  devenue  blême,  s'affaissait  sans  con- 
naissance et  elle  mourait  quelques  heures  après  à 
l'hôtel  où  elle  fut  transportée.  Les  médecins 
déclarent  qu'elle  a  succombé  à  une  paralysie  du 
cerveau,  provoquée  par  l'émotion  que  lui  avaient 
causée  les  acclamations  du  public. 

M""^  Patey  était  douée  d'une  superbe  voix  de 
contralto  ;  elle  interprétait  les  chefs-d'œuvre  de  la 
musique  classique  depuis  près  de  trente  ans,  dans 
les  principaux  festivals  de  l'Angleterre.  En  1S71, 
elle  fit  aux  Etats-Unis  une  tournée  véritablement 
triomphale;  en  1875,  le  Conservatoire  de  Paris  lui 
décerna  une  médaille  d'or;  et  en  1S90,  elle  fit 
en  Australie  une  tournée  dont  chaque  étape  fut 
pour  elle  l'occasion  d'un  succès  retentissant. 

—  A  Madrid,  le  compositeur  A.  Barbieri,  le 
musicien  le  plus  populaire  de  l'Espagne,  et  l'auteur 
d'innombrables    Zarzuelas,    opérettes    qui    depuis 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


C.-A. 


DEBUSSY 

OP.io 


I 


E  E 


QUATUOR 


pour  deux  violons,  alto  et  violoncelle 

Partition  .     .     Prix  net  :  fr.  6      |    Parties  séparées.  Prix  net  :  fr. 
tI  iTaiig:ement  à  quatre  uiaius  (sous  presse) 

Du  mêixie  auteur  : 


MUSIQUE  DE  PIANO 

1'^  Arabesque Prix  fr.  5 

2^  Arabesque Prix  fr,  6 

En  recueil     .      .      .  Prix  Net  fr.  2 
Petite  suite  à  4  mains     .  Prix  Net  fr.  5 


MUSIQUE  VOCALE 

L'Enfant  Prodigue,  scène 

lyrique  ....  Prix  Net  fr.  5 
Mâhdoline,  mélodie  .  .  .  Prix  fr.  4 
Les  Cloches,  mélodie.  .  .  Prix  fr.  3 
Romance Prix  fr.  3 


LE  GUIDE  MUSICAL 


235 


plus  de  trente  ans  sont  au  répertoire  de  toutes  les 
scènes  espagnoles.  Le  mérite  de  Barbieri  est 
d'avoir  créé  un  théâtre  et  un  genre  véritablement 
national  en  faisant  revivre  dans  ses  Zarzuelas  les 
airs  populaires,  les  chants,  les  proverbes,  les 
mélodies  du  terroir.  De  iS5o  à  rSgi,  Barbieri  a 
écrit  seul  cinquante-huit  Zarzuelas,  et  douze 
en  collaboration.  On  pourrait  citer  une  douzaine 
des  premières  qui  ont  le  don  d'exciter  encore 
l'enthousiasme  populaire  à  Madrid  et  en  province, 
comme  au  temps  de  leur  nouveauté,  et  il  est  peu 
d'Espagnols  qui  ne  se  rappellent  avec  plaisir  et 
orgueil  ces  rythmes  gais  et  vifs,  ces  chansons  qui 
ont  couru  les  rues  et  les  chemins  jusqu'au  fond  des 
Castilles  et  de  l'Andalousie. 

Barbieri  s'était  aussi  rendu  très  populaire  par 
ses  énergiques  efforts  en  faveur  de  la  protection 
de  la  propriété  musicale.  Il  fonda  pour  cela  une 
société,  «  La  Espana  Musical  n  ;  il  écrivit  des 
pétitions,  des  mémoires,  et  il  s'adressa  au  gouver- 
nement et  aux  Certes,  pour  le  décider  à  accorder 
aux  auteurs  de  musique  espagnole  les  mêmes  droits 
qu'aux  poètes.  Il  poursuivit  sa  campagne  au  Lycée 
artistique  et  littéraire  de  Madrid,  dont  il  devint  et 
resta  secrétaire  et  archiviste  tant  qu'elle  dura;   et 


il  eut  finalement  la  joie  de  voir  ses  efforts  cou- 
ronnés de  succès. 

Barbieri  ne  fut  pas  seulement  le  plus  essentiel- 
lement national  des  musiciens  et  des  compositeurs 
espagnols  contemporains;  il  fut  aussi  un  écrivain 
de  talent,  un  critique  impartial  et  intelligent,  une 
autorité  fort  appréciée  en  matière  d'art,  de  théâtre, 
de  musique,  un  bibliophile,  enfin,  qui  contribua  à 
fonder  la  Société  dos  bibliophiles  espagnols  et 
sut  réunir  une  collection  de  livres,  de  manuscrits, 
de  documents  curieux  qu'il  a  légués  à  la  Biblio- 
thèque nationale  et  à  l'Académie  de  San  Fernando. 

Il  a  aussi  exercé  une  grande  et  heureuse  in- 
fluence sur  l'éducation  musicale  et  artistique  de  la 
génération  actuelle,  en  lui  apprenant  à  aimer  la 
musique  classique  en  l'initiant  aux  chefs-d'œuvre 
de  Haydn,  Mozart,  Beethoven,   Mendelssohn. 

Baibieri  était  né  à  Madrid,  le  3  août  i823. 

A  VENDRE  très  beaux  instruments  italiens  :  violons 
de  A.  Stradivarius  et  de  Joseph  Guarnerius, 
altos  de  J  .  et  A .  Amati  et  de  J  .  B .  Guadagnini  . 

S'adresser  de  g  à  lo  h.  du  matin,  à  M.  Soulisse,  fau- 
bourg Saint-Honoré,  136,  Paris. 


BREITKOPF    ET    H>eRTEL 

Éditeurs,  45,  Montagne  de  la  Cour,   BRUXELLES 


Yient  de  paraître! 

Brahms,  J.  Exercices,  cah.  I,  II.  Net  fr.  4  — 
Goeyens-Platteel.    Solo    dans   le   style 
ancien  pour  trompette  chromatique 

avec  piano Net  fr.   2  5o 

Composé  spécialement  pour  les  cours  du  Conservatoire 
Mêlant,  Ch.  O  Salutaris,  solo  pour  chant 

avec  orgue  ou  piano.      .     .     Net  fr.    i    — 
—  Sous  les  lys,  chanson  pour   une  voix 
I  Net  fr.  2  — 

s    —  Six  feuilles  d'album  pour  piano. Net  fr,  4  — 


Mac-Dowell.  Op.  45.  Sonata  Tragiaca 
pour  piano Net  fr, 

Nordi,  Ed.  Deux  Mélodies  (i.  Adieu! 
2.  Au  Cimetière).     .     .     .     Net  fr. 

Reinecke,  C.  Op.  223.  Prologussolemnis. 
Ouverture  à  quatre  mains  .     Net  fr. 

—  Menuet  à  la  Reine  à  deux  mains, 
d'après  Grétry      .      .      .     .     Net  fr. 

Ryclandt,  J.  Op.  3.  Ouverture  pour  le 
drame  «  Caïn  »  de  Byron,  à  quatre 
mains Net  fr.  4 


5  — 


5  — 


o  65 


Dépositaires  des  PIANOS  BECHSTEÎN  ET  BLUTHNER 
HARMONIUMS     ESTEY 


236 


LE  GVIDM  MUSICAL 


RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 


Paris 

Opéra.  —  Du  26  février  au  3  mars  :  La  Walkyrie 
Faust.  Bal  masqué.  Gwendoline  et  les  Deux  Pigeons. 
La  Walkyrie. 

Opéra-Comique.  —  Du  24  février  au  3  mars  :  Richard 
Cœur  de  Lion  et  la  Dame  blanche.  Le  Dîner  de 
Pierrot  et  l'Attaque  du  moulin  Mignon  Fidès,  le 
Nouveau  Seigneur  du  village  et  le  Dîner  de  Pierrot. 
Cavalleria  rusticana  et  Phryné.  Mireille  et  les  Folies 
amoureuses.  Cavalleria  rusticana  et  Phryné. 


Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  25  février  au 
4  mars  :  Orphée  et  Pierrot  macabre.  Lohengrin. 
L'Attaque  du  moulin.  Faust.  L'Attaque  du  moulin. 
Bal 

Théâtre  des  Galeries  —  Sainte-Freya. 

Alcazar  royal.  —  Paul  us.  Mevisto.  Les  Territoriaux 

Salle  Ravenstein.  —  Lundi  5  mars,  à  8  h.  }^,  soirée 
musicale  donnée  par  M"'  Douste  de  Fortis,  avec  le 
concours  de  M""  Jeanne  Douste,  cantatrice,  et  de 
MM.  Marcel  Herwegh,  violoniste,  et  L.  du  Chastain. 
—  Sonate  chromatique,  piano  et  violon  (Raff);  Pensée 
d'Automne  (Massenet;  Caprice  (Marmontel),  Romance 
(Mendelssohn),  Sonate  en  sol  (Scarlatti);  Rondo  cap- 
priccioso  (Saint-Saëns);   Mia   Piccerella  de  Salvator 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tscbaikoiriiky,  GottschalU,   Prudent,  Allard 
des   Archives   du  piano   et  de  la   célèbre   Méthode   de   piano    A.   Le   Carpentier 

Seuls  dépositaires  de  l'Kdîtion  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  musique  de  violon 


P.   TSCHAIKOWSKY 

CEUVRES       POUR      ORCHESTRE 


Op.  34,  Sclierzo-valse  pour  violon 

Partition  (copiée)     ....... 

Partses  séparées.      .      .  .      .  .5 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  35.  Concerto  en  ce  majeur  pour  AÎolon 

Partition 12 

Parties  séparées.      • i8 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 

Op.  36.  Quatrième  symphonie  en /a  mineur  : 

Partition 25 

Parties  séparées 35 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     3 

Op.  39.  Douce  rêverie  et  Valse,  pièces  ex- 
traites de  l'Album  d'enfants 
(n»*  21  et  S),  arrangées  pour  instru- 
ments à  cordes. 

Partition i 

Parties  séparées 2 

Parties  supplémentaires    .      .      chaque     » 

Op.  43.  Première  suite  d'orchestre  : 

i»  Introduction  et  fugue  ;  20  Divertisse- 
ment ;  3"  Andante  ;  4"  Marche  minia- 
ture; 5' Scherzo;  60  Gavotte. 

Partition 20 

Parties  séparées 3o 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3 

Op.  43.  Marche  miniature  extraite  de  la  suite  : 

Partition 2 

Parties  séparées 3 

Parties  supplémentaires  cordes  i'^''  et  2' 
violons  seulement.      .      .      .      chaque     i 

Op.  44.  Deuxième  Concerto  en  sol  majeur 
piano  : 

Partition 20 

Parties  séparées 20 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 

Violon  solo I 

Violoncelle  solo i 


Op.  45.  Capricoio  italien  : 

Partition i5     » 

Parties  séparées 25     >> 

Parties  suppléraensaires  cordes    chaque     2    » 

Op.  48.  Sérénade  pour  instruments  à  cordes  : 
I"  Pièce  en  forme  de  sonatine  ;  2°  Valse  ; 
3»  Elégie;  40  Finale  (thème  russe). 

Partition 8     n 

Parties  séparées 10    » 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     2     « 

Op.  49   Ouverture  solennelle  : 

Partition 10    » 

Parties  séparées 20    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5o 

Op.  53.  Deuxième  suite  d'orchestre  : 

10  Jeu  des  sons  ;  2»  Valse;  3o  Scherzo  hu- 
moristique; 40  Rêves  d'enfant  50  Danse 
baroque,  style  Dargomijsky. 

Partition 25    » 

Parties  séparées 3o    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    3     » 

Op .  55 .  Troisième  suite  d'orchestre  : 

10  Elégie  ;  20  Valse  mélancolique  ; 
3o  Scherzo  ;  40  Thème  avec  variations. 

Partitiion 3o    » 

Parties  séparées 35    » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque    3    » 

Op.  56.  Fantaisie  en  sol  majeur  pour   piano, 
dédiée  à  M™"  Essipoff . 

Partition 10    » 

Parties  séparées 20    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    3    » 

Op.  58.  Manfred,    symphonie    en    4    parties, 
d'après  Byron  : 

Partition 4°    » 

Parties  séparées 72    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    4    » 


LE  GUIDE  MUSICAL 


237 


Rosa  (Gomez);  Poésies,  récit  (Verlaine);  Chœur  des 
lileuses  du  Vaisseau- Faniôme,  pour  piano  (Wagner- 
Liszt);  Rosées  (G.  Pfeiffer),  Bonjour  Suzon  (T.  Tosti); 
Chant  du  soir  (Schumann  ,  Mazurka;  le  Lion  (comte 
de  Lisle),  Un  yea  de  musique  (V.  Hugo),  récits); 
Valse  (L  -E.  Back1,  Feu  Follet  (E.  Pessard),  Taren- 
telle A.  Rubinstein). 

Exposition  de  la  libre  esthétique.  —  Concert  du 
quatuor  Ysaye.  —  Jeudi  8  mars  ;  Quatuor  (inédit) 
pour  instruments  à  cordes,  première  audition  (Guy 
Ropartz);  Sarabande  et  Chaconne  extraites  de  la 
sonate  en  ré  mineur  pour  violon  (J. -S.  Bach);  Quatuor 
en  ré  majeur  pour  instruments  à  cordes,  redemandé 
(V.  dlndy). 


Berlin 

Opéra-Impérial.  —  Du  25  février  au  4  mars  :  Lohen- 
grin.  Les  Medici.  Les  Maîtres  Chanteurs  de  Nurem- 
berg. Les  Medici.  La  Flûte  enchantée.  Tannhseuser. 
Les  Medici.  Les  Medici. 

Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt,  —  La  Chasse  au 
mari. 

Vienne 

Opéra-Impérial.  —  Du  25  février  au  4  mars  ;  Caval- 
lena  rusticana  et  Puppenfee.  Le  Baiser  (i"  représen- 
tation) et  le  Diable  au  couvent.  Guillaume  Tell.  Le 
Trouvéïe.  Le  Baiser  et  le  Diable  au  couvent.  Tanz- 
masrchen.  Les  Contes  dorés.  La  Fête  de  mai.  Le  Bai- 
ser et  le  Diable  au  couvent. 


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Wiegenlied.fûr  Violine  und  Orchester 
oder  Quartett,  oder  Pianofortebeglei- 
tung Mark 


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2  mains 2  5o 

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STOJOWSKY.  Op.  I.  Deux  pensées 

musicales  : 

N°  I.  Mélodie i  j5 

N°  2.  Prélude 2  — 

—  Op.  2.  Deux  Caprices-Etudes  : 

N"  I.  Pileuse 2  — 

N°  2.  Toccatina 2  — 

—  Op.  4.  Trois  Intermèdes  : 

N"  I  en  sol.  N"  2  en  mi   mineur. 

N"  3  en  si  bémol,     .     .     .  chaque     i  75 

—  Op.  8.  No  I.  Légende     ....     i  75 

—  Op.  8.  N°  2.  Mazurka    ....     i  75 
PETER  BENOIT.  Concerto  (poème 

symphonique),  pour  flûte  et  piano.     7  5o 


HUBAY,  J.  Compositions  pour  vio- 
lon avec  piano  : 
Fleur  de  mai,  op.  37.  N"  i  .     .     .     i  75 
Au  temps  jadis,  op.  37.  N""  2.     .     .     2  5o 
Devant  son  image,  op.  38.  N"  i    .     i  75 

(Chant  sur  la  4"  corde) 
Sous  sa  fenêtre  (sérénade),  op.  38. 

N"  2 2  - 

Ramage  de  rossignols,  op.  3g  .     .     3  — 

PANGAERT  D'OPDORP.    Op.    5. 

Souvenir  de  Spa  (Annette  et  Lu- 
bin).  Edition  pour  violoncelle 
avec  piano 2  — 

—  Op.  g.  Mélodie  pour  violoncelle 

et  piano I  35 


238 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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Porcelaine  de  Meissen.  Obéron.  Siegfried.  Herrat.  Le 
matin  des  noces.  Le  Cadi  dupé,  Marga. 
Munich. 
Opéra.  —  Du  19  au  25  février  ;  Rigoletto.    Otello.    Fi- 
delio.  Rigoletto. 

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LE  GUIDE  MUSICAL 


239 


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MAURICE     KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 


RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

Rue  Beaurepaire,  33,  Paris 

N     Le  KiME,    SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


CoUaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten — Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

N.  Liez  -  I.  Will 

Dr  Dwelshauwers  —  Ernest  Closson 

Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer   —  Jean  Marlin 

J.  Brunet  —  A.  Wilford,  etc,  etc. 

HbOnUCinentS  :  aux  Bureaux  du 
journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
à  Paris,  à  là  Librairie  Fischbacher, 
33,   rue  de  Seine, 

France  et  Belgique  ...     12  francs. 

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40"  année  II   Mars   1894  numéro  11 

SOMMAIRE 

G.  Servières  :  Hulda  de  César  Franck. 

Marcel  Remy  :  Musique  gratuite. 

Hugues  Imbert  :  Le  Requiem  de  Berlioz 
aux  Concerts-Colonne. 

Ciironiquc  bc  la  Scmaint  :  Paris:  Quatuor  de  Richard 
Strauss;  séance  Brahms;  à  la  Nationale.  —  Echos. 

Bruxelles  :  Les  répétitions  de  Tristan  ;  M""  Jeanne 
et  Louise  Douste.  —  Nouvelles  diverses. 

QLorrteppnbanccs  :  Anvers,  Berlin,  Dresde,  Gand, 
Liège,  Lyon,  Verviers. 

Nouvelles  diverses.  —  Bibliographie.  —  Nécrologie. 

Répertoire  des  théâtres. 


en  vente  ,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  l'Ecuyer; 
et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,   33,   rue  de    Seine  ;  librairie  Flammarion. 

—  A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Haertel,  i5,  C-cford 
Street;  Schott  et  C,  Régent  street,  iSy-iSg. —  A  Leipzig  : 
Otto  Junne. — A  Munich  :  Josef  Seiling,  fourn''  de  la  cour, 
Perusastrasse.  —  A  Strasbourg  ;  librairie  Ammel.  —  A 
Amsterdam,  Algemeene  Musikhan  tel.  Spui,  2.  —  A  La 
Haye,  Belinfante  frères. — .\  Liège  :  M™"'  veuve  Muraille, 
rue  de  l'Université.  -  A  Anvers:  M.  Forst.place  de  Meir 

—  A  Gand  :  M'^'"  Beyer.    —  A  Zurich  ;  Hug  frères,  èdit. 

—  A  Genève  :  Ad.  Henn,  6,  rue  Grenus,  —  A  Madrid  : 
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242 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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IfE  (^UIDE  (DUSICAL 


PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


400  ANNÉE.  —  Numéro  ii. 


HULDA 

DE       CÉSAR       FRANCK 

PRÈS  la  mort  de  César  Franck, 
swi  j'eus  l'idée  de  consacrer  à  l'auteur 
des  Béatitudes  une  étude  biogra- 
)/  phique  et  critique  assez  étendue. 
^«IJe  m'adressai  au  directeur  d'une 
revue  auprès  duquel  je  pensais 
trouver  bon  accueil.  Quand  j'eus 
exposé  mon  projet,  le  directeur 
dont  je  parle,  fort  galant  homme  du  reste,  me 
répondit  avec  beaucoup  de  politesse  :  —  Oh  ! 
monsieur,  je  me  rappelle  parfaitement  César 
Franck.  Un  homme  qui  était  toujours  si  pressé, 
toujours  gravement  habillé  de  noir  et  qui 
portait  des  pantalons  trop  courts!...  Organiste 
à  Sainte-Clotilde.  Il  paraît  que  c'était  un  grand 
musicien,  peu  connu  du  public... 

—  C'est  justement   pour   le  faire  connaître. 

—  Sans  doute,  sans  doute...  Mais  le  lecteur 
ne  comprendra  pas  pourquoi  vous  lui  parlez 
d'un  compositeur  qui  n'est  pas  célèbre,  qui  n'a 
jamais  été  joué  à  l'Opéra.  A-t-il  jamais  fait  un 
ballet,  seulement? 

Ce  directeur  parlait  avec  la  sagesse  d'un 
homme  qui  connaît  par  expérience  la  frivolité 
d'un  public  français  et  mondain.  Il  savait  qu'en 
France  un  compositeur  qui  n'écrit  pas  pour 
le  théâtre,  peut  avoir  du  génie,  il  ne  sera 
jamais  apprécié  que  d'un  petit  cercle  d'ama- 
teurs. Le  talent  même  qu'il  aura  manifesté  dans 
des  compositions  de  musique  pure  lui  sera  im- 
puté à  crime  lorsqu'il  tentera  d'aborder  le 
théâtre.  Cette  prévention  des  directeurs  et  du 
public  en  a  tenu  Franck  éloigné,  plus  encore 


que  son  goût  pour  les  œuvres  sévères  et  son 
désintéressement. 

En  ses  débuts,  en  1848,  il  avait  écrit  un 
opéra  intitulé  le  Valet  de  ferme,  qui  fut  pré- 
senté à  V Opéra-National  d'Ad.  Adam.  La 
prompte  ruine  de  l'entreprise  en  empêcha  la 
représentation,  et,  depuis  lors,  le  manuscrit 
est  resté  dans  ses  cartons.  Cet  échec,  sa  timi- 
dité, son  peu  d'aptitude  à  l'intrigue  le  détour- 
nèrent sans  doute  d'une  nouvelle  tentative.  Ce 
n'est  qu'à  la  fin  de  sa  vie,  qu'encouragé  pro- 
bablement par  les  conseils  de  ses  amis  et  de  ses 
élèves,  il  consentit  de  nouveau  à  traiter  un 
sujet  de  drame  lyrique.  Ce  fut  sur  un  poème 
de  M.  Grandmougin,  Hnlda,  que  César  Franck 
jeta  son  dévolu.  Commencée  en  1879,  la  parti- 
tion fut  terminée  en  1882.  Il  n'y  travaillait 
guère  que  l'été,  aux  mois  d'août  et  de  sep- 
tembre, alors  que  les  vacances  annuelles  le  dé- 
livraient du  joug  des  leçons  à  donner  et 
concurremment  avec  d'autres  œuvres.  L'orches- 
tration a  été  terminée  en  i8S5  (i).  Plusieurs 
fragments  de  cet  opéra  furent  exécutés  soit  de 
son  vivant,  soit  aussitôt  après  sa  mort,  en  hom- 
mage à  sa  mémoire  :  la  marche  avec  chœur  et 
les  airs  de  ballet,  donnés  d'abord  dans  un  fes- 
tival, au  Trocadéro,  en  avril  1884,  furent 
rejoués  au  festival  organisé  par  les  amis  et  les 
élèves  de  Franck,  en  son  honneur,  au  Cirque 
d'Hiver,  le  3o  janvier  1887.  L'arioso  de  Hulda 
fut  chanté  par  M^e  Deléage,  dans  un  concert 
composé  uniquement  d'œuvres  du  maître, 
donné  par  le  pianiste  Paul  Braud,  à  la  salle 
Erard,  le  21  février  1890  ;  le  chœur  des  femmes 
de  l'Hermine  fut  entendu   à   la  Société  Natio- 

(I)  Ghisèle^  drame  lyrique  sur  un  poème  carlovingien 
de  M.  Gilbert-Augustin  Thierry,  n'était  pas  achevée 
quand  Franck  est  mort.  Il  y  manquait  une  partie  de 
l'instrumentation,  qu'un  de  ses  élèves  pourra  sans  doute 
reconstituer  d'après  les  notes  du  compositeur.  Hulda,  au 
contraire,  était  terminée.  La  réduction  au  piano  même 
a  été  écrite  par  l'auteur  en  grande  partie.  Depuis  la 
page  245  de  la  partition  publiée  par  MM.  Choudens, 
elle  a  été  faite^  par  M.  Samuel  Rousseau,  son  élève', 
d'après  les  manuscrits  en  possession  de  M.  Georges 
Franck,  son  fils. 


244 


LE  GUIDE  MUSICAL 


nale,  le  27  décembre  de  la  même  année.  Mais 
ces  satisfactions  partielles  ne  pouvaient  conso- 
ler l'artiste  de  ne  pas  entendre  intégralement 
cette  oeuvre  aimée,  dont  la  partition  ne  sortait 
pas  de  sa  chambre  et  qu'il  aurait  désiré  voir 
accueillir  à  l'Opéra  ou  au  théâtre  de  la  Mon- 
naie. 

Grâce  à  l'initiative  de  M.  Raoul  Gunsbourg, 
cette  œuvre,  qu'ont  dédaignée  Paris  et  Bruxelles, 
a  été  représentée,  le  8  mars  1894,  sur  la  scène 
de  Monte-Carlo. 

L'ouvrage  est  divisé  en  quatre  acte,  avec  épi- 
logue. L'action  se  passe  en  Norvège,  au  xi<= 
siècle.  En  voici  le  sujet. 

Hulda  et  sa  mère,  le  soir,  attendent  Husta- 
wick,  leur  père  et  mari,  qui  s'attarde  à  lâchasse. 
Inquiètes  de  ne  pas  le  voir  rentrer,  elles  re- 
doutent pour  lui  les  embûches  d'une  tribu 
ennemie,  celle  des  Aslak.  Brusquement, 
ceux-ci  surviennent,  à  la  suite  de  leur  chef 
Gudleik,  vainqueur  d'Hustawick,  et  des  siens. 
Ils  s'emparent  des  deux  femmes,  emmènent 
Hulda  captive  ;  Hulda  suit  Gudleik  par  force, 
mais  en  jurant  de  venger  le  meurtre  de  son 
père. 

Depuis  deux  ans,  Hulda  vit  dans  la  demeure 
des  Aslak,  en  compagnie  des  sœurs  de  son 
ravisseur.  Des  noces  s'apprêtent  ;  celles  de 
Thordis  et  de  Grunnar,  celles  de  Hulda  et  de 
Gudleik.  En  vain  sa  mère  et  ses  frères  blâment 
cette  union,  Gudleik  passe  outre.  Mais  Hulda  a 
conçu  un  amour  passionné  pour  un  chevalier 
de  la  cour,  Eiolf,  qui  est  fiancé  à  une  douce 
jeune  fille,  Swanhilde.  Elle  n'en  tient  pas  moins 
à  accomplir  sa  vengeance.  Eiolf  en  sera  l'arti- 
san :  dans  un  duel  simulé  avec  Gudleik,  la  riva- 
lité amoureuse  transforme  les  deux  adver- 
saires en  ennemis  déclarés.  Gudleik  succombe, 
au  milieu  du  désespoir  des  siens.  Eiolf,  vain- 
queur, se  retire  impuni. 

Délivrée  de  son  maître  détesté,  Hulda  s'aban- 
donne à  son  amour  pour  Eiolf,  qui  vient 
la  voir  tous  les  jours,  à  la  nuit  tombante. 
Oublieux  de  Swanhilde,  celui-ci  se  laisse 
aimer. 

Le  quatrième  acte  se  passe  dans  le  parc  du 
château  royal,  où  une  fête,  donnée  par  le  roi 
et  la  reine,  est  le  prétexte  d'un  ballet,  ballet 
allégorique  représentant  la  lutte  du  printemps 
et  de  l'hiver.  Svifanhilde,  restée  seule,  se  désole 
d'être    délaissée,    elle     aime    toujours    Eiolf, 


Celle-ci  survient  ;  il  cède  à  la  douce  jeune  fille 
qui  évoque  leurs  souvenirs  de  tendresse,  il  renie 
sa  passion  pour  la  sombre  Hulda. 

Hulda,  trahie,  jure  de  se  venger.  Elle  arme 
contre  Eiolf  la  rancune  des  frères  de  Gudleik. 
Sous  un  prétexte  d'adieu,  elle  attire  Eiolf  dans 
un  guet-apens  ;  les  Aslak  le  mettent  à  mort. 
Mais  le  sang  de  leur  frère  exige  encore  le 
meurtre  d'Hulda.  Ils  vont  la  tuer,  quand  ils 
sont  mis  en  fuite  par  les  gens  d' Eiolf,  accourus 
au  secours  de  leur  chef.  Ceux-ci  menacent  à 
leur  tour  Hulda  ;  elle  veut  au  moins  mourir  de 
son  gré  et  se  précipite  dans  la  mer. 

Le  poème  de  M.  Grandmougin  est  vague- 
ment imité  d'une  pièce  en  trois  actes  de 
Bjœrnson,  Hiilda  la  Boiteuse,  composée  par  le 
dramaturge  norvégien  à  l'époque  (i858)  où  il 
était  directeur  du  théâtre  de  Bergen  ;  mais  il  en 
diffère  en  certains  points.  Le  personnage  de 
Thordis,  si  charmant  dans  l'œuvre  originale, 
existe  à  peine  ;  le  dénouement  du  drame  est 
changé.  Aucune  indication  sur  la  ps3'chologie 
des  personnages.  D'une  invocation  de  Hulda 
aux  sombres  esprits  de  la  mer,  au  premier 
acte,  tandis  que  sa  mère  implore  Dieu  pour  le 
retour  des  siens,  on  pourrait  induire  qu'elle 
est  païenne,  mais  cela  n'est  pas  expliqué. 
Qu'est-il,  cet  Eiolf  que  se  disputent  la  brune 
et  la  blonde  ?  D'où  vient  Swanhilde  ?  Comment 
s'intéresser  à  eux?  —  Franck,  paraît-il,  n'ai- 
mait pas  les  sujets  compliqués,  artificiels,  il 
affectionnait  les  époques  reculées,  légendaires, 
le  choix  de  Ghisèle,  drame  carlovingien,  en  est 
la  preuve  ;  aucune  donnée  d'opéra  ne  pouvait 
être  d'une  simplicité  plus  rudimentaire  que 
Ht!  Ida. 

Par  l'époque  de  sa  composition,  Hulda  est 
contemporaine  de  la  petite  partition  de  Rebecca, 
publiée  en  1881.  Il  y  a  analogie  dans  les  formes 
vocales,  dans  les  coupes  de  phrases,  dans  la 
conduite  des  ensembles.  Cette  analogie  est 
surtout  sensible  au  premier  acte,  dans  la  scène 
entre  Hulda  et  sa  mère;  au  second,  dans  le 
plan  du  cantabile  d'Hulda,  où,  de  même  qu'au 
cantabile  d'Eliézer,  dans  Rebecca,  l'idée  mélo- 
dique, issue  de  l'orchestre,  s'enlace  au  chant 
de  la  manière  la  plus  libre,  serpente  en  bro- 
derie symphonique  autour  de  la  voix  et  rentre 
à  l'orchestre,  après  que  la  cadence  vocale  est 
demeurée  suspendue  sur  la  dominante  ;  elle 
apparaît  enfin  dans  la  disposition  et  le  coloris 


LE  aUIDE  MUSICAL 


245 


des  chœurs,  qui,  parfois  même,  évoquent  le 
style  le  plus  ingénu  de  Riitli. 

Dans  les  parties  purement  symphoniques, 
l'œuvre  se  rapprocherait  plutôt  de  Psyché  ;  elle 
en  a  la  grâce,  l'élégance  et  la  fraîcheur  dans 
les  pages  pittoresques,  mais  avec  une  teinte 
différente,  où  se  révèle  une  imitation  de  la  cou- 
leur Scandinave.  Tel  motif  instrumental,  dans 
la  marche,  le  ballet,  le  prélude  du  quatrième 
acte,  rappelle  les  airs  populaires  norvégiens 
transcrits  et  orchestrés  par  Grieg,  L'emploi  trop 
fréquent  du  mode  mineur,  comme  caractéris- 
tique, engendre  même  parfois  quelque  mono- 
tonie. 

Pour  le  système  dramatique,  Hlilda  n'offre 
aucune  innovation.  La  coupe  des  scènes  est 
judicieuse,  le  dialogue  réduit  au  strict  néces- 
saire, les  ensembles  amenés  logiquement  par  la 
situation,  mais  le  musicien,  sans  s'asservir  aux 
formes  anciennes  de  l'opéra,  ne  s'en  écarte  pas 
sensiblement.  Quant  au  Leitmotiv,  Franck,  qui, 
en  a  fait  usage  dans  ses  oratorios,  ses  sympho- 
nies et  même  dans  sa  musique  de  chambre,  ne 
l'emploie  pas  dans  Hulda.  Il  m'a  pourtant 
bien  semblé  qu'il  y  a  un  thème  de  la  Vengeance, 
entendu  d'abord  à  la  fin  du  premier  acte  et  qui 
reparaît  toutes  les  fois  (|ue  ce  sentiment  inspire 
Hulda. 

-  Dans  les  scènes  d'action,  le  rôle  de  l'orchestre 
est  assez  effacé  ;  l'emploi  trop  fréquent  des  ac- 
cords plaqués,  des  «  tenues  »,  le  peu  de  variété 
des  formes  d'accompagnement  dans  les  récits, 
y  produisent  une  certaine  uniformité.  Le  plus 
grave  reproche  qu'on  puisse  faire  à  la  partition 
à'Hulda,  c'est  que  les  mobiles  qui  font  agir  les 
personnages  étant  rudimentaires,  les  figures  du 
drame  sont  peu  caractérisées  par  la  musique  : 
l'opposition,  par  exemple,  entre  la  pure  ten- 
dresse de  Swanhilde  et  l'amour  passionné  de 
Hulda  n'est  pas  assez  marquée.  Seule,  Hulda 
a  un  relief  suffisant,  et,  bien  que  ses  actes  soient 
d'une  simplicité  vraiment  barbare,  une  chan- 
teuse de  talent  comme  M™<=  Deschamps-Jehin  a 
pu  en  faire  une  belle  création. 

Ces  défauts,  très  sensibles  à  la  lecture,  ne 
paraissent  pas  avoir  choqué  les  spectateurs  de 
Monte-Carlo,  qu'ont  séduits  le  charme  et  la 
couleur,  claire  ou  sinistre,  de  l'instrumenta- 
tion, la  grâce  des  chœurs  et  du  ballet.  Toute 
la  partie  pittoresque,  dans  Hulda,  est  pleine  de 
fraîcheur  et  de  suavité.  Les  délicieux  paysages 


musicaux  qui  servent  de  préludes  au  troisième 
acte  et  au  dernier  tableau,  le  chœur  de  l'Her- 
mine, celui  des  épousailles,  la  marche  avec 
chœur,  le  chœur  des  paysans  :  Le  lac  sourit, 
manifestent  l'originalité  harmonique  du  com- 
positeur. Son  sentiment  dramatique  lui  a  ins- 
piré les  accents  énergiques  du  serment  de  ven- 
gence  de  Hulda,  l'arioso  du  second  acte,  le 
mélodieux  et  tendre  duo  d'amour  du  troisième 
acte;  il  éclate  enfin  dans  la  scène  finale,  qui  est 
réellement  d'une  grandeur  tragique. 

Au  succès  de  Hulda,  à  Monte-Carlo,  ont 
contribué  vaillamment  l'orchestre,  dirigé  par 
M.  Jehin,  ainsi  que  le  talent  de  M™^  Des- 
champs-Jehin. Une  jeune  artiste,  M™'^  d'Alba, 
a  représenté  avec  charme  la  douce  Swanhilde  ; 
le  farouche  Gudleik  était  personnifié  par 
M.  Lhérie. 

En  face  des  noms  des  artistes  qui  viennent 
de  créer  les  rôles  à  Monte-Carlo,  sur  la  parti- 
tion, un  espace  a  été  laissé  en  blanc,  sorte  de 
pierre  d'attente,  pour  ceux  des  chanteurs  qui 
les  représenteront  à  Paris.  Il  appartient  aux 
directeurs  de  l'Opéra  d'y  inscrire  à  bref  délai 
une  distribution  digne  de  la  valeur  de  l'œuvre. 
Georges  Servières. 


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i)'()iJXvEC  cette  intense  compréhension  des 
■'^^y^  choses  d'art  qui  distingue  les  assem- 
~'i^  blées  politiques,  la  Chambre  des  dé- 
putés de  France  a  voté,  il  y  six  mois,  une  loi 
restrictive  concernant  les  droits  d'auteur.  Il  ne 
semble  pas,  si  l'on  s'en  rapporte  aux  procès- 
verbaux,  que  le  débat  ait  donné  lieu  à  grandes 
discussions  ni  frais  d'éloquence  ;  la  chose  fut 
vite  bâclée.  Les  législateurs  avaient  reçu  la 
requête  d'un  nombre  imposant  de  pétition- 
naires, dont  il  fallait  ménager  les  «  voix  ». 
D'autre  part,  aucun  député  ne  s'occupant  per- 
sonnellement d'une  chose  aussi  futile  que  la 
musique,  cet  «  art  d'agrément  »,  il  n'y  avait 
pas  de  raison  d'hésiter,  ni  même  d'étudier  la 
question  sérieusement.  Peut-être  fut-il  déclaré 
au  cours  des  débats  que  «  la  musique  adoucit 
les  mœurs  » ,  qu'elle  constitue  une  distraction 


•2të 


LE  GUIDE  MUSÏCAL 


saine,  hygiénique  pour  le  peuple;  peut-être 
d'autres  axiomes  aussi  souverains,  d'autres  cli- 
chés aussi  dogmatiques  furent-ils  émis  :  il  faut 
l'espérer  pour  l'honneur  de  la  tribune  fran- 
çaise ;  toujours  est-il  que,  le  i8  juillet  iSgS,  la 
Chambre  vota  la  loi  dont  voici  le  texte  : 

(1  Les  musiques  des  armées  de  terre  et  de 
mer,  les  musiques  des  établissements  scolaires, 
les  sociétés  musicales  autorisées,  chorales  ou 
instrumentales,  ne  sont  soumises  ni  à  l'acquit- 
tement des  droits  d'auteur  et  de  compositeur, 
ni  à  l'obligation  d'une  autorisation  préalable, 
pour  les  auditions  en  plein  air  ou  à  huis-clos 
qui  ne  donnent  lieu  à  aucune  recette  directe 
ou  indirecte.  » 

Cela  a  l'air  d'un  brave  édit  démocratique, 
rendu  pour  satisfaire  tout  le  monde,  sans  nuire 
à  personne;  et,  en  réalité,  c'est  la  porte  ouverte 
à  bien  des  abus. 

Cette  loi  passa  inaperçue  en  son  temps  ;  mais 
au  moment  où  elle  va  recevoir  la  ratification 
du  Sénat,  les  protestations  surgissent. 

Une  commission  d'examen  fut  constituée  au 
sein  du  Sénat  français,  et,  devant  cette  commis- 
sion, M.  Victorien  Sardou,  au  nom  de  la  Société 
des  auteurs,  est  allé  tout  récemment  combattre 
la  loi. 

Très  habile,  la  plaicloiiie  de  M.  Sardou;  nul 
mieux  que  lui,  qui  s'est  enrichi  dans  une  sorte 
d'industrie  semi-artistique,  ne  pouvait  présen- 
ter la  défense  des  intérêts  menacés  par  la  loi 
nouvelle. 

Mais  nous  sommes  loin,  tout  en  étant  au 
fond  d'accord  avec  lui,  d'approuver  tous  les 
arguments  qu'il  fait  valoir  devant  le  Sénat. 
Ainsi,  M.  Sardou,  en  bon  avocat  qui  ne 
néglige  pas  la  note  sentimentale,  attire  l'at- 
tention du  Sénat  sur  «  d'humbles  travailleurs 
mal  rétribués  »,  sur  «  ceux  de  nos  confrères  (de 
la  Société  des  auteurs)  n'ayant  pour  toutes  res- 
sources que  le  produit  des  morceaux  de  mu- 
sique destinés  à  des  sociétés  chorales  et  instru- 
mentales qui  se  préparent  à  les  exécuter 
gratuitement  » . 

Qu'est-ce  à  dire,  Monsieur  Sardou  ?  Il  existe 
donc  des  gens  qui  confectionnent  délibérément 
des  machines  pour  les  orphéons  et  fanfares  sans 
avoir  même  l'excuse  cynique  d'y  gagner  beau- 
coup d'argent?  Pour  le  plaisir,  par  vanité 
alors  ?  Non,  cette  industrie  ne  supporte  pas  la 
médiocrité,  et  il  ne  faut  pas  tâcher  de  nous 
attendrir  sur  le  sort  des  petits  boutiquiers, 
condamnés  à  être  dévorés  par  les  gros  compo- 
siteurs !  Ne  nommons  personne;  laréclame  ser- 
virait trop  bien  le  commerce  de  ces  Messieurs. 
On    conçoit  que,   dans  une  société   civilisée, 


alors  que  tout  est  pour  le  mieux,  comme  on  sait, 
on  conçoit  qu'un  compositeur  vive  dans  la  mé- 
diocrité ou  même  meure  traditionnellement  de 
faim,  mais  à  condition  qu'il  se  soit  voué  au  grand 
art.  Quant  à  prétendre  nous  apitoyer  sur  le  ma- 
rasme des  volontaires  de  la  camelote,  n'y  comp- 
tez guère.  Jamais  on  ne  nous  démontrera  la 
nécessité  ni  l'utilité  de  la  mauvaise  musique. 
L'agriculture  manque  de  bras,  jeune-maître  ! 

M.  Sardou  nous  a  semblé,  au  contraire,  dans 
le  vrai,  quand  il  a  fait  prévoir  les  abus  qui 
résulteraient  de  l'adoption  définitive  de  la  nou- 
velle loi.  En  effet,  rien  ne  retiendra  plus  (ni  droits 
à  payer  ni  autorisation  préalable)  le  cabotinisme 
naturel  et  incoercible  de  troupes  et  d'orchestres 
d'amateurs;  elles  se  permettront  des  exécutions 
calomnieuses  des  chefs-d'œuvre  sans  qu'on 
puisse  les  en  empêcher.  Du  moment  qu'il  n'y 
aura  pas  de  recette,  —  c'est-à-dire  que  le  recru- 
tement des  badauds  en  serait  facilité,  —  et 
que  sera  invoqué  un  prétexte  d'amusement  ou 
de  fête  de  charité  (avec  des  collectes  ou  autres 
moyens  de  tourner  le  sens  de  la  loi),  on  ne 
pourrait  interdire  les  parodies  les  plus  odieuses 
des  choses  respectables. 

Les  cercles  lyriques  s'improviseraient,  et  l'on 
finirait  par  voir  des  fancy  fair  se  couronner 
par  la  représentation  de  fafsifal  (il  est  juste- 
ment très  à  la  mode,  ces  temps-ci). 

Gardons  les  droits,  et  surtout  l'autorisation 
préalable. 

Non  pas  tant  pourla  question  d'argent,  mais 
par  mesure  prophylactique.  M.  R. 


LE  REQUIEM  DE  H.  BERLIOZ 

AUX  CONCERTS-COLONXE 

Si  j'étais  menacé  de  voir 
brûler  mon  œuvre  entière, 
moins  une  partition,  c'est  pour 
la  Messe  des  Morts  que  je  de- 
manderais grâce. 

H.  Berlioz. 

[ELLE  est  l'épigraphe  que  les  éditeurs 

de  la  Messe  des  Morts  (i)  ont  inscrite 

en  tête  de  la  partition.  C'est  dans  une 

lettre  adressée  le  ii  janvier  1867  à  son  meilleur 

ami,  Humbert   Ferrand,  que   Berlioz   accusait 

ainsi   sa   préférence  pour   le  Requiem   et  lui 


(i)  Brandus  et  C'",  Maquet  succès.  io3,   rue   Riche- 
lieu. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


247 


donnait  la  première  place  dans  son  œuvre.  Si 
l'on  consulte  non  pas  ses  Mémoires,  qui  sont 
souvent  sujets  à  caution,  mais  sa  Correspon- 
dance intime,  il  est  facile  de  constater  que,  dès 
l'année  i83i,  en  avril,  étant  à  Florence,  il 
avait  conçu  le  plan  d'un  oratorio  colossal  qu'il 
voulait  intituler  le  Dernier  jour  du  monde. 
Dans  trois  lettres  écrites  à  Rome  et  datées  des 
3  juillet  i83i,  8  janvier  et  26  mars  i832,  il 
s'étend  longuement  sur  ce  sujet  et  propose  à 
Humbert  Ferrand  d'en  écrire  le  poème  : 

«  Les  hommes,  parvenus  au  dernier  degré 
de  corruption,  se  livreraient  à  toutes  les  infa- 
mies ;  une  espèce  d'Antéchrist  les  gouverne- 
rait despotiquement...  Un  petit  nombre  de 
justes,  dirigés  par  un  prophète,  trancheraient  au 
milieu  de  cette  dépravation  générale.  Le  des- 
pote les  tourmenterait,  enlèverait  leurs  vierges, 
insulteraient  à  leurs  croyances,  ferait  déchirer 
leurs  livres  saints  au  milieu  d'une  orgie.  Le 
prophète  viendrait  lui  reprocher  ses  crimes, 
annoncerait  la  fin  du  monde  et  le  dernier  juge- 
ment. Le  despote  irrité  le  ferait  jeter  en  prison 
et,  se  livrant  de  nouveau  aux  voluptés  impies, 
serait  surpris  au  milieu  d'une  fête  par  les  trom- 
pettes terribles  de  la  résurrection;  les  morts 
sortant  du  tombeau,  les  vivants  éperdus  pous- 
sant des  cris  d'épouvante,  les  mondes  fracassés, 
les  anges  tonnant  dans  les  nuées  formeraient 
le  finale  de  ce  drame  musical.  Il  faut,  comme 
vous  pensez  bien,  employer  des  moyens  entiè- 
lement  nouveaux.  Outre  les  deux  orchestres, 
il  y  aurait  quatre  groupes  d'instruments  de 
cuivre,  placés  aux  quatre  points  cardinaux 
du  lieu  de  l'exécution.  Les  combinaisons 
seraient  toutes  nouvelles,  et  mille  propositions 
impraticables  avec  les  moyens  ordinaires  sur- 
giraient, étincelantes,  de  cette  masse  d'harmo- 
nie ». 

Nous  savons,  par  la  lettre  du  s6  mars  i832, 
qu' Humbert  Ferrand  accueillit  avec  empresse- 
ment le  projet  de  Berlioz;  mais  nous  ignorons 
quelle  réalisation  lui  fut  donnée.  Ce  qu'il  y  a 
de  certain,  c'est  que  le  finale  de  l'opéra  le  Der- 
nier jour  du  monde  devint  le  Dies  irœ  et  le 
Tuba  mirum  du  Requiem.  Les  mots  que  nous 
avons  soulignés  dans  le  scénario  de  Berlioz 
révèlent  et  précisent  les  moyens  identiques 
employés  dans  cette  vigoureuse  et  terrifiante 
page  du  Requiem.  Seulement,  elle  devait  être 
la  conclusion  de  l'opéra,  alors  que,  dans  l'œuvre 


rehgieuse,  elle  se  présente  dès  le  second  mor- 
ceau et  coupe,  pour  ainsi  dire,  la  partition  en 
deux. 

Quant  à  la  composition  du  Requiem,  elle 
remonte  à  l'année  1837  (i),  époque  à  laquelle 
M.  de  Gasparin,  ministre  de  l'intérieur,  un 
fervent  de  la  musique,  en  fit  la  commande  à 
Berlioz  (2)  ;  on  devait  l'exécuter  le  28  juillet  1S37, 
aux  Invalides,  pour  célébrer  l'anniversaire  des 
victimes  de  la  révolution  de  i83o.  Mais  la 
cérémonie  eut  lieu  «  sans  musique  »  et  Berlioz 
aurait  désespéré  de  voir  son  œuvre  présentée 
au  public,  si,  grâce  à  la  protection  d'Alexandre 
Dumas,  elle  n'eût  été  acceptée  pour  le  service 
funèbre  du  général  Damrémont  et  des  officiers 
et  soldats  français  morts  à  la  prise  de  Constan- 
tine.  Le  5  décembre  1837,  fut  enfin  entendue, 
à  l'église  des  Invalides,  avec  le  plus  vif  succès, 
cette  page  maîtresse  de  l'auteur  de  la  Damna- 
tion de  Faust. 

Sans  nou  s  arrêter  aux  faits  racontés  dans  les 
Mémoires,  qui  ont  trait  aux  difficultés  suscitées 
à  Berlioz  et  visent  surtout  deux  de  ses  collègues, 
Chérubin!  et  Habeneck,  il  suffit  de  rechercher 
la  vérité  dans  sa  Correspondance  intime, 
fidèle  miroir  de  ses  impressions  du  moment. 
La  somme  à  lui  offerte  pour  mener  à  bien  cet 
immense  travail  était  de  quatre  mille  francs. 
Son  armée  de  musiciens  s'élevait  à  quatre  cent 
cinquante.  La  poésie  de  l'œuvie  l'enivre 
tout  d'abord  ;  mais,  prenant  bientôt  le  dessus 
et  dominant  son  sujet,  il  arrive  à  espérer  que 
sa  partition  sera  «  passablement  grande  (3)  ». 
Après  l'exécution  aux  Invalides,  le  5  dé- 
cembre 1837,  Berlioz  constate  l'effet  poignant 
produit  sur  la  plupart  des  auditeurs  ;  la  presse, 
à  l'exception  du  Constitutionnel,  du  National, 
de  la  France,  lui  fut  favorable.  Ce  succès  l'a 
popularisé  ;  il  n'y  a  pas  jusqu'au  curé  des  Inva- 
lides (!)  qui,  profondément  ému,  ne  pleurait  à 
l'autel  après  la  cérémonie  et  embrassait  le 
compositeur  à  la  sacristie.  L'épouvante  pro- 
duite par  les  cinq  orchestres  et  les  huit  paires 
de  timbales  accompagnant  le  Tuba  mirum  fut 
indescriptible;  un  des  choristes  prit  une  attaque 


(i)  Lettre  de  Berlioz  à  Humbert  Ferrand,  ii  avril  1837. 

('!)  u  Le  ministre  de  l'intérieur  vient,  par  un  arrêté  en 
date  de  mardi  dernier,  de  charger  Berlioz  de  la  compo- 
sition dun  Rtquii-m,  qui  sera  exécuté  le  28  juillet  1837, 
aux  Invalides.»  Gfl»«<!M!isîC(jZi:  du  dimanche  2  avril  1837. 

(3)  Lettre  à  Humbert  Ferrand,  11  avril  1837. 


248 


LB  aVIDL  MUSICAL 


de  nerfs.  Les  lettres  de  félicitations  affluèrent, 
envoyées  par  Rubini,  le  marquis  de  Custine, 
Legouvé,  Mrae  Victor  Hugo,  d'Ortigue,  etc.  (i). 

Passant  sous  silence  les  exécutions  fragmen- 
taires du  Requiem  de  Berlioz  qui  ont  eu  lieu 
depuis  cette  époque,  arrivons  à  celle  que  vient 
de  donner  M.  Ed.  Colonne  aux  concerts  du 
Châtelet,  le  dimanche  4  mars  1894.  Chaque 
fois  qu'une  œuvre  importante  de  Berlioz  est 
inscrite  sur  les  programmes  des  Concerts-Co- 
lonne, la  foule  accourt  et  remplit  la  salle  du 
Châtelet.  Aussi  l'habile  chef  d'orchestre  a-t-il 
donné  souvent  la  Bamnation  de  Faust  en 
présence  d'un  public  nombreux  et  passionné. 
On  est  donc  en  droit  de  se  demander  pourquoi, 
dimanche  dernier,  les  auditeurs  étaient  beau- 
coup plus  rares  que  d'habitude.  Le  caractère 
religieux  et,  par  cela  même,  un  peu  uniforme 
de  l'œuvre  est-il  cause  de  cette  abstention  ou  de 
cette  indifférence  relative  ?  Nous  ne  chercherons 
pas  à  récoudre  la  question  ;  nous  nous  conten- 
terons de  constater  que  les  dilettanti,  venus 
pour  entendre  le  Requiem,  ont  fait  une  véri- 
table ovation  à  H.  Berlioz  et  à  E.  Colonne.  Le 
Dies  irœ  et  le  Tuba  mirum  ont  soulevé  des 
tempêtes  d'applaudissements,  et,  à  plusieurs 
reprises,  dans  le  cours  de  la  séance,  on  a 
réclamé  le  bis  pour  ces  deux  parties,  qui  s'en- 
chaînent et  soulèvent,  par  leur  puissance  dra- 
matique, une  poignante  et  terrifiante  émotion. 

Mais  en  dehors  du  Dies  irœ  et  du  Tuba 
mirum,  il  existe  dans  le  Requiem  nombre  de 
pages  dans  lesquelles  le  maître  de  la  Côte  Saint- 
André  a  trouvé  des  effets  nouveaux  et  admira- 
bles pour  traduire  musicalement  cette  grande 
messe  des  Morts.  On  devine  qu'il  a  cherché  et 
réussi  à  faire  autre  chose  que  ses  illustres 
devanciers,  Mozart  et  Chérubini,  par  exemple. 
Il  a  voulu  surtout  des  contrastes  saisissants,  des 
surprises,  des  écrasantes  sonorités  à  côté  de 
tendres  effusions.  Voyez,  dans  la  Kyrie,  la 
répétition  sur  une  seule  note  et  sans  accompa- 
gnement des  mots  Kyrie  eleison,  sorte  de  psal- 
modie qui  vient  interrompre  la  phrase  musicale, 
—  l'accentuation  originale  et  prolongée  sur  les 
mots  Dies  irœ,  dies  illa,  etc..  (p.  22  et  23  de  la 
partition  pour  piano),  —  le  trait  précédant  le 
Tuba  mirum  et  laissant  pressentir  l'explosion 
des  quatre  orchestres  de  cuivre  et  des  timbales. 


[i]  Lettre  à  Humbert  Ferrand,  17  décembre  1S37. 


qui  semblent  réveiller  les  morts  au  fond  du  sépul- 
cre, —  l'accalmie  du  Quid  sum  miser,  avec  les 
jolies  notes  du  hautbois,  —  les  beaux  effets  pro- 
duits par  les  réponses  vigoureuses  et  brèves  du 
chœur  à  l'orchestre,  au  début  du  Rex  tremeudœ 
—  la  phrase  si  mélodieuse  Qui  salvandos  sal- 
uas gratis,  ainsi  que  l'explosion  superbe  du 
Salua  me  dans  la  même  partie. 

Dans  le  chœur  sans  accompagnement  et  exé- 
cuté pianissimo,  n'est-ce  pas  une  véritable  trou- 
vaille que  ce  murmure  sur  une  seule  note  : 
Preces  mœ,  non  sunt  dignœ,  etc.,  qui  se  fait 
entendre  pendant  que  les  autres  parties  du 
chœur  se  développent  pour  aboutir  à  une  calme 
et  apaisante  conclusion  ? 

Très  curieux,  ces  accords  hachés  et  mouve- 
mentés de  l'orchestre  au  commencement  du 
Lacrymosa,  et  non  moins  curieuse,  comme  op- 
position, la  phrase  du  plus  pur  stj'le  italien 
(p.  70),  que  n'aurait  pas  désavouée  Verdi.  Cette 
page  qui,  d'après  Berlioz,  eut  «  un  succès  de 
larmes  »,  est  peut-être  moins  belle  encore  que 
^Offertoire  (chœur  des  âmes  du  purgatoire), 
dans  lequel  les  voix  font  entendre  d'une  ma- 
nière ininterrompue  de  courtes  exclamations 
sur  les  notes /a  et  si.  Voilà  une  page  qui  appar- 
tient bien  en  propre  à  Berlioz  !  Non  moins  per- 
sonnel le  numéro  8  (Hosiias)  ;  le  chœur  répond 
à  découvert  et  très  dramatiquement  aux  appels 
combinés  de  huit  trombones  et  de  trois  flûtes. 

Le  Sanctus  est  une  page  toute  de  charme. 
Soutenu  par  les  notes  aiguës  de  la  flûte  et  les 
trémolos  de  l'orchestre,  le  ténor  solo  fait  enten- 
dre une  courte  mais  divine  mélodie ,  que  reprend 
le  chœur.  Au  Châtelet,  le  solo  a  été  dit  admira- 
blement par  M.  Warmbrodt.  U Agi! US  Dei,  où 
se  retrouve  le  motif  Te  docet  liymnus  du  pre- 
mier chœur,  se  termine  par  un  A  men  d'une 
grande  élévation  et  dans  lequel  les  voix  s'étei- 
gnent graduellement.  C'est  l'heureuse  et  belle 
conclusion  d'une  conception  véritablement 
grandiose . 

L'orchestre,  les  chœurs,  fort  nombreux,  ont 
habilement  manœuvré  sous  la  direction  de 
M.  E.  Colonne.  Hugues  Imbert. 


TRISTAN  ET  ISEULT,  la  légende,  le  drame  et  la 
partition,  par  Maurice  Kufferath.  Paris,  Fischbacher; 
Bruxelles,  Schott  frères;  Leipzig,  Otto  Junne.  Pri.x  : 
5  francs. 


LK  GUIDE  MUSICAL 


249 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


^  -')  la  salle  Erard,  M.  Breitner  donnait, 
i'\-'  mercredi,  la  première  audition  du  qua- 
(^j:^  tuor  (piano  et  cordes)  de  Richard 
Strauss.  C'est  une  œuvre  d'une  grande  beauté, 
d'un  accent  passionné.  Beaucoup  de  fougue, 
un  souffle  soutenu.  Se  rattachant  juste  assez 
à  la  tradition  pour  rester  pleinement  musi- 
cale. 

La  facture  en  est  légère,  élégante,  sans  en- 
combrement scolastique.  Il  nous  a  paru 
presque  singulier  que  l'on  puisse  faire  de  telle 
musique,  à  l'accent  personnel,  sans  avoir  re- 
cours à  nulle  complication  byzantine. S'il  fallait 
cataloguer  absolument  l'œuvre  de  M.  Strauss, 
on  la  r-angerait  plutôt  dans  le  genre  de  la  mu- 
sique de  Saint-Saëns,  mais  plus   substantielle. 

Dans  l'andante,  nous  avons  noté  une  phrase 
rêveuse,  d'une  mélodie  simple  et  superbe  ;  la 
facilité  des  modulations  et  la  continuité  de  l'in- 
térêt nous  ont  également  frappé.  Cette  œuvre 
est  empreinte  d'une  heureuse  vitalité. 

Le  jeu  de  M.  Breitner  est  celui  d'un  quartet- 
tiste  sérieux,  sans  maniéré  de  pianiste  virtuose  ; 
son  phrasé  est  clair,  mais  parfois  nerveux  jus- 
qu'à la  sécheresse.  Ses  partenaires,  M""^  Breit- 
ner (violon),  MM.  Bailly  (alto)  et  Van  Goens 
(violoncelle),  ont  contribué  à  la  bonne  exécu- 
tion, quoique  la  grande  salle  Erard,  haute  et 
longue,  ne  convienne  pas  trop  à  la  musique  de 
chambre. 

Le  même  soir,  ô  ubiquité  nécessaire,  assisté 
à  la  moitié  du  dix-septième  concert  d'Harcourt 
et  entendu  l'hymne  pour  orgue  et  orchestre 
d'archets  de  M.  E.  Bernard.  Nous  n'y  avons 
pas  trouvé  le  caractère  religieux  que  le  titre 
permettait  d'attendre  ;  néanmoins,  c'est  une 
composition  de  bon  aloi,  dont  les  premiers  dé- 
veloppements, assez  confus,  font  place  à  un 
épisode  de  quatuor  solo  avec  orgue  d'un  beau 
sentiment;  puis,  le  premier  thème  est  repris  en 
mesure  plus  élargie. 

U Amour  de  Myrto  de  M.  Le  Borne  est  un 
petit  poème  en  cinq  chants.  C'est  menu,  menu, 
des  mièvreries,  des  inventions  sans  invention. 
Parfois  une  phrase  alanguie,  genre  Delibes, 
mais  plutôt  une  suite  de  récits  qui  voudraient 
se  hausser  jusqu'à  l'accent   Ij'rique   en  n'étant 


que  déclamatoires.  Manque  aussi  un  lien  entre 
tous  ces  bouts  de  phrases  sans  idée.  Et,  dans 
l'orchestre,  on  retrouve  toute  la  pauvreté  du 
piano,  pour  lequel  l'accompagnement  semble 
avoir  été  écrit.  Le  timbre  et  le  caractère  des 
instruments  sont  diminués  par  ces  accords  pla- 
qués transcrits  après  coup. 

Mme  Proska  a  chanté  le  poème  de  M.  Le 
Borne  d'une  voix  bien  timbrée  et  agréable, 
malgré  certaines  notes  gutturales  ;  elle  a  dit 
ensuite  un  fragment,  combien  vieillot,  de 
Psyché  d'A.  Thomas  et  ces  méchants  couplets 
de  Rubinstein,  le  Rêve  du  prisonnier. 

M"'2  Depecker  a  joué  les  Novelettes  deSchu- 
mann  dans  une  allure  un  peu  fiévreuse,  d'un 
son  neutre,  et  un  rondo,  d'une  niaiserie  remar- 
quable, de  Field.  Une  sérénade  de  M.  Bache- 
let,  un  joli  morceau  de  genre,  encore  gauche 
de  facture,  contient  un  allègre  thème  de  flûte 
un  peu  parent  de  la  cavatine  de  Rosine  du 
Barbier. 

Dans  la  première  partie  du  concert,  on  avait 
exécuté  des  œuvres  de  M.  Duvernoy.     M.  R. 


La  séance  consacrée  entièrement  aux  œuvres 
de  J.  Brahms  et  donnée  à  la  salle  Erard  par 
M.  A.  Parent  a  été  des  plus  intéressantes.  On 
a  entendu  le  Quatuor  à  cordes  en  ut  mineur 
(op.  5i),  les  Valses  chantées  à  quatre  voix,  la 
Sonate  en  mi  mineur  (op.  38)  pour  piano  et 
violoncelle,  les  Variations  pour  piano  sur  un 
thème  de  Paganini,  et  enfin  le  Trio  en  ut 
mineur  (op.  loi)  pour  piano,  violon  et  violon- 
celle, toutes  pages  de  premier  ordre.  Nos  com- 
pliments aux  artistes  qui  ont  prêté  leur  concours 
à  M.  Parent  :  M^^  Mary  Ledent,  MM.  Ron- 
deau, Chais,  Blitz,Sailler,  Queeckers  et  Baretti. 

L'œuvre  de  Johannès  Brahms  est  encore  peu 
connu  en  France  ;  l'acclimatation  sera  aussi 
longue  que  celle  des  compositions  de  Robert 
Schumann.  C'est  que  la  foule  ne  va  pas  tout 
d'abord  à  ceux  qui,  difiérant  de  leurs  devan- 
ciers, ont  une  note  absolument  personnelle.  Il 
n'est  réservé  qu'à  un  petit  nombre  d'initiés  de 
s  enthousiasmer,  dès  le  début,  et  de  devenir, 
pour  ainsi  dire,  les  pionniers  de  l'œuvre. 

Aussi  doit-on  une  vive  reconnaissance  à  ceux 


250 


LE  GUIDE  MUSICAL 


qui  ont  été  des  vulgarisateurs  zélés  ;  à  la  Société 
l'Eutei'pe  qui,  après  Pasdeloup,  a  été  la  pre- 
mière à  faire  entendre  le  merveilleux  Requiem 
allemand  ;  au  Conservatoire  qui  nous  a  donné 
deux  belles  symphonies  du  maître  ;  aux  artistes 
qui  ont  déjà  exécuté  quelques-unes  de  ses  belles 
compositions  pour  piano,  cordes  ou  voix. 

Parmi  ces  derniers,  M.  Armand  Parent  a  été 
le  premier  à  donner  des  séances  exclusivement 
consacrées  aux  œuvres  de  Johannès  Brahms. 
C'est  ainsi  qu'ont  déjà  été  exécutés  à  ses  con- 
certs de  la  salle  Erard  :  les  trois  Sonates  pour 
piano  et  violon,  deux  Sonates  pour  piano  et 
violoncelle  (i^^  audition  de  la  2^  Sonate),  deux 
Onatuors  à  cordes,  deux  OuattLors  pour  piano 
et  cordes,  le  Quintette  avec  clarinette  (ir<=  audi- 
tion), le  Trio  avec  clarinette  {v<^  audition),  le 
Trio  en  wi  mineur  et  une  vingtaine  de  Lieder 
chantés  par  Mm'îs  E.  et  Mathilde  Colonne,  Mary 
Ledent,  M"»  Marcella  Pregi  et  MM.  Engel  et 
Dimitri. 

On  annonce,  pour  le  mois  d'avril  prochain, 
une  séance  des  œuvres  de  Brahms  qui  sera  don- 
née au  Théâtre  d'Application  par  M^^  Olga 
Vulliet,  élève  de  Flans  de  Bulow.  H.   I. 

•f 

Plus  d'un  s'est  étonné  qu'au  concert  d'or- 
chestre donné  salle  Pleyel  par  la  Société 
nationale,  deux  des  sept  numéros  du  pro- 
gramme aient  été  réservés  à  des  compositeurs 
étrangers.  J'avoue  que  mon  patriotisme  ne  s'en 
émeut  pas  autrement.  J'estime  même  que  c'est 
encore  faire  œuvre  nationale  que  de  faciliter 
aux  musiciens  de  France  la  connaissance  pro- 
fitable de  certaines  productions  exotiques.  Le 
Carnaval  à  Paris  de  J.  Svendsen  avait  été 
exécuté,  il  y  a  bien  longtemps,  chez  Pasde- 
loup :  combien  s'en  souviennent?  C'est  une 
œuvre  de  très  curieuse  instrumentation  et  de 
piquants  développements  rapsodiques  écha- 
faudée  sur  des  thèmes  d'ailleurs  assez  vulgaires, 
à  l'exception  toutefois  de  la  phrase  charmante 
du  quatre  temps,  dont  la  rêverie  évoque  quel- 
<;[ue  lointain  paysage  Scandinave,  au  milieu  de 
la  turbulence  parisienne. 

La  troisième  symphonie  de  Borodine,  elle, 
n'a  figuré  sur  aucun  programme  de  Paris  : 
Glazounovi'  l'a  achevée  et  in.strumeritée.  Le 
premier  morceau  joué  à  la  Société  nationale 
est  d'une  charmante  allure  populaire.  Il  est 
fortement  marqué  au  coin  de  la  jeune  Russie  ; 
thèmes  originaux,  haimonies  imprévues, 
rythmes  distingués.  A  ces  deux  œuvres  nor- 
végienne et  russe,  le  public  a  fait  bon  accueil  : 
il  s'est  montré,  il  faut  bien  le  dire,  beaucoup 


plus  réservé  à  l'endroit  des  partitions  fran- 
çaises. Pourtant  bien  qu'aucune  de  celles  qu'il 
nous  fut  donné  d'entendre  ne  soit  parfaite,  il 
n'en  est  point  non  plus  qui  soit  absolument 
dénuée  de  qualités. 

Dans  les  deux  petits  morceaux  de  M.  Ber- 
gon,  il  faut  louer  la  finesse  du  détail  ;  dans  la 
musique  de  scène  écrite  par  M.  Paul  Vidal 
pour  les  Mystères  d'Eleusis  de  M.  Bouchor, 
de  jolies  sonorités  d'orgue  en  même  temps 
qu'une  intéressante  restitution  des  modes  du 
plain-chant  ;  dans  la  Légende  roumaine  de 
M.  L.  Lambert,  une  instrumentation  claire  et 
bien  sonnante.  Le  concerto  symphonique  de 
M.  G.  Sarreau  a  le  tort  d'être  extrêmement 
long,  d'une  longueur  à  la  fois  matérielle  et 
intellectuelle.  M.  Pierret  a  défendu  la  partie  de 
piano  de  façon  assez  médiocre.  Certaines 
bonnes  intentions  de  l'auteur  disparaissent 
dans  un  délayage  d'assez  mauvaise  pâte 
orchestrale,  et  l'œuvre,  en  général,  est  d'un 
sentiment  peu  élevé. 

Il  faut  mentionner  spécialement  le  morceau 
symphonique  de  M.  Savard  ;  musique  en  dehors 
de  toute  banalité,  d'une  émotion  très  sincère, 
d'une  facture  très  sûre  ;  le  quatuor  est  remar- 
quablement écrit.  Il  y  a  toutefois  à  reprocher  à 
cette  page  d'être  plus  dramatique  que  s3"mpho- 
lique  :  elle  se  présente  à  nous  comme  œuvre 
de  musique  pure,  et  ce  n'est  cependant  pas  de 
la  musique  pure  :  on  sent  qu'elle  doit  être 
soumise  à  des  préoccupations  extérieures,  lit- 
téraires ou  autres.  M.  Savard  est  un  artiste 
de  haute  valeur,  et  je  sais  telles  œuvres  de  lui 
qui  sont  absolument  remarquables.  Ne  se  trou- 
\era-t-il  jias  un  directeur  de  concert  assez 
avisé  pour  révéler  au  public  parisien  sa  S3'm- 
phonie  que  je  tiens  pour  une  composition  de 
premier  ordre  ?  Il  fut  pourtant  prix  de  Rome, 
Savard,  et  il  devrait  avoir  droit  tout  au  moins 
aux  exécutions  officielles.  Il  est  vrai  que  le  rap- 
porteur de  l'Inctitut  trouva  sa  musique  cre- 
vante... Il  y  a  peut-être  là  un  critérium  du 
contraire...  J-   G.   R. 

1= 
M"'^  Louise  Murer  ne  s'était  pas  présentée 
en  public  depuis  quelques  années.  Le  concert 
qu'elle  a  donné  à  la  salle  Erard  le  6  mars,  avec 
le  concours  de  M"';  Viteau-Paul,  et  de  MM. 
Lefort,  Tracol,  Gianini,  Casella,  Teste  et  de 
Bailly,  a  prouvé  que  son  talent  s'était  encore 
perfectionné.  Elle  a  exécuté  avec  une  sûreté, 
une  grande  simplicité  de  moyens  et  avec 
charme  des  pages  exquises  de  Chopin,  "Weber, 
E.  Grieg,  Grûndfeld,  etc. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


251 


Tous  nos  compliments  à  la  vaillante  artiste 
qui,  bien  que  souffrante,  a  lutté  contre  le  mal 
avec  succès  et  que  son  auditoire  a  rappelée. 
A  la  même  séance,  bonne  exécution  du  qua- 
tuor pour  piano  et  cordes  de  R.  Schumann  et 
du  septuor  de  Saint-Saëns.  ^1""=  Viteau-Paul 
a  chanté  avec  goût  l'air  de  la  Damnation  de 
Faust,  avec  accompagnement  d'alto  par  M.Gia- 
nini,  et  deux  merveilleux  LzVt^er  de  Schumann  : 
Mes  yeux  pleuraient  en  rêve  et  A  ma  fiancée. 


Matinée  intéressante  chez  M™'^'  Ed.  Colonne, 
le  mardi  6  mars.  On  a  pu  juger  l'excellence  de 
sa  méthode  en  voj-ant  les  progrès  réalisés  par 
ses  élèves.  Citons  rapidement  les  voix  qui  ont 
été  jugées  les  plus  remarquables:  M"'=s  Roland, 
dans  l'air  du  livre  à'Hamlet,  -  -  Marguerite 
Mathieu  dans  :  Aria  di  Caméra  de  Hasse,  — 
l\Ime  Deltelbach,  qui  a  vocalisé  délicieusement 
dans  l'air  de  Mysoli  de  la  Perle  du  Brésil 
(F.  David),  — M'i'îs  Thérèse  Sachs,  Fredricksen, 
une  Norvégienne  qui  promet,  Esther  Sidner, 
]\]mes  Jeanne  Brassi,  Lucie  Bonvoisin.  Charles 
Max,  etc. 

Grand  succès  pour  M"'=  Marcella  Pregi,  si 
appréciée  maintenant  aux  concerts  Colonne, 
pour  M.  HoUmann,  violoncelliste.  Et  nous 
nous  garderions  d'oublier  M'"'^  Mathilde  Co- 
lonne, qui  prêtait  son  concours  à  cette  séance 
et  M™'^  Edouard  Colonne  qui  a  dirigé,  en  véri- 
table chef  d'orchestre,  le  Pardon  breton,  chœur 
de  M"'^  Chaminade. 

Dès  que  Thaïs,  l'opéra  de  M.  jMassenet, 
aura  \u  la  rampe,  la  direction  de  l'Opéra  s'oc- 
cupera de  monter  la  Djelina,  œuvre  de 
M.  Charles  Lefebvre. 


Aux  offices  de  la  semaine  sainte,  les  Chan- 
teurs de  Saint-Gervais  exécuteront  un  grand 
nombre  des  plus  beaux  morceaux  de  musique 
sacrée,  parmi  lesquels  la  Ai^esse  du  pape  Marcel 
et  le  Stabat  Mater  de  Palestrina. 

Le  recueil  complet  des  œuvres  chantées  pen- 
dant la  semaine  sainte  se  vend  dix  francs,  rue 
François-Miron,  2. 

Au  Théâtre  d'Application,  VOiscau  bleu, 
fantaisie  poétique  en  deux  actes,  par  M™^  Ar- 
naud, musique  de  scène  de  M.  Arthur  Co- 
quard,  a  obtenu  un  vif  succès.  La  partition- 
nette  de  M.  Coquard  pour  petit  orchestre  et 
piano,    se    compose    de    plusieuis    morceaux 


courts,  d'un  charme  discret,  d'un  sentiment 
poétiques  bien  en  situation.  Une  Pileuse,  une 
Sérénade  ont  plu  particulièrement.       M.  R. 

Le  public  de  l'Opéra  a  fait  grand  succès  à 
M.  Noté,  qui  a  remplacé  pendant  quelques 
jours  M.  Renaud,  indisposé.  La  presse  lui  a 
fait  également  le  meilleur  accueil,  et  va  jusqu'à 
le  comparer  à  Lassalle. 

Les  Concerts  d'orgues  et  orchestre  du  Tro- 
cadéro,  fondés  et  dirigés  par  M.  Alexandre 
Guilmant,  auront  lieu,  cette  année,  les  jeudis 
29  mars,  5,  12  et  19  avril,  à  deux  heures  et 
demie  très  précises.  M.Gabriel  Marie  conduira 
l'orchestre,  et  des  artistes  éminents  apporteront 
le  concours  de  leur  talent  à  la  partie  vocale  et 
instrumentale. 

Parmi  les  œuvres  qui  seront  exécutées,  figure- 
ront deux  cantates  de  J.  S.  Bach  pour  soli, 
chœur,  orchestre  et  orgue,  avec  le  concours  des 
Chanteurs  de  Saint-Gervais,  dirigés  par  leur 
chef  M.  Ch.  Bordes. 


BRUXELLES 

Tristan  et  Iseult,  qu'on  devait  nous  donner, 
au  théâtre  de  la  Monnaie,  à  la  fin  de  février, 
ne  passera  pas  avant  la  semaine  sainte.  On 
l'annonce  pour  le  19  mars,  mais  sera-t-il  prêt  ? 
That  is  the  question  !  En  tous  cas,  M.  Edouard 
Lassen  n'assistera  pas  aux  dernières  répéti- 
tions. Il  est  reparti  vendredi...  après  avoir  laissé 
à  M.  Flon  les  mouvements  de  la  partition. 
Pourvu  que  celui-ci  n'aille  pas  les  égarer, 
comme  avait  fait  naguère  avec  les  mouvements 
de  Salammbô  le  grand  chef  d'orchestre  décou- 
vert par  MM.  Stoumon  et  Calabresi,  et  qui 
dirigeait  si  bien  l'ouverture  du  Pardon  de 
Ploërmel  :  nous  avons  nommé  M.  Barwolff. 
M.  Lassen  n'a  pu  donner,  d'ailleurs,  aux 
artistes  que  des  indications  très  sommaires  sur 
l'interprétation  de  leurs  rôles,  et  c'est  M.  Stou- 
mon, assisté  de  M.  Flon,  qui  va  maintenant 
expliquer  à  M.  Cossira  et  à  M"':  Tanésy 
l'esthétique  du  drame  vvagnérien.  M.  Calabresi 
se  r«cuse  en  ces  matières,  en  quoi  il  donne 
une  preuve  de  bon  goût  et  de  tact.  Il  ne 
connaît,  dit-il,  que  le  vieux  répertoire  et  ne 
veut  pas  se  mêler  du  nouveau,  auquel  il  avoue 
qu'il  ne  comprend  rien.  Si  bien  que,  pendant 
les  répétitions,  il  se  borne  à  bailler  et  à 
caresser  son  petit  chien.  C'est  ainsi  que  tout  le 
poids  de  la   mise  en  scène  va  retomber   sur 


252 


LE  GUIDE  MUSICAL 


M.  Oscar  Stoumon.  Les  habitués  du  théâtre 
de  la  Monnaie  ont  eu  trop  souvent,  dans  ces 
derniers  temps,  l'occasion  d'apprécier  la  com- 
pétence particulière,  la  nouveauté  de  vues,  la 
hardiesse  d'invention  de  l'auteur  de  Far/alla 
dans  cette  spécialité,  pour  qu'il  soit  superflu  de 
les  rassurer  quant  à  la  qualité  de  l'exécution 
du  Tristan  qu'on  nous  prépare.  Elle  sera 
digne  en  tous  points  du  théâtre  de  la  Monnaie. 
Un  détail  à  ajouter  :  M.  Lassen  n'a  pas  été 
satisfait  des  coupures  pratiquées  dans  la  parti- 
tion par  MM.  Stoumon  et  Calabresi.  Il  a  fait 
rétablir  quelques-unes  des  pages  qui  avaient 
été  supprimées  à  la  demande  de  M.  Cossira. 
Seulement,  il  les  a  remplacées  par  d'autres  cou- 
pures. Cela  fera  compensation.  M.  K. 

M"e«  Louise  et  Jeanne  Douste  de  Fortis  ont 
donnélundi  soir,  en  la  salle  Ravenstein,  une  soi- 
rée musicale  que  y['°<^  la  comtesse  de  Flandre  et 
les  princesses,  ses  filles,  ont  honorée  de  leur 
piésence. 

On  connaît  de  longue  date  à  Bruxelles  ces 
charmantes  artistes  que  l'on  y  entendit  naguère 
tout  enfants  et  déjà  remarquables  par  leur  vir- 
tuosité pianistique.  Le  grand  intérêt  de  cette 
audition  a  été  la  révélation  des  talents  de  canta- 
trice de  la  plus  jeune  des  deux  sœurs,  M"«  Jeanne 
Douste.  Il  n'y  a  guère  plus  d'une  année  qu'elle 
travaille  le  chant,  et  déjà  elle  se  présente  en 
vocaliste  sûre  de  ses  effets  et  maîtresse  de  son 
nouvel  instrument.  La  voix  est  jolie,  bien  tim- 
brée ;  elle  a  une  délicatesse  très  séduisante  dans 
la  demi-teinte  et  de  l'éclat  dans  la  force  ;  avec 
cela,  une  diction  d'une  clarté  et  d'une  netteté 
admirables,  enlîn  et  par  dessus  tout  un  senti- 
ment et  une  sûreté  musicales  assez  exception- 
nels chez  les  cantatrices. 

L'auditoire  très  selcct  a  fait  à  la  jeune  débu- 
tante un  accueil  extrêmement  chaleureux  et 
plus  qu'encourageant. 

Le  plus  étonnant  est  que  M""  Jeanne  Douste 
n'en  continue  pas  moins  déjouer  du  piano  ;  à  la 
lin  de  la  séance,  elle  s'est  mise  au  clavier  et  elle 
a  joué  avec  sa  sœur  différentes  pièces  à  quatre 
mains,  entre  autres  les  Feux  follets  de  Pessard, 
et  le  Caprice  espagnol,  de  Rubinstein,  enlevés 
avec  une  verve  mutine  et  un  entrain  plein  de 
crânerie  juvénile. 

De  son  côté,  M^i^  Louise  Douste  a  joué  en 
excellente  musicienne,  sûre  à  la  fois  de  sa  tech- 
nique et  de  son  style,  un  choix  abondant  de 
pièces  variées  :  Schumann,  Marmontel,  Scar- 
latti,  etc.,  qui  ont  une  fois  de  plus  mis  en  relief 
la  distinction  de  son  jeu. 


Entre  ces  divers  numéros  de  musique,  M.  du 
Chastain  a  déclamé  avec  feu  et  émotion  un  cha- 
pelet de  petites  pièces  de  Verlaine  et  le  Lion 
de  Leconte  de  l'Isle.  Il  n'est  pas  sans  intérêt 
de  constater  que  c'est  avec  M.  du  Chastain, 
élève  de  Bressant,  que  M^^^  Jeanne  Douste  a 
fait  ses  études  de  diction.  M.  K. 

Par  suite  d'une  indisposition  d'un  membre 
du  quatuor  Ysaye,  le  concert  qui  devait  avoir 
lieu  hier  samedi,  à  la  libre  Esthétique,  est  remis 
à  vendredi  prochain  i6  mars,  à  deux  heures. 

Le  programme  se  composera  de  :  Quatuor  à 
cordes  de  César  Franck  (redemandé).  Sara- 
bande, Gigue,  et  Chaconne  en  ré  mineur  pour 
violon  seul  de  J.  S.  Bach,  et  XI V°  quatuor  ds 
Beethoven. 

Vendredi  i6  mars,  à  8  1/2  heures  précise.":,  à 
la  Salle  Ravenstein,  rue  Ravenstein,  concert 
par  le  pianiste  Arthur  Van  Dooren.  Sur  le  pro- 
gramme, figure  du  Beethoven,  Mendelssohn, 
Schumann,  Raff,  Chopin,  Liszt,  Zarembski,  etc. 


CORRESPONDANCES 

ANVERS.  —  La  quatrième  et  dernière 
séance  de  musique  de  chambre,  organisée 
par  M.  Joseph  Mariën,  a  eu  lieu  lundi,  avec  le 
concours  de  M"""  Falk-Mehlig. 

Nous  3"  avons  entendu  le  célèbre  septuor  de 
Beethoven.  L'exécution  de  cette  œuvre  mélodique 
et  d'une  haîcheur  exquise  eût  été  parfaite,  si  des 
entrées  douteuses  du  cor  n'étaient  venues  troubler 
la  sérénité  de  l'ensemble. 

M.  Mariën  a  exécuté  ensuite,  avec  M"^  Falk.  la 
deuxième  sonate  de  Rubinstein.  Le  premier 
allegro  et  le  scherzo  en  sont  les  parties  les  plus 
saillantes.  La  musique  de  Rubinstein  est  incontes- 
tablement bonne,  mais  on  y  sent  souvent  la 
recherche  d'effets  spéciaux  plus  favorables  nu 
succès  des  exécutants  qu'au  développement  nutu 
rel  des  thèmes.  L'œuvre  a  été  bien  rendue. 

Le  septuor  de  Hummel  terminait  la  séance 
y[mc  palk  n'aurait  pu  faire  un  plus  heureux  choix, 
car  son  jeu  perlé  et  brillant  était  bien  fait  pour 
faire  ressortir  l'intéressante  partie  de  piano. 
L'artiste  touchait  un  admirable  piano  Bluthner, 
dont  l'exquise  sonorité  se  fondait  merveilleuse- 
ment avec  les  instruments. 

Au  Théâtre- Flamand,  l'opéra  a  momentanément 
cédé  la  place  au  drame  lyrique,  pour  favoriser  les 
représentations  de  Mélusine.  La  nouvelle  œuvre  de 
E.  Wambach  obtient  du  succès,  et  c'est  justice; 
le   compositeur   y  révèle    un   véritable   tempéra- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


253 


ment  de  symphoniste.  L"ouverture,  par  exemple, 
est  une  page  délicieuse.  Par  contre,  nous  ne  trou- 
vons pas  les  chœurs  aussi  réussis,  si  nous  en 
exceptons  le  finale  du  troisième  acte,  très  mouve- 
menté. Nous  avons  entendu  émettre  l'opinion  que 
M.  Wambach  eût  mieux  fait  d'écrire  un  opéra. 
Nous  ne  partageons  point  cette  opinion;  bien  au 
contraire  ;  le  tempérament  du  compositeur  devait 
plutôt  le  porter  à  traiter  le  drame  lyrique  d'une 
façon  purement  symphonique. 

Mardi  prochain,  représentation  extraordinaire 
au  bénéfice  de  M.  H.  Fontaine,  le  zélé  directeur 
de  l'Opéra-Flamand.  On  jouera  le  Vnisseau-Fnn- 
iôme  et  le  premier  acte  du  Freischûlj. 

Au  Théâtre-Royal,  rien  de  nouveau  Lj' Ami  Frits 
n'y  obtient  qu'un  succès  modéré. 

Nous  croyons  pouvoir  affirmer  que  M.  Lafon 
nous  réserve  une  surprise.  On  nous  ferait  entendre, 
dans  le  courant  du  mois,  un  petit  opéra  comique, 
Folie  d'amour,  tiré  des  Folies  amoureuses  de 
Regnard  et  dont  M"»  la  baronne  de  Fontmagne  a 
écrit  la  musique.  On  dit  beaucoup  de  bien  de  cette 
partition  de  M"""  de  Fontmagne,  qui  a  encore  écrit, 
en  collaboration  avec  Armand  Silvestre,  un  opéra 
en  trois  actes  intitulé  Biauca  Torelli  A.  W. 


AMSTERDAM.  —  La  Damnation  de  Faust 
de  Berlioz  va  faire  le  tour  des  Pays-Bas. 
Exécutée  d'abord  à  Leyde,  sous  la  direction 
de  M.  De  Lange,  cet  ouvrage  est  à  l'étude  à  La 
Haye,  sous  la  direction  de  M.  K^es,  et  annoncé, 
pour  le  2  mars,  à  Amsterdam,  au  concert  d'Excel- 
sior,  dirigé  par  M.  Viotta.  Nous  rendrons  compte 
de  cette  audition  dans  notre  prochaine  lettre. 

Aux  Concerts  philharmoniques,  nous  avons  en- 
tendu quatre   solistes  ;   le  chanteur  Zur    Mûhlen, 
un  ténor  de  Berlin  déjà  d'un   âge  mùr,  mais  doué 
d'une  jolie  voix,  et  qui  a   même  obtenu  un  succès 
exceptionnel.    Excellente   diction,     bonne    école, 
disant  bien,  il  a  chanté  un  air  de  Lakmé  de  Delibes, 
l'Hidalgo  de  Schumann,   une  mélodie  de  Tosli  et, 
en  français,  avec  une  bonne  prononciation  pour  un 
Allemand,  Au  boiserais  de  LuUy  et  une  pastorale, 
dans  le  style  ancien,  d'un  auteur  français  inconnu. 
Encore  une  pianiste,  M"=  Jakienawsky,    une  pia- 
niste russe,   élève  de   Rubinstein,  qui  ne  manque 
f    pas  d'un  certain   talent,   sans   égaler  à   beaucoup 
■J    près  M"''  Ivleeberg,  que  nous  venions  d'applaudir; 
■;    puis,  une  jeune  violoniste  de  Francfort,  M"'' Rode, 
I    une  élève  dans  toute   l'acception    du    mot,  et   un 
j    organiste  de  Rotterdam,  M.  van 't  Veruys,   auquel 
ii    nous  préférons  grandement   les   organistes    néer- 
\    landais  De  Lange  et  Tierie. 

Ensuite,  M.  Rœntgen,  qui  se  prodigue  cet  hiver 
comme  pianiste,  nous  a  donné  une  audition  entiè- 
rement consacrée  à  ses  compositions,  au  Concert- 
gebouw,  avec  l'orchestre  de  M.  Kes,  le  concours 
,  des  chœurs  de  la  Société  pour  l'encouragement  de 
l'art  musical,  de  notre  éminent  chanteur  Mes- 
schaert  et  du  violoncelliste  Bosmans.  M.  Rœntgen 


nous  a  prouvé  une  fois  de  plus  qu'il  est  un  érudit, 
un  travailleur  sérieux,  qui  a  tout  appris;  comme 
science,  comme  travail  polyphonique,  comme 
forme,  ses  ouvrages  ne  méritent  que  des  éloges 
sincères  ;  mais,  comme  inspiration,  comme  intérêt, 
comme  originalité,  ils  sont  loin  d'avoir  les  mêmes 
qualités,  sont  d'une  longueur  excessive,  d'une 
grande  monotonie  de  composition  et  finissent  par 
fatiguer  l'auditoire,  sans  l'enthousiasmer.  J'en 
exempte  les  Amoureuse  Liedekens,  que  Messchaert 
a  dits  à  ravir  et  dont  un  surtout  est  charmant. 

Nous  avons  eu  aussi  le  septième  des  concerts 
Beethoven  avec  le  triple  concerto  pour  piano, 
violon  et  violoncelle,  un  des  ouvrages  les  plus 
faibles  du  maître  immortel,  médiocrement  joué  par 
MM.  Rœntgen,  Kramer  et  Mossel,  la  septième 
symphonie  et  l'ouverture  de  Fidclio  supérieure- 
ment exécutées.  Il  y  a  eu  aussi  une  soirée  intéres- 
sante pour  l'audition  des  élèves  du  Conservatoire 
de  la  Société  pour  l'encouragement  de  l'art  mu- 
sical, séance  qui  a  prouvé  que  cette  école  de 
musique  compte  un  très  grand  nombre  d'élèves, 
parmi  lesquels  ;  plusieurs  promettent  beaucoup 
et  nous  ont  démontré  que  l'instruction  est  en 
de  très  bonnes  mains  et  confiée  à  d'excellents  pro- 
fesseurs. L'enseignement  vocal  est  peut-être  celui 
qui  nous  a  semblé  laisser  le  plus  à  désirer;  mais, 
dans  tous  les  pays  du  monde,  les  professeurs  de 
chant    de   premier  ordre  sont   des   merles  blancs. 

Depuis  près  de  deux  mois  déjà,  Amsterdam  est 
privé  des  représentations  de  l'Opéra-Français  de 
La  Haye,  et  l'on  ignore  les  motifs  qui  ont  amené 
M.  Mertens  à  bouder  la  capitale.  A  La  Haye,  le 
Théâtre-Français  est  fort  suivi,  M.  Mertens  s'y 
acclimate  de  plus  en  plus  comme  directeur,  et  la 
Reine  régente  a  pris  la  bonne  habitude  d'assister 
d::  temps  en  temps  aux  représentations  françaises, 
ce  qui  amène  toujours  une  salle  boudée. 

A  Utrecht,  le  bel  orchestre  de  M.  Hutschen- 
ruyter  a  exécuté,  à  l'un  des  derniers  concerts  sym- 
phoniques.  Pensée  de  minuit,  de  M  de  Hartog,  notre 
correspondant  ordinaire,  en  voyage  depuis  plu- 
sieurs mois.  On  dit  que  nous  aurons  ici,  au  mois 
d'avril,  un  concert  russe,  dirigé  par  M.  Léopold 
Auer,  le  célèbre  violoniste,  professeur  au  Conser- 
vatoire impérial  et  directeur  des  Concerts  sym- 
phoniques  à  Saint-Pétersbourg. 

Au  dernier  concert  de  la  Société  Excelsior 
donné  dans  la  salle  du  théâtre  du  Parc,  M.  Viotta 
nous  a  donné  une  exécution  superbe  de  la  Damna- 
tion de  Faust.  L'orchestre  et  les  chœurs  se  sont 
surpassés,  et  les  solistes,  M"»  Léonie  Wilson, 
d'Amsterdam,  et  surtout  MM.  Auguez,  de  Paris,  et 
Demest,  de  Bruxelles,  ont  obtenu  un  très  grand 
succès.  La  sérénade  de  Méphisto  et  la  danse  des 
Sylphes  ont  été  bissées. 

M"'-  Leisinger  de  l'Opéra-Impérial  de  Berlin, 
qui  devait  chanter  à  un  de  nos  prochains  concerts 
philharmoniques,  et  dont  l'apparition  avait  pris 
les  proportions  d'un  événement,  n'a  pu  obtenir 
l'autorisation  de   s'absenter  en  ce  moment. 

Intérim. 


254 


LE  GUIDE  MUSICAL 


BERLIN.  —  Je  vous  avais  annoncé  une 
exécution  des  Béaiitudes  de  César  Franck,  à 
la  Singacademie.  pour  le  2  mars.  Elle  n'a  pu  avoir 
lieu,  M.  Hollffinder,  le  chef  d'orchestre,  s'étant 
cassé  la  jambe,  la  semaine  dernière. 

Aux  concerts  populaires  philharmoniques,  nous 
avons  eu  une  e.xécution  de  la  ballade  Sangersfluch 
de  Bulow.  Le  12,  le  SternscheGesang-Verein  don- 
nera son  FîincraJi. 

On  nous  avait  promis  sonNinoaiia  pour  le  pro 
chain  concert  philharmonique  ;  il  vient  d'être  rayé 
du  programme,   on  ne  sait  pas  trop  pourquoi. 

Le  pianiste  Eugène  d'Albert  a  donné,  vendredi, 
à  la  Philharmonie, un  «  Populaire-Clavier  Abend  », 
devant  une  salle  comble,  mais  très  froide.  Le  pro- 
gramme éclectique  comprenait  du  Bach,  Beetho- 
ven, Schiimann,  Raff,  Chopin  et  Liszt.  Les 
auteurs  romantiques  trouvent  en  d'Albert  un  fidèle 
interprète  de  leurs  œuvres  ;  la  grande  fantaisie 
(dédiée  à  Liszt)  de  Schumann  n'eût  pu  mieux  être 
exécutée.  Nous  n'avons  pas  compris  l'intérêt  que 
pouvait  offrir  la  gigue  avec  variations  (op.  71)  de 
Raff,  de  la  musique  sèche,  froide,  en  somme  peu 
digne  du  talent  du  pianiste.  Chez  les  classiques, 
nous  trouvons  d'Albert  ein  wenig  frei.  Ainsi,  dans 
la  grande  sonate  en  la  bémol  (op.  110)  de  Beetho- 
ven, le  mouvement  de  la  fugue  était  parfois  tro[i 
précipité;  dans  l'intermezzo  en  fa  mineur,  les 
nuances  exagérées.  La  première  partie  a  été  la 
mieux  réussie.  Le  récital  s'ouvrait  par  la  grande 
fugue  en  ré  pour  orgue,  que  d'Albert  a  transcrite 
pour  piano  et  magistralement  jouée. 

Pour  une  raison  quelconque,  M.  Schuch  n'a  pu 
diriger  l'avant-dernier  concert  philharmonique. 
M.  Mansleadt,  le  chef  d'orchestre  des  concerts 
populaires,  l'a  remplacé.  Les  solistes  étaient 
M  Halir,  qui  a  donné  la  Symphonie  espagnole  pour 
violon  et  orchestre  de  Lalo,  et  Mm"  Camil,  de 
Dresde,  qui  a  chanté  un  air  de  V Enlèvement  au  sérail. 
La  Symphonie  dramaUqtte  de  l'auteur  de  la  Musique 
et  ses  représentants  (ou  la  réponse  dissimulée  d'un 
des  nombreux  juifs  offensés  au  Judaïsme  dans  la  mu- 
sique de  R.  'Wagner)  était  aussi  au  programme, 
ainsi  que  l'ouverture  de  Léonore  n°  II  de  Beethoven, 
rarement  exécutée. 

A  propos  de  la  Musique  et  ses  représentants,  nous 
savons  que,  depuis  la  publication  de  ce  livre, 
Hans  de  Bulow  ne  supportait  plus  d'entendre, 
en  sa  présence,  prononcer  le  nom  de  Rubinstein. 
C  est  celui-ci  qui  l'a  lui-même  raconté  dernière- 
ment chez  Ambroise  Thomas. 

Pour  le  dernier  concert  philharmonique,  on 
nous  annonce  une  exécution  de  la  Neuvième  Sym- 
phonie de  Beethoven. 

Mardi  dernier  a  eu  lieu,  à  l'Opéra,  la  première 
représentation,  en  langue  allemande,  du  F«&i'(7/^'de 
■Verdi.  L'œuvre,  fort  bien  interprétée,  a  eu  un 
grand  succès.  E.  B. 


DRESDK.  —  Les  étrangers  en  séjour  ici 
pendant  tout  l'hiver  ont  vainement  attendu 
un  Wagner-Cyclus;  depuis  septembre,  il  n'en  a 
pas  été  donné.  Jeudi  dernier,  nous  avons  eu  une 
très  belle  audition  de  Siegfried,  où  le  ténor  Anthes 
s'est  vaillamment  soutenu  ;  pour  samedi  prochain, 
l'affiche  porte  la  Walkyrie.  Mais  on  annonce  que 
notre  Brunnhilde  entreprendra  en  mars  une  tour- 
née de  concerts  à  Posen,  Dantzig,  Kônigsberg,  etc.; 
d'un  autre  côté,  à  l'époque  de  Pâques,  commencent 
les  départs;  il  sera  donc  regrettable  que  la  meil- 
leure partie  de  la  saison  se  soit  passée  à  Dresde 
sans  Tétralogie. 

Après  un  long  intervalle,  on  a  repris  Herrat  de 
Draeseke,  cette  fois  avec  le  ballet  du  troisième 
acte,  qui  n'avait  jamais  été  exécuté.  L'impression  a 
été  très  bonne  :  c'est  une  note  pittoresque  et  ori- 
ginale dans  un  ensemble  d'une  austérité  musicale 
parfois  extrême.  M'"^  Reuther,  une  prima  donna 
autrefois  très  appréciée,  prend  sa  retraite.  Tout  en 
approuvant  sa  décision,  on  ne  doit  pas  oublier 
qu'elle  a  rendu  au  théâtre  de  Dresde  d'importants 
services.  Alton. 


G  AND.  —  Le  premier  concert  d'abonnement 
du  Conservatoire  a  été  donné  le  samedi 
3  mars  dernier,  avec  le  concours  de  M™°  Soetens- 
Flament,  cantatrice,  et  de  l'éminent  violoncelliste 
Joseph  Jacob. 

L'ouverture  de  Fidelio  ouvrait  le  programme. 
L'exécution  n'a  pas  été  parfaite,  tant  s'en  faut.  Il 
nous  semble  que  l'orchestre  laisse  beaucoup  trop 
transparaître  la  manière  dont  les  pages  qu'il  inter- 
prète ont  été  étudiées.  L'auditeur  a  l'impression 
assez  curieuse  d'entendre  pour  ainsi  dire  im  à  un, 
nettement  séparés,  les  divers  passages,  les  diffé- 
rentes parties  de  l'œuvre,  et  l'impression  générale 
manque.  Au  surplus,  l'ensemble  est  confus  e(  l'on 
ne  perçoit  pas  nettement  les  détails  :  le  dessin  des 
violons  est  tout  à  fait  noyé,  la  plupart  du  temps. 
Est-ce  la  faute  de  l'affreux  boyau  pompeusement 
dénommé  «  Salle  d'auditions?  »  Nous  aimons  à  le 
croire,  sachant  le  soin  avec  lequel  M.  Samuel  fait 
étudier  et  répéter  son  orchestre.  Pourtant  nous 
avons  entendu  un  passage  de  l'ouverture,  marqué 
piano  dans  la  partition,  exécuté  pour  ainsi  dire 
forte. 

L'andante  et  menuet  de  la  Sérénade  n"  11  de 
Mozart,  en  revanche,  a  été  fort  adroitement  enlevé 
par  MM.  Lebert,  Vander  Gracht,  Deprez,  Blaes 
et  leurs  élèves  Cette  page  difficile  et  charmante  a 
beaucoup  plu  au  public. 

Nous  ne  voulons  pas  refaire  ici  un  nouvel  éloge 
des  qualités  d'exécution  et  de  virtuosité  de  M.  Ja- 
cob ;  le  son  est  pur,  la  technique  parfaite,  le  sens 
des  nuances  absolu  :  l'interprétation  du  concerto 
de  Saint-.Saëns  t  en  tous  points  été  satisfaisante. 
Grands  éloges  à  faire  aussi  d'une  suite  de  sa  com- 
position dont  M.  Jacob  nous  a  fait  entendre  plu- 
sieurs fragments,  mention  spéciale  pour  une  Ronde 


LE  GUIDE  MUSICAL 


255 


liégeoise,  très  habilement  bâtie  sur  le  motif  d'une 
chanson  populaire  entre  toutes  en  Wallonie. 

Deux  productions  de  Peter  Benoit  terminaient 
l'audition.  M""'  Soetens-Flament,  avec  la  superbe 
voix  de  contralto  qu'on  lui  connaît,  a  dit  d'irrépro- 
chable façon,  sous  la  direction  du  maestro  en  per- 
sonne, le  poème  Joncfrou  Katelijiie,  dont  l'accom- 
pagnement à  dessein  fruste  et  farouche,  encore 
qu'écrasant  un  peu  trop  la  voix,  témoigne  d'une 
science  symphonique  remarquable. 

Enfin  la  cantate  pour  voix  d'enfants  De  Wereld 
in,  une  œuvre  à  la  fois  forte,  délicate  et  gracieuse, 
aobtenule  plus  vif  succès.  Ladirection  du  Conser- 
vatoire a  décidé  de  donner,  le  jeudi  i5  mars,  à  la 
demande  générale,  une  seconde  audition  de  ce 
concert, 

Parmi  le  public  qui  applaudissait  Peter  Benoit, 
nous  avons  remarque  M.  Gev.iert  et  M.  DeGeyter, 
le  librettiste  des  deux  œuvres  de  Benoit  figurant 
au  programme. 

—  Le  pianiste  Litta  s'est  fait  entendre,  le  mer- 
credi 7  mars,  au  Cercle  artisticiue  et  littéraire, 
devant  une  salle  nombreuse  et  enthousiaste.  Si- 
gnalons hors  de  pair  l'interprétation  de  plusieurs 
éludes  de  Chopin,  de  la  sonate  op.  S7  de  Beetho- 
ven, et  de  la  sonate  n"  4  de  Haydn. 

—  Au  théâtre,  ces  jours  derniers,  les  bénéfices 
de  M""  Dargissonne.fortechanteuse,  MM.Vaulier, 
baryton  d'opéra  comique,  Bonijoly,  ténor  léger, 
et  Peloga,  basse-chantante.  Les  Gantois  ont  fait 
fête  à  ces  artistes  consciencieux  et  aimés. 

Werthci',hien  su  et  monté  avec  soin, est  vivement 
goûté  par  le  public.  Lohengrin  sera  donné  lundi 
prochain  :  les  répétitions  marchent  très  bien,  pa- 
rait-il, et  tout  permet  d'espérer  une  bonne  inter- 
prétation pour  l'œuvre  de  Wagner,  que  Ton  n'a 
plus  entendue,  à  Gand,  depuis  plusieurs  années. 

Idoméiiée,  tragédie  Ij'rique  en  deux  actes  et  trois 
tableaux,  poème  de  C.  Verhé,  musique  de  Paul 
d'Acosta,  a  été  joué  ici  pour  la  première  fois,  au 
Grand-Théâtre,  mercredi  dernier  7  mars. 

Au  point  de  vue  dramatique,  l'œuvre  manque 
d'action.  Le  poème, du  reste,  avait  été  fait  pour  le 
dernier  concours  triennal  de  cantates  organisé  par 
l'Académie  de  Belgique,  et  l'auteur  l'a  peu 
remanié. 

Le  sujet  est  très  simple  :  Idoménèe,  roi  de  Crète, 
:ait  voile  vers  son  royaume,  après  la  fin  du  siège 
le  Troie.  Une  tempête  l'assaille.  Pour  fléchir  le 
ourroux  des  dieux,  il  promet  de  leur  immoler  le 
romier  être  vivant  qui  se  présentera  à  sa  vue,  à 
"u  débarquement  en  Crète.  La  première  rencim- 
iv  lu'il  fait  est  celle  d'Idamante,  son  fils  :  dans  le 
'OLiiie,  Idoménèe  se  tue  pour  satisfaire  le  vœu 
ait  à  Neptune.  Dans  la  fable,  il  aurait,  au  con- 
1  !!''■•  accompli  l'odieux  sacrifice,  et  ses  sujets 
.'.iraient  banni  dans  la  suite. 
-\u  point  de  vue  scénique,  une  grosse  mala- 
ii'  Sie  :  au  deuxième  acte,  un  oracle  annonce  au 
"■.iple  Cretois  que  son  roi  est  sauvé  et  va  bientôt 
lUi  i;idre  sou  rovaume.  Le  bon  peuple,  aussitôt  de 
t'  rejouir.   Seuls,  le  fils  du  roi,    Idaniante   et  sa 


fiancée,  Erixène,  n'assistent  pas  à  la  fête  !  Ils  ne 
paraissent  qu'au  moment  de  l'arrivée  d'IdoménLC. 

Sauf  cette  petite  restriction,  le  poème  est  habi- 
lement agencé  et  la  forme  satisfaisante. 

Au  point  de  vue  musical,  l'œuvre  est  d'essence 
italienne,  avec  des  traces  de  musique  française, 
(les  léminiscences  de  Gounod  notamment.  Mais  il 
>•  a  là  de  la  grâce  et  du  charme.  A  remarquer  l'ou- 
verture, d'un  beau  style  large,  et  au  deuxième 
acte,  le  duo  d'Idamante  et  Erixène.      L    D.   B. 


LIEGE.  —  Nouveau  concert  de  bienfaisance 
et  nouveau  Chniil  de  la  Cloche^  mais  de  Max 
Brucb,  cette  fois.  Certains  passages  ont  vieilli, 
surtout  certaines  formes  ;  d'autre  sont  immortelle- 
ment  beaux.  Ce  Lied  von  der  Glocke  mérite  son  nom 
et  répond  à  son  titre  :  c'est  une  grande  chanson, 
où  la  poésie  abonde,  coupée  en  tableaux,  avec  un 
récitatif-refrain.  Le  descriptif,  sobre,  y  surpasse 
parfois  certaines  tentatives  modernes,  précisément 
parce  qu'il  se  contente  d'évoquer  les  sentiments 
au  lieu  d'en  dépeindre  les  objets. 

L'exécution  orchestrale  a  été  remarquable  par 
sa  clarté;  l'exécution  chorale  par  sa  précision  et 
son  énergie.  M.  Delsemme  est  un  chef  d'orchestre 
intelligent  et  plein  de  feu.  Les  interprètes, 
M""  Lépine  et  de  Saint-Moulin,  MM.  Renaud  et 
Moussoux,  ont  bien  soutenu  leurs  rôles.  M"'-'  Lè- 
liine  est  toujours  la  voix  gracieuse  que  nous  avions 
déjà  entendue;  MU"  de  Saint-Moulin  a  trouvé  des 
accents  vraiment  émouvants  pour  chanter  la  scène 
du  deuil;  M.  Renaud  a  magistralement  rendu 
certains  passages,  et  M.  Moussoux,  le  sympa- 
thique ténor,  s'est  montré  à  la  hauteur  de  sa  tâche 
et  de  su  réputation  tout  à  la  fois. 

Belle  soirée  et  salle  comble.  J.  M. 


'^^A^sw 


T  ^ 


YON  —  Le  théâtre  de  Lyon  vient  de  faire 
I    2  une   brillante   reprise   de    Tannhauser. 

L'œuvre  a  vivement  séduit  le  public  par  la 
sève  abondante  et  la  jeunesse  de  ses  inspirations 
mélodiques,  le  coloris  et  l'éclat  de  ses  sonorités, 
le  mouvement  du  drame  et  aussi  la  valeur  de  l'in- 
terprétation. 

Si  Tannhivuser  n'obtint,  il  y  a  deux  ans,  qu'une 
demi-réussite,  la  distribution  actuelle  est  capable 
de  lui  assurer  une  éclatante  revanche.  M.  Lafarge 
a  fait  du  rôle  de  Tannhaeuser  une  superbe  création 
artistique  :  aucun  ténor  wagnérien  de  langue  fran- 
çaise ne  saurait,  à  cette  heure,  interpréter  ce  rôle 
avec  une  plus  absolue  perfection.  Fougueux  et 
passionné  au  premier  acte,  ironique  et  véhément 
dans  la  scène  du  concours,  M.  Lafarge  a  détaillé 
le  récit  du  pèlerinage  avec  une  science  de  la 
déclamation  lyrique  et  une  puissance  tragique 
dignes  de  tous  les  éloges.  Cette  création  du  rôle 
de  Tannhaeuser  est  un  digne  pendant  de  celle  de 
Siegmound  dans  la  Walkvrie. 

Le  rôle  de  Wolfram  prête  aux  effets  vocaux  et 


256 


LE  GUIDE  MUSICAL 


exige  de  son  interprète  une  belle  voix  et  un  art 
consommé  de  chanteur.  C'est  dire  qu'il  convient 
très  bien  à  M.  Moni'.aud,  qui  a  mis  en  pleine  valeur 
les  strophes  du  second  acte  et  la  mélodieuse 
romance  de  l'Etoile,  et  qui  a  été  vivement 
applaudi  à  différentes  reprises. 

M"*^  Janssen  a  retrouvé  hier  tout  le  succès 
qu'elle  remporta  lors  de  la  création  de  Tannhœuser ; 
sa  poétique  et  touchante  conception  du  rôle 
d'Elisabeth  fait  le  plus  grand  honneur  au  sens 
artistique  de  M'-i"  Janssen,  qui  s'est  montrée  tendre- 
ment réservée  au  deuxième  acte,  mystique  et  fer- 
vente au  dernier  ;  M"°  Janssen  a  chanté  avec  une 
poignante  émotion  sa  prière  du  dernier  acte  et  la 
supplication  éperdue  qui  arrête  les  épées  levées 
sur  la  léie  de  Tannhaeuser. 

Le  personnage  de  Vénus  a  été  rendu  avec  beau- 
coup de  sentiment  musical  par  M"''  Desvareilles, 
dont  la  voix  fraîche  et  l'excellente  diction  ont  très 
habilement  fait  ressortir  un  rôle  difficile  et  ardu. 

Parmi  les  rôles  de  second  jilan,  il  convient  de 
citer  M""  Saudey,  qui  a  agréablement  chanté  la 
cantilène  d\i  berger. 

Une  bonne  part  du  succès  revient  à  M.  Luigini 
et  aux  artistes  de  son  orchestre  ;  l'exécution  insfrii- 
mentale  de  Tannhatcser,  nuancée,  souple  et  sobre, 
a  été  fort  applaudie  ;  l'ouverture  surtout,  magistra- 
lement enlevée,  a  valu  à  M.  Luigini  et  à  son 
orchestre  une  ovation  enthousiaste. 

La  mise  en  scène  et  la  bacchanale,  habilement 
réglée  par  M.  Natta,  les  chœurs,  qui  ont  vaillam- 
ment sonné,  tout  contribue  à  faire  de  cette  reprise 
de  Tannhœuser  une  véritable  manifestation  artis- 
tique et  à  lui  promettre  de  fructueux  lendemains. 

VER'VIERS.  —  Verviers  était  habitué  à 
jouir  chaque  hiver  de  quelques  soirées  de 
bonne  musique,  sous  forme  de  concerts  populaires 
ou  de  soirées  de  quatuor.  Cette  année,  tout  lui 
manque  à  la  fois  ;  nous  subissons  la  crise  que 
l'art  traverse  presque  partout  après  une  première 
période  d'initiation.  Nous  avons  la  ferme  convic- 
tion que  ceux  qui  luttent  ici  pour  faire  aimer  le 
beau  dans  sa  plus  haute  expression  d'art,  sont 
assez  forts,  assez  confiants,  assez  grands  pour 
triompher  de  cette  épreuve, et  qu'ils  le  feront  plus 
tôt  et  plus  facilement  qu'ils  ne  le  pensent  peut 
être. 

Entre  le  souvenir  d'im  très  beau  concert  à 
l'Harmonie,  et  l'espoir  du  concert  annuel  de 
l'Ecole  de  musique  —  qui  est  toujours  de  loin  le 
plus  remarquable  de  nos  événements  artistiques, 
—  nous  avons  été  heureux  d'entendre,  dans  un 
cercle  privé,  de  bonne  musique  de  chambre. 
Nos  quartettistes  habituels,  L.  Kefer,  A.  Massau, 
A.  Voncken  et  J.  Kefer,  nous  ont  donné  le  qua- 
tuor en  ré  majeur  de  Mozart,  plein  de  cette  gaieté, 
de  ce  charme  doux  et  pénétrant  si  particulier  à  la 
nature  d'un  artiste  sur  lequel  les  événements  exté- 
rieurs  avaient   si    peu  d'influence  ;  comment,  en 


effet,  se  douter  qu'il  écrivit  ces  pages  charmantes 
à  une  des  périodes  les  plus  troublées  et  les  plus 
tristes  de  sa  vie? 

L'andante  du  cinquième  quatuor  de  Beethoven, 
dont  certaines  variations  sont  d'une  si  pure  et  si 
émouvante  inspiration,  le  Chant  céleste  de  Rubin- 
stein,  et  le  finale  si  affirmativement  confiant  du 
quatuor  en  mi  de  Mendelssohn  ont  achevé  de 
conquérir  un  public  admirablement  préparé  du 
reste,  et  qu'il  fallait  initier  aux  beautés  classiques 
par  des  œuvres  courtes  et  captivantes. 

Nos  quartettistes  ont  déployé  une  douceur  inac- 
coutumée dans  l'exécution  de  ces  diverses  œuvres. 

La  salle  était  trop  sonore,  et  il  fallait  cette 
constante  et  impérieuse  volonté  de  tendresse,  si 
jepuis  m'exprimer  ainsi,  pour  vaincre  la  crudité 
de  son  acoustique. 

Cantatrice,  M""  Delgoffe,  élève  de  notre  Ecole 
de  musique.  Belle  voix.  Encore  une  jeune  artiste 
dont  on  entendra  parler. 

Récemment,  soirée  au  Cercle  d'amateurs.  Le; 
amateurs  s'y  amusent  à  merveille  et  le  public 
aurait  mauvais  goût  d'être  grincheux.  Du  reste,  le 
public  ne  déteste  pas  que  le  son  d'un  quatuor  sof 
porté  à  ses  oreilles  par  l'entremise  d'une  vingtaiae 
d'archets,  très  bien  stylés  et  conduits,  du  reste. 

Un  double  quatuor  pour  voix  et  archets  de  Bee 
thoven  (élégie  sur  la  mort  d'Eleonora  Pasqualati) 
un  intermède  de  Glazounoff,  un  menuet  de  Chéru 
bini  sont  les  choses  que  le  public  a  le  plus  applau 
dies  ;  et  ce  public  a  eu  bon  goût. 


NOUVELLES  DIVERSES 

L'administration  des  Concerts-Colonne  : 
Paris,  fait  annoncer  une  série  de  quatre  con 
certs  supplémentaires,  dont  l'intérêt  exception 
nel  ne  peut  manquer  d'attirer  un  nombreu: 
public. 

Ces  quatre  concerts,  qui  auront  lieu  en  mar 
et  avril,  seront  dirigés  :  le  premier,  par  Féli; 
Mottl;  le  second  par  Hermann  Levi  ;  le  tro: 
sième,  par  Ed.  Grieg,  et  le  quatrième,  par  Ed 
Colonne. 

A  Paris,  la  Société  des  compositeurs  d 
musique  met  au  concours  pour  l'année  1894  : 

1°  Un  quatuor  pour  deux  violons,  alto  et  vie 
loncelle.  —  Prix  unique  de  400  fr.,  offert  par  1 
Société  ; 

(Les  parties  séparées  devront  être  jointes  a 
manuscrit.) 

2°  Une  œuvre  symphonique  développée  poi 
piano  et  orchestre.  —  Prix  unique  de  5oo  f: 
(fondation  Pleyel-Wolffj  ; 

3°  Une  scène  pour  une  voix,  avec  accomp 


LE  GUIDE  MUSICAL 


257 


gnement  de  piano.  —  Prix  unique  de  200  fr., 
reliquat  du  prix  de  5oo  fr.  offert  en  1893  par 
M.  Ernest  Lamy,  et  dont  une  partie  a  été  dis- 
tribuée à  titre  de  prime  attachée  à  deux  men- 
tions lionorables. 

On  devra  faire  parvenir  les  manuscrits,  avant 
le  3i  décembre  1894.  à  M.  Weckerlin,  archi- 
viste, au  siège  de  la  Société,  22,  rue  Roche- 
chouart,  maison  Ple3'el,  Wolff  et  C''^. 

Pour  tous  les  renseignements,  s'adresser  à 
M.  D.  Belle}'guier,  secrétaire  général,  entrepôt 
de  Bercy,  pavillon  Crépier. 

Signalons  la  transformation  et  l'agrandisse- 
ment de  la  Revue  Blanche,  une  des  plus  vail- 
lante revues  de  la  jeune  littérature,  dans  laquelle 
notre  collaborateur  Alfred  Ernst  écrit  des 
articles  de  critique  et  d'esthétique  musicale 
hautement  appréciés. 

La  Revue  bleue,  de  Paris,  commence  la 
publication  en  français  d'une  partie  des  Mé- 
moires d'un  critique  musical,  que  M.  Edouard 
Hanslick  a  donnés  à  la  Dcutsclie  Rundscliatt. 
Le  feuilletonniste  musical  de  la  Neue  Freie 
Presse  n'est  pas  un  écrivain  sans  talent  et  il  a 
quelquefois  de  l'esprit.Mais  on  ne  peut  rien  rêver 
de  plus  platement  banal,  de  plus  insignifiant 
que  ces  mémoires.  C'est  un  chapelet  de  petites 
histoires  sans  sel,  de  propos  enfilés  à  la  suite 
ies  uns  des  autres  et  dénués  de  tout  intérêt.  On 
se  demande  ce  qui  a  pu  leur  valoir  l'honneur 
i'une  traduction. 

M.  Colonne  doit  aller  bientôt  à  Saint-Péters- 
Dourg  avec  une  troupe  française,  pour  repré- 
lenter  Faust,  Sigiird,  Samsoii,  la  Damnation 
ie  Faust,  Wertlier  et  Lolicngrin  avec  Van 
Dyck.  Puis  il  dirigera  plusieurs  concerts  à 
Moscou. 

Extrait  d'une  préface  que  M.  Camille 
kint-Saëns  a  écrite  pour  un  recueil  des  pièces  en 
'ers  de  M .  Auge  de  Lassus  et  où  il  déclare  que 
es  musiciens,  fussent-ils  lettrés,  n'ont  aucun 
Iroit  sur  le  domaine  de  la  littérature  : 

Depuis  longtemps  j'ai  acquis  la  conviction  de  ne 
ien  comprendre  au  théâtre. 

1  Le  premier  coup  m'a  été  porté,  alors  que  j'étais 
encore  enfant,  pendant  une  représentation  de  Don 

'fuan  au  Théâtre-Italien.  Connaissant  déjà  l'ou- 
•rage,  j'étais  dans  l'anxiété  de  voir  représenter  la 
errible  scène  finale.  Quelle  fut  ma  stupeur  en 
oyant,  à  l'approche  de  cette  scène,  la  salle  se 
■ider  comme  par  enchantement,  en  constatant  que 
■e  qui  était  pour  moi  le  point  culminant  du  drame, 
e  but  auquel  tendait  l'œuvre  entière,  n'avait  pour 
e  public  aucun  intérêt. 
Dès  lors,  j'eus  l'intuition  qu'il  y  aurait  souvent 


entre  le  public  et  moi  des  malentendus.  Le  pres- 
sentiment ne  s'est  que  trop  réalisé.  Que  de  fois  ne 
m'est-il  pas  arrivé,  au  théâtre,  de  rire  tout  seul  au 
milieu  du  silence  général  ou  de  m'ennuyer  mortel- 
lement, entouré  d'un  public  en  convulsion  de 
gaieté  !  Je  n'ose  plus  aller  voir  les  pièces  désopi- 
lantes, celles  qui  ont  des  cenlaines  de  représenta- 
tions, tant  je  redoute  de  m'y  décrocher  la  mâchoire, 
et  je  m'amuse  franchement  aux  Femmes  savantes, 
voire  à  Athalie  ou  â  Britanniciis,  là  où  il  est  bon  ton 
de  s'ennuj'er  à  périr. 

Ces  mille  petites  conventions  du  théâtre  que 
vous  connaissez,  auxquelles  on  recourt  parce  que 
le  public,  paraît-il,  ne  saurait  s'en  passer,  me  font 
horreur  ;  et  le  pire  est  que  cette  horreur  pour  la 
banalité  ne  m'a  pas  tourné  vers  le  mouvement 
contemporain,  vers  le  théâtre  réaliste  ou  mystique. 

Les  drames  de  Wagner  ne  m'intéressent  que  par 
leur  coté  musical,  l'ibsénisme  et  ses  dérivés  me 
semblent  des  modes  de  l'aliénation  mentale... 

Signe  des  temps.  —  Les  marchands  de 
musique,  qui  se  contentaient  autrefois  de 
vendre  simplement  de  la  musique,  avec  peut- 
être  quelques  accessoires,  tels  que  métronomes 
et  diapasons,  agrandissent  singulièrement  le 
champ  de  leurs  opérations.  (Il  n'y  a  pas  de 
petits  profits.) 

Après  s'être  adjoint  l'article  lutherie,  comme 
violons  de  pacotille,  mandolines  et  guitares 
voici  maintenant  la  camelote  de  bazar.  On  peut 
voir  à  leur  montre  des  tambourins,  flirtes  à 
l'oignon  et  trompettes  de  carton  (plus  cher 
qu'au  bazar). 

A  bientôt,  sans  doute,  la  concurrence  à  l'épi- 
cier  par    un  étalage   de  «  pianos  du  pauvre  « 
avec  méthode  soigneusement  doigtée,  etc. 

Lisez-vous  parfois  les  échos  des  soirées  de 
musique  dans  le  monde?  Etonnant  le  nombre 
d'artistes  éminents  que  leur  grandeur  empêche 
d'affronter  le  public,  malgré  le  talent  merveilleux 
que  les  chroniqueurs  compétents  leur  reconnais- 
sent. 

Voyez  un  journal  du  boulevard  :  «  M'"=  C...  a 
interprété  avec  sa  véhémente  passion  les  admira- 
bles (!)  chansons  du  jeune  maître  A.  G...  et  a  porté 
jusqu'à  l'enthousiasme  l'émotion  en  disant,  comme 
((  seule  elle  peut  le  dire  »,  les  Deux  grenadiers  et 
J^ ai  pardonné  d. 

N'est-ce  pas  un  crime  contre  l'art  que  de  tenir 
séquestré  un  talent  pareil? 

Autre  écho  : 

«  Chez  la  comtesse  M...,  on  a  entendu  la  jeune, 
jolie  et  déjà  célèbre  Jeanne  B...;  la  maîtresse  de 
la  maison,  une  des  cantatrices  mondaines  les  plus 
réputées,  a  chanté  avec  M""  K..,,  sa  digne  émule 
en  talent,  une  valse  à  deux  voix  de  la  vicomtesse 
de  G...  )i 

Cela  devait  être  ravissant.  Malheureusement, 
un  autre  journal,  mieux  informé,  dit  laconiquement  : 


258 


LE  GUIDE  MUSICAL 


«  La  matinée  chez  la   comtesse  M...  n'a   pas   eu 
lieu  pour  cause  d'indisposition  ». 

Alors,  cette  valse?  Des  voix  comme  celles 
qu'entendait  Jeanne  d'Arc,  sans  doute! 

BIBLIOGRAPHIE 

La  librairie  de  l'Art  indépendant,  ii,  rue  de  la 
Chaussée  d'Antin,  à  Paris,  vient  de  publier  une 
belle  et  luxueuse  édition  du  Concert  en  ré  majeur 
(op.  2i),  pour  piano,  violon  solo  et  quatuor  à  cor- 
des, de  M.  Ernest  Chausson.  Celte  oeuvre,  dont 
nous  avons  déjà  signalé  les  qualités  dans  le  Guide 
Musical,  est  dédiée  à  M.   Eugène  Ysayc. 

H.  I. 
-^  Vient  de  paraître,  à  l'imprimerie  E.  Blon- 
diau,  à  Bruxelles,  l'Annuaire  de  la  section  d'ait  et 
d'enseignement  de  la  maison  du  peuple.  Outre  une 
courte  introduction  de  M.  Emile  Vandervelde,  indi- 
quant le  but  de  l'œuvre  et  résumant  les  travaux  de 
l'année,  cet  annuaire  renferme  une  série  de  pages 
originales,  prose  ou  vers,  études  philosophiques 
ou   littéraires,   contes,  nouvelles,  signés  des  plus 


renommés  noms  belges,  Camille  Lemonnier,  De- 
molder,  Hubert  Krains,  Maeterlinck,  Verhaeren. 
Francis  Nautet,  etc. 

PIANOS  ET  HARPES     ' 


BRUXELLES  :  4.  rue  Latérale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 

NECROLOGIE 

Est  décédé  : 

A  Paris  (Neuillj'i  M.  Théodore  de  Lauzières- 
Thémines,  qui  fut  longtemps  critique  musical  à 
la  Pairie.  Il  était  âgé  de  soixante  seize  ans. 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 


C.-A. 


OP.io 


I"    OUATUO 

pour  deux  violons,  alto  et  violoncelle 

Partition  .     .     Prix  net  :  fr.  5      |    Parties  séparées.  Prix  net  :  fr. 
Arrau^eincut  a  quatre  uiaius  (sous  presse) 

Du  mêixie  auteur  : 


iïiUSIQUE  DE  PIANO 

1^^  Arabesque Prix  fr.  5 

2^  Arabesque   .    .    .    .    .    Prix  fr.  5 

En  recueil     .      .      .  Prix  Net  fr.  2 
Petite  suite  à  4  mains     .  Prix  Net  fr.  5 


MUSIQUE  VOCALE 

L'Enfant  Prodigue,  scène 

l3a-ique  .  .  .  .  Prix  Net  fr.  5 
Maudoline,  mélodie  .  .  .  Prix  fr.  4 
Les  Cloches,  mélodie.  .  ,  Prix  fr.  3 
Romance Prix  fr.  3 


LE  GUIDE  MUSICAL 


259 


Descendant  direct  du  maréchnl  Pons  de  Lau- 
zièresThémines,  notre  confrère,  no  à  Naples,  com- 
mença sa  carrière  littéraire  en  Italie  C'est  en  iS53 
qu'il  vint  à  Paris,  où  il  devint  critique  dramatique 
du  Réveil,  puis  du  Pays.  On  lui  doit  de  nombreuses 
traductions  italiennes  et  françaises. 


RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 


Paris 

OrÉEA  —  Du  5  au  9  mars  :  Rigoletto  et  les  Deux  Pi- 
geons. Faust.  Lohengrin. 

Opéra-Comique.  —  Du  5  au  lo  mars  :  Carmen  et  Ma- 
dame Rose.  Fidès  et  l'Attaque  du  moulin.  Fidés,  Ca- 
valeria  rusticana  et  l'Amour  médecin.  Fidès,  le 
Toréador  et  le  Nouveau  Seigneur.  Fidés,  Cavalleria 
rusticana  et  Phryné.  Cavalleria  rusticana,  le  Toréa- 
dor et  l'Amour  médecin. 

LES  CONCERTS  DU  DIMANCHE 

Conservatoire.   —   Concert  de  la  Société  :   Symphonie 
I     en   la    majeur   (Mendelssohnj;    les  Bohémiens -Schu- 


mann);  concerto  pour  hautbois  (Hœndel',  M.  Gillet; 
Fragments  des  Saintes-Mariés  de  Mer  (Paladilhe), 
soli  par  M™°  Bosman,  MM.  Clément  etFournets; 
ouverture  d'Egmont 

Concert  Colonne  (Châtelet)  :  Le  Requiem  d'Hector 
Berlioz,  avec  le  concours  de  M,  "VVarmbrodt. 

Concert  Lamoueeux  (Champs-Elysées).  —  Symphonie 
en  si  bémol  (Schumann);  Jeanne  d'Arc  au  bûcher, 
scène  dramatique  (Liszt  ,  M""-' Auguez  de  Montaland  ; 
Introduction  et  Rondo  cappriccioso  p''  violon  (Saint. 
Saëns),  M,  Lederer;  Suite  poétique  pour  orchestre 
(G.  Galeotti),  i'"  audition  ;  Rêves,  poème  (Wagner) 
Mme  Auguez  de  Mantaland;  Grande  Marche  de  fête 
(R.  'Wagner^. 

Concert  d'Harcourt.  —  Fragments  des  Maîtres  Chan- 
teurs de  Nuremberg  (R.  Wagner),  version  française 
inédite  de  M  Alfred  Ernst  :  Eva,  Mi"'  Eléonore 
Blanc;  Walter,  M.  Gibert,  de  l'Opéra  ;  Hans  Sachs, 
M.  Auguez. 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  5  au  ii  mars  ; 
L'Attaque  du  moulin.  Relâche.  L'Attaque  du  mou- 
lin, Lohengrin.  Orphée  et  Cavalleria   Relâche. 


=ITEL 

Éditeurs,   45,   Montagne   de   la   Cour,    BRUXELLES 


Yient  de  paraître  ! 

Brahms,  J.  Exercices,  cah.  I,  II.  Net  fr.  4  — 
joeyens-Platteel.    Solo    dans   le   style 
ancien  pour  trompette  chromatique 
avec  piano Net  fr.   2  5o 

"omposé  spécialement  pour  les  cours  du  Conservatoire 

Viciant,  Ch.  O  Salutaris,  solo  pour  chant 

avec  orgue  ou  piano.      .     .     Net  fr.   i    — 

-  Sous  les  lys,  chanson  pour    une  voix 

Net  fr.  2  — 

-  Six  feuilles  d'album  pour  piano.Net  fr.  4  


Mac-Dowell.  Op.  45.  Sonata  Tragiaca 

pour  piano Net  fr.   5  

Nordi,  Ed.    Deux  Mélodies  (i.   Adieu! 

2.  Au  Cimetière).      .      .      .      Net  fr.   2   

Reinecke,  C.  Op.  223.  Prologussolemnis. 

Ouverture  à  quatre  mains  .     Net  fr.   5  — 

—   Menuet   à    la   Reine   à    deux   mains, 

d'après  Grétry      ....     Net  fr.  o  65 

Ryclandt,  J.  Op.  3.  Ouverture  pour  le 
drame  n  Ca'in  »  de  B3-ron,  à  quatre 
mains Net  fr.  4  — 


Dépositaires  des  PIANOS  BECHSÎEIN  ET  BLUTHNEE 
HARMONIUMS     ESTEY 


260 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Théâtre  des  Galeries  —  Sainte-Freya. 

Alcazar  royal.   —  Spectacle  varié. 

Salle  de  l'Alhambra.  —  Dimanche  ii  mars,  à 
2  heures,  concert  dirigé  par  M.  Siegfried  Wagner; 
avec  le  concours  de  M""  Kempees,  cantatrice  de  la  cour 
de  Hollande — Programme  ;  Ouverture  du  Vaisseau- 
Fantôme  (R.  Wagner);  les  Anges,  pantomime  du  conte 
féerique,  Hasnsel  und  Gretel  (E.  Humperdinck);  les 
Rêves  (R.  Wagner),  M"":  Kempees);  Tasso,  lamento  e 
trionfo,  poème  symphonique  (F.  Liszt);  Ouverture  et 
bacchanale  de  Tannhaeuser  (R.  Wagner);  Siegfried- 
Idyll  (R  Wagner);  Prélude  et  finale  de  Tristan  et 
Iseult  (R.  Wagner),  M"«  Kempees. 


Exposition  de  la  libre  esthétique.  —  Concert  du 
quatuor  Ysaye.  —  Jeudi  i5  mars  :  Onzième  qua- 
tuor (op.  95)  en  fa  ram.  (Beethoven);  quatorzième 
quatuor  (op.  i3i)  en  ut  dièze  mineur  (Beetho\'en). 

Salle  de  la  Grande-Harmonie.  —  Jeudi  i5  mars,  à 
8  heures  du  soir,  grande  soirée  musicale  donnée  par 
M""  Julia  Milcamps,  cantatrice,  prix  de  S.  M.  la  reine 
des  Belges  et  i=''  prix  du  Conservatoire  de  Bruxelles, 
avec  le  concours  de  M'^"  Lotty  Ruëgger,  violoniste; 
Eisa  Ruëgger, violoncelliste;  Wally  Ruëgger, pianiste 
Jeanne  Dubreucq  ;  MM.  Franz  Pieltain,  basse  chan- 
tante ;  V.  Massage,  accompagnateur.  —  Trio  en  ré 
mineur  (Mendelssohn),    M""'^   Lotty,    Eisa  et  Watty 


^.ACKAR  et  NQEL,  éditeurs,  22,  passage  des  Pan~ramas  (grande  galerie) 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tschaikowsky,  Qottschaik,    Priideut,  Allard 
des   Archiveii   du  piuuo    et   de  la   célèbre   Méthode    de   piau»    A.    Le    Carpcaticr 

Seuls  dépositaires  de  l'Gditiou  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  suuslque  de  tIoIou 


P.   TSCHAIKOA¥SKY 

CEUVRES       POUR      ORCHESTRE 


Op.  2.  N"  3   Ctiant  sans  paroles  : 

Partition 2 

Parties  séparées 4 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     i 

op.  3.  Le  Voyévode,  ouverture  extraite 

Partition 5 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i   5i 

—  Le  Voyévode,  entracte  et  airs  de  ballet 
extraits  (nouvelle  édition  revue  par 
l'auteur)  ; 

Partition 8     : 

Parties  séparées 20     : 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     2 

Op.  i3.  Première  Symphoiiie  en  sol  mineur 

Partition i5     : 

Parties  séparées 3o     : 

Parties  supplémentaires  tordes    chaque     3 

Op.  14.  Vakoula  le  Forgeron,  ouverture  extraite 

Partition  d'orchestre 6     : 

Parties  séparées i5     : 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i   5i 

Op.  i5.  Ouverture  triomptiale  sur  l'hymne 
danois 

Partition  .  6     : 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  supiil    cordes  (copiées)     chaque 

Op.  17.  Deuxième  symphonie  (dite  sympho- 
nie russe)  en  ut  mineur 

Partition 25     : 

Parties  séparées 35 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     3 

Op    iS.  La  Tempête,  fantaisie  d'après  Shakespeare 

Partition 12     : 

Parties  séparées .   20     : 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 

Op.  20.  Le  Lac  des  cygnes,  valse  extraite 

Parties  séparées .    10     : 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     i  2. 


—  Pot-pourri,  arrangé  pour  petit  orches- 

tre, par  N.  Ars. 

Parties  séparées 8     » 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     i  25 
Op.  23.  Premier  Concerto  en  si  bémol,  pour 

piano  : 

Partition  .  20     « 

Parties  séparées 12     " 

Parties  supplémentaires  à  cordes,  chaque  i  5o 
Op.  24.  Eugène  Onéguine,  valse  extraite  de 

l'opéra  ; 

Partition 5     « 

Parties  séparées 20    » 

Parties  supplémentaires  à  cordes,  chaque  2    » 

—  Prélude  extrait  : 

Partition  orchestre 2     » 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  supplémentaires  à  cordes  (copiées) 

Op.  26.  Sérénade  mélancolique  pour  vio- 
lon : 

Partition 5     « 

Parties  séparées 4     '■ 

Parties  supplémentaires  à  cordes,chaque     i     1 

Op.  2g.  Troisième  symphonie  en  ré  majeur 

Partition  ....  20     > 

Parties  séparées 3o     > 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3     r 

Op.  3i.  Marche  slave 

Partition 10    : 

Parties  séparées i5 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5i 

Op.  32.  Francesca  da  Rimini,  fantaisie 
d'après  Dante 

Partition i5    • 

Parties  séparées 25    : 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     2  5i 

Op.  33   'Variations  pour  violoncelle  sur  un 
air  rococo 

Partition ^ 

Parties  séparées  ........   10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5 

(A  suivri.) 


LE  GUIDE  MUSICAL 


261 


Ruëgger;  la  Jolie  Fille  de  Perth  (Bizet),  M.  Pieltain; 
Fantaisie  (Servais),  M"'-  Eisa  Ruëgger  ;  grand  air  de 
Suzanne  (Paladihle),  M"'=  Milcamps;  4=  concerto 
(Vieuxtemps),  Mi'«  Lotty  Ruëgger;  Monologue,  M"» 
T.  Dubreucq.  —  Nymphes  et  Sylvains  (Bemberg)  M"= 
J.  Milcamps;  Albumblatt  (Wagner),  Mazurka  {Wie- 
niawski  (M""  Lotty  Ruëgger);  les  couplets  de  Vulcain 
(Gounod),  M.  Pieltain:  Audacht,  —  Reigen  (Popper), 
Chant  d'amour,  avec  accomp.  de  violonc.  (Hollmann), 
M'"  Milcamps;  Monologue,  MH"  J.  Dubreucq;  Duo 
de  Galathée  (M""  Milcamps  et  M.  Pieltain). 

Berlin 
Opéra-Impérial.    —    Du  5  au   11  mars  :    Les  Medici. 
Fra  Diavolo   Falstaff  et  Puppenfee.  Les  Medici    Fal- 


staff  et  Noce  slave.  Concert  de  la  Chapelle.  Obéron. 
Les  Medici. 

Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  La  Chasse  au 
mari 

Vienne 
Opéra  Impérial.  —  Du  5  au  12  mars  :  Le  Baiser  et  le 
Diable  au  couvent.  Coppelia  et  I  Pagliacci.  Sainte 
Elisabeth  (de  Franz  Liszt);  le  Baiser  et  le  Diable  au 
couvent  Faust.  Tristan.  Le  Freyschûtz,  La  Reine  de 
Saba. 

An  der  Wien.  —  Le  Maître  de  forgts  Le  Mikado. 
Le  baron  des  tsiganes.  Les  Noces  d'un  réserviste. 
Sang  de  hussard 


V'Léopold  MURAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique) 


Vient  de  paraître  : 

César  TllOlïlSOIl,  Passacaglla,  nach 
Haîndel,fûrViolinemitOrchester  oder 
Clavier-begleitung Mark     2  5o 


César  ThOMlSOn.  Skandlnavlsches 
Wiegenlied,  fiir  Violine  undOrchesler 
oder  Quartett,  oder  Pianofortebeglei- 
tung Mark     2  — 


EN  VENTE  CHEZ 

SCHOTT  FRÈRES,  éditeurs,   82,  Montagne  de  la  Cour,  82 

BRUXELLES 


DE   GREEF,    A.    Valse-Caprice    à 

2  mains 2  5o 

—  La  même  pour  deux  pianos     .     . 
STOJOWSKY.  Op.  I.  Deux  pensées 

musicales  : 

N°  I.  Mélodie i  75 

N°  2.  Prélude 2  — 

— -  Op.  2.  Deux  Caprices-Etudes  : 

No  I.  Pileuse 2  — 

N"  2.  Toccatina 2  — 

! —  Op.  4.  Trois  Intermèdes  : 

N"  I  en  sol.  N°  2  en   mi   mineur. 

N»  3  en  si  bémol.     .     .     .  chaque     i  75 

'—  Op.  8.  No  I.  Légende     ....     i  75 

-  Op.  8.  N"  2.  Mazurka    ....     i  75 
PETER  BENOIT.  Concerto  (poème 

s\  inphonique),  pour  flûte  et  piano.     7  5o 


75 
5o 
75 


HUBAY,  J.  Compositions  pour  vio- 
lon avec  piano  : 
Fleur  de  mai,  op.  37.  N"  i  .     .     .     i 
Au  temps  jadis,  op.  37.  N°  2.     .     .     2 
Devant  son  image,  op.  38.  N»  i    .     i 

(Chant  sur  la  4°  corde) 
Sous  sa  fenêtre  (sérénade),  op.  38. 

No  2 2  — 

Ramage  de  rossignols,  op.  3g  .     .     3  — 

PANGAERT  D'OPDORP.    Op.    5. 

Souvenir  de  Spa  (Annette  et  Lu- 
bin).    Edition    pour    violoncelle 

avec  piano 2  — 

—  Op.  9.  Mélodie  pour  violoncelle 

et  piano I  35 


262 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Dresde 
Opéka.    —    Du  6  au  II  mars  :  Margarethe  (Faust).  Pa- 
gliacci   et   Puppenfee.    Fra   Diavolo.    La   Walkyrie. 
Obéron. 

Munich. 
Opéra.  —  Du  ii  au  i8  mars  :  Faust  (Gounod).  Le  Vais- 
seau-Fantôme (avec   M.   Reichmann).    Egmont.  Wie- 
land   le   forgeron  (Jeuger),  première.  Tell.  Concert  de 
l'Académie  musicale:  Franciscus(Edgard  Tinel). 

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LE  GUIDE  MUSICAL 


263 


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264 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMB  ERT 

Rue  Beaurefaire.  33,  Paris 

N.  Le  Kime,  SECRET  aire- administrateur 
Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


dollaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten — Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

N.  Liez  —  I.  Will 

Dr  Dwelshauwers  —  Ernest  Closson 

Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

J.  Brunet  —  A.  Wilford,  etc,  etc. 

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journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
à  Paris,  à  la  Librairie  Fischbacher, 
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SOMMAIRB 


Ch.  Tardieu  :  Un  Livre  sur  Tristan. 

Marcel  Remy  :  Les  Maîtres  Chanteurs  de 
Nuremberg  aux  Concerts  d'Harcourt. 

(dlircmtquc  île  lo  Semaine  :  Paris  :  Les  Saintes  Maries  de 
h  mer,  de  Paladilhe,  au  Conservatoire,  par  Hugues 
Imbert.  —  Concerts.  —  Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  Concert  de  M.  Siegfried  Wagner,  par 
M.  Kufferath.  —  Tristan  —  Nouvelles  diverses. 

Corvfsponbunces  :  Angers,  Anvers,  Berlin,  Binche, 
Liège,  Lille,  Rouen,  Tournai. 

Nouvelles  diverses. —  Nécrologie. 

Répertoire  des  théâtres. 


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et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de   Seine  ;  librairie  Flammarion. 

—  A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Hœrtel,  i5,  O.-cford 
Street;  Schottet  C°,  Régent  street,  iSy-iSg.  —  A  Leipzig  : 
Otto  Junne. — A  Munich  :  Josef  Seiling,  fourn''  de  la  cour, 
Perusastrasse.  —  A  Strasbourg  :  librairie  Ammel.  —  A 
Amsterdam,  Algemeene  Musikhaniel,  Spui,  2.  —  A  La 
Haye,  Belinfante  frères. — .\  Liège  :  M""  veuve  Muraille, 
rue  de  l'Université.  —  A  Anvers  :  M.  Forst, place  de  Meir 

—  A  Gand  :  M'^  Beyer.    —  A  Zarich  ;  Hug  frères,  édit. 

—  A  Genève  :  Ad.  Henn,  6,  rue  Grenus.  —  A  Madrid  : 
Martin. édit.,  4,  Correo.  —  A  St-PétersbDUrg  :  R.  VioUet. 

—  A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Mexico  :  N.  Budin.  — 
A  Montréal  :  La  Montagne,  éditeur,  149,  rue  Siint- 
Maurice.— A  New- York  ;  G.-E.  Stechert,  810,  Broadway. 

Le  numéro  :  40  centimes. 


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266 


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(Hépertoire  des  Concerts  de  Monte-Carlo) 

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Parties  d'orchestre     ...       »     i  » 

Broustet.  Bonita,  valse  espagnole,  p'  piano  2  » 

Pour  piano  à  quatre  mains.     .     .     »     3  » 

Parties  d'orchestre »     2  » 

Gervasio.  Nice-Casino,  galop,  p''  piano     »     i  70 
Parties  d'orchestre.      .     .     «     i  » 
Gillet,  E.   Douce   caresse,  pour  piano  .     »     2  00 
P''  instr.  à  cordes  (p""  et  p''^^)  .     »     2  5o 
Tellam,  H-    Le  Corso    blanc,   polka- 
marche  pour  piano «     i  70 

Pr  piano  à  quatre  mains    ...»     2  » 

P""  piano  et  violon  ou  mandoline     »     2  » 

Parties  d'orchestre »     i  » 

—  Veglione-Polka,  pour  piano      ...     «     i  70 

Parties  d'orchestre .     .     .     .     »     i  » 

—  Violettes  russes,  polka-mazurka, pour 

piano »     I  70 

Parties  d'orchestre     »     1  » 

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l.ondon  :  Slanley  Lucas,  Weber,  Pill  &  llarlzfelil,  l'^^ 


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Inspecteur    des    musiques   de    l'armée    belge 

Ex-chef  de  musique  du  6«  de  ligne 

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UN  LIVRE  SUR  TRISTAN 

Maurice  Kufferath  vient 
d'ajouter  un  cinquième  vo- 
lume (I)  à  la  série  d'études 
historiques  et  esthétiques 
qu'il  consacre  au  Théâtre  de 
Richard  Wagner,  de  TaJin- 
hœitser  à  Parsifal,  car  il  éli- 
mine les  œuvres  de  jeunesse 
et  de  préparation,  non  pas  certes  qu'il  les 
juge  indignes  de  critique  ou  en  méconnaisse 
l'intérêt  précurseur  et  même,  pour  plus 
d'une  page,  la  valeur  intrinsèque,  mais,  si 
elles  lui  fournissent  de  ci  de  là  des  argu- 
ments et  des  rapprochements,  elles  ne 
cadrent  pas  avec  son  plan  d'ensemble,  qui 
embrasse  l'art  de  Wagner  de  sa  première 
manifestation  décisivejusqu'à  son  épanouis- 
sement définitif,  jusqu'à  son  apogée.  Déjà, 
il  nous  a  donné,—  je  suis  l'ordre  de  publi- 
cation, —  la  Walkûre,  Parsifal,  Siegfried  et 
Lohengrin.  Voici  venir  Tristan  et  Isolde.  Si 
l'on  veut  savoir  comment  ces  ouvrages  de 
M.  Maurice  Kufferath  sont  appréciés  par 
ses  pairs,  il  suffira  de  citer  cette  note  de 
l'un  d'eux,  M.  Alfred  Ernst.  Dans  son  hvre 
récent  sur  VArt  de  Richard  Wagner  (2)  dont 
la  première  partie  a  pour  objet  «  l'œuvre 
poétique  »,  au  chapitre  :  «  Transformation 
et  création  »,  —  transformation  des  vieilles 
légendes  par  le  génie  créateur  du  poète,  — 
M.  Ernst  s'exprime  ainsi  : 

En  français,  M.  Maurice  Kufferath  a  entrepris 
de  traiter  méthodiquement  la  question  des  origines, 
drame  par  drame  ;  sa  tâche  est  trop  avancée,  trop 

(i)   Tristan  cl  Iseult.  Paris,   Fischbacher  ;    Bruxelles, 
Schott  frères  ;  Leipzig,  Ottojime. 
12)  Paris,  librairie  [Mon. 


bien  faite,  d'autre  part,  pour  que  j'aie  le  goût  de  la 
reprendre  ici  ;  aussi  me  suis-je  placé  à  un  point  de 
vue  sensiblement  différent  ;  mais  je  signale  comme 
très  remarquable  la  série  de  ses  livres,  et  spéciale- 
ment les  deux  volumes  consacrés  à  Parsifal  et  à 
Lohengrin. 

L'éloge  est  d'autant  plus  précieux  que 
M.  Alfred  Ernst  compte  parmi  les  com- 
mentateurs les  plus  autorisés  de  Wagner 
et  de  son  œuvre. 

Le  procédé  de  composition  de  M.  Mau- 
rice Kufferath  lui  fait  une  place  à  part  dans 
la  grande  armée  internationale  des  exé- 
gètes  w^agnériens.  S'il  a  une  vue  générale, 
et  si  elle  lui  est  toujours  présente  au  cours 
de  ses  études  dispersées,  très  documentées 
d'ailleurs  et  très  informées,  sa  méthode  est 
essentiellement  celle  du  journaliste,  non 
pas  seulement  parce  qu'elle  est  analytique 
plutôt  que  synthétique,  mais  surtout  parce 
qu'elle  est  dominée  et  suggérée  par  l'actua- 
lité. L'ordre  de  publication  est  caractéris- 
tique à  cet  égard.  On  va  jouer  la  Walkiire 
à  Bruxelles  :  il  commence  par  la  Walkiire, 
et  son  étude  paraît  à  la  veille  de  la  première 
représentation.  Si  de  la  Walkiire  il  passe  à 
Parsifal,  attendant  quelque  autre  occasion 
pour  se  remettre  au  Ring,  c'est  que,  les 
Concerts  populaires  donnant  un  acte  du 
dernier  ouvrage  de  Wagner,  il  a  été  appelé 
à  collaborer  à  l'exécution  en  fournissant 
aux  chanteurs  une  traduction  rigoureuse- 
ment rythmique  du  texte;  de  là  à  coor- 
donner des  notes  dès  longtemps  recueil- 
lies, il  n'y  avait  qu'un  pas;  et  de  là  son 
Parsifal,  qui  ne  tardait  pas  à  obtenir  les 
honneurs  d'une  seconde  édition.  Mais 
Paris  annonce  Lohengrin;  l'actualité  le 
ressaisit  et  le  chevalier  au  cj'gne  a  sa  mo- 
nographie. Retour  à  la  Tétralogie  quand  la 
Monnaie  s'attelle  à  Siegfried.  Cette  année, 
elle  se  décide  à  risquer  Tristan,  et  la  pre- 


268 


LE  GUIDE  MUSICAL 


mière  est  promise  pour  le  21  mars.  Notre 
esthéticien  journaliste  est  prêt,  et  son  livre 
s'étale  aux  vitrines  des  libraires  avant  le 
lever  du  rideau,  parce  que  le  journalisme 
contemporain  estime  n'avoir  rien  fait  pour 
l'actualité  s'il  ne  l'a  devancée. 

Pareille  méthode  serait  périlleuse,  si  elle 
était  viciée  par  l'improvisation  et  la  compi- 
lation. Mais  le  danger  est  écarté.  Il  y  aura 
tantôt  vingt  ans  que  ce  journaliste  vit  et 
pioche  l'art  de  Wagner.  Il  l'a  étudié  pour 
son  compte,  parce  qu'il  l'aimait,  parce  que 
cet  art  sphinx  lui  proposait  tout  un  chape- 
let d'énigmes  dont  sa  curiosité  s'était  juré 
de  trouver  le  mot.  L'actualité  a  déterminé 
l'impression  de  ses  travaux,  mais  non  pas 
ses  recherches.  A  l'heure  où  elle  sonnait  à 
sa  porte,  il  était  armé  de  toutes  pièces. 
Mais  son  métier  quotidien  n'en  a  pas  moins 
influencé  sa  méthode.  Ecrivain  de  loisir  ou 
professeur  rente  par  les  contribuables,  il 
eût  commencé  par  le  commencement,  et 
peut-être  concentré  son  effort  sur  une  œuvre 
plus  ramassée,  au  risque  d'en  retarder  l'ap- 
parition. Stimulé,  secoué,  dérangé  aussi 
par  la  sensation  du  jour, —  du  jour  tyranni- 
que,  odieux  à  Tristan,  le  moins  journaliste 
des  héros, — il  lui  a  fallu  travailler  en  quelque 
sorte  au  drame  le  drame,  comme  on  écrit 
dans  la  presse  au  jour  la  journée  ;  et,  même 
s'il  le  regrettait,  nous  nous  en  féliciterions, 
car  cette  tyrannie  du  jour  a  imposé  à  sa 
méthode  une  originalité  vivante  et  accessi- 
ble, sans  en  compromettre  l'unité,  qui  se 
reconstituera  d'elle-même  quand  il  se  verra, 
non  sans  mélancolie,  arrivé  au  terme  de  son 
exploration  wagnérienne  toujours  dérou- 
tée, mais  toujours  active  et  joyeuse. 

Une  courte  préface  indique  la  marche 
que  l'auteur  a  suivie  dans  cette  étude  sur 
Tristan  :  d'abord  l'histoire  de  l'œuvre  au 
point  de  vue  biographique  ;  puis  son  his- 
toire littéraire  philosophique  ;  enfin  son 
analyse  dramatique  et  musicale. 

De  ce  que  nous  appelons  la  biographie 
de  l'œuvre,  nous  n'avons  pas  grand'chose 
à  dire,  puisque  le  Guide  nmsical  en  eut  la 
primeur.  Nos  lecteurs  n'ont  pas  oublié  cet 
intéressant  exposé  des  circonstances  au 
milieu  desquelles  fut  conçu  et  achevé  le 
Tristan  de  Wagner.  Les  écrits  du  maître. 


ses  souvenirs,  sa  correspondance,  celle  de 
ses  amis  en  ont  fourni  les  données  très 
habilement  groupées  et  judicieusement 
appréciées. Qu'il  nous  soit  permis  seulement 
d'en  retenir  deux  particularités  qui  éclairent 
certains  points  saillants  du  drame  et  de  la 
partition  elle-même. 

Las  de  ne  pas  s'entendre,  énervé  par 
l'exil,  redoutant  pour  son  vaste  Ring  une 
proscription  plus  implacable  encore,  Wag- 
ner rêve  un  opéra  facile  à  monter  n'im- 
porte où.  Et  il  choisit  Tristan!  Histoire 
simple,  peu  de  personnages,  presque  pas 
de  chœur,  figuration  nulle,  donc  peu  de 
frais  de  costumes;  trois  décors,  cela  ira 
tout  seul.  Mise  en  scène  élémentaire.  Un 
drame  d'amour,  qui  ne  comprend  cela?  Le 
théâtre  italien  s'en  accommoderait,  fût-ce 
au  bout  du  monde.  Et  Wagner  songe  à 
une  traduction  italienne  pour  le  théâtre  de 
Rio-de-Janeiro...  Plus  tard,  il  est  vrai, 
relisant  sa  partition  avec  quelques  amis,  il 
s'amusa  tout  le  premier  de  cette  naïveté.  Ce 
projet, cependant, expliquerait  une  certaine 
teinture  d'italianisme  que  M.  Maurice  Kuf- 
ferath,  comme  M.  Georges  Noufflard  (i), 
signale  dans  la  partition.  Avouons  que  cet 
italianisme  nous  échappe.  S'il  nous  fallait 
chercher  du  méridional  dans  le  Tristan, 
drame  et  musique,  nous  opterions  pour 
l'Espagne.  M.  Ernst  est  de  cet  avis,  au 
moins  pour  la  musique  (2).  Wagner,  nous 
dit-il,  lisait  Calderon  en  pleine  composi- 
tion de  son  Tristan;  une  lettre  à  Liszt  en 
témoigne.  Déjà,  lorsque  nous  entendimes 
Tristan  pour  la  première  fois  à  Bayreuth, 
en  1886,  ce  cri  d'Isolde  nous  frappa  :  «  Le 
plus  accompli  des  hommes,  le  voir  toujours 
près  de  moi  sans  amour,  comment  sup- 
porter un  tel  supplice  !  «  Et  il  nous  rappe- 
lait (3)  cet  aveu  de  la  très  noble,  très  catho- 
lique et  très  vertueuse  marquise  d'Alcani- 
zas  à  M^s  d'Aulnoy,  qui  le  recueille  dans 
ses  Mémoires  sur  la  cour  d'Espagne  (fin  du 
XVIP  siècle)  :  «  Je  l'avoue,  si  un  cavalier 
avait  été  en  tête-à-tête  avec  moi  une  demi- 
heure    sans    me    demander   les    dernières 


(i)  Ricliaid  Wagner  d'après  lui-même,    tome  II.    Paris, 
Fischbacher. 

(2)  L'Œuvre  foétiqiie,  p.  228. 

(3)  Lettre  à  Y  Indépendance  belge,  2  août  1SS6, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


269 


faveurs,  j'en  aurais  un  ressentiment  si  vif 
que  je  le  poignarderais  si  je  le  pouvais  ». 
Poignard  ou  poison,  Todestrank,  cela  se 
vaut,  Voilà  pour  Isolde.  Tristan,  tout  Bre- 
ton qu'il  est,  n'en  a  pas  moins  d'espagnol 
et  calderonien  le  souci  constant  de  l'hon- 
neur, et  la  frénésie  même  avec  laquelle  il 
en  déserte  le  culte,  frénésie  désespérée, 
bourrelée  de  remords  inconscients,  suscitée 
par  une  passion  fatale,  invincible  qui  d'em- 
blée s'associe  dans  tout  son  être  à  la  soif  de 
l'anéantissement,  met  en  valeur  tout  le  prix 
qu'il  attache  à  cet  honneur  qu'il  trahit.  Si 
enfin  Taine  a  eu  raison  de  dire  du  carac- 
tère espagnol  (i)  :  «  Ce  qui  le  distingue 
entre  tous  les  autres,  c'est  le  besoin  de  la 
sensation  âpre  et  poignante  )) ,  on  est  fondé  à 
relier  à  quelque  inspiration  d'Espagne,  non 
seulement  Tristan,  Isolde  et  leur  irrésis- 
tible amour  jamais  assouvi,  si  ce  n'est  dans 
la  mort,  mais  aussi  le  déchaînement  de  sen- 
sations âpres  et  poignantes  qui  accuse 
dans  la  partition,  et  parfois  avec  tant  de 
violence,  ce  caractère,  ce  besoin  des  deux 
héros,  cet  «  état  préféré  »  auprès  duquel 
«  tout  est  plat  »  pour  eux  comme  pour  les 
Espagnols  de  Taine. 

De  toutes  les  scènes  de  cette  tragédie, 
celle  qui  donne  la  sensation  la  plus  âpre  et 
poignante  est  assurément  l'agonie  halluci- 
née de  Tristan,  au  troisième  acte.  «  Scène 
d'une  longueur  extraordinaire  »,  le  mot  est 
de  Wagner  en  personne  dans  ses  «  Souve- 
nirs sur  Schnorr  »,  et  tout  concourt  à  justi- 
fier cette  remarque  d'un  auteur  non  suspect  : 
exigences  scéniques,  moyens  vocaux  du 
chanteur  si  héroïquement  doué  qu'il  soit, 
capacité  d'attention  du  public,  capacité 
même  d'émotion  mise  à  une  épreuve  d'au- 
tant plus  rude  que  ce  public,  conquis  par 
les  deux  premiers  actes,  s'intéresse  davan- 
tage au  preux  sans  pareil,  à  son  amour,  à 
sa  destinée,  à  ses  souffrances.  Wagner,  il 
est  vrai,  n'a  guère  de  préjugés  traditionnels  ; 
peu  lui  chaut  de  tendre  les  voix  à  les  bri- 
ser, d'opprimer  son  auditoire  s'il  le  ter- 
rasse, et  les  proportions  insolites  d'un 
monologue  ne  sont  pas  pour  l'inquiéter. 
Ici  pourtant,  nous  le  voyons  bien  près  de 

(i)  Essais  de  critique  et  d'histoire. 


reconnaître  qu'il  a  dépassé  sa  propre 
mesure.  D'où  vient  cela  ?  De  ce  que  cette 
scène  est  «  une  tranche  de  la  vie,  »  de  la  vie 
du  poète  ;  de  ce  que  Tristan  n'est  pas  là 
pour  exprimer,  suivant  les  convenances  du 
ténor,  du  public  et  de  l'art  poHcé,  des 
plaintes,  des  aspirations  et  des  angoisses 
fictives,  mais  pour  confesser  dans  toute 
leur  agitation  morale  et  sensuelle  les  trou- 
bles d'une  passion  que  Wagner  vient  de 
subir,  tour  à  tour  exaltée  jusqu'au  pa- 
roxysme par  les  joies  qu'elle  lui  donnait  et 
haïe  jusqu'à  l'horreur,  jusqu'à  la  malédic- 
tion, —  Verfliicht  sei^furchtbarer  Trank!  ~ 
pour  les  déceptions,  pour  les  humiliations 
qu'ellelui  infligea.  C'est,  je  crois,  M.  H.  S. 
Chamberlain  qui  le  premier,  dans  la  Revue 
wagnérienne,  fit  allusion  à  cet  épisode  tris- 
tanesque  de  la  vie  de  Wagner.  M.  Kufferath 
l'effleure  avec  une  discrétion  voulue.  Je  n'y 
reviens  que  pour  expliquer,  par  le  déborde- 
ment de  la  vie  dans  le  drame  et  par  le  tumulte 
de  sensations  encore  toutes  frémissantes, 
la  prolixité  apparente  d'une  confession  mu- 
sicale qui  aura  été  pour  l'artiste  une  abso- 
lution. 

L'histoire  littéraire  du  drame  vs^agnérien, 
ses  rapports  d'analogie  ou  de  contraste 
avec  la  légende  initiale  toujours  fraîche,  et 
avec  d'autres  adaptations  dès  longtemps 
fanées,  forme  le  chapitre  capital  du  livre 
que  nous  signalons.  L'auteur  a  déployé  là 
une  érudition  égale  à  celle  de  son  Lohengrin 
et  de  son  Parsifal,  et  rien  n'est  plus 
attrayant  que  de  remonter  en  sa  compagnie 
jusqu'aux  sources  du  sujet,  pour  revenir  au 
drame,  passant  par  toutes  les  imitations, 
altérations  et  restitutions  qu'inspira  l'an- 
tique donnée  jusqu'au  jour  où  Wagner 
l'incrusta,  refaite  à  son  image,  dans  un 
monument  définitif;  un  voyage  de  Cor- 
nouailles  à  Zurich  à  travers  les  siècles,  et 
quel  chemin  parcouru,  alors  que,  du  «  sacre- 
ment d'amour  »  des  trouvères  du  moyen 
âge,  délicieuse  trouvaille  qui  exorcise  Frau 
Minne  et  baptise  Vénus  elle-même,  nous 
aboutissons,  avec  Tristan,  à  la  malédiction 
du  philtre,  c'est-à-dire  de  l'amour  même,  et 
avec  Isolde  à  cette  volupté  suprême  de  la 
dissolution  de  l'être  dans  l'àme  universelle  ! 
Le  chapitre  philosophique  n'est  pas  moins 


276 


LE  GUIDÉ  MUSICAL 


digne  d'attention  ;  il  y  a  là  une  curieuse 
analyse  comparative  des  variantes  de  la 
métaphysique  de  l'amour.  Mais  déjà  ces 
deux  chapitres,  très  importants  et  beau- 
coup plus  développés  dans  le  livre,  furent 
résumés  par  l'auteur,  au  Cercle  artistique 
et  littéraire  de  Bruxelles,  dans  une  conié- 
rence  dont  nous  avons  rendu  compte  ici 
même.  On  nous  excusera  donc  de  brûler 
ces  deux  étapes,  d'autant  que  nous  avons 
hâte  d'arriver  à  la  musique  sans  nous  lais- 
ser intimider  par  la  doctrine  nouvelle  qui 
tend  à  sacrifier  en  Wagner  le  musicien  au 
poète. 

Si  M.  Maurice  Kufîerath  se  contente  de 
consacrer  à  la  partition  «  une  courte  ana- 
lyse »  thématique  et  instrumentale,  un  cou- 
rant très  vif  de  sympathie  musicale  circule  à 
travers  son  étude  littéraire  et  dramatique, 
et,  parmi  les  considérations  que  cette  sym- 
pathie lui  suggère, il  en  est  deux  qui  nous 
paraissent  avoir  une  grande  portée  cri- 
tique. 

«  Ils  m'ennuient  avec  leur  Tristan  », 
s'écriait  un  jour  Wagner,  maudissant  le 
philtre  d'adoration  qui  fait  de  ses  disciples 
des  copistes  hypnotisés  ;  «  ces  animaux-là 
ne  comprennent  pas  que  Tristan,  c'était 
bon  pour  une  fois  ;  maintenant  que  c'est 
fait,  n'y  touchez  pas  et  remontez  aux  maî- 
tres. » 

De  cette  boutade,  dont  il  donne  au  sur- 
plus une  version  plus  académique,  M.  Kuf- 
ferath  tire  cette  moralité  musicale  dont  la 
tonique  et  la  dominante  sont  irréprocha- 
bles : 

Il  entendait  prémunir  ses  disciples  et,  en  géné- 
ral, les  jeunes  artistes  contre  l'imitation  servile 
des  formes  particulières,  des  hardiesses  harmo- 
niques et,  en  somme,  du  style  très  tendu  de  cette 
œuvre.  Il  savait  bien,  lui,  pourquoi  dans  cette 
partition  il  s'était  servi,  avec  une  prédilection  très 
marquée,  d'harmonies  et  de  mélodies  chroma- 
tiques, pourquoi  il  y  modulait  fréquemment  d'une 
façon  inattendue,  pourquoi  les  altérations  d'ac- 
cords y  sont  si  nombreuses  et  rapprochent  des 
tonalités  souvent  très  éloignées.  C'est  que  la 
musique  était  destinée  à  exprimer  des  douleurs 
extraordinairement  poignantes,  une  souffrance 
presque  surhumaine.  Et  il  pensait  très  justement 
qu'il  ne  fallait  pas  user  de  ces  moyens  exception- 
jiels  à  tout  propos  et  les  faire  servir  à  la  traduction 


de  sentiments  ou  de  situations  fort  éloignés  de  la 
tristesse  profonde  et  tragique  des  amours  de  Tris- 
tan et  Iseult. 

Vous  savez  si  la  pensée  du  maître,  fine- 
ment analysée  par  le  critique,  a  été  com- 
prise de  la  domesticité  w^agnérienne,  car 
nous  avons  dans  la  musique  un  tas  de  lar- 
bins qui  se  flattent  de  rivaliser  avec  le  pa- 
tron en  s'affublant  de  pièces  dépareillées 
de  sa  garde-robe.  C'est  eux  qui  l'ennuyaient 
avec  «  leur  »  Tristan,  d'autant  que  leur  ser- 
vilisme  à  tort  et  à  travers  lui  prouvait  leur 
profonde  inintelligence  de  «  son  »  Tristan. 
Mais  ils  ne  comprendront  jamais  qu'à  in- 
troduire en  des  bucoliques,  même  vague- 
ment névrosées,  l'àpreté  poignante  des 
sensations  tristanesques,  il  sont  aussi  par- 
faitement absurdes  que  l'eût  été  Wagner, 
par  exemple,  adaptant  à  son  Tristan  le 
mode  de  composition  de  ses  Maîtres  Chan- 
teurs, cet  autre  chef-d'œuvre  qui  vint  le 
reposer  et  le  distraire  du  précédent,  lui 
permit  de  reprendre  pied  sur  un  sol  plus 
plane  et,  tout  en  raillant  les  règles  de  la 
«  tabulature  »,  de  s'en  inspirer  pour  les 
renouveler  et  se  renouveler  lui-même. 

Essayons  de  tirer  une  moralité  littéraire 
d'une  autre  observation  non  moins  juste  de 
notre  auteur.  Il  note  dans  le  Tristan  cette 
merveilleuse  infiltration  du  poème  dans  la 
musique  et  de  la  musique  dans  le  poème, 
tous  deux  inséparés,  inséparables  et, 
comme  les  deux  héros,  confondus  sans  nom 
dans  le  sein  de  l'amour,  —  namenlos  in 
Lieb'  umfangen,  —  et  il  écrit  : 

Ici  la  longue  lutte  entre  les  tendances  souvent 
contradictoires  du  poète  et  du  musicien  a  cessé... 
Il  n'y  a  plus  une  disparate  :  condensation  extrême 
de  l'action,  extension  parallèle  (en  sens  inverse) 
de  la  musique,  poème  issu  essentiellement  de 
l'âme  de  la  musique,  musique  essentiellement 
issue  de  l'âme  du  drame,  équilibre  rigoureux  et 
fusion  complète  des  deux  éléments,  l'unité  de 
l'œuvre  est  parfaite.  La  part  du  poète  équivaut  à 
celle  du  musicien  dans  la  conception  totale  ;  il  n'y 
a  plus  de  distinction  à  faire  entre  l'un  et  l'autre- 
ils  se  confondent  en  se  complétant,  et  celui-ci  ne 
peut  plus  se  concevoir  sans  celui-là.  Ce  que  le 
poète  ne  peut  qu'indiquer,  le  musicien  achève  de 
l'expliquer;  et  ce  que  le  musicien  est  impuissant 
à  rendre,  le  poète  le  dira  explicitement. 

Ces  quelques  lignes  n'ont  pas  seulement 


LE  GUIDE  MUSICAL 


271 


■  mérite  de  caractériser  très  exactement 
;type  accompli  du  drame  lyrique  où  «deux 
ourants  d'inspiration  »  ne  cessent  de  se 
énétrer;  elles  nous  expliquent  en  outre 
ourquoi  la  sympathie  publique,  en  dépit 
es  tambourinages,  demeure  indifférente  à 
int  d'œuvres  littéraires  et  de  tentatives 
ramatiques,  nobles  d'intention,  curieuses 
'exécution,  mais  condamnées  d'avance  à 
i  phtisie  galopante  qui  suit  les  succès  de 
oterie  par  le  vice  de  leur  principe  absolu- 
lent  faux  et  mortel  :  le  wagnérisme  sans 
lusique. 

Mais  ceci  nous  mènerait  trop  loin,  et 
•eut-être  aurons-nous  occasion  de  reprendre 
e  thème. 

Notre  auteur  nous  dit  en  sa  préface  que, 
lour  éprouver  une  forte  commotion  à  la 
eprésentation  du  drame,  il  n'est  pas  néces- 
aire  de  savoir  tout  ce  que  l'auteur  a  voulu 
mettre,  l'œuvre  s'imposant  par  ses 
•eautés  seules.  Et  il  semble  insinuer  avec 
,ne  modestie  excessive  qu'il  est  parfaite- 
ment inutile  de  s'embarrasser  de  ce  qu'il  a 
oulu  mettre,  lui,  dans  son  livre,  et  y  a 
ais.  N'en  croyez  rien. 

Certes,  Isolde  et  Tristan  se  suffisent  à 
ux-mêmes,et,  dans  leur  étrangeté  hypéres- 
lésique,  ils  sont  trop  imprégnés  d'humanité 
implifiée  et  condensée  pour  qu'on  soit 
isensible  à  leur  amour  et  à  leur  détresse, 
;norât-on  leur  passé  historique,  demeuràt- 
nréfractaire  à  certaines  audaces,  obscuri- 
;s  ou  longueurs.  Mais,  à  peine  intéressé  à 
îur  aventure,  on  veut  savoir,  tout  savoir, 
3ur  filiation  littéraire  et  leur  signification 
ihilosophique,  le  fond  et  le  tréfond  des 
ntentions  du  poète  et  des  arrière-pensées 
!u  musicien  ;  et  ce  tout,  il  y  a  cent  façons 
le  le  dire,  il  y  a  autant  de  points  de  vue  que 
le  commentateurs,  chacun  d'eux  apporte 
me  lumière  nouvelle,  rend  un  service  de 
ilus  à  la  compréhension  collective  en  l'en- 
ichissant  de  son  interprétation  indivi- 
luelle.  L'exégèse  wagnérienne  est  inépui- 
sable comme  la  critique  homérique  ou 
iantesque  ;  elle  se  renouvelle  incessamment 
:omme  la  glose  shakespearienne.  De  même 
iue  chaque  année  ajoute  un  rayon  à  la  biblio- 
thèque d'un  Faust  ou  d'un  Hamlet,  de  même 
^n  écrira  longtemps  encore  des  livres  sur 


Wagner  et  sur  Tristan,  parce  qu'il  y  a  là 
tout  une  «  Somme  »  à  dégager,  parce  que 
personne  ne  saurait  se  flatter  de  dire  là 
dessus  le  dernier  mot,  parce  que  chacun  de 
nous  a  son  Isolde  qui  ne  détient  qu'une 
parcelle  de  la  vraie,  mais  une  parcelle  utile 
à  l'édification  de  l'Isolde  intégrale.  Extraire 
ces  parcelles  avec  adresse  pour  les  sertir 
avec  goût,  en  trouver  qui  aientéchappé  à  ses 
devanciers,  laisser  à  ses  successeurs  un 
guide  et  un  exemple,  telle  est  la  tâche 
assumée  par  M.  Maurice  Kufferath,  et  le 
succès  acquis  déjà  à  ce  cinquième  volume 
sera  pour  lui  un  légitime  encouragement  à 
la  poursuivre  jusqu'au  bout  avec  la  même 
certitude  et  la  même  vaillance. 

Charles  Tardieu. 


^^^^^g 

S^^^O 

j^^^^^^^^^^M 

^E^^^^^^^^^ 

LES  MAITRES  CHANTEURS 

AUX  CONCERTS  D'HARCOURT 


j 'importants  fragments  des  Maîtres 
Chanteurs  composaient  le  programme 
du  dernier  concert  d'Harcourt.  Il  faut 
d'abord  rendre  hommage  à  la  somme  de  travail 
et  de  talent  nécessitée  par  une  telle  entreprise. 
Non  seulement  on  a  entendu  les  parties  orches- 
trales et  chorales  qui  figurent  souvent  dans  les 
grands  concerts,  mais  encore  des  morceaux 
moins  connus  :  le  monologue  et  l'allocution  de 
Sachs,  le  duo  de  Sachs  et  d'Eva,  le  discours 
de  Pogner  et  même  la  mélopée  du  Veilleur. 
Un  autre  attrait,  non  le  moindre,  était  l'inau- 
guration de  la  traduction  française  nouvelle  due 
à  M.  Alfred  Ernst.  Et  j'ai  hâte  de  le  constater, 
cette  traduction  est  heureuse  en  tout  point  et 
possède  au  plus  haut  degré  la  qualité  néces- 
saire, indispensable  :  le  rythme.  L'accentuation 
se  maintient  exacte  et  rigoureuse  sans  une 
hésitation,  et  c'est  grand  plaisir  d'entendre 
enfin  une  phrase  française  parallèle  au  texte 
musical,  en  suivre  étroitement  les  sinuosités 
sans  froissement  et  surtout  sans  notes  parasites. 
Nous  avons  un  moulage  précis  du  vers  alle- 
mand si  librement  coupé,  d'allure  imprévue  et 
curieusement  coloré  ;  le  traducteur  s'est  astreint 


2Vâ 


LE  GUIDE  MUSICAL 


à  reproduire  autant  que  possible  jusqu'à  l'as- 
sonnance.  Fort  judicieusement,  il  garde  seule- 
inent  la  rime  dans  les  parties  de  coupe  symé- 
trique où  l'oreille  la  réclame,  en  préférant 
s'appliquer  à  une  juxtaposition  rythmique 
absolument  exacte  dans  les  parties  déclamées. 
Sans  doute,  l'aspect  est  un  peu  sec,  télégra- 
phique, mais  à  l'audition  ce  défaut  disparaît 
par  la  justesse  d'accent.  M.  Ernst  a  scrupuleu- 
sement conservé  la  disposition  de  rimes  du 
texte  allemand  ;  ainsi,  dans  le  chant  de  présen- 
tation, aux  mots  :  Winteruadit  et  gemacht 
correspondent  les  rimes  masculines  :  tristes  mois 
et  cent  fois;  or,  sur  la  dernière  sjllabe  de  cha- 
cun de  ces  vers  le  musicien  a  placé  detix  notes 
{ré-do  et  mi-ré)  ;  et  si  l'allongement  de  la  syl- 
labe allemande  est  tolérable,  le  oi-a  de  la  tra- 
duction est  peu  euphonique  ;  il  nous  eiit  paru 
préférable  de  placer  soit  une  rime  féminine, 
soit  une  sonorité  plus  vocale  :  à  ce  point  de  vue, 
la  première  strophe  [sourit-fleiirit]  est  mieux 
réussie. 

Egalement  dans  le  premier  vers  de  la  seconde 
strophe  du  Preislicd,  à  la  dernière  syllabe  de 
ramenait  (sur  les  notes  ré-do),  la  diphtongue 
ai  sonne  assez  vulgairement. 

Questions  de  détails  que  tout  cela,  que  nous 
signalons  en  toute  sympathie  au  sagace  traduc- 
teur. 

Par  une  coquetterie  d'érudit,  M.  Ernst 
avait,  sur  le  programme  distribué,  donné  le  texte 
allemand  en  regard  de  sa  traduction,  dont 
on  pouvait  ainsi  contrôler  la  fidélité. 

Néanmoins,  la  version  de  la  phrase  de  Sachs, 
Ench  wird  es  leicht,  mir  maclit  ilir's  schwer, 
traduite  ainsi  :  Vous,  tout  contents,  —  moi,  tout 
confus,  est  un  peii  trop...  nègre.  Nul  doute 
qu'à  la  retouche  annoncée  par  le  traducteur, 
ces  légères  taches  ne  disparaissent.  Certes,  la 
version  française  de  M.  Ernst  est  de  haute  pro- 
bité et  de  grande  valeur  ;  nous  la  souhaitons 
bientôt  terminée  et  livrée  à  la  publicité. 

De  l'exécution  musicale  des  Maîtres  Chan- 
teurs, il  faut  louer  la  bonne  volonté  et  le  désir 
ardent  de  bien  faire  déployés  par  chacun.  La 
préparation  était  manifestement  insuffisante; 
l'hésitation  sur  le  sens  précis,  le  débit  incolore 
de  l'orchestre  ou  des  solistes,  laissant  insoup- 
çonnées d'évidentes  intentions  du  compositeur, 
marquaient  assez  la  hâte  des  études,  trop  super- 
ficielles encore  pour  affronter  l'exécution  pu- 
blique. 

L'interprétation  de  l'ouverture  ne  nous  a  plu 
que  médiocrement.  Question  des  mouvements, 
qui  paraissent  cependant  tellement  indiqués 
d'eux-mêmes  par  le  caractère  des  thèmes  qu'on 


ne  puisse  différer  d'avis,  semble-t-il,  sur 
vitesse  à  leur  assigner.  Que  de  dissentimeii 
possibles  pourtant!  M.  d'Harcourt  prend 
mouvement  initial  de  l'ouverture  non  p.: 
allegro  maestoso,  mais  andante  ;  les  déveloi 
pements  après  la  huitième  mesure  n'en  fini: 
sent  plus,  se  traînent  lourdement;  l'allure  ne  doi 
elle  pas  être  rude  plutôt  que  large?  Le  secon 
thème  (hautbois,  flûte,  etc.)  est  bien  mieux  dai 
le  sentiment.  Puis,  en  revanche,  voici  le  thèrr 
de  la  marche  ou  de  la  bannière  un  peu  vite  (k 
cuivres  font  des  croches  pointées  au  lieu  c 
noires  tenues  et  les  contrebasses  escamotai 
les  «  fusées  »).  Trop  rapide  également  le  thé  m 
d'amour  de  Walther  (en  mi),  malgré  l'indic; 
tion  expresse  de  «  retenir  un  peu  l'allure  i),poi; 
donner  un  caractère  plus  cantabile  à  cett 
phrase.  Et  pas  assez  scherzando,  pas  asse 
léger  l'épisode  comique;  c'était  confus  plu 
que  de  raison,  cela  calomniait  les  bons  maître 
pédants;  la  satire  était  trop  grosse.  Mieu 
rendue  la  partie  finale,  avec  les  deux  thèmes  d 
Walther  et  des  maîtres  superposés  ;  mais  poui 
quoi  cette  strette  à  l'itaUenne,  tout  à  la  fin 
après  la  dernière  exposition  du  thème  des  mai 
très?  La  conclusion  ne  s'indiquait-elle  pa 
large,  affirmative,  pour  se  souder  sans  heur 
au  choral  de  Saint-Jean.  Celui-ci  a  été  biei 
scandé  par  les  choeurs. 

Le  discours  de  Pogner  n'a  pas  produi 
grande  impression.  M.  Auguez  était  ma 
disposé  —  il  avait  demandé  l'indulgence  di 
public,  —  et  l'orchestre  a  trop  accompagné 
l'allure  fut  languisante.  M,  Gibert  qui  a  chantf 
le  rôle  de  Walther,  a  montré  de  sérieuses  qua 
lit  es  de  musicien  ;  sa  voix  accoutumée  aux  into 
nations  élevées  du  répertoire  se  sent  mal  i 
l'aise  dans  la  déclamation  des  notes  di 
médium;  vienne  une  phrase  plus  chantante,  i 
se  ressaisit.  L'organe  est  bien  timbré  surtou 
dans  le  registre  aigu.  En  résumé,  les  trois  air: 
de  Walther  ont  été  dits  dans  un  sentimem 
assez  juste,  en  tenant  compte,  comme  poui 
toute  l'exécution  du  reste,  de  l'insuffisance  ai 
la  préparation.  Notons  l'exposé  de  la  tabula 
ture  :  M.  Sureau-Bellet,  qui  chantait  Kothner, 
m'a  paru  le  mieux  dans  la  situation  :  il  fui 
important  et  redondant  à  souhait.  Peu  après,  il 
disait  la  mélopée  du  Veilleur  ;  sa  voix  forte  el 
fruste  encore  était  couleur  locale. 

Quant  au  duo  entre  Sachs  et  Eva,  il  est  vrai- 
ment impraticable  sans  le  secours  de  la  scène. 
M"«  Blanc  et  M.  Auguez  s'en  sont  bien  acquit 
tés  sans  doute  ;  mais  toute  la  finesse,  l'émotion, 
la  bonhomie  disparaissent  sans  le  jeu  que 
la  musique  souligne. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


273 


Le  quintette  a  été  bissé  ;  il  avait  du  reste 
lien  marché.  Suivaient  la  Danse  des  Apprentis, 
Enti  ée  des  maîtres  où  les  cuivres  ont  traîné,  le 
:horal  dans  lequel  les  chœurs  ont  brillé,  mais  la 
nesme  a  hésité  ;  enfin,  le  finale  sans  la  coupure 
isiiLC  au  concert  :  très  bon  effet  sur  le  public 


qui  a  rappelé  tout  le  monde,  M.  d'Harcourt  en 
tête. 

Malgré  les  imperfections  constatées,  il  faut 
rendre  hommage  à  l'initiative  éclairée  de 
INI.  d'Harcourt,  et  louer  son  infatigable 
ardeur.  M.  R. 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

Ï^OMME  Espana  mit  en  évidence  Chabrier, 
1^  Mandolinata  a  fait  émerger  le  nom  de 
•|^^  Paladilhe.  Cette  gracieuse  et  alerte  mé- 
odie  fit  fureur  dès  le  début  ;  les  concerts, 
;s  salons  s'en  emparèrent.  Saint-Saëns  s'en 
nthousiasma  et  l'exécuta  lui-même,  arrangée 
'Our  le  clavier.  Ce  succès  mit  un  peu  dans 
ombre  les  autres  œuvres  du  compositeur,  qui 
ai  un  véritable  petit  prodige,  puisqu'il  n'avait 
■as  seize  ans  lorsqu'il  remporta,  en  l'année 
860,  le  premier  grand  prix  de  Rome  avec  la 
antate  Ivan  IV. 

Il  est  né  à  Montpellier,  le  3  juin  1844.  Aussi, 
st-ce  à  Ms''  de  Floverié  de  Cabrières,  évêque 
le  Montpellier,  et  à  la  Société  de  Saint-Jean, 
[ui  exécuta  pour  la  première  fois,  enavril  1892, 
2s  Saintes  Maries  de  la  mer,  qu'il  a  dédié 
ette  nouvelle  œuvre. 

Tirées  d'une  légende  provençale  par  M.  Louis 
jal'et,  les  Saintes  Maries  de  la  mer  sont  divi- 
ées  en  quatre  parties,  dont  les  deux  dernières 
eulement  ont  été  exécutées  au  Conservatoire, 
es  4  et  II  mars  1894.  La  première  est  con- 
acrco  à  la  Résurrection.  Les  trois  Maries 
Mal  le-Madeleine,  Marie-Salomé,  Marie-Jacobé) 
ont,  sur  l'ordre  de  l'ange,  annoncer  la  bonne 
iou\'elle  à  Pierre  et  aux  apôtres.  Dans  la 
;econde,  les  apôtres  et  les  fidèles  sont  réunis 
lans  la  maison  de  Lazare,  à  Jérusalem  ;  ils  se 
Dréjiarent  à  se  disperser  pour  prêcher  la  doc- 
rmc  du  Christ,  lorsque  les  Pharisiens  enva- 
lisscnt  la  demeure.  Les  saintes  refusant  de 
-aire  connaître  la  retraite  de  Pierre,  les  Phari- 
siens s'emparent  d'elles  et  de  leurs  compa- 
gnons, puis  les  abandonnent  aux  périls  de  là 
hier  dans  une  barque  sans  voilesetsans  avirons. 
!  En  pleine  mer,  tel  est  le  titre  de  la  troisième 
partie.  Les  trois  Maries  et  lems  compagnons, 


réunis  dans  la  barque,  célèbrent  la  gloire  du 
Créateur.  Mais,  tout  à  coup,  un  vent  violent 
s'élève;  des  nuées  épaisses  envahissent  la 
barque  ;  les  éclairs  sillonnent  la  nue.  La  voix 
de  Jésus  se  fait  entendre  et  rassure  les  voya- 
geurs. Bientôt  la  tempête  s'apaise  et  la  barque 
aborde  en  Provence. 

La  quatrième  partie  nous  montre  les  trois 
]\laries  et  leurs  compagnons  s'avançant  au 
milieu  du  peuple  pa'ien,  célébrant  la  fête  de 
Pan.  Lazare  proclame  la  foi  chrétienne  et  ses 
compagnons  refusent  de  sacrifier  aux  faux 
dieux.  La  foule  les  menace  ;  mais  bientôt, 
entendant  les  paroles  des  chrétiens  et  Lazare 
faisant  jaillir  de  la  terre  une  source  miracu- 
leuse, les  pa'iens  se  convertissent. 

M.  E.  Paladilhe  a  traité  ces  différentes  scènes 
en  habile  muscicien  :  son  orchestration  est  tou- 
jours claire,  bien  que  visant  à  l'effet  et  quel- 
quefois recherchée  ;  dans  certaines  parties 
l'élément  mélodique  accuse  du  tempéra- 
ment. Et,  cependant,  de  l'ensemble  de  l'œuvre 
se  dégage  une  impression  de  monotoaie  et 
un  manque  de  personnalité.  Telles  pages  rap- 
pellent manifestement  la  manière  de  Gounod 
ou  celle  de  Massenet.  L'auteur  a  fait  intervenir 
le  grand  orgue,  voire  le  piano  qui  ne  fait  sou- 
vent que  doubler  les  autres  parties  de  l'orches- 
tre ;  il  laisse  également  apparaître  tel  ou  tel 
instrument  à  découvert.  Voilà  donc  une  parti- 
tion mûrement  étudiée  et  dont,  en  somme,  le 
travail  est  louable.  Des  deux  scènes  exécutées 
au  Conservatoire,  c'est  la  dernière,  «  En  Pro- 
vence »,  qui  a  été  le  mieux  accueillie.  On  a 
notamment  trouvé  beaucoup  d'entrain  et  de 
couleur  au  chœur  du  début  u  Dans  la  vigne  0, 
et  un  sentiment  chaleureux  à  l'air  «  Sa  m.ain 
sur  moi  s'est  étendue  »,  admirablement  chanté 
par  M"i"î  Bosman.  Les  autres  rôles  étaient  intel- 
ligemment tenus  par  MM.  Fournets  et  Cornu- 
bert. 


274 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Dans  le  même  concert,  ont  été  entendus  la 
toujours  jeune  symphonie  en  la  majeur  de 
Mendelssohn,  le  chœur  si  pittoresque  de  Schu- 
mann,  les  Bohémiens,  un  concerto  pour  haut- 
bois de  Hœndel,  exécuté  en  divine  perfection 
par  M.  G.  Gillet,  et  enfin  l'ouverture  d'Egmoni. 
Hugues  Imeert. 
f 

Vendredi  soir  a  eu  lieu  à  l'Opéra  la  première 
de  T/iais  de  MM.  Léon  Gallet  et  J.  Massenet. 
Simple  succès  d'estime.  Notre  collaborateur 
Marcel  Remy  rendra  compte  de  cette  première 
dans  le  prochain  numéro. 

M.  Eugène  Gigout  a  donné,  le  i5  mars,  à  la 
salle  d'Harcourt,  le  huitième  et  dernier  de  ses 
intéressants  récitals  d'orgue.  Il  s'est  évertué  à 
faire  entendre  les  œuvres  anciennes,  connues 
ou  inconnues,  comme  les  œuvres  les  plus  mo- 
derne ;  et  le  programme  de  sa  dernière  séance 
est  pour  ainsi  dire  le  reflet  des  précédentes. 
C'est  ainsi  qu'à  côté  des  vieux  maîtres  comme 
Frescobaldi(i587-i65i),J.-S.Bach(i685-i75o), 
Hœndel  (1685-1759),  figurent  d'abord  les  com- 
positeurs célèbres  du  xix'=  siècle,  Mendelssohn, 
Berlioz,  puis  Saint-Saëns,  G.  Fauré,  E.  Gigout, 
et  enfin  les  plus  jeunes  dans  la  carrière,  L.  Boel- 
mann,  Guy  Ropartz.  Le  nom  de  Niedermeyer 
(1802-1861),  qui  fut  le  premier  professeur  de 
M.  E.  Gigout,  n'a  pas  été  oublié. 

Il  n'est  que  juste  d'ajouter  que  dans  chaque 
séance  a  été  inscrit  un  numéro  d'improvisa- 
tion. Cet  art,  qui  fut  par  excellence  celui  des 
organistes  de  tous  les  temps  et  surtout  de 
l'époque  de  J. -S.  Bach,  ne  doit  pas  être  négligé, 
et  c'est  faire  acte  de  justice  que  de  lui  donner, 
comme  l'a  fait  M.  Gigout,  une  place  impor- 
tante dans  ses  récitals.  Au  temps  de  Noël,  il  a 
pris  comme  thèmes  les  douces  et  naïves  mélo- 
dies de  nos  anciens  noëls.  Dernièrement,  c'est 
à  Parsifal  qu'il  emprunta  ses  sujets  d'improvi- 
sations. Le  huitième  récital  a  été  donné  avec 
le  concours  de  M™«  Gramaccini-Soubre,  M"^ 
Mary  Ador,  MM.  P.  Viardot  et  JandeUi. 

La  série  d'auditions  données  par  M.  E.  Gi- 
gout ne  sera  pas  restée  infructueuse  pour  l'art. 
Aussi  l'excellent  et  savant  organiste  les  renou- 
vellera-t-il  l'année  prochaine.  Nous  les  suivrons 
avec  le  plus  vif  intérêt.  H.  I. 

Septième  concert  historique,  à  la  salle  d'Har- 
court. Trois  noms  sur  l'affiche  :  à  côté  de  l'art 
patricien,  byronien  de  Weber,  à  côté  de  l'angé- 
lique  Schubert,  ce  tempérament  nostalgique 
d'une  frappante  analogie  avec  César  Franckj 


les  grossières  gasconnades,  les  facéties  d'homir 
bien  nourri  du  «  Cygne  de  Pesaro  ». 

L'ouverture  de  V Italienne  à  Alger  ou  '. 
Train  qui  passe  et  repasse.  Mais  où  diable .« 
dissimule  cette  mélodie  dont  le  maître  avait 
secret  ?  J'ai  entendu  un  bruit  confus,  des  cre 
ccndo  boursouflés,  un  grésillement  de  violons  1 
de  flûtes  ;  et  quelle  orchestration  !  les  sonorité 
pataudes,  sales,  le  timbre  des  instruments  teri' 
à  plaisir,  ridiculisé,  étriqué. 

L'air  de  Se'miramis,  le  recueil  le  plus  parfa  Ij 
des  poncifs,  des  pont-neufs  ;  la  Prière  c ,  ! 
Moïse,  une  sorte  de  complainte  en  trois  0  I 
quatre  couplets  avec  refrain  (celui-ci  en  m  ' 
jeur)  ;  le  trio  de  Guillaume  Tell  (pour  troi  ; 
voix  de  femme)  qu'on  supprime  généralemei 'i ; 
tant  il  est  insignifiant  avec  son  grotesqi  > 
accompagnement  d'instruments  à  vent. 

N'insistons  pas  sur  ces  misérables  compos' t 
fions,  sur  ces  vulgaires  mélasses  qui  empestei  M 
le  rance,  le  moisi,  la  poussière.  * 

De  Schubert,  VAgnns  de  la  messe  en  « 
bémol,  pas  ce  qu'il  a  fait  de  plus  élevé,  YAt 
dan  te  de  la  symphonie  inachevée  et  trois  liedt 
chantés  par  M"'=  Blanc  :  l'Attente,  Son  ima^ 
et  la  Jeune  religieuse,  ce  dernier  lied  déclair  * 
sans  passion,  tandis  que  le  premier  était  bie 
dans  le  sentiment  voulu.  Des  fragments  d'Oi  ' 
ron  de  Weber  terminaient  la  soirée.      M.  R. 

*$* 

Au  concert  d'Harcourt  du  11  mars,  très  v 
succès  pour  la  petite  pianiste  Berthe  Balthazai 
Florence.  Le  petit  prodige  a  émerveillé 
charmé  l'auditoire  en  jouant  avec  un  br; 
remarquable  VA  iidante  Spianota  et  la  valse  e 
ré  bémol  de  Chopin,  la  Tarentelle  et  la  Ser. 
nata  de  Moszkowski,  etc. 

Le  talent  de   Berthe   Balthazar  est  absohi 
ment   stupéfiant  ;  ses  petits  doigts  parcoureii 
avec   une    agilité   surprenante    le    clavier, 
rythme  est  observé  de  la  façon  la  plus  rigc 
reuse,  les  forte  sont  pleins  de  vigueur. 

La  grande  sœur  de  la  mignonne  pianistii 
M"«  Clotilde,  qui,  elle,  a  déjà  une  réputatiol 
méritée  de  violoniste,  a  été  également  tn 
applaudie  dans  \e  Zigeiinerweisen  de  Sarasats 
la  Berceuse  de  la  vision  d'Harry  et  \'Int&) 
mczzo  de  la  composition  de  son  père,  enfii 
dans  une  des  Panses  hongroises  de  Brahm 
transcrite  par  Joachim. 
>$• 

Vendredi  dernier,  à  la  salle  Erard,  troisièo 
séance  de  musique  de  chambre  donnée  p 
M.  et  M""=  Carembat.  Programme  classiqut 
la  sonate  à  Kreutzer,  la  sonate  en  si  bém 
pour  piano  et  violoncelle  de  Haendel,  le  trio  * 


LE  GUIDE  MUSICAL 


275 


mi  bémol  pour  piano,  violon  et  alto  de  Mozart, 
et  le  quatuor  (op.  3)  de  Mendelssohn  pour 
piano  et  cordes.  M.  Carembat  a  développé, 
dans  la  sonate  à  Kreutzer,  toutes  les  ressources 
de  son  jeu  impeccable,  enlevant  avec  une  éton- 
nante virtuosité  les  difficultés  du  premier  mor- 
ceau et  les  belles  variations  du  second  :  c'est  la 
perfection.  M'"'=  Carembat  nous  a  fait  un  plaisir 
extrême  ;  son  talent  est  une  heureuse  synthèse 
de  grâce  et  de  vigueur  ;  c'est  un  véritable  tem- 
pérament d'artiste,  affiné  par  de  solides 
études;  son  mécanisme  parfait  lui  permet 
d'aborder  sans  effort  apparent  les  passages  les 
plus  scabreux.  En  somme,  grand  succès  pour 
ces  artistes,  auxquels  il  est  juste  d'associer 
MM.  Bailly  et  Casella,  qui  prêtaient  leur  con- 
cours pour  les  parties  d'alto  et  de  violoncelle 
et  les  ont  exécutées  avec  leur  talent  habituel. 

D. 

Nous  avons  eu  plaisir  à  entendre  de  nou- 
veau, au  concert  donné  par  MM.  A.  Lefort, 
Casella,  Giannini  et  Tracoi,  le  vendredi  9  mars, 
à  la  salle  de  la  Société  de  géographie,  les  Trois 
Novellettes  pour  quatuor  à  cordes  d'A.  Glazou- 
now. 

Le  quatuor  Lefort  a  interprété  cette  œuvre 
du  jeune  compositeur  russe  avec  une  verve 
toute  particulière,  notamment  la  Valse  et 
l'Orientale;  c'est  une  interprétation  qui  ne 
manque  pas  de  piquant,  mais  qui  est  différente 
de  celle  que  nous  avions  pu  constater  à  une 
séance  de  la  salle  Erard  (Concerts  Philipp). 
M™<=  George-Hainl  a  interprété  magistralement 
le  concerto  pour  piano  en  ré  majeur  de 
T. -S.  Bach  et  le  septuor  pour  piano,  trompette 
et  instruments  à  cordes  de  Saint-Saëns,  secondée 
par  MM.  Teste,  Lefort,  Tracoi,  Giannini,  Ca- 
sella et  de  Bailly.  M^e  Lazzari  a  fait  entendre 
plusieurs  morceaux  pour  chant  de  Bach,  Cam- 
pra...  et  de  MM.  de  Bréville  etSylvio  Lazzari. 
M""^  Lazzari  est  excellente  musicienne,  mais  le 
volume  de  sa  voix  est  peu  considérable  et 
l'émission  est  souvent  pénible.  Il  est  vrai  que 
les  morceaux  qu'elle  avait  choisis  ofifraient  de 
réelles  difficultés. 

Le  quatuor  à  cordes  en  ré  mineur  de  Mozart 
a  été  très  finement  rendu  par  les  quartettistes 
Lefort,  Tracoi,  Giannini  et  Casella. 

A  la  troisième  matinée  de  M.  J.  White,  le 
succès  a  été  pour  le  premier  trio  pour  piano, 
violon  et  violoncelle  de  Saint-Saëns,  la  sonate 
pour  piano  et  violon  de  César  Franck,  la 
sonate   pour   violoncelle  (n°  6)  de  Boccherini, 


et  le  10'  quatuor  de  Beethoven.  On  a  applaudi 
vivement  les  interprètes,  MM.  White,  Casella, 
Tracoi,  Trombetta  et  M"";  Ferrari.  Il  ne  faut 
pas  oublier  M^s  Paula  Balliste,  qui  a  chanté  un 
arioso  de  L.  Delibes,  Malgré  uioi  de  G.  Pfeif- 
fer,  et  l'air  d'Hérodiade  de  Massenet. 

M.  Félix  Mottl,  le  célèbre  chef  d'orchestre 
du  théâtre  grand-ducal  de  Carlsruhe,  est  arrivé 
vendredi  matin  à  Paris  et  a  commencé  immé- 
diatement les  répétitions  pour  le  concert  qu'il 
doit  diriger  aujourd'hui  même  au  Châtelet,  et 
dont  on  trouvera  le  programme  plus  loin  (voir 
le  répertoire). 

Le  second  concert  extraordinaire  organisé 
par  M.  Colonne,  sera,  on  le  sait,  dirigé  par 
M.  Hermann  Levi  et  aura  lieu  le  vendredi- 
saint.  Le  programme  sera  composé  d'œuvres 
de  Wagner  et  de  Beethoven. 

Le  troisième  concert  (22  avril),  sous  la  direc- 
tion de  M.  Edouard  Grieg,  sera  exclusivement 
consacré  à  l'audition  de  ses  œuvres. 

Le  quatrième  et  dernier  concert  (29  avril), 
sous  1 1  direction  de  M.  Colonne,  sera  consacré 
à  H.  Berlioz. 

Mentionnons  pour  mémoire  seulement  l'au- 
dition de  VA  Iccste  de  Gluck  organisée  par  la 
Société  nouvelle  de  musique  classique,  au 
théâtre  Moncey  : 

La  désillusion  a  été  grande  ;  l'insuffisance  de 
l'exécution  et  l'inexpérience  des  interprètes  ont 
dépassé  les  bornes  permises. 

Gluck  avait  dit  dans  son  épitre  dédicatoire 
d'A  Iccste  :  «  Lorsque  j'entrepris  de  mettre  en 
musique  cet  opéra,  je  me  proposai  d'éviter  tous 
les  abus  que  la  vanité  mal  entendue  des  chan- 
teurs avait  introduits  dans  l'opéra  italien,  et 
qui,  du  plus  pompeux  et  du  plus  beau  des  spec- 
tacles, avait  fait  le  plus  ennuyeux  et  le  plus 
ridicule.  » 

Si  l'ombre  de  Gluck  a  pu  assister  à  la  repré- 
sentation de  cette  semaine,  elle  a  dû  être  mé- 
diocrement satisfaite  du  résultat. 

La  maison  Mackar  et  Noël,  à  Paris,  vient 
d'acquérir  la  propriété  des  fonds  J.  Hieland  et 
Th.  Michaelis,  qui  comprennent  nombre  d'ou- 
vrages à  succès  pour  piano  et  chant. 


TRISTAN  ET  ISEUI.T,  la  légende,  le  drame  et  la 
partition,  par  Maurice  Kuffek.vth.  Pans,  Fischbacher; 
Biuxelles,  Schott  frères;  Leipzig,  Otto  Junne.  Prix  : 
5  francs. 

Du  même  auteur  : 

Guide  thématique  et  analyse  de  Tristan  et  Iseult, 
I  fr.  25  En  vente  chez  Schott  frères  et  à  l'Of&ce  central. 


276 


LE  GUIDE  MUSICAL 


BRUXELLES 

Lr^ouLE  énorme,  cohue  bruyante  au  concert 
«rqfe  dirigé  par  M.Siegfried  Wagner, dimanche 
(;^/£i  dernier,  au  théâtre  de  l'Alhambra.  La 
salle  était  absolument  comble.  Public  du  reste 
très  mêlé,  où  l'amateurisme  salonnier  coudoyait 
le  snobisme  bavard  du  monde  de  la  Bourse. 
Peu  de  véritables  connaisseurs,  mais  ceux-là 
étaient  de  marque,  —  MM.  Gevaert,  Peter  Be- 
noit, Ferd.  KufFerath,  Gustave  Huberti, 
Dr  Jorissen,  de  Liège,  Lascoux  et  Chevillard, 
de  Paris,  etc.  —  et  ils  ont  fait  au  jeune  chef 
d'orchestre  un  accueil  qui  le  dédommagera  des 
lourdeurs  brabançonnes  de  la  critique  musicale 
à  un  sou. 

M.  Siegfried  Wagner  a  révélé  dans  cette 
séance  des  facultés  remarquables  et  tout  à  fait 
exceptionnelles  de  chef  d'orchestre.  Ce  qui 
caractérise  plus  particulièrement  sa  manière, 
• — ■  car  il  se  marque  déjà  un  commencement  de 
personnalité  en  sa  direction,  —  c'est  un  mé- 
lange très  curieux  et  bien  intéressant  de  fer- 
meté rythmique  alliée  à  une  souplesse  extraor- 
dinaire dans  l'accentuation  de  la  mélodie.  Il 
n'astreint  pas  le  chant  à  la  carrure  immuable 
de  la  mesure,  et  cependant  il  ne  laisse  pas  un 
instant  s'obscurcir  le  sens  du  rythme.  C'est  là 
une  faculté  très  rare  et  qui  est  la  révélation  en 
lui  d'un  sentiment  artiste  très  droit  et  très 
pur.  Avec  cela,  de  la  vivacité,  de  la  fougue,  un 
certain  emportement  volontaire  qui  place  intel- 
ligemment les  accents  énergiques  et  groupe  les 
nuances  d'une  façon  caractéristique.  La  sûreté 
absolue,  l'autorité,  fruits  de  l'expérience, 
s'ajouteront  plus  tard  aux  qualités  dès  à  présent 
acquises.  Il  serait  injuste  de  les  exiger  d'un 
jeune  homme  de  vingt-cinq  ans,  qui  débute 
dans  cette  carrière  si  nouvelle,  dans  cette  vir- 
tuosité née  d'hier  :  l'art  de  diriger  l'orchestre. 

Combien  de  ceux  qui  ont  l'autorité  et  l'expé- 
rience n'ont  pas,  en  revanche,  les  dons  naturels 
le  fin  sentiment  des  nuances,  la  compréhension 
claire  de  la  polyphonie  instrumentale  qui  nous 
ont  charmé  dans  M.  Siegfried  Wagner.  Il  s'est 
produit  un  accroc  dans  le  Siegjricd  Idylï, 
l'œuvre  que  le  jeune  chef  d'orchestre  avait  le 
plus  caressée  ;  l'un  des  bassons  a  obstinément 
donné  une  note  qui  n'était  pas  dans  l'harmonie, 
au  passage  où  les  bois  établissent  la  transition 
entre  la  première  et  la  seconde  partie.  Si  cette 
faute  n'est  pas  un  acte  de  mauvais  gré  —  ins- 
tigué   par  quelque  sénile  envie,  —    c'est  une 


inadvertance  si  grossière  qu'elle  déclasse  son 
auteur  et  devrait  le  faire  renvoyer  dans  quelque 
compagnie  de  discipline  musicale.  Il  a  suffi  de 
cet  accident  pour  rompre  le  charme.  La  fin  du 
morceau,  toutefois,  a  été  très  poétique  dans  sa 
douceur  vaporeuse  et  comme  imprégnée  de 
rêverie.  Il  y  a  eu  là  une  nuance  d'interpréta- 
tion que  ne  nous  avaient  révélée  ni  Mottl,  ni 
Hermann  Levi  dans  leurs  récentes  exécutions. 
Très  intéressante  aussi,  l'interprétation  du 
poème  symphonique  de  Liszt,  le  Tasse,  bril- 
lante improvisation  orchestrale,  que  M.  Wag- 
ner dirige  avec  une  grande  liberté  rythmique, 
enflant  ici  la  phrase,  la  précipitant  ailleurs  pour 
entraîner  finalement  l'orchestre,  à  toute  en- 
volée, dans  la  strette.  Mais  ce  qui  nous  a  le 
plus  séduit,  c'est  l'ouverture  et  la  Bacchanale 
du  Tannhœuser,  l'ouverture  du  Vaisseau- 
Fantôme  et  enfin  le  prélude  de  Tristan,  inter- 
prétés d'une  façon  très  dramatique,  avec  de 
vigoureuses  oppositions  d'accents,  mettant  en 
relief  les  divers  épisodes  de  la  composition 
selon  leur  sens  poétique.  J'ai  particulièrement 
goûté  le  prélude  de  Tristan,  moins  violent  que 
sous  la  direction  de  Mottl,  mais  d'un  sentiment 
plus  intense  dans  l'intimité,  et  rendu  musicale- 
ment d'une  façon  supérieure  par  la  prolonga- 
tion très  habilement  soutenue  du  crescendo 
qui  commence  au  trait  des  violons  en  tiercec 
pour  aboutir  au  fortissimo  à  la  dernière  entrée 
du  thème  du  Désir  dans  les  cuivres.  C'est  là 
véritablement  le  point  culminant  du  prélude. 
Presque  toujours  l'orchestre  en  est  déjà  arrivé 
aufortissiino  vingt  mesures  avant  ce  passage, 
ce  qui  est  un  véritable  non-sens.  Ainsi  même, 
de  ce  jeune  chef  d'orchestre  a  inexpérimenté  )i, 
nos  capellmeister  les  plus  autorisés  auront  pu 
apprendre  une  nuance  intéressante  et  bonne  à 
retenir. 

En  somme,  cette  première  apparition  de 
M.  Siegfried  Wagner  à  la  tête  de  l'orchestre 
bruxellois  s'est  terminée  triomphalement  pour 
le  jeune  artiste,  qui  a  été  très  acclamé  à  la  un 
du  concert  et  rappelé  quatre  fois.  Ce  premier 
succès  à  l'étranger  sera  certainement  pour  lui 
un  souvenir  agréable,  quand  arrivé  au  sum- 
mum de  la  virtuosité  directoriale  pour  laquelle 
il  manifeste  de  si  remarquables  dispositions,  il 
se  reportera  à  l'époque  de  ses  débuts.  Et  nous 
comptons  bien  le  revoir  à  Bruxelles,  où  il  se 
sera  acquis,  par  sa  juvénile  gaîté,  par  son  amé- 
nité, sa  simplicité,  par  sa  modestie  distinguée, 
de  nombreuses  et  vives  sympathies. 

Tout  l'intérêt  de  la  séance  de  dimanche, 
c'était  lui  naturellement.  On  a  fait  néanmoins 
bon  accueil  à  M'l<=  Kempees,  qui  a  chanté  non 


1 


LE  GUIDE  MUSICAL 


277 


sans  talent  les  Rêves  et  le  Liebcstod  d'Iseult. 
Notons  encore  le  succès  du  fragment  de  Hccii- 
scl  ci  Gretel  de  M.  Humperdinck.  C'est  une 
très  jolie  pièce  orchestrale,  très  finement 
instrumentée,  d'un  caractère  très  simple  à  la 
fois  et  très  poétique.  Pour  la  faire  complète- 
ment apprécier  du  public,  il  eût  fallu,  au  pro- 
gramme, l'explication  de  la  pantomime  qu'elle 
accompagne.  Les  musiciens  en  ont  goûté  tout 
de  suite  les  mérites  de  st}'le  et  de  facture. 

Maurice  Kufferath. 

La  première  de  Tristan  et  IseiiU  qui  devait 
avoir  lieu  le  lundi  ig  mars,  est  reportée  au 
mercredi  21. 

La  répétition  générale  est  fixée  à  lundi.  Ven- 
dredi on  a  fait  la  répétition  des  décors. 


La  troisième  séance  du  quatuor  Ysaye  a  été 
consacrée  à  trois  œuvres  de  haute  envolée  :  le 
dernier  quatuor  de  César  Franck,  le  quator- 
zième quatuor  de  Beethoven  (op.  i3i)  et  — 
joué  par  M.  Ysaye  avec  une  maestria  et  une 
vu'iuositémcom-pa.ra.hles,^  —  Sarabande,Gigtie  et 
Chacoune,  de  la  sonate  en  ré  mineur,  pour  vio- 
lon seul,  de  Bach.  Trois  œuvres  uniques,  pures 
merveilles  d'art,  également  supérieures  toutes 
trois  dans  des  données  différentes  :  car  César 
Franck  dans  ce  dernier  et  profond  quatuor  en 
ré  est  bien  près  de  touchera  Beethoven;  et 
Beethoven  dans  cette  œuvre  i3i  est  bien  près 
d  être  aussi  moderne  que  le  plus  avancé  des 
maîtres  contemporains,  seulement  avec  ses 
grandes  idées  en  plus  ;  et  entre  les  deux,  le 
bon  vieux  Bach,  avec  son  inégalable  fécon- 
dité de  rythmes,  de  combinaisons  et  sa  richesse 
d'harmonies  plane  comme  le  génie  absolu  des 
poèmes  sonores.  Programme  exceptionnel  en 
un  mot,  exécuté  par  des  artistes  exception- 
nels, car  ce  quatuor  d'Ysaye  est,  lui  aussi,  une 
chose  sans  seconde.  C'a  été  pour  Ysaye  tout 
d'abord  -  quià  uouiinatiir  leo,  —  pour  son 
second  Crickboom,  pour  l'excellent  altiste  Van 
Hout  et  pour  Joseph  Jacob,  le  nerveux  violon- 
celliste, un  triomphe  égal  et  partagé. 

M.  K. 

Une  foule  aussi  nombreuse  que  choisie  se 
pressait  vendredi  soir  dans  la  salle  de  la  Gale- 
rie moderne,  non  pour  entendre  des  artistes 
fameux  amenés  à  Bruxelles  à  grands  frais, 
mais  simplement  pour  écouter  quelques  jeunes 
filles  du  monde,  élèves  de  M.  Kefer. 

Un  programme  éclectique  et  intelligemment 


composé  nous  a  permis  d'applaudir,  tour  à 
tour,  d'excellents  amateurs  et  de  véritables 
artistes.  Un  concerto  pour  deux  clavecins  avec 
accompagnement  d'orchestre  de  Bach  a  été 
exécuté  par  M'i^s  Gabrielle  Barbanson  et  Marie 
Halot  avec  un  juste  sentiment  des  nuances  et 
beaucoup  de  clarté.  M''^  Ladeuze,  pour  qui  les 
difficultés  techniques  n'ont  plus  de  secrets,  a 
joué  avec  brio  une  fantaisie  chromatique  de 
Bach.  Enfin,  M"'^  Jeanne  Barbanson  a  chai-mé 
par  la  finesse  du  doigté,  la  délicatesse  du  tou- 
cher et  la  beauté  du  son.  Mais  le  triomphe  de 
la  soirée  a  été  pour  M^^<^  Van  Nuffel  d'Heyns- 
broeck,  qui  s'est  révélée  véritable  artiste  :  par 
l'intelligence  de  son  interprétation,  la  sûreté 
et  la  puissance  de  son  jeu,  elle  a  absolument 
transporté  l'auditoire.  Est-il  nécessaire  d'ajou- 
ter que  cette  intéressante  audition  était  orga- 
nisée au  profit  d'une  œuvre  de  charité  à  la  tête 
de  laquelle  se  trouvent  les  exécutantes  elles- 
mêmes  ?  En  cherchant  à  adoucir  les  souffrances 
des  humbles  et  des  misérables,  les  initiatrices 
de  rCEuvre  des  petits  pieds  nus  donnent  un 
précieux  exemple. 


Le  concert  de  M''^^  Milcamps  a  eu  lieu  jeudi 
à  la  Grande- Harmonie,  devant  une  salle  bon- 
dée. M'is  Julia  Milcamps,  dont  on  connaît  la 
belle  voix  et  la  bonne  diction,  a  chanté  avec 
art  le  grand  air  de  Suzanne  de  Paladilhe,  se 
jouant  en  cantatrice  de  talent  des  vocalises  et 
des  difficultés  dont  ce  morceau  est  hérissé.  Elle 
a  dit  avec  un  chuxTae  égaX  Nyinp]ies  et  Syl- 
vains  de  Bemberg,  et  une  chanson  d'amour 
d'ff  ollmann.  Succès  très  accusé  pour  M'I'î  Mil- 
camps, qui  a  été  couverte  de  fleurs  et  comblée 
de  cadeaux.  On  a  entendu  aussi  M.  Pieltain, 
basse  chantante,  premier  prix  du  Conservatoire 
de  Bruxelles,  qui  a  dit  d'une  voix  bien  tim- 
brée la  chanson  à  boire  de  la  Jolie  Fille  de 
Pcrth  de  Bizet  ;  Mi'es  Lotty,  Eisa  et  Watty 
Ruegger,  qui  ont  interprété  d'une  manière 
bizarre  le  trio  en  ré  mineur  de  Mendelssohn 
pour  violon,  violoncelle  et  piano. 


Beaucoup  de  monde  au  récital  de  M.  P. 
Litta,  à  la  salle  Ravenstein.  Programme  com- 
posé d'œuvres  des  grands  maîtres,  exécutées 
avec  brio  par  M.  Litta.  Malheureusement,  le 
talentueux  pianiste  n'a  guère  souci  de  l'inter- 
prétation :  Chopin  surtout  est  quelque  peu 
maltraité  par  lui,  il  ne  parvient  pas  à  faire  res- 
sortir la   sentimentalité   mélancolique  qui    est 


278 


LE  GUIDE  MUSICAL 


la  caractéristique  du  maître  sans  laquelle  noc- 
turne, fantaisies  et  scherzo  ne  sont  qu'en- 
nuyeux. On  a  fait  un  succès  mérité  à  M.  Litta, 
après  la  sonate  de  Haydn  n°  7  et  après  la 
Rhapsodie  no  12  de  Liszt,  œuvres  où  son  bril- 
lant mécanisme  a  pu  se  manifester.         N.L. 

Les  journaux  de  Paris  annoncent  que 
M.  Beyle,  baryton  de  l'Opéra,  est  engagé  pour 
la  saison  prochaine  au  théâtre  de  la  Monnaie. 
M'n'î  Landouzy,  qui  vient  de  quitter  l'Opéra- 
Comique,  serait  également  engagée  par  MM. 
Stoumon  et  Calabresi. 

Il  vient  de  se  constituer  à  Bruxelles,  sous  le 
nom  de  Double  Quatuor  vocal,  une  société 
composée  de  huit  cantatrices,  dont  le  but  est 
d'interpréter  les  principales  œuvres  pour  voix 
de  femmes  de  nos  compositeurs  modernes. 

Cette  phalange  d'artistes,'  qui  a  son  local  à  la 
salle  Erard,  donnera  très  prochainement  une 
audition  dans  les  salons  de  M.  Michotte,  et, 
peu  de  jours  après,  son  premier  concert  au 
bénéfice  d'œuvres  de  bienfaisance. 

Au  Cercle  artistique,  le  21  mars,  soirée  musi- 
cale avec  le  concours  de  M.  Léopold  Auer, 
violon  solo  de  S.  M.  l'Empereur  de  Russie,  de 
M.  Hasselmans,  harpiste  de  S.  M.  la  Reine  des 
Belges  et  de  l'Octuor  Belge,  sous  la  direction 
de  M.  Beauvais,  professeur  au  Conservatoire. 

Le  concours  ouvert  par  la  maison  Schott 
pour  la  composition  d'une  marche  solennelle 
en  vue  de  l'Exposition  universelle  d'Anvers, 
est  international.  Les  compositeurs  de  tous 
pays  sont  donc  admis  à  y  prendre  part. 

Recommandons  aux  cantatrices  de  salon  Je 
t'aime,  une  jolie  mélodie  que  M.  Massenet  vient 
d'écrire  sur  des  paroles  charmantes  de  M"e  Su- 
zanne Bozzani,  la  jeune  étoile  qui  va  paraître 
au  théâtre  des  Galeries,  en  attendant  ses  débuts 
à  l'Opéra-Comique  de  Paris. 


CORRESPOND  A  NCES 

ANGERS.  —  L'Association  artistique  d'An- 
gers a  donné,  dimanche  dernier  11  mars,  un 
festival  de  bienfaisance,  avec  le  concours  de  M""  Le- 
vasseur  et  de  M.  Giraud,  du  théâtre  d'Angers,  de 
M.  Ballard,  de  l'Opéra,  de  M""  Paul  Oriolle  et 
Mil»  Baudry,  de  Nantes,  de  chœurs  d'amateurs  et 
de  la  Société  Sainte-Cécile.  Les  principales  attrac- 
tions du  programme  étaient  le  troisième  acte  de  la 


Wnlkyyie,  la  première  partie  du  second  tableau  du 
troisième  acte  des  Maures  Chanteurs  et  GaUia. 
L'exécution  de  ces  différentes  œuvres  a  été  superbe 
et  l'orchestre,  sous  la  direction  de  M.  Louis  de 
Romain,  s'est  surpassé.  L'effet  a  été  grandiose, 
particulièrement  en  ce  qui  concerne  les  Maîtres 
Chaideurs  et  Gallia.  Cette  page  si  inspirée  de  Gou- 
nod  a  été  l'occasion  d'un  triomphe  sans  précédent 
pour  M""  Levasseur.  Le  merveilleux  choral  des 
Maîtres  Chanteurs  a  produit  une  impression  pro- 
fonde et  soulevé  les  applaudissements  de  la  salle 
entière,  grâce  à  une  magnifique  interprétation  des 
chœurs.  Dans  la  Walkyrie,  M™"  Paul  Oriolle,  à  qui 
était  confié  le  rôle  de  Brunnhilde.en  a  fait  ressortir 
les  nuances  et  les  beautés  en  cantatrice  de  pre- 
mier ordre.  Les  deux  belles  phrases  de  Sieglinde, 
ont  été  dites  avec  beaucoup  de  chaleur  et  de  sen- 
timent par  M"'-'  de  Romain  et,  dans  l'Incantation, 
M.  Ballard  a  obtenu  un  succès  justifié  par  une 
superbe  voix  et  une  excellente  diction. 

Le  reste  du  programme  se  composait  du  chœur 
des  Pileuses  du  Vaisseau-Fantôme,  qui  a  été  bissé, 
de  deux  fragments  de  Samson  et  Dalila  et  à!Eschr- 
monde. 

Au  milieu  du  concert,  M.  G,  Bodinier,  prési- 
dent de  la  Société  des  Amis  des  Arts,  a  remis  à 
M.  de  Romain  un  «  livre  d'or  »  contenant  près  d6 
deux  mille  signatures,  en  même  temps  qu'au  nort 
du  gouvernement,  M  le  préfet  lui  annonçait  qu'L 
venait  d'être  nommé  oflîcier  de  l'instruction  pu- 
blique, en  récompense  des  services  qu'il  aval 
rendus  depuis  vingt  ans  à  la  cause  de  l'art. 

Au  banquet  qui  réunissait  le  soir  toutes  lei 
sommités  artistiques  de  l'Anjou,  M.  Théodon 
Dubois,  représentant  M.  le  ministre  de  l'instruc 
tion  publique,  a  rendu  hommage  à  M.  de  Romain 
à  celui  qu'il  a  appelé  si  justement  «  l'âme  di 
toutes  les  manifestations  angevines  ». 

Le  Guide  Musical  envoie  à  M.  de  Romain,  qui . 
toujours  combattu  le  bon  combat,  ses  chaudes  féli 
citations. 

Espérons  que  ce  concert  ne  sera  pas  pour  l'As 
sociation  artistique  d'Angers,  le  chant  du  cygne. 


ANVERS.  —  La  Société  royale  d'Harmoni 
vient  de  donner  un  grand  concert  vocal  ( 
instrumental  avec  le  concours  de  M""  MerguilUe: 
de  rOpéra-Comique,  et  de  M.  Hollaender,  l'exce 
lent  violoniste  allemand.  Ce  dernier  afait  entendr 
un  concerto  de  sa  composition  admirableraei 
rendu  et  dont  l'adagio,  surtout,  contient  des  pagi 
distinguées.  M.  Hollaender  est,  sans  contredit,  t 
artiste  de  valeur,  dont  le  talent  fin  et  discret  sei 
toujours  apprécié  des  véritables  connaisseurs. 

Quoique  douée  d'une  jolie  voix.  M"'- Merguilli' 
a  déplu  par  sa  diction  affectée  dans  l'air  des  AVi 
de  Figaro.  Interprétée  de  la  sorte,  la  musique  1 
Mozart,  si  coulante  et  si  naturelle,  devient  insu 
poitablement  fatigante  à  écouter.  La  cantatrice 
etc  plus  heureuse  dans  une  bluette  de  Charainac 


i 


LE  GUIDE  MUSICAL 


279 


ainsi  que  dans  la  jolie  berceuse  de  Jocelyn  de  Go- 
dard. De  ce  dernier,  l'orchestre  a  fait  entendre  une 
Kermesse  d'une  brillante  coloration  instrumentale. 
Citons  également  la  belle  ouverture  de  Kœnig 
Manfred,  une  des  plus  remarquables  pages  sym- 
phoniques  de  Cari  Reinecke. 

A  la  salle  Anthonis,  il  y  avait  foule  pour  l'audi- 
tion des  élèves  des  cours  réunis  de  M.  Ed.  Samuel 
(de  Bruxelles)  et  de  MM.  Bacot  et  C.  Smit  de  notre 
ville.  Le  programme,  dont  nous  ne  pouvons  détail- 
ler les  différents  numéros,  était  bien  composé.  Les 
élèves,  dont  quelques  uns,  encore  fort  jeunes,  ont 
montré  de  l'école  et  du  style. 

Salle  comble,  mardi,  au  Théâtre-Flamand.pourle 
bénéfice  de  M.  H.  Fontaine.  Cet  empressement 
fournit  une  nouvelle  preuve  de  la  sympathie  qu'à 
su  s'attirer  l'entreprise  du  Théâtre  13'rique  flamand. 
Sans  doute,  M.  Fontaine  était  le  héros  de  la  fête 
et  les  ovations  fleuries  n'ont  pas  manqué  ;  mais, 
cela  n'a  pas  empêché  le  public  d'applaudir,  à 
diverses  reprises,  les  autres  interprêtes,  les  jeu- 
nes artistes,  qui  ont  si  vaillamment  secondé  M. 
Fontaine  dans  sa  tâche.  Le  spectacle  se  compo- 
sait du  premier  acte  du  FreiscMts  et  du  Vaisseau- 
Fantôme,  en  entier  ;  spectacle  un  peu  long,  mais 
éminemment  artistique  dans  sa  composition. 

M.  Siegfried  Wagner  était  venu  de  Bruxelles 
pour  assister  à  la  représentation,  et  il  en  a  été  très 
satisfait. 

Au  Théâtre-Royal,  dimanche,  Lohengrin  et  le 
Barbier  de  Sévilh  (avec  l'air  de  la  Reine  Topaze, 
à  la  leçon  de  chant)  formaient  un  ensemble  moins 
esthétique  ;  mais  les  spectacles  panachés  sont  fort  à 
la  mode. 

Jeudi  dernier,  la  Muette  de  Portiez  (morcelée 
comme  d'habitude)  servait  de  lever  de  rideau  à  une 
nouveauté  :  Folies  d'amour,  est  un  opéra  comique 
en  un  acte,  dont  le  charmant  scénario  est  rehaussé 
d'une  musique  fine  et  spirituelle.  M™«  la  baronne 
de  Fontmagne  y  révèle  des  qualités  sérieuses  ; 
l'orchestration  ne  trahit  point  une  plume  féminine. 
Les  mélodies  coulent  de  source  et  les  accompa- 
gnements (dans  la  romance  de  Dorante,  par  exem- 
ple), ont  une  couleur  peu  banale. 

M.  Viroux,  très  en  voix,  s'y  est  taillé  un  succès. 
M''''  Castaigné,  notre  dugazon,  a  été  char- 
mante ;  la  scène  de  la  folie,  surtout,  a  fourni  à  la 
cantatrice  l'occasion  de  faire  valoir  ses  qualités. 
En  somme,  joli  succès.  Plusieurs  numéros  ont 
été  favorablement  acceuillis,  et  l'auteur, qui  assis- 
tait à  cette  première,  a  du  être  satisfait  de  l'inter- 
prétation. A.  W. 

BERLIN.  —  Le  6  mars,  à  la  salle  Berhstein, 
grand  succès  pour  M""  Roger-Miclos,  de 
Paris.  A  la  fin  delà  séance,  quatre  rappels,  ce  qui 
arrive  rarement  dans  cette  salle,  du  reste  beau- 
coup trop  modeste  pour  être  en  rapport  avec  le 
grand  talent  de  l'artiste,  M""=  Roger-Miclos  est 
certainement  une  des  premières  pianistes  ac- 
tuelles ;  son  jeu,  à  la  fois  puissant  et  délicat,  sur- 


passe, à  mon  avis,  celui  d'une  Carreno   ou   d'une 
Posznanska. 

Le  programme  était  composé  des  Etudes  sympho- 
niques  op.  i3  de  Schumann,  de  pièces  de  Chopin, 
Pfeiffer.  Godard,  de  la  Rhapsodie  n°  11  de  Liszt  et 
de  VAfpasionata  de  Beethoven,  dont  l'interpréta- 
tion n'a  malheureusement  pas  compté  parmi  les 
meilleures  de  la  soirée. 

M"°  Roger-Miclos  nous  donnera,  les  i3  et 
i5  mars,  deux  nouveaux  récitals  ;  elle  se  fera  en- 
tendre (irochainement  à  Dresde. 

Cette  semaine,  trois  concerts  populaires,  sous 
la  direction  de  l'infatigable  Mansteadt.  Dans  les 
deux  premiers,  on  a  entendu  la  Symphonie  drama- 
tique de  Rubinstein  (dirigée  la  veille  par  l'auteur, 
nu  neuvième  grand  concert),  les  ouvertures  des 
flebrides,  du  Carnaval  romain,  de  Léonore  III,  des 
Noces  dé  Figaro,  une  marche  du  Henri  VIII  de 
Sainl-Saëns  et  le  finale  du  Rheingold.  Dans  le  der- 
nier, les  symphonies  de  Haydn  (avec  le  coup  de 
timbale),  en  sol  mineur  de  Mozart  et  en  la  majeur 
de  Beethoven 

De  nouvelles  et  dignes  «  Trauerfeier  »  pour 
Hans  de  Bulow  ont  eu  lieu,  vendredi,  dans  la  salle 
de  la  Philharmonie,  devant  un  public  invité.  Nous 
devons  ces  fêtes  à  l'ami  intime  et  disciple  de 
Bulow,  M.  Siegfried  Ochs,  qui  a  montré  dans  leur 
organisation  le  plus  complet  et  le  plus  noble  désin- 
téressement. Nous  ne  saurions  trop  l'en  louer.  Un 
discours  retraçant  la  carrière  unique  de  Bulow, 
a  été  prononcé  par  M.  Kainz,  du  Deutsches-Thea- 
ter.  La  partie  musicale  était  composée  d'un  pré- 
lude pour  orgue  de  Bach,  joué  par  le  professeur 
Reimann,  de  VElegischer  Gesang  pour  chœurs  et 
orchestre  de  Beethoven  et  du  Schicksalslied  de 
Brahms,  également  pour  chœurs  et  orchestre.  Ces 
deux  dernières  œuvres,  dirigées  par  M.  Ochs,  ont 
])roduit  grande  impression  sur  l'auditoire.  Pour  la 
circonstance,  la  scène  avait  été  tendue  de  noir;  à. 
l'avant  de  celle-ci,  le  buste  de  Bulow  se  trouvait 
entouré  de  fleurs.  C'était  vraiment  fort  digne. 

Le  10  mars,  à  la  Singacadèmie,  exécution  de  la 
messe  en  si  mineur  de  Bach.  La  salle  entière 
étant  louée,  nous  n'avons  pu  entendre  que  la 
répétition  générale.  Les  chœurs  sont  excellents  : 
ils  ont  de  la  puissance,  du  rythme  et  chantent,  à 
peu  d'exeptions  près,  fort  juste;  ils  sont  dirigés 
par  M.  Blumner,  un  musicien  très  consciencieux, 
mais  qui  a  l'insuppoitable  manie  de  frapper  son 
pupitre  de  sa  baguette  de  chef.  Nous  ne  parlerons 
pas  des  solistes,  qui  n'ont  pas  dépassé  la  médio- 
crité. E.  B. 


I^INCHE  —  M.  Nicolas  Daneau  nous  a  fait 
3  connaître  dimanche  passé,  à  Binche,  quel- 
ques-unes de  ses  œuvres,  en  un  très  intéressant 
concert. 

Outre  quelques  morceaux  de  chant  exécutés  par 
M""=  Hiernaux,  De  Guffroy  et  M.  Pieltain,  un 
Sanctus  et  un  chœur,  les  Néréides,  pour  voix  de 
femmes  et  orchestre,  ont  été  surtout  applaudis. 


280 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Mais  ce  qui,  naturellement,  a  excité  le  plus 
l'attention  des  auditeurs,  c'est  l'exécution  de  Lady 
Macbeth,  la  cantate  que  M.  Daneau  composa  l'an 
passé,  lors  du  concours  pour  l'obtention  du  prix 
(le  Rome,  travail  qui  valut  à  son  auteur  une  men- 
tion honorable  (récompense  bien  modeste  eu  égard 
aux  partitions  concurrentes).  Le  public  bincliois 
n'a  pas  ménagé  les  ovations  à  l'auteur.  Disons 
d'ailleurs  que  ce  dernier  est  un  artiste  inspiré, ayant 
un  rare  sens  du  pittoresque  et  possédant  une  très 
belle  palette  orchestrale.  On  reprochera  à  M.  Da- 
neau de  subir  encore  quelques  influences  —  par 
exemple  celle,  toute  fatale,  de  Wagner  —  mais  il 
est  certain  que  la  personnalité,  déjà  marquée, 
de  notre  compatriote  finira  par  s'affirmer  avec 
éclat 

Nous  attendons  M.  Daneau  au  concours  de 
Rome  de  l'an  prochain. 

LIEGE.  —  Il  s'est  glissé  dans  la  dernière 
lettre  de  notre  correspondant  une  erreur 
qu'il  nous  prie  de  rectifier.  Parlant  du  concert  de 
bienfaisance  dirigé  par  M.  Delsemme,  il  a,  vic- 
time en  cela  du  sot  procédé  de  ne  pas  envoyer 
aux  critiques  le  programme  exact,  —  cité  parmi  les 
solistes  de  la  Cloche,  de  Max  Bruch,  les  noms  de 
M.  Renaud  et  de  M"''  Lépine.  Au  dernier  moment 
ces  deux  artistes  ont  été  remplacés,  et  en  réalité 
c'est  M""  Gane,  élève  de  M""  Lépine,  et  M.  Du- 
four,  lauréat  du  Conservatoire  de  Paris,  qui  ont 
tenu  les  rôles.  Simple  erreur  de  noms.  Les  appré 
dations  restent  exactes. 

—  M.  Radoux,  directeur  du  Conservatoire  de 
Liège,  prépare  une  exécution  intégrale  des  Béati- 
tudes de  César  Franck.  L'exécution  aura  lieu  le 
iT  avril,  à  3  heures.  Répétition  générale,  la  veille 
à  8  heures  du  soir. 


LILLE.  —  Concerts  populaires.  -  La 
Société  des  Concerts  populaires  donnait, 
dimanche  dernier,  sa  sixième  et  dernière  matinée 
de  l'abonnement,  avec  le  concours  de  M.  Edouard 
Risler,  pianiste. 

Ce  jeune  artiste  est  un  des  plus  brillants  élèves 
de  M.  Diémer,  et  nous  avons  retrouvé  en  lui  le 
mécanisme  savant,  la  méthode  parfaite  et  cette 
correction  dans  la  virtuosité  qui  caractérisent  son 
excellent  professeur.  Son  jeu,  d'une  infinie  délica- 
tesse dans  les  passages  de  douceur  et  d'une  puis 
sance  étonnante  dans  \&s  forte,  est  surtout  remar- 
quable par  la  pureté  du  phrasé  et  la  sobriété  de 
l'expression. 

M.  Ed.  Risler  nous  a  fait  entendre  un  prélude 
de  Chopin,  —  celui-ci  en  ré  bémol,  —  un  des  plus 
beaux  du  maître  polonais  ;  la  Fantaisie  en  la 
mineur,  du  même  auteur,  d'une  inspiration  si  per- 
sonnelle ;  un  Concerto  caprkcioso,  pour  piano  et 
orchestre,  de  Th.  Dubois,  dont  c'était  la  première 
audition  à  Lille.  Plutôt  romantique  que  classique. 


ce  concerto  ne  contient  qu'un  seul  morceau, 
coupé  par  un  court  adagio.  Le  thème  initial, 
exposé  d'abord  par  l'orchestre,  est  repris  ensuite 
par  le  piano  et  développé  en  de  savantes  modula- 
tions. Dans  l'adagio  qui  suit,  on  retrouve,  tantôt 
à  l'orchestre,  tantôt  à  la  basse  du  piano,  certains 
traits  mélodiques  et  rythmiques  de  l'allégro  précé- 
dent. Cet  adagio  s'enchaîne  avec  le  finale,  qui 
rappelle  le  motif  du  début  avec  de  nouveaux  déve- 
loppements. Œuvre  très  intéressante  et  distin- 
guée. 

M.  Risler  nous  a  encore  donné  une  petite  pièce 
de  Schumann  :  Au  soir,  sorte  de  rêverie  empreinte 
d'une  douce  mélancolie  ;  la  onzième  rapsodie  de 
Liszt,  à  laquelle  ses  deux  thèmes  si  opposés,  l'un 
assez  lent,  l'autre  assez  vif,  donnent  une  si  jolie 
couleur  de  musique  tzigane  ;  et  enfin,  un  Préludt 
et  fugue,  de  M.  Em.  Ratez,  d'une  inspiration  sou- 
tenue et  d'une  écriture  élégante. 

L'excellent  artiste  a  interprété  ces  divers  mor- 
ceaux avec  une  intelligence  parfaite  de  la  pensée 
de  leurs  auteurs  et  une  impeccable  virtuosité. 
Aussi  a-t-il  été,  à  plusieurs  reprises,  l'objet  d'ova- 
tions répétées. 

D'importants  fragments  des  Erymties  de  Masse- 
net  et  du  Songe  d'une  nuit  d^été  de  Mendelssohn, 
très  connus,  mais  qu'on  entend  toujours  avec 
plaisir,  complétaient  le  programme  de  cette 
matinée.  Ils  ont  été  bien  exécutés  par  l'orchestre, 
dont  les  solistes,  MM.  Deren,  Dreux,  Gabelles  et 
Ouesnay,  se  sont  particulièrement  distingués. 

E.  M. 


I 


P)OUEN.  —  MM.  Philipp,  Berthelier  et 
^  Lœb  sont  venus  donner,  à  la  salle  Klein, 
un  concert  qui  a  réussi  de  la  façon  la  plus  bril- 
lante. 

Le  programme  se  composait  du  deuxième  trio 
et  d'une  sonate  de  Camille  Saint-Saëns,  d'une 
suite  d'Emile  Bernard,  d'un  trio  de  Brahms,  de  la 
romance  et  de  la  Marche  nuptiale  de  Widor. 

On  peut  dire  que  l'exécution  n'en  a  rien  laissé  à  ' 
désirer.  MM.  Berthelier  et  Lœb,  le  premier  sur  le 
violon,  le  second  sur  le  violoncelle,  ont  tenu  leur 
partie  avec  une  maestria  et  une  pureté  de  goût 
vraiment  admirables.  C  était  un  régal  artistique. 

Dans  la  Marche  nuptiale  pour  deux  pianos,  la 
réplique  a  été  donnée  à  M.  Philipp  par  M.  André 
Klein,  un  musicien  consommé  et  trop  modeste. 


TOURNAI.  —  La  Société  de  musique  de 
Tournai  annonce,  pour  le  dimanche  i"' avril 
prochain,  un  second  grand  concert,  pour  terminer 
sa  saison  musicale.  On  }'  exécutera  la  Vie  d'une  rose, 
de  Schumann,  r.4&/i(M  du  Messie,  ainsi  que  le  Sauc- 
tus  et  le  Benedictus  de  la  messe  de  sainte  Cécile, 
de  Ch.  Gounod,  avec  orgue  et  orchestre. 

Le  comité  a  engagé  comme  solistes  M""  Sidner, 
de  l'Opéra  de  Stockholm,  et  M.  Degenne,  ténor  de 
rOpéra-Comique  de    Paris.  M""  Sidner  chantera  \ 


LE  GUIDE  MUSICAL 


281 


quelques  mélodies  de  Grieg,  dont  elle  a  été  l'élève; 
et  M.  Degenne,  des  mélodies  de  Schumann. 

Le  concert  aura  lieu  à  la  Halle  aux  Draps,  à 
huit  heures  du  soir  et  sera  terminé  à  dix  heures. 

M.  Lilien,  professeur  à  l'Académie  de  musique, 
donnera  le  20  de  ce  mois  un  grand  concert. 

Signalons  comme  numéros  au  programme  la 
symphonie  en  lit  de  Beethoven  et  le  concerto, 
quatuor  de  violons,  de  Mauser,  morceaux  non 
encore  entendus  à  Tournai  (!). 


NOUVELLEii  DIVERSES 

Il  y  a  eu,  jeudi  dernier,  un  gros  scandale  à 
la  Scala  de  Milan.  Un  groupe  d'abonnés  a 
violemment  interrompu  par  des  sifflets  et  des 
protestations  la  représentation  de  la  \V alkyrie. 
C'était  la  dix-septième  ou  dix-huitième  repré- 
sentation du  drame  wagnérien.  Au  moment  où 
M.  Masclieroni  montait  au  pupitre,  des  chut 
et  des  cris  divers  retentirent  de  différents  coins 
de  la  salle  :  «  Assez  !  assez  !  »  cris  auxquels 
répondit  une  autre  partie  du  public  en  applau- 
dissant et  criant  :  «  En  avant,  en  avant  !  »  Au 
milieu  de  cette  bacchanale,  l'orchestre  a  attaqué 
les  premières  notes  de  l'introduction;  mais,  après 
quelques  mesures,  il  fallut  s'arrêter. 

Alors  un  grand  nombre  d'abonnés  applau- 
dirent et  entourèrent  le  maestro  Mascheroni, 
déclarant  que  la  démonstration  était  dirigée 
uniquement  contre  la  direction.  Dans  les 
groupes,  s'engagèrent  des  discussions  animées  ; 
il  y  en  avait  qui  voulaient  empêcher  la  repré- 
sentation, d'autres  craignaient  qu'on  n'inter- 
prétât la  démonstration  comme  hostile  à 
l'œuvre  de  Wagner.  Après  quelques  minutes, 
l'orchestre  attaqua  de  nouveau  le  prélude, 
mais  une  tempête  de  sifflets,  de  cris  :  «  Suffit! 
à  bas  la  direction  !  »  s'éleva  dans  toute  la  salle. 
A  l'entrée  du  ténor,  la  tempête  augmenta  d'in- 
tensité et  il  ne  put  pas  même  ouvrir  la  bouche. 

La  direction  fit  annoncer  alors  que  la  repré- 
sentation n'était  pas  comprise  dans  l'abonne- 
ment ;  mais  les  protestations  continuèrent  de 
plus  belle. 

A  ce  moment,  un  délégué  de  la  sûreté  pu- 
blique entra  avec  deux  carabiniers  !  Les 
abonnés,  déjà  irrités,  s'exaspérèrent  à  cette  vue, 
et  forcèrent,  par  leurs  cris  et  protestations,  le 
délégué  à  se  retirer. 

Il  fallut  se  résoudre, finalement, à  interrompre 
la  représentation  ;  la  police  donna  l'ordre  de 
suspendre  le  spectacle  et  de  rendre  l'argent,  ce 
qui  fut  fait.  Depuis,  le  théâtre  est  resté  clos. 

Au  fond,  cette  cabale  a  été  suscitée  unique- 
ment par  les  abonnés  fatigués  d'entendre  tou- 
jours le  même  ouvrage  alors  que  le  programme 
de  la  saison   leur  promettait   tout   une   série 


d'opéras  nouveaux  qu'ils  n'auront  pas  eus.  Le 
fait  est  que  le  succès  de  la  Walkyrie  est  sans 
précédent  en  Italie.  On  n'a  jamais  vu  un  même 
ouvrage  donné  dix-sept  fois  en  moins  de  deux 
mois.  Et  ce  qui  ajoute  encore  à  la  mauvaise 
humeui'  des  abonnés  et  des  éditeurs,  leurs  com- 
plices, c'est  que  la  Walkyrie  seule  a  fait  recette. 
Tous  les  autres  ouvrages,  notamment  la  Manon 
de  Puccini,  ont  lamentablement  échoué  et  se 
jouaient  devant  les  banquettes  ! 
Inde  irœ. 

Tannliœuser  vient  de  triompher  à  Nice. 
Ovations  et  rappels  après  chaque  acte.  Le  rôle 
de  Tannhseuser  était  tenu  par  M.  Paulin,  celui 
de  Vénus  par  M"«  Issaurat  et  celui  d'Elisa- 
beth par  M  "'^  Vauthrin.  Très  bonne  exécution 
des  chœurs  et  de  l'orchestre  ;  mise  en  scène 
très  réussie. 

Les  journaux  américains  annoncent  que 
M"e  Nordica  est  engagée  à  Bayreuth,  pour  les 
représentations  de  l'été  prochain.  La  nouvelle 
est  exacte.  M"e  Nardica  chantera  notamment  le 
rôle  d'Eisa. 

Chef  d'orchestre  wagnériens  en  V03'age  : 
Tandis  que  M.  Hermann  Levi  après  le  con- 
cert qu'il  va  diriger  à  Paris  pendant  la  semaine 
sainte,  se  rendra  à  Lisbonne  pour  diriger  une 
série  de  concerts,  M.  Félix  Mottl  fera  sa  pre- 
mière apparition  comme  chef  d'orchestre  à 
Londres,  au  Queen's  Hall. 

On  connaissait  déjà  M.  Saint-Saëns  pianiste, 
M.  Saint-Saëns  poète,  M.  Saint-Saëns  critique. 
M.  Saint-Saëns  voyageur,  M.  Saint-Saëns 
compositeur,  M.  Saint-Saëns  mystificateur. 
Voici  maintenant  M.  Saint-Saëns  astronome.  A 
la  dernière  séance  de  la  Société  astronomique 
de  Paris,  M.  Camille  Flammarion  a  commu- 
niqué à  ses  collègues  deux  lettres  de  l'auteur 
de  Pliryné,  relatives  à  des  problèmes  d'op- 
tique... 

Le  Real,  de  Madrid,  a  donné  la  semaine  der- 
nière la  première  représentation  de  los  Maes- 
tros Cantores  de  Niireinbcrg.  C'est  la  première 
fois  qu'en  Espagne  se  donnait  la  comédie 
lyrique  de  Richard  Wagner.  Comme  il  fallait 
s'y  attendre,  l'œuvre  a  un  peu  dérouté  le  public. 

Les  deux  premiers  actes  ont  été  reçus  froide- 
ment; mais,  au  troisième,  l'enthousiasme  a 
débordé  et  la  représentation  s'est  terminée  par 
un  rappel  chaleureux  des  interprètes  et  parti- 
culièrement du  senor  Goula,  chef  d'orchestre. 
La  presse  madrilène  loue  beaucoup  la  senora 
Arkel  (Eva)  et  le  senor  Menotti  (Walther). 

Le  7  mars,  a  eu  lieu  à  Florence  la  première 
exécution  dans  cette  ville  de  la  Damnation  de 
Faust  de  Berlioz.  Enthousiasme  exubérant. 
Plusieurs  morceaux  ont  été  bissés  avec  insis- 


282 


LE  GUIDE  MUSICAL 


tance.  A  la  fin  de  l'exécution,  une  ovation  a  été 
faite  au  chef  d'orchestre,  M.  Mugnone. 

M™e   Amélie  Materna,  la   grande  interprète 
wagnérienne  va  rentrer  sous  peu  en  Europe  de  1 
sa  tournée  aux  Etats-Unis  ;  elle  doit  reparaître  | 
à  la  fin  de  la  saison  à  l'Opéra  de  Vienne,  pour  j 
y  faire  ses  adieux  à  la   scène,  et  célébrer  en  j 
même   temps    ses    noces    d'argent   artistiques,   j 
Elle  appartient,  en  effet,  depuis  1869  à  l'Opéra   j 
de  Vienne.  On  sait  que  la  Materna  avait  débuté 
comme  chanteuse  d'opérette  au  Carl-Theater 
de  Vienne.  | 

On  mande  de  Carlsruhe  que  M.  Félix  Mottl 
serait  appelé  à  la  direction  de  la  chapelle  de  la 
Cour  et  de  l'orchestre  du  Théâtre  royal  à  Mu- 
nich, en  remplacement  de  M.  Hermann  Levi. 
Celui-ci  prendrait  sa  retraite  à  la  fin  de  la  saison, 
après  vingt-deux  ans  d'exercice. 

BIBLIOGRAPHIE 

^  Signalons  aux  professeurs  de  solfège  et 
d'harmonie  les  Petits  tableaux  synoptiques  d'har- 


monie préparatoire,  de  M.  Ch.  Dillé.  (De  Aynssa, 
éditeur,  Bruxelles.)  L'auteur  dans  le  but  de  vulga- 
riser la  connaissance  des  principes  essentiels  de 
l'harmonie,  a  juxtaposé  sous  une  forme  toute 
nouvelle,  rendue  plus  claire  par  la  précision  des 
chiffres,  les  gammes  majeures  et  mineures;  en 
rapprochant  les  deux  gammes  relatives  de  chaque 
ton,  il  découvre  en  quelques  formules  mathéma- 
tiques tfès  simples  la  série  des  accords  que  peut 
supporter  chaque  degré  de  la  gamme.  On  ne  peut 
assez  recommander  ce  vade-mecum  extrêmement 
pratique  et  clair. 

PIANOS  ET  HARPES 

ÉKARD 

I      BRUXELLES  :  4.  rue  Latérale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 


Paris,  A.  DURAND   et  fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 

RICHARD    WAGNER 


LOHENGEIN 

Opéra   en  3   actes  et   4   tableaux 

Traduction  française  de  Ch.  Nuitter 

Partition  chant  et  piano,  prix  net  :  20  francs 

LE  VAISSEAU-FANTOME 

Opéra  en  3  actes 
Traduction  française  de  Ch.  Nuytter 

Partition  chant  et  piano,  pris  net  :  20  francs 


TANNHiEUSER 

Opéra  en  3  actes  et  4  tableaux 
Traduction  française  de  Ch.  Nuytter 
Partition  chant  et  piano  conforme  aux  exécu- 
tions modèles  de  Bayreuth,  prix  net  :  20  fr. 

RIENZI 

Opéra  en  3  actes  ' 

Trad.  franc,  de  Ch.  Nuytter  et  J.  Guillaume 

Partition  chant  et  piano,  prix  net  :  20  fr. 


Morceaux   de    chant    séparés.    —   Arrangements   pour    piano    seul, 

piano  à  quatre  mains,  deux  pianos  à  quatre  mains  et  huit  mains.  — Transcriptions  pour 

piano    et   instruments    divers 

Fragments    pour   orchestre    seul    et   orchestre   et  chant.    —    Musique    militaire 


TROIS  MÉLODIES 

L'Attente  (V.  Hugo),  1-2.     .     .     .     fr.  4 

Mignonne  (Ronsard) 4 

Dors  mon  enfant,  1-2     ....  4 


QUATRE  POÈMES  D'OPÉRAS 

Précédés    de   la  lettre    sur  la   musique 

Illustration  de  G.  Rochegrosse  et  F.  Marcotte 
PRIX  :   4  FRANCS 


LE  GUIDE  MUSICAL 


283 


NÉCROLOGIE 

Sont  décèdes  : 

A  Marseille,  Auguste  Caune, organiste  de  Saint- 
foseph,  auteur  de  pièces  pour  piano  et  pour  or- 
chestre (dont  l'une,  le  Pèlerinage  de  Kerlaar  d'après 
ïenri  Heine,  fut  exécutée  avec  succès  aux  Con- 
certs populaires  de  sa  ville  natale),  de  messes,  de 
)ièces  de  musique  de  chambre  et  d'un  oratorio,  le 
Veau  d'or,  qui  fut  exécuté  à  Genève.  Il  était  no 
!n  i8a6. 

—  A  Bologne,  César  Aria,  président  de  l'Aca- 
lémie  de  Bologne,  amateur  distingué  de  musique 
lui  s'est  fait  connaître  par  des  compositions  va- 
iées  (messe,  opéra,  cantates),  et  qui  fut  l'ami  de 
eunesse  de  Rossini.  Il  était  né  à  Bologne  en  1S20. 

^^^mwmjmm  et  concerts 

i  Paris 

prÉRA.  —  Du  12  au  17  mars  ;  La  Walkyrie.  Salammbô. 

'  Thaïs.  Bal  militaire. 

)pÉEA-C0MiQUE.    —    Du    II  au   17  mars  :  Mignon.  Le 

Dîner  de  Pierrot. La  Dame  blanche. Les  Deux  Avares. 

Phryné,   Fidès  et   Cavaleria  ruslicana.  L'Attaque  du 


moulin  et  les  Deux  Avares.  Mignon.  Phryné.  Fidès  et 
Cavalleria  rusticana,  Phryné,  Fidès,  et  Cavalleria 
rusticana. 

LES  CONCERTS  DU  DIMANCHE 

Chatelet.  —  Concert  sous  la  direction  de  M.  Félix 
Mottl  —  Œuvres  de  Berlioz  :  Ouverture  de  Benve- 
nuto  Celini  ;  duo  de  Béatrice  et  Benedict  :  Héro, 
Mm.-  Auguez  de  Montalant  ;  Ursule.  M""=  Planés  ;  ou- 
ouverlure  du  Carnaval  romain  ;  Roméo  et  Juliette 
(fragments).  -  Œuvres  de  R.  Wagner  :  Ouverture 
des  Maîtres  Chanteurs:  Tristan  et  Iseult  (prélude  du 
1"'  acte;  mort  d'Iseult,  scène  finale);  prélude  de  Par- 
sifal;  ouverture  de  Tannhasuser. 

Concert  Lamoureux  (Champs-Elysées).  -  Symphonie 
en  ré  mineur,  i^b  audition  (Bruckner);  TAmour  de 
Myrlo  (F.  Le  Borne),  M'Iiî  J.  Marcy;  ouverture  de 
Coriolan  (Beethoven);  Meister  Preislied,  M.  Gibert  ; 
duo  du  ii^i'  acte  du  Crépuscule  des  dieux  iWagner), 
M'"e  Marcy  et  M.  Gibert;  Marche  du  Tannhasuser 
(Wagner). 

Concert  d'Harcourt.  —  Troisième  audition  des  frag- 
ments des  Maîtres  Chanteurs  de  Nuremberg  (R.  Wag- 
ner), Hans  Sachs,  M,  Auguez;  Walter,  M.  Lafarge  ; 
Eva,  M""  Eléonore  Blanc.  Orchestre  et  chœur 
(i3o  exécutants). 


BUEÏTKOPP  &  E^ETEL,  BRUXELLES 

Editeurs-propriétaires   pour  tous   pays  de 
de    RICHARD     WAGNER 


l'Iiant  «t  i>i:iiio 

'artition,  version   franc,   de  V.  Wilder  (édition 

populaire  n°  5x5) 20   — 

dem,  traduct.  anglaise  par  H.  et  F.  Corder  (édi- 
tion populaire  n»  487) net  12  5o 

ilorceaux  lyriques  : 

N"  I.  Raillerie  de  Kurwenal —  65 

»  2   Conte  d'Iseult  à  Brangasne    .      .      .      .      2  85 

»  3.  Duo  d'amour i   25 

»  4.  Demande  de  Tristan  à  Iseult      .      .      .   —  gS 
1)  5   Réponse  d'Iseult  à  Tristan    .      .      .      .   ^  65 

»  6.  Apothéose  d'Iseult i  60 

-6s  mêmes  complets  (édition  popul.  n"  494)     net     5  — 

Piano  a  (lenx  mains 
'artition  sans  paroles  (édition  popul.  n°  481)  net  lo  — 

'rélude  (ouverture) i  25 

^otpourri 2  5o 

•-jtner,  R.  Fantaisie  sur  des  motifs  de  Tristan 

et  Iseult 2  

Heintz,  A.  Morceaux  tirés  de  Tristan  et  Iseult 

Cah.  I.  3  fr.  45  -  Cah.  2.  3  fr.  45  —  Cah.  3.  2  fr.  85 
-  Morceaux  tirés  de  Lohengrin  et  de  Tristan  et 
Iseult.  Complets  (édition  populaire  n»  421)  net    6  i5 
""sen,  Edouard.  Morceaux  lyriques  avec  texte  : 

N°  l.  Raillerie  de  Kurweual —  65 

»  2.  Conte  d'Iseult  à  Brangasne   .     .      .      .     2  20 

»  3.  Duo  d'amour —  95 

»  4.  Demande  de  Tristan  à  Iseult     .      .      .   —  gS 

"  5.  Réponse  d'Iseult  à  Tristan   .  .      .   —  gS 

6.  Apothéose  d'seult i  60 


Les 


mêmes  complets  (édit,  populaire  n»  420)    net     3  75 


Liszt,  F.  La  mort  d'Iseult  (scène  finale)    . 
Rubinstein,  Jos    Musikalicher  Bilder  ; 

N°  I.  Scène  d'amour.      .      .  .... 

»  2.  La  mort  de  Tristan 

<'inno  &  quatre  mains 

Partition 

Prélude  (ouverturei 

Potpourri 

Cramer,  H.  Fantaisie  sur  des  motifs  de  Tristan 

et  Iseult  :  Cahier  i.  Acte  premier     .... 

»        2.  Acte  deuxième  .... 

»       3.  Acte  troisième    .... 

Lassen,    Edouard.  Morceaux  lyriques  avec 

texte.  Arrangement  de  Hans  Sitt. 

N"  i.  Raillerie  de  Kurwenal 

»  2.  Conte  d'Iseult  ê  Brangéene    .... 

«  3.  Duo  d'amour 

>i  4.  Demande  de  Tristan  à  Iseult     . 

))  5.  Réponse  d'Iseult  à  Tristan    .... 

"  6.  Apothéose  d'Iseult 

Les  mêmes  complets  (édit.  populrire  n"  420)     net 
Liszt,  F.  La  mort  d'Iseult  scène  finale).  Arran- 
gement de  A.  Heintz 

Dc-ii.x  pianos  à  quatre  mains 
Prélude  (ouverture).  Arrangem.de  A.  Pringsheim 

Idem,  Second  piano  

La  mort  d'Iseult  (scène  fin.)  Arr.  de  A.  Pringsheim 
Prélude  et  mort  d'Iseult.  Arr   de  A.  Pringsheim. 

Deux  pianos  à  huit  mains 
Prélude  (ouverture).  Arrangera,  de  A.  Heintz      . 
La  mort  d'Iseult  (scène  fin.).  Arr.  de  A.  Heintz 


4  45 
3  75 

57  5o 

2  25 

3  i5 


3  75 


-  95 
3  i5 


Vient  de  paraître  :  TristàU  et  Iseult,  par  Maurice  KUFFEEATH.  Prix  :  5  francs. 


5  65 

6  go 


3  i5 
6  75 


284 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  lo  au  i8  mars  ; 

L'Attaque  du    moulin.  Werther  et   Pierrot  macabre. 

Aida.  L'Attaque  du  moulin.  Le  Prophète.  Relâche. 

Mercredi  21,  première  de  Tristan  et  Iseu.lt. 
Théâtre  des  Galeries  —  Sainte-Freya.  Boccace. 
Alcazae  royal.  —  Spectacle  varié. 
Conservatoire  royal  —Dimanche  iS  mars,  à  2  heures  : 

6<=  concerto  grosso  de   Hœndel;    Magnificat   de    J  -S. 

Bach;  Psaume  XVIII  de  Marcello. 
Hôtel  Ravenstein.  —  Mercredi  21  mars,  à   8   h.    }4' 

3^    séance   de  musique   de   chambre    donnée   par  le 

quatuor    Crickboom-Angenot-Hans-Merck,     avec    le 


concours  de  M"«  Louisa  Merck,  pianiste.  —  Pro- 
gramme :  Trio  en  ut,  op  87  (J.  Brahms),  M"°  Merck, 
MM  Crickboom  et  Merck  ;  Sonate  VII  (Beethoven), 
M"*  Merck  et  M  Crickboom;  Premier  quatuor  en  la 
mineur  (Schumann),  MM.  Crickboom,  Angenot,  Hans 
et  Merck. 

Liège 
Nouveaux  Concerts  (Salle  du  Conservatoire),  sous  la 
direction  de  M.  Sylvain  Dupuis  —  Dimanche 
18  mars,  à  3  h  }/^,  3"  concert  avec  le  concours  de 
M.  Eug.  d'Albert.  —  Ouverture  tragique,  op  81  ■ 
(J.  Brahms);  Concerto  n"  2,  op.  12  (Eug.  d'Albert), 
M.  Eug.d'Albert  ;Tod  und  Verklarung,  op.  24,  poème 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22.  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

r'  ^^  K,  I  s 

Propriétaires  des  œuvres  de  TscbaiUofVsBiy,  Gottschaik,   Prudent,  Allurd 
(les    âi-fhivcs   du   pitiuu    et   de   la    (célèbre    .flétiioilc    <lc   |tiauo    .%..    Le    Carpentîcr 

Seuls  dépositaires  de  l'Ëditâon  Cliarnot,  spécialeineat  consacrée  à  la  masique  de  violou 


P.    TSCHAIKOWSKT 

ŒUVRES       POUR      ORCHESTRE 


Op.  34.  Sclierzo-valse  pour  violon 

Partition  (copiée)     ....'.. 
Partses  séparées.      .      .  .      .  -5 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 
Op.  35.  Concerto  en  ce  majeur  pour  Aiolon 

Partition 12 

Parties  séparées.      ■ 18 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 
Op.  36.  Quatrième  symptLOnie  en /a  mineur  : 

Partition         25 

Parties  séparées 35 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     3 
Op.  39.  Douce  rêverie  et  Valse,  pièces  ex- 
traites    de     l'Album     d'enlants 
(nos   21  et  81,    arrangées  pour  instru- 
ments à  cordes. 

Partition i 

Parties  séparées 2 

Parties  supplémentaires     .      .      chaque     » 
Op.  43    Première  suite  d'orcîiestre  : 

I"  Introduction  et  fugue  ;  20  Divertisse- 
ment ;  3°  Andante  ;  4"  Marche  minia. 
ture;  5' Scherzo;  60  Gavotte. 

Partition 20 

Parties  séparées 3o 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     3 
Op.  43.  Marche  miniature  extraite  delà  suite  : 

Partition 2 

Parties  séparées 3 

Parties  supplémentaires  cordes  i'"'  et  2" 
violons  seulement.      .      .      .      chaque     i 
Op.  44.  Deuxième  Concerto  en  sol  majeur 
piano  ; 

Partition 20 

Parties  séparées 20 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    2 

Violon  solo I 

•   Violoncelle  solo i 


Op.  45.  Capriccio  italien  : 

Partition i5 

Parties  séparées 25 

Parties  supplémensaires  cordes    chaque     2 

Op.  48.  Sérénade  pour  instruments  à  cordes 
I»  Pièce  en  forme  de  sonatine  ;  2^  Valse  ; 
30  Elégie;  40  Finale  (thème  russe). 

Partition 8 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     2 

Op.  49.  Ouverture  solennelle  : 

Partition 10 

Parties  séparées.      .......   20 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5 

Op.  53.  Deuxième  suite  d'orchestre  : 

10  Jeu  des  sons;  2"  Valse;  3o  Scherzo  hu- 
moristique; 40  Rêves  d'enfant  5"  Danse 
baroque,  style  Dargomijsky. 

Partition 25 

Parties  séparées 3o 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    3 

Op.  55.  Troisième  suite  d'orchestre  : 

i»  Elégie  ;  2»  Valse  mélancolique  ; 
30  Scherzo  ;  4"  Thème  avec  variations. 

Partitiion 3o 

Parties  séparées 35 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    3 

Op.  56.  Fantaisie  en  sol  majeur  pour   piano, 
dédiée  à  M™"  Essipoff. 

Partition 10 

Parties  séparées 20 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque    3 

Op.  58.  Manfred,    symphonie    en    4    parties, 
d'après  Byron  : 

Partition 40 

Parties  séparées 7a 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    4 
(A  suivre./ 


LE  GUIDE  MUSICAL 


285 


symphonique  (R.  Strauss);  Sonate  appassionata, 
op.  57  (Beethoven),  M,  Eug.  d'Albert;  Prélude  du 
2'  acte  de  Gwendoline  (E.Chabrier);  Prélude  et  fugue 
en  ré  majeur  (Bach-d'Albert),  rondo  en  la  mineur 
(Mozart),  nocturne  op.  9,  n°  3  (Chopin),  rapsodie 
espagdole  (Liszt),  M.  Eug.  d'Alberl);  Ouverture  du 
Carnaval  romain  (H.  Berlioz). 

Dimanche  20  mai,  à  3  h.  J^,  i"'^  et  2"  actes  de  Tristan  et 
Iseult  de  R.  Wagner.  M.  E.  Van  Dyck,  du  Théâtre- 
Impérial  de  Vienne  et  du  Théâtre  de  Bayreuth,  chan- 
tera le  rôle  de  Tristan. 

Berlin 

Opéra-Impérial.  —  Du  11  au  18  mars  :  Les  Medici. 
Rheingold.  Mara  et  Puppenfee.  I  Pagliacci  et  Falstaff. 


Lohengrin.    Les  Medici.   Falstaff.   Tannhasuser.  Or- 
phée. 

Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  La  Guerre 
joyeuse. 

Vienne 

Opéra-Impérial.  —  Du  11  au  18  mars  :  Freyschûtz.  La 
Reine  de  Saba.  Werther.  La  Walkyrie.  I  Pagliacci 
et  Terre  et  soleil.  Le  Baiser  et  le  Diable  au  pension- 
nat. Les  Joyeuses  Commères  de  Windsor  et  Valse 
viennoise.  Lohengrin.  Manon. 

Carl  Theater.  —  Charley's  Tante.  Tannhœuser.  La 
Princesse  de  Trébizonde. 

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Tsiganes. 


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Clavier-begleitung Mark 


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Wiegenlied,  fiir  Violine  und  Orchester 
oder  Quartett,  oder  Pianofortebeglei- 
tung Mark    2  — 


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Nos  I.  Pastorale 

2.  Méditation 

3.  Marche  solennelle 

OP.   21.    —   2"=   LIVRAISON 

Nos  4.  Adoration 

5.  Canzona 

6.  Sortie  solennelle 


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286 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Dresde 

Opéra.    -    Du  12  au  iS  mars  :  La  Walkyrie.  Lucie  de 
Lammermoor.    Obéron.    Les  Joyeuses   Commères  de 
Windsor.  Répétition  générale  publique.  Concert  an- 
nuel du  dimanche  des  rameaux. 
Munich 

Opéra.  -  Du  ii  au  18  mars  :  Faust  (Gounod).  Le  Vais- 
seau-Fantôme (avec  M.  Reichmann).  Egmont.  Wie- 
land  le  forgeron  (Jauger),  première.  Tell.  Concert  de 
l'Académie  musicale  :  Franciscus(Edgard  Tinel). 

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Maurice  Kufferath 

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SOMMAIRE 

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théâtre  de  la  Monnaie. 

Marcel  Remy  :  Thaïs  de  MM.  L.  Gallet  et 
Jules  Massenet,  à  l'Opéra  de  Paris. 

F.  Mottl  au  Châtelet. 

Chronique  bc  la  Semaine  :  Paris  et  Bruxelles  :  Con- 
certs divers. 

Corrcsppnbaïuts  :  Amsterdam,  Anvers,  Berlin, 
Dresde,  Liège,  Lille,  Marseille,  Strasbourg,  Tour- 
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40»  ANNÉE.  —  Numéro  i3. 


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33  mars  1894. 


TRISTAN  ET  ISEULT 

AU  THÉÂTRE  DE  LA  MONNAIE 


ANS  le  concert  d'éloges  décernés  à 
MM.  Stoumon  et  Calabresi  et  aux 
artistes  qui  viennent  de  représenter 
Tristan  et  Isetilt  sur  la  scène  de  la  Mon- 
naie (i),  je  serai  peut-être  le  seul  à  apporter  une 
note  discordante,  et  c'est  bien  à  regret,  je  prie 
de  le  croire.  Je  ne  veux  pas  troubler  la  joie  de 
ceux  qui  ont  pu  éprouver  quelque  plaisir  à 
cette  «  exécution  »  —  c'est  le  mot  —  d'un  in- 
comparable chef-d'œuvre,  ni  méconnaître  l'ef- 
fort très  sérieux  que  Tétude  de  leurs  rôles  a  dû 
coûter  à  tous  les  interprètes.  Mais  la  question 
d'art  prime,  cette  fois,  toutes  les  convenances 
personnelles,  et  je  demande  à  pouvoir  dire  ma 
pensée  librement  et  sans  réserve,  en  me  plaçant 
au  seul  point  de  vue  de  la  compréhension  de 
l'œuvre  et  de  la  question  esthétique  qui  est  ici  en 
jeu.  Tristan  est  une  création  de  si  haute  portée, 
d'une  poésie  si  intense,  qu'il  est  impossible 
d'en  parler  avec  l'indifférence  lassée  qu'on 
accorde  à  nos  ordinaires  et  vulgaires  jeux  scé- 
niques.  Il  faut  se  demander  pourquoi  cette 
œuvre,  si  profonde  et  partout  ailleurs  si  puis- 
sante, a  paru,  ici,  terne,  grise,  veule,  sans 
accent,  et  pourquoi  elle  a  fait  bâiller  la  moitié 
de  la  salle.  Car  il  n'y  a  pas  à  mâcher  les  mots  : 
on  s'est  ennuyé  ferme,  en  dépit  des  feux  d'arti- 
fice de  la  presse  parisienne  et  bruxelloise  en 
l'honneur  du  théâtre  de  la  Monnaie. 


11;  Le  mercredi  21  mars  189.J.  Voici  la  distribution  ; 
Tristan,  M.  Cossira  ;  Iseult,  M""  Tanesy;  Brangaine, 
Mlle  Wolf  ;  Kourwenal,  M  Seguin  ;  le  roi  Marke,  M.  Le- 
quien;  Melot.  Danlée;  un  matelot,  M.  Isouard;  le 
pâtre,  M.  Isouard;  le  pilote:  M.  Maas.  Chef  d'orches- 
tre :  M.  Flon. 


Je  serai  peut-être  seul  à  le  dire,  quoique 
beaucoup  le  pensent  ;  mais  il  faut  qu'on  sache 
que  cette  représentation  n'est  qu'une  triste  pa- 
rodie de  l'œuvre  et  que  ce  Tristan  de  la  Mon- 
naie ressemble  autant  au  vrai  Tristan  qu'un 
chromo  à  un  Rubens. 

Ce  n'est  pas  que  l'œuvre  ait  été  volontaire- 
ment travestie,  ni  que  l'interprétation  en  soit 
mauvaise  :  elle  est  pis  que  cela  :  elle  est  mé- 
diocre,— médiocre  comme  toutes  les  exécutions 
que,  depuis  trois  ans,  on  nous  offre  à  la  Mon- 
naie ; 

Médiocre,  parce  que  d'un  bout  à  l'autre  il  y 
a  manqué  cet  esprit  et  ce  sens  artiste  qui  étaient 
indispensables  ici  plus  que  jamais  ; 

M  diocre,  parce  que  les  plus  regrettables 
traditions  de  l'odieuse  routine  théâtrale  s'y  in- 
gèrent dans  toute  leur  hideur  ; 

Médiocre,  parce  que  du  commencement  à  la 
la  fin,  la  compréhension  la  plus  élémentaire  des 
conditions  d'une  représentation  scénique  con- 
forme à  la  poétique  de  l'œuvre  et  aux  exigences 
légitimes  de  l'auteur  faisait  totalement  défaut; 

Médiocre,  parce  qu'elle  n'a  été  qu'une  repro- 
duction banale,  vulgaire,  plate  et  sans  nerf. 

Et  cela  par  la  faute  d'un  homme,  d'un  seul, 
de  celui  qui,  par  sa  situation  et  son  autorité 
aurait  pu  et  aurait  dû  inspirer  à  tout  son  per- 
sonnel la  flamme  sainte,  le  noble  souci  de 
l'œuvre  d'art,  et  qu'il  ne  l'a  pas  fait.  Cet  homme, 
je  le  dénonce  sans  hésitation,  c'est  M.  Oscar 
Stoumon. 

Oh!  je  sais  qu'on  va  m'accuser  de  parti  pris, 
qu'on  va  me  reprocher  de  lui  chercher  une 
querelle  personnelle,  on  voudra  deviner  toutes 
sortes  d'influences, d'inspirations,  de  rancunes... 
Peu  m'importe.  Je  ne  regretterais  qu'une  chose, 
c'est  que  M.  Stoumon  pût  me  croire  animé  de 
sentiments  hostiles  à  son  égard.  Je  sais  qu'il 
est  un  galant  homme,  un  très  honnête  et  loyal 
bourgeois,  estimable  absolument,  et  digne  de 
tout  point  de  la  considération  dont  on  l'entoure 
et  que  je  luijporte.  Ce  n'est  pas  à  lui  personnel- 


292 


LE  GUIDE  MUSICAL 


lement  que  j'en  ai,  c'est  au  directeur  du  théâtre 
de  la  Monnaie.  C'est  à  celui-ci  que  je  cherche 
une  querelle,  mais  une  querelle  d'artiste,  et  celle- 
là  complète,  radicale,  absolue.  Qu'il  exploite 
le  théâtre  de  la  ville  comme  il  l'entend  ;  qu'il 
offre  à  la  masse  brute  des  abonnés  la  pâture  que 
réclame  et  dont  se  contente  une  grossière  esthé- 
tique, c'est  affaire  entre  lui  et  eux.  Je  ne 
suis  pas  plus  royaliste  que  le  roi  ;  et,  puisque  le 
public  de  Bruxelles  ne  proteste  que  par  son 
silence  et  son  abstention  contre  le  répertoire 
fripé  et  les  troupes  au  rabais  qu'on  lui  offre,  je 
fais  comme  la  plupart  des  artistes  et  des  gens  de 
goût,  je  m'abstiens  d'aller  au  théâtre  que  sub  - 
sidie  la  ville,  que  nous  subsidions  tous  pour 
qu'il  nous  donne  des  représentations  dignes 
d'une  capitale.  Voilà  pour  l'ordinaire. 

Mais  cette  fois,  il  s'agit  d'autre  chose,  il  s'agit 
d'une  œuvre  d'art  exceptionnelle,  d'un  pur 
chef-d'œuvre  musical  et  poétique,  et  quand  je 
le  vois  traité  avec  moins  de  soin  que  la  plus 
banale  des  productions  du  boulevard  parisien, 
le  point  de  vue  change  du  tout  au  tout,  et  au 
nom  de  tous  ceux  qui  ont  si  peu  que  ce  soit  de 
sentiment  artiste  au  cœur,  je  crie  énergique - 
ment  pour  eux  tous  et  avec  eux  tous  :  Halte-là  ! 
H  and' s  ojf,  à  bas  les  pattes  !  Faites  votre  métier 
d'imprésario  en  conscience  et  selon  vos  apti- 
tudes, mais  ne  touchez  pas  à  ces  choses  sacrées 
pour  nous  !  Vous  êtes  incapable  vous  êtes  in- 
digne ! 

Ce  qui  aggrave  le  cas  de  M.  Stoumon,  c'est 
qu'il  avait  sous  la  main  des  éléments  suffisants 
pour  nous  donner  au  moins  une  exécution  con- 
venable ;  un  très  bel  orchestre,  des  artistes 
jeunes,  inexpérimentés  sans  doute, mais  souples, 
en  somme,  pleins  de  bonne  volonté  et  qui 
n'eussent  pas  demandé  mieux,  j'en  suis  sûr, 
que  d'être  initiés  ;  des  décorateurs  habiles, 
n'ayant  point  l'horreur  des  innovations,  et  qui, 
sur  une  simple  indication  intelligente,  eussent 
créé  des  merveilles  picturales. 

Ce  que  je  lui  reproche,  c'est  de  n'avoir  rien 
su  tirer  de  ces  éléments,  par  paresse  d'esprit, 
par  langueur  de  tempérament,  par  ignorance, 
oui  par  ignorance  crasse  et  ladrerie  indécente 
Car  il  faut  savoir  de  quoi  se  compose  l'appareil 
décoratif  de  Tristan,  et  cela  suffira  pour 
donner  une  idée  du  souci  d'art  qui  a  été 
apporté,  par  exemple,  à  la  mise  en  scène. 

Au  premier   acte,  la  tente  sur   le  pont   du 


navire  est  celle  qui  sert  dans  Haydée,  et  qu'on 
est  allée  chercher  dans  les  combles  du  magasin 
de  décors  ;  au  deuxième  acte,  on  voit  le  burg  du 
quatrième  acte  de  Sigiird  et  le  jardin  se  com- 
pose de  pièces  rapportées  d'Orphée  et  de  diffé- 
rents bois  rafistolés  tant  bien  que  mal  ;  au  troi- 
sième acte,  une  porte  d'un  vieux  burg  roman, 
empruntée  à  quelque  opéra  disparu  de  l'ancien 
répertoire  (les  Monténégrins,  je  crois),  se  pro- 
filant sur  un  ciel  et  une  mer  «  à  angles  coupés  » , 
traversés  par  des  bandes  de  frises  en  toile 
blanche  grossièrement  découpée,  sur  lesquelles 
on  voit  tout  le  temps  des  lampes  projeter  de 
grands  ronds  lumineux.  C'est  cet  amalgame  pi- 
teux, qui  doit,  suivant  l'esthétique  de  M.  Stou- 
mon, donner  au  spectateur  l'impression  du 
milieu  de  légende,  poétique  et  suggestif,  voulu 
par  Wagner  et  si  justement  réalisé  à  Bayreuth  ! 
Pour  les  costumes,  c'est  pis  encore.  Les  pho- 
tographies de  Bayreuth  existent,  il  suffisait  de 
les  copier  ou  tout  au  moins  de  s'en  inspirer  ! 
Ah  ouiche  !  C'est  bien  le  cadet  des  soucis  de 
M .  Oscar  Stoumon  qu'il  y  ait  une  fidélité  quel  ■ 
conque  dans  l'habillement  de  son  personnel  ! 
On  a  vu  au  premier  acte  M^^<^  Tanésy  paraître 
sur  le  pont  du  bateau  avec  une  robe  blanche  au 
corsage  soigneusement  ajusté,  amplement  dé- 
coupé, les  épaules  et  les  bras  nus,  et  sur  les 
hanches  une  vaste  ceinture  de  soie  vert  d'eau. 
Au  ix^  siècle  !  Et  pour  faire  la  traversée  d'Ir- 
lande en  Cornouailles  !  Le  noble  chevalier 
Tristan  est  affublé  d'un  costume  de  lutteur 
de  foire.  Sur  le  pont  du  navire,  les  matelots 
ont  le  bonnet  phrygien  rouge  des  matelots 
de  la  Muette,  ce  qui  était  certes  inattendu 
sur  un  bâtiment  breton  ;  et  les  soldats  de 
garde,  après  une  traversée  de  plusieurs  jours, 
ont  leurs  casques  et  leurs  armures  astiqués  et 
brillants  comme  s'ils  sortaient  du  magasin 
d'accessoires.  Au  deuxième  acte,  le  roi  Marke, 
au  moment  où  il  découvre  la  mésaventure  con- 
jugale que  lui  arrive,  paraît  avec  un  costume 
d'un  jaune  orange  qui  eût  provoqué  un  im- 
mense éclat  de  rire,  partout  ailleurs  qu'à  Bru- 
xelles, où  l'on  n'a  pas  le  sens  du  comique  des 
choses  ;  et  ce  bon  roi  a  la  couronne  en  tête  et  le 
manteau  royal  sur  les  épaules  au  retour  d'une 
partie  de  chasse  nocturne  !  Ce  même  costume, 
il  le  porte  encore  au  troisième  acte,  affublé 
cette  fois,  d'un  manteau  rouge  pour  assister 
à  la  mort  des  deux  amants  !   Je  passe  sur  bien 


LE  GUIDE  MUSICAL 


293 


d'autres  détails  grotesques  ou  monstrueux  d'une 
mise  en  scène  aussi  déplaisante  de  mauvais 
goût  que  déplacée  au  regard  du  caractère  de 
l'œuvre.  Par  exemple,  cette  coupe  qui  au 
premier  acte,  jetée  sur  le  sol,  décrit  sur  le 
plancher  de  la  scène  un  long  parcours  en 
faisant  entendre  par  dessus  les  délicates  bro- 
deries de  l'orchestre,  un  bruit  de  toupie  de 
zinc  qui  achèverait  ses  évolutions.  Ou  encore, 
ce  simple  lumignon  destiné  à  figurer  la  torche 
à  l'entrée  des  appartements  d'Iseult,  et  qui  est 
si  frêle  qu'il  fait  paraître  ridicule  la  tragique 
exclamation  d'Iseult  :  «  O  lumière,  fusses-tu  le 
flambeau  de  ma  vie,  je  t'éteins  sans  trembler!  » 
A  Bayreuth,  à  ce  moment,  la  scène  s'obscur- 
cissait subitement,  avec  le  dernier  éclat  de  la 
iiamme  qui  s'éteint;  il  faisait  nuit  noire;  les 
lugubres  accords  de  l'orchestre  s'expliquaient 
et  étaient  commentés  dans  leur  vrai  sens.  Le 
moins  initié  des  spectateurs  comprenait  que 
l'extinction  de  cette  torche  est  l'acte  fatal  qui 
noue  les  destinées;  et,  si  obtus  ou  niais  qu'il 
fût,  il  était  violemment  saisi.  Que  voulez-vous 
qu'il  éprouve  au  simulacre  qui  s'exécute  à  la 
Monnaie,  sous  le  rayon  insipidement  bleu  d'une 
lune  de  théâtre  ? 

Et  l'on  dit  que  M.  Stoumon  est  allé  à  Bay- 
reuth, pour  voir  «  la  pièce  »  et  recueillir  les  indi- 
cations nécessaires?  Que  serait-il  arrivé,  s'il  n'y 
était  pas  allé  !  Et  qu'a-t-il  vu?  Qu'a-t-il  noté? 
Qu'a-t-il  compris  ?  A-t-il  seulement  compris  ? 

Ce  sont  là,  me  direz-vous,  des  détails  maté- 
riels sans  importance.  C'est  ainsi  que  raisonne 
évidemment  M.  Stoumon.  C'est  justement 
pourquoi  je  l'accuse  d'ignorance,  parce  qu'il 
ne  sait  pas  que  ces  détails, Wagner,  avec  raison, 
les  avait  réglés  tous  avec  un  soin  méticuleux, 
qu'il  en  tirait  des  effets  de  suggestion  destinés  à 
concourir  à  l'expression  dramatique  ;  je  l'accuse 
d'ignorance,  parce  qu'il  ne  sait  pas  utiliser  les 
ressources  de  l'éclairage  électrique  mis  à  sa  dis- 
position par  la  Ville,  qu'il  ne  connaît  rien  des 
améliorations  apportées  ailleurs  à  l'appareil 
scénique,  afin  d'éviter  ces  grossièretés  de  réali- 
sation qui  désenchantent  le  spectateur  le  moins 
sensitif  ;  je  l'accuse  d'ignorance,  parce  qu'ayant 
pu  le  faire,  il  n'a  rien  lu  des  ouvrages  qui  ont 
appelé  l'attention  et  expliqué  l'importance  de 
la  mimique  dans  les  œuvres  de  Wagner  et 
qu'ainsi  il  s'est  trouvé  incapable  de  donner  aux 
interprètes    les    indications   dont    ils    avaient 


besoin.  Il  ne  dépendait  pas  de  M.  Stoumon 
seul  de  donner  à  M'i^  Tanésy  une  flamme 
qu'elle  n'a  pas,  ni  l'énergie  dramatique,  dont 
sa  mollesse  naturelle  l'éloigné;  il  ne  pouvait 
enlever  à  M.  Cossira  le  sourire  béat  qui  erre 
incessamment  sur  sa  bouche  en  cœur,  ou  lui 
apprendre  l'art  de  la  diction  simple  et  la  dis- 
tinction du  geste. 

Mais  il  aurait  pu  régler  leurs  mouvements, 
corriger  leurs  gestes  conventionnels,  indiquer  à 
Mlle  Tanésy  la  portée  dramatique  de  certaines 
paroles,  recommander  à  M.  Cossira  de  se  péné- 
trer de  la  noblesse  de  son  personnage,  qui 
n'est  pas  un  vulgaire  troubadour  d'opéra 
comique.  Il  me  faudrait  des  colonnes  pour 
noter  ici  tous  les  contresens,  les  fautes  gros- 
sières d'accent,  les  erreurs  d'expression,  qui 
trahissaient  l'incompréhension  radicale  de  la 
poétique  du  drame  et  qu'avec  un  peu  de  soins 
on  aurait  pu  aisément  corriger.  M''^  Tanésy, 
par  exemple,  n'a  point  paru  être  pénétrée 
du  sens  de  ce  qu'elle  disait  en  s'écriant  : 
«  Tête  vouée  à  la  mort,  cœur  marqué  pour 
la  mort  »  ;  elle  a  chanté  son  grand  récit  tran- 
quillement, sans  nuances,  d'une  voix  pure 
sans  doute  et  remarquablement  juste  en  ses  in- 
tonations, mais  sans  rien  marquer  de  la  pro- 
fonde et  amère  ironie  qu'elle  aurait  dû  mettre 
dans  cette  partie  du  récit  où  elle  rappelle  la 
belle  action  accomplie  par  Tristan  en  deman- 
dant sa  main  pour  le  roi  fatigué  de  Cornouail- 
les.  Avec  quelle  indifférence  elle  accueille 
Tristan  à  son  entrée,  comme  si  rien  ne  devait 
se  passer  en  elle  à  cette  heure  de  la  suprême 
entrevue  avec  celui  qui  la  trahit  et  qu'elle 
aime  !  Avec  quelle  placidité  elle  se  voue,  elle  et 
lui,  à  la  mort  !  Et  quand  elle  vide  la  coupe  rem- 
plie du  poison  mortel,  qui  aurait  pu  soupçon- 
ner dans  sa  physionomie  la  fureur  passionnée 
qui  la  brûle?  Au  deuxième  acte,  nous  avons  eu 
la  joie  de  l'entendre  chanter  au  public,  comme 
une  romance,  la  délicieuse  phrase  :  «  Non,  ce 
n'est  pas  le  cor,  c'est  le  murmure  de  la  source 
que  j'entends!  »  tandis  que  Brangaine  allait 
faire  un  petit  tour  dans  le  fond  du  jardin. 

Et  que  dire  des  gestes  de  M.  Cossira,  de  son 
attitude,  la  tête  dans  les  épaules,  au  moment  où 
il  paraît  devant  sa  souveraine,  de  la  noblesse 
avec  laquelle  il  lui  remet  son  épée,  de  sa  façon 
de  scander  le  couplet  à  la  Nuit  dans  le  duo 
d'amour    du    second    acte,    de    ce    bras    qui 


294 


LE  GUIDE  MUSICAL 


s'allonge  vers  le  roi  Marke  au  moment  où  il 
invite  Iseult  à  le  suivre  «  au  sombre  royaume  où 
ne  luit  pas  le  Jour  »  !  Que  dire  du  traître  Melot, 
qui,  pendant  tout  le  discours  du  roi  Marke, 
cause  tranquillement  avec  ses  compagnons 
d'armes,  et  tout  à  coup  entre  en  fureur  sans 
qu'il  ait  un  seul  instant  écouté  ce  qui  s'est  dit  ! 
Et  de  ce  bon  roi  Marke,  au  moment  où  Iseult 
expire,  qui,  impassible  et  tournant  le  dos  à  la 
scène,  s'entretient  de  ses  petites  affaires  avec  le 
chef  de  ses  gardes  du  corps  ! 

On  dira  tout  ce  qu'on  voudra  de  la  difficulté 
de  la  partition,  de  l'exceptionnelle  étendue  des 
deux  rôles  principaux,  de  pareilles  hérésies 
trahissent  tout  simplement  l'absolue  incompé- 
tence de  celui  qui  était  appelé  à  diriger  toute 
la  mise  au  point,  sa  supérieure  incompréhen- 
sion de  l'œuvre  malgré  ce  qu'il  avait  vu 
et  observé  à  Bayreuth.  Seul,  un  artiste  fait 
tache  dans  l'ensemble,  il  fait  tache  par  le 
souci  avec  lequel,  sans  modèle  et  sans  indica- 
tion, il  s'est  efforcé  de  réaliser  le  type  conçu 
par  Wagner.  Cet  artiste,  c'est  M.  Séguin.  Avec 
quel  art  il  varie  ses  attitudes,  sa  diction,  ses 
gestes,  sa  marche,  pendant  la  longue  scène  de 
l'agonie  de  Tristan  qu'il  anime  seul  de  sa  mi- 
mique !  Avec  quelle  émotion  vraie  et  poignante, 
il  a  jeté  du  haut  du  parapet  le  cri  de  victoire 
annonçant  que  le  navire  d'Iseult  avait  enfin 
passé  les  écueils  de  la  rade  !  Le  seul  qui 
ait  compris  —  parce  qu'il  a  eu  la  conscience 
d'étudier  son  rôle,  —  c'est  lui.  C'est  un  hon- 
neur pour  un  théâtre  de  posséder  un  pareil 
artiste  ;  et  puisqu'il  n'y  avait  personne  à  la 
Monnaie  pour  diriger  les  études  en  connais- 
sance de  cause,  ni  directeur,  ni  régisseur, 
ni  répétiteurs,  ni  chef  d'orchestre,  que  ne 
s'adressait-on  à  lui  ? 

Quant  à  l'orchestre,  je  voudrais  pouvoir  rati- 
fier les  éloges  dont  on  a  comblé  M.  Philippe 
Flon.  Mais  n'ayant  ni  ballet,  ni  Attaque  du 
Moulin  à  faire  passer  à  la  Monnaie,  je  n'ai 
aucune  raison  pour  lui  ménager  la  vérité,  si 
dure  qu'elle  puisse  être.  Ses  quaUtés  comme 
chef  d'orchestre  sont  connues  ;  M .  Flon  a  un 
excellent  bras,  il  a  de  la  fermeté  et  il  tient  bien 
en  main  ses  instrumentistes  ;  mais  il  est  brutal, 
il  ne  voit  que  les  gros  effets  et  l'art  des  nuances 
finement  graduées  lui  échappe  complètement. 
Tout  le  début  du  premier  acte,  si  délicat,  si 
vivant,  si  animé  par  les  contrastes  non  seule- 


ment de  coloration  et  d'expression,  mais  encore 
par  les  variations  de  mouvement  qu'indique  la 
partition,  a  été  mené  dans  une  allure  de  pas 
accéléré,  avec  ensemble  je  le  le  veux  bien,  mais 
•sans  la  moindre  notion  des  oppositions  de 
calme  et  de  fureur,  de  passion  sombre,  d'ironie 
enfiévrée  qui  seraient  ici  nécessaires.  C'a  été  un 
flot  continu  de  sonorités,  tantôt  violentes, 
tantôt  atténuées,  se  succédant  arbitrairement 
sans  lien  moral  ni  raison  symphonique.  Faut-il 
parler  du  prélude  du  deuxième  acte  et  du  déli- 
cieux  épisode  de  la  chasse  du  roi  Marke,  raclé 
à  tour  de  bras  et  devenu  une  bouillie  informe 
de  sonorités  cuivrées  !  Il  faut  n'avoir  aucun  sens 
poétique,  ni  même  musical,  pour  gâcher  de  la 
sorte,  —  et  je  ménage  mes  expressions,  - 
cette  pure  merveille  de  musique  pittoresque. 
Et  quelle  lourdeur  dans  les  transitions  qui 
relient  les  divers  épisodes  de  la  scène  d'amour  ! 
Dans  le  finale,  M.  Flon  avait  pris  un  tel  temps 
de  galop  que  ni  M'ie  Tanésy,  ni  M.  Cossira  n'ont 
pu  suivre.  Je  n'insiste  pas  sur  l'absence  de 
compréhension  dans  le  rendu  de  l'incomparable 
prélude  du  troisième  acte,  avec  ses  tierces  de 
flûtes  si  poétiques  et  ici  rendues  platement  en 
mesure  !  Ni  sur  le  solo  du  cor  anglais,  l'air  triste 
du  pâtre,  joué  lui  aussi  à  quatre  temps,  sans 
aucune  intlexion!  Et  la  rentrée  des  basses  sur 
ce  thème,  si  délicatement  scandé  à  Bayreuth  et 
ici  lourdement  accentué  ! 

Ce  n'est  pas  seulement  le  sens  artistique  qui 
était  en  défaut;  je  dis  que  M.  Flon  ignorait 
même  sa  partition,  —  car  je  pourrais  lui  signa- 
ler nombre  de  dessins  caractéristiques,  de 
détails  polyphoniques  ou  harmoniques  impor- 
tants parce  qu'ils  ont  un  but  expressif,  qu'il  n'a 
pas  su  mettre  en  relief.  Et  mes  observations  à 
ce  sujet  se  sont  trouvées  corroborées  par  celle 
de  cinq  ou  six  musiciens  qui,  connaissant  à  fond 
la  partition,  ont  comme  moi,  noté  ces  lacunes 
compromettantes . 

Non,  jamais,  on  ne  me  fera  dire  de  cette 
lamentable  exécution  qu'elle  a  été  une  inter- 
prétation de  l'incomparable  tragédie  d'amour. 
Je  ne  veux  pas  méconnaître  la  somme  d'efforts 
dépensés,  et  je  louerai  M"e  Tanésy,  en  dépit  de 
son  insuffisante  éducation  dramatique,  de  la 
vaillance  vocale  dont  elle  a  fait  preuve;  j'ai  ap- 
plaudi sans  réserve  M.  Cossira,  au  troisième! 
acte,  encore  qu'il  ait  mis  peu  d'expression  dans] 
le  merveilleux  récit  (d'ailleurs  très  écourté),  où 


LE  GUIDE  MUSICAL 


295 


il  rappelle  à  Kurwenal  la  mort  de  sa  mère  ; 
j'ai  applaudi  à  la  diction  claire  et  compréhen- 
sible de  M"«  Wolff,  toujours  consciencieuse  et 
attentive  au  caractère  dramatique;  j'ai  applaudi 
M.  Lequien,  qui  a  su  faire  accepter  le 
difficile  monologue  du  roi  Marke  ;  j'ajouterai 
même  que  le  combat  sous  la  porte  du  burg, 
tout  à  la  fin  de  l'œuvre,  avait  été  très  bien 
réglé  et  a  été  exécuté  avec  un  réalisme  saisissant. 

Mais  j'ai  bien  peur  que  ces  quelques  pages 
convenablement  rendues  ne  suffisent  pas  pour 
maintenir  l'œuvre  au  répertoire,  même  jusqu'à 
la  fin  de  la  saison.  La  poésie,  le  charme  sont 
absents.  Et  à  ce  propos,  M.  Sloumon  me  per- 
mettra de  lui  rappeler  un  article  qu'il  publiait  ici 
même,  dans  le  Guide  Musical,  dont  il  fut 
autrefois  le  chroniqueur  théâtral,  à  propos  de 
l'exécution  du  Vaisseau-Faiitônie,  sous  la 
direction  Vachot  (1872).  «  L'œuvre,  disait-il, 
possède  tout  ce  qu'il  faut  pour  réussir  brillam- 
ment et  prendre  place  au  répertoire,  en  tête  des 
ouvrages  les  plus  fêtés,  et  cependant  le  Vais- 
seau-Fantôme a  fait  four.  A.  qui  la  faute?  A 
l'exécution...  C'est  à  l'exécution  seule  que 
revient  la  responsabilité  du  désastre.  On  aura 
beau  faire  et  beau  dire,  la  masse  du  public  ne 
séparera  jamais  l'œuvre  des  interprètes  et  les 
interprètes  du  Vaisseau- Fantôme  laissent 
grandement  à  désirer.  Ce  n'est  pas  avec  un 
Hollandais  impossible,  une  Senta  fatiguée,  des 
chœurs  flasques  et  un  orchestre  sans  vie  que 
le  Vaisseau-Fantôme  pouvait  réussir.  Il  a 
sombré,  nous  l'avions  prévu  aux  répétitions.  A 
quand  la  résurrection?  » 

Ce  que  M.  Stoumon  disait  du  Vaisseau- 
Fantôme,  en  1872,  on  peut  le  dire  aujourd'hui, 
à  quelques  nuances  près,  de  Tristan  et  Iseult. 
Et  nous  aussi,  nous  demandons  : 

A  quand  la  résurrection  ? 

Maurice  Kufferath. 


thaïs 


Comédie  lyrique  en  trois  actes  et  sept  tableaux.  Poème 
de  M.  Louis  Gallet,  d'après  le  roman  de  M.  Anatole 
France;  musique  deM.  J.  Massenet. 

fri  \NcoRE  un  enfant  renégat  !  un  jeune  fin-de- 
'it^iv  siècle  qui  veut  méconnaître  la  boutique 
tii^S'  familiale  de  quincaillerie  et  s'octroie  gra- 


cieusement la  particule  (un  peu  longue)  de 
«  comédie  lyrique  ».  Mais,  indulgent,  le 
vieil  opéra,  père  noble  bien  rente,  paisible 
dans  son  capitalisme  artistique,  sourit  dans  sa 
fausse  barbe  et  reconnaît  les  siens. 

Et  ceux-ci,  —  comme  on  se  fait  blanchir  à 
Londres,  — ■  ont  beau  faire  habiller  leurs  idées 
à  Bayreuth.  Boutades  que  tout  cela.  Sous 
l'accoutrement  à  la  mode,  l'air  de  famille  se 
trahit;  leur  place  s'apprête  dans  la  galerie  des 
ancêtres,  à  la  suite  du  grand  homme  de  la 
lignée,  Meyerbeer,  cet  oncle  d'Amérique,  et 
de  Bizet,  ce  parent  pauvre.  La  même  «  con- 
cession »,  —  à  perpétuité  peut-être,  —  les 
attend. 

Elle  était  pourtant  savamment  cuisinée,  cette 
première  de  Thaïs  :  petites  notes  préalables 
dans  les  courriers  de  théâtres,  petites  réclames 
H  suivez-moi,  jeune  homme  »,  coups  d'œil  fur- 
tifs  et  prometteurs  sur  les  attractions  sensa- 
tionnelles (oh  combien  !),  engagement  d'outsi- 
der, chorégraphie  efficace,  etc. 

Hélas  !  la  poulette  aux  yeux  d'or  voit  sa 
santé  compromise  ;  la  foule,  névrosée,  jus- 
qu'alors docile,  s'insurge  à  présent  devant  la 
fadeur  de  la  mixture.  L'aphrodisiaque  n'agit 
plus  autant  :  l'ère  des  doses  massives  com- 
mence. 

M.  Massenet  peut,  seul  désormais,  passer 
encore  avec  un  simulacre  conquérant,  par  cette 
porte  maintenant  banale,  que  jadis  il  enfonça 
pourtant  ;  le  seuil  est  usé  par  les  genoux  res- 
pectueux ou  les  pieds  impatients  des  généra- 
tions :  tout  le  monde  a  fait  ou  voulu  faire  du 
Massenet,  la  vogue  s'est  peu  à  peu  dissipée  ; 
mais  M.  Massenet  a  encore  le  droit  imprescrip- 
tible de  faire  du  Massenet.  Seul,  il  peut  encore 
offrir  de  ce  «  vin  de  sucrage  » ,  parce  que,  après 
tout,  la  vigne  est  à  lui. 

Et  c'est  mélancolique  de  voir  s'offrir  la  même 
grâce,  la  même  joliesse  mutine,  s'illusionnant, 
à  présent,  sur  son  pouvoir  captivant.  «  Pour- 
quoi se  détourner,  dit-elle,  n'ai-je  pas  mon 
habituel  charme  apprêté  ?  »  Peut-être.  Mais  ce 
sont  eîix  qui  ont  changé.  Il  n'est  parfum  savant 
qui,  à  la  longue,  ne  révèle  et  l'axonge  et  l'acide. 
Si  la  pauvrette  faisait  encore  bon  effet  «  aux 
lumières  »,  les  yeux  des  clients,  entretemps 
frappés  d'un  bref  rayon  de  soleil,  s'inquiètent, 
à  présent,  puis  perçoivent  l'indigence  des 
choses,  et  la  comparaison,  la  déchéance  com- 
mencent. 

Nulle  notation  qui  ne  fût  prévue,  nulle 
tournure  qui  ne  fût  devinée  dans  la  partition 
nouvelle.  On  retrouve,  aux  endroits  congrus,  et 
les  mesures  ternaires  et  les  doubles-croches  en 


2^6 


LE  GUIDE  MUSICAL 


spirale,  les  mouvements  alanguis,  et  les  éclats 
vitreux,  les  propos  roucoulants,  la  phrase 
essoufflée,  cette  incurable  mélodie  à  accompa- 
gnements stériles,  ces  tentatives  de  développe- 
ment vite  épuisés,  la  gracilité  implorante  de 
quelques  périodes  d'accent  juste.  Tout  ce  billon 
porte  son  millésime  authentique;  c'est  un  mé- 
rite. Néanmoins,  comme  certains  princes  beso- 
gneux ont  avili  leur  effigie  en  frappant  de 
fausse  monnaie,  M.  Massenet  s'est  parfois  trop 
complaisamment  pillé  lui-même,  et,  dans  son 
œuvre  nouvelle,  tels  thèmes,  dans  le  ballet  par 
exemple,  figurèrent  déjà,  sous  d'autres  éti- 
quettes, dans  son  catalogue. 

Le  livret,  est  emprunté  au  livre  d'A.  France  ; 
seulement,  d'une  curieuse  œuvre  d'analyse  et 
de  reconstitution,  on  a  fait  une  suite  de  tableaux 
plaqués  sans  cohésion,  d'où  toute  finesse  psy- 
chologique est  exclue.  Il  reste  une  histoire 
assez  quelconque,  avec  conversion,  séduction, 
duo  d'amour  et  les  incidents  habituels.  Si  un 
élément  prêtait  à  musique,  c'était  peut-être 
l'opposition  des  deux  religions,  et  le  dévelop- 
pement du  sentiment  confus,  d'abord  peu  précis, 
qui  guide  le  moine  Athanaël  dans  son  aven- 
ture. Malheureusement,  cela  est  réduit  au 
minimum,  à  peine  esquissé  ;  de  l'action  récla- 
mant la  tradition. 

La  seule  nouveauté  consiste  en  ce  que  le 
livret  n'est  pas  rimé.  La  réaction  est  peut-être 
trop  violente  ;  la  rime  a  du  bon,  et  parfois  elle 
s'impose,  comme  dans  les  pièces  musicales  de 
coupe  symétrique. 

Il  y  a  des  pantomimes  et  des  ballets  du 
dernier...  bateau...  de  fleurs. 

Et  ces  attractions  d'ordre  extra-intellectuel 
pourront  peut-être,—  en  dépit  de  la  faiblesse 
et  de  l'insuccès  de  l'œuvre, —  ériger  les  recettes 
jusqu'à  un  gros  numéro. 

Les  doses  massives  !  M.  R. 

p. -S.  —  Interprétation  très  bonne. 


F.  MOTTL  x^U  CHATELET 

j  N  cette  bénigne  ville  de  Paris,  où  les 
situations  artistiques  sont  si  exclu- 
sives, si  âprement  personnelles,  où 
l'or  des  auréoles  est  le  moins  contrôlé,  partant 
le  plus  fragile,  le  plus  exposé  à  pâlir  devant 
la    comparaison    d'un   métal    mieux    trempé, 


il  faut  louer  cette  haute  et  cordiale  idée  de 
M.  Edouard  Colonne  :  ne  s'être  pas  stricte- 
ment cantonné  en  sa  chaire  de  chef  d'orchestre 
comme  en  un  majordomat  inexpugnable,  et 
avoir,  d'un  geste  d'exquise  et  périlleuse  urba- 
nité, cédé  son  bâton,  ses  musiciens,  son  réper- 
toire, son  local,  son  public,  sa  gloire  hebdoma- 
daire à  de  redoutables  confrères  ;  aujourd'hui 
M.  F.  Mottl,  demain  M.  Levi,  puis  E.  Grieg. 

Vraiment,  si  M.  Colonne,  au  lieu  de  cueillir 
de  lointains  lauriers,  se  fût  trouvé  au  Châtelet 
dimanche,  spontanément  il  eût  été  associé  au 
succès  de  M.  Mottl  par  la  reconnaissance  des 
assistants  ;  à  l'entr'acte,  à  la  sortie,  les  témoi- 
gnages d'admiration  pour  l'un  alternaient  avec 
les  appréciations  les  plus  sympathiques  pour 
la  largeur  de  vues  de  l'autre.  Certes,  cette 
inspiration,  quoique  négative,  ne  pouvait  sur- 
gir que  dans  une  âme  d'artiste  :  comme,  dans  la 
virtuosité,  l'effacement  volontaire  est  parfois 
d'un  art  supérieur  (i). 

Si  souvent  l'enthousiasme  des  foules  a  porté 
à  faux  qu'il  en  est  devenu  suspect, sinon  démo- 
nétisé ;  mais  quand  il  est  lancé  dans  le  chemin 
juste,  quand  les  plus  taciturnes,  les  plus  fri- 
gides sont  contraints  de  dégeler  au  contact  du 
chaud  courant,  alors  cela  devient  plébéien  et 
touchant  par  l'unanimité  bon  enfant  de  la 
manifestation. 

Jamais  diva  à  roulades,  jamais  pianiste  che- 
velu ne  déchaînèrent  pareil  torrent  d'acclama- 
tions que  le  Capellineisier  Mottl  après  sa 
prestigieuse  conduite  des  premiers  numéros  du 
programme. 

Les  morceaux  exécutés  étaient  connus,  tout 
l'intérêt  portait  donc  sur  la  version  qu'en  don- 
nerait M.  F.  Mottl.  Ce  qui  nous  a  frappé  chez 
lui,    c'est,  indépendamment   de    la    perfection 
matérielle  que  tous  poursuivent  du  reste  avec 
plus  ou  moins   de  bonheur,   c'est  le  souci  de 
dramatiser   l'œuvre   musicale,   de    suggérer   à 
l'auditeur  une  sorte  d'exégèse  littéraire,  paral- 
lèle  au   texte   musical,  celui-ci   fût-il,  ou  non, 
conçu  dans  cet  ordre  d'idées.  Dans  la  partie  ma- 
térielle,il  faut  constater  l'expansion,  la  vibration 
qu'il  a  su  imprimer  aux  instruments  à  vent,  aux  ! 
cuivres  surtout  (s'ils  n'ont  pu  acquérir  du  coup   ) 
une  plus  fine  qualité  de  son,  du  moins  ils  ont  t 
acquis  un  volume  et  un  lié  sensiblement  plus  s 
grands);  notablement  réduite,la  batterie,souvent 


(i)  On  nous  permettra  de  rappeler  que,  voilà  quatre 
ans,  M.  Joseph  Dupont  a  donné  le  premier,  à  Bru- 
xelles, l'exemple  de  cette  confraternelle  et  artistique 
initiative,  en  cédant  son  bâton  lour  à  tour  à  Hans 
Richter,  Félix  Mottl,  Hermann  Levi  et  Rimski-Korsa- 
koff.  M.  Colonne  n'a  fait  que  l'imiter,  ce  qui  ne  diminue 
pas  son  mérite.  (N.  de  la  R.) 


LE  GUIDE  MUSICAL 


297 


sèche,  rentrait  dans  la  teinte  générale,  le  qua- 
tuor assoupli  se  fondait  plus  harmonieusement 
aux  autres  groupes. 

La  direction  de  M.  Mottl  est  surtout  poé- 
tique ;  la  diction  de  son  orchestre  a  toute  la 
saveur  d'une  déclamation  littéraire  ;  le  drame 
évolue,  les  incidents  surgissent  ;  il  a  des  souli- 
gnés de  rythme  qu'on  dirait  empruntés  à  la 
poésie  récitée,  sa  version  musicale  s'empreint 
d'une  vie  sentimentale.  Et  ce  qui  confirme 
cette  idée,  c'est  sa  prédilection  pour  l'œuvre  de 
Berlioz,  qui  se  double  toujours  de  commen- 
taires littéraires  occultes  ou  réels.  M.  Mottl  a 
insufflé  aux  fiagments  de  Roméo,  au  Carnaval 
romain,  à  Benvenuto  une  intensité  d'expres- 
sion véritablement  inconnue  ;  le  caractère 
fébrile,  tumultueux  de  l'œuvre  de  Berlioz  s'affir- 
mait avec  un  relief  étonnant  ;  des  phrases  cris- 
pées, tournant  court,  étaient  scandées  comme  au 
couperet.  Oui,  l'accent  dramatique  me  paraît  la 
dominante  de  l'esprit  de  M.  Mottl  à  côté  d'un 
ensemble  de  qualités  admirables.  Dans  l'œuvre 
de    Wagner,    la    même   remarque   s'imposait. 


Tristan  (prélude  et  finale),  Parsifal  (prélude) 
et  Tannhœuser  (ouverture),  particulièrement 
ce  dernier  morceau,  ont  subi  avec  le  plus  de 
bonheur  cette  interprétation  colorée,  drama- 
tique que  leur  donna  M.  Mottl.  Bien  entendu, 
il  ne  s'agit  ici  que  de  la  déformation  nuancée, 
compatible  avec  le  sens  général  et  la  lettre 
rigoureuse.  L'ouverture  des  Maîtres  Chan- 
teurs, de  musique  plus  foncièrement  musicale, 
nous  a  un  peu  moins  enchanté,  quoiqu'il  nous 
soit  difficile  de  dire  au  juste  pourquoi,  tant 
l'exécution  était  impeccable  et  animée. 

En  résumé,  l'apparition  de  M.  Mottl  au  pu- 
pitre du  Châtelet  a  été  une  joie  artistique  pour 
les  amateurs  de  musique,  une  révélation  pour 
le  sens  de  certaines  œuvres  de  Berlioz  et  de 
Wagner. 

Et,  en  adressant  les  plus  vives  félicitations 
au  magistral  chef  d'orchestre,  il  faut  joindre 
des  remercîments  pour  M.  Colonne,  qui  a 
donné  l'occasion  d'apprécier  les  merveilleuses 
facultés  autoritaires  du  fameux  Capellmeister 
de  Karlsruhe.  M.  R. 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

L'intérêt  principal  du  dernier  concert  de  la 
Société  nationale  résidait  dans  la  première  audi- 
tion du  quatuor  pour  archets  de  M.  Guy  Ropartz. 
On  pourrait  difficilement  donner  analyse  appro- 
fondie d'une  œuvre  aussi  serrée  après  une  seule 
audition.  Mais,  certes,  les  qualités  sérieuses  se 
révèlent  de  prime  abord.  Dans  la  première  partie, 
après  l'exposition  du  thème  toî^o,  parle  violoncelle, 
repris  par  le  violon  sur  des  harmonies  calmes,  le 
mouvement  s'accélère  et  une  belle  phrase  ascen- 
dante du  violon,  sur  de  rapides  batteinents  des 
autres  archets,  s'élargit  noble  et  passionnée.  Dans 
le  scherzo,  le  second  thème,  de  touche  très  déli- 
cate, a  sollicité  l'attention.  La  troisième  partie 
(assez  lent)  est  d'aspect  mélodique  plus  vague, 
teinté  de  mélancolie;  nous  y  avons  noté  des  har- 
monies caractéristi'^ues.  Le  finale,  sur  une  sorte 
de  thème  populaire  très  rythmé,  est  également 
d'écriture  recherchée;  il  nous  a  paru  un  peu 
long. 

L'œuvre  de  M.  G.  Ropartz,  en  résumé,  est  d'une 
belle  venue  dans  la  grande  ligne;  en  revanche, 
dans  l'agencement  des  parties  secondaires,  nous 
notons  une  certaine  surcharge  d'harmonie  et  un 
souci,  peut-être  laborieux,    de  maintenir    l'iatérêt 


dans  les  dessins  intermédiaires.  Nous  souhaitons 
l'entendre  à  nouveau  dans  un  local  de  dimensions 
mieux  appropriées,  avec  une  interprétation  un 
peu  plus  chaude;  mettant  à  part  l'allure  animée  du 
violon,  M.  Geloso,  le  débit  instrumental  manquait 
un  peu  de  couleur. 

M""  Sidner  a  chanté  de  façon  ravissante  trois 
Lieder  de  Grieg,  avec  une  voie  pure,  sympathique; 
et  M.  Chansarel  a  joué  d'intelligente  manière  du 
Beethoven,  du  Bach,  du  Fauré,  et  du  Schumann. 

M.  R. 

La  deuxième  et  dernière  séance  de  la  société  de 
musique  moderne,  fondée  par  M"''*  Victoria  Bar- 
rière, Charlotte  Vormèse,  MM.  René  Carcanade 
et  Pierre  Monteux,  a  été  très  appèciée.  Nous  avons 
déjà  dit  tout  le  bien  que  nous  pensons  des  jeunes 
virtuoses.  Ils  avaient  inscrit  au  programme  le  Trio 
en  sol  majeur  (op,  19)  de  L.  Boelmann,  la  Sonate  en 
ut  mineur  (op.  4S)  pour  piano  et  violon  de  Grieg 
et  le  beau  Quatuor  en  ttt  mineur  (op.  25)  du  maître 
G.  Fauré. 

'$• 
jyjme  Paul  Hillemacher,  le  sympathique  et  distin- 
gué professeur  de  chant,  a  donné  le   i5  mars  une 
audition  d'élèves  dans  laquelle  ont  été  particuliè- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


rement  applaudis  :  l'air  d'Hérodiade  chanté  par 
M"''  Lambert  ;  la  cantilène  de  Cinq-Mars  par  M™'' 
Pratte;  deux  mélodies  charmantes  de  G.  Hue  et 
d'Hillemacher,  dites  avec  beaucoup  de  talent  par 
M-^e  Debacker,  fille  de  M.  Worms  ;  le  duo  de 
Rigoktto  par  M"°  d'Arnaud,  qui  a  une  voix  très 
remarquable,  et  le  D"'  Castex  ;  deux  airs  à'Esclar- 
monde  par  M"'  d'Arnaud,  qui  a  également  chante 
avec  M™"  P.  Hillemacher  le  ravissant  duo  d'une 
Ouverture  d' Arlequin,  le  spirituel  opéra  comique  des 
frères  Hillemacher,  qui  a  été  joué  à  Bruxelles.  Ln 
charmante  maîtresse  de  maison  a  dit  avec  un 
grand  art  :  Sous  les  lys,  une  mélodie  délicate  et  infi- 
niment expressive  d'Hillemacher. 

Au  dernier  concert  de  l'Institut  des  Jeunes 
Aveugles,  on  a  entendu,  entre  autres  pièces  intéres- 
santes, un  chœur  de  jeunes  filles  qui  a  chanté  une 
scène  d'une  œuvre  charmante  de  M.  A.  Coquard, 
VEpée  du  roi,  dont  le  solo  a  été  détaillé  d'une  voix 
délicieuse  par  M""'  Pregi. 

Grâce  à  l'initiative  de  M.  Fournets,  de  l'Opéra, 
il  se  forme  en  ce  moment  une  association  dans  le 
monde  des  arts  pour  fonder  une  polyclinique  gra- 
tuite, où  des  médecins  spéciaiistes  donneraient 
leurs  soins  aux  artistes  malades. 

Cette  idée  généreuse  fait  le  plus  grand  honneur 
à  sou  auteur,  et  il  est  à  souhaiter  que  la  réalisation 
de  cette  œuvre  utile  ne  se  fasse  pas  attendre. 

Théodore  Dubois  vient  d'être  fêté  à  Nantes.  Son 
Paradis  perdu  a  été  exécuté  le  vendredi  i6  mars,  à 
la  salle  Saint-Stanislas,  par  la  Société  chorale 
d'amateurs  la  Concordia,  avec  le  plus  vif  succès. 
M""  Eléonore  Blanc,  MM.  Warmbrodt  et  Auguez 
prêtaient  leur  concours  à  cette  solennité  musicale, 
que  dirigeait  Théodore  Dubois.  Le  public  a 
acclamé  l'auteur  et  les  interprètes.  Tous  les  jour- 
naux de  Nantes  sont  unanimes  à  reconnaître  l'élé- 
vation de  l'œuvre,  sa  belle  venue  ;  on  a  surtout 
vanté  la  magnifique  ampleur  du  chœur  triomphal 
qui  sert  de  péroraison  à  l'œuvre  tout  entière. 


BRUXELLES 

Le  quatrième  et  dernier  concert  du  Conserva- 
toire a  eu  lieu  dimanche  passé.  M.  Gevaert  a  fait 
exécuter  de  nouveau  le  Magniûcaiàe  J.-S.Bachetle 
Psaume  XVIII  de  Marcello  qui  avaient  obtenutanl 
de  succès  au  premier  concert .  Le  Guide  Musical  a  con- 
sacré alors  au  Psaume  de  Marcello  et  au  Magnificat 
un  article  détaillé  qui  nous  dispense  d'en  dire  long 
cette  fois.  Bornons-nous  à  constater  que  l'inter- 
prétation a  été  remarquablement  correcte  A  pari 
la  lenteur  de  certains  mouvements,  les  grandes 
masses  chorales  du  Conservatoire  ont  bien  rendu 
la  grandeur  sereine  de  l'œuvre  de  Bach  et  l'allure 
dramatique  du  Psaume  de  Marcello.  M'i^  Flament, 
M.  Demest  ont  chanté  avec  art  leurs  soli. 
M.  Gevaert    a  joint   au   programme  le  concerto 


grosso  n°  6  de  Haendel  pour  quatuor  à  cordes  et 
clavecin  obligé  :  M.  Gevaert  dont  la  grande  érudi- 
tion se  manifeste  dans  toutes  les  exécutions,  a 
dirigé  le  concerto  assis  au  clavecin  à  l'ancienne 
mode.  L'œuvre,  qui  est  merveilleusement  contre- 
pointée  a  produit  une  grande  impression.  Le 
finale  a  été  bissé  et  contrairement  aux  principes 
du  Conservatoire  M.  Gevaert  l'a  recommencé.  On 
ne  peut  que  le  féliciter  pour  ce  beau  concert. 

Mercredi  soir,  au  moment  où  la  Monnaie  don- 
nait Tristan  et  Iseult,  le  Cercle  artistique  nous 
offrait  une  soirée  d'un  vif  intérêt  et  qui  avait 
attiré  du  monde  malgré  la  terrible  concurrence 
de  la  représentation  wagnérienne. 

Cette  soirée  avait  lieu  avec  le  concours  de 
M.  Léopold  Auer,  violon-solo  de  l'empereur  de 
Russie,  de  M  Hasselmans,  le  célèbre  harpiste,  et  de 
l'Octuor  vocal,  dirigé  par  M.  Beauvais. 

M.  Léopold  Auer  a  fait  apprécier,  dans  le  hui- 
tième concerto  de  Spohr  et  surtout  dans  la  Séré- 
nade mélancolique  de  Tschaïkowsky,  une  technique 
irréprochable,  un  son  pur  et  étoffé,  une  exécution 
d'une  correction  toute  classique.  M.  Alphonse 
Hasselmans  a  rendu  avec  infiniment  de  goût,  allié 
à  une  virtuosité  impeccable,  une  poétique  Légende 
de  Francis  Thomé,  accompagné  au  piano  par 
M"°  Hasselmans;  il  a  également  fait  applaudir, 
seul,  une  Fantaisie  caractéristique,  de  Saint-Saëns. 
Ces  deux  brillants  solistes  alternaient  avec  l'Oc- 
tuor vocal,  transformé  accidentellement  en  sep- 
tuor par  l'indisposition  de  M™"  De  Nefve,  son 
contralto  :  l'artistique  phalange  n'en  a  pas  moins 
interprété,  avec  la  conscience  et  le  talent  qu'on 
lui  connaît,  une  dizaine  de  chansons  populaires 
d'une  saveur  très  originale  (surtout  une  chanson 
de  Jacques  Mauduit,  iS70,et  le  fameux  Rum  barum 
hnlia)  et  la  Chanson  de  ma  mie,  de  Banville,  mise  en 
musique  par  Léon  Jouret. 

Aux  Galeries,  pour  les  représentations  de 
M"''  Bozzani,  on  a  repris  Boccace. 

Les  joyeux  flonflons  que  Suppé  a  écrits  pour 
cette  amusante  opérette,  sont  devenus  populaires. 
Aussi  la  salle  ne  désemplit  pas  depuis  la  première. 
L'interprétation  est,  du  reste,  très  bonne  et  fera 
facilement  oublier  celle  qui  fut  donnée  à  l'époque 
de  Carion.  M""  Bozzani  est  gracieuse,  mais 
affectée.  Elle  porte  avec  crânerie  le  travesti,  qui 
convient  bien  à  sa  figure  gamine.  Quoique  la  voix 
ne  soit  guère  sympathique,  on  lui  a  fait  bon  ac- 
cueil. 

M.  Lespinasse  fait  un  prince  Orlando  réjouis- 
sant; on  peut  inscrire  à  son  actif  un  nouveau 
succès.  Succès  aussi  pour  ses  partenaires.  M""  Li- 
bra,  Stemma,  M""^'  Fournier,  qui  ont  dit  agréable- 
ment leur  rôle,  et  pour  MM.  Darmand,  Hérault, 
Bertier,  Duncan,  qui  ont  déployé  beaucoup  de 
verve.  En  somme,  reprise  agréable  et  qui  tiendra 
l'affiche. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


299 


Les  Galeries  ont  donné  vendredi  la  dernière 
représentation  de  Sainie-Freya  pour  les  adieux  et  au 
bénéfice  de  M""  deRoskilde.  La  charmante  artiste, 
voulant  remercier  le  public  bruxellois  de  l'accueil 
sympathique  qu'il  lui  avait  fait,  avait  abandonné 
sa  part  de  recette  à  l'association  des  Marçunvins. 
Un  public  élégant  assistait  à  cette  dernière  soirée, 
qui  a  valu  un  vif  succès  à  tous  les  interprètes  et 
surtout  à  M'I"  de  Roskilde,  à  qui  l'on  a  offert  un 
grand  nombre  de  corbeilles  et  de  bouquets. 

M"''  de  Roskilde  a  été  notamment  très  applau- 
die après  deux  mélodies,  accompagnées  au  piano, 
qu'elle  avait  intercalées  dans  le  deuxième  acte  de 
Sainie-Freya. 

A  l'Alcazar,  débuts  de  la  nouvelle  troupe  de 
concert.  Parmi  les  artistes  engagés  citons  ; 
M.  Vaunel,  M""  Lekain  qui  s'est  fait  une  réputa- 
tion de  diseuse  à  Paris,  M"'^  Perret,  Gay,  etc. 

Rentrée  de  M    Crommelynck  et  de  M""  Lange. 

M.  Van  Dooren  a  donné  son  récital  à  la  salle 
Ravenstein.  Il  avait  habilement  varié  le  pro- 
gramme :  du  Beethoven,  du  Mendelssohn,  du 
Schumann,  du  Raff,  du  Chopin,  du  Liszt,  une 
valse  sentimentale  de  Zarembski  et  trois  modestes 
piécettes  de  sa  composition,  d'une  facture  à  la 
fois  très  personnelle  et  très  caractéristique. 

Le  prochain  concert  du  quatuor  Ysaye  au  salon 
de  la  Libre  Esthétique  aura  lieu  le  mardi  27  cou- 
rant (mardi  de  Pâques),  à  2  heures  précises,  avec 
le  concours  de  M.  Auguste  Pierret,  pianiste  à 
Paris. 

M.  Adrien  Berendès,  basson  solo  de  l'orchestre 
de  la  Monnaie  et  des  Concerts  populaires,  nous 
prie  de  constater  qu'il  n'a  pas  pris  part  au  concert 
dirigé  par  M.  Siegfried  Wagner  à  l'Alhambra. 
La  faute  grossière  signalée  par  nous  dans  l'exé- 
cution du  Siegfried  Idyll  incombe,  —  est-ce 
croyable  ?  —  à  un  professeur  du  Conservatoire 
royal  de  Bruxelles. 

Dimanche  prochain,  quatrième  concert  popu- 
laire. Au  programme,  Rédemption  de  César  Franck. 

La  séance  du  quatuor  Crickboom,  à  la  salle 
Ravenstein,  qui  devait  avoir  lieu  mercredi  dernier, 
est  fixée  à  jeudi  prochain. 


CORRESPOND  A  NCES 

AMSTERDAM.  —  Excellente  exécution  de 
la  Damnation  de  Faust  de  Berlioz,  à  La  Haye, 
par  la  Société  pour  l'encouragement  de  l'art  inu- 
sical,  sous  la  direction  de  Willem  Kes,  qui  a  pris 
la  place  de  Samuel  de  Lange  et  qui  y  dirigeait 
pour  la  première  fois.  Et  ce  début  à  La  Haye  a 
été  pour  M.  Kes   un  véritable  triomphe,  car  l'or- 


chestre (celui  du  Concertgebouw  d'Amsterdam)  a 
a  été  admirable  d'un  bout  à  l'autre  de  cette  parti- 
tion,  si  hérissée   de  difficidtès,   et  l'exécution  or- 
chestrale était  d'une  plus  grande  perfection  encore 
que  celle  d'Excelsior,  à  Amsterdam.  M.  Kes  a  été 
acclamé  à  la  fin  du  concert  par  le  public,  d'ordi- 
naire d'une  froideur  glaciale    à    La    Haye.    Les 
chœurs  étaient  beaucoup  moins   satisfaisants  que 
ceux  d'Excelsior.  D'abord,    ils    étaient   beaucoup 
moins    nombreux,    l'intonation  laissait  souvent  à 
désirer,  et  la   prononciation  française  n'était  pas 
non     plus    irréprochable.     Quant     aux     solistes, 
M"«  Uzielli,  de  Francfort,  était  de  beaucoup  pré- 
férable à  M""  Wilson  ;   M.  Demest,  de  Bruxelles, 
a  fait  grand  plaisir;  mais  M.  Heuschling,   de  Bru- 
xelles aussi  était  indisposé,  ce  qui  était  regrettable. 
Quant   à   l'ouvrage    monumental   de  Berlioz,  il  a 
produit  beaucoup  moins   d'impression  à  La  Haye 
qu'à  Amsterdam,  et  le  nombreux  auditoire  me  fai- 
sait l'efïet   d'être  plutôt   surpris  qu'enthousiasmé. 
Au  Concertgebouw,  nous  avons  eu  ici  la  huitième 
séance  des  concerts  Beethoven,  avec  la  huitième 
symphonie  et  le  quatrième  concerto  pour  piano, 
joué  par  M.  Rontgen,  et  un   concert  philharmo- 
nique, où  l'éminent  violoniste  Cari  Halir,  deWei- 
mar,   a  eu   un  grand   succès,  et   où  la   chanteuse 
M"' Schmidt-Kôehne.    de   Berlin,  qui   remplaçait 
M""  Leisinger,    n'a    obtenu    qu'un    faible     succès 
d'estime.  Quant  au  troisième  concerto  pour  violon 
de  Max  Bruch,  que  M.  Halir  nous  a  fait  entendre, 
il  contient  des   pages  intéressantes,  mais  n'égale 
certainement  pas   la  valeur  des  deux  premiers  du 
même  auteur. 

M.  Kes  nous  promet  sous  peu  la  première  exé- 
cution d'une  symphonie  de  Christian  Sinding,  un 
des  chefs  de  l'école  moderne  Scandinave  et  un 
compositeur  qui  donne  de  grandes  espérances. 
Cette  symphonie  paraît  d'une  contexture  si 
compliquée  que  M.  Kes  en  fera  ajouter  une  expli- 
cation thématique  au  programme  de  ce  concert, 
où  l'on  doit  jouer  aussi  une  nouvelle  ouverture, 
Otello,  de  Dvorak.  Intérim. 

ANVERS.   —    Première  représentation    de 
Néron,  de  A  Rubinstein,  au  Théàtre-Royal. 

Ayant  sous  les  yeux  les  brillants   et   élogieux 

articles  qui  annonçaient  l'immense  succès  que 
venait  de  remporter  Néron  au  théâtre  des  Arts  de 
Rouen,  nous  trouvons  notre  tâche  singulièrement 
pénible;  car,  il  n'y  a  pas  à  le  nier,  l'opéra  de 
Rubinstein  n'a  guère  réussi  ici.  Pas  une  scène  qui 
ait  pu  rompre  la  température  glaciale  qui  régnait 
dans  la  salle.  Où  en  chercher  la  cause?  Quelques- 
uns  de  prétendre  que  l'œuvre  du  maître  russe  ne 
peut  réussir  qu'interprétée  par  des  artistes  hors 
ligne. 

Pourtant,  un  monument  artistique  dont  s'est 
enrichie  notre  ville, pendant  la  présente  campagne, 
vient  de  donner  un  démenti  à  de  pareilles  appré- 
ciations.   Le   Vaisseau-Fautôme,   certes  une  œuvre 


300 


LE  GUIDE  MUSICAL 


qui  renferme  des  difficultés  presque  insurmon- 
tables pour  une  scène  de  province,  a  obtenu,  à 
notre  Théâtre-Lyrique  flamand,  un  succès  sans 
précédent,  et  cela  avec  une  troupe  à  peine  formée. 

Qu'en  conclure,  sinon  que  l'opéra  de  Rubinstein 
n'est  pas  de  ceux  qui  puissent  résister  à  une 
analyse  raisonnée,  ainsi  que  le  peuvent  aisément 
des  œuvres  telles  que  Freyschûtz,  le  Vaisseau-Fan- 
Urne.  Il  lui  manque  pour  cela  une  forme  person- 
nelle, vivante  et  vraie.  Ce  n'est  pas  à  dire  que 
Rubinstein  n'ait  rien  produit  de  remarquable,  en 
fait  d'oeuvres  scéniques.  Nous  citerons  de  lui  les 
Macchnhés,  par  moments  d'une  intensité  dramatique 
remarquable  ;  puis  Féraiiwrs,  qui  renferme  des 
pages  poétiques  d'une  grande  fraîcheur  mélodique. 

En  fait  de  co.ricerts,  nous  avons  eu  une  nouvelle 
exécution  symphonique  des  Concerts  populaires. 
La  deuxième  symphonie  de  Beethoven  formait  la 
première  partie  du  programme,  tandis  que  la 
deuxième  partie  était  composée  d'une  façon  quel- 
que peu  fantaisiste  :  Une  nuit  sur  le  Moni-Chauve  de 
Moussorgsky;  une  rhapsodie  dahoméenrie  de 
A.  De  Boeck,  et  des  airs  du  Pri  aux  Clercs  et  des 
Diamants  de  la  Couronne,  chantés,  par  M""  Gorlé. 

L'impression  de  pure  et  tranquille  satisfaction 
qu'avait  laissée  la  symphonie  de  Beethoven  a  été 
singulièrement  troublée  par  ces  productions  de 
caractère  si  opposé.  Les  compositions  symphoni 
ques  que  je  viens  de  mentionner  méritent  pourtant 
d'être  signalées  ;  mais  quand  les  organisateurs  de 
concerts  sérieux(ayant  pourbut  de  fairel'éducation 
du  public)  voudront  ils  imposer  à  leurs  solistes  un 
répertoire  plus  artistique  ?  Nous  trouvons  qu'il  est 
grandement  temps  que  l'on  réagisse  contre  cet 
abus  de  vieux  airs  d'opéras  comiques  français. 

Nous  félicitons  la  direction  de  la  Société  d'har- 
monie d'avoir  engagé  notre  Kwartet-Kapel  poui 
une  séance.  C'est  là  un  bel  encouragement  de  Li 
part  d'une  société  qui  a  l'habitude  d'engager  régu- 
lièrement les  célèbres  quatuors  de  Francfort  et  de 
Cologne,  ainsi  que  le  fameux  quatuor  Joachim. 

Programme  fort  bien  composé  :  quatuors  df 
Tschaïkowsky  et  Sokolow,  puis  le  quintette  d( 
Beethoven.  Nos  quartettistes,  très  en  progrès 
comme  finesse  d'exécution  et  aidés  par  l'admira- 
ble acoustique  de  la  salle,  ont  particulièrement 
bien  rendu  le  quatuor  de  Tschaïkowsky,  dont 
Vandanie  caniahile  est  une  vraie  perle.  Le  quatuor  de 
Sokolow  semblait  un  peu  écrasé,  venant  après 
une  œuvre  aussi  parfaite.  Le  jeune  compositeur 
parvient,  surtout,  à  découvrir  de  nouvelles  et 
heureuses  sonorités.  Son  allegro-scherso  est  parti- 
culièrement réussi.  Belle  et  consciencieuse  exé- 
cution du  quintette  de  Beethoven  A.  W. 

BKRLIN.  —  Le  neuvième  concert  de  la 
chapelle  royale  a  eu  lieu  la  semaine  der- 
nière. A  la  demande  générale,  M.  Weingartner  a 
dirigé  l'ouverture  de  la  Fiancée  vendue  de  Smetana. 
Pour  la  seconde  fois,  elle  a  été  bissée.  Impossible 


aussi  d'en  donner  une  exécution  plus  fougueuse  et 
plus  claire.  L'ouverture  Die  Weihe  des  Hauses  de 
Beethoven,  la  symphonie  à  Rosalie  en  si  bémol 
de  Schumann  et  la  symphonie  les  Noces  villageoises 
de  Goldmark  complétaient  le  programme.  Bien 
faible,  cette  dernière  œuvre  pour  apparaître  sur 
un  programme  de  Weingartner  1  La  première 
partie  exceptée,  et  encore,  toute  la  symphonie  est 
fade  et  vulgaire.  Nous  aurons  heureusement  une 
bonne  compensation  au  dixième  et  dernier  concert 
(24  mars)  :  Weingartner  dirigera  la  Neuvième  Sym- 
phonie, une  suite  avec  flûte  obligée  en  si  mineur 
de  Bach  et  V Oxford-Symphonie  de  Haydn. 

Le  Sternsche  Gesang-Verein,  dirigé  par  le  pro- 
fesseur Gernsheim,  a  donné  aussi  un  concert  à  la 
mémoire  de  son  membre  d'honneur  Hans  de 
Bulow.  On  y  a  entendu  le  Funerale  pour  orchestre 
de  Bulow  et  le  Requiem  de  Verdi.  Le  Funerale  est 
fort  court  et  peu  personnel  :  on  y  sent  partout 
l'influence  de  Wagner.  Cette  composition  n'ap- 
porte rien  à  la  gloire  de  Bulow.  On  eiit,  du  reste, 
beaucoup  mieux  fait  de  ne  point  l'exécuter.  Quant 
au  Requiem  de  Verdi,  inutile  de  le  détailler,  il  est 
trop  connu.  Disons  seulement  qu'il  est  regrettable 
de  voir  une  œuvre  aussi  importante  déparée  par 
tant  de  pages  conçues  dans  le  style  du  grand 
opéra,  le  Sanctus,  le  Recordare,  le  Lacrymosa,  par 
exemple.  L'interprétation  a  été  supérieure,  aussi 
bien  de  la  part  des  chœurs  que  des  solistes. 
Ceux-ci,  membres  du  célèbre  Frankfurter  Vocal- 
Quartett,  étaient  M""'""  Uzielli  (soprano),  Hahn 
(alto)  et  MM.  Naval  (ténor)  et  Sistermans  (basse). 

La  saison  des  concerts  philharmoniques  s'est 
terminée  cette  semaine.  Le  dernier  concert  a  été 
dirigé  par  M.  Richard  Strauss,  M.  Schuch  nous 
boudant  depuis  février.  On  nous  assure  que 
celui-ci,  peu  satisfait  des  critiques  berlinoises,  a 
refusé  de  diriger  désormais  tout  concert  à  Berlin. 
La  Neuvième  Symphonie  était  au  programme. 
M.  Strauss  ayant  l'habitude  de  ralentir  les  temps, 
nous  ne  pouvons  parler  d'une  telle  exécution.  Les 
chœurs  et  les  solistes,  M™^^  Schmitt  (soprano)  et 
Stephan  (alto)  sont  les  seuls  à  louer  sans  réserve. 
MM.  Rolhmuhl  (ténor)  et  Schwarz  (basse)  ne  nous 
ont  pas  paru  être  en  voix.  En  revanche,  M.  Strauss 
a  magnifiquement  enlevé  son  orchestre  dans  les 
Préludes  de  Liszt;  on  sait,  du  reste,  que  le  jeune 
Cafellmeister  est  un  des  plus  fervents  adeptes  de  la 
musique  de  Liszt.  M""  Clothilde  Kleeberg  s'est  l 
fait  entendre  dans  le  concerto  pour  piano  de 
Schumann.  Son  jeu  est  clair  et  délicat,  mais  sou- 
vent monotone,  la  pianiste  abusant  de  la  teinte 
mezzo-forte.  Néanmoins,  elle  a  eu  du  succès. 

A  l'Opéra,  Wagner  compte  toujours  grand 
nombre  de  représentations.  Nous  avons  eu  derniè- 
rement le  Vaisseau-Fantôme,  Lohengrin,  Tannhauser, 
les  Maîtres  Chanteurs  avec  une  ignoble  coupure  dans 
le  délicieux  dialogue  entre  Sachs  et  Walther,  au 
troisième  acte,  et  le  Rhcingold  avec  une  interruption 
de  vingt  minutes  (!)  entre  le  second  et  le  troisième 
tableau.  Un  peu  de  patience,  et  nous  aurons  bien- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


301 


tôt  des  pauses  dans  les  plus  longs  actes  de  l'œuvre 
wajjnérien.  E.  B. 


^^ 


DRESDE.  —  Cette  année,  au  concert  solen- 
nel du  dimanche  des  Rameaux,  on  a  entendu 
des  fragments  de  Pnrsifal,  exécutés  par  les  chœurs 
du  Conservatoire,  et  la  g''  symphonie  de  Beet- 
hoven avec  soli,  chœurs  et  orchestre.  Cinq  cents 
chanteurs  environ  occupaient  la  scène  de  l'Opéra. 
Une  interversion  des  pièces  eût  été  favorable  ; 
après  la  Neuvième  symphonie  de  Beethoven,  les 
chœurs  du  Parsifal.  L'auteur  de  Méhisine,  M.  Cari 
Grammann  a  fait  recevoir  deux  nouveaux  opéras 
de  sa  composition,  cias  Iri-KcM  et  Ingrid  Le  pre- 
mier est  déjà  à  l'étude. 

Les  théâtres  royaux  sont  fermés  pendant  toute 
la  semaine  sainte.  Cependant  la  direction  ne 
chôme  point  :  elle  se  fait  présenter  les  étoiles  du 
Conservatoire  et  les  engage.  C'est  ainsi  que  trois 
chanteuses  viennent  d'être  appelées  à  augmenter 
le  nombre  des  jeunes,  dont  1rs  fonctions  ressem- 
blent assez  à  une  sinécure. 

Un  récent  arrêté  directorial  proscrit  l'usage 
d'offrir  des  fleurs  sur  la  scène  et  d'applaudir  au 
beau  milieu  d'un  acte.  Cette  dernière  mesure  sera 
sans  doute  bien  accueillie  par  nos  bons  artistes, 
soucieux  avant  tout  de  se  conserver  jusqu'à  la  fin 
dans  l'esprit  du  rôle  qu'ils  ont  composé. 

La  Walkyrie,  qu'on  n'avait  pas  donnée  depuis 
longtemps,  a  enthousiasmé  un  très  nombreux 
public,  toujours  empressé  dès  qu'il  s'agit  de 
Wagner.  M"'  Malien  (Brunnhildei  et  M.  Perron 
(Wotan)  ont  été  particulièrement  applaudis.  La 
direction  nouvelle,  —  M.  le  comte  Seebach  est 
maintenant  entré  en  fonctions, —  qui  fera  débuter 
jeudi  une  jeune  élève  du  Conservatoire,  classe 
Orgeni,  ne  songera -t- elle  point  à  un  Siegmund? 
M.  Gritzinger  n'a  d'un  héros  que  la  taille,  encore 
s'il  connaissait  la  manière  de  s'en  servir  !  Nous 
avons  l'avantage  de  posséder  un  joli  groupe  de 
jeunes  cantatrices;  mais,  en  fait  de  ténors,  il  n'y  a 
que  M.  Anthes,dont  la  voix  charmante  et  délicate 
supporterait  difficilement  un  répertoire  wagnérien 
plus  étendu. 

Un  des  plus  beaux  concerts  de  la  saison  a  été 
celui  du  couple  pianiste  d'Albert-Carreno.  Mais 
pourquoi  ont-ils  choisi  la  petite  salle  du  Musen- 
haus?  Au  Gewerbehaus,  leur  puissance  sonore 
aurait  pu  se  développer  sans  inconvénient. 

La  dernière  soirée  Nicodè  n'a  pas  été  la  plus 
appréciée  ;  le  soliste,  M.  Hilf,  a  beaucoup  d'école, 
un  style  tenace,  mais  peu  de  charme  Les  effets  de 
pure  virtuosité  n'étaient  pas  rehaussés  par  la  qua- 
lité du  son.  Beaucoup  de  puissance  et  de  noblesse 
dans  la  baguette  de  M.  Nicodé. 

A  la  fin  du  mois.  M'""  Roger-Miclos,  de  Paris, 
donnera  un  concert  au  Musen  Haus.  Déjà  les  privi- 
légiés d'un  élégant  salon  de  Dresde  ont  admiré  sa 
stylistique  si  variée.  On  est  peu  habitué  à  cette 
simplicité  expressive  chez  les  pianistes,  exception 


faite  pour  M"»"  Stern.  Après  une  tournée  artistique 
en  Allemagne  et  en  Suisse,  qui  a  été  pour  elle  une 
série  de  triomphes.  M™"  Stern  préprare  sa  qua- 
trième séance  de  musique  de  chambre.  Deux  piè- 
ces lui  ont  valu  à  Oldenbourg  un  succès  énorme  : 
le  cor.certo  en  sol  mineur  de  Saient-Saëns  et  la 
Fantaisie  pour  piano  avec  chœur,  de  Beethoven. 

De  Christiania ,  nous  parvient  l'agréable  nouvelle 
de  l'accueil  enthousiaste  fait  à  M"'  Lalla  Wiborg 
par  ses  compatriotes.  Cette  gracieuse  cantatrice, 
élève  de  M"»  Nathalie  Haenisch,  de  Dresde,  a 
débuté  dans  la  carrière  artistique  en  prêtant  son 
concours  à  une  excellente  pianiste  norvvégienne, 
M""  Hildur  Andersen.  De  sa  voix  limpide  et  sou- 
ple, elle  a  chanté  avec  orchestre  le  grand  air  de 
la  Traviata.  La  justesse  de  sa  diction  italienne 
ajoutait  une  qualité  de  plus  à  son  interprétation. 
Si  les  élèves  de  chant  travaillaient  comme  M"« 
Wiborg,  la  diction  lyrique,  leur  voix  n'y  perdrait 
rien  et  leur  expression  gagnerait  beaucoup.  Nous 
ne  doutons  pas  qu'un  brillant  avenir  attende  cette 
jeune  et  consciencieuse  artiste.  Alton. 

LIÈGE.  —  Aucun  pianiste  n'avait  figuré, cette 
année,  ni  aux  concerts  du  Conservatoire,  ni 
aux  Nouveaux  Concerts. 

Après  ces  transcendants  artistes  —  tous  liégeois 
—  Ysaye,  Thomson  et  Jean  Gérardy,  c'a  été  l'admi- 
rable virtuose,  Eugène  d'Albert,  qui  est  venu 
ajouter  à  la  troisième  séance  des  Nouveaux  Con- 
certs, le  puissant  intérêt  de  son  prodigieux  talent 
et  compléter  ainsi  de  fortes  impressions  musicales. 

Dans  son  second  concerto  (op,  12)  d'Albert, 
presqu'inconnu  ici  comme  compositeur,  nous  est 
apparu  avec  de  puissantes  facultés  de  conception 
et  de  réalisation. 

Œuvre  remarquablement  écrite  que  ce  second 
concerto,  toute  débordante  de  la  merveilleuse 
technique  de  son  auteur,  et  d'un  relief  instrumen- 
tal très  intense,  et  établissant  le  dialogue  entre  l'ins- 
trument et  l'orchestre  de  façon  à  satisfaire  les 
exigences  de  notre  sentiment  moderne. 

Dans  l'exécution  de  la  Sonate  appassionata  ce 
modèle  éternel,  où  ses  illustres  prédécesseurs  nous 
avaient  légué  d'ineffaçables  souvenirs,  l'artiste 
inspiré  qu'est  d'Albert  nous  a  affirmé  profondé- 
ment son  intime  compréhension  du  chef-d'œuvre 
de  Beethoven, faisant  succéder  à  l'élévation  austère 
et  raisonnée  de  l'allégro  et  de  l'andante  la  fougue 
débordante  de  l'allégro  final. 

Le  vaillant  pianiste  devait  achever  la  conquête 
de  l'auditoire  transporté  par  une  exécution  magis- 
trale de  sa  transcription  sonore  et  majestueuse 
du  prélude  et  fugue  en  ré  majeur  pour  orgue  de 
J.-S.  Bach  et  de  la  difficile  rhapsodie  espagnole  de 
Liszt,  morceaux  de  virtuosité  transcendante  entre 
lesquels  se  dérobaient  délicieusemep.t  et  reposants, 
le  rondo  en  la  mineur  de  Mozart  et  un  nocturne  de 
Chopin. 

Il   y    a    puissante   consolation,    après    tant   de 


302 


LE  GUIDE  MUSICAL 


cruelles  et  incessantes  pertes,  à  sentir  se  continuer 
par  Eugène  d'Albert  la  tradition  élevée  et  initia- 
trice des  Liszt,  des  Brassin  et  des  Btilow  Pour  la 
partie  incombant  à  l'orchestre,  M.  Sylvain  Dupuis 
rééditait  l'ouverture  tragique  de  Brahms,  le  poème 
symphoniqne  Mort  et  Transfiguration  de  R.  Strauss, 
le  prélude  du  deuxième  acte  de  Gwendoline  et  l'ou- 
verture du  Carnaval  romain.  Pour  le  rendu  de  ces 
œuvres,  de  caractère  varié,  comme  dans  l'accom- 
pagnement du  concerto  de  d'Albert,  de  réelles 
félicitations  doivent  être  adressées  à  nos  excellents 
musiciens,  surlout  sur  leur  plus  de  discrétion  que 
d'habitude,  en  particulier  dans  le  prélude  délicat 
de  Chabrier.  Comme  les  lecteurs  du  Guide  en  sont 
depuis  longtemps  déjà  informés,  M.  S3dvain  Du- 
puis tentera,  à  son  quatrième  concert,  le  20  mai, 
cette  grosse  partie  de  faire  entendre  les  premier 
et  deuxième  acte  de  Tristan  et  Iseult  ! 

M.  Ernest  Van  Dyck  chantera  Tristan.  Le  con- 
cours efficace  du  célèbre  chanteur  des  théâtres  de 
Vienne  et  de  Bayreuth  permet,  certes,  bien  qu'en 
dehors  de  la  scène,  un  essai  consciencieux,  et 
aussi  éloigné  qu'il  soit,  de  réalisation  de  l'excep- 
tionnelle création  de  Wagner. 

Un  véritable  élan  se  produit  à  Liège  vers  la 
musique  de  chambre. 

Une  association  composée  de  nos  meilleurs  pro- 
fesseurs du  Conservatioire  et  d'artistes  en  vue, 
tels  que  MM.  Debefre,  pianiste,  Lejeune,  cor- 
niste, Gérôme,  basson,  Mativa,  flûtiste,  Thys- 
sens,  hautboïste,  et  Maggi,  clarinettiste,  se  faisait 
applaudir,  le  16  mars  dernier,  à  la  Société  d'Emu- 
lation. Le  programme  comportait  des  œuvres  de 
Beethoven,  Weber,  Reinecke  et  Saint-Saëns. 
C'était  presque  une  innovation,  car  la  musique  de 
chambre  entendue  d'ordinaire  ici  n'étendait  guère 
ses  recherches  en  dehors  du  quatuor  à  cordes 
proprement  dit.  L'essai  a  obtenu  le  succès  qu'il 
méritait,  tenté,  du  reste,  par  des  artistes  de  réu- 
nion aussi  sérieuse  et  aussi  compétente.  Donc 
promesse  de  nouvelles  et  intéressantes  jouissances 
musicales.  La  musique  de  chambre  a  acquis,  du 
reste,  existence  durable  à  Liège.  Comme  votie 
autre  correspondant  l'écrivait  dernièrement,  une 
somme  importante  a  été  léguée  dans  cette  inten- 
tion très  exceptionnelle.  Il  nous  semble  bien  juste 
de  faire  connaître  à  vos  lecteurs  l'esprit  à  la  fois 
charitable  et  artistique  des  legs  de  ces  généreux 
donateurs  et  leur  importance  considérable.  Il  est 
stipulé,  en  eiïet,  que  M'"''  Dumont-Lamarche,  pour 
se  conformer  aux  désirs  de  feu  son  mari,  mort  en 
1887,  a  légué  (outre  767,000  francs  à  des  œuvres 
de  pure  bienfaisance)  100,000  francs  à  la  ville  de 
Liège,  dont  les  revenus  doivent  servir  à  organiser 
des  concerts  de  musique  dite  de  chambre  par  les 
soins  de  la  commission  et  du  directeur  du  Conser- 
vatoire royal  de  ntusique,  A.  B.  O. 


LILLE.  —  La  saison  lyrique,  qui  a  fini 
dimanche  18  courant,  aura  été  bien  pauvre 
cette  année,  et  on  peut  dire  qu'à  part  Werther  ei 
la  reprise  du  Pardon  de  Plocrmel,  les  amateurs  de 
bonne  musique  ont  été  singulièrement  réduits  à  la 
portion  congrue. 

Je  ne  saurais,  en  effet,  faire  entrer  en  ligne  de 
compte  dans  le  bilan  de  cette  campagne  théâtrale 
le  Benvcnuto  de  M.  Eugène  Diaz,  que  la  direction 
a  eu  la  bizarre  idée  de  nous  donner  dans  la  der- 
nière quinzaine.  Cet  ouvrage,  si  mal  accueilli  à 
son  apparition  à  l'Opéra-Comique,  en  1890, 
n'avait  cependant  rien  qui  le  désignât  particulièru- 
ment  au  choix  de  notre  imprésario,  à  l'exclusion 
de  tant  d'autres  qui  eussent  certainement  été  bien 
plus  intéressants. 

Sur  un  sujet  rempli  d'invraisemblances  criantes 
et  bien  médiocrement  mis  en  vers  par  M.  Gaston 
Hirsch,  M.  Eug.  Diaz  a  écrit  une  partition  conçue 
dans  la  forme  mélodique  pure,  d'une  ordonnance 
tout  italienne  et  d'une  indigence  d'orchestration 
telle  qu'on  serait  tenté  de  la  croire  voulue. 

En  écoutant  Benvenuto,  on  croirait  entendre 
un  opéra  écrit  il  y  a  cinquante  ans,  à  l'époque  où 
sévissaient  les  opéras-concerts  qui  ont  fait  les 
délices  de  nos  pères.  Chaque  phrase  se  termine 
sur  la  chute  prévue  ;  dès  que  l'artiste  en  a  dit  les 
premières  notes,  on  pourrait  la  terminer  pour  lui. 
C'est  une  musique  qui  peut  plaire  à  tous  ceux,— et 
ils  sont  encore  nombreux,—  qui  aiment  l'antique 
formule  italienne  dans  toute  sa  banalité,  les  reprises 
d'ensemble,  les  dialogues  à  la  tierce,  les  cavatines 
et  les  ariosos,  à  tous  ceux  enfin  dont  l'esthétique 
musicale  ne  dépasse  pas  la  Favorite  ou  le  Trouvère, 
et  qui  mettent  par  dessus  tout  Vair,  le  morceau, 
qu'on  retient  facilement  et  que  l'on  peut  chan- 
tonner en  sortant  du  spectacle. 

Mais  il  n'en  est  pas  de  même  pour  ceux  qui  ne 
considèrent  plus  ces  anciens  ouvrages  que  comme 
des  modèles  d'un  genre  aujourd'hui  disparu.  Ils 
pensent  avec  raison  qu'après  les  efforts  considé- 
rables tentés  dans  ces  dernières  années  par  nos 
compositeurs  modernes  pour  réaliser  l'union  intime 
du  poème  et  de  la  musique  et  se  rapprocher  ainsi 
le  plus  possible  de  la  vérité,  —  but  suprême  de 
l'art,  au  théâtre  comme  ailleurs,  malgré  ce  vieux 
cliché  que  «  le  théâtre  ne  vit  que  de  conven- 
tions ),,  —  ils  pensent,  dis-je,  qu'après  'Wagner  et 
son  œuvre  colossal,  après  Lalo,  Saint-Saëns, 
Reyer,  Massenet,  etc.,  et  toute  la  nouvelle  école 
musicale,  c'est  vouloir  nous  faire  revenir  en  arrière 
que  de  construire  encore  un  opéra  dans  le  moule 
usé  des  formes  conventionnelles. 

Si  encore,  dans  ce  vieux  moule,  M.  Diaz  avait 
coulé  des  mélodies  nouvelles  !  Hélas  !  non.  A  part 
quelques  rares  pages  bien  venues  et  d'une  belle 
inspiration,  on  n'y  rencontre  guère  que  des  phrases 
vieillies  et  qu'on  peut  saluer  au  passage  comme 
d'anciennes  connaissances! 

L'interprétation  en  a  été  des  plus  remarquables. 
Doué  d'une    voix   étendue,   bien  posée  et  d'un 


LE  aUIDE  MUSICAL 


303 


timbre  superbe.  M  Bérardi  a  composé  d'une 
manière  très  brillante  et  très  vivante  le  personnage 
de  Benvenuto,  et  il  y  a  remporté  un  très  vif 
succès. 

M"°  Nardi,  avec  la  voix  chaude  et  vibrante,  cl 
l'admirable  talent  de  comédienne  que  vous  lui 
connaissez,  a  donné  au  rôle  de  Pasiléa  une 
remarquable  intensité  dramatique. 

M"''  Berthelli,  très  touchante  dans  le  rôle  de 
Delphe.  et  MM.  Hyacinthe  et  Roger,  dans  ceux  de 
Pompéo  et  de  Monthsolm,  complétaient  un  en- 
semble excellent. 

Espérons  que  la  direction, —  qui  nous  reste  l'an 
prochain,  —  mieux  renseignée  sur  les  goûts  du 
public,  nous  dédommagera  de  nos  privations  artis- 
tiques de  cette  année  en  montant,  pendant  la  sai 
son  1894-95,  des  ouvrages  d'un  niveau  musical 
autrement  élevé.  E.  M. 


MARSEILLE  —  Les  deux  événements 
musicaux  intéressants  en  ce  mois  ont  été  : 
au  théâtre,  la  reprise  de  Loheiigrin;  au  concert, 
l'exécution  de  la  Neuvième  Symphonie. 

Notre  théâtre  subit  l'inévitable  effet  de  sa  situa- 
tion. A  l'incapacité  habituelle  de  l'individualité 
dirigeante,  active  et  volontaire,  du  moins  dans  le 
sens  commercial,  s'est  substituée  l'incapacité  mul- 
tiple, avec  le  manque  d'unité  et  le  conflit  inévitable 
des  pouvoirs  collectifs.  Ajoutez  à  cela  l'insuffisance 
notoire  de  plusieurs  des  premiers  sujets  de  la 
troupe,  qui  enlève  tout  relief,  tout  accent  à  l'exé- 
cution des  ouvrages,  même  les  plus  rebattus  du 
répertoire,  au  point  qu'on  n'ose  pas  les  risquer.  — 
Que  joue-t-on  enfin?  direz-vous.  —  Je  ne  sais  ; 
cela  échappe  non  à  l'analyse  et  à  l'attention,  mais 
aux  sens  mêmes.  Il  paraît  cependant  qu'on  a 
essayé  de  Lakiiié,  l'autre  soir,  mais  dans  des  con 
ditions  telles  qu'elles  ont  presque  fait  scandale  et 
que  la  représentation  n'a  pas  eu  de  lendemain. 
C'est  donc  à  notre  Grand-Théâtre  un  état  de  ma- 
rasme et  de  langueur,  une  existence  végétative  si 
veule  et  si  nulle  qu'elle  parait  bien  plutôt  une 
mort  lente.  La  reprise  de  Lohevgrin  a  eu  l'effet,  là 
dedans,  d'un  réveil  magique  et  foudroyant.  Aux 
recettes  anémiques,  aux  salles  désertes,  ont  suc- 
cédé les  maximum  pécuniaires  et  numériques 
d'une  foule  depuis  longtemps  enfuie  de  ces  lieux 
attristés.  C'est  naturel,  la  vie  appelle  la  vie. 

L'ouvrage  est  rendu  tant  bien  que  mal,  se  tient 
assez,  en  somme.  Il  ne  faut  pas  espérer  la  préci- 
sion et  la  clarté  des  ensembles,  par  exemple, dans 
les  deux  scènes  animées  de  l'arrivée  du  cygne; 
mais  pour  le  reste,  les  chœurs  et  l'orchestre  sont 
supportables.  Naturellement,  les  deux  coupures 
ineptes  dans  le  finale  du  premier  acte  et  dans  le 
chœur  des  soldats,  au  second, ont  été  maintenues. 
Comment  eùt-on  pu  espérer,  n'est-ce  pas,  un  retour 
à  l'art  et  au  sens  commun!...  Par  contre,  l'en- 
nuyeuse dispute  des  deux  femmes  à  la  porte  de 
l'église  est  donnée  dans  son  intégralité  :  pour  faire 


valoir  ces  dames,  sans  doute.  Ces  dames,  Eisa  et 
Ortrude,  sont  M""  Tracey,  chanteuse  à  la  voix  in- 
suffisante et  défectueuse,  mais  comédienne  de 
tempérament,  en  somme  artiste  intelligente  et  pas 
banale;  puis  M""  Pacarry,  qui  a  le  pied  à  l'étrier 
maintenant  depuis  l'affaire  Salammbô.  Elle  marque 
bien  quelque  progrès  sur  ses  débuts,  mais  ne  me 
parait  pas  être  sortie  encore  de  la  période  d'étude 
et  d'apprentissage.  Quant  à  Lohengrin,  c'est 
M.  Muratet,  et  avec  lui,  certes,  tout  est  profit, 
régal  et  satisfaction.  Je  ne  m'attendais  pas,  après 
les  désagréments  éprouvés  par  l'artiste  chez  vous, 
l'an  dernier,  faute  sans  doute  d'acclimatation  suffi- 
sante, à  lui  retrouver  sa  voix  intacte,  aussi  fraîche, 
aussi  pure,  aussi  séduisante  d'accent  et  de 
nuances  qu'il  y  deux  ans.  C'est  ainsi  pourtant;  et 
quant  à  la  déclamation,  au  jeu,  à  la  figuration 
expressive  et  poétique  du  rôle,  c'est,  à  peu  de 
chose  près,  ma  foi,  la  perfection  Je  ne  vois  pas, 
en  effet,  ce  qu'on  pourrait  y  reprendre.  Peut-être 
un  excès  de  correction  et  d'exactitude.  Un  peu 
moins  de  rigueur  dans  la  mesure,  quelque  sou- 
plesse apportée  parfois  au  débit  achèverait,  je 
crois,  de  donner  au  rôle  l'accent  naturel,  péné- 
trant, sympathique,  qui  nous  enchante  chez  Wag- 
ner et  que  M.  Muratet  rend  déjà  avec  une  excel- 
lence, je  le  répète,  très  voisine  de  la  perfection. 
Cet  élément  de  succès,  joint  à  la  valeur  propre  de 
l'ouvrage,  a  produit  une  belle  série  de  représenta- 
tions, malheureusement  déjà  suspendues  par  le 
départ  de  l'artiste  engagée  pour  le  rôle  d'Or- 
trude. 

Dans  le  moment,  la  vie  du  théâtre  est  tout  en- 
tière passée  à  la  préparation  de  Taï-Tsoung.  —  Eh! 
qu'est-ce  cela  ?  demanderez-vous.  —  C'est  un 
opéra  à  sujet  chinois,  que  M.  Emile  Guimet,  le 
riche  industriel  lyonnais,  le  fameux  orientaliste, 
créateur  et  donateur  du  musée  spécial  qui  porte 
son  nom,  a  trouvé  le  loisir  et  l'inspiration  de  pro- 
duire en  ses  voyages  là-bas.  Je  ne  soupçonnais 
pas  tant  de  mérites  à  M.  Guimet,  tant  de  cordes 
à  son  arc  et  à  son  luth.  Celles  qu'il  a  fait  vibrer 
de  surplus,  pour  faire  accepter  son  œuvre  à  nos 
artistes  en  société,  ont  été  décisives,  si  bien  que 
j'aurai,  dans  huit  jours  probablement,  à  vous 
rendre  compte  de  cet  essai  de  décentralisation  ar- 
tistique (formule  consacrée). 

L'exécution  de  la  Neuvième  a  été  une  grosse 
affaire  pour  nos  concertistes.  Etant  donnés  les 
éléments  disponibles  en  province  soit  comme  exé- 
cutants, soit  comme  auditeurs,  il  est  certain  que 
la  tâche  est  rude  et  qu'elle  peut  être  difficilement 
menée  à  bien  ailleurs  que  dans  un  centre  artis- 
tique de  premier  ordre.  L'œuvre  est  de  telle  nature, 
d'un  art  si  élevé  et  si  subtil,  qu'elle  s'adresse  à  un 
nombre  restreint  d'amateurs  et  ne  constituera 
jamais  l'élément  d'un  succès  populaire  et  lucratif. 
On  a  beau  dire,  le  sublime  n'est  pas  à  la  portée  de 
tous,  et  le  public,  en  fait  d'art,  ne  comprend 
jamais  qu'à  demi.  Aussi,  de  pareilles  œuvres  ne 
se  montent  pas  par  spéculation,  ce  sont  des  faits 
honorifiques,  des  titres  glorieux,  dont  on  se  pare, 


304 


LE  GUIDE  MUSICAL 


des  obligations  que  l'on  acquitte  envers  des 
abonnés  ou  des  commanditaires,  titres  qui  procla- 
ment les  vertus  des  participants,  qu'on  inscrit  en 
lettres  d'or  dans  les  archives  et  dans  les  souvenirs, 
mais  qui  ne  se  résolvent  pas  en  profits  maniables 
et  pratiques.  Comme  on  l'a  dit,  la  musique  est  un 
art  cher,  cher  en  raison  de  l'excellence  des  élé- 
ments recherchés;  aussi  ne  faut-il  pas  se  montrer 
trop  difficile  et  regardant,  quand  on  a  la  bonne 
fortune  de  les  rencontrer. 

C'est  pourquoi  je  me  hâte  de  vous  dire  que 
l'e.xécution  du  célèbre  chef-d'œuvre  a  été  vraiment 
remarquable  et  satisfaisante.faisant  grand  honneur 
à  notre  chef,  M.  Jules  Lecocq.  Ne  voulant  ou  ne 
pouvant  trouver  parmi  nous  les  éléments  complets 
de  l'p.xccution  vocale,  notre  .Association  artistique 
avait  engagé  à  grands  frais  un  quatuor  de  voix 
solo.  Mais  pour  l'utiliser  et  retrouver  ses  frais, 
elle  a  cru  devoir  mettre  les  morceaux  doubles  et 
joindre  à  la  Neuvième  un  autre  ouvrage  important, 
l&Lyre  et  la  Hurle  de  Saint-Saëns.  Il  en  est  résulté, 
à  mon  avis,  un  programme  trop  chargé,  dont  les 
éléments  disparates  n'ont  pas  produit,  en  deux 
séances,  l'effet  considérable  et  les  résultats  fruc- 
tueux qu'on  aurait  pu  attendre. 

Je  n'irai  pas  vous  donner  parle  menu  les  détails 
de  l'exécution.  Ilvous  importe  peu,  à  vous  et  à  vos 
lecteurs,  de  savoir  en  quoi  et  comment  cette  exé- 
cution s'est  distinguée;  si  le  premier  morceau, 
suprême  de  l'art  symphonique,  si  le  scherzo  avec 
ses  contrastes,  l'adagio  et  ses  délicatesses,  le  finale 
avec  ses  effets  multiples,  ont  donné  exactement 
tout  ce  qui  s'y  trouve  enfermé;  si  même  l'innova- 
tion d'un  ralleiiiando  en  manière  d'accent  expressif 
apporté  par  les  voix,  vers  la  cadence  du  motif  de 
l'ode,  doive  être  approuvée.  Il  suffit  à  notre  gloire  et 
à  celle  de  M.  Lecocq  que,  pour  l'ensemble,  le  grand 
souffle  poétique  et  génial  du  maître,  soit  très  con- 
venablement «  sorti  ».  Mais  ce  qu'il  y  a  eu  de 
mieux,  c'est  le  finale,  oti,  d'une  part,  les  solistes 
exotiques,  d'autre  part,  les  choristes  indigènes 
ont  donné  avec  une  vaillance  et  une  justesse 
au-dessus  de  toute  attente.  II  n'y  a  que  des  com  ■ 
pliments  à  faire  à  M"=  D.  Beumer,  dont  la  voix 
aiguë  a  fait  merveille;  à  M""-  Devisme,  bon  con- 
tralto, et  à  M.  Perny,  ténor  de  Lyon,  dont  la  voix 
de  ténorino  s'est  tirée  avec  habileté  d'une  partie 
où  s'expriment  en  mâles  accents  la  joie  patriotique 
des  combattants. 

J'oubliais  de  vous  dire  que  la  version  choisie 
pour  les  paroles  a  été  celle  de  V.  Wilder,  où  le 
sujet  de  la  Joie  a  fait  place  â  celui  de  la  Liberté. 
Les  raisons  qu'a  données  V  Wilder  d'un  pareil 
changement  sont  peut-être  excellentes.  Moi,  je  les 
trouve  détestables.  Auraient-elles  été  encore  plus 
décisives,  elles  n'auraient  jamais  pu  absoudre  le 
tripatouillage  que  n'a  pas  craint  de  commettre  le 
traducteur  dans  un  texte  sanctifié,  dirai-je,  par  le 
génie  de  deux  grands  hommes  et  dont  le  sens  pré- 
cis ne  se  retrouve  plus  du  tout  dans  la  traduction 
fantaisiste  qu'il  e.i  a  donnée.  Libre  aux  amateurs 
d'applaudir  l'hymne  à  la  Liberté  :  quels  qu'aient 


été  les  sentiments  «  libertaires  »  des  deux  auteurs, 
je  crois  que  non  erat  hic  locus  et  que  c'est  bien  la 
joie  que,  dans  leur  art  respectif,  ils  ont  voulu 
chanter  ici. 

Est-ce  le  voisinage  de  la  grande  Neuvième,  mais, 
vraiment,  j'avoue  n'avoir  pas  pris  un  plaisir 
extême  à  l'audition  de  la  Lyre  et  la  Harpe. 

Il  est  possible  que  cette  impression  défavorable 
tienne  surtout  aux  conditions  dans  lesquelles 
l'œuvre  a  été  présentée,  c'est  â-dire  en  complé- 
ment â  la.Neuvième,  Qui  pourrait  tenir,  en  effet,  près 
d'un  tel  monument  !  N'est-ce  pas  vouer  à  un  effa- 
cement certain  tout  ce  qu'on  risque  en  un  pareil 
voisinage?  Pour  moi,  je  ne  comprends  rien  aux 
usages  suivis  en  ces  matières.  Certaines  œuvres 
m'apparaissent  si  puissantes  et  si  hautes,  elles  ap- 
portent avec  elles  tant  d'émotion  et  un  aliment  de 
pensée  si  substantiel  qu'elles  excluent,  pour  un 
moment  au  moins,  toute  possibilité  d'existence 
autour  d'elle.  Tout  parait  à  côté,  chétif,  inutile, 
importun  Quelle  possibilité  d'intérêt  ou  d'agré- 
ment y  a-t-il,  je  vous  le  demande,  à  l'issue  de  cette 
Neuvième,  de  la  Passion  de  Bach,  du  troisième  acte 
de  Parsifal,  ou  même  d'une  des  dernières  sonates 
ou  du  grand  trio  op.  97  de  Beethoven?  Heureuse- 
ment, les  capacités  sensitives  et  intellectuelles  des 
masses  sont  autrement  déliées  et  solides;  aussi  les 
voyons  nous,  au  sortir  de  ces  sublimités,  accueiUir 
sans  broncher  et  avec  agrément  sans  doute,  comme 
le  dit  Berlioz,  n'importe  quel  afflux  sonore  de 
concerts  de  flûte  ou  de  variations  on  leur  serve.  Cela 
s'appelle  l'éclectisme!... 

Lorsque,  dans  ma  dernière  correspondance,  je 
vous  parlais  des  œuvres  d'Auguste  Caune,  je  ne 
m'attendais  pas  au  chagrin  d'avoir  sitôt  à  vous 
annoncer  la  mort  de  cet  homme  distingué  et  de  cet 
excellent  musicien.  Succombant  à  une  maladie 
lentement  aggravée,  notre  ami  s'est  éteint,  ces 
jours  derniers,  à  l'âge  de  soixante-huit  ans. 

Comme  je  vous  l'ai  dit,  je  crois,  Auguste  Caune 
n'avait  pas  été  dirigé  d'abord  vers  la  musique.  Issu 
d'une  famille  hautement  estimée,  ce  ne  fut  qu'à 
travers  d'autres  occupations  qu'il  put  se  livrer  à 
son  goût  dominant  et  acquérir  les  connaissances 
nécessaires  à  la  composition  jusqu'à  ce  que,  dans 
son  âge  mur,  devenu  un  vrai  professionnel  de  l'art, 
il  produisit  ses  trois  œuvres  principales,  le  trio,  la 
messe  et  l'oratorio  le  Veau  d'or.  Au  cours  de  ses 
voyages,  il  eut  l'occasion  de  connaître  Liszt, Ysaye, 
votre  admirable  violoniste,  et  d'autres  notabilités 
musicales  étrangères,  lesquelles,  je  le  sais  perti- 
nemment, en  faisaient  le  plus  grand  cas.  Mais  ce 
noble  artiste,  digne  en  tout  du  premier  rang,  était 
d'une  modestie  qui  allait  jusqu'au  détachement  de 
son  intérêt  le  plus  naturel,  le  plus  immédiat 
J'aurai  assez  loué  la  finesse  de  son  intelligence 
musicale  en  disant  que  c'était  un  wagnérien  de  la 
première  heure;  je  veux  dire,  qu'il  avait  su,  dès 
Tannhœuser,  analyser  et  comprendre  le  génie  du 
grand  réformateur.  Voilà  notre  ami  disparu  main- 
tenant,   ses   œuvres,  sauf  le   trio,  ne  sont  pas,  je 


LE  GUIDE  MUSICAL 


305 


crois,  éditées.  Elles  iront  probablement  s'enfouir 
dans  quelque  bibliothèque  privée  ou  publique.  Les 
grands  coups  d'aile  de  son  inspiration  ne  frapperont 
plus  personne,  les  belles  architectures  sonores  de 
son  Credo,  de  son  Saiictus,  de  son  Moïs«  iront,  comme 
celles  des  temples  antiques,  s'enliser,  disparaître 
peu  à  peu  dans  la  poussière  et  la  nuit  de  l'oubli. 

E.  M. 


STRASBOURG.  —  Au  dernier  concert 
d'abonnement  de  notre  orchestre  municipal, 
M.Stockhausen  a  fait  connaître  une  suite  enré  mi- 
neur pour  grand  orchestre  de  M.  Marie-Joseph 
Erb,  né  à  Strasbourg  le  23  octobre  i85S.  M.  Erb 
a  fait  ses  études  à  Paris,  à  l'école  Niederraeyer. 
Il  s'était  fait  connaître  comme  compositeur  par 
une  série  d'oeuvres  pour  le  piano,  marquées  au 
coin  de  l'originalité  et  dont  les  dernières  sont 
écrites  avec  une  grande  clarté  de  style.  Sa  suite, 
divisée  en  quatre  parties,  est  formée  d'un  prélude, 
d'une  gavotte,  d'une  canzone  et  d'une  marche. 
Conçue  d'après  les  régies  scolastiques,  cette  suite, 
par  l'enchaînement  de  ses  idées  et  par  l'exactitude 
du  travail  orchestral,  représente  un  tableau  musi- 
cal de  mérite.  Les  imitations  harmoniques  y  sont 
habilement  ordonnées  et  les  pensées  mélodiques, 
précises  et  point  banales,  y  sont  relevées  par  une 
instrumentation  sobre,  mais  distinguée  de  coloris. 
Dans  le  prélude,  le  motif  est  indiqué  par  le  haut 
bois,  qui  en  imitera  le  dessin  dans  son  récit  final 
de  la  marche.  Ainsi  qu'il  avait  fait  pour  l'œuvre 
récemment  entendue  de  M.  Lorentz,  notre  or- 
chestre municipal  s'est  attaché  à  mettre  en  pleine 
lumière  les  détails  de'la  partition  de  M.  Erb.  On 
doit  lui  en  savoir  gré  autant  qu'à  M.  Stockhausen, 
que  nous  avons,  en  particulier,  à  remercier  au 
nom  des  abonnés  d'avoir  tenu  compte  des  remar- 
ques faites,  au  début  de  la  saison,  au  sujet  de  nou- 
veautés musicales  que,  primitivement,  le  pro- 
gramme d'ensemble  n'avait  pas  fait  espérer. 

Les  chœurs  du  Conservatoire  et  l'orchestre 
municipal  ont  exécuté  l'autre  semaine,  l'oratorio 
Elie  de  Mendelssohn.  Cette  semaine  le  chœur  de 
Saint-Guillaume,  dirigé  par  M.  Miinch,  donnera 
deux  auditions   de  la  Mathaeus-Passion  de  Bach. 

Lohciigriii  vient  d'être  représenté  en  français, 
avec  succès,  au  théâtre  de  Metz.  A.  O. 


TOURNAI.  —  Le  concert  donné  par 
M.  Lilien  avec  le  concours  de  M""  Louisa 
et  Jeanne  Merck,  MM.  Crickboom,  Angenot, 
Maurage,  a  réussi  au  delà  de  toute  espérance. 

Grand  succès  pour  le  concerto  pour  quatre 
violons  de  Maurer,  où  les  quatre  instruments 
luttent  de  virtuosité,  et  qui  a  été  enlevé  avec  brio 
par  MM.  Crickboom,  Angenot,  Maurage  et  Lilien. 
M""  J.  Merck  a  chanté  de  sa  jolie  voix  fraîche  l'air 
deZémire  ci  Azor  de  Grétry,  où  on  a  pu  apprécier 
la  souplesse  de  ses  vocalises.  Les  mélodies,  quoi- 
que dites  avec  l'expression   voulue,   n'ont  point 


porté  autant  sur  le  public  Bien  plus  goûtée  a  été 
une  délicieuse  mélodie  de  M.  Paul  Miry,  qu'elle  a 
dite  avec  un  goût  exquis.  M""  Louisa  Merck  est 
une  artiste  sérieuse  ;  elle  a  joué  avec  un  sentiment 
profond  des  pièces  de  Schumann  et  l'incantation 
de  "Wagner.  Les  jolis  duos  de  Godard  ont  été 
joués  supérieu.ement  par  M.  Crickboom,  le  bril- 
lant violoniste  si  apprécié  du  public  bruxellois,  et 
M.  Lilien,  le  sympathique  professeur  de  notre 
Académie.  Celui-ci  a  également  dirigé  avec  beau- 
coup d'autorité  la  première  symphonie  de  Bee- 
thoven, ayant  à  sa  disposition  un  orchestre  peu 
nombreux  pourtant,  mais  très  bien  stylé. 

iVO  U  V EL  LES  DI  VERSES 

Le  Théâtre  de  Nantes  prépare,  pour  le  29  mars, 
la  première  de  Tannhauser .  Signalons  à  ce  propos 
une  très  intéressante  et  très  compétente  analyse  du 
poème  et  de  la  partition  que  M.  Etienne  Déstran- 
ges  vient  de  publier  dans  VOiies  Airtiste  et  qui 
paraîtra  sous  peu  en  brochure. 

A  la  suite  du  brillant  succès  remporté  à  Nantes 
par  l'audition  de  la  Walkyrie,  les  demandes  ont 
afflué  de  toutes  parts  pour  une  autre  séance  wag- 
nérienne. 

M.  Etienne  Destranges,  rédacteur  en  chef  de 
VOuest  Artiste,  s'occupe  dés  aujourd'hui  de  prépa- 
rer, pour  la  saison  prochaine,  cette  nouvelle  audi- 
tion. Cette  fois,  on  exécutera  d'importants  frag- 
ments de  Parsifal  :\a.Scéitereligieuse,  les  Filles  Fleurs, 
V  Enchantement  du  Vendredi -Saint  et  la  scène  finale. 
Comme  pour  la  Walkyrie,  l'interprétation  sera  con- 
fiée à  des  amateurs  de  Nantes. 

Le  wagnérisme  en  Italie  :  Au  Liceo  de  Venise, 
lundi  dernier,  a  eu  lieu  un  concert,  le  premier  de 
ce  genre,  consacré  entièrement  à  Richard  Wagner. 
Le  programme  comprenait  :  i"  l'ouverture  des 
Maîtres  Chanteurs;  2"  V  Idylle  de  Siegfried  ;  3°  Tristan 
et  Isolde,  mort  d'Isolde  ;  4°  Loheitgrin,  prélude  ; 
5°  Rêves;  6°  Walkyrie,  a)  Incantation  du  feu,  b)  et 
la  Chevauchée. 

M.  Félix  Mottl,  rentré  à  Carlsruhe,  fait  démentir 
par  la  Frankfurter  Zeitung  qu'il  ait  accepté  la  place, 
de  maître  de  chapelle  à  Munich  et  que  M.  Her- 
mann  Levi  doive  renoncer  à  ce  poste. 

A  Saint-Pétersbourg,  Samson  et  Dalila  de  Saint- 
Saëns  a  obtenu  un  énorme  succès,  le  soir  de  la 
première  représentation  de  la  troupe  française 
qui  joue  au  Petit-Théâtre  sous  la  direction  de 
M.  Colonne. 

Suivant  la  volonté  expresse  contenue  dans  son 
testament,  ouvert  ces  jours-ci  à  Hambourg,  le  corps 
de  Hans  de  Bulow  sera  incinéré  dans  le  four  cré- 
matoire de  cette  ville. 

M.  Campo-Casso,  ancien  directeur  de  la  Mon- 
naie et  de  l'Opéra,  vient  d'être  nommé,  pour  cinq 
ans,  directeur  du  Grand-Théâtre  et  du  Théâtre  des 
Célestins  de  Lyon. 

La  Chambre  des  seigneurs  d'Autriche  vient  de 
voter  la  loi  relative  à  la  protection  des  œuvres 


306 


LE  GUIDE  MUSICAL 


artistiques  et  littéraires  soumise  depuis  deux  ans 
à  ses  délibérations  et  qui  porte  à  trente  ans  la 
durée  de  la  protection,  jusqu'ici  assurée  pendant 
dix  ans  seulement  aux  oeuvres  d'art  en  Autriche. 
Nous  reviendrons  sur  cet  acte  important,  qui  ne 
sera  définitif,  toutefois,  qu'après  l'approbation  de 
la  Chambre  des  députés  du  Reichsrath. 

Verdi  est  actuellement  à  Milan  et  a  remis  à  son 
éditeur  Ricordi  la  partition  complète  d'un  nouvel 
opéra  :  Le  Roi  Lear. 

«  C'est  mon  testament  musical  »,  a-t-il  déclaré, 
«et  je  désire  qu'on  ne  l'ouvre  pas  avant  ma  mort.» 

Si  non  e  vero... 

En  vue  de  l'Exposition  d'Anvers,  M.  Peter 
Benoit  écrit  en  ce  moment  une  cantate  qui  sera 
exécutée  le  jour  de  l'ouverture.  Le  Génie  de  la  l'a- 
ine, tel  est  le  titre,  sera  exécuté  sous  la  direction 
du  maître,  avec  le  concours  de  1,200  exécutants. 
La  Société  de  musique  d'Anvers  s'est  chargée  de 
l'organisation  de  la  partie  chorale  et  a  fait,  pour 
cela,  appel  aux  sociétés  chorales  et  aux  amateurs 
d'Anvers,  qui  tous  ont  accepté  avec  empressement. 
La  partie  instrumentale  comprend  quatre  orches- 
tres, dont  un  grand  orchestre  de  symphonie  de 
cent  vingt-cinq  musiciens,  une  harmonie  militaire, 


un  corps  de  fanfares  d'élite,  plus  un  groupe  de 
trompettes  thébaines  et  de  tambours.  Ceci  pour 
l'ouverture. 

Il  y  aura,  en  outre,  un  concert  journalier  à  l'Ex- 
position. D'abord  l'orchestre  symphonique  de 
l'Exposition,  dirigé  par  M.  Fréd.  Bonzon.  l'habile 
chef  d'orchestre  du  Palais  de  l'Industrie,  et  com- 
posé des  meilleurs  artistes  d'Anvers,  se  fera  en- 
tendre tous  les  soirs.  Plus  les  excellentes  musiques 
militaires  de  la  garnison,  qui  donneront  toutes  les 
après-midi  un  concert  dans  les  jardins.  Enfin  les 
sociétés  civiles,  qui  feront  de  la  musique  tous  les 
dimanches  et  jours  de  fête.  Indépendamment  de 
ces  concerts,  il  y  aura  de  grandes  fêtes  artistiques, 
où  les  principaux  artistes  de  l'Europe  se  feront 
entendre 

M.  Siegfried  Wagner,  qui  a  assisté  mardi  der- 
nier, comme  nous  l'avons  dit,  à  la  représentation 
en  l'honneur  de  M.  Henri  Fontaine,  à  l'Opéra- 
Flamand  d'Anvers,  en  compagnie  de  Peter  Benoit, 
a  adressé  la  lettre  suivante  au  maître  flamand  : 

«  A  Monsieur  Peter  Benoit,  directeur  du 
Conservatoire  d'Anvers. 
«  Monsieur, 
»  Mon   court    séjour  à    Anvers  a  été  pour  moi 


1 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


RICHARD    WAGNER 


LOHENGRIN 

Opéra  en  3   actes  et   4   tableaux 

Traduction  française  de  Ch.  Nuitter 

Partition  chant  et  piano,  prix  net  :  20  francs 

LE  VAISSEAU-FANTOME 

Opéra  en  3  actes 

Traduction  française  de  Ch.  Nuytter 

Partition  chant  et  piano,  prix  net  :  20  francs 


TANNH^USER 

Opéra  en  3  actes  et  4  tableaux 
Traduction  française  de  Ch.  Nuytter 
Partition  chant  et  piano  conforme  aux  exécu- 
tions modèles  de  Bayreuth,  prix  net  :  20  fr. 

RIENZI 

Opéra  en  3  actes 

Trad.  franc,  de  Ch.  Nuytter  et  J.  Guillaume 

Partition  chant  et  piano,  prix  net  :  20  fr. 


Morceaux   de   chant   séparés.   —  Arrangements   pour   piano   seul, 

piano  à  quatre  mains,  deux  pianos  à  quatre  mains  et  huit  mains.  — Transcriptions  pour 

piano    et   instruments    divers 

Fragments   pour  orchestre   seul   et   orchestre   et  chant.    —  Musique    militaire 


TROIS  MÉLODIES 

L'Attente  (V.  Hugo),  1-2.     .     .     .     fr.  4 

Mignonne  (Ronsard) 4 

Dors  mon  enfant,  1-2     ...     .  4 


QUATRE  POÈMES  D'OPÉRAS 

Précédés    de  la  lettre    sur  la  musique 

Illustration  de  G.  Rochegrosse  et  F.  Marcotte 
PRIX  :    4  FRANCS 


LE  GUIDE  MUSICAL 


307 


une  de  ces  impressions  qui  resteront  inoubliables. 
Non  seulement  parce  que  j'ai  eu  l'honneur  d'être 
présenté  au  grand  maître  flamand  qui  redonne  à 
son  peuple,  sa  propre  âme,  son  vrai  caractère 
délivré  d'une  civilisation  à  présent  du  moins  dou- 
teuse —  mais  encore  eus-je,  comme  jeune  artiste 
commençant,  la  vive  et  profonde  joie  d'entendre 
de  la  bouche  de  ce  même  maître  des  paroles  au 
sujet  de  mes  débuts  artistiques  qui  m'ont  bien  ému 
et  en  même  temps  rendu  fier. 

»  Ce  que  vous  m'avez  dit  sur  VIdylU  et  le  Tas'st 
—  était  vraiment  beau,  et  cela  m'a  fait  du  bien, 
à  moi  qui  ai  de  l'enthousiasme  du  moins  pour  ce 
grand  art  qui  nous  unit  tous. 

»  Auriez-vous  la  grande  bonté  de  transmettre  à 
M.  Henri  Fontaine  tous  mes  compliments  ainsi 
qu'à  l'excellent  chef  d'orchestre  Edouard  Keur- 
vels,  qui  a  conduit  ce  premier  acte  si  difficile  du 
Hoïïandiiis  {Vaisseau- Fantôme)  avec  une  admirable 
sûreté. 

«  M.  Fontaine  m'a  beaucoup  plu  :  belle  voix, 
du  caractère,  de  l'énergie,  une  excellente  articu- 
lation et  une  belle  apparition. 

»  Tout  l'ensemble  :  Ces  jeunes  gens  enthou- 
siasmés, ces  voix  fraîches,  bref  tous  ces  signes 
d'un  vrai  mouvement  artistique  qui  va  s'étendre 
et  se  perfectionner  —  c'a  été  quelque  chose  de 
touchant  ;  et   qu'on  doive  tout  cela  à  vos  infatiga- 


bles combats    pour  la  liberté   de  l'art  :  c'est  très 
beau  et  élevant  ! 

>)  Je  vous  remercie  de  tout  mon  cœur  pour 
votre  bonté  envers  moi.  Gardez-moi,  je  vous  prie, 
un  bon  souvenir  et  soyez  convaincu  de  ma  pro- 
fonde admiration  pour  vous. 

«  Siegfried  Wagner. 

»  Bruxelles  —  avant  de  partir;  donc  :  pardon- 
nez les  fautes  de  français  ;  une  autre  fois  j'écrirai 
en  flamand. 

»  14  mars,  matin,  1894.  » 

PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4.  rue  Latérale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 


BUEITKOPF  S,  HJEUTEL,  BRUXELLES 

Editeurs-propriétaires  pour  tous  pays  de 


de    RICHARD     WAGNER 


Chant  et  piano 

Partition,   version   franc,   de  V.  Wilder  (édition 

populaire  n"  5i5) 20    — 

Idem,  traduct.  anglaise  par  H.  et  F.  Corder  (édi- 
tion populaire  n"  487) net  12  5o 

Morceaux  lyriques  : 

N"  I.  Raillerie  de  Kurvvenal —  65 

»  2.  Conte  d'Iseult  à  Brangaene    .      .      .      .      2  85 

"  3.  Duo  d'araour i  25 

»  4.  Demande  de  Tristan  à  Iseult      .      .      .   —  gS 
»  5    Réponse  d'Iseult  à  Tristan    .      .      .      .   —  65 

»  6.  Apothéose  d'Iseult i  60 

Les  mêmes  complets  (édition  popul.  n»  494)     net     5  — 
Piano  &  deux  mains 

Partition  sans  paroles  (édition  popul.  n°  481)  net  10  — 

Prélude  (ouverture) i  25 

Potpourri 2  5o 

Eitner,  R.  Fantaisie  sur  des  motifs  de  Tristan 

et  Iseult 2  

Heintz,  A.  Morceaux  tirés  de  Tristan  et  Iseult 

Cah.  I.  3  fr.  45  -  Cah.  2.  3  fr.  45  —  Cah.  3.  2  fr.  85 
—  Morceaux  tirés  de  Lohengrin  et  de  Tristan  et 

Iseult.  Complets  (édition  populaire  n"  421)  net    6  i5 
Lassen,  Edouard.  Morceaux  lyriques  avec  texte  : 

N"  I.  Raillerie  de  Kurweual —  65 

«  2   Conte  d'Iseult  à  Brangasne    .      .      .      .     2  20 

»  i.  Duo  d'amour ~   9^ 

»  4.  Demande  de  Tristan  à  Iseult     .      .      .   —  g5 
»  5.  Réponse  d'Iseult  à  Tristan   .  .      .   —  gS 

>i  6.  Apothéose  d'seult i  60 

Les  mêmes  complets  (édit.  populaire  n"  420)    net     375 


Liszt,  F.  La  mort  d'Iseult  (scène  finale)    .     .     .     2  20 
Rubinstein,  Jos   Musikalicher  Bilder  : 

N"  I.  Scène  d'amour.      .      .  ....     4  45 

»  2.  La  mort  de  Tristan ^  75 

Piano  a  quatre  maiuN 

Partition 37  5o 

Prélude  (ouverture) 2  25 

Potpourri 3  i5 

Cramer,  H.  Fantaisie  sur  des  motifs  de  Tristan 

et  Iseult  :  Cahier  i.  Acte  premier      .      .      .      .     4  70 
»        2.  Acte  deuxième  ....     5   — 
»       3.  Acte  troisième    .      .      .     .     3  75 
Lassen,    Edouard.  Morceaux  lyriques  avec 
texte.  Arrangement  de  Hans  Sitt, 

N"  I.  Raillerie  de  Kurwenal —  gS 

»  2.  Conte  d'Iseult  é  Brangaene    .      .      .      .     3  i5 

»  3.  Duo  d'amour i  60 

"  4.  Demande  de  Tristan  à  Iseult     ...     i  25 
»  5.  Réponse  d'Iseult  à  Tristan    ....     i  25 

"  6.  Apothéose  d'Iseult 2  — 

Les  mêmes  complets  (èdit,  populrire  n"  420)    net     5  60 
Liszt,  F.  La  mort  d'Iseult  iscéne  finale).  Arran- 
gement de  A.  Heintz 2  20 

l>enx  pianos  à  quatre  mains 
Prélude  (ouverture).  Arrangem.de  A.  Pringsheim 

Idem,  Second  piano  

Li  mort  d'Iseult  (scène  fin.)  Arr.  de  A.  Pringsheim 
Prélude  et  mort  d'Iseult.  Arr,  de  A.  Pringsheim. 

l>eux  pianos  Â  huit  mains 

Prélude  (ouverture).  Arrangem.  de  A.  Heintz      .     3  i5 

La  mort  d'Iseult  (scène  fin.).  Arr.  de  A.  Heintz   .     6  75 


4  40 
2  20 

5  65 

6  go 


Vient  de  paraître  :  Guide  thématique  de  Tristan  et  Iseult,  par  Maurice  KUFrERATH. 

Fris  :  1  fr.26 


LE  GUIDE  MUSICAL 


NÉCROLOGIE 

Sont  décèdes  : 

A  Paris,  Jean-Pierre  Maurin,  après  une  courte 
maladie,  à  l'âge  de  soixante  douze  ans,  professeur 
au  Conservatoire  national  de  musique,  chevalier 
de  la  Légion  d'honneur.  Il  était  né  le  14  fé- 
vrier 1822,  à  Avignon.  Admis  au  Conservatoire  en 
l'année  i838,  il  avait  eu  pour  maîtres  Baillot  et 
Habeneck.  Après  avoir  obtenu  le  premier  prix  de 
violon  en  1843,  il  se  livra  à  l'enseignement.  Une 
des  gloires  de  cet  excellent  professeur  est  d'avoir 
fondé  en  i852  avec  Chevillard,  Colblain  et  Mas, 
la  u  Société  des  Grands  Quatuors  de  Beethoven  ». 
Cette  société  avait  repris  ses  intéressantes  séances 
depuis  quelques  années  (Maurin, Cros-Saint- Ange, 
Mas  et  Calliat)  à  la  salle  Pleyel;  et  le  public  y 
avait  pris  un  vif  intérêt.  Ce  fut  le  quatuor  Maurin 
qui  fut  invité  le  22  mai  1869,  par  le  roi  Louis  II,  à 
venir  exécuter  plusieurs  quatuors  de  Beethoven  à 
Triebschen,  à  l'occasion  de  la  fête  de  l'auteur  de 
Parsifal.  Maurin  racontait  souvent  quel  bienveil- 
lant accueil  il  avait  reçu  du  grand  compositeur. 
Bien  qu'élevé  à  la  grande  et  classique  école  du 
violon,  Maurin  possédait  un  jeu  très  personnel.  Il 
avait  surtout  une  manière  toute  particulière  d'in- 
terpréter  Haydn    et    Mozart.    Dans    les  derniers 


quatuors  de  Beethoven,  il  s'élevait  souvent  à   de 
grandes  hauteurs. 

C'est  une  perte  pour  l'art. 

—  A  Pesth,  à  rage  de  cinquante-huit  ans,  M. 
Edouard  Paulay,  directeur  du  Théâtre-National 
hongrois,  qu'il  avait  dirigé  pendant  seize  ans.  Par 
sa  mort,  l'art  dramatique  hongrois  fait  une  grande 
perte  Paulay  a  traduit  en  hongrois  de  nombreuses 
pièces  des  littératures  modernes  française  et  alle- 
mande, et  les  a  remaniées  pour  les  faire  représen- 
ter au  Théâtre-National. 

RÉPERTOIRE  DES  THEATRES  ET  CONCERTS 

Paris 

Opéra.  —  Du  19  au  24    mars  :  Thaïs. 

Opéra-Comique.  —  Du  18  au  24  mars  :  Le  Dîner  de 
Pierrot  Phryné,  Fidès,  Cavalleria  rusticana  et  le 
Maître  de  chapelle.  Mignon.  Phryné,  Fidès,  Caval- 
leria rusticana  et  le  Maître  de  Chapelle. 

Conservatoire.  —  Concerts  des  vendredi  et  samedi 
saints  ;  Symphonie  en  ré  (Beethoven);  Chant  des 
Parques  (Gœthe)  (M.  J.  Brahms),  traduction  française 
de  M.  Alf.  Ernst;  Concerto  en  mi  bémol  pour  piano 
(Saint-Saëns),   M.   E.-M.   Delaborde;   Requiem  (Ch. 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tsehaikowivky.  Quttschaik,  Prudent,  Allard 
des   Arehiveii   du  piauo   et   de  la   célèbr»   Méthode    de   piuuu    A.    le   Carpeuticr 

Seuls  dépositaires  de  l'Bditiou  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  inasiqu*  de  Tlolan 

ŒUVRES      POUR      ORCHESTRE 


Op.  6i.  Mozartiana,  -1°  suite  d'orchestre  : 

N"  1  Gigue;  n" 2 Menuet;  n"  3Preghiera; 
n,,  4  Thème  et  Variations 

Partition 10     » 

Parties  séparées 10     » 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     i  5o 

Op.  62.  Pezzo   Cappriccioso,   pour  violon- 
celle et  orchestre  : 

Partition 3     » 

Parties  séparées 6    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5o 

Op.  64.  Cinquième  symphonie,  en  mi  mineur  : 

Partition 35     » 

Parties  séparées 40     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3     " 

Op.  66.  La  Belle  au  Bois  dormant,  valse 
e.xtraite  du  ballet  : 

Partition 5     » 

Parties  séparées 10     •> 

Parties  supplémentaires i  5o 

—  La  même  pour  orchestre  de  bal,  par 

F.  Desgranges  : 

Conducteur         i     » 

Parties  séparées 2     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    »  25 

—  Pot-pourri  arrangé  par  Kleinecke  : 

Violon  conducteur 2     » 

Parties  séparées 10     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  25 
Op .  67   Hamlet.  Ouverture-fantaisie  (A-.   Ed- 


ward Grieg)  : 

Partition i5     » 

Parties  séparées 25     » 

Parties  supplémentairescordes     chaque     2  5o 

—  Ouverture  extraite  : 

Violon  conducteur 2     » 

Parties  séparées 6 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  68.  La  Dame  de  pique,  pot-pourri  pour 
petit  orchestre,  par  A.  Kleinecke  : 

Violon  conducteur 2 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  69.  Yolande,  introduction  extraite: 

Partition 2 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  supplémentaires  cordes  (copiées) 

Op.  71.  Le  Casse-Noisette,  ouverture  extraite  : 

Partition  d'orchestre 4 

Parties  séparées 6 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

—  Suite  d'orctiestre  tirée  du   ballet  le 

Casse-Noiseiit  : 

Partition 20     » 

Parties  séparées  ......  3o    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    2  5o 
Op.  74.  Sixième  symplionie  : 

Partition 

Parties  séparées 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque 


5o 


25 


50 


LE  GUIDE  MUSICAL 


309 


Gounod),  Mm^sE^  Blanc,  Boidin-Puisais,  MM.Warm- 
brodt  et  Auguez  ;   ouverture  de  Freyschùtz   (Weber). 
oNCERT  Lamoureux  (vendredi-saint).  —   Ouverture  de 
Tannhseuser;    Prière  d'Elisabeth  (Tannhseuser,  M'"' 
Jane  Marcy  ;  récit  du  Graal  de  Lohengrin,  M.Gibert; 
Prélude    de    Parsifal  ;   Concerto   pour  violon   (Wie- 
niavi'sky),  M.  Houfflack  ;  Prélude  de  Tristan  et  Iseult  ; 
la  mort  d'Iseult,  M""' Jane   Marcy;    Chevauchée  des 
Walkyries  ;    les   Murmures    de    la   forêt  (Siegfried 
grand  duo  du  premier  acte  et  marche  funèbre  du  Cré- 
puscule des  dieux     Brunehilde,    M"""   Jane   Marcy 
Siegfried,  M.    Gibert;    ouverture  des  Maîtres  Chan 
teurs  de  Nuremberg  ;  Walthcrs  Preislied,  M.  Gibert 
ouverture  du  Vaisseau- Fantôme. 
HATELET.  —  Concert  du  vendredi  saint,  sous  la  direc- 


tion  de  M.  Hermann  Levi  :  Tristan  et  Iseult  (Wag- 
ner), prélude  du  premier  acte,  —  mort  d'Iseult;  Sieg- 
friedldyll  (Wagner);  Huitième  Symphonie  en  fa 
(Beethoven);  Parsifal  (Wagner)  :  prélude  du  premier 
acte  ;  deuxième  tableau  du  premier  acte  ;  introduc- 
tion-marche (orchestre);  entrée  des  chevaliers  (chœurs); 
Consécration  du  Graal;  l'Agape  (chants  alternés); 
Marche  finale. 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  lo  au  i8  mars  ; 
Relâche.  L'Attaque  du  moulin.  Tristan  et  Iseult. 
Relâche.  Tristan  et  Iseult. 

Théâtre  des  Galeries  —  Boccace.  Matinées  •.  di- 
manche de  Pâques  et  lundi. 

Alcazar  royal.  —  Spectacle  varié. 


/""Léopold  MURAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique) 


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HaendeljfiirViolinemitOichester  oder 
Clavier-begleitung Mark     2  5o 


éSar  ThOinSOn.  Skandlnavisches 
Wiegentied,  fiir  Violine  und  Orche.ster 
oder  Quartett,  oder  Pianofortebeglei- 
tung Mark 


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BRUXELLES 

Organiste  de  la  Cathédrale  et  Professeur  d'orgue  à  l'Ecole  de  musique  d'Anvers 

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Nos  7_  Prière 

8.  Petite  fantaisie 
g.  Marche  triomphale 

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1 1 .  Communion 

12.  Toccata,  finale 

L'ouvrage  complet,  fr.  7, Sonet.  —  Chaque  livraison,  fr.  2,5o  net 


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Nos  j_  Pastorale 

2.  Méditation 

3.  Marche  solennelle 

OP,   21.   —   2<^   LIVRAISON 

Nos  4.  Adoration 

5.  Canzona 

6.  Sortie  solennelle 


I  FELIX     DREY30H0CK 

fondante  religioso,  transcription  p''  grand  orgue  par  Alexandre  Guilmant 

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•invente  à  Bruxelles, chez  SCHOTT  Frères,  82,  Montagne  de  la  Cour;  à  Leipzig, chez  Otto  JUNNE, 
i  .■  21,  Thalstrasse,  seuls  dépositaires  p"^  la  Belgique,  l'Allemagne  et  l' Autriche-Hongrie 


310 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Berlin 

Opéra-Impérial.  —  Du  i8  au  27  mars  :  Tannhaeuser. 
Les  Medici.  Le  Vaisseau-Fantôme.  Les  Medici.  Re- 
lâche. Concert  de  symphonie  Les  Medici.  Fallstaff. 
Le  Freyschûtz. 

Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  Fledermaus. 

Vienne 

Opéra-Impérial.  — Du  18  au  27  mars  :  Manon.  Relâche. 

Cavalleria  et  I  Pagliacci.  Les  Contes  dorés.  Fra  Dia- 

volo. 
An  der  Wien.    —    Fledermaus.  Sang  de  hussard    Le 

Baron  des  Tsiganes. 


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ler  Avril  1894. 


CÉSAR  FRANCK 

PRÈS  l'avoir  trop  longtemps 
ignoré,  la  ville  de  Liège  re- 
vendique aujourd'hui  le  glo- 
rieux compositeur  qu'elle  a 
^,  vu  naître  et  que  la  France 
avait  adopté.  Après  avoir  fait 
ses  premières  études  musi- 
cales au  Conservatoire  de  sa 
ville  natale  (i),  César  Franck  vint  se 
fixer  à  Paris  en  1837.  Il  entra  à  l'âge  de 
quinze  ans  au  Conservatoire  de  Paris, 
où  il  fut  l'élève  de  Zimmermann  pour 
le  piano,  de  Leborne  pour  le  contrepoint 
et  d'Eugène  Benoist  pour  l'orgue.  En 
i838,  il  remporta  le  premier  prix  de  piano 
et  un  accessit  de  contrepoint,  en  i83g  le 
second  prix  de  contrepoint  et  fugue,  et  le 
premier  prix  en  1840,  puis  le  deuxième  prix 
d'orgue  en  1841.  Il  ne  concourut  pas  pour 
le  prix  de  Rome,  son  père  désirant  le  voir 
se  consacrer  exclusivement  à  l'orgue  et  au 
piano.  Il  se  fixa  à  Paris  comme  professeur 
de  piano  ;  mais,  tout  en  donnant  des  leçons, 
il  se  livrait  à  la  composition. 

Ses  premières  œuvres  furent  trois  trios 
pour  violon,  violoncelle  et  piano  (op.  i),  un 
quatrième  trio  (op.  2),  une-  Eglogue  pour 
piano  (op.  3),  un  duo  pour  piano  sur  le  God 
save  tlie  King  (op.  4),  une  sonate  pour  piano 
(op.  5),  Souvenir  d'Aix-la-Chapelle  pour 
violon  et  piano   (op.  7),    Andantino    pour 


(I)  César- Auguste  Franck  est  né  à  Liège,  le  lo  décem- 
bre 1822. 


violon  et  piano,  sept  mélodies  pour  piano 
et  chant  et  des  transcriptions  de  Schubert. 
Ces  productions  de  jeunesse  peuvent  être 
négligées,  l'auteur  lui-même  n'y  attachait 
que  peu  de  prix. 

Cependant  César  Franck  avait  composé 
une  œuvre  plus  importante,  une  églogue 
biblique  sur  le  sujet  de  Ruth.  Il  organisa 
dans  la  salle  du  Conservatoire,  pour  faire 
connaître  sa  partition,  un  concert  qui  eut 
Heu  le  4  janvier  1846  (i).  Le  succès  fut  très 
marqué.  Le  duc  de  Montpensier  fit  appe- 
ler l'artiste  pour  le  complimenter,  et  lui 
annonça  que  son  œuvre  serait  prochaine- 
ment exécutée  à  la  Cour.  Promesse  en 
l'air  qui  ne  fut  pas  tenue  !  (L'auteur  fut 
réduit  à  faire  entendre  quelques  fragments 
de  sa  partition  dans  un  concert  donné  à  ses 
frais  à  la  salle  Erard,  le  20  mars  suivant). 
Ce  qui  dut  toucher  davantage  le  débutant, 
c'est  l'éloge  que  Meyerbeer  et  Spontini, 
présents  à  l'audition  de  Ruth,  firent  de  cet 
oratorio.  La  presse  s'associa  à  cet  éloge,  et, 
toutes  proportions  gardées,  cette  révéla- 
tion du  nom  de  César  Franck  eut  quelque 
chose  de  la  gloire  soudaine  de  Félicien 
David  après  le  Désert. 

«  Malgré  les  noms  ambitieux  et  pompeux 
dont  on  l'a  doté  en  naissant,  écrivait  le  cri- 
tique de  la  Gazette  musicale  (Henri  Blan- 
chard) et  dont,  par  conséquent,  il  ne  peut 
mais,  M  César-Auguste  Franck  est  naïf, 
excessivement  naïf,  et  cette  simplicité  l'a 
bien  servi  dans  la  composition  de  Ruth, 
églogue  biblique...  » 

En  effet,  le  style  de  l'œuvre  est  fort  sim- 
ple, mais  rien  de  moins  banal  qu'une  telle 
ingénuité,  qui  tient  à  la  conviction  et  à  la 
sincérité  rare   du   compositeur.   Nous  re- 


(i)  Les  soli  étaient  chantés  par  Hermann-Léon 
(B002),  Jourdan  (un  moissonneur),  M""'  Lavoye, 
de  rOpéra-Comique  (Ruth),  Moisson  (Noémi),  Caut 
(Orpha). 


816 


LE  GUIDE  MUSICAL 


viendrons  plus  loin  sur  cette  partition  qui, 
légèrement  retouchée  dans  l'intervalle,  a 
révélé  une  seconde  fois  le  nom  de  César 
Franck,  vingt-cinq  ans  plus  tard.  A  cette 
époque,  encouragé  sans  doute  par  le  suc- 
cès de  Ruth,  il  se  tourna  vers  le  théâtre, 
ainsi  qu'en  témoigne  cet  opéra  :  le  Valet  de 
ferme,  présenté  en  1848  à  l'Opéra-National 
d'Ad.  Adam,  non  représenté  et  rentré  en- 
suite dans  les  cartons  du  compositeur  d'où 
personne  n'a  jamais  pu  le  faire  sortir. 

Cet  échec  l'avait-il  rebuté,  ou,  peu  porté 
à  l'intrigue,  très  modeste  et  défiant  de  lui- 
même,  avait-il  déjà  renoncé  au  théâtre? 
Toujours  est-il  qu'à  partir  de  cette  époque 
jusque  vers  1870,  la  vie  de  César  Franck 
fut  exclusivement  vouée  à  ses  leçons  et  à 
ses  devoirs  d'organiste  ;  car,  après  avoir 
rempli  cet  emploi  à  Saint-Jean-Saint- Fran- 
çois, il  fut  nommé  organiste  de  Sainte-Clo- 
tilde,  lorsque  l'orgue  de  Cavaillé-Coll  y  fut 
inauguré  (1860).  Son  talent  d'improvisation 
était  déjà  connu,  on  pouvait  l'admirer 
lorsque,  concurremment  avec  ses  confrères 
des  autres  paroisses,  Franck  se  faisait  en- 
tendre aux  séances  de  réception  des  orgues 
fabriquées  par  Cavaillé-Coll  pour  les  prin- 
cipales églises  de  Paris.  Le  2  avril  1861,  il 
fit  exécuter  à  Sainte-Clotilde  une  messe 
pour  orchestre  et  chœurs,  au  bénéfice  de 
la  Société  des  Artistes-Musiciens.  Cette 
messe  ne  fut  publiée  que  dix-huit  ans  plus 
tard. 

Il  écrivit,  à  cette  époque,  des  pièces 
pour  harmonium,  plusieurs  offertoires  pour 
soli  et  chœurs,  trois  motets  pour  le  salut, 
arrangea  et  harmonisa,  avec  accompagne- 
ment d'orgue  le  plain-chant  grégorien  res- 
tauré par  le  Père  Lambillotte.  Ces  travaux 
sévères,  ces  compositions,  qui  ne  s'ades- 
sent  qu'au  public  restreint  des  maîtrises, 
ne  pouvaient  mettre  en  lumière  le  nom  de 
l'artiste,  destiné  à  rester,  pendant  de 
longues  années,  ignoré  même  des  musi- 
ciens. Cependant,  de  temps  en  temps. 
César  Franck  réunissait  une  assistance 
d'amis  pour  leur  faire  entendre  ses  nou- 
velles œuvres,  à  l'orgue  de  Sainte-Clotilde. 
Une  de  ces  auditions  (le  3  avril  i856)  eut 
lieu  en  présence  de  Liszt,  qui  lui  avait 
toujours  témoigné  de  la  sympathie  et  même 


donné   quelques    conseils   au   sujet   de   la 
composition  de  ses  premiers  trios. 

Toujours  prêt  à  concourir  à  une  bonne 
œuvre,  le  compositeur  fit  exécuter,  sous  sa 
direction,  la  partition  de  Ruth,  dans  un 
concert  organisé  au  bénéfice  des  incendiés 
de  Saint-Cloud,  donné  le  i5  octobre  187 1, 
au  Cirque  d'Eté.  Ce  fut  une  révélation. 
Cette  partition,  d'un  sentiment  si  sincère, 
charma  l'assistance  ;  on  goûta  le  pitto- 
resque prélude,  le  chœur  dans  lequel  les 
Moabites  déplorent  le  départ  de  Noémi,  la 
mélancolique  phrase  chantée  à  la  sixte  par 
les  brus  de  Noémi  :  «  Si  vous  partez,  ô 
bien-aimée!  »  la  petite  marche  en  sol 
mineur,  l'air  de  Ruth  à  l'élan  chaleureux, 
le  joyeux  chœur  des  Bethléémites  accueil- 
lant Noémi;  dans  la  seconde  partie,  le 
chœur  des  moissonneurs,  très  rythmé,  mais 
élégant  d'harmonie  ;  le  gracieux  duo  de 
Ruth  et  Booz,  traité  en  dialogue  mesuré 
sur  un  mélodieux  andantino  dessiné  par  la 
flûte,  d'une  simplicité  biblique.  Le  duo  de 
la  troisième  partie,  dont  le  prélude  est 
exposé  par  le  quatuor,  est  d'un  sentiment 
très  chaste,  grâce  au  talent  élevé  du  musi- 
cien, car  la  situation  serait  assez  ridicule, 
si  l'on  s'en  tenait  au  texte  de  M.  Guillemin, 
les  plus  extraordinaires  vers  de  mirliton 
qui  aient  jamais  été  mis  en  musique.  L'air 
d'allégresse  de  Noémi,  accompagné  par 
les  harpes,  ne  manque  pas  d'accent;  la 
scène  finale,  où  Booz  prophétise  la  gloire 
divine  réservée  à  sa  postérité,  est  vigou- 
reusement déclamée,  mais  elle  conclut  par 
un  ensemble  assez  ordinaire,  qui  fut  cepen- 
dant très  applaudi  en  1871. 

Cette  partition  qui,  par  le  charme  et  la 
simplicité  mélodique,  l'appelle  le  Joseph  de 
Méhul,  avec  une  grâce  plus  tendre  et  plus 
moderne,  fut  proclamée  un  chef-d'œuvre. 
On  se  refusait  à  croire  que  l'auteur  de  cette 
délicieuse  musique  fût  resté  obscur  durant 
trente  ans  et  continuât  à  végéter,  réduit  à 
son  maigre  traitement  d'organiste  et  au 
produit  de  ses  leçons.  L'attention  du 
monde  musical  se  trouvant  appelée  sur  le 
nom  de  l'artiste.  César  Franck  fut  nommé, 
en  février  1872,  professeur  d'orgue  au 
Conservatoire,  en  remplacement  de  son 
ancien  maître,  Eugène  Benoist,  qui  se  reti- 


\ 


LE  GXJIDE  MUSICAL 


317 


rait  par  raison  de  santé.  Le  choix  du 
ministre  obtint  une  approbation  unanime, 
tous  les  confrères  de  Franck  tenant  en 
haute  estime  son  talent  et  son  caractère. 
L'artiste  obtint  sa  naturalisation  le  lo 
mars  1873. 

Aux  environs  de  1870,  César  Franck  qui, 
depuis  vingt-cinq  ans,  n'avait  guère  pro- 
duit que  de  la  musique  religieuse,  qui  sem- 
blait borner  son  ambition  à  remplir  ses 
devoirs  d'organiste,  sentit  s'éveiller  en  lui 
l'ambition  de  traiter  des  sujets  musicaux 
d'une  portée  plus  large  et  plus  générale. 
Cet  éveil  tardif  de  l'ardeur  créatrice  fut-il 
suscité  par  le  renouveau  de  sève  musicale 
qui,  à  cette  époque,  développa  l'essor  des 
compositeurs  français,  fut-il  encouragé  par 
les  récents  succès  de  Ruth?  Nous  l'igno- 
rons, mais  dès  lors  le  branle  est  donné,  le 
maître  ne  cessera  de  produire  que  lorsque 
la  dernière  maladie  viendra  interrompre 
ses  travaux. 

M.  A.  Coquard  a  raconté  que,  pendant 
le  siège  de  Paris,  le  Figaro  ayant  publié, 
après  la  victoire  de  Coulmiers,  une  ode  en 
prose  enflammée  d'espoir.  César  Franck 
ne  put  résister  au  désir  de  mettre  en  mu- 
sique cette  page  lyrique.  Les  défaites  qui 
survinrent  ne  permirent  pas  l'exécution  de 
ce  chant  triomphal.  M.  Georges  Franck, 
son  fils,  nous  a  fait  connaître  aussi  que  les 
Béatitudes  avaient  été  commencées  avant 
la  guerre.  Le  prologue,  la  première  Béati- 
tude étaient  terminés  en  1870  et  ont  été 
orchestrés  pendant  le  siège,  en  même  temps 
que  l'auteur  continuait  la  composition  de 
son  oeuvre.  Pendant  l'hiver  de  1871-72,  il 
composait  en  même  temps,  d'une  haleine, 
l'oratorio  de  Rédemption. 

Cette  prédilection  du  musicien  pour  la 
forme  oratorio  qu'il  a  cultivée  avec  tant 
d'originalité  et  de  bonheur,  s'explique  par 
la  sincérité  absolue  de  ses  sentiments  reli- 
gieux, de  son  fervent  catholicisme  auquel, 
le  jour  de  ses  funérailles,  rendait  hommage, 
en  pleine  chaire,  le  curé  de  Sainte-Clotilde. 
Ce  n'est  donc  pas,  en  manière  de  pis-aller 
et  faute  de  pouvoir  se  produire  au  théâtre 
que  Franck  a  réservé  le  meilleur  de  son 
inspiration  à  des  sujets  religieux,  c'est  par 
conviction  intime  d'artiste  chrétien. 


Au  lendemain  de  la  guerre,  et  à  un  mo- 
ment où  les  idées  religieuses  reprenaient 
faveur,  il  célébra,  sur  un  poème  de 
M.  Edouard  Blau,  les  louanges  du  Christ 
Rédempteur,  dont  la  miséricorde  divine 
viendra  une  seconde  fois  sauver  le  monde, 
si  les  prières  humaines  l'invoquent  d'un 
cœur  fervent.  La  croyance  de  Franck  lui  a 
inspiré  les  délicieux  choeurs  des  anges,  d'une 
si  fraîche  venue  mélodique  que  leur  chant 
aérien  semble  tomber  du  ciel  :  le  premier 
annonçant  la  Nativité,  le  second  déplorant 
l'égarement  des  humains  ;  le  magnifique 
air  de  l'archange,  d'une  admirable  envolée 
lyrique,  qui  se  relie  au  choeur  d'allégresse  ; 
l'air  de  la  deuxième  partie  qui  invite 
l'homme  à  recourir  à  la  prière.  Entre  les 
deux  parties,  se  place  une  pièce  sym- 
phonique  de  grand  style,  qui  fut  coupée 
à  la  première  audition  donnée  au  con- 
cert spirituel  de  l'Odéon,  le  jeudi  saint 
10  avril  1873  (l).  Le  solo  fut  chanté  par 
M"^  de  Caters,  née  Lablache,  et  les  récits 
en  vers  déclamés  entre  les  morceaux  par 
Mounet-Sully.  L'œuvre  fut  moins  appré- 
ciée que  Ruth,  même  par  les  musiciens; 
elle  parut  et  elle  devait  paraître  à  cette 
époque  un  peu  austère,  le  symbolisme 
du  poème  ne  pouvant  émouvoir  bien  pro- 
fondément un  public  qui,  le  lendemain, 
allait  se  pâmer  aux  mièvreries  langoureuses 
de  Marie-Magdeleine.  La  partition  de  Ré- 
demption fut  d'ailleurs  exécutée  intégrale- 
ment au  théâtre  Ventadour,  les  16  et 
18  mars  1875,  et  mieux  appréciée  qu'à 
l'Odéon.  Elle  a  dû  être  rejouée  de  nouveau, 
aussitôt  après  la  mort  de  Franck,  à  l'Eden- 
Théàtre,  sous  la  direction  de  M.  Verdhurt. 
Un  différend  survenu  entre  les  héritiers  du 
maître  et  l'éditeur  empêcha  cette  exécution. 

Le  21  avril  1878,  pour  la  fête  de  Pâques, 
le  maître  fit  exécuter  à  Sainte-Clotilde  la 
messe  qu'il  avait  déjà  fait  connaître  en  1861, 
messe  à  trois  voix,  avec  accompagnement 
d'orgue,  harpe  et  violoncelle.  Elle  ne  fut 
publiée  que  l'année  suivante. 

Le  Kyrie  est  d'un  sentiment  calme,  tendre 
et  contemplatif;  c'est  l'imploration  d'une 
âme  candide  et  confiante.  Partout,  du  reste, 


(i)   Ce   prélude   fut   joué    au    Cirque    d'Hiver,  avec 
succès,  le  ig  mars  1876. 


318 


LE  GUIDE  IIUSICAL 


dans  le  Qui  tollis  peccata  mundi,  dans  le 
suave  et  mélodieux  Panis  angelicus,  chanté 
par  le  ténor,  avec  accompagnement  de 
harpe  et  de  violoncelle,  dans  le  gracieux 
Agnus  Dei  auquel  la  ritournelle  de  cor 
anglais  donne  une  couleur  champêtre  et  qui 
offre  comme  un  ressouvenir  du  chaste  par- 
fum et  de  l'agreste  simplicité  de  Ruth,  l'im- 
pression dominante  est  une  impression  de 
tendresse  et  de  paix,  qui  imphque  une  foi 
profonde  dans  la  mansuétude  divine. 
Cependant  le  Gloria  et  le  Credo  ont  de  la 
pompe  et  de  la  grandeur  ;  ils  produisent  à 
l'église  un  effet  imposant,  malgré  la  simpli- 
cité des  moyens  employés.  Exempte  de 
toute  concession  au  goût  du  public  pour  le 
dramatique  dans  la  musique  rehgieuse,  de 
tout  soupçon  de  mièvrerie  dans  les  passages 
de  douceur,  l'œuvre  est  remarquable,  en 
son  ensemble,  par  la  sincérité,  l'ingénuité 
du  sentiment,  comme  elle  l'est  musicale- 
ment par  l'unité  et  la  pureté  du  style. 

Lors  de  l'Exposition  de  1878,  César 
Franck,  comme  tous  les  organistes  en 
renom,  se  fit  entendre  à  l'orgue  du  Troca- 
déro.  11  y  exécuta,  le  l"  octobre  1878,  trois 
pièces  intitulées  :  Fantaisie,  Cantabile  et 
Pièce  héroïque,  traitées  avec  une  grande 
hberté  de  formes,  mais  peut-être  moins 
géniales  que  les  six  grandes  pièces  d'orgue, 
composées  dix  ans  auparavant  et  qui  furent 
rééditées  en  1879. 

L'année  suivante,  fut  publiée  cette  magni- 
fique et  grandiose  partition  des  Béatitudes 
dont  j'ai  rendu  compte  l'année  dernière 
dans  le  Guide  Musical  et  dont  quelques 
fragments  seulement  ont  été  exécutés  du 
vivant  de  l'auteur.  En  1881,  Franck  donna 
à  la  Société  Guillot  de  Sainbris  la  scène 
biblique  Rebecca,  qui  rappelle  la  couleur  de 
Ruth,  mais  qui  est  traitée  en  un  style  plus 
moderne  et  où  l'on  remarque  de  jolies  har- 
monies dans  le  chœur  de  femmes  et  un  air 
d'Eliézer  d'une  conduite  originale. 

Si  César  Franck  excella  surtout  dans 
l'oratorio  et  la  musique  religieuse,  les  com- 
positions dans  lesquelles  il  a  cherché  à 
transformer  les  genres  de  la  musique  de 
chambre  et  de  la  symphonie  n'en  ont  pas 
moins  une  très  haute  valeur. 

Dans  les  trios  qu'il  composa  à  l'âge  de 


vingt  ans,  il  avait  essayé,  avec  des  tâtonne- 
ments de  débutant,  d'introduire  une  unité 
de  pensée  appariant  les  divers  mouvements, 
idéal  qu'il  a  complètement  réalisé  plus  tard 
dans  son  magnifique  quintette  en /a  mineur 
pour  piano  et  instruments  à  cordes  (1880); 
diâ.-a.?,  Prélude,  choral  et  fugue  {18S4),  splen- 
dide  page  de  piano,  qui  rappelle  les  plus 
belles  œuvres  de  Bach,  mais  où  la  rigueur 
du  plan  classique  est  modifiée  par  la  har- 
diesse et  la  liberté  de  la  forme  ;  dans  son 
originale  et  charmante  sonate  pour  piano 
et  violon,  d'une  allure  si  neuve  et  si  variée 
(i885);  dans  une  autre  œuvre  pour  piano. 
Prélude,  aria  et  finale  {1888)  ;  enfin,  dans  le 
quatuor  en  ré  pour  instruments  à  cordes 
(i88g),  une  de  ses  dernières  œuvres,  dont  le 
quatuor  Ysaye  a  fait  admirer  le  mérite  au 
public  musical  de  Bruxelles. 

Cette  unité  de  pensée  l'a  d'ailleurs  préoc- 
cupé  dans  toutes  ses   compositions.   Elle 
apparaît    dans    les    rappels   de   motifs  de 
Rédemption,  dans  le  système  du  Leitmotiv 
apphqué  aux  Béatitiides.  Il  s'y  est  conformé 
dans  le  plan  de   ses  symphonies,  dans  les 
Variations    symphoniques    pour    piano    et 
orchestre  (i885),   surtout   dans   Psyché  et 
dans  la  symphonie  en  ré.  Il  y  a  renoncé  ou  à 
peu  près,  en  écriv2.nt  Htilda  dont  j'ai  parlé 
récemment.  Quant  à  ses  poèmes  sympho- 
niques, les  Eolides  (1877),  le  Chasseur  mau- 
dit {1884),  les  Djinnis  (i885),  quelle  que  soit 
l'opinion  qu'on  ait  de  ces  œuvres  descrip- 
tives,   et    même    considérées    comme    le 
moins  original  de  son  œuvre,  eUes  ont  eu  du 
moins  le  mérite  de  développer  chez  César 
Franck    l'expérience    de    l'orchestration, 
le  goût  des  sonorités  nouvelles,  d'éclaircir 
et  de  varier  la  couleur  instrumentale  de  ses 
compositions.  Il  a  gagné  à  cette  pratique 
tardive  de  l'orchestre  comme  unique  agent 
d'expression    de  se  familiariser    avec    les 
procédés  de  R.  Wagner,  d'acquérir  la  sou- 
plesse symphonique  qui  distingue  ses  der- 
nières œuvres  de  ses  grandes  compositions 
antérieures. 

Psyché  (1888)  appartient  encore  en  partie 
au  genre  du  poème  symphonique,  mais  la 
description  y  tient  peu  de  place,  et  si  le 
musicien  a  adopté  la  forme  de  la  sympho- 
nie, de  préférence  à  la  forme  dramatique; 


LE  GUIDE  MUSICAL 


319 


c'est  qu'il  voulait  éviter  de  personnifier  les 
êtres  divins  qui,  dans  le  mythe  grec,  sym- 
bolisent l'idéal  et  l'àme  humaine.  C'eiit  été 
ravaler  à  une  bergerade  d'opéra  comique 
la  suave  beauté  de  la  fable  antique,  que  de 
nous  présenter  Eros  et  Psyché  chantant 
des  duos  d'amour.  Voilà  pourquoi,  sur  un 
programme  expliqué  par  des  récits,  c'est 
l'orchestre  qui  peint  le  sommeil  de  Psyché, 
Tenlèvement  de  la  princesse  par  les  Zé- 
phyrs, l'allégresse  de  la  nature  dans  les 
jardins  d'Eros;  la  scène  d'amour,  les  souf- 
frances de  Psyché  après  sa  désobéissance, 
enfin  l'apothéose  radieuse.  Entre  ces  divers 
morceaux  symphoniques,  l'intervention  des 
chœurs  dans  le  lointain  introduit  une  sen- 
sation de  mystère  et  de  fatalité  divine.  Ils 
sont,  ces  chœurs,  d'une  rare  élégance  har- 
monique, d'une  grâce  et  d'une  fraîcheur 
incomparables. 

La  symphonie  en  re,  exécutée  au  Con- 
servatoire le  17  février  18S9  et  rejouée 
cette  année  au  concert  Lamoureux,  est 
construite  d'après  un  plan  purement  clas- 
sique, sur  une  idée-mère  qui  se  transforme 
au  cours  de  l'œuvre,  suivant  l'aspect  des 
morceaux.  Le  second  morceau  offre  une 
combinaison  curieuse  de  l'adagio  et  du 
scherzo  traditionnels,  exposés  l'un  après 
l'autre  et  superposés  avec  une  rare  ingénio- 
sité. L'œuvre  est  d'une  grande  richesse  de 
développements,  d'une  largeur  magistrale 
et  d'une  superbe  sonorité. 

La  liste  des  productions  de  César  Franck 
comprend  encore  six  duos  pour  voix  dé 
femmes,  quelques  mélodies  récentes,  dont 
une  très  ample  et  très  belle,  intitulée  la 
Procession,  enfin  soixante-trois  versets  pour 
harmonium  sur  le  Magnificat,  publiés  depuis 
sa  mort.  Il  en  avait  promis  cent  à  son 
éditeur. 

Jamais,  en  effet,  l'imagination  créatrice 
de  César  Franck  n'avait  été  aussi  féconde, 
aussi  impatiente  de  produire  que  dans  ses 
dernières  années.  La  période  de  recueille- 
ment et  de  silence  qu'on  observe  dans  sa 
jeunesse  avait  contribué  à  conserver  chez 
lui  des  trésors  d'invention  et  d'activité  que 
d'autres  eussent  dépensés  dès  leurs  débuts. 
Cette  longue  concentration  a  mûri  sa  pensée, 
l'éloignement  de  toute  basse  besogne  artis- 


tique l'a  préservée  des  concessions  au  vul- 
gaire, des  souillures  du  succès,  de  sorte 
que  ce  n'est  pas  le  compositeur  qui  est  allé 
au  public,  c'est  le  public  qui  est  venu  à  lui. 
Au  lendemain  de  sa  mort,  le  grand  ignoré 
qu'était  César  Franck  a  été  proclamé  un 
musicien  de  génie  et,  depuis  lors  son  nom 
ne  fait  que  grandir. 

Si  Franck  n'a  pas  connu  le  succès,  on 
ne  peut  dire  qu'il  ait  souffert  de  l'indiffé- 
rence du  public.  Il  était  trop  désintéressé, 
trop  épris  de  l'art  pur,  pour  ne  pas  se  tenir 
satisfait  du  témoignage  de  sa  conscience  et 
de  l'approbation  de  ses  amis,  composant 
parfois  de  la  musique  à  la  seule  gloire  de 
Dieu,  du  Dieu  que  ce  croyant  vénérait,  vers 
lequel  montaient  ses  admirables  improvi- 
sations à  l'orgue  de  Sainte-Clotilde,  les 
chœurs  angéliques  pénétrés  de  ferveur  chré- 
tienne de  ses  oratorios.  Il  a  vécu  une  vie 
exemplaire  d'homme  de  bien,  voué  aux 
devoirs  de  la  famille  et  du  professorat  ; 
vénéré  par  ses  élèves  qui  lui  avaient  voué 
des  sentiments  d'affection  et  de  reconnais- 
sance touchante,  il  a  formé  toute  une  géné- 
ration de  musiciens  dont  plusieurs  sont 
devenus  des  maîtres  :  Alexis  de  Castillon, 
mort  prématurément  en  1873,  Vincent  d'In- 
dy,  Henri  Duparc,  Ernest  Chausson, 
Camille  Benoit,  et  cet  infatigable  maître  de 
chapelle  de  Saint-Gervais,  ce  Charles 
Bordes,  en  qui  semblent  revivre  l'amour 
de  l'art  et  le  désintéressement  de  son 
maître  ;  il  a  laissé  des  œuvres  qui  marque- 
ront dans  l'histoire  de  la  musique  ;  César 
Franck  ne  doit  pas  être  plaint,  il  a  eu  la 
destinée  que  lui-même  aurait  choisie. 

Georges  Serviéres. 


Les  Chanteurs  de  St-Gervais 


iNSi  qu'on  devait  l'attendre  et  le  sou- 
haiter, M.  Ch.  Bordes  a  fait  cette 
année  à  Palestrina  la  plus  large  place 
dans  le  répertoire  des  Chanteurs  de  Saint- 
Grervais    pendant  la  semaine  sainte.  La  chose 


320 


LE  GUIDE  MUSICAL 


était  naturellement  indiquée,  peu  de  temps 
après  le  troisième  anniversaire  séculaire  de 
la  mort  du  maître  (2  février  i5g4),  anniversaire 
célébré  déjà  en  de  nombreuses  villes  de 
l'étranger  par  des  exécutions  solennelles  de 
quelques-unes  de  ses  œuvres.  Comme  les 
années  précédentes,  une  assistance  nom- 
breuse et  «  choisie  » ,  —  c'est  la  formule  ordi- 
naire que  la  politesse  commande,  —  s'est  pen- 
dant cinq  jours  donné  rendez-vous  dans  la 
vieille  église,  les  uns  lisant  le  texte  des  offices 
dans  le  paroissien  romain,  d'autres  suivant 
l'exécution  des  pièces  chantées  dans  les  publi- 
cations de  M.  Bordes.  Et  tout  d'un  coup  nous 
venait  la  crainte  aiguë,  que  l'une  ou  l'autre  de 
ces  élégantes  musiciennes,  vues  ainsi  la  parti- 
tion en  main,  ne  cède  en  rentrant  chez  elle,  à 
l'horrible  tentation  d'essayer  sur  son  piano 
l'effet  de  ces  mystiques  et  sublimes  harmonies... 
Passons  vite,  en  nous  félicitant  seulement, 
comme  nous  avons  fait  l'an  dernier,  de  voir 
s'affermir  le  succès  des  Chanteurs  de  Saint- 
Gervais. 

Leur  talent  aussi  s'affermit,  et  ils  nous 
donnent  véritablement  des  exécutions  excel- 
lentes. Les  voix  bien  choisies  se  fondent  à 
merveille  ;  les  entrées  canoniques,  incessantes 
dans  cette  musique,  se  détachent  d'une  façon 
lumineuse,  sans  exagérations  ni  dureté;  les 
rythmes  sont  dessinés  fermement,  sans  séche- 
resse ;  les  paroles  latines  sont  accentuées  avec 
toute  la  clarté  nécessaire,  au  point  que  le  texte 
chanté  en  contrepoint  par  tout  un  chœur  se 
perçoit  souvent  mieux  qu'en  certaines  parties 
du  plain  chant,  entonnées  cependant  par  un 
seul  chantre,  mais  en  vox  taurina. 

De  Palestrina  l'on  a  donc  entendu  en  cette 
semaine  la  messe  O  regem  cœli  et  celle  du 
Pape  Marcel,  les  Improperia,  le  Stabat  Mater 
à  huit  voix,  l'offertoire  Dextera  Boniini, 
l'hymne  Vexilla  régis  et  les  motets  Peccantein 
me  quolidie  et  Sicut  cervus  desiderat,  plus 
douze  répons  de  matines  dont  nous  reparlerons 
tout  à  l'heure.  Qui  veut  connaître  la  splendeur 
de  l'art  palestrinien  doit  écouter  surtout,  entre 
ces  morceaux,  le  Stabat  Mater  et  la  Messe  du 
Pape  Marcel;  qui  veut  sentir  son  charme,  doit 
entendre  le  Benedictus  de  cette  messe,  ou  le 
Sanctus  et  Benedictus  de  celle  O  regem  cœli. 
Sous  l'impression  profonde  de  cet  art,  on  pense 
aux  beaux  vers  d'Emmanuel  Geibel  :  «  Pour- 
quoi n'arrives-tu  jamais  à  dépeindre  la  musique 
par  des  mots?...  «  On  pense  à  ce  que  Wagner 
a  dit  de  «  la  sublimité,  de  la  richesse,  de  l'in- 
comparable profondeur  d'expression  de  la 
musique  d'église  en  Italie,  dans  les  siècles  pré- 


cédents ».  On  pense  aussi,  hélas  !  à  l'in- 
sensibilité de  Berlioz,  à  son  étrange  sortie 
contre  Palestrina,  auquel,  dans  une  page 
exaspérée  de  ses  Mémoires,  il  a  dénié  le  génie  ! 

Le  Stabat  Mater  et  la  Messe  du  Pape  Mar- 
cel sont  les  deux  plus  célèbres  numéros  dans 
l'œuvre  immense  autant  qu'admirable  de  Pales- 
trina. Il  serait  grand  temps  de  couper  les  aîles 
aux  deux  vieilles  légendes  qui  circulent  encore 
chez  nous  à  propos  de  cette  messe  fameuse  ; 
toutes  deux  sont,  à  certains  détails  près,  des 
anecdotes  romanesques,  qui  ont,  comme  toutes 
leurs  pareilles,  la  vie  très  dure  ;  mais  nous  ne 
pouvons  faire  ici  aujourd'hui  l'exposé  trop  long 
des  arguments  et  des  faits  par  lesquels,  depuis 
tantôt  deux  ans,  elles  ont  été  en  Allemagne 
complètement  démenties.  Une  question  plus 
immédiate  s'impose,  concernant  non  l'histoire, 
mais  l'exécution  des  œuvres  admirées  cette 
semaine  à  Saint-Gervais.  C'est  la  question  des 
mouvements  et  des  nuances.  En  l'absence  de 
toute  indication  sur  les  anciens  manuscrits  ou 
les  anciennes  éditions,  les  artistes  modernes  qui 
dirigent  ou  publient  aujourd'hui  les  œuvres  du 
xvi'^  siècle  n'ont  pour  guide  que  leur  propre  sen- 
timent, l'étude  des  textes  liturgiques  et  des  textes 
musicaux,  et  les  exemples  de  leurs  prédéces- 
seurs immédiats.  Les  traditions  de  la  Chapelle 
Sixtine  se  sont  perdues  ou  tout  au  moins  altérées, 
même  depuis  le  temps  relativement  proche  où 
Baini  les  avait  ravivées.  Les  musiciens  qui 
vont  aujourd'hui  à  Rome  sont  unanimes  à  cons-  ' 
tater  la  décadence  de  la  musique  rehgieuse. 
Dans  le  petit  nombre  d'églises  où  s'est  depuis 
le  milieu  de  notre  siècle  transporté  et  maintenu  i 
le  répertoire  palestrinien,  un  ensemble  de  prin- 
cipes ou  de  traditions  s'est  formé,  soit  sur  des  1 
bases  empruntées  au  souvenir  de  Baini,  soit  ! 
par  l'étude  et  la  pratique  des  œuvres  elles- 
mêmes.  Un  centre  important  s'est  ainsi  formé 
à  Ratisbonne,  où  depuis  environ  cinquante  ans  ' 
Proske,  Mettenleiter,  Schrems,  Franz  Witt  et 
M.  Haberl  se  sont  transmis  successivement, 
sans  interruption,  la  direction  d'un  chœur  ! 
spécialement  voué  à  l'interprétation  du  réper- 
toire a  capella. 

En    écoutant    donc,    à    Saint-Gervais,    ces  ] 
jours    derniers,     la  messe    du    Pape     Marcel  i 
dirigée  par  M.  Ch.  Bordes,  il  nous  a  paru  inté- 
ressant de  comparer,   autant  que  faire  se  pou- 
vait, certains  détails  de  son  interprétation  avec  j 
les  instructions   rédigées  par   Franz  Witt.  Enj 
plusieurs  cas,  les  deux  chefs  diffèrent  d'opinion 
ou  de  conduite  dans  le  choix  des  mouvements  i 
et   des    nuances.  Nous   en   citerons  quelques  j 
exemples,  choisis  dans  le  Gloria  :  Witt  dési- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


321 


gnait  le  passage  à  cinq  voix  Grattas  agimus 
comme  le  point  culminant  de  la  progression 
sonore,  dans  la  première  partie  du  morceau  ;  il 
conseillait  de  le  ch.d^nie\:  fortissimo  et  en  accé- 
lérant légèrement,  pour  reprendre  une  allure 
plus  calme  sur  les  mots  propter  viagnam  glo- 
riain;  M.  Bordes  indique  le  contraste  dans  le 
sens  opposé,  en  adoucissant  la  sonorité  sur 
Grattas  agimus.  —  Witt  faisait  ressortir /or/e 
la  première  fois  et  con  tiitta  laforza  la  seconde 
fois,  les  mots  Jesu  Christe  sans  nuances! 
M.  Bordes  les  élargit  et  les  marque  par  un 
crescendo  et  decrescendo.  —  Selon  Witt,  il 
faudrait  accentuer  le  mot  snscipe  par  une 
augmentation  de  sonorité,  portée  jusqu'au /or- 
tissinio ;  ici  encore,  l'interprétation  des  chan- 
teurs de  Saint-Gervais  a  une  tendance  con- 
traire. Nous  ne  prétendons  nullement  donner 
raison  à  l'un  plutôt  qu'à  l'autre  des  deux  chefs, 
et,  sans  insister  plus  longtemps  sur  ce  point, 
nous  devons  aborder  ici  une  autre  et  très  déli- 
cate question. 

M.  Bordes  a  fait  entendre,  en  1892  et  i8g3, 
neuf  répons  de  matines  de  Palestrina  ;  cette 
année,  il  en  a  porté  le  nombre  à  douze.  Ce 
sont  les  morceaux  publiés  dans  la  collection 
du  prince  de  la  Moskowa,  et  partiellement 
reproduits  par  Riegel,  avec  traduction  alle- 
mande, dans  le  troisième  volume  du  recueil  de 
Schœberlein.  Or,  l'authenticité  de  ces  répons 
est  gravement  contestée.  On  n'en  connaît 
aucun  manuscrit  ancien,  aucun  exemplaire 
imprimé  au  xvi'=  ou  xvii«=  siècle.  M.  Haberl, 
dans  l'édition  complète  de  l'œuvre  de  Palestrina 
qu'il  vient  de  terminer,  n'a  admis  ces  répons 
que  dans  le  supplément,  parmi  les  œuvres  dou- 
teuses, et  il  leur  a  supposé  pour  auteur  un  bon 
musicien  de  l'école  romaine,  non  dénommé 
jusqu'ici,  et  antérieur  à  i632.  Il  serait  assez 
téméraire  de  contester  l'autorité  d'un  artiste  qui 
a  passé  vingt-cinq  ans  de  sa  vie  à  rechercher  et 
à  copier,  en  toixs  pays,  les  œuvres  de  Pales- 
trina. Et  si  l'on  ne  possède  point  de  preuves 
convaincantes  que  l'on  puisse  opposer  à  son 
doute,  il  serait  sage,  pour  ne  pas  dire  plus,  de 
ne  point  désormais  exécuter  ni  publier  ces 
répons  sans  employer  la  formule  dubitative 
consacrée  dans  les  musées  de  peinture  :  «  Attri- 
bué à  Palestrina  » . 

En  dehors  des  compositions  de  Palestrina, 
les  Chanteurs  de  Saint-Gervais  ont  interprété, 
en  ces  cinq  jours,  nombre  d'œuvres  intéres- 
santes et  admirables  :  les  unes  déjà  chantées 
par  eux  ces  dernières  années,  comme  les 
quinze  répons  et  la  Passion  de  V^ittoria;  plu- 
sieurs autres  en  «  première  audition  » .    Entre 


celles-ci  nous  ne  mentionnerons,  faute  d'espace, 
que  le  Magnificat  de  Cristoforo  Morales,  ce 
grand  Espagnol  qui  définissait  le  but  de  la 
musique  :  «  Donner  à  l'âme  de  la  noblesse  et 
de  l'austérité  ».  Pour  la  première  fois,  donc, 
les  fiers  et  superbes  accents  de  Morales 
résonnaient  à  Saint-Gervais  :  il  est  à  souhaiter 
que  M.  Bordes  lui  fasse  désormais  une  plus 
large  place.  D'autres  noms  ont  apparu  en 
même  temps  :  Schiitz,  Richafort,  Aichinger. 
Le  champ  est  vaste,  en  se  bornant  même  aux 
compositions  déjà  rééditées  ;  il  est  inépuisable, 
si  l'on  pousse  les  recherches  jusqu'aux  origi- 
naux. Ni  les  encouragements,  ni  l'ardeur  n'ont 
manqué  jusqu'ici  aux  Chanteurs  de  Saint- 
Gervais  et  à  leur  chef,  et  le  prochain  triple 
centenaire  de  Roland  de  Lassus,  succédant  à 
celui  de  Palestrina,  leur  offre  une  belle  occa- 
sion de  prouver  de  nouveau  brillamment  leur 
zèle,  leur  savoir-faire  et  leur  talent. 

Michel  Brenet. 


£es  ©oncerts  btstoriques 


'a  voilà  épuisée,  la  série  des  auditions 
de    musique    historique    entreprises 

iKËKSi  avec  intelligence  et  souvent  avec 
bonheur  par  M.  d'Harcourt  ;  la  dernière  séance, 
consacrée  à  Beethoven,  a  clôturé  le  cycle  si 
bien  commencé  et  poursuivi.  Il  faut  convenir 
qu'au  début,  à  l'annonce  de  cette  anthologie, 
un  peu  de  défiance  était  naturelle  :  il  est  si 
facile  de  faire  de  fausse  érudition,  de  l'histoire 
pour  les  badauds.  On  a  vu  si  souvent  des 
restitutions  à  côté,  des  soi-disant  programmes 
historiques  où  figurent  VA  ir  d'église  de  Stra- 
dellaet  la  Dernière  pensée  àe  Weber,  ou  d'au- 
tres documents  contrôlés  d'aussi  près. 

Les  recherches  furent  consciencieuses  aux 
auditions  des  Concerts  d'Harcourt,  et  maintes 
soirées  présentèrent  un  intérêt  réel,  qui  éloigne 
tout  scepticisme  préconçu. 

En  se  limitant  volontairement  à  un  nombre 
restreint  d'exécutions,  tout  en  s'astreignant  à 
montrer  tous  les  compositeurs  d'une  longue  pé- 
riode (du  xv^  au  xix^î  siècle),  M.  d'Harcourt  a 
du  forcément  négliger  ou  effleurer  à  peine  cer- 
tains maîtres.  Maintenant  qu'il  a  rendu  un 
hommage  collectif  aux  maîtres  des  différentes 
époques,  nous  pensons  qu'il  y  aurait  lieu  de 
revenir  sur  plusieurs  noms  peu  connus  ou  mal 
connus,   en   négligeant,  cette  fois,    les  gloires 


322 


LE  GUIDE  MUSICAL 


consacrées.  Ce  serait  là  le  programme  de  la 
saison  prochaine.  Il  y  a,  pour  un  musicien  actif 
et  d'aptitudes  variées  comme  M.  d'Harcourt, 
une  place,  et  une  belle  place,  à  prendre.  Dis- 
posant d'un  orchestre  rempli  de  bons  éléments, 
ayant  à  sa  disposition  les  excellents  Chanteurs 
de  Saint-Gervais  et  des  solistes  intelligents,  il 
y  a  toute  matière  à  intéressantes  et  fructueuses 
séances. 

Laissant  de  côté  Rossini,  Weber,  Haydn, 
Mozart  et  Beethoven,  nous  souhaitons  de  nou- 
veaux éclaircissements  sur  des  périodes  artis- 
tiques restées  dans  l'ombre  ;  nous  voudrions 
voir  exécuter  des  œuvres  qui  ne  rentrent  pas 
dans  les  programmes  réguliers.  Par  exemple,  — 
au  hasard  de  la  plume,  —  les  opéras  de  Ra- 
meau, les  œuvres  chorales  de  Marcello,  les  ora- 
torios du  temps  de  Bach,  que  celui-ci  noie  de 
son  ombre,  les  pièces  de  théâtre  ou  de  chant 
de  la  belle  époque  des  Italiens,  les  œuvres  instru- 
mentales de  la  pléiade  de  Bach,  les  opéras 
comiques  des  petits  maîtres,  Monsigny,  Day- 
rac,  la  Rosaiiioiide  de  Schubert,  que  sais-je; 
il  ne  manque  pas  de  musique  sacrifiée  plus  ou 
moins  injustement  et  dont  le  procès  est  sujet 
peut-être  à  revision. Nous  croyons  devoir  signa- 
ler à  M.  d'Harcourt,  s'il  n'y  a  déjà  songé,  une 
chose  artistique  et  curieuse  à  accomplir,  en  com- 
plément de  ses  auditions  de  musique  historique. 

La  dernière  de  ces  séances  comprenait  le 
seul  nom  de  Beethoven.  Dans  l'ouverture 
d'Egmoitt,  M.  d'Harcourt  a  imprimé  à  l'allégro 
un  mouvement  qu'on  pourrait  contester  :  nous 
l'aurions  cru  beaucoup  plus  rapide.  Dans  l'al- 


légretto, ainsi  que  nous  l'avons  entendu,  la 
fougue,  la  véhémence  des  accents  de  Beetho- 
ven s'amollit  singulièrement.  L'écueil  habituel 
pour  l'exécution  de  cette  ouverture  est  l'allure 
de  valse  que  prend  aisément  l'allégro,  si  on  n'y 
impose  pas  l'accent  dramatique  par  un  rythme 
énergique  et  des  oppositions  de  nuances  et  de 
phrasé.  M.  d'Harcourt  a  évité  cet  écueil,  pour 
verser  dans  un  autre,  à  notre  avis,  en  ralentis- 
sant le  mouvement,  de  sorte  que  certains  chants 
plaintifs  des  instruments  à  vent  prenaient  un 
caractère  souriant  peu  en  situation. 

En  revanche,  louons  pleinement  l'interpréta- 
tion de  VEroïca,  vraiment  bien  rendue  par 
l'orchestre,  avec  une  belle  entente  des  périodes 
et  des  accents.  M"'^  Blanc  a  chanté  V Adélaïde 
avec  son  goût  habituel  ;  cette  cantate  représen- 
tait tout  l'élément  vocal  de  la  soirée. 

C'est  peu  ;  on  y  aurait  souhaité  l'adjonction 
de  quelques  mélodies  écossaises,  les  plus 
belles  de  Beethoven;  chose  d'autant  plus  facile 
à  réaliser  qu'on  avait  sous  la  main  le  quatuor 
Marsick. 

Celui-ci,  —  il  se  compose  de  MM.  Marsick, 
Hayot,  Laforge  et  Loëb,  —  a  joué  XeQuartette 
en  5î  bémol.  Llnterprétation  fut  correcte,  cer- 
tes ;  elle  nous  a  semblé  cependant  assez  superfi- 
cielle et  légère, sans  cet  accent  tyrannique  qu'exi- 
gent ces  tourmentées  compositions  du  maître. 
Un  peu  trop  à  la  Mozart,  la  traduction,  avec, 
en  relief,  les  qualités  incontestables  de  violoniste 
de  M.  Marsick.  La  cavatine  a  été  bissée  ;  c'était 
justice;  M.  Marsick  y  avait  déplo3'é  beaucoup 
de  grâce  et  un  joli  son.  M.  R. 


mûSi^û3tmûm&tstm&&èM 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

En  appelant  les  célèbres  chefs  d'orchestre 
Félix  Mottl  et  Hermann  Levi,  ainsi  que  le 
compositeur  E.  Grieg,  pour  le  remplacer  dans 
la  direction  des  Concerts  du  Châtelet,  pendant 
son  séjour  en  Russie,  E.  Colonne,  suivant 
l'exemple  récent  de  Joseph  Dupont  à  Bru- 
xelles, a  non  seulement  fait  preuve  de  sa  hau- 
teur d'esprit  et  de  sa  vive  intelligence,  puisqu'il 
a  donné  à  ses  abonnés  et  au  public  la  possibi- 
lité d'assister  à  des  séances  inoubliables,  — 
mais  il  a  encore  prouvé  que  les  natures  réelle- 


ment fortes  ne  redoutent  pas  de  donner  à  leurs 
rivaux  l'occasion  de  se  produire  sur  la  scène 
même  où  ils  ont  l'habitude  de  tenir  le  bâton 
de  commandement.  Pour  nous  et  pour  bien 
d'autres,  son  talent  n'a  pas  perdu  à  la  compa- 
raison qui  a  pu  être  faite  entre  lui  et  les  deux 
renommés  kappelmeister  de  l'Allemagne.  On 
se  rappellera  toujours  les  belles  et  fougueuses  ; 
exécutions,  sous  la  direction  de  Colonne,  des 
maîtresses  pages  de  Berlioz  et,  tout  récem- 
ment, celle  particulièrement  remarquable  de  la 
grande  «  scène  religieuse  »  de  Parsifal. 

Ceci  dit,  avouons  que  Félix  Mottl  et  Her- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


323 


mann  Levi,  le  premier  surtout,  nous  ont  fait 
éprouver  des  jouissances  infinies  par  la  splen- 
dide  interprétation  qu'ils  ont  donnée  des  œu- 
vres de  Berlioz  et  de  Wagner.  Notre  collabo- 
rateur Marcel  Remy  a  fait,  dans  le  dernier 
numéro  du  Guide,  une  fidèle  relation  des  im- 
pressions laissées  par  la  direction  merveilleuse 
de  Félix  Mottl,  un  véritable  virtuose  de  l'or- 
chestre. Aujourd'hui,  il  nous  est  agréable  de 
constater  que  le  succès  obtenu  par  Hermann 
Levi  au  concert  du  vendredi  saint,  23  mars,  n'a 
pas  été  moindre  que  celui  fait  à  son  illustre 
confrère  et  ami. 

Et,  cependant,  quelle  différence  entre  eux  ! 
Félix  Mottl,  de  stature  élevée,  solidement  char- 
penté, domine  son  orchestre  et  lui  inculque 
par  des  gestes  sobres,  larges  et  expressifs  une 
fougue  et,  en  même  temps,  un  charme  extraor- 
dinaires. L'auditeur  est  absolument  fasciné  par 
la  manière  de  diriger.  Hermann  Levi,  de  pe- 
tite taille,  sec  et  nerveux,  a  une  tenue  moins 
magistrale.  Il  va  et  vient,  s'enlevant  sur  la 
pointe  des  pieds,  se  tournant  complètement  à 
droite  ou  à  gauche  pour  s'occuper  exclusive- 
ment, par  moments,  de  certains  groupes  d'ins- 
truments dans  les  passages  où  ils  ont  un  rôle 
important,  s'oubliant  même  quelquefois  jusqu'à 
laisser  inactif  le  bâton  de  commandement. 
Avec  et  malgré  cela,  un  musicien  hors  ligne 
qui  possède  admirablement  son  Wagner,  ayant 
reçu  du  maître  la  bonne  tradition.  Comme 
Félix  Mottl,  il  conduit  le  plus  souvent  sans  jeter 
les  yeux  sur  la  partition. 

Le  concert  dirigé  par  lui  comprenait  les 
œuvres  suivantes  :  Hiildigung's  Marsch  et 
Siegfried-Idyll  de  R.  Wagner,  la  huitième 
symphonie  en  fa  de  Beethoven,  puis  des  frag- 
ments de  Parsifal  (le  prélude  du  premier  acte, 
l'Enchantement  du  Vendredi-Saint,  le  deuxième 
tableau  du  premier  acte).  C'était,  en  partie,  la 
répétition  du  concert  qu'il  avait  dirigé  à  Bru- 
xelles. Toutes  les  pages  de  Wagner  ont  été 
rendues  excellemment.  Il  faudrait  mettre  beau- 
coup de  noir  sur  du  blanc  pour  indiquer  les 
accentuations  justes  données  à  tel  ou  tel  passage. 
Contentons-nous  de  faire  j  emarquer,  après  la 
laige  exécution  de  Hiildiiig's  Marsch  (com- 
posée en  1864  comme  hommage  rendu  au  roi 
Louis  II  de  Bavièrej,  le  charme  poétique  qui 
s'est  dégagé  de  Siegfricd-Idyll,  pour  laquelle 
Levi  avait  eu  soin  de  placer  les  instruments  à 
vent  en  bois  immédiatement  derrière  les  pre- 
miers violons,  afin  de  leur  donner  plus  de 
relief;  —  l'éclat  et  le  fondu  des  cuivres  dans  le 
prélude  du  premier  acte  de  Parsifal,  la  grande 
douceur  des  cordes,  la  diminution  subite  du 


forte  au  moment  où  prennent  les  trémolos  de 
l'orchestre  ;  —  l'admirable  effet  des  pizzicati 
des  contrebasses  et  le  chant  ineffable  du  haut- 
bois dans  l'Enchantement  du  Vendredi-Saint, 
—  puis,  dans  la  grande  scène  religieuse  de 
Parsifal,  les  cuivres  lancés  en  ralentissant  le 
mouvement,  les  cloches  supprimées  (faute  de 
justesse)  et  remplacées  par  le  piano  dans  la 
coulisse,  la  belle  entrée  des  chevaliers,  les 
teintes  exquises  des  voix  différemment  gra- 
duées dans  les  chants  alternés  (VAgapé),  et 
enfin  la  belle  marche  finale. 

L'exécution  de  la  huitième  symphonie  en  fa 
de  Beethoven  a  été  bien,  mais  non  très  bien  : 
ensemble  sec  et  dénué  de  cet  éclat  merveilleux 
que  lui  donne  l'orchestre  du  Conservatoire.  II 
faut  bien  l'avouer  (et  tous  les  grands  maîtres 
étrangers  venus  à  Paris  l'ont  reconnu)  aucun 
orchestre  n'a  donné  de  plus  belles  et  grandes 
interprétations  de  l'œuvre  de  Beethoven.  La 
tradition  s'y  est  imposée  depuis  l'avènement 
d'Habeneck  jusqu'à  nos  jours.  Aussi  aurions- 
nous  bien  des  réserves  à  faire  sur  certains 
mouvements  imprimés  par  Hermann  Levi  à 
telle  ou  telle  partie  de  la  huitième  symphonie. 
La  principale  porterait  sur  la  lenteur  infligée 
au  Tempo  di  minuetto,  qui  devient  lourd  et 
massif.  Nous  ne  disconvenons  pas  qu'en 
France  le  mouvement  de  ce  menuet  ne  soit 
pris  un  peu  rapidement  ;  mais  il  y  a  un  juste 
milieu  à  garder. 

L'attrait  du  concert  spirituel  au  Conserva- 
toire consistait  dans  l'exécution  du  Requiem 
de  Gounod  et  du  Chant  des  Parques  de  Jo- 
hannès  Brahms.  On  sait  que  le  Requiem  de 
Gounod,  commencé  à  la  date  du  22  mars  i8gi, 
ne  fut  terminé  qu'au  début  de  l'année  1893. 
Notre  excellent  confrère  M.  Tiersot  rappelle, 
dans  la  notice  jointe  au  programme  du  con- 
cert, que,  le  i5  octobre  i8g3,  Gounod  venait 
de  lire  avec  M.  Bûsser  la  partition  du  Requiem, 
lorsqu'il  fut  pris  d'une  soudaine  attaque  de 
paralysie.  Il  s'éteignit,  trois  jours  après,  le 
18  octobre,  donnant,  comme  Mozart  qui  fut 
son  Dieu,  sa  dernière  pensée  à  son  Requiem. 
La  lettre  qu'il  avait  adressée  le  21  février 
i8g3,  quelques  mois  avant  sa  mort,  à  la  Société 
des  concerts  est  ainsi  conçue  : 

A  Messieurs  les  membres  du  Comité  de  la 
Société  des  Concerts. 

Messieurs, 

Je  viens  de  mettre  la  dernière  main  à  une  messe 
de  Requiem,  ma  dernière  œuvre  saus  doute. 

Je  viens  demander  à  la  Société  des  Concerts  si 
elle  veut  bien  me  faire  l'honneur,  non  pas  de  la  faire 
entendre,  il  serait  trop  tard  cette  année,  mais  d'en 


324 


LE  GUIDE  MVSIGAL 


accepter  la  dédicace  et  de  l'exécuter  l'an  prochain, 
que  je  sois  ou  non  de  ce  monde. 

J'ai  voulu  laisser  à  la  Société  un  témoignage  de 
reconnaissance  pour  les  sympathies  dont  elle  m'a 
donné  tant  de  preuves,  et  je  serais  heureux  de 
penser  que  ce  souvenir  sera  favorablement 
accueilli. 

Recevez,  Messieurs,  l'hommage  de  ma  cordiale 
affection.  Çh.  Gounod. 

Nous  n'étonnerons  pas  nos  lecteurs  en  affir- 
mant que  le  Requiem  n'ajoutera  rien  à  la  gloire 
de  l'auteur  de  Faust  et  de  Roméo  et  Jtiliette. 
Si  dans  l'œuvre  de  Charles  Gounod,  une  partie 
doit  résister  à  l'injure  du  temps,  ce  sera  sa 
musique  théâtrale  et  non  sa  musique  religieuse. 
Ses  dernières  créations  n'auront  pas  toujours 
suivi  une  marche  ascensionnelle  ;  elles  ne  sont 
qu'un  pâle  reflet  des  belles  pages  écloses  au 
printemps  de  la  vie.  Ainsi  en  est-il  du  Requiem, 
qui  ne  pourra  jamais  être  comparé  à  celui  de 
Mozart.  Ce  n'est  pas  qu'en  dehors  des  rosalies, 
procédés,  chers  au  maître,  il  n'y  ait  certains 
morceaux  traités  avec  adresse,  dans  lesquels  le 
charme  mélodique  s'épanouit.  C'est  ainsi  que 
l'ont  peut  signaler  un  motif  bien  venu,  chanté 
par  M'ii^E.  Blanc,  que  l'auteur  a  fait  revenir  à 
plusieurs  reprises  dans  le  cours  du  Requiem. 
On  notera  également,  dans  le  Beiiedictus,  un 
duo  de  soprano  et  de  ténor  d'une  jolie  couleur, 

—  le  Pie  Jesu,  chanté  par  le  quatuor  vocal 
auquel  répond  Forchestre  avec  une  phrase 
ascendante,  rappelant  YHymiie  à  sainte  Cécile, 

—  VAgnus  Dei,  où  le  chœur  «  acapella  »  donne 
la  réplique  aux  instruments,  —  et  surtout  le 
Sanctus,  chœur  d'une  vigoureuse  et  franche 
allure,  qui  a  été  bissé.  Les  soli  étaient  fort  bien 
dits  par  M'ies  E.  Blanc,  Dupuy,  MM.  Warm- 
brodt  et  Auguez. 

Le  Chant  des  Parques,  pour  chœur  et 
orchestre  (d'après  Gœthe),deJohannès  Brahms, 
porte  le  n"  89  des  œuvres.  C'est  une  de  ces 
magistrales  et  sévères  compositions  qui  peu- 
vent, eu  égard  à  leur  caractère,  être  rattachées 
au  genre  religieux.  Elle  fut  publiée  en  i883. 
On  y  rencontre  une  forme  très  particulière  au 
maître  de  Hambourg,  l'emploi  savamment 
combiné  des  rythmes  binaires  et  ternaires, 
l'alternance  des  notes  détachées  et  des  notes 
soutenues,  une  couleur  très  intense,  qui  donnent 
à  l'ensemble  de  l'œuvre  un  effet  des  plus  carac- 
téristiques. Avec  un  mélange  très  marqué  de 
l'école  classique  et  de  l'école  romantique, 
Brahms  a  écrit  une  œuvre  profondément  sentie 
comme  traduction  du  texte  de  Gœthe.  A  côté 
de  pages  d'une  mâle  vigueur  existent  des  par- 
ties, comme  le  chœur  à  3/4,  débutant  à  décou- 


vert, Es  wenden  die  H eus-scher...,  qui  soni 
d'une  grande  douceur.  A  noter  les  effets 
étranges  qui,  à  la  conclusion  de  l'œuvre,  se 
détachent  d'une  manière  si  pittoresque  à  l'or- 
chestre. Quand  on  baptise  de  savante  certaine 
musique,  on  est  bien  près  de  donner  à  cet  adjec- 
tif la  signification  d'ennuyeuse.  Nombre  d'ar- 
tistes et  d'amateurs  ont  ainsi  qualifié  la  musique 
de  J.  Brahms.  Le  public  du  Conservatoire  a 
paru  se  ranger  à  leur  avis  en  écoutant  et  en 
accueillant  plus  que  froidement  le  Cliant  des 
Parques.  Il  faudra  un  long  temps  pour  que 
ceux  qui  honorent  l'art  musical  soient  persuadés 
de  la  supériorité  d'un  maître  qui,  sous  une 
science  merveilleuse,  révèle  une  profondeur  de 
sentiment  égale  à  celle  du  grand  Beethoven. 

Au  même  concert,  on  a  entendu  le  concerto 
en  mi  bémol  pour  piano  de  C,  Saint-Saëns,  qui 
est  loin  d'être  un  de  ses  meilleurs  ouvrages. 
Il  a  été  exécuté,  avec  sa  fougue  habituelle,  par 
l'éminent  professeur  E.- M.  Delaborde.  L'ouver- 
ture du  Freischiits  a  été  vigoureusemen 
enlevée  par  l'orchestre,  sous  la  direction  de 
M.  Taffanel.  Hugues  Imbert. 

P. -S.  Il  nous  a  été  impossible  d'assister  au 
concert  Lamoureux  du  18  mars  ;  mais  nous 
sommes  heureux  de  constater  le  succès  obtenu 
par  M.  F.  Le  Borne  avec  l'Amour  de  Myrto, 
admirablement  chanté  par  M""^  Jane  Marcy, 
de  l'Opéra.  On  sait  que  M.  Le  Borne,  qui  a 
travaillé  sous  la  direction  de  Saint-Saëns  et  de 
Massenet,  a  déjà  fait  exécuter  plusieurs 
œuvres,  dont  le  Guide  Musical  a  rendu  compte. 

U Amour  de  Myrto  paraît  être,  parmi  ces 
diverses  compositions,  celle  qui  a  le  plus  porté  : 
elle  doit  être  exécutée  de  nouveau,  le  dimanche 
i^r  avril,  à  la  Société  d'Art  (petite  salle  Pleyel). 

H.  I 


L'intérêt  de  la  huitième  et  dernière  séance 
donnée  le  28  mars,  à  la  petite  salie  Erard,  par 
MM.  J.  Philipp,  H.  Berthelier,  J.  Loeb,  Bal- 
breck  et  L.  Carembat  était  dans  la  première 
audition  d'une  Suite  pour  piano  seul  (op.  64) 
de  Paul  Lacombe.  Nous  avons  retrouvé  dans 
cette  nouvelle  œuvre  de  l'excellent  compositeur 
une  grande  partie  des  qualités  de  ses  Esquisses 
et  Souvenirs.  Des  quatre  morceaux  composant 
la  Suite,  ce  sont  les  trois  premiers  qui  ont  le 
plus  porté.  Le  Prélude  est  d'une  belle  venue, 
avec  ses  accords  vigoureusement  plaqués,  suivis 
d'un  motif  en  traits  liés,  rappelant  telle  page  de 
Beethoven.  Le  Lento  est  une  sorte  de  pasto- 
rale d'une  teinte  triste  et  d'une  exquise  poésie. 
Très  original  V Intermezzo,  avec   ses  mouve- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


325 


nents  contrariés.  Quand  au  Finale,  qui  est  tra- 
versé par  une  phrase  très  chaleureuse,  nous  le 
trouvons  peut-être  un  peu  emphatique.  En 
résumé,  œuvre  charmante  d'un  musicien,  dont 
Dn  voudrait  entendre  plus  souvent  les  œuvres. 
L'interprétation  par  M.  I.  Philipp  a  été  excel- 
lente. Dans  la  même  séance  ont  été  exécutés 
avec  un  vif  succès  les  deux  Quintettes  pour 
piano  et  cordes  de  MM.  C.  Chevillardet  deBois- 
deffre.  Nous  ne  reviendrons  pas  sur  ces  com- 
positions dont  les  mérites  ont  été  déjà  signalés  ! 

Mercredi  28  mars,  salle  Flaxland,  quatrième 
et  dernière  matinée  donnée  par  le  violoniste 
White,  avec  le  concours  de  MM.  Widor,  Qué- 
vremont,  Tracol,  Trombetta  et  Casella.  Au 
programme  la  Suite  pour  piano,  violon  et  alto, 
de  M.  Boisseau;  la  Canzonetta pour  quatuor  à. 
corde  de  Mendelssohn,  connue  de  tout  le 
monde;  le  Qîiatîior  pour  piano  et  cordes  de 
Widor.  M.  Widor  tenait  le  piano  ;  mais,  malgré 
cela,  il  nous  a  paru  que  certains  passages,  sur- 
tout dans  le  premier  morceau, manquaient  d'en- 
semble :  il  faut  surtout  en  accuser  la  détestable 
disposition  de  la  salle,  qui  oblige  les  exécutants 
à  se  tourner  le  dos;  le  quatuor  de  M.  Widor 
contient  des  morceaux  très  brillants,  très 
difficiles,  mais  ces  qualités  ne  peuvent  écarter  le 
sentiment  d'uniformité  qui  imprègne  l'œuvre. 
En  un  mot,  ce  quatuor,  par  sa  facture  très 
soignée,  très  fouillée,  trop  peut-être,  intéresse  le 
musicien;  il  ne  charme  pas  toujours.  M.  Qué- 
vremont  s'est  fait  entendre  seul  dans  deux  pièces 
pour  piano,  où  il  a  développé  de  très  belles 
qualités  d'exécution.  M.  White  lui-même  à  clos 
le  concert  par  deux  pièces,  dont  l'une,  la  Danse 
des  Elfes  dePopper,  a  déjà  été  jouée  par  lui,  les 
années  précédentes,  et  toujours  avec  grand 
succès.  D. 

M.  Henri  Berthelier,  violon  solo  de  l'Opéra 
et  de  la  Société  des  concerts  du  Conservatoire, 
vient  d'être  nommé  professeur  de  violon  au 
Conservatoire,  en  remplacement  de  Maurin, 
récemment  décédé. 

On  ne  peut  qu'approuver  l'excellent  choix 
du  ministre. 


BRUXELLES 

Tristan  et  Iseult  s'est  joué  au  théâtre  de  la 
Monnaie  cinq  fois,  du  mercredi  21  au  vendredi 
3o  mars,  comme  un  simple  Postillon  de  Long- 
pmeau.  A  Berlin,  quand  M^e  Sucher  joue  le 


rôle  d'Isolde,  elle  déclare  qu'elle  prend  huit 
jours  de  repos.  Il  est  vrai  qu'elle  donne  quelque 
chose  d'elle-même  dans  son  interprétation. 
Avec  M"";  Tanésjr,  l'excès  de  passion  dans  le 
jeu  n'est  pas  à  redouter,  —  et  bourgeoisement 
Tristan  et  Iseult  peut  se  jouer  impunément  à 
deux  jours  d'intervalle  devant  des  salles  d'ail- 
leurs combles.  Il  s'agit  surtout  pour  MM.Stou- 
mon  et  Calabresi  de  profiter  de  la  nouveauté 
et  de  la  vogue  de  l'ouvrage  pour  compenser  les 
déplorables  recettes  antérieures.  Maintenir  un 
caractère  artistique  à  l'exécution,  on  n'y  pense 
pas.  L'équilibre  de  la  caisse  est  le  premier 
sou  ci  des  excellents  administrateurs  du  théâtre 
de  la  Monnaie. 

Depuis  la  première,  on  a  cependant  intro- 
duit quelques  modifications  dans  la  mise  en 
scène.  Ainsi,  au  piemier  acte,  Iseult  ne  jette 
plus  sur  le  plancher  la  coupe  vide  qui,  le  soir 
de  la  première,  avait  ajouté  un  si  piquant  effet 
d'instrumentation  à  ceux  qu'a  notés  Wagner. 
Elle  la  tend  à  Brangaine  qui  vient  la  recueillir 
et  la  dépose  en  lieu  sûr,  sans  bruit.  C'est  à 
l'incomparable  régisseur  de  la  Monnaie, 
M.  Gravier,  que  Ton  doit  ce  jeu  de  scène 
vraiment  intéressant. 

Au  deuxième  acte,  on  procède  à  des  essais 
d'éclairage  pendant  la  représentation.  On  fait 
la  nuit  et  le  jour  à  tour  de  rôle.  C'est  très  inat- 
tendu. Le  plus  simple  serait  peut-être  de  se 
conformer  aux  indications  de  Wagner,  qui 
voulait  la  nuit  jusqu'au  moment  où  commence 
le  duo  proprement  dit  :  «  Descends  sur  nous, 
nuit  d'extase.  »  Un  pâle  et  léger  rayon  de 
lune  doit  glisser  alors  à  travers  le  feuillage, 
exactement  à  l'entrée  du  motif  en  la  bémol. 
C'est  exquis  quand  c'est  bien  exécuté.  Nous 
donnons  gratuitement  cette  indication  à  M. 
Stoumon  et  à  M.  Gravier  pour  qu'Us  en 
fassent  leur  profit.  Nous  leur  ferons  également 
remarquer  que  les  gens  de  la  suite  du  roi  Marke 
parcourent  la  forêt  avec  des  torches  :  on  ne 
chasse  pas  la  nuit  en  forêt  sans  s'éclairer. 
L'aube  ne  blanchit  qu'au  moment  où  le  roi 
Marke  achève  son  discours  et  le  duel  a  lieu  en 
pleine  lumière. 

Nous  n'insisterons  pas  sur  quelques  autres 
détails  qui  pourraient  être  corrigés.  Nous  féli- 
citerons seulement  les  directeurs  des  nouvelles 
coupures  qu'ils  ont  pratiquées  au  second  acte. 
Elles  abrègent  l'ennui.  M.  K. 

Le  quatuor  Crickboom  a  donné  jeudi  soir,  à 
l'hôtel  Ravenstein,  sa  troisième  séance  de  mu- 
sique de  chambre,  avec  le  concours  de  M"^ 
Louisa  Merckx,  pianiste.  Chambrée  complète, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


public  sympathique;  M.  Crickboom  et  M"»^ 
Merckx  ont  rendu  d'une  manière  très  brillante 
la  septième  sonate  de  Beethoven  pour  violon  et 
piano.  Un  trio  en  7tt  de  Brahms  (op.  87)  et  sur- 
tout le  premier  quatuor  de  Schumann  (en  la 
mineur)  ont  fait  valoir  les  très  remarquables 
qualités  d'ensemble,  de  virtuosité  et  de  goût  de 
la  jeune  et  artistique  phalange. 

Mercredi  28  mars,  M.  Wallner  a  continué, 
dans  les  salons  de  Mii«  P.  Desmet,  son  cours 
d'histoire  du  piano.  Après  d'intéressantes  dé- 
finitions du  romantisme  en  musique,  il  a  parlé 
de  Schubert  et  de  Mendelssohn.  Il  a  beaucoup 
insisté  sur  le  premier  de  ces  deux  romantiques. 
Schubert,  dont  la  vie  est  aussi  intéressante  que 
sa  musique,  est  inconnu  au  plus  grand  nom- 
bre ;  M.  Wallner  en  a  fait  une  captivante 
esquisse,  qui  a  été  justement  appréciée.  La 
séance  s'est  terminée  par  l'audition  d'œuvres 
de  Schubert  et  de  Mendelssohn.  que  M"<î  Hoe- 
berechts  a  bien  interprétées.  A  citer  une  Polo- 
naise et  'narclic  à  quatre  mains  de  Schubert, 
œuvres  peu  connues  et  très  bien  enlevées  par 
Mi'e  Hoeberechts  et  M.  Wallner.  N.   L. 

Dimanche  prochain,  8  avril,  troisième  Con- 
cert populaire,  le  programme  porte  la  première 
exécution  à  Bruxelles  de  Uédemption,  poème- 
symphonie  en  deux  parties,  paroles  de  Ed.  Blau, 
musique  de  César  Franck.  Le  solo  sera  chanté 
par  M™<=  Lafargue,  le  récit  sera  déclamé  par 
M.  Lambert  de  la  Comédie-Française.  Les 
chœurs  seront  chantés  par  le  Choral  mixte.  La 
seconde  partie  se  composera  de  fragments  des 
Maîtres  Chanteurs  de  R.  Wagner. 

Paul  Martinetti,  le  célèbre  mime,  et  sa 
troupe,  viennent  d'arriver  à  Bruxelles  pour  les 
dernières  répétitions,  au  théâtre  de  l'Alcazar, 
du  Mort,  mimodrame  en  trois  actes,  de  M.  Ca- 
mille Lemonnier.  C'est  Paul  Martinetti  qui 
créera  le  personnage  de  Bast,  le  paysan  cupide 
et  criminel. 

M.  Léon  Dubois,  chef  d'orchestre  au  théâtre 
de  la  Monnaie,  a  écrit  pour  la  pièce  toute  une 
partition. 

M™'î  Dory  Burmeister-Petersen,  pianiste  de 
la  cour  du  duc  de  Saxe-Cobourg  Gotha,  don- 
nera un  piano-récital,  samedi  prochain,  7  avril, 
à  8  heures  du  soir,  dans  les  salons  de  la  mai- 
son Erard,  rue  Latérale,  4. 

La  troisième  séance  d'abonnement  de  mu- 
sique de  chambre  pour  instruments  à  vent  et 


piano,  donnée  par  MM.  Anthoni,  Guidé,  Ponc 
let,  Merck,  Neumans  et  De  Greef,  professeu: 
au  Conservatoire  royal  de  musique,  aura  lie 
aujourd'hui  dimanche  i<=''  avril,  à  2  heures,  av( 
le  concours  de  M"°  M.  de  Noce,  cantatrice  d 
Théâtre  royal  de  la  Monnaie  et  de  MM.  Lerm 
niaux  et  Godenne  du  Conservatoire.  M'ii^  c 
Noce  y  chantera  du  Mozart  et  du  Spontini 
MM.  De  Greef,  Lerminiaux  et  Godenne  3^  ex 
enteront  (pour  la  première  fois) ,  le  trio  de  ( 
Sareau,  et  l'excellent  professeur  M.  G.  Guidé 
fera  entendre  des  pièces  pour  hautbois  et  piar 
de  Schumann. 


CORRESPOND  A  NCES 

AMSTERDAM.  —  Le  chœur  a  cnpella,  c 
rigé  par  Daniel  de  Lange,  a  donné,  dai 
la  grande  église  luthérienne,  une  exécution  d'i 
ouvrage  fort  intéressant  de  Jacob  Obrecht,  le  coi 
positeur  néerlandais  du  xvi"  siècle  dont  les  mess^ 
et  les  motets  jouissaient  dans  leur  temps  d'ui 
grande  notoriété  M.  de  Lange  nous  a  fait  entei 
dre  Passio  XVIII  Dominijesn  Chrisii  secumdim  Ma 
iheum  d'Obrecht  (iSSg),  un  ouvrage  d'un  caractè 
absolument  liturgique.  La  répartition  des  tro 
motets  est  fart  heureusement  trouvée.  Le  premi' 
traite  la  communion,  la  trahison  de  Judas  et  l'i 
terrogatoire  du  Pontife  ;  le  second,  celui  de  Pilât 
suivi  de  la  fureur  du  peuple,  exigeant  la  mort  c 
Christ;  le  troisième  esquisse  la  mort  de  Jésus 
finit  par  une  prière  de  pitié  pour  les  pécheur 
Bien  que  l'exécution  de  cet  ouvrage  n'ait  pas  loi 
jours  été  irréprochable  et  que  la  justesse  d'inton; 
tion  du  chœur  ait  laissé  à  désirer,  nous  n'f 
sommes  pas  moins  reconnaissants  à  M.  de  Lant 
de  cette  audition,  qui  nous  a  révélé  une  œuvi 
d'une  valeur  incontestable. 

Au  dernier  concert  de  l'Association  des  artist( 
musiciens  (Cecilia),  sous  la  direction  de  M.  Viott; 
on  a  joué  pour  la  première  fois  Wallcnsieiii,  latr 
logie  de  Vincent  d'Indy,  qu'on  avait  déjà  entend 
plusieurs  fois,  sous  la  direction  de  M.  Kes,  exécul 
d'une  façon  irréprochable,  et  qui  a  reçu  sous  I 
direction  de  M.  Viotta  un  accueil  tout  aussi  syn 
pathique,  ce  qui  n'a  pas  empêché  le  nombreu 
auditoire  de  s'e.xprimer  avec  un  crescendo  d'ei 
thousiasme  après  les  ouvertures  Lconorc  n"  3  à 
Beethoven  et  Taunheuser  de  "Wagner.  Quant 
l'entr'acte  de  Rosamunde  de  Schubert,  avec  so 
instrumentation  un  peu  surannée,  ce  n'était  cert« 
pas  le  clou  de  ce  concert,  bien  que  joué  ave 
une  correction  impeccable. 

Au  dernier  concert  philharmonique,  M.  Ke 
notis  a  fait  entendre  de  nouveau  les  entr'acte 
composés  par  M.  Zweers  pour  la  tragédie  deVoi 
del,  Cyshrecht  van  Amstd,  et  qui  contiennent  d< 
pages  fort  intéressantes. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


327 


Au  même  concert,  l'organiste  van  't  Kruys,  de 
Rotterdam,  a  joué  d'une  façon  fort  méritoire  un 
-oncerto  de  Bach,  et  le  violoniste  Kraemer,  le 
roncertmeister  de  l'orchestre  de  M.  Kes,a  joué  un 
Qouvcau  concerto  de  Dvorack,  d'une  couleur 
slave,  mais  pauvrement  orchestré. 

On  nous  annonce  une  symphonie  posthume  de 
Gluck,  que  l'on  vient  de  découvrir  en  Allemagne. 

Intérim. 


M 


teur,  de  la  part  de  l'orchestre  et  du  public.  Les 
exécutants  étaient  au  nombre  de  160. 


NVERS.  — Quoique  la  saison  tire  à  sa  fin, 
jTV-  notre  scène  lyrique  flamande  ne  reste  point 
inactive.  Mardi,  nous  avons  eu  une  dernière  repré- 
sentation du  Freischût3,  pour  le  bénéfice  de  M"|=  Sa- 
phir, une  jeune  artiste  qui  s'est  surtout  fait  remar- 
q\ier  par  le  côté  essentiellement  musical  de  son 
talent. 

HdMeilief  a  enfin  vu  le  jour  chez  nous.  Malgré 
les  nombreux  rendus  compte  de  la  première  de 
l'œuvre  de  Benoit,  à  Iseghem,  relativement  peu 
d'Anversois  en  connaissaient  la  véritable  portée. 

Cette  idylle,  si  touchante  dans  sa  naïveté,  et 
écrite  en  vue  d'exécutions  plus  restreintes  de 
sociétés  de  petites  villes,  conviendrait-elle  au  cadre 
plus  large  de  notre  première  scène  flamande  ?  Celui 
qui  avait  assisté  à  la  représentation  du  MeiUefà 
Iseghem  pouvait  se  le  demander. 

La  nouvelle  partition  du  maître  flamand  contient 
des  pages  symphoniques  d'une  extrême  délicatesse. 
T.. mais,  peut-être,  si  ce  n'est  dans  Ie7?/iîH, la  palette 
d'ordinaire  si  vigoureuse  de  Benoit  n'a-t-elle  tracé 
des  lignes  aussi  délicieuses.  L'ouverture  est  une 
perle.  Les  chœurs  sont  frais,  rythmés  et  entraî- 
nants. 

Le  deuxième  acte,  avec  sa  note  passionnée, 
forme  un  contraste  curieux  avec  l'entrain  si  gai  du 
premier.  L'adieu  de  Lena  au  toit  paternel  et  le 
rêve  d'Eugénie  sont  des  pages  empoignantes.  Le 
rôle  du  drame  lyrique  y  Uouve  sa  vraie  place,  et 
Benoit  s'y  montre,  ainsi  que  dans  son  Kard van  Gel- 
dcrland,  maître  de  ce  genre. 

Quant  à  l'exécution  qu'a  reçue  le  Meiltef  chez  nous, 
nous  en  parlerons  dans  notre  prochaine  correspon- 
dance, la  deuxième  représentation  de  l'œuvre 
pouvant  mieux  établir  la  justesse  de  notre  appré- 
ciation. A.  W. 

LILLE.  —  Jeudi  soir  a  eu  lieu,  dans  l'Hippo- 
drome, un  grand  festival.  Les  fragments  du 
Messie  d'Hcendel  ont  produit  un  très  grand  effet. 
La  première  partie  du  concert,  entièrement  com- 
posée de  fragments  d'œuvres  de  M.  Henri  Maré- 
chal, qui  en  dirigeait  l'exécution,  a  été  l'occasion 
d'un  véritable  succès  pour  ce  compositeur.  On  a 
beaucoup  applaudi  le  Mirnde  de  Naim  et  la  Nativité. 
On  a  redemandé,  au  ténor  Dupeyron,  le  Sound 
d'Urovie,  détaillé  par  lui  avec  beaucoup  d'esprit  ; 
M"e  Baldo  a  du  bisser  le  Spedre  de  h  rose,  une  com- 
position d'un  ton  mélodique  charmant.  Le  festival 
se  terminait  par  les  airs  de  ballet  de  Déidamie,  qui 
ont  valu  trois  rappels  des  plus  chaleureux  à  l'au- 


MONS.  —  Le  i5  mars  courant,  ont  été 
clôturées  les  listes  des  sociétés  inscrites 
pour  participer  en  division  d'excellence,  en  pre- 
mière et  en  seconde  divisions,  au  concours  de 
chant  d'ensemble  organisé  pour  les  24  et  25  juin 
prochain.  Il  a  été  décidé,  toutefois,  de  proroger  le 
délai  d'inscription  jusqu'au  i'''' avril  pour  la  divi- 
sion d'honneur,  et  jusqu'au  22  du  même  mois  pour 
la  troisième  division. 

Pour  cette  dernière  division,  les  dispositions  du 
règlement  ont  été  modifiées  en  ce  sens,  qu'au 
lieu  d'un  classement  unique  des  sociétés,  celles-ci 
seront  réparties  en  deux  sections,  la  première 
comprenant  les  sociétés  belges,  et  la  seconde  les 
sociétés  étrangères. 

Il  sera  attribué,  à  chacune  des  sections,  un  nom- 
bre de  prix  égal  à  celui  que  comportait  la  section 
unique. 

"Voici  la  liste  des  sociétés  inscrites  jusqu'au- 
jourd'hui : 

Division  d'excellence  (sociétés  belges).  —  Réunion 
des  Chœurs  d'Ensival  ;  la  Wallonie  (société  cho- 
rale) d'Anvers  ;  les  Chœurs  réunis  de  Herstal  ; 
Royale  des  chœurs  l'Emulation  de  Dour. 

(Sociétés  étrangères;.  —  L'Union  orphéonique 
de  Lille. 

Première  division  (sociétés  belges).  —  La  Con 
corde  de  "Verviers;  l'Orphéon  marchiennois  de 
Marchiennes-au-Pont;  la  Société  lyrique  du  Thier 
de  Liège;  l'Aurore  de  Malines  ;  l'Orphéon  jume- 
tois  de  Jumet. 

(Sociétés  étrangères  .  —  Mastreechter  Staar,  de 
Maestricht 

Deuxième  division.  —  Les  Bardes  disonnais  de 
Dison;  la  Fraternité  de  Droogenbosch;  les  Mon- 
tagnards de  Flénu;  l'Orphéon  de  la  Meuse  de 
Falmignoul  ;  les  Echos  de  Péville  de  Grivegnée  ; 
les  Artisans  réunis  de  Marchiennes-au-Pont. 


NANTES.  —  Tannhauser  s'est  joué  mardi, 
devant  une  salle  comble,  composée  non 
seulement  de  Nantais,  mais  aussi  d'Angevins 
accourus  pour  la  circonstance.  Gros  succès  de  pre- 
mière. 

L'orchestre  est  excellent,  sous  l'habile  direction 
de  M.Miriam.  L'ouverture  et  le  "Vennsberg  ont  été 
remarquablement  joués.  L'interpiétation  est  bonne, 
quoique  manquant  de  conviction  wagnériejine.Le 
ténor  Gogny,  d'une  jolie  voix,  mais  un  peu 
blanche,  a  bien  chanté  Tannhœuser.  M.  Vilette  a 
été  très  bien  dans  "Wolfram.  M.  Fabre  seulement 
correct  dans  le  Landgrave.  M""  Dhasty  est  une 
jolie  Vénus,  excellente  chanteuse.  M"^  Lloyd 
(Elisabeth)  a  une  voix  superbe  et  sa  composition 
du  rôle  mérite  tous  les  éloges.  Les  chœurs  ont 
paru  quelque  peu  éreintés  par  un  service  exagéré. 
Ils  avaient  chanté  jeudi,  vendredi,   samedi  et  ré- 


m. 


328 


LE  GUIDE  MUSICAL 


pété  Tannhtsuser ;  joné, dimanche,  Pairie  et  Mignon; 
lundi,  VAitaque  du  moulin  et  le  ChaUt;  enfin,  mardi, 
Tannhausev.  Rien  d'étonnant  qu'ils  aient  été  affai- 
blis. La  mise  en  scène  était  correcte.  Ce  qu'il  a 
fallu  lutter  pour  obtenir  quelque  chose  d'à  peu 
près  propre!  Enfin,  on  a  repeint  des  décors  et 
fait  quelques  parties  neuves.  E.  D. 


TOURNAI.  —  La  Société  de  musique  don- 
nera un  concert  le  dimanche  i"'  avril,  à 
8  heures  du  soir,  au  local  de  la  Halle  aux  Draps, 
Grand'Place. 

On  y  exécutera  la  Vie  d'une  rose,  de  R.  Schu- 
mann,  avec  le  concours  de  M"=  Sidner,  de  l'Opéra 
de  Stockholm,  et  de  M.  Degenne,  de  l'Opéra- 
Comique  de  Paris.  En  outre,  les  chœurs  interpréte- 
ront V Alléluia  du  Messie,  de  Haendel,  ieSanctus  et  le 
Benedictus  de  la  Messe  solennelle  de  sainte  Cécile,  de 
Ch.  Gounod. 

JVO  U  VELLES  DI  VERSES 

Nous  avons  annoncé  récemment  que  les 
Maîtres  Chanteurs  de  Nuremberg  de  Wag- 
ner venaient  d'être  donnés  pour  la  première 
fois  à  Madrid,  au  Real.  Un  de  nos  abonnés 
d'Espagne  nous  fait  obligeamment  observer,  — 
et  nous  le  remercions  de  sa  communication,  — 
que  cette  exécution  n'est  pas  la  première  en 
Espagne,  ni  même  à  Madrid.  Les  Meister singer 
ont  déjà  été  exécutés  à  Madrid  en  deux  occa- 
sions. La  toute  première  a  eu  lieu  en  iSgS,  — 
le  i8  mars,  au  Real,  -  sous  la  direction  du 
maestro  Mancinelli,  l'infatigable  propagandiste 
de  l'œuvre  wagnérien  en  Espagne,  alors  chef 
d'orchestre  dudit  théâtre  et  directeur  de  la 
Société  des  concerts  de  Madrid.  Mancinelli,  on 
le  sait,  a  contribué  à  relever  le  goût  du  public 
en  lui  faisant  connaître  nombre  d'œuvres  de 
Wagner,  notamment  la  scène  de  la  consécration 
du  Graal,  avec  soli  et  choeurs  (1891  et  1892)  ; 
les  murmures  de  la  forêt  de  Siegfried,  prélude 
et  finale  de  Tristan  et  Iseult,  les  moiceaux  les 
plus  célèbres  de  VOr  du  Rhin,  Walkyrie, 
Siegfried,  etc.  C'est  à  M.  Mancinelli  qu'on 
doit  aussi  la  première  du  Tannhœiiser  (1890). 

Les  rôles  de  la  première  de  I  Maestri  Cait- 
toi'i  di  Noriniberga  (c'est  avec  le  texte  italien 
qu'on  les  chantait)  étaient  ainsi  distribués  : 

Hans  Sachs,  M.  Menotti;  Beckmesser, 
M.  Baldelli;  Walther,  M.  De  Marchi  ;  David, 
M.  Gianini;  Eva,  M^e  Tetvorrini ;  Maddalena, 
M"|=  Pagnoni,  etc. 

L'œuvre,  jouée  devant  un  public  accoutumé 


à  Gli  Hugonotti,  Aida  et  Cavalleria,  futap 
plaudie,  malgré  quelques  protestations.  Or 
redemanda  même  le  quintette  à  la  fin  du  troi 
sième  acte,  —  car,  dans  la  version  italienne 
on  divise  en  deux  le  troisième  acte  original. 

Dans  la  season  actuelle,  la  reprise  des  Mal 
très  Chanteurs  a  eu  lieu  sous  la  direction  du 
maestro  Goula,  et  si  la  représentation  n'a  pa^ 
réussi  comme  l'année  passée,  la  faute  en  est  à 
l'interprétation,  qui  a  laissé  beaucoup  à  désirer. 
Le  chef  d'orchestre  n'a  pas  l'air  d'avoir  com- 
pris la  partition  ;  il  s'est  borné  à  une  interpréta- 
tion bruyante  et  touffue,  tout  en  exécutant 
l'œuvre  comme  s'il  était  question  de  VA  fricainc 
ou  à.' Aida. 

La  Société  orchestrale  de  Rome,  vient  de  don- 
ner pour  la  première  fois,  une  exécution  inté- 
grale de  \&  Neuvième  symphonie  de  Beethoven. 
Chef  d'orchestre  M.  Pinelii.  Le  chœur  a  été 
chanté  par  les  choristes  du  théâtre  et  il  paraît 
qu'ils  ont  été  excellents.  En  revanche,  les 
solistes  du  quatuor  ont  chanté  comme  des  ama- 
teurs. L'impression  produite  n'en  a  pas  moins 
été  très  profonde  sur  l'assistance,  dans  laquelle 
on  remarquait  la  reine  Marguerite. 

Le  théâtre  grand-ducal  de  Carlsruhe,  après 
l'Opéra  de  BerUn,  vient  de  donner  avec  un  très 
vif  succès  le  Falstajf  de  Verdi.  Le  rôle  du 
héros  était  tenu  par  l'excellent  baryton  Planck, 
le  merveilleux  Hans  Sachs  et  le  non  moins  mer- 
veilleux Kurvirenal  de  Bayreuth.  M.  Planck  a 
été  rappelé  une  douzaine  de  fois,  à  la  fin  de  la 
représentation,  ce  qui  ne  s'était  jamais  vu  à 
Carlsruhe. 

Mais  il  faut  dire  que  peut-être  jamais  Verdi 
ne  rencontrera  un  interprète  réalisant  aussi 
complètement  le  personnage  principal  de  sa 
comédie  musicale.  Voix  d'un  métal  incompa- 
rable, vivacité  et  bonne  humeur  inaltérable 
dans  le  jeu,  ampleur  de  la  stature,  Planck  est  un 
Falstaff  absolu  et  idéal.  Ceux  qui  l'on  vu  à 
Bayreuth  dans  Kurwenal  et  Hans  Sachs,  peu- 
vent aisément  se  l'imaginer  dans  ce  rôle. 

Quant  à  l'œuvre,  elle  a  été  accueillie  assez 
froidement,  le  troisième  acte  surtout,  —  comme 
à  Berlin  du  reste  et  à  Vienne.  Chef  d'orchestre, 
Félix  Mottl. 

L'éditeur  J.  Seiling,  de  Mimich,  vient  de  faire 
tirer  une  reproduction  photographique  très 
réussie  de  la  gravure  sur  bois  bien  connue 
représentant  Beethoven  en  pied,  le  chapeau 
sur  la  tète,  les  mains  croisées  sur  le  dos  et 
tenant  un  morceau  de  musique.    Ce  bois  est 


LE  GUIDE  MUSICAL 


329 


l'un  des  documents  les  plus  précieux  de  l'ico- 
nographie beethovenienne.  La  reproduction 
faite  par  les  soins  de  M.  Seiling  ne  peut 
manquer  d'être  très  demandée. 

Les  journaux  de  musique  qui  nous  arrivent 
des  Etats-Unis  sont  pleins  du  nom  de  M.  Al- 
berto Jonas,  l'un  des  plus  brillants  élèves  sortis 
de  la  classe  de  piano  de  M .  Arthur  De  Greef,  au 
Conservatoire  de  Bruxelles.  M.  Jonas,  qui 
après  une  tournée  au  Mexique,  a  fait  ses  débuts 
aux  concerts  Damrosch  à  New-York,  est  en 
passe  de  faire  aux  Etats-Unis  une  brillante 
carrière.  Il  vient  de  donner  à  New- York,  au 
concert  Hall  de  Madison  Square,  une  série  de 
récitals  de  piano,  qui  lui  ont  valu  un  succès 
tout  à  fait  exceptionnel.  On  compare  le  jeune 
pianiste  à  Paderewsky,  ce  qui  est  à  New-York, 
le  dernier  mot  de  l'éloge.  M.  Jonas  joue  là-bas 
des  programmes  très  variés,  composés  avec 
goiit,  où  ne  manque  jamais  le  nom  de  quelque 
grand  classique,  Beethoven,  Bach,  Mendels- 
sohn,  Schumann,  Chopin,  à  côté  des  pièces  de 
virtuosité  pianistique. 

M.  Jonas  est  engage  pour  une  grande 
tournée  de  concerts  dans  les  provinces  du 
centre,  organisés  par  la  maison  Steinway  et 
Sons. 

Le  programme  du  festival  rhénan  qui  a  lieu 
cette  année  à  Aix-la-Chapelle  vient  d'être 
arrêté  définitivement.  Nous  avons  déjà  annon- 
cé que  le  premier  jour  on  y  exécuterait  le 
Franciscus  de  Tinel,  sous  la  direction  de 
M.  Schwickerath.  Le  second  jour  sera  dirigé 
par  M.  Schuch  de  Dresde, qui  conduira  notam- 
ment la.  Symphonie  fantastique  de  Berlioz.  Le 
principal  soliste  de  la  troisième  journée  sera 
M.  Paderewsky. 

Le  succès  de  M.  Ed.  Colonne  s'affirme  de 
plus  en  plus  à  Saint-Pétersbourg.  A  la  suite  de 
la  représentation  des  Huguenots ,  il  a  été  l'objet 
de  trois  rappels  successifs. 

A  Genève,  on  nous  signale  la  première  repré- 
sentation de  Janie,  làyWe.  musicale  en  trois  actes 
de  M.  E.  Jacques  Dalcroze,  libretto  de  M.  Ph. 
Godet,  d'après  une  nouvelle  de  M.  Georges  de 
Peyrebrune.  M.  Jacques  Dalcroze  est  en  Suisse, 
un  des  champions  de  la  jeune  école  française. 

On  télégraphie  d'Athènes  que,  jeudi  dernier, 
a  été  exécuté  l'hymne  à  Apollon  récemment 
découverte  à  Delphes.  Cette  exécution  a  fait  res- 
sortir le  caractère  grave  et  majestueux  de 
l'hymne. 


Dans  l'auditoire,  très  brillant,  on  remarquait 
les  membres  de  la  famille  royale. 

L'illustre  violoniste  Joachim  et  le  violoncel- 
liste Piatti  ont  célébré,  ces  jours-ci,  à  Londres 
le  cinquantième  anniversaire  de  leur  première 
apparition  devant  le  public  de  Londres.  Joa- 
chim, on  se  le  rappelle,  avait  été  amené  par 
Mendelsshon,  à  l'âge  de  treize  ans.  Piatti,  la 
même  année,  débuta  à  dix-huit  ans.  Joachim  a 
aujourd'hui  soixante-trois  ans,  et  Piatti  soi- 
xante-huit. 

Le  testament  de  Hans  de  Bulow  vient  d'être 
enregistré  à  Hambourg,  où  le  grand  musicien 
était  légalement  domicilié.  Il  a  été  rédigé  en 
1884,  mais  il  est  accompagné  de  codicilles  sup- 
plémentaires datés  de  1889. 

Par  ces  différents  documents,  Bulow  fait  les 
legs  suivants  aux  filles  de  sa  première  femme 
(devenue,  après  divorce,  la  femme  de  Richard 
Wagner,  et  qui  est,  comme  on  sait,  la  fille  de 
Liszt  et  de  la  comtesse  d'Agout,  alias  Daniel 
Stern  )  :  à  Daniela,  l'aînée,  qui  a  épousé  le  pro- 
fesseur Thode,  à  Heidelberg  62,5oo  francs  ;  à 
Blandine,  devenue  comtesse  Gravina,  qui  a 
trois  ans  de  moins  (elle  est  née  en  i863),  62,5oo 
francs  ;  à  chacune  des  deux  cadettes,  Isolde  et 
Eva,  qui  sont  célibataires,  5o,ooo  francs. 

La  mère  de  Bulow  devait  recevoir,  au  cas  où 
elle  lui  survivrait,  i8,75o  francs  et  le  testataire 
n'a  pas  oublié  non  plus  sa  sœur.  M™"  Isidora 
Bojanowski,  ni  les  fonds  des  pensions  des 
orchestres  de  Berlin,  Brème,  Hambourg,  qu'il 
a  si  souvent  dirigés  ;  il  fait  également  un  don  au 
fonds  qui  porte  le  nom  de  Liszt. 

Quant  à  sa  seconde  femme,  née  Schanzer, 
qu'il  épousa  en  1882,  treize  ans  après  son 
divorce,  elle  est  instituée  légataire  de  tout  le 
reste  de  sa  fortune,  y  compris  les  nombreux 
bustes,  plats,  bijoux,  médailles  qui  furent 
présentés  à  l'illustre  chef  d'orchestre. 

M.  Gevaert,  directeur  du  Conservatoire, 
avait  manifesté  le  désir  d'entendre  chez  lui 
M.  Auer,  violoniste  de  la  cour  de  Russie,  lors 
de  son  passage  à  Bruxelles.  Selon  toutes  pro- 
babilités, M.  Auer  viendra,  l'année  prochaine, 
jouer  au  Conservatoire  le  concerto  de  Tschaï- 
kowsky,  au  concert  que  M.  Gevaert  consacrera 
aux  décédés  de  l'Ecole  russe. 

Au  Théâtre- Marie,  à  Saint-Pétersbourg,  il  y 
a  eu,  l'autre  semaine,  une  représentation  con- 
sacrée tout  entière  aux  œuvres  dramatiques  du 
regretté  maître  P.  Tschaïkowsky. 

Spectacle  coupé,  qui  a  commencé  par  le  pre- 


330 


LE  GUIDE  MUSICAL 


mier  acte  de  la  Pucelle  d'Orléans,  dans  lequel 
la  grande  scène  chorale  a  marché  dans  la  per- 
fection. Mm«  Medea  Fiegner  y  a  dit  aussi  avec 
beaucoup  de  style  le  célèbre  monologue  de 
Jeanne  d'Arc. 

M'i'^  Baoulina,  ensuite,  a  fait  bisser  le  ravis- 
sant arioso  de  YOpritcIink,  auquel  a  succédé  le 
deuxième  tableau  de  la  Dame  de  pique,  dont 
la  romance  à  deux  voix,  chantée  par  M"^'^  Fieg- 
ner et  M'i«  Dolina,  a  été  redemandée  également. 

La  great  attraction  de  la  soirée  a  été  le  deu- 
xième acte  du  Lac  des  cygnes,  un  ballet  de  la  jeu- 
nesse de  Tschaïkowsky.  Le  décor,  un  lac  peuplé 
de  cygnes,  est  très  romantique  ;  la  musique  est 
charmante  (une  valse  et  un  adagio,  supérieure- 
ment joué  par  M.  Auer)  et  M"«  Legnani,  la 
ballerine,  étourdissante  comme  toujours. 

Le  spectacle  a  été  clos  par  la  Cantate  du 
couronnement,  chantée  par  M™'^  Slavina  et 
M.  Yakovlew,  habillés,  tout  comme  les  cho- 
ristes, dans  des  costumes  de  boyards.  Le  décor 
représentait  une  salle  du  Kremlin. 


Il  y  a  eu,  mardi  dernier,  une  répétition  par- 
tielle de  ce  spectacle,  plus  l'ouverture  et  le  duo 
posthume  de  Roméo  et  Juliette,  duo  qui  est 
basé  sur  les  deux  principaux  thèmes  de  l'ouver- 
ture, bien  connue  du  maître  russe. 

On  vient  de  jouer  au  théâtre  de  Riga  pour  la 
première  fois.  Moïse,  l'opéra  religieux  de  Rubins- 
tein. 

L'œuvre  a  produit  une  grande  impression  ;  les 
mélodies  orientales  dont  elle  abonde  ont  été  par- 
ticulièrement goûtées.  L'orchestration  surpasse 
tout  ce  que  Rubinstein  a  produit  jusqu'à  présent. 
Le  livret  avait  été  confié  au  compositeur  il  y  a  près 
de  vingt  ans  par  le  poète  viennois  Mosenthal 
mort,  aujourd'hui  ;  ses  tableaux  résument  la  vie  et 
les  faits  de  Moïse  d'une  façon  heureuse. 

La  mise  en  scène  est  soignée  ;  le  nombre  des 
exécutants  dépassait  quatre  cents. 

NECROLOGIE 

Sont  décédés  : 

A  Baden-Baden,  Jacques  Rosenhaim,   pianiste 


Paris,  A.  DURAND    et   fils,   éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


RICHARD    WAGNER 


LOHENGRIN 

Opéra   en  3   actes  et   4   tableaux 

Traduction  française  de  Ch.  Nuitter 

Partition  chant  et  piano,  prix  net  :  20  francs 

LE  VAISSEAU-FANTOME 

Opéra  en  3  actes 

Traduction  française  de  Ch.  Nuytter 

Partition  chant  et  piano,  prix  net  :  20  francs 


TANNHiEUSEIl 

Opéra  en  3  actes  et  4  tableaux 
Traduction  française  de  Ch.  Nuytter 
Partition  chant  et  piano  conforme  aux  exécu- 
tions modèles  de  Bayreuth,  prix  net  :  20  fr. 

RIENZI 

Opéra  en  3  actes 

Trad.  franc,  de  Ch.  Nuytter  et  J.  Guillaume 

Partition  chant  et  piano,  prix  net  :  20  fr- 


Morceaux    de    chant    séparés.    —   Arrangements    pour    piano    seul, 

piano  à  quatre  mains,  deux  pianos  à  quatre  mains  et  huit  mains.  —Transcriptions  pour 

piano    et   instruments    divers 

Fragments    pour   orchestre    seul    et   orchestre    et  chant.    —    Musique    militaire 


TROIS  MÉLODIES 

•L'Attente  (V.  Hugo),  1-2.     .     .     .     fr.  4 

Mignonne  (Ronsard) 4 

Dors  mon  enfant,  1-2     ...     .  4 


QUATRE  POÈMES  D'OPÉRAS 

Précédés    de   la  lettre    sur  la   musique 

Illustration  de  G.  Rochegrosse  et  F.  Marcotte 
PRIX  :    4  FRANCS 


LE  GUIDE  MUSICAL 


331 


compositeur   d'une  renommée  très    grande  en 
llemagne. 

Rosenhaim  avait  habité  longtemps  Paris.  Il  eut, 
a  iS5i,  un  ouvrage  en  deux  actes,  le  Démon  de  la 
'iiit,  représenté  à  l'Opéra.  Le  sujet  était  tiré  d'un 
harmant  vaudeville  de  Bayard  et  Etienne  Arago, 
réé  par  M"*^  Fargueil  en  iS36,  avec  un  éclatant 
uccès. 
L'Opéra  de  Rosenhaim  eut  moins  de  retentis- 
ement,  mais  il  n'était  pas  une  œuvre  sans  valeur. 
1  fut  interprété  par  Roger,  Brémond,  Marié, 
/!'""  Laborde  et  Nau. 

;  Rosenhaim  était  surtout  un  compositeur  instru- 
inental.  Il  fut  un  de  ceux  qui,  à  Paris,  donnèrent 
es  premiers  des  séances  de  musique  de  chambre 
lans  lesquelles  il  faisait  entendre  les  œuvres 
les  grands  maîtres  avec  Alard,  Ernst,  Joachim  et 
\laurin,  qui  vient  de  mourir. 

Jacques  Rosenhaim  était  âgé  de  quatre-vingt-un 
ms. 

—  A  Dublin,  sir  Robert  Stewart,  compositeur 
anglais. 

Il  était  très  célèbre  en  Angleterre  comme  com- 
positeur de  symphonies  et  surtout  d'oratorios  pro- 
fanes, dont  quelques-uns  sont  remarquables  :  le 
Soir  de  la  Saint-Jean,  Veillée  d'hiver,  etc. 


Son  œuvre  consiste  en  plusieurs  ouvrages,  d'une 
très  grande  érudition,  sur  la  musique  irlandaise, 
les  formes  de  la  danse,  une  biographie  très  com- 
plète d'Hsendel  ;  il  a  écrit  également  des  articles 
dans  le  dictionnaire  de  sir  George  Grove.  On  lui 
doit  surtout  une  précieuse  collection  d'hymnes 
religieuses. 

Sir  Robert  Stevi^art  était  professeur  à  l'univer- 
sité de  Dublin  depuis  plus  de  trente  ans.  A  la 
suite  d'un  grand  surmenage,  occasionné  par  les 
services  de  la  semaine  sainte  à  la  cathédrale  de 
Sainte-Patrice,  il  succomba,  à  une  attaque  d'apo- 
plexie. 

PIANOS  ET  HARPES 


ARD 


BRUXELLES  :  4.  rue  Latérale 
PARIS  :  13,  rue  du  Mail 


BUEÏTKOPF  S,  H^ETEL,  BEUXELLES 

Editeurs-propriétaires   pour  tous   pays  de 


de    RICHARD     WAGNER 


l'Iiaiit  et  piano 

Partition,   version   franc,   de  V,  Wilder  (édition 

populaire  n"  5i5) 20    - 

Idem,  traduct.  anglaise  par  H.  et  F.  Corder  (édi- 
tion populaire  n"  4871   net  12  5o 

Morceaux  lyriques  ; 

N°  I.  Raillerie  de  Kurwenal —  65 

»  2,  Conte  d'Iseult  à  Brangœne    .      .      .      .      2  85 

»  3.  Duo  d'amour i   25 

»  4.  Demande  de  Tristan  à  Iseult      .      .      .    —  gS 
»  5    Réponse  d'Iseult  à  Tristan    .      .      .      .   —  65 

»  6.  Apothéose  d'Iseult i  60 

Les  mêmes  complets  (édition  popul.  n"  494)     net     5  — 
J'iaiio  Si  <leux  luaîus 

Partition  sans  paroles  (édition  popul.  n"  481)  net  10  — ■ 

Prélude  (ouverture) i   25 

Potpourri 2  5o 

Eitner,  R.  Fantaisie  sur  des  motifs  de  Tristan 

et  Iseult 2  — 

Heintz,  A.  Morceaux  tirés  de  Tristan  et  Iseult 

Cah.  I.  3  fr.  45  —  Cah.  2.  3  fr.  45  —  Cah.  3.  2  fr.  85 
—  Morceaux  tirés  de  Lohengrin  et  de  Tristan  et 

Iseult.  Complets  (édition  populaire  n"  421)  net     6 
Lassen,  Edouard,  Morceaux  lyriques  avec  te.xte 

N"  I.  Raillerie  de  Kurweual — 

n  2    Conte  d'Iseult  à  Brangïene    ....      2 

»  3.  Duo  d'amour —   gS 

»  4.  Demande  de  Tristan  à  Iseult     .      .      .   —  g5 
>i  5.  Réponse  d'Iseult  à  Tristan   .  .      .    —   g5 

))  6.  Apothéose  d'seult i  60 

Les  mêmes  complets  (édit,  populaire  n°  420)    net     3  75 


i5 


65 


Liszt,  F.  La  mort  d'Iseult  (scène  finale)    .      .      .     2  20 
Rubinstein,  Jos    Musikalicher  Bilder  ; 

N»  I.  Scène  d'amonr.      .      .  ....     4  45 

»  2.  La  mort  de  Tristan 3  75 

a'iaiio  â  quatre  inaiiiN 

Partition 37  5o 

Prélude  (ouverture) 2  25 

Potpourri 3  i5 

Cramer,  H.  Fantaisie  sur  des  motifs  de  Tristan 
et  Iseult  :  Cahier  i.  Acte  premier  ... 

«        2.  Acte  deuxième  .... 
')       3   Acte  troisième    .... 
Lassen,    Edouard.  Morceaux  lyriques  avec 
texte.  Arrangement  de  Hans  Sitt. 
N»  1 .  Raillerie  de  Kurwenal 
»  2.  Conte  d'Iseult  ê  Brangasne 

«  3.  Duo  d'amour i   60 

»  4.  Demande  de  Tristan  à  Iseult     ...      i  25 
»  5.  Réponse  d'Iseult  à  Tristan    ....      i  25 

"  6.  Apothéose  d'Iseult 2  — 

Les  mêmes  complets  (édit.  populrire  n»  420)     net     5  60 
Liszt,  F.  La  mort  d'Iseult  'scène  finale).  Arran- 
gement de  A.  Heintz 2  20 

l>eux  pianos  -A.  quatre  mains 
Prélude  (ouverture).  Arrangem.de  A.  Pringsheim 

Idem.  Second  piano  

La  mort  d'Iseult  (scène  fin.)  Arr.  de  A.  Pringsheim 
Prélude  et  mort  d'Iseult.  Arr.  de  A.  Pringsheim. 

Deux  pianos  à  Biuit  mains 
Prélude  (ouverture).  Arrangem,  de  A    Heintz 
La  mort  d'Iseult  (scène  fm.).  Arr.  de  A.  Heintz   . 


4  70 

5  — 
3  75 


—  95 
3  r5 


4  40 
2  20 

5  65 

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Vient  de  paraître  :  Guide  thématique  de  Tvi&tm  et  Iseult,  par  Maurice  KUf  FERATH. 

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332 


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de  l'auteur  de  Carmen  par  E.  Burney 

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Paris 

Opéra.  -  Du  26  au  3i  mars  :  Thaïs.  Thaïs  Sigurd 
Thaïs. 

Opéra-Comique.  —  Du  26  au  3i  mars  :  Mignon,  le 
Maître  de  chapelle.  Mireille,  Lalla  Roukh.  Phryné, 
Fidès,  Cavalleria  rusticana,  la  Nuit  de  Saint-Jean.' 
Lakmé,  Madame  Rose.  Carmen.  Lakmé,  l'Amour 
médecin. 

LES  CONCERTS  DU  DIMANCHE 

Concert  Lamoureux  (Champs-Elysées).  —  Prélude  de 
Tristan  et  Iseult;  l'Ange,  Rêves  (Wagner),  M""  Ré- 
gion;  prélude  et  fragment  du  premier  tableau  de  l'Or 


du  Rhin  (Wagner)  :  Voglinde,  M™»  Jane  Marcy  V. 
gunde,  Mi'=  Vauthier;  Flosshilde,  M">»  Héglon;'All: 
rie,  M.  Fournets  ;  les  Murmures  de  la  forêt,  Siegfri. 
(Wagner);  le  Crépuscule  des  dieux  (Wagner)  :  duo  c 
prologue;  la  mort  de  Siegfried;  marche  funèbre;  scé: 
finale  :  Brunehilde,  M"'*  Jane  Marcy,  _  Siegfrie 
M.  Gibert;  introduction  du  troisième  acte  de  lohe 
grin  (Wagner). 

Berlin 

Opéra-Impérial.   -   Du  26  mars  au  i"  avril  :  Les  M 
dici.    Falstaff.   Freyschùtz.   Mara,  Pagliaoci  et  Puj 
penfee.  Lohengrin.  Les  Medici.  Faust.  Falstaff. 
Bruxelles 
Théâtre  royal  de  la  Monnaie.    —  Du   26  mars  a 
i"  avril  ;  Orphée  et  Cavalleria.   Manon.   Tristan  ( 
\       Iseult.    Le    Prophète.    Tristan    et    Iseult.    Relâche 
I       L'Attaque   du  moulin. 
:  Théâtre  des  Galeries   —   La  Mascotte. 
!  Alcazar  royal.  —  Les  Martinetti. 
I  Concerts  populaires   (théâtre  de  la  Monnaie).  —   D; 
i       manche  8  avril,   à  i   h.  ^.   —   Première  partie  :  RÉ 
demption    (déclamation,    soli,    chœur   et   orchestre' 
j       poème-symphonie  en   deux   parties  de   M.  Edouari 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passade  des  Panoramas  (grande  galerie; 

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N"  1  Gigue  ;n"  2  Menuet;  n"  3  Preghiera; 
n.i  4  Thème  et  Variations. 

Partition lo     » 

Parties  séparées lo     » 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     i   5o 
Op.  62.  Pezzo    Cappriccioso,   pour  violon- 
celle  et  orchestre  ; 

Partition 3     » 

Parties  séparées 6     n 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i   5o 
Op.  64.  Cinquième  symphonie,  en  mi  mineur  • 

Partition 35     » 

Parties  séparées 40     « 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3     » 
Op.  66.  La  Belle  au  Bois  dormant,  valse 
extraite  du  ballet  ; 

Partition 5     „ 

Parties  séparées 10     .> 

Parties  supplémentaires i   5o 

La  même  pour  orchestre  de  bal,  par 
F.  Desgranges  : 

Conducteur  i     » 

Parties  séparées 2     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     » 
—       Pot-pourri  arrangé  par  Kleinecke  ; 

Violon  conducteur 2 

Parties  séparées 10 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 
Op.  67.  Ham.let.  Ouverture-fantaisie  (A.   Ed- 


25 


25 


ward  Grieg)  ; 

Partition i5     » 

Parties  séparées 25     » 

Parties  supplémentairescordes     chaque     2  5o 
—       Ouverture  extraite  : 

Violon  conducteur 2     » 

Parties  séparées g    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5o 
Op.  68.  La  Dame  de  pique,  pot-pourri  pour 
petit  orchestre,  par  A.  Kleinecke  : 

Violon  conducteur 2     « 

Parties  séparées 10     •■ 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  25 
Op.  69.  Yolande,  introduction  extraite; 

Partition 2     » 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  supplémentaires  cordes  (copiées) 
Op.  71.  Le  Casse-Noisette,  ouverture  e.xtraite  : 

Partition  d'orchestre 4     » 

Parties  séparées 6     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5o 
—      Suite  d'orctiestre  tirée  du   ballet  le 
Casse-Noisette  : 

Partition 20     » 

Parties  séparées  3o    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    2  5o 
Op.  74.  Sixième  symphonie  : 

Partition 

Parties  séparées 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque 


LE  GUIDE  MUSICAL 


333 


Blau  (César  Franck)  :  l'archange,  M""  Lafarge;  le 
récitant,  M.  Albert  Lambert.  —  Deuxième  partie: 
Fragments  du  "  acte  des  Maîtres-Chanteurs  de  Nu- 
remberg (Richard  Wagner). 

;oNSERVATOiRE  ROYAL.  —  Dimanche  i»"'  avril,  à  2  h., 
i"  séance  de  musique  de  chambre  pour  instruments  à 
vent  et  piano.  —  Trio  pour  piano,  violon  et  violon- 
celle (Gaston  Sarreau),  MM.  De  Greef,  Lerminiaux  et 
Godenne:  grand  air  de  la  Reine  de  la  nuit  de  la  Flûte 
enchantée  (Mozart),  M"«  de  Noce;  pièces  pour  haut- 
bois et  piano   IR.    Schumann),    MM.    Guidé   et   De 

■  Greef;  Prière  de  la  Vestale  (Spontinii,  le  Noyer,  mé- 
lodie (R.  Schumann),  M""  Noce;  sextuor  (op.  6)  pour 
piano,  flûte,  hautbois,  clarinette,  cor  et  basson  (Lud- 


wig  Thuille),  MM,  De  Greef,  Anthoni,  Guidé.  Ponce- 
let,  Merck  et  Neumans. 

Salle  Erard,  4  rue  Latérale.  —  Samedi  7  avril,  à  8  h. 
du  soir,  soirée  musicale  (piano  récital)  donnée  par 
M™«  Dory  Burmeister-Petersen.  —  Toccata  et  Fugue 
ré  mineur  (Bach-Tausig);  Ballade,  Valse,  Nocturne, 
Etude  (Chopin);  Romance, Valse-caprice  (Rubinstein); 
Carnaval  (Schumann;;  Rapsodie  n"  12  (Liszt);  Valse 
lense  (Raff);  Fleurs  fanées  (Schubert);  Rapsodie  n°6 
(Liszt). 

Salle  Maeugg.  —  Jeudi  12  avril,  à  8  h.  J^  du  soir, 
soirée  musicale  organisée  par  M"«  Guiot-  Bosf  chaerts, 
cantatrice.  —  Carnaval  de  Vienne  (Schumann,  M.  J. 
Janssens);  Femme,  stances  pour  chant  et  violoncelle 


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5.  Canzona 

6.  Sortie  solennelle 

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Nos  7.  Prière 

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334 


LE  GUIDE  MUSICAL 


(Albert  Baets),  M™"  Guiot-Bosschaerls  et  M.  L.  Miry; 
Recueillement  (Popper),  Berceuse,  M.  L.  Miry;  Séré- 
nape  du  Roi  d'Ys  (Lalo),  M.  L.  Devaux;  Humoresque 
(Tschaïkowsky),  Danse  style  ancien  {Van  Damme), 
Ronde  d'avril  (Van  Damme),  M.  J.  Janssens);  air  de 
Samson  et  Dalila  (Saint-Saëns),  M"»"  Guiot  —  Nuit 
tombante  (Van  Damme),  M.  L.  Devaux  ;  air  (Bach), 
M.  L.  Miry;  Etoile  cachée  (L.  Van  Damme),  Bonjour 
Suzon,  air  (A  De  Greef  ),  M™'  Guiot  ;  Etude  en  forme 
de  valse  (Saint-Saëns),  M.  J.  Janssens;  Chanson 
d'amour,  mélodie  pour  chant  et  vioncelle  (HoUmann), 
MM    Devaux  et  L.  Miry. 


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LE  GUIDE  MUSICAL 


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MAURICE     KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

Rue  Beaurepaire,  33,  Paris 

N.  Le  Kime,  SECRET  AIRE- administrateur 
Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten — Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

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40''  année 


numéro  iS 


8  Avril   1894 

SOMMAIRE 

Michel  Brenet  :  Le  fils  de  Gossec. 
M.  K.  :  L'Inspiration  musicale. 

€l|rantquc  îlf  la  ôematne  :  Paris  :  les  séances  d'orgue 
de  M.  Guilmant  au  Trocadero.  par  H.  Dubief.  — 
Concerts  divers. 

Bruxelles   :  Reprise  de  Richard  Cœur  de  Lion  au 
théâtre  de  la  Monnaie,  par  J.  Br.  — Divers. 

CorrtBponbancES  :  Anvers,  Dresde,  Londres,  Tour- 
nai, Verviers. 

Nouvelles  diverses.  —Bibliographie. 

Répertoire  des  théâtres. 


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Le  numéro  :  40  centimes. 


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338 


LL  GUIDE  MUSICAL 


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40*  ANNÉE.  —  Numéro  i5. 


8  Avril  1894. 


LE   F1L8    DE   6088EC 

ÉLix  Stappaerts  écrit, 
à  l'article  Gossec  de  la 
Biographie  nationale  belge  : 
«  Sa  femme,  Marie-Elisa- 
beth Georges,  l'avait  pré- 
cédé dans  la  tombe  et  lui 
avait  donné  un  fils,  compo- 
siteur et  poète,  sans  grande 
notoriété,  décédé  aussi  avant  lui  ». 

C'est,  croyons-nous,  tout  ce  que  savent 
les  historiens  au  sujet  de  ce  fils  obscur 
d'un  grand  homme.  Nous  n'avons  rencon- 
tré que  son  œuvre  premier,  le  seul  peut-être 
qu'il  ait  publié.  Il  s'y  montre,  comme 
artiste,  sous  un  aspect  très  médiocre,  et 
comme  homme,  sous  un  jour  assez  bizarre. 
C'est  un  cahier  intitulé  :  Six  folies  musi- 
cales, graves,  pathétiques  et  gaies,  composées 
pour  le  piano-forte  avec  accompagnement  de 
violon  très  ad  libitum,  et  dédiées  à  Madame 
Krumpholtz  par  A  lexandre-François- Joseph 
Gossec,  fils  du  célèbre  compositeur  de  ce  nom 
et  professeur  de  piano-forte.  —  Œuvre  I^'^.  — 
A  Paris,  chez  l'auteur,  rue  d'Argenteuil, 
butte  Saint-Roch,  etc. 

Avec  ce  titre,  il  y  a  une  épigraphe  «  tirée 
du  répertoire  de  mes  folies  »,  une  dédicace 
en  vers,  un  «  hommage  impromptu  » 
écrit  en  sortant  d'un  concert  donné  par 
Mme  Krumpholtz,  le  2  octobre  1788,  un 
dialogue  entre  la  Poésie  et  la  Musique,  et 
un  avertissement.  De  leur  lecture,  il  résulte 
que  l'œuvre  date  de   l'hiver    1788-89;  que 


l'auteur  était  très  jeune,  passablement 
écervelé,  extrêmement  satisfait  de  lui- 
même,  et  qu'il  mettait  son  amour-propre  à 
se  faire  passer  pour  fou;  disait-on  donc 
déjà  en  ce  temps  que  la  folie  touche  au 
génie?  Gossec  fils  prescrivait  aux  musi- 
ciens ses  confrères  d'amuser  le  monde  par 
leurs  «  folles  émanations  »,  et  de  «  l'eni- 
vrer »  de  tout  leur  pouvoir.  Il  leur  donnait 
pour  modèle  l'artiste  à  laquelle  était  dédié 
son  recueil,  la  belle  harpiste  Krumpholtz, 
qui  tournait  alors  toutes  les  têtes  à  Paris. 
Elle  les  tourna  si  bien  qu'elle-même  perdit 
l'équilibre  :  en  1788,  disent  les  uns,  deux 
ans  plus  tard,  disent  les  autres,  elle  se 
laissa  enlever  et  emmener  à  Londres,  où 
ses  succès  musicaux  continuèrent,  tandis 
que  son  mari,  qui  avait  été  son  maître  de 
harpe  et  l'avait  épousée  par  amour,  noyait 
ses  chagrins  dans  la  Seine,  du  haut  d'un 
pont. 

Gossec  fils  était  à  tout  le  moins  un 
chaud  admirateur  de  la  célèbre  musi- 
cienne; il  chantait  ses  louanges  en  prose 
et  en  vers,  l'appelant  Junon,  Pallas,  Da- 
phné.lui  parlant  de  ses  doigts  enchanteurs, 
de  son  pouvoir  magique,  de  ses  grâces 
touchantes,  du  séjour  des  dieux,  et  de  cent 
autres  choses  non  moins  neuves  et  poé- 
tiques : 

Ah  !  trop  tendre  Daphné,  pardonne  mon  délire  ! 
Mais  si  j'étois  Paris,  tu  verrois  ton  empire. 

D'ailleurs,  le  jeune  Gossec  avait  en  tout 
l'àme  très  impressionnable,  et  il  employait 
pour  parler  de  son  maître  Edelmann  un 
langage  aussi  pathétique,  bien  que  non 
versifié  : 

La  reconnaissance  m'impose  le  légitime  devoir 
de  divulguer  au  public  les  illustres  modèles  qui 
ont  guidé  mes  pas  chancelants  dans  la  carrière 
épineuse  que  j'entreprends  de  parcourir.  C'est  à 
l'immortel  Edelmann  que  j'ai  l'obligation  de  l'art 
enchanteur  du  clavier.   Pour  l'âme  de  la  musique, 


340 


LE  GUIDE  MUSICAL 


qui  était  plus  digne  de  me  l'inspirer  que  les  cé- 
lestes, que  les  inimitables  Lays  et  Saint-Huberty? 
Ah!  que  leurs  accents  mélodieux  ont  d'ascendant 
sur  une  âme  sensible!  La  mienne  ouverte,  comme 
malgré  moi,  à  leurs  tendres  impressions,  ils  l'ont 
subjuguée  tout  entière.  Je  vous  demande  pardon, 
lecteurs,  de  ma  prolixité.  Mais  je  crois  leur  devoir 
cet  hommage!  Oui,  voilà  les  trois  célèbres  vir- 
tuoses qui  ont  empreint  vivement  dans  mon  cœur 
et  les  douleurs  de  l'art  sublime  que  j'ose  indigne- 
ment professer,  et  le  charme  consolateur  de  la 
sainte  reconnaissance. 

Mais,  dira-t-on,  et  son  père?  Le  jeune 
Gossec  avait  bien  su  mettre  au  titre  de  son 
recueil  la  mention  utile  «  fils  du  célèbre 
compositeur  de  ce  nom  »  ;  il  s'en  était  tenu 
là,  ne  soufflant  mot  nulle  part  des  leçons 
ni  des  exemples  paternels,  n'en  rappelant 
pas  même  l'existence  dans  cette  fin  de  son 
dialogue  entre  deux  muses  : 

La  Poésie.  —  Adieu.  Nous  nous  reverrons  sur  le 
tombeau  des  immortels  Gluck  et Sacchini,  n'est-ce 
pas?  C'est  là  qu'il  nous  faut  verser  ensemble  des 
larmes  à  jamais  intarissables. 

La  Musique.  —  Hélas  !  Depuis  que  la  Parque  fatale 
m'a  impitoyablement  enlevé  mes  plus  chers  favo- 
ris, je  ne  quitte  plus  qu'à  regret  leurs  vénérables 
cercueils.  Pour  m'arracher  entièrement  du  seul 
séjour  qui  me  convienne  désormais,  il  faut  un 
génie  de  nouvelle  trempe.  Où  le  trouver?  Car 
enfin  nous  n'avons  plus  aujourd'hui  que  quelques 
anciens  amis,  qui  ne  sont  pas  toujours  traités  en 
amis  par  le  public.  Ainsi,  encore  une  fois,  où  le 
trouver? 

La  Poésie.  —  Où?  Dans  quelque  coin  obscur.  Il 
n'attend  peut-être  qu'un  rayon  d'espérance  pour 
solliciter  nos  faveurs. 

LaMusiqtie.  —Tant  mieux.  Je  le  souhaite.  Quand 
il  se  montrera,  je  le  reconnaîtrai  aux  libations 
qu'il  viendra  verser  sur  le  tombeau  de  nos  deux 
héros... 

Lorsque,  après  tant  de  préambules  litté- 
raires, Gossec  fils  se  décide  enfin  à  s'ex- 
primer en  musique,  il  se  montre  à  peu  près 
pareil  à  ce  qu'il  était  en  prose.  Ses  préten- 
dues Folies  sont  des  suites  ou  des  sonates 
libres,  composées  chacune  de  trois  ou 
quatre  mouvements,  qui  ont  chacun  l'in- 
tention ou  la  prétention  de  peindre  un  «  ca- 
ractère )) .  La  cinquième  Suite,  par  exemple, 
est  ainsi  disposée  :  L  Allegro;  «  caractère 
noble  et  léger,  c'est-à-dire  national  ».  — 
IL    Doloroso  ;    «    caractère    lugubre    et 


tendre  ».  —  IIL  Gigue;  «  caractère  gai, 
propre  à  la  danse  ».  Le  second  morceau 
de  la  sixième  et  dernière  Suite  est  un  «  Air 
varié  du  Barbier  de  Séville,  composé  par 
M.  Dezède.  Caractère  voluptueux,  doux  et 
parfois  orageux  ». 

Hélas  !  les  belles  étiquettes  ne  font  point 
les  bons  breuvages,  et,  malgré  des  titres  si 
alléchants,  les  petites  compositions  philo- 
sophico-descriptives  de  Gossec  fils  étaient 
au  bout  du  compte  de  pauvre  musique.  On 
se  demande  ce  que  pouvait  bien  penser  le 
vrai  Gossec  de  l'oison  qui  se  parait  de  son 
nom;  et  l'on  se  dit  que  le  proverbe  a  sou- 
vent menti,  qui  affirme  «  tel  père,  tel  fils  ». 
Michel  Brenet. 


£'insptration  en  musique 

Un  emprunt  à  M.  Oscar  Comettant,  — 
une  fois  n'est  pas  coutume,  —  qui  rappelle 
dans  le  Siècle  quelques  souvenirs  personnels 
de  Gounod.  M.  Oscar  Comettant  a  beaucoup 
connu  l'auteur  de  Fatist.  Un  jour  M.  Co- 
mettant, lui  parlant  de  ses  compositions  de 
jeunesse,  avait  parlé  à  ce  propos  «  de  l'inspi- 
ration divine  dont  Gounod  n'avait  été  peut- 
être  que  le  médiumin  conscient.  »  Gounod, 
qui  n'aimait  pas  les  platitudes  ni  les  bana- 
lités, arrêta  son  interlocuteur,  sur  ce  mot 
d'inconscient. 

—  Inconscient,  non,  répondit-il  avec  une 
singulière  force  d'expression  ;  on  comprend 
assez  mal  généralement  ce  qu'il  faut  enten- 
dre par  cette  expression  n  l'inspiration  en 
musique.  » 

On  croit  généralement  que  l'inspiration 
est  un  phénomène  inconscient,  désordonné, 
sans  autre  règle  que  le  caprice,  sans  autre 
raison  qu'une  secousse  du  tempérament  : 
c'est  une  très  grossière  méprise.  L'inspira- 
tion est  l'apogée  de  l'état  normal,  c'est  le 
sommet  de  la  raison.  Le  charme  de  l'inspi- 
ration n'est  pas  autre  chose  que  la  satis- 
faction qui  résulte  de  l'équilibre  parlait  et 
qui  est  en  quelque  sorte  la  béatitude  de 
l'intelligence.  C'est  ce  qui  expHque  pour- 
quoi la  perfection  du  beau  est  aussi  calme, 
aussi  paisible,  je  dirais  volontiers   aussi 


LE  GUIDE  MUSICAL 


341 


humble,  que  la  perfection  morale  :  elle 
diffère  autant  des  entraînements  déréglés 
de  l'agitation  et  de  la  fièvre  que  la  santé 
diffère  de  la  maladie,  que  l'amour  diffère 
de  la  passion.  Les  maîtres  de  la  vie  esthéti- 
que peuvent  donc  être  comparés  aux  maî- 
tres de  la  vie  spirituelle  et  les  gardiens 
d'une    doctrine    et    le    degré    de    confor- 


mité à  cette  doctrine  marque  le  niveau  de 
la  vie  esthétique.  Le  génie  est  la  plus  haute 
expression  de  la  raison  esthétique  comme 
la  sainteté  est  la  plus  haute  expression  de 
la  morale. 

Voilà  qui  est  très  beau,  et  ces  mots  sont 
à  retenir.  M.  K. 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

;0ILA  la  seizième  année  d'existence  de  ces 
grands  concerts  d'orgue  du  Trocadéro 
fondés  par  M.  Guilmant,  l'éminent  orga- 
niste de  l'église  de  la  Trinité  et  de  la  Société  des 
Concerts.  Chaque  année  voit  s'affirmer  davan- 
tage le  succès  de  cette  œuvre  intéressante  et,  à 
la  première  séance  de  1894,  son  fondateur  a  dû 
éprouver  un  sentiment  de  bien  légitime  satis- 
faction en  voyant  l'immense  vaisseau  totale- 
ment rempli  par  une  foule  chaleureuse  et  sym- 
pathique. 

Aussi  bien  le  succès  des  concerts  de  M.  Guil- 
mant est-il  mérité  :  les  programmes  sont  tou- 
jours composés  avec  beaucoup  d'art,  sans  que 
jamais  aucun  sacrifice  soit  fait  au  mauvais 
goût  du  public.  On  n'y  exécute  que  de  la  mu- 
sique très  sérieuse  et  cette  considération  ajoute 
encore  à  l'importance  du  succès.  Depuis  la 
fondation  des  grands  concerts  d'orgue,  nous 
avons  vu  défiler  la  plupart  des  grandes  œuvres 
de  Bach,  de  Hœndel,  etc.  Cette  année  encore, 
M.  Guilmant  nous  promet  un  régal  artistique 
par  l'exécutions  de  cantates  de  ces  maîtres,  avec 
les  chanteurs  de  Saint-Gervais. 

Le  programme  du  premier  concert  de  cette 
année,  qui  a  eu  lieu  le  29  mars,  était  des  plus 
variés,  car  il  réunissait  les  noms  de  J.  Brahms, 
de  Haendel,  de  Bach,  de  Mozart,  de  Gluck  et 
même  de  Wagner. 

J'espère  que  M.  Guilmant  voudra  bien  nous 
faire  réentendre  le  morceau  de  Brahms  en  le 
mettant  cette  fois  dans  le  corps  du  programme  : 
l'audition  en  a  été  troublée  par  l'entrée  du 
public,  qui  n'était  pas  terminée  ;  et  c'est  grand 
dommage,   car  c'est  une  œuvre  admirable  et 


grandiose  dans  sa  simplicité.  C'est  un  Prélude 
choral,  avec  fugue  sur  le  thème  du  choral  : 
0  tristesse,  ô  douleur.  Le  morceau  débute  par 
un  prélude  en  forme  de  largo,  dans  un  mouve- 
ment très  lent,  empreint  d'un  grand  sentiment 
poétique,  avec  un  fond  de  tristesse  mélanco- 
lique. Le  choral  se  développe  ensuite  en  s'élar- 
gissant  de  plus  en  plus;  puis  vient  la  fuge  dans 
un  rythme  traînant  qui  donne  une  impression 
de  poignante  douleur.  C'est  là  une  œuvre  inté- 
ressante au  premier  chef  et  qui  ne  changera 
guère  mon  impression  sur  la  musique  de 
Brahms,  à  savoir  que  ce  grand  musicien  est  un 
des  plus  dignes  successeurs  de  Beethoven;  on 
y  retrouve  une  des  principales  qualités  du 
maître  de  Bonn,  la  grandeur  dans  la  simplicité, 
avec  une  note  bien  personnelle  cependant,  et 
très  moderne. 

M.  Guilmant  et  l'orchestre  ont  exécuté  :  le 
Treizième  concerto  è.i  fa  (le  Couco  de  Hasn- 
del,  ainsi  nommé  parce  qu'au  second  morceau 
l'auteur  a  fait  revenir  comme  à  plaisir  le  chant 
du  coucou  entouré  d'une  délicieuse  dentelle 
symphonique.  U Adagio  Rondo  de  Mozart  et 
ont  paru  un  peu  longs  et  pâles  à  côté  des 
fugues  de  Bach  ;  enfin  la  Marche  triomphale 
de  M.  Guilmant  a  obtenu  le  succès  qu'elle  mé- 
rite. M.  Guilmant  seul  a  joué  le  Prélude  et 
la  Fugue  en  ré  de  J.-S.  Bach,  une  merveille, 
dont  l'impeccable  exécution  a  bien  fait  ressortir 
toutes  les  beautés. 

M.  Casella  a  enlevé  tous  les  suffrages  en 
jouant  avec  une  extraordinaire  virtuosité  la 
Sonate  en  la  n°  6  pour  violoncelle  de  Bocche- 
rini  :  M™^  Auguez  de  Montalant  a  charmé  l'au- 
ditoire en  chantant  trois  airs  bien  différents  les 


342 


LE  GUIDE   MUSICAL 


uns  des  autres  avec  un  égal  talent  :  Tristes 
apprêts  de  Castor  et  Pollux,  de  Rameau,  un 
air  d'Armide  de  Gluck  et  une  mélodie  de 
Wagner,  Re'ves  :  on  lui  a  fait  fête  et  c'était 
justice.  Citons  enfin  l'orchestre  de  M.  Gabriel 
Marié  et  l'accompagnateur,  M.  H.  Deshayes, 
qui  apportaient  leur  concours  précieux  à  cette 
belleséance.  H.  Dubief. 


Au  septième  concert  Lefort,  grand  succès 
pour  la  charmante  M™e  Auguez  de  Montalant, 
dans  diverses  mélodies  de  Gounod,  Saint- 
Saëns,  Godard,  et  pour  M.  Casella,  dans  la 
sonate  (n"  6)  pour  violoncelle  de  Boccherini. 

Ml'<5  Murer  a  exécuté  avec  une  vive  intelli- 
gence des  pièces  pour  clavier  et  a  prêté  son 
concours  à  MM.  Lefort,  Gianini  et  Casella 
dans  le  quatuor  de  Mozart. 

Le  dixième  à  cordes  de  Beethoven  a  été  fort 
bien  dit.  Exécution  soignée. 

—  Le  deux  cent  quarante  et  unième  concert 
de  la  Société  Nationale  a  eu  lieu  le  3i  mars,  à 
la  salle  Erard,  avec  chœurs  et  orchestre.  Les 
Djinns,  pour  piano  et  orchestre,  cette  page  un 
peu  sombre  à  laquelle  le  maître  César  Franck 
a  su  donner  une  couleur  toute  particulière,  que 
réclamait  le  sujet,  ont  été  vivement  appréciés. 
L'idée  du  compositeur  se  développe  magistra- 
lement et  1,1  ne  s'en  écarte  jamais  :  à  noter  sur- 
tout un  motif  d'une  réelle  élévation  dans  la 
partie  médiane.  L'exécution,  par  M™«  H.  Jos- 
sic,  a  été  vraiment  parfaite.  Dans  sa  Légende 
symphoniqne,  que  l'on  entendait  pour  la  pre- 
mière fois,  M.  Paul  Lacombe  a  su  présenter 
avec  l'habileté  de  main  qui  le  caractérise, 
divers  sujets  empruntés  à  la  «  légende».  La 
science  qu'il  possède  est  loin  de  nuire  à  l'inspi- 
ration, qui  est  souvent  charmante  ;  c'est  ainsi 
que  se  dessinent,  après  un  début  chaleureux, 
un  récit  de  hautbois,  puis  un  joli  motif,  confié 
àlafliite;  les  harmonies  sont  toujours  intéres- 
santes; la  conclusion  est  une  sorte  de  choral, 
confié  aux  cuivres  et  qui  est  très  enlevé  en  cou- 
leur. 

M.  Vincent  d'Indy  a  orchestré  avec  cette  ha- 
bileté dont  il  est  coutumier,  sa  jolie  et  gra- 
cieuse valse  Helvetia;  elle  a  réuni  tous  les 
suffrages. 

Tristes  sont  les  Landes,  paysage  breton  pour 
orchestre,  de  M.  (iuy  Ropartz.  C'est  bien  l'im- 
pression que  laissent  certains  paysages  de 
l'Armor,  dont  le  compositeur  est  un  des  en- 
fants. Dans  ses  poésies  comme  dans  sa  mu- 
sique, il  a  chanté  son  pays  natal  ;  et  sa  lyre  a 
plutôt  des  pleurs  que  des  sourires. 


La  suite  pour  orchestre  de  M.  Sylvio  Lazzari 
est  fort  bien  écrite  ;  les  quatre  morceaux  qui  la 
composent  dénotent  chez  leur  auteur  une  admi- 
ration peut-être  trop  visible  pour  Wagner  et 
Schumann  ;  un  peu  plus  de  personnalité,  et  le 
talent  de  M.  Lazzari  ne  pourrait  qu'y  gagner. 

UOndine  et  le  Pécheur,  d'après  la  poésie  de 
Th,  Gautier,  par  M.  de  Bréville,  ne  peut 
qu'être  comparée  à  certaines  pages  picturales 
de  teinte  neutre,  dans  lesquelles  les  contours 
sont  à  peine  dessinés  ;  le  sujet  se  dérobe  tou- 
jours. M'ie  Mary  Ador  était  l'interprète  hdèle  de 
cette  composition  incolore.  Que  dire  de  Lore- 
/ey,  ballade  pour  orchestre  et  chœur  d'hommes, 
de  M.  Jules  Bordier,  sinon  que  le  compositeur 
angevin  a  été  quelquefois  plus  heureux?  Et 
pourquoi,  sur  le  programme,  l'inscription  de 
Jules  Bordier  «d'Angers?»  Est-ce  par  imitation 
du  grand  David? 

Au  Théâtre  d'application,  première  repré- 
sentation de  Pierrot  Rouge,  nouvelle  panto- 
mime de  MM.J.  LauryetG.  Belle,  musique  de 
Gaston  Paulin.  Succès  pour  le  compositeur, 
dont  la  verve  a  été  bien  inspirée,  et  pour  les  in- 
terprètes, Mi's  Depoix,  MM.  Henry  Krauss  et 
Paul  Franck. 

Une  séance  de  musique  de  chambre  des  plus 
intéressantes  se  donnait,  mercredi,  dans  la 
petite  salle  Erard;  des  plus  intéressantes,  parce 
qu'elle  était  organisée  par  de  jeunes  artistes, 
MM.  J.  Malats,  C.  Flesch  et  L.  Hasselmans, 
qui  ont,  personnellement,  des  qualités  fort 
appréciables,  dont  la  réunion  forme  un  excel- 
lent ensemble.  Ils  ont  fait  entendre  le  trio  en 
re  mineur  de  Mendelssohn,  la  Sonate  àeGneg 
pour  piano  et  violoncelle,  et  le  ti'io  en /a  majeur 
de  Godard.  On  ne  pouvait  exiger  de  cesjeunes 
musiciens  une  exécution  sans  défauts  ;  ils  ont, 
d'ailleurs,  devant  eux,  de  longues  années  pour 
se  perfectionner;  et  les  chaleureux  applaudis- 
sements qui  leur  ont  été  adressés,  ils  les  doi- 
vent bien  plus  à  cette  prévision  de  leurs  succès 
futurs  qu'au  résultat  présent.  Les  deux  trios 
ont  été  bien  joués.  L'œuvre  de  Godard  est 
assez  inégale,  mais  la  musique  en  est  toujours 
distinguée  et  très  spirituelle,  notamment  dans 
le  scherzo,  un  petit  chef-d'œuvre  ;  on  est  sur- 
pris de  retrouver,  dans  la  première  partie,  un 
thème  du  Siegfried- Idy II,  presque  intact. 

Il  y  a  eu  quelques  faiblesses  dans  l'exécution 
de  la  Sonate  de  Grieg  par  M.  Hasselmans, 
dues  peut-être  à  l'émotion.  Le  jeune  exécutant 


LE  GUIDE  MUSICAL 


n'en  a  pas  moins  montré  de  sérieuses  qualités, 
un  beau  son,  un  archet  moelleux  et  déjà  beau- 
coup de  puissance  dans  la  main. 

En  résumé,  MM.  Malats,  Flesch  et  Hassel- 
mans  ont  fait  grand  plaisir,  et  le  public  les  a 
encouragés  comme  ils  le  méritaient. 


343 


Séance  d'accompagnement  sous  la  direction 
de  M.  René  Lenormand,  à  l'Institut  Rudy. 
Plusieurs  jeunes  filles,  formées  à  bonne  école, 
jouent  avec  brio  les  airs  de  ballet  tirés  au  Prince 
Igor  de  Borodine  et  la  Rhapsodie  cambod- 
gienne de  Bourgault-Ducoudray  (réduction 
pour  deux  pianos  et  cordes).  M'ii^  Meiggs  inter- 
prète dans  un  assez  bon  sentiment  la  Berceuse 
de  Chopin.  Puis,  une  très  puissante  artiste,  ad- 
mirée de  tous  les  musiciens  qui  ont  pu  l'enten- 
dre dans  les  trop  rares  apparitions  qu'elle  fit 
salle  Pleyel  ou  aux  cours  de  Bourgault- 
Ducoudray,  Mrae  Collier,  voix  unique,  d'un 
timbre  étrange  et  saisissant,  met  en  valeur, 
avec  un  grand  art,  deux  mélodies  remarquables 
de  R.  Lenormand,  C/oc//e5  lointaines  et  Citant 
d'amotir ;  le  tempérament  original  et  passionné 
de  l'interprète  est  égal  au  tempérament  du 
compositeur,  et  l'impression  sur  l'auditoire  est 
très  vive.  Rayval. 

'I' 

Verdi  vient  d'arriver  à  Paris,  pour  procéder 
en  personne  aux  dernières  répétitions  de  son 
Falstajf,  à  l'Opéra-Comique. 

De  nombreuses  cartes  et  télégrammes  étaient 
parvenus  à  son  adresse,  et  un  grand  nombre  de 
visiteurs  étaient  venus  solliciter  l'honneur  d'être 
reçus  par  le  maître.  M.  Ressman,  ambassadeur 
d'Italie,  avait  envoyé  un  attaché  de  l'ambas- 
sade présenter  au  grand  compositeur  ses  sou- 
haits de  bienvenue. 

L'illustre  maître  italien  a  étonné  tout  le 
monde  par  sa  verdeur  extraordinaire  et  son 
admirable  santé.  M.  Verdi  accuse  si  peu  son 
âge  que,  lorsqu'il  est  arrivé  à  l'Opéra-Comique, 
conduit  par  MM.  Ricordi  et  Boïto,  les  per- 
sonnes qui  se  trouvaient  à  la  porte  de  l'admi- 
nistration n'ont  su  qu'après  coup  que  l'auteur 
de  Falstaff  était  dans  le  théâtre. 

Les  journaux  de  Paris  se  demandent  si  l'on 
ne  donnera  pas,  cet  hiver,  YOtello  de  Verdi  à 
l'Opéra.  On  raconte, à  ce  propos,  que  MM.  Ber- 
trand et  Gailhard  avaient  fait  des  démarches 
auprès  du  librettiste,  afin  d'obtenir  des  change- 
ments au  livret.  Or,  il  paraît  que  M.  Boïto 
n'est  pas  du  tout  décidé  à  entreprendre  le  tra- 
vail de  revision  qu'on  lui  impose.  Les  choses 


en  sont  là.  Espérons  que  la  présence  de 
M.  Boïto  à  Paris  permettra  à  ces  Messieurs 
d'aplanir  définitivement  les  dernières  difficultés. 

Un  concours  intéressant  et  d'un  genre  nou- 
veau vient  d'être  ouvert,  à  la  direction  de 
l'enseignement  primaire,  par  M.  F.  Buisson. 

Il  s'agirait  de  créer,  à  l'usage  de  nos  petites 
écoles,  un  recueil  de  chants  populaires  qui 
puissent  être  enseignés  facilement  aux  enfants, 
et  remplacer  à  la  fois,  dans  la  vie  scolaire  de 
chaque  jour,  l'instruction  religieuse,  et  ce  froid 
enseignement  «  civique  »  que  les  petits  ma- 
nuels de  Paul  Bert  avaient  mis  pour  un  temps 
à  la  mode. 

Le  chant  choral  est  très  usité  dans  les  écoles 
primaires  du  Nord,  de  la  Suisse,  des  Etats- 
Unis,  où  on  a  depuis  longtemps  compris  que 
l'enseignement  moral  ne  saurait  mieux  s'insi- 
nuer dans  des  âmes  d'enfants  que  sous  cette 
poétique  forme  de  la  chanson,  qui  sait  parer 
de  couleurs  attrayantes  l'exercice  des  plus 
austères  vertus. 

Ui.e  commission  spéciale,  sous  la  direction 
de  M.  Julien  Tiersot,  sous-bibliothécaire  au 
Conservatoire  de  musique,  a  procédé  à  l'inven- 
taire des  mélodies  populaires  de  nos  provinces  ; 
puis  elle  a  fait  un  choix  des  quarante  meilleures 
de  ces  mélodies,  et  invité  les  poètes  français  à 
y  adapter  des  paroles,  —  à  l'usage  des  enfants. 
M.  Maurice  Bouchor,  le  poète  de  Noô'l  et  de 
Tobie,  a  pris  part  à  ce  concours  (qui  sera  jugé 
dans  quelques  semaines),  et,  après  deux  mois 
du  travail  le  plus  consciencieux,  vient  de 
terminer  son  petit  recueil  dechants  populaires, 
dont   quelques-uns  sont  de  purs  bijoux. 

M.  A.  Durand,  l'éditeur  de  musique,  qui  a 
été  président  du  Syndicat  des  éditeurs,  vient 
de  recevoir  la  décoration  de  la  Légion  d'hon- 
neur, à  l'occasion  de  l'Exposition  de  Chicago. 

On  ne  peut  qu'applaudir  à  une  distinction 
conférée  à  celui  qui  a  tant  fait  pour  l'art  mu- 
sical. 

La  société  l'Euterpe  donnera,  à  la  salle 
Erard,  le  12  avril,  un  intéressant  concert,  dans 
lequel  sera  exécutée  la  poétique  œuvre  de  Ro- 
bert Schumann,  la  Vie  d'une  rose. 


Vient  de  paraître  à  la  librairie  Fischbacher, 
33,  rue  de  Seine,  à  Paris 

PORTRAITS  ET  ÉTUDES  —  LETTRES  INÉDITES 

DE   GEORGES   BI2EÏ 

par  Hugues  Imeert,  avec  un  beau  portrait  à  l'eau  forte 

de  l'auteur  de  Carmen  par  E.  Burney 


344 


LE  GUIDE  MUSICAL 


BRUXELLES 

(ICHARD  Cœur  de  Lion,  remis  en  scène  à 
Bruxelles  en  1880,  à  l'occasion  des  fêtes 
nationales,  n'avait  plus  été  joué  depuis. 
La  reprise  de  cette  semaine  pourrait  difficile- 
ment être  considérée  comme  un  hommage 
rendu  à  la  mémoire  de  Grétry  !  L'œuvre  du 
maître  belge  n'était  plus  reconnaissable  sous 
l'interprétation  lourde  et  languissante  qui  vient 
d'en  être  donnée;  aussi,  tandis  qu'elle  avait  été 
accueillie  avec  une  faveur  marquée  en  1880, 
l'exécution  s'en  est-elle  terminée  cette  fois  sous 
des  chuis  nombreux,  que  n'ont  pu  étouffer 
quelques  applaudissements  de  commande. 

Le  chef-d'œuvre  de  Grétry  avait  pour  princi- 
paux interprètes  MM.Ghasne,  Massart,  Lequien, 
Gilibert  et  Barbary,  M^^s  Horwitz,  de  Noce  et 
Paulin.  Tous,  ou  à  peu  près,  semblaient  avoir 
pris  pour  tâche  de  montrer  au  public  toute  la 
puissance  de  leur  voix.  Nous  ne  ferons  pas  le 
compte  de  la  part  qui  revient  à  chacun  d'eux 
des  critiques  que  mérite  cette  exécution  maté- 
rielle et  grossière  ;  ils  sont,  d'ailleurs,  en  cette 
circonstance,  moins  coupables  que  ceux  qui 
avaient  pour  mission  de  préparer  cette  reprise 
d'un  chef-d'œuvre  national,  et  qui  n'ont  pas  su 
donner  à  l'ensemble  de  l'interprétation  les  quali- 
tés indispensables.  Nous  devons  cependant  une 
mention  spéciale  à  M"'^  Horwfitz  (Laurette),  qui, 
seule,  a  eu  les  traditions  de  l'œuvre  et  a  chanté 
la  musique  de  Grétry  avec  la  légèreté  qu'elle 
réclame. 

Donnée  au  lendemain  des  représentations 
de  Tristan  et  Iseiilt,  cette  reprise  de  Ri- 
chard Cœur  de  Lion  est  venue  souligner 
cette  situation  illogique  qui  existe  au  théâtre 
de  la  Monnaie  et  qui  fait  que  l'on  réclame 
du  public  les  mêmes  sacrifices  pécuniaires, 
qu'il  s'agisse  d'entendre  les  productions  les 
plus  vastes,  les  œuvres  les  plus  complexes 
du  répertoire  lyrique,  exigeant  le  concours  de 
chanteurs  grassement  rétribués  et  nécessitant 
souvent  une  mise  en  scène  coûteuse  —  néces- 
sité parfois  éludée, on  l'a  vu  récemment!  —  ou 
qu'il  s'agisse  d'assister  à  l'audition  des  opéras- 
comiques  les  plus  légers,  d'une  exécution  à  tous 
égards  moins  dispendieuse. 

Que  faire  pour  remédier  à  cette  situation, 
qui  a  pour  effet,  —  la  transformation  du  goût 
aidant,  —  d'écarter  de  plus  en  plus  le  public 
des  représentations  d'opéra -comique,  lesquelles 
ne  sont  plus  là,  en  quelque  sorte,  que  pour 
fournir  aux  abonnés  le  nombre  de  soirées  qui 
leur  est  dû  mensuellement? 

Deux  solutions  paraissent  en  présence.  Ou 


bien  établir  un  double  tarif,  variant  suivant  la 
catégorie  des  œuvres  qui  figurent  au  pro- 
gramme ;  ou  bien  limiter  désormais  le  rôle  du 
théâtre  de  la  Monnaie  à  l'exécution  des  œuvres 
lyriques  de  grande  envergure,  en  en  excluant 
quantité  d'ouvrages,  intéressants  sans  doute  et 
qu'il  est  désirable  de  maintenir  au  répertoire, 
mais  dont  le  caractère  intime  ne  s'accommode 
guère  du  cadre  trop  vaste  de  la  Monnaie  : 
Richard  Cœur  de  Lion  est,  sans  contredit,  de 
ce  nombre. 

Et  puisque  d'autre  part,  l'opérette  moderne, 
dans  quelques-unes  de  ses  productions,  —  la 
récente  Sainte-Freya  de  M.  Audran  n'en  est- 
elle  pas  un  exemple?  —  semble  vouloir  se  rap- 
procher de  l'ancien  opéra-comique  français, 
n'y  aurait-il  pas  place  à  Bruxelles  pour  une 
scène  spécialement  affectée  à  l'opéra-comique  et 
sur  laquelle  seraient  représentées  toutes  les 
pièces  appartenant  ou  confinant  à  ce  genre? 
Le  théâtre  des  Galeries,  qui  exploite  depuis 
quelques  années  sans  succès  d'argent  le  réper- 
toire, actuellement  bien  en  décadence,  de  l'opé- 
rette, ne  réussirait-il  pas  mieux  dans  cette 
voie?  Il  y  serait  d'ailleurs  aidé,  sans  doute,  par 
la  Ville, qui  ne  saurait  rester  étrangère  à  pareille 
entreprise,  puisqu'elle  aurait  à  exercer  un  con- 
trôle destiné  à  nous  assurer  des  exécutions 
convenables,  comme  elle  est  censée  le  faire 
actuellement  vis-à-vis  du  théâtre  de  la  Mon- 
naie. 

Cette  scène  nouvelle  pourrait  être  une  excel- 
lente école  pour  les  jeunes  artistes  formés  par 
notre  Conservatoire,  aujourd'hui  mal  à  l'aise 
dans  le  vaste  vaisseau  de  la  Monnaie,  devant 
un  public  forcément  exigeant.  Nous  pourrions 
citer,  d'ailleurs,  telle  artiste  de  la  troupe 
actuelle  dont  le  talent,  perdu  dans  le  large 
cadre  de  notre  première  scène,  ressortirait  sin- 
gulièrement dans  une  salle  plus  exiguë,  comme 
celle  des  Galeries. 

Il  serait  sans  doute  bien  facile  de  délimiter 
le  répertoire  qui  serait  réservé  à  chacune  des 
deux  scènes;  mais  il  ne  faudrait  pas  s'en  tenir 
pour  cela  à  cette  seule  distinction  des  pièces 
avec  ou  sans  dialogue  parlé;  il  est  certain,  en 
effet,  que  Carmen,  par  exemple,  devrait  rester 
au  répertoire  de  la  Monnaie,  comme  maintes 
autres  œuvres  dites  de  demi-caractère. 

Il  y  a  là,  semble-t-il,  une  idée  à  approfondir. 
Le  moment  est  opportun,  puisque  le  bail 
actuel  du  théâtre  de  la  Monnaie  doit  prendre 
fin  avec  la  saison  prochaine  et  que  le  ou  les 
directeurs  pour  les  trois  années  d'exploitation 
qui  suivront  devront  être  désignés  au  commen- 
cement de  1895, —  à  supposer,  comme  on  l'a  an- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


345 


nonce,  que  MM.  Stoumon  et  Calabresi   renon- 
cent à  poursuivre  leur  carrière  directoriale. 

J.  Br. 

U Indépendance  donne  les  renseignements 
que  voici  au  sujet  des  engagements  et  réenga- 
gements d'artistes  pour  la  prochaine  campagne 
théâtrale  à  la  Monnaie  : 

Parmi  les  artistes  qui  nous  restant,  il  faut 
citer  du  côté  des  dames  :  M™es  Tanési,  Ar- 
mand, Lejeune  et  Legénisel  ;  du  côté  des 
hommes  :  MM.  Cossira,  Seguin,  Dinard  et 
Isouard,  dont  les  réengagements  sont  dès  à 
présent  signés. 

jyfme  Cossira  deviendra  pensionnaire  de  notre 
scène  lyrique  pour  la  saison  prochaine;  M.Sen- 
tein  nous  revient  et  remplacera  M.  Lequien 
dans  l'emploi  de  basse-chantante. 

M.  Leprestre,  qui  passera  la  saison  d'été  à 
Aix-les- Bains  et  est  engagé  pour  l'hiver  à 
rOpéra-Comique,  fera  place  à  M.  Bonnard,  qui 
a  chanté  cette  année  au  Théâtre  royal  d'Anvers 
le  rôle  de  Werther. 

Enfin,  M™^  de  Roskilde,  qui  créa  récemment 
le  rôle  de  Sainte-Freya  dans  l'opérette  d'Au- 
dran,  aux  Galeries  Saint- Hubert,  est  engagée 
pour  les  rôles  de  Galli-Marié  ;  elle  débutera 
probablement  dans  Carmen  ou  dans  Mignon. 

Le  même  journal  annonce  que  la  direction 
de  la  Monnaie  montera  comme  spectacles  nou- 
veaux :  l'Enfance  de  Roland,  livret  et  musique 
d'Emile  Mathieu,  et  le  Luthier  de  Crémone, 
de  Jeno  Hubay.  Puis  Paillasse,  un  acte  en 
deux  tableaux  de  M.  Leoncavallo,  créé  à  la 
Scala  de  Milan,  et  dont  le  succès  en  Allemagne, 
en  Autriche,  à  La  Haye,  a  rappelé  la  vogue  de 
Cavalleria  Rusticana  (la  première  représenta- 
tion française  de  cet  ouvrage  a  été  donnée, 
voilà  deux  mois,  à  La  Haye).  On  compte  aussi 
faire  une  reprise  de  la  Walkiïre  et  des  Maîtres 
Chanteurs.  Enfin,  il  est  question  de  Djatnileh, 
un  acte  de  Bizet,  poème  de  Louis  Gallet, 
d'après  Nanionna,  d'Alfred  de  Musset. 

UIndépendance,  qui  doit  être  bien  informée, 
ne  cite  pas  Sanison  et  Dalila  de  Saint-Saëns, 
dont,  il  y  a  peu  de  temps,  on  annonçait  l'exé- 
cution pour  la  saison  prochaine.  MM.  Stoumon 
et  Calabresi  renonceraient  donc  à  ce  projet?  On 
doit  le  regretter,  mais  non  s'en  étonner  ! 

M.  Bertrand,  l'un  des  directeurs,  et  M.  Taf- 
fanel.  chef  d'orchestre  de  l'Opéra  de  Paris, 
ont  assisté,  lundi  dernier,  à  la  sixième  représen- 
tation de  Tristan  et  Iseiilt  au  théâtre  de  la 
Monnaie.  M.  Bertrand  a  été  interviewé  dès  son 
retour  de  Bruxelles.    «  J'ai  été  fort  content  de 


mon  voyage,  a-t-il  dit  à  l'un  de  nos  confrères 
parisiens.  Taflfanel,  qui  avait  entendu  la  par- 
tition à  Munich  et  à  Bayreuth,  en  allemand, 
avait  tenu  à  l'entendre  aussi  en  français.  L'or- 
chestre et  les  chœurs  sont,  à  la  Monnaie, 
dignes  de  tous  les  éloges.  Vous  savez  que  nous 
comptons  donner  cette  année,  à  l'Opéra  de  Pa- 
ris, Tristan  et  Iseiilt.  Notre  voyage  à  Bruxelles 
a  donc  été  comme  une  «  première  étude  »  de 
l'œuvre  de  Wagner  )> . 

L'appréciation  est  sommaire,  convenez-en. 
Ne  trouver  à  louer  dans  l'exécution  de  la  Mon- 
naie que  l'orchestre  et  les  chœurs,  c'est  peu. 
Pas  un  mot  ni  de  l'Iseult,  ni  du  Tristan,  ni  de 
la  Brangaene,  ni  du  Kurwrenal,  ni  du  roi  de 
l'exécution  bruxelloise.  Excellents  seulement 
les  chœurs,  qui  ont  tout  juste  quarante-six  me- 
sures à  chanter! 

Le  plus  plaisant,  c'est  que  des  journaux 
bruxellois  reproduisent  naïvement  cet  éloge  — 
à  deux  tranchants. 

Les  Martinetti  ont  débuté,  lundi,  à  l'Alca- 
zar;  ils  ont  obtenu  leur  succès  habituel  dans 
The  terrible  Night,  une  de  leurs  pantomimes 
les  plus  mouvementées.  Ils  ont  commencé  les 
études  du  Mort,  la  pantomime  tirée  du  roman 
de  M.  Camille  Lemonnier  et  pour  laquelle 
M.  Léon  Dubois  a  écrit  une  partition  sympho- 
nique  très  fouillée,  avec  une  mise  en  scène  et 
un  cadre  artistiques.  MM.  Duyckx  et  Crépin 
ont  dessiné  des  costumes  de  i83o,  d'après  Ma- 
dou,  et  des  gravures  de  l'époque.  On  en  dit 
merveille. 

Entendu  aussi  une  amusante  reprise  des 
Deux  Aveugles  d'Offenbach,  agréablement 
jouée  par  MM.  Ambreville  et  Crommelynck. 

Pour  passer  à  la  fin  de  la  semaine.  Miss 
Kismy,  vaudeville  en  un  acte  de  MM.  B.  Le- 
breton  et  Henry  Moreau.  N.  L. 


L'autre  semaine,  M.  Mazet,  constructeur 
d'orgues  et  d'harmoniums,  avait  convié  quel- 
ques artistes  et  journalistes  à  l'inauguration 
d'un  grand  orgue  construit  dans  ses  ateliers  et 
destiné  à  un  château  des  environs  de  Bruxelles. 
M.  de  Boeck,  premier  prix  d'excellence  du 
Conservatoire,  a  exécuté  avec  grand  talent  un 
Aria  de  Hsendel,  la  belle  Fugue  en  ré  de 
J.-S.  Bach,  une  romance  de  Mendelssohn  et 
Pâques  fleuries  de  M.  Mailly.  Il  a  fait  valoir 
les  ressources  de  l'instrument,  sa  richesse,  la 
variété  de  ses  timbres, sa  puissance  de  sonorité, 
tous  les  mérites  enfin  que  l'exiguïté  relative  du 
local  a  permis  d'apprécier.  Très  perfectionnées, 


346 


■-UIDE  MUSICAL 


les  orgues  de  M.  Mazet  ont  une  douceur  et  une 
onction  remarquables,  qualités  qui  ne  se  ren- 
contrent guère  dans  les  instruments  de  nos 
églises,  qui,  avec  leur  son  criard,  dur  et  per- 
çant, manquent  de  contrastes  et  sont,  par  con- 
séquent, sans  poésie  et  sans  charme. 

La  prochaine  conférence  de  M.  L.  Wallner, 
chez  M"e  Desmet,  aura  lieu  le  mercredi 
II  avril.  Sujet  :  Chopin.  M'i=  Hoeberechts  in- 
terprétera, entre  autres  œuvres,  la  sonate  en  si 
bémol,  la  Polonaise-Fantaisie  et  la  Polonaise 
en  jni  bémol. 

Aux  cours  publics  de  l'Université  libre,  mardi 
prochain,  conférence  de  M.  Charles  Potvin  sur 
la  musique  grecque,  avec  auditions  de  frag- 
ments de  musique. 

Une  réunion  des  professeurs  de  musique  des 
athénées  et  écoles  moyennes  du  pays  a  eu  lieu 
cette  semaine  à  Bruxelles,  à  l'effet  de  recher- 
cher les  moyens  de  réorganisation  des  cours  et 
d'obtenir  l'augmentation  du  traitement. 

Les  bases  d'une  fédération  des  professeurs  de 
musique  ont  été  jetées  au  cours  de  cette  séance, 
qui  s'est  terminée  par  la  nomination  d'une 
commission  chargée  d'étudier  les  questions 
diverses  dont  il  est  parlé  plus  haut. 

En  font  partie  :  MM.  Canivez,  professeur  à 
l'athénée  de  Charleroi  ;  Gilis,  professeur  à 
l'athénée  de  Namur,  et  Piedfort,  professeur  à 
l'école  mo3?enne  de  Fleurus.  Cette  délégation 
sollicitera  une  audience  ministérielle. 

Une  bonne  aubaine  pour  les  dilettanti  de  la 
capitale  :  Sarasate,  le  célèbre  violoniste,  et 
Bertha  Marx,  l'éminente  pianiste,  nous  re- 
viennent. 

Cette  fois,  il  nous  sera  donné  de  les  enten- 
dre dans  la  vaste  salle  du  théâtre  de  la  Mon- 
naie, et  accompagnés  par  un  orchestre  dont  la 
réputation  n'est  plus  à  faire,  celui  de  l'Asso- 
ciation des  artistes-musiciens.  Tout  promet  un 
concert  réellement  extraordinaire.  Cette  fête 
musicale  aura  lieu  le  samedi  21  avril  prochain, 
à  8  heures  du  soir. 

Nous  aurons  cet  été,  à  Bruxelles,  de  la  mu- 
sique partout.  La  place  Rogier,  la  Grand'Place 
auront  leur  orchestre  permanent.  On  ne  peut 
qu'applaudir  à  cette  expansion  populaire  de 
l'art  musical,  qui  est  aussi  une  bonne  fortune 
pour  nos  instrumentistes  sans  emploi  et  les 
nombreux  prix  du  Conservatoire,  que  la  con- 
currence vitale  met  aux  abois.  Il  n'y  aura 
bientôt  plus  de  café  qui  n'ait  son  orchestre.  On 
peut  déjà  citer  comme  intéressant,  le  petit 
orchestre  de   M.    Belinfante,    qui,   dirigé   avec 


ardeur,  joue  avec  un  entrain  endiablé  de  jolies 
ouvertures,  des  fantaisies  oubliées  et  des  valses 
bien  cadencées  que  la  génération  actuelle  ne 
connaît  pas. 


CORRESPOND  A  NCES 

ANVERS.  —  Si  nous  n'avons  aucune  nou- 
velle à  donner  pour  le  moment  en  fait  de 
concerts,  diverses  exécutions  musicales  qui  s'an- 
noncent pour  la  semaine  prochaine  nous  en  four- 
niront bientôt  l'occasion.  L'une  d'elles  promet  un 
intérêt  particulier  :  il  s'agit  de  la  quatrième  séance 
de  la  Kwartet-Kapel,  qui  sera  consacrée  à  l'au- 
dition d'œuvres  nationales.  Nous  3'  entendrons  un 
Quatuor  de  E.  Mathieu,  une  Sonate  pour  alto  et 
piano  de  H.  Vieuxtemps  et  un  Trio  de  ].  Blockx. 
Nous  avons,  à  plusieurs  reprises,  applaudi  aux 
efforts  louables  de  cette  jeune  association;  Tidée 
de  consacrer  régulièrement  des  séances  aux  com- 
positeurs nationaux  est  particulièrement  heureuse 
et  fait  honneur  aux  initiateurs. 

Rien  de  nouveau  au  Théâtre-Royal,  si  ce  n'est 
une  reprise  assez  inattendue  de  l'Etoile  du  Nord; 
inattendue,  parce  que  ce  théâtre  annonce  déjà 
sa  clôture  annuelle. 

Au  Théâtre-Lyrique  flamand,  nous  avons  été 
heureux  de  constater  le  succès  croissant  du  Mei- 
lief.  Il  faut  l'avouer  aussi,  les  exécutants  (les 
chœurs  surtout)  apportent  à  leur  tâche  une  con- 
viction et  une  chaleur  communicatives  qui  parais- 
saient faire  défaut  à  la  première  représentation. 
Plusieurs  pages  de  l'œuvre  ont  été  longuement 
applaudies,  re  qui  n'étonnera  point  celui  qui 
s'est  initié  à  leur  valeur  intrinsèque.  Et,  pourtant, 
pas  un  de  nos  journaux  n'a  cru  nécessaire  d'ana- 
lyser â  fond  cette  nouvelle  partition  de  Benoit. 
Généralem.ent,  ils  se  contentent  de  malmener  le 
poème. 

Si  nous  admettons  l'excessive  naïveté  de  la 
pièce  de  M.  Demeester,  nous  savons  aussi  qu'elle 
a  été  créée  pour  un  public  rural,  encore  peu  ini- 
tié aux  gros  drames  dont  se  grise  journellement 
le  public  des  grandes  villes. 

Est-il  donc  si  peu  édifiant  pour  nous  de  revivre, 
pendant  une  couple  d'heures,  cette  vie  saine  et 
naturelle  dont  se  contentaient  nos  aïeux?  La  fête 
de  mai  n'était-elle  pas  infiniment  plus  caractéris- 
tique que  de  nos  jours  le  Longchamps-fleuri, 
ce  passe-temps  des  boulevardiers,  qui  mérite 
à  peine  d'être  chanté  en  prose  ? 

Et,  étant  donné  que  cette  reconstitution  scé- 
nique  de  la  fête  de  mai  a  inspiré  â  Benoit  des 
chants  d'une  fraîcheur  touchante  et  d'un  rythme 
tout  campagnard,  ne  faut-il  pas  en  savoir  gré  à 
son  collaborateur? 

Plus  encore  que  le  décor,  l'expression  musicale, 
souvent  si  vraie,  nous  envoie  comme  des  bouffées 
d'air  tiède  et  embaumé. 

En  dépit  de  quelques  coupures  que  l'on  a  faites 


LE  GUIDE  MUSICAL 


31: 


au  livret,  plusieurs  pages  musicales  ont  été  con- 
çues depuis  la  première,  à  Iseghem:  notamment 
deux  danses  campinoises,  d'une  franche  allure,  et 
plusieurs  parties  mélodramatiques  des  mieux  sen- 
ties. 

Nul  doute  que  le  Meilief  ne  tienne  encore  quel- 
que temps  l'affiche,  malgré  la  saison  avancée,  peu 
favorable  aux  spectacles.  A.  W. 


DRESDE.  —  Le  concert  auquel  nous  invi- 
tait, le  28  mars.  M""'  Roger-Miclos,  était  de 
ceux  qui  n'attirent  que  les  connaisseurs.  Pour 
les  autres  séances,  qui  avaient  lieu  le  même  soir, 
celle-ci  n'était  pas  une  concurrence.  Trop  élevée 
pour  les  esprits  ordinaires, la  conception  du  beau, 
telle  que  l'entend  l'artiste  toulousaine,  ne  pouvait 
être  comprise  de  la  majorité  des  auditrices  qui  se 
croient  musiciennes  pour  avoir  séjourné  dans  un 
conservatoire  et  parcouru  quelques  articles  de  cri- 
tique musicale.  A  en  juger  par  les  produits  hâtifs 
et  informes  qui  sortent  des  conservatoires,  l'œuvre 
sociale  de  Wagner,  à  qui  le  xx"  siècle  devra  une 
grande  partie  de  son  éducation  est':  '.tique,  est  loin 
d'être  terminée. 

Il  nous  a  paru  que  ces  réflexion;  d'un  admira- 
teur de  M""  Roger-Miclos,  faites  ir.'ns  la  patrie 
même  de  l'auteur  de  Tristan  et  Iseult,  s'adaptaient 
assez  bien  à  une  artiste  dont  la  magnifique  éduca- 
tion esthétique  est  manifeste.  Chez  elle,  tout  con- 
court à  l'unité  d'impression  :  la  qualité  toute 
virile  de  sa  technique  majestueuse,  sa  toilette  d'un 
style  sobre,  ses  gestes  nobles  et  ses  attitudes 
sculpturales.  Avec  cela,  une  spontanéité  sincère, 
quelque  chose  de  franc  et  de  cordial  qui  écarte 
toute  idée  d'emphase  et  d'apprêt.  Telle  est,  non 
pas  le  camée  déjà  magistralement  modelé  par 
M.  Hugues  Imbert,  mais  l'impression  produite  ici 
par  M""  Roger-Miclos. 

Une  seule  audition  est  insuffisante  pour  appré- 
cier toutes  les  qualités  d'une  artiste  chez  qui 
domine  une  si  haute  intellectualité.  A  l'entendre 
interpréter  les  allégros  de  la  Sonata  appassionata, 
on  peut  juger  pourtant  de  la  pénétration  de  son 
intelligence  musicale;  la  profondeur  de  sa  sensibi- 
lité lui  fait  percevoir  les  moindres  nuances  de 
cette  œuvre  si  pathétique.  La  couleur  et  le  mou- 
vement donnés  à  l'andante  ne  nous  ont  pas  laissé 
une  impression  aussi  sereine.  Le  style  est  cepen- 
dant l'une  des  qualités  qui  placent  cette  artiste 
au  rang  des  premières  pianistes  actuelles.  Chez 
M™"  Roger-Miclos,  dont  les  études  d'harmonie,  de 
composition  et  d'accompagnement  ont  été  si  bril- 
lantes, la  compréhension  de  la  contexture  est 
instantanée.  Tous  les  effets  métriques,  rythmiques, 
ceux  de  tonalité  et  de  modalité  sont  exécutés 
avec  une  scrupuleuse  probité.  C'est  même  la  carac- 
téristique de  ce  talent  grandiose  de  faire  sur- 
gir en  une  clarté  radieuse  la  pensée  de  chaque 
maître.  De  mémoire  de  critique,  jamais  une 
femme  n'avait  interprété  avec  cette  perfection  les 
mélodies  expressives,  les  harmories   si  fortement 


pensées  du  Carnaval  de  Schumann.  Les  pièces  de 
Chopin  ont  particulièrement  révélé  le  goût  exquis 
et  le  sens  poétique  d'une  interprète  qui  sait  établir 
un  rapport  merveilleusement  exact  entre  ses  im- 
pressions, son  exécution  et  ses  auditeurs.  Pour 
rendre  les  qualités  cosmopolites  de  Chopin  ;  la 
rêverie  allemande  qui  poétise  la  Ballade  en  sol 
mineur,  la  netteté  et  la  justesse  de  proportions  si 
françaises  de  V Etude  en  ut  mineur,  la  fantaisie  slave 
et  l'élégance  italienne  du  Scherzo  en  si  bémol  mi- 
neur, le  talent  de  l'artiste,  d'une  trempe  plutôt 
masculine,  s'est  transformé.  Il  s'est  encore  assou- 
pli pour  velouter  les  rythmes  originaux  et  variés 
de  V Impromptu  de  Schubert. 

Les  auditeurs  russes  accourus  pour  entendre  la 
Valse  de  Moszkowski.op  34.  en  ont  déclaré  l'inter- 
prétation ((  unique  ».  Faite  à  voix  haute,  cette 
remarque  a  éveillé  l'attention  sur  l'exceptionnelle 
technique  que  l'artiste,  toute  à  la  pensée  musi- 
cale, a  l'art  supérieur  de  nous  faire  oublier.  Par 
cette  hautaine  préoccupation,  la  pianiste  se  rap- 
proche de  Rubinstein,  dont  le  génie  musical 
vibrait  étrangement  sous  les  doigts  d'une  admira- 
trice qui  forcerait  César  Cui  lui-même  à  applaudir 
la  belle  romance  du  maître  roumain.  La  4''  Ma- 
zurka de  Godard,  les  Papillons  de  Grieg  et  la 
Rapsodie  n"  11  de  Liszt,  où  la  virtuosité  joue  un 
rôle  important,  ont  mis  en  relief  l'ampleur  saisis- 
sante des  accords,  le  délicat  perlé  de  gammes 
vertigineuses,  des  tierces  et  des  quintes  trillées 
avec  une  parfaite  égalité,  de  fluides  arpèges  con- 
trastant avec  d'élastiques  batteries  d'octaves,  sans 
que  jamais  l'ambition  de  la  virtuose  soit  venue, 
comme  chez  Rosenthal,  altérer  la  conception  du 
compositeur.  De  par  sa  superbe  volonté,  M™=  Ro- 
ger-Miclos subordonne  à  la  pensée  musicale  son 
tempérameiit  méridional,  sa  puissante  technique 
et  jusqu'à  l'impérieuse  originalité  de  sa  physio- 
nomie. 

Pour  résumer  l'unité  d'impression  qui  émane  de 
ce  talent  magistral,  empruntons  à  la  musique  le 
terme  essentiel  :  M"'  Roger-Miclos  est  une  per- 
sonnification souveraine  de  l'harmonie.    Alton. 

IONDRES.  --  La  saison  des  Saturday  et 
J  Monday  concerts  est  terminée;  aussi,  nous 
voici  privés  de  musique.  Les  artistes  semblent  se 
donner  le  mot  pour  attendre  la  grande  «  season  ». 
C'est  une  tactique  assez  maladroite.  Les  débu- 
tants ne  pourraient  trouver  une  époque  plus  favo- 
rable que  celle-ci  pour  se  faire  connaître,  la  con- 
currence étant  moins  à  craindre.  Ainsi  ont  fait 
quelques  élèves  de  la  Royal  Academy,  qui  ont 
profité  de  la  pénurie  actuelle  pour  se  faire  entendre 
au  Saint  James  Hall.  Miss  E.  Carnes,  une  jeune 
et  charmante  harpiste,  a  prouvé  une  grande  com- 
préhension dans  l'interprétation  d'une  page  de 
Von  'Wilm,  Miss  Lily  West  a  eu  de  la  distinction 
dans  un  concerto  de  Grieg.  Enfin,  miss  Gertrude 
Collins  s'est  fait  applaudir  dans  le  concerto  pour 
violon  do  Raff 


LE  GUIDE  MVSICAL 


La  Société  des  chœurs  du  Queen's  Hall,  fondée 
l'an  dernier,  compte  déjà  un  nombre  suffisamment 
respectable  de  membres  pour  avoir  été  à  même  de 
nous  donner  une  audition  de  Rédemption  de  Gou- 
nod,  sous  la  direction  de  M.  H.  Cowen. 

Au  Drury  Lane,  reprise  un  peu  terne  du  Faust 
de  Gounod.  Miss  Pauline  Joran,  qui  devait  jouer 
le  rôle  de  Siebel,  a  dû  au  pied  levé  remplacer, 
dans  le  rôle  de  Marguerite,  miss  Lucile  Hill,  qui 
s'est  trouvée  subitement  indisposée.  Les  deux 
rôles  ont  été  massacrés,  et  M"°  Biancoli  a  fait  une 
Siebel  tout  simplement  médiocre,  à  côté  d'un 
Faust  (M.  O'Mara)  prétentieux  et  fade.  Moins  de 
pathos  et  beaucoup  plus  de  simplicité  le  feraient 
peut-être  valoir  davantage  N'insistons  pas  sur 
cette  représentation  manquée. 

Sir  Augustus  Harris  est  décidé  à  nous  donner, 
au  Covent  Garden,  pendant  la  «  season  «,  V Attaque 
du  Moulin.  Le  grand  imprésario,  toujours  sur  la 
brèche,  a  profité  des  fêtes  de  Pâques  pour  se 
rendre  à  Paris,  où  il  a  traité  avec  MM.  Zola, 
Gallet  et  Bruneau.  Il  a  également  passé  par 
Bruxelles,  où  il  a  assisté  à  Tristan  et  Iseuli.  Userait 
intéressant  de  connaître  son  impression  au  sujet 
de  l'interprétation  bruxelloise.  Bien  que  Londres 
ne  .^oit  guère  Bayreuth,  je  ne  doute  point  que 
Tristan  y  serait  mieux  donné  qu'à  Bruxelles.  Il 
faut  rappeler,  d'ailleurs,  que  Tristan  a  déjà  été 
donné  à  Londres  enallemandàdifférentes reprises, 
et  l'année  dernière  encore. 

Sir  Augustus  est,  du  reste,  infatigable.  Il  dirige 
à  la  fois  le  Covent  Garden  et  le  Drury  Lane,  nos 
deux  plus  importantes  scènes,  il  a  pris  récem- 
ment la  direction  du  Princess,  et  il  est  fortement 
intéressé  dans  l'ancien  English  Opéra,  transformé 
en  Music  Hall,  et  qui  a  pris  nom  «  Palace  ». 
L'Empire  et  l'Alhambra  doivent  se  ressentir  de 
cette  violente  concurrence.  Au  début,  le  succès 
de  cette  vaste  entreprise,  qui  dépasse  en  luxe  tout 
ce  qui  existait  jusqu'à  ce  jour,  était  un  peu  indécis; 
mais  depuis  l'apparition  des  tableaux  vivants,  la 
situation  s'est  améliorée.  Sir  Augustus  est  l'homme 
qui  fait  le  plus  de  bien  ici  pour  l'art;  aussi,  nous 
lui  souhaitons  tout  le  succès  possible. 


TOURNAI.  —  Nous  avons  constaté  avec 
plaisir,  dimanche  dernier,  les  énormes  progrès 
accomplis  par  notre  public  depuis  l'existence  de  la 
Société  de  Musique. 

La  Vie  d'une  rose,  de  Schumann,  admirablement 
interprétée  du  reste  par  l'excellente  société,  a 
obtenu  un  très  grand  succès.  L'œuvre  dégage  un 
charme  exquis,  parce  que  chacune  de  ses  parties 
est, dans  son  genre, un  morceau  achevé  et  complet, 
tout  imprégné  de  grâce,  de  fraîcheur  et  de  poésie. 
Il  y  a  des  phrases,  des  scènes,  des  détails  d'accom- 
pagnement qui  sont  de  petites  merveilles  et  dans 
lesquelles  Schumann  a  dépensé  beaucoup  de  con- 
science artistique.  M"'^  Sidner  et  Callemien,  et 
M.  Degenne,  dans  les  principaux  rôles,  on  fait 
preuve    de    qualités    supérieures.     M"'    Gahide, 


MM.  Wangermez  et  Joassin  ont  été  à  la  hauteur 
de  leurs  partenaires. 

La  coïncidence  qui  faisait  figurer  au  programme 
VAlleluia  de  Haendel  en  même  temps  que  le  Sanctiis 
de  la  messe  de  sainte  Cécile  de  Gounod  a  permis 
une  curieuse  et  fort  intéressante  comparaison.  Au- 
tant on  sent  la  sincérité  et  la  foi  chez  le  maître 
allemand,  —  cette  foi  ardente  et  quasi  farouche 
des  premiers  réformés,  —  autant  apparaît,  avec 
Gounod,  l'habileté  et  la  recherche  de  l'effet  arti- 
ficiel. Ce  n'est  pas  le  sentiment  religieux  qui 
domine  dans  l'écriture  de  cette  œuvre,  mais  plutôt 
le  théâtral  et  le  pompeux;  la  grosse  caisse  y  joue 
un  rôle  considérable,  tantôt  en  sourdine,  tantôt  à 
grand  bruit,  et  les  contrastes,  amenés  avec  une 
adresse  consommée,  sont  de  nature  à  produire 
d'irrésistibles  effets. 

Inutile  d'ajouter  que  le  public  a  fait  grand 
succès  à  feu  Gounod. 

M"'  Sidner  a  remporté  un  vrai  triomphe  avec 
les  deux  mélodies  de  Grieg  qu'elle  a  chantées  et 
dans  lesquelles  elle  a  déployé  un  art  tout  à  fait 
remarquable;  elle  a  mis  un  tel  sentiment  qu'il  s'en 
est  dégagé  une  émotion  qui  a  impressionné  toute 
la  salle. 

M.  Degenne  a  dit,  lui  aussi,  deux  ravissantes  mé- 
lodies de  Schumann  :  on  a  acclamé  autant  sa  voix 
pure  et  sonore  que  son  talent  consommé  de  chan- 
teur. 

La  Société  de  Musique  peut  maintenant  se 
reposer  sur  ses  lauriers, après  une  saison  laborieuse 
et  glorieuse.  Elle  a  bien  mérité  de  l'art  musical  et 
de  la  reconnaissance  des  Tournaisiens.  Au  mois 
d'octobre,  parait-il,  VOrphée  de  Gluck,  en  entier; 
voilà  de  belles  promesses. 


YKRVIKRS.  —  Encore  un  concert  d'ama- 
teurs !  Avec  la  circonstance  atténuante  que 
c'était  un  concert  de  charité.  Belles  voix,  de 
M.  Pascal  Bouhy  (frère  de  Jacques  Bouhy>,  de 
M""''  M.  R.  et  M.  L.  Charmant  talent  de  pianiste 
d'une  élève  médaillée  de  notre  école  de  musique, 
M'"=  E.  L. 

Débuts  intéressants  et  pleins  de  promesses  d'un 
jeune  chef  d'orchestre,  Jean  Kefer.  La  façon 
ferme  et  expressive  dont  il  a  dirigé  le  chœur  de  la 
Vierge  à  la  crèche,  de  César  Franck,  témoigne  des 
bonnes  traditions  d'énergie  et  de  délicatesse  qu'il 
a  reçues  de  son  père. 


JVO  U  VELJLES  DI  VERSES 

La  ville  de  Bonn  organise  de  nouveau,  au 
mois  de  mai,  un  festival  en  l'honneur  de  Bee- 
thoven. L'orchestre  du  Gûrzenich  de  Cologne 
exécutera  les  neuf  symphonies  du  maître  les  4, 
5  et  5  mai,  dans  la  Beethoveiihalle.  M.  Wiill- 
ner,  directeur  du  Conservatoire  de  Cologne,  est 
chargé  de  la  direction  de  l'orchestre.  Outre  des 


LE  GUIDE  MUSICAL 


349 


artistes  renommés,  les  chœurs  réunis  de  Colo- 
gne et  de  Bonn  chanteront  dans  la  neuvième 
symphonie. 

Mardi,  à  la  Pergola  de  Florence,  a  eu  lieu, 
la  première  représentation  de  Etelinda,  opéra 
en  trois  actes  de  M.  Marion,  paroles  de  M.  E. 
Jesup.  Ce  nouvel  opéra  a  été  un  grand  succès 
pour  les  auteurs  et  les  interprètes.  La  salle 
était  bondée.  Dans  la  loge  royale,  la  princesse 
de  Battenberg,  avec  plusieurs  personnages  de 
sa  suite.  Dans  la  loge  voisine,  lord  Spencer, 
ministre  de  la  marine  anglaise.  Dans  les  autres 
loges,  les  plus  élégantes  dames  de  l'aristocratie 
florentine  et  de  la  colonie  étrangère. 

Beaucoup  de  critiques  venus  de  différentes 
villes  d'Italie  étaient  présents.  Plusieurs  bis 
ont  été  demandés  et  de  nombreux  rappels  ont 
eu  lieu.  Mme  Bordalba,  M.  Sammarco,  MM.  Tus- 
sinato  et  Galli  ont  dû  se  présenter  huit  fois  au 
public.  Une  ovation  a  été  faite  au  chef  d'or- 
chestre Mugnone. 

L'auteur,  M.  Marion,  un  Anglais,  n'a  pu  jouir 
de  son  triomphe,  se  trouvant  malade  à  Nice.  De 
nombreux  télégrammes  de  félicitations  lui  ont 
été  adressés.  Un  des  plus  chaleureux  était 
lord  Spencer,  qui,  dit-on,  est  très  bon  musicien 
et  même  un  peu  compositeur. 

Une  singulière  mésaventure  vient  d'arriver 
au  compositeur  tchèque  Antoine  Dvorack, 
depuis  deux  ans  directeur  du  Conservatoire  de 
Chicago.  On  se  rappelle  qu'à  peine  arrivé  en 
Amérique,  M.  Dvorack  avait  déclaré  dans  un 
interview  que  l'avenir  de  la  musique  améri- 
caine était  dans  l'utilisation  des  chants  popu- 
laires des  nègres  et  des  peuplades  du  Far- 
West.  Tout  récemment,  on  annonçait  une 
symphonie  «  américaine  »  de  M.  Dvorack, 
composée  sur  des  thèmes  «  américains  » .  Or, 
voici  que  cette  symphonie  ayant  été  récem- 
ment exécutée,  a  été  reconnue  par  un  cla- 
rinettiste de  la  Société  philharmonique  comme 
étant  une  œuvre  de  jeunesse  de  M.  Dvorack, 
exécutée,  il  y  a  quatorze  ans,  à  Hambourg.  Le 
compositeur  se  serait  contenté  de  la  développer 
un  peu  et  d'en  rajeunir  l'orchestration.  Cette 
nouvelle  a  causé  un  vif  émoi  dans  la  presse 
américaine,  qui  demande  énergiquement  des 
explications. 

Nous  avons  annoncé  que  Lolieugrin  serait 
exécuté  cette  année,  pour  la  première  fois,  sur 
le  théâtre  de  Bayreuth,  avec  une  mise  en  scène 
toute  nouvelle,  qui  sera  réglée  par  Mme  Cosima 
"Wagner,  comme  le  fut  naguère  celle  de  Tanii- 


hœuscr,  qui  produisit  une  si  profonde  sensa- 
tion. Les  rôles  sont  distribués  comme  suit 
pour  la  première  représentation  :  Lohengrin, 
M.  Van  Dyck  ;  Eisa,  M'i^  Dressler,  de  Munich; 
Ortrude,  M'^^  Termina,  de  Munich  ;  Telra- 
mund,  M.  Reichmann,  de  Vienne;  le  roi, 
M.  Grengg,  de  Vienne.  Chef  d'orchestre  : 
Hans  Richter.  On  sait  que  l'œuvre  sera  exécu- 
tée intégralement,  sans  une  coupure.  Pour  les 
représentations  ultérieures,  le  rôle  d'Eisa  sera 
chanté,  comme  nous  l'avons  annoncé,  par 
M"«  Nordica. 

M.  Van  Dyck  est  arrivé  à  Saint-Pétersbourg 
et  il  a  débuté  le  2  avril  dans  Lohengrin  de 
Richard  Wagner,  avec  le  concours  de  M^^^  pa- 
cary  et  Téléki,  de  MM.  Oudin,  Lorrain  et 
Labis.  A  cause  des  répétitions  de  l'ouvrage, 
il  n'y  a  pas  eu  de  représentation  samedi  et  di- 
manche. L'exécution  a  été  un  véritable 
triomphe  pour  la  troupe  d'opéra-français  sous 
la  direction  de  M.  Colonne. 

M.  Augusto  Machado,  le  nouveau  directeur 
du  Conservatoire  de  Lisbonne,  a  une  idée  in- 
téressante; il  projette  d'organiser,  pour  l'ins- 
truction des  élèves  et  du  public  du  Conserva- 
toire, une  série  de  concerts  divisés  en  cinq 
séries  et  qui  constitueront  une  sorte  d'histoire 
de  la  musique.  Dans  la  première  série,  il  fera 
entendre  quelques-unes  des  grandes  composi- 
tions qui  caractérisent  les  différentes  époques 
de  la  musique,  Palestrina,  Bach,  Mozart, 
Beethoven,  Wagner.  Dans  la  seconde  série,  il 
passera  en  revue  les  «  courants  de  la  musique 
moderne  )>,  et,  dès  à  présent,  il  est  décidé  qu'il 
fera  entendre  les  musiques  des  maîtres  suivants 
dans  chaque  série  : 

Musique  espagnole  :  Arrieta,  Barbieri,  Bre- 
ton, Caballero,  Chapi,  Pedrell. 

Musique  Scandinave  :  Gade,  Grieg. 

Musique  slave  :  Chopin,   Glinka,  etc. 

Musique  hongroise:  Liszt,  Brahms. 

Musique  bohémienne  :  Dvorak. 

Musique  flamande  :  Peter  Benoit. 

Les  exécutions  seront  faites  sous  sa  direc- 
tion, avec  l'orchestre  composé  des  élèves  et  des 
professeurs  du  Conservatoire. 

M.  Charles  Lamoureux  est  en  ce  moment  à 
Milan,  où  il  est  engagé  par  la  Société  orches- 
trale du  théâtre  de  la  Scala,  pour  diriger  qua- 
tre grands  concerts  qui  auront  lieu  dans  le 
courant  d'avril. 

Il  résulte  du  tableau  des  recettes  brutes  des 
théâtres  de  Paris  publié  par  l'Assistance  pu- 


350 


LE  GUIDE  MUSICAL 


blique    que    la    somme    des  recettes  perçues 

pendant  l'année  iSgS  est  de  21,734,270  francs. 
Or,  si  nous  nous  reportons    au  tableau  des 

années  précédentes,  nous  trouvons  les  chiffres 

suivants  : 

1890    .     .     .     23,013,459  francs 
l8gi    .      .     .     23,599,557       — 

1892  .     .     .     22,553,3i6      — 

1893  .     .     .     21,734,270      — 

On  voit  que  les  recettes  des  théâtres  dimi- 
nuent peu  à  peu  :  entre  1891  et  1893  il  y  a 
presque  deux  millions  de  différence. 

La  plaque  commémorative  ci-dessous  vient 

d'être  placée  sur  la  façade  du  n"  9,  boulevard 

des  Italiens  à  Paris,  immeuble  précédemment 

occupé  par  le  Gaulois  : 

ICI 

habita  depuis  1795 

GRÉTRY 

compositeur  de  musique 

Né  à  Liège 

le  8  février  1741 

Mort  à  Montmorency 

le   24   septembre   i8i3. 


BIBLIOGRAPHIE 

Anthologie  des  maîtres  religieux  primitifs 
DU  xv°  AU  XVII''  siècle,  édition  à  l'usage  des  maî- 
trises et  des  amateurs,  par  Charles  Bordes.  Paris, 
Durand  ;  Bruxelles,  Breitkopf  et  Haertel. 

Il  est  superflu,  je  crois,  de  rappeler  aux  lecteurs 
du  Guide  tous  les  services  déjà  rendus  à  l'art  musi- 
cal religieux  par  la  Société  des  Chanteurs  de 
Saint-Gervais  et  leur  éminent  directeur  M.  Charles 
Bordés.  On  sait  que  le  but  de  cette  société  est  de 
restaurer  les  belles  œuvres  des  maîtres  du  contre- 
point vocal,  œuvres  injustement  délaissées  des 
maîtrises  et  remplacées  par  des  compositions 
généralement  aussi  dénuées  de  sentiment  religieux 
qu'antiartistiques.  Le  dernier  fascicule,  qui  vient 
de  paraître,  contient  entre  autres  la  célèbre 
antienne  Aima  Redempioris  mater  de Palestrina,  trois 
Répons  de  Vittoria,  la  fin  de  la  messe  Regem  Cali 
et  le  sonore  Exnliate  Deo  de  Palestrina. 

L'œuvre  de  M.  Bordés  a  une  portée  artistique 
qui  n'échappe  à  personne  et  que  tous  les  musiciens 
ont  le  devoir  d'encourager. 

■^  Ce  n'est  plus  soixante-sept  ans  à  l'Opéra, 


BREITKOPF  S,  HiEUTEL,  BHUXELLES 

ÉDITEURS  DE  MUSIQUE 
45,     Montas'ne    de    la     Cour,     4$ 


Yient  de  paraître  : 
EMILE 


MATHIEU 


Chœur  pour  voix    d'enfants   avec  accompagnement   de   piano    (orchestre    ad  libitum) 

Poème   de   Marie  SUTTIN 

Chanté  par  les  élèves  des  écoles  communales  de  Bruxelles,  sous  la  direction  de  M.  WATELLE 

Partition,  5  francs.  —  Chaque  partie,  1  franc 

DOUILLET,  Pierre.  Op.  12.  Pensée  fugitive  pour  piano.      .     .  fr.     »  80 

—  —           Op.  i3.  Menuet  caractéristique,  p""  piano.  i   20 

—  —  Op.  14.  Spinning  Song,  pour  piano  .  .  i  5o 
ENNA,  Aug.  Musique  de  ballet  de  l'opéra  Cléopâtre  pour  piano  .  2  — 
Jadassohn.  Op.  121.  Bal  masqué  (sept  morceaux  caractéristiques 

pour  piano 2  5o 

Vient  de  paraître  :  Œuide  thématique  de  Tristan  et  Iseult,  par  Maurice  KUFrERATH. 

Prix  :  1  fr.25 

PIANOS  BECHSTEIN.  — ~  PIANOS  BLUTHNER 

HARMONIUMS     ESTEY 


LE  aUIDE  MUSICAL 


351 


en  une  page,  que  nous  donne  aujourd'hui  M.  Al- 
bert Soubies,  mais  bien  soixante-neuf  ans  à 
rOpéra-Comique,  en  deux  pages.  Tableau  ins- 
tructif, puisqu'il  permet  d'embrasser  d'un  seul  coup 
d'oeil  une  importante  période  de  l'histoire  de  la 
salle  Favart,  de  182S  à  1S94,  c'est-à-dire  de  la  pre- 
mière de  la  Dame  Blanche  à  la  millième  de  Mignon. 
Que  de  recherches  patientes  a  dû  faire  l'auteur 
pour  arriver  à  dresser  ces  deux  tableaux,  qui 
seront,  pour  tous  ceux  qui  s'intéressent  à  l'art  mu- 
sical, une  mine  inépuisable  de  renseignements  ! 
Nous  souhaitons  au  nouvel  ouvrage  de  M.  Albert 
Soubies,  Soixante-neuf  ans  à  rOpéra-Coinique,  le  suc- 
cès qu'il  mérite.  Il  a  été  publié  par  la  librairie 
Fischbacher  avec  le  soin  et  le  luxe  auxquels  elle 
nous  a  habitués.  H.  I. 

'%^  Vient  de  paraître,  chez  les  éditeurs  Schott, 
à  Mayence,  la  partition  piano  et  chant  de  Hansel 
et  Greiel,  le  conte  féerique  de  M.  E.  Humper- 
dinck,  qui  vient  d'obtenir  un  si  vif  succès  sur  les 
scènes  de  Munich,  de  Carlsruhe  et  de  Francfort, 
et  qui  est  en  train  de  faire  le  tour  des  théâtres  alle- 
mands. C'est  l'une  des  plus  jolies  partitions  parues 
depuis  longtemps  en  Allemagne.  M.  Humperdinck 


possède  un  talent  tout  particulier  dans  l'invention 
des  mélodies  populaires,  et  plus  d'une  page  de  sa 
partition  se  répandra  rapidement.  La  lecture  de  la 
réduction  pour  piano  ne  peut  donner  naturelle- 
ment qu'une  idée  vague  de  ce  que  l'œuvre  doit 
être  à  la  scène  et  à  l'orchestre,  mais  cette  lecture 
suffit  pour  donner  une  idée  très  nette  du  charme 
naïf  singulièrement  séduisant  répandu  d'un  bout  à 
l'autre  dans  cette  composition  vraiment  remar- 
quable. Elève  et  disciple  de  Wagner,  M.  Humper- 
dinck  ne  renie  pas  son  maître,  et  l'on  rencontre 
dans  sa  partition  plus  d'une  transition  harmonique 
qui  rappelle  les  Maîtres  Chanteurs  ou  Siegfried.  Mais 
il  a  su  conserver  son  originalité  propre  :  ses  idées 
sont  bien  à  lui  et  ont  leur  racine  au  delà  du  maitre 
de  Bayreuth,  dans  l'inépuisable  fonds  de  la  mé- 
lodie allemande.  Il  y  a  là  une  tentative,  vraiment 
intéressante  et  curieuse,  de  retour  au  style  de 
l'ancien  Singspiel  allemand;  seulement,  avec  un 
souci  de  la  forme  et  une  science  de  l'harmonie  et 
de  la  polyphonie  moderne,  qui  me  paraissent  tout 
â  fait  dignes  d'attention  et  qui  pourraient  bien 
marquer  une  date  dans  l'histoire  du  théâtre  alle- 
mand. Depuis  vingt  ans,  son  répertoire  ne  s'est 
alimenté  que  d'oeuvres  boursouiïlées,  pâles,  décal- 


Paris,  A.  DURAND   et  fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


RICHARD    WAGNER 


LOHENGEIN 

Opéra   en  3   actes  et   4   tableaux 

Traduction  française  de  Ch.  Nuitter 

Partition  chant  et  piano,  prix  net  :  20  francs 

LE  VAISSEAU-FANTOME 

Opéra  en  3  actes 

Traduction  française  de  Ch.  Nuytter 

Partition  chant  et  piano,  prix  net  :  20  francs 


TANNHJEUSER 

Opéra  en  3  actes  et  4  tableaux 
Traduction  française  de  Ch.  Nuytter 
Partition  chant  et  piano  conforme  aux  exécu- 
tions modèles  de  Bayreuth,  prix  net  :  20  fr. 

RIENZI 

Opéra  en  3  actes 

Trad.  franc,  de  Ch.  Nuytter  et  J.  Guillaume 

Partition  chant  et  piano,  prix  net  :  20  fr. 


Morceaux   de   chant   séparés.   —   Arrangements   pour   piano   seul, 

piano  à  quatre  mains,  deux  pianos  à  quatre  mains  et  huit  mains.  — Transcriptions  pour 

piano    et   instruments    divers 

Fragments   pour  orchestre    seul    et   orchestre   et  chant.    —   Musique    militaire 


TROIS  MÉLODIES 

L'Attente  (V.  Hugo),  1-2.     .     .     .     fr.  4 

Mignonne  (Ronsard) 4 

Dors  mon  enfant,  1-2     ...     .  4 


QUATRE  POÈMES  D'OPÉRAS 

Précédés    de   la  lettre    sur  la  musique 

Illustration  de  G.  Rochegrosse  et  F.  Marcotte 
PRIX  :   4  FRANCS 


352 


LE  GUIDE  MUSICAL 


qUées  du  style  de  Tannhœuscr  ou  des  Nibehcngen. 
Voici  enfin  un  disciple  de  Wagner  qui,  tout  en 
marchant  à  la  suite  de  son  grand  prototype,  ne 
force  point  son  naturel  et  chante  ingénument 
ce  que  la  Muse  lui  inspire.  Le  cas  est  si  rare  qu'il 
vaut  la  peine  d'être  cité  et  de  servir  d'exemple 
même  aux  confrères  français  de  M.  Humperdinck, 
empêtrés  déplorablement  dans  les  surprises  de  la 
modulation  enharmonique  et  les  exaspérations  du 
chromatisme  le  plus  échevelé  et  le  moins  rationnel. 

Le  sujet  du  conte  féerique  de  M.  Humperdinck 
est  malheureusement  de  caractère  si  spécialement 
germanique  qu'il  semble  dif&cile  ou  même  impossi- 
ble de  l'adaptera  la  scène  française;  sinon, il  y  aurait 
là  un  ouvrage  tout  à  fait  charmant  à  transmettre 
au  public  non  allemand. 

^  L'éditeur  Bornemann,  2,  rue  de  l'Abbaye, 
vient  d'éditer  fort  luxueusement  la  partition  d'or- 
chestre de  Viviane,  le  beau  poème  symphonique 
d'E.  Chausson,  joué  cet  hiver  à  Liège,  Amster- 
dam, Monte-Carlo,  Saint-Pétersbourg.  La  réduc- 
tion pour  piano  à  quatre  mains  est  signée  :  Vincent 
d'indy. 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4.  rue  Latérale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 

RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 


Paris 

Opéra.  —  Du  2  au  7  avril  :  Faust.  Thaïs.  Thaïs.  La 
Wal  kyrie. 

Opéra-Comique.  —  Du  1"  au  7  avril  :  le  Maître  de 
chapelle.  Phryné,  Fidès,  Cavalleria  rusticana.  Mi- 
gnon L'Attaque  du  moulin,  les  Deux  Avares.  Carmen 
Phryné,  Fidès  et  Cavalleria  rusticana.  Carmen, 


MACKÂR  et  NOËL,  éditeurs,  22.  passade  des  Panoramas  (grande  galerie) 

Propriétaires  des  œuvres  de  TschaiUuwsky,  Guttschaik,   Prudent,  Allnrd 
des   Archives   du  piano   et   de  la   célèbre   Méthode    de   piano    A.   Le   Charpentier 

Seuls  dépositaires  de  l'Edition  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  musique  de  violon 

ŒUVRES       POUR      ORCHESTRE 


op.  2.  N»  3.  Chant  sans  paroles  : 

Partition 2  » 

Parties  séparées. 4  " 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque  i  » 

OP   3.  Le  Voyévode,  ouverture  extraite 

Partition 3     » 

Parties  séparées lo     » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     i  5o 

—  Le  Voyévode,  entracte  et  airs  de  ballet 
extraits  (nouvelle  édition  revue  par 
l'auteur)  ; 

Partition 8     » 

Parties  séparées 20    » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     2     » 

Op.  i3.  Première  Symphonie  en  sol  mineur 

Partition i5     » 

Parties  séparées 3o    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3     » 

Op.  14.  Vakoula  le  Forgeron,  ouverture  extraite 

Partition  d'orchestre 6     » 

Parties  séparées i5     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5o 

Op.  i5.  Ouverture  triomphale  sur  l'hymne 
danois 

Partition  .  6     » 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  supfj    cordes  (copiées)     chaque 

Op.  17.  Deuxième  symphonie  (dite  sympho- 
nie russe)  en  ui  mineur 
Partition 25    » 


25 


•25 


Parties  séparées 35 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3 

Op.  18.  La  Tempête,  fantaisie  d"après  Shakespeare 

Partition 12 

Parties  séparées 20 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 

Op.  20.  Le  Lac  des  cygnes,  valse  extraite 

Parties  séparées.     .      .  .      .      .     .   ro 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque 

—  Pot-pourri,  arrangé  pour  petit  orches- 

tre, par  N.  Ars. 

Parties  séparées 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque 
Op.  23.  Premier  Concerto  en  si  bémol,  pour 

piano  : 

Partition  .  20     » 

Parties  séparées 12     " 

Parties  supplémentaires  à  cordes,  chaque  i  5o 
Op.  24.  Eugène  Onéguine,  valse  extraite  de 

l'opéra  ; 

Partition 5     » 

Parties  séparées 20    » 

Parties  supplémentaires  à  cordes,  chaque  2     » 

—  Prélude  extrait  : 

Partition  orchestre 2     » 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  supplémentaires  à  cordes  (copiées) 
Op.  26.  Sérénade  mélancolique  pourvio- 
lon  : 

Partition 5     » 

Parties  séparées 4     » 

Parties  supplémentaires  à  cordes,chaque     i     » 


LE  GUIDE  MUSICAL 


353 


Conservatoire.  —  Quinzième  concert   de  la  Société  : 
Symphonie  en  ut  maj.    (Beethoven);    les   Béatitudes 
(César  Franck),  soli  :  M"» Blanc,  MM.Saléza,  Delmas 
et  Auguez;  ouverture  de  Ruy  Blas  (Mendelssohn). 
Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  i'""'  au  8  avril  : 
L'Attaque  du  moulin.  Tristan  et  Iseult.  Orphée  et 
Pierrot  Macabre,  Tristan  et  Iseult  Faust  Richard 
Cœur  de  Lion  et  Pierrot  Macabre.  Tristan  et  Iseult. 

Théâtre  des  Galeries.  —  Boccace.  Madame  Boni- 
face. 

Alcazar  royal.  —  Le»  Martinetti  :  Xuit  terrible.  Les 
Deux  Aveugles.   —  Prochainement,  le  Mort. 

Concerts  populaires   (théâtre  de  la  Monnaie).    -    Di- 


manche 8  avril,  à  i  h.  }^.  —  Première  partie  :  Ré- 
demption (déclamation,  soli,  chœur  et  orchestre), 
poème  symphonique  en  deux  parties  de  M.  Edouard 
Blau  (César  Franck)  :  l'Archange,  M"°  Lafargue;  le 
Récitant,  M.  Albert  Lambert.  —  Deuxième  partie  : 
Fragments  du  i«  acte  des  Maîtres  Chanteurs  de  Nu- 
remberg (Richard  Wagner). 

Berlin 

Opéra-Impérial.  —  Du  i'"''  au  8  avril  :  Falstaff.  Rhein- 
gold.  La  Walkyrie.  Les  Medici.  Siegfried  Cavalleria 
et  Carnaval  (ballet).  Le  Crépuscule  des  dieux.  Les 
Medici.  Falstaff. 

Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  -Le  Vice- Amiral. 


V""  Léopold  MURAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique) 

Vient  de  paraître  : 

D<!po«itairo  iini<|iie  pnar  la  Beleiqnc  de    l'Edition  Pa.Tne 

(partition  de  poche  pour  l.\  musique  de  chambre) 

FOLVILLE,  J.  Atala,  opéra  en  2  actes,  partition  réduites  pour  chant  et  piano,   net  fr.    lo  — 

DETHIER,  Gaston.  Romance  violon  et  piano        .......  3  — 

—                      La  même  pour  violoncelle  et  piano          ....          »  3  — 

RAGGHIANTI,  J.  Gavotte  et  musette  p^  instruments  à  cordes,  partit,  et  parties       >i  3  — 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  violon  et  piano »  3  i5 

—                 Berceuse  Scandinave,  violon  at  piano      .         .         .         .         »  2  5o 

Envoi     franco     dos     catalogue» 


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BRUXELLES 

Joso;^l:r  gn!  a.  t  .t  .  A.  "fît^  nng; 

Organiste  de  la  Cathédrale  et  Professeur  d'orgue  à  I'EcoIj  de  musique  d'Anvers 

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Nos  j_  Pastorale 

2.  Méditation 

3.  Marche  solennelle 

op.  21.   —  2«  LIVRAISON 

Nos  4.  Adoration 

5.  Canzona 

6.  Sortie  solennelle 

L'ouvrag-e  complet,  fr.  7,5o  net. 


OP.   22.  3^  LIVRAISON 

Nos  7.  Prière 

8.  Petite  fantaisie 

9.  Marche  triomphale 

OP.   23.   —  4'^  LIVRAISON 

Nos  10.  Cantilène 

1 1 .  Communion 

12.  Toccata,  finale 

Chaque  livraison,  fr.  2,5o  net 


FELIX     DREYSCHOCK 

l|   Andante  religioso,  transcription  p^  grand  orgue  par  Alexandre  Guilmant 
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3S4: 


LE  GUIDE  MUSICAL 


"Vienne 

Opéra-Impérial.  —  Du  i"  au  lo  avril  :  L'Ile  des  Si- 
rènes et  I  Paglianci.  La  Juive.  Le  Baiser  et  le  Diable 
au  pensionnat.  Guillaume  Tell.  Les  Contes  dorés.  Les 
Rantzau  et  Puppenfee.  La  Flûte  enchantée.  Le  Vais- 
seau-Fantôme. 

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L'E  GUIDE  MUSICAL 


355 


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356 


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Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten — Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

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SOMMAIRE 


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connue :  Proserpiiie  de  Camille  Saint- 
Saëns. 

Edmond  Vander  Straeten  :  Dieudonné 
Raick. 

Artistes  contemporains  :  Paul  Vidal. 

€l|rontquc  bt  la  Sfinainc  :  Paris  :  les  Béatitudes  de 
César  Franck  au  Conservatoire,  par  Hugues 
Imbert.  —  Concerts  divers. 

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Gillet,  E.  Douce   caresse,  pour  piano  .     »  2  00 
P"'  instr.  à  cordes  (p™  et  p''")  .     »  2  5o 
Tellam,  H.    Le  Corso    blanc,   polka- 
marche  pour  piano »  i  70 

Pr  piano  à  quatre  mains    ...»  2     » 

Pr  piano  et  violon  ou  mandoline     »  2     » 

Parties  d'orchestre ni» 

—  VegUone-Polka,  pour  piano      ...»  i  70 

Parties  d'orchestre  .     .     .     .     »     i     » 

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piano »     I  70 

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PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


40"  ANNÉE.  —  Numéro  16. 


i5  Avril  18 


Une    papLtitioi^    rr^^connue 

PROSERPINE 

DE 

Camille    SAINT-SAËNS 

ÉTUDE   ANALYTIQUE 

IIes  différentes  tentatives  théâtrales 
du  grand  musicien  qui  a  nom  Ca- 

^ mille  Saint-Saëns  n'ont  pas  été,  en 

général,  des  plus  heureuses.  Depuis  quatre 
ans  seulement,  Samson  et  Dalila,  cet  admi- 
rable chef-d'œuvre  si  longtemps  délaissé, 
a  pris  place  au  répertoire.  Phryiié,  char- 
mante bluette,  a,  seule,  de  prime  abord, 
captivé  la  faveur  du  public.  Quant  aux 
autres  partitions  du  maître,  depuis  la 
Princesse  Jaune  jusqu'à  Ascanio,  malgré 
nombre  de  choses  intéressantes,  malgré 
certaines  pages  absolument  supérieures, 
comme  le  quatuor  de  Henri  VIII,  par 
exemple,  elles  n'ont  jamais  pu  se  maintenir 
au  théâtre. 

Je  n'ai  pas  l'intention  de  rechercher  ici 
la  cause  de  cette  défaveur,  d'établir  si, 
dans  ces  échecs  successifs,  le  hbrettiste 
n'a  pas  une  part  considérable  ;  si,  de  son 
côté,  le  compositeur  n'a  pas  fait  fausse 
route  en  voulant  trop  concilier  parfois  l'an- 
cienne et  la  nouvelle  école.  Je  veux  simple- 
ment étudier  de  près  la  partition  qui,  après 
Samson  et  Dalila,  me  paraît  être  la  mieux 
venue  dans  la  série  des  opéras  de  M.  Saint- 
Saëns.  Cette  œuvre,  dont  l'insuccès  fut  ab- 
solument immérité,  reprendra,  j'en  suis 
persuadé,  un  jour  ou  l'autre,  la  place  qui 


lui  appartient.   Il  en  sera,  tôt  ou  tard,   de 
Proserpine  comme  de  Carmen. 

Si  le  travail  qui  suit  peut  ne  pas  être 
inutile  à  avancer  cette  heure,  je  m'estime- 
rai heureux  de  l'avoir  entrepris. 

Proserpine  fut  joué  à  l'Opéra-Comique, 
le  l5  mars  1887.  L'interprétation,  confiée 
à  M'""  Salla  et  Simonnet,  à  MM.  Taskin, 
Herbert,  Cobalet,  etc.,  etc.,  était  fort 
honorable.  Le  succès  fut  incertain.  Le 
second  acte  plut  beaucoup;  on  en  bissa 
même  le  finale,  mais  les  troisième  et  qua- 
trième actes,  —  les  plus  beaux  peut-être,  — 
laissèrent  le  public  froid.  La  presse,  tout 
en  constatant  l'immense  talent  du  maître, 
fit  de  nombreuses  réserves,  notamment  sur 
les  derniers  actes.  Bref,  cette  œuvre,  tour 
à  tour  charmante  et  passionnée,  ne  fut  pas 
comprise,  et  M.  Carvalho  la  retira  de 
l'affiche  après  quelques  représentations. 

Depuis  1887,  l'éducation  musicale  du 
public  a  fait  d'énormes  progrès.  Lohengrin, 
Samson  et  Dalila,  enfin  et  surtout  la  IVal- 
kyrie,  qui  a  marqué  le  triomphe  définitif  de 
l'art  M^agnérien  en  France,  ont  fait  sentir 
une  bienfaisante  influence.  Sans  aucun 
doute,  Proserpine  serait  accueillie  aujour- 
d'hui avec  faveur,  et  les  passages  les  plus 
critiqués  en  1887  seraient,  avec  raison, 
les  plus  admirés  maintenant. 

M.  Camille  Saint-Saëns,  en  prévision 
d'une  reprise  de  son  œuvre,  a  apporté 
quelques  changements  à  la  seconde  édition 
que  les  éditeurs  Durand  et  fils  viennent  de 
faire  paraître.  Ces  remaniements,  qui  por- 
tent sur  les  troisième  et  quatrième  actes, 
ne  sont  pas  tous  très  heureux.  Quelques- 
uns  mêmes  me  paraissent  regrettables. 

Avant  d'aborder  l'étude  de  la  partition, 
indiquons  d'abord  en  quelques  lignes  le 
sujet  du  poème.  Ensuite,  nous  entrerons  en 
même  temps  dans  les  détails  du  drame  et 
dans  ceux  de  la  partition. 


330 


LE  GUIDE  MUSICAL 


M.  Louis  Gallet  a  tiré  le  livret  de  Fro- 
serpine  d'une  pièce  de  M.  Auguste  Vac- 
querie.  Cette  œuvre,  écrite  du  temps  de  la 
jeunesse  du  poète,  alors  qu'il  était  l'un  des 
plus  brillants  satellites  de  Victor  Hugo,  est 
d'un  romantisme  quelque  peu  échevelé. 
M.  Louis  Gallet  a  légèrement  remanié  le 
drame  primitif  et  l'a  un  peu  adouci.  Mais 
la  pièce  de  M.  Vacqueriene  nous  importe, 
en  somme,  que  comme  première  inspira- 
trice de  la  partition  de  Saint-Saëns,  et  c'est 
le  sujet  de  celle-ci  qu'il  faut  narrer. 

La  scène  se  passe  en  Italie,  en  plein 
XVF  siècle.  Proserpine,  riche  et  belle  cour- 
tisane, aime  le  seigneur  Sabatino;  mais, 
consciente  de  sa  déchéance,  elle  garde 
secrètement  cet  amour  dans  son  cœur.  Le 
jeune  homme  lui  a  fait  la  cour;  elle  l'a 
repoussé,  car  elle  sent  bien  qu'il  ne  l'aime 
pas  ;  il  voudrait  la  posséder  comme  les 
autres,  pas  davantage.  Or,  Sabatino,  qui 
aime  la  sœur  de  son  ami  Renzo,  est  soumis 
par  celui-ci  à  une  épreuve  bizarre.  Peu 
confiant  en  la  vertu  trop  récente  de  Saba- 
tino, Renzo,  avant  de  lui  accorder  la  main 
d'Angiola,  lui  impose  l'obligation  de  prou- 
ver d'une  façon  éclatante  qu'il  n'existe 
entre  Proserpine  et  lui  aucune  relation. 
Sabatino  fait  à  la  courtisane  une  déclara- 
tion impertinente  et  se  fait  chasser  par  elle. 
Sur  ces  entrefaites,  le  bruit  du  prochain 
mariage  du  jeune  homme  parvient  aux 
oreilles  de  Proserpine.  Alors,  la  jalousie 
entre  dans  le  cœur  de  cette  femme,  qui 
pourtant  n'a  jamais  voulu  se  donner  à 
celui  qu'elle  aime.  Elle  attire  dans  un 
guet-apens  la  jeune  Angiola,  essaie  en  vain 
de  l'intimider  et  de  la  faire  renoncer  à  son 
mariage.  Ne  pouvant  rien  en  obtenir,  elle 
court  chez  Sabatino.  Là,  elle  se  roule  à 
ses  pieds,  s'oftVant  à  lui,  le  suppliant  de 
l'aimer,  ne  fût-ce  qu'une  heure.  Sabatino, 
qui  attend  sa  fiancée,  reste  inflexible. 
Celle-ci  arrive  à  son  tour.  Cachée  derrière 
une  tapisserie,  Proserpine  assiste  à  l'entre- 
tien des  deux  amoureux.  Furieuse,  elle  se 
rue  sur  Angiola,  le  poignard  à  la  main. 
Sabatino  l'arrête.  Elle  tourne  alors  son 
arme  contre  elle-même  et  se  tue.  Dans  la 
première  version,  Proserpine  frappait  An- 
giola et   était  tuée  ensuite  par  Sabatino, 


Le  nouveau  dénouement,  plus  rapide  que 
l'ancien,  me  paraît  préférable.  Tel  est,  dans 
ses  grandes  lignes,  le  poème  qui  a  inspiré 
la  partition  de  Saint-Saëns.  J'en  ai  négligé 
les  épisodes,  tour  à  tour  tendres,  comiques 
ou  terribles  ;  ce  sera  pour  tout  à  l'heure. 

Ce  livret,  malgré  ses  allures  de  mélo- 
drame, est  pourtant  le  meilleur  qui  soit 
échu  à  Saint-Saëns.  Le  compositeur,  et 
avec  raison,  a  renoncé,  cette  fois,  à  traiter 
un  sujet  historique.  Proserpitie  est,  en 
somme,  la  vieille,  l'éternelle  histoire  de  la 
courtisane  amoureuse.  Malgré  le  panache 
un  peu  romantique  arboré  par  les  person- 
nages, les  sentiments  qui  les  agitent  sont 
bien  humains,  leurs  passions  sont  de  tous 
les  temps.  Le  côté  que  j'appellerai  pure- 
ment décoratif  du  drame  n'a,  ici,  aucune 
importance  ;  le  côté  psychique  demeure, 
seul,  au  premier  plan.  Nous  allons  voir 
maintenant  comment  le  compositeur  l'a 
traduit. 

Wagnérien  de  la  première  heure,  M. Saint- 
Saëns  n'est  pas  resté,  du  moins  en  paroles, 
fidèle  à  ses  enthousiasmes  de  jadis.  Bien 
de  ses  admirateurs,  et  je  suis  de  ce  nombre, 
ont  souvent  été  attristés  par  certaines 
idées  émises,  durant  ces  dernières  années, 
par  le  grand  musicien,  à  qui  l'Art,  je  ne  dis 
pas  l'art  français,  mais  l'Art  tout  court,  est 
redevable  de  Savison  et  Daîila,  de  la  Danse 
macabre,  de  la  Symphonie  en  ut  mineur  et 
de  tant  d'autres  belles  œuvres.  Malgré  tout, 
M.  Camille  Saint-Saëns  est  trop  profondé- 
ment artiste  et  musicien  pour  que  ses  com- 
positions, —  en  général  du  moins,  aient 
été  atteintes  par  ses  boutades  d'écri- 
vain. Proserpine,  notamment,  montre  que 
le  compositeur,  tout  en  n'abdiquant  jamais 
sa  personnalité,  n'en  a  pas  moins  subi 
d'une  façon  considérable  l'impression  du 
maître  de  Bayreuth,  puisqu'il  a  suivi,  dans 
sa  partition,  les  préceptes  principaux  du 
grand  réformateur  :  la  fusion  du  drame  et 
de  la  musique  et  l'emploi  des  Leitmotive. 

De  même  que  je  l'ai  fait  pour  une  œuvre 
précédente  (i)  du  même  auteur,  je  vais 
essayer  de  fixer  la  signification  des  thèmes 


(i)  Etienne   Destkanges.    Samson  et  DalUa.    Etude 
analytique.  —  G.  Fischbacher,  éditeur,  Paris. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


361 


conducteurs    de    Proserpiue    et  d'indiquer 
leurs  retours  et  leurs  transformations  dans 
la  marche  du  drame. 
(A  suivre)         Etienne  Destranges. 


DiEUDONNÉ  RaICK 

ÉPISODES    DE    LA    VIE 
DE    CE    GRAND     CLAVECINISTE     BELGE 

I74I-I757 


lAiCK  passait  pour  un  maniaque  et 
l'était  en  effet. 

Successivement,  il  se  mit  à  dos 
les  chanoines  d'Anvers,  de  Lou- 
vain  et  de  Gand,  qui  l'avaient  accueilli 
dans  leurs  cathédrales,  à  titre  d'organiste 
exceptionnel. 

L'église  de  Saint-Bavon,  à  Gand,  l'eût 
c:,rirdéadfiiicin,  en  dépit  de  ses  intolérances, 
si  son  humeur  versatile  ne  l'eût  ramené  à 
Anvers,  captivé  par  de  sérieux  avantages 
pécuniaires. 

Il  fut  installé  à  Gand  en  1741,  suivant 
les  registres  officiels  qu'il  m'a  été  donné  de 
compulser  attentivement. 

Après  l'examen  de  son  certificat  et  l'au- 
dition de  son  excellente  méthode  de  jouer, 
l'artiste  de  Saint-Pierre,  à  Louvain,  fut 
admis,  à  titre  d'organiste  de  la  cathédrale 
de  Saint-Bavon,  à  des  émoluments  consi- 
dérablement majorés.  Il  ne  tarda  pas  à  être 
élevé  au  chapelinat  et  à  être  rétribué,  d'une 
façon  spéciale,  comme  chef  d'une  école 
d'orgue. 

Après  une  série  d'années ,  l'ennui  le  gagne , 
et  ses  fonctions  officielles  s'en  ressentent 
vivement. 

Ce  qui  met  les  chanoines  en  courroux, 
plaide,    toutefois,    entièrement    en  sa  fa- 


II  se  complaisait,  durant  les  offices,  à  se 
livrer  à  des  improvisations  intempestives 
et  interminables.  Or,  ses  maîtres  ne  l'enten- 
daient point  ainsi  :  il  leur  fallait  des  séances 
réglées  sur  l'horloge. 

Le  verbe  latin  protraliere,  employé  par  le 
scribe,  caractérise  pittoresquement  ces 
séances,  marquées  par  de  vraies  inspira- 
tions. Si  elles  exaspéraient  les  chanoines, 
elles  charmaient,  en  revanche,  le  pubhc, 
qui  savourait  ces  exécutions  note  par  note. 

Raick  reste  décidément  incorrigible,  et 
les  admonestations  pleuvent. 

Pour  s'y  soustraire,  il  demande  à  tout 
instant  des  congés,  pour  visiter  la  ville  dont 
il  est  originaire  :  Liège. 

Ses  supérieurs,  subjugués  enfin  à  leur 
tour  par  les  exécutions  magistrales  de  leur 
organiste,  cherchent,  par  tous  les  moyens 
possibles,  à  l'empêcher  de  chercher  un 
autre  service. 

Ainsi,  l'emploi  de  grand  vicaire  étant 
devenu  vacant,  le  chapitre  de  Saint-Bavon 
le  lui  offre  avec  empressement. 

A  son  tour,  l'artiste  lui  fait  une  gracieu- 
seté, en  lui  dédiant  une  composition  de  sa 
façon  à  l'usage  du  chœur.  Il  reçoit,  pour 
ce  don,  la  somme  de  sept  florins. 

L'œuvre  appartient  à  l'année  1756,  mar- 
quéeparune  série  d'admirables  publications 
pour  le  clavecin. 

Pendant  que  cet  échange  gracieux  a  lieu, 
Raick  négocie  son  retour  à  Anvers. 

Le  16  décembre  1757,  il  fait  convoquer 
le  chapitre  gantois,  et  lui  remet  sa  démis- 
sion honorable,  en  le  priant  de  vouloir  le 
conserver  dans  son  emploi  jusqu'à  la  fin  de 
janvier  1758;  ce  qui  lui  est  concédé. 

Et  le  voilà  de  nouveau  en  route  pour 
Anvers  ! 

Son  remplaçant,  à  Saint-Bavon,  à  Gand, 
est  Joseph  Boutmy,  qui  a  laissé  des  traces 
marquantes  de  son  talent  de  claveciniste. 

Pour  Raick,  la  série  d'œuvres  pour  cla- 
vecin qu'il  fit  graver  pendant  son  séjour  à 
Gand,  et  qui  sont  d'une  rareté  excessive, 
suffirait  à  éterniser  sa  mémoire  : 

Six  petites  suites  de  clavecin,  flîîte  ou  vio- 
la)!, —  Trois  sonates  de  clavecin,  —  Six 
suites  de  clavecin,  —  Deuxième  livre  de  cla- 


362 


LE  GUIDE  MUSICAL 


vecin,  dédié  à  l'évêque  de  Tournai,  etc.,  etc. 

Cette  dernière  œuvre  renferme  une  Sici- 
lienne que  je  n'hésite  point  à  taxer  de  vrai 
chef-d'œuvre. 

Ecoutez-la,  cette  inspiration  aux  con- 
tours larges  et  harmonieux  !  Que  de  dou- 
leurs inquiètes,  que  de  larmes  coulant  en 
flots  émus  et  pressés  ! 

«  C'est,  dis-je  ailleurs  (i),  la  complainte 
d'un  cœur  ulcéré,  le  cri  d"alarme  d'une 
nature  tourmentée  aspirant  à  de  meilleures 
destinées  et  contrainte  pourtant  à  se  rési  - 
gner  fatalement.  Il  y  a  aussi  de  la  résigna- 
tion, et  une  sorte  de  mens  divinior  lui  fait 
entrevoir,  semble-t-il,  dans  un  prisme  loin- 
tain, la  possibilité  d'une  destinée  plus  heu- 
reuse. Cette  Sicilienne  a  dû  écraser,  en  un 
mot,  tout  ce  qui  a  paru  en  ce  genre,  à 
l'époque  où  elle  fit  son  apparition  fulgu- 
rante dans  le  monde  musical.  » 

Raick  mourut  vers  la  fin  de  novembre 
1764.  Il  était  réinstallé  dans  ses  anciennes 
fonctions  à  Anvers,  le  25  décembre  1767. 

Sa  dernière  composition,  empreinte  d'une 
sorte  de  nostalgie  fiévreuse,  a  vu  le  jour  à 
Gand. 

Conséqueniment,  ce  chant  de  cygne  de 
l'artiste  doit  dater  d'une  année  ayant  pour 
limites  extrêmes  I753  et  1757. 

Edmond  Vander  Straeten. 


Hrtistcs  (Contemporains 

PAUL     YIDAL 

Méridional,  mais  blond,  jeune,  vmgt-neuf 
ans.  Comme  Gailhard,  l'auteur  du  livret  de  la 
Maladetta,  originaire  de  Toulouse.  Y  a  fait 
ses  premières  études  musicales,  très  brillantes. 

Arrive  à  Paris,  à  quinze  ans,  entre  au  Con- 
servatoire, travaille  le  piano  avec  Marmontel, 
riiarmonie  avec  Durand,  la  composition  avec 
Massenet,  chez  qui  il  a  comme  condisciples 
Chapuis,  Bruneau,  Pierné.  Obtient  le  prix  de 
Rome  en  i883,  avec  sa  cantate  le  Gladiateur. 

Pendant  son  séjour  en  Italie,  compose  une 
légende  dramatique,  Saint-Georges,  et  une 
symphonie,  Jeanne  d'A  rc. 

Son  bagage  musical  est  déjà  considérable  : 
musique  de  scène  pour  le  Baiser,  de  Th.  de 
Banville;  pour  la  Reine  Fiametta,  de  Mandés; 
Pierrot  assassin  de  sa  femme,  et  Colombine 
pardonne'e,  de  Margueritte;  Matagan,  d'Em. 
Moreau;  la  Révérence,  de  Corbeiller.  Pour  le 
théâtre  des  marionnettes,  la  musique  de  Noël, 
de  Maurice  Bouchor  ;  Y  Amour  aux  Enfers, 
d'Amédée  Pigeon.  Au  théâtre  des  Nouveautés, 
la  Chanson  du  Tsigane,  opérette  en  un  acte  ; 
la  Folie  de  Pierrot.  Aux  Bouffes-Parisiens, 
Eros,  fantaisie  lyrique.  Dans  ses  cartons, 
possède  encore  Madame  Roland,  opéra  en 
quatre  actes,  et  Judith,  drame  lyrique  en  trois 
actes. 

Chef  du  chant  à  l'Opéra,  où  il  est  entré  en 
i88q  comme  sous-chef  des  chœurs. 


CHRONIQUE  DE  LA    SEMAINE 


PARIS 

^?^/ïpf  PRÈS  les  succès  des  Béatitudes  aux  con- 
,7^^  ^^^^^  Colonne,  de  l'opéra  Hulda  au 
(^J^  théâtre  de  Monte-Carlo,  voici  le  Con- 
servatoire qui  a  donné  une  exécution  parfaite 
de  fragments  de  ces  Béatitudes,  l'œuvre  la 
plus  importante  du  maître,  une  de  celles  qu'il 
choyait  tout  particulièrement.  Juste  retour  des 

(i)  Musique  aux  Pays-Bas^  tome  IV,  où  je  décris  et  élu 
die  l'œuvre  de  Raick,  avant  d'avoir  pu  mettre  la  main 
sur  les  notes  biographiques  ci-dessus. 


choses  d'ici-bas  !  le  triomphe  arrive,  alors  que 
le  modeste  créateur  a  disparu.  Le  public  delà 
salle  de  la  rue  Bergère,  si  réservé  pour  les 
œuvres  à  tendances  nouvelles,  a  fait  un  cha- 
leureux accueil  à  ce  bel  oratorio,  dans  lequel 
la  musique  traduit  en  un  langage  si  noble  et  si 
élevé  les  textes  sacrés.  Oui!  c'est  une  fière 
œuvre  d'artiste,  une  de  ces  grandes  pages  où 
ce  fanatique  de  J.-S.  Bach  a  mis  tout  son 
cœur  et  toute  sa  science.  Elle  est,  à  elle  seule, 
la  plus  parfaite  expression  du  talent  de  César 
Franck,  celle  où  l'inspiration  et  la  forme  sont 
adéquates.    Bien    que     très    longuement    dé- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


363 


veloppée,  puisque  son  exécution  intégrale 
n'exige  pas  moins  de  deux  heures  et  demie,  elle 
n'engendre  pas  la  monotonie  ou  la  lassitude 
qu'amènent,  il  faut  bien  le  dire,  certaines  pages 
du  maître. 

La  Société  des  concerts  avait  déjà  fait  enten- 
dre la  sixième BéatiiudelesS  et  i5 janvier  1882. 
Dans  les  séances  des  8  et  i5  avril  1894,  elle  a 
donné  le  prologue,  puis  les  quatrième,  cin- 
quième et  huitième  Béatitudes.  Nous  ne  re- 
viendrons pas  sur  les  beautés  que  renferment 
ces  pages,  poétique  paraphrase  de  l'Evangile, 
d'après  le  poème  de  M^e  Colomb;  nous  les 
avons  déjà  signalées  lors  de  l'exécution  com- 
plète de  l'œuvre,  au  concert  Colonne  du 
tg  mars  1893.  Il  suffira  de  signaler  le  soin  que 
M .  Taffanel  a  mis  à  présenter  dans  leur  plus  beau 
jour  les  fragments  inscrits  au  programme.  L'or 
chestre  a  exécuté  avec  une  chaleur  communi- 
cative  des  pages  où  la  richesse  harmonique  ne 
le  cède  en  rien  à  l'inspiration.  Quant  aux  soli. 
nous  n'aurons  qu'à  citer  les  noms  de  M"e  E. 
Blanc,  MM.  Saléza,  Delmas  et  Auguez  pour 
indiquer  la  maîtrise  de  l'interprétation. 

Le  programme  comportait  encore  la  sym- 
phonie en  ut  majeur,  celle  où  le  maître  de 
Bonn,  s'élançant  à  la  suite  d'Haydn  et  de  Mo- 
zart, laisse  pressentir  les  innovations  géniales 
qui  en  ont  fait  le  Titan  de  la  musique  instru- 
mentale, et  l'ouverture  de  Rny  Blas,  qu'avait 
écrite  Mendelssohn  à  l'occasion  de  la  première 
représentation  du  drame  de  Victor  Hugo  à 
Leipzig,  en  mars  i838.       Hugues  Imbert. 


M.  Guilmant  a  donné  son  deuxième  concert 
d'orgue  le  5  avril.  Comme  toujours,  le  pro- 
gramme était  très  attrayant  et  l'exécution  a  été 
des  plus  remarquables.  Bach  et  Hsendel  for- 
maient le  morceau  de  résistance  ;  à  tout  sei- 
gneur tout  honneur.  M.  Guilmant  a  exécuté 
deux  chorals  de  Bach,  qu'il  donnait  pour  la 
première  fois,  avec  une  superbe  maestria. 
L'orchestre  si  bien  dirigé  par  M.  Gabriel  Marie 
l'a  accompagné  pour  la  sinfonia  de  la  qua- 
rante-neuvième cantate  de  J.-S.  Bach  et  le 
quatorzième  concerto  pour  orgue  et  orchestre 
de  Hœndel.  Parmi  les  autres  morceaux  enten- 
dus à  ce  concert,  citons  deux  nouveautés  :  un 
thème  avec  variations  pour  orgue  de  T.-T.  No- 
ble, et  une  Marche  nuptiale  de  H.  Keival, 
deux  pièces  intéressantes  fort  bien  rendues  par 
M.  Guilmant.  La  partie  vocale  était  tenue  par 
Mlle  Lavigne,  qui  a  chanté  à  ravir  un  air  du 
Messie  et  une  mélodie  de  R.  Schumann,  et 
par  M.   Caron    (de  l'Opéra),  qui   a  fort  bien 


exécuté  un  chant  sacré  de  J.-S.  Bach,  Vergiss 
mein  nicht.  Le  piano  d'accompagnement  était 
tenu  avec  beaucoup  d'autorité  par  M.  de  la 
Tombelle.  En  somme,  grand  succès  pour  la 
musique  et  les  exécutants  qui  ont  été  vigoureu- 
sement applaudis.  H.  Dubief. 
<$> 

La  Suite  pour  piano  de  Paul  Lacombe  a 
été  exécutée,  avec  le  plus  vif  succès,  par 
M.  J.  Philipp,  à  la  dernière  séance  donnée  à 
la  salle  Pleyel  par  la  Société  d'art.  Voilà  une 
page  écrite  par  un  compositeur  d'un  réel  tem- 
pérament! On  a  admiré  également  le  talent 
d'une  charmante  et  remarquable  pianiste, 
M 11'=  Ruckert,  qui  a  exécuté  avec  un  brio 
étonnant  Islena  de  Saint-Saëns,  et  la  deuxième 
Valse  Caprice  de  Philipp.  Le  trio  de  M.  Paul 
Viardot,  joué  par  MM.  J.  Philipp,  Marthe  et 
l'auteur,  a  surtout  des  qualités  mélodiques  ;  on 
a  applaudi  l'adagio.  Le  violoncelliste,  M.  Mar- 
the, a  fait  entendre  deux  charmants  morceaux 
de  M.  Van  Goens  :  deuxième  berceuse  et  Ma- 
zurka. 

Les  excellents  quartettistes  de  la  Trompette, 
Marsick,  Hagot,  Laforge  et  Lœb,  nous  ont 
donné  la  semaine  dernière  une  exécution  par- 
faite du  quatuor  en  ré  mineur  de  Mozart,  une 
œuvre  admirable,  toute  d'élégance  et  de  grâce. 
Le  public  si  connaisseur  de  la  Trompette  n'a 
pas  écouté  avec  moins  d'intérêt  un  Quintette  de 
Brahms  dont  le  hnale  seul  a  paru  long.  Le 
premier  morceau  et  l'andante  contiennent  de 
larges  phrases  qui  s'envolent  bien,  des  sono- 
rités pleines  et  habilement  contrastées  ;  le  troi- 
sième mouvement  est  un  allegro  plein  de  fran- 
chise et  de  feu   dont  les    idées    se  pressent  et 

s'enchaînent    dans    une   belle  ordonnance 

malgré  tout,  cependant,  on  regrette  cette  poésie 
profonde,  cet  au-delà  mystérieux  qui  se  ren- 
contrent dans  le  Quintette  de  Schumann. 

Diémer  a  remporté  un  succès  de  virtuosité 
dans  le  dix-septième  Nocturne  de  Chopin  et  la 
quatrième  rapsodie  de  Liszt.  Plus  qu'aucun, 
nous  admirons  cette  pure  technique  ;  mais  la 
rapsodie  gagnerait  à  être  jouée  avec  plus  de 
fougue.  Quant  au  Nocturne,  Diémer  le  choisit 
sans  doute  pour  nous  montrer  son  égalité  de 
doigts  dans  le  retour  du  thème  agrémenté  de 
trilles  !  De  fait,  c'est  un  morceau  teniblement 
démodé. 

Mme  Duvernoy- Viardot,  dont  la  voix  et  la 
méthode  sont  justement  célèbres  a  chanté  avec 
Mme  Gramaccini  et  MH^  Ador  un  trio  de  Ch. 
Lefebvre.    Cette    musique   est    gracieuse;    la 


364 


LE  GUIDE    MUSICAL 


trame  en  est  légère  à  côté  d'un  trio  d'Elie,  de 
Mendelssohn,  dont  il  faut  admirer  le  style  poly- 
phonique et  magistral. 

Nous  n'en  dirons  pas  autant  du  sextuor 
d'Alary,  pour  piano  et  voix  traitées  comme 
instruments  ;  non  pas  que  cette  œuvre  soit  mal 
écrite,  mais  elle  manque  de  lien  et  de  caractère. 
Pas  une  harmonie  un  peu  piquante  !  Pas  la 
moindre  fantaisie  dans  les  rythmes!  C'est 
encore  du  sous-Gounod.  Du  moins  ce  sextuor 
a-t-il  le  mérite  d'ouvrir  une  voie  nouvelle,  d'in- 
diquer une  combinaison  musicale  d'un  effet 
curieux  et  intéressant.  Rayval. 

Bien  que  le  printemps  ait  mis  fin  aux 
grandes  auditions  symphoniques,  les  amateurs 
OQt  encore  de  nombreuses  occasions  de  satis- 
faire leur  passion  pour  la  musique.  De  nou- 
velles séances  s'organisent  tous  les  jours, 
séances  souvent  intimes,  attirant  un  public  res- 
treint qui,  s'il  n'est  pas  toujours  compétent  en 
la  matière,  n'a  pas  de  grandes  exigences  et  dis- 
tribue ses  bravos  à  tort  et  à  travers,  interrom- 
pant ainsi,  pour  reposer  son  imagination  et 
trouver  de  nouveaux  sujets  de  causerie,  le  ba- 
vardage incessant  qui  accompagne  l'exécution 
de  chaque  œuvre. 

Lundi  passé,  M.  Louis  Magdanel,  violoncel- 
liste, se  faisait  entendre,  avec  MM.  J.  Philipp 
et  Hayot,  dans  la  petite  salle  Erard.  Ce  der- 
nier n'est  pas  un  artiste  vulgaire.  Outre  les 
qualités  que  l'on  est  en  droit  d'exiger  de  toute 
personne  qui  se  dit  violoniste,  et  qui  consti- 
tuent la  partie  matérielle  du  talent,  M.  Hayot 
possède  toutes  les  ressources  d'un  bon  musi- 
cien. Il  comprend  la  musique  et  interprète  la 
pensée  et  les  sentiments  de  l'auteur,  si  l'on  en 
juo'e  par  le  bel  enthousiasme  dont  il  a  fait 
vivre  la  sonate  de  César  Franck.  L'exécution 
du  trio  en  la  mineur  de  Lalo  confirme  cette 
opinion. 

Le  jeu  sympathique  de  M.  J.  Philipp  est 
familier  au  public.  Le  pianiste  jouait  deux 
morceaux  de  sa  composition,  une  Barcarollc 
et  un  Caprice.  Le  dernier  ne  manque  pas  de 
fraîcheur  ;  la  facture  en  est  spirituelle  et  ne 
lasse  pas  l'attention  de  l'auditeur,  comme  tant 
de  pages  modernes  écrites  pour  le  clavier. 

Telle  était  la  partie  intéressante  du  pro- 
gramme qui  comprenait  encore  trois  pièces 
pour  violoncelle  et  piano,  de  MM.  Widor  et 
Delsart.  Une  exécution  soignée  leur  eût  donné 
un  peu  d'allure,  mais  cet  élément  faisait  défaut. 
Les  sons  que  M.  Magdanel  parvient  à  tirer  de 
sa   basse  sont  à  peine  perceptibles.   C'est  la 


conséquence  naturelle  d'une  position  qui  est 
sujette  à  critique.  La  main  gauche  est  absolu- 
ment défectueuse,  et  M.  Magdanel  s'obstine  à 
ne  se  servir  que  du  talon  de  l'archet,  qui  ne  fait, 
d'ailleurs,  qu'effleurer  craintivement  les  cordes 
de  l'instrument. 

Pour  être  sincère  et  juste,  il  faut  cependant 
féliciter  M.  Magdanel  d'avoir  organisé  cette 
séance,  qui  sera  bientôt  suivie  d'une  seconde, 
et  qui,  à  part  les  réserves  que  l'on  vient  de  lire, 
n'était  pas  dénuée  d'intérêt. 

La  date  de  la  première  de  Falstajfà.  l'Opé- 
ra-Comique  est,  jusqu'à  nouvel  ordre,  fixée  au 
lundi  i6  avril. 


BRUXELLES 

C^^T'est,  je  crois,  M.  René  de  Récy,  qui  avait 
Ifer  ^'^  jour  appelé  César  Franck  «le  docteur 
^^^^  angélique  de  la  musique  ».  Le  mot  est 
charmant  et  d'une  justesse  frappante,  car  il 
caractérise  heureusement  le  génie  propre  du 
maître  que  d'autres,  dans  un  élan  touchant 
mais  un  peu  imprudent  d'admiration  recon- 
naissante, comparent  à  Jean  Sébastien  Bach. 
L'œuvre  de  César  Franck  est  trop  inégal 
pour  supporter  une  pareille  comparaison  ;  ce 
qui  lui  assure  une  place  à  part  dans  l'art  con- 
temporain, c'est  l'exquise  simplicité  d'âme  qu'il 
révèle,  la  chasteté  spirituelle  qui  respire  par- 
tout en  lui,  la  qualité  surfine  du  sentiment 
dont  il  s'imprègne  et  qui  l'élève  très  haut, 
certes,  au-dessus  de  tant  de  compositions  con- 
temporaines dont  la  sensualité  banale  a  assuré 
le  succès  de  mauvais  aloi,  alors  que  celles  de 
César  Franck  étaient  systématiquement  igno- 
rées. Pour  lui  aussi,  l'heure  de  la  justice  a 
sonné  le  jour  où  il  est  mort.  Vainement,  il 
avait  frappé  à  toutes  les  portes  de  son  vivant. 
Je  me  rappelle  encore  sa  visite  à  Bruxelles, 
pour  chercher  à  y  faire  accepter  son  opéra 
Hulda,  au  théâtre  de  la  Monnaie,  qui  le  lui 
refusa.  Je  le  rencontrai,  le  soir,  calme,  sou- 
riant comme  toujours,  parfaitement  résigné,  ne 
laissant  paraître  aucune  amertume,  exprimant 
à  peine  un  modeste  regret,  et  trouvant  même 
d'excellentes  raisons  pour  s'expliquer  à  lui- 
même  et  aux  autres  le  motif  de  l'échec  qu'il 
venait  d'essuyer.  Il  n'y  avait  rien  en  lui  d'une 
âme  armée  pour  la  lutte  ;  sa  résistance  était 
passive  ;  il  poursuivait  son  rêve  d'art,  sans 
rien  éprouver  en  apparence  des  cruautés  de  la 


LE  GUIDE  MUSICAL 


365 


vie,  planant  au-dessus  des  réalités,  bercé  par 
les  harmonies  qui  le  hantaient.  Il  avait  la 
quiétude  des  saints,  dont  rien  ne  trouble  les 
contemplations  extatiques.  S'il  est  entré  dans 
la  gloire,  c'est  grâce  à  l'ardeur  de  ses  disciples. 
Cet  isolé  est  aujourd'hui  le  maître  le  plus 
piôné.  Lui  qu'on  ne  voulait  jouer  nulle  part, 
on  le  joue  partout  maintenant.  A  Paris,  à 
Liège,  à  Bruxelles,  en  une  semaine,  il  a  eu 
plus  d'exécutions  que  pendant  les  dix  der- 
nières années  de  sa  vie  tout  ensemble.  Combien 
lamentable,  à  ce  point  de  vue,  la  destinée  de 
pareils  maîtres  ! 

Tandis  qu'à  la  Société  des  Concerts  de  Paris 
et  à  Liège  au  Conservatoire,  on  entendait  ses 
Béatitudes,  M.  Joseph  Dupont  nous  donnait 
en  l'avant-dernière  matinée  des  Concerts  popu- 
laires, l'oratorio  Rédemption.  Ce  n'est  point 
son  œuvre  capitale  et  ses  Béatitudes  sont  de 
dimensions  plus  développées  en  même  temps 
que  d'aspiration  plus  haute.  On  vous  a  dit  ici 
même  dans  quelles  circonstances  fut  composé 
ce  «  poème-symphonie  » ,  c'est  ainsi  que  César 
Franck  intitule  son  œuvre;  je  me  borne  à  ren- 
voyer mes  lecteurs  à  l'article  sur  César  Franck 
de  M.  Georges  Servières  (i)  et  au  charmant 
portrait  du  maître,  que  M.  Hugues  Imbert 
vient  de  donner  dans  son  nouveau  volume  de 
Portraits  et  Etudes  (2).  L'œuvre  est  conçue 
dans  la  forme  du  Désert  l'ode-symphonie  de 
Félicien  David,  un  genre  hybride  qui  tient  le 
milieu  entre  la  cantate  et  l'oratorio.  Des  parties 
de  déclamation  se  mêlent  à  la  symphonie  or- 
chestrale et  vocale.  Si  le  parlé  choque  au 
théâtre,  il  est  plus  gênant  encore  dans  la  salle 
de  concert.  On  n'est  jamais  complètement  sous 
l'impression  poétique,  ni  tout  à  fait  imprégné 
de  l'atmosphère  musicale.  Si  les  paroles  ne 
disent  pas  assez,  la  musique  en  dit  trop,  ou  réci- 
proquement. L'ensemble  a  quelque  chose  de 
factice. 

L'œuvre  a  d'ailleurs  peu  d'originalité  en  soi, 
et  quelques  pages  sont  simplement  banales  ; 
les  chœurs  d'hommes  du  début  et  plus  encore 
le  chceur  :  Seigneur,  oublie  l'erreur  et  la  folie, 
dont  le  rythme  est  d'une  allure  presque  triviale 
et  la  mélodie  sans  expression.  Ce  qui  est, 
en  revanche,  délicieux  de  facture  et  d'inspi- 
ration c'est  la  partie  mj'stique,  les  chœurs 
d'anges,  les  voix  du  ciel  qui  apportent  aux 
hommes  les  paroles  de  foi,  d'espérance  et  de 
consolation.  Elles  ont  un  charme  de  pureté, 
une  ténuité  de  lignes,  une  grâce  ingénue  uni- 

(i)  Guide  Musical  du  dimanche  !<>''  avril. 
(2)  Paris,  librairie  Fischbacher. 


ques  et  de  la  plus  rare  poésie.  Là  est  le  vrai 
Franck,  bien  personnel  et  tout  à  fait  à  part 
dans  la  pléiade  des  maîtres  contemporains.  Nul 
n'a,  comme  lui,  fait  chanter  l'enfance,  les 
anges,  les  vierges,  les  âmes  candides  et 
blanches.  Il  semble  même  que  toute  exécution 
doive  nécessairement  matérialiser  la  pureté  de 
l'inspiration,  tant  elle  est  délicate  et  fine  :  et 
voilà  pourquoi  je  trouve  si  ju.ste  l'appellation  de 
«  docteur  angélique  »  donnée  par  M.  de  Récy 
à  ce  moderne  Saint-Thomas  d'Aquin. 

C'a  été  une  artistique  pensée  de  M.  Joseph 
Dupont  de  nous  faire  entendre  cette  œuvre  dé- 
licate et  charmante,  en  somme,  si  éloignée,  en 
sa  chasteté  naïve,  de  toutes  les  compositions 
religioso-mondaines  que  l'art  français  nous  a 
données  depuis  un  quart  de  siècle.  M.  Joseph 
Dupont  s'était  assuré  le  concours  du  Choral 
mixte  (i),  dont  c'était  les  débuts  aux  Concerts 
populaires  ;  de  M.  Albert  Lambert,  de  la  Comé- 
die-Française, qui  a  dit  le  poème  d'Ed.  Blau,  et 
de  Mlle  Lafargue,  de  l'Opéra  de  Paris,  dont  on 
a  fort  admu'é  la  voix  chaude  et  bien  timbrée. 

L  concert  s'est  terminé  par  l'exécution  de 
fragments  des  Maîtres  Chanteurs  :  prélude  du 
troisième  acte,  marche  et  chœurs  des  métiers, 
valse  des  apprentis,  choral  de  Sachs  et  chœur 
final.  C'est  une  sélection  fort  intelligemment 
comprise,  qui  groupe  heureusement  en  un  en- 
semble mouvementé  les  pages  les  plus  écla- 
tantes de  ce  merveilleux  et  incomparable 
poème  scénique. 

Exécution  très  soignée,  pleine  de  verve  et 
d'entrain.  Après  les  colorations  éthérées  de  la 
partition  de  Franck,  ces  pages  et  si  chaudes 
,et  si  ardentes  de  vie  ont  produit  sur  l'auditoire 
un  effet  extraordinaire.  Comme  Faust,  après 
le  chant  de  Pâques,  on  a,urait  pu  s'écrier  : 
Die  Tlirisnc  qiiiUt,  die  Erde  hat  mich  wieder! 
(Mes  larmes  ont  coulé,  la  terre  m'a  reconquis!) 

Entre  les  deux  parties,  l'auditoire  a  fait  à 
M.  Joseph  Dupont  une  longue  et  chaleureuse 
ovation,  dont  le  sens  n'a  pu  échapper  à  ceux 
qui  veulent  comprendre  ce  qu'elle  signifiait. 

M.    KUFFERATH. 

P. -S.  —  Au  dernier  concert  populaire, 
M.  Joseph  Dupont  fera  entendre  la  Damnation 
de  Faust  de  Berlioz. 

La  société  allemande  «  Deutscher  Masnner- 
gesangverein  und  Frauenchor  »  donnait,  samedi 
dernier,  son  second  concert  annuel,  avec  le 
concours   de  M'i"  J.  Kempees,  cantatrice,  de 

(.1)  Directeurs,  MM.  S.  Carpay  et  L,  Soubre. 


366 


LE  GUIDE  MUSICAL 


MM.  L.  Van  Cromphout,  pianiste,  etArvesen, 
violoniste. 

M"^  Kempees  avait  été  entendue  récemment 
au  concert  dirigé  par  Siegfried  Wagner;  son 
organe  avait  paru  insuffisant  dans  le  finale 
de  Tristan.  Le  concert  de  samedi  lui  a  été 
éminemment  favorable,  et  elle  y  a  obtenu  un 
franc  et  mérité  succès.  Voix  pure  et  bien 
timbrée,  interprétation  intelligente  et  du  plus 
beau  style;  Mi'e  Kempees  a  témoigné  de  toutes 
ces  qualités  dans  l'air  du  Taniihœuser,  deux 
mélodies  de  Franz  et  de  Schumann  et  une 
ravissante  Sérénade  de  Richard  Strauss,  le 
jeune  et  célèbre  compositeur  allemand. 

M,  Van  Cromphout,  c'est  l'interprète  si  émi- 
nemment artiste  et  poète  que  nous  n'entendons 
que  trop  rarement.  Peu  possèdent  une  con- 
centration, un  sentiment  plus  profonds  et 
plus  intimes;  on  ne  peut  l'écouter  sans 
émotion  ;  il  nous  a  donné  la  Chanson  du  prin- 
temps de  Henselt,  la  Polonaise  en  la  bémol  de 
Chopin  et  V Etude  pour  la  main  gauche  du 
même;  ce  dernier  morceau  surtout  a  été  joué 
avec  un  charme  infini.  Regrettons  seulement 
que  M.  Van  Cromphout  ne  nous  ait  pas  fait 
entendre  une  des  sonates  de  Beethoven,  qu'il 
interprète  merveilleusement. 

M.  Arvesen  a  joliment  phrasé  la  romance 
de  Svendsen,  une  composition  pour  violon  seul 
de  Ole  Bull  et  \&  Sonate  en  ut  mineur  deGrieg, 
Sentiment  délicat  et  fin,  sonorité  un  peu 
menue. 

Les  chœurs  interprétés  par  les  membres  du 
«  Verein  »  constituaient  le  fond  du  programme. 
On  a  particulièrement  remarqué  une  œuvre  en 
deux  parties  de  Beethoven,  Mer  calme  et 
Heureuse  traversée.  La  première  partie,  Mer 
calme,  est  d'une  grandeur  et  d'une  majesté  ab- 
solument incomparables.  Nous  avons  eu  en- 
core par  les  voix  d'hommes  un  charmant  chœur 
de  Mendelssohn,  Chanson  à  boire  turque,  et 
le  chœur  des  Prisonniers  de  Fidelio,  chanté 
avec  beaucoup  de  délicatesse  et  d'intentions. 
Les  dames  nous  ont  fait  entendre  un  Ave 
Maria  de  Brahms,  œuvre  d'un  sentiment  smiple 
et  d'une  couleur  harmonique  parfois  curieuse. 
Tous  ces  chœurs  ont  été  très  bien  rendus,  sous 
l'excellente  direction  de  M.  L.  Wallner,  le 
savant  et  artiste  dirigent  de  la  Société, 
auquel  revient  tout  l'honneur  de  cette  interpré- 
tation. Un  joli  chœur  de  Haydn  pour  voix 
mixtes,  Contre  l'orgueil,  terminait  la  séance. 

E.  C. 

Soirée  musicale  very  selected  lundi  dernier. 


chez  M"^  Nora  Bergh.  On  y  a  entendu  quelques- 
unes  de  ses  meilleures  élèves.  Au  hasard  de 
l'audition,  notons  :  M"'=  A.  Olivier,  qui  a  joué 
d'une  manière  très  correcte  la  Sonate  en  ut  ma- 
jeur (à  Joachim)  de  Brahms;  Mi><=  de  Facqz, 
qui  a  fait  preuve  de  grand  talent  dans  l'inter- 
prétation du  Nocturne  en  re  bémol  mineur  de 
Chopin  ;  M''^  F.  de  Rote,  qui  a  joué  le  Scherzo 
en  si  bémol  mineur  de  Chopin  ;  M""  Kœnigs- 
werther,  de  Burbure,  Despret,  De  Mot,  qui  ont 
autant  que  les  précédentes  fait  entrevoir  de 
réels  talents  d'amateurs.  En  certains  cas,  la  cri- 
tique est  plus  captive  que  captivante,  elle  est 
ici  tout  à  fait  superflue,  car  les  gracieuses 
élèves  ont  prouvé  tant  et  plus  la  compréhension 
de  l'excellenl  enseignement  qui  leur  est  donné 
par  M"«  Nora  Bergh. 

Le  Cercle  des  Arts  et  de  la  Presse  a  inauguré 
son  nouveau  local  à  la  Bourse,  par  une  soirée 
consacrée  à  l'art  flamand.  Deux  conférences 
au  programme,  l'une  de  M.  Broerman,  sur  l'art 
flamand,  l'autre  de  M.  Hoste,  sur  la  naissance 
du  théâtre  flamand.  Dans  la  partie  musicale  on 
a  entendu  les  scènes  du  ballet  Milenka  jouées 
par  M.  Lenaers,  d'Anvers,  et  M.  Jan  Blockx, 
l'auteur.  M'i"  Odile  Hendrickx  a  chanté  d'une 
voix  sympathique  et  fraîche,  deux  mélodies 
inédites  de  J.  Blockx  :  Reuzendans  et  Idylle 
qui  ont  été  justement  appréciées.  La  charmante 
pensionnaire  du  Théâtre  de  la  Monnaie,  a  fait 
entendre  encore  d'autres  mélodies  flamandes  et 
Heeft  het  roosje,  une  romance  savoureuse  de 
Peter  Benoit.  M.  L.  Verstraete  a  chanté  d'une 
voix  de  baryton  bien  timbrée.  0ns  Vaderland 
de  Jan  Blockx  et  Ik  ken  een  lied  de  W.  de  Mol. 

Pour  terminer  la  soirée,  M"^  Julie  Cuypers, 
la  jeune  tragédienne  flamande,  et  M.  Ar- 
thur Hendrickx,  le  jeune  premier  du  théâtre 
de  la  rue  de  Laeken,  ont  interprété  avec  art  et 
émotion  le  drame  en  un  acte  de  M.  Nestor  De 
Tière  :  Vorstenplicht. 

On  a  fait  une  longue  ovation  à  M.  Jan 
I^lockx,  qui  a  reçu  son  portrait  au  fusain  par 
Broerman,  offert  généreusement  par  le  Cercle 
des  Arts  et  de  la  Presse. 

Mercredi,  chez  Mi'e  Desmet,  continuation 
du  cours  d'histoire  du  piano  par  M.  Wallner. 
L'intéressant  professeur  avait  consacré  la 
séance  à  Frédéric  Chopin  (1809-1248),  lemaître 
des  maîtres  du  piano.  Après  avoir  insisté  sur 
le  caractère  romantique  du  maître,  il  a  parlé 
un  instant  de  la  musique  slave.  Puis  il  a  initié 
l'assistance  à  la  vie  intime   de  Chopin,    à  son 


LE  GUIDE  MUSICAL 


367 


origine,  à  ses  débuts,  à  son  éducation,  à  son  en- 
tourage, à  ses  relations,  et  à  toute  cette  existence 
étrange  dont  ses  œuvres  sont  le  reflet.  Il  a 
insisté  sur  le  caractère  profondément  mélanco- 
lique de  ces  compositions,  sur  les  raisons  qui 
ont  amené  cette  originalité. 

Il  a  ensuite,  dans  une  courte  péroraison, 
inventorié  les  ouvrages  du  maître,  et  montré  la 
poésie  qui  se  dégage  de  ces  morceaux  qui 
semblent  des  improvisations.  M"'^  Hoeberechtsa 
exécuté  au  cours  de  cette  conférence,  avec  une 
correction  très  admirée  et  une  recherche 
savante,  la  Sonate  en  si  bémol  mineur,  op.  35, 
œuvre  impressionnante  au  suprême  degré,  le 
prélude  en  ré  bémol  majeur,  l'Etude  en  sol,  la 
Polonaise  fantaisie  et  la  Valse  en  la  bémol 
majeur,  op.  42.  En  somme,  très  intéressante 
séance,  qui  a  valu  de  vifs  applaudissements  à 
M"e  Hoeberechts  et  à  M.  Wallner.         N.  L. 

Deux  fois,  cette  semaine,  Tristan  et  Iseult 
a  dû  être  retiré  de  l'affiche  du  Théâtre  de  la 
Monnaie,  par  suite  d'une  indisposition  de 
M.  Cossira. 

Joie  des  antivi^agnériens  à  ce  propos  :  Tris- 
tan   casse   les   voix,    disent-ils. 

Aucun  de  ces  clairvoyants  dilettantes  ne  se 
demande  ce  qu'il  adviendrait  si  l'on  faisait 
chanter  trois  fois  par  semaine  à  M.  Cossira  et  à 
M'a^  Tanésy  les  Huguenots  ou  Guillaume  Tell, 
comme  on  le  fait  actuellement  avec  Tristan, 
par  le  plus  vil  esprit  de  lucre. 

M.  Ernest  Van  Dyck,  le  célèbre  ténor  de 
Vienne  et  de  Bayreuth,  viendra  donner  deux 
représentations  de  Lohengrin  au  Théâtre  royal 
de  la  Monnaie.  Ces  représentations  auront  lieu, 
le  2g  et  le  3o  avril. 

Le  Cercle  le  Progrès,  de  Saint-Gilles,  a  orga- 
nisé pour  le  dimanche  22  avril,  à  la  Grande- 
Harmonie,  un  concert  de  charité,  avec  le  con- 
cours de  MM.  Noté, premier  barj'ton  de  l'Opéra 
de  Paris;  Crickboom,  violoniste,  et  Janssens, 
pianiste.  Un  chœur  de  dames  interprétera  des 
chœurs  de  César  Franck,  Chausson,  d'Indy, 
Lefebvre,   Delibes,  etc. 

La  quatrième  et  dernière  séance  de  la  sai- 
son au  Conservatoire  pour  instruments  à  \-ent 
et  piano,  donnée  par  MM.  Anthoni,  Guidé, 
Poncelet,  Merck,  Neumans  et  De  Greef,  est 
fixée  au  22  avril,  à  2  heures.  Elle  aura  lieu  ^vec 
le  concours  du  quatuor  Ysaye,  Crickboom, 
Vanhout  et  Joseph  Ja:ob,  et  de  M""  Irma 
Sèthe. 


Mme  Marie  Jaëll,  l'éminente  pianiste  pari- 
sienne, a  donné  samedi  à  la  salle  Marugg  une 
séance  de  musique  de  piano,  consacrée  à  l'au- 
dition d'œuvres  de  Liszt.  Nous  en  reparlerons. 

Les  envois  destinés  au  concours  organisé 
par  la  maison  Schott  pour  la  composition  d'une 
Marche  solennelle  symphonique  pour  l'ouver- 
ture de  l'Exposition  universelle  d'Anvers  sont 
très  nombreux.  Plus  de  quatre-vingts  manus- 
crits ont  été  remis  avant  l'expiration  du  délai 
fixé  (5  avril). 

Le  jury  chargé  de  l'examen  des  ouvrages  est 
composé  comme  suit  : 

Président,  M.  Peter  Benoit,  directeur  de 
l'Ecole  de  musique  d'Anvers;  membres,  M.  C. 
Bander,  inspecteur  des  musiques  militaires  du 
royaume;  M.  C.  Gurickx,  professeur  au  Con- 
servatoire royal  de  Bruxelles;  M.  Balthasar 
Florence,  professeur  à  Namur;  M.  Léopold 
Wallner,  professeur  à  Bruxelles. 

La  décision  sera  rendue  vers  la  fin  de  ce 
mois. 

La  publication  de  la  Marche  couronnée  se 
fera  immédiatement  après,  par  les  soins  de  la 
maison  Schott. 


CORRESPONDA  NCES 

ANVERS.  —  Lundi,  il  y  avait  foule  à  la 
piemière  audition  nationale  organisée  parla 
Kwartet-Kapel,  ce  qui  est  de  bon  augure,  cette 
association  ayant  décidé  d'expérimenter  ce  genre 
d'auditions  à  notre  future  exposition. 

Le  quatuor  à  cordes  de  E.  Mathieu  ouvrait  le 
programme.  Cette  œuvre  de  jeunesse,  écrite  il  y  a 
une  vingtaine  d'années,  montre  des  qualités 
sérieuses  chez  le  futur  auteur  de  Richildc.  On  y 
sent  le  fruit  d'études  approfondies,  un  travail  tech- 
nique appréciable  ;  mais  le  tempérament  néces- 
saire à  la  création  d'œuvres  dites  du  genre  classi- 
que, paraît  faire  défaut. 

Une  sonate,  signé  du  nom  brillant  d'Henri  Vieux- 
temps,  a  quelque  lieu  d'étonner.  Aussi  l'œuvre  en 
question  prend  elle  souvent  les  allures  d'une 
fantaisie  pour  alto  ;  le  compositeur,  entraîné  par 
son  tempérament  de  virtuose,  abandonne  volon- 
tiers la  forme  classique.  Il  est  toutefois  intéressant 
de  constater  que  le  célèbre  virtuose  belge  a  voulu, 
un  moment  quitter  le  royaume  de  la  fantaisie  pour 
s'essayer  dans  un  genre  plus  sérieux.  M.  Dupont, 
dont  nous  avons  souvent  remarqué  les  brillantes 
qualités,  a  fort  bien  rendu  cette  sonate. 

Le  trio  de  J.  Blockx  est  bien  conçu;  la  forme 
en  est  arrondie  et  les  thèmes,  souvent  intéressants, 


368 


LE  GUIDE  MUSICAL 


sont  bien  travaillés.  Le  finale,  fort  brillant,  est 
surtout  caractéristique  du  tempérament  fougueux 
de  l'auteur.  Nous  n'avons  qu'un  léger  reproche  à 
lui  faire  ;  c'est  d'avoir  voulu  faire  de  son  trio  une 
œuvre  descriptive.  Nous  n'admettons  point  que  ce 
puisse  jamais  être  le  rjle  de  la  musique  de  cham- 
bre. Le  trio  de  notre  concitoyen  est  une  œuvre 
bien  faite  et  qui  plaira  partout  sans  avoir  besoin, 
pour  cela,  d'aucune  analyse  de  programme. 

Parmi  les  Keder,  que  nous  a  présentés  M"''  Leve- 
ring,  citons  en  deux  de  L.  Mortelmans.  Le  premier 
surtout  a  un  accompagnement  fort  caractéristique 
et  que  l'auteur  a  rendu  avec  une  grande  sincérité. 
Il  est  à  regretter  que  M.  Berckmans,  qui  devait 
interpréter  une  composition  de  P.  Gilson,  Elaine, 
se  soit  trouvé  indisposé. 

Vaillante  exécution  des  œuvres  mentionnées. 
Une  audition  d'œuvres  russes  terminera  la  saison 
le  23  courant. 

Il  y  avait  également  beaucoup  de  monde  à  la 
quatrième  représentation  du  Meilief,  représentation 
à  laquelle  assistait  M"'-'  la  baronne  Osy.  Il  parait 
certain  que  l'œuvre  de  Benoit  sera  montée  au 
Théâtre-Flamand  de  Bruxelles,  au  début  de  la 
saison  prochaine.  Aussi,  les  journaux  de  la  ville 
se  calment-ils  devant  le  succès  croissant  qu'ob- 
tient le  Meilief  k  notre  Théâtre-Lyrique  flamand. 

La  Société  royale  d'harmonie  vient  de  clôturer 
la  série  de  ses  fêtes  d'hiver  par  une  représentation  de 
VOmhrc,  opéra  comique  de  Flotow.  Si  nous  citons 
comme  interprètes  M""'  Mailly-Fontaine,  M""  Sa- 
vine  (notre  excellente  dugazon  de  l'année  dernière) 
et  MM.  Bonnard  et  Bars,  il  sera  presque  futile 
d'accorder  des  éloges  à  l'exécution  de  l'œuvre,  un 
peu  pâle,  de  l'auteur  de  Martha.  A.  W. 


DRESDE.  —  A  l'ocrcasion  du  mariage  du 
prince  Jean-Georges,  second  fils  du  prince 
Georges  de  Saxe,  avec  la  princesse  Isabelle  de 
Wurtemberg,  aura  lieu  dimanche  un  «  théâtre 
paré  ».  M""  Malien  chantera  le  quatrième  acte  de 
VAfi'icaine  avec  MM.  Anthes,  Scheidemantel  et 
Perron. 

Grand  émoi,  en  attendant,  dans  notre  monde 
théâtral.  Des  économies  ont  été  imposées  â  l'Inten- 
dance :  180,000  mark  par  an,  au  minimum!  Seront- 
elles  réalisées  sur  le  compte  de  nos  premiers 
artistes  ou  seulement  sur  les  sujets  secondaires 
dont  on  vient  encore  d'augmenter  le  nombre  ?  Déjà 
M™»  Malien,  qui  désire  sans  doute  entreprendre 

des   tournées,    réclame   «  congé,  argent »  Qui 

gagnera  la  «  bataille?  » 

M""  Camil  a  chanté  RigoUtto  la  semaine  dernière. 
On  dit  qu'elle  quitte  Dresde  par  suite  des  conflits 
dont  les  parties  se  renvoient  mutuellement  la  res- 
ponsabilité. Il  est  question  de  la  retraite  de 
M""^  Schuch,  après  de  beaux  états  de  service  un 
peu  prolongés.  Pour  la  remplacer  dans  Caniteii,  on 
s'adresse  à  l'une  des  nouvelles  engagées  du  Con- 
servatoire qui  sera  sans  doute  peu  exigeante. 


L'habituelle  visite  de  Sarasate  a  réjoui  les 
fidèles  du  brillant  virtuose,  heureux  de  l'entendre 
dans  son  répertoire  d'une  invariable  perfection,  et 
toujours  accompagné  par  la  gracieuse  Berthe 
Marx.  A  Dresde,  le  succès  de  ces  deux  artistes  est 
devenu  légendaire,  et  toute  analyse  aboutirait  à 
une  répétition.  C'est  ce  qui  permet  au  marchand 
de  billets  de  proclamer  l'indifférence  de  ses  com- 
mettants pour  la  presse  étrangère.  Amen  !  Cette 
spirituelle  conclusion  démontre  que,  chez  certains 
admirateurs  du  prestigieux  violoniste,  le  sentiment 
des  convenances  est  à  la  hauteur  du  sens  artis- 
tique. 

Subjuguées  par  l'indéniable  supériorité  de  la 
femme,  quelques  auditrices  de  M"'^  Rogcr-Miclos 
se  sont  senties  humiliées  de  n'avoir  rien  compris 
au  talent  de  l'artiste.  Derrière  les  jugements  que 
l'on  fait  circuler,  on  devine  des  questions  de  con- 
currence. 

Il  est  seulement  regrettable  que  telle  pianiste  de 
mérite  qui  dénie  toute  espèce  de  talent  â  M°"'  Ro- 
ger-Miclos  n'ose  revendiquer  la  responsabilité  des 
propos  qu'on  lui  attribue.  A  quoi  bon  se  glorifier 
d'un  éclectisme  national  pour  s'en  départir  à  la 
première  occasion,  sans  souci  de  l'indignité  et  du 
ridicule  d'un  dénigrement  envieux!  Les  prati- 
ciens du  chant  ne  sont  pas  à  l'abri  de  cette  bas- 
sesse de  cœur.  Il  y  aurait  pour  la  critique  une 
croisade  à  organiser  contre  tel  charlatan  qui,  sans 
avoir  émis  de  sa  vie  une  note,  persuade  à  des  ino-é- 
nues  plus  ou  moins  jeunes,  mais  d'une  incommen- 
surable crédulité,  «  qu'elles  débuteront  après 
quelques  mois  d'étude,  qu'elles  ne  trouveront 
nulle  part  un  autre  maître  de  chant,  qu'elles  n'ont 
besoin  d'aucune  autre  étude  que  celle  de  son 
inévitable  répertoire,  pour  rivaliser  avec  la  Patti, 
qu'elles  n'ont  pas  â  s'inquiéter  de  ce  qu'il  leur  fait 
faire,  etc.,  etc.  ».  Et  lorsque  les  pauvrettes  ont 
laissé  entre  les  griffes  de  l'aventurier  les  écono- 
mies de  leurs  parents,  il  compose  une  salle  et  leur 
joue  le  dernier  tour  de  les  faire  applaudir  par  une 
claque  recrutée  pour  la  circonstance.  De  telles 
exploitations  peuvent  réussir  pendant  plusieurs 
années.  C'est  à  se  demander  à  quelle  tare  mysté- 
rieuse font  appel  les  pick-pockets  de  l'art  lyrique 
si  bien  caractérisés,  dans  la  Cazsetia  musicale  di 
Milaiio,  par  M,  Antonio  Morosi.  Alton. 

LIEGE.  —  C'est  un  sentiment  de  touchante 
reconnaissance,  prenant  fond  dans  notre  foi 
artistique  la  plus  intime  et  la  plus  humaine  aussi, 
qui  nous  pénètre  et  nous  anime  en  cette  révélation 
mémorable  de  la  première  audition  des  BèaUUtdes, 
de  César  Franck;  et  cet  hommage  s'adresse  tout 
d'abord  à  l'excellent  et  dévoué  directeur  de  notre 
Conservatoire. 

Nous  faire  connaître,  dans  des  conditions  excep- 
tionnelles, presque  parfaites,  l'œuvre  maîtresse 
annonçant  la  bonne  parole  —   d'un  des  plus  pro- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


369 


fonds  musiciens  de  notre  temps,  notre  concitoyen, 
conception  aux  formes  évangéliques  s'adressant 
aux  sentiments  les  plus  détachés  des  choses 
humaines  —  était  une  mission,  qui,  cependant, 
devait  entraîner,  plus  que  l'admiration,  une  pro- 
fonde, durable  et  salutaire  impression. 

Est-il  besoin  de  retracer,  après  tant  de  récits, 
autorisés  et  émus,  la  vie  exceptionnelle,  dans  ce 
milieu  ardent  de  Paris,  toute  de  renoncement,  de 
labeurs  et  de  merveilleux  enseignement,  de  cet 
artiste  créateur  qui  eut  nom  César  Franck? 

Par  les  soins  du  Comité  liégeois  de  l'œuvre  du 
monument  de  Franck,  une  complète  et  intéres- 
sante esquisse  biographique  nous  initiait,  avant  la 
première  audition  des  Béatitudes,  à  l'existence  de 
celui  qui  sera  dit  :  Le  Maître  de  Liège! 

Le  Maître  de  Liège,  tel  sera  désigné  par  la  pos- 
térité César  Franck,  pour  ses  créations  originales 
et  parfaites,  dans  tous  les  styles,  pour  sa  musique 
d'orgue,  de  chambre,  pour  ses  compositions 
vocales,  orchestrales,  de  théâtre,  ses  oratorios, 
formant  un  vaste  ensemble;  et  il  sera  révélé  aussi  de 
façon  vivante  par  ses  disciples  devenus  maîtres 
déjà,  pour  ne  citer  que  Vincent  d'Indy,  Chabrier, 
Bruneau,  Chausson. 
César  Franck  a  donc  fait  école  et  quelle  admirable 
école!  réunissant  la  force  musicale  moderne  de  la 
France.  — C'est  là  une  seconde  et  éternelle  gloire  — 
et  de  splendeur  rayonnante. 

Les  Béatitudes  exécutées  à  Liège  pour  la  pre- 
mière fois  en  Belgique  (après  Paris  et  Dresde), 
avec  tant  de  soins  et  de  conscience,  sont  con- 
sidérées comme  l'expression  la  plus  parfaite,  la 
plus  caractéristique  du  génie  du  Maître  liégeois. 

Après  un  labeur  incessant,  animé  par  une 
conviction  sincère,  le  persévérant  directeur  de 
noire  Conservatoire  a  atteint  à  une  exécution 
resplendissante  et  pleine  de  grandeur,  car  il 
a  fait  partager  son  enthousiasme  et  sa  foi  en 
cette  œuvre  évangclique  par  excellence.  Secondé 
par  des  masses  chorales  solides,  se  prêtant  à  toutes 
les  difficiles  inflexions  et  nuances,  à  toutes  les  gra- 
dations, favorisé  par  des  solistes  excellents,  un 
orchestre  discipliné  et  attentif,  rien  n'a  été  laissé 
dans  l'ombre.  En  toute  justice,  notre  première 
admiration  est  allée  à  M.  Auguez  des  Concerts 
Colonne,  chanteur  admirable,  qui,  dans  la  voix  du 
Christ,  s'imposait  par  sa  merveilleuse  vérité  d'ex- 
pression et,  dans  les  récits  successifs,  a  entraîné 
tout  l'auditoire  dans  une  émotion  irrésistible. 

Faisait  opposition  àl'éminent  chanteur,  M .  Henri 
Fontaine,  du  Conservatoire  d'Anvers,  dans  le 
personnage  de  Satan,  aux  accents  d'un  éclat  pro- 
digieux et  luttant  de  force  avec  les  sonorités  d'un 
orchestre  sans  pitié. 

M.  Demest,  à  la  déclamation  parfaite,  comme 
toujours,  et  M"'  J.  de  Cré  complétaient  le  cadre 
exceptionnel  des  solistes  retenus  spécialement 
pour  cette  solennité  musicale.  M}^"^  M.  Radoux, 
Lignière,  MM.  Forgeur,  Henrotte  et  'Wuidar,  en 
excellents  chanteurs,  ont  apporté  tout  leur  talent 
aux  difficiles  soli  et  ensembles  de  la  partition. 


La  partie  chorale,  d'une  importance  incessante, 
mérite  aussi  toute  l'admiration. 

Quant  au.x  artistes  de  l'orchestre  ils  étaient 
pénétrés  aussi  de  l'importance  de  leur  devoir  et, 
comme  les  chœurs,  ont  été  excellents  et  d'une 
correction  parfaite. 

Les  trois  exécutions  successives  des  Béatitudes 
—  la  dernière  au  profit  du  monument  à  élever  à 
César  Franck  —  avaient  réuni  un  public  d'élite, 
subissant  le  charme  attendrissant  et  sérieux  d'aussi 
complète  réalisation,  et  le  vœu  unanime  s'affirmait 
de  voir  inscrire  aux  prochains  programmes  du 
Conservatoire  l'œuvre  immortelle  de  l'illustre 
musicien  liégeois.  .A.  B.  O. 


TONDRES.  —  Le  dernier  concert  de  la 
J  «  London  Symphonie  Society  »,  à  Saint- 
Jame'sHall,a  été  consacré  aux  œuvres  de  Beetho- 
ven. M.  Henschel  s'est  toujours  distingué  par  le 
soin  avec  lequel  ont  été  compris  ses  programmes. 
I/orchestre  a  donné  une  bonne  exécution  de 
l'ouverture  de  Coriolan,  puis  M.  Léonard  Borwick 
a  joué  admirablement  le  quatrième  concerto  en 
sol  lop.  58),  cette  page  sublime,  dans  laquelle 
figure  le  délicieux  andaiite  cou  moto  en  mi  mineur, 
que  l'on  a  comparé  fréquemment  à  un  dialogue 
entre  les  instruments  à  cordes  et  le  piano. 

Le  concert  n'eiit  pas  été  complet  sans  la  Neu- 
vième symphonie,  à  jamais  passionnante,  qui  laisse 
à  tous  ceux  qui  l'ont  entendue  une  si  profonde  et 
terrifiante  impression.  Il  est  intéressant  de  noter 
que  cette  composition  remporta  le  prix  de 
1,260  francs  au  concours  institué  par  la  u  Philhar- 
monie Society  »,  en  1822.  Combien  de  nations  se 
glorifieraient  aujourd'hui  d'avoir  été  la  cause  indi- 
recte peut-être  de  cette  création  sublime?  Les 
chœurs  et  l'orchestre  ont  été  parfaits,  sous  la  di- 
rection de  M.  Henschel;  on  eût  dit  qu'un  seul 
souffle  animait  tout  cet  ensemble,  accompagné 
d'un  seul  archet.  Les  soli  ont  été  dits  par 
M"''  Fillunger,  Miss  Agnes  Janson  et  MM.  Edward 
Lloyd  cl  Daniel  Price. 

Wagner  avait  très  justement  observé  l'effet  de 
l'obscurité  des  salles  de  spectacle  sur  l'attention 
des  spectateurs,  qu'elle  aide  puissamment  à  con- 
centrer sur  l'œuvre  même.  M.  Bonawitz,  se  ba- 
sant sur  les  mêmes  principes,  a  donné,  dans  les 
salons  de  la  «  Chesterfield's  Résidence  Gardens  n 
de  M"^  Béer,  une  audition  à  laquelle  l'on  a  donné 
le  nom  de  :  «  Invisible  Musical  Performance  r. 
Malheureusement,  le  programme  étant  insigni- 
fiant, nous  n'avons  qu'à  noter  un  succès  de  curio- 
sité, rien  de  plus. 

L'ouverture  du  Covent-Garden  est  décidément 
fixée  au  i5  mai.  Outre  la  série  des  opéras  déjà 
cités  dans  notre  correspondance  précédente.  Sir 
Augustus  Harris  donnera  le  Falstaff  de  Verdi  et 
Signa  de  Cowen. 

Au  Prince  of  Wales,  début  de  la  charmante  et 
très  sympathique  M"''Jeanne  Douste.  Certainement, 


370 


LE  GUIDE  MUSICAL 


A  Gaiety  Cirl  n'est  pas  le  genre  que  nous  lui  vou- 
drions voir  adopter,  mais  les  impresarii  sont 
souvent  maussades,  et  puis  il  faut  acquérir  l'habi- 
Uide  des  planches.  Au  reste,  le  toutLondres  selec- 
ted  assistait  au  premier  pas  de  cette  jeune  débu- 
tante,qui  a  vivement  été  ovationnée. Souhaitons-hii 
encore  semblable  succès,  mais  au  Covent-Garden, 
cette  fois.  ;  A.  Lk  Kime. 


JSrO  U  V ELLES  DI  VERSES 

Nous  avons  annoncé  l'exécution  à  Athènes 
de  YHyvime  à  Apollon  découvert  à  Delphes 
sur  un  stèle  mis  à  découvert  par  de  récentes 
fouilles.  Cet  hymme  vient  d'être  expliqué  et 
commenté  à  l'école  des  Beaux-Arts  de  Paris 
par  M.  Th.  Reinach  qui,  dans  une  intéressante 
conférence,  a  exposé  l'état  actuel  de  nos 
connaissances  sur  la  musique  grecque,  conté 
la  découverte  de  la  précieuse  «  partition  »  de 
marbre  où  était  gravé  YHymme  à  Apollon, 
exposé  les  procédés  à  l'aide  desquels  on  a  pu 
déchiffrer  la  notation  hellénique,  marqué  l'im- 
portance et  caractérisé  la  beauté  de  l'œuvre 
ainsi  retrouvée.  Puis  on  a  pieusemet  écoulé 
cet  hymme  dans  lequel  les  Athéniens  du 
deuxième  siècle  glorifient  la  victoire  du  dieu 
de  Delphes  sur  les  Barbares  nommés  Gaulois. 

M.  Reinach  avait  déclaré  quelque  part  qu'il 
lui  rappelait  la  chanson  du  pâtre,  dans  Tristan 
etiscult.  lia  paru, en  effet, d'une  grâce soupleet 
charmante,  mais  très  complexe  et  très  moderne; 
si  moderne  que  peu  de  personnes  ont  éprouvé 
en  l'entendant  les  impressions  de  sérénité  forte 
et  simple  qu'éveillent  les  formes  souveraines 
des  statues  et  des  temples  grecs,  et  qu'on  avait  ■ 
quelque  peine  à  imaginer  avec  quel  timbre  et 
quel  accent  il  montait  vers  le  ciel  d'Hellas, 
tandis  que  de  longues  files  de  vierges  en  robes 
blanches  s'avançaient  parmi  les  lauriers-roses 
plantés  au  pied  des  murailles  de  marbre. 

Hans  Richter,  qu'on  avait  dit  malade,  est  en 
parfaite  santé  à  Vienne.  Il  partira  à  la  fin  du 
mois  de  mai  pour  Londres,  où  il  doit  diriger 
quatre  concerts  sjmrphoniques,  du  28  mai  au 
2  juillet. 

Le  Siegfried  de  K.  Wagner  vient  d'être 
donné,  pour  la  première  fois,  à  l'Opéra  de  Mos- 
cou, avec  un  succès  éclatant. 

Les  concerts  de  la  Société  philharmonique 
de  Berlin,  qu'a  dirigés  avec  tant  d'éclat  Hans 
de  Bûlowr,  seront  conduits,  l'hiver  prochain, 
par  le  jeune  capellmeister  Richard  Strauss,  de 


■yVeimar,  qui  est  également  engagé  à  Munich 
comme  chef  d'orchestre  du  théâtre  de  la  Cour. 

Nous  avons  déjà  annoncé  les  fêtes  musicales 
qui  auront  lieu  à  Anvers  pendant  la  prochaine 
Exposition.  Le  Génie  de  la  patrie,  de  Peter 
Benoit,  qui  sera  exécuté  le  jour  de  l'ouverture, 
n'est  pas  une  cantate  nouvelle.  C'est  la  cantate 
que  le  maître  anversois  écrivit  pour  l'inaugura- 
tion de  l'Exposition  de  Bruxelles,  lors  des 
fêtes  du  Cinquantenaire  de  l'indépendance  de 
la  Belgique  (1880).  Les  exécutants  seront  au 
nombre  de  i,5oo.  Ils  comprendront  un  orches- 
tre de  symphonie  de  120  instrumentistes,  un 
orchestre  d'harmonie  de  5o  instrumentistes,  un 
orchestre  de  fanfares  de  5o  instrumentistes, 
des  trompettes  thébaines,  tambours,  triangles, 
timbales,  etc.,  ensemble  25  exécutants,  enfin, 
un  chœur  mixte  de  1,200  chanteurs  environ. 

Ainsi  que  nous  l'avons  déjà  annoncé,  la  mu- 
sique occupera  une  grande  place  dans  les  fêtes 
de  l'Exposition.  Il  n'y  aura  pas  moins  de  400 
concerts  qui  seront  donnés  quotidiennemeut 
par  les  orchestres  privés  ou  militaires  et  les 
sociétés  de  musique  du  pays  et  de  l'étranger. 
En  outre,  il  y  aura  quatre  grands  festivals, 
dont  l'un  sera  dirigé  par  M.  Siegfried  Wagner. 
Dans  un  autre  festival,  on  entendra  le  fameux 
chœur  d'enfants  de  l'Albert  Hall,  de  Londres, 
sous  la  direction  de  M.  Barnby. 

Voilà  qui  promet. 

Les  Genevois  viennent  d'entendre  une  exé- 
cution de  fragments  du  Parsifal  de  Wagner, 
qui  doit  avoir  été  bien  malheureuse,  —sous  la 
direction  de  M.  Léopold  Ketten. 

«  Exécution  capitale,  dit  la  Gazette  de  Lau- 
sanne, qui  n'a  laissé  du  chef-d'œuvre  de  Wagner 
que  des  lambeaux  pleins  de  sang  et  des  mem- 
bres affreux,  que  les  choristes  dévorants  et  les 
tortionnaires  de  l'orchestre  se  disputaient  entre 
eux.  Les  anciens  pèlerins  de  Baj'reuth  ont 
souffert  dans  leur  chair;  ils  avaient  peine  à 
reconnaître  cette  scène  du  Graal,  à  jamais 
gravée  dans  leur  souvenir,  comme  une  prodi- 
gieuse vision  dans  le  monde  surnaturel.  Ce  fut 
dans  l'austère  local  la  célébration  de  je  ne  sais 
quelle  messe  noire  parodiant  les  saints  mys- 
tères. Si  le  public  avait  compté  seulement  quel- 
ques centaines  de  fidèles  fervents,  ils  auraient 
cassé  tous  les  bancs  de  la  salle  de  la  Réfor- 
mation. » 

M"';  Clara  Janizewska,  la  jeune  pianiste 
polonaise  dont  nous  avons  eu  déjà  maintes  fois 
l'occasion  déparier,  vient  de  donner  (3l  mars) 
un   piano   récital,    à   Berlin,  où  elle  paraissait 


LE  GUIDF  MUSICAL 


371 


pour  la   première  fois.  Ce  début  semble  avoir 
été  particulièrement  heureux.   «  De  toutes  les 
pianistes  qui  se  sont  fait  entendre  cet  hiver  à 
Berlin,    dit   la   National  Zcihiitg,  M>i<=  Clara 
Janizewska  est  la  plus  intéressante.  Son  jeu  se 
distingue  par  le  sérieux,  ce  qui  explique  que  le 
classique  lui   soit    particulièrement  favorable. 
La  façon  dont  elle  a  joué  les  32  variations  (en 
ut  mineur)    de    Beethoven   nous   a  procuré  la 
satisfaction  la   plus   vive.  Egalité  du  son,  con- 
trastes des  nuances,  compréhension  des  effets, 
sûreté  absolue  du  mécanisme,  les   qualités  que 
M'i^  Janizewska  a  manifestées  dans  cette  pièce 
lui  assurent  un  rang   distingué  parmi  les  vir- 
tuoses  actuelles   du    clavier.    »    La  Berliner 
Bôrsen  Zeitung  fait  un  éloge  chaleureux  de  la 
façon  dont  la  jeune  artiste  a  joué  la  sonate  en 
;   sol  mineur  de  Schumann,    «  qui  a  révélé,  dit- 
I   elle,  non  seulement  une   sûreté  exceptionnelle 
;    chez  la  jeune  pianiste,    mais   encore   une  âme 
d'artiste,  et  la  rare  faculté  de  donner  aux  créa- 
tions du  génie  une   interprétation  plastique  et 
'   poétique.  »  M"'-  Janizewska,  conclut  le  critique 
;  de  la  Bôrsen  Zeitiing,  a  produit  ici  la  plus  vive 
1   et  la  plus  favorable  impression.  Les  autres  jour- 
I   naux  ne  sont  pas  moins  élogieux.  Bref,  ce  début 
paraît  avoir  été  très  brillant. 

Le  Conservatoire  de  Madrid  a  un  nouveau 
directeur  :  c'est  M.  Monasterio,  le  célèbre  vio- 
loniste qui  l'a  emporté  définitivement  sur  ses 
divers  concurrents  et  qui  a  été  nommé,  par 
décret  royal,  en  remplacement  d'Arrieta,  mort 
récemment. 

Les  journaux  de  Lille  font  un  grand  éloge 
de  M"'=  C.  Bender,  de  Bruxelles,  qui  s'est  fait 
entendre,  dimanche  dernier  8  avril,  au  concert 
gala  organisé  par  l'Union  orphéonique  de  Lille 

I  et  y  a  chanté  l'air  de  la  Reine  de  Saba  de  Gou- 
nod,  une  mélodie  de  Massenet  et,  avec 
M.  Mousseux,  ténor-solo  des  Disciples  de  Gré- 
try,  le  duo  de  Roméo  et  Juliette.  «  Plus  en 
beauté  et  plus  en  voix  que  jamais,  dit  le  Réveil 

;  du  Nord,  M"e  Bender   a  chanté  avec  un  art 

;  infini  de  nuances,  d'une  voix  agréable  et 
étendue.  Aussi,  les  bis  et  les  rappels  ont  prouvé 

,  à  l'aimable  cantatrice  le  cas  qu'on  faisait  de  son 
beau  talent.  » 

Trois  théâtres  d'Allemagne  ont  récemment 
introduit  dans  leur  orchestre  le  claviharpe  de 
Christian  Dietz,  à  Bruxelles  :  ce  sont  les  théâ- 
tres d'Aix-la-Chapelle,  de  Sondershausen  et  de 
Stuttgart.  D'autre  part,  M.  Paul  Dewitt  vient 
d'acquérir  un  claviharpe  de  Dietz  et  il  publie  à 
ce  propos,    dans  le  Leipziger   Tagblatt,   une 


notice  très  complète  sur  l'histoire  de  cet  instru- 
ment, où  il  fait  ressortir  les  avantages  pratiques 
de  l'invention  et  la  supériorité  du  claviharpe  de 
Dietz  sur  tous  les  essais  antérieurs. 

A  propos  de  Verdi,  un  détail  peu  connu. 

Le  célèbre  maître  italien  naquit  à  une 
époque  où  le  duché  de  Parme  appartenait  à  la 
France.  En  fait  foi  le  document  suivant,  dont 
l'original  se  trouve  dans  les  archives  de  la 
commune  de  Busseto  : 

L'an  mil  huit  cent  treize,  le  jour  douze  d'octo- 
bre, à  neuf  heures  du  matin,  par  devant  nous, 
adjoint  au  maire  de  Busseio,  officier  de  l'état -civil 
de  la  commune  de  Busseto  susdit,  département 
du  Taro,  est  comparu  Verdi,  Charles,  âgé  de  vingt- 
huit  ans,  aubergiste,  domicilié  à  Roncole,  lequel 
nous  a  présenté  un  enfant  du  sexe  masculin,  né  le 
jour  dix  du  courant  à  huit  heures  du  soir,  de  lui 
déclarant  et  de  Louise  Utini,  fileuse,  domiciliée  à 
Roncole,  son  épouse,  et  auquel  il  a  déclaré  vou- 
loir donner  les  prénoms  de  Joseph,  Fortunin, 
François.  Lesdites  déclarations  et  présentations 
faites  en  présence  de  Romanelli  Antoine,  âgé  de 
cinquante-un  ans,  huissier  de  la  mairie,  et  Cantu 
Hiacinte,  âgé  de  soixante-un  ans,  concierge, 
domiciliés  â  Busseto,  et,  après  en  avoir  donné 
lecture  du  présent  acte  au  comparant  et  témoins, 
ont  signé  avec  nous. 

Antonio  Romanelli  Hiacinto  C.a.ntu 

Verdi  Carlo  Vitoli,  adjoint. 

Le  texte  original  est  en  français.  Le  timbre 
y  apposé  (coût  5o  centimes)  porte  en  exergue 
Départements  au-delà  des  Alpes.  Le  petit  vil- 
lage de  Roncole,  dépendant  de  la  commune 
de  Busseto,  faisait  partie  du  département  du 
Taro . 

Contrairement  à  ce  qu'on  a  annoncé  Ivan hoê 
ne  sera  pas  donné  à  Berlin.  Sir  Arthur  Sulli- 
van, trouvant  la  saison  trop  avancée,  a  retiré  son 
ouvrage.  Ce  retrait  pourrait  bien  marqué  une 
défaite  pressentie. 

Un  journal  provençal,  Y  Aïoli  d'Avignon,  pu- 
blie des  détails  intéressants  sur  le  séjour  que 
l'auteur  de  Faust  fit  à  Saint- Rémy,  où  il  com- 
posa Mireille. 

C'est  au  printemps  de  i863  que  Charles 
Gounod  vint  en  Provence  pour  }'  écrire  sur 
place  l'opéra  qu'il  rêvait.  Il  écrivit  la  partition 
de  AI  treille  en  deux  mois.  Le  26  mai  i863,  un 
banquet  d'adieu  lui  était  offert  à  Saint-Rémy. 
Au  dessert,  Mistral  lui  porta  un  «  brindé  »  qui 
fut  très  applaudi. 

A  ce  propos,  nous  extrayons  d'une  très  jolie 
lettre  adressée  par  Gounod  à  Mistral ,  le  pas- 
sage suivant,  où  il  fait  allusion  à  l'œuvre  qu'il 


372 


LE  OVIDE  MUSICAL 


allait  composer.  Cette  lettre,  qu'il  écrivit  de 
Paris,  est  datée  du  17  février  i863  : 

«  Monsieur,  j'ai  tout  d'abord  à  vous  remer- 
cier de  l'adhésion  que  vous  donnez  à  mon  pro- 
jet de  tirer  de  votre  adorable  livre  Mirtio  une 
œuvre  lyrique.  Maintes  fois  déjà  la  lecture  de 
votre  poème  m'avait  fait  naître  le  désir  d'entrer 
en  communication  avec  vous  et  de  vous  dire 
tout  le  bonheur  que  cette  lecture  m'a  fait 
éprouver.  Je  me  réjouis  de  l'occasion  qui  s'en 
offre  aujourd'hui,  et  j'ai  hâte  de  vous  instruire 
du  parti  que  nous  en  avons  tiré  (emé  Michel 
Carré,  Ion  libretisto). 

»  Le  plus  respectueux  scrupule  et  la  plus 
consciencieuse  fidélité  ont  présidé  à  notre  tra- 
vail. Il  n'y  a  dans  notre  opéra  que  du  Mistral  : 
et  si  nous  avons  le  regret  de  ne  point  étaler 
sous  les  yeux  du  public  la  grappe  entière  dans 
toute  sa  splendeur,  du  moins  pas  un  grain 
étranger  ne  vient-il  se  mêler  à  ceux  que  nous 
avons  cueillis,  et  nous  avons  tâché  que  ce 
fussent  les  plus  dorés.  Je  le  répète,  cher  Mon- 
sieur, je  vous  remercie  de  l'œuvre  que  vous  avez 
si  profondément  sentie  et  des  émotions  que 
cette  œuvre  a  provoquées  en  moi.  Puissé-je 
vous  en  rendre  une  partie  dans  une  interpréta- 
tion qui,  à  défaut  d'autre  mérite,  aura  au  moins 
celui  d'une  conviction  sincère  et  d'une  ardente 
sympathie. 

»  Vous  m'offrez  de  mettre  à  ma  disposition 
des  renseignements  sur  les  sources  auxquelles 
je  pourrais  puiser  les  types  mélodiques  qui 
donneraient  à  ma  partition  une  teinte  plus  con- 
forme au  sujet  et  à  la  localité  :  j'accepte  votre 
offre  avec  grand  plaisir.  Je  vous  dirai  toutefois 
que,  quant  à  la  chanson  de  Magali,  elle  est 
déjà  composée,  et  que  j'en  ai  fait  une  sorte  de 
petit  roman  symbolique  d'amour,  sous  le  voile 
duquel  Mireille  et  Vincent  se  déclarent  l'un  à 
l'autre  leurs  vrais  sentiments.  C'est  donc,  sous 
le  pseudonyme  d'une  chanson  à  deux  voix,  un 
vrai  petit  duo  d'amour. 

»  Pour  le  reste,  je  demanderai  aux  airs  de 
votre  pays  le  conseil  de  leur  coloris  :  ce  me 
sera,  pour  la  fête  des  Arènes  surtout,  où  se  dé- 
mène la  farandole,  un  secours  puissant,  dont 
je  n'aurai  garde  de  ne  pas  user.  Donc,  pourriez- 
vous  me  faire  parvenir  des  farandoles  ?  plu- 
sieurs... Je  glanerai  dans  tout  cela  et,  sans 
copier,  je  m'assimilerai  la  teinte  et  le  caractère 
des  mélodies.  C'est  ce  qu'a  fait  si  heureuse- 
ment notre  illustre  Auber,  dans  sa  tarentelle 
de  la  Muette.  » 

Et  l'illustre  compositeur  terminait  sa  lettre 
en  disant  qu'il  était  heureux  de  vivre  au  temps 
d'un  poète  qui  a  si  délicieusement  écrit  de  déli- 


cieuses choses,  et  qui  veut  bien  lui  permettre 
d'essayer  de  les  chanter. 

BIBLIOGRAPHIE 

Portraits  et  études,  avec  des  kttns  inédites  de 
Georges  Biset  et  son  portrait  gravé  à  Veau-forle,  par 
Hugues  Imbert.  Paris,  chez  Fischbacher,  1894.  — 
M.  Imbert  connaît  à  fond  et  par  le  menu  le  mou- 
vement musical  contemporain.  Musicien  pas- 
sionné, érudit  et  lettré,  il  n'en  a  pas  seulement 
poursuivi  les  évolutions  diverses,  il  les  a  vécues 
et  traversées  en  soldat  d'avant-garde  qui  se  bat 
gaiement  et  vaillamment  pourle  grand  art.  Aussi, 
l'étude  des  maîtres  anciens,  qui  ont  successive- 
ment captivé  et  éduqué  les  jeunes  générations,  se 
mèle-t-elle  agréablement  en  ses  livres  aux  por- 
traits des  contemporains.  Tracés  presque  tous 
d'après  nature,  ils  donnent  aux  travaux  de  M.  Im- 
bert un  charme  piquant  et  la  valeur  de  documents 
précieux.  Portraits  achevés  ou  croquis  légers  en- 
levés au  passage,  mais  toujours  ressemblants,  ils 
marquent  d'un  crayon  vif  et  sûr  le  trait  dominant 
de  la  personne  physique  et  morale.  M.  Imbert  est 
l'heureux  pastelliste  de  nos  maîtres  contempo- 
rains. 

On  saluera  avec  joie,  dans  ce  volume,  la  figure 
souriante  et  sereine  de  César  Franck,  ce  modeste, 
ce  convaincu,  ce  primitif  qui  fut,  en  même  temps, 
un  moderne  et  un  grand  maître  par  ses  Béatitudes, 
comme  par  son  quintette  et  son  quatuor  à  cordes. 
Grand  cœur,  âme  admirable  et  noble  artiste,  il  a 
eu  le  rare  bonheur  de  fonder  une  école  et  de  lais- 
ser derrière  lui,  avec  quelques  chefs-d'œuvre,  des 
élèves  comme  Vincent  d'Indy,  Augusta  Holmes, 
Samuel  Rousseau,  Pierné,  etc.  De  l'ancien  orga- 
niste de  Sainle-Clotilde,  M.  Imbert  passe  à  celui 
de  Saint-Sulpice.  Il  nous  introduit  furtivement  rue 
Garancière,  dans  l'entresol  de  l'ancien  hôtel  dïi  1 
marquis  de  Sourdéac,  où  le  spirituel  auteur  de  la 
Korrigane,  M.  'Widor,  travaille  infatigablement 
entre  un  Guerchin  et  quelques  tableaux  de  vieux 
maîtres  flamands,  partageant  ses  loisirs  entre  les 
fugues  de  Bach  et  les  capricieuses  et  originales 
mélodiesqu'il compose  pour  les  belles  musiciennes 
du  faubourg  Saint-Germain.  —  Nous  rencontrons 
ensuite  M.  Lamoureux,  et  nous  relisons,  non  sans 
émotion,  le  combat  héroïque  que  livra,  à  propos 
de  Lohengrin,  ce  maître-lutteur  de  l'odyssée  wagné- 
rienne  en  France.  M.  Edouard  Colonne,  le  cham- 
pion de  Berlioz ,  est  également  portraicturé. 
«  Physionomie  aimable,  d'apparence  calme,  le 
regard  très  incisif  et  qui  indique  la  décision.  11 
Caractère  réservé  et  mélancolique,  M.  Jules  Gar- 
cin  fait  contraste  avec  ces  deux  directeurs  ardents. 
Et  pourtant,  c'est  lui  qui,  par  «  sa  volonté  sans 
passion  et  sa  douceur  persévérante  »,  a  réussi  à 
réformer  la  Société  des  Concerts.  M.  Imbert  a  rai- 
son de  rappeler  que,  grâce  à  ces  trois  chefs  d'or- 
chestre et  à  leurs  prédécesseurs  Seghers  et  Pasde- 
loup,  le  goût  musical  s'est  entièrement  transformé 


iâ 


LE  GUIDE  MUSICAL 


373 


en  France.  Tous  les  cinq  ont  mérité  la  couronne 
civique.  Car  nous  leur  devons  l'initiation  à  ce 
chef-d'œuvre  magique  de  l'art  moderne,  qui  ren- 
ferme pour  ainsi  dire  toute  la  poésie  en  puissance 
et  tout  l'idéal  en  espérance  :  la  symphonie  ! 

Le  volume  se  termine  par  une  étude  approfondie 
du  FiîMsMe  Schumann,  maître  auquel  M  Imbert 
a  voué  un  culte  intime  et  tout  particulier,  par  une 
analyse  du  Requiem  de  Brahms,  et  par  les  lettres 
inédites  de  Bizet  à  Paul  Lacombe  et  à  Ernest 
Guiraud.  L'esprit  pétillant  et  généreux,  le  cœur 
spontané,  riche  et  vibrant  de  l'auteur  de  Carmen 
s'y  montre  au  naturel.  Ces  lettres  si  amusantes,  si 
intéressantes  par  leur  vivacité  et  leur  fantaisie, 
sont  en  même  temps  des  modèles  de  leçons  de 
composition  données  par  un  homme  de  génie  à  un 
homme  de  talent.  Terminons  en  citant  le  portrait 
vivant  que  M.  Imbert  esquisse  de  Bizet,  d'après 
ses  propres  souvenirs  :  «  Dans  la  spiritualité  de 
cette  physionomie  sympathique,  douce  et  éner- 
gique tout  à  la  fois,  que  nous  avons  connue,  dans 
la  franchise  et  l'acuité  de  ces  yeux  s'abritant  der- 
rière le  lorgnon,  dans  le  front  puissant  recouvert 
en  partie  par  une  luxuriante  chevelure,  dans 
l'ovale  un  peu  court  de  la  figure,  encadrée  d'une 
barbe  d'un  blond  ardent  et  mouvementée,  ne 
retrouvons-nous  pas  cette  nature  primesautière, 
nerveuse,  chaleureuse,  pleine  d'élan,  qui  se  livre  si 
entièrement  dans  les  lettres  qu'on  va  lire?  » 

Edouard  Schuré. 

Denkm^ler  der  Tonkunst  in  Œsterreich  (Mo- 
numents de  la  musique  en  Autriche),  Vienne, 
Arstaria  et  C°,  éditeurs,  1894. — Voici  une  superbe 
publication  qui  appelle  l'attention  des  lettrés  et 
des  historiens  de  la  musique.  C'est  la  colleclion 
des  œuvres  des  maîtres  autrichiens  antérieurs  à  la 
grande  période  de  Haydn  et  de  Mozart.  Nous 
avons  sous  les  yeux  les  deux  fascicules  du  tome 
premier.  Ils  contiennent  une  série  de  compositions 
de  Johann  Joseph  Fux  et  Georg  MufFat. 

Johann-Joseph  Fux  fut  maître  de  chapelle  des 
empereurs  Léopold  I""',  Joseph  I"''  et  Charles  VI, 
(de  1698-1740),  et  il  ne  fut  pas  seulement  un  théo- 
ricien célèbre  dont  le  Gradus  ad  Parnassum  a  été  le 
bréviaire  de  tous  les  compositeurs  du  xviii"'  siècle, 
mais  il  fut  aussi  un  compositeur  illustre  dont  les 
œuvres  offrent  pour  nous  ce  très  gand  intérêt  de 
former  la  transition  entre  les  grandes  œuvres  de 
la  période  classique  de  l'art  choral  de  Palestrîna 
et  les  chefs-d'œuvre  de  l'art  religieux  instru- 
'  mental  de  J. -S  Bach.  Ses  compositions  sont  ex- 
trêmement nombreuses;  elles  comprennent  des 
opéras,  des  sonates,  des  pièces  de  musique  de 
chambre,  et  quantité  de  morceaux  de  musique 
religieuse. 

Le  premier  volume  de  la  collection  des  Denh- 
maley  comprend  quatre  de  ses  messes,  particulière- 
ment intéressantes  par  le  caractère  dramatique  de 
la  déclamation.  Dans  son  Gradus  ad  Parnassum, 
Fux  énonçait  déjà  l'aphorisme  qui  devait,  de  nos 
jours,  rénover  l'art  dramatique,  à  savoir  «  que  la 


mélodie  devait  être  modelée  conformément  au 
texte,  que  le  musicien  devait  en  quelque  sorte 
habiller  les  paroles,  veiller  à  donner  à  celles-ci 
l'expression  juste,  de  telle  sorte  que  la  musique 
parût  non  seulement  chanter,  mais  parler  11.  Ses 
thèmes  ont  une  expression  singulièrement  frap- 
pante dans  ses  messes,  et,  à  ce  point  de  vue,  elles 
offrent  un  intérêt  exceptionnel,  même  au  regard 
du  compositeur  moderne. 

Georg  Muffat,  mort  à  Passau  en  1704,  est  un 
maître  non  moins  intéressant  et  dont  le  rôle  est 
particulièrement  important  dans  l'histoire  de 
la  musique  de  chambre. 

Elève  de  Lully  et  de  Corelli.il  marque  dans  l'art 
allemand  la  transition  entre  la  musique  religieuse 
et  la  musique  mondaine;  il  est  même,  en  quelque 
sorte,  le  précurseur  de  Haydn  et  de  Mozart  par 
la  prédilection  avec  laquelle  il  s'adonna  à  la  com- 
position de  pièces  pour  instruments  à  cordes  et  à 
archet.  Il  arrangea  pour  cinq  instruments  ;  violon, 
violetta,alto,  quinta  parte  et  contrebasse  (violone), 
soutenus  parunbasso  continuo  (clavecin ou  orgue), 
des  airs  de  danse  de  tous  les  pays,  et  il  s'en 
explique  plaisamment  dans  une  de  ses  préfaces  : 
Il  Ma  profession  est  bien  éloignée  du  tumulte  des 
armes,  dit-il,  et  des  raisons  d'Estat  qui  les  font 
prendre.  Je  m'occupe  aux  notes,  aux  chordes  et 
aux  sons.  Je  m'exerce  à  l'estude  d'une  douce 
s3'mphonie;  et,  lorsque  je  mêle  des  airs  français 
à  ceux  des  AUemans  et  des  Italiens,  ce  n'est  pas 
émouvoir  une  guerre;  mais  plustôt  préluder  peut- 
estre  à  l'harmonie  de  tant  de  nations,  à  l'aymable 
Paix.  » 

II  y  a  un  grand  charme  de  naïveté  et  de  bien 
intéressantes  combinaisons  de  sonorités  dans  les 
jnèces  instrumentales  de  Muffat.  Il  se  vante  d'y 
avoir  fait  application  du  style  de  Jean-Baptiste 
Lully,  duquel  «  j'avois  fait  autrefois,  à  Paris,  pen- 
dant six  ans.  un  assez  grand  estude  et  dont,  à 
mon  retour  de  France,  je  fus  peut-estre  le  premier 
qui  en  apportay  quelque  idée  assez  agréable  aux 
musiciens  de  bon  goût,  en  Alsace  ;  puis,  chassé 
par  la  guerre  précédente,  aussy  à  Vienne,  en 
Autriche,  à  Prague,  enfin  ensuitte  à  Salzbourg  et 
à  Passau  ]>.  Il  recherchait  la  mélodie  naturelle, 
d'un  chant  facile  et  coulant,  éloignée  des  arti- 
fices superflus,  des  diminutions  extravagantes  et 
des  sauts  trop  fréquents  et  rudes  de  la  musique 
instrumentale  alors  en  honneur.  C'est  donc  un 
réformateur  à  sa  manière,  et  il  exerça  une  grande 
influence  en  ce  sens  qu'il  fonda,  en  somme,  dans 
le  milieu  même  où  devaient  se  former  plus  tard 
Haj-dn  et  Mozart,  le  st3'le  de  la  musique  de 
chambre,  qui  devait  s'élever  sous  ces  maîtres  à  la 
hauteur  du  style  s3'mphonique.  Le  deuxième  fasci 
cule  de  la  collection  des  Denkmaler  contient  sept 
suites  de  pièces  instrumentales  de  Muffat  groupées 
sous  des  titres  divers,  Eitsehia,  Speraniis  gaudia, 
Gratiiudo,  Impaiientia,  Sollicitudo,  Blanaitie,  Coustaniia, 
et  comprenant  chacune  six  ou  sept  morceaux, 
ouverture,  air,  gavotte,  menuet,  bourrée,  etc., 
formant  un  tout  :  c'est  le  commencement   du  qua- 


374 


LE  GUIDE  MUSICAL 


tuor.  Jusqu'à  présent,  ces  œuvres,  si  curieuses  et 
d'un  intérêt  si  profond,  n'avaient  pas  été  rééditées  ; 
ce  sera  pour  les  amateurs  de  musique  de  chambre 
une  révélation  bien  précieuse. 

Les  messes  de  J.-J.  Fux  ont  été  éditées  et  mises 
en  partition  par  MM.  J.-S.  Haberl  et  J.-A.  Gloss- 
ner;  les  compositions  de  Muffat  par  le  docteur 
Henri  Rietsch. 

La  collection  des  Momimenis  de  la  musique  en 
Autriche  s'annonce  ainsi  comme  une  publication 
d'un  intérêt  exceptionnel,  également  utile  aux  mu- 
sicographes et  aux  simples  amateurs  qui  veulent 
savoir  de  la  musique  plus  que  les  banalités  cou- 
rantes. 

Magnifiquement  éditée  par  la  maison  Artaria, 
sous  le  haut  patronage  du  ministère  de  l'instruc- 
tion publique  d'Autriche,  l'édition  de  ces  œuvres 
anciennes  est  préparée  par  un  comité,  à  la  tête 
duquel  se  trouve  M.  GuidoAdler,  le  savant  musi- 
cograpfie,  professeur  à  l'Université  de  Prague,  et 
qui  comprend  des  illustrations  telles  que  Johannes 
Brahms,  Edouard  Hanslick,  HansRichter,  le  che- 
valier von  Hartel,  le  chevalier  von  Hermann,  le 
baron  Weckbecker,  etc. 


Ce  comité  se  propose  de  faire  un  choix  dans 
l'œuvre  énorme  des  maîtres  autrichiens  du  xv  à 
la  fin  du  xviii"  siècle  et  d'en  publier  les  créations 
typiques,  celles  qui,  par  le  succès  qu'elles  ont 
obtenu  ou  l'influence  qu'elles  ont  exercée,  consti- 
tuent les  «  monuments  »  de  l'histoire  musicale  aux 
pays  autrichiens. 

Cette  vaste  et  noble  entreprise  sera  certaine- 
ment bien  accueillie  par  le  monde  artistique  et 
savant,  et  nous  ne  saurions  trop  y  applaudir. 

M.    KUFFERATH. 

Ecrits  sur  la  musique  et  les  musiciens  de  Roberl 
Schumann,  traduits  par  M.  Henr}'  de  Curzon, 
Librairie  Fischbacher,  33,  rue  de  Seine. 

On  sait  que  Robert  Schumann,  en  dehors  de  ses 
admirables  compositions,  avait  produit  de  nom- 
breux écrits  sur  la  musique,  notamment  dans  la 
Nouvelle  revue  musicale  de  Leipzig.  Ce  sont  ces  écrits, 
réunis  en  volume  par  Schumann  dans  l'année  1854, 
que  M.  Henry  de  Curzon  a  traduits  en  partie.  Jusqu'à 
ce  jour,  il  n'y  avait  eu  que  des  publications  de 
fragments  peu  importants  ;  M.  de  Curzon  a  donc 
rendu  un  véritable  service  aux  musiciens  français 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 

CONCERTOS 


ARRANGES    POUR 


DEUX  PIANOS  A  QUATRE  MAINS 

ou     piano     et    or|ue 
par    CLEMENT    LORET 


Première   série 

N°  I.  en  si  bémol. 

r>  2.  en  sol  mineur. 

n  3.  en  si  bémol, 

n  4.  en  fa. 

r>  5.  en  si  bémol. 

»  6.  en  sol  mineur. 


Deuxième    série 

N°  7.  en  la  majeur. 

■n    8.  en  si  bémol. 

y>    g.  en  ré  mineur. 

»  10.  en  sol  mineur. 

»  II.  en  si  bémol. 

»  12.  en  fa. 


Chaque   concerto,  net  4  francs. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


375 


en  faisant  paraître  aujourd'hui  son  intéressant 
travail.  A  quand  maintenant  la  traduction  des 
Lettres  si  originales,  si  i(Jean-Pauliennes))de  Schu- 
mann  ?  Celle  que  nous  donne  M.  de  Curzon  des 
Ecrits  sur  la  musique  et  les  musiciens  est  très  littérale. 
Si  elle  y  gagne  au  point  de  vue  de  la  vérité,  elle 
y  perd  quant  au  style.  Il  faut  reconnaître,  du  reste, 
que  la  langue  très  romantique  du  maître  de  Zwic- 
kau  est  souvent  difficile  à  traduire  en  français.  On 
verra  ce  que  pensait  Scliumann  de  maîtres  tels  que 
Bach,  Cherubini,  Beethoven,  Cramer,  Hummel, 
Spohr,  Meyerbeer,  Rossini,  Schubert,  Lvof  et 
Berlioz.  Nous  y  avons  cherché  en  vain  le  nom  de 
Brahms,  que  Schumann  a  été  cependant  un  des 
premiers  à  mettre  en  lumière.  Peut-être  aurons- 
nous  un  deuxième  volume  ?  H.   I. 

Viennent  de  paraître,  chez  Schott  frères,  édi- 
teurs, les  trois  chœurs  imposés  au  grand  concours 
international  de  chant  d'ensemble  de  la  ville  de 
Mons  (24  et  2S  juin  1894)  :  Vanden  Eeden,  J.,  le 
Rêve  (division  d'honneuri;  Vastersavendts,  A,,  Li 
Puissance  de  la  musique  (division  d'excellence);  Wil- 
lame.  A.,  Gloire  au  travailleur  (seconde  division). 


NÉCROLOGIE 
A  Brescia,    Emilio     Bertoloni,'   contrebassiste, 
professeur  à  l'Instituto  Filarmonico  Ventiiri. 

—  A  Gênes,  à  l'âge  de  cinquante-huit  ans,  le 
violoniste  Enrico  Vignani. 

—  A  Madrid,  le  pianiste  et  compositeur  Damaso 
Zabalza,  professeur  au  Conservatoire  de  cette 
ville.  Il  était  né  en  i835,  à  Irurita,  en  Navarre. 

— A  Leipzig,  le  D'' Schucht,  collaborateur  de  la 
Neue  Mnzikzeiiung,  auteur  de  travaux  sur  Chopin 
et  sur  Meyerbeer,  compositeur  et  didacte  distin- 
gué. Il  laisse  trois  sj-mphonies,  des  quatuors,  des 
Lieder.  un  traité  d'harmonie,  etc.  Il  était  âgé  de 
soixante  et  onze  ans. 

PIANOS  ET  HARPES 

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BRUXELLES  :  4.  rue  Latérale 
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Chanté  par  les  élèves  des  écoles  communales  de  Bruxelles,  sous  la  direction  de  M.  "WATELLE 

Partition,  5  francs.  —  Chaque  partie,  1  franc 

DOUILLET,  Pierre.  Op.  12.  Pensée  fugitive  pour  piano.     .     .  fr.     ^^  80 

t             —                 —           Op.  i3.  Menuet  caractéristique,  p""  piano.  i   20 

||             —                —          Op.  14.  Spinning  Song,  pour  piano     .     .  i  5o 

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pour  piano        ..........  2  5o 

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376 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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PORTRAITS  ET  ÉTUDES  -  LETTRES  INÉDITES 

DE  GEORGES  BIZET 

par  Hugues  Imeert,  avec  un  beau  portrait  àl'eau-forte 

de  l'auteur  de  Carmen  par  E.  Burney 

RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 

Paris 

Opéra.  —  Du  g   au   14  avril    :   Thaïs,  la  Korrigane. 
Faust.  La  Walkyrie.  Thaïs,  La  Korrigane- 

Opéra-Comique.  —  Du  8  au  14  avril  :  le  Déserteur, 
le  Pré  aux  Clercs.  Carmen.  Phryné.Fidès  et  les  Folies 
amoureuses.  Mireille  et  Richard  Cœur-deLion.  Le 
Postillon  de  Longjumeau,  Philémon  et  Baucis. 
Phryné,  Fidès  et  Cavalleria  rusticana.  Le  Postillon 
de  Longjumeau,  Philémon  et  Baucis. 
Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —   Du  i'""'  au  8  avril  : 


Lakmé  et  Cavalleria.  Orphée  et  Farfalla.  Tristan  et 
Iseult.  L'Attaque  du  moulin.  Faust.  Werther  et  Pier- 
rot macabre.  Tristan  et  Iseult. 

Théâtre  des  Galeries.  —  Madame  Bonifaoe.  Le 
Petit  Duc. 

Alcazar  royal.  —  Les  Martinetti  :  Nuit  terrible.  Les 
Deux  Aveugles.  —  Prochainement,  le  Mort. 

Salle  de  la  Grande-Harmonie.  —  Dimanche  22  avril, 
à  8  heures  du  soir,  concert  au  bénéfice  des  colonies 
et  de  la  soupe  scolaires  de  Saint-Gilles,  avec  le  con- 
cours de  MM.  Jean  Noté,  i"'  baryton  à  l'Opéra; 
Crickboom,  violoniste;  Janssens,  pianiste,  et  d'un 
chœur  de  dames.  —  Première  partie  :  Les  Nymphes 
des  bois,  chœur  (Delibes);  Finale  Ju  Carnaval  de 
Vienne (Schumann),  M.  Janssens;  Légende  bretonne, 
chœur  (Rousseau);  Adagio  (Max  Bruch),  Rondo  Ca- 
priccioso  (Saint-Saëns),  M.  Crickboom;  air  de  la 
Coupe  du  Roi  deThulé  (Diaz),  M.  Noté;  Le  Nénu- 
phar, chœur  inédit,  le  Mois  de  mai,  vieille  chanson 
champenoise  harmonisée  à  quatre  voix  (E.  Closson). 
Deuxième  partie  :  Etude  en  forme  de  valse  (Saint- 
Saëns),  M.  Janssens;  Chanson  de  l'Hermine,  chœur 


FACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22.  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

Piopriétaii-es  des  œuvre.s  de  TscliaîUowsky.  Gottaclinik,   Prudent,  .«llard 
des   Ar<-hiv«-K   du  piuuu   et   de  la   célèbre   .iléthoilc    de   itinn»    A.    le   4'arpeiiticr 

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ŒUVRES       POUR      ORCHESTRE 


Op.  2.  N"  3   Chant  sans  paroles  : 

Partition z  » 

Parties  séparées 4  " 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque  i  » 

Op   3.  Le  Voyévode,  ouverture  extraite 

Partition 5     » 

Parties  séparées lo     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5o 

—  Le  Voyévode,  entr'acte  et  airs  de  ballet 
extraits  (nouvelle  édition  revue  par 
l'auteur)  ; 

Partition 8     » 

Parties  séparées 2o     » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     2     » 

Op.  i3.  Première  Symphonie  en  sol  mineur 

Partition i5     » 

I  arties  séparées. 3o     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3     » 

Op.  14.  Vakoula  le  Forgeron,  ouverture  extraite 

Partition  d'orchestre 6     « 

Parties  séparées i5     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i   5o 

Op.  i5.  Ouverture  triomphale  sur  l'hymne 
danois 

Partition  .  6     » 

Parties  séparées  (copiées) 

Parties  supi  1    cordes  (copiées)     chaque 

Op.  17.  Deuxième  symphonie  (dite  sympho- 
nie russe)  en  ut  mineur 
l'artition 25    « 


Parties  séparées 35     " 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3     " 

Op    18.  La  Tempête,  fantaisie  d'après  Shakespeare 

Partition 12    >' 

parties  séparées .      .  20    » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     2    » 

Op.  20.  Le  Lac  des  cygnes,  valse  extraite 

Parties  séparées.      .      .  ....    10    « 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     i  25 

—  Pot-pourri,  arrangé  pour  petit  orches- 

tre, par  N.  Ars. 

Parties  séparées 8     » 

Parties  supplémentaires  cordes  chaque     I  •25 
Op.  z3.  Premier  Concerto  en  si  bémol,  pour 
piano  : 

Partition  .  20    » 

Parties  séparées 12     " 

Parties  supplémentaires  à  cordes,  chaque  I  5o 
Op   24.  Eugène  Onéguine,  valse  extraite  de 
l'opéra  : 

Partition 5 

Parties  séparées 20 

Parties  supplémentaires  à  cordes,  chaque  2 

—  Prélude  extrait  : 

Partition  orchestre 2 

Parties  séparées  (copiées)  .      .      .      .      - 
Parties  supplémentaires  à  cordes  (copiées) 
Op.  26.  L-érénade  mélancolique  pour  vio- 
lon : 

Partition 5 

Parties  séparées 4 

Parties  supplémentaires  à  cordes,chaque     i 


LE  GUIDE  MUSICAL 


377 


extrait  de  Hulda  (C.  Franck),  chœur  inédit  extrait 
d'Hélène  (E.  Chausson);  air  d'Hérodiads  (Massenet), 
M.  Noté;  Sur  la  mer,  chœur  (V.  d'Indy);  Légende, 
Polonaise  (Wieniawski),  M.  Crickboom;  Credo  du 
paysan  (Goublier),  M.  Noté;  Isis,  chœur  (Lefebvre). 
Liège 

Nouveaux  Concerts.  —  Dimanche  20  mai,  à  3  h.  J/<, 
4'-  concert.  —  i"'"'  et  2"  actes  de  Tristan  et  Iseult  de 
Richard  Wagner  :  M.  Ernest  Van  Dyck,  du  Théâlre- 
Impéral  de  Vienne  et  du  théâtre  de  Bayreuth,  chan- 
tera le  rôle  de  Tristan 

Berlin 

Opéra-Impérial.  —    Du   8    au    i5   avril  ;  Les   Medici 


Cavalleria    et    Carnaval   iballet).    Le  Trouvère.   Le 
Freyschûtz.   Faust.  Falstaff.  Les  Huguenots.  I  Pa- 
gliacci  et  Carnaval. 
Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  Le  Vice- Amiral. 

Vienne 

Opéra-Impérial.  —  Du  10  au  17  avril  :  La  Rose  de 
Pontevedra.  Valse  viennoise  et  Puppenfee.  Le  Pro- 
phète.  I  Pagliacci  et  le  Baiser.  Le  Trouvère.  Hans 
Heiling.  Mignon.  La  Rose  de  Pontevedra. 

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378 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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cana.  Faust.  Tannhœuser.  Carmen.  La  Fille  du  régi- 
ment. Spectacle  de  gala  (ouverture  du  Songe   d'une 
nuit  d'été,  Prologue,  4=  acte  de  l'Africaine;. 

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Opéka.  -  Du  7  au  17  avril  :  Freyschûtz.  L  Or  du 
Rhin.  La  Walkyrie.  Bajazzo.  Cavalleria  rusticana. 
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LE  GUIDE  MUSICAL 


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Kobes  de  bal 

Sorties  de  bal  et  de  ttiéâtre 
Boas  eu  plumes,  tour  de  cou 
Gliâles  et  écharpes 
Boierios  et  velours 


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Tissus    légers, 
laine  ot  soie 
Mousseline  de  laine  nnprimée 
Tarlatanes  couleurs 
Lingerie  fine,  dentelles 
Rubans  et  plumes 
Bas  de  soirée  soie  et  fil 
La  plus  grande  complaisance  est  recommandée   au  personnel 
âSGENCEOR  HTOR/lULiaUi:  DESSERVANT  TOUS  LES  ÉTAGES 
Euvvi  timuM  en  pruvinrc du  mtaUigue  qui  vicnL  de iMiaitix,ainxi  qii"  dcx  éc'i  i:ititl(iiis  et  co:ii mandes  excédant  20  /'■• 


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Vrevue  internationale  hebdomadaire. 


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DIRECTEUR-REDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE     KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

Rue  Beaurepaire,  33,  Paris 

N.  Le  KiME,    SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed. 


ScHURÉ  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten — Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

N.  Liez  -  I.  Will 

Dr  Dwelshauwers  —  Ernest  Closson 

Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer   —  Jean  Marlin 

J.  Brunet  —  A.  Wilford,  etc.  etc. 

HbOnneinentS  :  aux  Bureaux  du 
journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
à  Paris,  à  la  Librairie  Fischbacher, 
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Pays  d'outre-mer  ....     18    — 


40''  année  22  Avril  1S94. 


SOMMAIRE 


NUMERO   17 


Etienne  Destranges  :  Une  partition  mé- 
connue :  Proserpiue  de  Camille  Saint- 
Saëns.  (Suite.) 

Hugues  Imbert  :  Falstajf  de  A.  Boïto  et 
J.  Verdi;  première  à  l'Opéra-Comique  de 
Paris. 

(Ili)rontquc  bc  la  Semaine  :  Paris  :  la  Vie  d'une  rose  de 
Schumann;  les  concerts  d'orgue  Guilmant.  — 
Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  le  Mort,  mimodrame  de  MM.  Camille 
Lemonnier  et  Paul  Martinetti,  musique  de  Léon 
Dubois;  Audition  de  M'^<'  Marie  Jaël.  —  Divers. 

(ttorreeponbailCES  ;  Anvers,  Bruges,  Liège,  Verviers, 

Revue  des  Revues  :  Gaston  Paris  à  propos  de 
Tristan  et  IseiM;  M.  Paul  Dukas  sur  les  entretiens 
de  Moschelès  et  de  Beethoven. 

Nouvelles  diverses.  —  Nécrologie. 

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Perusastrasse.  —  A  Strasbourg  :  librairie  Ammel.  —  A 
Amsterdam,  Algemeene  Musikhaniel,  Spui,  3.  —  A  La 
Haye,  Belinfante  frères. — A.  Liège  :  M™'  veuve  MuraUle, 
rue  de  l'Université.  —  A  Anvers  :  M   Forst,place  de  Meir. 

—  A  Gand  :  M"»»  Beyer.    —  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit. 

—  A  Genève  :  Ad.  Henn,  5,  rue  Grenus.  —  A  Madrid  : 
Ruiz  y  G»,  Principe,  14.  — A  St-Pètersbsurg  :  R  VioUet. 

—  A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Mexico  :  N.  Budin.  — 
A  Montréal  :  La  Montagne,  éditeur,  149,  rue  JSiint- 
Maurice.— A  New-York  :  G.-E.  Stechert,  810,  Broadway. 

Le  numéro  :  40  centimes. 


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382 


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Parties  d'orchestre     ...       »     i     » 

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Pour  piano  à  quatre  mains.     .     .     »     3     » 

Parties  d'orchestre «a     » 

Gervasio-  Nice-Casino,  galop,  p'  piano     »     i  70 
Parties  d'orchestre.      .     .     )>     i     » 
Gillet,  E.  Douce   caresse,  pour  piano  .     «     2  00 
P''  instr.  à  cordes  (p""  et  p*'"^)  .     »     2  5o 
Tellam,  H.    Le  Corso    blanc,   polka- 
marche  pour  piano »     i  70 

Pr  piano  à  quatre  mains  ...»  2  » 
Pr  piano  et  violon  ou  mandoUne  »  2  » 
Parties  d'orchestre »     i     » 

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PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


40"  ANNÉE.  —  Numéro  17. 


22  Avril  1894. 


Une    paijtitior^    n^éconnue 

PROSERPINE 


Camille    SAINT-SAËNS 


ÉTUDE   ANALYTIQUE 

(Suite.  —  Voir  le  n"  16.) 

ACTE  PREMIER 
Un  court  prélude,  divisé  inégalement  en 
deux  mouvements,  l'un  andante  conmoto, 
l'autre  allegro,  précède  le  lever  du  rideau. 
Deux  des  principaux  thèmes  de  la  partition 
y  sont  exposés.  Le  premier,  d'une  intensité 
d'expression  fort  grande  : 


se  rapporte  à  Proserpine  (p.  i,  m.  i  et 
suiv.).  (i)  Il  débute  chanté  par  les  seconds 
violons,  les  altos  et  les  violoncelles  ;  à  la 
seconde  mesure,  il  est  soutenu  par  les 
hautbois;  il  est  continué  ensuite  par  les 
premiers  violons,  les  bassons  et  les  cors. 
Le  second  motif,  qui  apparaît  (p.  i,  m.  ii, 
12,  i3,  14)  aux  hautbois,  doublés  par  les 
violons, 


symbolyse  l'Aspiration  à  l' amour,  qui  rem- 
plit le  cœur  de  Proserpine  dégoûtée  de  son 

(i)  Les  exemples  musicau.\  sont  reproduits  avec  l'ai- 
mable autorisation  de  MJM.  Durand  et  fils,  éditeurs  de 
la  partition. 


métier  de  courtisane.  Page  2,  mesure  3,  je 
signale,  mais  sans  y  attacher  d'importance, 
une  curieuse  ressemblance  avec  le  début 
du  leitmotiv  d'amour  des  Maîtres  Chan- 
teurs. 

Le  rideau  se  lève  sur  les  jardins  du  palais 
de  Proserpine,  l'opulente  courtisane  ita- 
lienne à  l'esprit  fantasque,  qui  passe  avec 
une  égale  facilité  des  bras  d'un  seigneur  à 
ceux  d'un  manant  : 

Tous  se  valent  pour  elle  !  Une  chose  lui  plaît, 

C'est  de  dire  au  marquis  :  «  J'aime  autant  ton  valet  ». 

Pendant  un  mois,  Proserpine  a  tenu  sa 
porte  close,  puis,  tout  à  coup,  elle  a  an- 
non  é  une  fête,  à  laquelle  nombre  de  jeunes 
seigneurs  sont  accourus.  Ceux-ci  vont  et 
viennent,  s'entretenant  de  leur  hôtesse  et 
de  ses  fantaisies.  Tout  ce  dialogue  est 
traité  d'une  façon  charmante.  Un  motif 
d'importance  secondaire,  mais  que  l'on 
rencontre  néanmoins  plusieurs  fois  pendant 
les  premières  scènes,  celui  de  la  Galanterie, 


se  fait  entendre  aux  violoncelles,  puis  aux 
altos  (p.  8,  m.  J  et  8).  Le  thème  de  Proser- 
pine paraît  de  nouveau,  page  lo,  mesures  8, 
9,  lo  et  ensuite  page  I2,  mesures  i  et  sui- 
vantes, à  l'entrée  de  la  courtisane.  Celle-ci 
s'avance  lentement,  pensive,  regardant  à  la 
dérobée  dans  les  groupes.  Sabatino  n'est  pas 
venu!  ïmi\'m\ix&-t-e\\e.  à  part.  Les  jeunes  gens 
s'empressent  autour  d'elle;  leurs  propos 
sont  soulignés  à  l'orchestre  par  le  motif  de 
la  Galanterie.  Mais  Proserpine  n'est  pas 
d'humeur  à  les  écouter;  elle  passe  sans 
répondre,  tandis  que  les  instruments  à 
cordes  commentent  sa  Tristesse 


384 


LE  GUIDE  MUSICAL 


en  une  superbe  phrase,  d'une  douloureuse 
mélancolie  (p.  I4,m.8,  g,  lo,  ii,  12,  13,14). 
Pourtant,  ses  adorateurs  ne  se  découragent 
pas.  Deux  d'entre  eux,  Orlando,  puis 
Ercole,  la  supplient  avec  une  amoureuse 
ironie.  Cet  andante  [alla  siciliana),  comme 
l'a  catalogué  le  musicien,  est  fort  gracieux 
dans  sa  tonalité  de  si  mineur.  L'accompa- 
gnement, avec  son  contre-chant  confié  à  la 
flûte,  plus  loin  au  hautbois  et  enfin,  à  la  coda, 
au  premier  violon,  est  d'une  délicatesse 
adorable.  Commencée  par  un  ténor,  con- 
tinuée par  un  baryton,  cette  sicilienne, 
puisque  sicilienne  il  y  a,  se  termine  avec  les 
deux  voix. 

Proserpine,  le  front  toujours  chargé  de 
nuages,  n'a  rien  entendu.  Elle  s'éloigne  et 
disparaît  dans  le  jardin  à  travers  les  buis- 
sons de  lauriers  roses,  sous  l'ombre  des 
grands  pins  parasols.  Les  jeunes  seigneurs 
la  suivent.  Cependant,  l'homme  qu'elle 
cherchait  tout  à  l'heure  anxieusement  dans 
les  groupes,  arrive  en  scène,  presque 
poussé  par  l'ami  qui  l'accompagne.  Renzo 
soumet  alors  Sabatino  à  la  bizarre  épreuve 
dont  j'ai  parlé  plus  haut.  Le  jeune  homme 
a  beau  jurer  à  son  futur  beau-frère  que 
Proserpine  l'a  toujours  repoussé,  Renzo 
est  incrédule  et  trouve  extraordinaire  que 
cette  universelle,  comme  il  l'appelle,  —  un 
peu  moderne  universelle!  ■ponrqMoi  pas  hori- 
zontale, tout  de  suite  !  —  ait  résisté.  Il  force 
donc  Sabatino  à  faire  une  nouvelle  décla- 
ration à  la  courtisane;  il  jugera  après  s'il 
peut,  sans  inconvénient,  lui  accorder  la 
main  de  sa  sœur. 

Cette  scène,  d'une  psychologie  quelque 
peu  étrange,  n'en  contient  pas  moins,  au 
point  de  vue  musical,  nombre  de  choses 
ravissantes.  Deux  nouveaux  Leitmotive  y 
font  leur  apparition.  Le  premier  est  celui 
de  Sabatino, 


que  les  premiers  violons  exposent  (p.  21, 
m.  3,  4,  5).  Il  se  maintient  à  l'accompagne- 
ment pendant  la  plus  grande  partie  de  la 
scène.  Le  second,  —  une  véritable  mélodie, 


—  chanté  par  les  violons  et  les  violoncelles 
(p.  29,  m.  10,  II,  12,  i3). 


symbolise  les  nouvelles  aspirations  de  Sa- 
batino vers  un  idéal  de  pureté  et  son  désir 
de  trouver  enfin  la  paix  du  cœur  dans 
l'Amour  conjugal. 

Le  dialogue  des  deux  jeunes  est  d'une 
déclamation  très  juste.  Il  faut  citer  parti- 
culièrement la  phrase  de  Sabatino  :  Pour- 
quoi me  demander  cette  épreuve  insensée?  et 
Vanimato  du  même  :  Ne  crains  plus  que  mon 
âme  change,  bâti  sur  le  thème  de  V Amour 
conjugal. 

Toujours  suivie  de  sa  cour,  Proserpine 
reparaît.  A  la  vue  de  Sabatino,  elle  tres- 
saille. Sous  le  prétexte  que  la  comédie  va- 
bientôt  commencer,  elle  éloigne  les  sei- 
gneurs, qui  se  retirent,  pendant  qu'on' 
entend  dans  la  coulisse  une  gracieuse', 
pavane.  Dans  cette  courte  scène,  les  thèmes  ! 
de  Proserpine,  de  l'Aspiration  à  l'amour  et  de 
la  Galanterie  se  font  entendre  successive- 
ment. 

Proserpine  reste  seule;  le  quatuor  ra-; 
mène  le  motif  de  la  Tristesse,  puis  com- 
mence un  adagio  de  quelques  mesures' 
seulement,  mais  d'une  réelle  beauté,  où  la, 
malheureuse  femme  exhale  son  désir  : 

Amour  vrai,  source  pure  où  j'aurais  voulu  boire, 
Ne  t'oflriras-tu  pas  à  mes  lèvres  en  feu? 

Le  motif  de  l'Aspiration  à  l'amour,  légère- 
ment modifié,  forme  la  base  de  ces  deux 
pages. 

Sabatino  s'approche  doucement  de  Pro- 
serpine, plongée  dans  son  rêve.  En  aperce- 
vant le  jeune  homme,  son  cœur  bondit  de 
joie,  mais  elle  se  remet  vite  et  aff'ecte  avec 
lui  un  ton  glacial.  Avec  une  élégante  im- 
pertinence, Sabatino  lui  demande  la  raison 
de  la  rigueur  qu'elle  lui  montre.  Un  nou- 
veau motif,  VA  mour  repoussé,  se  fait  jour 
(p.  41,  m.  10,  dernier  temps  11,  12), 


Raillez!  vous  n'obtiendrez  pas  même  ma  co- 
lère, répond  la  courtisane,  tandis   que    le 


LE  GUIDE  MUSICAL 


385 


thème  de  la  Tristesse  et  celui  de  Froserpine 
passent  de  nouveau  à  l'orchestre.  Mais  Saba- 
tino  continue.  Alors,brusquement  du  cœur 
trop  chargé  de  la  jeune  femme,  s'échappe 
le  cri  de  sa  misère.  Son  infâme  métier  de 
fille  l'écœure!  Ah!  l'amour,  le  véritable,  le 
pur  amour,  celui  qui  ne  se  vend  pas  pour 
de  l'or,  mais  qui  s'achète  par  un  échange 
d'âmes,  c'est  celui-là  qu'elle  voudrait  con- 
naître, qu'elle  voudrait  donner,  m9.is  que 
tous  ceux  qui  l'entourent,  insouciants  et  fri- 
voles, ne  sauraient  lui  rendre  qu'en  argent  ! 
De  plus  en  plus,  Proserpine  s'exalte; 
arrivée  enfin  au  paroxysme  de  son  déses- 
poir, elle  jette  à  Sabatino  ces  paroles  : 
Vous  me  demandez  de  vous  aimer!  Prenez 
garde,  qu'un  jour  je  ne  vous  prenne  au  mot. 
Cette  scène  est  d'une  allure  superbe.  Il 
faut  remarquer  surtout  ces  deux  passages  : 
Avec  vous  faut-il  que  je  raisonne...  et  :  Si 
j'aimais  ainsi  qu'une  autre  femme. .  .A  signaler 
dans  ce  dernier  un  autre  Leitmotiv, 


celui  de  V  Amour  vrai,  exposé  parle  haut- 
bois (p.  47,  m.  8)  (i).  En  entendant  Proser- 
pine lui  répondre  sur  ce  ton,  Sabatino 
trouve  qu'il  est  inutile  de  laisser  la  conver- 
sation s'égarer  sur  un  terrain  aussi  brûlant. 
Avec  cette  cruauté,  souvent  inconsciente, 
de  ceux  qui  aiment  ailleurs,  et  restent 
aveugles  et  sourds  aux  passions  d'autrui,  il 
poursuit  sa  fausse  déclaration  en  accen- 
tuant encore  le  côté  ironique.  Il  ne  demande 
pas  d'amour  à  la  courtisane  ;  qu'elle  l'aime 
seulement  comme  elle  a...  aimé  tous  les 
autres.  Pour  le  repousser,  le  croit-t-elle 
donc  pauvre?  A  cette  dernière  insulte,  Pro- 
serpine se  révolte  et  elle  chasse  Sabatino. 
Cette  seconde  partie  de  la  scène  n'est  pas 
moins  bien  traitée  que  la  première.  Les 
phrases  de  Sabatino  sont  d'une  élégance, 
d'une  légèreté  pleines  de  désinvolture.  Les 

(i)  Ce  thème  découle  de  celui  de  Proserpine.  On 
pourrait,  à  la  rigueur,  le  considérer  comme  une  forme 
abrégée  de  ce  dernier.  Cependant,  la  façon  dont  il  est 
employé,  rend  préférable  de  l'admettre  comme  un  motif 
distinct  En  réalité,  il  apparaît  pour  la  première  fois 
page  45,  mesures  10  et  11. 


thèmes  de  Sabatino,  de  Proserpine,  de 
l'Aspiration  à  l'amour,  deV  Amour  vrai,  de 
l'Amour  repousse' se  succèdent  à  l'orchestre, 
commentant  en  quelque  sorte  psychologi- 
quement les  états  d'àme  des  personnages. 

Sabatino  parti,  Proserpine,  dans  un  court 
monologue  d'une  déclamation  superbe, 
souligné  par  le  motif  qui  lui  est  propre  et 
par  celui  de  l'Aspiration  à  l'amour,  laisse, 
pour  la  troisième  fois,  échapper  sa  ran- 
cœur. L'homme  qu'elle  aime  en  secret 
vient  de  l'insulter!!  Son  désespoir  ne  con- 
naît plus  de  bornes. 

Je  suis  riche  !  ô  dégoût  de  l'amour  acheté  ! 

Riche  !  qu'il  passe  un  pauvre,  et,  s'il  veut,  je  me  livre  ! 

Un  mendiant  1 

Son  vœu  va  être  exaucé.  Des  serviteurs 
surviennent,  poussant  devant  eux  un  homme 
en  haillons.  C'est  un  nommé  Squarocca, 
bandit  de  la  pire  espèce,  qui  vient  d'être 
surpris  en  train  de  voler.  Une  idée  folle 
passe  par  la  tête  de  Proserpine.  A  tous  les 
seigneurs,  qui  la  tiennent  sous  le  joug  d'in- 
famie, elle  va  rendre  mépris  pour  mépris. 
Un  rapide  dessin  (p.  58,  m.  3  et  4), 


silhouette  la  figure  de  Squarocca. 

La  scène  qui  suit  est  d'une  amusante 
fantaisie.  Très  difficile  à  traiter  musicale- 
ment, elle  a  inspiré  néanmoins  à  Saint- 
Saëns  une  des  pages  les  plus  réussies  de  sa 
partition. 

Le  sévère  auteur  de  tant  d'œuvres  du 
genre  le  plus  élevé  a,  fait  curieux  à  noter, 
un  goût  prononcé  pour  les  plaisanteries 
musicales.  Le  Carnaval  des  animaux,  Ga- 
brielle  de  Vergy  ont  depuis  longtemps  révélé 
à  ses  intimes  ce  petit  côté  de  sa  haute  per- 
sonnalité. La  délicieuse  partitionnette  de 
P/^rj/we  l'a  fait  connaître  au  public;  certaines 
scènes  de  Proserpine  pouvaient  déjà  le 
faire  pressentir. 

Mais  revenons  au  bandit  et  à  la  courti- 
sane, que  nous  avons  laissés  en  tête-à-tête. 
Cette  dernière  interroge  Squarocca.  Que 
préfère-t-il?  un  palais  ou  une  prison,  le  vin 
de  Syracuse  ou  une  eau  croupie,  un  car- 


386 


LE  GUIDE  MUSICAL 


can  de  fer  à  son  col  ou  les  bras  d'unejeune 
femme?  Squarocca,  d'abord  étonné,  finit 
par  répondre  cavalièrement  :  Votis  m'enibc- 
tez,  Madame!  [ï)  Mais  Proserpine  lui  fait 
comprendre  qu'elle  ne  plaisante  pas  :  Dis! 
le  carcan  ou  moi.  Le  bandit  n'hésite  pas. 
Elle  lui  prend  le  bras  pour  la  fin  de  la 
fête.  Un  ravissant  accompagnement,  plein 
d'une  spirituelle  délicatesse,  rehausse  en- 
core cette  curieuse  scène. 

Les  invités  sortent  du  palais  et  enva- 
hissent de  nouveau  les  jardins.  Quelle  n'est 
pas  leur  stupéfaction  en  voyant  l'étrange 
compagnon  de  leur  belle  hôtesse.  Char- 
mante aussi  cette  scène  et  traitée  avec  un 
entrain  qui  ne  tombe  jamais  dans  la  vulga- 
rité. Tout  à  coup,  le  nom  de  Sabatino 
frappe  l'oreille  de  Proserpine.  Deux  sei- 
gneurs parlent  du  mariage  prochain  de  leur 
ami  avec  la  sœur  de  Renzo.  A  ces  mots, 
qui  la  frappent  au  cœur,  Proserpine  pâlit. 
L'infâme!  et,  tout  à  l'heure  encore,  il  osait... 
Ah  !  elle  se  vengera  ! 

PROSERPINE  (à  Squarocca) 

...  Tout  te  doit  être  égal, 
Le  bien  comme  le  mal. 

SQUAROCCA 

Je  préfère  le  mal. 

PROSERPINE 

Puis-je  te  demander  une  preuve  de  zèle? 

SQUAROCCA 

Lorsque  vous   m'avez  pris,  j'ai  dit  ;  elle  est  trop  belle 
Pour  ne  pas  e.xiger  quelque  chose  de  laid  ! 
S'il  ne  faut  que  tuer,  comptez  sur  mon  stylet. 

Mais,  pour  l'instant,  c'est  l'heure  de 
l'orgie.  Le  finale,  espèce  de  brindisi,  exposé 
par  Proserpine,  repi'is  par  le  chœur,  est 
d'une  inspiration  commune,  qui  détonne 
dans  cet  acte  d'une  si  rare  distinction 
d'idées.  C'est  une  tache  malheureuse.  Il 
est  regrettable  que  l'auteur,  pour  sa  nou- 
velle version,  n'ait  pas  songé  à  remanier 
ce  passage,  seule  partie  vraiment  faible 
de  l'œuvre. 

{A  suivre)         Etienne  Destranges. 


(i)  Je  ne  sais  quels  scrupules  ont  fait  changer  dans 
la  nouvelle  partition  ces  mots  par  ceux-ci  :  Finirez-vous, 
Madame .' 


FALSTAFF 

Comédie  lyrique  en  trois  actes  et  six  tableaux,  poème  de 
A.  Bo'iTo, musique  de  G.  Verdi  Première  représenta, 
tion,  en  France,  à  l'Opéra-Comique  de  Paris,  le 
mercredi   i8  avril  1894  (i). 

PRÈS  la  première  représentation 
de  Don  Carlos,  qui  eut  lieu  à 
l'Opéra  de  Paris  le  11  mars  1867, 
Georges  Bizet  écrivait  les  lignes 
suivantes  :  «  Verdi  n'est  plus  Italien;  il  veut 
faire  du  Wagner...  il  a  abandonné  la  sauce 
et  n'a  pas  levé  le  lièvre.  Cela  n'a  ni  queue 
ni  tête.  Il  n'a  plus  ses  défauts,  mais  aussi 
plus  une  seule  de  ses  qualités.  Il  veut  faire 
du  stj'le  et  ne  fait  que  de  la  prétention... 
C'est  assommant...  four  complet,  absolu. 
L'exp  osition  prolongera  peut-être  l'agonie, 
mais  c'est  une  bataille  perdue.  Le  public 
surtout  est  furieux.  Les  artistes  lui  pardon- 
neront peut-être  une  tentative  malheureuse 
gui  prouve,  après  tout,  en  faveur  de  son  goût) 
et  de  sa  loyauté  artistique.  Mais  le  bon  public 
était  venu  pour  s'amuser...  et  je  crois  qu'on 
ne  l'y  repincera  pas...  La  presse  sera  mau- 
vaise ». 

Nous  n'avons  certes  pas  la  prétention 
d'affirmer  que  Don  Carlos  ait  été  un  des 
meilleurs  ouvrages  de  Verdi  ;  mais  on  pres- 
sentait déjà  dans  la  manière  du  maître  un 
changement  de  front  qui,  selon  nous,  prou- 
vait sa  grande  et  haute  intelligence.  11  n'a 
pu  rester  indiffèrent  au  mouvement  très 
accentué  qui  s'est  accompli  dans  l'art  musi- 
cal ;  il  ne  pouvait  songer  à  revenir  en 
arrière.  Au  sommet  de  la  gloire,  il  aura 
imprimé  à  ses  nouvelles  créations  un  essor 
nouveau,  noble  exemple  donné  à  tous  les 
compositeurs,  à  quelque  nationalité  qu'ils 
appartiennent.  Do7i  Carlos,  Aida,  le  Re- 
quiem, Otello  et  Falstaff  en  sont  une  preuve 
éclatante.  Quant  à  faire  du  Wagner,  comme 
l'écrivait  Bizet,  il  n'y  a  jamais  songé.,.  lia 


(i)  La  première  représentation  de  l'œuvre  a  eu  lieu  à 
Milan,  le  9  février  1893. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


387 


su  garder  sa  personnalité  en  la  rajeunis- 
sant. N'est  ce  pas  lui  qui,  du  reste,  adres- 
sait ces  lignes  intelligentes  à  Hans  de  Bu- 
low  :  «  Puisque  les  artistes  du  nord  et  du 
sud  ont  des  aspirations  différentes,  parfait! 
Qu'ils  se  distinguent  les  uns  des  autres. 
Tous  devraient  s'attacher  à  demeurer  fidèles 
au  caractère  de  leur  nationalité  comme 
Wagner  l'a  si  bien  dit.  Combien  vous  êtes 
heureux  de  pouvoir  vous  dire  les  fils  de 
Jean-Sébastien  Bach  !  Mais  nous  ?  Nous 
aussi,  qui  sommes  les  fils  de  Palestrina,  nous 
avons  eu  jadis  une  grande  école  qui  était 
bien  la  nôtre.  Elle  est  aujourd'hui  abâtardie 
et  menace  de  disparaître.  Ah!  si  nous  pouvions 
recommencer  !  » 

Verdi  a  recommencé  à  un  âge  où,  le  plus 
souvent,  on  reste  stationnaire;  il  a  eu  sa 
seconde  manière,  et  il  suffit  de  comparer 
ses  premières  œuvres  aux  dernières  pour 
voir  à  quels  mobiles  il  a  obéi.  Mais  si, 
s'inspirant  des  grandes  lignes  tracées  par 
Gluck,  Weber  et  R.  Wagner,  il  est  arrivé 
à  écrire  des  compositions  dans  lesquelles 
l'orchestration  joue  un  rôle  important  dans 
la  peinture  des  principaux  personnages  et 
dans  les  situations  du  drame,  —  où  les 
caractères  eux-mêmes  sont  tracés  avec  le 
souci  de  la  vérité,  il  n'a  point  modifié  sa 
nature,  son  tempérament.  Il  appartient 
bien  toujours  à  la  race  italienne.  Chez  lui, 
nulle  appropriation  de  la  phraséologie 
wagnérienne  :  on  ne  trouverait  ni  dans 
Aïda  ni  dans  Otello,  par  exemple,  une  page 
rappelant  le  style,  la  couleur  du  maître  de 
Bayreuth.  C'est  en  cela  que  sa  personnalité 
est  restée  tout  entière. 

Si  Georges  Bizet  avait  pu  assister  aux 
derniers  triomphes  du  maître,  il  serait 
peut-être  revenu  sur  un  jugement  porté 
trop  hâtivement. 

Rossini  a  eu  son  Barbier,  Wagner  ses 
Maîtres  Chanteurs,  Verdi  devait  avoir  son 
Falstajj.  Depuis  longtemps  déjà  le  maestro 
rêvait  d'écrire  un  opéra  comique.  Après 
avoir  feuilleté  en  vain  le  théâtre  de  Gol- 
doni,  il  avait  fait  part  de  son  désappointe- 
ment à  son  ami  Boïto  qui,  peu  de  jours 
après  sa  visite,  lui  apportait  le  livret  de 
Falstaff,  nn  Falstaff  revu  et  corrigé  «  extrait 
des  deux  drames  et  des  trois  comédies  de 


Shakespeare  où  figure  ce  personnage,  un 
type  spécial,  vraiment  comique  et  musi- 
cal. » 

M.  Arrigo  Boïto  a  tiré  son  Falstajf  des 
Joyeuses  Commères  de  Windsor  et  de  plu- 
sieurs passages  du  Henri  IV  de  Shakes- 
peare. L'action,  qui  se  déroule  dans  les 
Joyeuses  Commères  a  dû  être  resserrée  ;  c'est 
ainsi  que  nombre  de  personnages,  tels  que 
le  juge  de  paix  de  campagne  Shalow, 
Splender,  cousin  de  Shalow,  Page,  William 
Page,  Sir  Hugh  Evans,  Nym,  Simple, 
Rugby,  Mistress  Anne  Page,  ont  été  sup- 
primés. Ont  disparu  également  les  jeux  de 
mots,  dont  Shakespeare  est  coutumier  et 
qu'il  est  presque  impossible  de  traduire. 
La  scène  se  passe  à  Windsor,  sous  le  règne 
de  Henri  IV  d'Angleterre. 

Narrerons-nous  le  sujet  des  Joyeuses 
Commères?  Qui  ne  le  connaît  et  n'a  suivi 
dans  Shakespeare  les  mésaventures  de  sir 
John  Falstaff? 

C'est  une  véritable  surprise  que  de  voir 
un  compositeur  octogénaire  créer  une 
œuvre  aussi  voulue,  aussi  alerte,  aussi  pim- 
pante. Car,  ne  vous  y  trompez  pas.  Verdi 
a  considéré  Falstajf  comme  un  délasse- 
ment :  nous  sommes  en  présence  d'un  véri- 
table opéra  bouffe,  dans  lequel  l'action  se 
déroule  avec  une  rapidité  vertigineuse,  où 
la  trame  musicale  d'une  contexture  très 
soignée,  s'efforce  d'envelopper  intelligem- 
ment les  paroles,  où  l'élément  rythmique 
joue  le  rôle  prépondérant.  Aucune  ouver- 
ture, aucun  prélude  ;  le  mouvement  scé- 
nique  est  d'une  verve  éblouissante  et  gra- 
vite autour  de  Falstaff,  qui  domine  toute 
l'œuvre  ;  personnage  cynique,  bouffon,  sar- 
castique,  couard,  se  laissant  aller  à  ses 
vices  qui  l'engagent  en  des  aventures  où  il 
est  bafoué,  mais  se  tirant  souvent  d'affaire 
par  des  mots  plaisants.  L'esprit  italien  s'y 
fait  jour,  mais  revêtu  d'une  étoffe  musicale 
autrement  riche  que  celle  du  Barbier  de 
Séville.  On  conçoit  le  grand  succès  que  la 
partition  a  dû  obtenir  à  Milan  dans  ce 
milieu  si  prompt  à  s'enthousiasmer  pour 
les  œuvres  dans  lesquelles  domine  l'élément 
bouffe.  Ici,  â  Paris,  tout  en  reconnaissant 
les  hautes  qualités  du  maître,  on  a  regretté 
l'absence  de  morceaux  de  longue  haleine  ; 


388 


LE  GUIDE    MUSICAL 


les  phrases  sont  écourtées,  hachées,  se  mo- 
difiant presque  continuellement.  C'est  un 
véritable  kaléidoscope  musical  qui  sur- 
prend un  peu  et  où  les  effets  de  contraste 
ne  sont  pas  assez  accusés.  Cette  façon  de 
procéder,  très  arrêtée  de  la  part  de  Verdi, 
aurait  pu  engendrer  une  certaine  mono- 
tonie, si  la  maîtrise  n'eût  été  grande. 

Ces  réserves  faites,  que  de  jolies  pages  à 
signaler  et,  surtout,  que  d'intéressants 
détails  d'orchestre  à  souligner  ! 

Au  premier  acte,  à  l'hôtel  de  la  Jarretière, 
la  scène  très  comique  dans  laquelle  Fal- 
stafï  et  ses  acolytes  se  moquent  des  doléan- 
ces du  Df  Gains,  —  la  psalmodie  du  mot 
Amen  par  Pistolet  (Pistol)  et  Bardolphe,  — 
l'accompagnement  pianissimo  et  dans  les 
notes  aiguës  de  la  phrase  «  Si  Falstaft 
s'étiole  »,  —  les  staccati  rapides  des  vio- 
lons, lorsque  le  jeune  Robin  est  chargé  de 
porter  les  messages  amoureux  à  Alice  et  à 
Meg,  staccati  dont  le  compositeur  a  fait  un 
fréquent  usage,  dans  le  cours  de  la  parti- 
tion, pour  peindre  les  mouvements  rapides, 
—  la  tirade  pétillante  d'esprit  de  Falstaff 
sur  l'honneur,  admirablement  rythmée. 

Comme,  dans  le  deuxième  tableaa  du 
premier  acte,  les  gentilles  notes  du  hautbois 
(M.  Gillet)  se  présentent  heureusement, 
lorsque  Meg  et  Alice  lisent  la  lettre  de 
Falstaff!  Quelle  gaîté  dans  tout  ce  caque- 
tage  des  joyeuses  commères,  se  promettant 
de  duper  le  barbon  ventru  !  Puis,  comme 
contrepartie,  la  scène  dans  laquelle  Bar- 
dolph  et  Pistol  préviennent  Ford  des  des- 
seins de  Falstaff  contre  son  honneur  et,  à 
titre  de  contraste,  la  jolie  scène  d'amour 
(bien  qu'un  peu  courte)  entre  Fenton  et 
Nannette,  la  fille  d'Alice  Ford  :  «  Lèvres 
de  feu  » . 

Au  second  acte,  nous  sommes  de  nou- 
veau à  l'hôtel  de  la  Jarretière.  Il  faut  voir  avec 
quelle  componction  bouftonne  la  malicieuse 
Quickly  annonce  à  Falstafl  la  réussite  de  ses 
messages.  M"'^  Delna,  avec  ses  belles  notes 
de  contralto,  en  donne  une  parfaite  inter- 
prétation. Notons  la  chanson  très  caracté- 
ristique, accompagnée  par  le  basson  gogue- 
nard :  «  Va  bon  vieux  John  »  ;  l'entrée  de 
Ford  se  faisant  présenter  à  Falstaff  sous  le 
nom  de  Fontaine  ;  l'efi'et  imitatif  à  l'orches- 


tre des  sacs  d'écus  déposés  sur  la  table  par 
le  dit  Fontaine;  le  comique  musical  de 
cette  scène  à  deux  personnages  ;  et  la  ren- 
trée pompeuse  de  Falstaff,  revêtu  d'un 
superbe  vêtement,  avec  l'adorable  phraséo- 
logie orchestrale. 

Le  deuxième  tableau  du  second  acte 
nous  transporte  en  une  salle  de  la  maison 
de  Ford.  C'est  la  scène  où  Falstaff  enfoui 
dans  le  panier  à  linge,  pour  éviter  la 
poursuite  et  la  colère  de  Ford,  sera  préci- 
pité dans  la  Tamise.  N'y  aurait-il  dans  ce 
tableau  que  l'air  d'un  rythme  si  curieux, 
chanté  par  Falstaff  :  «  Quand  j'étais  page 
du  sir  de  Norfolk  »,  qu'il  suffirait  pour  en 
assurer  le  succès.  M.  Maurely  a  été  abso- 
lument triomphant,  et  le  public  a  réclamé  le 
bis  à  grands  cris.  Toute  cette  course  folle, 
vertigineuse  de  Ford  et  de  ses  amis  à  tra- 
vers la  maison,  cherchant  Falstaff,  la  ter- 
reur de  celui-ci,  son  enfouissement  dans  le 
panier,  ses  suffocations,  les  doux  épanche- 
ments  de  Fenton  et  de  Nannette  derrière 
le  paravent  ont  été  rendus  avec  une  verve 
étonnante  et  un  charme  admirable. 

Au  début  du  troisième  acte,  Falstaff  est 
assis  devant  l'hôtellerie  de  la  Jarretière.  Il 
donne  libre  cours  à  ses  plaintes  et  raille  ce 
monde  abject,  ce  monde  infâme. L'air  «  Va, 
bon  vieux  John  »,  indiqué  au  deuxième 
acte,  fait  sa  réapparition,  mais  sur  un  ton 
lugubre.  Il  y  aurait  à  signaler,  à  titre  de 
curiosité,  la  seule  réminiscence  qu'il  soit 
possible  de  découvrir  dans  la  partition 
d'un  dessin  orchestral,  absolument  wagné- 
rien  (page  270). 

Mais  Falstaffse  laissera  prendre  au  piège. 
Il  se  rendra,  vêtu  comme  le  chasseur  noir, 
à  minuit,  au  rendez-vous  qui  lui  est  donné 
par  Alice  dans  la  grande  clairière  du  Parc 
Royal  de  Windsor.  Et,  là,  Alice,  Meg, 
Nannette,  Ford,  Fenton,  Bardolph,  Pistol 
et  une  troupe  d'hommes  et  d'enfants,  en 
costumes  fantastiques,  le  soumettront  à  des 
épreuves  terribles,  le  harcèleront,  le  pique- 
ront de  la  pointe  de  leurs  dai^ds.  Mais  la 
supercherie  sera  découverte  par  Falstaff, 
lorsque  Bardolph  laisse  tomber  son  capu- 
chon. Tous  se  démasquent  et,  après  une 
explosion  de  colère,  le  gros  sir  John,  recon- 
naissant qu'il  n'est  qu'un  âne,  s'en  tirera 


LE  &U1DE  MUSICAL 


par  une  boutade  en  déclarant  que  tous  ces 
bons  bourgeois  n'ont  pas  un  grain  d'esprit 
et  que  c'est  lui  qui  leur  a  donné  l'occasion 
de  s'amuser.  Puis,  sur  un  joli  menuet  à  3/4, 
on  s'apprête  à  célébrer  l'hymen  de  la  Reine 
des  bois.  Ford  finit  par  consentir  à  l'union 
de  Fenton  et  de  sa  fille  Nannette.  Le 
chœur  final,  en  motif  fugué,  «  Le  monde  est 
une  farce  »,  termine  gaiement  ce  dernier 
tableau,  que  G.  Verdi  a  peint  avec  les  plus 
vives  couleurs. 

Parmi  les  interprètes,  il  faut  citer  en  pre- 
mière ligne  M.  Maurel,  qui  s'est  absolument 
incarné  dans  le  rôle  de  Falstaff  et  lui  a 
donné  un  relief  saisissant,  puis  M"=  Delna, 
qui  a  mis  ses  belles  notes  de  contralto  et  sa 
verve  au  service  du  personnage  de  Mistress 
Quickly. 

Après,  nous  aurions  à  signaler  Mm=  Lan- 
douzy  dans  le  rôle  de  Nannette,  M"«  Grand- 
jean,  lauréate  du  Conservatoire  dont  la 
voix  est  vibrante,  peut-être  un  peu  forcée, 
M'ii^  ChevaHer  (Meg  Page),  M.  Soulacroix, 
qui  donne  une  bonne  allure  à  Ford,  et  en- 
fin  MM.   Clément,   dans   le  rôle   un    peu 


effacé  de  l'amoureux  Fenton,  —Belhomme, 
Barnolt  et  Carrell. 

Les  décors,  signés  Jambon  et  Thomas, 
sont  charmants,  surtout  celui  représentant 
la  clairière  de  la  fprèt  de  Windsor,  qui  rap- 
pelle telle  partie  du  Bas-Bréau  de  la  forêt 
de  Fontainebleau. 

Nous  aurions  à  faire  des  réserves  pour 
les  costumes  des  personnages-femmes,  qui 
sont  peu  gracieux. 

Quant  à  l'orchestre,  il  a  été  tout  à  fait 
remarquable  sous  la  direction  de  M .  Danbé. 
Toutes  les  intentions  de  l'auteur  ont  été 
rendues  avec  une  perfection  sans  égale. 

Signalons  une  innovation  des  plus  heu- 
reuse, due  à  l'initiative  de  G.  Verdi.  A  la 
répétition  générale  la  presse  seule  avait  été 
admise;  quelques  dilettanti  seuls  avaient 
pu  se  glisser  à  travers  la  porte  entre- 
bâillée. 

Une  ovation  chaleureuse  a  été  faite,  à  la 
répétition  générale  et  à  la  première  repré- 
sentation, à  G.  Verdi,  qui  porte  le  poids 
de  ses  quatre-vingts  ans  (l)  avec  une  légè- 
reté absolument  extraordinaire. 

Hugues  Imbert. 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

.nj^^'APRÈs  la  correspondance  de  Robert  Schu- 
^ll^Vr  ™^"n,  ce  fut  dans  le  cours  de  l'année 
ti^  i85i  qu'il  s'occupa  de  traduire  en  mu- 
sique la  Vie  d'une  rose.  Le  poète  Maurice 
Horn,  de  Chemnitz,  avait  adressé,  en  avril 
i85i,  son  poème  au  compositeur,  qui  résidait 
alors  à  Dusseldorf.  Le  21  avril,  Schumann  lui 
accusait  réception  de  son  ouvrage,  dont  il 
louait  les  idées  fraîches  et  gracieuses,  mais  où 
il  aurait  voulu,  à  juste  titre,  rencontrer  des 
situations  plus  dramatiques.  Des  changements 
s'imposaient  et  le  musicien  les  indiquait  au 
poète.  Dès  le  mois  de  juin,  la  composition  était 
très  avancée;  car  le  maître  écrivait  à  Maurice 
Horn,  le  9  du  même  mois,  pour  réclamer  ime 
nouvelle  modification;    il   désirait   qu'après  la 


mort  de  Rose,  l'héroïne  fût  changée  non  en 
rose,  mais  en  ange,  afin  que  la  partition  se  ter- 
minât par  un  chœur  de  séraphins.  La  progres- 
sion de  :  rose,  jeune  fille  et  ange  lui  semblait 
plus  poétique  et  «  plus  conforme  à  cette  trans- 
mutation des  âmes  dont  nous  rêvons  tous  si 
volontiers  ».  Il  parlait  déjà  de  faire  exécuter 
cette  idylle  en  petit  comité,  ce  qui  eut  lieu,  en 
effet,  à  bref  délai,  puisque  sa  lettre  du  29  sep- 
tembre i85i  apprend  au  poète  que  la  Vie  d'une 
rose  avait  été  donnée,  il  y  a  quelques  mois.  On 
avait  été  forcé  de  recourir  à  M.  Ernest  Koch, 
de  Cologne,  pour  l'interprétation  de  la  partie 
de  ténor. 

En  raison  de  la  simplicité  du  sujet,  Schumann 

(i)  G.  Verdi  est  né  le   g  octobre  i8i3  à  Roncole,  près 
Busseto  (Italie). 


390 


LE  GUIDE  MUSICAL 


n'avait  d'abord  écrit  qu'un  simple  accompagne- 
ment de  piano  ;  mais,  sur  l'instance  de  ses 
amis,  il  se  décida  à  entreprendre  l'orchestration, 
afin  de  donner  à  l'œuvre  une  publicité  plus 
étendue.  Ce  travail  l'avait  un  peu  effrayé  au 
début,  eu  égard  à  son  état  de  santé,  qui  lais- 
sait, on  le  sait,  vivement  à  désirer.  La  maladie 
nerveuse  qui  le  torturait,  avait  fait  de  nouveau 
son  apparition  en  cette  fin  d'année  i85i  ;  aussi, 
ce  ne  fut  qu'au  mois  de  décembre  qu'il  en- 
voyait à  Maurice  Horn  la  partition  entièrement 
terminée  et  gravée.  «  Le  titre  est  un  chef- 
d'œuvre  de  gravure,  disait-il  ;  vous  m'en  voyez 
tout  ravi  » . 

La  Vie  d'une  rose,  légende  en  deux  parties, 
écrite  pour  soli  et  chœurs,  porte  le  n»  112  des 
œuvres  et  fut  exécutée  pour  la  première  fois  en 
public  le  5  février  i852,  aux  concerts  de  Dus- 
seldorf.  Nous  ne  croyons  pas  qu'elle  ait  été 
donnée  bien  souvent  en  France;  nous  nous 
rappelons,  toutefois,  une  exécution  intégrale 
aux  concerts  du  Grand-Hôtel,  le  22  mai  1873, 
sous  la  direction  de  Danbé.  Les  soli  étaient 
tenus  par  MM.  Nicot,  Solon,  E.  Masson  et 
Mlles  Edma  Breton,  Marie  Lhéritier,  Alice Ber- 
nardi. 

La  Société  l'Euterpe,  qui  s'est  tout  particu- 
lièrement consacrée  à  la  vulgarisation  des 
œuvres  du  maître  de  Zwickaû,  a  donné,  le 
12  avril  1894,  à  la  salle  Erard,  sous  la  direction 
de  M.  A.  Duteil  d'Ozanne,  une  audition  com- 
plète de  la  Vie  d'iiue  rose.  Bien  que  l'orchestre 
fût  réduit  au  double  quatuor,  auquel  était  ad- 
joint le  piano,  l'attrait  et  le  charmant  coloris  de 
cette  idylle  musicale  ont  pu  être  appréciés. 

Ecrite  dans  une  forme  et  une  expression  ana- 
logues à  celles  du.  Paradis  et  la  Péri,  mais  plus 
champêtres,  la  Vie  d'une  rose  renferme  des 
parties  absolument  belles  :  on  n'aurait  qu'à 
citer  le  beau  chœur  funèbre  (n"  8  de  la  parti- 
tion), le  chœur  des  Elfes  (n°  10),  qui  donne 
l'impression  légère  et  éthérée  de  l'atmosphère 
du  monde  des  fées,  le  chœur  (n"  i5)  que  tra- 
verse un  écho  de  la  musique  de  Weber,  le  duo 
ravissant  entre  la  Rose  et  Max  (n»  17),  la  mé- 
lopée et  scène  finale,  d'une  impression  si  in- 
tense, et  tant  d'autres  pages  d'une  venue  mer- 
veilleuse. 

Le  livret,  malheureusement,  malgré  les  chan- 
gements introduits  par  Robert  Schumann, 
manque  d'intérêt;  il  est  un  peu  vague, incolore. 
Il  a  fallu  toute  la  maîtrise  du  musicien  pour 
arriver  à  dominer  le  sujet.  La  traduction  fran- 
çaise de  Victor  Wilder  n'est  pas  faite  pour 
atténuer  les  défauts  du  texte  original,  au  con- 
traire :  le  plus  souvent,   les  paroles  s'adaptent 


de   la    façon   la  plus   inhabile   à   la  musique. 

Dans  son  Etude  sur  Robert  Schumann, 
Léonce  Mesnard  résumait  dans  les  lignes  sui- 
vantes son  impression  sur  l'œuvre  : 

«  Le  Pèlerinage  de  la  rose  est  comme  un 
attrayant  compendium  de  presque  toutes  les 
variétés  du  lyrisme  familier  à  Schumann,  qui 
s'y  allient  sans  discordances  en  se  tempérant 
l'un  par  l'autre.  L'action  y  sert  de  cadre  à  une 
succession  de  petites  scènes,  qui  tiennent  de 
l'ode  et  de  l'hymne,  de  l'églogue  et  de  l'élégie. 
Le  langage  qui  se  parle  au  pays  des  fées  s'y 
marie,  sans  disparates  et  sans  mésalliances, 
avec  le  style  populaire,  que  notre  compositeur 
aime  à  mettre  en  avant,  comme  une  garantie  et 
une  protestation  contre  le  pédantisme  de 
l'école,  les  élégances  raffinées,  la  grimace  et  la 
contrefaçon  larmoyante  des  hautes  tristesses, 
qu'une  sorte  de  droit  divin  fait  régner  sur  les  i 
âmes  choisies.  » 

Il  est  impossible  de  donner  une  synthèse 
plus  précise  et  plus  poétique  d'une  conception 
où  l'idéale  pitié  se  fait  jour  à  travers  la  bon- 
homie rustique. 

Les  chœurs  de  l'Euterpe  ont  fort  intelligem- 
ment rendu  le  côté  tour  à  tour  pittoresque  et 
sentimental  des  ensembles  vocaux.  Les  soli 
ont  été  convenablement  interprétés  parM"esCa- ^ 
tala,  M.  Servier,  G.  Ebstein,  M.  Ducamp,  : 
Rémy,  M  "es  Enoch,  Joussen  et  MM.  Baltaille, 
Millot  et  Daniad.  Hugues  Imbert. 

Le  troisième  concert  d'orgue  deM.  Guilmant 
était  des  plus  intéressants  :  le  programme  se 
composait  presque  en  totalité  de  nouveautés, 
c'est-à-dire  de  morceaux  qui  n'avaient  pas , 
encore  été  entendus  aux  délicieuses  séances  ; 
données  par  l'organiste  delà  Trinité.  Les  frag- 
ments de  Bach  et  de  Hœndel  ont  été  applaudis  ; 
comme  de  coutume,  grâce  à  une  exécution  qui 
atteint  la  perfection.  Il  y  avait  également  plu- i 
sieurs  morceaux  d'auteurs  modernes  ;  parmi 
ces  derniers,  il  faut  citer  particulièrement  deux 
ravissantes  pièces  (Berceuse  et  Sclierso)  de 
Samuel  Rousseau,  qui  ont  obtenu  un  succès 
étourdissant,  —  et,  sur  l'insistance  du  public, 
—  il  a  fallu  xeàh-e\2i Berceuse,  qnï  est  d'ailleurs 
charmante  et  méritait  bien  l'accueil  qu'on  lui 
faisait.  Citons  encore  la  Sonate  pour  piano, 
orgue  et  instruments  à  cordes  de  Michel 
Rosen,  très  bien  enlevée  par  MH^  Thérèse  Du- 
roziez,  M.  (iuilmant  et  l'orchestre  de  M.  Ga- 
briel Marie,  et  le  grand  chœur  en  fa  (op.  18) de 
H.  Deshayes,  qui  clôturait  la  séance. 

M.  de  Vroye,  dont  le  talent  de  flûtiste  est 


LE  GUIDE  MUSICAL 


391 


connu  de  tous,  a  joué  avec  l'orchestre  la 
scène  des  Champs-Elysées  d'Orphec  de  Gluck, 
et,  avec  M''^  Fanny  Lépine,  l'air  à'Orlaudo 
de  Hœndel,  où  la  cantatrice  a  développé  des 
qualité;;  dramatiques  de  premier  ordre  :  les  deux 
exécutants  ont  partagé  les  applaudissements. 
—  Jeudi  dernier  19  avril,  au  quatrième  et 
dernier  concert  de  la  saison,  M.  Guilmant  nous 
a  fait  entendre  deux  cantates  de  Bach  en  entier, 
avec  les  Chanteurs  de  Saint-Gervais  pour  la 
partie  chorale.  Le  succès  a  été  triomphal. 

H.    DUBIEF. 

L'indépendant  génie  de  Grieg  ne  nous  sem- 
ble pas  s'être  trouvé  très  à  l'aise  dans  la  com- 
binaison instrumentale  du  quatuor  à  cordes 
exécuté  au  concert  de  M.  Lefort.  Certains 
desseins  mélodiques  exigeraient,  pour  mieux 
sortir,  les  timbres  variés  de  l'orchestre;  cer- 
taines successions  harmoniques,  qui  sonne- 
raient vigoureusement  au  piano,  sont  un  peu 
dures  sous  les  archets...  Ces  réserves  faites,  le 
quatuor  de  Grieg  brille  par  mille  qualités  char- 
mantes. MM.  Lefort,  Giannini,  Tracol  et  Ca- 
sella  s'étaient  donné  la  tâche  de  les  révéler 
au  public  dans  leur  dernier  concert  :  ils  y  ont 
peu  réussi.  L'interprétation  était  faible.  Ac- 
cents mal  placés,  rythmes  hésitants,  sonorités 
mal  soutenues,  phrases  musicales  mal  dites,  et 
des  archets  comme  des  râpes  !  —  Mettons  cela 
sur  le  compte  d'études  insuffisantes.  M. Lefort 
et  ses  partenaires  n'ont  sans  doute  pas  bien 
mesuré  les  difficultés  qu'ils  avaient  à  vaincre. 
Ils  ont  d'ailleurs  pris  une  revanche  immédiate 
en  exécutant  d'une  façon  très  satisfaisante  un 
quatuor  avec  piano  de  Widor.  L'écriture  de 
cette  composition  est  habile,  le  style  n'est  point 
vulgaire;  mais  les  thèmes  sont  pauvres,  et  il 
faut  regretter  un  emploi  continuel  de  disso- 
nances grises,  n'ayant  ni  charme  ni  profon- 
deur. La  partie  de  piano,  admirablement  tenue 
par  l'auteur  est  techniquement  intéressante  ; 
signalons  aussi  les  broderies  délicates  du 
scherzo  et  l'allure  véhémente  du  finale. 

M"|=  Marcella  Pregi,  douée  d'une  voix  très 
ample,  doit  se  méfier  d'une  tendance  à  forcer 
un  peu  les  effets  ;  elle  interprète  néanmoins 
dans  un  assez  bon  sentiment  deux  Lieds  de 
Fravcc  qui  comptent  parmi  les  meilleures  ins- 
pirations de  Bruneau.  M.  Lefort  phrase  avec 
beaucoup  de  goût  et  de  finesse  la  Berceuse  de 
Fauré,  du  Fauré  première  manière,  un  peu 
«  morceau  de  salon  »,  mais  toujours  distingué. 
Pour  terminer  la  séance,  deux  mouvements 
du  ((  76^  quatuor  »   du  fécond  Haydn.    Cette 


bonne   vieille    musique,    facile   et   spirituelle, 
apporte  une  impression  de  délassement. 

Rayval. 

M.  Verdi,  a  assisté  dimanche  dernier  au 
concert  du  Conservatoire,  où  une  loge  lui  avait 
été  réservée.  Lorsque  l'illustre  compositeur  s'est 
montré  aux  côtés  de  M.  Ambroise  Thomas,  le 
public  l'a  chaleureusement  acclamé.  Le  concert 
a  marché  d'une  façon  superbe,  et  l'auteur  de 
Falstaff  a  donné,  à  plusieurs  reprises,  le  signal 
des  applaudissements. 

A  la  fin  du  concert,  il  a  fait  adresser  toutes 
ses  félicitations  à  M.  Tafîanel,  l'excellent  et 
consciencieux  chef  d'orchestre. 


BRUXELLES 

Le  Mort  mimodrame  tiré  du  roman  de 
Camille  Lemonnier,  par  M.  Paul  Martinetti 
et  abondamment  orné  de  musique  sympho- 
nique  par  M.  Léon  Dubois,  a  reçu,  vendredi 
soir,  un  accueil  très  brillant  à  l'Alcazar.  Monté 
avec  beaucoup  de  soin,  avec  des  recherches 
décoratives  intéressantes  et  un  réel  souci  d'art, 
ce  Mort  fera  certainement  courir  tout  Bruxelles. 
Les  frères  Martinetti  y  sont  admirables  d'ex- 
pression et  de  caractère.  Leur  art  si  souple  et 
si  vivant  sauve  ce  qu'il  y  a  d'un  peu  lourd 
dans  cette  pantomime  à  prétentions  pycholo- 
giques  et  musicales. 

La  direction  de  l'Alcazar  n'a  pas  hésité  à 
renforcer  considérablement  l'orchestre  pour 
l'exécution  de  la  partition  de  M.Léon  Dubois. 
Celle-ci  est  une  œuvre  considérable,  elle  consti- 
tue un  très  grand  effort  et  elle  a  quelques  parties 
bien  venues, entre  autres  la  musique  qui  accom- 
pagne le  lever  du  jour  (premier  acte),  les  rondes 
de  la  noce  au  deuxième  acte,  enfin  l'introduc- 
tion du  troisième  acte,  d'un  beau  caractère 
soutenu;  mais,  dans  l'ensemble,  elle  est  infini- 
ment trop  touffue  et  trop  chargée  pour  un 
scénario  de  drame  mimé.  Il  y  aura  peut-être 
lieu  d'y  revenir.  M.  K. 


La  séance  consacrée  samedi  dernier  par 
Mme  Marie  Jaëll  à  l'audition  de  quelques  œuvres 
de  Liszt  nous  a  révélé  une  complète  transfor- 
mation du  talent  de  la  célèbre  pianiste.  Est-ce 
sa  «  Méthode  »  qui  a  renouvelé  son  jeu,  est-ce 
son  jeu  renouvelé  qui  lui  a  dicté  cette  méthode, 
très  appréciée  de  ses  pairs  au  point  de  vue  des 
enseignements  du  toucher?  Toujours  est-il  que 
cette   audition   nous    a    montré    une    nouvelle 


392 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Marie  Jaëll,  en  possession  d'une  virtuosité  sou- 
veraine, harmonique  et  souple,  possédant  la 
force  et  la  délicatesse,  reliant  les  extrêmes  avec 
un  charme  infini  et  imposant  magistralement 
au  clavier  calomnié  par  Reyer  cette  variété  de 
timbres  qui  caractérise  l'école  moderne  du 
piano. 

Cette  variété  étant  proprement  la  création  de 
Liszt,  il  est  naturel  que  son  œuvre  attire  ses 
émules,  d'autant  que  le  maître  leur  a  laissé  à 
résoudre  maint  problème  dont  il  n'a  pas  livré 
le  secret.  L'œuvre  est  là,  avec  sa  note  mysté- 
rieuse et  troublante;  on  en  devine  le  caractère, 
mais  les  moyens  d'exécution  ne  se  transmettent 
pas  aussi  sûrement  qu'on  le  suppose  par  la 
seule  tradition  ;  il  s'agit  de  les  retrouver,  de  les 
réinventer.  Et  c'est  ce  qui  a  fait  l'intérêt  de 
cette  séance.  Les  Jeux  d'eaux  à  la  Villa 
d'Esté  not&mmewt  et  Au  bord  d'une  source 
ont  donné  à  l'auditoire  cette  sensation  des  mur- 
mures et  des  poussières  liquides  que  Liszt  a 
voulue  et  qui  se  fige  sous  des  doigts  moins 
légers,  moins  subtils  que  ceux  de  la  brillante 
interprète.  Quant  à  la  Valse  de  Méphisto  qui 
lui  est  dédiée,  M"""  Marie  Jaëll  en  a  fait  tout 
un  poème  d'audace  infernale  et  d'ironie  étince- 
lante  qui  entraîne  et  subjugue.  Ce  qui  ne  l'a  pas 
empêchée  de  donner  beaucoup  de  grâce  à  la 
Berceuse,  extraite  de  Y  A  rbre  de  Noël,  et  d'ex- 
primer délicieusement  la  poétique  mélancolie 
du  Mal  du  pays. 

Le  succès  de  la  remarquable  artiste  a  été  des 
plus  vifs  et  des  plus  légitimes.  C.  T. 

Au  moment  de  mettre  sous  presse,  nous 
apprenons  que  les  directeurs  du  Théâtre  de  la 
Monnaie,  dans  les  engagements  d'orchestre 
pour  la  prochaine  saison,  ont  introduit  une 
clause  interdisant  aux  musiciens  de  prêter  leur 
concours  à  aucun  concert  autre  que  ceux  du 
Conservatoire.  Le  but  est  clair,  c'est  d'empê- 
cher, dans  une  certaine  mesure,  le  recrutement 
de  l'orchestre  des  Concerts  populaires.  Il  n'y  en 
a  pas  d'autres.  Nous  nous  abstenons,  pour  le 
moment,  de  toute  appréciation,  en  attendant  la 
confirmation  de  cette  étrange  nouvelle. 

MM.  Stoumon  et  Calabresi  paraissent  vou- 
loir tenir  compte  des  bons  avis  que  leur  donne 
la  presse. 

Ils  viennent  de  faire  remettre  à  l'étude  les 
chœurs  et  les  rôles  de  Richard  Cœtir  de  Lio}!, 
comprenant  enfin,  que  le  chef-d'œuvre  de 
Grétry  n'avait  pas  reçu  l'exéoution  qui  lui 
convenait.  Ils  auraient  peut-être  mieux  fait  de 
s'en  apercevoir  avant  la  reprise,  et  de  ne  pas 


attendre  que  la  presse  et    le  public  leur   indi- 
quent les  lacunes  d'une  exécution  bouffonne. 

Brillante,  très  brillante  reprise  du  Petit  Duc 
aux  Galeries.  Si  on  avait  quelque  peu  oublié 
le  sujet  de  l'opérette,  la  charmante  musique  de 
Ch.  Lecocq  avait  conservé  de  fervents  admira- 
teurs. Livret  et  partition  sont  restés  jeunes, 
hâtons-nous  de  le  dire,  et  le  duo  des  profes- 
seurs, la  leçon  de  solfège,  la  chanson  de  la 
paysanne  ont  retrouvé  le  succès  de  jadis. 

Jamais,  il  est  vrai,  Petit  Duc  n'a  été  mieux 
accueilli  aux  Galeries,  que  M™^  Bouit  incarnant 
à  favir  son  élégant  personnage.  Artiste  irrépro- 
chable, jolie  voix,  diction  juste,  gracieuse  per- 
sonne,  elle  possède,  par  dessus  tout  cela,  un 
enjouement  communicatif  et  une  gaîté  entraî- 
nante, qualités  qu'on  ne  peut  assez  apprécier, 
en  ces  teinps  d'ibsenisme  maussade  et  envahis- 
sant. A  côté  d'elle,  M™e  Fournier  maintient 
allègrement  les  anciennes  traditions  de  l'opé- 
rette bouffe.  Elle  fait  une  maîtresse  de  pension 
très  amusante.  M'i«  Libra  est  une  petite  du- 
chesse très  gentille.  M.  Hérault  un  professeur 
militaire  un  peu  solennel,  mais  chantant  bien, 
et  M.  Lespinasse,un  pédant  plein  de  fantaisie. 
En  somme,  excellente  reprise  et  grand  succès 
d'interprétation.  N.  L. 

La  quatrième  et  dernière  séance  de  musique 
de  chambre  pour  intruments  à  vent  et  piano, 
donnée  par  MM.  les  professeurs  du  Conserva- 
toire aura  lieu  aujourd'hui  22  courant,  à  2  heu- 
res de  l'après-midi,  avec  le  gracieux  concours 
de  M'i=  Irma  Sèthe,  du  quatuor  Isaye  et  de 
MM.  Marchot,  Danneels  et  Sisseneir.  On  y  en- 
tendra pour  la  première  fois  au  Conservatoire, 
le  beau  quatuor  de  César  Franck,  puis  M''^  Sè- 
the exécutera  six  duettini  de  Benjamin  Godard, 
pour  deux  violons  avec  son  maître  Ysaye.  La 
séance  se  terminera  par  la  première  exécution 
à  Bruxelles  de  l'Octuor  pour  deux  violons,  alto, 
violoncelle,  contrebasse,  clarinette,  cor,  basson, 
de  Schubert. 


CORRESPONDANCES 

ANVERS.  —  Le  quarante  et  unième  con- 
cert populaire,  qui  s'est  donné  au  Théâtre- 
Royal,  a  paru  particulièrement  intéressant  par  le 
fait  qu'on  y  a  exécuté  la  nouvelle  œuvre  de  M.  Jan 
Blockx,  Saint  Nicolns.  Voici  de  la  musique  vrai- 
ment descriptive,  genre  pour  lequel  notre  conci- 
toyen paraît  posséder  des  qualités  spéciales.  S'il 


LE  GUIDE  MUSICAL 


393 


ne  dépeint  pas  les  passions  humaines  en  des 
lignes  larges  et  émouvantes,  il  faut  dire  aussi  qu'il 
s'agit  d'une  pantomime,  et,  étant  donné  un  sujet 
relativement  restreint,  il  est  vraiment  curieux  de 
constater  le  parti  qu'en  a  su  tirer  M.  Jan  Blockx. 

Malgré  le  succès  bruj'ant  que  l'on  a  fait  autour 
de  Milenka,  nous  est  avis  que  le  compositeur 
révèle,  dans  sa  nouvelle  œuvre,  des  qualités  plus 
sincères.  L'orchestration  y  est  surtout  fine  et  ori- 
ginale. 

Inutile  d'insister  sur  l'exécution  de  la  Mer, 
l'œuvre  de  Gilson  aj'ant  été  souvent  exécutée  ici 
Nous  réserverons  plutôt  une  appréciation  pour 
une  scène  dramatique  de  E.Wambach,  Frédégonde, 
chantée  par  M"'  Levering.  L'auteur  y  décrit  les 
sentiments  d'exaltation  farouche  que  ressent  cette 
femme  barbare,  au  moment  où,  triomphante,  elle 
va  suivre  Hilpéric,  son  futur  époux,  au  bois  sacré. 
Musique  largement  conçue  et  d'une  orchestration 
serrée. 

L'Opéra-Flamand  vient  encore  de  donner  le 
Vaisseau-Fantôme,  le  succès  de  la  saison.  Nos 
artistes  s'y  font  remarquer  par  un  désir  sincère  de 
réaliser  le  côté  caractéristique  des  héros  wagné- 
riens.  MM.  Fontaine  et  Baets  y  réussissent  pleine- 
ment. Quant  à  M""  Levering,  qui  a  abordé  le  rôle 
de  Senta  avec  une  vaillance  toute  juvénile,  nous 
lui  conseillons,  avant  tout,  de  songer  moins  aux 
effets  de  voix  et  davantage  à  la  vérité  de  l'accen- 
tuation dramatique.  Les  points  d'orgue,  dont  la 
cantatrice  abuse,  ne  sont  pas  plus  à  leur  place 
dans  Weber  que  dans  Wagner.  Or,  M.  Keurvels 
étant  un  chef  d 'orchestre  trop  consciencieux  pour  se 
courber  devant  les  caprices  des  chanteurs,  ceux  ci 
auraient  tort,  vu  leur  peu  d'expérience,  de  vouloir 
introduire  des  effets  de  mauvais  goût  dans  des 
œuvres  aussi  parfaites.  Artiste  distinguée  et  digne 
de  tous  éloges,  nous  espérons  que  M""  Levering 
acceptera  ces  remarques  comme  autant  de  con- 
seils sympathiques.  A.  W. 


BRUGES.  —  L'antique  cité  flamande,  qui 
se  laissait  entraîner  dans  un  courant  civili- 
sateur français,  vient  de  rouvrir  ses  portes  à  l'art 
national  flamand,  en  donnant  la  Charlotte  Corday 
de  Peter  Benoit.  Cette  rénovation  est  due  aux 
eiïorts  d'hommes  énergiques  et  convaincus,  à  la 
tête  desquels  nous  citerons  M.  Sabbe.  Aussi  le 
succès  a-t-il  dépassé  toutes  les  espérances,  car 
l'élégante  salle  de  spectacle  était  occupée  jusqu'à 
la  dernière  place. 

Nous  avons  surpris  des  discussions  animées  sur 
les  qualités  de  l'œuvre,  qui  paraissait,  chose  éton 
nante,  désorienter  ce  pubic  par  trop  familiarisé 
avec  les  productions  énervantes  de  Massenet. 
Quelques-uns  de  feindre  une  surprise  exagérée  en 
rencontrant,  à  la  place  d'un  opéra,  un  drame 
lyrique.  D'autres  de  trouver  que  le  compositeur 
aurait  pu  davantage  souligner,  de  sa  musique 
descriptive,  le  dialogue.  Nous  recommandons  à 
ces  derniers  une  audition  d.e  Karel  van  Gelderland, 


l'œuvre    maltresse,  quoique    discutée,   du    maître 
flamand. 

Ces  opinions,  si  diverses,  n'ont  point  influé  sur 
les  applaudissements  enthousiastes  qui  ont  éclaté, 
à  tout  moment,  dans  la  salle.  L'ouverture,  où 
Benoit  dépeint  avec  un  réalisme  effrayant  la  pro- 
gression lente,  mais  impitoyable,  de  cette  terri- 
fiante révolution,  a  produit  une  profonde  impres- 
sion. Le  monologue  de  Marat,  la  scène  du  bal  et 
celle  de  la  révolution  sont  autant  de  pages 
typiques,  destinées  à  immortaliser  le  nom  de 
Benoit  Les  interprètes  anversois  y  ont  rarement 
mis  autant  de  vérité  d'expression.  Aussi  le  public 
brugeois  a-t-il  fait  à  ceux-ci  une  réception  des  plus 
flatteuses. 

L'orchestre,  sous  la  direction  nerveuse  de 
M.  E.  Keurvels,  a  été  en  tous  points  excellent. 
En  un  mot,  c'est  un  plein  succès. 

Souhaitons  autant  de  bonheur  à  M.  Fontaine, 
qui  vient,  lundi,  donner  une  représentation  du 
Freischûtz.  Puisse  cette  seconde  épreuve  aider  à 
convaincre  les  habitants  de  Bruges  combien  mâle 
et  énergique  est  la  langue  de  leurs  ancêtres. 

A.  W. 


(^  AND  —  Le  second  concert  d'abonnement 
~J[  du  Conservatoire  a  eu  lieu  samedi  dernier, 
14  avril,  avec  le  concours  d'un  violoniste  alle- 
mand, M.  G.  Hollaender.  Le  programme  compre- 
nait de  Beethoven,  la  huitième  symphonie  (en /a 
majeur)  et  un  concerto  pour  violon  et  orchestre  (en 
ré  majeur).  La  symphonie  au  menuet,  si  difficile 
au  double  point  de  vue  des  nuances  d'intensité  et 
de  mouvement,  à  été  suffisamment  fouillée  par 
l'orchestre  de  M.  Samuel  :  l'allégretto  scherzando 
nous  a  paru  un  peu  trop  haché,  trop  cahotant,  le 
rythme  trop  fortement  accentué.  Le  prélude  de 
Tristan  et  Isetilt,  le  Siegriefd-Idyll  et  la  page  d'étour- 
dissante fantaisie  qui  s'intitule  ouverture  du  Car- 
naval romain  ont  été  également  bien  rendu,  par  la 
symphonie  du  Conservatoire,  fort  en  progrès  déci- 
dément. 

M.  Hollaender  est  un  virtuose  dans  toute  la  force 
du  terme.  Le  concerto  de  Beethoven  et  un  Adagio 
de  sa  composition  ont  mis  en  parfaite  lumière  la 
souplesse  et  la  précision  de  son  archet  comme  le 
Perpetmm  mobile  de  Ries  a  fait  pleinement  valoir 
ses  qualités  point  banales  de  vélocité.  Le  Bee- 
thoven, en  particulier,  semblait  très  étudié,  l'inter- 
prétation très  consciencieuse  et  fouillée.  Comme 
auteur,  M  Hollaender  sait  certainement  son  métier, 
et  son  Adagio  est  vraiment  une  page  bien  faite. 

Au  Cercle  artistique  et  littéraire,  mercredi  soir, 
une  audition  de  la  section  instrumentale.  Un  qua- 
tuor et  un  quintette  d'amateurs  ont  interprété  du 
Haydn  (op.  77),  exquis  de  grâce  fraîche,  du  Brahms 
(op  III),  de  plastique  austère  et  de  mélancolie 
contenue,  le  ravissant  quintette  (op.  81)  de  Dvorak. 
Un  baryton  également  amateur,  M.  J.  Dubois  a 
recueilli  de  nombreux  bravos  pour  son  interpréta- 
tion de  deux  airs  de  Gluck  (Iphigénie)  et  de  Sac- 


394 


LE  GUIDE  MUSICAL 


chinî  (Œdipe).  La  voix  est  chaude  et  souple,  la  dic- 
tion un  peu  empâtée,  un  peu  lourde,  un  défaut 
belge  que  l'exeicice  et  le  travail  peuvent  faire 
disparaître.  En  somme,  excellente  soirée  qui  nous 
a  enchanté.  Les  iimateurs  de  musique,  à  Gand,  en 
ont  si  peu  de  semblables  !  L.  D.  B. 

LIEGE.  —  Huit  années  se  sont  écoulées  déjà 
depuis  le  concert  où  la  brillante  et  fougueuse 
pianiste  Marie  Jaëll  faisait  admirer,  dans  notre 
Conservatoire,  sa  transcendante  virtuosité  et  sa 
haute  compréhension  dans  le  concerto  en  mi  bémol 
de  Beethoven. 

Depuis,  une  étonnante  transformation  s'est 
opérée  dans  le  jeu  de  l'artiste,  car  à  ses  facultés 
primitives  de  puissante  énergie,  elle  a  ajouté  des 
qualités  de  charme,  des  accents  de  caressante 
douceur. 

M™"  Marie  Jaëll  a  consacré  son  récital  à  des 
œuvres  choisies,  avec  un  discernement  parfait  de 
gradation  et  d'effets,  dans  la  musique  de  piano 
de  F.  Liszt,  dont  elle  est,  sans  conteste,  une 
des  plus  complètes  interprètes,  tant  par  son  prodi- 
gieux mécanisme,  sa  mémoire  infatigable,  que 
par  sa  pénétration  toute  spéciale  de  l'esprit  d'im- 
provisation inhérent  souvent  aux  conceptions  de 
son  maître  préféré. 

A  la  demande  de  M.  Th.  Radoux,  l'obligeante 
artiste  avait,  au  début  de  la  séance,  exécuté  la 
sonate  en  ttt  dièse  (op.  27)  de  Beethoven,  et  s'était 
efforcée  de  ramener  son  jeu  vigoureux  à  la  sim- 
plicité du  sublime  adagio,  puis  de  contraster,  en 
donnant  libre  cours  à  son  impétuosité  dans  le  finale 
emporté. 

L'auditoire  tout  spécial  de  pianistes  et  d'artistes 
a  marqué  à  l'éminente  virtuose  toute  son  admira- 
tion. A.  B.  O. 


VERVIERS.  —  Seconde  soirée  de  musique 
de  chambre  dans  une  société  particulière. 
Quartettistes  :  MM.  L  et  J.  Kefer,  A.  Voncben  et 
A.  Massau.  Quatuor  op.  2g  de  Schubert,  triste  et 
presque  naïf  dans  sa  petite  évolution,  —  plaintif 
dans  la  première  partie,  doux  dans  l'andante  et 
folâtre  dans  la  deuxième  partie,  folâtre  avec  colère 
parfois,  portant  bien  le  cachet  de  jeunesse  de  tant 
d'œuvres  de  Schubert.  Andante  quasi  vanaiioni  du 
quatuor  en  fa  (op.  41)  e  Schumann.  une  des  belles 
pages  de  la  musique  de  chambre,  d'une  grande 
intensité  et  douceur  d'expression;  exécuté  avec 
une  respectueuse  simplicité  et  une  profondeur 
d'interprétation  émouvante,  cet  andante  a  été 
admirablement  écouté  et  compris.  Fragments  du 
joli  quatuor  en  sol  de  Grieg,  que  le  public  apprécie 
toujours. 

Solistes  :  MM.  Longtain,  baryton,  qui  a  très 
bien  rendu  une  des  pages  les  plus  expressives 
du  rôle  d'HamIet  et  l'air  de  la  Jolie  Fille  de  Perih, 
et  M""^  Delgoffe  :  belle  et  forte  voix  d'alto,  toujours 
en  progrès.  Soirée  trop   courte  au  gré   de   tous. 


Au  Cercle  d'Amateurs,  intéressante  soirée  musi- 
cale avec  le  concours  de  MM.  Mativa,  flûtiste, 
Gérôme,  bassoniste,  Lejeune,  corniste,  Debefve, 
pianiste,  tous  quatre  professeurs  au  Conservatoire 
de  Liège;  de  MM.  Maggi,  clarinettiste,  et  Flies- ; 
sen,  hautboïste.  Tous  bons  et  sérieux  artistes. 
M.  Gérôme,  bassoniste,  est  absolument  remar- 
quable à  la  fois  comme  virtuose  et  comme  musi- 
cien de  goût.  M.  Lejeune  a  un  beau  talent  de 
corniste.  C'est  dans  la  musique  moderne,  où  la 
couleur  l'emporte  sur  la  ligne,  que  cet  ensemble 
a  été  le  plus  brillant  et  nous  a  le  mieux  plu.  Dans 
la  musique  classique,  faite  de  dessin,  de  finesse  de 
trait,  et  où  la  précision  et  la  fusion  des  instru- 
ments sont  des  conditions  presque  capitales,  les 
instruments  en  bois,  même  les  plus  rares  et  les 
meilleurs,  remplacent  difficilement  les  instruments 
à  archet.  Quoi  qu'il  en  soit, excellente  soirée  dont 
il  faut  être  reconnaissant  aux  directeurs  du  Cercle 
d'Amateurs. 


Revue  des  Revues 


M.  Gaston  Paris  vient  de  publier  dans 
la  Revue  de  Paris  une  très  belle  étude  sur 
Tristan  et  Iseult,  à  propos   du  drame   de 
Richard  Wagner.  En  quelques  pages  d'une 
critique  à  la  fois  très  large  et  très  sagace, 
l'illustre  philologue  français  établit  l'ori- 
gine celtique  de  la  légende,  qui  a  été  con- 
testée récemment  pour  la  philologie  alle- 
mande. De    preuves  directes  il    n'y  en 
guère.  Mais  M.  Gaston  Paris  examine  le 
cadre  de  la  légende,  le  costume  des  héros, 
le  milieu  où  ils  vivent,  la  barbarie  de  leurs ,^ 
mœurs,  l'étrangeté  de  leurs  amours.  Cette 
étude  lui  permet  d'aiïirmer,   ainsi  que  j'ai 
cherché  à  le  démontrer  de  mon  côté,  que 
l'histoire  de  Tristan  fut  pour  la  première 
fois  contée  par  des  conteurs    bretons 
qu'elle  est  bien  une  pure  création  du  géniel 
celte.  Il  montre  ensuite  les  variantes  appor-f 
tées  au  récit  primitif  par  les  trouvères  fran-j 
çais    et   les  profondes   modifications   que 
Wagner  fit  subir  à  ces  légendes  diverses! 
pour  composer  son  drame  13'rique.  Toutes! 
ses  observations    ne  sont  point   peut-ètrel 
absolument  justes,  mais  elles  sont  intéres- 
santes venant  d'une  telle  autorité.  Nos  lec- 
teurs nous  sauront  gré  de  reproduire  cettej 
partie  de  l'essai  de  M.  Gaston  Paris. 

Wagner  a  lu  l'histoire  de  Tristan  dans  les] 
traductions  de  Gotfrid  et  de  ses  continuateurs} 
faites  par  Kurtz  et  Simrock,  et  il  s'est  enthou-j 
siasmé  pour  la  donnée  qui  en  est  l'âme.  Il  a  réduit  j 


LE  GUIDE  MUSICAL 


395 


toute  l'histoire  à  cette  donnée  elle-même,  rame- 
née à  ses  éléments  les  plus  simples  et  a  élagué 
toute  la  frondaison  touffue,  toute  la  riche  flo- 
raison qui  s'épanouissait  autour  de  la  tige.  A 
part  cette  simplification  un  peu  excessive,  qui 
donne  à  son  drame,  par  endroits,  quelque  chose 
de  contracté  et  d'elliptique,  il  a  pratiqué  plu- 
sieurs changements,  que  je  n'ai  pas  ici  à  juger 
au  point  de  vue  du  théâtre  et  de  la  musique, 
mais  qui  ne  sont  pas  tous  heureux  au  point  de 
vue  purement  poétique  (i). 

Le  premier  acte,  qui  se  passe  sur  le  vaisseau 
où  Tristan  ramène  Iseult  d'Irlande  en  Cor- 
nouaille,  est  d'une  puissance  extrême  et  d'une 
vraie  originalité  :  Iseult  et  Tristan  s'aiment 
sans  se  le  dire,  sans  le  savoir  ;  Iseult  croit 
n'avoir  que  de  la  haine  pour  l'ennemi  de  son 
pays,  qui  a  tué  son  fiancé  Morhout  (c'est  son 
oncle  dans  les  poèmes)  et  qui  l'emporte,  otage 
de  paix  et  proie  du  vainqueur,  à  l'époux  incon- 
nu dont  il  est  le  serviteur  modèle.  Elle  veut 
partager  avec  lui  un  breuvage  de  mort,  et  c'est 
Brangien  qui,  ne  pouvant  se  résoudre  à  exé- 
cuter l'ordre  terrible,  verse  le  breuvage  d'amour, 
non  moins  sûrement,  mais  plus  lentement  mor- 
tel. Le  vieux  symbole  de  la  légende,  qui  paraît 
forcément  un  peu  puéril  à  des  lecteurs  et  sur- 
tout à  des  spectateurs  d'aujourd'hui,  se  rajeu- 
nit ainsi  et  s'imprègne  d'une  poésie  nouvelle  : 
toutefois,  il  est  visible  que,  du  même  coup,  il 
perd  de  son  antique  signification,  et  que,  si 
Tristan  et  Iseult  s'aimaient  avant  d'avoir  vidé 
la  coupe,  elle  n'est  plus  un  emblème  suffisant 
de  la  fatalité  et  de  l'irresponsabilité  de  leur 
amour. 

Le  second  acte  consiste  uniquement  en  trois 
scènes  :  l'entrevue  des  amants,  où  leur  passion 
s'exprime  d'une  façon  bien  étrangère  à  la  sim- 
pHcité  naïve  des  anciens  récits,  la  survenue  du 
roi  Marc  et  ses  reproches  empreints  d'une 
dignité  touchante,  la  blessure  de  Tristan  par 
son  ennemi  Melot,  en  qui  Wagner  réunit  tous 
ceux  qui,  dans  les  vieux  récits,  conspirent 
contre  le  bonheur  des  amants.  Ainsi,  de  ce  qui 
forme  une  partie  considérable  de  l'ancienne 
histoire,  les  ruses  de  l'épouse  coupable  et  de  son 
amant  pour  arriver  à  se  voir  en  secret,  les  fré- 
quentes surprises  dont  ils  sont  les  victimes, 
leur  séparation,  leurs  épreuves  de  tous  genres, 
Wagner  n'a  gardé  que  ce  résumé  pour  ainsi 
dire  schématique.  Assurément,  une  bonne 
partie  de  ces  épisodes  risquait  de  faire  perdre 
au  poème  le  ton  pathétique  où  l'auteur,  avec 
toute  raison,  voulait  le  maintenir  :  plus  d'un 
tombait  presque  dans  le  domaine  du  fabliau  ; 
mais  on  peut  regretter  que  la  situation  de  deux 

(i)  A  frioii,  M.   Gaston   Paris   se    place   ainsi    à   un 
point  de  vue  erroné.  Le  drame  de  Wagner  étant  essen- 
liellement  une  œuvre  théâtrale  et  musicale,  le  point  de 
vue  poétique  n'a  qu'un  intérêt  relatif  et  secondaire. 
(N.  de  la  R.) 


êtres  voués,  par  leur  faute  même,  à  la  dissimu- 
lation et  à  la  souffrance,  soit  à  peu  près  com- 
plètement laissée  dans  l'ombre,  et  aussi  que 
certaines  parties  profondément  poétiques  de 
l'histoire  n'aient  pas  été  renouvelées  par  le 
grand  magicien  de  la  musique  moderne  :  quel 
parti  n'aurait-il  pas  pu  tirer  de  la  vie  des  deux 
amants  dans  la  forêt,  quand,  libres  enfin  des 
conventions  et  des  lois  qui  étouffent  leur 
amour,  ils  le  laissent  s'épanouir  en  pleine 
nature  dans  le  concert  des  oiseaux  et  des  fon- 
taines, sous  le  toit  des  grands  arbres  et  sur  les 
tapis  des  mousses  épaisses  (i)  ! 

Le  troisième  acte,  malgré  l'étonnante  beauté 
du  motif  de  la  chanson  du  pâtre,  évoquant  dans 
l'âme  de  Tristan  tous  les  souvenirs  de  sa  vie  et 
tous  les  pressentiments  de  sa  mort,  reste  au- 
dessous  de  la  conception  légendaire.  Tristan, 
dans  celle-ci,  meurt  «  de  désir  »  quand  il  croit 
qu'il  ne  reverra  pas  Iseult  ;  chez  Wagner,  il 
meurt  d'émotion  en  la  revoyant  :  F  Iseult  du 
moyen  âge  dit  à  son  amant  quelques  paroles  de 
suprême  adieu  et  meurt  ;  l'Iseult  moderne  se 
relève  pour  adresser  à  Tristan  mort  un  dithy- 
rambe assurément  très  poétique,  mais  où  la 
sombre  philosophie  qui  est  au  fond  de  toute 
l'œuvre  s'exprime  un  peu  trop  clairement.  Le 
nirvana  dans  lequel  Iseult  a  soif  d'anéantir  sa 
«  volonté  de  vivre  »  l'éloigné  vraiment  trop  de 
Tristan  pour  la  rapprocher  de  Schopenhauer  : 
«  Dans  le  retentissement  — des  ondes  éthérées, 

—  dans  la  respiration  —  du  souffie  du  monde, 

—  me  noyer,  —  me  perdre,  —  inconsciente,  — 
suprême  volupté  !  »  Telles  sont  les  dernières 
paroles  d'Iseult  ;  elles  sont  belles  à  leur  façon, 
mais  en  quoi  sont-elles  d'une  amante  {?,)  ? 
J'aime  mieux  celles  que  lui  prête  Thomas,  et 
j'aime  encore  mieux  peut-être  les  quelques  vers 
courts  et  secs  d'Eilhart  :  «  Quand  la  reine 
arriva  sur  la  plage  et  entendit  les  cris  de  dou- 
leur, elle  en  eut  le  cœur  serré  :  Malheur  à  moi 
aujourd'hui  et  toujours  !  dit-elle,  Tristan  est 
mort  !  Elle  ne  pâlit,  ni  ne  rougit,  elle  ne  pleura 
pas...  Elle  releva  le  drap  qui  le  couvrait  et 
recula  un  peu  le  corps  ;  elle  ne  dit  pas  un  mot  : 
elle  s'étendit  sur  la  couche  à  côté  du  preux  et 
mourut  aussitôt.  » 

L'œuvre  de  Wagner  est  animée  depuis  le 
commencement  jusqu'à  la  fin  d'un  souffle  hale- 
tant et  comme  fiévreux,  qui  en  secoue  la  forme 
comme  il  en  tourmente  la  pensée  ;  ses  plus 
grands  admirateurs  reconnaissent  qu'il  y  a  dans 
l'effet  qu'elle  produit  quelque  chose  de  «  patho- 
logique 1).  Son  poème  est  comme    un  torrent 


(i)  Cet  épisode,  quoi  qu'en  pense  M.  Gaston  Paris, 
nous  semble  être  du  domaine  de  la  poésie  lyrique  ou 
narrative  pluiôtque  du  domaine  dramatique  et  théâtral. 

(N.  de  la  R.) 

(2)  M.  Gaston  Paris  oublie  tout  le  début  du  chant  de 
la  mort  d'Iseult  où  il  n'est  questio»-que  de  Tristan  ;  par  là 
même,  u  l'aspiration  au  néant  »  qui  clôt  son  invocation  a 
un  sens  restreint  et  précis  qui  n'est  plus  du  tout  «  Scho- 
penhauer ». 


396 


LE  GVIDE  MUSICAL 


qui  se  précipite  des  montagnes  pour  s'en- 
gloutir presque  aussitôt  dans  la  mer,  se  heur- 
tant avec  violence  contre  les  rochers  et  remplis- 
sant l'air  de  son  écume  et  de  son  fracas. 
L'ancien  roman  était  comme  un  fleuve  par 
moments  tumultueux,  et  courant  aussi  vers 
l'abîme  fatal,  mais  s'épandant  çà  et  là  dans  de 
riantes  vallées,  se  glissant  sous  l'ombre  sacrée 
des  hautes  forêts,  s'élargissant  par  endroits  en 
nappes  ensoleillées.  L'un  et  l'autre  ont  jaiUi  de 
.la  même  souice,  à  laquelle  ils  doivent  la  force 
de  leur  courant,  l'abondance  intarissable  et  la 
saveur  puissante  de  leurs  eaux  :  l'amour,  dont 
aucune  œuvre  humaine,  en  aucun  temps,  et  en 
aucun  pays,  n'est  aussi  profondément  pénétrée 
que  la  légende  de  Tristan  et  Jseult. 

M.  Gaston  Paris  examine  aussi  la  ques- 
tion de  l'amour  dans  Tristan  et  Iseiilt,  qu'on 
pourrait  appeler  «  l'épopée  de  l'amour  adul- 
tère». On  sait  qu'à  ce  point  de  vue,  la 
légende  a  été  taxée  d'immorale,  de  même 
que  le  drame  de  Richard  Wagner,  par  des 
moralistes  moroses  et  superficiels.  Voici  ce 
que  dit  à  ce  sujet  M.  Gaston  Paris  : 

La  poésie  lyrique,  qui  n'exprime  ordinaire- 
ment que  l'aspiration  amoureuse,  peut  s'ap- 
pliquer à  n'importe  quelle  forme  de  l'amour; 
mais  l'amour  conforme  aux  lois  sociales  ne  peut 
fournir  un  thème  à  la  poésie  épique  que  dans 
sa  première  phase,  avant  la  possession  qui  est 
son  but,  que  cette  possession  se  réalise  ou  ne 
se  réalise  pas.  L'amour  conjugal  n'a  pas  d'his- 
toire :  une  fois  qu'elle  a  introduit  les  époux 
dans  la  chambre  nuptiale,  la  poésie  n'a  plus 
rien  à  nous  dire  d'eux,  et  nous  ne  voudrions 
pas  entendre  ce  qu'elle  nous  en  dirait.  Roméo 
et  Juliette,  le  seul  poème  d'amour  qu'on  puisse 
opposer  à  Tristan  et  Iseiilt,  semble  offrir  une 
preuve  du  contraire;  mais  le  mariage  des 
amants  de  Vérone,  qui  se  cachent  de  leurs 
parents  et  du  monde,  et  qui  meurent  à  cause 
de  ce  secret  même,  se  rapproche  des  amours 
défendus  par  son  caractère  furtif  et  son  opposi- 
tion aux  devoirs  familiaux.  Si  Roméo  et  Ju- 
liette avaient  été  mariés  publiquement,  ni  la 
scène  du  balcon,  ni  celle  du  tombeau  n'exis- 
teraient; et  si  même  Roméo  avait  réussi  à 
arracher  Juliette  à  sa  mort  apparente,  et  l'em- 
mener avec  lui,  leur  histoire  serait  terminée  là. 
L'histoire  de  la  possession  de  deux  êtres  l'un 
par  l'autre  ne  peut  fournir  un  thème  à  la  poésie 
que  dans  l'amour  coupable,  dans  l'amour  d'un 
homme  pour  la  femme  d'un  autre,  parce  que 
cette  possession,  toujours  précaire,  toujours 
menacée,  soit  par  les  dangers  extérieurs,  soit 
par  le  changement  ou  la  lassitude  possible, 
toujours  en  conflit  avec  les  lois  sociales  qu'elle 
contredit  et  avec  les  objections  et  les  reproches 
qui  sortent  du  cœur  même  et  de  la  conscience 
des  amants,  fertile  en  incidents,  en  craintes,  en 


surprises,  en  angoisses,  en  rapides  enchante- 
ments et  en  déceptions  amères,  renouvelle  per- 
pétuellement l'intérêt  et  l'émotion,  présente 
mille  facettes  changeantes  à  l'éclairage  de  la 
poésie  et  permet  seule  en  même  temps  de 
montrer  dans  leur  plein  développement  et  dans 
leurs  rapports  variés  le  caractère  et  la  façon 
d'aimer  de  l'homme  et  de  la  femme.  C'est  pour 
cela  que  l'épopée  de  l'amour  adultère  est  en 
môme  temps  la  seule  épopée  de  l'amour. 

Mais  l'amour  adultère,  quelle  que  soit  son 
excuse,  et  par  là  même  qu'il  est  en  contradic- 
tion avec  les  lois  inflexibles,  bien  qu'extérieures, 
qui  régissent  les  sociétés,  ne  peut  être  le  sujet 
d'un  poème  que  s'il  a  un  caractère  tragique; 
autrement,  il  tombe  dans  la  basse  immoralité 
des  fabliaux  ou  de  certains  romans,  et  cesse 
d'appartenir  à  la  grande  poésie.  Pour  cette 
poésie,  l'amour  adultère,  qui  ne  peut,  comme 
le  fait  l'amour  conjugal,  s'apaiser  doucement 
sans  s'avilir,  ni  se  relâcher  sans  se  dégrader 
dans  son  origine  même,  a  pour  condition 
nécessaire  la  souffrance  et  la  mort  de  ceux  qu'il 
a  saisis.  La  souffrance,  on  vient  de  le  voir,  y 
est  insépai'able  de  la  possession;  la  mort  en 
est  le  seul  dénouement  possible,  qu'elle  soit 
volontaire  ou  imposée.  La  façon  dont  elle  ter- 
mine, dans  notre  légende,  les  joies  et  les  dou- 
leurs des  amants,  est  particulièrement  poé- 
tique. Tristan  a  essayé  de  vivre  sans  Iseult  : 
blessé  loin  d'elle,  il  guérirait  si  elle  venait  à  lui, 
et  meurt  quand  il  doit  renoncer  à  l'espérer; 
Iseult  le  trouve  mort  et  meurt  aussitôt  :  «Nous 
ne  pouvons,  dit-elle,  vivre  l'un  sans  l'autre,  ni 
mourir  l'un  sans  l'autre.  »  C'est  cette  mort  des 
deux  amants,  présentée  dès  le  commencement 
de  leur  aventure,  et  planant  sur  toute  leur  des- 
tinée, qui  élève  leur  légende  au-dessus  des  in- 
cidents parfois  vulgaires  dont  elle  se  compose, 
et  transforme  l'histoire  d'un  égarement  criminel 
en  un  poème  plein  de  grandeur  et  de  tristesse. 
Le  vieux  poète  anglo-normand  avait  admira- 
blement compris  quel  lien  indissoluble  existait 
entre  le  breuvage  d'amour  et  la  mort  :  «  C'est 
notre  mort  que  nous  y  avons  bue  » ,  fait-il  dire 
à  Tristan,  repassant  les  souvenirs  de  sa  vie. 
C'est  cette  pensée  que  Wagner  a  saisie,  et  qui 
anime  son  drame  d'un  bout  à  l'autre  :  en  par- 
tageant avec  Tristan  le  breuvage  d'amour, 
Iseult  croit  partager  le  breuvage  de  mort,  et,  de 
fait,  il  semble  que  l'un  et  l'autre  aient  été  insé- 
parablement mêlés.  La  mort,  dans  le  poème  de 
Wagner,  est  sans  cesse  invoquée  par  les  amants, 
ses  ailes  noires  les  caressent  dans  la  nuit  où  ils 
se  cherchent,  et  elle  apparaît  dès  leur  première 
étreinte  comme  la  divinité  libératrice  à  laquelle 
ils  se  sont  voués.  L'alliance  de  l'amour  et  de  la 
mort  n'a  jamais  été  plus  intime  que  dans  ce 
sombre  drame,  où  la  vie  et  le  jour  sont  des 
ennemis  et  n'apportent  que  des  douleurs. 

A  l'expression  de  pareils  sentiments,  la  mu- 
sique seule  était  parfaitement  égale.  Déjà,  nous 


LE  GUIDE  MUSICAL 


397 


l'avons  vu,  c'est  enveloppée  de  musique  que  la 
légende  de  Tristan  et  d'Iseult  avait  passé  des 
Bretons  aux  Anglais  et  aux  Français;  c'est  trans- 
formée en  musique  qu'elle  a  repiis  de  nos  jours 
une  vie  nouvelle  dans  l'âme  orageuse  et  pro- 
fonde de  Richard  Wagner.  C'est  qu'il  y  a  entre 
l'amour  et  la  musique  une  intime  liaison,  qui 
les  unit  aussi  tous  deux  à  la  mort  :  l'amour 
constitue  et  la  musique  exprime  une  même 
aspiration  vers  l'infini,  que  les  paroles  ne  peu- 
I  vent  rendre,  que  la  conscience  même  ne  peut 
sentir  clairement;  l'un  et  l'autre  éveillent  en 
nous  l'idée  d'un  bonheur  au-dessus  de  nos 
forces,  sinon  de  nos  désirs,  d'un  bonheur  que 
la  vie  ne  peut  réaliser  ;  et,  par  conséquent,  l'un 
et  l'autre,  en  nous  poussant  à  sortir  des  bornes 
étroites  de  notre  personnalité  passagère  et  con- 
ditionnée, suscitent  impérieusement  en  nous  la 
pensée  de  la  mort,  comme  Leopardi  l'a  dit  de 
:  l'amour  dans  des  vers  immortels,  comme  Sully 
Prud'homme  l'a  dit  non  moins  splendidement 
de  la  musique  : 

Ton  chant  s'évanouit  comme  un  baiser  qui  tremble. 
Et  sous  tes  doigts  tendus,  arrêtés  tous  ensemble, 

Expira  le  dernier  accord  : 
Et  pâle,  les  yeux  clos,  la  tête  renversée, 
Stella,  tu  répondis  tout  bas  à  ma  pensée  ; 
c(  Après  la  mort  !  après  la  mort  !  » 

—  A  propos  du  récent  concert  dirigé  au 
Chàtelet  par  M.Hermann  Levi,  voici  quel- 
ques lignes  fort  intéressantes  de  M.  Paul 
Dukas  dans  la  Revue  hebdomadaire.  On  se 
rappelle   que  M.    Hermann  Levi   y  avait 
■  dirigé  la  huitième  symphonie  de  Beethoven 
'I   (dirigée  également  par  lui  à  Bruxelles)  et 
que  bon  nombre  de  critiques  invoquèrent  à 
ce  propos  la  «  tradition  »  d'Habeneck,  qui 
prenait  tel  mouvement  plus  vite,  tel  autre 
i  plus  lent.    La   tradition  d'Habeneck  est  la 
,   tarte  à  la  crème  de  la  critique  parisienne  et 
\   des  chefs  d'orchestre  en  matière  de  Bee- 
]  thoven.  M.  Paul  Dukas  est  à  peu  près  seul 
■J   à  remettre  les  choses   en  leur  place.  Nous 
;   citons  ; 

Il  résulte  des  entretiens  que  Moschelès  a  eus 
avec  Beethoven  au  sujet  de  ses  symphonies, 
que  le  maître  était  absolument  convaincu  de 
la  vérité  du  principe  que  Matheson  avait 
énoncé  dans  son  Parfait  Maître  de  chapelle,  à 
savoir  que  moins  l'orchestre  est  nombreux,  plus 
le  mouvement  doit  être  accéléré;  et  que  plus  on 
dispose  d'un  nombreux  personnel,  plus  il  faut 
modérer  le  mouvement.  Rien  n'est  plus  logique 
ï    ni  plus  raisonnable. 

;|  Peu  de  nos  chefs  d'orchestre,  d'ailleurs,  ont 
.  lu  Matheson,  peu  ont  lu  même  Moschelès,  dont 
les  entretiens  avec  Beethoven  au  sujet  de  l'exé- 
cution de  ses  œuvres  sont  cependant  du  plus 
haut  intérêt.  Il  est  certain  que  M.  Hermann 
Levi  nous  a  donné  dernièrement  une  exécution 


de  la  symphonie  en /a  absolument  conforme 
aux  intentions  du  maître,  à  en  juger  par  les 
propos  qu'il  tint  à  Moschelès.  Si  nos  chefs 
d'orchestre  étaient  mieux  informés  qu'ils  ne  le 
sont  en  général,  si  le  public  ne  prenait  pas  la 
routine  pour  la  vraie  tradition,  on  eût  été 
d'accord  pour  reconnaître  que  M.  Levi  nous 
avait  simplement  restitué  la  pensée  de  Beetho- 
ven. Eh  !  oui,  le  ralentissement  des  phrases 
d'expression  qui  a  si  fort  étonné  les  auditeurs 
du  Chàtelet  et  qui  donnait  un  si  grand  charme 
aux  mélodies  de  la  symphonie  en  fa,  les  mises 
en  valeur  inattendues  des  passages  rythmiques, 
la  subordination  momentanée  d'un  groupe 
d'instruments  à  un  autre,  tout  cela  est  dans 
Moschelès.  Il  ressort  de  la  lecture  de  son  livre 
que  Beethoven  désirait  les  nuances  de  mouve- 
ment non  moins  que  les  nuances  d'intensité;  et 
si  l'on  exécutait  certaines  de  ses  œuvres  selon 
son  vrai  sentiment,  les  auditeurs  crieraient  au 
sacrilège  :  qui,  par  exemple,  se  hasarderait  à 
jouer  les  quatre  premières  notes  de  la  sympho- 
nie en  ut  mineur  lentement  et  en  accentuant 
fortement  le  rytJime,  cela  non  seulement  au 
début  de  l'œuvre,  mais  à  chaque  apparition 
des  points  d'orgue  ?  Beethoven,  pourtant,  dési- 
rait formellement  qu'elles  fussent  jouées  ainsi. 
On  voit  que,  sans  rien  inventer  en  fait  de  mou- 
vements et  de  nuances,  il  serait  encore  possible 
à  présent  de  donner  une  interprétation  origi- 
nale et  saisissante  de  ses  symphonies. 

Conclusion  :    Piochez  les  entretiens  de 
Moschelès  avec  Beethoven. 


J^O  U  VRLLES  DI  VERSES 

Petite  statistique  de  l'Opéra  de  Paris  pen- 
dant l'année  i8g3  : 

Wagner  avec  2  ouvrages  a  été  joué  60  fois; 
Saint-Saëns,  avec  i,  35  fois;  Vidal,  avec  i, 
29  fois;  Meyerbeer,  avec  4,  24  fois;  Reyer 
avec  2,  23  fois;  Gounod,  avec  2,  i5  fois; 
Halévy,  avec  i,  9  fois;  Maréchal,  avec  i,  g  fois; 
Fournier,  avec  i,  8  fois  ;  Verdi,  avec  2,  7  fois; 
Donizetti,  avec  i,  7  fois;  Massenet,  avec  i, 
6  fois  ;  Rossini,  avec  i,  3  fois  ;  Delibes,  avec  2, 
3  fois;  Chabrier,  avec  i,  2  fois;  Ambroise 
Thomas,  avec  i,  i  fois. 

Les  recettes  de  l'année  se  sont  élevées  à 
3,296,474  francs,  en  augmentation  de  131,727 
francs  sur  l'année  1892.  Le  maximum  a  été 
atteint  en  mai  :  326,494  francs.  Le  mois  le 
plus  faible  a  été  le  mois  d'aotit:  201, 386  francs. 

A  la  fin  de  ce  mois,  aura  lieu  au  théâtre  de 
Zurich  une  série  de  représentations  wagné- 
riennes.  Cette  série  commencera  par  Rienzi  et 


LE  GUIDE  MUSICAL 


le    Vaisseau-Fantôme,    puis  suivront   Tann-  \ 
hœuser  (vendredi   27  avril),  Lohengrin  (lundi 
3o  avril),   Tristan  et  les   Maîtres  Chanteurs 
étant  fixés  aux  4  et  7  mai  prochain.  i 

Le  Sigurd  de  M .  Ernest  Reyer  ne  parait  pas 
avoir  réussi  à  Saint-Pétersbourg,  où  il  a  été 
donné  par  la  troupe  française  de  M.  Mauriès. 
Voici  ce  qu'en  dit  le  critique  musical  du  Jour- 
nal de  Saint-Pétersbourg  : 

«  Cette  partition  passe  pour  wagnérienne, 
sans  doute  à  cause  de  la  similitude  du  sujet  de 
la  pièce  française  avec  celui  des  Nihelungen. 
Comme  musique,  il  y  a  bien  peu  de  points  de 
rapport  entre  l'œuvre  du  compositeur  parisien 
et  celle  du  maître  allemand.  Dans  Sigurd,  on 
trouve  des  chœurs,  des  airs  et  des  ensembles  à 
effet,  et  le  duo  final,  non  dénué  d'élan,  s'éloi- 
gne on  ne  peut  plus  du  style  du  patriarche  (?) 
de  Bayreuth. 

«  Ce  qui  frappe  surtout  dans  Sigurd,  c'est  le 
manque  d'unité  de  style.  A  côté  de  pages  labo- 


rieuses et  grises,  il  y  en  a  (dans  les  parties  cho- 
rales surtout)  d'éminemment  triviales  sans  parler 
des  airs  de  Sigurd  et  de  Brunehilde,  qui  diffè- 
rent peu  du  commun  des  airs  de  l'opéra  fran- 
çais issu  de  Meyerbeer. 

«  L'individualité  de  M.  Reyer  ne  se  dégage 
guère  de  la  musique.  On  a  vanté  son  abon- 
dance d'idées,  —  aucune  d'elles  ne  nous  a  paru 
originale  ;  il  passe  pour  être  un  instrumentateur 
ingénieux,  —  nous  trouvons  son  orchestre  com- 
pact et  bruyant,  et  cela  bien  qu'il  fût  conduit 
par  M.  Colonne,  justement  renommé  pour  la 
finesse  de  son  interprétation.  » 

Les  télégrammes  que  nous  avons  reçus  de 
Saint-Pétersbourg  constatent  le  grand  succès 
obtenu  par  M.  E.  Colonne  —  et  les  interprètes 
M.  Van  Dyck,  M""  Pacary  et  Tarquini  d'Or, 
à  la  première  de  Werther. 

La  Damnation  de  Faust  a  été  un  véritable 
triomphe  pour  le  directeur  des  Concerts  du 
Châtelet. 


Paris,  A.  DURAND    et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 

CONCERTOS 


ARRANGES    POUR 


DEUX  PIANOS  A  QUATRE  MAINS 

ou     piano     et    orgue 
par    CLEMENT    LORET 


Première   série 

N°  I.  en  si  bémol. 
"    2.  en  sol  mineur. 
n    3.   en  si  bémol. 
"    4.  en  fa. 
"    5.  en  si  bémol. 
"    6.  en  sol  mineur. 


Deuxième    série 

N°  7.  en  la  majeur. 

r>    8.  en  si  bémol. 

y>    g.  en  ré  mineur. 

y'  10.  en  sol  mineur. 

»  II.  en  si  bémol, 

j)  12.  en  fa. 


Chaque  concerto,  net  4  francs. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


399 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 

NÉCROLOGIE 


Sont  décédés  : 

A  Nice,  M.  Victor  Elbel,  directeur  de  la  musique 
municipale,  né  à  Strasbourg  en  1817. 

Il  débuta  dans  la  carrière  artistique  comme  chef 
de  musique  au  12"  dragons  ;  plus  tard,  il  devint  chef 
de  musique  dans  un  régiment  de  ligne.  Occupé 
tour  à  tour  à  Lyon,  à  Paris,  et  entre  temps  à  Ber- 
lin, Elbel,  après  un  second  séjour  à  Paris,  alla 
habiter  l'Alsace  ;  il  résidait  une  grande  partie  de 


l'année  à  Hochfelden,  où  il  possédait  une  pro- 
priété. On  se  rappelle  l'éclatant  succès  de  son 
oratorio  Der  Mûnsterhaa,  qui  fut  exécuté  au  théâtre 
de  Strasbourg  le  5  mai  i855  avec  le  concours, 
comme  solistes,  de  M"'"^  Schwaederlé,  Weber, 
Kobelt  et  Bûrck,  et  MM.  Schùtzenberger,  Klein, 
Porst,  Fischbacher,  Leroux,  Puyvarge  et  Hum- 
mel.  On  n'a  pas  oublié  non  plus  l'audition,  au 
festival  de  i853,  de  son  oratorio  Océan,  qui  fit  un 
grandiose  effet.  En  1870,  Victor  Elbel  avait  été 
nommé  capitaine  de  la  garde  mobile. 

C'était  un  musicien  sincère  et  im  compositeur 
de  talent. 

—  A  Berlin,  à  l'âge  de  cinquante-trois  ans,  des 
suites  d'une  attaque  d'apoplexie,  le  D"'  Philippe 
Spitta,  bien  connu  par  sa  monumentale  biographie 
de  J.-S.  Bach,  un  chef-d'œuvre  d'érudition  et  de  con- 
science artistique.  Fils  d'un  pasteur  de  province, 
Philippe  Spitta  paraissait  destiné  à  suivre  la  car- 
rière de  son  père;  mais  la  musique  l'emporta,  et, 
après  l'achèvement  de  ses  études  de  théologie,  il 
s'y  consacra  entièrement.  En  1873,  parut  le  pre- 
mier volume  de  la  biographie  de  Bach.  A  la  suite 
de   cette  publication,    il   fut  nommé    à  la   chaire 


EN  VENTE  CHEZ 

BUEÏTKOPF  &  HJERTEL,  BEUXELLES 

45,     Monta§^ne    de    la     Cour,     48 
CUI,  César.  Op.  5o.  Kaléidoscope.  Vingt-quatre  morceaux  pour 


Nos  j 

2 
3 
4 


violon  et  piano 
Moment  intime. 
Dans  la  brume. 
Musette. 
Simple  chanson. 


N"5  5.  Berceuse. 
5.  Notturino. 

7.  Intermezzo. 

8.  Cantabile. 
—          Tarantella  pour  violon  et  piano     . 

DVORACK.  Op.    94.    Rondo  pour  violoncelle  et    piano 


à  fr.   I  25 
N°s    g    Orientale. 

10.  Questions  et  réponses. 

11.  Arioso. 

12.  Perpetuum  mobile. 
I  go 
5  — 


net 


"Waldesruhe 


Klid  ».   Adagio    pour   violoncelle 
et  piano   ..........     net 

GOLDMARK.  Ouverture  Sapho,  pour  piano   à  quatre  mains,  net 

MATHIEU,  Emile.  Les  Bois,  chœur  pour  voix  d'enfants   avec 

accompagnement  de  piano,  chanté  par  les   élèves   des   écoles 

communales,  sous  la  direction  de  M.  Ch.  Watelle.  Partition     . 

Chaque  partie 

PIANOS  BECHSTEIN.  —  PIANOS  BLUTHNER 

HARMONIUMS     ESTEY 


I  go 
7  5o 


»  5  — 
»  I  — 


400 


LE  GUIDE  MUSICAL 


d'histoire  de  la  musique  à  l'Université,  secrétaire 
à  l'Académie  des  Beaux-Arts  de  Berlin,  et  direc- 
teur-administrateur de  l'Ecole  supérieure  de  mu- 
sique récemment  fondée  à  Berlin.  Philippe  Spitta 
a  collaboré  à  de  nombreux  travaux  d'histoire 
musicale,  mais  sa  biographie  de  Bach  reste  son 
œuvre  capitale  et  unique  en  son  génie.  Il  était  né 
en  1841. 

RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 

Berlin 

Opéra-Impérial.  —  Du  i5  au  22  avril  :  I  Pagliacci  et 
Carnaval.  Carmen.  Falstaff.  Tannhœuser.  Cavalleria 
rusticana.  Mara  et  Carnaval.  Lohengrin.  Les  Medici. 
Falstaff. 

Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  L'Etudiant 
pauvre. 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  i5  au  22  avril  ; 
Le  Prophète.  L'Attaque  du  moulin.  Tristan  etiseult. 
Orphée  et  Farfalla.  Manon.  Tristan  et  Iseult  Concert 


de  l'Association    des  artistes-musiciens  avec  le  con- 
'        cours  de  Sarasate  et  M™"  Berthe  Marx. 
Théâtre  des  Galeries.     —    Madame    Boniface.    Le 

Petit  Duc. 
Alcazar  royal.  —    Le    Mort,   pantomime   d'après  le 
roman    de    Camille    Lemonnier,    musique   de    Léon 
,        Dubois,  jouée  par  la  troupe  des  Martinetti. 
1   Conservatoire  Royal.  —  Dimanche  22  avril,  à  2  h., 
I        quatrième    séance  de  musique  de   chambre,  donnée 
par  MM.  Anthoni,  Guidé,  Poncelet,  Merck.  Neumans 
et  De  Greef,  professeurs  au  Conservatoire,  avec  le 
concours  de  M""   I.    Sèthe,    violoniste,    du   quatuor 
Ysaye,    Crickboom,    'Van    Hout   et  J.   Jacob  et  de 
MM.  Marchot,  Danneels  et  Sisseneir.  —  Programme  : 
Quatuor  à  cordes  (C.   Franck),  Ysaye,  Crickboom. 
'Van  Hout  et  J.  Jacob;  Six  duettini  pour  deux  violons 
(B.  Godard),  M""  Irma  Sèthe  et  M.   Ysaye;  Octuor, 
op.   166,   pour  deux  violons,  alto,  violoncelle,  contre- 
basse,   clarinette,     cor    et    basson    (F.     Schubert), 
MM.  Ysaye,  Crickboom.  'Van  Hout,  J.  Jacob,  Dan- 
neels, Poncelet,  Merck  et  Sisseneir.  Accompagnateur, 
M.  Alfred  Marchot. 
Salle  de  la  Grande-Harmonie.  —  Dimanche  22  avril, 
à  8  heures  du  soir,  concert  au  bénéfice  des  colonies 


Iv  ACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

F  j^  :EiX  & 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tscl»aik.ow»!ty,  Cvuttscliaik,   Prudent,  Allnrd 
des    jtrvlii'vcM    du   piauu    et    de  la   célèbre   .Uéthoilc    de   piauo    A.    I.e    l'arpcaticr 

Seuls  dépositaires  de  l'Editiou  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  iiiusique  de  violon 

CEUVRES       POUR      ORCHESTRE 


Op.  29.  Troisième  symptionie  en  ré  majeur 

Partition  ....            20 

Parties  séparées 3o 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque  3 

Op.  3i.  Marctie  slave 

Partition 10 

Parties  séparées i5 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  32.  Francesca  da  Rimini,  fantaisie 
d'après  Dante 

Partition i5 

Parties  séparées 25 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 

Op.  3     Variationspourvioloncellesur  un 
air  rococo 

Partition 6 

Parties  séparées.      ..."...    10 
Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  34,  Sctxerzo-valse  pour  violon 

Partition  (copiée)     ....... 

Partses  séparées .     5 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i 

Op.  35.  Concerto  en  >•«  majeur  pour  Aiolon 

Partition 12 

Parties  séparées.      ■ 18 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2 

Op.  36.  Quatrième  symptionie  en /a  mineur  : 

Partition 25 

Parties  séparées 35 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    3 


Op.  39.  Douce  rêverie  et  'Valse,  pièces  ex- 
traites de  l'Album  d'enfants 
(n°s  21  et  8),  arrangées  pour  instru- 
ments à  cordes. 

Partition i 

Parties  séparées 2 

Parties  supplémentaires     .      .       chaque     » 
Op.  43    Première  suite  d'orctiestre  : 

1°  Introduction  et  fugue  ;  20  Divertisse- 
ment ;  3"  Andante  ;  4"  Marche  minia- 
ture; 5'  Scherzo;  6"  Gavotte. 

Partition 20 

Parties  séparées 3o 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     3 
Op.  43.  Marciie  miniature  extraite  delà  suite: 

Partition 2 

Parties  séparées 3 

Parties  supplémentaires  cordes  i>"'  et  2° 
violons  seulement.      .      .      .      chaque     i 
Op.  44.  Deuxième  Concerto  en  sol  majeur 
piano  ; 

Partition 20 

Parties  séparées 20 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    2 

'Violon  solo I 

'Violoncelle  solo i 

Op.  45.  Capricoio italien  : 

Partition 


i5 


Parties  séparées. 


25 


Parties  supplémensaires  cordes    chaque    2 
(A  suivri.) 


LE  GUIDE  Mil  SIC  AL 


401 


et  de  la  soupe  scolaires  de  Saint-Gilles,  avec  le  con- 
cours de  MM.  Jean  Noté,  i""'  baryton  à  l'Opéra; 
Crickboom,  violoniste;  Janssens,  pianiste,  et  d'un 
chœur  de  dames.  —  Première  partie  :  Les  Nymphes 
des  bois,  chœur  (Delibes);  Finale  du  Carnaval  de 
Vienne (Schumann),  M.  Janssens;  Légende  bretonne, 
chœur  (Rousseau);  Adagio  (Max  Bruch),  Rondo  Ca- 
priccioso  (Saint-Saëns),  M.  Crickboom;  air  de  la 
Coupe  du  Roi  deThulé  (Diaz),  M.  Noté;  Le  Nénu- 
phar, chœur  inédit,  le  Mois  de  mai,  vieille  chanson 
champenoise  harmonisée  à  quatre  voix  (E.  Closson). 
Deuxième  partie  ;  Etude  en  forme  de  valse  (Saint- 
Saëns),  M.  Janssens;  Chanson  de  l'Hermine,  chœur 
extrait  de  Hulda  (C.  Franck),    chœur    inédit  extrait 


d'Hélène  (E.  Chausson);  air  d'Hérodiade  (Massenet), 
M.  Noté;  Sur  la  mer,  chœur  [V.  d'Indy);  Légende, 
Polonaise  (Wieniawski),  M.  Crickboom;  Credo  du 
paysan  (Goublier),  M.  Noté;  Isis,  chœur  (Lefebvre). 

Liège 
N0UVE.4.TJX  Concerts.  —  Dimanche  20  mai,  à  3  h,  J/^, 
4"  concert.  —  1"  et  2"  actes  de  Tristan  et  Iseult  de 
Richard  Wagner  :  M.  Einest  'Van  Dyck,  du  Théàtre- 
Impéral  de  Vienne  et  du  théâtre  de  Bayreuth,  chan- 
tera le  rôle  de  Tristan. 

Paris 
Opéra    —  Du  16  au  21  avril  ;  Samson  et  Dallila,   Déi- 
damie   Sigurd.  Thaïs,  la  Korrigane.  Faust. 


V"  Léopold  MURAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique 


Vient  de  paraître 


Dt^positaire  unique  pour  la  Belgique  de    l'Edition  Payne 

(partition  de  poche  pour  la  musique  de  CHAMBRE) 

FOLVILLE,  J.  Atala,  opéra  en  2  actes,  partition  réduites  pour  chant  et  piano,  net  fr.   10  — 

DETHIER,  Gaston.  Romance  violon  et  piano        .......  3   — 

—                     La  même  pour  violoncelle  et  piano         ....         »  3    — 

RAGGHIANTI,  J.  Gavotte  et  musette  p^  instruments  à  cordes,  partit,  et  parties       »  3  — 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  violon  et  piano »  3   i5 

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2.  Insouciance. 

3.  Quiétude. 

4.  Souvenir. 

5.  Mélancolie. 

6.  Allégresse. 


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Lion.  Falstaff. 

Vienne 

Opéra-Impérial.  —  Du  i5  au  23  avril  ;  La  Rose  de 
Pontevedra;  la  Reine  de  Saba  (Goldraark).  Siegfried. 
La  Rose  de  Pcntevedra.  Mignon.  La  Rose  de  Ponte- 
vedra. Le  Trompette  de  Seekkingen.  L'Ami  Fritz, 

An  der  Wien.  —  Le  Mariage  à  l'essai.  Fledermaus. 
Le  Baron  des  Tsiganes.  Le  Mikado.  Czar  et  Char- 
pentier. 


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RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

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N     Le  KiME,    SECRÉTAIRE  ADMINISTRATEUR 

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Collaborateurs 


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Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  -  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

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Ed.  Vander  Straeten — Ed.  Evenepoel 

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40"  année  29  Avril   1S94 


SOMMAIRE 


Etienne  Destranges  :  Une  partition  mé- 
connue :  Proserpiae  de  Camille  Saint- 
Saëns.  (Suite.) 

Clironiquc  ùc  lit  Semaine  :  Paris  :  Edvard  Grieg  aux 
Concerts  Colonne;  les  concerts  d'orgue  Guilmant. 
—  Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  Le  conflit  de  l'orchestre  de  la  Monnaie 
et  des  Concerts  populaires.  —  Tristan  et  Iseult.  — 
Concerts  divers. 

Correaponbaïuts  :  Amsierdara,  Londres,  Marseille, 
Strasbourg,  Verviers. 

Nouvelles  diverses. 

Répertoire  des  théâtres  —  Bibliographie. 


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29  Avril  1894. 


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PROSERPINE 

DE 

Camille    SAINT-SAËNS 

ÉTUDE    ANALYTIQUE 

(Suite.  —  Voir  les  n"s  16  et  17.) 

ACTE   SECOND 

Le  second  acte,  entièrement  de  l'inven- 
tion de  M.  Louis  Gallet,  est,  en  réalité,  un 
pur  hors-d'œuvre  ;  mais  il  a  inspiré  à  Saint- 
Saëns  des  pages  tellement  gracieuses  que 
je  ne  me  sens  par  la  force  de  reprocher  au 
librettiste  ce  retard  apporté  à  l'action. 

Le  prélude,  d'une  idéale  douceur,  pré- 
pare bien  à  la  scène  qui  va  se  passer  dans 
un  couvent  de  jeunes  filles.  Une  phrase 
d'une  grande  pureté  d'iaspiration,  chantée 
par  les  bois,  fait  tous  les  frais  de  cette  page 
symphonique,  dont  l'instrumentation  (quatre 
cors,  harpe,  violons,  altos,  violoncelles)  est 
d'une  exquise  so-norité. 

Le  rideau  levé,  nous  nous  trouvons  dans 
le  cloitre  du  couvent  où  Angiola,  la  sœur 
de  Renzo,  a  passé  son  enfance.  Dans  la 
chapelle,  au  milieu  des  accents  de  l'orgue, 
retentit  un  charmant  Ave  Maria.  Peu  à 
peu,  le  cloître  se  remplit  de  religieuses  et 
de  pensionnaires.  Celles-ci  entourent  An- 
giola, toute  pensive.  Elles  lui  parlent  de 
mariage,  mais  la  jeune  fille  répond  triste- 
ment, car  elle  croit  que  l'intention  de  son 
frère  est  qu'elle  reste  au  couvent.  Au  mo- 
ment où  elle   va  se  retirer  avec  ses  com- 


pagnes, une  sœur  lui  annonce  la  visite  de 
Renzo. 

Ce  début  est  d'une  grande  fraîcheur. 
Toutes  les  phrases  d'Angiola  sont  déli- 
cieuses. Renzo  arrive  gaiement  et,  après 
avoir  échangé  quelques  mots  avec  sa  sœur, 
il  introduit  Sabatino.  C'est  avec  une  douce 
émotion  qu' Angiola  voit  entrer  ce  dernier, 
car  elle  a  secrètement  donné  son  cœur  à 
l'ami  de  son  cher  Renzo.  Avec  une  bon- 
homie toute  paternelle,  le  jeune  homme 
préside  à  ces  rapides  fiançailles.  Cette 
scène  d'une  grande  délicatesse  de  touche, 
contient  nombre  de  choses  tout  à  fait  char- 
mantes. L'andaniino  de  Sabatino  :  Comment 
dire  bien  ce  que  je  veux  dire,  est  une 
agréable  mélodie.  Saint- Saëps  a  évité 
adroitement  la  banalité  qui  guettait  ce  mor- 
ceau par  la  variété  des  mesures.  Regret- 
tons, en  passant,  deux  défectuosités  proso- 
diques, —  syllabes  muettes  tombant  sur 
des  temps  forts  —  (p.  Ii5,  m.  16,  et  p.  117, 
m.  4).  Il  faut  signaler  aussi  Vallegroj  O  joie 
immense!...  sous  lequel  les  violons  soupi- 
rent amoureusement  la  mélodie  de  V Amour 
conjugal.  La  cadence  de  cette  phrase, 
tombant  sur  la  tierce,  est  d'un  effet  ra- 
vissant. Deux  passages  remarquables  en- 
core sont  Yandantino  :  Allez,  ô  vous  que 
faillie,  et  l'ensemble  :  Effeuillons  en  riant... 
où  la  voix  de  Renzo  se  joint,  au  bout  de 
quelques  mesures,  à  celles  d'Angiola  et  de 
Sabatino.  Dans  cet  acte,  il  n'y  a  pas,  à  pro- 
prement parler,  de  nouveaux  Leitmotive  à 
signaler.  Le  thème  de  Sabatino  revient 
plusieurs  fois  dans  les  scènes  II  et  III. 

Au  moment  ou  les  fiancés  vont  se  sépa- 
rer, le  cloitre  est  envahi  par  une  foule  de 
mendiants.  Les  jeunes  filles  leur  font  une 
distribution  de  pain.  Squarocca,  déguisé 
en  pèlerin,  erre  parmi  les  groupes,  exami- 
nant Angiola  à  la  dérobée. 


408 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Proserpine  a  raison  d'avoir  peur 

murmure-t-il,   en   voyant  la  beauté  de  la 
jeune  fille. 

Contrairement  à  celui  du  premier  acte, 
ce  finale  est  un  pur  chef-d'œuvre.  Le  grou- 
pement des  voix,  l'arrangement  des  parties, 
la  distinction  de  l'idée  mélodique,  la  belle 
sonorité  des  ensembles,  tout  concourt  à 
faire  de  cette  dernière  scène  une  des  plus 
remarquables  pages  de  Camille  Saint- 
Saëns. 


A  partir  d'ici,  le  compositeur  a  fait  subir 
à  sa  partition  certains  remaniements,  sur 
lesquels  il  y  a  des    réserves   à  faire. 

La  scène  se  passe  dans  les  montagnes, 
près  d'un  campement  de  gitanos.  L'acte 
commence  par  une  tarentelle,  qui  n'offre 
rien  de  remarquable.  Le  motif  de  Squa- 
rocca  annonce  l'arrivée  du  bandit,  que 
ses  camarades  croyaient  perdu.  Ici  repa- 
raît l'accompagnement  de  la  scène  du  pre- 
mier acte  entre  Proserpine  et  Squarocca. 
Le  chœur  de  gitanos,  qui  vient  ensuite,  ne 
vaut  pas  grand'chose.  Tout  ce  début  n'exis- 
tait pas  dans  la  version  primitive.  Il  a  été 
ajouté  pour  plaire  à  cette  partie  du  public 
qui  condamne  d'avance  un  opéra  sans  bal- 
let et  sans  chœurs  nombreux.  Saint-Saëns 
a  fait  là  une  concession  des  plus  regret- 
tables. Ces  pages,  qui  n'ont  aucun  rapport 
avec  le  drame,  n'ont  même  pas  l'excuse 
d'être,  comme  le  second  acte,  an  hors- 
d'œuvre  intelligent,  traité  par  le  musicien 
d'une  façon  supérieure. 

Proserpine,  sous  un  costume  de  bohé- 
mienne, est  venue  attendre  dans  la  mon- 
tagne Squarocca,  qu'elle  a  envoyé  espion- 
ner Angiola  au  couvent  de  Turin.  L'acte 
commençait  jadis  ici.  Le  bandit  rend 
compte  de  sa  mission.  Une  atroce  jalousie 
s'empare  de  la  courtisane,  quand  elle 
apprend  qu' Angiola  est  belle.  Renzo  et  sa 
sœur  sont  partis  le  matin  de  la  ville.  Saba- 
tino  les  a  précédés  la  veille.  Squarocca 
a  dressé  habilement  une  embuscade  :  An- 
giola ne  tardera  pas  à  tomber  aux  mains 
de  sa  rivale.  Cette  scène  entre  les  deux 
complices  est  dramatiquement  traitée.  Le 


passage  où  Squarocca  décrit  la  beauté  de 
la  jeune  fille  est  fort  gracieux.  Trois  nou- 
veaux Leitmotive  prennent  place  désormais 
dans  la  trame  symphonique.  Le  premier, 
un  rapide  dessin,  confié  à  la  flûte,  page  164, 
mesures  3,  4,  5, 


s'applique  au  Désespoir  de  Proserpine;  le 
second,  qui  paraît  page  164,  mesures  11, 
12,  i3,  aux  bassons  et  aux  contrebasses. 


peut  être  dénommé  thème  de  l'Embuscade; 
le  troisième,  très  expressif,  est  exposé  par 
le  hautbois,  page  167,  mesure  11. 


Il  symbolise  la  lancinante  Jalousie  qui  rem- 
plitl'âme  delà  courtisane  amoureuse(i). 

Squarocca  s'en  va  guetter  les  voyageurs. 
Proserpine  demeure  sur  le  seuil  d'une 
hutte  grossière,  plongée  dans  ses  amères 
réflexions.  Que  veut-elle?  Pourquoi  est-elle 
venue?  Peut-elle  donc  espérer  empêcher 
ce  mariage  maudit?  Et  quand  bien  même! 
Sabatino  l'aimerait-il  après?  Dire  qu'elle  l'a 
repoussé,  quand  il  s'offrait,  lui  qu'elle 
aime,  lui  qu'elle  adore  !  Hélas,  c'est  qu'elle 
comprenait  bien  qu'il  la  voulait  posséder 
seulement,  qu'il  ne  l'aimait  pas!  Ah!  ne 
pouvoir  être  aimée.  Quelle  torture!  Et, 
dans  un  élan  de  douloureux  lyrisme,  Pro- 
serpine évoque  la  divinité  mythologique 
dont  elle  porte  le  nom  : 

O  déesse  infernale,  à  qui  mon  nom  se  mêle, 
Ma  sombre  royauté  de  la  tienne  est  jumelle. 
Nous  sommes,  ô  ma  sœur,  deux  reines  sans  soleil  ! 
Toi,  loin  du  jour,  moi,  loin  de  l'amour,  deuil  pareil  I 

Ce  long  monologue  est  admirable  d'un 
bout  à  l'autre.  Au  commencement  du  récit. 


(i)  Les  indications  paginales  ci  dessus  se  rapportent 
à  la  nouvelle  édition.  Dans  r.încienne  version,  ces 
thèmes  apparaissent,  celui  du  Disespoir  page  149,  me- 
sures 3,  4,  5);  celui  de  VEmbuscade  page  i5o,  mesures  2, 
3,  4;  celui  de  la  Jalousie  page  i53,  mesure  11. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


409 


le  cor  anglais  redit  le  thème  de  la  Jalousie. 
Plus  loin,  amenant  une  adorable  phrase 
mélodique  en  si  majeur,  le  hautbois  soupire 
tristement  celui  de  V Aspiration  à  l'amour. 
Le  raotiï  an  Désespoir  retentit  aussi,  lui,  plu- 
sieurs fois  pendant  l'invocation  à  la  déesse 
des  enfers,  page  où  la  grandeur  de  l'inspi- 
ration égale  l'élévation  du  style  et  qui,  à 
mon  humble  avis,  est  l'une  des  plus  belles 
que  Saint-Saëns  ait  écrites.  Une  transfor- 
mation du  motif  du  Désespoir  clôt  ce  mor- 
ceau de  premier  ordre  (i). 

Squarocca  revient.  Il  annonce  à  Proser- 
pine  que  la  voiture  qui  porte  Renzo  et 
Angiola  arrive.  Par  ses  soins,  un  trait  se 
rompra  pendant  la  montée  voisine  et  le 
voyage  du  frère"  et  de  la  sœur  se  trouvera 
interrompu.  Le  bandit,  pour  indiquer  aux 
voyageurs  en  détresse  qu'il  5'  a  une  habita- 
tion de  ce  côté,  entonne  une  chanson  à 
laquelle  la  tonalité  prédominante  de/a  dièse 
mineur  donne  une  fort  originale  physio- 
nomie. A  l'accompagnement  reparaît,  de 
temps  en  temps,  le  thème  de  Squarocca. 

Mais  voici  Renzo  et  Angiola.  L'accident, 
bien  combiné,  a  eu  lieu  à  l'endroit  voulu  et 
force  est  aux  voyageurs  d'interrompre  leur 
route.  Squarocca  s'offre  aimablement  à 
réparer  le  dommage;  il  a  là  des  cordes,  des 
courroies.  Pendant  qu'avec  Renzo  il  ira 
jusqu'à  la  voiture,  Angiola  restera  avec  la 
bohémienne,  à  qui,  en  enfant  curieuse,  elle 
demandera  la  bonne  aventure.  Rien  de  bien 
particulier  à  signaler  dans  cette  scène.  Le 
thème  de  la  Jalousie  et  celui  de  Squarocca 
se  maintiennent  à  l'accompagnement. 

Proserpine,  restée  seule  avec  Angiola, 
lui  examine   la    main  et   l'étonné    par    sa 

(i)  Sauf  l'invocation  à  Proserpine,  qui  existe  dans 
J  l'ancienne  édition,  cette  scène  est  entièrement  nouvelle. 
j  Le  début  du  monologue  (version  primitive)  est  loin  de 
j  manquer  de  valeur.  Néanmoins,  malgré  les  choses  inté- 
i  ressantes  qu'il  contient,  la  nouvelle  version  vaut  incon- 
testablement mieux. 


perspicacité.  Elle  va  se  marier  ;  ce  soir 
même,  son  fiancé  V^ittenà..  M'aime-t-il  bien? 
demande  naïvement  la  jeune  fille.  Malheur 
à  lui  s'il  t'aime!  répond  la  bohémienne,  qui 
fait  alors  tout  son  possible  pour  dissuader 
Angiola  d'épouser  Sabatino.  Celle-ci, 
d'abord  effrayée,  se  remet  peu  à  peu  et 
tient  tête  à  la  prétendue  gitana,  qu'elle 
devine  bien  maintenant  n'avoir  jamais  dit 
la  bonne  aventure.  Proserpine,  aveuglée 
par  la  colère,  ne  se  contient  plus.  Angiola 
appelle  son  frère,  qui  ne  peut  venir  à  son 
secours,  car,  lui  aussi,  il  est  tombé  dans  le 
piège,  et  Squarocca  l'a  garrotté  à  un  arbre. 
Ce  dialogue  des  deux  femmes  est  très  vi- 
goureusement traité.  La  phrase  de  Proser- 
pine :  Le  ciel  dit  anathème  à  votre  mariage, 
a  beaucoup  d'allure  (p.  192,  m.  4);  le  qua- 
tuor fait  entendre  le  motif  suivant, 


qui  désigne  la  Haine  de  la  courtisane  pour 
la  jeune  fille  Ce  thème  revient  plusieurs 
fois  dans  le  courant  de  la  scène.  Celui  de 
la.  Jalousie  reparaît  aussi,  page  190,  mesure  l 
et  page  196,  mesure  2,  cette  fois  en  valeur 
augmentée. 

Squarocca  revient.  Garde-la  jusqu'à  de- 
main. Je  veux  le  revoir  avant  elle!  lui  dit 
Proserpine,  et  elle  part  précipitamment. 
Au  loin,  on  entend  des  coups  de  feu.  Renzo 
a  été  délivré  par  des  soldats.  Il  accourt. 
Squarocca  est  arrêté.  Dans  la  nouvelle 
version,  cette  scène  a  été  considérable- 
ment raccourcie.  C'est  encore  là  un  rema- 
niement malheureux.  A  quoi  bon  suppri- 
mer les  quelques  phrases  de  Squarocca, 
qui  complétaient  bien  la  physionomie 
romantique  de  ce  bandit  italien,  et  qui 
avaient,  en  outre,  l'avantage  de  révéler  à 
Renzo  et  à  sa  sœur  le  nom  de  la  fausse 
bohémienne. 

(A  suivre.)        Etienne  Destranges. 


410 


LE  GUIDE  MUSICAL 


CHRONIQUE  DE  LA    SEMAINE 


PARIS 

ME  n'est  pas  la  première  fois  que  M.  Co- 
lonne cède  à  M.  Edward  Grieg  son  bâton 
de  commandement  ;  il  y  a  quelques  années 
déjà,  le  compositeur  Scandinave  est  venu,  à  cette 
même  place,  diriger  quelques-unes  de  ses 
œuvres,  entre  autres  sa  suite  d'orchestre  de 
Peer  Gynt,  qu'on  entendait  alors,  il  me  semble, 
pour  la  première  fois  aux  concerts  du  Châtelet. 

Edward  Grieg  est  un  heureux  compositeur  ; 
sa  musique  est  partout  acclamée,  et  il  aura 
connu  tous  les  enivrements  du  succès;  si 
j'osais,  je  dirais  presque  qu'il  est  «  à  la  mode  ». 
C'est  qu'en  effet,  si  dans  son  œuvre  existe  une 
personnalité  très  accentuée,  on  n'y  trouve  pas 
le  coup  d'aile  du  génie  qui  grave  sur  l'airain,  et 
il  est  à  craindre  qu'on  ne  se  lasse  un  peu  vite 
de  cet  art  délicat  sans  doute,  mais  fluet  et  de 
petite  envergure.  M.  Grieg  se  complaît  dans 
la  demi-teinte  qui  fait  le  ciiarme  de  la  nature 
de  son  pays;  les  passages  de  force  eux-mêmes 
sont  toujours  comme  contenus;  la  passion, 
l'enthousiasme  d'un  Berlioz  ou  d'un  Beetho- 
ven s'exprime  avec  une  plus  grande  richesse  de 
coloris  ;  il  semble  que  la  brume  du  fiord  et  le 
soleil  de  minuit  viennent  sans  cesse  atténuer 
les  contours  du  paysage.  M.  Grieg  n'atteint  pas 
les  sommets,  il  reste  à  mi-côte;  mais  si  le 
souffle  n'est  pas  très  long,  c'est  si  bien  arrangé, 
si  coquettement  présenté  qu'en  fin  de  compte 
on  cède  au  charme  de  cette  poétique  musique. 

C'est  qu'en  effet  la  poésie  règne  ici  en  maî- 
tresse, la  poésie  douce  et  mélancolique. 
M.  Grieg  fait  un  usage  constant  de  la  mélodie 
populaire,  qu'il  entoure  d'une  délicieuse  den- 
telle symphonique  et,  à  ce  point  de  vue,  sa 
musique  peut-être  considérée  par  les  Norwé- 
giens  comme  éminemment  nationale. 

Edward  Grieg  est  né  à  Bergen,  le  i5  juin 
1843  ;  après  avoir  reçu  dans  sa  famille  même 
les  premières  notions  de  son  art,  il  vint  termi- 
ner ses  études  musicales  au  Conservatoire  de 
Leipzig.  Il  fut  lié  d'amitié  avec  Liszt,  qui  eut 
une  grande  influence  sur  le  développement  de 
son  talent,  et  avec  Hans  de  Bulow,  qui, 
charmé  de  son  talent  de  pianiste  très  person- 
nel, l'avait  surnommé  le  «  Chopin  du  Nord  ». 
Edward  Grieg  professe  un  ardent  patriotisme  ; 


il  a  voué  à  son  pays  un  culte  profond,  et  il  est 
incontestable  que  son  amour  du  sol  natal  a 
contribué  à  le  pousser  à  tenter  la  fondation 
d'un  art  éminemment  national  :  il  a  évidem- 
ment réussi  en  ce  qui  le  concerne  personnelle- 
ment. Nul  mieux  que  lui  n'était  capable  d'illus- 
trer les  drames  symboliques  d'Ibsen  et  de 
Bjœrnson,  les  dramaturges  populaires  Scandi- 
naves. 

Le  succès  obtenu  par  M.  Grieg,  à  son  con- 
cert de  dimanche  dernier,  tient  du  triomphe  • 
c'est  une  véritable  ovation  faite  au  compositeur 
norwégien,  qui  s'est  montré  dans  cette  séance 
sous  trois  aspects  différents,  compositeur,  pia- 
niste, chef  d'orchestre.  A  part  son  concerto  en . 
la  mineur  pour  piano,  exécuté  avec  un  brio 
superbe  par  Raoul  Pugno,  tous  les  morceaux 
qui  composaient  le  concert  étaient  entendus 
pour  la  première  fois.  Tous  ont  obtenu  d'ail- 
leurs le  plus  franc  succès.  Citons  surtout  Bli 
temps  de  Holberg  airs  dans  le  style  ancien 
(disons  tout  bas  que  leur  ancienneté  réside  sur- 
tout dans  leur  titre,  et  à  part  la  Gavotte  il  est 
bien  probable  que  les  sonorités  très  modernes  et 
même  les  dissonances  qu'ils  contiennent  auraient 
été  reniées  par  les  vrais  anciens),  —  le  Cygne 
mélodie  sur  une  poésie  d'Ibsen,  que  M.  Gri- 
maud  a  chanté  à  ravir  et  qu'il  a  dû  redire,  — 
les  Romances  norwégiennes  accompagnés  au 
piano  par  M.  Grieg  lui-même,  et  chantées  dans 
leur  idiome  national  avec  beaucoup  de  charmé 
par  M"^  Esther  Sidner. 

En  somme,  succès  énorme,  et  qui  prouve  une 
fois  de  plus  qu'un  auteur  peut,  quand  il  le  veut, 
donner  un  concert  composé  exclusivement  de 
ses  œuvres  et  qu'il  y  réussit  à  la  condition  que 
ces  œuvres  soient  belles  ;  c'était  bien  le  cas  pour 
M .  Grieg,  et  le  public  lui  a  rendu  en  manifesta- 
tions chaleureuses  et  enthousiastes  le  plaisir 
qu'il  avait  éprouvé  de  cette  délicieuse  musique. 

H.  DUBIEF. 

f 
Le  quatrième  et  dernier  concert  d'orgue  don- 
né par  M.  Guilmant  a  été  une  très  belle  mani- 
festation artistique.  Cette  séance  était  consa- 
crée entièrement  aux  classiques  de  l'orgue.  Le 
grand  attrait  c'était  les  deux  cantates  de  Bach 
choisies  parmi  les  plus  belles  et  exécutées  parles 
«  Chanteurs  de Saint-Gervais  »,  sous  l'habile  ai- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


411 


rection  de  leur  chef  M .  Bordes.  On  ne  dira  jamais 
trop  quel  infini  plaisir  d'art  on  éprouve  en  en- 
tendant cette  société  interpréter  ces  vieux  chef- 
d'œuvres,  à  peu  près  inconnus  de  notre  géné- 
ration. Les  parties  chorales  de  ces  deux 
cantates  de  Bach  ont  été  chantées  par  eux  avec 
une  habileté,  un  fini,  dont  rien  n'approche  ;  les 
plus  subtiles  nuances  de  cette  musique  difficile 
sont  rendues  avec  une  rare  habileté. 

Les  deux  cantates  sont  classiques  quant  à 
leur  forme,  elles  sont  taillées  sur  le  patron  de 
toutes  les  œuvres  similaires  du  maître,  c'est-à-dire 
qu'à  part  les  chœurs  assez  développés,  la  plus 
grande  part  revient  aux  sohstes,  tant  ceux  du 
chant  que  de  l'orchestre. 

La  cantate  Reste  avec  nous,  voici  tomber  la 
nuit  se  compose  de  six  morceaux,  a.  Un  chœur 
d'ouverture  très  important,  la  plus  belle  page 
selon  moi,  de  cette  cantate,  b.  Air  d'alto  avec 
cor  anglais  très  bien  rendu  par  Ml'"  Lavigne  et 
M.  Dorel.  c.  Un  choral  varié  où  le  violon  alto 
piccolo  et  le  chœur  engagent  une  aimable 
dialogue,  d.  Un  récitatif  de  basse  bien  chanté 
par  M.  Manoury.  e.  Un  air  de  ténor  fort  diffi- 
cile, que  M.  Chassang  a  vaillamment  enlevé. 
f.  Un  choral  final. 

La  seconde  cantate  Debout!  le  veilleur 
chante  est  plus  belle  encore  que  la  précédente, 
elle  a  obtenu  un  succès  étourdissant.  Les  sept 
morceaux  qui  la  composent  sont  tous  plus  char- 
mants les  uns  que  les  autres,  mais  il  faut  tirer 
hors  de  pair  :  le  duo  avec  violon  obligé,  rendu 
avec  autant  de  charme  que  de  finesse  par 
M»e  Eléonore  Blanc,  MM.  Manoury  et  de 
Guarnéri  ;  et  le  duetto  avec  accompagnement 
de  hautbois,  par  les  mêmes  chanteurs  et  M.  Do- 
rel. 

Au  milieu  du  concert,  M.  Guilmant  a  fait 
entendre  le  choral  pour  orgue  en  mi  de  César 
Franck.  C'est  un  morceau  très  intéressant  ;  il  y 
est  cependant  fait  un  abus  immodéré  des  jeux 
de  voix  humaine  :  ce  pastiche  de  l'organe  vocal 
est  curieux,  mais  il  me  semble  qu'en  art  pur, 
son  usage  doit  être  restreint.  Ces  jeux  de  l'orgue 
chevrotent  toujours,  et  quand  l'effet  se  pro- 
longe, c'est  un  peu  agaçant. 

Cette  belle  séance  a  clos  dignement  les  con- 
certs d'orgue  de  1894,  et  nous  espérons  bien  les 
retrouver  au  printemps  prochain. 

H.    DUBIEF. 

La  Société  des  compositeurs  français  devait, 
à  son  concert  du  19  avril,  faire  entendre,  pour 
la  première  fois  :  un  quatuor  de  M.  F.  de  La 
Tombelle,  pour  piano,  violon,  alto  et  violon- 


celle; la  Mort  d'Atala,  scène  lyrique  de 
M.  Camille  Andrès  (poème  de  Stéphan  Bor- 
dèse);  les  Noces  d'Eliane,  scène  lyrique  de 
M.  B.  Crocé-Spinelli.  Le  quatuor  de  M.  de  la 
Tombelle  rappelle  un  peu  et  même  beaucoup 
la  manière  de  Mendelssohn.  Le  début  manque 
d'intérêt,  mais  le  scherzo  et  le  finale  attirent 
l'attention,  réveillent  l'auditeur  par  leur  allure 
un  peu  plus  franche.  La  spontanéité,  l'inspira- 
tion y  ont  une  part,  tandis  que  l'allégro  initial 
et  surtout  l'andante  choral  semblent  traduire 
un  travail  lent  et  pénible.  Et  cependant,  il  n'y 
a  pas  là  de  contexture  savante  ;  la  science  de 
M.  de  la  Tombelle  n'a  aucun  rapport  avec  les 
recherches  souvent  outrées  de  la  jeune  école. 

Supérieur  nous  a  paru  le  sextuor  pour  piano, 
flûte,  hautbois,  clarinette,  cor  et  basson  de 
M.  Anselme  Vincé.  Nous  n'avons  pas  encore 
cité  cette  œuvre,  qui  doit  être  mentionnée  spé- 
cialement. Et  d'abord,  on  n'en  donnait  pas  la 
première  audition  ;  puis,  c'est  une  composition 
de  mérite  dans  toutes  ses  parties,  et  la  fantaisie 
sur  un  thème  populaire  breton  qui  termine  ce 
sextuor  dénote  chez  son  auteur  beaucoup 
d'esprit  et  d'adresse  musicale,  bien  que,  dans 
certaines  parties  de  la  salle  Pleyel,  la  simplicité 
si  suggestive  de  ce  thème  breton  ait  provoqué 
une  hilarité  déplaisante. 

Deux  des  interprètes  de  la  Mort  d'Atala 
faisant  défaut,  on  avait  convenu  de  faire  chan- 
ter par  Mme  Ganne  l'air  de  la  Reine  de  Saba. 
Mais  l'accueil  fait  par  le  public  à  l'annonce  de 
cette  décision  fut  si  peu  rassurant,  qu'un  nou- 
veau changement  s'imposait  :  M.  Viardot  joua 
la  Sonate  chromatique  de  Kafif  avec  beaucoup 
de  talent  et  pas  assez  de  succès. 

Enfin,  Mlle  Thérèse  Ganne,  MM.  Ernest  Duc 
et  Bernard  viennent  interpréter  difficilement  la 
scène  lyrique  \&sNoces  d'Eliane,  accompagnée 
à  quatre  mains  par  MM.  Laparra  et  de  Seynes. 

Il  y  a,  comme  dans  toutes  les  scènes  lyri- 
ques, un  ténor  et  un  contralto  qui  s'aiment 
d'amour  tendre  et  une  basse  qui,  non  contente 
de  jeter  le  trouble  dans  ces  deux  jeunes  âmes 
aimantes,  se  sert  du  poignard  pour  venger  son 
honneur,  —  car  il  vient  d'épouser  Eliane.  — 
Le  crime  accompli,  les  remords  poursuivent 
l'époux  outragé,  mais  attendri. 

La  situation  n'était  pas  nouvelle,  mais  il  est 
si  dur  pour  un  musicien  consciencieux  d'ex- 
primer les  sentiments  d'un  autre  et  d'écrire 
des  harmonies  sur  les  vers  créés  par  un  esprit 
étranger,  que  nous  pardonnons  volontiers  à 
M.  Crocé-Spinelli  les  grandes  naïvetés  qu'il 
fait  dire  à  ses  personnages. 

La  partie  musicale  était  difficile  à  apprécier 


412 


LE  GUIDE   MUSICAL 


dans  les  conditions  où  elle  s'est  manifestée. 
Certains  morceaux  ont  fait  plaisir,  qu'une  exé- 
cution complète  ferait  peut-être  secondaires, 
tandis  que  d'autres  pages,  qui  n'ont  produit 
aucun  effet,  pourraient  acquérir  une  grande 
intensité  d'expression  dans  une  réalisation  par- 
faite de  la  partition. 

Sans  nous  prononcer  catégoriquement,  nous 
pouvons  affirmer,  sans  crainte  d'être  démenti, 
que  l'œuvre  a  de  la  valeur,  et  nous  serions 
heureux  de  l'entendre  encore. 

Félicitons  enfin  la  Société  des  compositeurs 
français  de  révéler  au  public  ces  conceptions 
musicales,  qui  resteraient  souvent  oubliées  et 
qui  méritent  de  voir  le  jour  comme  tout  ce  qui 
émane  d'esprits  et  de  cœurs  sincèrement  musi- 
ciens. Maurice  Delfosse. 

A  la  treizième  audition  de  la  Société  d'Art, 
M™«  Jeanne  Meyer,  la  charmante  violoniste,  a 
exécuté  avec  M.  H.  Frêne  la  deuxième  Sonate 
pour  piano  et  violon  de  M.  René  de  Boisdeffre, 
puis,  accompagnée  pai  l'auteur,  diverses  pièces 
tirées  de  la.  Suite  romantique,  qui  font  concur- 
rence aux  mélodies  de  Joachim  Raff,  et  sou- 
vent avec  avantage.  M.  Georges  Hue  a  fait 
entendre  pour  la  première  fois  les  Scènes  de 
ballet,  transcrites  pour  deux  pianos,  par  M.  H. 
Frêne.  On  a  surtout  remarqué  le  Prélude,  dans 
lequel  M"<=  Eléonore  Blanc  a  fort  bien  dit  le 
chant  de  la  Nymphe,  d'une  couleur  charmante, 
et  la  Valse  lente.  Succès  également  pour  M. 
Arnold  Reitlinger,  qui  a  exécuté  brillamment 
deux  pièces  pour  piano  de  Grieg,  une  Valse 
sentimentale  d'Henselt  et  les  Biïcherons  de 
Théodore  Dubois. 

Belle  et  nombreuse  chambrée  au  Concert 
donné  à  la  salle  Pleyel,  le  23  avril,  par  M™^ 
Roger-Miclos,  qui  est  venue  faire  confirmer  les 
succès  remportés  récemment  par  elle  en  Alle- 
magne. M.  E.-M.  Delaborde  lui  prêtait  son 
concours  pour  l'exécution  des  Variations  à 
deux  pianos  de  Schumann  et  des  Variations 
sur  un  thème  de  Beethoven  de  Saint-Saëns.  La 
charmante  artiste  a  joué  seule,  avec  cette  grâce 
et  cette  virtuosité  qui  lui  sont  particulières,  les 
Etudes  symphoniques  de  Schumann,  le  Noc- 
turne en  ut  mineur  de  Chopin,  les  Papillons 
de  Grieg,  la  Romance  en  fa  et  la  Valse  caprice 
de  Rubinstein. 

La  salle  de  la  Société  des  Agriculteurs  de 
France,  8,  rue  d'Athènes,  est  maintenant, 
comme  les  salles  Erard  et  Pleyel,  le  rendez- 
vous  des  dilettanti.  L'acoustique  est  excellente. 


Mais  pourquoi  n'avoir  pas  songé  à  établir  sur  l'es- 
trade, au  lieu  de  ce  décor  d'une  exécution  con- 
testable, un  bel  et  bon  orgue  de  Cavaillé-CoU  ? 
M"<=  Henriette  Cuyer  aurait  pu  ainsi  nous  faire 
mieux  apprécier  son  talent  qu'en  jouant  sur 
l'orgue  Mustel,  dont  les  sons  sont  si  souvent 
désagréables,  surtout  dans  les  notes  détachées. 
Nous  ne  l'avons  pas  moins  goûtée  dans  diverses 
pièces  de  son  maître  M.  A.  Guilmant,  surtout 
le  scherzo  tout  à  fait  mendelssohnien.  M.  Au- 
guez  a  remporté  un  véritable  succès  dans 
Jésus  de  Nazareth  de  Gounod  et  dans  la 
Sérénade  du  Timbre  d'argent  de  Saint-Saëns. 
Le  samedi  5  mai  à  trois  heures  et  demie, 
Mme  Olga  VuUiet,  qui  a  travaillé  spécialement 
les  œuvres  de  Brahms  avec  H  ans  de  Bûlow, 
donnera  à  cette  salle  des  Agriculteurs  une 
séance  exclusivement  composée  des  œuvres  du 
célèbre  maître  de  Hambourg.  M"e  C.  Baldo 
chantera  les  beaux  lieder  «  Vieil  amour  », 
«  Cœur  fidèle  »,  etc.  M™«  Olga  Vulliet  exécu- 
tera la  Sonate  (op.  5),  puis  le  Caprice  (n"  i  op. 
76),  l'Intermezzo  (n»  3  op.  10),  la  Rapsodie 
(n°  2  op.  79),  le  Scherzo  (op.  4).  MM.  Parent, 
Sailler,  Queeckers,  ].  Parent,  Baretti  et  Feuil- 
lard  joueront  le  merveilleux  Sextuor  à  cordes 
{op.  18). 

Nombreuse  assistance  au  concert  donné 
salle  Erard  par  le  remarquable  pianiste  Henri 
Falcke.  Nous  nous  étonnons  cependant  que 
peu  d'artistes  soient  venus  applaudir  un  talent 
de  premier  ordre,  que  de  brillants  succès  au 
concert  Lamoureux,  et  mieux  encore  au 
Gev/andhaus ,  ont  fait  connaître  au  monde 
musical. 

Les  dernières  difiîcultés  du  mécanisme, 
M .  Falcke  les  a  vaincues  par  un  habile  entraî- 
nement ;  il  a  pu  mettre  au  service  d'une  compré- 
hension artistique  très  élevée,  une  technique 
incomparable.  Souplesse  parfaite  du  poignet 
dans  les  mouvements  verticaux  et  latéraux;. 
art  souverain  d'abaisser  les  touches  moelleuse-  ' 
ment  et  de  ne  jamais  prendre  un  son  grêle, 
même  dans  les  traits  rapides  et  légers  :  telles 
sont  les  rares  qualités  que  nous  avons  admirées 
chez  cet  artiste,  et  qui  font  du  piano  le  roi  des 
instruments,  l'interprète  par  excellence  des 
poèmes  sonores. 

Après  une  exécution  sévère  et  pleine  de  clarté 
de  la  magistrale  Toccata  con  fuga  en  ré  mi- 
neur de  Bach-Tausig,  nous  entendons  une 
Suite  dans  le  style  ancien,  de  Moszkowski. 
Ces  pièces,  inédites  à  Paris,  nous  paraissent 
habilement  ouvrées  et  riches  d'effets  pianis- 
tiques  scintillant  sous  les  doigts  magiques  du 


LE  GUIDE  MUSICAL 


413 


virtuose;  l'écriture  est  excellente,  mais  les 
idées  sont  toutes  superficielles.  Combien  nous 
sommes  loin  de  la  Suite  d'Holberg,  de  Grieg  ! 
—  Deux  perles  musicales  de  cet  auteur,  Prin- 
temps et  Papillons,  sont  rendues  dans  toute 
leur  suavité  par  le  jeu  expressif  de  M.  Falcke  : 
la  seconde  évoque  tout  un  vol  capricieux 
d'ailes  multicolores;  la  première,  c'est  la 
fraîche  haleine  d'avril  passant  sur  les  pommiers 
en  fleurs... 

Voici  maintenant  que  V Impromptu  en /a  mi- 
neur de  Fauré  déroule  ses  gammes  exquises  ; 
on  ne  peut  faire  valoir  avec  plus  de  charme  ces 
troublantes  harmonies  où  frissonnent  toutes  les 
sublimités  de  l'art  moderne. 

Nous  arrivons  à  la  partie  principale  du  pro- 
gramme :  les  Etudes  symphoniques  de  Schu- 
mann.  M.  Falcke  les  enlève  d'un  bout  à  l'autre 
avec  une  admirable  sûreté  ;  mais  nous  souhaite- 
rions, dans  les  Andante  une  diction  plus 
simple.  Le  thème  de  l'introduction,  par  exemple, 
a  été  exposé  avec  une  afféterie  qui  lui  enlève 
son  noble  caractère  ;  de  même,  la  première  etla 
seconde  variation  ont  étéjouéestrop  lentement, 
avec  une  exagération  de  nuances  qui  sert  mal 
la  pensée  de  l'auteur.  Ces  restrictions  faites, 
citons  toutes  les  autres  études,  Scherzaiido, 
Cou  bravura,  Brillante,  etc....  comme  des 
modèles  d'exécution.  Souhaitons  que  M.  Falcke 
nous  fasse  entendre  du  Beethoven  à  son  pro- 
chain concert,  et  saluons  en  lui  l'un  des  plus 
glorieux  représentants  de  notre  école  française 
du  piano.  Rayval. 


A  rOpéra-Comique  on  répète  activement 
Freischiitz  da.ns  les  foyers.  Les  décors  sont  déjà 
achevés  el  feront,  nous  a-t-on  assuré,  le  plus  bel 
effet.  L'opéra  de  Weber  sera  chanté  par 
MM.  Vergnet,  Mondaud,  M^'s  Nina  Pack  et 
Laisné.  M.  Carvalho  a  adopté  pour  cette  re- 
prise l'ancienne  version  du  Théâtre-Lyrique  (!), 
la  version  avec  récitatifs  de  Berlioz  étant,  pa- 
rait-il, la  propriété  de  l'Opéra.  Trois  excellents 
artistes,  MM.  Vergnet,  Mondaud  et  Mme  Nina 
Pack  qui,  depuis  leurs  débuts  dans  la  carrière 
théâtrale,  n'ont  pas  encore  déclamé  une  ligne 
de  poème,  seront  soumis  de  cette  façon  à  une 
rude  épreuve. 

Parmi  les  engagements  nouveaux  à  l'Opéra- 
Comique,  citons  ceux  de  :  MM.  Jérôme  (ténor, 
qui  fut  à  l'Opéra,  puis  à  Bordeaux)  ;  Leprestre 
(premier  ténor  léger  du  théâtre  de  la  Monnaie)  ; 
Isiiardon  (basse  chantante)  ;  Bénard  (baryton 
qui  eut  des  succès  dans  l'opérette)  ;  M'""  Gra- 
vière  une  excellente  acquisition. 


Ajoutons  que  l'engagement  de  M™^  Landouzy 
sera  plus  que  probablement  renouvelé,  et  que 
celui  de  M.  Bouvet  est  définitivement  rompu. 

't' 
Les  études  de  Djelma,  l'ouvrage  de  Ch.  Le- 
febvre  sont  activement  menées  à  l'Opéra. 
M.  Gailhard  s'occupe  de  la  mise  en  scène  et  les 
répétitions  d'ensemble  ont  déjà  commencé.  La 
première  représentation  aura  lieu  vers  le 
i5  mai. 
Voici  la  distribution  : 

Djelma     .     .     M™»s  Rose  Caron 
Ourvaçi    ,     .  Héglon 

Nouraly  .     .     MM.  Saléza 
Raïm  .     .     .  Renaud 

Kairam    .     .  DubuUe 

Tschady .     .  Douaillier 

L'étoile  du  ballet  sera  M"«  Laus. 

Notre  collaborateur  M.  Hugues  Imbert  vient 
de  faire  paraître  chez  Fischbacher,  éditeurs, 
33,  rue  de  Seine,  une  E tilde  sur  Johannès 
Brahms,  accompagnée  du  catalogue  complet  de 
ses  œuvres. 


Intéressante  nouvelle  : 

La  Prise  de  Troie,  de  Berlioz,  sera  montée  pro- 
chainement à  i'Eden-Théàtre,  avec  le  concours  de 
M.  Félix  Mottl,  le  chef  d'orchestre  du  Théâtre 
grand- ducal  de  Carlsruhe. 

L'orchestre  des  Concerts  Lamoureux,  sous  la 
direction  de  M.  Charles  Lamoureux,  donnera,  le 
dimanche  6  mai,  dans  la  grande  salle  du  Troca- 
déro,  une  fête  musicale  populaire,  consacrée  aux 
œuvres  de  Berlioz  et  de  Wagner.  Prix  des  places  : 
I,  2,  3  et  4  francs.  Le  bureau  de  location  est 
ouvert  au  Trocadéro  depuis  le  samedi  28  avril. 

Nous  avons  raconté  le  grand  succès  de  curiosité 
obtenu  dans  le  grand  amphithéâtre  de  l'Ecole  des 
beaux-arts  par  la  première  audition  de  l'Hymne  à 
Apollon^  ce  chant  grec  du  troisième  siècle  avant 
notre  ère,  découvert  à  Delphes  par  l'Ecole  fran- 
çaise d'Athènes. 

On  sait  que  M  Théodore  Reinach,  le  savant 
helléniste,  a  reconstitué  le  texte,  et  que  M.  Gabriel 
Fauré  a  orchestré  l'ode. 

M.  Bodinier  va  renouveler  cette  audition  pour 
le  grand  public  ;  il  fera  entendre  V Hymne  à  Apollon, 
avec  orchestre  et  chœurs,  le  4  mai  prochain,  au 
Théâtre  d'Application.  Cette  audition  unique  sera 
précédée  d'une  conférence  de  M.  Théodore  Rei- 
nach. 

Il  est  probable  que  M.  Th.  Reinach  viendra 
prochainement  â  Bruxelles  faire  entendre  l'ode. 


414 


LE  GUIDE  MUSICAL 


BRUXELLES 

p  Stoumon  et  M.  Calabresi  ont  la  main 
lourde  et  la  rancune  maladroite.  Dès 
rtr'-srl-'  le  début  de  leur  exploitation,  —  on  ne 
sait  pourquoi,  —  ils  ont  manifesté  une  hosti- 
lité singulièrement  tenace  à  l'égard  des  Concerts 
populaires  et  de  leur  chef  M.  Joseph  Dupont. 
On  se  rappellera  la  tentative  qu'ils  ont  faite 
naguère  pour  obtenir  de  l'administration  com- 
munale qu'elle  refusât  aux  Concerts  populaires 
la  salle  du  théâtre  municipal.  Il  faut  croire  que 
le  respectable  camouflet  qu'ils  reçurent  à  cette 
occasion  ne  leur  a  pas  suffi,  puisqu'ils  revien- 
nent à  la  charge  aujourd'hui. 
Ils  récidivent,  en  effet. 

L'information  que  nous  avons  publiée,  dans 
notre  dernier  numéro  au  sujet  des  nouveaux 
engagements  imposés  aux  musiciens  de  l'or- 
chestre, était  parfaitement  exacte. 

MM.  Stoumon  et  Calabresi  ont  soumis  à 
tous  les  artistes  de  l'orchestre  un  traité  en  vertu 
duquel  ceux-ci  s'engagent  à  ne  prêter  leur  con- 
cours à  aucun  spectacle  ou  concert,  sauf  les 
Concerts  du  Conservatoire,  sous  peine  d'une 
amende  de  cinquante  à  cent  francs,  ou  même 
de  la  résiliation  par  simple  notification. 

La  plupart  des  instrumentistes  avaient  déjà 
signé  cet  engagement,  non  sans  protester,  quand 
il  s'est  rencontré  un  groupe  d'artistes  indépen- 
dants et  fiers  qui  ont  refusé  tout  net  de  sous- 
crire à   de  pareilles   conditions    :    nous    nous 
faisons  un  plaisir  de  les  citer  nommément,  car 
ce  sont  ceux  précisément  qui  sont  la  gloire  et 
l'honneur    de    notre  orchestre,    et  leur   refus 
les  honore.    Ce  sont  :  MM.    Guidé,   Anthoni, 
Poncelet,    Van    Hout   et    Berendès.   Ils  n'ont 
pas    voulu    apposer    leur    signature    au    bas 
de  l'engagement  qu'on  leur  soumettait,  et  ils 
ont  eu  mille  fois  raison.  D'abord,  parce  qu'il 
ne  doit  pas  être  permis  aux  simples  impresarii 
que  commanditent  les  contribuables  de  la  capi- 
tale   de     restreindre    arbitrairement   l'activité 
artistique  de  qui  que  ce  soit  ;  ensuite  parce  que 
leur    dignité  commandait   à    ces    artistes    de 
repousser  sans  discussion  un  article  qui  les  eût 
ravalés  au  rang  de  simples  manouvriers,  s'ils 
l'avaient  accepté.  Permis  aux  gargotiers  qui,  au 
regret  de  tous  les  artistes,  dirigent  depuis  cinq 
ans  le  théâtre   de  la    Monnaie,  de  considérer 
comme  un  simple  métier  manuel  ce  que  nous 
considérons,     nous,     comme    une    profession 
élevéel  Le  devoir  des  mandataires  de  la  ville  est 
de  rappeler  à  MM.  Stoumon  et  Calabresi  qu'ils 
n'ont   point  reçu   la  délégation   d'administrer 
le  théâtre  de  la  Monnaie    poui'  la   seule  satis- 
faction de  leurs  appétits  financiers. 


L'article  nouveau  introduit  dans  les  engage- 
ments a  un  double  but  qu'il  faut  dévoiler,  afin 
que  chacun  soit  en  mesure  d'apprécier  la  qua- 
lité morale  des  deux  impresarii  dont  la  ville  a 
renouvelé  irrégulièrement  le  contrat,  il  y  a 
deux  ans. 

Detouttemps,  il  a  existé  dans  les  engagements 
de  l'orchestre,  —  comme  dans  ceux  de  tous  les 
artistes  de  théâtre, —un  article  leur  interdisant 
de  prêter  leur  concours  à  toute  entreprise 
théâtrale  concurrente  et  même  à  toute  entre- 
prise de  concert,  sans  l'autorisation  expresse 
du  directeur  ou  du  chef  d'orchestre.  Cette  dis- 
position s'explique  et  est  parfaitement  justifiée. 
Il  serait  inadmissible  qu'un  chanteur,  par  exem- 
ple, ou  un  soliste  de  Torchestre  ne  fît  pas  son 
service, —  parce  qu'il  est  engagé  ailleurs  excep- 
tionnellement, —  un  soir  de  première  représen- 
tation. C'est  pourquoi,  de  temps  immémorial,  il 
existait  dans  les  contrats  un  article  très  expli- 
cite à  ce  sujet.  Sous  les  directions  Campo-Casso, 
Vachot,  Stoumon  et  Calabresi  (iSyS-SS)  cet 
article  était  ainsi  conçu  : 

Les  artistes  de  l'orchestre  ne  peuvent,  sans  une 
permission  spéciale  des  directeurs,  exercer  leur 
talent  dans  aucun  spectacle,  sous  peine  d'être 
rayés  de  l'état  du  personnel.  Ils  ne  peuvent  non 
plus  jouer,  ni  être  affichés  dans  aucun  concert 
public  sans  l'autorisation  du  chef  d'orchestre. 

Au  début  de  la  direction  Verdhurt-Fétis,  il 
fut  rédigé  dans  un  français  plus  respectueux  de 
la  langue,  dans  les  termes  que  voici  : 

Les  artistes  de  l'orchestre  ne  peuvent,  sans  une 
permission  spéciale  du  directeur  ou  du  chef  d'or- 
chestre, exercer  leur  talent  dans  aucun  théâtre, 
concert  ou  spectacle  quelconque,  sous  peine 
d'être  rayés  du  tableau  du  personnel. 

Jusqu'aujourd'hui,  cet  article  avait  été  main- 
tenu sans  aucun  changement.  MM.  Stoumon 
et  Calabresi  insinuent  perfidement  qu'il  aurait 
été  modifié  par  M.  Joseph  Dupont  à  l'époque 
de  la  création  des  concerts  de  M.  Franz  Ser- 
vais et  dans  un  sens  hostile  à  ce  dernier.  Ils 
mentent  sciemment. 

C'est  seulement  cette  année  qu'il  a  été 
modifié,  et  dans  le  sens  que  nous  avons  indiqué 
plus  haut,  dans  le  but  de  rendre  impossible  le 
recrutement  de  l'orchestre  des  Concerts  popu- 
laires. «  Nul  ne  peut  prêter  son  concours  à  un 
concert  sans  une  autorisation  spéciale,  -  satlf 
aux  concerts  du  Co)iservatoirc)),  dit  l'article 
nouveau.  Ces  derniers  mots  dévoilent,  —  mala- 
droitement —  tout  le  plan  de  campagne.  On  ex- 
cepte les  concerts  du  Conservatoire,  parce  qu'on 
n'ose  s'attaquer  à  M.  Gevaert,  —  n'a-t-il  pas 
monté  VOrphe'c  de  Gluck  au  théâtre  de  la 
Monnaie,    le    seul     succès     de    la    direction 


LE  GUIDE  MUSICAL 


415 


actuelle?  —  Pour  les  Concerts  populaires  il  en 
est  autrement,  il  faudra  que,  chaque  fois,  les 
artistes  viennent  solliciter  la  permission  de 
M.  Philippe  Flon  et  s'il  plaît  à  celui-ci  de  ne  pas 
l'accorder,  ils  ne  joueront  pas.  Voilà  où  réside 
le  caractère  spécialement  hostile  aux  Concerts 
populaires,  de  la  nouvelle  clause  des  engage- 
ments. 

Après  coup,  on  a  essayé,  dans  des  notes  am- 
biguës de  le  nier.  Mais  trop  tard  :  M.  Philippe 
Flon  s'était  imprudemment  compromis.  Irrité 
de  la  résistance  des  artistes  de  l'orchestre,  il  était 
monté  sur  ses  ergots.  Il  avait  déclaré  tout  net 
aux  protestataires,  étonnés  de  la  clause  nou- 
velle et  demandant  des  explications,  «  qu'en 
effet  c'était  les  Concerts  populaires  que  l'on 
visait,  qu'il  entendait,  lui,  être  le  maître,  que 
puisqu'on  lui  faisait  la  guerre  (?  !)  il  l'accepterait, 
que  l'engagement  nouveau  était  à  prendre  ou  à 
laisser  » . 

Ainsi,  parce  qu'il  plaît  à  M.  Philippe  Flon 
d'ambitionner  une  autorité  que  son  talent  n'a 
pas  pu  lui  assurer,  la  ville  de  Bruxelles  serait 
privée  d'une  institution  qui,  depuis  vingt-neuf 
ans,  lui  avait  fait  une  auréole  et  l'avait  placée  au 
premier  rang  parmi  les  centres  artistiques  de 
l'Europe? 

La  prétention  est  tellement  bouffonne  qu'on 
a  peine  à  y  croire.  Mais  rien  ne  nous  étonne 
de  la  part  de  ce  cabotin  du  bâton,  dont  la 
fatuité  ridicule  n'a  d'égale  que  sa  désarmante 
ingénuité.  Comment  ne  pas  sourire  à  l'idée  du 
rôle  que  voudrait  s'attribuer  M.  Philippe  Flon? 
Flon  l'omnipotent  !  Ah  !  c'eût  été  du  propre  ! 
Tous  les  artistes  obligés  de  compter  avec  lui, 
pas  de  concert  sans  son  autorisation,  Joseph 
Dupont,  son  ancien  maître,  celui  qui  l'a  formé 
et  dont  il  n'a  été  jusqu'ici  que  la  pâle  copie, 
Joseph  Dupont  humilié,  quel  rêve! 

Malheureusement  pour  M.  Flon  et  heureu- 
sement pour  nous,  ce  rêve  n'aura  duré  qu'un 
instant.  Que  M.  Flon  patiente  seulement  un 
peu  !  Par  la  bouche  de  MM.  Catulle  Mendès  et 
Alfred  Bruneau,  Rouen  le  réclame.  On  ne  tar- 
dera pas  à  l'y  renvoyer  et  nous  ne  le  disputerons 
pas  aux  dilettanti  normands.  S'ils  le  veulent, 
qu'ils  le  reprennent,...  mais  qu'ils  le  gardent. 
Nous  leur  serons  reconnaissants  de  nous  avoir 
débarassés  de  ce  bruj-ant  personnage. 

Au  fond,  toute  cette  histoire  est  d'un  comique 
intense.  MM.  Stoumon  et  Calabresi  espéraient 
sans  doute  faire,  l'année  prochaine,  des  écono- 
mies sur  l'orchestre,  —  ils  sont  économes,  en 
effet,  et  en  toutes  choses.  Cent  francs  de  rete- 
nue sur  les  appointements  d'un  tel,  cinquante 
francs  sui"  les  honoraires  d'un  autre,  cela  aurait 


constitué  des  petits   bénéfices,  —   certains  et 
loyalement  acquis. 

C'est  à  la  fois  mesquin  et  odieux.  Les  pro- 
cédés de  ces  Messieurs  sont  indignes  de  gens 
qui  se  respectent.  Il  n'y  a  pas  assez  de  sifflets  à 
Bruxelles  pour  les  condamner  et,  s'il  y  avait  à 
la  tête  du  département  des  beaux-arts  de  la 
ville  de  Bruxelles  un  homme  ayant  la  notion 
claire  de  ses  devoirs,  il  ferait,  dès  demain, 
savoir  à  ces  deux  fantoches  directoriaux  dont 
le  ressort  est  usé  qu'ils  aient  à  plier  bagage, 
en  les  laissant  libres  d'aller  à  Marseille,  Car- 
cassonne  ou  Fouillis-les-Oies  continuer  à 
exercer  leur  industrie  et  donner  une  preuve  de 
leur  goût  artistique  et  de  leur  tact. 

M.    KUFFERATH. 

Tristan  et  Iseult  a  été  donné  jeudi  pour  la 
douzième  fois.  Cette  douzième  représentation, 
annoncée  comme  l'avant-dernière  de  l'œuvre 
dans  la  saison  actuelle,  avait  réuni  un  public 
plus  nombreux  que  les  exécutions  antérieures, 
données  devant  des  salles  parfois  assez  peu 
garnies.  Il  est  certain  que  le  succès  de  public,  à 
supi  oser  que  la  saison  se  fût  prolongée  encore, 
n'eût  pas  atteint  à  beaucoup  près  celui  de  la 
IValkyrie,  et  il  aura  même  été  loin  d'appro- 
cher de  celui  de  Siegfried.  La  faute  en  est 
avant  tout  à  l'exécution  ;  Tristan  aurait  sans 
doute  fait  un  joli  nombre  de  salles  combles 
si,  au  lieu  de  l'interprétation  toute  matérielle 
qui  nous  a  été  servie,  on  nous  avait  donné 
une  interprétation  adéquate  à  la  poétique  de 
l'œuvre,  qui  en  eût  rendu  non  seulement  la 
lettre  —  ou  plutôt  la  note,  —  mais  aussi  l'esprit. 

A  défaut  d'une  interprétation  inspirée  par 
une  compréhension  intime  du  drame  et  de  sa 
réalisation  scénique  et  musicale,  telles  scènes 
qui  touchent  au  sublime  peuvent,  auprès  des 
esprits  non  initiés,  —  très  nombreux  sans 
doute  parmi  le  public  habituel  de  nos  salles  de 
spectacle,  —  paraître  bien  près  de  friser  le 
ridicule.  C'est,  hélas  !  l'impression  qui  se 
dégage,  pour  beaucoup  de  spectateurs,  de 
l'exécution  de  Tristan  au  Théâtre  de  la  Mon- 
naie. Et  cependant  les  mêmes  artistes  qui 
coopèrent  à  cette  exécution  inerte  et  d'une 
morne  correction,  eussent  pu,  mieux  stylés  et 
mis,  par  une  direction  intelligente,  en  relation 
étroite  avec  les  sentiments  de  leurs  person- 
nages, communiquer  de  puissantes  impres- 
sions aux  auditeurs  les  plus  réfractaires  à 
l'esthétique  wagnérienne.  Ces  impressions  d'en- 
semble, si  fortes  à  Bayreuth  —  et  ailleurs,  — 
on  ne  les  a  guère  eues,  parce  que  nos  artistes 
n'ont  pas  été  exercés  à  nous  faire  comprendre 


416 


LE  GUIDE  MUSICAL 


le  véritable  état  d'âme  de  leurs  héros,  et  dès 
lors  le  public,  —  celui  que  ne  suffisent  pas  à 
intéresser  les  beautés  purement  musicales  de 
l'œuvre,  —  est  resté  presque  indifférent,  trou- 
vant souvent  prétexte  à  plaisanteries  dans  les 
situations  les  plus  pathétiques,  de  la  plus  haute 
et  de  la  plus  poignante  humanité. 

Tandis  que  dans  ces  derniers  temps  les 
spectateurs  étaient  devenus  moins  nombreux, 
il  semblait  au  contraire  que  les  applaudisse- 
ments fussent  plus  vifs  et  plus  chaleureux  qu'au 
début.  Ce  phénomène,  en  apparence  bizarre, 
s'explique  par  ce  fait  que  les  déceptions  que 
laisse,  à  une  première  audition,  cette  interpré- 
tation dans  un  certain  sens  inexistante,  sont 
moins  sensibles  lorsqu'on  entend  l'œuvre  à 
nouveau  et  que,  moins  préoccupé  d'y  trouver 
les  fortes  impressions  qui  font  défaut  ici,  on 
s'occupe  davantage  d'apprécier  par  le  détail  la 
prodigieuse  partition  du  maître;  l'admiration 
doit  dominer  alors  tout  autre  sentiment,  et, 
oubliant  regrets  et  déceptions,  on  s'abandonne 
aux  jouissances  intellectuelles  et  artistiques  que 
procure  l'œuvre  elle-même,  dégagée  des  imper- 
fections de  sa  réalisation  scénique. 

Il  faut  constater  d'ailleurs  que  l'exécution  a 
fait  certains  progrès  depuis  la  première,  et  que 
notamment  les  deux  principaux  interprètes, 
M^^Tanesy  et  M.  Cossira,  ont  su  trouver,  en 
quelques  endroits,  une  mimique  à  la  fois  plus 
juste  et  plus  vivante.  C'est  ainsi  qu'au  deuxième 
acte,  après  l'extinction  de  la  torche  —  toujours 
réalisée  d'une  manière  maladroite  et  puérile, 
sans  les  effets  de  lumière  qui  doivent  l'accom- 
pagner, —  M™'=  Tanesy  est  arrivée  à  traduire 
avec  bonheur  la  scène  mimée  qui  précède  l'ar- 
rivée de  Tristan.  Elle  n'y  a  plus  les  gaucheries 
remarquées  à  la  première,  au  moment  où  elle 
agite  son  écharpe,  gaucheries  qui  paraîtront 
bien  naturelles  lorsqu'on  saura  qu'à  la  répétition 
générale  elle  se  servait  encore  de  son  mouchoir 
en  guise  de  signal.  Quand  donc  se  décidera-t-on 
à  faire  les  dernières  répétitions  en  costume  et 
avec  tous  les  accessoires  qui  ont  leur  rôle  mar- 
qué dans  les  jeux  de  scène?  Ne  comprend-on 
pas  qu'on  expose  l'artiste  aux  surprises  les  plus 
déroutantes  en  lui  réservant  pour  la  première 
représentation  l'usage  de  tout  ce  qui  forme  la 
physionomie  externe  de  son  personnage  ? 

Ce  qu'il  faut  louer  sans  réserve  chez  M™"^ Ta- 
nesy, c'est  la  sûreté  avec  laquelle  elle  a  su  con- 
tinuer à  chanter  le  rôle  d'Iseult,  respectant 
scrupuleusement,  comme  au  premier  jour,  le 
texte  musical,  alors  que  d'autres  se  laissent 
aller  aux  improvisations  qu'entraînent  souvent 
les  récits  fortement  modulés.  Sa  voix  n'a,  d'ail- 


leurs, manifesté  aucune  défaillance,  malgré  ces 
douze  représentations  relativement  rappro- 
chées, et,  dans  l'ensemble,  l'interprétation 
fournie  par  la  vaillante  artiste  n'a  cessé  de 
s'améliorer,  tant  au  point  de  vue  du  geste  que 
sous   le  rapport   de    l'expression    dramatique. 

M.  Cossira,  toujours  aussi  déplaisant  comme 
attitude  aux  deux  premiers  actes,  a  introduit 
dans  la  mimique  du  troisième  quelques  va- 
riantes heureuses  ;  il  y  est  d'ailleurs  servi  à 
souhait  par  la  position  couchée  qu'il  y  occupe 
d'un  bout  à  l'autre,  et  si  cette  position  nuit 
quelque  peu  à  l'émission  de  sa  voix,  elle  n'en 
est  pas  moins  pour  beaucoup  dans  la  bonne 
impression  que  laisse  l'artiste  dans  ces  maî- 
tresses scènes,  les  plus  émouvantes  de  l'ou- 
vrage. 

yiHe  Wolf  s'est  débarrassée  de  la  coiffure  gri- 
sonnante et  crépue  qui,  aux  premières  exécu- 
tions, donnait  à  sa  physionomie  une  expression 
dure  et  déplaisante,  si  peu  d'accord  avec  le 
caractère  du  rôle;  elle  laisse  flotter  sa  cheve- 
lure, et  il  est  curieux  de  constater  combien  ce 
détail  matériel,  qui  paraît  de  minime  impor- 
tance, l'aide  à  procurer  l'impression  de  la  douce 
et  consolante  Brangaine. 

Le  roi  Marke,  par  contre,  n'a  pu  se  décider 
à  abandonner  le  casque  grotesque  qui  vient 
écraser  la  stature  peu  étoffée  de  l'interprète, 
pas  plus  que  l'étrange  costume  jaune  —  d'un 
jaune  qui  semble  crier  vengeance  !  —  par  lequel  • 
nos  directeurs  ont  voulu  sans  doute  souligner 
aux  yeux  du  public  la  situation  critique  du 
personnage.  M.  Lequien  lutte  avec  courage  et 
parfois  avec  bonheur  contre  le  ridicule  dont  on 
semble  avoir  voulu  entourer  à  plaisir  un  rôle 
déjà  fort  ingrat  par  lui-même. 

Quant  à  M.  Seguin,  il  est  toujours  superbe 
d'attitude  et  d'expression  dramatique  vraie  dans 
le  rôle  de  Kourwenal  ;  il  s'est  rapidement  débar- 
rassé de  ce  que  son  exécution  avait  d'un  peu 
fébrile  le  premier  jour,  et  son  personnage  est 
aujourd'hui  campé  de  maîtresse  façon.  Voilà 
décidément  une  admirable  création  de  plus  à 
l'actif  de  ce  grand  artiste. 

L'orchestre  a,  peu  à  peu,  gagné  en  cohésion,  , 
en  fondu,  et  il  aura  eu  ce  mérite  d'avoir  su 
éviter,  pendant  cette  série  d'exécutions,  les 
fautes  grossières,  les  erreurs  matérielles,  les 
accidents  auxquels  expose  une  partition  aussi 
touffue  ;  mais  son  chef  semble  avoir  complète- 
ment négligé  de  lui  inculquer  le  sens  intime 
de  l'œuvre  qu'il  avait  à  interpréter.  M.  Flon 
s'en  est  tenu  aux  grandes  nuances,  et  encore 
en  les  marquant  par  des  oppositions  trop  vives, 
trop  heurtées  ;  mais  il  n'a  point  paru  préoccupé 


LE  GUIDE  MUSICAL 


417 


de  donner  à  chaque  phrase  musicale  son  véri- 
table accent,  sa  physionomie  propre.  De  même, 
la  mesure  est  rigoureusement  observée,  mais 
les  rythmes  sont  marqués  à  l'excès  et  l'exécu- 
tion manque  de  cette  flexibilité,  de  cette  sou- 
plesse, de  ces  inflexions  continuelles  que 
réclame  la  partition  de  Tristan  plus  encore 
que  les  autres  œuvres  de  la  dernière  manière 
du  maître  de  Bayreuth.  J-  Br. 

C'est  devant  une  salle  relativement  peu  gar- 
nie qu'a  eu  lieu  l'unique  concert  donné  cette 
année  par  l'Association  des  Artistes  Musiciens  ; 
les  fauteuils  et  les  premières  loges  notamment 
présentaient  des  vides  nombreux,  —  profon- 
dément regrettables  en  présence  du  but  méri- 
toire que  poursuit  cette  institution,  si  digne 
d'intérêt  et  de  sympathie.  Et  cependant  le  pro- 
gramme portait  deux  noms  de  virtuoses,  — 
Pablo  de  Sarasate  et  Berthe  Marx,  —  qui 
eussent  dû  suffire  à  attirer  la  foule  !  D'où  vient 
donc  que  le  public  témoigne  depuis  quelque 
temps  déjà  une  désafi"ection  marquée  vis-à-vis 
des  concerts  de  l'Association,  alors  qu'il 
accourt  avec  tant  d'empressement  aux  séances 
des  Concerts  populaires?  Aux  intéressés,  c'est- 
à-dire  aux  artistes-musiciens  eux-mêmes,  de 
rechercher,  —  ils  les  trouveront  aisément, —  les 
causes  de  cette  situation,  et  à  eux  d'y  remédier 
promptement  s'ils  ne  veulent  voir  leur  louable 
institution  condamnée  à  une  fatale  décadence. 

Si  les  auditeurs  n'étaient  pas  aussi  nom- 
breux qu'on  pût  le  désirer,  ils  ont,  par  contre, 
mis  une  chaleur  peu  ordinaire  à  manifester 
l'enthousiasme  que  leur  inspirait  le  prestigieux 
talent  de  Pablo  de  Sarasate,  cet  irrésistible 
charmeur.  Nous  avons  rappelé  ici,  il  y  a  quel- 
ques semaines  (i),  au  lendemain  du  concert 
organisé  à  la  Grande-Harmonie  par  la  maison 
Schott,  les  brillantes  qualités  du  maître  violo- 
niste; nous  avons  dit  aussi,  à  cette  occasion, 
les  rares  mérites  de  sa  brillante  partenaire, 
M""  Berthe  Marx.  Ces  qualités  et  ces  mérites 
se  sont  affirmés,  cette  fois,  avec  non  moins  de 
^vigueur,  dans  des  œuvres  concertantes  de  plus 
d'intérêt  que  les  morceaux  de  pure  virtuosité 
qui  composaient  le  programme  de  la  séance 
Schott  :  pour  le  violoniste,  la  Symphonie 
■  espagnole,  aux  rythmes  si  piquants,  du  regretté 
Lalo,  une  des  «  créations  »  de  Sarasate,  et 
V Introduction  et  Rondo. capriccioso  de  Saint- 
Saëns,  dont  le  virtuose  a  marqué  l'exécution 
d'un  cachet  si  personnel;   pour  la  pianiste,  le 

(i)   Voir  le    Guide    Musical  du  4  février   1894,   pages 
3[.i32. 


concerto  n"  4  de  Saint-Saëns,  et  l'obligée  Fan- 
taisie hongroise  de  Liszt,  où  Mme  Marx  a 
montré  une  main  gauche  extraordinaire  de 
vigueur  et  d'égalité.  L'excellente  pianiste  a 
joué  seule,  en  supplément,  la  grande  Polonaise 
de  Chopin;  quant  à  Sarasate,  s'il  avait  satisfait 
aux  vœux  du  public,  bruyamment  manifestés, 
tout  son  répertoire  y  eût  peut-être  passé.  Sans 
aller  jusque-là,  il  s'est  montré  d'une  rare  lar- 
gesse en  exécutant,  de  délicieuse  façon,  un 
NoclJtrne  de  Chopin  et,  avec  la  puissante 
coloration  qu'il  met  dans  les  choses  de  son 
pays,  une  fantaisie  espagnole  d'un  pittoresque 
très  savoureux. 

M.  Cossira  était  chargé  de  maintenir  les  tra- 
ditions —  combien  démodées  !  —  des  concerts 
de  l'Association,  en  chantant  un  air  d'He'ro- 
diade,  qui  n'a  pas  précisément  éveillé  chez 
l'auditoire  le  désir  d'entendre  à  nouveau  dans 
son  entier  l'opéra  de  M.  Massenet. 

La  préparation  du  concert  du  21  avril  n'aura 
pas  demandé  beaucoup  de  peine  au  chef 
d'orchestre,  M.  Flon,  qui  s'est  sans  doute  cru 
des  droits  à  quelque  repos  après  les  fatigues 
que  lui  ont  coûtées  les  études  de  Tristan  et 
Iseult.  L'orchestre,  qui  a  mis  à  accompagner 
les  virtuoses  de  l'archet  et  du  clavier  une  hési- 
tation d'attaques  et  de  rythmes  parfois  bien 
déconcertante,  ne  s'est  produit  seul  que  dans 
l'ouverture  de  Charlotte  Corday  de  Benoit; 
exécution  très  carrée,  à  oppositions  violentes  et 
brutales,  de  cette  page  haute  en  couleur, 
qui  ne  réclame  d'ailleurs  pas  de  bien  fines 
nuances.  J.  Br. 

On  a  très  vivement  applaudi  et  en  toute 
justice,  dimanche  dernier,  deux  petits  chœurs 
charmants  de  notre  collaborateur  et  ami  Ernest 
Closson  {Nénuphar  et  le  Mois  de  mai),  exécutés 
sous  sa  direction,  au  concert  d'ailleurs  très 
réussi  donné  à  la  Grande  Harmonie,  au  profit 
des  colonies  scolaires  de  Saint- Gilles.  Le 
Mois  de  mai  est  une  simple  harmonisation 
du  chant  de  quête  champenois  publié  par 
M .  J .  Tiersot,  mais  cette  harmonisation  est 
faite  avec  beaucoup  de  tact  et  de  goût;  le 
Nénuphar  est  une  composition  originale  très 
délicate,  d'une  jolie  sonorité  et  qui  se  termine 
d'une  façon  très  poétique.  Un  groupe  char- 
mant de  dames  du  monde  a  chanté  encore 
d'autres  compositions,  notamment  Sur  la  mer 
de  d'Indy  et  un  chœur  d'Hélène  d'Ernest 
Chausson,  de  sonorité  très  fine,  et,  qui  ont  été 
très  goûtés.  M.  Crickboom,  l'excellent  violo- 
niste, l'Ysaye  H,  a  été  simplement  étourdissant 
dans  Légende  et  Polonaise  de  Wieniawsky,  et 


418 


LE  GUIDE  MUSICAL 


MP"  Jeanne  De  Vigne  a  dit  d'une  belle  voix  et 
avec  un  style  intense  l'air  de  Samson  de  Saint- 
Saëns.  Comment  une  pareille  artiste  n'est-elle 
pas  au  théâtre  de  la  Monnaie?  M.  K. 

A  l'unanimité  des  voix,  le  prix  du  concours 
de  composition  institué  par  la  maison  Schott  a 
été  accordé  à  la  partition  portant  le  numéro 
d'ordre  77  et  ayant  pour  devise  Alléluia. 
L'auteur  de  la  Marche  primée  est  M.  Martin 
Lunssens,  de  Bruxelles,  lauréat  du  concours 
de  Rome  (2^  grand  prix  en  i8g3). 

Le  jury,  reconnaissant  en  outre  la  grande 
valeur  de  quelques  partitions,  croit  pouvoir 
proposer  la  classification  suivante  : 

Une  première  mention  aux  numéros  4, 
ayant  pour  devise  Anibiorix,  et  61,  ayant  pour 
devise  Artis  proprium  est  creare  et  gignere  ; 

Une  deuxième  mention  au  numéro  27,  ayant 
pour  devise  A  u  progrès  de  l'art;  enfin,  une 
troisième  mention  aux  numéros  62,  ayant  pour 
devise  Deo  et^  Patria,  et  56,  ayant  pour  devise 
Où  peut-on  être  mieux? 

Toutes  ces  décisions  ont  été  prises  à  l'unani- 
mité des  voix,  par  le  jury,  qui  était  composé 
de  MM.  Peter  Benoit,  directeur  de  l'Ecole  de 
musique  d'Anvers,  président;  MM.  C.  Bender, 
chef  de  musique  des  grenadiers,  inspecteur  des 
musiques  militaires  du  royaume;  Gurickx, 
professeur  au  Conservatoire  royal  de  Bruxelles  ; 
Balthasar- Florence,  professeur,  à  Namur,  et 
Léopold  Wallner,  professeur,  à  Bruxelles, 
membres.  La  partition  de  M.  Lunssens  sera 
jouée  le  jour  de  l'inauguration  de  l'Exposition 
d'Anvers. 

Bonne  nouvelle  :  Le  théâtre  de  la  Monnaie 
montera  Samson  et  Dalila  au  commencement 
de  la  prochaine  saison.  Afin  d'avancer  les 
études,  les  chœurs  vont  se  mettre  au  travail 
jusqu'à  la  clôture  théâtrale,  et  il  ne  serait  pas 
impossible  que  M.  Saint-Saëns  vînt  en  octobre 
à  Bruxelles,  pour  assister  aux  dernières  répéti- 
tions de  son  œuvre. 

Mme  Théroine-Mège,  qui  s'est  fait  entendre 
l'an  dernier  avec  grand  succès  au  Cercle  des 
XX^i  donnera  une  soirée  musicale  le  vendredi 
4  mai,  à  8  1/2  heures  du  soir,  dans  la  Salle  de 
la  Grande- Harmonie,  avec  le  concours  de  M"<= 
Maria  Michaux. 

L'ouverture  des  concerts  du  Waux-Hall, 
aura  lieu  le  5  mai,  sous  la  direction  de 
MM.  Lapon  et  Léon  Dubois. 


CORRESPONDA  NCES 

AMSTERDAM.   —    L'Opéra- Français   de 
La  Haye  vient  de   monter  le  Vaisseau-Fan- 


i 
i 


tome  de  Wagner  dans  d'excellentes  conditions. 
M.  Mertens  a  prouvé  une  fois  de  plus  qu'il  est  un 
directeur  habile,  doublé  d'un  excellent  musicien. 
Il  a  tiré  de  son  orchestre  tout  ce  qu'il  était 
possible  d'en  faire.  Les  chœurs  aussi  avaient  fait 
des  études  sérieuses;  mais,  néanmoins,  ils  ont 
laissé  à  désirer.  Parmi  les  solistes,  c'est  M""  Ba- 
rety  (Senta)  qui  a  remporté  la  palme,  et  elle  a 
rempli  ce  rôle  avec  une  conviction  profonde;  la 
comédienne  n'est  pas  moins  admirable  que  la 
chanteuse.  M™°  Barety  est  une  artiste  dramatique 
dans  toute  l'acception  du  mot.  Quant  à  M.  Bar- 
thini  (le  Hollandais),  il  a  eu  de  bons  moments,  de 
même  que  M.  van  Loo  (Erik),  auquel  on  peut 
reprocher  quelque  excès  de  zèle.  M°^  Tony 
(Mony)  a  fait  bonne  figure  et  M.  Darras  (Daland) 
a  fait  de  son  mieux.  La  pièce  a  été  montée  avec 
beaucoup  de  soins  sous  le  rapport  des  décors  et 
de  la  mise  en  scène,  et  il  y  a  même  un  vaisseau 
en  mouvement,  qui  a  été  un  des  clous  de  la  soirée. 
Le  réalisme  est  si  grand,  écrit  le  journal  le  Vadey- 
land,  de  La  Haye,  que  deux  artistes,  qui  doivent  se 
trouver  sur  le  vaisseau  pendant  tout  le  premiei 
acte,  MM.  Darras  et  Desler,  ont  éprouvé  absolu^ 
ment  la  sensation  du  mal  de  mer. 

Prochainement,    M.   Mertens  fera    représentai 
un    ballet    d'un  jeune    auteur  belge,    M.    Emile 
Agniez,   encore  inconnu   en   Hollande.   Nous 
rendrons  compte  en  temps  et  lieu. 

A  Amsterdam,  rOpéra-Néerlandais,  qui  va  quit- 
ter le  théâtre  du  Parc  pour  s'établir  au  palais  de 
l'Industrie,  vient  de  donner  les  RanUau  de  Masca- 
gni.  Mais  il  ne  paraît  pas  devoir  se  féliciter  d( 
cette  tentative,  car  l'ouvrage  n'a  pas  réussi.  L'exé 
cution,  il  est  vrai,  a  été  au-dessous  du  médiocre 
Chaque  lois  que  j'assiste  à  une  représentation  d( 
rOpéra-Néerlandais,  tel  qu'il  est  composé  mainte 
nant,  je  me  demande  comment  ce  théâtre  a  pu  par- 
venir à  se  soutenir  pendant  tant  d'années  avec 
une  gestion  pareille  ! 

Le  neuvième  et  dernier  concert  Beethoven,  qu( 
M.  Kes  a  donné  au  Concertgebouw,  a  beaucoup 
moins  réussi  que  les  huit  concerts  précédents. 
L'exécution  de  la  NeuvièmeSymphonieWa.  pas  donné 
tout  ce  que  l'on  avait  le  droit  d'attendre  delà  direc- 
tion de  M.  Willem  Kes.  Les  chœurs  n'étaient  pas 
assez  nombreux,  l'orchestre  était  moins  parfait 
qu'à  l'ordinaire  et  la  conception  générale  de  cette 
œuvre  immortelle  a  été  froide  et  vierge  d'émo- 
tion. Cependant,  il  y  a  des  choses  à  louer;  le 
scherzo  surtout  a  été  crânement  enlevé.  Les 
solistes.  M"''-'*  Schauseil,  de  Dusseldorf,  Speet, 
MM,  Rogmans  et  Spoel,  d'Amsterdam, se  sont  ho- 
norablement acquittés  de  leur  tâche  aussi  ingrate 
que  difficile.  En  dehors  de  la  Nciivicme,  le  pro- 
gramme de  ce  concert  se  composait  de  l'ouverture 
deLéoHore  i\°  3  et  du  cinquième  concert  pour  piano 
et  orchestre,  magistralement  joué  par  M.  Rôntgen. 

Au  dernier  concert  philharmonique,  se  sont  fait 
entendre  deux  artistes  néerlandais  domiciliés  à 
Francfort,  le  pianiste  Jakob  Kwast,  professeur  au 
Conservatoire  de  Francfort,  et  le  chanteur  Antoine 


LE  GUIDE  MUSICAL 


419 


van  Rooy.  M.  Kwast,  un  ancien  élève  de  Brassin, 
est  un  pianiste  très  remarquable,  un  excellen- 
tissime  musicien,  mais  il  aie  tort  de  composer  des 
concertos  et  le  tort  plus  grand  encore  de  les 
jouer.  M.  van  Rooy  est  un  chanteur  de  talent, 
doué  d'une  belle  voix  et  qui  a  chanté  Dichterliebe^ 
cet  admirable  cycle  de  Schumann,  avec  une  ex- 
pression et  un  sentiment  vraiment  poétiques;  il  a 
été  accompagné  dans  la  perfection  par  M  Kes, 
qui  est  un  accompagnateur  incomparable. 

La  célèbre  M"*-'  Leisinger,  de  Berlin,  a  de  nou- 
veau trouvé  moyen  de  nous  faire  faux  bond.  Elle 
devait  chanter  au  concert  de  la  Société  pour  l'en- 
couragement de  l'art  musical,  et  c'est  M""  Otter- 
man,  de  Dresde,  qui  l'a  remplacée  au  pied  levé 
dans  la  Création  de  Haydn.  Cette  partition  admi- 
rable, où  l'inspiration  ne  faiblit  jamais,  qui  grandit 
toujours  jusqu'à  la  péroraison,  a  été  rendue  d'une 
manière  très  satisfaisante;  les  solistes  surtout  mé- 
ritent nos  éloges  les  plus  sincères.  En  premier 
lieu,  notre  éminent  baryton  Messchaert  s'est  sur- 
passé et  a  chanté  avec  une  rare  perfection.  M'^'^Ot- 
termann,  avec  sa  voix  hannonieuse,  l'a  parfaite- 
ment secondé;  sans  égaler  les  deux  artistes  que  je 
viens  de  nommer,  le  ténor  Rogmans  a  eu  sa 
grande  part  dans  la  belle  exécution  de  l'œuvre.  Les 
chœurs  se  sont  fort  bien  comportés,  mais  l'or- 
chestre a  joué  avec  une  grande  négligence,  sous 
la  direction  de  plus  en  plus  nerveuse  de  M,  Rônt- 
gen.  L'auditoire  a  paru  ravi,  heureux  d'entendre 
cette  musique  si  fraîche  et  si  pleine  d'inspiration 
mélodique. 

Votre  compatriote  le  violoniste  Ysaye  a  eu  un 
grand  succès  au  concert  de  l'Association  des 
artistes-musiciens,  à  La  Haye,  où  M.  Kes  dirigeait 
pour  la  première  fois  en  remplacement  de  M.  Ni- 
colaï,  qui  paraît  fort  souffrant  en  ce  moment.  Ce 
début  à  La  Haye  a  été  pour  M.  Kes  un  nouveau 
triomphe;  il  a  été  acclamé. 

Le  Wagner-Verein  nous  promet  des  fragments 
de  Parsifal  pour  le  prochain  concert. 

Le  conseil  communal  de  La  Haye  vient  d'accor- 
der de  nouveau  la  direction  du  Théâtre-Français 
à  M.  Joseph  Mertens  pour  trois  années.  On  ne 
peut  qu'applaudir  des  deux  mains  à  cette  décision. 

Intérim. 

P.  S.  —  Pierrot  trahi,  le  ballet  de  M.  Agniez,  a  été 
reçu  avec  bienveillance  par  le  public  de  La  Haye. 
C'est  une  partition  aimable,  un  peu  maniérée  pour 
le  cachet  du  scénario.  Sans  briller  par  l'originalité, 
la  musique  de  M  Agniez  évite  la  banalité,  ce  qui 
est  un  mérite,  et  elle  est  écrite  par  un  musicien 
qui  connaît  son  métier,  ce  qui  n'est  pas  étonnant 
pour  un  professeur  de  conservatoire. 

Du  moment  que  M.  Mertens  se  met  à  représenter 
des  ballets  de  ses  compatriotes,  nous  espérons 
qu'il  nous  fera  entendre  Milenka  de  Jan  Blockx, 
une  partition  ravissante,  et  Pierrot  macabre  de  Lan- 
ciani,  beaucoup   moins  important,  mais  spirituel. 

Intérim. 


rONDRES.  —  M.  Félix  Mottl  est  venu 
j  diriger,  au  Queen's  Hall,  un  concert  composé 
uniquement  d'œuvres  wagnériennes.  Jamais  salle 
de  concert  n'a  contenu  autant  de  personnes  dans 
un  tel  recueillement.  Bayreuth  s'est  trouvé,  pen- 
dant quelques  heures,  transporté  Régent  street.  A 
tous  les  rangs,  des  toilettes  luxueuses;  à  toutes  les 
places,  l'habit  noir.  Il  est  vrai  de  dire  que  l'organi- 
sateur, M.  A.  Schulz-Curtins,  agent  des  Bayreuth- 
Festivals,  avait  bien  fait  les  choses.  M.  Mottl  avait 
sous  la  main  un  orchestre  d'élite,  dont  les  musi- 
ciens avaient  été  recrutés  et  choisis  parmi  les 
meilleures  «  bands  »  anglaises  et  formaient  un  en- 
semble parfait. 

Après  Richter,  il  semblait  un  peu  téméraire  de 
se  hasarder  au  sein  de  ces  auditeurs  rebelles  à 
tout  ce  qui  est  nouveau.  Venir  s'implanter  chez  les 
Anglais  n'est  guère  chose  facile  ;  c'est  pourtant  ce 
qu'a  fait  l'excellent  Capellmeister  de  Carlsruhe.  Il 
a  conquis  son  public,  qui  s'est  trouvé  fasciné  dès 
le  début. 

Au  programme,  nous  avions  :  les  ouvertures  de 
Riemi,  du  Tannhmtser,  les  préludes  de  Lohengrin, 
de  Tristan  et  Iseidt,  des  Maîtres  Chanteurs,  de  Parsi- 
fal, en&n\a.  chevauchée  de  la  Walkyrie  et  la  marche 
funèbre  du  Gôtterdammerung.  N'y  avait  il  pas  là 
matière  pour  plus  d'un  concert.  Le  public  ne  s'est 
pourtant  nullement  plaint,  et  a  prodigué  aux  exé- 
cutants, et  surtout  à  leur  chef,  ovation  sur  ovation. 

M.  Mottl,  ravi,  compte  nous  revenir  le  22  mai. 

Au  troisième  concert  delà  Philarmonic  Society, 
M.  SapellnikoÉf  avait  attiré  une  afïluence  peu 
ordinaire.  II  a  joué,  avec  le  talent  qu'on  lui  con- 
naît, le  Concerto  de  Schumann.  Dans  le  finale,  il  a 
révélé  un  sentiment  passionnel  peut-être  exagéré, 
que  ne  comporte  guère  cette  composition  délicate 
et  poétique.  Rappelé  et  bissé,  il  a  joué  son  mor- 
ceau favori,  une  Rapsodie  de  Liszt.  A.  L. 

MARSEILLE.  —  Enfin,  après  trois  mois 
d'études,  d'atermoiements  et  de  tiraille- 
ments, détails  d'intérieur  sur  lesquels  je  passe, 
l'opéra  de  Taï-Tsoung  a  pu  voir  le  jour  le  12  cou- 
rant. L'auteur,  vous  le  connaissez  de  réputation, 
c'est  M.  Emile  Guimet,  riche  industriel,  mécène 
intelligent  et  généreux,  savant,  artiste,  voyageur, 
créateur  et  donateur  du  fameux  musée  «  des  Reli- 
gions ».  Tourmenté  à  son  tour  du  démon  de  la 
composition  et  rassuré  sans  doute  sur  les  satisfac- 
tions que  son  état  de  fortune  lui  procurerait  aussi 
dans  cette  partie-là,  M.  Guimet,  comme  un  simple 
prix  de  Rome,  s'est  attelé  à  l'édification  d'un 
opéra;  mais,  autrement  qu'un  prix  de  Rome,  il  a 
trouvé  un  théâtre,  a  pu  s'entendre,  se  faire 
jouer,  et  récolter  des  applaudissements,  voire  un 
rappel.  Ah!  il  y  a  des  gens  heureux  en  ce  monde! 
Notre  musicien  a  choisi  pour  sujet  de  sa  pièce  un 
certain  Taï-Tsoung,  empereur  chinois  au  vii=  siè- 
cle de  notre  ère,  rencontré  au  cours  de  ses  travaux 
sur  l'histoire  des  Célestes.  Ce...  Non,  tenez, 
voulez- vous?  nous  allons  périphraser  et  renoncer 


420 


LE  aXJIDE  MUSICAL 


une  bonne  fois  à  ces  vocables  exotiques.  Je  manque 
sans  doute  de  l'entraînement  nécessaire,  mais  ces 
connaissances  là  me  paraissent  aux  antipodes  de 
ce  que  nous  appelons  l'harmonie,  et  je  ne  puis 
sans  grincer  des  dents  et  de  la  plume  me  résoudre 
à  les  écrire.  Donc  cet  empereur  était  une  manière 
de  brave  homme  et  même  d'homme  supérieur, 
qu'on  ne  s'attendait  guère  à  trouver  là-bas,  et 
qui,  vu  ses  mérites  nombreux,  tranche  si  complè- 
tement sur  ses  «  frères  n  et  ses  «  cousins  »  de  tous 
les  temps  et  de  tous  les  lieux,  qu'il  méritait  vrai- 
ment d'être  glorifié  dans  les  siècles  des  siècles 
par  la  poésie  et  la  musique.  M.Guimet  a  intéressé 
à  la  cause  de  son  prince  un  littérateur  parisien, 
M.  d'Hervilly,  et  à  eux  deux  ils  ont  mis  sur  pied 
un  opéra  fort  présentable,  aussi  intéressant,  aussi 
bien  charpenté  et  machiné  qu'un  autre,  ne  regar- 
dant certes  ni  à  la  matière,  ni  à  l'ouvrage.  Il  n'y  a, 
en  effet,  pas  moins  de  cinq  heures  bien  comptées  de 
musique,  et  56o  pages  de  papier  réglé  dans  cette 
partition.  Mais  tout  cela  se  tassera  à  la  longue, les 
scories,  les  lourdeurs  et  les  crasses,  précipitées  et 
éliminées,  laisseront  briller  en  leur  limpidité  les 
parties  valables  de  l'œuvre,  pour  le  plus  grand 
profit  de  l'auditeur  et  de  l'auteur. 

Au  lever  du  rideau,  l'armée  de  l'empereur  est  en 
déroute.  Son  général  s'est  laissé  battre  par  les 
ennemis,  et  la  chose  n'est  pas  riante  pour  lui,  car, 
suivant  la  loi,  une  défaite,  c'est  la  mort.  Cependant, 
ignorant  le  malheur  qui  les  menace,  son  fils, 
apprenti  mandarin, courtise  la  charmante  fille  d'un 
gros  fonctionnaire.  Celui-ci,  créature  du  général, 
craignant  d'être  entraîné  dans  la  disgrâce,  ne  voit 
pas  d'autre  issue  à  l'aventure  que  de  faire  l'of- 
frande de  sa  fille  à  l'empereur.  Troisième  tableau  : 
scènes  pittoresques  sur  la  place  publique,  chœur, 
retraite  militaire,  ballet  des  lettrés,  puis  dégrada 
tion  du  coupable.  Mais,  au  moment  où  celui-ci  doit 
marcher  à  la  mort,  son  fils  s'offre  à  le  remplacer  et 
à  mourir  à  sa  place.  Ce  qui,  après  débat,  est  ac- 
cepté. Quatrième  tableau  :  le  harem  du  prince. 
Celui-ci  rentre  d'une  longue  absence  et  n'est  guère 
au  courant  des  choses  de  son  palais,  ni  de  la 
façon  dont  se  préparent  ses  plaisirs,  car,  à  la  vue 
de  tous  ces  visages  où  la  tristesse  contraste 
fâcheusement  avec  les  charmes  de  la  jeunesse,  il 
licencie  tout  le  monde,  y  compris  la  dernière 
venue.  Cinquième  tableau  :  prison.  L'empereur 
survient  au  milieu  des  criminels  et  des  captifs,  et 
leur  annonce  que,  l'agriculture  manquant  de 
bras,  —  déjà,  et  même  en  Chine!  —  et  la  ré- 
colte, pour  ce,  étant  compromise,  ils  aient  à  porter 
leur  aide  aux  cultivateurs,  quitte,  sous  la  foi  du 
serment,  à  venir  reprendre  leurs  liens,  une  fois 
les  travaux  terminés.  Sixième  tableau  :  un  site 
sauvage  dans  les  montagnes,  beau  décor  de  Rubé 
et  Chaperon.  Le  père  et  le  fils  malheureux  se 
retrouvent,  et,  dans  une  scène  qui  pourrait  être 
shakespearienne,  cheichent  la  place  convenable 
de  leur  tombeau.  La  jeune  fille  survient,  implore 
le  père,  qui,  connaissant  enfin  l'amour  des  jeunes 
gens,  revendique    définitivement  son    droit  à  la 


mort.  Enfin,  quand  réunis  sur  la  place  publique, 
les  condamnés  vont  subir  leur  sort,  une  cloche  se 
fait  entendre.  C'est  un  signal  sacré,  qu'a  placé  à  la 
porte  de  son  palais  l'empereur  lui-même,  prenant 
l'engagement  d'écouter  toujours  l'infortuné  qui, 
sans  appui,  ferait  ainsi  appel  à  la  bonté  souve 
raine  La  jeune  fille  se  fait  connaître,  réclame 
son  fiancé  et  la  grâce  du  serviteur  malheureux. 
L'empereur,  lié  par  son  serment,  pardonne  à  tout 
le  monde  et  prouve  ainsi  sa  magnanimité  et  ses 
vertus. 

Cette  analyse  succincte  néglige  forcément  bien 
des  détails,  des  épisodes  caractéristiques  de  mœurs 
et  d'usages  locaux,  qui  donnent  beaucoup  d'ori- 
ginalité au  spectacle  et  à  la  pièce.  Passons  main- 
tenant à  la  musique. 

Sans  me  perdre  en  considérations  étendues  sur 
l'esthétique  de  l'opéra  en  général,  je  signalerai 
seulement  que,  suivant  en  ceci  un  procédé  usuel, 
l'auteur  s'est  servi,  pour  caractériser  le  lieu  et 
l'action  de  sa  pièce,  de  divers  motifs  authentiques, 
échantillons  de  la  musique  indigène,  venant  ap- 
porter l'accent  voulu  de  pittoresque,  de  réalisme 
à  l'ensemble  de  l'œuvre.  C'est  ce  qu'on  appelle  la 
couleur  locale,  et  l'on  sait  quelle  place  elle  prend 
certes  dans  l'art  moderne.  Qui  s'aviserait  d'en 
médire  serait  le  bien  reçu!  Le  moindre  défaut 
pourtant  de  ces  emprunts  est  de  créer  des  dispa- 
rates choquants  entre  la  composition  normale  de 
l'auteur  et  ces  éléments  étrangers,  le  plus  souvent 
infirmes  et  barbares,  appartenant  à  un  système 
musical  tout  différent  du  nôtre.  On  n'y  obvie  que 
par  une  altération,  une  déformation  nécessaire  de 
ces  éléments  étrangers,  en  vue  de  les  utiliser  pra- 
tiquement, de  les  traduire  en  un  langage  musical 
décent  et  intelligible.  Mais  alors,  que  devient  la 
valeur  d'origine  du  produit  ainsi  altéré?  Quoi  qu'il 
en  soit,  M.  Guimet  l'a  fait  ainsi,  et  c'est  justement, 
il  me  semble,  dans  un  de  ces  tours  de  force  qu'il  a 
le  plus  réussi. 

La  musique  de  M.  Guimet  appartient  à  l'art 
éclectique,  ou  plutôt,  —  car  je  n'aime  pas  ce  mot 
et  ce  qu'il  représente,  —  à  l'art  indépendant,  rai- 
sonnable et  tempéré,  qui  caractérise  notre  génie 
français  :  art,  il  faut  le  dire,  un  peu  de  reflet  et 
d'assimilation,  qui  ne  réussit  guère  les  grands 
coups  d'aile  et  n'aspire  aux  sommets  qu'en  désir 
et  en  projet,  mais  se  gare  aussi  des  aventures  et 
des  excès,  sait  imiter  avec  esprit,  utiliser  avec 
goût,  puiser  avec  discernement  à  toutes  les  éroles 
et  à  tous  les  systèmes,  et  donner  à  tout  cela  la 
forme,  l'unité,  le  style  qui  en  imposent  et  qui 
charment.  Airs,  récit,  déclamation,  ensembles,  à 
une  ou  plusieurs  voix,  se  trouvent  tour  à  tour,  chez 
M.Guimet,  employés  judicieusement,  suivant  l'op- 
portunité et  les  besoins  de  l'action,  reliée,  fondue 
par  cette  solidité  et  cette  aisance  de  facture  qui 
donnent  à  l'œuvre  la  consistance  et  l'éloquence,  et 
qu'on  est  tout  étonné  de  trouver  dans  l'œuvre  d'un 
amateur. 

Non,  ce  n'est  pas  là  de  la  musique  d'un  ama- 
teur;   c'est    un  art  de  professionnel  éprouvé  et 


LE  GUIDE  MUSICAL 


421 


chevronné,  et  l'on  se  demande  par  quelle  faculté 
merveilleuse  M.  Guimet  se  montre  tel  à  nous.  Dé- 
veloppement et  traitement  des  thèmes,  peu  aisés, 
contexture  substantielle  des  parties,  aux  voix  et  à 
l'orchestre,  appropriation  exacte  de  la  forme  aux 
nécessités  de  l'action  dramatique,  «  écriture  « 
élégante  et  savante,  tout  s'y  trouve  et  satisfait  le 
lecteur  comme  l'auditeur.  Taï-Tsoting  serait-il  donc 
un  chef-d'œuvre?  Et  qui  fait  des  chefs-d'œuvre?  Il 
leur  manque,  à  lui  et  à  son  auteur,  ce  qui  manque 
à  notre  génération  épuisée,  venue  trop  tard  visiter 
le  beau  champ  où  la  glane  même  du  glaneur  a 
trouvé  depuis  longtemps  d'empressés,  d'affamés 
poursuivants;  il  manque,  ici  comme  partout, 
l'élément  premier  et  souverain  de  l'art,  l'inspira- 
tion, le  génie.  Il  faut  le  dire,  l'idée  mélodique  chez 
M.  Guimet  ne  se  présente  ni  facile,  ni  originale. 
Elle  me  parait  même,  comme  dans  tous  les  opéras 
modernes,  faiblir  d'autant  que  la  situation  est 
plus  forte  et  plus  dramatique.  En  revanche,  elle 
est  parfois  aimable  et  intéressante  dans  les  scènes 
de  demi-caractère,  les  épisodes.  A  ce  titre,  je 
signalerai  trois  morceaux  très  réussis  au  troisième 
tableau  comprenant  chœurs,  scènes  et  danses 
populaires.  C'est  là  que  se  trouve  l'apport  le  plus 
marquant  de  l'élément  musical  indigène,  sous 
forme  de  trois  petits  orchestres  d'instruments 
pseudo  primitifs  soufflant  chacun  un  air  informe 
et  grotesque.  Je  crois  bien  pourtant  que  ces  pro- 
duits exotiques  ne  nous  sont  pas  servis  sans 
apprêt,  à  y  voir  certaine  allure  «  canonique  »  à  la 
tierce,  certaine  basse  contrepointée,  artifices  de 
l'art  occidental,  probablement  tout  à  fait  ignorés 
des  Célestes.  Là-dessus  se  greffe  un  chœur  excel- 
lent, traité  de  main  de  maître,  sans  excès  ni  affec- 
tation de  science.  Il  en  est  de  même  d'un  des  airs 
de  ballet  très  bien  développé.  Dans  le  genre  sen- 
timental et  poétique,  je  citerai  l'air  de  la  jeune 
fille  désolée  au  milieu  du  harem,  qui  est  une  chose 
tout  à  fait  exquise  avec  son  accompagnement  en 
dessin  obstiné,  délicatement  murmuré  par  la  cla- 
rinette. Ces  trois  passages  sauveraient  peut-être 
l'opéra  en  question  d'être  une  quantité  négligeable 
dans  l'art;  mais,  combien  l'auteur  devrait  se  répé- 
ter le  conseil  du  poète  et  combien  de  fois  sur  le 
métier  il  lui  faudrait  remettre  l'ouvrage!... 

L'opéra  est  magnifiquement  monté.  M.  Guimet, 
de  toute  façon,  a  soigné  la  venue  au  monde  de  son 
enfant,  et  il  a  grandement  fait  les  choses,  jusqu'à 
six  décors  neufs,  œuvre  d'un  bon  faiseur  parisien, 
et  qui  changent  nos  yeux  des  loques  sordides  et 
grotesques  qui  font  notre  ordinaire. 

L'exécution  est  très  convenable,  comme  cela 
arrive  presque  toujours  pour  les  «  créations  »,  dans 
lesquelles  les  artistes,  libérés  des  comparaisons 
et  des  souvenirs  qui  les  écrasent,  peuvent  donner 
librement  leurs  moyens.  La  première  place  revient 
sans  conteste  à  M°"  Vachot,  qui,  sortant  de  son 
genre,  s'est  révélée  chanteuse  dramatique  de  pre- 
mier rang.  C'a  été  un  étonnement  et  aussi  un  ravis- 
sement. Les  autres  sont  simplement  convenables. 
C'a  été  aussi  un  étonnement.  Je  ne  cite  personne, 


de  peur  que  quelque  prote  ou  correcteur  bienveil- 
lant ne  vienne  d'un  coup  de  pouce  amical  trans- 
former en  superlatif  glorieux  le  modeste  positif 
que  j'écrirais  tout  juste.  Enfin,  je  vous  dirai  pro- 
chainement la  fortune  qu'aura  eu  le  nouvel  opéra, 
et  je  finirai,  suivant  la  formule,  par  une  félicita 
tion  à  tous  sur  cette  «  heureuse  tentative  de  décen 
tralisation  artistique  n. 

Le  conseil  municipal  vient  de  nommer  pour 
trois  ans  directeur  de  notre  première  scène 
M.  Mobisson,  qui  a  été,  dit-on,  secrétaire  à 
l'Opéra.  Un  inconnu  ;  mais  bah!  avec  ce  que  nous 
savons  des  connus,  nous  sommes  rassurés,  les 
choses  n'empireront  pas. 

STRASBOURG.  —  Un  public  distingué  a 
sanctionné,  dimanche  dernier,  par  ses  plus 
chaleureux  bravos,  les  débuts  aux  séances  de 
l'Eméritat,  si  justement  recherchées,  de  trois 
jeunes  artistes,  M"""^  Marguerite  Kuntz,  cantatrice, 
élève  de  M™'  Rucquoy;  Juliette  Mosser,  pianiste, 
élève  de  M.  Oberdœrffer,  et  M.  Fritz  Abry.fliitiste, 
élève  de  M.  Rucquoy. 

M"'  Kuntz,  dont  la  voix  d'alto  est  devenue  si 
expressive,  a  chanté  avec  infiniment  de  goût  plu- 
sieurs Lieder  et  l'air  de  la  coupe  de  Galathce. 

M"»  Mosser,  qui  montre  du  tempérament,  a  le 
jeu  très  souple,  brillant  et  perlé;  elle  a  fait  valoir 
ses  qualités  de  soliste  dans  la  Berceuse  de  Chopin, 
le  Coucou  de  Daquin-Diemer,  et  Causerie  sous  bois 
de  Raoul  Pugno.Avec  M.  Fritz  Abry,un  des  plus 
remarquables  flûtistes  que  M.  Rucquoy  a  formés, 
ce  qui  n'est  pas  peu  dire.  M"'  Mosser  a  exécuté 
les  grandes  variations  op.  160  de  Schubert,  dans 
lesquelles  le  piano  et  la  flûte  ont  constamment  à 
rivaliser  de  virtuosité.  Pianiste  et  flûtiste  se  sont 
magistralement  acquittés  de  leur  tâche. 

Raoul  Koczalski,  le  tout  jeune  pianiste  de  Var- 
sovie qui  s'est  fait  entendre  samedi  dernier  à  VAu- 
hette,  est  réellement  le  virtuose  phénomène  qu'on 
avait  dit.  Ce  que  ce  soliste  de  neuf  ans  accomplit 
au  piano  tient  vraiment  du  prodige.  Et  ce  n'est  pas 
seulement  un  simple  mécanicien  du  clavier  qu'il 
nous  présente,  mais  aussi  un  musicien  intelligent 
Son  succès  a  été  tel  qu'il  lui  a  fallu  se  décider  à 
donner  un  second  concert. 


VERVIERS.  —  Concert  de  l'Ecole  de  mu- 
sique :  —  L'événement  le  plus  important  de 
notre  saison  artistique,  et  un  des  plus  beaux  con- 
certs que  nous  ayons  entendus  depuis  longtemps. 
Inutile, je  crois,  de  refaire  l'éloge  de  notre  Ecole  : 
elle  peut  être  mise  au  premier  rang  des  écoles  du 
pays,  et,  grâce  à  son  directeur  L.  Kefer,  elle  gran- 
dit chaque  année. 

Tous  ses  éléments  étaient  réunis  pour  exécuter 
la  Kinder-Cantate  de  Peter  Benoit,  qui  était  venu 
entendre  son  œuvre.  II  a  pu  constater  que  les 
petits  Wallons  comprenaient  aussi  bien  que  les 
petits  Flamands   les    choses    simples,    fortes    et 


422 


LE  GUIDE  MUSICAL 


vivantes  qu'il  avait  écrites  pour  les  générations 
futures  de  son  pays.  Ces  chœurs  d'enfants  étaient 
superbes  d'entrain,  de  justesse  et  d'aplomb. 

On  a  été  heureux  d'applaudir  comme  un  maître 
un  artiste  belge  qui  nous  donnait  une  si  pure  et  si 
saine  jouissance  artistique. 

Peter  Benoit  a  dirigé  lui-même  son  ouverture 
de  Charlotte  Corday,  où  l'éclat  de  la  couleur  et  l'em- 
ploi si  dramatique  de  la  Marseillaise  font  oublier 
une  certaine  absence  de  profondeur  —  autorisée 
d'ailleurs  par  la  conception  extérieure  du  sujet. 

Je  vous  répète  tous  les  ans  que  notre  orchestre 
gagne  en  brio,  en  finesse,  et  netteté  et  devient  un 
merveilleux  instrument.  J'ajoute  aujourd'hui  que 
cet  instrument  est  entre  les  mains  d'un  artiste  qui 
lui  fait  exprimer  toujours  plus  profondément  et 
plus  adéquatement  tout  ce  que  l'art  a  de  plus 
élevé.  La  5<=  symphonie  de  Beethoven  n'eût  pas 
pu  être  plus  héroïquement  et  plus  sévèrement 
dramatisée,  le  Carnaval  romain  de  Berlioz,  plus 
finement  et  énergiquement  rendu,  ni  le  prélude  de 
Tristan  plus  senti,  dans  sa  mortelle  intensité. 

On  a  entendu  quelques-uns  des  lauréats  de 
l'année  :  MM.    Paulus  (violon,    médaille  de  ver- 


meil) et  N.  Lejeune  (alto,  médaille  d'argent),  dont 
les  mérites  intéressent  à  divers  titres. 

M.  Longtain  (baryton,  i"  prix),  a  encore  quel- 
ques progrès  à  faire  au  point  de  vue  de  la  sûreté 
de  la  voix.  Mais  on  lui  pardonne  bien  volontiers 
cette  imperfection  qui  disparaîtra,  quand  on  jouit 
de  sa  sincérité  et  du  grand  effort  qu'il  fait  pour 
s'assimiler  le  sens  de  ce  qu'il  interprète.  Dans 
l'air  du  Hollandais,  du  Vaisseau-Fantôme,  il  com- 
prenait et  faisait  très  bien  sentir  le  sombre  déses- 
poir de  l'isolé,  dont  le  doute  et  la  douleur  aveugles 
torturent  celle  qui  croit  en  lui. 

A  M"''  Delgoffe  (contralto,  médaille  d'argent', 
on  pourrait  faire  la  même  observaiion.  Quand  elle 
sera  complètement  sûre  de  sa  voix,  elle  interpré- 
tera admirablement  la  musique  passionnée  de 
Wagner.  Dans  le  duo  de  Lohengrin  (M'ii^^  Delgoffe 
et  Lamboray)  M"°  Lamboray,  médaille  de  vermeil) 
nous  a  charmés  par  la  pureté  de  sa  belle  voix.  Le 
rôle  doux  et  confiant  d'Eisa  est  fait  pour  elle.  Dans 
la  Mort  d'Isenlt  qu'elle  a  chantée  ensuite,  elle  faisait 
dominer  cette  note  de  joie  grave  et  sacrée,  là  où 
d'autres  eussent  peut-  être  mis  plus  de  passion  et  de 
fougue.  Mais  la  fin  d'Iseult,  vue  à  travers  ce  tem- 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 

CONCERTOS 


ARRANGES    POUR 


DEUX  PIANOS  A  QUATRE  MAINS 

ou     piano     et    or|ue 
par    CLEMENT    LORET 


P 

remière   série 

io 

I. 

en  si  bémol. 

J5 

2. 

en  sol  mineur. 

„ 

3. 

en  si  bémol. 

V 

4- 

en  fa. 

y 

5. 

en  si  bémol. 

r> 

6. 

en  sol  mineur. 

D 

euxième    série 

N°  7. 
.    8. 

en  la  majeur, 
en  si  bémol. 

r»      9. 

en  ré  mineur. 

»  10. 

en  sol  mineur, 
en  si  bémol. 

■r,\%. 

en  fa. 

Chaque  concerto,  net  4  francs. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


423 


pérament,  gardait  bien  son  caractère  de  grandeur 
religieusement  humaine. 

L'orchestre  accompagnait  ces  diverses  scènes 
de  Wagner  que  le  public  tout  entier  accueille 
maintenant  avec  enthousiasme. 


NOUVELLES  DIVERSES 

L.a.  season  de  Londres  sera,  cette  année,  par- 
ticulièrement brillante,  à  en  juger  par  le  pro- 
gramme de  sir  Augustus  Harris. 

Le  directeur  du  théâtre  royal  Drury  Lane 
et  du  Royal  Italian  Opéra  Covent-Garden 
compte  monter  seize  ouvrages  en  onze  semaines. 
Citons  :  la  Navarraise  de  Massenet,  Signa  de 
Cowen,  la  Damnation  de  Faust  de  Berlioz  et 
Sapko  de  Gounod. 

Trois  œuvres  nouvelles  seront  également 
données  sur  la  scène  de  Covent-Garden  ;  la  pre- 
mière sera  Manon  de  Puccini. 

La  deuxième  nouveauté  sera  V Attaque  du 


moulin  de  MM.  Zola  et  Bruneau;  ce  dernier 
ira  à  Londres  diriger  les  dernières  répétitions, 
et  M.  Emile  Zola  a  promis  à  sir  Augustus 
Harris  d'assister  à  la  première. 

L'orchestre  sera  alors  dirigé  par  M.  Flon,  de 
Bruxelles,  et  les  décors  brossés  par  M.  Caney. 

Enfin,  comme  troisième  nouveauté,  sir  Au- 
gustus Harris  offrira  aux  habitués  de  Covent- 
Garden  i^a/^^rt/f  (en  italien);  l'orchestre  sera 
dirigé  par  M.  Luigi  Mancinelli. 

BIBLIOGRAPHIE 


Charles  -  Quint  musicien,  par  Edm.  Vander 
Straeten.  Gand,  librairie  J.  Vuylsteke,  1894.  — 
Le  savant  historien  de  la  musique  aux  pays  fla- 
mands vient  de  réunir  en  cette  élégante  plaquette 
les  renseignements  qu'il  a  recueillis  et  mis  au  jour 
au  sujet  de  l'éducation  musicale  que  reçut  Charles- 
Quint  et  de  son  goût  pour  la  musique  On  sait, 
grâce  â  lui,  que  le  grand  empereur,  après  avoir 
appris  la  flûte  et  le  chant  dans  sa  jeunesse,  ne 
dédaignait  pas,  dans  l'âge  mûr,  de  toucher  de  l'épi- 


EN  VENTE  CHEZ 

BEEITKOPF  &,  HJEUTEL,  BHUXELLES 

45,     Montagne    de    la     Cour,     45 
GUI,  César.  Op.  5o.  Kaléidoscope.  Vingt-quatre  morceaux  pour 


violon  et  piano 
N°5  I.  Moment  intime.    N"^  5.  Berceuse 

2.  Dans  la  brume. 

3.  Musette. 

4.  Simple  chanson. 


6.  Notturino. 

7.  Intermezzo. 

8.  Cantabile. 


à  fr.  I  25 
N°^    9    Orientale. 

10.  Questions  et  réponses. 

11.  Arioso. 

12.  Perpetuum  mobile. 
90 


—  Tarantella  pour  violon  et  piano     .        .        .        .  »  i 

DVORACK.  Op.    94.    Rondo  pour  violoncelle  et   piano     .     net  »  5  — 
—            "Waldesruhe    «  Klid  «.  Adagio   pour  violoncelle 

et  piano   ..........     net  »   i  90 

GOLDMARK.  Ouverture  Sapho,  pour  piano  à  quatre  mains,  net  »  7  5o 
MATHIEU,  Emile.  Les  Bois,  chœur  pour  voix  d'enfants   avec 
accompagnement  de  piano,  chanté  par  les   élèves   des   écoles 

communales,  sous  la  direction  de  M.  Ch.  Watelle.  Partition     .  »  5  — 

Chaque  partie  »   i   — 


PIANOS  BECHSTEIN. 


PIANOS  BLUTHNER 


HARMONIUMS    ESTEY 


424 


LE  GUIDE  MUSICAL 


nette,  et  c'est  un  fait  historique  que,  lors  de  son 
couronnement  à  Bologne,  il  entonna  le  premier 
verset  de  l'Evangile  d'une  voix  claire  et  bien  tim- 
brée qui  fit  l'admiration  de  toute  la  cour.  M.  Van- 
der  Straeten  reproduit  dans  son  opuscule  le  texte 
musical  de  la  chanson  favorite  de  l'empereur. 
Mille  regrets,  qui  fut  mise  à  quatre  voix  par  Josquiu 
Deprés,  et  il  nous  donne  aussi  un  motet  à  quatre 
voix  attribué  au  prince  et  qui  date  de  l'époque  de 
sa  retraite  à  Saint  Just.  Curieuse  contribution  à 
l'histoire  de  la  musique  au  XYi'  siècle.       M.  K. 

^  L'éditeur  Belaiëff,  à  Leipzig,  a  publié  récem- 
ment quelques  recueils  de  musique  vocale  de 
compositeurs  russes,  avec  une  traduction  fran- 
çaise, originale  et  habile,  signée  Scrgennois.  Un 
recueil  de  trois  chœurs  a  capella  pour  voix  mixtes, 
de  Grodzki  (op.  ig^,  d'une  facture  fort  intéres- 
sante et  d'un  sentiment  très  délicat;  un  autre  fas- 
cicule de  cinq  chœurs  a  capella  pour  voix  d'hommes, 
signés  Sokolow  (op.  i5),  malheureusement  assez 
vulgaires,  quoique  bien  écrits.  Trois  cahiers  de 
mélodies  pour  chant  et  piano,  dont  un  de 
Stcherbatcheff  (six  mélodies,  op.  24),  celui  que 
quelqu'un  appelait  un  peu  témérairement  «  le 
Schumann  russe  »;  en  tous  cas,  les  mélodies 
susdites    ont  beaucoup    de   charme   et   d'inspira- 


tion et  se  distinguent  par  une  couleur  slave  très 
prononcée.  Les  deux  autres  recueils  (Félix 
Blumenfeld,  cinq  mélodies,  op.  5,  et  Sigis- 
mond  Blumenfeld,  cinq  mélodies,  op.  3),  ne 
portent  guère  cette  caractéristique  et  se  rap- 
prochent bien  plutôt  des  mélodies  allemandes  en 
ce  sens  que  le  soin  de  l'écriture  et  la  solidité  de 
leur  facture  ne  les  empêchent  pas  de  manquer 
d'originalité  et  de  recherche.  A  noter,  dans  le 
premier  de  ces  deux  cahiers  (Félix  Blumenfeld), 
un  air  d'assez  grande  allure.  Viens  â  moi,  et  deux 
ou  trois  autres  numéros  bien  venus;  dans  le 
second  (Sigismond  Blumenfeld),  //  ne  sait  plus  et 
Dieu  seul  est  grand,  d'un  sentiment  juste  et  d'une 
réelle  émotion.  E.  C. 

PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4.  rue  Latérale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 


MACKÂR  et  Î^OEL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

Propriétaires  des  œuvres  de  TschaikolVilky,  Gwttschaik,   Prudent,  Allitrd 
des   ^archives   du  piano   et   de  la   célèbre   Méthotle    de   piuuo    A.   Le   Carpentier 

Seuls  dépositaires  de  l'Bdition  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  musique  de  violon 

^^^^^^^^^^.^^^^^^^^^^ 

CEUVRES       POUR      ORCHESTRE 


Op.  48.  Sérénade  pour  instruments  à  cordes  : 

1°  Pièce  en  lorme  de  sonatine  ;  2»  Valse  ; 

3o  Elégie;  40  Finale  (thème  russe). 

Partition 80 

Parties  séparées 10    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     2     » 

Op.  49.  Ouverture  solennelle  : 

Partition 10     » 

Parties  séparées 20    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     r  5o 

Op.  53.  Deuxième  suite  d'orcùestre  : 

10  Jeu  des  sons  ;  2»  Valse;  3°  Scherzo  hu- 
moristique; 40  Rêves  d'enfant  50  Danse 
baroque,  style  Dargomijsky. 

Partition 25     » 

Parties  séparées 3o     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     3     » 

Op.  55.  Troisième  suite  d'orctiestre  : 

I»  Elégie  ;  20  Valse  mélancolique  ; 
30  Scherzo  ;  4"  Thème  avec  variations. 

Partitiion 3o    » 

Parties  séparées 35     » 

Parties  supplémentaires  cordes   chaque     3     » 

Op.  56.  Fantaisie  en  sol  majeur  pour   piano, 
dédiée  à  M""^  Essipoff. 

Partition 10    » 

Parties  séparées 20     » 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     3    » 

Op.  58.  Manfred,    symphonie   en   4    parties, 
d'après  Byroa  : 


Partition 40     » 

Parties  séparées 72     » 

Parties  supplémentaires  cordeE    chaque     4     •> 
Op.  61.  Mozartiana,  ^^  suite  d'orchestre  : 

N"  I  Gigue;  n»  2  Menuet;  no  3Preghiera; 
n.,  4  Thème  et  Variations 

Partition 10    » 

Parties  séparées 10     » 

Parties  supplémentaires  cordes     chaque     i  5o 
Op.  62.  Pezzo   Cappriccioso,   pour  violon- 
celle et  orchestre  : 

Partition 3    » 

Parties  séparées 6    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque     i  5o 
Op.  64.  Cinquième  symphonie,  en  mi  mineur  : 

Partition 35     » 

Parties  séparées 40     » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    3     » 
Op.  66.  La  Belle  au  Bois  dormant,  valse 
extraite  du  ballet  : 

Partition 5     » 

Parties  séparées 10     » 

Parties  supplémentaires i  5o 

—      La  même  pour  orchestre  de  bal,  par 
F.  Desgranges  ; 

Conducteur         i     » 

Parties  séparées 2    » 

Parties  supplémentaires  cordes    chaque    »  25 
(A  stiivri.) 


LE  GUIDE  MVSICÂL 


425 


Berlin 

Opéra-Impérial.  —  Du  22  au  29  avril  :  Falstaff.  Don 
Juan.  Les  Medici.  Bastien  et  Bastienne  et  Cavalleria 
rusticana.  Les  Noces  de  Figaro.  Falstaff  et  Carnaval. 
Noces  slaves  el  I  Pagliacci.  Les  Maîtres  Chanteurs. 

Théâtre    Friedrich    Wilhelmstadt.    —    L'Etudiant 
pauvre.  Le  Baron  des  Tziganes. 
Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  22  au  29  avril  ; 
Carmen.  Tristan  et  Iseult.  Richard  Cœur  de  Lion  et 
Cavalleria.  Orphée.  Tristan  et  Iseult  Lohengrin,  avec 
M.  Van  Dyck. 

Théâtre  des  Galeries.   —   Cousin  Cousine. 

Alcazar  royal.  —    Le   Mort. 

Concerts  populaires  (sous  la  direction  de  M.  J,  Du- 
pont.  —  Vendredi  11  mai,   à  8   h.,    au   théâtre  de   la 


Monnaie,  4*  concert  :  la  Damnation  de  Faust,  légende 
dramatique  d'Hector  Berlioz  :  Marguerite,  M°">  Au- 
guez  de  Montaland;   Faust.   M.   Demest;    Méphisto- 
phélès,  M.  Auguez;  Brander,  M.  Vandergoten. 
Dresde 

Opéra.  —  Du  22  au  29  avril  :  Ma:rtha.  Marga.  L'Enlè- 
vement au  sérail.  Hans  Heiling.  Lohengrin.  Les 
Joyeuses  Commères  de  'Windsor.  Le  Templier  et  la 
Juive. 

Paris 

Opéra  —  Du  23  au  28  avril  :  La  'Walkyrie.  Thaïs,  la 
Maladetta.  Faust.  Lohengrin. 

Opéra-Comique.  —  Du  22  au  28  avril  :  Richard 
Cœur  de  Lion,  les  Dragons  de  Villars.  Carmen  (soi- 
rée populaire).  Falstaff  Mireille,  Lalla  Roukh.  Fal- 
staff. Le  Postillon  de  Longjumeau,  Cavalleria  rusti- 
cana. Falstaff. 

Salle  d'Harcourt.    —    Grand  concert  rnsse  du  mer- 


V'Léopold  MURAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique) 

Tient  de  paraître  : 

Dépositaire  nnique  pour  la  Belg^iqne  de    l'Edition  Payne 

(partition  de  poche  pour  la  musique  de  chambre) 

FOLVILLE,  J.  Atala,  opéra  en  2  actes,  partition  réduites  pour  chant  et  piano,  net  fr.    10   — 

DETHIER,  Gaston.  Romance  violon  et  piano        ......  n  3   — 

—                      La  même  pour  violoncelle  et  piano          ....  »  3    — 

RAGGHIANTI,  J.  Gavotte  et  musette  pf  instruments  à  cordes,  partit,  et  parties  «  3  — 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  violon  et  piano »  3   i5 

—                  Berceuse  Scandinave,  violon  at  piano       .          .          .          .  n  2  5o 
Envoi     franco     des     catalogues 


Nouveautés  Musicales 

EN    VOIE   DE   PUBLICATION    CHEZ 

SCHOTT  FRÈEES,  éditeurs,  82,  Montagne  de  la  Cour,  Bruselles 
OTTO  JUNNE,  éditeur,  21,  Thalstrasse,  Leipzig 


GABRIEL-MARIE 

IMPRESSIONS 

Six  pièces  originales  pour  violon  avec 
acccompagnement    de    piano 
N°s  I.  Simplicité. 

2.  Insouciance. 

3.  Quiétude. 

4.  Souvenir. 

5.  Mélancolie. 

6.  Allégresse. 


PIÉTRAPERTOSA 

DOUZE   TRANSCRIPTIONS 

pour  mandoline  et  piano 

GILIS,  A. 

Symphonie  d'enfants,  pour  deux 
violons  et  instruments  (mirlitons, 
triangle,  cornet),  avec  accompagne- 
ment de  piano  ou  quatuor 

Soirée  sous  bois,  valse  chantée 
(chœur  à  l'unisson  ou  solo) 


426 


LE  GUIDE  MUSICAL 


credi  2  mai,  à  9  heures  du  soir,  sous  la  direction  de 
M.  Alexandre  Winogradsky,  président  de  la  Sociélé 
impériale  de  musique  à  Kiew  :  Quatrième  symphonie 
(Tschaïkowsky)  ;  musique  des  sphères  (Rnbinstein)  ; 
Cosatschok,  fantaisie  sur  une  danse  cosaque  (Dargo- 
mijsky);  Entracte  de  William  Ratcliff  (César  Cui); 
Rêverie  orientale  (Iwanowi;  Sadko,  tableau  musical 
(Rimsky-Kousakow);  Cavatme  du  Prince  Igor  (Boro- 
dine),  M.  Warmbrodt;  Un  lever  de  soleil  à  Moscou 
(Moussorgsky);  ouverture  de  Rousslan  et  Loudmila 
(Glinka). 

Vienne 

Opéra-Impérial.  —  Du  23  au  3o  avril  :  L'Ami  Fritz 
Le  Baiser,  Terre  et  Soleil. Tristan  et  Iseult  Le  Diable 
au  pensionnat  et  I  Pagliacci.  Les  Contes  dorés.  La 
Rose  de  Ponfevedra  et  Amour  de  conscrit  La  Flûte 
enchantée   Carmen. 

An  der  Wien.  -  La  Pauvre  F"il]e.  Le  Château  maudit. 
Le  Mariage  à   l'essai.   Le  Carnaval  de  Rome. 


VIOLONS    ITALIENS 


GEORGES  ffiOUGENOT 

LUTHIER   FABRICANT 

Fournisseur  et  conservateur  des  instruments  de  concert 

du  Conservatoire  royal  de  Bruxelles 

23,    Montagne  de  la   Cour,   23 

(au  premier) 

BRUXELLES 

Succursale  à  Londres  :  23,  Berners  Street 


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COMIVIISSION    ET   EXPORTATION    DE    MUSIQUE   BELGE   ET    ÉTRANGÈRE 


J.-B.  KATTO,  éditeur  de  musique,  52,  rue  de  l'Ecuyer,  Bruxelles 

ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 
Vient  de  païaître! 

LE  RELIQUAIRE  D'AMOUR 

Poème  en  six  chants  de  Lucien  SOLYAT,  musique  de  Léon  DUBOIS 
PUIX   :    5    FBA]VC§    MET 


PIANOS    ET    HARMONIUMS 

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Fournisseur  de  la  Cour,  Membre  des  Jurys  Anvers  1885,  Bruxelles  1888 
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LE  GUIDE  MUSICAL 


427 


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BRUXELLES 


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Bruxelles,   6,   rue  Thérésienne 

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AUX    EXPOSITIONS    univi:rsel.li:s 

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LE  GUIDE  MUSICAL 


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laine  et  soie 
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Tarlatanes  couleurs 
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Rubans  et  plumes 
Bas  de  soirce  soie  et  fil 
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Itubes  de  dîner  et  de  réception 
Robes  de  bal 

Sorties  de  bal  et  de  théâtre 
Boas  en  plumes,  tour  de  cou 
Châles  et  écharpes  " 
Soieries  et  velours 


Chapeaux  et  coiffures 
Parfumerie  et  mercerie 
Ganterie  et  fichus 
Eventails  et  fleurs 
Chaussures  et  souliers  de  bal 
Chemises  et  cravates 


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DIRECTEUR-REDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE    KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

Riu  Beaurefaire,  33,  Paris 

N.  Le  KiME,    secrétaire- ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten — Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

N.  Liez  -  I.  Will 

Dr  DwELSHAUWIiRS  —  ErNEST  ClOSSON 

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40''  ANNÉE  6  Mai  1894 

SOMMAIRE 


NUMERO  19 


Etienne  Destranges  :  Une  partition  mé- 
connue :  Proserpinc  de  Camille  Saint- 
Saëns.  (Suite  et  fin.) 

C.  Perrot  :  L'Hymne  à  Apollon. 

M.  Kufferath  :  L'orchestre  de  la  Monnaie 
et  les  Concerts  populaires. 

Clirontque  t)c  la  Semaine  :  Paris  :  Rentrée  de  M.  Co- 
lonne; Concert  de  musique  russe  ;  la  SainU-Cécik 
de  M.  de  Salelles.  —  Divers. 

Bruxelles  :  M.  Van  Dyck  dans  Lohengrin  et  Werther. 
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Otto  Junne.— A  Munich  :  Josef  Seiling,  fourn''  de  la  cour, 
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Haye,  Balinfante  frères.— .\  Liège  :  M™»  veuve  LVturaïUe, 
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Le  na-n;ro  :  p  C2.TtiTi23. 


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430 


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40"  ANNÉE.  —  Numéro  19. 


6  Mai  1894. 


Une    paiftitiof^    n^éconnue 

PROSERPINE 

DE 

Camille    SAINT-SAËNS 

ÉTUDE   ANALYTIQUE 

(Suite  et  fin.  —  Voir  les  n"^  16,  17  et  iS.) 


*ANS  la  version  primitive,  un  long 
entr'acte  sépare  cet  acte  du  précé- 
dent. Le  mouvement  haletant,  pré- 
cipité du  début,  semble  vouloir  dépeindre 
la  course  fiévreuse  de  Proserpine  à  travers 
la  montagne.  Les  thèmes  de  Proserpine  et 
de  V Aspiration  à  l'amour  reparaissent  dans 
la  suite  de  ce  morceau  symphonique  d'une 
incontestablevaleur.  Ces  pages  ont  disparu 
dans  la  nouvelle  édition.  Il  est  certain 
qu'un  intermède  aussi  développé,  malgré 
tout  l'intérêt  musical  qu'il  possède,  ne 
venait  guère  à  propos  au  dernier  acte.  Le 
compositeur  aurait  pu  néanmoins  en  faire 
un  résumé  au  heu  de  le  supprimer  entière- 
ment. 

Maintenant,  le  rideau  se  lève  un  peu 
brusquement  sur  l'appartement  du  palais 
de  Sabatino,  où  se  dénoue  le  drame  :  Le 
jeune  homme  attend  sa  fiancée  avec  impa- 
tience. Il  trompe  son  attente  en  pensant  à 
la  pure  enfant  qui  va  bientôt  lui  appartenir. 
Uaudante  qu'il  chante  est  d'une  inspiration 
déhcate  et  tranquille,  qui  rend  bien  les  sen- 
timents dont  son  àme  apaisée  est  mainte- 
nant remphe.  Page  2o3,  sous  l'exclamation: 


O  joie!  elle  sera  ma  femme!  le  motif  de 
l'Amour  conjugal  est  heureusement  ra- 
mené. 

Brusquement,  la  porte  s'ouvre  et  Pro- 
serpine vient  tomber  aux  pieds  de  Saba- 
tino stupéfait.  Mille  paroles  brûlantes 
s'échappent  de  sa  bouche.  Elle  l'aime  à  la 
folie!  Si  elle  l'a  repoussé  jusqu'ici,  c'est 
qu'elle  craignait  d'être  pour  lui  un  objet  de 
dégoût.  Maintenant,  que  lui  importe!  Qu'il 
la  prenne,  elle  est  à  lui  !  Elle  le  veut,  elle 
l'aura,  où  ils  mourront  ensemble.  Au  milieu 
de  cette  scène  terrible,  on  entend  le  roule- 
ment d'une  voiture.  C'est  Angiola  et  Renzo 
qui  arrivent.  Sabatino  désigne  à  Proserpine 
une  porte  latérale  et  court,  en  toute  hâte, 
au  devant  de  sa  fiancée. 

Cette  scène,  point  culminant  de  l'œuvre, 
est  magnifique  d'un  bout  à  l'autre.  La  sin- 
cérité de  l'accent  dramatique,  l'étroite 
fusion  de  la  musique  et  des  paroles  en  font, 
dans  l'opéra  français,  le  pendant  du  duo  de 
Carmen.  Au  moment  où  la  courtisane 
arrive,  le  violoncelle  solo  gémit  \e  Leitmotiv 
qui  lui  est  affecté;  celui  de  V Amour  vrai 
paraît  ensuite  aux  premiers  violons  et  aux 
hautbois;  enfin,  celui  de  V Aspiration  à 
r amour  revient  sous  les  paroles  :  J'ai  voulu 
f arracher  de  mon  âme  insensée!  Toute  la 
supplication  dé  Proserpine  :  Ecoute,  je 
souffrais...  de  la  page  20g  à  la  page  2i3, 
est  d'une  intensité  d'expression  remar- 
quable. Outre  le  thème  de  V Amour  vrai, 
page  211,  et  celui  de  l'Amour  repoussé, 
page  212,  on  retrouve  aussi,  pages  209  et 
211,  deux  phrases  d'accompagnement  déjà 
parues  au  premier  acte,  dans  la  scène 
entre  Sabatino  et  Proserpine.  Quand 
celui-ci  repousse  la  malheureuse,  en  invo- 
quant son  prochain  mariage,  la  mélodie  de 
l'Amour  conjiigalpa.sse  encore  à  l'orchestre. 
Superbe,  le  cri  de  désespoir  de  Proser- 
pine : 


432 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Tu  comprends  que  voici  maintenant  une  porte, 
Dont  je  ne  puis  franchir  le  seuil  qu'aimée  ou  morte  1 

La  prière  de  Proserpine  se  fait  de  plus 
en  plus  ardente.  Elle  se  traîne  aux  genoux 
de  Sabatino,  s'offrant  à  lui  avec  une  in- 
consciente impudeur.  Ah!  ce  n'est  plus  la 
fière  créature  du  premier  acte,  qui,  jalou- 
sement, cachait  à  tous,  même  à  l'intéressé, 
sa  passion  profonde  ;  maintenant,  c'est  une 
humble  mendiante,  qui  demande  quelques 
bribes  d'amour.  Toutes  ces  pages  pas- 
sionnées sont  remarquablement  rendues. 
Successivement,  les  thèmes  du  Désespoir  et 
de  Y  Amour  vrai  passent  à  l'orchestre. 
Quand  la  courtisane  supplie  Sabatino  de  la 
prendre  au  moins  pour  quelques  jours,  le 
dessin  qui  souligne,  au  premier  acte,  la 
jolie  scène  où  Proserpine  s'offre  à  Squa- 
rocca,  est  ramené  à  l'accompagnement. 
J'apprécierai  plus  loin  l'opportunité  ce 
rappel.  A  remarquer  la  belle  phrase  :  Je 
suis  à  tes  pieds...]  (i). 

Sabatino  sorti,  Proserpine  ne  s'éloigne 
pas.  Elle  se  cache  rapidement,  pendant 
que  gronde  le  thème  de  la  Jalousie.  Angiola 
entre  avec  son  fiancé  tout  ému  du  récit  de 
l'aventure  qu'elle  a  courue.  L'orchestre,  à 
l'arrivée  de  la  jeune  fille,  s'apaise,  s'adoucit. 
Proserpine,  la  rage  et  le  désespoir  au 
cœur,  assiste  à  l'amoureux  entretien  des 
jeunes  gens,  dont  les  deux  voix  chantent  à 
l'unisson  une  longue  phrase  mélodique,  qui 
ne  manque  pas  de  charme  :  Viens!  suivons 
dans  la  lumière...  Le  (rio  est  complété  par 
Proserpine,  dont  la  haine  ne  se  contient 
plus.  Elle  surgit  tout  à  coup  de  sa  cachette 
et  se  précipite,  le  poignard  levé,  sur  An- 
giola. Sabatino  l'arrête  à  temps.  Tout  croule 
autour  de  la  courtisane.  Violons,  altos, 
violoncelles  exhalent  fortissimo  le  motif  de 
Proserpine,  que  l'altération  d'une  note  revêt 
d'une  morne  tristesse,  et,  tandis  que  le  cor 
anglais  soupire  celui  de  l'Aspiration  à 
ramour,  la  malheureuse  se  tue.  Au  quatuor 
et  au  basson,  revient  encore  ce  dernier 
thème,  précédé  de  celui  de  V Amour  vrai, 
La  phrase  de  Proserpine  mourante  :  Mon 

(i)  Les  parties  comprises  entre  les  signes  [  ont  été 
supprimées  dans  la  nouvelle  édition.  On  ne  saurait  trop 
regretter  cette  étrange  coupure  d'un  des  plus  beaux  pas' 
sages  du  dernier  acte. 


malheur  cesse,  est  d'une  merveilleuse  et  tra- 
gique beauté.  Soyez  heureux,  murmure-t-elle, 
et  elle  expire.  Alors,  une  dernière  fois, 
s'élève  de  l'orchestre  ce  motif  de  V Aspira- 
tion à  l'amour,  qui,  en  lui-même,  résume 
tout  le  drame.  Proserpine  a  voulu  aimer  et 
être  aimée.  Elle  n'a  pu.  La  fatalitp  de  sa 
déchéance  première  l'a  condamnée  à  ne 
jamais  connaître  cet  amour  sincère  et  régé- 
nérateur qu'elle  rêvait.  Et  elle  meurt  de  son 
impuissance  à  pouvoir  inspirer  non  plus 
un  désir  brutal,  mais  un  sentiment  élevé. 

J'ai  déjà  dit,  au  commencement  de  cette 
étude,  que  Proserpine  me  paraissait  être, 
après  Samson  etDalila,  l'œuvre  dramatique 
la  mieux  venue  de  Camille  Saint -Saëns. 
J'ai  essayé  d'en  faire  apprécier  les  beautés 
par  la  minutieuse  analyse  précédente  ;  il  ne 
me  reste  plus  qu'à  présenter  quelques  con- 
sidérations générales. 

Comme  je  l'ai  démontré  par  des  citationÉ 
nombreuses,  l'auteur  a  constamment,  dans 
sa  partition,  employé  le  système  du  Leii 
motiv.  Déjà  dans  Samson  et  Dalila,  on  peu! 
relever  quelques  thèmes  conducteurs: 
Henri  VIII  en  contient  davantage  ;  enfin; 
Ascanio,  opéra  postérieur  à  Proserpine,  eii 
est  surabondamment  pourvu  (i).  Selon  moi; 
c'est  dans  l'œuvre  qui  nous  occupe  qu( 
Saint-Saëns  a  fait  le  plus  habilement  usage 
du  Leitmotiv.  Dans  Ascanio,  les  thèmes 
subissent  des  transformations  plus  nom 
breuses,  ils  sont  triturés  davantage,  ils  soni 
intercalés  dans  la  trame  symphonique  avec 
une  maîtrise  plus  éblouissante  peut-être: 
mais,  et  cette  critique  s'adresse  aussi 
ceux  à! Henri  VIII,  ils  possèdent  un  défaui 
capital. 

UnbonLe277«o//i' doit  avoir  deux  qualités' 
Il  doit  être  non  seulement  caractéristique: 
mois  surtout  caractérisé,  c'est-à-dire  qu'il 
faut  qu'il  ait  une  phj'sionomie  si  frappante 
que,  du  premier  coup,  il  se  grave  dans  la 
mémoire  de  l'auditeur.  Or,  dans  Ascanio 
comme  dans  Henri  VIII,  les  Leitmotive 
manquent  absolument  de  ces  qualités.  Ils 

(i)  Voir  mon  étude  sur  Samson  et  Dalila,  celle  de 
M.  Hippeau  sur  Henri  VIII  et  celle  de  M.  Malherbe 
sur  Ascanio. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


433 


sont  quelconques  :  ils  ressemblent  à  ces  gens 
que  vous  coudoyez  depuis  dix  ans  dans  la 
rue  sans  que  leur  figure  ait  jamais  pu  fixer 
sérieusement  votre  attention.  Dans  Proser- 
pine,  au  contraire,  les  motifs  ont,  presque 
tous,  un  relief  particulier.  Néanmoins,  leur 
emploi  peut  parfois  prêter  à  la  critique. 
C'est  ainsi  que  le  retour,  au  dernier  acte, 
du  dessin  d'accompagnement  de  la  pre- 
mière scène  entre  Proserpine  et  Squarocca 
ne  se  justifie  guère.  M.  Saint-Saëns  me  dira 
peut-être  que  la  courtisane,  dans  les  deux 
cas,  s'offre  à  un  homme,  et  que  le  retour  du 
thème  était  tout  indiqué.  Je  ne  le  crois  pas. 
La  situation,  en  effet,  n'est  pas  la  même. 
Quand  Proserpine  veut  se  donner  à  Saba- 
tino,  c'est  par  amour;  quand  elle  se  livre  à 
Squarocca,  c'est  par  vengeance  et  par 
dépravation  morale.  Le  raisonnement  du 
compositeur,  en  admettant  qu'il  l'ait  fait, 
et  on  doit  l'admettre,  car  on  ne  peut  croire 
qu'un  homme  comme  Saint-Saëns  ait  agi 
sans  raison,  est  purement  spécieux.  Des 
subtilités  pareilles,  dignes  d'un  casuiste, 
sont  absolument  contraires  au  sens  drama- 
tique du  Leitmotiv.  Le  système  des  thèmes 
conducteurs,  dont  Richard  Wagner  a  fait 
dans  ses  œuvres  un  si  merveilleux  usage, 
n'est  admissible  qu'à  la  condition  que  ces 
thèmes  soient  logiquement  employés. 

Il  faut  regretter  encore,  dans  Proserpine, 
la  réapparition  de  certains  motifs  auxquels 
il  est  impossible  de  donner  une  signification 
bien  précise  et  qui  reviennent,  on  ne  sait 
pourquoi,  dans  des  situations  différentes. 
Par  exemple,  le  motif  sur  lequel  les  paroles 
suivantes  sont  chantées  par  Kenzo,  p.  22  : 
Je  serai  très  ravi  de  f  avoir  pour  beau-frère, 
reparait  p.  33  m.  i,  précédant  le  thème  de 
Proserpine,  au  moment  de  la  rentrée  en 
scène  de  celle-ci,  puis  p.  40,  m.  i  au  début 
de  la  scène  entre  Sabatino  et  Proserpine,  et 
ensuite  p.  iio,  m.  12  et  suiv.  quand  Renzo 
annonce  à  Angiola  qu'il  la  marie.  Si  cette 
dernière  apparition  se  trouve  expliquée  par 
la  première,  il  n'en  est  pas  de  même  des 
deux  autres. 

Malgré  ces  restrictions  Proserpine  n'en 
est  pas  moins  une  œuvre  des  plus  remar- 
quables. Chaque  acte  possède  une  physio- 
nomie  bien   particulière,   ce   qui  donne  à 


l'ensemble  de  l'ouvrage,  sans  que  l'unité  en 
soit  le  moins  du  monde  rompue,  une 
variété  qui  n'avait  nullement  besoin  d'être 
augmentée  par  les  adjutorium  sans  valeur 
que  j'ai  déplorés  plus  haut  :  saltarelle, 
chœur  de  gitanos  (i). 

Une  chose  qu'il  faut  admirer  aussi  dans 
cette  partition  si  intéressante,  ce  sont  les 
accompagnements.  Outre  les  Leitmotive, 
base  principale  du  tissu  symphonique,  on 
trouve,  à  chaque  instant,  de  délicieux 
dessins  d'orchestre,  des  broderies  ravis- 
santes, semées  à  pleines  mains  par  un  mu- 
sicien pour  qui  le  contrepoint  et  la  fugue 
n'ont  pas  de  secrets. 

L'instrumentation,  toujours  solidement 
basée  sur  le  quatuor,  ne  saurait  non  plus 
être  passée  sous  silence.  Elle  est  admirable 
d'un  bout  à  l'autre  de  l'œuvre,  pleine  de 
couleur,  de  variété,  de  sonorités  agréables, 
d'éclats  brillants,  de  poétiques  demi- 
teintes. 

Proserpine  a  subi  le  sort  commun  à  la 
plupart  des  belles  œuvres.  D'ailleurs,  ce 
drame  lyrique  d'un  de  nos  plus  grands  mu- 
siciens était  peu  fait  pour  le  public  d'un 
théâtre  où  de  misérables  productions, 
comme  Mignon  et  les  Dragons  de  Villars 
sont  encore  en  honneur. 

Le  jour  où  une  troisième  scène  lyrique 
sérieuse  s'élèvera  à  Paris,  Proserpine  y 
aura  sa  place  toute  marquée.  Alors,  j'en  ai 
l'intime  conviction,  le  public  reconnaîtra 
combien  il  s'est  trompé,  et  il  fera  fête  à  la 
partition  méconnue  aujourd'hui,  demain 
triomphante. 

Etienne  Destranges. 


X'ib^inne  à  Hpollon 

G.  Perrot  publie,  dans  le  Journal 
des  Débats,  une  très  intéressante  no- 
C±-»£^  tice  sur  l'Hymne  à  Apollon,  récem- 
ment découvert  à  Delphes  et  qui  est  venu 

II)  On  ne  saurait  trop  souhaiter  qua  la  reprise  de  son 
œuvre,  M.  Saint-Saëns  rétablisse  l'ancien  commence- 
ment et  l'ancienne  fin  du  troisième  acte. 


434 


LE  GUIDE  MUSICAL 


tout  à  coup  ajouter  des  révélations  inat- 
tendues à  nos  connaissances,  jusqu'ici 
très  imparfaites,  en  ce  qui  concerne  la  mu- 
sique chez  les  Grecs.  Celles-ci  reposaient 
jusqu'ici  sur  les  ouvrages  théoriques  qui 
nous  ont  été  légués  par  l'antiquité,  ouvra- 
ges sur  l'interprétation  desquels  on  est 
loin  de  s'accorder,  et,  en  second  lieu, 
sur  les  hymnes  attribués  à  Denys  et  à  Mé- 
somède,  compostions  médiocres,  médio- 
crement transmises,  de  l'époque  des  An- 
tonins.  A  ces  documents,  depuis  longtemps 
connus,  les  découvertes  paléographiques 
et  ethnographiques  de  notre  siècle  n'avaient 
ajouté  que  peu  de  chose,  à  savoir  :  les 
exercices  instrumentaux  de  Y  Anonyme  de 
Bellermann,  la  courte  inscription  musicale 
de  Tralles  et  le  chétif  lambeau  d'un 
chœur  de  VOreste  d'Euripide,  récemment 
publié  par  M.  Wessely.  La  trouvaille  de 
Delphes  est  d'une  bien  autre  importance. 
Sans  compter  une  douzaine  de  fragments 
plus  ou  moins  longs,  où  il  y  a  aussi  des 
notes  écrites  au-dessus  des  paroles,  elle 
nous  apporte  enfin  une  grande  cantilène  du 
troisième  ou  du  second  siècle  avant  notre 
ère,  qui,  par  son  étendue,  par  sa  valeur 
poétique  et  musicale  comme  par  l'authen- 
ticité de  son  texte,  prendra  désormais  la 
première  place  parmi  les.  reliques  de  la 
musique  des  Grecs. 

Les  fragments  auxquels  on  doit  cette 
révélation,  explique  M.  Perrot,  proviennent 
du  Trésor  des  Athéniens. 

On  appelait  ainsi  la  chapelle  que  ceux-ci 
avaient  construite  à  Delphes,  en  style  dorique,  et 
décorée  de  nobles  et  charmantes  sculptures,  au 
lendemain  et  en  souvenir  de  leur  victoire  de  Ma- 
rathon. C'est  autour  de  ce  petit  sanctuaire  que, 
pendant  les  siècles  suivants,  continuèrent  toujours 
de  se  grouper  les  théories  ou  députations  religieuses 
que  la  cité  envoyait,  à  des  dates  fixées  par  la  tra- 
dition, porter  ses  hommages  au  fils  de  Latone, 
protecteur  commun  de  toute  la  race  hellénique.  La 
députation  comprenait,  outre  ses  chefs,  choisis 
parmi  les  premiers  personnages  de  la  ville,  des 
musiciens  et  des  chanteurs;  l'exécution  de  cet 
hymne  à  Apollon,  de  ce  Péan,  comme  on  l'appelait, 
était  la  partie  la  plus  importante  de  la  cérémonie. 
Le  thème  poétique  ne  changeait  point;  c'était 
toujours  l'éloge  du  dieu;  mais  à  ce  qu'il  semble, 
certains  de  ces  péans  avaient  paru  plus  beaux  que 
d'autres,  avaient  obtenu  un  plus  vif  succès,  et 
celui-ci  leur  avait  valu  l'honneur  d'être  gravés  sur 
des  tables  de  marbre  qui  étaient  attachées  aux 
murs  du  Trésor.  C'est  ce  que  l'on  constata  lorsque, 
à  l'endroit  même  qu'indiquait  Pausanias,  les 
fouilles  ont  mis  au  jour  les  débits  de  cet  édifice, 
colonnes,  entablement  et  bas-reliefs.  Parmi  ces 
décombres,  on  remarqua  des  fragments  d'inscrip- 
tion qui  présentaient   un  aspect    assez  extraordi- 


naire; avec  les  vers  alternaient,  placés  dans  les 
interlignes,  des  signes  bizarres  qui  surmontaient 
certaines  syllabes  ;  il  y  en  avait  tantôt  deux  pour 
une  seule  sj'llabe,  où  la  voyelle  était  alors 
redoublée,  tantôt  un  seul  pour  plusieurs  syllabes. 
Ces  signes  se  rapportaient  à  deux  systèmes 
différents  ; 

1°  Une  série  alphabétique  incomplète,  conforme 
(  n  général  aux  types  de  l'alphabet  usuel  et  n'en 
différant  que  par  quelques  signes.  Elle  compte 
quatorze  signes  : 

B  F  F  0  I  K  A  M  0  r  $,  W  barré  et  W  renversé, 
0  renversé. 

2°  Une  série  de  signes  conventionnels  où  entrent 
quelques  signes  de  l'alphabet. 

La  poésie  parait  avoir  été  divisée  en  deux  ou 
trois  morceaux  qui  se  distinguaient  par  le  mètre, 
péan  proprement  dît,  hymne  et  prosodie  ou  chant 
processionnel.  L'hymne  seul  a  été  assez  bien  con- 
servé. Leux  fragments  subsistent,  l'un  de  dix  vers 
et  l'autre  de  dix-huit,  tous  deux,  par  malheur,  cou- 
pés au  milieu  d'une  phrase. 

C'en  est  assez  cependant  pour  apprécier  la  com- 
position qui  ne  manque,  malgré  la  banalité  du 
sujet,  ni  de  souffle,  ni  d'élégance. 

La  queston  qui  se  posait,  c'était  de  savoir  si  les 
signes  qui  accompagnaient  cette  poésie  étaient 
bien  des  notes  de  musique.  Qu'est-ce  qui  le 
prouve,  et,  s'ils  ont  en  effet  ce  caractère,  comment 
pouvons  nous  en  déterminer  la  valeur?  Or  il  n'y  a 
vraiment  pas  de  doute  à  avoir  sur  l'exactitude 
parfaite  et  la  certitude  absolue  de  la  transcription 
en  notation  moderne  qui  a  été  donnée  de  ces  signes 
par  M.  Théodore  Reinach,  aussi  savant  musicien 
qu'il  est  philologue  et  numismate  habile. 

Déjà  la  superposition  de  ces  signes  aux  paroles 
éveille  l'idée  d'une  poésie  destinée  à  être 
chantée;  mais  il  y  a  mieux  :  ces  signes  sont  tous 
reproduits,  avec  beaucoup  d'aures,  dans  le  traité 
qu'Alypius  composa  sans  doute  au  quatrième 
siècle  de  notre  ère,  l'Introduction  à  la  musique.  Or, 
Alypius  est  l'héritier  de  théories  musicales  qui 
remontent  tout  au  moins  jusqu'au  quatrième  siècle 
avant  Jésus  Christ,  jusqu'à  Aristoxepos,  l'auteur 
lies  Eléments  d'harmonie,  c'est-à-dire  jusqu'à  une 
époque  antérieure  à  la  composition  de  l'hymne 
delphique. 

Nous  retrouvons  chez  Alypius  deux  systèmes 
de  signes  qui  sont  identiques  à  ceux  dont  l'inscrip- 
tion nous  fournit  des  exemples  et  nous  y  appre- 
nons que,  de  ces  signes,  les  uns  s'appliquaient  à 
la  musique  vocale  et  les  autres  à  la  musique  ins- 
trumentale. Nous  bornant  à  la  notatisn  vocale, 
nous  voyons  que  ces  signes,  diversement  com- 
binés, suffisaient  à  la  notation  des  trois  genres 
diatonique,  enharmonique  et  chromatique,  ainsi 
que  des  quinze  tons  que  distingue  Alypius,  le 
dorien,  le  phrygien  et  le  lydien,  avec  les  dérivés 
et  les  composés  de  ces  tons.  Chacune  de  ces  com- 
binaisons admet  un  certain  nombre  de  signes  et  en  exclut 
d'autres;    si   donc  on  dresse  la  liste  des  notations 


LE  OVIDE  MUSICAL 


435 


qui  figurent  dans  notre  morceau,  en  la  comparant 
à  chacun  des  tableaux  fournis  par  Alypius,  on 
arrivera  par  voie  d'élimination,  à  déterminer  le 
ton  et  le  genre  de  l'air  delphique. 

Or,  des  quatorze  signes  indiqués  plus  haut, 
douze  appartiennent  au  mode  phrygien,  et  deux 
sont  exclusivement  propres  au  genre  chromatique. 
Le  morceau  est  donc  écrit  dans  le  ton  phrygien  et 
dans  la  variété  chromatique  de  ce  ton.  Les  deux 
signes  restants  ont  même  valeur  dans  tous  les  tons 
sans  distinction.  Quant  au  mode,  c'est-à-dire  au 
point  de  départ  et  à  la  forme  de  la  gamme,  on  a 
pu  le  déterminer  aussi  en  observant  la  finale  et,  à 
défaut  de  la  note  finale,  les  terminaisons  des 
gratides  reprises,  les  mélodies  antiques  finissant, 
en  règle  générale,  sur  Vhypaté  ou  note  fondamen- 
tale de  la  gamme  modale;  on  a  tenu  compte  aussi 
de  la  misé,  c'est-à-dire  de  la  note  qui  se  réiiète  le 
plus,  de  la  quarte  ou  sous-dominante  d6  cette  même 
gamme.  Ces  observations  amènent  à  conclure  que 
la  mélodie  est  écrite  dans  notre  ton  àhit  mineur. 
Reste  la  mesure;  c'est  le  mètre  poétique  qui  la  dé- 
termine; de  ce  mètre,  tel  que  l'a  restitué  M.  Henri 
Weil,  auquel  avait  été  confiée  l'étude  de  tous  ces 
fragments,  M.  Reinach  a  tiré  une  mesure  à  cinq 
temps.  Mais  cette  mesure  n'était  pas  appliquée 
avec  une  rigueur  absolue;  elle  se  conciliait,  sans 
doute,  avec  un  système  moins  précis  de  phrases 
musicales  et  de  périodes  rythmiques.  M.  Nicole, 
musicien  distingué  qui  habite  Athènes,  estime  que 
les  temps  ne  se  battaient  pas  exactement,  mais 
que  les  mesures  pouvaient  être  allongées  ou  res- 
serrées, selon  le  dessin  de  la  phrase  ou  les  néces- 
sités de  la  déclamation  lyrique.  Cela  seul  prête  à  la 
discussion;  mais  la  tradition  du  plain  chant  semble 
autoriser  cette  hypothèse. 

La  première  exécution  de  l'hymne,  nous 
l'avons  déjà  annoncé,  a  eu  lieu  dans  la 
bibliothèque  de  l'Ecole  française  d'Athènes. 
Le  roi,  la  reine  et  la  famille  royale  de 
Grèce  ont  assisté  à  cette  exécution,  qui  a 
fait,  sur  tous  les  auditeurs,  une  profonde 
impression. 


L'ORCHESTRE  DE  LA  MONNAIE 

ET  LES  CONCERTS  POPULAIRES 

L'incident  auquel  a  donné  lieu  l'introduction 
d'une  nouvelle  clause  dans  les  engagements 
des  artistes  de  l'orchestre  de  la  Monnaie  n'est 
toujours  pas  aplani.  Nous  y  revenons  pour 
constater  la  piteuse  attitude  des  directeurs  du 
théâtre  de  la  Monnaie.  Ils  n'ont  même  pas  le 
courage  de  leurs  actes.  A  l'exposé  irréfutable 
des  faits,  ils   ont  essayé  d'opposer  de  vagues 


dénégations.  «  Nous,  attaquer  les  Concerts 
populaires,  s'écrient-ils  ;  cette  institution  qui 
depuis  trente  ans  a  rendu  de  si  grands  services 
à  l'art  ?  Nous  n'y  songeons  pas?  Nous  prend- 
on  pour  des  imbéciles?  Nous  ne  voulons 
qu'une  chose,  c'est  nous  prémunir  contre  des 
actes  de  mauvais  gré.  » 

Et  ils  répètent  et  font  répéter  lemensonge  de 
la  répétition  générale  du  concert  populaire 
donnée  le  jour  de  la  première  de  Tristan. 

Ils  mentent  sciemment  et  effrontément,  car 
les  quatre-vingts  musiciens  de  l'orchestre  sont  là 
pour  témoigner  que  cette  répétition  du  mer- 
credi 21  mars,  que  M.  Joseph  Dupont  avait 
offert  spontanément  de  lever,  n'a  duré  que  trois 
quarts  d'heure,  malgré  les  protestations  des 
artistes,  qui  ne  demandaient  pas  mieux  que  de 
continuer. 

Ah!  ils  sont  vraiment  à  croquer  ces  deux 
tartufes.  «  Nous  ne  demandons  qu'une  chose, 
c'est  l'entente  »,  clament-ils  d'un  air  patelin, 
depuis  qu'ils  s'aperçoivent  que  le  coup  a 
manqué.  S'ils  la  voulaient,  l'entente,  pourquoi 
avoir  modifié  la  teneur  des  engagements  de 
l'orchestre  ?  Car  tout  est  là.  L'entente  a  toujours 
existé.  La  direction  des  Concerts  populaires 
ne  peut  disposer  de  la  salle  sans  la  demander 
au  moins  quinze  jours  à  l'avance;  c'est  de 
commun  accord  entre  elle  et  la  direction  de  la 
Monnaie  que,  depuis  cinq  années,  sont  fixées 
les  dates  des  concerts  et  aussi  celles  de  la  répé- 
tition générale,  laquelle  de  temps  immémorial 
a  toujours  lieu  le  samedi,  à  deux  heures.  Cette 
année  même,  M.  Dupont  n'a  pas  fait  une  seule 
répétition  pendant  toute  la  semaine  qui  a  pré- 
cédé la  première  de  Tristan.  L'intérêt  réci- 
proque veut  que,  de  part  et  d'autre,  on  ménage 
les  forces  des  artistes  de  l'orchestre.  L'entente 
est  ainsi  nécessaire,  fatale,  et  elle  s'est  faite 
par  la  force  même  des  choses  depuis  qu'existe 
le  régime  actuel.  Alors  quoi?  Que  veut-on?  A 
quoi  rime  la  clause  nouvelle  des  engagements  ? 
Pourquoi  l'excepdon  faite  en  faveur  des  seuls 
concerts  du  Conservatoire,  si  ce  n'est  pour 
s'assurer  un  moyen  de  taquiner,  à  l'occasion,  la 
direction  des  Concerts  populaires? Pourquoi  la 
nouvelle  clause  introduite  même  dans  les 
engagements  des  artistes  du  chant  et  interdisant 
à  ceux-ci  de  se  faire  entendre  à  Bruxelles,  dans 
aucun  concert,  un  mois  après  la  clôture  de  la 
saison  théâtrale?  N'est-ce  pas  pour  empêcher 
M.  Joseph  Dupont  de  faire  appel  aux  artistes 
du  théâtre  et  désorganiser  son  concert  de  clô- 
ture, généralement  consacré,  après  la  saison, 
notez-le  bien,  à  quelque  grande  exécution 
vocale  et  chorale  ? 


LE  GUmE    MUSICAL 


Vous  voulez  l'entente?  Il  y  a  un  moyen  bien 
simple  de  la  faire  :  supprimez  le  malencontreux 
et  insidieux  article  introduit  dans  les  engage- 
ments pour  satisfaire  nous  ne  savons  quelles 
rancunes. 

Quant  à  nous  donner  le  change,  quant  à 
faire  croire  au  public  que  c'est  M.  Joseph 
Dupont  qui  est  responsable  de  l'exécution 
lamentable  de  Tristan,  c'est  d'une  phénomé- 
nale gaîté  !  Prière  de  ne  pas  nous  confondre 
avec  vos  abonnés  et  vos  actionnaires!  Si  l'on 
délaisse  votre  théâtre,  si  vous  ne  faites  plus 
guère  de  recettes  que  les  jours  de  marché  et  les 
dimanches  où  la  province  et  la  banlieue 
envahissent  la  salle,  si  la  scène  de  la  Monnaie, 
naguère  si  brillante,  est  en  pleine  décadence  et 
tombée  au  rang  des  pires  scènes  de  province, 
ne  cherchez  pas  au  dehors,  ne  vous  en  prenez 
qu'à  vous-mêmes, à  votre  insuffisance,  à  l'insuffi- 
sance de  votre  chef  d'orchestre,  de  votre  régis- 
seur, à  votre  ignorance  du  répertoire  contem- 
porain, à  votre  goût  suranné,  à  votre  totale 
indifférence  aux  choses  de  l'art,  à  votre  unique 
préoccupation  de  la  caisse  ! 

Ces  mérites  négatifs  peuvent  suffire  pour 
vous  valoir  l'estime  de  M.  De  Mot,  échevin  et 
président  du  Cercle  artistique  et  littéraire(?), 
pour  vous  assurer  l'appui  «  éclairé  »  de  M .  An- 
dré, échevin  des  beaux-arts  de  la  ville  de 
Bruxelles  ;  quant  à  l'estime  du  public,  il  y  a 
beau  jour  qu'elle  est  réduite  à  rien  en  ce  qui 
concerne  votre  direction.  Privés  du  concours 
des  deux  hommes  qui  avaient  contribué  plus 
que  quiconque  à  donner  un  lustre  extraordi- 
naire au  théâtre  de  la  Monnaie,  vous  avez  failli 
à  toutes  les  promesses  de  votre  passé,  montré 
une  remarquable  inaptitude  à  la  charge  quasi 
publique  dont  la  confiance  du  conseil  communal 
vous  avait  honoré,  et  dans  laquelle  il  vous  a 
indûment  confirmé;  votre  direction  a  été  si 
navrante  que  la  génération  actuelle,  ne  pouvant 
s'imaginer  qu'aujourd'hui  soit  si  différent  d'hier, 
se  demande  avec  étonnement  et  incrédulité  par 
quel  miracle  vous  auriez  pu  être  autrefois  des 
directeurs  intelligents  et  artistes. 

Et  c'est  alors,  sentant  le  terrain  s'effondrer 
sous  vos  pas,  que  vous  cherchez  à  rendre  une 
cabale  responsable  de  l'échec  pareillement 
lamentable  de  toutes  vos  entreprises!  Vous 
faites  insinuer  qu'on  mène  une  campagne  contre 
vous  !  Contre  vous  ?  Allons  donc  !  Votre  pré- 
somption vous  aveugle!  On  ne  s'arme  pas 
contre  le  néant  ;  on  ne  pourfend  pas  zéro.  Vous 
n'existez  pas  pour  nous!  Voilà  tout.  Nous 
ignorons,  nous  voulons  bien  ignorer  qu'il  y  a 
un  théâtre  de  la  Monnaie  mal  dirigé,  bien  qu'il 


soit  subsidié  de  nos  deniers  de  contribuables; 
n'y  pouvant  rien  changer,  nous  nous  sommes 
fait  une  indifférence,  par  raison.  Seulement, 
il  y  a  à  cette  indifférence,  une  condition  :  c'est 
que  vous  continuiez  sans  tapage  et  sans  forfan- 
terie votre  industrie  de  marchands  de  spectacles 
pour  vieux  Messieurs  ;  c'est  que  vous  n'ayez 
pas  la  prétention  de  ra3'onner  au  delà  du 
cercle  étroit  qui  vous  est  assigné,  c'est  que  vous 
vous  absteniez  de  toucher  à  ce  qui  nous  est 
cher,  c'est  que  vous  n'appliquiez  pas  votre  in- 
compétence à  l'interprétation  de  chefs-d'œuvre 
que  vous  êtes  incapables  de  comprendre,  vous 
et  vos  chefs  d'emploi,  c'est  que  vous  subissiez,  en 
silence  et  humiliés,  la  supériorité  d'exécutions 
simplement  orchestrales  qui  devraient  être  un 
enseignement  pour  vous  et  qui  vous  portent 
ombrage  parce  que  vous  ne  pouvez  atteindre 
à  leur  perfection. 

Une  cabale!  Oui,  il  yen  aune.  Mais  c'est  celle 
de  tous  les  artistes,  de  tous  les  gens  de  goût,  de 
tous  les  amateurs  distingués,  de  tous  les  cri- 
tiques d'art  impartiaux  et  que  des  liens  d'amitié 
n'attachent  pas,  —  à  regret,  —  à  la  mauvaise 
cause  que  vous  représentez;  il  y  a  contre  vous 
la  cabale  du  public  tout  entier,  outré  de  vos 
procédés  autant  que  de  votre  inaptitude  artis- 
tique ;  il  y  a  plus  que  cela,  il  y  a  contre  vous  la 
quasi-unanimité  de  vos  propres  artistes,  chan- 
teurs et  instrumentistes,  qui  vous  lâchent  avec 
une  désinvolture  significative  dès  qu'ils  sont 
certains  de  pouvoir  manifester  leur  sentiment 
sans  se  compromettre  ! 

Il  vous  reste  un  seul  moyen  d'arrêter  les 
sifflets  qui  accueillent  la  pitoyable  comédie  que 
vous  nous  donnez  :  c'est  d'avouer  que,  cette 
fois  encore,  vous  n'avez  pas  vu  bien  clair,  et 
que  vous  vous  êtes  fourvoyés. 

Ce  sera  au  moins  un  acte  intelligent  à  l'actif 
de  votre  direction.  M.  Kufferath. 

P.  S.  —  M.  Philippe  Flon  adresse  une  lettre  à 
la  Gazette  dans  laquelle  il  dément  les  propos  qui 
lui  ont  été  attribués  et  qui  constituent  un  des  élé- 
ments du  conflit.  On  nous  permettra  de  trouver  ce 
démenti,  tout  au  moins  tardif.  Voilà  quinze  jours 
que  les  journaux  s'occupent  de  l'affaire,  rapportent 
les  paroles  qui  auraient  été  dites  par  M.  Flou  et 
c'est  seulement  aujourd'hui  qu'il  s'aperçoit  qu'on 
lui  aurait  fait  dire  autre  chose  que  ce  qu'il  avait 
pensé. C'est  étrange!  Ce  qui  l'est  plus  encore, c'est 
la  contradiction  entre  la  version  que  M.  Flon  nous 
donne  aujourd'hui  et  l'aveu  contenu  dans  la  lettre 
adressée  par  MM.  Stoumon  et  Calabresi  a  la.  Ré- 
forme et  à  la  Chronique.  M.  Flon  prétend  avoir  dit  : 
«  que  l'article  nouveau  ne  visait  ni  les  Concerts 
populaires,  ni  la  Société  de  Tournai,  ni  M.  Du- 
pont  moins   que  tout  autre  ».  Dans  leur  lettre  à 


LE  GUIDE  MUSICAL 


437 


la  Réforme  MM.  Stoumon  et  Calabresi  reconnais- 
sent «  qu'ils  avaient  voulu  se  prémunir  contre  des 
actes  de  mauvais  gré  »  faisant  ainsi  allusion  à  leur 
mensongère  affirmation  au  sujet  de  la  répétition 
des  Concerts  populaires  faite  le  jour  de  la  pre- 
mière de  Tristan. 

M.  Flon  ajoute  : 

«C'est  une  précaution  contre  toute  société  mu- 
sicale qui  disposerait  de  l'orchestre  sans  s'être 
entendue  au  préalable  avec  la  direction  pour  le 
travail  des  répétitions.  » 

Qu'est  ce  que  ce  galimatias!  Quelle  société 
pourrait  engager  l'orchestre  de  la  Monnaie  sans 
une  entente  avec  la  direction.  Voyez  vous  ces 
quatre  vingts  musiciens  subtilisés  tout  à  coup,  sans 
qu'on  s'en  aperçoive!  Passez  muscade!  il  n'y  en  a 
plus,  ni  flûtes,  ni  violons  ! 


C'est  à  pouffer  de  rire!  La  lettre  de  M.  Flon 
n'est  pas  sérieuse.  Tout  ce  que  nous  en  voulons 
retenir  c'est  qu'elle  est  —  non  un  démenti,  —  mais 
un  désaveu  des  paroles  qu'il  a  dites. 

Et  celles-ci  M.  Guidé  et  plusieurs  artistes  de 
l'orchestre  qui  les  ont  entendues,  les  maintiennent 
en  dépit  des  dénégations  de  M.  Flon.  Entre  les 
affirmations  de  celui-ci  et  celles  de  M.  Guidé,  nous 
n'hésitons  pas. 

Au  fond,  ce  que  M.  Flon  a  dit  ou  n'a  pas  dit, 
importe  peu.  L'essentiel  c'est  la  clause  de  l'en- 
gagement, et  cela  c'est  l'acte  de  mauvais  gré  et  de 
basse  rancune  que  nous  reprochons  aux  directeurs 
de  la  Monnaie 

Il  faut  qu'elle  disparaisse. 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

f  ENTRÉE  triomphale  d'Edouard  Colonne 
aux  Concerts  du  Châtelet.  Salle  comble 
^^^_,  pour  l'audition  de  la  Damnation  de 
Faust,  avec  M"^  Marcella  Pregi,  Fournets  et 
Engel  dans  les  rôles  principaux.  Entre  la  pre- 
mière et  la  seconde  partie,  plusieurs  abonnés 
des  Concerts,  étant  en  cela  les  interprètes  du 
public,  et  désirant  témoigner  à  Ed.  Colonne 
leur  satisfaction  des  succès  qu'il  a  obtenus  à 
Saint-Pétersbourg,  ainsi  que  de  l'initiative 
prise  par  lui  de  confier,  pendant  son  absence, 
le  bâton  de  commandement  à  des  chefs  tels 
que  Félix  Mottl,  Hermann  Levi  et  Ed.  Grieg, 
lui  ont  fait  remettre  une  superbe  couronne. 
Une  ovation  chaleureuse  a  été  faite  au  sympa- 
thique chef  d'orchestre.  L'exécution  de  la 
Damnation,  de  Faust  a  été  fort  belle  et  les 
solistes  ont  été  acclamés.  Edouard  Grieg  assis- 
tait au  concert,  dans  la  loge  de  M™^  Colonne. 

Au  Conservatoire,  dix-huitième  concert  de 
l'année.  La  symphonie  en  la  de  Beethoven  a 
été  exécutée  avec  cette  perfection  que  l'on  ren- 
contre seulement  au  Conservatoire  pour  l'inter- 
prétation des  œuvres  du  maître  de  Bonn.  Peut- 
être  serait-il  permis  de  regretter  la  trop  grande 
rapidité  avec  laquelle  a  été  conduit  le  finale. 
Les  chœurs  ont  fort  bien  dit  la  Nuit  du  Sabbat 
de  Mendelssohn  et  le  Fater  Noster  fa  capella) 
de  Meyerbeer.  Le  grand  succès  a  été  pour  la 
suite  en  si  mineur  de  J.-S.  Bach,  où  l'habile 
flûtiste   M.    Hennebains,    qui  marche  sur  les 


traces  de  son  illustre  devancier,  a  recueilli  des 
applaudissements  mérités.  Un  chaleureux 
acc;ueil  a  été  fait  également  à  la  Danse  maca- 
bre de    C.    Saint-Saëns,   et   à    la   Marche  de 

Tannhœtiser. 

Nous  devons  savoir  un  gré  infini  à  M.  Vin- 
cent d'Indy  d'avoir  organisé,  à  la  salle  d'Har- 
court,  dimanche  soir,  avec  le  concours  de 
M™e  Deschamps-Jehin,de  MM.  Eugène  Ysaye, 
le  grand  violoniste  belge,  Henri  Gillet  et 
Auguste  Pierret,  une  audition  des  œuvres  de 
Guillaume  Lekeu.  Ce  jeune  compositeur,  mort 
au  printemps  de  la  vie,  était  né  le  20  jan- 
vier 1870  à  Heusy  lez-Verviers  (Belgique).  II 
avait  travaillé  avec  César  Franck  et,  après  la 
mort  de  ce  dernier,  avait  terminé  ses  études 
avec  Vincent  d'Indy.  Au  concours  de  Rome 
(en  Belgique),  le  second  prix  lui  fut  décerné 
en  i8gi,  avec  le  poème  lyrique  pour  soli, 
chœurs  et  orchestre,  Andromède.  Cette  œuvre, 
couronnée  par  l'Académie  de  Belgique  (sec- 
tion des  beaux-arts),  fut  exécutée  pour  la  pre- 
mière fois  à  Verviers.  Un  air  d'Andromède  fut 
donné  le  25  décembre  1892,  au  dixième  con- 
cert populaire  de  l'Association  artistique  d'An- 
gers. Depuis  plusieurs  années,  la  famille  de 
Guillaume  Lekeu  s'était  établie  dans  la  capitale 
de  l'Anjou,  lorsque  la  mort  vint  surprendre  le 
jeune  musicien,  le  21  janvier  1894.  Il  n'avait 
que  vingt-quatre  ans. 

En  donnant,  le  21  avril  1894,  ^^^  audition 
des  œuvres  de  Guillaume  Lekeu,  dont  la  riche 
organisation  musicale  s'était  dévoilée  de  bonne 


438 


LE  GUIDE  MUSICAL 


heure,  MM.  Vincent  d'Indy,  Gabriel  Séailles, 
Carloz  Schwabe,  Maurice  Pujo  et  Henri  Gillet 
ont  fait  acte  de  cœur  et  de  haute  confraternité 
artistique.  Ils  en  ont  été  largement  récompen- 
sés par  l'accueil  plus  que  chaleureux  fait  à 
l'œuvre  et  aux  interprètes  par  les  nombreux 
auditeurs  accourus  à  leur  appel.  Le  talent 
de  Guillaume  Lekeu  s'affirme  principalement 
dans  les  compositions  pour  l'orchestre.  Aussi- 
tôt qu'il  écrit  pour  les  instruments,  il  semble 
qu'il  est  déjà  en  possession  d'une  certaine  maî- 
trise. La  note  est  austère  ;  la  conception  d'un 
grand  caractère.  L'Adagio,  écrit  pour  violon, 
violoncelle  et  quatuor  d'orchestre,  la  Deuxième 
étude  symphonique  et  la  Fantaisie  pour 
orchestre  sur  deux  airs  populaires  angevins  ont 
révélé  de  grandes  qualités.  Dans  toutes  ces 
pages, plane  un  sentiment  de  haute  mélancolie; 
on  dirait  que  le  pressentiment  d'une  mort  pré- 
maturée avait  inspiré  à  sa  muse  les  chants  les 
plus  tristes.  Par  moments,  un  écho  un  peu  trop 
retentissant  de  la  musique  wagnérienne  se 
répercute;  mais  la  personnalité  de  l'auteur 
s'affirme  aussi  très  nettement  surtout  dans 
toute  la  première  partie  de  cet  A  dagio  pour 
violon,  violoncelle  et  quatuor  d'orchestre  daté 
de  1891  et  portant  pour  épigraphe  : 
Les  fleurs  pâles  du  souvenir. 

(G.  Vanor.) 

Les  voix  émues  du  violon  et  du  violoncelle 
s'enlèvent  magistralement  sur  la  trame  orches- 
trale, dessinant  une  sorte  de  marche  funèbre. 

Il  existe  de  belles  sonorités,  des  harmonies 
très  séduisantes  dans  la  Deuxième  étude  sym- 
phonique (1890)  inspirée  par  cette  pensée  de 
Gœthe  :  «  L'éternel  féminin  nous  attire  en 
haut  ». 

Très  éclatante  de  ton,  très  mouvementée  est 
la  Fantaisie  pour  orchestre  sur  deux  airs  popu- 
laires angevins  (1892).  Une  desplusjolies  pages 
est  celle  où  les  violons  dessinent  un  trait  lié  en 
sourdine  sur  lequel  s'enlèvent  les  douces  notes 
du  hautbois.  Mais  pourquoi,  dès  la  deuxième 
partie  un  peu  trop  déveloi>pée,  avoir  fait  appel 
à  des  souvenirs  wagnériens,  qui  n'avaient  rien 
à  faire  dans  une  œuvre  conçue  avec  des  motifs 
populaires  de  l'Anjou  ? 

On  a  été  moins  satisfait  des  compositions 
pour  chant,  telles  que  Sur  une  tombe  (1892)  et 
Andromède,  poème  lyrique  de  J.  Sauvenière 
(1891).  L'élément  mélodique  est  pauvre  et  les 
contours  sont  absolument  indécis. 

La  sonate  pour  piano  et  violon  (1892)  en  trois 
parties,  a  de  belles  pages  chaleureuses,  rappe- 
lant quelque  peu  certaines  tendances  de  Joa- 
chim  Raff,  notamment  dans  sa  Sonate  chroma- 


tique ;  mais  l'abus  du  système  engendre 
forcément  la  monotonie,  surtout  lorsque  la 
concision  fait  défaut. 

Que  dire  du  talent  d'Ysaye,  si  ce  n'est  que 
c'est  la  perfection  même  ?  Il  a  été  acclamé,  rap- 
pelé à  plusieurs  reprises.  Ce  fut  un  véritable 
triomphe,  auquel  ont  été  associés  M.  Vincent 
d'Indy,  qui  dirigeait  l'orchestre  avec  la  maîtrise 
qu'on  lui  connaît,  M™^  Deschamps-Jehin,  dont 
la  belle  voix  a  fait  valoir  l'air  à' A  ndromède, 
MM.  H.  Gillet  et  A.Pierret,  qui, le  premier  dans 
l'adagio  pour  violon  et  violoncelle,  le  second 
dans  la  sonate  pour  piano  et  violon,  ont  été  les 
dignes  partenaires  d'E.  Ysaye. 

Hugues  Imbert. 


Le  concert  de  musique  russe  organisé,  mer- 
credi, à  la  salle  d'Harcourt,  par  M.  A.  Wino- 
gradsky,  président  de  la  Société  impériale  de 
musique  à  Kief,  ne  comptait  pas  moins  de 
neuf  numéros  importants,  parmi  lesquels  la 
4^  Symphonie  de  Tschaïkowsky,  qui  dure,  à  elle 
seule,  trois  quarts  d'heure.  C'est  dire  l'intérêt 
présenté  par  cette  séance  que  de  constater  la 
présence  du  public  jusqu'à  la  dernière  note, 
malgré  l'heure  avancée. 

La  4'  Symphonie  de  Tschaïkowsky  ren- 
ferme les  qualités  et  les  défauts  souvent  relevés 
de  ce  compositeur  ;  comme  la  plupart  de  ses 
œuvres,  elle  gagnerait  à  être  condensée,  réduite 
de  moitié,  tant  les  développements  se  répètent 
textuellement.  Ce  qui  manque,  c'est  la  grada- 
tion dans  l'intérêt,  car  les  idées  sont  parfois 
belles  et  la  facture  aisée.  Le  second  thème  de 
V allegro  est  bien  venu,  d'allure  véhémente; 
Vandantino  est  un  Lied  assez  lourd  et  carré, 
qui  repasse  souvent  sans  développements.  Le 
scherzo,  ionien  pizzicato,  a  beaucoup  plu  par 
son  crépitement  continu.  Le  finale  est  plutôt 
un  rondo  pour  orchestre,  car  il  ne  contient 
aucun  développement  vraiment  symphonique. 

Cosatschok,  fantaisie  de  Dargomijsky,  est 
un  morceau  coloré,  rude  et  emporté,  qui  donne 
idée  de  la  vraie  école  russe  sans  influence 
étrangère;  tandis  que  l'entr'acte  de  William 
Ratcliff  de  Cui,  plus  apprêté,  civilisé,  trahit, 
dans  le  faire  et  l'orchestration  plus  étudiée, 
l'élément  français  ;  cette  pièce  est  bien  venue  et 
d'un  beau  sentiment.  Laissons  la  Rêverie 
orientale  d'Ivanof,  un  médiocre  morceau  de 
violon  à  gammes  et  arpèges,  pour  arriver  à 
Sadko,  l'étonnante  fantaisie  de  Rimsky-Korsa- 
koff.  Nouvelle  orchestration,  dit  le  programme  ; 
pour  qui  connaît  la  facilité  surprenante  d'instru- 
menter avec  originalité  de  Rimsky-Korsakoff, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


439 


cette  indication  était  pleine  de  promesses.  Rien 
de  plus  curieux  et  d'un  goût  plus  relevé  que 
cette  fantaisie  d'orchestre  dont  le  sujet  légen- 
daire n'est  qu'un  prétexte  à  brillantes  colora- 
rations  et  nervosités  rythmiques.  Pour  notre 
part,  nous  préférons  Sadko  à  Antar,  qui  est 
plus  rude  et  moins  harmonieux  de  couleur. 
Avec  la  Fantaisie  serbe  et  des  fragments  de 
Pskovitianka,  le  tableau  musical  Sadko  carac- 
térise à  merveille  la  saveur  du  tempérament 
musical  de  Rimsky-Korsakoff. 

La  cavatine  du  Prince  Igor  a  été  chantée 
avec  goût,  quoique  un  peu  froidement,  par 
M.  Warmbrodt;  nous  croyons  nous  souvenir 
que  Borodine,  dans  une  exécution  de  ce  mor- 
ceau, avait  pris  un  mouvement  tant  soit  peu 
plus  lent  vers  la  fin.  Le  Lever  de  soleil  à 
Moscou  (prélude  de  l'opéra  K  or  an  ts  china]  de 
Moussorgsky,  très  intéressant  tableau  d'or- 
chestre, avec  des  détails  d'orchestration  très 
délicats  ;  puis  l'ouverture  de  Rousslaii  et  Lud- 
millo  du  vieux  Glinka,  de  verve  assez  vulgaire, 
terminaient  cette  belle  soirée. 

M.  Winogradsky  est  un  chef  d'orchestre  de 
grand  talent  et  de  profonde  sagacité  :  avec  un 
orchestre  recruté  en  hâte  et  peu  de  répétitions, 
il  a  su  inculquer  une  force  de  rythme  et 
d'expression  inusitée,  travail  remarquable  si 
l'on  songe  que  la  plupart  des  musiciens  russes 
sont  d'exécution  difficile  et  chargés  de  détails 
précis.  Ajoutons  que  tous  ces  morceaux  étaient 
non  encore  connus  à  Paris. 

Sans  doute  la  multiplicité  et  l'exagération 
de  gestes  démonstratifs  de  M.  Winogradsky  a 
d'abord  dérouté,  surpris  le  public  :"mais  une 
telle  chaleur  communicative  se  dégage  de  sa 
mimique,  il  vibre  à  l'unisson  avec  une  telle 
bonne  foi  que  cette  naïveté  artistique  lui  a 
conquis  toutes  les  sympathies.  Constatons  qu'il 
conduit  les  œuvres  de  ses  compatriotes  avec  un 
entrain,  une  verve  du  meilleur  aloi.  Félicitons 
sincèrement  M.  Winogradsky,  et  souhaitons 
qu'il  revienne  bientôt  nous  faire  entendre  en- 
core de  la  musique  neuve  et  intéressante. 

M.  R. 

La  Sainte  Cécile  de  M.  de  Salelles  est  une 
cantate,  tout  ce  qu'il  y  a  de  plus  traditionnel 
dans  le  genre  cantate,  malgré  cette  présomp- 
tueuse étiquette  «  drame  lyrique  »  dont  elle 
s'affuble.  L'auteur,  M.  de  Salelles,  est  un  mu- 
sicien amateur  qui  a  écrit  également  le  poème 
"de  son  œuvre  ;  cette  partition  a  cependant 
toute  la  gaucherie  et  l'allure  réminiscente  d'une 
composition  de  concours  officiel.  C'est  une 
grisaille  continue,  un    désert  de  musique  où. 


quand  on  croit  parfois  saisir  une  idée,  une 
phrase,  on  doit  bientôt  la  rejeter,  tant  elle  est 
peu  originale,  archiconnue. 

Un  prélude  très  long,  très  long,  qui  se  traîne 
sans  annoncer  rien,  ni  présenter  même  quel- 
que intérêt  de  facture.  Suit  un  chœur  en  pseudo- 
style d'oratorio  avec  tentative  d'écriture  clas- 
sique; la  même  mesure  à  quatre  temps,  mode- 
rato, sévit  depuis  le  commencement,  mesurant 
l'ennui.  Le  tableau  finit  sur  une  sorte  de 
serment  dans  le  genre  opéra  avec  tout  le  redon- 
dant et  la  boursouflure  qu'il  comporte;  un 
chœur  de  soldats,  orphéonique  au  superlatif, 
avec  des  appels  de  trompettes,  fossiles,  et  une 
marche  qui  rappelle  fâcheusement  la  marche 
danoise  de  VHanilet  de  Thomas. 

Au  deuxième  tableau,  un  chœur  de  prê- 
tresses sans  caractère  ;  la  marche  qui  suit  est 
plus  triomphale  que  nuptiale,  un  chœur  de 
prêtres,  —  toutes  les  basses,  — tout  à  la  Meyer- 
beer.  U épitiialanie  qui  suit  vaut  mieux,  malgré 
les  rosalies. 

Le  troisième  tableau,  qui  ne  contient  qu'un 
long  d2lO  entre  Cécile  et  Valère,  est  le  meilleur 
de  la  partition  ;  rien  de  bien  saillant  et  encore 
des  contresens  dans  l'expression  ;  un  abus  de 
formules,  la  fin  des  tirades,  trop  déclamée  et 
terminant  sur  la  tierce,  à  la  Massenet.  'L'arioso 
«  Enivrante  parole  »  repris  en  duo  ne  manque 
pas  de  charme.  Mais  le  Credo  final  à  l'unisson, 
avec  ses  progressions  harmoniques  empruntées 
à  Gounod,  est  bien  poncif. 

Le  dernier  tableau  renferme  le  meilleur  épi- 
sode musical  :  c'est  l'air  de  l'évéque  «  Je  te 
bénis  »  avec  accompagnement  de  violoncelle  : 
cela  est  bien  venu,  sans  effort,  encore  que  le 
récit  qui  précède  soit  d'une  platitude  affligeante. 
L'extase  de  sainte  Cécile  rappelle  le  Sommeil 
de  la  Vierge  :  l'analogie  de  situation  ne  justifie 
peut-être  pas  la  ressemblance  des  morceaux. 

L'appel  des  anges,  faible,  avec  un  pizzicato 
de  violon  assez  malheureux. 

Le  finale  nous  ramène  aux  plus  déplorables 
procédés  de  l'opéra.  C'est  d'un  dramatique 
sommaire,  conventionnel.  Le  chœur  u  Mort 
aux  chrétiens»,  avec  de  petites  entrées  fuguées, 
est  simplement  ridicule.  La  scène  entre  Cécile 
et  le  peuple  se  compose  d'oppositions  d'expres- 
sion attendue,  puis  une  reprise  sxiraiguë  du 
Credo.  Enfin  un  chœur  quelconque  termine 
cette  partition. 

Evidemment,  les  œuvres  de  grande  valeur 
sont  rares,  et  il  serait  déjà  très  honorable  de 
montrer  un  talent  relatif  dans  une  composition 
qui  tend  au  grand  art.  Mais  il  faut  reconnaître 
qu'il  est  d'une  ambition  déplacée,  pour  la  parti- 


440 


LE  GUIDE  MUSICAL 


tion  de  M.  de  Salelles,  de  vouloir  accéder, 
comme  il  la  prétendu,  au  programme  d'un 
grand  concert  dominical,  et  d'afifronter  le 
public. 

On  a  fait  un  joli  succès  à  Fauteur  et  à  ses 
interprètes,  M""  Blanc,  MM.  Auguez  et  Caylus. 

M.  K. 

La  légende  dramatique  Saint  Julien  l'Hospi- 
talier, tirée  du  conte  de  Flaubert  par  M.Luguet 
et  traduite  musicalement  par  M.  Camille 
Erlanger,  grand  prix  de  Rome  de  1888,  a  été 
exécutée  jeudi  dernier. 

Bien  que  sorti  de  la  classe  de  Léo  Delibes, 
M.  Erlanger  n'a  rien  emprunté  à  son  maître, 
mais  beaucoup  trop  au  système  wagnérien. 
Admirateurs  du  maître  de  Bayreuth,  nous  pen- 
sons que  celui  qui  cherche  à  s'assimiler  sa 
manière,  ses  procédés,  sa  phraséologie,  fait 
absolument  fausse  route.  A  agir  ainsi,  le  com- 
positeur perdra  le  style  qu'il  aurait  pu  avoir  ; 
il  n'arrivera  qu'à  être  un  être  impersonnel. 
Nous  crions  donc  «  gare  »  à  M.  Erlanger,  dont 
l'œuvre  renferme  de  belles  pages,  mais  dont  la 
la  personnalité  ne  s'accuse  nullement. 

Les  interprètes,  M.  et  M™"  Auguez  de  Mon- 
talant,  M.  Gibert  ont  été  remarquables,  et 
M.  Taffanel  a  fort  bien  dirigé  sa  phalange 
instrumentale. 

•f' 
Charmant  concert  donné  samedi  dernier  à 
la  salle  Erard  par  M'ie  Clodilde  Kleeberg,  avec 
le  concours  de  l'orchestie  Lamoureux.  Dans  les 
divers  morceaux  qu'elle  a  interprétés,  la  jeune 
artiste  a  dévoilé  à  nouveau  toutes  les  qualités 
de  mécanisme,  de  goût  et  de  science  musicale 
que  nous  avons  bien  souvent  signalées  et  qui 
ontjustement  établi  sa  réputation  en  France  et 
à  l'étranger. 

•f" 

Les  deux  derniers  concerts  de  la  Trompetie 
étaient  consacrés  à  la  musique  française  con- 
temporaine. 

Il  est  difficile  d'entendre  à  la  fois  un  concours 
de  solistes  plus  distingues  et  de  compositions 
plus  faibles.  M"<îs  Depecker  et  Dubois,  MM. 
Risler,  Gigout,  Auguez,  etc.,  ont  certes  dû 
leurs  succès  aux  seules  mérites  de  leur  exécu- 
tion. Citons  cependant  hors  de  pair  les  Soirs 
de  Pugno,  quatre  bien  jolies  pièces  jouées  par 
l'auteur  avec  le  charme  qu'on  lui  connaît  ; 
remarquons  deux  œuvres  de  Godard,  un  trio  en 
sol  mineur  et  le  Chœur  des  Elfes  dont  M"= 
Reine  Laurent  a  chanté  les  importants  soli 
avec  une  fort  belle  voix  mise  au  service  d'une 


excellente  méthode;  mentionnons  un  trio  (op. 
3o)  d'Emile  Bernard  dont  l'intéressante  partie 
de  piano  était  vigoureusement  enlevée  par  M. 
L  Philipp,  et  un  concerto  de  violon  (op.  2g) 
du  même  auteur,  parfaitement  exécuté  par  M. 
Remy.  Quant  à  certaines  productions  incolores 
inscrites  au  programme,  nous  n'avons  pas  le 
courage  d'en  parler  ;  elles  manquent  par  trop 
de  tout  ce  qui  pourrait  leur  valoir  les  honneurs 
de  la  critique.  Rayval 

Nous  avons  parlé  d'un  projet  de  loi  déposé  à 
la  Chambre  française,  qui  tendait  à  supprimer 
les  droits  d'auteur  et  l'autorisation  préalable 
pour  les  exécutions  musicales  gratuites.  La 
commission  extra-parlementaire  chargée  d'étu- 
dier la  question  a  accepté  la  proposition  de  la 
Société  des  auteurs  et  compositeurs,  propo- 
sition qui  consiste  à  réduire  à  un  franc  par  an 
la  somme  à  payer  pour  les  auditions  dont  la 
recette  est  nulle,  c'est-à  dire  auditions  popu- 
laires, etc.,  etc. 

De  cette  façon  le  principe  du  droit  à  payer 
est  sauvegardé.  Et  quoiqu'il  ne  soit  pas  men- 
tionné, le  principe  plus  important  de  l'autorisa- 
tion préalable  est  conservé,  coj'ons-nous,  puis- 
qu'il est  subordonné  à  l'autre.  Car  il  ne  faudrait 
pas  que  l'on  puisse,  pour  un  franc  par  an,  gal- 
vauder les  œuvres  musicales. 

Devant  l'Académie  des  beaux-arts,  section 
musicale  au  grand  complet,  car  MM.  Ambroise 
Thomas,  Reyer,  Saint- Saëns.  Massenet,  Pala- 
dilhe  étaient  présents,  l'Hymne  à  Apollon  a  été 
exécuté,  avec  accompagnement  d'armonium  et 
de  harpe. 

M.  Théodore  Reinach  a  fait  précéder  l'exé- 
cution de  la  lecture  d'un  mémoire  dans  lequel 
il  a  expliqué  les  circonstances  de  la  découverte, 
la  méthode  poursuivie  pour  la  transcription  de 
la  mélodie,  etc. 

M.  Saint-Saëns  aurait,  toutefois,  exprimé  le 
regret  que  le  rythme  à  cinq  temps  ne  fût  pas 
plus  marqué,  ce  qui  faisait  croire  tout  d'abord 
que  la  mesure  était  six-huit. 


BRUXELLES 

Le  Théâtre  de  la  Monnaie  a  clôturé  sa 
saison  d'une  façon  brillante,  «  grâce  à  M.  Ernest 
Van  Dyck  »,  comme  le  constate  notre  émi- 
nent  confrère  M.  Ed.  Fétis  dans  VIndépen- 
dance  belge.  «  Grâce  à  Ernest  Van  Dyck  « 
est  sévère,  mais  juste.  Sans  Van  D3'ck,  c'eût  été 
lamentable.   M.  Fétis  ne  le  dit  pas,  mais  il  le 


LE  GUIDE  MUSICAL 


4U 


donne  à  penser,   en  quoi  nous  sommes  tout  à 
fait  d'accord  avec  lui. 

Cette  apparition  d'Ernest  Van  Dyck  au 
Théâtre  de  la  Monnaie  est,  chose  invraisem- 
blable, la  première  qu'il  ait  faite  en  Belgique 
comme  artiste  de  théâtre.  Depuis  dix  ans,  il  est 
célèbre,  fêté,  choyé,  acclamé  partout;  il  n'avait 
encore  paru  sur  aucune  scène  de  Belgique. 
Décidément  nul  n'est  prophète  en  son  pays. 
Je  me  souviens  encore  des  impressions  que 
j'emportai  de  l'unique  et  inoubliable  représen- 
tation de  Lohengrin  à  l'Eden-Théâtre  sous  la 
direction  de  Lamoureux  en  1887,  dans  laquelle 
Van  Dyck  fit  ses  débuts  à  la  scène.  Il  était 
déjà  très  haut  coté  comme  chanteur  de  con- 
certs ;  il  n'avait  pas  encore  paru  sur  les 
planches.  Mais  quelle  maîtrise,  quelle  aisance, 
quelle  sûreté  dès  les  premiers  pas  !  Cela  tenait 
du  prodige.  Dès  mon  retour,  j'en  parlai  avec 
enthousiasme  à  Dupont  et  à  Lapissida,  qui 
étaient  alors  directeurs  de  la  Monnaie.  La 
Walkyric  était  en  préparation.  Van  Dyck  eût 
été  le  Siegmund  rêvé.  Il  était  libre,  puisque 
Lamoureux  ne  continuait  pas  son  exploitation 
de  l'Eden.  On  parla  d'engagement.  Malheu- 
reusement l'entente  ne  put  se  faire.  Dupont  et 
Lapissida  avaient  déjà  le  ténor  Engel.  Il  s'en 
fallut  de  quelques  billets  de  cent  francs  que 
l'affaire  ne  fut  conclue.  Dupont  et  Lapissida 
hésitèrent.  Ils  eurent  tort,  car  l'an  d'après 
Van  Dyck  s'en  allait  vers  Carisruhe  étudier 
l'allemand  et  les  rôles  wagnériens  avec  Félix 
Mottl,  l'incomparable  évocateur  des  grandes 
figures  héroïques,  et  deux  ans  après  ayant  dé- 
buté à  Bayreuth  dans  Parsifal,  avec  quel 
éclat,  on  le  sait,  il  signait  un  engagement 
avec  l'Opéra  de  Vienne,  où  il  est  demeuré 
depuis  le  primo  tenore  assoluto  que  tout 
auteur  rêve  d'avoir  pour  interprète  d'une 
partition  nouvelle.  Quelle  gloire  c'eût  été  pour 
la  direction  Dupoi^t  et  Lapissida  d'avoir,  à  côté 
de  la  Melba,  découvert  et  mis  en  valeur  Ernest 
Van  Dyck ! 

Par  un  juste  retour,  c'est  dans  ce  même  rôle 
de  Lohengrin  qu'il  eût  dû  jouer,  en  1887,  à 
Bruxelles,  après  son  remarquable  début  chez 
Lamoureux,  que  M.  Van  Dyck  s'est,  pour  la 
première  fois  montré  au  Théâtre  de  la  Mon- 
naie,-— sept  ans  après.  Et,  comme  on  devait  s'y 
attendre,  il  a  enthousiasmé  la  salle  par  la  cha- 
leur et  l'animation  de  son  chant,  par  l'incom- 
parable netteté  de  sa  diction,  par  l'ampleur  et 
la  beauté  du  geste,  par  la  justesse  du  senti- 
ment, parla  sûreté  dans  le  dessin  de  la  phrase 
musicale,  par  toute  la  compréhension  de  ce 
rôle  de  Lohengrin  si  complexe  en  ses  nuances 


et  si  varié  en  ses  attitudes.  On  en  a  vu  enfin 
une  interprétation  selon  le  vœu  de  l'auteur, 
s'astreignant  à  l'expression  vivante  et  mouve- 
mentée des  situations  du  drame,  ne  cherchant 
pas  l'effet  dans  \ebel  canto  des  parties  lyriques, 
mais  comprenant  le  personnage  dans  sa  totalité, 
l'œuvre  dans  son  intégralité,  poème  et  musique, 
ne  séparant  pas  celle-ci  de  celui-là,  ni  celui-là 
de  celle-ci.  Imaginez  ce  que  serait  l'ouvrage 
compris  de  même  par  tous  et  nuancé  par  tous 
avec  un  art  pareil  en  toutes  ses  parties,  de 
quel  éclat  rayonnerait  alors  cette  œuvre  d'urt 
lyrisme  si  exubérant  !  Nous  le  verrons,  sans 
doute,  rendu  de  la  sorte,  approchant  tout  au 
moins  de  son  idéalité,  cet  été,  au  théâtre  de 
Bayreuth.  En  attendant  ce  régal,  le  Lohengrin 
de  M  Van  Dyck  nous  a  donné  tout  au  moins 
un  aperçu  de  l'œuvre,  et  il  est  à  espérer  que 
directeurs,  acfeurs,  régisseur  auront  noté  quel- 
ques-unes des  nuances  de  jeu  et  d'accent  dont 
M.  Van  Dyck  a  marqué  ce  rôle  généralement 
si  affadi  par  nos  ordinaires  ténors. 

M.  Van  Dyck  a  paru  aussi  dans  le  rôle  de 
Werther  qu'il  a,  on  le  sait,  créé  à  Vienne,  il  y  a 
trois  ans.  Il  n'y  a  pas  fait  une  moins  vive  im- 
pression que  dans  Lohengrin.,  encore  que  nous 
le  préférions  dans  ce  dernier  rôle,  auquel  sa 
haute  stature,  son  large  geste  conviennent 
assurément  mieux.  Ce  qui  a  particulièrement 
intéressé  dans  son  interprétation  de  Werther, 
c'est  la  variété  des  nuances.  M.  Leprestre 
faisait  un  personnage  sombre  et  agité  dès  le 
début.  M.  Van  Dyck,  en  passantavec  de  saisis- 
santes nuances  de  la  joie  de  vivre  à  la  désespé- 
rance, en  marquant  fortement  la  jalousie  et  le 
croissant  désir  de  la  mort,  donne  du  person- 
nage une  interprétation  plus  naturelle  et  plus 
vivante  ;  les  luttes,  les  hésitations,  les  retours, 
les  emportements  de  cette  âme  blessée  sont 
exprimés  avec  une  intensité  de  relief  dont  les 
précédentes  exécutions,  si  louables  qu'elles 
eussent  été,  ne  donnaient  pas  le  soupçon.  Ce 
qui  n'est  pas  le  moins  admirable,  c'est  la  sou- 
plesse de  l'artiste,  qui  passe  avec  tant  d'aisane 
du  ton  héroïque  au  ton  naturel  du  drame  bour- 
geois. Cela  a  beaucoup  étonné  ici.  En  Alle- 
magne, le  fait  est  moins  rare.  On  ne  cantonne 
pas  les  chanteurs,  comme  en  France,  dans  des 
emplois  déterminés  qui  finissent  par  imprimer 
à  tout  leur  jeu  un  caractère  uniforme  et  con- 
ventionnel :  tout  artiste  doit  pouvoir  paraître 
dans  les  rôles  les  plus  opposés. 

Il  y  a  là,  je  crois,  un  système  excellent  et  qui 
non  seulement  est  tout  à  l'avantage  du  dévelop- 
pement artistique  des  chanteurs,  mais  encore 
très  favorable  à  la  liberté  des  compositeurs  trop 


442 


LE  GUIDE  MUSICAL 


souvent  retenus  par  les  traditions  de  «l'emploi  » 
pour  lequel  ils  composent  un  rôle. 

Ainsi  cette  double  incarnation  de  M.  Van 
Dyck  à  la  scène  de  la  Monnaie  a  donné  lieu  à 
des  comparaisons  et  à  des  observations  à  retenir 
à  bien  des  points  de  vue.  Et  MM.  Stoumon  et 
Calabresi  n'auront  pas  eu  à  s'en  plaindre  au 
point  de  vue  de  la  recette,  leur  unique  souci. 
M.  Van  Dyck  a  fait  salle  comble,  malgré  le  prix 
doublé  des  places.  Cela  suffit  aux  yeux  de 
MM.  Stoumon  et  Calabresi  pour  qu'il  soit  un 
grand  artiste  et  ils  le  rengageront  bien  certai- 
nement. 


Aux  Galeries,  très  grand  succès  pour  Cousin 
et  Cousine,  VoTpéreiie  vaudeville  de  MM.  Or- 
donneau  et  Keroul,  musique  de  C.  Serpette. 
La  vogue  n'a  fait  que  croître  depuis  la  pre- 
mière, et  l'amusante  partitionnette  est  rapide- 
ment devenue  populaire.  M.  Maugé  a  de  nou- 
veau fait  grandement  les  choses.  Décors 
charmants,  costumes  coquets  et  soignés,  jolis 
minois  côté  cour  et  côté  jardin.  M™^  Bouit, 
espiègle  et  bonne  diseuse,  fait  une  cousine 
charmante.  M""^  Aciana  nous  est  revenue  am- 
plifiée. Elle  chante  des  couplets  qui  sont  applau- 
dis et  bissés  chaque  soir.  M™es  Duberny,  Saint- 
Ange,  Roche-Laujy  entourent  bien  Mme  Bouit. 
Du  côté  des  hommes  à  citer  :  M.  Lespinasse, 
toujours  drôle;  M .  Leroux,  un  vieux  gâteux  d'un 
comique  intense  ;  et  MM.Vautier,  Gray  et  Cas- 
telain.  Cousin  et  Cousine  aura  longue  vie  aux 
Galeries.  N.  L. 

L'abondance  des  matières  nous  a  empêché 
de  parler  en  temps  la  dernière  leçon  du  cours 
d'histoire  du  piano  donné  par  M.  Wallner  chez 
M"e  Pauline  De  Smet.La  soirée  était  consacrée 
à  Robert  Schumann,  dont  M.  Wallner  a  parlé 
avec  une  érudition  très  admirée.  Il  a  d'abord 
initié  le  public  à  l'existence  agitée  du  maître,  à 
sa  vie  d'étudiant  à  Leipzig  et  à  Heidelberg,  à 
son  mariage  avec  Clara  Wieck  et  à  la  fonda- 
tion du  Neue  Zeitschrift  fur  Musik  en  1834, 
une  des  grandes  dates  de  l'histoire  du  roman- 
tisme musical,  —  ce  romantisme  dont  les 
œuvres  de  Schumann  sont  la  plus  pure  efflores- 
cence.  Il  a  fait  connaître  aussi  Schumann  dans 
la  double  personnification  d'Eiisebius  et  de 
Florestan  ;  la  première  figure  donnant  l'allure 
mâle  et  intellectuelle  du  maître  de  Zwickau, 
Florestan  étant  le  Schumann  féminin  et  senti- 
mental. 

Il  a  prouvé  dans  la  péroraison,  l'influence 
que  les  conférences  de   Thibaut,  les  écrits  de 


Henri  Heine  et    de  Jean  Paul  ont  exercée  sur 
le  compositeur. 

M"«  Hœberechts  a  exécuté  Kreisleriana, 
Nocturne  (op.  23),  Novelette  (op.  21)  et  Varia- 
tions symphoniques  (op.  12)  de  Schumann 
avec  son  talent  habituel,  un  grand  souci  des 
nuances  et  une  correction  parfaite.  Le  nom- 
breux public  a  justement  applaudi  l'excellente 
interprète  et  l'intéressant  orateur.  En  somme, 
séance  qui  a  dignement  clôturé  la  seconde 
année  du  cours  d'histoire  du  piano. 

Rappelons  que  vendredi  a  lieu  la  clôture  de 
la  saison  des  Concerts  populaires.  Programme 
la  Damnation  de  Faust  de  Berlioz.  La  répéti- 
tion générale  aura  lieu,  le  jeudi  soir,  à  8  heures, 
au  théâtre  de  la  Monnaie. 

Notre  excellent  collaborateur  et  ami  M.  Ed. 
mond  Evenepoel  vient  de  recevoir  la  croix  de 
chevalier  de  l'ordre  de  Léopold  de  Belgique. 
Toutes  nos  félicitations,  auxquelles  se  joindront 
sans  doute  celles  de  nos  lecteurs. 

Le  cercle  choral  YEcho  du  Peuple  sous  la 
direction  de  M.  Weyts,  donnera  le  samedi 
12  mai,  à  g  heures,  en  la  salle  de  la  Brasserie 
flamande,  la  répétition  générale  des  chœurs 
qu'il  exécutera  au  concours  international  de 
Charleroi. 


CORRESPOND  A  NCES 

ANVERS.  —  Le  dernier  concert  de  la  So- 
ciété de  Symphonie  a  eu  lieu  jeudi  devant 
une  salle  archiconible.  M.  Giani  est  fort  adroit 
dans  le  choix  de  ses  solistes.  Cette  fols,  il  nous  a 
présenté  le  violoniste,  M.  Tivadar  Nachez,  dont  la 
réputation  est  devenue  européenne.  C'est  sans 
doute  à  la  présence  de  ce  remarquable  artiste  que 
nous  devons  la  première  audition,  à  Anvers,  de 
la  Fantaisie  écossaise  de  Max  Bruch.  Composition 
intéressante,  écrite  dans  un  beau  style  et  offrant 
bien  des  ressources  au  soliste. 

Ajoutons  que,  dans  ses  soli,  M.  Nachez  s'est 
montré  un  virtuose  de  tout  premier  ordre  ;  son  jeu 
est  d'une  pureté  rare  et  d'une  grande  élasticité. 
Dans  son  interprétation  d'une  étude  en  octaves 
de  Paganini  et  d'un  scherzo  fantastique  de  Bazzini, 
il  a  transporté  le  public  jusqu'au  délire. 

M"'-'  Flament  a  dit  de  sa  jolie  voix,  les  strophes 
de  Roméo  et  Juliette,  de  Berlioz  et  le  chant  de  Dalila, 
de  Saint-Saëns.  Bonne  méthode  et  organe  sympa- 
thique. 

Le  deu.xième  acte  d^Orphée,  avec  ladite  artiste 
comme  soliste  et  les  membres  de  la  Société 
Amphion  pour  la  partie  chorale,  a  produit  grand 
effet.  Il  faut  vraiment  remercier  M.  Giani  de 
l'heureuse  idée  qu'il  a  eue  de  nous  faire  entendre 
ce  fragment  du  chef-d'œuvre  de  Gluck. 


LE  aUIDE  MVSICAl 


443 


Nous  voudrions  en  dire  autant  pour  le  fragment 
du  Crépuscule  des  dieux,  si  les  pitoyajiles  entrées 
des  cors  n'étaient  venues  troubler  l'effet  de  l'en- 
semble. L'exécution  de  l'ouverture  de  Taiiiilttsuser 
a  été  ]ilus  fondue.  Le  chant  des  pèlerins,  que  nos 
orchestres  prennent  toujours  trop  vite,  a  été  dit 
dans  le  style  indiqué  par  le  caractère  de  l'œuvre 

Notre  Kwartel-Kapel  a  clôturé  sa  première 
saison  par  une  séance  dédiée  à  l'école  russe.  Au 
programme,  l'admirable  quatuor  de  Tschaïkowsky 
et  le  sextuor  de  Davidoff,  œuvres  qui  ont  reçu,  de 
la  part  de  nos  jeunes  artistes,  une  exécution 
soignée. 

M""  Eeckels,  une  élève  de  notre  Ecole  de  musi- 
que, nous  a  fait  entendre  des  mélodies  de  Rimsky- 
Korsakow  et  Borodine.  Les  compositeurs  russes, 
d'une  autorité  incontestée  dans  leurs  productions 
symphoniques,  se  montrent  d'une  infériorité  abso- 
lue dans  leurs  mélodies,  fortement  empreintes  d'un 
cachet  de  mièvrerie  qui  se  ressent  fort  de  l'in- 
fluence de  Massenei. 

Nous  avons  assisté  à  une  répétition  de  la  can- 
tate le  Génie  de  h  Pairie  qui  sera  exécutée  à 
l'ouverture  de  notre  Exposition.  L'œuvre  de  Peter 
Benoit  fut  écrite  pour  l'Exposition  de  iSSo,  à 
Bruxelles,  où  elle  reçut  un  accueil  enthousiaste. 
Dans  l'immense  salle  des  fêtes  de  notre  Exposi- 
tion, la  sonorité  de  cette  masse  compacte  d'exécu- 
tants est  aussi  fondue  qu'agréable.  La  marche 
triomphale  qui  termine  l'œuvre  porte  bien  la 
marque  d'originalité  et  de  grandeur  dont  sont 
empreintes  les  productions  du  maître  flamand. 

A.   'W. 


DRESDE.  —  Chaque  année,  la  fête  du  roi 
Albert  donne  lieuà  des  distributions  de  titres. 
Le  ténor  Anthes  et  le  baryton  Perron  viennent 
d'être  nommés  «  Kammersaenger  ».  M.  Feigerl, 
un  des  premiers  violons  de  l'orchestre  royal  a  été  dé- 
coré de  l'ordre  «Albrechtkreuz»  de  deuxième  classe. 
C'était  un  hommage  bien  dû  à  leur  mérite.  L'empe- 
reur d'Allemagne,  en  personne,  a  présidé  la  parade 
militaire,  et  son  arrivée  à  Dresde,  a  été  saluée  par 
d'enthousiastes  hourras.  Dans  ces  occasions,  la 
marche  des  Folkunger,  l'opéra  populaire  d'Edmond 
Kretschmer,  est  toujours  exécutée,  et  ses  mélodies 
sont  répétées  par  la  foule. 

Le  même  jour,  notre  éminente  maîtresse  de 
chant,  M""  Haenisch,avait  son  audition  d'élèves,  — 
saison  de  printemps.  Très  biillant  programme, 
comme  toujours,  où  nous  relevons  la  Traviata, 
Faust,  Don  Juan,  les  Mousquetaires,  Orphée,  et  divers 
Licder.  Le  bouqtiet  a  été,  sans  contredit,  la  bluette 
de  Delibes,  les  Filles  de  Cadix,  interprétée  en  fort 
agréable  français  par  une  jeune  femme  norwé- 
gienne,  dont  la  voix  expressive  et  bien  conduite 
n'est  pas  le  moindre  attrait  de  son  salon,  que  fré- 
quente d'ailleurs  une  société  d'élite.  Sa  sœur, 
M""  Lalla  Wiborg,  a  dit  avec  charme  deux  Lieder 
de  Jensen  et  de  Hartmann.  La  gracieuse  canta- 
trice aura  toujours  du  succès  dans  ce  répertoire 


qui  convient  à  sa  nature  rêveuse,  A  Christiania, 
d'où  elle  est  revenue  ces  jours  derniers,  on  lui 
avait  réclamé  un  concert  composé  exclusivement 
de  Lieder. 

Samedi  passé,  la  salle  du  Musenhaus  était  com- 
ble pour  entendre  le  couple  Lillian  et  Georg  Hen- 
schel.  Un  duo-bouffe  de  Paisiello  et  celui  de  Don 
Pasquale  ont  soulevé  une  tempête  d'applaudisse- 
ments. Méthode  parfaite,  grâce,  vivacité  simpli- 
cité dans  les  effets,  diction  nette,  voix  pure  aux 
harmonies  caressantes,  c'en  est  assez  pour  expli- 
quer le  genre  d'impression  que  produit  M""'  Hen- 
schel.On  ne  souhaiterait  point  que  sa  voix  eût  un 
plus  grand  volume,  elle  est  si  bien  proportionnée  à 
la  personne.  Pour  que  sa  prononciation  française 
fût  tout  à  fait  juste,  il  faudrait  peu  de  travail  à  cette 
excellente  artiste.  Les  quelques  fautes  que  nous 
avons  remarquées  nous  confirment  dans  l'opinion, 
déjà  souvent  exprimée,  qu'un  Français  seul  ou  un 
maître  ayant  une  longue  pratique  en  France  peut 
enseigner  ces  importantes  nuances  d'accentuation 
dont  la  finesse  échappe  forcément  aux  étrangers. 
M.  Henschel  a  accompagné  sa  femme  avec  un 
rare  talent. 

Plusieurs  reprises  à  l'Opéra  :  Marina,  oùM""^  von 
Chavanne  a  conquis  tous  les  suffrages;  le  Templier 
et  la  Juive,  de  Marschner,  et  pour  le  premier  mai, 
Tristan  et  Iseult.  Quant  aux  deux  nouvelles  parti- 
tions du  compositeur  Gramraam,  elles  ont  été  ren- 
voyées à  la  saison  prochaine.  Alton. 

LIEGE.  —  C'est  avec  le  concours  précieux  de 
l'excellent  professeur  à  votre  Conservatoire, 
M.  D.  Demest,  que  se  clôturaient  les  séances  de 
iTiusique  de  chambre  organisées  par  les  sérieux  et 
méritants  artistes  ayant  pris  titre  :  le  Quatuor 
liégeois.  Auditoire  rapidement  conquis  par  le 
parfait  chanteur,  passant  du  style  contenu  de 
l'admirable  air  de  Riiialdo  de  Haendel  aux  déli- 
cieuses compositions  de  vieux  maîtres  :  Aria  de 
Caldara  et  Serenata  de  B.  Bassani,  et  y  imprimant 
la  flexibilité  sonore  du  bel  art  italien  et  ses 
nuances  caressantes  et  pénétrantes  ,  M.  Demest, 
dans  la  seconde  partie  de  cette  séance  intéressante, 
nous  réservait  de  faire  admirer  sa  diction  parfaite 
dans  le  spirituel  air  d'une  Folie  de  Méhul  et  dans 
deux  charmants  couplets  du  même  gracieux  auteur, 
réclamés  à  la  suite  d'ovations  léitérées  et  juste- 
ment méritées.  L'accompagnement  de  ces  œuvres 
de  caractère  si  divers  était  réalisé,  au  piano,  avec 
le  soin  et  le  goût  habituels  chez  M"»  J.  Folville. 

Le  quatuor  à  cordes  en  sol  majeur  op.  77  de  T. 
Haydn,  exécuté  d'alerte  façon  par  nos  quartettistes 
ouvrait  la  soirée.  Y  succédait,  après  M.  Demest, 
l'étincelante  fantaisie  M«yc/;wSîW«y de  R.Schumann 
pour  piano  et  alto,  rendue  avec  élan,  fantaisie  et 
passion  par  MM.  Maasz,  un  des  remarquables 
élèves  de  C.  Thomson,  fort  habilement  secondé  par 
MU'  J.  Folville.  Le  superbe  et  génial  quatuor  en  sol 
mineur  pour  piano  et  archets,  op.  25  de  J.  Brahms, 
réunissait  dans  une  parfaite  communauté  de  sen- 


444 


lt:  gvide  musical 


timent  et  d'exécution  M""  J.  Folville,  MM.  D, 
Geminick,  M.  Maasz  et  A.  Vantyn.  Dans  cette 
œuvre  considérable,  se  sont  affirmés  de  brillante 
façon  les  progrès  réalisés  par  ces  artistes  zélés 
dans  la  difficile  musique  concertante.  Aussi  esti- 
mons-nous que  l'hiver  prochain  nous  ramènera 
cette  excellente  réunion  musicale  à  laquelle  nous 
devons  de  vives  et  hautes  jouiisanccs. 

Pendant  l'été,  l'intérêt  musical  ne  sera  pas  sus 
pendu  en  notre  ville,  car  la  Société  d'Acclimatation 
offl-e,  cette  annéç,  à  ses  abonnés  et  au  public  lié- 
geois, des  concerts  quotidiens  par  son  complet 
orchestre  de  symphonie  composé,  comme  pré- 
cédemment, de  nos  meilleurs  instrumentistes. 

La  direction  de  ces  concerts  sera  partagée 
entre  M  O.  Dossin,  le  chef  attitré  de  la  société, 
et  l'habile  corniste  M.  Lejeune,  dont  le  Guide  Mu- 
sical a.  eu.  VoccAsion  de  faire  souvent  l'éloge  dans 
ces  derniers  temps  A.   B.   O. 


Revue  des  Revues 


Dans  la  Revue  de  Paris,  M.  Catulle 
Mendès  vient  d'examiner  une  question 
d'actualité,  à  savoir  qu'elle  est  l'œuvre 
de  Wagner  qui  doit  succéder  à  l'Opéra 
de  Paris  à  la  Walkyrie,  et  il  conclut  en 
faveur  de  Tristan.  La  chose  est  d'ailleurs 
décidée,  on  le  sait.  Mais  à  ce  propos, 
M.  Catulle  Mendès  se  plaint  non  sans 
raison  de  l'insuffisance  des  chefs  d'orchestre. 

Parmi  nos  chefs  d'orchestre,  j'entends  parmi 
ceux  que  leur  notoriété  déjà  ancienne  désigne 
au  choix  des  directeurs,  —  il  n'y  en  a  pas  un 
seul  qui  soit  en  effet  capable  de  diriger  un 
drame  musical  de  Richard  Wagner,  selon  la 
conception  du  Maître  et  le  sens  de  l'œuvre. 

Cette  parole,  je  le  sais  bien,  semble  mal- 
séante. Quoi!  il  existe  en  l'Vance,  glorieuse- 
ment vieillis  dans  l'amour  et  dans  l'étude  de 
tant  de  musiques  anciennes  et  modernes,  des 
maîtres  de  chapelle  qui,  par  leur  merveilleuse 
façon  d'exprimer  Bach,  Mozart,  Beethoven, 
Berlioz  et  Wagner  lui-même,  ont  mérité  non 
seulement  l'admiration  de  notre  pays,  mais 
l'estime  de  toute  l'Europe  artiste,  —  et  aucun 
n'aurait  en  lui  l'art  de  diriger  Parsifal  ou  le 
Crépuscule  des  Dieux  ? 

Aucun. 

Je  n'excepte  même  pas  celui  qui,  salué  de  nos 
acclamations  reconnaissantes,  a  consacré  toute 
sa  force,  tout  son  admirable  zèle  et  une  notable 
partie  de  sa  fortune  à  répandre  par  d'irrépro- 
chables concerts  la  Bonne   Nouvelle  wagné- 


rienne.  En  continuant  avec  une  volonté  jamais 
détournée,'  un  méthodique  enthousiasme  et 
une  compétence  toujours  grandie,  l'apostolat 
inauguré  par  Pasdeloup,  qui  fut  un  musicien 
médiocre  et  un  fervent  initiateur,  M.  Charles 
Lamoureux  a  mérité  la  gratitude  non  seule- 
ment des  wagnéristes,  mais  de  tous  ceux  que 
tourmentait  l'inconscient  besoin  d'un  Beau 
nouveau.  Ce  me  serait  une  grande  peine  qu'il 
se  chagrinât  de  la  réserve  que  je  suis  obligé  de 
faire  même  à  son  égard.  Heureusement,  il  ne 
fera  qu'en  sourire.  Cependant,  je  suis  convaincu 
de  dire  vrai  en  affirmant  que  si  M.  Charles 
Lamoureux,  avec  une  science  qui  atteint  la 
perfection  mais  qui,  hélas  !  —  comme  disait 
Frederick  à  propos  de  Mademoiselle  Rachel,  — 
ne  la  dépasse  pas,  nous  a  donné  dans  sa  pléni- 
tude et  sa  hauteur,  non  toutefois  avec  l'éclair 
qui  tremble  à  la  cime,  tout  ce  qu'il  y  a  de  mu- 
sique en  l'œuvre  wagnérienne,  il  est  demeuré 
impuissant  à  nous  en  communiquer  la  poésie 
et  le  drame.  Car  il  faut  toujours  le  répéter  et 
le  répéter  encore,  même  à  ceux  qui  eux-mêmes 
le    proclament,  beaucoup  le    disent   et   le 

croient  sans  le  sentir,  —  Richard  Wagner,  en 
même  temps  qu'un  musicien,  est  un  poète.  A 
mieux  dire,  il  est  un  poète  qui,  pour  exprimer 
la  pensée  et  la  passion,  se  sert  du  double  moyen 
poétique  et  musical,  mystérieusement  fondu  en 
une  seule  réalisation.  Quiconque  ne  le  com- 
prend pas  ainsi  et  ne  l'interprète  pas  selon  cette 
compréhension,  ne  le  comprend  pas  en  effet  et 
par  suite  ne  l'interprète  pas.  Pour  diriger  la 
partie  orchestrale  de  son  œuvre,  il  ne  faut  pas 
seulement  être  un  artiste  capable  de  s'assimiler 
Bach,  Haydn,  Beethoven,  il  faut  être  un  esprit 
intuitif  d'Eschyle,  de  Shakespeare,  de  Cor- 
neille, d'Hugo.  Il  faut,  surtout,  être  un  tel 
esprit  !  il  faut  exprimer  le  poème  par  les  moyens 
instrumentaux,  comme  Richard  Wagner  a  été, 
par  la  musique,  le  réalisateur  de  l'idéal  poé- 
tique. 

Et  M.  Catulle  Mendès  rappelle  à  ce  pro- 
pos une  anecdote  bien  topique  : 

Lorsque  par  un  choix  bienveillant,  les  direc- 
teurs de  l'Opéra  me  confièrent  la  mission,  que 
j'acceptai  avec  crainte,  de  raconter  VOr  du 
Rhin  au  public  en  manière  de  préface  de  la 
Walkyrie,  cette  circonstance  me  mit  en  rela- 
tions suivies  avec  un  des  meilleurs  chefs  d'or- 
chestre de  notre  pays,  camarade  ancien  d'ail- 
leurs. Nous  parlâmes  de  V Anneau  du  Nibe- 
Iniig,  et  comme  je  m'abandonnais  à  mon 
admiration  avec  l'enthousiasme  persistant  de 
ma  vieille  jeunesse,  ce  chef  d'orchestre  me  dit, 
l'œil  un  peu  étonné  :  «  Alors,  vraiment,  vous 
croyez  que  Richard  Wagner  est  un  grand 
poète?  »  Eux,  ils  ne  le  croient  pas!  Non,  ils  ne 
le  croient  pas.  Et  voilà  d'où  vient  tout  le  mal. 
Ils  ont  beau  avoir  vu,  à  Bayreuth,  à  Munich, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


445 


à  Paris,  toute  la  foule  battre  et  s'exalter  d'une 
émotion  qu'aucune  musique  jusqu'alors  ne  lui 
avait  causée,  ils  ont  beau,  cette  émotion  neuve, 
la  subir  eux-mêmes,  ils  ne  la  croient  due  qu'à 
la  seule  musique,  qu'à  l'art  qui  est  le  leur  ;  ils 
ne  se  rendent  pas  compte  qu'elle  émane  invin 
ciblement  —  car  il  faut  radoter  toujours  la 
même  chose  puisqu'on  ne  veut  pas  l'entendre 
une  bonne  fois,  —  qu'elle  émane  du  plus 
ardent  des  foyers  poétiques  qui  aient  jamais 
brûlé  en  un  être  humain,  et  que  ce  qu'ils  pren- 
nent pour  son  origine  et  pour  toute  sa  cause 
n'est  qu'un  de  ses  moyens  de  manifestation.  De 
là  les  exécutions  orchestrales  de  l'Opéra,  excel- 
lentes, mais  insuffisantes,  où  rien  ne  fait  défaut, 
mais  où  presque  tout  manque. 

C'est  exactement  ce  que  nous  pensons  de 
l'exécution  de  Tristan  et  Iseult  au  théâtre 
de  la  Monnaie.  Avec  cette  aggravation  que 
presque  tout  y  faisait  défaut  parce  que  tout 
y  manquait. 

—  Extrait  d'une  petite  revue  intitulée  Ma 
Semaine,  que  publie  à  Bruxelles  (chez  Paul 
Lacomblez)  M.Jacques  Rommelaere,etqui 
contient  quelquefois  de  fines  et  délicates 
observations,  mêlées  à  des  aphorismes 
audacieux.  C'est  une  psychologie  de  Peter 
Benoit. 

Dans  la  musique  de  Peter  Benoit  se  devine 
une  sorte  de  théâtre  qu'il  n'a  pas  fait;  un  théâ- 
tre de  cité  primitive  et  lacustre.  La  vie  de  l'eau, 
ses  effets  de  lumière,  son  écoulement  morne  et 
perpétuel  ;  le  soleil  dorant  son  onde  à  son  lever 
et  à  son  coucher,  les  grands  ciels  gris,  les  cieux 
pourpres  de  l'antique  Toxandrie,  le  courage 
héroïque  des  navigateurs,  les  huttes  de  bois  sur 
pilotis,  la  grandeur  des  paysages  préhistoriques, 
les  énormes  silences,  la  solitude  des  grandes 
mers  intérieures  ;  puis  les  barques  qui  passent, 
les  larges  clameurs  patriotiques  qui  brament 
en  répercutements  sublimes,  voilà  ce  théâtre 
invisible  de  Peter  Benoit  que  perçoit  seule 
notre  cite  intérieure,  que  nous  percevons  sous 
notre  âme,  comme  dirait  Maeterlinck. 

L'observation  est  piquante  et  juste.  De 
même  cette  autre  : 

Wagner,  et  la  musique  allemande  toute  en- 
tière, exercent  une  influence  inouïe  sur  la  vie  de 
tous  les  jours,  où  elles  sont  entrées  en  maîtresses 
absolues.  Ce  sont  eux  qui  entretiennent  le  pan- 
théisme admiratif  du  dix- neuvième  siècle,  et 
cela  d'une  façon  journalière.  Le  large  adagio 
et  la  rêverie  de  la  musique  allemande  ont  péné- 
tré avec  force  dans  la  peinture  et  jusque  dans 
le  goût.  La  littérature  en  est  beaucoup  moins 
imprégnée.  Mais  c'est  dans  la  vie  habituelle 
qu'elles  ont  semé  leur  progression  vers  la  syn- 
thèse et  la  méditation. 


NOUVELLES  DIVERSES 

M.  Ernest  Van  Dyck  a  quitté  Bruxelles  ven- 
dredi, par  l'express  d'une  heure,  pour  Paris,  où 
il  chantera,  lundi,  le  rôle  de  Lohengrin  à  l'oc- 
casion de  la  centième  du  chef-d'œuvre  de 
Wagner  à  l'Opéra.  Les  autres  rôles  seront 
tenus  par  M""=s  Caron  (Eisa  de  Brabant),  Du- 
frane  (Ortrude);  MM.  Renaud  (Frédéric  de 
Telramund),  Delmas  (le  Roi),  Douaillier  (un 
héraut). 

Sauf  pour  Ortrude  qui  fut  chanté  par 
Mme  Fierens,  c'est  exactement  la  distribution  de 
l'ouvrage  lors  de  la  première  à  l'Opéra,  qui  est 
du  i6  septembre  1891.  C'est  donc  en  moins  de 
trois  ans  que  LoJiengriit  a  atteint  sa  centième  à 
l'Opéra  de  Paris.  Bien  peu  d'ouvrages  ont  eu 
une  carrière  aussi  rapide,  et  le  fait  est  d'autant 
plus  significatif  qu'une  opposition  plus  acharnée 
avait  été  faite  à  l'exécution  de  l'œuvre  de 
Wagner  sur  un  théâtre  subventionné. 

Sigurd,  le  plus  grand  succès  de  l'Opéra  dans 
les  dix  deinières  années  a  mis  plus  de  six  ans 
à  atteindre  à  la  centième.  La  première  est  du 
12  juin  i885,  la  centième  du  21  décembre  i8gi. 

Rappelons  aussi  qu'avant  de  chanter  Lohen- 
grin à  l'Opéra,  M.  Van  Dyck  avait  déjà  chanté 
le  rôle  du  chevalier  au  Cygne  à  Paris,  lors  de 
l'unique  représentation  donnée  à  l'Eden-Théàtre 
de  la  rue  Boudreau  par  M.  Charles  Lamou- 
reux,  le  6  mai  1887. 

On  commence  à  se  préoccuper  beaucoup, 
dans  le  monde  musical  de  Paris,  de  l'élection 
qui  doit  avoir  lieu  prochainement  à  l'Académie 
des  beaux-arts  de  l'Institut  de  l'rance,  pour 
la  succession  de  Chai  les  Gounod. 

On  a  dû  lire  samedi,  en  séance,  les  lettres 
des  candidats  au  fauteuil  de  l'auteur  de  Faust. 

Voici,  à  l'heure  qu'il  est,  la  liste  des  candi- 
datures connues  :  ce  sont, — dans  l'ordre  alpha- 
bétique,—  celles  de  MM.  Théodore  Dubois, 
Gabriel  Fauré,  Léon  Gastinel,  Benjamin  Go- 
dard, Victorin  Joncières,  Emile  Pessard, 
Gaston  Salvayre  et  Ch. -Marie  Widor. 

Le  samedi  12  mai,  la  section  de  musique 
formera  parmi  ces  candidats  une  liste  de  pré- 
sentation qui  doit  comprendre  trois  ou  cinq 
noms;  à  cette  liste,  les  sections  réunies  de 
l'Académie  pourront  ajouter  trois  autres  noms. 

L'élection  aura  lieu  le  samedi  suivant. 

L'Association  universelle  Richard  Wagner 
psssède,  à  Bologne,  sa  section  la  plus  impor- 
tante et  la  plus  active.  Chaque  année,  un  grand 
concert  est  donné  dans  cette  ville,  sous  la  direc- 
tion du  professeur  Martucci,  où  l'on  n'exécute 
que  de  la  musique  du  maître  allemand. 


446 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Cette  année,  le  concert  n'a  pas  été  seulement 
instrumental  ;  le  président  de  la  section,  le  comte 
de  Salina,  a  organisé  un  festival  comprenant  les 
trois  troisièmes  actes  de  Tristan  et  Iseult,  de 
Siegfried  et  du  Crépuscule  des  dieux,  et,  de 
tous  points,  les  dilettanti  wagnériens  sont  accou- 
rus dimanche  dernier  à  Bologne. 

Le  Théâtre  Communal,  qui  est  un  des  plus 
beaux  de  l'Italie,  a  été  littéralement  pris  d'as- 
saut par  la  foule,  et  l'on  a  eu  grande  peine  à 
maintenir  au  dehors  les  curieux  qui  n'avaient 
pu  obtenir  de  place.  Les  trois  actes  de  Wagner, 
—  qui  comprennent  ses  plus  belles  pages  :  la 
Mort  d'Iseult,  le  Réveil  et  l'Holocauste  de 
Brunnhilde,  —  ont  été  littéralement  acclamés. 
On  a  porté  en  triomphe  le  professeur  Martucci, 
qui  dirigeait  les  i25  exécutants  de  l'orchestre, 
et  l'on  a  couvert  de  fleurs  M'°^  Adini,  qui  per- 
sonnifiait Iseult  et  Brunnhilde.  A  la  fin  du 
concert,  pendant  plus  d'un  quart  d'heure,  le 
public,  debout,  a  acclamé  la  cantatrice  et  le 
chef  d'orchestre,    ne  cessant  de  rappeler  et  de 


confondre  dans  une  solennelle  ovation  les  deux 
interpètes  de  Wagner. 

Le  Figaro  musical  a  cessé  de  paraître,  par 
suite  de  difficultés  survenues,  nous  dit-on,  entre 
sa  direction  et  l'administration  du  Figaro  quo- 
tidien. 

Le  centenaire  de  Palestrina  a  été  célébré 
dans  la  salle  Clémentine,  au  Vatican,  où  les 
chantres  de  la  chapelle  Sixtine  ont  exécuté  les 
plus  belles  compositions  du  célèbre  maestro. 

Le  Pape  Léon  XIII  assistait  à  cette  solen- 
nité, entouré  des  cardinaux,  des  membres  du 
corps  diplomatique  et  des  hauts  dignitaires  de 
la  cour  pontificale. 

Nouvelles  tentatives  de  théâtre  lyrique  à  Paris. 

La  première  vient  de  M.  Antoine,  l'heureux 
et  intelligent  directeur  du  Théâtre-Libre  qui  a 
rendu  de  signalés  services  aux  jeunes  auteurs 
dramatiques  en  leur  permettant  d'arriver  jus- 
qu'au public.  M.  Antoine  a  l'intention  d'user 
de  même  pour  les  jeunes  compositeurs.  La 
moitié  des  soirées  de  son  théâtre  sera  consacrée 


Paris,  A.  DURAND   et  fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 

CONCERTOS 


ARRANGES    POUR 


DEUX  PIANOS  A  QUATRE  MAINS 

ou     piano     et    or|ue 
par    CLEMENT    LORET 


Première  série 

N"  I.  en  si  bémol. 
j>    2.  en  sol  mineur. 
B    3.  en  si  bémol. 
"    4.  en  fa. 
»    5.  en  si  bémol. 
y>    6.  en  sol  mineur. 


Deuxième   série 

N°  7.  en  la  majeur. 

r>    8.  en  si  bémol. 

»    9.  en  ré  mineur. 

»  10.  en  sol  mineur. 

»  II.  en  si  bémol, 

îî  12,  en  fa. 


Chaque  concerto,  net  4  francs. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


447 


aux  opéras  inédits,  qui  seront  joués  dans  des 
conditions  de  décors  et  d'accessoires  modestes, 
évidemment,  mais  dont  on  pourra  cependant 
apprécier  la  valeur.  Par  cette  mise  en  lumière, 
même  insuffisante,  l'attention  du  public  sera 
attirée  sur  les  œuvres  marquantes,  qui  pren- 
dront place  tout  naturellement,  par  la  suite,  au 
répertoire  des  théâtres  lyriques  réguliers.  On 
sait  que  dans  son  théâtre  M.  Antoine  a  opéré 
d'importantes  réformes  en  ce  qui  concerne  le 
jeu  des  acteurs;  s'il  en  est  de  même  pour  la 
saison  d'opéra  qu'il  projette,  s'il  parvient  à 
réagir  contre  la  routine  et  les  absurdes  conven- 
tions de  scène  dans  les  œuvres  lyriques,  il 
aura  bien  mérité  des  amis  de  l'art  nouveau  ; 
car,  bien  plus  encore  qu'à  la  comédie,  les  abus 
et  les  non-sens  sévissent  au  théâtre  chanté.  Ne 
réussît-il  qu'à  modifier  dans  un  sens  plus 
rationnel,  plus  expressif,  la  mimique  des  chan- 
teurs qui  formeront  sa  troupe,  le  résultat  serait 
très  appréciable,  très  important, 

L'autre  tentative  émane  d'un  groupe  de  com- 


positeurs et  critiques  d'art  qui  a  conclu  un 
arrangement  avec  plusieurs  directeurs,  artistes 
et  chefs  d'orchestre,  de  façon  à  faire  repré- 
senter un  certain  nombre  d'œuvres  lyriques 
des  jeunes  musiciens.  Des  souscriptions  à 
quarante  francs  sont  émises  et  un  comité  est 
chargé  du  choix  des  œuvres  et  du  contrôle  de 
l'emploi  des  fonds  recueillis  et  destinés  à  sub- 
venir aux  frais  de  cette  entreprise. 

C'est  une  combinaison  analogue  à  celle  des 
«  Grandes  auditions  de  France  ». 

Ce  comité,  composé  de  MM.  Bordier,  Le 
Borne,  Coquard,  Malherbe,  Le  Senne,  Rety, 
Rosenleker,  StouUig,  Soubies  et  Wormser,  a 
organisé  dernièrement,  à  Rouen,  des  soirées 
d'abonnement  au  cours  desquelles  on  a  repré- 
senté Samson  et  Dalila  de  Saint-Saëns. 

Il  est  à  souhaiter  qu'il  soit  aussi  heureux 
cette  fois  et  découvre  une  œuvre  de  pareille 
valeur.  Dès  lors,  l'Etat  lui  devrait  logiquement 
une  subvention,  dût-on  pour  cela  rogner  celles 
des  théâtres  nationaux.  Ce  ne  serait  que  justice. 


EN  VENTE  CHEZ 

BREÎTKOPF  &  H^HTEL,  BRUXELLES 

45,     Monta§^ne    de    la     Cour,     45 
CUI,  César.  Op.  5o.  Kaléidoscope.  Vingt-quatre  morceaux  pour 


violon  et  piano 
N°^  I.  Moment  intime.    N^^  5.  Berceuse. 

2.  Dans  la  brume. 

3.  Musette. 

4.  Simple  chanson. 


à  fr.  I  25 
N°s    g    Orientale. 

6.  Notturino,  10.  Questions  et  réponses. 

7.  Intermezzo.  11.  Arioso. 

8.  Cantabile.  12.  Perpetuum  mobile. 

—  Tarantella  pour  violon  et  piano     .        .        .        .     »  i  go 

DVORACK.  Op.    94.    Rondo  pour  violoncelle  et   piano     .     net     »  5  — 
—  "Waldesruhe    ^  Klid  ".  Adagio   pour  violoncelle 

et  piano .     net     »   i  go 

GOLDMARK.  Ouverture  Sapho,  pour  piano   à  quatre  mains,  net     »  7  5o 
MATHIEU,  Emile.  Les  Bois,  chœur  pour  voix  d'enfants   avec 
accompagnement  de  piano,  chanté  par  les   élèves    des   écoles 
communales,  sous  la  direction  de  M.  Ch.  Watelle.  Partition     .     »  5   — 

Chaque  partie     »   i   — 


PIANOS  BECHSTEIN. 


PIANOS  BLUTHNER 


HARMONIUMS    ESTEY 


448 


LE  GUIDE  MUSICAL 


MAGASIN  de  musique,  avantageusement 
connu,  dans  ville  balnéaire  importante,  dé- 
sire dépôt  de  pianos  (p'  la  location),  pendant 
la  saison.  S'adresser  init.  0.  V.  bureau  du 
journal,  2,  rue  du  Congrès. 

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BRUXELLES  :  4.  rue  Latérale 
PARIS  :  13,  rue  du  Mail 


Berlin 

Opéra-Impérial.  -  Du  29  avril  au  6  mai  :  Les  Maîtres- 
Chanteurs.  Matin  de  noces.  Mara  et  Carnaval.  La 
Flûte  enchantée.  L'Africaine.  Falstaff  el  Carnaval. 
Cavalleria  rusticana  et  le  Siège  de  Greuande.  Tann- 
haeuser.  Puppenfeeet  1  Pagliacci. 

Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  Le  Marchand 
d'oiseaux. 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  3o  avril  au 
5  mai  :  Lohengrin.  Tristan  et  Iseult.  L'Attaque  du 
moulin.  'Werther.  Clôture  annuelle. 

Théâtre  des  Galeries.   —   Cousin  Cousine. 

Alcazar  royal.   —    Le   Mort. 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Pan5ramas  (grande  galerie) 

Piopriétaires  des  œuvres  de  TscliaiUoivsky,  Gottscliaik,   Prudcut,  Allaril 
des,Ar«-liiv«s   (lu   piauu   et   de  la   célèbre    .9l6tlioJc    de   piaiiu    \.    Le    4.'arpcuticr 

Seuls  dépositaires  de  l'Editiou  Cbarnot,  spécialement  consacrée  à  la  i»as)i(iue  de  violon 

CE  U  V  R  E  S 


CHARLES 

PIANO  SOLO 

Op.  44.   N'  I.    Marche 5  » 

N"  2.   Romance  sans  paroles.     .      .      .  5  » 

Op.  60.   Menuet 5  » 

Op.  70.   Prélude  d'Eloa,  extrait 3  » 

PIANO  A  QUATRE  MAINS 
Pièces  pour  le  piano  à  quatre  mains. 

N"  I.   Op.  20.  Prélude  choral 6  » 

2.  Op.  43.  Romance 5  » 

3.  Op.  75.  N»  I.  Le  Retour 6  » 

4.  N°  2.  Cortège  villageois     .      .      .  6  » 

5.  Op.  2.  Menuet. 6  » 

6.  Op.  16.  Andantino 5  » 

■7.   Op.  12.  Scherzo 9  » 

Op.   65.    Une  Sérénade,  scène   ....       Net  3  » 

Judith,  air  de  ballet,  extrait 7  5o 

MUSIQUE  VOCALE 

ORATORIOS 
Eloa,  poème   lyrique  en    cinq    épisodes,  d'après 
Alfred  de  Vigny,  par  Paul  Collin.  Parti- 
tion chant  et  piano Net  10  » 

Judith,  drame  lyrique,  poème  de  Paul  Collin  . 
Partition  piano   et  chant.  (Texte  français  et 

allemand)  . Net  12  » 

Le  poème  seul.      .      .     , Net  i  » 

Airs  extiaits  :  N"    3.  Récit  et  Air  de  Judith  .      .  5  ■> 

N"    6.  Chœur. 5  » 

N"    8.  Air d'Holopherne     .      .      .  6  » 

N°  16.  Récit  et  Prière  de  Judith  .  5  » 

N"  17.  Duo  :  Judith  et  Holopherne  9  » 


LEFEBVRE 

MÉLODIES 

Adieu,  Suzon,  chanson.  Ténor 

Berceuse,  mélodie    Mezzo-soprano       .      .   -  . 

Contemplation,  mélodie.  Mezzo-sopr.  ou  baryton 

Dans  la  steppe.  Ténor  ou  soprano.      .      .      .    '-;- 

La  Fille  de  Jephté,  arioso.  Mezzo-soprano. 

Invocation,  avec  accompagnement  de  violoncelle 
(ailib.).  Mezzo  soprano 

Légende  de  sainte  Azénor.  Mezzo-sopr.  ou  baryt. 

Pompéi,  scène.  Baryton  .  

Prière  du  matin,  mélodie.  Mezzo-soprano 

Promenade  nocturne.  Mezzo-soprano  .... 

Le  Retour  (U  Ritomo),  mélodie.  (Français  et  ita- 
lien) .  Soprano  ou  ténor 

Souvenir.  Baryton. 

"Vision,  mélodie.  Soprano  ou  ténor 

Harmonie  poétique.  Mezz  >soprano     .... 

Oublier  !  Soprano 

DUOS 

Suis  mes  pas  {Segià  0  Cara).  (Françiis  et  italien). 
CHŒURS 

Les  Anges  Gardiens,  pour  deux  voix  de  femmes 
avec  solo Net 

La  Coupe  et  les  Lèvres,  pour  deux  voix  de  femmes 
avec  solo  de  soprano Net 

Espoir,  choeur  pour   voix  mixtes   avec   solo  de 
soprano ,     .      .      .      Net 

Esther,  pour  deux  voix  de  femmes  .      .      .      Net 

Isis,  pour  deux  voix  de  femmes  ....       Net 

Salut  à  l'Harmonie,  chœur  à  quatre  voix  d'hommes 

Net   _2    ; 
N.  B.  —  Pour  ces  chœurs,  Us  voix  seules  se  vendent  sépare 

ment . 


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Alexandre  GUILMANT.  N°  i.  Scherzo,  net  :  2  fr.  N»  2.  Romance,  net  :  i  fr.  5o.  N°  3.  Berceuse 
pet  ;  I  fr.  5o.  N"  4.  Musette,  net  :  2  fr. 


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LE  GUIDE  MVSIGAL 


449 


Waux-Hall.  —  Concerts  d'été  par  l'orchestre  de  la 
Monnaie,  sous  la  direction  de  MM.  L.  Dubois  et 
Lapon. 

Concerts  populaires  (sous  la  direction  de  M.  J.  Du- 
pont. -  Vendredi  ii  mai,  à  8  h  ,  au  théâtre  de  la 
Monnaie,  4'  concert  ;  la  Damnation  de  Faust,  légende 
dramatique  d'Hector  Berlioz  :  Marguerite,  M™"  Au- 
guez  de  Montaland;  Faust.  M.  Demest;  Méphisto- 
phélès,  M.  Auguez;  Brander,  M.  Vandergoten. 

Dresde 

Opéra.  —  Du  i<"'  au  6  mai  :  Tristan  et  Iseult.  Martha. 
La  Fille  du  régiment,  Tuppenfee,  L'Africaine  (4"  acte). 
L'Ami  Fritz,  Puppenfee.  Les  Huguenots. 


Paris 

Opéra  —  Du  29  avril  au  5  mai  :  Thaïs,  la  Maladetta. 
Samson  et  Dalila,  la  Korrigane.  Salammbô.  La  Wal- 
kyrie. 

Opéra-Comique.  —  Du  28  avril  au  5  mai  :  Philémon  et 
Baucis,  la  Dame  Blanche.  Falstaff.  Fra  Diavolo  et 
Cavalleria  rusticana.  Le  Pré-aux-Clercs  .it  Phryné. 

Trocadero  —  Dimanche  6  mai,  à  2  h.  J/^.  concert  par 
l'orchestre  Lamoureux,  sous  la  direction  de  M  La- 
moureux  :  Ouverture  de  Benvenuto  Cellini  (B^rliozi; 
Marche  des  Pèlerins  iHarold),  Berlioz;  Les  Troyens 
(fragments)  :  Chasse  et  Orage,  —  Mort  de  Didon 
(Berlioz),   Didon,    M""!"  Héglon;    Introduction  de   la 


V'Léopold  MUEAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique) 

Vient  de  paraître  : 

D<^l>osî<aire  iiiii4|iic  pour  la  Belgique  de    l'Edition  Pnyne 

(partition  DK  poche  POUB  la  musique  de  CHAMBRE) 

FOL'VILLE,  J.  Atala,  opéra  en  2  actes,  partition  réduites  pour  chant  et  piano,   net  fr.  10   — 

DETH  1ER,  Gaston.  Romance  violon  et  piano        .......  3   — 

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RAGGHIANTI,  J.  Gavotte  et  musette  p^  instruments  à  cordes,  partit,  et  parties       »  3  — 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  violon  et  piano »  3   i5 

—                   Berceuse  Scandinave,  violon  at  piano       .          .          .          .          »  2  5o 

l^alvoi     franco     des     entalo^iics 


veautés  Musicales 

EN    VOIE    DE    PUBLICATION    CHEZ 

SCHOTT  FRÈRES,  éditeurs,  82,  Montagne  de  la  Cour,  Bruxelles 
OTTO  JUNNE,  éditeur,  21,  Thalstrasse,  Leipzig 


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IMPRESSIONS 

Six  pièces  originales  pour  violon  avec 
acccompap;nement    de    piano 
Noi^  I.  Simplicité. 

2.  Insouciance. 

3.  Quiétude. 

4.  Souvenir. 

5.  Mélancolie. 

6.  Allégresse. 


PIÉTRAPERTOSA 

DOUZE   TRANSCRIPTIONS 

pour  mandoline  et  piano 

GILIS,  A. 

Symphonie  d'enfants,  pour  deux 
violons  et  instruments  (mirlitons, 
triangle,  cornet),  avec  accompagne- 
ment de  piano  ou  quatuor 

Soirée  sous  bois,  valse  chantée 
(chœur  à  l'unisson  ou  solo) 


450 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Fuite  en  Egypte  (Enfance  du  Christ),  Berlioz  ;  ouver- 
ture du  Carnaval  romain  (Berlioz  ;  l'Enchantement  du 
Vendredi-Saint  (Parsifal),  Wagner;  Ouverture  du 
Vaisseau  Fantôme  (Wagner);  l'Ange,  —  Rêves, 
poèmes  (Wagner),  chanté  par  M""^  Héglon  ;  Chevau- 
chée des  Walkyrie  (Wagner);  ouverture  d'-s  Maîtres 
Chanteurs  iWagner). 

Vienne 

Opéra- Impérial.  —  Du  i"  au  8  mai  ;  Othello.  La 
Sainte  Elisabeth.  Le  Diable  au  couvent.  La  Rose  de 
Pontevedra.  Amour  de  conscrit.  Aida.  Le  Baiser. 
L'Ile  des  sirènes.  Templier  et  Juive.  Le  Baiser.  Le 
Diable  au  couvent. 

An  dek  Wien  —  Le  Carnaval  de  Rome.  Le  Mariage  à 
l'essai. 


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du  Conservatoire  royal  de  Bruxelles 

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RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

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N.  Le  KiME,    SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

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Collaborateurs 

Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.   Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

N.  Liez  -  I.  Will 

D''  Dwelshauvvers  —  Ernest  Closson 

Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

J.  Bruxet  —  A.  WiLFo:iD,  Ere,  etc. 

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journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
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40''  année  i3  et  20  Mai   1S94         .-.'uméros  20-21 


SOMMAIRE 

X.  —  L'Hymne  à  Apollon. 
Marcel  Rémy.   —  Un  impôt  sur  les  droits 
d'auteurs. 

Clironique  î)e  la  Semotiic  :  Paris  :  Concerts  Lamou- 
reux;  concert  Brahms,  par  Hugues  Lmbert.  — 
Concerts  divers. 

Bruxelles  ;  La  Damnation  de  Faust  aux  Concerts  po- 
pulaires. —  Manifestations. 

(dorrcaponbancts    :  Dresde,  Londres,  Namur. 
Nouvelles  diverses. 
Répertoire  des  théâtres 


EN  VENTE,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  l'Ecuyer; 
et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de   Ssine  ;  librairie  Flammarion. 

—  A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Haertel,  i5,  Oxford 
Street;  Schottet  C°.,  Ragent  street,  157-159. —  ALeipzig  : 
Otto  Junne. — A  Munich  :  Josef  Seiling,  fourni  de  la  cour, 
Perusastrasse.  —  A  Strasbourg  :  librairie  Ammel.  —  A 
Amsterdam,  Algemeene  Musikhaniel,  Spui,  2.  —  A  La 
Haye,  Belinfante  frères. — .\  Liège  :  M™**  veuve  Muraille, 
rue  de  l'Université.  — AAiivers:  M  Forst, place  de  Meir. 

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Ruiz  y  C",  Principe,  14.  —  A  St-PétersbDurg  ;  R  VioUet. 

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454 


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i3  et  20  Mai  1894. 


De  la  mi -m  ai  à   la  mi- sep- 
tembre, le  GUIDE  MUSICAL, 
ne  paraît  que  tous  les  quinze 
Jours. 


X'1[3\îiniK  à  Epollon 

[;a  science  moderne  suit  son  cours 
régulier;  coup  sur  coup,  les  dé- 
couvertes se  renouvellent,  s'ac- 
cumulent, se  complètent,  pour 
nous  rendre  des  trésors  d'histoire  et  d'art, 
dont  les  mines  semblent  inépuisables.  Ce 
ne  sont  pas  des  millions  perdus,  ceux  que 
les  Etats,  et  parfois  des  particuliers  comme 
Schliemann, consacrent  à  ces  explorations; 
ni  celui  qu'a  voté  le  Parlement  anglais 
pour  le  sanctuaire  d'Eleusis,  n'eût-il  rap- 
porté au  Musée  britannique  que  la  Dé- 
méter  assise;  ou  pour  le  temple  d'Ephèse, 
où  l'on  a  trouvé  cette  colonne  sculptée  au 
bas,  d'un  relief  circulaire  :  Hermès  arra- 
chant Alceste  aux  enfers;  ni  celui  que  le 
prince  Frédéric  de  Prusse  obtint  du  gou- 
vernement de  son  père  pour  des  fouilles  à 
Olympie,  quand  elles  n'auraient  mis  au  jour 
que  l'Hermès  de  Praxitèle  et  la  \"ictoire  de 
Paionios  ;  ni  encore  le  déblayement  de  la 
maison  de  Livie,  au  Palatin,  à  Rome,  qui 
nous  a  fait  connaître  les  deux  plus  beaux 
souvenirs  de  la  peinture  antique. 

La  musique  de  la  Grèce  était  aussi 
pauvre  que  sa  peinture,  et  cette  lacune 
semblait  plus  difficile  à  combler.  Sauf  le 
début  d'une  ode  de  Pindare  et  trois 
hymnes  de  l'époque  romaine,  qui  peuvent 


se  comparer  aux  fresques  de  Pompéi,  il 
fallait  se  rejeter  sur  la  liturgie  chrétienne, 
latine  et  b3"zantine,  où  l'on  pouvait  saisir 
quelques  échos  des  hymnes  païens. 

Les  fouilles  de  l'école  française  d'Athènes 
ont  commencé  à  réparer  ces  pertes.  On 
vient  de  trouver  dans  le  Trésor  d'Athènes, 
bâti  dans  le  sanctuaire  de  Delphes,  une 
douzaine  de  fragments  de  marbre  où  sont 
gravés  des  hj'mnes,  poésie  et  musique  ;  et, 
dans  le  nombre,  on  a  pu  reconstituer,  avec 
deux  de  ces  tables,  les  deux  tiers  d'un 
Hymne  à  Apollon. 

Les  sanctuaires  de  la  Grèce  étaient 
d'immenses  parcs  réservés  au  culte,  donc 
aux  beaux-arts.  Le  luxe  du  bois  sacré, 
l'étendue  des  terrasses,  de  l'agora,  du  g\'m- 
nase,  du  prjtanée,  du  stade,  de  la  palestre, 
de  la  place  des  sacrifices  avec  leur  autel, 
la  richesse  de  l'architecture  et  de  la  sculp- 
ture, rien  n'j'  manquait.  Le  temple  du  dieu 
}-  tenait  le  premier  rang,  orné  de  sa -statue, 
souvent  colossale,  et  entouré  de  milliers 
d'œuvres  d'art.  Dans  chacune  de  ces 
enceintes,  une  rue,  une  avenue  plutôt,  était 
réservée  aux  offi'andes  des  villes  ou  des 
particuliers,  qu'on  nommait  des  Trésors, 
tant  on  }■  déposait  de  richesses.  On  peut 
voir,  d'après  la  grande  publication  de 
Curtius,  Adler,  etc.,  soit  dans  DurU}",  soit 
dans  le  Guide  Joanne,  le  plan  reconstitué 
du  Parc  d'Olympie.  L'avenue  aux  Trésors 
s'étend  au  fond,  au  pied  du  mont  Kronion  ; 
il  y  en  avait  treize,  depuis  l'édicule  rond  de 
Philippe  de  ^lacédoine  jusqu'au  grand 
temple  de  Gela. 

Pythia  (Delphes)  était  située  dans  un 
pa3s  volcanique.  Son  sanctuaire  s'adossait 
au  mont  Parnasse  d'où  descendait  la  fon- 
taine de  Castalie.  Eschj-le  l'appelle  l'om- 
bilic du  monde.  Le  culte  du  dieu  de  la 
lyre,  plus  brillant  et  plus  gracieux  à  Délos, 


456 


LE  GUIDE  MUSICAL 


où  de  bonne  heure  les  sacrifices  sanglants 
avaient  été  supprimés,  prenait  à  Delphes 
une  gravité  supérieure,  digne  du  «  jeune 
dieu  »  que  les  légendes  nous  représentent 
comme  un  réfoi-mateur  des  lois,  du  culte  et 
des  arts,  opposant  autaUon  des  Erynnies  ce 
que  nous  appelons  les  circonstances  atté- 
nuantes, ou  disputant  à  Hercule  ou  au 
dragon  Python,  qui  donna  son  premier 
nom  à  la  ville,  le  trépied  des  oracles,  ce  qui 
personnifie  encore  la  lutte  entre  l'intelli- 
gence et  la  force,  entre  la  persuasion  et  la 
violence.  Chaque  fois,  Athéna,  la  Sagesse, 
était  avec  lui,  et  la  dispute  du  trépied, 
peinte  ou  sculptée  souvent,  était  repré- 
sentée aussi  dans  les  fêtes  de  Delphes; 
de  temps  immémorial,  un  concours  de 
poésie  chantée  y  était  ouvert,  Athènes 
envoyait  aux  grandes  fêtes  ses  vierges,  ses 
pèlerins  et  son  poète  couronné. 

Notre  hymne    s'ouvre    en    rappelant   la 
légende  : 

«  Illustre  citharède,  fils  du  grand  Zeus, 
qui,  siégeant  au  sommet  des  hautes  neiges, 
fais  resplendir,  pour  les  mortels,  d'im- 
mortels oracles,  je  dirai  le  trépied  pro- 
phétique, et  comment  tu  le  conquis,  gardé 
par  l'odieux  dragon,  quand  de  tes  flèches 
tu  chassas  le  monstre  aux  tortueux  rephs.  » 
Cet  hymne  a  été  composé  par  un  Athé- 
nien,cbmme  il  est  dit  en  tête,  pour  une  fête  où 
Athènes  voulut  figurer  dignement.  On  croit 
qu'il  s'agissait  de  célébrer  la  délivrance  de 
l'Attique,  et  particuhèrement  dé  Delphes, 
d'une  invasion  de  Galates,  celle  de  279  ans 
avant  notre  ère;  ce  qui  assignerait  une 
date  à  la  poésie  et  à  la  musique.  Depuis 
qu'on  sait  que  l'Apollon  du  Belvédère  n'est 
pas  dans  une  pose  qui  permette  d'y  voir  le 
dieu  qui  lance  des  flèches,  on  croit  que 
ce  marbre  fut  commandé,  à  cette  même 
occasion,  pour  remercier  le  dieu,  qu'on 
représenta  défendant  lui-même  sa  ville, 
l'égide  à  la  main.  La  statue  du  Vatican,  si 
connue,  serait  une  réplique  romaine  du 
marbre  grec,  et  le  chef-d'œuvre  perdu  pré- 
siderait ainsi  à  l'hymne  athénien,  dans 
l'entente  de  la  sculpture,  de  la  poésie  et  de 
la  musique. 

Aussitôt  le   dieu  invoqué  et  la  victoire 
qui  ouvre  son  culte  rappelée,  le  poète  voit 


en  imagination  se  former  le  cortège  et 
appelle  les  Muses,  qui  sans  doute  étaient 
représentées  par  une  théorie  de  vierges 
pythiennes  : 

«  Muses  qui  reçûtes  pour  demeure  l'Hé- 
licon  aux  arbres  touffus,  filles  aux  beaux 
bras  du  dieu  qui  tonne  au  loin,  venez 
chanter  votre  frère  Phébus  aux  cheveux 
d'or,  qui,  siégeant  sur  la  double  cime  du 
Parnasse  et  de  ses  plateaux  de  roches, 
s'avance  entouré  des  illustres  Delphien- 
nes  vers  la  source,  à  belle  eau,  de  Cas- 
talie;  Delphien  qui  habite  le  sommet  où 
se  rend  l'oracle!  » 

Il  s'agit  sans  doute  de  la  statue  du  dieu 
qui  prenait  place,  portée  dans  le  cortège. 

Athènes  est  appelée  à  son  tour  et  l'hymne 
s'accentue, le  lyrisme, toujours  un  peu  con- 
ventionnel du  dithyrambe,  s'anime. 

«  Viens,  illustre  chœur  des  vierges  d'A- 
thènes ;  grâce  à  ta  prière  à  la  déesse 
guerrière  Tritonide  (i),  tu  habites  un  sol 
inviolable.  Héphaistos  brille  aux  saints 
autels,  pour  consumer  la  cuisse  des  jeunes 
taureaux;  la  fumée  d'Arabie  monte  vers 
l'Otympe;  le  bois  de  Lotos  frémissant 
(dans  les  flûtes)  retentit  en  notes  variées  et 
la  cithare  d'or  s'harmonise  aux  hj'mnes. 
Toi ,  théorie  athénienne ,  toute  entière, 
prends  part  au  sacrifice.  » 

L'hymne  s'achevait  sur  une  autre  planche 
de  marbre  qui  n'a  pas  été  retrouvée  parmi 
les  fragments  mis  au  jour.  L'écriture  mu- 
sicale de  ce  document  rentre  dans  la  théorie 
connue,  et  l'on  y  trouve  des  traits  entrevus 
ailleurs,  confirmés  ici.  L'hymne  est  contem- 
porain de  ceux  de  Callimaque,  qui,  certes, 
est  plus  poète.  C'est  aussi  l'époque  où 
Théocrite  intercalait  dans  le  caquetage 
de  ses  Syracusaines  :  — deux  tj'pes  finement 
tracés  de  ces  femmes  qui  ne  sont  rien, 
épouses  ni  mères,  intelligentes  ni  artistes, 
que  du  bout  des  lèvres  —  un  charmant 
hymne  chanté  par  la  belle  Argia  et  célé- 
brant le  mariage  de  Vénus  et  d'Adonis, 
hymne  plus  brillant  et  plus  gracieux  et  qu'on 
dirait  écrit  pour  Délos,  tandis  que  le  nôtre 
est  bien  fait  pour  Delphes. 
Quant  à  la  mélodie,  le  Ménestrel  la  dit 

(i)  Homère  appelle  Minerve  ;  Tritogène. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


457 


exquise  ;  M.  Reinach  y  voit  la  confirmation 
d'une  idée  de  Wagner,  déjà  citée  par 
Gevaert,  et  qui  disait  :  «  L'art  moderne 
n'est  qu'un  anneau  de  la  chaîne  qui  a  son 
point  de  départ  chez  les  Hellènes  »,  et  il  la 
rapproche  de  la  cantilène  de  solo  pour  cor 
(à  Bruxelles,  c'est  un  hautbois)  du  berger 
de  Tristan,  dans  Tristan  et  Iseult. 

On  en  jugera  bientôt  à  Bruxelles,  car  la 
conférence  de  M.  Reinach  est  annoncée, au 
Cercle  artistique,  pour  le  i8  mai.  X. 


^ 

M 

1 

Mil 

1 

^S 

Xlln  impôt  sur  les  droits  ô'auteur 
"^ 

Ît^ans  le  projet  du  budget  de  l'an  prochain, 
Kp^  figure  l'impôt  sur  le  revenu.  Pour  ce  qui 
(^^j  concerne  les  compositeurs  de  musique, 
la  taxe  (deux  pour  cent)  serait  établie  au  moyen 
des  comptes  tenus  chez  leurs  éditeurs  et  aussi 
par  leur  situation  au  registre  de  la  Société  per- 
ceptrice  des  droits  d'auteur. 

Rien  de  plus  juste,  du  moment  qu'on  accepte 
le  principe  de  l'impôt,  que  les  revenus  produits 
par  les  droits  d'auteur  et  d'édition  soient 
frappés  ;  'surtout  si  l'on  tient  compte  qu'en 
France,  les  œuvres  musicales  tombent  dans  le 
domaine  public  non  pas  trente  ans  après  la  mort 
de  l'auteur,  mais  cinquante  ans  après  la  mort 
du  dernier  héritier.  Notez  encore  que  l'impôt 
serait  en  très  grande  partie  supporté  par  les 
riches,  par  ceux  qui  vivent  de  ces  revenus  et 
n'ont  lâché  le  professorat  ou  autres  occupations 
que  le  jour  ori  le  produit  des  droits  a  été  assez 
élevé  pour  leur  permettre  d'en  vivre  aisément. 
Ceux-là  sont  de  taille  à  pouvoir  payer  tous  les 
impôts.  Les  autres,  ceux  qui  n'ont  à  leur  actif 
ni  la  Tzarine,  ni  la  Mascotte,  ni  Faust,  ni  les 
Blés  d'or,  ni  la  Gigolette,  ni  la  Berceuse  de 
Jocelyn,  ceux-là  ne  trouvent  dans  les  droits 
qu'un  appoint  plus  ou  moins  réduit  qui  s'ajoute 
à  leurs  ressources  de  professeurs  ou  d'exécu- 
tants. Ce  n'est  donc  point  une  question  vitale. 

Assurément,  nous  pensons  qu'il  serait  préfé- 
rable, au  nom  de  la  civilisation,  de  ne  pas  taxer 
les  arts  d'un  pays,  qui  sont  sa  richesse  intel- 
lectuelle ;  mais  les  partisans  de  l'impôt  répon- 
dront avec  justesse  que  trop  souvent  les  arts 
confinent  à  la  basse  industrie  et  que  dès  lors... 
Enfin,  si  l'on  doit  payer,  que  ce  soit  avec  le 
plus    d'équité    possible,  et    non   injustement, 


comme  cela  se  voit  dans  les  contributions  indi- 
rectes. Il  était  question,  pour  les  professions, 
de  ne  taxer  que  les  revenus  supérieurs  à  deux 
mille  francs  ;  cette  base  pourrait  peut-être  servir 
également  en  l'occurrence. 

Mais,  ce  qui  est  plus  intéressant  que  ces 
théories  budgétaires,  c'est  la  façon  dont  a  été 
reçue  la  nouvelle  par  les  futurs  contribuables; 
tous  protestent  avec  indignation  !  Il  fallait 
jusqu'à  un  certain  point  s'y  attendre,  ces 
doléances  contre  le  fisc  étant  traditionnelles  ; 
elles  affectent,  cette  fois,  des  formes  assez 
plaisantes.  Un  artiste  attaché  à  un  théâtre 
national  trouve  bon  d'ajouter  à  son  plantureux 
traitement  force  cachets  en  soirée  :  cela  ruine 
sa  santé,  gémit-il,  et  il  se  révolte  à  l'idée  qu'on 
puisse  taxer  «  le  produit  de  ce  surmenage  » . 
Le  pauvre  homme!  que  la  misère  n'oblige  nul- 
lement à  se  surmener.  Un  éditeur  s'indigne 
assez  naïvement  de  ce  que  «  l'administration 
viendrait  fouiller  dans  ses  écritures  ».  Eh!  ce 
ne  serait  pas  la  première  indiscrétion  des  admi- 
nistrations :  l'octroi,  les  douanes,  les  accises, 
l'enregistrement,  etc.,  ne  sont  guère  plus 
récréatifs,  et  cependant  on  les  supporte,  et 
beaucoup  s'en  trouvent  très  bien. 

Le  plus  curieux  à  constater  dans  la  ques- 
tion est  qu'on  s'insurge  contre  la  taxe  projetée 
non  pas  tant  par  amour  immodéré  des  gros 
sous,  détail  déjà  prosaïque,  indigne  d'influencer 
les  âmes  hautes  qu'on  suppose  aux  artistes, 
mais  pour  de  spéciales  raisons  d'un  caboti- 
nisme  tout  particulier.  «  La  taxe  étabhrait 
d'une  façon  irréfutable  la  situation  réelle  des 
gens  ;  cela,  il  ne  le  faut  à  aucun  prix  ;  il  faut 
pouvoir  dissimuler  les  fours  et  laisser  subsister 
les  légendes.  Si  le  public  apprenait  que  telle 
personnalité  a  gagné  moins  avec  ce  livre,  cette 
partition  qu'avec  l'œuvre  précédente,  il  en  con- 
clurait que  son  talent  baisse,  et  la  réputation  et 
la  vente  seraient  diminuées  d'autant.  »  Ce  cal- 
cul montre  sur  quoi  s'étayent  certaines  célébri- 
tés contemporaines. 

Mais  vous  verrez  qu'on  finira  par  s'arranger 
parfaitement  de  l'impôt,  s'il  est  voté,  et  qu'on  y 
trouvera  matière  à  exploitation  et  à  réclame. 
Ainsi  que  certains  artistes  de  deuxième  ordre 
se  font  délivrer  par  un  directeur  de  théâtre 
complaisant  un  faux  engagement  pour  mon- 
trer, aux  clauses  duquel  il  leur  est  attribué  un 
brillant  traitement,  on  verra  peut-être  des 
«  sommations  avant  les  poursuites  »  de  com- 
plaisance, pour  en  imposer  aux  badauds  ; 
pris,  dans  les  échos  des  feuilles  mondaines,  de 
petites  notes  dans  ce  genre  :  «  Interviewé  hier 
le  receveur  général  X.  Savait-on  que  notre  cher 


458 


LE  GUIDE   MUSICAL 


maître  Bobinard  est  inscrit  au  rôle  des  contri  - 
butions  personnelles  pour  la  somme  de...  (ici 
un  chiffre  panamique).  Cela  démontre  victo- 
rieusement le  succès  toujours  croissant  de  ces 
délicieuses  compositions  qui,  etc.,  etc.  » 


On  ne  dira  plus  comme  conclusion  du  succès 
d'un  opéra  :  «  Le  caissier  se  frotte  les  mains  » , 
mais  :  «  La  commission  du  budget  vote  des 
remercîments  et  félicitations  au  généreux  bien- 
faiteur 1).  M.  R. 


CHkOiNIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

fv-J'oRSQUE  M.  Charles  Lamoureux  trans- 
porta ses  concerts  au  Cirque  d'Eté  et 
fixa  le  prix  des  places  à  un  chiffre  relati- 
vement élevé,  il  s'adressa  à  un  public  un  peu 
différent  de  celui  qu'avait  eu  en  vue  Pasdeloup 
quand  il  avait  institué  au  Cirque  d'Hiver  les 
«  Concerts  populaires  n  dans  des  conditions 
de  bon  marché  qui  permettaient  à  l'amateur, 
à  l'artiste  le  moins  fortuné  de  les  suivre  et  de 
faire  son  éducation  musicale.  Pasdeloup  avait 
surtout  travaillé  pour  l'éducation  du  pauvre,  — 
Lamoureux  pour  celle  du  riche. 

De  retour  de  Milan,  où  il  était  allé  diriger 
plusieurs  concerts,  M.  Ch.  Lamoureux  a  eu 
l'heureuse  idée  de  faire  entendre,  au  Troca- 
déro,  dans  des  conditions  absolument  popu- 
laires, quelques  belles  pages  de  Berlioz  et  de 
Wagner.  Aussi  le  public  avait-il  répondu  avec 
empressement  à  son  appel.  Le  succès  de  ce 
concert  à  prix  réduits  engagera  peut-être 
M.  Lamoureux  à  en  donner  d'autres  l'année 
prochaine.  Berhoz  et  Wagner  fraternisaient 
donc  sur  l'affiche  ;  et  le  public  a  fait  un  aussi 
chaleureux  accueil  à  l'un  qu'à  l'autre.  Parmi 
les  pages  les  plus  applaudies,  il  faut  citer  la 
Mort  de  Didon,  dont  lVL"e  Région  a  merveil- 
leusement rendu  la  déclamation  lyrique,  l'ou- 
verture du  Carnaval  romain,  puis  celle  du 

Vaisseau  fantôme  et  surtout  la  Clievauchée 
des  Valkyries,  que  les  fanatiques  ont  voulu 
entendre  une  seconde  fois. 


L'audition  de  l'œuvre  de  Brahms,  donnée 
par  M"":  Olga  Vulliet  à  la  salle  de  la  Société  des 
Agriculteurs  le  5  mai,  a  été  ce  qu'elle  devait 
être  :  un  triomphe  pour  le  maître  de  Hambourg 
et  un  succès  très  franc  pour  sa  vaillante  inter- 
prète. M™''  Vulliet  est  une  pianiste  au  tempéra- 
ment masculin,  rompue  à  toutes  les  difficultés 
du  clavier  ;  et  Dieu  sait  si  elles  sont  nombreuses 


dans  l'œuvre  de  Brahms  !  Les  pages  de  force 
ont  été  enlevées  avec  une  fougue  extraordinaire, 
un  brio  remarquable  ;  celles  où  la  douceur 
domine,  ont  été  dites  avec  beaucoup  de  charme. 
Mais  ce  qu'il  faut  le  plus  admirer  dans  le  talent 
de  M^e  Vulliet,  c'est  l'excellente  interprétation 
qu'elle  donne  de  la  musique  si  suggestive  du 
maître  qu'elle  a  étudié  spécialement  avec  Hans 
de  Bulow.  La  Sonate  pour  piano  (op.  5),  le 
Caprice  (n»  i,  op.  76),  l'Intermezzo  (n"  3,  op.  10), 
la  Rapsodie(n°  2,  op.  79)  et  le  Scherzo  (op.  4) 
ont  révélé  au  public  les  superbes  envolées  du 
compositeur  génial  qui  a  été  en  Allemagne  le 
digne  successeur  de  Beethoven  et  de  Schumann. 
Le  Sextuor  à  cordes  (op.  18),  qui  est  plus  connu 
en  France,  a  été  admirablement  exécuté  par 
MM.  A.  Parent,  SaïUer,  Queeckers,  J.  Parent, 
Baretti  et  Feuillard,etles  applaudissements  qui 
leur  ont  été  décernés  étaient  fort  mérités. 
Quant  à  M)-'^^  Morens,  remplaçant  pour  ainsi 
dire  au  pied  levé  M'''^  C.  Baldo,  qui  s'était  fait 
excuser  par  suite  d'indisposition,  elle  a  dit  avec 
passion  et  charme  les  beaux //e^icr  .•  «Mon  amour 
est  pareil  aux  buissons  » ,  «  Vieil  Amour  « ,  «  Au 
rossignol  »,  «  Cœur  fidèle  ».  A  l'issue  de  la 
séance,  les  admirateurs  du  talent  de  M""^  Vul- 
liet lui  ont  fait  remettre  une  lyre  couverte  de 
fleurs.  Espérons,  qu'encouragée  par  le  succès 
obtenu  cette  année.  M™"'  Olga  Vulliet  conti- 
nuera l'année  prochaine  la  vulgarisation,  à 
Paris,  de  l'œuvre  de  Johannès  Brahms. 

Si,  dans  les  concerts  à  Paris,  les  compositions 
de  Brahms  commencent  à  se  répandre,  au 
théâtre,  l'œuvre  de  Wagner  poursuit  sa  course 
triomphale.  C'est  ainsi  que,  lundi  7  mai,  M. 
Van  Dyck  chantait  à  la  centième  deLohengritt, 
à  l'Opéra,  le  rôle  principal,  qu'il  avait  créé. 
Grand  succès  pour  l'intelligent  interprète  du 
drame  wagnérien,  partagé  par  M™«  Caron 
(Eisa).  Ils  ont  été  rappelés  plusieurs  fois,  l'un 
et  l'autre,  après  chaque  acte. 

Hugues  Imbert. 


LE  &U1DE  MUSICAL 


459 


L'élite  du  faubourg  Saint-Germain  s'était 
donné  rendez-vous,  lundi  dernier,  au  Concert 
donné  par  M.  César  Casella  à  la  Salle  Erard. 
C'est  que  deux  comtesses  prêtaient  le  concours 
de  leur  talent  à  l'habile  violoncelliste  et  que 
trois  illustres  professeurs  au  Conservatoire, 
MM.  Widor,  Gillet  et  Hasselmans,  étaient 
venus  également  le  seconder.  M™»^  la  comtesse 
Potocka  a  exécuté  avec  le  plus  grand  charme 
Francesca.àe  Ch.-M.  Widor;  elle  était  accom- 
pagnée du  double  quatuor  et  du  hautbois.  Le 
public,  qui  était  nombreux,  a  goûté  beaucoup 
cette  œuvre,  dans  laquelle  le  clavier,  soutenu 
par  les  cordes  en  sourdine,  fait  entendre  un 
motif  d'un  sentiment  rêveur,  qui  s'anime  peu  à 
peu  dans    un    crescendo  habilement  ménagé. 

La  charmante  comtesse,  délicieuse  dans  son 
costume  de  soie  blanche  (la  symphonie  du 
blanc),  avait  bien  un  peu  d'émotion  pour  son 
premier  début  dans  un  concert  public  ;  mais 
son  jeu  n'en  a  nullement  souffert,  et  les  dilet- 
tanti  l'ont  rappelée  après  l'exécution  de  Fran- 
cesca  et  celle  de  l'Elégie  et  Marche  des  High- 
landers  de  B.  Godard,  où  Gillet  a  joué  du 
hautbois  en  maître.  M'^<^  la  comtesse  de 
Guerne,  dont  la  réputation  est  établie  dans  les 
salons  du  faubourg,  a  chanté,  un  peu  froide- 
ment peut-être, mais  très  intelligemment,  l'air  des 
Bijoux  de  Faust  et  l'air  de  Mireille.  M.  Has- 
selmans a  été  acclamé  dans  la  Légende  de 
Thomé,  où  il  était  accompagné  par  l'auteur. 
On  pourrait  justement  appliquer  au  merveilleux 
harpiste  le  jugement  que  Berlioz  portait  sur 
F.  Godefroid  :  «  Sans  faire  fi  des  houris,  le 
paradis  de  Mahomet  ne  me  paraîtrait  complet 
que  si  je  pouvais  y  entendre  ainsi  jouer  de  la 
harpe  pendant  l'éternité  !  » . 

Quant  au  bénéficiaire,  M.  Casella,  il  a 
exécuté  avec  cette  virtuosité,  cette  aisance 
qu'on  lui  connaît  le  Concerto  de  Popper, 
y  Allegro  con  moto  de  Ch.  M.  Widor  et  le 
Cygne  de  Saint-Saëns,  deux  morceaux  très 
appréciés,  une  charmante  Gavotte  de  M.  Van 
Goens,  le  Menuet  de  la  Mariée  de  MM.  Tho- 
mé-Casella,  plusieurs  jolies  pages  de  lui,  et 
enfin  la  Fileuse  (étude  de  concert)  de  Popper. 

Le  succès  a  été  grand  et  mérité. 

A  l'école  Braille  (département  de  la  Seine),  la 
fête  annuelle,  présidée  par  M.  E.  SpuUer,  a  été 
fort  brillante.  A  l'audition  des  élèves  a  succédé 
un  concert  charmant  dans  lequel  se  sont  fait 
entendre  M'i^  Jeanne  Mérey,  élève  de  M™<^  Ro- 
sine Laborde;  M'ii^  Marguerite  Achard,  haj- 
piste,  premier  prix  du  Conservatoire;  MM.  F. 


Ronchini,  violoncelliste  ;  Paul  Lemaître,  violo- 
niste, et  J.  Foucault,  hautboïste,  premier  prix 
du  Conservatoire.  Tous  ces  excellents  artistes 
ont  eu  un  véritable  succès.  M"«  Jeanne  Mérey 
e.st  engagée  au  théâtre  de  la  Monnaie  et  débu- 
tera prochainement. 


La  succession  d'Alexandre...  Huit  candidats 
briguent  le  fauteuil  de  Gounod  à  l'Institut.  La 
proportion  est  quasi  aussi  forte  qu'au  ministère 
des  postes,  où  dix  mille  concurrentes  sollicitent 
quelques  centaines  de  petits  emplois.  Il  est  vrai 
que  la  «  place  »  de  membre  de  l'Institut  est 
plus  enviable  :  ou  est  considéré  en  province, 
on  est  joué  à  l'Opéra  sans  examen,  on  est  reçu 
et  choyé  dans  le  monde  des  douairières  dilet- 
tantes (Labiche  prétendait  qu'on  y  était  nourri), 
et,  volupté  suprême,  on  exécute  à  votre  enter- 
rement votre  musique  propre  (quand  elle  l'est). 

Pourra-t-on  dire  delà  prochaine  nomination  : 
((  Il  fallait  un  artiste,  ce  fut  un...  calculateur 
qui  l'obtint  »  ?  Pour  remplacer  un  maître,  nous 
voyons,  parmi  les  postulants,  beaucoup  de 
contre-maîtres;  ce  n'est  peut-être  pas  là  un 
titre  suffisant.  Nous  avons  cité  les  noms  des 
candidats  dans  notre  dernier  numéro.  Aucun 
nouveau  nom  ne  doit  être  ajouté,  pas  plus 
qu'aucun  des  postulants  ne  s'est  désisté.  A 
cette  heure,  la  liste  est  close,  et  le  nouvel  aca- 
démicien nommé. 


'f 


S'avait- on  que  M.  Ambroise  Thomas  eût 
composé  pour  Mignon  deux  versions  radicale- 
ment différentes  de  la  romance  à  manivelle  : 
Connais-tu  le  pays?  Aux  lointaines  répétitions 
de  cet  opéra,  on  hésitait  ;  ni  l'auteur,  ni  l'inter- 
prète, M'"eGalli-Marié,  ne  se  décidait  à  choisir. 
Enfin,  on  fit  appel  au  jugement  des  musiciens 
de  l'orchestre,  moyen  assurément  original  de 
trancher  la  question.  Sur  quoi  se  basèrent 
ceux-ci  pour  choisir  la  piteuse  complainte  deve- 
nue célèbre  par  la  suite?  Il  serait  peut-être 
curieux  d'exhumer  l'autre  Connais-tu  le  pays? 
afin  de  constater  s'il  possède  la  même  distinc- 
tion de  rythme  et  le  même  respect  de  la  pro- 
sodie. 


''/oici  les  noms  des  candidats  au  concours 
d'essai  pour  le  grand  prix  de  Rome,  qui  sont 
entrés  en  loge  samedi  matin  (5  mai  1894)  : 


460 


LE  GUIDE  MUSICAL 


MM.  d'Ollone,  Levadé  (a^  grand  prix  iSgS) 
Malherbe,  Berges,  Rabaud,  Bouval  (2^  année), 
élèves  de  M.  J.  Massenet. 

MM.  Mouquet,  Brioux,  Letorey,  d'Ivry, 
Cafiot  et  Roux,  élèves  de  M.  Théodore  Dubois. 

Le  jugement  du  concours  d'essai  aura  lieu 
le  samedi  12  mai.  Les  concurrents  admis  au 
concours  définitif,  qui  aura  lieu  le  19  mai,  ne 
peuvent  dépasser  le  chiffre  de  six. 

La  sortie  des  loges  aura  lieu  le  i3  juin,  et  le 
jugement  définitif  sera  rendu  le  3o  du  même 
mois  à  l'Institut. 

Lundi  8  mai,  a  eu  lieu  à  l'Opéra-Comique,  la 
première  représentation  du  Portrait  de  Manon, 
opéra-comique  en  un  acte,  livret  de  J.  Boyer, 
musique  de  J.  Massenet.  Les  rôles  étaient  tenus 
parMM.Fugère  (des  Grieux),  Grivot  (Tiberge), 
Mmes  Elven  (le  vicomte  de  Morcerf),  Aurore 
(Laisné). 

Le  public  et  la  presse  ont  fait  bon  accueil  à 
cette  partitionnette,  écho  des  pages  de  Manon. 
A  huitaine  le  compte-rendu. 
<$> 

A  l'Opéra. 

Voici  la  distribution  exacte  de  Djelma, 
l'opéra  en  trois  actes  de  MM.  Ch.  Lomon  et 
Charles  Lefebvre  dont  la  première  est  immi- 
nente. 

Djelma  :  M™"  Rose  Caron  et  Bosman. 

Ouvraçi  :  M™"  Région  et  Dufrane. 

Nouraly  ;  MM.  Saléza  et  Vaguet. 

Raini  :  MM.  Renaud  et  Bartet. 

Kairam  :  MM.  Dubulle  et  Delpouget. 

Tschcrdyr  MM.  Douaillier  et  Muzet. 

"^ 

Les  chanteurs  de  Saint-Gervais  exécuteront 
à  la  messe,  le  jour  de  la  Pentecôte,  à  10  heures, 
à  Saint-Gervais,  la  messe  dite  Ascendo  ad  Pa- 
trem  à  cinq  voix  de  Palestrina  considérée 
comme  une  des  plus  belles  du  maître  romain. 


BRUXELLES 

On  n'avait  plus  entendu,  à  Bruxelles,  depuis 
une  dizaine  d'années,  la  Damnation  de  Faust 
de  Berlioz,  et  c'est  une  très  heureuse  idée  de 
M.  Joseph  Dupont  d'avoir  choisi,  pour  le  con- 
cert de  clôture  de  la  saison,  cette  œuvre 
étrange,  vieille  aujourd'hui  d'un  demi-siècle  et 
demeurée  cependant  encore  surprenante  en 
sa  nouveauté.  Si  inégale  qu'elle  soit   au  point 


de  vue  poétique  et  musical,  en  ses  belles  pages 
passe  un  souffle  vraiment  noble  et  élevé.  Avec 
Berlioz,  il  n'y  a  pas  de  milieu  :  il  est  vulgaire, 
trivial  même,  ou  il  est  sublime.  Le  plaisant  et 
le  grave  se  coudoient  et  s'opposent,  dans  la 
Damnation,  en  des  contrastes  heurtés.  La 
musique  française  n'a  pas  beaucoup  de  pages 
comparables  à  la  belle  élégie  qui  ouvre  la 
partition,  à  l'émouvant  épisode  de  la  Pâque, 
à  la  délicieuse  fantaisie  du  ballet  des  Sylphes, 
à  la  grandiose  Invocation  à  la  Nature.  Et  à 
côté  de  ces  transcendantes  beautés,  il  y  a  de 
singulières  puérilités,  des  amusettes,  des  partis 
pris  d'offenser  le  bon  sens  et  le  goiit  qui  sont 
à  en  pleurer.  L'œuvre  a  des  parties  admirables 
et  des  faiblesses  désolantes.  Le  plus  singulier, 
c'est  l'ironie  de  Berlioz  vis-à-vis  de  lui-même. 
Il  n'a  pas  plutôt  éprouvé  une  profonde  émo- 
tion poétique  qu'il  semble  vouloir  s'empresser 
à  la  parodier.  Sa  bouillante  imagination  ne 
lui  laisse  pas  le  temps  d'aller  au  cœur  des 
choses  ;  il  court  d'un  tableau  à  un  autre, 
s'arrêtant  de  préférence  à  l'extériorité  des 
gestes  et  des  attitudes.  Il  ne  vous  donne 
l'âme  ni  de  Faust  ni  de  Marguerite.  Mais 
le  milieu  ambiant  est  quelquefois  rendu  avec 
une  justesse  et  un  relief  de  tons  uniques. 
Aucun  des  grands  adaptateurs  musicaux  de 
la  légende  de  Faust,  ni  Schumann  ni  Gou- 
nod  n'ont  pu  rendre  pareillement  l'élément 
démoniaque  et  féerique.  Sur  ce  terrain-là, 
Berlioz  est  le  maître.  Et  ce  qui  n'est  pas  le 
moins  extraordinaire,  en  dépit  de  tous  les  pro- 
grès de  l'orchestre  moderne,  il  reste  avec  sa 
physionomie  originale  un  assembleur  incom- 
parablement ingénieux  de  rythmes,  de  timbres, 
de  sonorités.  La  fureur  wagnérienne  de  ces 
dernières  années  nous  avaif  un  peu  éloignés  de 
lui,  comme  de  bien  d'autres  maîtres  contem- 
porains ou  antérieurs.  Mais  on  y  reviendra,  on 
y  revient  nécessairement,  naturellement.  Et 
cette  audition  de  la  Damnation  de  Faust, 
qui  a  brillamment  clôturé  la  présente  saison 
des  Concerts  populaires,  servira,  nous  l'espé- 
rons, de  point  de  départ  à  d'autres  résurrec- 
tions analogues. 

L'exécution  de  la  Damnation  a  été  excel- 
lente, supérieure  à  toutes  celles  qu'on  avait  eues 
antérieurement  à  Bruxelles,  et  si  les  chœurs 
aguerris  et  très  sûrs  du  Choral  mixte  ont,  par 
moments,  semblé  manquer  un  peu  d'étoffe, 
l'orchestre,  lui,  a  été  remarquable  de  siireté,  de 
précision,  de  légèreté  et  d'éclat  tour  à  tour. 
M.  Joseph  Dupont  s'était  assuré  le  concours 
d'artistes  d'élite  :  M™'^  Auguez  de  Montaland 
(Marguerite),  la  très  délicate  et  fine  cantatrice 


LE  GUIDE  MUSICAL 


461 


parisienne;  M.  Auguez,  l'excellent  baryton 
(Méphisto);  M.  Demest  (Faust),  l'éminent  pro- 
fesseur de  chant  au  Conservatoire  et  l'admirable 
diseur  que  l'on  sait;  enfin  M.  Vandergoten 
(Brander).  On  peut  bien  ajouter  à  ces  solistes 
du  chant  les  solistes  de  l'orchestre,  MM.  Van 
Hout  et  Guidé,  qui  ont  joué  avec  un  charme 
indicible  les  parties  obligées  d'alto  et  de  cor 
anglais  de  la  chanson  du  roi  de  Thulé  et  de  la 
rêverie  de  Marguerite. 

Le  public  a  fait  à  l'ensemble  comme  au 
détail  de  cette  exécution,  un  accueil  extrême- 
ment chaleureux,  et  l'on  s'est  séparé  très  satis- 
fait, jusqu'à  l'année  prochaine. 

Au  début  du  concert,  une  manifestation 
imposante,  motivée  par  les  récents  incidents 
que  nos  lecteurs  connaissent,  a  été  faite  en 
l'honneur  de  M.  Joseph  Dupont  et  des  Con- 
certs populaires,  menacés  par  les  sottes  menées 
de  MM.  Stoumon  et  Calabresi.  Au  moment  où 
M.  Dupont  a  paru  au  pupitre,  toute  la  salle 
debout  l'a  acclamé  et,  à  trois  ou  quatre  reprises, 
les  applaudissements  mêlés  aux  cris  de  :  Vive 
Dupont  !  à  bas  Stoumon  !  à  bas  Flon  !  se  sont 
renouvelés  dans  un  crescendo  superbe. 

A  la  fin  de  la  première  partie,  après  la 
marche  de  Rakocszy,  enlevée  avec  une  furia 
bien  amusante,  des  palmes  et  des  couronnes 
enrubannées  ont  surgi  de  tous  les  coins  de 
l'orchestre,  aux  acclamations  de  toute  l'assem- 
blée et  sont  allées  se  grouper  autour  du  pupitre 
de  notre  éminent  Capellmeister.  Elles  venaient, 
ces  palmes  et  ces  couronnes,  des  habitués,  des 
artistes  de  l'orchestre  et  du  Choral  mixte.  A  la 
palme  étaient  attachés  des  flots  de  rubans  mul- 
ticolores, portant  chacun  une  trentaine  de  noms 
de  souscripteurs,  habitués  des  Concerts  popu- 
laires et  d'amateurs  de  musique  qui,  en  mani- 
festant de  la  sorte  leur  sympathie  à  l'œuvre  des 
Concerts  populaires,  ont  en  même  temps  con- 
damné la  campagne  entreprise  contre  cette 
institution  par  les  directeurs  du  théâtre  de  la 
Monnaie.  Le  total  des  listes  donne  près  de  huit 
cents  noms,  parmi  lesquels  il  en  est  de  con- 
sidérables !  Rarement  la  salle  de  la  Monnaie 
aura  vu  une  assemblée  aussi  animée,  aussi 
chaleureuse,  et  nous  espérons  que  le  sens  de 
cette    manifestation  sera   compris   à  l'hôtel  de 

ville.  M.   KUFFERATH. 

L'incident  des  Concerts  populaires  et  du 
théâtre  de  la  Monnaie  n'est  toujours  pas  aplani. 
On  se  demande  ce  qu'attend  l'échevin  des 
beaux-arts  pour  mettre  en  demeure  MM.  Stou- 


mon et  Calabresi  de  retirer  la  clause  abusive 
qu'ils  ont  introduite  dans  les  engagements 
de  l'orchestre.  Il  semble  cependant  que  la  cause 
soit  entendue,  comme  on  dit  au  Palais. 
MM.  Stoumon  et  Calabresi  n'ont  pu  trou- 
ver personne  pour  les  approuver  dans  leur 
campagne  contre  les  Concerts  populaires  ;  ils 
ont  après  coup  essayé  de  nier  qu'il  y  eut  de 
leur  part  une  hostilité  quelconque  contre  cette 
institution ,  et  c'est  dans  ce  but  qu'ils  ont  dicté 
à  leur  chef  d'orchestre.  M,  Philippe  Flon,  une 
lettre  démentant  les  propos  attribués  à  celui- 
ci.  Cette  lettre  n'est  pas  restée  sans  réplique. 
Voici  la  réponse  qui  y  a  été  faite  et  qui  a 
été  adressée  à  la  Gazette  : 

5  mai  1894. 
Monsieur  le  rédacteur  en  chef, 

Dans  la  lettre  qu'il  vous  adresse  ce  matin  au 
sujet  des  incidents  des  Concerts  populaires  et  de 
l'orchestre  de  la  Monnaie,  M.  Flon  fait  allusion 
à  un  seul  entretien  qu'il  a  eu  à  ce  sujet  avec  un 
seul  artiste. 

Cet  artiste,  c'est  moi,  et  je  tiens  à  assumer  toute 
la  responsabilité  du  récit  que  j'ai  fait  de  cet  entre- 
tien. 

Je  le  maintiens  tel  que  M.  Joseph  Dupont  l'a  rap- 
porté dans  sa  lettre  à  la  Gazette,  et  tel  que  je  l'ai 
moi-même  fait  connaître  à  l'honorable  bourgmestre 
de  Bruxelles  dans  une  protestation  signée  de  moi 
et  de  mes  camarades  Anthony,  Poncelet  et  Van 
Hout. 

A  mon  tour,  j'oppose  le  démenti  le  plus  absolu 
à  la  version  que  M.  Flon  donne  aujourd'hui  de  ses 
paroles  ;  et  sans  compter  le  témoignage  de  notre 
régisseur  d'orchestre,  à  la  loyauté  duquel  j'espère 
pouvoir  me  rapporter,  j'ai  aussi  d'autres  témoins 
qui  à  l'insu  de  M.  Flon,  ont  parfaitement  entendu 
ce  qui  m'a  été  dit. 

Pour  renier  ces  paroles,  M. Flon  a  attendu  dix 
jours  et  la  clôture  de  la  saison  théâtrale  ;  moi,  j'ai 
protesté  sur  l'heure. 

En  niant,  M.  Flon  sauve  sa  situation  vis-à-vis 
de  ses  directeurs  ;  en  maintenant  mes  affirmations, 
je  compromets,  sans  doute  la  mienne. 

Vos  lecteurs  et  les  artistes  jugeront  de  quel  côté 
doit  être  la  vérité. 

Veuillez  agréer,  monsieur  le  rédacteur  en  chef, 
l'expression  de  mes  sentiments  distingués. 
G.  Guidé, 
Professeur  au  Conservatoire  royal 
de   Bruxelles. 

Jusqu'à  présent,  M.  Flon  n'a  pas  répondu  à 
cette  lettre  extrêmement  nette  et  catégorique,  et 
nous  croyons  savoir  qu'il  n'y  sera  pas  répondu, 
parce  qu'on  n'a  rien  à  y  opposer  et  que  les 
témoignages  invoqués  par  M.  Flon  sont  défa- 
vorables autant  à  lui-même  qu'à  la  direction  de 


462 


LE  GUIDE  MUSICAL 


la  Monnaie.  Nous  avons  interrogé  de  nom- 
breux artistes  de  l'orchestre  :  pas  un  ne  s'est 
trompé  sur  le  sens  de  la  clause  nouvelle  des 
engagements,  et  ils  reconnaissent  tous  que 
M,  Flon  ne  dissimulait  nullement  le  caractère 
agressif  de  la  mesure. 

Il  reste  donc  ceci  :  c'est  que  les  affirmations 
et  dénégations  de  MM.  Stoumon,  Calabresi 
et  Flon  ont  été,  toutes,  l'une  après  l'autre, 
reconnues  mensongères. 

Aimable  trio  d'honnêtes  gens  !  M.  K. 

M.  Th.  Reinach  viendra  donner  le  i8  mai, 
au  Cercle  artistique  et  littéraire,  une  audition 
de  l'Hymne  à  Apollon,  récemment  découvert 
à  Delphes,  et  il  fera  une  conférence  sur  cette 
œuvre  intéressante. 

Mercredi  i6,  à  la  salle  Marugg,  concert  au 
profit  des  Enfants  martyrs  par  le  Double  Qua- 
tuor vocal,  sous  la  direction  de  M.  Bauvais. 


CORRESPOND  A  NCES 


DRESDE.  —  Ce  n'est  pas  une  légère  entre- 
prise que  de  donner  tme  œuvre  comme 
Tristnn  et  IseuU.  La  vaillante  Tliérèse  Malten  est 
toujours  prête;  un  accident  de  voiture  même  ne 
l'empêche  pas  de  se  rendre  à  son  poste.  Mais  si 
les  femmes  de  son  tempérament  sont  rares,  que 
dire  des  ténors?  Ils  seront  bientôt  aussi  introuva- 
bles que  la  pierre  philosophale,  Sur  le  refus  de 
M.  Gritzinger,  sérieusement  malade,  dit-on,  la 
direction  s'est  adressée  à  M.  Gudehus,  le  brillant 
ténor  qui  faisait  partie,  il  y  a  quelques  années,  de 
la  troupe  de  Dresde.  Chez  les  vrais  artistes,  l'art 
supplée  aux  défaillances  de  la  voix. 

C'est  ainsi  que  nous  avons  eu  mardi  soir  une 
représentation  magnifique  du  chef-d'œuvre  wagné- 
rien.  Jamais  peut-être  M™'-  Malten  n'avait  été  plus 
passionnée  ;  sa  puissance  d'action  est  si  commu- 
nicative,  que  ses  camarades,  aussi  bien  que  les 
auditeurs,  en  sont  électrisés.  M"'=  von  Chavanne 
abordait  pour  la  première  fois  le  rôle  de  Brangaene 
jusqu'à  présent  interprété  par  M""  Reuther.  Cette 
excellente  artiste  y  a  laissé  de  vivants  souvenirs  ; 
toujours  naturelle,  elle  personnifiait  la  fidélité 
aveugle  et  tendrement  empressée.  Notre  sympa- 
thique mezzo-soprano  a  chanté  avec  une  profonde 
expression  la  magnifique  scène  du  premier  acte,  où 
sa  belle  voix  s'harmonise  si  bien  avec  celle  de 
M"""  Malten.  Quand  M"«  von  Chavanne  aura  quel- 


que expérience  du  rôle,  elle  nous  donnera  une  très 
noble  Biangœne.  Pour  compléter  l'ensemble, 
MM.  Scheidemantel  (Kurvenal)  et  Perron  (Marke) 
ont  été  à  la  hauteur  de  leur  réputation.  L'orchestre, 
sous  la  direction  de  M.  le  Generalmuzikdircdor 
Schuch,  s'est  surpassé. 

En  voilà  sans  doute  assez  pour  flatter  l'amour- 
propre  des  Dresdois.  L'enthousiasme  du  public 
est  un  hommage  rendu  aux  organisateurs  de  ces 
solennités  et  à  leurs  éminents  interprètes.  Eh  bien, 
le  vénérable  critique  du  jotirnal  ofiiciel,  lui,  a  con- 
staté que  la  plupart  des  auditeurs  étaient  étrangers  ; 
que,  dans  cette  pièce,  Wagner  est  moins  exigeant 
pour  les  chanteurs  que  pour  l'orchestre,  et  il  se 
demande  si  cette  énorme  virtuosité  orchestrale 
convient  à  une  œuvre  scénique.  A  l'entendre,  la 
partition  est  plus  savoiu^euse  à  la  lecture  qu'à 
l'audition,  les  sonorités  sont  écrasantes,  l'orches- 
tration fatigante  ;  on  se  trouve  en  face  de  duos 
interminables  pendant  lesquels  n  il  ne  se  passe 
rien  sur  la  scène  ».  Aussi  a-t-il  vu  bientôt  appa- 
raître «le  fantôme  de  l'ennui  n,  qui  l'a..,  fait  fuir. 
«Et  voilà  justement  comme  on  écrit  l'histoire.» 
Ce  soir,  M"''  Emmy  Téléky  a  obtenu  un  gros 
succès  dans  la  Traviata.  Voix,  prestance,  action, 
tout  fait  désirer  l'engagement  de  cette  intéressante 
artiste.  M""  von  Chavanne,  MM.  Scheidemantel 
et  Erl  ont  eti  leur  part  des  applaudissements  que 
le  public,  malgré  l'interdiction  directoriale,  n'a 
pu  s'empêcher  de  faire  entendre  avant  le  rideau 
final.  Alton. 


1~  ONDRES.  --  Grâce  à  l'extrême  générosité 
A  .2  de  M.  Samson  Fox,  le  Royal  Collège  of 
Music  vient  d'inaugurer  ses  nouveaux  locaux,  atte- 
nants à  l'Albert  Hall. 

Cette  construction  élégante  et  superbe  complète 
de  la  façon  la  plus  heureuse  la  série  des  bâtiments 
composant  le  fameux  Kensington  Muséum.  La 
cérémonie,  faite  avec  grande  pompe,  était  présidée 
par  Son  Altesse  le  prince  de  Galles  et  sa  nombreuse 
suite;  les  princesses  Christian,  Béatrice,  Louise; 
les  ducs  de  Cambridge,  d'York;  les  duchesses 
d'York,  de  Teck,  de  Connaught  et  d'Albany;  les 
princesses  Maud  et  Victoria  de  Galles;  enfin,  la 
princesse  Victoria  de  Schleswig-Holstein.  Parmi 
les  notabilités  du  monde  musical  et  théâtral,  à 
citer  sir  Arthur  Sullivan,  Cowen,  D''  Mackensie, 
sir  J.  Barnb}',  Henry  Irving  et  M"=  EUen  Terry. 

Dès  l'arrivée  de  la  famille  royale,  l'orchestre  a 
entamé  l'ouverture  des  Maitres-Chantcurs.  Malheu- 
reusement, l'acoustique  est  détestable;  il  sera 
possible,  nous  l'espérons  du  moins,  de  remédier  à 
cet  état  de  choses  en  bouchant  les  baies  par 
d'épaisses  tentures;  pour  le  moment,  la  future  salle 
d'audition  et  de  concours  n'est  pas  encore  ornée. 
La  partie  architecturale  seule  étant  terminée,  il 
faudra  qu'une  année  se  soit  écoulée  avant  que  les 
élèves  puissent  prendre  possession  du  nouveau 
collège. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


463 


Après  quelques  discours  et  compliments  d'usage, 
la  famille  royale  â  parcouru  les  longs  couloirs, 
s'arrêtant  à  chaque  classe,  visitant  chaque  salle 
d'étude,  tandis  que  l'orchestre  jouait  la  marche 
solennelle  de  VAlcesUde  Gluck. 

M.  Samson  Fox  a  fait  là  un  don  vraiment  royal, 
car  il  ne  s'agit  pas  de  moins  d'une  somme  de  un 
million  cent  cinquante  mille  francs;  une  semblable 
générosité  serait  d'un  salutaire  exemple  pour  les 
nombreux  richissimes  anglais,  tels  les  ducs  de  Bed- 
ford  et  de  Westminster.  Saisissant  la  même  occa- 
sion, M.  G  Donaldson  a  cédé  sa  superbe  collec- 
tion d'instruments  anciens,  qui  est  de  toute  beauté 
et  évaluée  à  six  cent  vingt-cinq  mille  francs.  Elle 
occupe  plusieurs  salles  qui  ont  entièrement  été 
ornées  par  le  donateur  lui-même, et  dans  le  style 
de  l'époque  des  instruments  exposés. 

Au  Drury  Lnne,  M""  Olitzka  a  obtenu  un 
grand  succès  dans  la  reprise  de  l'Orphée  de  Gluck. 
Elle  était  bien  secondée  par  M""  Pauline  Joran, 
dans  le  rôle  d'Eurydice. 

Un  élève  de  M.  Urban,  à  Berlin,  et  plus  tard 
d'Antoine  Rubinstein,  Joseph  Hofmann,  qui  s'est 
fait  entendre  il  y  a  sept  ans  comme  pianiste  pro- 
dige, nous  est  revenu.  Les  qualités  qui  furent 
chez  lui  si  précoces  se  sont  fortifiées  depuis  :  son 
jeu  a  acquis  une  plus  grande  assurance,  sa  person- 
alité  se  dégage  avec  plus  d'aisance,  bien  que  l'on 
remarque,  en  l'entendant,  la  grande  influence  de 
Rubinstein. 

Dans  la  sonate  op.  loi,  de  Beethoven,  il  a 
déployé  cette  technique  qui  lui  est  si  profondé- 
ment acquise.  Il  s'est  joué  des  quelques  difficultés 
des  trois  Phantasiestiicke  de  Schumann,  mais  a  mis 
plus  en  évidence  ses  nombreuses  qualités  dans 
une  excellente  exécution  des  variations  op.  88  de 
celui  qui  fut  son  dernier  maître. 

Au  Queen's  Hall,  nous  avons  été  invités  a  enten- 
dre le  jeune  violoniste  Bronislaw  Hubermann. 
Elève  de  Joachim  :  c'est  dire  s'il  doit  avoir  des 
capacités.  Dans  le  concerto  de  Mendelssohn,  il  a 
fait  preuve  d'une  savante  technique,  et  malgré  son 
jeune  âge  il  a  de  Joachim  certaines  allures  singu- 
lièrement caractéristiques.  Le  public  lui  a  fait  de 
chaleureuses  ovations  dans  la  Suite  en  ini  majeur 
de  Bach,  le  Nocturne  en  mi  bémol  de  Chopin,  et 
une  Ballade   et   une  Polonaise  de  Yieuxievnps. 

M.  Eugène  Oudin  a  chanté  au  dernier  sympho- 
nie-concert, avec  style  et  expression,  une  sérénade 
de  Tschaïkowsky  et  la  Procession  de  César  Franck, 
qui  a  soulevé  de  nombreux  applaudissements. 
Trois  fois  il  a  été  rappelé. 

Enchantée  du  séjour  qu'elle  fit  l'an  dernier  à 
Londres,  la  grande  tragédienne  Eléonora  Duse 
nous  est  revenue  et  reprendra  le  rôle  de  Margue- 
rite Gautier  dans  la.  Dame  aux  Camélias. C'est  dans  ce 
rôle  qu'elle  fit  dès  la  première  soirée  donnée  au 
«  Lyric  »  une  si  grande  sensation. 

Yvette  Guilbert  vient  d'être  engagée  à  l'Empire 
pour  huit  soirées. 

M.  N.  Vert  nous  annonce  pour  celte  semaine  un 


récital  au  Saint-James  Hall  par    l'excellent  violo- 
niste tchèque  Tivadar  Nachez. 


NAMUR  —  Le  lundi  3o  avril,  la  salle  du 
Kursaal  était  trop  petite  pour  contenir  les 
nombreux  sociétaires  du  Cercle  musical,  qui  don- 
nait son  troisième  concert.  Concert  exclusivement 
réservé  à  des  musiciens  belges. 

M.  Joseph  Ryelandt,  de  Bruges,  qui  n'est  pas 
un  inconnu  dans  le  monde  de  Namur,  a  dirigé 
pour  la  première  fois  en  public  son  ouverture 
pour  le  drame  de  Caïn.  Ce  n'est  pas  l'œuvre  d'un 
débutant,  plusieurs  pages  sont  écrites  avec  chaleur 
et  prouvent  une  orchestration  qui  fait  honneur  à 
son  maître  Edgard  Tinel,  et  nous  promet  de  belles  . 
œuvres  pour  l'avenir. 

M.  de  Grey-Birkin,  un  ténor  amateur  plein  de 
distinction,  nous  a  dit  d'une  façon  charmante  deux 
mélodies  de  M.  Edouard  Drion.  Pagina  d'amorc  de 
M.  Van  der  Strucken,  a  été  très  goûté  ainsi  que  la 
scène  du  bal  de  Charlotte  Corday  de  Peter  Benoit. 

Avec  sa  modestie  habituelle,  M.  Balthasar- 
Florence  n'avait  voulu  qu'une  petite  place  au  pro- 
gramme, occupée  par  une  Berceuse  douce  et  fine 
que  M.  de  Grey-Birquin  a  très  bien  dite. 

Mais  le  plus  grand  succès  a  été  pour  M""  J.  Fla- 
ment  qui  a  interprété  la  ballade  de  Mignon  d'Emile 
Mathieu,  Ton  cœur  est  un  petit  eîifani,  jolie  mélodie  de 
M.  F.Simon,  et  une  mélodie  de  Peter  Benoit,  qui 
ont  fait  ressortir  toutes  les  richesses  et  toutes  les 
ressources  de  son  rare  et  magnifique  contralto. 

J'arrive  au  clou  de  la  soirée,  à  la  deuxième  par- 
tie, réservée  à  Milenka,  le  ballet  symphonique  de 
Jan  Blockx,  que  les  concerts  populaires  révélèrent 
en  janvier  1888  et  que  le  théâtre  de  la  Monnaie  mit 
à  la  scène  la  même  année,  au  mois  de  novembre. 

Une  chaleureuse  ovation  a  été  faite  au  maître 
anversois,  M.Ronvaux,en  lui  remettant  une  palme, 
l'a  remercié,  au  nom  du  Cercle  musical,  d'avoir 
bien  voulu  venir  diriger  son  œuvre. 

11  faut  remercier  aussi  M  Balthasar-Florence 
pour  la  façon  artistique  dont  l'orchestre  s'est 
acquitté  de  ses  fonctions. 

Après  le  concert,  M.  et  M™  Balthasar-Florence 
ont  ouvert  leur  salon  pour  recevoir  ceux  qui 
avaient  participé  à  la  soirée, avec  quelques  intimes. 
Et  l'on  a  recommencé  la  musique  :  M"'  Berthe 
Balthasar  a  joué  la  Tarentelle,  de  Liszt,  avec  un 
brio  sans  pareil;  M""  Clotilde  nous  a  donné  la 
Berceuse  de  son  père  et  le  Zigueneitrweisen  de 
Sarasate,  avec  tout  le  talent  que  nous  lui  connais- 
sons. M'I™  Flament  et  Clémence  Balthasar  ont 
chanté  un  duo  de  Rubinstein  ;  M""  Clémence,  le 
Pourquoi  dans  les  grands  bois,  de  Lakmé;  M""  Flament 
nous  a  fait  entendre  une  mélodie  de  Blockx, 
accompagnée  par  l'auteur.  M.  de  Grey-Birkin  s'est 
fait  aussi  entendre. 


464 


LE  GUIDE  MUSICAL 


J^O  U  V ELLES  DI  VERSES 

Nous  recevons  de  nombreuses  questions 
relatives  aux  représentations  de  Bayreuth. 
Nous  croyons  devoir  donner  aux  personnes 
désireuses  d'assister  à  ces  fêtes  théâtrales  le 
conseil  de  retenir  dès  à  présent  leurs  places,  le 
nombre  de  demandes  étant  considérable.  Il 
suffit  d'envoyer  le  montant  des  places  qu'on 
demande  (vingt-cinq  francs  par  place  et  par 
représentation),  par  mandat-poste,  à  l'Admi- 
nistration des  Buhnenfestspiele,  à  Bayreuth 
(Bavière). 

Bien  que  nous  ayons  déjà  publié  le  pro- 
gramme de  la  saison  de  Bayreuth,  nous  croyons 
être  agréable  à  nos  lecteurs  en  le  reproduisant 
à  nouveau.  Voici  dans  quel  ordre  se  suivront 
les  représentations  : 

Jeudi,  19  juillet,  Parsifal. 

Vendredi,    20       »       Lohengrin. 

Dimanche,  22       »       Tannhœuser. 

Lundi,         23       »       Parsifal. 

Jeudi,  26       »       Parsifal. 

Vendredi,    27       »       Lohengrin, 

Dimanche,  29        »       Parsifal. 

Lundi,        3o       »       Tannhœuser. 

Jeudi,  2    août,    Parsifal. 

Vendredi,      3       »       Lohengrin. 

Dimanche,    5        n       Parsifal. 

Lundi,  6       »       Tannhœuser. 

Jeudi,  9       »       Parsifal. 

Vendredi,    10       »       Lohengrin. 

Dimanche,  12       »       Lohengrin. 

Lundi,        i3       »       Tannhœuser, 

Mercredi,    i5        »       Parsifal. 

Jeudi,         16       I)       Lohengrin. 

Samedi,      18       »       Tannhœuser. 

Dimanche,  19       »       Parsifal. 

Voici,  d'autre  part,  la  distribution  des  rôles 
des  trois  ouvrages  : 

Lohengrin.  Le  roi  Henri  :  Karl  Grengg,  de 
Vienne,  et  Max  Mosel,  de  Cologne. 

Telramund  :  D.  Popovici,  de  Prague. 

Lohengrin  :  Ernest  Van  Dyck,  de  Vienne. 

Le  héraut  :  Hermann  Brachmann,  de  Halle. 

Eisa  :  Lilian  Nordica,  de  New-York. 

Ortrude  :  Marie  Brema,  de  Londres,  et  Pau- 
line Mailhac,  de  Carlsruhe. 

Tannhœicser.  Le  landgraf  :  George  Dœring, 
de  Mannheim. 

Wolfram  von  Eschenbach  :  Theodor  Reich- 


mann,  de  Vienne,  et  J.  Kaschmann,  de  Milan. 

Tannhaeuser  :  Wilhelm  Gl'ûning,  de  Hano- 
vre. 

WalthervonderVogelw^eide  :  Emile  Gerhaeu- 
ser,  de  Carlsruhe. 

Biterolf  :  Michael  Takaets,  de  Budapest. 

Elisabeth  :  Elisa  Wiborg,  de  Stuttgart,  et 
Johanna  Gadski,  de  Brème. 

Vénus  ;  Pauline  Mailhac. 

Le  pâtre  :  Louise  Mulder,  de  Stuttgart,  et 
Marie  Deppe,  de  Berlin. 

Parsifal.  Parsifal  :  Ernest  Van  Dyck,  Wil- 
helm Grûning  et  Willy  Birrenkoven,  de  Ham- 
bourg. 

Kundry  :  Rosa  Sucher,  de  Berlin,  et  Marie 
Brema. 

Gurnemanz  :  Grengg  et  Mosel. 

Amfortas  ;  Kaschmann  et  Reichmann. 

Klingsor  :  Fritz  Planck.  de  Carlsruhe,  et  Mi- 
chael Takaets. 

Titurel  :  Wilhem  Fenten,  de  Dusseldorf. 

Les  filles-fleurs  :  Louise  Mulder,  Marie  Dep- 
pe, Elisabeth  Hoelldobler,  de  Stettin;  Johanna 
Gadski,  Adèle  Krausz,  de  Dusseldorf,  et  Frieda 
Zimmer,  de  Mayence. 

M.  F.  Mottl,  l'éminent  chef  d'orchestre  qui 
a  fait  représenter  avec  tant  de  succès,  l'an 
dernier,  au  théâtre  de  Carlsruhe,  une  partie 
des  œuvres  de  Berlioz,  donne  en  ce  moment  à 
Carlsruhe  une  série  de  représentations  des 
drames  de  Wagner,  avec  les  plus  célèbres 
artistes  de  l'Allemagne. 

Ces  représentations  ont  eu  lieu  aux  dates 
suivantes  :  le  9  mai,  le  Rheingold ;  le  10,  la 
Walkilre;  le  i3,  le  Siegfried;  le  17,  la  Gœtter- 
dœmmerung. 

Aujourd'hui  commencent  à  l'Opéra-Comique 
de  Paris  les  fêtes  de  la  célébration  de  la  mil- 
lième représentation  de  Mignon,  d'Ambroise 
Thomas.  L'œuvre  sera  donnée  avec  cette  distri- 
bution : 

Mignon,  M"«  Wyns;  Philine,  'M.'^^  Lan- 
douzy;  Wilhelm  Meister,  M.  Mouliérat  ;  Lo- 
thario,  M.  Taskin ;  Laerte,  M.  Carbonne.  Ces 
trois  derniers  artistes  ont  joué  leur  rôle,  le  pre- 
mier, trois  cent  cinquante  fois  ;  les  deux  autres, 
cent  fois. 

Le  mardi  i5  mai,  soirée  de  gala. 

A  cette  soirée  de  gala  seront  invités  :  le  l'ré- 
dent  de  la  République,  les  ministres,  le  gouver- 
neur militaire  de  Paris,  l'Institut,  tous  les  corps 
constitués. 

Le  programme  de  cette  solennité  musicale 
sera  des  plus  curieux  : 

Mignon  sera  cette  fois  accompagné  de  mor- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


465 


ceau  de  l'syché  et  du  Songe  d'une  nuit  d'été, 
avec  le  chœur  des  chasseurs,  exécuté  par  tous 
les  artistes  hommes  du  théâtre. 

Cette  cérémonie  offre  une  particularité  inté- 
ressante :  c'est  que  la  première  a  été  donnée 
en  1867,  c'est-à-dire  moins  de  trente  ans  avant 
la  millième.  La  Dame  blanche  et  le  Pré  aux 
Clercs,  qui  ont  été  commémorés  de  la  même 
façon,  ont  mis  près  de  cinquante  ans  à  attein- 
dre leur  millième. 

Il  est  décidé  que  ce  sera  M.  Ernest  Van 
Dyck  qui  chantera  à  l'Opéra  de  Paris  le  rôle 
de  Tristan,  au  commencement  de  l'hiver  pro- 
chain. 

M.  Ch.  Lamoureux  vient  de  rentrer  à  Paris, 
après  avoir  été  acclamé  à  Milan.  Les  derniers 
concerts  de  la  «  Société  orchestrale  de  la  Scala  » 
qu'il  vient  de  diriger,  ont  été  pour  l'éminent 
chef  d'orchestre  l'occasion  de  chaleureuses 
>  manifestations,  non  seulement  de  la  part  du 
public  qui  lui  a  prodigué  les  marques  du  plus 
vif  enthousiasme,  mais  encore  de  la  part  des 
artistes  de  l'orchestre  qui,  au  bruit  des  vivats 
de  toute  la  salle,  lui  ont  offert,  en  témoignage 
de  leur  admiration,  un  magnifique  bâton  de 
chef  d'orchestre  en  or  et  en  argent. 

Il  y  a  eu  le  2  mai,  trente  ans  que  Meyerbeer 
est  mort  à  Paris,  dans  la  maison  qui  porte  le 
numéro  2  de  la  rue  Montaigne. 
I  Cette  date  du  2  mai  est  particulièrement  inté- 
;  ressante  pour  l'Allemagne  et  la  Suisse,  où 
;  les  directeurs  de  théâtre  pourront  désormais 
;  monter  sans  autorisation  spéciale  et  jouer  à 
:  leur  guise  les  œuvres  de  l'illustre  compositeur, 
I  sans  avoir  de  droits  d'auteur  à  payer. 
'  En  France,  la  propriété  artistique  n'est  pres- 
;!  crite  que  cinquante  ans  après  la  mort  du  der- 
;  nier  collaborateur. 

On  sait  qu'en  rapprochant  les  textes  poéti- 
ques des  diverses  chansons  populaires,  lesfolk- 
j  loristes  ont  découvert  qu'on  les  pouvait  rame- 
:j  ner  à  quelques  types  assez  peu  nombreux.  En 
j  un  très  curieux  essai,  paru  dans  les  derniers 
i  fascicules  àels.  Revue  des  traditions  populaires , 
\  M.  Julien    Tiersot  a   tenté  d'établir  pour  les 
i  mélodies  de  ces  chansons  des  rapprochements 
;  analogues.  II  a  comparé  les  textes  musicaux  et 
a  été  amené  à  constater  qu'il  existait,  en  quelque 
'.  sorte,  des  «  familles  »  de  mélodies.  C'est  ainsi 
I  qu'on  retrouve  les  mêmes  thèmes  (avec  d'indé- 
finissables variantes   d'accent  et  de  couleur), 
sous  deà  chansons  bretonnes,  bressannes,  fla- 


mandes, etc..  M.  Tiersot  a  évité,  du  reste, 
d'ériger  ses  remarques  ingénieuses  en  système, 
sachant  que  le  génie  populaire  procède  de  bien 
des  façons  diverses  en  ses  créations.  Mais  il  y  a 
là  des  observations  très  fines  :  elles  intéresse- 
ront les  musiciens  et  tous  les  curieux  qu'inquiète 
le  problème  —  toujours  non  résolu  —  des  ori- 
gines de  la  chanson  populaire 

Une  bien  étrange  polémique  est  engagée 
en  ce  moment,  dans  le  Musical  Standard 
de  Londres,  entre  M™=  veuve  Prasger  et 
M.  Ashton  Ellis,  le  wagnérien  bien  connu.  On 
se  rappellera  qu'il  y  a  quelque  temps,  le  défunt 
mari  de  M'"'=  Prœger  avait  publié  ou  laissé 
publier  sous  son  nom  des  mémoires  relatifs  à 
Richard  Wagner,  sous  ce  titre  :  Richard 
Wagner  tel  que  je  l'ai  connu.  Ce  livre,  qui 
contenait,  au  sujet  du  maître  de  Bayreuth,  cer- 
taines révélations  et  des  appréciations  person- 
nelles assez  défavorables  pour  son  caractère, 
fut  froidement  accueilli,  et  même  très  vive- 
ment attaqué,  notamment  dans  les  i^aj^re^/i/zer 
Blœtter,  l'organe  officiel  de  Wahnfried.  Dans 
cette  dernière  revue,  M.  Houston  S.Chamber- 
lain avait  même  pubUé,  il  y  a  trois  mois,  une 
étude  extrêmement  serrée  démontrant  point  par 
point  les  inexactitudes  de  tout  genre  dont  four- 
millait le  livre  du  musicien  anglais.  Il  allait 
plus  loin.  Ayant  vérifié  sur  le  texte  les  originaux 
des  lettres  reproduites  par  M .  Praeger,  il  put 
constater  des  interpolations  et  des  modifica- 
tions de  rédaction  assez  sensibles;  un  certain 
nombre  de  lettres  ne  s'étant  pas  retrouvées 
dans  leur  teneur  originale,  M.  Chamberlain 
crut  même  pouvoir  aller  jusqu'à  accuser 
M.  Praeger  d'avoir  inventé  ces  lettres  de  toutes 
pièces.  L'accusation  était  grave.  Elle  a  été 
récemment  reprise  par  M.  Ashton  Ellis  dans 
le  Musical  Standard,  qui,  examinant  les  sou- 
venirs de  Praeger  au  regard  des  faits  et  gestes 
de  Wagner  en  Angleterre,  découvrit  à  son  tour 
de  nouvelles  inexactitudes.  C'est  là-dessus  que 
Mme  veuve  Praeger  est  entrée  en  scène  pour 
défendre  la  mémoire  de  son  mari.  Elle  publie 
dans  le  Musical  Standard,  en  réponse  aux 
réquisitoires  de  MM.  Chamberlain  et  Ashton 
Ellis,  une  longue  défense  du  livre  de  son  mari 
et  reproduit,  en  partie  du  moins,  les  lettres  de 
Wagner  à  son  ami  Praeger  dont  l'authenticité 
et  l'existence  même  avaient  été  contestées.  En 
ce  qui  concerne  les  inexactitudes  relevées  dans 
la  rédaction  des  lettres  publiées.  M"":  Praeger 
explique  que  le  livre  de  son  mari  a  paru  à  son 
insu  et  n'a  pas  été  revu  par  lui,  que  la  tra- 
duction allemande  en  a  été  faite  sur  le  texte 


466 


LE  GUIDE  MUSICAL 


anglais,  de  sorte  que  les  lettres  de  Wagner,  au 
lieu  de  paraître  dans  leur  teneur  authentique, 
ont  paru  dans  un  allemand  bizarre  qui  est  une 
retraduction  de  la  traduction  anglaise. 

Bref,  ce  qui  résulte  de  plus  clair  de  tout 
cela,  c'est  que  le  livre  de  Prseger  est  très  sujet 
à  caution. 

Musiques  anciennes  : 

Pendant  les  fêtes  destinées  à  célébrer  les 
noces  d'argent  du  couple  impérial  japonais,  un 
ballet  a  été  dansé  dans  la  salle  du  Trône,  à 
Tokio  et  les  morceaux  qui  le  composaient 
appartenaient  à  l'art  antique  d'Extrême-Orient. 

Voici  les  titres  de  ces  morceaux  :  le  premier, 
Banzairaku,  est  d'auguste  origine.  Il  a  pour 
auteur  l'empereur  Yomei,  et  date  de  treize 
siècles.  Puis  vient  Taiheiraku.  qui  fut  com- 
posé il  y  a  mille    trente-sept  ans  d'après  des 


motifs  chinois  ;  la  danse  y  figure  «  la  pacifica 
tion  de  l'empire  et  la  suppression  des  abus  » 
Enfin,  c'est  Bairo,  œuvre  importée  de  l'Inde 
il  y  a  mille  cent  soixante  ans  ;  on  y  voit  repré 
sentée  «  la  soumission  des  ennemis  ».  Il  serai 
à  désirer  pour  l'histoire  de  la  musique  orientale 
qu'un  des  européens  présents  aux  fêtes  de 
Tokio  eût  pris  soin  de  noter  la  musique  de  ce; 
trois  airs  de  ballet. 

Les  Medici  du  maestro  Leoncavallo,  l'auteur 
fortuné  des  Pagliacci,  viennent  d'être  repré 
sentes  au  Grand-Théâtre  de  Moscou,  avec  le 
concours  de  MM.  Tamagno  et  Battistini.  A  en 
croire  les  journaux,  le  succès  de  la  représenta- 
tion n'est  dû  qu'à  ces  interprètes  ;  il  faut  notei 
néanmoins  que  plusieurs  morceaux  ont  été 
bissés  et,  dans  le  nombre,  un  seul  air  seule 
ment,  —  la  sérénade  de  M.  Battistini.  —  Les 
deux  autres  numéros  redemandés  étaient  des 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


A.  GUILMANT 


nr'x*sti:i.sox*ix>t±03:i.s 


GRAND  ORGUE  AVEC  PÉDALES 


G.   BizET.   Op.  :;^2.  Berceuse  et 
Duo Fr. 

A.  Durand.  Op.   78.  Sous    les 

Bois 

J.  Durand.  Op. 4. Feuillet  d'Al- 
bum    

B.  Godard.  Op.  16.  Andante   . 

—  Op.  27.  Solitude   . 

—  Op.  116.  Idylle     . 
E.  Lalo.  Op.  20.  Romance  du 


Concerto  de  violon     .     .     5 

C.  Saint- Saëns.  Op.  34.   Mar- 
che héroïque     .     .      Net     3 

C.  S\int-Saëns.   Op.   45.   Pré- 
lude du  Déluge     ...     6 

C.  Saint-Saëns.Op-ôq.  Hymne 

à  Victor  Hugo .     .     Net     3 

R.  ScHUMANN.  Op.  i5.  Rêverie.     2 
—            Op.    85.    Chant 
du  Soir 2 


5o 


5o 


LE  GUIDE  MUSICAL 


467 


morceaux  d'ensemble,  —  le  chœur  populaire 
du  deuxième  acte  et  le  septuor  du  troisième. 
—  Cette  semaine,  on  donne  deux  fois  les  Me- 
dici. 

Les  parfums  ennemis  du  chant. 

Un  fait  curieux  vient  d'être  contrôlé  en  An- 
gleterre. Les  fleurs  fraîchement  cueillie  pro- 
duisent une  atténuation  de  la  voix  chez  les 
chanteurs  qui  les  respirent.  Les  violettes,  tout 
particulièrement,  provoquent  un  enrouement 
difficile  à  enrayer. 


On  raconte  qu'une  grande  artiste,  engagée 
pendant  la  saison  dernière  pour  chanter  chez  les 
Rothschild  de  Londres,  fut  incapable  de  rem- 
plir son  programme  pour  avoir  respiré  un 
bouquet  composé  en  plus  grande  partie  de 
violettes.  Les  médecins  légistes  déclarèrent  que 
certains  parfums,  comme  ceux  des  tubéreuses, 
du  mimosa,  du  lilas,  de  l'hyacinthe  ont  le  pou- 
voir de  provoquer  l'enrouement. 

Mesdames  qui  chantez,  méfiez-vous  des  par- 
fums naturels  et  même  artificiels,  prétendent 
les  docteurs. 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

F  A.  i^  I  s 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tschaikowsky,  Ciottschaik,  Prudent,  Allttrd 
des   Archives   du  piauu   et   de  la   célèbre   lléthoiie    de   piHUu    \.   Le   l'arpenticr 

Seuls  dépositaires  de  l'Bdition  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  uiaslque  de  violon 


CE  U  V  R  E  S 


CHARLES  LEFEBVRE 


MUSIQUE  RELIGIEUSE 
Op.  52.  Hymne  \Prono  volutus  impetu),  pour  con- 
tralto solo,  chœur  et  orchestre,  texte  latin  et 
traduction  française  de  Paul  CoLLiN.      Net     2     » 

Op.  71.  Ave  Maria 3    « 

Op.  78.  Stabat  Mater,  pour  soprano  (^4  Madame 

Krauss) 6     » 

Psaume  XXIII,  texte  latin  et  imitation  française 

deJuiLLEEAT Net    3     » 

MUSIQUE  INSTRUMENTALE 
Op.  43.  Romance  pour  violon  et  piano     .     .     .     5     » 
Op.  68.  Méditation.   N"   i.   Orgue    et  orchestre 

avec  conducteur Net     3     » 

N"  2.  Harmonium  et  instruments  à  cordes 

avec  conducteur         Net     2     » 

N"  3.  Orgue  seul,  par  A.  Guilmant.     Net     2    » 
Op.  72.  Deux  pièces  pour  flûte  et  piano. 

N»  I .  Barcarolle  mélancolique  ....     6     » 

N°  2.  Scherzo 9     » 

Le  N"  I  pour  violon  et  piano 6     » 

Op.  80.  Quatuor  pour  instruments  à  cordes. 

Partition Net     3     » 

Parties  séparées Net     6     >i 


Op.  82 .  Cantabile  pour  viole  d'amour  ou  alto  et 

piano Net     2 

Le  même,  pour  violon  et  piano.      .  Net     2 

ORCHESTRE 

Op.  20.  Prélude  choral. 

Partition Nel    2 

Parties  séparées Net     2 

Op.  43.  Romance. 

Partition Net     2 

Parties  séparées Net     2 

Op.  60.  Menuet. 

Piano  conducteur Net     2 

Parties  séparées Net     2 

Op.  65.  Une  Sérénade. 

Partition Net    6 

Parties  séparées Net  10 

Op.  70.  Prélude  d'Eloa,  extrait. 

Parties  séparées  avec  conducteur   .  Net     2 

Op.  75.  N"  2.  Cortège  villageois. 

Parties  séparées  avec  conducteur    .  Net     2 
N.B.  —  Pour  chaque    orchestre  :  Parties  supplé- 
mentaires cordes     Chaque  net  25 


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Alexandre  GUILMANT.  N°  i.  Scherzo,  net  :  2  fr.  N»  2.  Romance,  net  :  i  fr.  5o.  I»!"  3.  Berceuse, 
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LE  GUIDE  MUSICAL 


•t^  Quel  est  l'artiste  ou  l'écrivain,  qui  ne  souhaite 
savoir  ce  que  l'on  dit  de  lui  dans  la  presse?  Mais 
le  temps  manque  pour  de  telles  recherches. 

Le  Courrier  delà  Presse,  fondé  en  1889.  19,  bou- 
levard Montmartre,  à  Paris,  par  M.  Gallois,  a 
pour  objet  de  recueillir  et  de  communiquer  aux 
intéressés  les  extraits  de  tous  les  journaux  du 
monde  sur  n'importe  quel  sujet. 

Le  Courrier  de  la  Presse  lit  6,000  journaux  par 
jour. 


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PARIS  :  13,  rue  du  Mail 


RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 

Berlin 

Opéra-Impérial.  —  Du  6  au  i5  mai  :  Lendemain  c 
noces.  Fiançailles  slaves  et  I  Pagliacci.  Falstaff.  L 
Barbier  de  Séville  et  Cavalleria.  Freyschûtz  Falsta 
et  Fiançailles  slaves.  Faust.  La  Flûte  enchantéi 
Lohengrin.  Mara  et  I  Pagliacci. 

Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  Le  Marchan 
d'oiseaux. 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Clôture  annuelli 

Théâtre  des  Galeries.   —   Cousin- Cousine. 

Alcazar  royal.  —   Le   Mort. 

Waux-Hall.  —  Concerts  d'été  par  l'orchestre  de  '. 
Monnaie,  sous  la  direction  de  MM.  L.  Dubois  ■ 
Lapon. 

Dresde 

Opéra.  —  Du  6  au  i3  mai  :  Fidelio.  La  Traviata,  Li 
Maîtres-Chanteurs.  Le  Troubadour.  Les  Folkungei  • 
Les  Huguenots. 


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M.    GUSTAVE    SANDRE 

Professeur  d'harmonie  pratique  au  Conservatoire  royal  de  Bru.\elles 

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HARMONIUMS    ESTEY 


LE  GUIDE  MUSICAL 


469 


Liège 

Nouveaux  Concerts.  —  Dimanche  20  mai,  à  3  h.  )4i 
4»  concert.  —  !"•  et  2'  actes  de  Tristan  et  Iseult  de 
Richard  Wagner  ;  M.  Ernest  Van  Dyck,  du  Théâtre- 
Impérial  de  Vienne  et  du  théâtre  de  Bayreuth.  chan- 
tera le  rôle  de  Tristan. 

Paris 

Opéra.  —  Du  7  au  12  mai  :  Lohengrin  (loo''),  rentrée 
de  M.  Van  Dyck);  Faust.  Faust.  Lohengrin.  Thaïs,  la 
Maladetta. 

Opéra-Comique.  —  Du  4  au  12  mai  :  Carmen.  Mireille 


et  Cavalleria  rusticana.  Le  Portrait  de  Manon  (i^o  re- 
présentation) et  Lalla  Rouckh.  Lakmé.  Lalla  Rouckh, 
le  Portrait  de  Manon  et  Cavalleria  rusticana.  Lalla 
Rouckh,  le  Portrait  de  Manon  et  Cavalleria  rusticana. 

Trocadero.  —  Dimanche  i3mai,  concert  Lamoureux  : 
l'Arlésienne,  i^'^  suite  pour  orchestre  G.  Bizet);  la 
Troyenne  regrettant  sa  patrie,  les  Erynnies  (J.  Mas- 
senet);  Invocation  à  la  nature.  Damnation  de  Faust 
(Berlioz),  par  M.  E.  Van  Dyck);  le  Camp  de  Wallen- 
stein  (V.  d'Indy);  Prière  de  Rienzi  (R.  Wagner),  par 
M.  E.  Van  Dyck);  prélude  de  Parsifal  (R.  Wagner); 
Preislied.  les  Maîtres-Chanteurs  [R.  Wagner),  par 
M.  E.  Van  Dyck;  prélude  de  Tristan  et  Iseult  (Wag- 


V'Léopold  MURAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique) 

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DETHIER,  Gaston.  Romance  violon  et  piano        .......  3   — 

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RAGGHIANTI,  J.  Gavotte  et  musette  pf  instruments  à  cordes,  partit,  et  parties  »  3  — 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  violon  et  piano    ......  n  3   i5 

—                 Berceuse  Scandinave,  violon  at  piano      .         .         .         .  »  2  5o 

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OTTO  JUNNE,  éditeur,  21,  Thalstrasse,  Leipzig 


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Six  pièces  originales  pour  violon  avec 
acccompagnement    de    piano 
N°5  I.  Simplicité. 

2.  Insouciance. 

3.  Quiétude. 

4.  Souvenir. 

5.  Mélancolie. 

6.  Allégresse. 


PIÉTRAPERTOSA 

DOUZE  TRANSCRIPTIONS 

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GILIS,  A. 

Symphonie  d'enfants,  pour  deux 
violons  et  instruments  (mirlitons, 
triangle,  cornet),  avec  accompagne- 
ment de  piano  ou  quatuor 

Soirée  sous  bois,  valse  chantée 
(chœur  à  l'unisson  ou  solo) 


470 


LE  GUIDE  MUSICAL 


ner);  Chant  du  Printemps,  la  Walkyrie  (R.  Wagner); 
par  M.  E.  Van  Dyck;  Chevauchée  des  Walkyries 
(R.  Wagner). 

Vienne 

Opéea-Impér:al.  —  Du  7  au  i5  mai  :  le  Baiser  et  le 
Diable  au  pensionnat  Le  Trompette  de  Sa2kkingen. 
Amour  de  troupier  et  I  Paglacci  Les  Noces  de  Fi- 
garo. Freyschûtz.  Lohengrin  Les  Rantzau  et  la  Rose 
de  Pontevedra.  Excelsior. 

Carl  Theater.  —  La  Belle  Hélène.  Nuit  et  Jour. 
Charley's  Tante. 

An  der  Wien.  —  Mamzell  Nitouche.  La  pauvre  Fille, 
Le  Mariage  à  l'essai.  Le  Baron  des  Tsiganes.  Le  Châ- 
teau maudit. 


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Châlea  et  écharpes 
Soieries  et  velours 


Chapeaux  et  coififures 
Parfumerie  et  mercerie 
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DIRECTEUR-RÉDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE     KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EK  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     I  M  BERT 

Rue  Beaurepaire,  33,  Paris 

N.  LE  KIME,  SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  /2,  Bruxelles 


(Tollaborateuvs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

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journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
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40»  année  27  Mai  et  3  Juin  1894      numéros  22-23 


SOMMAIRE 


Michel  Brenet. —  Les  Musiciens  de  l'Ecole 

polytechnique. 
D"^  D.  D.  -  Le  Festival  rhénan. 
M.  R.  —  A  propos  de  la  looo^  de  Mignon. 
Marcel  Remy.  —  Le  Portrait  de.   Manon, 

première  à  rOpéra-Comique. 
H.  Imbert.  . —  Le  successeur  de  Ch.  Gounod 

à  l'Académie  des  Beaux-Arts  de  France. 

€l)rontque  île  la  Semaine  :  Paris  :  La  VU  d'une  rose.  — 

Concerts  divers. 
Bruxelles  :  UHymne  à  Apollon  et  M.  Th.  Reinach  au 

Cercle  artistique. 

Corresponbances  :  Anvers,  Charleroi,  Dresde,  Dussel- 

dorf,  Londres. 
Nouvelles  diverses. 
Bibliographie.  —  Nécrologie. 
Répertoire  des  théâtres 


en  VENTE,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  l'Ecuyer; 
et  chez  les  éditeurs  de  musique.  — ■  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de   Seine  ;  librairie  Flammarion. 

—  A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Hasrtel,  i5,  Oxford 
Street;  Schottet  C»,  Régent  street,  i57-i5g. —  A  Leipzig  : 
Otto  Junne. — A  Munich  :  Josef  Seiling,  fourn"'  de  la  cour, 
Perusastrasse.  —  A  Strasbourg  ;  librairie  Ammel.  —  A 
Amsterdam,  Algemeene  Musikhaniel,  Spui,  2.  —  A  La 
Haye,  Belinfante  frères. — A  Liège  :  M'»"  veuve  Muraille, 
rue  de  l'Université.  -  A  Anvers  :  M  Forst,pIace  de  Meir. 

—  A  Gand  :  M"»"  Bayer.    —  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit. 

—  A  Genève  :  Ad.  Henn,  6,  rue  Grenus.  —  A  Madrid  : 
Ruiz  y  C°,  Principe,  14.  — ASt-Pétersbourg  :  R  VioUet. 

—  A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Mexico  :  N.  Budin.  — 
A  Montréal  :  La  Montagne,  éditeur  149,  rue  Siint- 
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474 


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27  Mai  et  3  Juin  1894. 


Xe6  ni!)U6icien8 
be  r£cole  polytechnique 

ES  musiciens  ont  fort  à  faire  de- 
puis quelque  temps  pour  célébrer 
tous  les  anniversaires  artistiques 
Kk^!SZuuwM<  qui  semblent  s'accumuler  en  notre 
fin  de  siècle.  Après  le  centenaire  de  Don 
Juan  et  celui  de  la  mort  de  Mozart,  est 
venu  le  centenaire  de  la  naissance  de  Ros- 
sini,  qui  est  resté  inaperçu  en  dehors  de 
l'Italie  ;  en  1894  tombe  l'anniversaire  trois 
fois  séculaire  de  la  mort  de  Palestrina  et  de 
•celle  d'Orlando  de  Lassus;  on  promet  déjà 
de  solenniser  en  i8g5,  le  centenaire  de  la 
fondation  du  Conservatoire  de  Paris;  et  les 
almanachs  des  années  à  venir  ne  seront  pas 
stériles  non  plus  en  semblables  souvenirs. 

Il  en  va  de  même  en  dehors  de  la  mu- 
sique, et  le  mois  de  mai  1894  a  été  choisi 
pour  célébrer  à  Paris  le  centenaire  de 
l'Ecole  polj'technique.  Réceptions  offi- 
cielles, spectacle  de  circonstance,  messe 
funèbre  pour  les  camarades  morts,  médaille 
commémorative,  publication  de  n  livre 
d'or  »  et  autres  ouvrages  analogues,  rien  n'a 
été  négligé  pour  raviver  en  cette  occasion 
les  souvenirs  et  les  traditions  d'une  école 
qui  se  glorifie  ajuste  titre  d'avoir  fourni  à 
la  France,  depuis  cent  ans,  l'élite  de  ses 
savants,  de  ses  ingénieurs  et  de  ses  offi- 
ciers. 

La  musique,  si  étrangère  qu'elle  paraisse 
à  l'histoire  d'une  telle  institution,  s'y  glisse 
cependant  et  revenditjue  comme  lui  appar- 
tenant soit  en  entier,   soit  pour  une  part 


seulement,  plusieurs  des  noms  qui  figurent 
dans  le  volumineux  répertoire  des  anciens 
élèves  de  l'Ecole.  En  rassemblant  ici  ces 
noms  dans  une  série  de  courtes  notices, 
nous  montrerons  que  l'art  peut  réclamer 
une  place,  petite  ou  grande,  dans  toutes 
les  fêtes  de  l'intelligence. 

Le  premier  musicien  qui  se  présente  en 
suivant  simplement  l'ordre  chronologique 
des  promotions  est  peut-être  le  plus  inté- 
ressant de  tous,  ou  du  moins  celui  qui 
mérite  le  plus  de  reconnaissance,  comme 
ayant  rendu  le  plus  de  services  réels  à 
l'art  musical  en  France.  C'est  Alexandre- 
Etienne  Choron,  né  à  Caen  le  21  oc- 
tobre 1772,  et  qui  fut  en  1794-95  un  des 
premiers  chefs  de  brigade  de  l'Ecole  pol}'- 
technique.  Monge  avait  trouvé  Choron  à 
l'Ecole  des  mines,  où  il  venait  d'entrer, 
sortant  du  collège  de  Juilly  ;  frappé  de  sa 
vive  intelligence,  Monge  avait  fait  de  lui 
son  secrétaire  particulier,  son  collabora- 
teur pour  la  rédaction  des  premiers  règle- 
ments de  l'Ecole  polytechnique,  son  répé- 
titeur pour  le  cours  de  géométrie  descrip- 
tive professé  à  l'Ecole  normale.  Mais  si 
bien  doué  qu'il  fût  sous  le  rapport  des 
sciences  mathématiques,  Choron  avait 
trouvé  ailleurs,  dès  son  arrivée  à  Paris,  sa 
véritable  vocation  :  la  musique.  Il  s'était 
mis-  avec  ardeur  à  étudier  l'harmonie, 
d'abord  sous  la  direction  de  l'abbé  Roze, 
puis  sous  celle  plus  rigoureuse  de  Benoit 
Bonesi.  Ajoutant  aux  leçons  de  ses  maîtres 
l'étude  directe  des  traités  classiques  ainsi 
que  l'exe-rcice  laborieux  et  fortifiant  de  la 
mise  en  partition  des  anciens  chefs-d'œuvre, 
apprenant  successivement  les  langues  dont 
l'usage  lui  manquait  pour  lire  les  théori- 
ciens italiens  et  allemands,  rassemblant 
notes  sur  notes,  concevant  des  plans  d'ou- 
vrages à  venir,  Choron,  fixé  par  ses  études 
mêmes  sur    sa    vocation    réelle,  finit  par 


476 


LE  GUIDE  MUSICAL 


abandonner  la  carrière  scientifique  ouverte 
devant  lui,  pour  se  vouer  entièrement  à  un 
art  qui  avait  désormais  captivé  et  subjugué, 
sans  partage  possible,  toute  son  intelli- 
gence. 

La  nature  des  facultés  générales  de  Cho- 
ron ne  le  portait  pas  cependant  vers  la 
production  artistique  proprement  dite  :  la 
composition.  Il  n'était  pas  non  plus  assez 
foncièrement  mathématicien  pour  se  con- 
sacrer spécialement,  comme  beaucoup 
d'autres  polytechniciens,  à  la  théorie  phy- 
sique ou  philosophique  de  la  musique; 
pourtant,  dans  les  tâches  qu'il  se  fixa,  dans 
les  enseignements  qu'il  répandit,  on  le  vit 
dé-^elopper,  à  côté  du  sens  délicat  et  enthou- 
siaste de  l'artiste,  quelque  chose  du  sens 
logique  et  précis  que  peut  laisser  dans 
l'esprit  l'habitude  ancienne  du  raisonne- 
ment mathématique.  La  trace  de  cette 
habitude  se  retrouve  dans  l'ordre  même 
des  publications  de  Choron.  L'enquête 
qu'il  entreprenait  pour  son  compte,  parmi 
les  traités  théoriques  et  les  anciennes 
œuvres  de  la  pratique  musicale,  se  déroula 
dans  ses  ouvrages.  Il  donna  successivement 
sous  le  titre  de  Principes  d'accompagnement 
et  de  Principes  de  composition  des  écoles 
d'Italie,  une  sorte  de  condensation  des 
études  poursuivies  par  lui  pour  son  instruc- 
tion personnelle,  tournant  ainsi  par  son  zèle 
au  profit  de  tous.  La  suite  prouva  que  ce  zèle 
était  aussi  désintéressé  qu'ardent  et  persé- 
vérant. Choron  dépensa  la  plus  grande 
partie  de  sa  fortune  en  éditions  coûteuses 
et  non  rémunératrices  de  chefs-d'œuvre  des 
anciennes  écoles,  inconnus  en  France,  et 
dont  il  jugeait  avec  raison  la  connaissance 
nécessaire  et  favorable  au  développement 
de  notre  art  national.  Avec  le  même  oubli 
de  ses  propres  intérêts  et  le  même  désir 
d'accroître  et  d'élever,  pour  le  plus  grand 
honneur  du  pays,  le  degré  de  culture  de 
l'art  qu'il  avait  choisi,  il  essaya  successive- 
ment de  fonder  une  Société  philharmo- 
nique et  de  faire  paraître  un  Bulletin  mu- 
sical périodique  :  deux  choses  dont  il  avait 
compris  le  premier  toute  l'utilité,  mais  pour 
lesquelles  l'esprit  public  en  France  n'était 
pas  mvir  encore.  Sur  la  demande  du  ministre 
des  cultes   ou  sur   celle  des  membres  de 


l'Académie  des  beaux-arts,  il  se  chargea  de 
longues  enquêtes  et  de  rapports  importants 
sur  l'état  de  l'enseignement  musical,  sur 
les  maîtrises,  etc.  Incapable  de  garder 
pour  lui  seul  des  connaissances  laborieuse- 
ment acquises,  mais  profitables  à  tous,  il 
ouvrit  sa  propre  bibliothèque  aux  travail- 
leurs, les  encourageant  de  son  exemple,  les 
aidant  de  son  savoir,  et  ne  pensant  qu'à 
augmenter  leur  nombre,  sans  s'arrêter 
jamais  à  la  crainte  mesquine  de  se  préparer 
des  rivaux. 
{A  suivre.)  Michel  Brenet. 


jfestival  IRbénan 


EST  à  Aix-la-Chapelle  qu'ont  eu  lieu, 
cette  année,  les  exécutions  du  soixante 
et  onzième  festival  rhénan.  Elles  ont 
été,  comme  d'habitude,  dirigées  par  deux 
capellmeister  :  M.  Eberhard  Schwickerath, 
chef  d'orchestre  de  la  ville,  pour  toutes  les 
parties  vocales,  et  M.Ernst  Schuch,de  Dresde, 
pour  les  grandes  pièces  orchestrales.  Ce  choix 
était  tout  indiqué  en  ce  qui  concerne  l'excellent 
directeur  de  la  ville  ;  M .  Schuch  ayant  conduit 
avec  beaucoup  de  succès  le  festival  de  1891,  il 
était  naturel  de  l'appeler  encore  à  diriger  celui 
de  cette  année.  L'habitude  est,  d'ailleurs,  de 
charger  plusieurs  fois  de  suite  le  même  artiste 
de  la  direction;  Hiller  l'a  acceptée  douze  fois, 
dei853à  i883. 

La  paît  faite  dans  ces  exécutions  à  la  mu- 
sique moderne,  bien  qu'elle  tende  à  s'agrandir, 
est  toujours  peu  importante  :  c'était  une  bonne 
surprise  de  trouver  cette  année,  au  programme, 
non  seulement  des  compositions  récentes,  mais 
encore,  et  à  une  place  d'honneur,  l'œuvre  d'un 
étranger.  Contre  toutes  les  habitudes,  et  sans 
scrupule  national  on  a  exécuté  Franziskus, 
de  M .  Edgar  Tinel  ;  on  l'a  exécuté  respectueu- 
sement, sans  coupures,  on  lui  a  consacré  la 
majeure  partie  de  la  première  journée  de  fête. 
Il  était  très  intéressant  d'entendre  cette 
œuvre,  non  plus  dans  une    ville   belge   quel- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


477 


conque,  où  le  genre  oratorio  n'est  guère  cultivé, 
mais  à  Aix,  où  plusieurs  grandes  œuvres  cho- 
rales de  Bach  et  de  Hsendel  sont  exécutées  tous 
les  ans.  Cela  faisait  un  cadre  dans  lequel  le  vrai 
mérite  de  Franziskits  allait  se  dévoiler,  soit  en 
détruisant  nos  illusions,  soit  en   prouvant  que 
notre  jugement  favorable  était  bien  fondé.  Et  tel 
a  été  le  cas.  L'œuvre  mérite  le  rare  honneur  qu'on 
lui  a  fait  par  cette  consécration  solennelle.  Non 
seulement  l'opinion  d'un  critique,  mais  l'enthou- 
siasme  du   public  d'élite    venu   de   loin    pour 
assister  à  ces  exécutions  prouvent  que  Franzis- 
his  ne  jouit  pas  seulement  d'un  succès  passa- 
ger, mais  qu'il  fera  époque.  Certes,  ce  n'est  pas 
encore  une  œuvre  de  maturité  complète,  mais 
c'est  pourtant  une  œuvre  de  maître.  Ici    plus 
qu'à  des  auditions   antérieures,  j'ai  été  frappé 
par  certaines  parties  extatiques  dans  lesquelles 
les  suites  d'accords  rappellent  celles  des  finales 
de  Wagner.  Il  n'y  a  pas  là  de  copie,  mais  une 
atmosphère  analogue,  justifiée  parfois   par    le 
sujet;  elle  plaît,  elle  emporte,  car  on  y  sent  un 
souffle    de    sincérité    et   d'art   vrai.    Certaines 
parties,   comme   la   danse,  ont  paru   un    peu 
longues,  d'autres  éveillaient  trop  vivement  des 
souvenirs  connus  :  tel  l'épisode  du  veilleur  de 
nuit  après  lequel  on  attend  quelque  motif  des 
Maîtres  Chanteurs.  Cet  épisode  n'est-il  pas  bien 
mutile  ici  ?  De  pareils  hors-d'œuvre  ne  sont  que 
rarement  à  leur  place.  —  A  cause  d'une  très 
grande  perfection  dans   le  rendu,  les   chœurs 
ont   paru    doublement    intéressants.    Ils    sont 
d'une  exécution  très  difficile,  étant  écrits  fort 
haut,  mais  les  vaillants  soprani  d'Aix  ne  recu- 
lentdevant  rien.  Le  chœur, dirigé  par  M.Schwic- 
kerath,  était  composé  de  109  soprani,  83  alti, 
5g  ténors  et  84  basses,  tous  musiciens  et  chan- 
teurs bien  doués,  surtout  bien  stylés.  Il  règne 
en   Allemagne    une    discipline  inconnue   ici, 
mais  singulièrement   favorable   au  fini    d'une 
exécution.  L'entrée  dans  la  plupart  des  sociétés 
chorales  importantes    est  subordonnée   à  un 
examen  souvent  difficile  ;  on  exige  une  grande 
assiduité  des  membres,  qui  croient  plutôt  rem- 
plir un  devoir  accepté  librement  qu'aller  à  une 
partie  de  babillage.  Sans  ce  sentiment  d'une 
mission  à  remplir,  sans  cette  discipline  un  peu 
militaire,  sans  l'absolu  respect  des  volontés  du 
chef,    on  ne   pourrait   obtenir   les    artistiques 
résultats    dont    l'Allemagne  donne  l'exemple. 
Ce  chœur,  soutenu  par  un  orchestre  de  i3o  mu- 
siciens, a  permis  une  exécution  vraiment  gran- 


diose de  Franziskus.  Les  soli  ont  été  bien 
chantés  par  M'ie  Milka  Ternina  et  M.  Birren- 
koven,  un  ténor  assez  célèbre,  mais  dont  la 
voix  donne  parfois  quelques  inquiétudes. 

La  seconde  œuvre  chorale  était  Elie  (deu- 
xième journée),  dont  on  n'a  —  j'allais  écrire 
«  heureusement  » — joué  qu.^,  la  première  partie. 
Celle-ci  forme, du  reste, un  tout  bien  indépendant 
de  la  suite,  et  elle  est  assez  longue  pour  per- 
mettre d'affirmer  qu'on  a  rendu  plus  que  justice 
à  Mendelssohn  en  l'inscrivant  au  programme. 
Après  le  Sanctiis,  le  Benedictiis  et  VOsaiina 
de  la  Messe  en  si  mineur  de  Bach,  qu'on  venait 
d'exécuter,  Elie  paraissait  terriblement  vieux, 
ou  plutôt  vieillot.  Les  formes  scolastiques  de 
la  fugue,—  chose  singulière,  —  ne  faisaient  pas 
un  effet  aussi  suranné;  elles  sont  si  claires  pour 
qui  en  pénètre  l'esprit,  si  brillantes  et  majes- 
tueuses qu'elles  font  toujours  une  profonde 
impression.  La  mauvaise  déclamation  des 
chœurs  à' Elie,  au  contraire,  paraissait  faire  sur 
tous  une  pénible  impression. Encore  un  efiet, — 
involontaire  et  éloigné,  — des  créations  wagné- 
riennes,  qui  partout  modifient,  affinent  et  per- 
fectionnent le  goût  du  public.  Des  solistes 
exceptionnels  donnaient  pourtant  un  grand 
intérêt  à  cette  exécution.  Cari  Perron,  le  bary- 
ton de  Dresde  tant  remarqué  à  Bayreuth  dans 
le  rôle  d'Amfortas,  a  déclamé  avec  sa  pronon- 
ciation impeccable  et  son  style  parfait  les  pré- 
dictions d'Elie.  Voilà  bien  le  chanteur  par 
excellence,  le  Van  Dyck  des  barytons.  Pourquoi 
un  singulier  parti  pris,  —  ou  une  difficulté 
inconnue,  —  le  tient-il  éloigné  de  la  scène 
bayreuthienne,  où  il  serait,  sans  concurrence 
possible,  le  meilleur  Wolfram,  le  plus  parfait 
Amfortas?  —  Mystère,  mais  fait  à  signaler  et  à 
déplorer  !  M"«  Ternina  avait,  cette  fois,  une 
partie  plus  importante,  dans  laquelle  elle  a  fait 
preuve  de  sérieuses  qualités.  Cette  jeune  artiste, 
l'étoile  de  Munich,  a  de  grandes  qualités  tech- 
niques et  un  profond  sentiment,  mais  elle  ne 
semblait  pas  tout  à  fait  à  l'aise.  C'est  le  jour 
suivant,  dans  l'air  de  Léonore,  qu'elle  s'est 
vraiment  révélée  artiste.  On  a  chanté  cet  air 
avec  plus  de  voix,  avec  plus  de  passion,  c'est 
vrai,  mais  rarement  avec  un  sentiment  aussi 
profond,  avec  une  égalité  aussi  parfaite,  avec 
un  style  aussi  sûr  de  soi.  Pas  d'artifice,  pas  de 
cris,  mais  une  puissance  d'expression  éminem- 
ment impressionnante. 

Les  parties  déjà  citées  de  la  Messe  de  Bach, 


478 


LE  GUIDE  MUSICAL 


agrémentées  d'une  orchestration  complémen- 
taire un  peu  trop  bruyante  de  Hiller,  ont  été 
exécutées  avec  une  grande  clarté,  malgré  la 
difficulté  qu'elles  présentent.  M.  Cari  Prill,  de 
Leipzig,  a  joué  d'un  bon  style  le  solo  du  Bene- 
dicius;  la  partie  de  ténor  avait  été  confiée  à 
M.  Birrenkoven. 

A  côté  de  ces  magistrales  exécutions  cho- 
rales, les  grandes  pièces  d'orchestre  étaient 
dignement  représentées.  Le  premier  jour, 
M.  Schuch  a  dirigé  la  quatrième  sj'mphonic  de 
Beethoven,  cette  œuvre  pleine  de  douce  mélan- 
colie, de  demi-teintes,  de  clair  obscur  qui  repré- 
sente en  quelque  sorte  l'envers  de  la  nature  da 
maître.  Il  est  très  curieux  de  remarquer  qu'il  a 
presque  toujours  composé,  soit  ensemble,  soit 
à  des  époques  rapprochées,  deux  œuvres  de 
caractère  absolument  différent.  Ses  symphonies 
peuvent  être  ainsi  classées  d'une  façon  méca- 
nique (i)  :  à  des  degrés  différents,  les  sympho- 
nies portant  un  numéro  impair  [eroica,  ut  mi- 
neur, IX^)  sont  héroïques,  celles  de  numéros  pairs 
(4"=  et  pastorale  surtout)  ont  un  caractère  tout 
lyrique.  Et  ces  dernières  sont  de  beaucoup  les 
plus  difficiles  à  interpréter,  à  cause  de  la  finesse 
des  nuances.  L'orchestre  doit  avoir  une  riche 
gradation  de  sonorités  entre  \e  piano  et  lefoi'te, 
sans  quoi  tout  se  dilue  dans  une  monotonie 
ennuyeuse  comme  un  jour  de  pluie.  Et  notre 
climat  est  fort  pluvieux. . .  Mais  le  soleil  demandé 
brillait  à  cette  exécution  modèle  du  festival 
rhénan.  La  nuance  d'élection  de  Beethoven, 
un  crescendo  subitement  suivi  d'un  piano,  si 
difficile  à  obtenir  et  d'un  emploi  si  constant 
dans  la  quatrième  symphonie,  n'a  pas  manqué 
une  seule  fois.  Et  les  vibrantes  ovations  faites 
à  lexcellent  chef  n'ont  été  que  justice  rendue. 

Dans  l'ouverture  de  Léonore  n°  3,  il  a  su 
faire  sentir,  à  côté  d'un  travail  de  détail  minu- 
tieux et  impeccable,  la  grande  ligne,  le  souffle 
dionysiaque  qui  anime  cette  œuvre  sublime. 
J'aime  moins  son  exécution  de  l'ouverture  du 
Tann]iœiiser,  dont  le  choral,  repris  par  les 
cuivres  pendant  l'accompagnement  en  triolets 
des  violons,  a  été  joué  un  peu  brutalement  et 
sans  la  conviction  nécessaire. 

Les  œuvres  de  Berlioz  ont  fait  une  brillante 
carrière  dans  l'Allemagne  du  sud  et  la  mode 
s'en   étend  jusqu'à  la   province   rhénane.   La 

\i)  Voir  l'analyse  due  à  l'habile  plume  de  M.  Rei- 
mann  dans  la  brochure-programme  des  festivités . 


Symplionie  fantastique  se  trouvait,  cette  fois, 
au  programme;  elle  a  eu  également  un  vif 
succès.  Inutile,  sans  doute,  de  parler  en  détail 
de  cette  œuvre  qui  est  et  restera  une  œuvre  de 
jeunesse,  bien  faite  sans  doute,  mais  iro-p  faite, 
trop  voulue  et  cherchée.  Une  seule  question  à 
son  propos,  et  une  question  à  résoudre.  La 
dernière  partie  comprend  le  motif  de  Vidée  fixe 
et  le  Dies  irce,  travestis  de  toutes  façons.  C'est 
une  caricature  musicale;  dans  le  sens  gœthien, 
un  méphistophélisme,  une  négation.  Berlioz 
connaissait  le  Faust,  il  savait  quel  est  «  l'esprit 
qui  toujours  nie  ».  Tel  est  l'esprit  de  cette  der- 
nière partie  ;  Berlioz  est  sans  doute  le  premier 
qui  ait  fait  exprimer  à  la  musique  de  pareils 
sentiments.  Quelle  est,  dès  lors,  l'influence  qu'il 
a  eue  sur  Liszt,—  qui,  dans  sa  F anstsymphonie, 

emploie  un  procédé  tout  analogue,  et  sur 

d'autres  ? 

Tod  und  Verklœrnng  de  Strauss  se  trouvait 
également  au  programme  ;  mais,  à  cause  d'un 
malentendu  déplorable,  l'œuvre,  insuffisamment 
sue,  a  paru  terne.  C'était  la  seule  tache  pendant 
ces  trois  journées. 

La  dernière  était  réservée  aux  solistes.  Un 
jeune  alto  de  talent,  qui  avait  déjà  chanté  dans 
Elie,  s'est  fait  fort  apprécier  dans  un  Lied  de 
Schultz  (1782),  une  ariette  de  Paisiello  et  une 
ballade  de  Lœwe.  Cette  charmante  diseuse, 
qui  a  nom  Catharina  Zimdars,  n'a  qu'un 
défaut  :  celui  d'être  un  peu  jeune  et  de  manquer 
encore  de  développement;  mais  elle  promet  de 
devenir  bientôt  une  artiste  de  premier  mérite. 
La  rareté  de  sa  voix  lui  vaudra  une  double 
célébrité. 

Passant  quelques  numéros,  nous  arrivons  à 
Paderewski,  qui  jouait  pour  la  première  fois  en 
Allemagne  et  qui  a  tout  lieu  d'être  satisfait  du 
succès  obtenu.  Et  pourtant  le  concerto  en  la 
mineur  de  Schumann,  dans  l'interprétation  de 
ce  virtuose,  est  devenu  bien  mièvre.  Uandan- 
tino  surtout,  rallenti  outre  mesure,  soupiré, 
effleuré,  m'a  fait  la  plus  pénible  impression  de 
raffinement  efféminé.  Les  passages  de  force,  au 
contraire,  devenaient  brutaux,  le  son  se  brisait 
sous  des  coups  nerveux.  A  part  la  technique, 
absolument  supérieure,  est-ce  bien  là  tout  ce 
qu'on  peut  attendre  d'un  homme  si  renommé  ? 
Sa  Fantaisie  polonaise  a  fait  meilleur  effet. 
C'est  une  œuvre  de  couleur  locale  dans  le 
caractère  de  certaines  rapsodies  de  Liszt  ;  l'un 


LE  GUIDE  MUSICAL 


479 


des  thèmes,  très  russe,  est  fort  beau.  L'orchestre 
est  bien  traité.  Paderewski  a  eu  le  bon  goût 
de  ne  pas  donner,  en  dehors  du  programme,  un 
casse-cou  ;  pour  répondre  aux  ovations,  il  a 
exécuté  très  simplement  un  iioctiirne.  L'exem- 
ple est  bon  à  suivre. 

Le  festival  s'est  terminé  par  la  Kaiser marsch 
de  Wagner.  D""  D.  D. 


A  FEOFOS  DE  LA  MILLIEME  DE  MIQNON 

^^ 

fi  Candide  eût  pu  visiter  Paris  l'autre 
semaine,  il  eût  certes  été  assez  étonné. 
j-^^_~~  S'il  eût  demandé  à  la  foule  enthousiaste, 
au  journaux  lyriques  la  place  réelle  qu'occupe 
Mignon  dans  l'art  musical,  qu'eût-on  pu  lui 
répondre,  si  ce  n'est  :  a  C'est  une  musique  qui 
a  des  vertus  domestiques  comme  son  auteur  » . 

Le  caractère  et  la  personne  de  M.  Ambroise 
Thomas  ont  droit  au  plus  profond  respect. 
Quelque  chose  de  cette  droiture  d'âme  se  fait 
sentir  dans  sa  musique,  qui,  si  elle  n'a  pas 
l'accent  13'rique,  a  du  moins,  celui  de  la  sincé- 
rité. Aussi  faut-il  savoir  gré  à  M.  Thomas, 
retiré  depuis  longtemps  dans  le  fromage  intel- 
lectuel du  Conservatoire,  de  s'être  tenu  à  l'écart 
des  questions  irritantes  qui  ont  agité  le  monde 
musical  ces  dernières  années.  S'il  eût  dû  pren- 
dre parti,  logique  avec  lui-même,  il  eût  prêché 
peut-être  la  conciliation  d'idées  contradictoires, 
ainsi  qu'il  l'a  tenté  dans  ses  opéras  ;  cette  solu- 
tion palliative  n'eût  été  d'aucun  secours. 

Paris  a  décerné  à  M.  Thomas  des  honneurs, 
un  triomphe  quasi-posthume,  tant  c'était  una- 
nime et...  sans  portée. 

Que  M.  Carvalho  «  d'accord  avec  le  gouver- 
nement »  [sic)  ait  organisé  la  millième  de 
Mignon  en  une  soirée  de  gala  où  on  n'a  même 
pas  joué  Mignon,  cela  nous  importe  comme  la 
prochaine  cent  millième  de  la  Mascotte,  avec 
figuration  officielle  ou  non  et  le  chœur  de  la 
presse. 

Sans  doute,  mille  est  un  chiffre  ;  mais  il  nous 
paraît  surtout  concerner  les  inipresarii  et  les 
caissiers;  comme  argument  artistique,  l'élo- 
quence des  chiffres  est  parfois  obscure. 

Ce  qu'il  faut  admirer  dans  l'événement,  c'est 
la  badauderie  des  journaux,  qui  ont  «  coupé  en 
plein  »  dans  cette  réclame.  Et,  d'autre  part,  leur 
embarras  au  lendemain  de  la  soirée;   pas   un 


seul  critique  musical  n'osant  entreprendre  de 
faire  ressortir  les  «  beautés  »  de  la  partition. 
Et  les  compositeurs  interviewés  sur  l'œuvre  de 
leur  illustre  confrère,  se  perdant  en  généralités 
vagues,  en  réticences  à  peine  avouées.  C'était 
là  le  vrai  spectacle.  Et  l'oubli  où  l'on  a  laissé 
le  librettiste,  M.  Barbier!  Ni  décoration,  ni 
ovation  pour  lui.  Pourtant,  on  l'a  joué  mille 
fois,  ce  livret  refusé  par  Meyerbeer,  qui  craignait 
les  pommes  cuites  de  ses  compatriotes,  s'il  avait 
osé  leur  exhiber  un  tel  arrangement  de  Gœthe, 
ainsi  qu'il  l'a  dit. 

Si  l'on  s'obstine  à  chercher  le  pourquoi  de  la 
manifestation  disproportionnée  en  faveur  de 
Mignon,  on  trouvera  des  causes  multiples  :  le 
besoin  d'un  pendant  national  au  triomphe 
récent  de  Verdi,  l'accord  spontané  qui  s'est 
fait  sur  le  nom  de  M.  Thomas,  que  sa  haute 
situation  officielle,  son  intégrité  artistique  et 
son  aménité  personnelle,  sa  situation  d'ancêtre 
en  dehors  des  compétitions  désignaient  tout 
naturellement,  puis  l'heureuse  coïncidence  de 
la  millième  représentation  de  Mignon,  au  mo- 
ment où,  les  officiers  russes  étant  partis  depuis 
assez  longtemps,  une  soirée  de  gala  s'imposait 
comme  une  nécessité. 

Mais  quand  les  quatre-vingt  mille  concierges 
de  Paris,  sans  compter  les  gens  qui  ont  man- 
qué leur  vocation,  auront  versé  un  pleur 
supplémentaire  sur  les  malheurs  de  Mignon 
(édition  populaire),  nous  n'en  conclurons  pas 
à  une  date  probante  dans  l'histoire  de  la  mu- 
sique. 

Nous  préférons  modestement  la  troisième 
.sifflée  de  Tannhceuser,  à  l'Opéra,  en  1861. 

M.  R. 


LE  PORTRAIT  DE  MAISON" 

opéra  comique  en  un  acte  de  M.  Boyer   musique  de 
M.  J.  Massenet. 

nch'    io   son ,   a    pu   dire    —    ou 

chanter  —  l'auteur  de  Thaïs  en  pen- 
sant au  Siegfried-Idyll. 
Et  c'est  un  sentiment  paternel  bien  admis- 
sible   dans    son    ambition,     chez    un    artiste 
célèbre,  que  de  reprendre   dans  une  partition 
consacrée  tels  thèmes  désormais  burinés  dans 


LE  GUIDE   MUSICAL 


les  mémoires  pour  servir  à  un  jeu  de  plume 
élégant  et  désœuvré.  Tout  rappel,  tout  effleure- 
ment de  motif  dûment  installé  dans  le  souvenir 
de  chacun,  emprunte  la  force  probante  d'une 
citation  classique  que  nul  esprit  cultivé  ne  peut 
ignorer  ;  toute  allusion  est  aussitôt  saisie,  toute 
comparaison,  analogie  de  situation,  aussitôt 
déduite  et  raisonnée. 

Vraiment  ce  jeu  est  charmant,  surtout  quand 
les  emprunts  sont  faits  à  une  partition  réussie 
et  captivante  comme  l'est  la  Manon  de  M.  Mas- 
senet.  Certes,  c'est  là,  l'œuvre  à  laquelle  l'auteur 
a  imprimé  le  plus  nettement  sa  griffe  person- 
nelle, et  on  ne  peut  que  se  réjouir  de  le  voir  y 
cueillir  quelques  fleurs  de  serre  chaude  pour 
exercer  à  nouveau  sa  virtuosité. 

Le  livret  de  M.  Boyer  se  résume  en  deux 
mots  :  le  chevalier  des  Grieux,  vieilli,  passe 
ses  jours  dans  la  contemplation  du  passé  : 
depuis  la  mort  de  Manon,  son  grand  chagrin 
s'est  calmé,  mais  son  caractère  est  demeuré 
morose.  Aussi  s'offusque-t-il  de  l'aveu  que  lui 
fait  son  jeune  ami  et  protégé,  le  vicomte  de 
Mortcerf,  de  son  amour  pour  Aurore,  la  fille 
adoptive  de  Tiberge.  Or,  la  jeune  Aurore  n'est 
autre  que  la  fille  de  Lescaut,  le  sacripant  frère 
ou  cousin  de  Manon.  Et  pour  fléchir  le  che- 
valier, on  revêt  Aurore  d'un  costume  analogue 
à  celui  que  portait  Manon  quand  elle  fut  ren- 
contrée par  des  Grieux  pour  la  première  fois. 

Le  chevalier,  à  la  vue  de  cette  nouvelle 
Manon,  —  faut-il  dire  que  la  nièce  ressemble  à 
la  tante  ?  —  est  profondément  ému,  et  consent 
à  l'union  des  deux  jeunes  gens. 

Prétextes  à  rappels  de  thèmes,  comme  on 
voit  ;  sans  cela,  ce  petit  acte  serait  à  peine  une 
comédie  de  paravent.  Vivifiée  par  l'autre 
Manon,  cette  partitionnette  prend  une  saveur 
spéciale;  et  les  thèmes  à  peine  altérés,  selon 
qu'il  convient  à  la  situation  nouvelle,  semblent 
d'un  intérêt  plus  piquant.  D'autres  parties, 
plus  épisodiques  n'ont  évidemment  aucun  lien 
possible  avec  la  première  partition,  et  l'auteur 
les  a  traitées  avec  son  adresse  accoutumée. 

L'interprétation  est  excellente  particulière- 
mentdelapart  de  M.  Fugère  et  deM"'^  Elven. 

M.  R. 


>M 


LE  SUCCESSEUR  DE  CHAELE3  GOUNOD 

A    l'académie    des    beaux-arts    de    FRANCE 


AR  vingt  voix  contre  douze  accordées 
à  M.  Joncières  et  quatre  à  M.  Fauré, 
Théodore  Dubois  a  été  élu,  le  19  mai, 
membre  de  l'Académie  en  remplacement  de 
Charles  Gounod. 

Cette  nomination  a  eu  les  sympathies  de  tous. 
L'Académie  s'est  honorée  en  accueillant  un 
homme  d'une  haute  probité  et  d'une  grande 
maîtrise  artistiques. 

Né  à  Rosnay  près  de  Reims,  le  24  aotit  1837, 
de  parents  placés  dans  la  condition  la  plus  mo- 
deste, il  dévoila  de  bonne  heure  des  aptitudes 
étonnantes  pour  l'art  musical.  Ce  fut  son  pro- 
tecteur M.  le  vicomte  de  Breuil  qui  l'emmena 
à  Paris  vers  la  fin  de  1  année  1854  et  le  fit 
admettre  inmiédiatement  comme  auditeur  dans 
la  classe  de  Marmontel,  puis  dans  celle  de 
Bazin.  Après  avoir  suivi  les  cours  d'orgue, 
d'ensemble  instrumental,  de  fugue  et  de  com- 
position, il  remporta,  en  i856,  le  premier  prix 
d'harmonie  et,  les  années  suivantes,  ceux  de 
fugue  et  d'orgue.  La  classe  de  composition 
était  alors  dirigée  par  Ambroise  Thomas.  Le 
premier  grand  prix  de  Rome  lui  fut  décerné 
en  i86i  pour  la  cantate  Atala,  tirée  de  l'œuvre 
de  Chateaubriand  par  Victor  Roussy. 

Théodore  Dubois  considère  encore  aujour- 
d'hui comme  les  plus  belles  de  son  existence 
les  deux  années  qu'il  a  passées  à  Rome,  admi- 
rant tour  à  tour  les  chefs-d'œuvre  de  la  nature 
et  ceux  des  grands  génies  qui  ont  laissé  des 
souvenirs  impérissables  de  leur  passage  dans 
cette  ville  si  bien  faite  pour  le  recueillement  et 
l'étude.  Ses  premiers  travaux  en  Italie  furent 
une  Ouverture  dans  le  style  classique,  un 
Opéra  bouffe  et  une  Messe  solennelle. 

Ses  tendances  vers  la  musique  sacrée  s'ac- 
centuèrent lorsque,  de  retour  à  Paris  vers  la 
fin  de  iS53,  il  obtint  immédiatement  la  place 
de  maître  de  chapelle  à  l'église  Sainte-Clotilde 
où  César  Franck  tenait  déjà  le  grand  orgue. 
De  nombreux  motets  virent  le  jour;  mais  ce 
furent  les  Sept  paroles  du  Christ  qui,  dans 
l'année  1867,  attirèrent  l'attention  du  monde 
musical.  En  1868,  il  passait  comme  maître  de 
chapelle  à  la  Madeleine. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


481 


Dans  la  période  qui  précéda  la  guerre  de 
1870,  Théodore  Dubois  composa  une  grande 
partie  de  ses  œuvres  religieuses,  ainsi  que  la 
Guzla  de  l'Emir,  opéra  comique  en  un  acte, 
qui  fut  représenté  plus  tard,  en  1873,  au  théâtre 
lyrique  de  l'Athénée. 

Lorsque  Auber  mourut  et  qu'Ambroise  Tho- 
mas lui  succéda  comme  directeur  du  Conserva- 
toire, ce  dernier  n'oublia  point  son  élève  et  lui 
réserva  la  classe  d'harmonie  qu'il  dirigea  effec- 
tivement vers  la  fin  de  1871.  Personne  n'ignore 
quel  éclat  le  jeune  maître  donna  à  cet  ensei- 
gnement. Après  avoir  épousé  en  1872  M"^  Du- 
vinage,  fille  de  l'ancien  chef  d'orchestre  de  la 
Renaissance  et  de  l'Opéra-Comique,  musi- 
cienne de  grand  talent,  il  commença  à  se  livrer 
plus  complètement  à  la  composition.  Nous 
citerons  rapidement  plusieurs  airs  de  ballet, 
un  Andante  cantabile  pour  violon,  —  en 
1873,  une  Suite  d'orchestre,  qui  fut  exécutée 
en  1874  aux  Concerts  du  Châtelet, —  de  1874  ^ 
1878,  un  Concerto  capriccioso  pour  piano  avec 
accompagnement  d'orchestre,  —  les  Voix  de 
la  Nature,  chœur  pour  voix  d'hommes,  —  une 
2^  suite  d'orchestre  [Suite  villageoise),  —  le 
Paradis  perdu,  drame  oratorio  en  quatre  par- 
ties d'après  le  poème  d'Edouard  Blau,  —  le 
Pain  bis,  oféra  comique  sur  un  livret  de 
M.  A.  de  Beauplan,  et  enfin  plusieurs  messes. 

En  1877,  il  fut  appelé  à  succéder,  comme 
organiste  du  grand  orgue  de  la  Madeleine, 
à  Camille  Saint-Saëns,  que  ses  nombreux 
voyages  détournaient  de  ses  fonctions.  Puis, 
désireux  de  suivre  le  mouvement  musical  con- 
temporain, il  entreprend  en  1880,  en  com- 
pagnie de  Gabriel  P'auré,  le  voyage  de  Munich 
pour  assister  aux  représentations  de  Tann- 
hœuser,  des  Maîtres  Cha/iteurs  de  Richard 
Wagner.  Ces  représentations  lui  laissèrent  de 
si  vives  impressions  que,  de  retour  à  Paris,  il 
eut  le  plus  vif  désir  d'étudier  et  de  connaître  à 
fond  les  partitions  du  maître  de  Bayreuth. 
Ceux  qui  ont  eu  le  bonheur  d'entendre  dans 
l'intimité  certaines  pages  de  Circé,  la  der- 
nière œuvre  importante  de  Th.  Dubois,  ont  pu 
constater  l'heureuse  influence  du  maître  d'outre- 
Rhin  sur  le  maître  français. 

L'époque  la  plus  importante  de  la  vie  du 
compositeur  par  l'importance  des  œuvres  fut 
celle  qui  s'étend  de  1878  à  i88g.  Furent  com- 
posés  successivement  :  en   1878  V Enlèvement 


de  Proserpine,  scène  pour  soli,  chœur  et 
orchestre,  et  l'ouverture  symphonique  en  lit,  — 
en  1880,  l'ouverture  de  Frithiojf,  —  en  1882, 
la  Farandole,  ballet  sur  un  livret  de  Philippe 
Gille  et  Arnold  Mortier  qui,  représenté  pour  la 
première  fois  à  l'Opéra  le  14  décembre  i883, 
eut  un  véritable  succès. 

Sa  nomination  comme  chevalier  de  la  Lé- 
gion d'honneur  en  i883  fut  la  juste  récompense 
accordée  à  ses  nombreux  travaux  et  à  sa  car- 
rière si  bien  remplie  de  professeur  au  Conser- 
vatoire. A  peu  près  à  la  même  époque,  les 
fonctions  d'inspecteur  des  beaux-arts  lui  furent 
confiées. 

Lorsque  nous  aurons  signalé  l'exécution  au 
Théâtre-Italien,  dirigé  par  M.  Maurel,  à'Aben- 
Hamet  (188^),  qui  n'eut  malheureusement  que 
quatre  représentations  par  suite  de  la  fermeture 
du  théâtre,  —  les  voyages  entrepris  à  Nantes, 
Angers,  Orléans,  Dijon,  Lille,  Reims,  Boulo- 
gne... pour  diriger  certaines  œuvres  impor- 
tan.es,  lorsque  nous  aurons  appelé  l'attention 
sur  la  nomination  de  Dubois  aux  fonctions  de 
professeur  de  composition  au  Conservatoire  en 
remplacement  de  Léo  Delibes  (1891),  lorsque 
nous  aurons  rappelé  la  composition  en  1888  et 
i88g  de  la  Marche  héroïque  de  'Jeanne  d'Arc, 
de  la  Fantaisie  triomphale  pour  orgue  et 
orchestre,  lorsque  nous  aurons  indiqué  que  le 
chiffre  des  œuvres  composées  jusqu'à  ce  jour 
s  élève  à  quatre-vingt-quatre,  quand  nous  aurons 
souligné  les  beaux  travaux  publiés  sur  l'ensei- 
gnement et  ayant  pour  titres  Notes  et  Etudes 
d'harmonie  (1873-1889),  -  Quatre-vingt-sept 
leçons  d'harmonie  (1879-1891),  lorsque  enfin 
nous  aurons  dit  que  le  nouvel  élu  travaille 
actuellement  à  un  opéra,  Xavière,  dont  le  scé- 
nario a  été  fait  par  M.  Louis  Gallet  d'après  le 
roman  de  Fabre  et  qui  a  été  reçu  par  M .  Car- 
valho,  nous  aurons  tracé  à  grands  traits  les 
lignes  principales  d'une  vie  d'artiste  admirable- 
ment remplie.  Hugues  Imbert. 


Vient  de  paraître  :  TRISTAN  ET  ISEULT,  par 
Maurice  Kufferath,  deuxième  édition.  En  vente  chez 
Scholt  frères,  Bruxelles  et  G.  Fischbanher,  à  Paris. 
Pri.x  ;  5  francs. 


482 


LE  &UIDE  MUSICAL 


CHRONIQUE   DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

(jr^^-r  ous  ne  reviendrons  pas  sur  les  merveil- 
jj^f  ^^"^^^'^^^^tés  qi^e  renferme  la  Vie  d'une 
^^}]  Rose,  de  Robert  Schumann,dont  la  So- 
ciété l'Euterpe  vient  de  donner  une  deuxième 
audition,  le  12  mai  1894.  L'exécution  a  été 
encore  supérieure  à  celle  delà  salle  Erard; 
les  chœurs  se  sont  surpassés.  Aussi  plusieurs 
parties  de  cette  délicieuse  partition  ont-elles 
soulevé  des  transports  d'enthousiasme  ;  le  chant 
funèbre,  la  prière  et  le  chœur  des  Elfes,  le 
chœur  n"  i5,  visiblement  inspiré  par  Weber, 
la  mélopée  et  scène  (n»  23),  etc.,  ont  été  bissés. 

Au  point  de  vue  de  l'acoustique,  la  salle  de 
la  rue  de  Trévise  est  préférable  à  la  salle 
Erard  ;  il  y  a  pour  ainsi  dire  plus  d'intimité  et 
par  suite  une  sorte  de  communion  entre  les 
acteurs  et  les  spectateurs  :  une  œuvre  aussi 
poétique  que  la  Vie  d'une  Rose  gagne  à  être 
entendue  dans  ces  conditions.  Ordinairement, 
ce  sont  les  parties  confiées  aux  solistes,  pour  la 
plupart  peu  initiés  à  la  langue  de  Schumann, 
qui  sont  les  moins  bien  interprétées. 

A  cette  séance  de  l'Euterpe,  il  y  avait  un  pro- 
gjès  visible.  M'''^  Catala  a  fort  gracieusement 
chanté  le  rôle  de  la  Rose,  et  M.  Lefeuve  a 
montré,  dans  celui  du  récitant  (ténor  soloj, 
qu'il  était  un  excellent  musicien.  Les  autres 
SoU  étaient  fort  bien  tenus  par  Mme  L.  Ott 
Mlle  Remy,  M"^' Jounen,  MH'^s  M.  Servier  et 
G.  Ebstein, —  MM.  Damad,  Narçon  et  Drou- 
vilie.  —  Nous  aurions  désiré,  toutefois,  un  peu 
plus  d'émotion,  de  chaleur  dans  la  diction. 

Le  concert  avait  débuté  par  le  beau  Chant 
du  Destin  de  J.  Brahms.  C'est  une  page  d'un 
grand  caractère  et  d'une  tenue  magistrale. 

H.  L 

T 

Une  dépêche  d'un  de  nos  correspondants 
nous  apprend  que  Djehna,  l'œuvre  nouvelle 
de  M.  Charles  Lefebvre  a  obtenu  vendredi  soir, 
un  très  vif  succès  à  l'Opéra.  A  quinzaine  le 
compte  rendu  détaillé. 

't' 
Charmante  soirée  chez  M.^<'  L.  Ott,  rue  de 
Rome,  le  samedi  ig  mai.  Au  programme  un 
trio  très  apprécié,  pour  piano  et  violon,  de 
M.  Camille  Chevillard  et  Helwita,  drame 
lyrique  en  un  acte  de  M.  Abel  Duteil  d'Ozanne 
sur  les  paroles  de  M.  André  Mellerio.  L'œuvre 
a  paru  charmante,  d'une  jolie  couleur  et  d'un 


tour  mélodique  fort  intéressant.  Succès  pour  les 
auteurs  et,  aussi,  pour  les  interprètes,  M™'^  L. 
Ott,  MM.  Auguez,  Damad  et  Drouville. 

Le  savant  organiste,  M.  Eugène  Gigout, 
qui  a  fondé  en  i885,  l'Ecole  d'orgue,  d'impro- 
visation et  de  plain-chant,  a  donné  chez  lui,  le 
21  mai,  une  audition  où  ont  été  entendus  ses 
élèves  et  qui  tirait  un  éclat  particulier  du  con- 
cours de  Mme  Jeanne  Remacle,  MM.  C.  Saint- 
Saëns,  Gabriel  Fauré,  César  Casella  et  Boëll- 
niann.  L'exécution,  par  les  élèves  de  M.  E.  Gi- 
gout, de  diverses  pièces  pour  orgue,  a  prouvé 
l'excellence  de  la  méthode  du  professeur. 
Signalons  parmi  ces  élèves  M"e  Mathilde  Théo- 
phile Gautier,  petite-fille  de  l'éminent  ciseleur 
des  «  Emaux  et  Camées  ». 

Le  public  a  fait  à  Camille  Saint-Saëns  une 
véritable  ovation,  lorsqu'il  a  exécuté,  avec 
M.  Casrlla,  sa  Sérénade,  extraite  de  la  Suite 
pour  violoncelle  et  piano  et,  avec  M.  Gigout, 
le  Scherzo  extrait  de  ses  duos  pour  harmonium 
et  piano.  Ne  pouvant  tout  citer,  contentons- 
nous  de  signaler  deux  jolies  mélodies.  Sous 
bois  et  Notre  amour  de  L.  Boëlimann,  et 
deux  Liedermexvei\\ç.\xx,Nell  et  les  Roses  d'Is- 
pahan  de  Gabriel  Fauré,  puis  le  fameux 
Hymne  à  Apollon,  chanté  par  M^e  Jeanne 
Remacle  et  accompagné  par  MM.  Gabriel 
Fauré  et  L.  Boëlimann. 

Mme  A.  Weingaertner  ^  donné, dimanche  der- 
nier, dans  les  salons  Pleyel,  une  intéressante 
audition  de  ses  élèves,  avec  le  concours  de  M. 
A.  Weingartner,  l'éminent  violoniste,  directeur 
du  Conservatoire  de  Nantes,  et  de  M"e  Marie 
Weingaertner,  une  des  plus  remarquables  élè- 
ves de  la  classe  Delaborde.  Avec  un  mécanisme 
d'une  étonnante  maturité,  la  jeune  virtuose  a 
exécuté  certain  Carnaval  de  Widor  et  la  diffi- 
cile Sonate  (op.  35}  de  Chopin.  Rayval. 

Le  personnel  enseignant  du  Conservatoire 
est  allé  féliciter  M.  Ambroise  Thomas  de  la 
haute  distinction  dont  il  a  été  l'objet  à  l'occasion 
de  la  millième  représentation  de  Mignon.  On 
sait  qu'il  a  été  nommé  Grand- Croix  de  la 
Légion  d'honneur. 

M.  Massenet  ayant  adressé  à  son  maître  un 
charmant  discours,  plein  de  sentiment  et  de 
tact,  M.  Ambroise  Thomas  l'a  remercié  dans 


LE  GUIDE  MUSICAL 


483 


les  termes  les  plus  affectueux.  Il  a  dit  que  l'hon- 
neur qui  venait  de  lui  être  fait,  s'adressait,  dans 
sa  personne,  à  l'art  musical  français,  dont  il  est 
le  doyen,  et  à  l'enseignement  du  Conservatoire, 
dont  il  est  fier  de  seconder  le  dévouement. 

Après  ces  mots,  M.  Ambroise  Thomas  a  em- 
brassé M.  Massenet,  puis  apercevant  M .  Léon 
Achard,  le  créateur  du  rôle  de  Wilhem  Meister, 
de  Mignon,  il  alla  à  lui  pour  lui  exprimer  le 
plaisir  qu'il  avait  à  le  voir  et  à  se  souvenir  de 
sa  brillante  création. 

<^ 

Ainsi  que  nous  l'avons  annoncé  M.  Van 
D3'ck  créera  à  l'Opéra  de  Paris  le  rôle  de  Tris- 
tan. Mais  Tristan  ne  passera  qu'au  mois 
d'avril  i8g5,  l'engagement  de  M.  Van  Dyck  à 
l'Opéra  de  Vienne  ne  le  rendant  libre  qu'à 
cette  époque.  D'ici  là,  au  dire  des  personnes 
bien  informées,  la  direction  de  l'Opéra  mon- 
terait VOtello  de  Verdi  pour  lequel  le  maître 
italien  a  consenti  à  écrire  un  ballet  et  qui 
serait  représenté  en  octobre  prochain  avec  M. 
Saléza  dans  le  rôle  du  ténor. 

On  dit  aussi  qu'entre  Otello  et  Tristan  pren- 
drait place  la-Montagne  Noire,  paroles  et  mu- 
sique de  M™^  Augusta  Holmes. 
4, 

Voici  les  chiffres  du  scrutin  qui  a  eu  lieu 
samedi  dernier  à  l 'Académie  des  Beaux-Arts 
pour  l'élection  du  successeur  de  Charles  Gou- 
nod.  Il  y  avait  35  votants.  La  majorité  était  de 
19. 

Au  premier  tour  :  M.  Théodore  Dubois  a 
obtenu  14  voix;  M.  Joncières,  7;  M.  Fauré,4  ; 
M.  Gastinel.  7;  M.  B.  Godard,  3;  et  M.  Sal- 
vayre,  i. 

Au  deuxième  tour  :  M.  Dubois,  17;  M.  Jon- 
cières, 10;  M.  Fauré,4;  M.  Gastinel,  2;  M.  Go- 
dard, 2;  M.  Salvayre,  i. 

Enfin  au  troisième  tour  :  M.  Dubois  a  été 
élu  par  20  voix  contre  i2  accordées  à  M.  Jon- 
cières et  4  à  M.  Fauré. 

Dans  sa  séance  de  samedi,  où  elle  a  procédé 
à  la  nomination  du  successeur  de  Ch.  Gounod, 
l'Académie  des  Beaux-Arts  de  France  a  décerné 
les  prix  suivants  : 

Prix  Monbine,  3, 000  francs,  à  M.  Alfred 
Bruneau,  pour  son  opéra  l'A  tlaqne  du  motilin; 
prix  Deschaumes,  i,5oo  francs,  à  M.  Dumes- 
nil;  prix  Chartier  (musique  de  chambre),  5oo 
francs,  à  M.  Boëllmann. 

Elle  a  également  couronné  le  livret  pour  la 
cantate  du  grand  prix  de  composition  musicale. 
Ce  poème  est  de  M.  RaflaU.  Titre  :  Daphnd. 


La  Société  artistique  et  littéraire  de  l'Ouest 
donnera,  le  dimanche  27  mai,  à  huit  heures  et 
demie  du  soir,  au  Théâtre  d'Application,  une 
soirée  musicale  et  littéraire. 

Au  programme  :  première  représentation  du 
Diable  couturier,  légende  bretonne  en  un  acte,  de 
M.  J.  Tiercelin,  musique  de  M.  J.-Guy  Ropartz, 
et  audition  d'œuvres  de  MM.  Bourgault-Ducou- 
dray,  Rougnon,  J.  Bordier  (d'Angers),  etc. 

—  Le  concert  annuel  des  chanteurs  de  Saint-Ger- 
vais  a  eu  lieu  vendredi,  à  neuf  heures,  à  la  salle 
Erard,  sous  la  direction  de  M.  Charles  Bordes  et 
avec  le  concours  de  M""  El.  Blanc  et  de  MM.Dié- 
mer  et  Gibert.  En  voici  le  programme  : 

Motet  (J.-S.  Bach).  —  Air  de  Castor  et  Potltix 
(Rameau),  par  M"«  Blanc.  —  Trois  chansons 
françaises  (Rolland  de  Lassus).  —  Pièces  pour 
clavecin,  de  Rameau,  Daquin  et  F.  Couperin,par 
M.Diémer.  —  L,e  Citant  des  oiseaux  (Clément  Jan- 
nequin!.  —  Air  de  Joseph  (Méhub,  par  M.  Gibert. 
-  Deux  madrigaux  (Palestrina).  —  Pièces  pour 
clavecin  (Rameau),  par  M.  Diémer.  —  La  Bataille 
de  Marignan  (Cl.  Jannequin). 


BRUXELLES 

.-^^ERSONNE  ne  se  doutait  vraisemblablement 
:|èv  qu'il  y  eût  à  Bruxelles,  et  particulière- 
'^%5^  ment  au  Cercle  artistique  et  littéraire, un 
tef  nombre  d'hellénisants!  La  salle  s'est  trouvée 
trop  petite,  vendredi  dernier,  pour  contenir  la 
foule  de  curieux  accourue  pour  entendre 
V  Hymne  à  Apollon  récemment  découvert  à 
Delphes  et  la  conférence  explicative  de  M .  Théo- 
dore Reinach.  Très  intéressante,  très  bien  faite 
cette  conférence,  avec  çà  et  là  cependant 
quelques  aperçus  qui  frisaient  le  dilettantisme. 
M. Th.  Reinach  s'est  s'attache  à  faire  ressortir 
l'importance  de  la  découverte  et  à  résumer  les 
informations  que  la  science  moderne  possède 
au  sujet  de  la  musique  dans  l'antiquité.  Ce 
résumé  était  e.\cellent.  Les  deux  articles  que 
nous  avons  publiés  dans  nos  derniers  numéros 
nous  dispensent,  d'ailleurs,  de  revenir  sur  ce 
sujet. 

Quant  à  l'hymne  même, un  facétieux  critique 
du  Ménestrel  avait  cru  y  remarquer  des  ana- 
logies avec  la  mélopée  du  pâtre  au  début  du 
troisième  acte  de  Tristan.  Ceux  qui  con- 
naissent Tristan  ont  vainement  cherché  à 
mettre  le  doigt  sur  les  analogies  signalées, 
comme  aussi  à  deviner  les  rapports  que  ce 
spécimen  d'un  art,  en  somme,  très  rudimen- 
taire,  aurait  avec  l'art  de  Richard  Wagner,  au 
dire  de  M.  Théodore  Reinach.  Les   dilettanti 


484 


LE  GUIDE  MUSICAL 


abusent  vraiment  du  nom  du  maître  de  Bay- 
reuth  et  il  est  temps  de  leur  crier  holà  !  De  la 
musique  grecque,  nous  ne  connaissons  à  peu 
près  rien,  et  ce  que  nous  en  savons  se  réduit  à 
si  peu  de  chose,  même  théoriquement,  qu'il 
faut  une  forte  dose  de  témérité  ou  d'incons- 
cience pour  hasarder  des  rapprochements  entre 
notre  art  moderne  et  cet  art  complètement 
disparu.  Nous  en  sommes  vis-à-vis  de  la  mu- 
sique hellénique  au  point  où  en  serait  la  sculp- 
ture si  elle  ne  possédait  que  les  deux  bras  de  la 
Venus  de  Milo,  sans  le  torse,  et  qu'elle  voulût 
reconstituer  toute  la  statue  avec  ces  seuls  mem- 
bres. De  la  musique  grecque  nous  avons  à 
peine  un  bras,  une  jambe,  une  main;  imaginez 
la  statue  entière  si  vous  pouvez? 

Aussi,  n'a-t-on  pu  s'empêcher  de  souiire  en 
entendant  M.  Reinach  avouer  que  la  science 
n'avait  aucune  indication  sur  la  façon  dont  se 
pratiquait  l'accompagnement  des  mélopées 
grecques  et  dans  la  même  phrase  louer  «  l'in- 
génieuse et  savante  restitution  »  de  l'accompa- 
gnement de  l'Hymne  d'Apollon  par  M.  Gabriel 
Fauré.  Comment  peut-il  être  question  ici  de 
restitution,  puisque  toute  base  solide  fait 
défaut.  Il  y  a  toute  probabilité  que  cet 
accompagnement  ne  se  rapproche  d'aucune 
façon  de  l'original.  Nous  demeurons  ici  dans 
un  hellénisme  de  convention  qui  ressemble 
vraisemblablement  à  l'hellénisme  authentique 
autant  que  les  mélodies  du  plain-chant  à 
nos  mélodies  modernes.  M.  Reinach,  ou 
M.  Fauré,  se  sont  même  permis  de  répéter 
une  des  strophes  de  VHyvine  pour  donner-  au 
morceau  un  semblant  de  symétrie,  nécessaire  à 
nos  habitudes  modernes,  et  à  en  enfermer  les 
différentes  périodes  dans  le  cadre  d'une  mesure 
déterminée  (cinq  temps).  C'est  là  tout  simple- 
ment une  hérésie,  les  Grecs  n'ayant  pas  fait 
usage  de  la  mesure  et  n'ayant  vraisemblable- 
ment connu  que  le  récitatif  syllabique  non  me- 
suré, dont  il  est  resté  des  traces  dans  le  plain- 
chant  et  le  choral  protestant.  La  mesure  est  une 
invention  relativement  moderne,  déterminée 
par  nos  règles  poétiques  si  différentes  de  celles 
des  anciens  Grecs.  Dans  ces  conditions,  l'essai 
de  restitution  et  de  transcription  en  notation 
actuelle  que  nous  a  fait  entendre  M.  Reinach 
est,  à  bien,  des  titres,  sujet  à  caution.  Avant 
d'être  fixé  sur  la  valeur  démonstrative  du  docu- 
ment, assurément  très  précieux,  mis  au  jour  à 
Delphes,  il  faudra  attendre  que  d'autres  savants 
nous  en  aient  fourni  des  interprétations  plus 
fidèles  et  moins  fantaisistes. 

La  mélodie  de  l'hymne  n'est  pas,  du  reste, 
sans  un  certain  caractère,  par  là  même  que  ses 


intervalles  sont  sensiblement  différents  de  ceux 
qui  nous  sont  habituels.  En  somme,  c'est  une 
mélopée  traînante,  très  voisine  de  nos  chants 
populaires  primitifs.  Vouloir  énoncer  d'après 
elle  une  appréciation  sur  la  musique  grecque 
et  son  degré  de  développement,  c'est  comme  si 
de  l'air  :  Malborough  s'en  va-t-en  guerre,  on 
voulait  déduire  la  symphonie  en  jit  mineur  de 
Beethoven  ! 

Louons  l'aimable  diction  de  M"^  Remacle, 
qui  a  chanté  en  grec  et  en  français,  cette  com- 
plainte du  bon  vieux  temps. 

M.   KUFFERATH. 

Nous  apprenons  que  M.  P.  Depoitier,  l'un 
des  trois  du  fameux  «  trio  belge  » ,  va  ouvrir  à 
Bruxelles  un  cours  de  diction  lyrique.  Ce  cours 
comblera  une  Téritable  lacune,  car,  chose 
étrange,  même  le  Conservatoire,  qui  a  de  si 
hautes  visées  artistiques,  n'en  possède  pas.  Il  y 
a  des  classes  de  chant,  des  classes  de  déclama- 
tion, des  classes  de  maintien  (callisthénie)  ;  il 
n'y  a  pas  de  cours  de  diction  où  l'on  apprenne 
aux  jeunes  gens  et  aux  jeunes  filles  qui  se  des- 
tinent à  la  scène  l'art  de  phraser,  au  point  de 
vue  dramatique,  les  rôles  dont  ils  n'apprennent 
que  les  notes.  Qu'on  s'étonne,  après  cela,  que  si 
peu  de  lauréats  de  notre  Conservatoire  réus- 
sissent d'emblée  à  la  scène.  Il  leur  faut,  par  un 
long  apprentissage,  par  la  pratique,  apprendre 
ce  qui  ne  leur  a  pas  été  enseigné,  l'art  de  déta- 
cher un  mot,  de  faire  saillir  une  phrase,  de 
distribuer  les  accents  selon  le  sens  du  drame 
qu'ils  ont  à  interpréter.  Il  y  aurait  grande 
nécessité  aussi  d'attacher  un  professeur  de 
diction  au  théâtre  de  la  Monnaie,  où  il  n'y  a  pas 
actuellement  un  seul  homme  capable  d'indiquer 
aux  artistes  de  province  engagés  par  MM.Stou- 
nion  et  Calabresi,  ce  qui  dans  leur  façon  de 
dire  et  de  phraser,  dans  leurs  gestes  et  leurs 
attitudes,  convient  ou  ne  convient  pas  au  per- 
sonnage qu'ils  représentent. 

M.  Depoitier  qui,  à  une  longue  et  glorieuse 
carrière  de  chanteur,  joint  l'expérience  du  théâ- 
tre et  celle  du  professorat,  qu'il  a  exercé  pendant 
douze  ans  au  Conservatoire  de  Marseille,  a 
donc  une  idée  heureuse  en  instituant  le  cours 
de  diction  lyrique  qu'il  ouvre  chez  lui,  rue 
Paul  Devaux,  25.  Peut-être  s'apercevra-t-on, 
rue  de  la  Régence  et  rue  de  la  Reine,  qu'il  y  a 
là  un  talent  et  une  expérience  à  utiliser  pour  le 
plus  grand  bien  de  notre  art  dramatique. 

Mme  Théroine-Mège  a  donné  récemment,  à 
la   Grande- Harmonie  et  avec  le  concours  de 


I 


LE  GUIDE  MUSICAL 


485 


M"'=  Michaux,  cantatrice,  une  audition  qui  a 
obtenu  le  plus  vif  succès.  Mn^^  Théroine-Mège, 
qui  s'est  consacrée  au  professorat,  est  une 
pianiste  des  plus  sérieuses  et  une  artiste  de 
goût.  Elle  a  joué  avec  une  virtuosité  brillante 
et  de  grandes  qualités  d'interprétation  la  sonate 
op.  27  de  Beethoven,  une  série  de  petites 
pièces  classiques  et  modernes,  la  Polonaise 
n°  6  de  Chopin  et,  pour  finir,  l'étourdissante 
Méphisto- Valse  de  Liszt.  M"<=  Michaux  s'est 
fait  applaudir  dans  des  mélodies  de  Schumann, 
Grieg  et  Brahms. 

Une  audition  des  cours  d'ensemble  de 
l'Ecole  de  musique  de  Saint-Josse-ten-Noode- 
Schaerbeek  sera  donnée,  sous  la  direction  de 
M.  Gustave  Huberti  et  avec  le  concours  du 
Club  symphonique  de  Bruxelles,  le  dimanche 
27  mai  courant,  à  2  heures,  dans  la  salle  de  la 
Société  royale  de  la  Grande-Harmonie. 

Le  programme  se  composera  d'œuvres  de 
Hsendel,  Bach,  Benoit,  Huberti,  Grieg, 
Franck,  et  de  madrigaux  anciens  pour  chœur 
mixte. 

Nous  avons  annoncé  qu'à  l'occasion  des 
fêtes  Roland  de  Lassus,  qui  se  donneront  à 
Mons  au  mois  de  juin,  un  concours  internatio- 
nal de  chant  aurait  lieu  les  24  et  25  juin.  Le 
jury  sera  composé  de  MM.  Peter  Benoi-t,  Ra- 
doux,  Huberti,  Van  den  Eeden,  Mathieu,  Mas- 
senet,  de  Hartog,  Théodore  Dubois,  Devos, 
Vastersavends,  Hinnens,  Van  Remortel,  Vienne 
et  Willame. 

La  direction  des  Nouveaux  Concerts  de  Liège 
nous  prie  d'informer  nos  lecteurs  que  le  concert  qui 
devait  avoir  lieu  aujourd'hui  dimanche  (deux  pre- 
miers actes  de  Tristan  a  dû  être  de  nouveau  ajourné 
au  10  juin,  par  suite  d'une  indisposition  de  M.  Er- 
nest Van  Dyck. 


CORRESPOND  A  NCES 

ANVERS.  —  Voici    notre    Exposition    ou- 
verte depuis   bientôt  un   mois  et,  pourtant, 
les  nouvelles  aitisliques  n'affluent  guère. 

Depuis  la  brillante  audition  d'inauguration,  où 
fut  exécuté  d'une  façon  vraiment  grandiose  le 
Génie  de  la  Pairie,  de  Peter  Benoit,  œuvre  d'une 
incontestable  beauté  et  où  passe  un  souffle  entraî- 
nant  do   patriotisme,   —   qu'avons-nous    eu?   Un 


concert  extraordinaire  avec  le  concours  de  M""  de 
Nuovina  et  de  M.P.Claeys.  La  grande  salle  des 
Fêtes  était,  ce  soir-là,  trop  petite  ;  mais,  à  notre 
humble  avis,  la  série  des  grandes  fêtes  eût  été 
mieux  inaugurée  avec  moins  de  monde  et  plus 
d'étiquette. 

Est-il  admissible,  en  effet,  que  l'on  permette  de 
fumer  dans  de  telles  circonstances?  Et  qu'a  dû  en 
penser  la  gracieuse  diva  bruxelloise? 

Le  programme  de  cette  mémorable  fête  n'était 
point  fait  pour  relever  l'opinion  qu'aurait  pu  se 
former  l'étranger  sur  le  niveau  artistique  de  notre 
pays  :  Ouverture  du  Roi  d'Ys;  Intermezzo  de 
CavalUria  (bissé)  ;  2'  Rapsodie  de  Liszt  ;  air  des 
bijoux  de  Faust  et  des  airs  à^Héyodiade  et  de  Cinq- 
Mars,  ainsi  qu'un  Arioso  de  Delibes,  également 
bissé. 

L'ouverture  de  Tannhœuser  s'y  trouvait  aussi  ; 
mais  on  n'aime  guère  à  rencontrer  de  ces  pages 
élevées  dans  un  programme  aussi  panaché  ! 
L'étranger  ne  serait-il  pas  en  droit  de  se  demander 
si,  oui  ou  non,  notre  pays  possède  une  musique 
nationale,  puisque  les  programmes,  même  en 
temps  d'Exposition,  se  composent  presque  exclu- 
sivement d'œuvres  françaises? 

Il  se  peut  que  le  comité  exécutif  songe  à  pré- 
parer de  grandes  choses  ;  en  attendant,  les  pro- 
grammes journaliers  des  concerts  de  symphonie 
offrent,  nous  le  disons  à  regret,  peu  ou  point  d'in- 
térêt artistique 

La  Société  royale  d'Harmonie,  annonce  une 
grande  fête  qui  aura  lieu  le  14  juin,  avec  le  con- 
cours du  célèbre  orchestre  philharmonique  de 
Berlin. 

Félicitons  la  direction  et  disons  que  nous  ne 
comprenons  pas  que  le  comité  exécutif  de  l'Expo- 
sition, ait  laissé  échapper  une  pareille  aubaine. 

La  Marche  triomphale  de  M.  Lunssens,  qui  a  été 
primée  au  concours  organisé  par  la  maison  Schott 
frères,  de  Bruxelles,  sera  exécutée  pour  la  pre- 
mière fois,  sous  la  direction  de  M.  Fréd.  Bonzon, 
au  concert  extraordinaire  de  l'Exposition  univer- 
selle, lundi,  28  mai,  à  8  1/2  heures  du  soir. 

A.  W. 


GHARLEROI.  —  Enfin  le  grand  concours 
de  chant  organisé  par  le  Cercle  Liégeois  est 
terminé.  Disons  qu'il  a  obtenu  un  énorme  succès. 
Concurrents  nombreux  et  toutes  sociétés  de  pre- 
mier ordre. 

Le  concours  en  première  division  A,  qui  a  eu 
lieu  dans  l'immense  salle  construite  dans  la  cour 
de  la  caserne,  offrait  un  intérêt  tout  particulier  par 
la  qualité  des  orphéons  en  présence.  Le  Vooruit 
de  Saint-Nicolas,  directeur  M.  Vlemmeren,  ouvre 
le  concours  par  le  chœur  imposé  :  les  Nerviens 
devant  César,  d'Ernest  Huysmans;  l'exécution 
manque  de  coloris  et  de  brio;  cependant,  cette 
société  possède  les  éléments  nécessaires  pour  faire 
mieux.  Vient  ensuite  le  Mannmhoor  Cœcilia  d'Ain- 


486 


L'E  GUIDE  MUSICAL 


sterdam,  directeur  M.  Andriaessen,  qui,  avec  qua- 
rante membres, parvient  à  rendre  le  chœur  imposé 
plus  vivant,  plus  sonore  que  ne  l'a  fait  le  Vooruit; 
mais  son  chœur  au  choix  est  d'une  insignifiance  ab- 
solue. La  lutte  s'engage  ensuite  entre  la  Sérésin  de 
Seraing,  directeur  M.  Collinet.et  la  Chorale  de  Jem- 
mapes,  directeur  M.  J.  Duysburgh.  La  première 
possède  de  plus  belles  voix,  mais  moins  de  distinc- 
tion et  d'homogénéité,  surtout  dans  le  chœur  im- 
posé. Son  morceau  au  choix.  Magnificat  de  Riga, 
a  été  exécuté  d'une  façon  irréprochable.  La  So- 
ciété de  Jemmapes,  avec  des  éléments  pourtant 
inférieurs  à  ceux  de  la  Sérésia,  donne  plus  de  déli- 
catesse, plus  de  recherche  et  plus  de  fini  suitout 
au  chœur  imposé.  M.  J.  Duysburgh  s'est  surpassé, 
il  a  rendu  l'œuvre  de  M.  Huysmans  d'une  façon 
tout  à  fait  magistrale.  Après  délibération,  le  jury 
décerne  le  premier  prix  à  la  Société  Chorale  de  Jem- 
mapes, le  deuxième  à  la  Sérésia  et  le  troisième  à  la 
Ccecilici;  une  mention  honorable  est  accordée  à  la 
société  de  Saint-Nicolas, 

Dans  la  section  B,  le  premier  prix  a  été  rem- 
porté par  la  Phalange  monsvilloise  de  Quaregnon; 
le  deuxième  par  la  Malmédicnne  et  lé  troisième  par 
le  Vereenigde  Zangers  d'Amsterdam.  Comme  dans 
la  division  A,  la  lutte  a  été  très  chaude  entre  les 
sociétés  concurrentes,  surtout  entre  la  Malmédieune 
et  la  Phalange  monsvilloise  :  finalement,  la  palme  est 
revenue  à  cette  dernière. 

Le  soir,  a  eu  lieu  à  l'Eden-Théàtre  le  concours 
d'honneur  entre  les  sociétés  ayant  rempoité  le 
premier  prix  dans  leur  division. 

'L'Echo  du  peuple  de  Bruxelles,  directeur  M. 
Weyts,  ouvre  le  feu  par  le  chœur  imposé,  le  Pays 
inconnu  de  Soubre  :  exécution  un  peu  faible,  et 
manquant  de  justesse,  dans  les  Emigrants  irlandais;  la 
Chorale  de  la  Hestre,  directeur  M.  J.  Fischer, 
donne  une  interprétation  plus  fine  au  morceau 
imposé,  mais  manque  de  justesse  aussi;  elle  se  rat- 
trape dans  le  chœur  au  choix,  le  Muletier  de  Lau- 
rent de  Rillé.  Le  jury  décide,  par  g  voix  contre  3, 
de  décerner  le  prix  à  la  Chorale  de  la  Hestre. 
Cette  proclamation  soulève  quelques  murmures, 
et  VEcho  du  peuple  se  retire  en  chantant  la  Marseil- 
laise, en  manière  de  protestation. 

Ensuite  commence  le  concours  d'honneur  entre 
les  premières  divisions.  La  Chorale  de  Jemmapes 
exécute  ses  deux  chœurs  mieux  encore  que  dans 
l'après-midi;  impossible  d'y  mettre  plus  d'homo- 
généité, plus  de  sentiment,  plus  de  fougue.  M.  J 
Duysburgh  est  admirable  dans  sa  direction;  aussi 
le  public  lui  fait-il  une  ovation  prolongée.  La 
Société  monsvilloise  de  Quaregnon,  directeur  M.  Mat- 
ton,  chante  avec  moins  de  précision  et  de  justesse; 
le  jury  décerne,  par  14  voix  contre  5,  le  prix  à  la 
Chorale  de  Jemmapes. 

Le  concours  d'excellence, qui  a  eu  lieu  le  lundi, 
avait  réuni  quatre  sociétés. 

L'Orphéon  Alsace-Lorraine  de  Reims  ouvre  le 
concours.  Exécution  médiocre;  la  société  fran- 
çaise semblait  ne  pas  se  douter  qu'un  concours 
n'est  pas  un  simple  festival. 


Le  Cercle  Vieuxtemps  de  Verviers,  sous  la  direc- 
tion de  son  jeune  chef  M.  Lelotte,  attaque  super- 
bement le  chœur  imposé,  mais  trahit  quelque  fai- 
blesse au  milieu  du  morceau;  la  Tempête  de 
Radoux  est,  à  notre  avis,  mieux  rendue. 

L'Orphéon  des  Cristalleries  du  Val-Saint-Lambert, 
directeur  M.  Collinet,  met  plus  de  justesse  dans 
l'œuvre  difficile  de  M.  Mathieu  et  une  grande  et 
belle  sonorité  dans  Germinal  de  Riga. 

Le  concours  se  termine  par  les  Bardes  de  la  Meuse 
de  Namur;  au  début, exécution  un  peu  faible, mais 
plus  ils  marchent,  plus  ils  gagnent  de  brio  et  de 
chaleur,  ils  ont  surtout  bien  enlevé  le  Réveil  de 
Gevaert. 

Le  jury  décide  de  partager  le  premier  prix  entre 
les  Cristalleries  du  Val-Saint- Lambert  et  les  Bardes, 
et  le  deuxième  prix  va  au  Cercle  Vieuxtemps. 

Le  lundi  soir,  le  vaste  vaisseau  pouvant  conte- 
nir 6,000  personnes  est  archicomble.  L'aspect  de 
la  salle  est  imposant.  C'est  la  grande  lutte  entre  les 
deux  plus  fortes  sociétés  du  pays,  les  Disciples  de 
Grétry,  la  Légia,  et  la  jeune  et  déjà  excellente 
chorale,la  Musicale,àe  Disoa.  A  l'entrée  des  Disciples 
de  G«ïry, directeur  M.  Delsemme,  toute  la  salle  fait 
une  ovation  à  ce  dernier.  Un  profond  silence  s'éta- 
blit et  les  vaillants  lutteurs  entament  le  beau  chœur 
le  Kéve  de  L.  Dubois;  l'exécution  est  d'une  belle 
allure,  les  voix  sont  fraîches  et  d'une  sonorité 
admirable,  à  la  fin  du  chœur, un  long  frémissement 
parcourt  l'assistance,  qui  éclate  en  bravos  enthou- 
siastes; la  nouvelle  œuvre  de  M.  Dubois  est  ma- 
gnifique et  restera  certainement  au  répertoire  de 
nos  fortes  sociélés  chorales.  Ensuite  les  Disciples 
exécutent  le  second  chœur  imposé  ;  Vers  l'avenir, 
de  J.  Simar,  avec  la  même  allure  et  la  même 
énergie  que  le  premier;  impossible  défaire  mieux. 
Y'Aci  enfin  la  Légia,  qui  se  présente  sous  la  di- 
rection de  M.Sylvain  Dupuis.Des  applaudissements 
saluent  son  entrée.  La  Légia  possède  des  voix 
encore  plus  belles  que  les  Disciples;  son  exécution 
est  plus  fouillée,  plus  affinée,  surtout  dans  l'œuvre 
de  M.  Dubois.  Selon  nous,  il  y  a  plus  de  fougue 
peut-être  dans  Vers  Vaveniy. 

La  Musicaleàe  Dison,  directeur-amateur  M.  Bas- 
tin,  a  fait,depuis  le  dernier  concours  de  Bruxelles, 
d'immenses  progrès,  mais  n'est  pas  de  force  à  sou- 
tenir la  latte  contre  les  deux  sociétés  de  Liège. 
Rendons  toutefois  hommage  à  son  intelligent  chef, 
et  espérons  avoir  bientôt  le  plaisir  d'enregistrer 
un  succès. 

'Voici  maintenant  la  décision  du  jury  :  5  voix  à 
la  Légia,  4  voix  pour  les  Disciples  et  3  voix  pour  le 
partage  du  prix.  En  conséquence,  la  Légia  obtient 
le  premier  prix,  et  le  deuxième  est  décerné  aux 
Disciples  de  Grétry  ;  une  mention  très  honorable  re- 
vient à  l'unanimité,  à  la  Musicale  de  Dison. 

N'oublions  pas  de  dire  que  le  nouveau  chœur 
Vers  l'avenir,  de  M.  Simar,  a  obtenu  un  grand  et 
légitime  succès;  l'œuvre  est  écrite  d'un  style  large 
et  puissant,  et  fait  le  plus  grand  honneur  à  son 
auteur.  Th.  L. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


487 


DUSSELDORF.  —  La  Société  chorale 
Harmonie,  à  Dusseldorf,  avait  organisé, 
pour  les  fêtes  de  la  Pentecôte,  un  concours  de 
chant  international,  coïncidant  malheureusement 
avec  celui  de  Charleroi.  Trois  sociétés  chorales 
néerlandaises  de  Rotterdam,  Ruremonde  et  Maes- 
tricht,  et  une  société  belge  de  Dison  ont  pris  part 
au  concours.  Le  jury  se  composait  d'un  Belge, 
M.  Devignée, de  Verviers,  de  trois  Néerlandais, 
MM.  de  Hartog,  Kes  et  Rothaan,  et  de  treize 
Allemands.  Dans  la  première  division,  c'est  la 
Société  Roltes  Mannenkoor  de  Rotterdam  qui  a 
eu  le  premier  pri.x,par  quatre  voix  contre  trois, 
bien  que  ne  l'ayant  pas  mérité;  mais,  d'après  les 
conditions  stipulées  par  le  comité  exécutif,  le  jury 
a  été  forcé  d'accorder  un  premier  prix.  Il  est  vrai 
que  le  chœur  imposé,  composé  par  M.  Steinhauer 
de  Dusseldorf,  était  d'une  exécution  presque 
impossible,  d'une  difficulté  extrême  et  d'un  inté- 
rêt presque  nul.  Dans  la  seconde  division,  c'est 
le  Ruermonds  Mannenkoor,  de  Ruremonde,  qui  a 
eu  le  premier  prix  à  l'unanimité,  et  Crefeld  le 
second  prix.  Dans  la  troisième  division,  ce  sont 
les  Bardes  disonnais  qui  ont  eu  le  premier  prix,  et 
dans  la  division  d'honneur,  c'est  la  Société  chorale 
de  Meerschcid  qui  a  battu  Rotterdam.  En  somme, 
un  concours  d'un  intérêt  tout  à  fait  secondaire. 


DRESDE.  —  11  y  a  environ  une  année, 
quand  une  représentation  annoncée  man- 
quait pour  une  cause  quelconque,  on  la  remplaçait 
par  FreischtUz.  Le  public  souriait,  désertait,  et  les 
artistes  se  lassaient  déjouer  devant  une  salle  à  peu 
-près  vide.  On  s'est  alors  proposé  de  changer  tout 
cela.  Le  chef-d'œuvre  de  Weber  a  disparu  de  l'af 
fiche;  on  l'a  remis  à  l'étude  avec  plusieurs  artistes 
nouveaux;  décors  et  costumes  ont  été  rafraîchis 
et  ainsi  on  est  arrivé  à  une  cinq  centième  fort  sou- 
haitée. Pour  samedi  dernier,  les  demandes  for- 
maient un  nombre  si  énorme  que  la  caisse,  après 
avoir  servi  d'abord  les  Anglais, —  lesquels  ne  com- 
posent pas  le  public  du  dimanche,  —  a  remis  au 
lendemain  les  autres  amateurs.  M.  Anthes  a  pris 
le  rôle  de  Max  tenu  autrefois  par  M.  Riese.  et  s'en 
est  acquitté  à  la  satisfaction  générale.  Comme  il 
se  trouva  indisposé  le  jour  suivant,  c'est  le  nou- 
veau ténor,  M.  Gershseuser  qui  le  remplaça  au 
pied  levé.  Voilà  une  bonne  note  pour  un  débutant 
i  qu'on  entendra  encore  ce  soir  dans  la  Walkyrie. 
Avec  un  peu  plus  de  poésie.  M™'  Wiltich  person- 
nifierait très  bien  le  type  d'Agathe,  pour  qui  M"" 
Wedekind  a  été  une  compagne  (^ï^nnchen)  un  peu 
agitée.  Les  autres  artistes  ont  retrouvé  leurs  rôles 
comme  d'anciennes  connaissances  qu'on  revoit 
avec  plaisir,  et  l'orchestre  a  été  admirable  en  tous 
points. — GtiiUauine  Tell e si  affiché  avec  un  nouveau 
ténor,  M.  Cromberger.  Alton. 

LIEGE.   —    Sans  se  reposer  sur  une  victoire, 
retentissante    et   vaillamment   conquise,   au' 


lérent  concours  de  Charleroi,  l'infatigable  direc- 
teur de  la  Royale  Légia.  M.  Sylvain  Dupuis.  repre- 
nait, au  lendemain  de  la  lutte,  les  études  patientes, 
ardues,  qu'exigent  les  premier  et  second  actes  de 
Tristan  et  IseiiU. 

'  Déjà,  l'an  dernier,  aux  Nouveaux  Concerts, 
nous  avons  été  initiés,  par  une  exécution  orches- 
trale, très  soignée  et  une  distribution  artistique, 
c'e  grand  mérite,  aux  émouvantes  péripéties  du 
drame  deWaguer.  Aujourd'hui,  M.  Sylvain  Dupuis 
ne  recule  pas  devant  ce  second  terrible  acte  du 
maître,  qu'il  entreprend  avec  une  égale  ardeur. 
S'assurer  le  concours  d'Ernest  VanDyck, — le  titu- 
laire sans  partage  des  grands  rôles  wagnériens, 
—  était  déjà  faire  œuvre  d'artiste.  Le  célèbre 
ténor  sera  entouré  des  chanteurs  de  la  précédente 
iiudition  à  Liège  ;  M""^  Lejeune,  de  la  Monnaie, 
Fick-Wéry,  MM.  Gilibert  et  Goffoël.  Une  indis- 
l'Osition  de  M.  Van  Dj'ck  a  malheureusement 
forcé  la  direction  à  ajourner  le  concert  au  lo  juin. 

A.  B.  O. 


rONDRES.  -  La  cour  britannique  semble 
J  vouloir  ne  plus  rester  entièrement  étrangère, 
comme  par  le  passé,  au  mouvement  théâtral  lon- 
donien. Sir  Augustus  Harris  a  été  appelé  à  donner 
au  château  de  Windsor  le  ['aiisi  de  Gounod.  Les 
iippartements  royaux  communément  connus  sous 
le  nom  de  Waterloo  Chambers  avaient  été  trans- 
formés en  un  superbe  théâtre  auquel  rien  ne  man- 
quait. Voici  comment  le  programme  était  com- 
posé : 

Marguerite,  M™"  Albani;  Siebel,  M"°  Pauline 
[oran  ;  Martha,  M"»  Bauermeister  ;  Méphis- 
lophèles,  M.  Piançon;  Valentin,  M.  Ancona; 
Wagner,  M.  Villani;  Faust,  l\L  De  Lucia.  Chœur 
et  orchestre  sous   la  direction  de    M.   Bevignani. 

L'ensemble  de  la  représentation,  a  été  bonne, 
;'i  part  quelques  petits  incidents  sans  grande  im- 
portance, tel  par  exemple  cette  désagréable  sur- 
l>rise  :  Au  dernier  moment,  on  s'est  aperçu  que  le 
manteau  qui  doit  être  porté  au  premier  acte  par 
Faust  ne  figurait  pas  parmi  les  accessoires!  Sir 
Augustus,  roué  au  métier,  a  bien  vite  remédié  à 
cet  incro^'able  oubli,  et  M.  de  Lucia  s'est  borné  à 
porter  le  costume  transformé  et  rapproprié  d'un 
lies  figurants. 

La  même  semaine.  M™'"  Duse  et  la  troupe  du 
Dal3f's  Théâtre  avaient  été  invités  au  palais  pour 
interpréter  la  LocanJiera. 

A  la  suite  de  ces  deux  brillantes  soirées.  Sa 
,'vlajesté  s'est  fait  présenter  les  différents  artistes 
du  Covent-Garden  ainsi  que  M™"  Duse  et  M.  Gor- 
iitz. 

Au  Covent  Garden,  le  grand  événement  de  la 
semaine  a  été  la  première  de  Falstaff.  De  longue 
ilate,  la  salle  n'avait  été  aussi  bondée.  A  toutes  les 
loges,  aux  stalles,  le  public  sélect  des  premières. 
Verdi  n'a  pas  assisté  à  la  représentation;  c'est 
regrettable,  car  il  etit  été  justement  ovationné.  Le 
sujet  se  déroulant  en  Angleterre  devait  naturelle- 
ment plaire  ici  ;  aussi  les  ovations  n'ont-elles  pas 


LE  G  VIDE  MUSICAL 


été  marchandées.  M.  Pessina  faisait  an  admi- 
rable Falstaff.  MM.  Pelagalli-Rosetti  et  Armiondi, 
dans  les  rôles  de  Bardolph  et  Pistol,  qu'ils  ont 
créés,  ont  partagé  un  égal  succès. 

L'orchestre  avait  été  renforcé  et  les  choristes 
triés  sur  le  volet. 

Pendant  la  même  semaine,  nous  avons  eu  la 
première  de  Manon  Lescaut  de  Puccini.  Certains 
de  nos  critiques  n'ont  pas  manqué  de  proclamer 
que  Massenet  se  trouvait  surpassé,  d'autres 
se  contentent  d'établir  certains  rapprochements 
faisant  ressortir  les  diverses  qualités  de  l'un  et  de 
l'autre;  selon  moi,  les  deux  auteurs  sont  d'écoles 
et  de  capacités  tellement  opposées  que  toute  com- 
paraison devient  puérile.  Le  plus  grand  défaut  de 
Puccini,  c'est  de  manquer  de  personnalité;  son 
orchestration  est  empruntée;  on  y  retrouve  du 
Rossini,  du  Meyerbeer,  du  Mascagni  dissimulés 
sous  des  formes  modernisées,  peut-être  même  wag- 
nériennes;  dans  tous  les  cas,  sa  musique  sans  ori- 
ginalité propre  et  plutôt  conventionnelle.  Au  deu- 
xième acte,  un  madrigal  et  un  menuet  d'un  style  gra- 
cieux forment  un  singulier  contraste  avec  cet 
ensemble  d'une  désespérante  monotonie.  Sans 
aucun  doute,  sir  Augustus  a  eu  la  main  forcée  par 
l'éditeur  Ricordi,  qui  n'aura  cédé  Falstaff  qu'à  la 
condition  de  voir  représenter  Manon. 

Cette  première  a  été  néanmoins  un  succès,  mais 
cela  s'explique  :  le  public  des  premières  au 
Covent-Garden  se  compose  d'habitués  peu  sou- 
cieux des  réelles  qualités  que  peut  contenir  une 
œuvre  nouvelle  et  accourus  par  curiosité  et  sur- 
tout par  genre. 

Que  dire  des  concerts  qui  ont  été  donnés  durant 
ces  derniers  quinze  jours.  Les  suivre  serait  s'ex- 
poser à  être  atteint  de  musicophobie.  Il  n'y  a 
pas  eu  moins  de  soixante-quinze!  et,  dans  le  nom- 
bre; plusieurs  donnés  par  des  artistes  de  grand 
talent.  Nous  nous  bornerons  à  dire  quelques  mots 
des  plus  intére.->sants. 

A  l'Albert-Hall,  M"""  Patti  a,  pour  la  première 
fois,  chanté  du  Wagner  en  public;  cette  raison,  à 
défaut  de  bien  d'autres,  devait  attirer,  dans  l'im- 
mense salle  de  Kensington,  une  foule  énorme.  La 
diva  s'est,  du  reste,  bornée  a  chanter  les  Rêves  de 
Wagner  qui  commencent  à  être  trop  connus. 
Vivement  applaudie,  M'"''  Patti  a  ajouté  la  Serenata 
de  Tosti  et  l'inévitable  home  sweet  home!! 

Johannes  Wolff  vient  de  fonder  ici  un  nouveau 
cercle  sous  le  titre  de  Musical  Union,  placé  sous 
le  patronage  de  la  Reine  et  du  prince  et  la  prin- 
cesse de  Galles.  L'organisateur,  M.  N.  Vert,  a 
réussi  à  enrôler  des  célébrités  telles  que  M"'  Cha- 
minade,  MM.  Widor,  Van  Waefelghem,  Delsart, 
M™"  Julia  Wyman  et  M.  Oudin.  Le  premier  con- 
cert a  été  donné  lundi  dans  la  salle  du  Saint- 
James;  le  piogramme  comprenait  de  nombreuses 
œuvres  modernes,  entre  autres  de  M.  Widor  et  de 
César  Franck.  Au  prochain  concert,  M.  Saint- 
Saëns  dirigera  l'une  de  ses  œuvres. 

Les     chœurs   a     capella    d'Amsterdam   se    sont 
fait  entendre  au  Saint-Martin's  Town  Hall  et  ont 


interprété  des  œuvres  anciennes  de  Josquin  des 
Prés,  Obrecht,  Sweelinck,  etc.  Ils  ont  été  l'objet 
d'un  grand  et  réel  succès. 

Hier,  soirée  extraordinaire,  au  Queen's  Hall,  à 
l'occasion  de  l'anniversaire  de  la  naissance  de 
Wagner.  M.  Félix  Mottl  dirigeait.  Le  programme 
comprenait  cependant  de  nombreuses  œuvres 
étrangères  au  grand  maître,  entre  autres,  l'ouver- 
ture Benveniiio  Cellini  de  Berlioz,  la  scène  d'amour 
et  la  fête  chez  Capulet,  de  la  symphonie  Roméo  et 
Juliette,  enfin  la  symphonie  en  nt  mineur  de 
Beethoven.  La  deuxième  partie  du  programme 
tout  entière,  était  consacrée  aux  œuvres  wagné- 
riennes  et  comprenait  l'introduction  du  troisième 
"acte  et  le  fameux  monologue  de  Hans  Sachs 
«  Wahn,  Wahn  «  des  Maîtres  Chanteurs,  la  marche 
funèbre  de  la  Gôtterdammevung,  la  délicieuse  Idyll 
de  Siegfried,  enfin  la  marche  triomphale  composée 
en  l'honneur  du  roi  de  Bavière.  Concert  superbe, 
orchestre  excellent,  salle  comble. 

Au  Drury-Lane,  Sir  Augustus  Harris  a  l'inten- 
tion de  nous  .donner  la  Basoche,  outre  quelques 
opéras  allemands 

Demain,  M"°  Calvé  se  fera  entendre  dans  Car- 
men. Jeudi,  nous  aurons  Cavalleria,  Pliilémon  et 
Baucis.  Vendredi,  M""  de  Nuovina  fera  sa  rentrée 
dans  la  Marguerite  de  Faust'.  A.  Le  Kime. 


NO  U  V EL  LES  DI  VERSES 

A  Weimar,  grand  succès  l'autre  semaine 
pour  Goiuilram,  le  nouveau  drame  lyrique  de 
Richard  Strauss.  La  critique  est  unanime  a 
reconnaître  à  la  partidon  une  valeur  excep- 
tionnelle. 

Le  festival  Beethoven  à  Bonn,  a  obtenu  le 
plus  éclatant  succès  au  commencement  du 
mois.  Le  défilé  des  neufs  symphonies,  sous  la 
direction  de  M.  Fr.  WuUner,  a  produit  une 
profonde  impression.  De  nombreux  critiques 
accourus  de  Berlin, Vienne,  Rome,  Dresde,etc., 
assistaient  à  ce  festival  qui  sera  renouvelé 
l'année  prochaine. 

Constatons  avec  plaisir  l'e.KceUent  accueil 
fait  par  le  public  anglais  et  la  presse  de 
Londres  à  un  compositeur  français  de  réel 
mérite,  M.  René  Lenormand.  Le  concept  de  ce 
maître  et  son  style  sérieux  n'ont  point  encore 
attiré  l'attention  du  public  parisien  dont  les 
admirations  passives  suivent  le  courant  de  la 
mode  et  de  la  réclame.  Parmi  les  œuvres 
applaudies,  avec  le  plus  de  ferveur  au  Queen's 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Hall,  le  i6  mai,  citons  un  Trio  en  sol  mineur 
(op.  3o)  et  un  Adagio  pour  violon  (op.  28),  que 
l'auteur  lui-même  accompagnait. 

A  l'occasion  de  la  prochaine  Tonkûnstler- 
Versaiiimliiug  qui  se  tiendra  à  Weimar  au 
commencement  de  juin,  on  exécutera  trois 
opéras  au  Théâtre  grand-ducal  de  Weimar  : 
Falstajf  de  Verdi,  Gountram  de  Richard 
Strauss  et  Hœnsel  et  Gretel  de  Humperdinck. 
Les  programmes  des  concerts  se  composeront 
de  l'oratorio  Cliristns  de  Liszt,  de  symphonies 
de  Mahler  et  de  Max  Puchat,  du  Kaiscrmarsdi 
de  Wagner,  d'un  concerto  pour  violoncelle 
de  Rubinstein,  d'ouvrages  pour  musique  de 
chambre  de  Brahms,  de  Sgambati,  de  Staven- 
hagen,  et  d'une  quantité  de  Lieder. 

Voici  les  noms  des  artistes  qui  prendront 
part  aux  fêtes  théâtrales  de  Munich  : 

Mmes  jj.  Bettaque,  Bianca  Blanchi,  L.  Dress- 
1er,  Em.  Frank,  Kath,  Klafsky,  I-".  Moran- 
Olden,  H.  Pazofsky,  G.  Staudigl,  M.  Ternin, 
M.  Wekerlin. 

MM.  M.  Alvary,  Th.  Bauberger,  Th.  Ber- 
tram,  O.  Brucks,  A.  Fuchs,  C.  Grengg, 
H.  Gudehus,  E.  Gura,  S.  Hofmûller,  M.  Mi- 
korey,  C.  Nebe,  F.  Plank,  Th.  Reichmann, 
O.  Schelper,  H.  Vogl.  H.  Wiegand. 

Les  représentations  seront  dirigées  par  le 
General-musikdirector  Hermann  Levi,  le  Hof- 
capellmeister  Fischer  et  le  [  fofcapellmeister 
Richard  Strauss. 

Pour  les  billets,  s'adresser  à  M.  Josef  Seiling, 
Theather-Agentur,  à  Munich. 

On  a  trouvé  dans  les  papiers  de  Meyeibeer, 
dont  le  coffre-fort  vient  d'être  ouvert  selon  ses 
dispositions  testamentaires,  trente  ans  après  sa 
mort,  un  opéra  inédit  la  Jeunesse  de  Gcethe. 
Cet  opéra,  dont  le  livret  est  de  Blaze  de  Bury 
ne  devait  être  joué,  selon  le  désir  que  l'auteur 
exprima  à  l'époque  de  sa  mort,  que  quelque 
temps  après  l'Africaine.  Mais  cet  ouvrage 
resta  dans  l'oubli.  En  1867,  M.  Reyer  demanda 
vainement  que  l'Odéon  montât  la  Jeunesse  de 
Gœthe.  Il  raconte  dans  ses  Azotes  que  Meyer- 
beer  lui  montra  un  jour,  à  Berlin,  une  armoire 
pleine  de  manuscrits  en  disant  :  «  Il  y  a  là 
dedans  plus  de  musique  de  moi  qu'on  n'en 
connaît  ;  entre  autres,  tous  les  morceaux  re- 
tranchés du  Prophète,  des  Huguenots,  Robert, 
de  quoi  faire  la  valeur  d'un  opéra  que  Scribe 
m'a  proposé  d'écrire  pour  utiliser  ces  mor- 
ceaux. »  Meyerbeer  se  plaignit  d'avoir  perdu 
ou  égaré  l'ouverture  composée  pour  Robert; 
M.  Reyer  ajoute  que,  par  la  suite,  l'ouverture 


de  l'Africaine  dont  Meyerbeer  avait  com- 
mencé l'instrumentation  eut  le  même  sort,  et 
ne  put  être  retrouvée  dans  les  nombreux  ma- 
nuscrits du  maître. 

Or,  la  dépèche  qui  annonce  l'ouverture  du 
coffre-fort  de  Meyerbeer,  mentionne  qu'outre  la 
partition  de  la  Jeunesse  de  Gœthe,  on  a  décou- 
vert une  seconde  partition  (?)  de  l'Africaine; 
peut-être  l'ouverture  cherchée  s'y  trouve-t-elle  ? 

La  sincérité  du  dilettantisme  mondain  ? 
Grande  matinée  musicale  dans  un  salon  aristo- 
cratique ;  des  artistes  distingués  doivent  se 
produire  devant  l'auditoire  le  plus  raffiné, 
celui  qui  fait  et  défait  les  réputations,  celui  qui 
dispose  de  la  gloire.  Seulement,  au  bas  du  pro- 
gramme, on  lit  cette  note  :  «  M™*^  X  (la  maîtresse 
de  la  maison)  prie  ses  invités  de  ne  pas  causer 
pendant  l'exécution  des  morceaux,  et  de  bien 
vouloir  applaudir  les  artistes  «.  Alors  le  silence 
poli  ne  s'observe  même  plus  ;  et  il  faut  sollici- 
ter pour  les  artistes  l'aumône  d'une  approba- 
tion ennuyée  ? 

Franchement,  mieux  valait  l'impertinence 
d'une  amphytrion  disant  à  un  fameux  pianiste 
invité  à  sa  soirée  :  «  La  conversation  languit  ; 
jouez-nous  donc  quelque  chose,  pour  qu'à  la 
faveur  du  bruit,  on  s'enhardisse  à  causer!  » 

On  sait  que  l'œuvre  de  Bach  est  quasi  iné- 
puisable ;  tous  les  jours  on  découvre  de  nou- 
veaux manuscrits.  Cela  vient  d'arriver  encore, 
non  à  Leipzig,  mais  à  Paris.  Un  savant  musi- 
cologue, trop  modestement  anonyme,  a  non 
seulement  découvert,  mais  encore  utilisé  avec 
un  soin  pieux  et  une  haute  compréhension,  une 
composition  jusqu'ici  inconnue  de  Bach.  C'est 
ainsi  qu'au  théâtre  de  la  Renaissance,  l'autre 
jeudi,  M'i'^s  Invernezzi  mesuraient  leurs  entre- 
chats au  moyen  d'un  passepied  tiré  de  la 
Suite  de  danses  en  si  mineur  de  Bach  {sic). 

Avec  une  sagacité  merveilleuse,  l'éminent 
savant  a  tiré  cette  conclusion  lumineuse  que  le 
titre  même  des  pièces  de  Bach  indiquait  for- 
mellement leur  destination.  Ces  ravissantes 
compositions  pour  clavecin  d'un  travail  délicat, 
d'un  style  fugué  si  intéressant  sont  faites, 
paraît-il,  pour  être  foulées  aux  pieds!  Déduc- 
tion éblouissante,  trait  de  génie!  Nous  signa- 
lons au  perspicace  archéologue  les  Sarabandes 
des  Partitas  ;  il  y  trouvera  sans  doute  de  quoi 
organiser  des  danses  d'un  entrain  émoustillant. 
Peut-être,  pour  rester  logique,  songe-t-il  à 
déposer  des  paroles  le  long  de  la  Canzona  en 
re  mineur  pour  orgue. 

Vite  les  palmes  académiques  pour  l'ingé- 
nieux artiste.  S'il  n'est  déjà  palmé  ! 


490 


LE  GUIDE  MUSICAL 


BIBLIOGRAPHIE 

La  partition  de  Djelma  le  nouvel  opéra  do  M. 
Ch.  Lefebvre  vient  de  paraître  chez  les  éditeurs 
A.  Durand  et  fils. 

—  Chez  Dejardin,  rue  des  Filles-du-Calvaire, 
cours  de  violon  (deuxième  degré)  par  Alfred  Boutin. 

—  Signalons  chez  les  éditeurs  Mackar  et  Noël 
deux  nouvelles  et  charmantes  mélodies  de  Charles 
Lefebvre,  l'auteur  de  Djelma.  Elles  ont  pour  titre  : 
OublUr  !  (poésie  de  P.  CoUin)  et  Harmonie 
(poésie  de  Lamartine). 


PIAMOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4,  ru©  Laté]?a,le 
PARIS  :  13,  rue  du  Mail 


NËCROLOQIE 

'Est  décédé  : 

A  Paris,  M.  Joseph  Dumestre,  baryton,  qui 
appartint  pendant  plusieurs  années  au  personnel 
de  rOpéra. 

M.  Dumestre  possédait  une  des  plus  superbes 
voix  de  baryton  qui  aient  été  entendues  sur  la 
scène  de  l'Opéra.  Après  avoir  obtenu  un  prix  de 
chant  au  Conservatoire  de  Paris,  il  débuta  avec 
succès.  Son  nom  ne  restera  attaché  à  aucune  créa- 
tion, mais  il  joua  en  double  tous  Tes  grands 
rôles  du  répertoire,  el  y  a  laissé  d'excellents  sou- 
venirs. Il  alla  ensuite  en  province,  où  il  remporta 
des  succès  éclatants. 

M.  Dumestre  vivait  à  Paris,  fort  retiré;  il  y  est 
mort  âgé  de  cinquante-huit  ans. 

A  VENDRE.  —  Années  i85S  et  i856,  Guide 
Musical  (première  et  deu.Kième  année),  complètes, 
non  rognées  et  non  brochées.  S'adresser  à  l'admi- 
nistration du  journal,  12,  rue  du  Marteau,  Bru- 
xelles. 


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Editeurs,    45,    Montagne    de  la    Cour,    4$ 

Vient  de  paraître  en  édition  bon  marché 

ÉCOLE    DE    PIANO 

DU 

CONSERVATOIRE  ROYAL^  BRUXELLES 

ÉDITION   DES   CHEFS-D'CEUVRE   CLASSIQUES 

DES  GRANDS  MAITRES  ANCIENS  ET  MODERNES 
Corrigée    d'après   Its   lexles   originimx,    doigléi;   au   point   de    vue   du    dcvclop|icmenl    lalioniiel    du    mécanisme 

ET 
PUBLIÉE   AVEC    LA    COLLABORATION    DE 

M.    GUSTAVE    SANDRE 

Professeur  d'harmonie  pratique  au  Conservatoire  royal  de  Bru.xelles 

PAR  

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sonne qui  en  fait  la  demande. 

PIANOS  BECHSTEIN.  —  PIANOS  BLUTHNER 

HARMONIUMS    ESTEY 


LE  GUIDE  MUSICAL 


491 


CONCERTGEBOUW 

Amsterdam 

On  demande  pour   le  i"'  novembre 
prochain  un 

VIOLON  SOLO 

(Concertmeister) 
de  premier  orflr<',   tout  à  fait  au 
courant    de     la     littérature    musicale 
ancienne  et  moderne. 

Pour  les    conditions,    s'adresser    en 


personne  ou  par  écrit,  en  ajoutant  une 
biographie  musicale  et  une  photogra- 
phie, à  M.  le  directeur  WILLEM  KBS, 
Parkweg,  4,  à  Amsterdam  (Pays-Bas). 

REPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 

Berlin 

Opéra-Impérial.  —  Du  i3  au  27  mai  :  Lohengrin, 
Mara,  I  Pagliacci  et  Noces  slaves.  Don  Juan.  Carmen. 
Tannhœuser.  Falstaff.  Les  Medici.  Les  Maîtres- 
Chanteurs  de  Nuremberg.  Lendemain  de  noces,  Ca- 
valleria  lusticana  et  Carnaval   Le  Vaisseau  fantôme. 


Paris,  A.   DURAND    et    fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 


ACADÉMIE  NATIONALE  DE  MUSIQUE 

DJELMA 

Opéra  en  trois  actes 
Poème    de     O  iî  .       Li  O  3VC  O  I«^ 

MUSIQUE  DE 

j  CH.    LEFEBVRE 

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PRIX  NET  :  15  FRANCS 

Morceaux    de    chant    séparés    —    Arrangements    divers 


492 


LE,  GUIDE  MUSICAL 


La  Fiancée  vendue.  L'Anneau  du  Nibelung.  Rhein- 

gold.  Walkure.  La  Fiancée  vendue. 
Bruxelles 
Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Clôture  annuelle. 
Théâtre  des  Galeries.   —   Cousin- Cousine. 
Alcazar  royal.  —  Loïe  Fûller. 
Waux-Hall.  —  Tous  les  soirs,  concert  de  symphonie 

par  l'orchestre  du  théâtre  de  la  Monnaie. 
Salle  de  la  Grande-Harmonie.  —  Dimanche  27  mai, 


à  2  heures,  matinée  musicale  donnée  par  le  cours  de 
chant  d'ensemble  de  l'Ecole  de  musique  de  Saint- 
Josse-Schaerbeek,  avec  le  concours  du  Club  sympho- 
nique,  sous  la  direction  de  M.  G.  Huberti.  —  Pro- 
gramme :  Concerto  grosso,  n"  3,  mi  mineur(Haendel), 
pour  instruments  à  archets;  O  fleur  de  grâce  (trad. 
Antheunis),  —  Chanson  soldatesque,  du  temps  de 
Charles  VIII,  chœurs  sans  accompagnem'  (F.-A.  Ge. 
vaert;  air  de  la  suite  en  ré,  pour  instruments  â  archets 


MACKAR  et  NOËL,  éditours,  22.  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tschaîkowiiky,  Cottschaik,  Prudcut,  /lllartl 
(les   Archives   du   piauo   et   de  la   célèbre   .Héthode    de   piano    A.    Le   Carpenticr 

Seuls  dépositaires  de  l'Edition  Charnot,  spécialement  consacrée  à  la  musique  de  violon 


SUITE    DES    ŒUVRES 

de 

CHARLES  LEFEBVRE 


PIANO  SOLO 

Op.  44.  N"  I.   Marche 5  » 

N"  2.  Romance  sans  paroles.     .      .      .  5  » 

Op.  60.   Menuet .     .      .  5  » 

Op.  70.   Prélude  d'Eloa,  extrait      .....  3  » 

PIANO  A  QUATRE  MAINS 
Pièces  pour  le  piano  à  quatre  mains. 

N"  I .  Ôp .  20 .  Prélude  choral 6  » 

2.  Op.  43.  Romance 5  » 

3.  Op.  75.  N°  I.  Le  Retour 6  » 

4.  N°  2.  Cortège  villageois     .      .      .  6  » 

5.  Op.  2.  Menuet 5  » 

6.  Op.  16.  Andantino 5  » 

7.  Op.  12.  Scherzo 9  » 

Op.  65.  Une  Sérénade,  scène  ....      Net  3  » 

Judith,  air  de  ballet,  extrait 7  5o 

MUSIQUE  VOCALE 

ORATORIOS 
Eloa,  poème  lyrique  en   cinq  épisodes,  d'après 
Alfred  de  Vigny,  par  Paul  Collin.  Parti- 
tion chant  et  piano Net  10  » 

Judith,  drame  lyrique,  poème  de  Paul  Collin. 
Partition  piano  et  chant.  (Texte  français  et 

allemand) Net  12  » 

Le  poème  seul Net  i  » 

Airs  extiaits  :  N»    3.  Récit  et  Air  de  Judith  .     .  S  ■> 

N°    6.  Chœur 5  » 

N"    8.  Air  d'Holopherne     .      .      .  6  » 

N°  16.  Récit  et  Prière  de  Judith  .  5  » 

N"  17.  Duo  :  Judith  et  Holopherne  9  » 


MELODIES 

Adieu,  Suzon,  chanson.  Ténor 3    » 

Berceuse,  mélodie   Mezzo-soprano       .      .     .     .  5    » 

Contemplation,  mélodie.  Mezzo-sopr.  ou  baryton  5     » 

Dans  la  steppe.  Ténor  ou  soprano 5    » 

La  Fille  de  Jephté,  arioso  Mezzo-soprano.     .      .  5     » 
Invocation,  avec  accompagnement  de  violoncelle 

(adlib.).  Mezzo  soprano 5     » 

Légende  de  sainte  Azénor.  Mezzo-sopr.  ou  baryt.  5    » 

Pompéi,  scène.  Baryton 5     " 

prière  du  matin,  mélodie.  Mezzo-soprano      .      .  5    » 
Promenade  nocturne.  Mezzo-soprano.      .      .      .  5    « 
Le  Retour  (//  Ritorno),  mélodie.  (Français  et  ita- 
lien) .  Soprano  ou  ténor 5    » 

Souvenir.  Baryton 6    » 

Vision,  mélodie.  Soprano  ou  ténor 5    )i 

Harmonie  poétique.  Mezzo-soprano     .      .      .      .  3    >; 

Oublier  !  Soprano 5    > 

DUOS 
Suis  mes  pas  {Segui  0  Cara),  (Français  et  italien). 

CHŒURS 
Les  Anges  Gardiens,  pour  deux  voix  de  femmes 

avec  solo Net  i  5c 

La  Coupe  et  les  Lèvres,  pour  deux  voix  de  femmes 

avec  solo  de  soprano Net  2    > 

Espoir,  chœur  pour   voix  mixtes  avec   solo  de 

soprano Net  2    : 

Esther,  pour  deux  voix  de  femmes  .      .      .      Net  i  5( 

Isis,  pour  deux  voix  de  femmes  ....      Net  i  5i 
Salut  à  l'Harmonie,  chœur  â  quatre  voix  d'hommes 

Net  2 
N.  B.  —  Pour  ces  chœurs,  les  voix  seules  se  vendent  sipari 
ment . 

■•£^ 


a,  uUiiU  Vul,  quatre  morceaux  de  genre  pour  le  piano,  transcrits  pour  grand  orgue,  paj 
AliEXAJXDKft;  CSl.Tl.]fiAI¥T.  N»  i.  Scherzo,  net  :  2  fr  N°2.  Romance,  net  :  i  fr..5i| 
N°  3.  Berceuse,  net  :  i  fr.  5o.  N°  4.  Musette,  net  :  2  fr. 


LE  GUIDE  MTJSICAL 


493 


(J.-S.  Bach);  la  Vierge  à  la  crèche  (C.  Franck),  — 
Boerenkermislied,  E.  Hiel  (G.  Huberti),  chœurs  pour 
voix  de  femmes  et  instruments  à  archets  ;  Aus  Hol- 
berg's  Zeit  (suite  ancienne),  pour  instruments  à  ar- 
chets ;  Pavane  du  xtii*  siècle  ("*),  chanson  de  table 
(16. .)  (Friederici),  —  Gagliarda  (1564-1612)  (Hasier), 
madrigaux  à  4  voix  mixtes  (trad.  ;  L.de  Casembroot'; 
Lucifer  (poème  de  Hiel).  fragments  (P.  Benoit) 
Dresde 

Opéra.  —  Du  20  au  27  mai  ;  Freyschûtz.  LaWalkyrie 
Freyschûtz.  Freyschûtz.  Les  Noces  de  Figaro.  Guil- 
laume Tell. 

Liège 

Nouveaux  Concerts.  —  Dimanche  10  juin,  à  3  h.  J/^, 


4<î  concert.  —  i*''  et  2"  actes  de  Tristan  et  Iseult  de 
Richard  Wagner  :  M.  Ernest  Van  Dyck,  du  Théâtre- 
Impérial  de  Vienne  et  du  théâtre  de  Bayreuth.  chan- 
tera le  rôle  de  Tristan. 


Paris 

OrÉRA  —  Du  i3  au  27  mai  :  Faust. 
la  Korrigane.  Thaïs,  la  Maladetta. 
(première),  Déidamie.  Sigurd. 

Opéra-Comique.  —  Du  i3  au  27  mai 
Soirée  de  gala  en  l'honneur  de  M. 
Falstaff  Le  Portrait  de  Manon 
Roukh.  Falstaff.  Le  Portrait  de 
Lalla  Roukh,  Mignon.  Falstaff.  Le 


Lohengrin.  Thaïs, 
Lohengrin.  Djelma 

:  Carmen.  Mignon. 
Ambroise  Thomas. 
,    Phryné  et   Lalla 

Manon,  Phryné  et 
Portrait  de  Manon, 


V'Léopold  MURAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique) 

Vient  de  paraître  : 

l>«^|>ONilaire  uiii4|iie  pour  la  Bel{;iqiic  de    l'l-'-4li(î«iii   l'ii.yiie 

(partition  dk  pooi-ie  pour  la  musique  de  chambre) 

FOLVILLE,  J.   Atala,  opéra  en  2  actes,  partition  réduites  pour  chant  et  piano,  i^t  fr.    10  — 

DETH  1ER,  Gaston.  Romance  violon  et  piano        .......  3  — 

—                     La  même  pour  violoncelle  et  piano         ....  »  3  — 

RAGGHIANTI,  J.  Gavotte  et  musette  pf  instruments  à  cordes,  partit,  et  parties  »  3  — 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  violon  et  piano    .         .         .         .         .         .  »  3  i5 

—                 Berceuse  Scandinave,  violon  at  piano      .         .         .         .  »  2  5o 

JEnvol    franco    des    catalogues 


Nouveautés  Musicales 

EN    VOIE    DE    PUBLICATION    CHEZ 

SCHOTT  FRERES,  éditeurs,  82,  Montagne  de  la  Cour,  Bruxelles 
OTTO  JUNNE,  éditeur,  21,  Thalstrasse,  Leipzig 


GABRIEL-MARIE 

IMPRESSIONS 

Six  pièces  originales  pour  violon  avec 
acccompagnement    de    piano 
N°s  I.  Simplicité. 

2.  Insouciance. 

3.  Quiétude. 

4.  Souvenir. 

5.  Mélancolie. 

6.  Allégresse. 


PIÉTRAPERTOSA 

DOUZE   TRANSCRIPTIONS 

pour  mandoline  et  piano 

GILIS,  A. 

Symphonie  d'enfants,  pour  deux 
violons  et  instruments  (mirlitons, 
triangle,  cornet),  avec  accompagne- 
ment de  piano  ou  quatuor 

Soirée  sous  bois,  valse  chantée 
(chœur  à  l'unisson  ou  solo) 


494 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Phryné  et  Lalla  Roukh.   Falstaff.    Mignon.    Falstaff. 
Mignon. 

Vienne 

Opéra- Impérial.  —  Du  i6  au  3i  mai  :  Le  Vaisseau 
fantôme.  L'Ile  des  sirènes  et  I  Pagliacci  La  Croix 
d'or  et  Puppenfee.  La  Walkyrie.  Burschenliebe,  la 
Rose  de  Pontevedra,  Terre  et  Soleil.  Le  Baiser,  le 
Diable  au  pensionnat  Les  Maîtres-Chanteurs.  Les 
Joyeuses  Commères  de  Windsor,  Puppenfee.  Don 
Juan.  Les  Contes  dorés  Lohengrin,  Carmen.  Arle- 
quin électricien,  la  Rose  de  Pontevedra  et  Burschen- 
liebe. 

An  der  Wien.  —  Le  Maître  de  forges.  Le  Mikado.  Le 
Barbier  de  Séville  (Figaro,  M  d'Audrade)  La  Pauvre 
Fille. 


VIOLONS    ITALIENS 


GEORGES  MOUGENOT 

LUTHIER   FABRICANT 

Fournissntr  et  conservateur  des  instrume}its  de  concert 

du  Conservatoire  royal  de  Bruxelles 

23,    Montagne  de  la    Cour,    23 

(au  premier) 

BRUXELLES 

Succursale  à  Londres  :  23,  Bernei'S  Street 


COMMISSION    ET   EXPORTATION    DE   MUSIQUE   BELGE   ET    ÉTRANGÈRE 


J.-B.  KATTO,  éditeur  de  musique,  52,  rue  de  l'Ecuyer,  Bruxelles 

ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 
Vient  de  paraître/ 

LE  SERMENT  DES  APOTRES 

(DE   EED    DER  APOSTELEN) 

Chœur  à  quatre  voix  d'hommes  (imposé  au  concours  de  Charleroi) 
Poésie  de  F.  BEKNAED,  musique  de  Adolphe  F.  WOUTERS  (op.  S5j 

Partition  net  :  ».50  fr.  Chaque  partie  :  O.SO 


PIANOS    ET    HARMONIUMS 

H.  BALTHASAH-FLOUEITCE,  ITAMUR 

Fournisseur  de  la  Cour,  Membre  des  Jurys  Anvers  1885,  Bruxelles  1888. 
Prix-courants  illustrés  franco 


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de  j.  Gr.A.r^z 

Place  du  Congrès.  65,  rue  Eoyale 

Cartes  de  Visite  :  12  fr.  la  douzaine 

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ENGLISH  SPOKEN  M*N  SPRICHT  DEDTSCH 


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Rue  de  l'Empereur,  3i,  Bru.kelles 

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Prix    d'artiste    pour    les    abonnés   du    Guide    Musical 


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LE  GUIDE  MUSICAL 


495 


Les  Maisons 

H.  DARCHE  Aîné 

ET 

J.  DARCHE  Jeune 

'ont  fusionnées  et  seront  prochainement 
;ransférées 

Rue  de  la  Montagne,  49 

BRUXELLES 

sous  la  firme  sociale 

DARCHE  Frères 


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L.  LECHEm 

53,  rue  de  la  Madeleine 

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A  ilie  PS  ili  |i  l'cniicr  ciioiv 
GANTS  SUR  MESURE 
Les  gants  sont  garantis  et  peuvent  être 
essayés 


Ll  M  BOSCH  &C 


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31,  rue  des  Pierres 

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Ménage,   Couvertures,   Couvre-lits  et   Edredons 

RIDEAUX       ET      STORES 

Tentures    et    Mobiliers    complets    pour    Jardins    d'Hiver, 

Serres,  Villas,  etc. 

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;et  Ecoles  de   musique   de  Belgique 

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ECLAIRAGE  -  PENDULES  -  FANTAISIES 

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496 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

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40''  année  10  et  17  Juin  1894  numéros  24-25 


SOMMAIRE 


Michel  Brenet.  —  Les  Musiciens  de  l'Ecole 
polytechnique  (Suite.) 

Hugues  Imbert.  —  Première  représentation 
de  Djelma  à  l'Académie  nationale  de  mu- 
sique. 

Théodore  Reinach  et  l'Hymne  à  Apollon. 

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10  et  17  Juin  1894. 


Xe6  nDusictens 
be  TEcole  polytechnique 

(Suite.  —  Voir  les  n"*  22-23) 

E  but  final  que  Choron  s'était  de 
bonne  heure  proposé  dans  ses 
travaux  littéraires,  et  qu'il  pour- 
suivait sans  repos  mais  sans 
hâte,  était  un  grand  traité  qu'il  intitulait 
d'avance  Introduction  à  la  connaissance 
générale  et  raisonnée  de  la  mtisique,  et  qu'il 
ne  publia  jamais  :  d'abord,  parce  que,  à 
mesure  qu'il  y  travaillait,  il  en  reculait 
l'achèvement,  pour  approfondir  davantage 
son  sujet  en  remontant  sans  cesse  de 
source  en  source  ;  ensuite,  parce  que  son 
esprit  actif  lui  faisait  toujours  apercevoir 
et  entreprendre  plusieurs  choses  à  la  fois, 
se  réduisant  toutes,  il  est  vrai,  au  but 
unique  de  toute  sa  vie,  la  diffusion  et  le 
rehaussement  de  l'éducation  artistique 
dans  son  pays  ;  et  enfin  pour  une  dernière 
raison,  la  raison  d'argent,  parce  que  ses 
éditions  d'œuvres  anciennes,  ses  publica- 
tions de  traités  étrangers  traduits,  avaient 
été,  commercialement  parlant,  des  opéra- 
tions ruineuses,  que  sa  fortune  entamée  ne 
lui  permettait  plus  de  renouveler. 

En  1810-1811,  parut  le  Dictionnaire  his- 
torique des  musiciens,  en  deux  volumes, 
écrit  en  collaboration  avec  son  camarade 
FayoUe,  mais  dont  l'introduction  (abrégé 
de  l'histoire  de  la  musique)  était  tout  entière 
de  Choron. 

Sous  l'Empire,  Choron  avait  cru  voir  se 
réaliser  les  conclusions  de   ses   rapports 


officiels,  relativement  au  rétablissement 
des  maîtrises,  à  l'abandon  de  la  forme 
dégénérée  de  chant  liturgique  appelée 
plain-chant parisien,  et  à  l'adoption  dans  les 
églises  de  France  du  véritable  chant  gré- 
gorien; il  semblait  qu'à  plus  forte  raison 
Choron  dût  espérer  le  succès  de  ces  projets 
sous  le  gouvernement  des  Bourbons;  déçu 
encore  une  fois,  il  ne  se  découragea  point, 
et,  pendant  les  Cent  Jours,  convertissant 
Carnot  à  ses  idées,  il  se  voua  à  la  prépara- 
tion d'un  plan  qui  lui  tenait  également  à 
cœur,  l'introduction  du  chant  dans  les 
écoles.  Choron  dut  y  renoncer  après  Wa- 
terloo, et  il  s'aperçut  de  nouveau  de  l'apa- 
thie que  les  questions  d'art  rencontraient 
chez  les  membres  du  gouvernement  de  la 
Restauration.  On  lui  proposa  d'autres 
tâches.  Il  ne  les  avait  pas  choisies,  il  les 
accepta  cependant,  avec  la  même  ardeur 
et  le  même  dévouement  aux  intérêts  de 
l'art.  Ce  fut  d'abord  la  direction  de  l'Opéra 
qu'on  lui  confia,  avec  le  titre  de  régisseur 
général.  La  Fage,  son  élève,  son  ami  et 
son  biographe,  a  raconté  comment  l'ancien 
secrétaire  de  Monge,  qui  «  n'était  pour 
ainsi  dire  jamais  sorti  de  son  cabinet  »,  se 
trouva  étrangement  surpris  et  dépaysé  à 
l'Académie  de  musique.  Justement  parce 
qu'il  était  plus  étranger  aux  coutumes  et 
aux  routines  théâtrales,  il  se  rendit  moins 
compte  de  leur  force  d'inertie  et  se  fit  plus 
d'illusions  sur  la  possibilité  d'en  triompher. 
Aussi  son  administration  fut-elle  de  courte 
durée;  elle  fut  cependant  féconde,  en  ce 
qu'elle  servit  à  préparer  des  réformes 
accomplies  depuis  à  la  longue.  Choron 
retira  de  l'exercice  momentané  de  ces  dif- 
ficiles fonctions  une  expérience  utile,  et  ce 
fut  au  sortir  de  l'Académie  de  musique 
qu'il  entreprit  d'appliquer,  dans  une  école 
nouvelle  qui  n'appartînt  qu'à  lui,  les  prin- 
cipes que  lui  avait  dictés  ses  études,  et 


500 


LE  GUIDE  MUSICAL 


qu'il  avait  déjà  mis  à  l'essai  dans  des  cours 
particuliers  et  dans  une  classe  au  Conser- 
vatoire. 

Réunissant  aussitôt  un  certain  nombre 
d'enfants  et  déjeunes  gens  doués  de  belles 
voix,  qu'il  alla  recruter  dans  une  tournée 
de  trois  mois  à  travers  la  France,  il  com- 
mença avec  ardeur  leur  enseignement 
musical,  professant  presque  toujours  lui- 
même,  selon  la  méthode  qu'il  s'était  fixée, 
et  qu'il  avait  basée  sur  les  principes  du 
chant  italien  au  xviii^  siècle.  Pour  l'usage 
de  son  école,  il  publia  des  éditions  d'ou- 
vrages anciens,  inconnus  ou  oubliés  en 
France;  pour  l'instruction  pratique  de  ses 
élèves,  il  donna  ces  Exercices  publics,  de- 
meurés célèbres,  qui  furent  à  Paris  les  pre- 
miers concerts  historiques,  et  où  furent 
révélés  en  peu  d'années,  aux  auditeurs 
parisiens,  d'admirables  chefs-d'œuvre,  à 
peine  connus  chez  nous  jusque-là  par  leur 
titre  ou  le  nom  de  leur  auteur  :  le  Stabat 
mater  de  Palestrina,  les  oratorios  de  Haen- 
del,  les  duos  et  les  cantates  de  chambre  de 
Clari,  de  Scarlatti  et  de  Porpora. 

Tout  cela,  Choron  l'accomplissait  seul, 
au  milieu  d'embarras  financiers  et  de  diffi- 
cultés sans  nombre,  soutenu  qu'il  était, 
non  par  l'espoir  du  gain  ou  de  la  renommée, 
mais  par  le  zèle  ardent  et  désintéressé  de 
l'inventeur  et  de  l'artiste.  Le  gouvernement 
de  Charles  X  avait  fini  par  accorder  à  tant 
d'efforts  un  appui  :  Choron  recevait  pour 
son  école  une  subvention  annuelle  de  qua- 
rante-six mille  francs;  la  monarchie  de 
Juillet,  en  quête  d'économies,  réduisit  cette 
somme  à  douze  mille  francs. 

En  face  d'un  événement  qui  menait  ainsi 
à  sa  perte  sa  plus  chère  entreprise,  Choron 
redoubla  d'activité.  Il  chercha  d'autres 
moyens  pour  atteindre  son  but,  qui  restait 
toujours  au  fond  le  même,  sous  une  forme 
ou  sous  une  autre  :  la  propagation  et  l'élé- 
vation du  goût  et  de  la  culture  musicale  en 
France.  Recommençant  en  province  ses 
tournées  de  propagande  artistique,  il  tenta 
de  porter  dans  les  séminaires  et  d'appliquer 
au  chant  liturgique  sa  méthode  d'enseigne- 
ment; il  renouvela  ses  essais  pour  intro- 
duire dans  les  écoles  primaires  le  chant  en 
chœur,  et  prouva  encore  une  fois  la  possi- 


bilité de  faire  germer  le  bon  grain  dans  le 
terrain  populaire. 

Ainsi  la  vie  de  Choron  s'usa  dans  des 
entreprises  généreuses,  que  ses  seules 
forces  pouvaient  concevoir  et  expérimenter, 
mais  pour  la  continuation  desquelles  lui 
manqua  presque  toujours  l'appui  moral  ou 
financier  indispensable.  Quand  il  mourut, 
à  soixante- deux  ans,  le  ,29  juin  1834,  il 
laissait  inachevé  le  grand  ouvrage  théorique 
si  longtemps  médité  et  préparé  par  lui.  La 
multiplicité  des  tâches  qu'il  s'était  succes- 
sivement imposées  lui  avait  fait  négliger  en 
quelque  sorte  sa  propre  renommée,  en 
l'obligeant  de  reinettre  et  d'interrompre 
tour  à  tour  plusieurs  ouvrages  importants 
qui  eussent  fait  vivre  son  nom  en  l'associant 
à  ceux  des  plus  érudits  et  des  plus  célèbres 
théoriciens  musicaux. 

N'eût-il  d'ailleurs  rien  publié,  Choron 
mériterait  cependant  le  reconnaissant  sou- 
venir des  artistes  français.  «  Peu  d'hommes, 
a  dit  Fétis,  ont  eu  plus  de  dévouement  à 
l'art,  plus  de  désintéressement;  aucun  n'a 
été  plus  mal  récompensé  de  ses  généreux  * 
sacrifices.»  En  notre  temps  de  régime 
démocratique,  la  mémoire  de  Choron  de- 
vrait surtout  être  honorée,  à  cause  de  ses 
efforts  aussi  réellement  patriotiques  qu'ar- 
tistiques pour  introduire  en  France  l'ensei- 
gnement musical  des  masses. 

A  propos  du  Dictionnaire  historique  des 
musiciens,  nous  avons  déjà  prononcé  le  nom 
de  Fayolle.  Choron  l'avait  connu  au  collège 
de  Juilly,  puis  en  1794  à  l'Ecole  polytech- 
nique, où  ils  étaient  tous  deux  chefs  de  bri- 
gade. François-Joseph-Marie  Fayolle  était 
né  à  Paris  le  i5  août  1774.  Après  ses  deux  ■ 
ans  d'école,  il  quitta  les  sciences  pour  la  . 
littérature.   La   liste  assez  longue  de  ses 
publications  comprend  quelques  pièces  de  f 
vers,  un  Cours  de  littérature  eu  exemples,  des  ' 
éditions  d'œuvres  poétiques  de  Gresset,  La 
Fontaine,  La  Touche,  un  petit  recueil  tri- 
mestriel, les  Quatre  Saisons  du  Parnasse,  une 
Acanthologie    ou    dictionnaire    épigramma-  < 
tique.  Fut-ce  lui  ou  Choron  qui  eut  la  pre- 
mière idée  d'un  dictionnaire  des  musiciens, 
peu  importe;  toujours  est-il  que  Fayolle 
en  rédigea  la  plus  grande  partie.  Quelque 
imparfait  que  fût  cet  ouvrage,  il  rendit  des 


LE  GUIDE  MVSICAL 


501 


services  en  France  jusqu'à  l'apparition  de 
celui  de  Fétis.  Un  recueil  de  Notices  sur 
Corelli,  Tartini,  Gaviniés,  Pugnani  et  Viotti 
(i8io),  une  brochure  sur  les  Drames  lyriques 
et  leur  exécution  (i8l3),  une  autre  sur  Pac/a- 
niiii  et  Bériot  (i83o),  complètent  le  bagage 
musical  de  Fayolle.  Il  convient  d'y  ajouter 
cependant  les  articles  qu'il  donna  à  la  Bio- 
graphie Michaud,  et  ceux  qu'il  fournit  au 
journal  musical  anglais  The  Harmouicon, 
pendant  le  long  séjour  qu'il  fit  à  Londres, 
de  i8l5  à  1829.  Fayolle  mourut  àla  maison 
de  Sainte- Périne,  à  Paris,  le  2  décembre 
i852. 

Ce  fut  aussi  en  1794  que  Jean-Baptiste 
Biot  entra  à  l'Ecole  polytechnique.  Né  à 
Paris  le  21  avril  1774,  il  avait  fait  ses  études 
au  collège  Louis-le-Grand,  et,  vers  le  com- 
mencement de  la  Révolution, il  avait  pris  du 
service  dans  l'artillerie.  Il  n'y  rentra  point 
en  quittant  l'Ecole,  etchoisil  la  carrière  de 
l'enseignement.  Successivement  professeur 
de  mathématiques  àBeauvais,  puis  à  Paris, 
il  devint  membre  de  l'Académie  des 
sciences  et  professa  la  physique  au  Collège 
de  France.  C'est  par  ses  travaux  sur 
l'acoustique  qu'il  appartient  au  cadre  de 
notre  étude.  Dans  son  Traité  de  physique 
(1816),  et  dans  son  Précis  élémentaire  de 
physique  expérimentale,  plusieurs  chapitres 
sont  consacrés  au  son,  aux  vibrations  des 
corps,  au  tempérament,  à  la  construction 
des  instruments  à  vent,  etc.  Quelques-uns 
des  mémoires  insérés  par  le  même  savant 
dans  des  recueils  scientifiques  traitent  de 
questions  analogues,  et  certaines  de  ses 
expériences  acoustiques  sont  demeurées 
célèbres.  Biot  mourut  à  Paris,  le  2  février 
1862. 

Tous  les  bacheliers  et  presque  tous  les 
musiciens  connaissent  au  moins  de  nom  le 
fameux  appareil  de  physique  appelé  la  si- 
rène de  Cagniard  de  La  Tour,  singuhère- 
ment  modifiée  d'ailleurs  depuis  son  inven- 
tion en  18 19.  Le  baron  Charles  Cagniard  de 
La  Tour,  né  à  Paris  le  3i  mars  1777,  était 
encore  un  membre  de  la  promotion  de  1794 
à  l'Ecole  polytechnique.  Classé  dans  le 
corps  des  ingénieurs  géographes,  il  démis- 
sionna, et  ce  fut  par  ses  travaux  en  méca- 
nique qu'il  acquit  la  célébrité.  Membre  de 


l'Académie  des  sciences,   comme   Biot,  il 
mourut  à  Paris,  le  5  juillet  1859. 

Avec  Siméon- Denis  Poisson,  né  à  Pithi- 
viers  le  21  juin  1781,  élève  de  l'Ecole  poly- 
technique dans  la  promotion  de  1798,  nous 
ne  sortons  pas  encore  de  l'ordre  des  acous- 
ticiens  illustres.  C'est  aussi  par  quelques 
parties  de  son  Traité  de  mécanique  (i833), 
et  par  des  mémoires  sur  la  théorie  du  son 
et  la  construction  des  instruments  à  vent 
que  Poisson  nous  appartient.  Professeur  à 
l'Ecole  normale  et  à  l'Ecole  polytechnique, 
membre  de  l'Académie  des  sciences,  il 
mourut  le  25  avril  1840. 

Il  faut  enfin  faire  ici,  parmi  les  acous- 
ticiens,  encore  une  petite  place  à  Nicolas 
Savart,  né  en  1790,  élève  de  la  promotion 
de  1808.  Classé  dans  l'arme  du  génie,  et 
retraité  comme  lieutenant-colonel,  il  s'oc- 
cupait de  recherches  physiques,  et  publia 
en  1842  dans  les  Annales  de  chimie  et  de 
physique,  un  mémoire  sur  l'élasticité  des 
cordes  vibrantes. 

Le  nom  de  Charles -François  Guibal 
nous  ramène  à  la  musique  pratique.  Né  à 
Lunéville  en  1781,  entré  en  1800  à  l'Ecole 
polytechnique,  Guibal  reçut  à  la  sortie  un 
poste  de  professeur  à  l'Ecole  d'artillerie  de 
Valence  ;  il  occupa  ensuite  les  mêmes  fonc- 
tions à  Douai,  puis  revint  prendre  dans  sa 
ville  natale  une  étude  de  notaire,  et  se  fixa 
enfin  comme  juge  de  paix  à  Nancy,  où  il 
mourut  le  26  décembre  1861.  Amateur  zélé 
de  musique,  jouant  de  plusieurs  instru- 
ments, grand  lecteur  de  traités  spéciaux, 
Guibal  s'était  convaincu,  dans  ses  rési- 
dences provinciales,  de  l'ignorance  des 
gens  du  monde  et  de  beaucoup  de  profes- 
seurs en  fait  de  théorie  musicale  ;  pour 
faciliter  à  ses  proches  une  étude  qu'il 
regardait  avec  raison  comme  indispen- 
sable, il  rédigea  et  fit  d'abord  lithographier 
sans  nom  d'auteur  une  Introduction  à  r étude 
de  l'harmonie,  dont  il  donna  plus  tard  une 
édition  imprimée  (Nancy,  i85o),  sans  con- 
server l'anonyme.  Ce  petit  ouvrage  était 
l'abrégé  d'un  traité  beaucoup  plus  étendu, 
que  Guibal  ne  publia  jamais. 

La  promotion  de  1817  compta  parmi  ses 
membres  Auguste  Bottée  de  Toulmon,  né 
à  Paris  le  i5  mai  1797.  Les  études  mathé- 


502 


LE  GUIDE  MUSICAL 


matiques  n'étaient  pas  son  fait,  et  il  fut  ce 
que  l'on  nomme  un  fruit  sec,  dans  le  langage 
des  écoles.  Il  essaya  de  la  procédure,  et 
trouva  finalement  sa  voie  dans  l'archéo- 
logie et  la  littérature  musicale.  Membre  de 
la  Société  des  antiquaires  de  France,  et 
du  Comité  historique  des  arts  et  monu- 
ments, il  fut  longtemps  à  peu  près  seul  pour 
y  représenter  l'élément  musical.  En  i83i, 
on  le  nomma  bibliothécaire  du  Conserva- 
toire de  musique,  en  remplacement  de 
F.  J.  Fétis.  Occupé  surtout  de  ses  travaux 
personnels  et  de  l'accroissement  de  sa 
bibliothèque  particulière,  F.  J.  Fétis  n'avait 
laissé  aucune  trace  utile  de  son  passage  de 
quatre  années  à  la  tète  de  cet  établissement. 
Bottée  de  Toulmon  y  fit  preuve  de  désin- 
téressement, de  persévérance  et  de  zèle. 
Disposant  d'une  subvention  très  modique, 
sur  laquelle  le  ministère  prélevait  encore 
le  montant  d'une  pension  à  Boieldieu, 
Bottée  de  Toulmon  ne  pouvait  enrichir  que 
très  lentement,  par  voie  d'achat,  la  biblio- 
thèque encore  bien  incomplète  dont  il  avait 
la  garde.  Il  s'efforça  d'y  suppléer  par 
d'autres  moyens.  D'une  part,  il  réussit,  à 
force  d'insistance  et  de  fermeté,  à  régula- 
riser le  fonctionnement  du  dépôt  légal; 
d'autre  part,  il  fit  copier  à  Munich,  à 
Vienne,  à  Rome,  les  œuvres  des  maîtres  du 
XV^  au  xvii<^  siècle  qu'il  ne  pouvait  ac- 
quérir autrement,  et  il  forma  ainsi  la  grande 
collection  de  cent  deux  volumes  manus- 
crits qui  porte  son  nom  au  Conservatoire 
de  musique. 

Fétis  a  donné  la  liste  des  écrits  de  Bottée 
de  Toulmon,  et  les  a  jugés  en  termes  si 
sévères  qu'on  croirait  sentir  dans  ses 
appréciations  la  rancune  mal  déguisée  du 
fonctionnaire  remplacé.  Le  bagage  scienti- 
fique et  littéraire  de  Bottée  de  Toulmon 
est  médiocre,  à  la  vérité  :  mais  il  a  rendu 
autrement  des  services  réels  à  la  musique 
française. 

{A  suivre.)  Michel  Brenet. 


Vient  de  paraître  :  TRISTAN  ET  ISEULT,  par 
Maurice  Kufferath,  deuxième  édition.  En  vente  chez 
Scholt  frères,  Bruxelles  et  G.  Fischbacher,  à  Paris . 
Prix  :  5  francs. 


DJELMA 

Opéra  en  trois  actes,  poème  de  Charles  Lomon,  musique 
de  Charles  Lefebvre.  — ■  Première  représentation  à 
l'Académie  nationale  de  musique,  le  25  mai  1894  (i). 


I  l'on  affirmait  que  les  musiciens  ont 
tort  de  se  plaindre  et  que  leur  route 
est  parsemée  de  roses,  on  pourrait 
donner  la  preuve  du  contraire  en  citant  Charles 
Lefebvre.  Grand  prix  de  Rome  en  1870,  notre 
compositeur  aura  cinquante  et  un  ans  le 
19  juin  1894.  Vingt-quatre  ans  d'attente  avant 
d'avoir  vu  un  de  ses  opéras  exécuté  à  Paris,  et 
il  n'a  pas  composé  moins  de  six  œuvres  pour 
la  scène,  y  compris  Djehna!  La  plus  impor-. 
tante,  Zaïre,  opéra  en  quatre  actes  sur  uii 
poème  de  P.  Collin,  aurait  pu  espérer  voir  lé 
jour  à  l'Académie  nationale  de  musique;  mais 
elle  eut  l'herbe  coupée  sous  le  pied  par  la  Zaïre 
de  M.  Véronge  de  la  Nux,  un  jeune  dans  la 
carrière,  dont  la  partition  ne  pouvait  cependant 
être  comparée  à  celle  de  Charles  Lefebvre  (2). 
Un  petit  opéra-comique  en  un  acte,  le  Trésor, 
d'après  le  livret  de  F.  Coppée,  fut  exécuté  à 
Angers  en  i883,  et  l'année  suivante  à  Bru- 
xelles. C'est  une  œuvre  gracieuse,  bien  fran-i 
çaise,se  rattachant  plus  au  passé  qu'au  présent, 
qui  plut  aux  Angevins  et  aux  Bruxellois.  Et  ce 
n'est  pas  tout  :  le  bagage  musical  de  M.  Le- 
febvre comporte,  en  dehors  des  œuvres  pour 
la  scène,  nombre  de  compositions  importantes 
telles  que  JnditJi,  drame  biblique,  Melka, 
légende  fantastique,  Eloa,  poème  lyrique,  des 
symphonies,  ouvertures,  fragments  divers  pour 
orchestre,  notamment  Dalila,  scènes  pour  le 
drame  d'Octave  Feuillet,  de  la  musique  de 
chambre,  des  chœurs,  des  Lieder  charmants, 

des    morceaux  pour   piano œuvre    varié, 

certes,  quant  à  la  forme,  mais  beaucoup  moins 

(i)  La  partition  de  Djehna  a  été  publiée  par  MM.  Du- 
rand et  fils,  éditeurs.  Elle  contient  un  beau  dessin  de 
M.  Debat-Ponsan. 

(a)  Zdirs  a  été  exécutée  à  Lille. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


503 


quant  à  la  couleur,  qui  reste  souvent  dans  la 
teinte  grise.  Gounod,  qui  l'avait  conseillé  au 
début  de  la  carrière,  l'appelait  son  fils  ;  la 
paternité  est  facile  à  établir  en  étudiant  l'œuvre 
de  Charles  Lefebvre  :  Pater  is  est  quent  opéra 
demonstrant.  Ce  n'est  pas  dire  que  la  person- 
nalité ne  se  dégage  pas  et  qu'il  n'y  ait  dans  telle 
ou  telle  de  ses  partitions  des  pages  douées  d'une 
saveur  bien  particulière  :  on  n'aurait  qu'à  citer 
la  belle  invocation  à  Brahma,  qui  termine  si 
fieureusement  l'opéra  de  Djelma. 

Nous  aurions  donc  voulu  pour  ce  composi- 
teur un  livret  d'une  certaine  envergure,  lui 
permettant  de  donner  à  sa  muse  une  large 
(I  envolée  ».  M.  Charles  Lomon,  qui  avait  montré 
dans  Jean  Dacier  des  qualités  de  dramaturge 
incontestables,  n'a  pas  été  aussi  heureux  dans 
Djelma.  L'action  est  presque  nulle  et  pourrait 
se  passer  aussi  bien  en  France  qu'aux  Indes  : 
aucune  situation  puissante  dans  le  drame  et  de 
nature  à  inspirer  le  musicien. 

R^lïin,  rajah  de  Mysore,  a  épousé  la  belle 
Djelma,  qui  est  aimée  en  secret  par  l'ami  fidèle 
Nouraly.  Le  traître  Kairam,  convoitant  la 
femme  et  les  trésors  de  Raïm,  a  juré  sa  perte  et 
celle  de  Nouraly.  Il  profitera  d'une  chasse  au 
tigre  pour  faire  disparaître  le  malheureux  rajah 
et  son  fidèle.  Telle  est  la  situation  que  déve- 
loppe le  premier  acte.  Malgré  les  supplications 
de  Djelma  et  les  prédictions  sinistres  de  sa 
suivante  Ourvaçi,Raïm  part  avec  sa  suite  pour 
la  chasse;  il  reçoit  toutefois  de  sa  bien- aimée 
une  amulette  sainte  qui  le  préservera. 

Au  deuxième  acte,  même  décor  qu'au  pre- 
mier. Deux  ans  se  sont  écoulés;  le  deuil  et  la 
désolation  régnent  dans  le  palais  de  Raïm  qui 
a  disparu  et  que  tous  considèrent  comme  mort. 
Seule,  Djelma,  qui  le  pleure,  espère  en  son 
retour.  Elle  résiste  aux  prières  de  ses  suivantes 
qui  l'engagent  à  donner  trêve  à  son  désespoir  ; 
ce  n'est  que  sur  les  instances  de  Nouraly 
qu'elle  finit  par  se  résoudre  à  quitter  ses  vête- 
ments de  deuil,  à  l'occasion  de  la  fête  de  la 
déesse  Lackmi. 

A  peine  a-t-elle  consenti  et  s'est-elle  retirée, 
que  Raïm  apparaît,  se  traînant  péniblement, 
les  vêtements  en  lambeaux.  Il  raconte  ses 
malheurs,  son  cheval  emporté  dans  le  désert, 
sa  captivité,  sa  fuite;  puis,  un  peu  étonné  de 
l'air  de  fête  qui  règne  en  sa  demeure,  il  se  retire 
à  l'écart,  cherchant  à  découvrir  ceux  qui  l'ont 


trahi.  Une  conversation  en  a-parte  entre  Kai- 
ram et  Tschady  lui  révèle  une  partie  du  com- 
plot qui  fut  tramé  contre  lui.  Au  moment  où  le 
cortège  approche,  Kairam  redescend  la  scène 
et  se  trouve  en  face  de  Raïm,  qui  lui  demande 
l'aumône.  Kairam  croit  reconnaître  Raïm  sous 
les  habits  du  mendiant  et  invite  Tschady  à  le 
surveiller.  C'est  alors  qu'au  milieu  de  la  fête  et 
des  divertissements  qui  ont  lieu  au  palais  et 
auxquels  assistent  Djelma  et  Nouraly,  le  traître 
Kairam,  averti  par  son  complice  que  Raïm  est 
caché  dans  le  fourré,  guettant  et  épiant  leurs 
faits  et  gestes,  passe  sa  carabine  à  Nouraly  qui 
croit  tirer  sur  un  fauve  :  mais,  à  la  lueur  du 
coup  de  feu,  il  a  reconnu  la  silhouette  d'un 
homme.  Effroi  parmi  les  assistants  qui  s'en- 
fuient. «  Infâmes  tous  les  deux,  —  s'écrie 
Raïm  qui  paraît  sans  être  vu  de  la  scène,  —  je 
me  vengerai  !  » 

Nous  voici  au  troisième  acte,  aux  abords 
d'un  bois  touffu  ;  c'est  l'aube.  Kairam  cherche 
les  traces  de  celui  qu'il  a  cru  reconnaître.  Au 
moment  où  il  pénètre  dans  le  fourré,  Raïm, 
qui  le  guettait,  se  précipite  sur  lui,  le  tue  et 
jette  son  corps  dans  le  fleuve. 

Du  plus  vil  des  deux  justice  est  faite! 

Puis  arrivent  à  propos  Djelma  et  Nouraly. 
Raïm  assiste,  caché,  à  leur  conversation  et 
reconnaîtra  qu'il  n'a  pas  été  trompé.  Lorsque 
Djelma  répondra  à  Nouraly  que,  si  tout  n'était 
pas  mort  dans  son  cœur,  elle  aurait  pu  se 
laisser  toucher  par  son  amour,  Raïm  apparaît 
subitement  et  se  précipite  dans  les  bras  de  la 
bien-aimée.  Quant  à  Nouraly,  il  n'a  plus  qu'à 
se  retirer  dans  le  sein  de  Brahma  ;  seul,  au 
désert,  pour  ses  deux  amis  enfin  réunis,  sa 
prière  montera  vers  le  ciel. 

Le  crime  est  puni  ;  la  vertu,  récompensée. 


Inutile  d'insister  sur  les  défauts  d'un  livret 
rempli  de  bonnes  intentions  et  d'honnêteté. 
D'une  situation  scénique  languissante,  Charles 
Lefebvre,  avec  ses  qualités  de  distinction  et  de 
charme,  a  tiré  tout  le  parti  possible.  Les  pro- 
cédés d'antan,  tels  que  trilles,  vocalises, 
rosalies  ont  été  très  heureusement  bannis  ; 
l'auteur,  qui  orchestre  clairement,  sans  sur- 
charge, et  possède  une  langue  très  châtiée,  a 
cherché  à  serrer  le  texte  de  très  près  et  à 
peindre  ses  personnages  sans  les  exagérer.    Il 


504- 


LE  GUIDE   MUSICAL 


a  eu  d'heureuses  inspirations  que  le  public  a 
su  facilement  découvrir. 

Ne  sont-ce  pas  de  délicates  et  intéressantes 
pages  que  VAndante  sostemito,  chanté  par 
Raïm  au  premier  acte  :  Tu  sais  trop  bien  lire 
en  mon  âme,  —  l'efifet  orchestral  peignant  la 
course  du  cheval  (p.  3g  de  la  partition  pour 
piano),  qui  se  représentera  à  diverses  reprises 
et  a  beaucoup  d'analogie  avec  celui  imaginé 
par  Berlioz  dans  la  Cojirse  à  l'abîme  {Damna- 
tion de  Faust)  —  la  phrase  de  Raïm,  soutenue 
par  le  violon  solo  :  Oui,  je  l'emporterai  tout 
embaumé,  —  au  deuxième  acte,  l'air  si  plein  de 
tristesse  de  Djelma  :  Jour  fatal,  —  la  phrase 
chaleureuse  dite  superbement  par  M^^  Héglon 
(Ourvaçi)  :  Garde-toi  d'offenser  la  déesse,  —  le 
chœur  gracieux  accompagné  par  les  harpes  en 
staccati,  rappelant  le  faire  habile  de  Gounod  : 
Voici  les  fleurs,  —  le  chœur  dansé,  dans  un 
mouvement  moderato  :  Cueilles  les  lotus,  —  et 
le  beau  chant  de  Djelma  :  Est-ce  toi  dont  je  sens 
la  divine  présence,  que  viennent  soutenir  très 
heureusement,  dans  la  conclusion,  les  voix  à 
bouche  fermée  et  pianissimo,  —  puis  les  diver- 
tissements, parmi  lesquels  se  distingue  surtout 
VAndante  confié  aux  violons  et  soutenu  par 
\es  pizzicati  des  cordes,  —  et  enfin,  au  troi- 
sième acte,  la  superbe  invocation  à  Brahma 
qui  est  la  page  maîtresse  de  l'œuvre  ? 

Avec  des  artistes  tels  que  M™'^^  Caron,  Hé- 
glon,MM.  RenaudjSaléza,  DubuUe  et  Douailler, 
l'interprétation  de  Djelma  est  hors  pair. 
Saléza  s'est  taillé  un  grand  succès  dans  l'invo- 
cation de  Brahma  au  troisième  acte;  M^^  Hé- 
glon, dans  le  rôle  d'Ourvaçi,  est  absolument 
remarquable  ;  c'est  une  artiste  qui  par  la  beauté 
de  sa  voix,  par  sa  merveilleuse  entente  du 
drame,  est  en  train  de  prendre  une  des  pre- 
mières places  à  l'Académie  nationale  de  mu- 
sique. M.  Dubulle  joue  et  chante  fort  bien  le 
rôle  de  Kairam.  Quant  à  M™"^  Caron  et*  à 
M.  Renaud,  ils  savent  tout  le  bien  que  nous 
pensons  de  leur  grand  talent.  L'orchestre,  sous 
la  direction  de  M.  Mangin,  a  fort  bien  exécuté 
l'œuvre  de  Charles  Lefebvre. 

Hugues  Imbert. 


^^WW#i^^i 


M.  THEODORE  REINACH 

ET 

L'HYMNE  A  APOLLON 

Nous  recevons  de  M.  Th.  Reinach,  prési- 
dent de  la  Société  des  Etudes  grecques,  la 
lettre  suivante  : 

A  Monsieur  le  directeur  du  Guide  Musical. 
Paris,  7  juin  1894. 
Monsieur  le  Directeur,  ■ 

Quoique  j'aie  pour  principe  de  ne  pas  répondre 
à  toutes  les  inexactitudes  qui  s'impriment  au  sujet 
de  VHyinne  à  Apollon,  —  cela  me  donnerait  trop 
d'ouvrage,  — je  crois  devoir  faire  une  exception  en 
faveur  du  dernier  article  paru  dans  votre  estimée 
Revue,  tant  à  cause  de  l'importance  de  sa  publi- 
cité qu'en  raison  du  nom  dont  cet  article  est  signé. 

Je  laisse  de  côté  vos  appréciations  sur  le 
compte  des  «  facétieux  critiques  »  qui  ont  osé 
comparer  l'hymne  grec  à  un  certain  air  de  Wag- 
ner :  ceci  est  une  affaire  de  gorit,  de  sentiment 
personnel,  qui  ne  prête  pas  à  la  discussion. 
Permettez-moi  seulement  de  vous  dire  que  les 
personnes  qui,  à  mon  exemple,  ont  hasardé  ce 
rapprochement  l'ont  strictement  limité  au  seul 
élément  sur  lequel  il  pouvait  porter,  à  savoir  la 
mélodie.  Dès  lors,  je  ne  vois  pas  en  quoi  le  carac- 
tère «  rudimentaire  «  de  l'art  musical  des  Grecs, 
—  c'est-à-dire  de  leur  harmonie  et  de  leur  instru- 
mentation, —  peut  enlever  quoi  que  ce  soit  à  la 
justesse  de  cette  comparaison  entre  une  mélodie 
pure  et  une  autre  mélodie  pure,  l'air  du  paire 
pour  cor  anglais  solo  au  troisième  acte  de  Tristan. 

J'arrive  aux  trois  critiques  que  vous  adressez  à 
l'arrangement  de  l'hymne  tel  que  l'a  entendu  et 
applaudi  le  public  bruxellois. 

En  premier  lieu,  vous  ne  voulez  pas  que  je  loue 
«  l'ingénieuse  et  savante  restitution  »(les  guillemets 
sont  de  vous)de  l'accompagnement  par  M.  Gabriel 
Fauré,  sous  prétexte  que  j'aurais  avoué  dans  la 
même  phrase  que  la  science  n'avait  aucune  indi- 
cation sur  la  façon  dont  se  pratiquait  l'accompa- 
gnement des  mélopées  grecques.  Il  y  a  là, 
Monsieur,  une  inexactitude  matérielle.  Ayant  pris 
le  soin  d'écrire  entièrement  ma  conférence,  je  suis 
en  mesure  de  reproduire  mot  pour  mot  la  phrase 
que  j'ai  prononcée  à  ce  sujet.  La  voici  :  «  Le 
poète  évoque  le  doux  son  de  la  flûte  et  de  la  cithare 
accompagnant  les  chants  pieux.  C'est  cet  accom- 
pagnement, omis  sur  la  pierre,  que  nous  avons 
prié  M,  Gabriel  Fauré  de  suppléer  :  tâche  délicate 
qui  ne  pouvait  être  confiée  à  des  mains  plus 
habiles  et   plus  respectueuses  «.  Vous   êtes  trop 


LE  GUIDE  MUSICAL 


505 


familier  avec  les  nuances  de  la  langue  française 
pour  ne  pas  sentir  toute  la  différence  entre  cette 
rédaction  et  celle  que  m'attribue  votre  acticle.  Il 
n'est  point  question  d'une  «  restitution  »,  encore 
moins  d'une  «  restitution  savante  «,  —  M.  Fauré 
ne  s'est  jamais  piqué  d'archéologie, — mais  d'un 
supplément  nécessaire,  d'une  sorte  d'encadrement 
ou  d'habillement  sans  lequel  l'Hymne  de  Delphes  ne 
pouvait  être  présenté  au  public.  Cet  accompagne- 
ment est  habile,  —  tout  le  monde  en  est  tombé 
d'accord;  il  est  respectueux, car  il  n'a  pas  nécessité 
le  moindre  changement  aux  notes  certaines  de  la 
mélodie;  enfin  il  est  conforme,  dans  ses  données 
générales,  aux  caractères  bien  connus  de  la  mu- 
sique antique.  Nous  savons,  en  effet,  que  la  flûte, 
lorsqu'elle  concertait  avec  la  voix,  exécutait 
souvent  un  chant  indépendant  et  ne  revenait  à 
l'unisson  que  sur  la  cadence  finale: si  défectueuses 
que  soient  nos  informations,  je  n'ai  jamais  professé 
là-dessus  l'ignorance  complète  dont  vous  m'attri- 
buez l'aveu. 

Second  crime  :  Nous  nous  sommes  «  permis  « 
de  répéter  «  une  des  strophes  de  l'hymne  pour 
donner  au  morceau  un  semblant  de  symétrie 
nécessaire  à  nos  habitudes  modernes  ».  Tout 
d'abord,  nos  habitudes  modernes  n'ont  point,  que  je 
sache,  de  semblables  exigences  :  ce  sont  plutôt 
des  habitudes  anciennes.  Ensuite,  nous  aurions  bien 
été  embarrassés  de  répéter  «  une  des  strophes  » 
de  l'hymne,  puisque  l'hymne  n'a  point  de  strophes. 
La  vérité  est  tout  simplement  que  le  texte 
retrouvé  s'arrêtait  au  milieu  d'une  phrase  et  qu'il 
eût  été  inadmissible  d'en  rester  là  dans  une  exécu- 
tion publique,  dans  une  tentative  de  vulgarisation. 
Il  fallait  de  toute  nécessité  une  conclusion.  Au  lieu 
de  fabriquer  cette  conclusion  de  toutes  pièces, 
nous  avons,  M.  Fauré  et  moi,  jugé  plus  sage, 
plus  «  respectueux  »,d'en  emprunter  les  éléments 
au  compositeur  grec  lui-même  et  de  répéter  textuel- 
lement, pour  finir,  une  vingtaine  de  mesures  déjà 
entendues.  Ce  qui  subsiste  de  la  coda  originale 
prouve  d'ailleurs  que  le  caractère  mélodique  en 
était  très  semblable  à  celui  de  cette  reprise  :  la 
cadence  finale  était  certainement  identique. 

Jusqu'à  présent,  nous  n'étions  que  «  téméraires 
ou  inconscients  »  ;  mais  voici  que  nous  devenons 
«  hérétiques».  Notre  hérésie  a  consisté  u  à  enfer- 
mer les  différentes  périodes  dans  le  cadre  d'une 
mesure  déterminée, cinq  temps.» Or  (c'est  toujours 
vous  qui  parlez),  il  paraît  «  que  les  Grecs  n'ont 
pas  fait  usage  de  la  mesure...  que  c'est  là  une 
invention  relativement  moderne,  déterminée  par 
nos  règles  poétiques  si  différentes  de  celles  des 
anciens  Grecs  ».  J'en  demande  bien  pardon  à 
mon  savant  critique;  mais  s'il  y  a  de  l'hérésie 
quelque  part,  c'est  assurément  de  son  côté.  Une 
vérité,  en  effet,  sûre  et  certaine  si  jamais  il  en  fut, 
c'est  que  le  r3'thme,  l'élément  u  mâle  »  de  la 
mélopée,  jouait  dans  la  musique  vocale  des  Grecs 
un  rôle  absolument  jirépondèraut,  qu'il  n'}'  a 
point  de  rythme  sans  mesure,  et  que  les  mesures 


des  Grecs,  pour  être  plus  variées  que  les  nôtres, 
n'en  étaient  pas  moins  rigoureuses.  Vous  invo- 
quez l'exemple  du  plain-chant,  «  récitatif  sylla- 
bique  non  mesuré  »  :  impossible  de  tomber  plus 
mal,  car  c'est  précisément  en  cela  que  consiste  la 
différence  capitale  entre  le  plain-chant  et  la  mu- 
sique grecque  :  l'une  était  mesurée  et  l'autre  ne 
l'est  pas.  Dans  V Hymne  à  Apollon,  en  particulier,  la 
mesure  à  cinq  temps,  le  rythme  pèonique,  se  con- 
tinue d'un  bout  à  l'autre  sans  la  moindre  irrégula- 
rité, sans  la  plus  légère  déviation,  et,  plus  la 
mesure  sera  fidèlement  observée,  plus  l'exécution 
de  l'hymne  sera  parfaite  et  se  rapprochera  des 
conditions  de  l'exécution  antique.  Tout  cela  est 
connu  — ou  devrait  être  connu  —  de  tout  le  monde, 
surtout  dans  le  pays  où  M.  Gevaert  a  élevé  à  la 
musique  des  Grecs  un  monument  d'une  science 
aussi  profonde  qu'exacte  et  ingénieuse. 

En  définitive,  que  reste-t-il  des  critiques  posi- 
tives formulées  contre  notre  restitution  musicale? 
La  preuve  de  quelques  défaillances  dans  votre 
mémoire  et  de  quelques  lacunes  dans  votre  érudi- 
tion. On  pourra,  sans  aucun  doute,  apprécier 
autrement  que  je  ne  l'ai  fait  le  caractère  esthé- 
tique de  «  cette  complainte  du  bon  vieux  temps  »; 
on  pourra  suppléer  autrement  les  notes  qui 
manquent  sur  la  pierre  et  y  adapter  une  instru- 
mentation plus  simple  ou  plus  compliquée  :  mais 
il  ne  devrait  être  permis  à  personne  de  qualifier 
de  peu  fidèle  et  de  «  fantaisiste  »  une  interpréta- 
tion sérieuse,  consciencieuse,  fondée  sur  des 
études  prolongées  et  qui  a  reçu  jusqu'à  présent 
l'approbation  de  tous  les  musicologues  compé- 
tents. C'est  contre  une  appréciation  semblable, 
émanant  d'un  critique  dont  nul  n'estime  plus  que 
moi  le  savoir  et  le  talent,  que  j'ai  cru  devoir  pro- 
tester :  votre  courtoisie  m'accordera  sans  peine 
l'insertion  de  cette  protestation,  sans  que  je  la 
réclame  de  votre  équité. 

Recevez,  Monsieur,  l'assurance  de  mes  senti- 
ments de  haute  distinction. 

Théodore  Reinach.  ■ 

M.  Théodore  Reinach  voudra  bien  me  per- 
mettre de  répondre  à  mon  tour  quelques  mots 
à  sa  très  aimable  lettre.  Il  lui  est  facile  de  me 
prendre  en  défaut  en  m'opposant  le  texte  même 
de  sa  conférence.  Ce  texte,  je  ne  l'avais  pas 
sous  les  yeux  ;  j'ai  cité  de  mémoire,  et  si  je  me 
suis  trompé  d'une  nuance,  je  suis  persuadé  que 
ni  M.  Reinach,  ni  M.  Gabriel  Fauré,  que  je 
tiens  pour  l'un  des  plus  parfaits  musiciens  de 
France,  ne  voudront  voir  rien  de  désobligeant 
pour  eux  dans  cette  erreur.  Si  j'ai  parlé  «  d'hel- 
lénisme de  convention  »  à  propos  de  la  façon 
dont  VHymne  à  Apollon  nous  était  présenté, 
je  n'ai  point  entendu  formuler  par  là  une  cri- 
tique personnelle  soit  contre  le  traducteur  de 
l'hymne,  soit  contre  M.  Gabriel  Fauré.  Cela 
voulait   dire  tout  uniment   qu'à   mon  sens   le 


506 


LE  GUIDE  MUSICAL 


revêtement  harmonique  et  instrumental  donné 
par  M.  Fauré  à  l'hymne   retrouvé  à    Delphes 
est  purement  conjectural.  M.  Reinach  a  beau 
dire  qu'il  est  conforme,  dans  ses  données  géné- 
rales, au  caractère   bien  connu  de  la  musique 
antique,  cela  ne  nous  suffit  pas,  car  si  le  carac- 
tère de  la  musique   antique  est,  en   effet,  bien 
connu    par   les  traités  d'Aristoxène,  d'Aristide 
Quintilien,    d'Al3'pius,    par    les    fragments    de 
Plutarque  sur  la  musique,  etc., etc.,  il  s'en  faut 
que  nous  soyons  aussi  bien  renseignés  quant  à 
la  forme  de  cet  accompagnement.  Or,  c'est  là 
justement  le  point  épineux.  Quel  était  le  dessin 
de  ces  chants  qui  concertaient  avec  la  voix  : 
étaient-ils  de    véritables  contre  sujets  dans  le 
sens  de  notre  musique  polyphonique?  Etait-ce 
de   simples  imitations,  ou  des  figures  d'orne- 
ment comme  on  en  rencontre  dans  la  musique 
du  moyen  âge?  Dans  quel  rapport  harmonique 
se  trouvaient  ces  chants  vis-à-vis  de  la  mélodie? 
En  dehors  de  la  tierce,    de   la   quarte,  de    la 
quinte  et  de  l'octave,  les  Grecs  connaissaient-ils 
et  possédaient-ils  les  associations, combinaisons, 
renversements,  enchaînements    d'accords    qui 
nous  sont  habituels  ?  Sur  tout  cela  plane  jusqu'à 
présent  le  plus  sombre  mystère.  Il  n'y  a  même 
pas  une  certitude  absolue  quant  à  la  tessiture 
et  à  l'accord  des  instruments  d'accompagne- 
ment   et   particulièrement    des    instruments   à 
cordes  pincées.  Bref,  ainsi  que  je   l'indiquais 
dans  mon  compte  rendu,  nous  nous  trouvons, 
au  regard   de    la   pratique,   dans   la    situation 
du  musicien  de  l'avenir  qui  aurait  à  reconsti- 
tuer,   par    exemple,    avec    le    fameux    thème 
initial,  tout  le  premier  mouvement  de  la  sym- 
phonie en  lit  mineur  de  Beethoven,  si  la  parti- 
tion venait  à  en  être  perdue.  Il  n'y  a,  pas  certes, 
de  la  faute  de  M.  Reinach  si  l'archéologie  mu- 
sicale n'est  pas  mieux   renseignée;  je  souhaite 
ardemment,  et  autant  que  lui,  qu'un  jour   les 
marbres  enfouis  sous  le  sol  de  l'Attique  ou  les 
papyrus  enfermés   dans   les  tombes   d'Egypte 
nous  rendent  la  musique  antique  dans  sa  tota- 
lité.   En   attendant,  je  constate  avec  tristesse 
l'absence   de  données    suffisamment  claires  et 
précises  pour  risquer  dès  à  présent  une  restitu- 
tion même  approximative.  L'harmonisation  de 
M.  Gabriel  Fauré  est  es.';entiellement  moderne, 
si  moderne    que  c'est  elle  qui  me  semble  avoir 
induit    M.    Reinach    en  des    rapprochements 
hasardés  de  la  mélopée  de  l'hymne  apoUonien 
avec  la  mélodie  du  pâtre  de  Tristan. 

En  ce  qui  concerne  la  mesure,  M.  Th.  Rei- 
nach se  méprend  également  sur  la  portée  de 
mon  observation.  En  disant  que  les  Grecs,  fort 
probablement,  ne  connaissaient  pas  la  mesure, 


j'entendais  parler  de  notre  système  moderne  ; 
c'est  ce  que  toute  la  phrase  indique.  Je  n'ignore 
pas  que  les  Grecs  aient  eu  un  chant  mesuré  ; 
mais  que  leur  mesure  fût  conforme  à  la  nôtre, 
c'est  ce  qui,  jusqu'ici,  n'a  pas  été  démontré. 
Si  les  beaux  travaux  de  Gevaert  et  de  West- 
phal  (i)  sur  la  rythmique  des  Grecs  ont  révélé 
de  nombreux  et  saisissants  rapports  entre  la 
théorie  rythmique  des  anciens  et  la  nôtre,  ils 
n'ont  pas  établi  jusqu'ici  la  concordance 
absolue  entre  notre  façon  moderne  de  compter 
et  celle  des  Hellènes.  On  n'est  même  pas 
d'accord  complètement  sur  le  sens  à  donner 
aux  termes  techniques  dont  se  sert  Aristoxène  ; 
Westphal  admet  que  le  mot  pous  signifie 
tantôt  chez  lui  pied,  tantôt  mesure.  Doù  il 
résulte,  qu'en  maint  endroit  on  n'est  pas 
certain  de  la  traduction  exacte  du  texte  et  que 
selon  que  tel  ou  tel  sens  est  adopté,  la  théorie 
d'Aristoxène  change  complètement. 

En  somme,  il  serait  peut-être  préférable,  à 
propos  de  la  musique  grecque,  d'employer  le 
mot  mètre  au  lieu  du  mot  mesure,  la  mesure  des 
Grecs  étant  calquée  sur  les  mètres  de  leur 
langue  et  de  leur  poésie,  qui  était  essentielle- 
ment rj'^/zwzig?/^, alors  que  la  plupart  des  langues 
modernes  ne  le  sont  point.  De  là,  chez  nous, 
la  nécessité  de  la  rime,  qui  a  été  un  des  élé- 
ments ayant  servi  à  former  notre  rythmique 
vocale  et  notre  système  de  mesures.  Chez  les 
Grecs, ce  sont  les  mètres  du  vers  qui  constituent 
la  véritable  mesure;  sur  ce  point,  il  n'y  a  pas 
l'ombre  d'un  doute  ni  d'une  controverse.  Il 
n'est  pas  moins  certain  que  ces  mètres  ne 
correspondent  pas  exactement  à  nos  mesures 
modernes.  Tel  est  le  cas  particulier  du  mètre 
péonique  dans  lequel  est  écrit  Y  Hymne  à  Apol- 
lon. On  l'assimile  à  notre  mesure  à  cinq  temps, 
qui  est  un  rythme  faux.  La  façon  dont  ce 
rythme  ou  cette  mesure  péonique  est  expliquée 
par  Aristoxène  laisse  beaucoup  à  désirer. 
M.  Th.  Reinach,  cependant,  n'a  pas  hésité  à 
employer  d'un  bout  à  l'autre  de  l'hymne  notre 
mesure  à  ciiiq  temps,  mieux  que  cela  :  il  en 
recommande  l'exécution  rigoureuse,  d'un  bout 
à  l'autre  de  l'hj'mne.  J'ignorais,  au  moment  où 
j'écrivais  mon  compte  rendu  de  son  intéres'-' 
santé  conférence,  qu'il  était  sur  ce  point  en 
contradiction  absolue  avec  M.  Nicole,  savant 
musicien  suisse  établi  à  Athènes  et  qui,  aidé 
des    lumières    de   M.    Homolle,    directeur   de 

fi)  J"ai  publié  ici  même,  il  y  a  quelque  dix  ans,  une 
analyse  détaillée  du  remarquable  travail  de  Westphal 
sur  la  rythmique  d'Aristoxène.  Je  crois  même  avoir  été 
le  seul,  en  Belgique  et  en  France,  à  signaler  cet  impor- 
tant ouvrage. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


507 


l'Ecole  d'archéologie  française  à  Athènes,  a,  lui 
aussi, donné  une  traduction  en  notation  moderne 
du  fragment  d'hymne  retrouvé  à  Delphes.  Or, 
M.  Nicole  se  trouve  tout  à  fait  d'accord  avec 
moi,  quant  au  choix  de  la  mesure  à  cinq  temps. 
Il  fait  remarquer  «  que  cette  mesure  enlève  tout 
le  caractère  de  l'hymne  »  et  ce  qui  est  plus 
grave,  «  qu'elle  coupe  des  phrases  en  deux.  « 
Il  ne  pense  pas  que  les  temps  se  battaient 
exactement  comme  on  le  fait  aujourd'hui,  mais 
que  les  mesures  étaient  allongées  ou  resserrées 
selon  le  dessin  de  la  phrase  ou  les  nécessités  de 
la  déclamation  lyrique.  Il  cite  Alj'pius  d'après 
lequel  la  musique  vocale  n'avait  pas  de  signe 
de  durée  et  se  réglait  sur  les  paroles.  «  C'était 
plutôt  un  récitatif  qu'un  chant  mesuré  ».  Je 
n'ai  pas  dit  autre  chose. 

Ce  ne  sont  pas  les  seules  observations  de 
M.  Nicole  à  l'endroit  de  la  traduction  de 
M.  Th.  Reinach.  Cette  transcription  lui  sem- 
ble écrite  sur  un  ton  beaucoup  trop  élevé  pour 
être  chantée.  M.  Nicole  a  fait  une  transcription 
conforme  à  celle  de  M.  Reinach  pour  la  ligne 
mélodique,  mais  écrite  une  quarte  plus  bas  et 
en  forme  de  déclamation.  Le  'Journal  de 
Genève,  auquel  M.  Nicole  a  communiqué  ses 
observations,  nous  apprend  que  son  compa- 
triote a  fait  une  conférence  à  Athènes  où  il 
appuie  de  raisons  techniques  les  objections 
qu'il  oppose  à  la  version  de   M.  Reinach.  Il 


serait  intéressant  que  cette  conférence  fût 
publiée,  comme  aussi  la  version  musicale  de 
M.  Nicole. 

Je  n'insisterai  pas  sur  l'explication  que 
M.  Reinach  nous  donne  aujourd'hui  de  la  coda 
ajoutée  par  lui  à  la  mélodie  de  l'hymne.  Cette 
explication,  autant  que  je  me  souviens,  n'avait 
pas  été  donnée  dans  sa  conférence.  Qu'il  y  ait 
ou  qu'il  n'y  ait  pas  de  strophe  dans  l'hymne, 
mon  observation  à  ce  sujet  n'en  était  pas  moins 
fondée.  Je  veux  bien  que  cette  restitution  ne 
soit  pas  absolument  fantaisiste  ;  mettons  qu'elle 
est  simplement  conjecturale.  Moyennant  quoi, 
M.  Th.  Reinach  voudra  bien  reconnaître  que 
si  j'ai  formulé  quelques  réserves  au  sujet  de  ses 
conclusions,  ces  réserves  n'étaient  pas  simple- 
ment le  résultat  de  défaillances  de  mémoire  ou 
de  lacunes  d'érudition. 

Il  ne  suffit  pas  d'affirmer  que  la  version  qui 
nous  a  été  donnée  a  reçu  l'approbation  de  tous 
les  musicologues  compétents.  Il  y  a,  en  effet, 
des  raisons  de  croire  qu'elle  n'est  pas  si  abso- 
lument incontestée  que  le  pense  iVI.  Th.  Rei- 
nach. Je  n'ai,  personnellement,  aucune  compé- 
tence pour  trancher  la  question, mais  je  n'ignore 
pas  où  se  trouvent  les  points  contestables  et  il 
faut  croire  que  j'ai  touché  juste,  puisque  ce 
sont  ceux  justement  qui  sont  déjà  controversés 
par  M.  Nicole,  en  attendant  d'autres  contro- 
verses. M.   KUFFERATH. 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

C'est  une  évocation  réellement  charmante 
du  passé  qu'a  suscitée  M"«  Colonne  dans  la 
séance  où  ont  été  entendues  ses  élèves,  le 
3i  mai,  à  salle  Pleyel,  —  Gluck,  LuUy,  Mo- 
zart, —  sans  omettre  V Hymne  à  Apollon,  qui 
est,  aujourd'hui,  de  toutes  les  fêtes  musicales  ! 
Il  existe  une  sorte  d'attendrissement  à  entendre 
ces  belles  pages  des  maîtres  d'autrefois,  surtout 
lorsque  ces  pages  sont  si  merveilleusement 
exécutées  !  Elèves,  mais  elles  sont  déjà  maî- 
tresses elles-mêmes,  la  plupart  des  cantatrices 
que  nous  a  présentées  i\I™'=  Colonne,  tant  elles 
ont  profité  des  leçons  si  intelligemment  don- 
nées par  leur  professeur.  Voyez-la  conduire  sa 
petite  phalange  !  Comme  elle  souligne   toutes 


les  intentions  du  maître,  et  cela  sans  gestes 
intempestifs,  simplement  et  spirituellement! 
Aussi  quels  succès  pour  M™ss  Jeanne  Remacle, 
Mathilde  Colonne,  Dettelbach,  Arnalde  Serres, 
Mlles  Marcella  Pregi,  Planés,  Marguerite  Ma- 
thieu, Marthe  de  Brolls! 

A  signaler,  dans  le  concert  du  24  mai, 
donné  par  la  Société  Guillot  de  Sainbris,  le 
Sanctus  et  le  Benedictus  de  la  messe  brève 
de  Fernand  Le  Borne,  le  Pardon  breton  de 
Mlle  c  Chaminade,  le  Veni  Creator  de 
L.  Boellmann,  les  Fêtes  d'Hébé  de  Rameau  et 
des  fragments  de  Thésée  de  Lully.  Mais  quelle 
chaleur  dans  cette  salle  de  la  Société  d'horti- 
ticulture  ! 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Audition  intéressante  des  œuvres  de  Th.  Du- 
bois, le  25  mai,  à  la  salle  Pleyel,  sous  la  direc- 
tion de  Mnie  Tarpet-Leclercq,  professeur  au 
Conservatoire.  Les  plus  jolies  pièces  pour  le 
clavier  du  nouveau  membre  de  l'Institut  ont 
été  fort  appréciées. 

•$• 
Dernière  audition  de  la  Société  d'art  à  la 
salle  Pleyel,  le  dimanche  27  mai.  On  a  beau- 
coup applaudi  les  Etudes  en  forme  de  canon 
(op.  56)  de  R.  Schumann,  la  sonate  pour  piano 
et  violon  de  Grieg  (op.  8)  et  divers  morceaux 
de  MM.  G.  Hue,  Wormser,  I.  Philipp,  A.  Pa- 
rent et  II.  Eymieu.  Les  bravos  ont  été  aussi 
bien  pour  les  œuvres  que  pour  les  interprètes, 
qui  avaient  noms  :  I.  Philipp,  Wormser, 
Hettich,  M™"  Emile  Herneau,  G.  Rémy, 
H.  Frêne  et  M"e  Antonia  Pouget. 

Signalons  le  concert  donné  le  23  mai,  à  la 
salle  Erard,  par  les  jeunes  artistes  américaines 
pianistes  et  violonistes,  Blanche- Ogautha  et 
Cora-Mathilde  Vet,  filles  de  M.  C.  M.  Vet, 
correspondant  du  New-  York  Musical  Courier. 
Leur  talent  a  été  fort  goûté. 

La  nouvelle  que  nous  signalions  dernière- 
ment concernant  la  section  lyriqu-e  du  Théâtre- 
Libre  de  M.  Antoine  se  confirme  pleinement. 
La  chose  s'organise  régulièrement, et  nous  don- 
nerons prochainement  les  détails  de  cette  entre- 
prise. 

A  la  Comédie- Parisienne  —  ravissant  petit 
théâtre  de  construction  récente,  —  se  prépare 
une  saison  d'opéra.  On  répète  en  ce  moment 
Dinah,  opéra  de  M.  Edmond  Missa,  dont  les 
rôles  principaux  seront  tenus  par  MM.  Engel, 
Manoury,  M™<=s  Marcolini  et  Lambrecht. 

On  avait  fait  quelque  bruit  préalable,  à  pro- 
pos de  la  reprise  de  Roméo  et  Juliette  à 
l'Opéra  :  décors  neufs  et  prise  de  possession 
du  rôle  de  Juliette  par  M"":  Sanderson. 

Les  décors  nouveaux  sont  la  copie  exacte  des 
anciens, qu'a  détruits  l'incendie  delà  rue  Richer. 

Et  M"e  Sanderson  s'est  montrée  quelconque 
sans  faire  oublier  ses  devancières. 

Rien  à  signaler. 

•f' 
Il  est  fort  probable  que  M.  Maurel  chantera 
le  rôle  d'Iago  dans  VOtello  de  Verdi,  à  l'Aca- 


démie nationale  de  musique.  Les  autres  rôles 
seront  tenus  par  Mn»=  Caron  (Desdemone),  Sa- 
léza  (Otello),  Héglon  (Emilia)  et  Vaguât  (Cas- 
sio). 

Autres  nouvelles  de  l'Ofjéra  :  On  annonce 
pour  le  mois  de  décembre  prochain  la  repré- 
sentation de  la  Montagne  noire,  opéra  en  qua- 
tre actes  d'Augusta  Holmes.  On  parle  aussi  de 
la  reprise  de  la  Farandole,  ballet  de  Théodore 
Dubois,  et  des  études  prochaines  de  Hulda, 
l'opéra  de  César  Franck. 


Le  sympathique  chef  d'orchestre  de  l'Opéra- 
Comique,  M.  Danbé,  qui  avait  éprouvé  des 
brûlures  assez  vives,  chez  lui,  par  suite  de 
l'explosion  d'une  lampe  à  pétrole,  est  en  excel- 
lente voie  de  guérison. 

Chez  M""=  la  comtesse  de  L...,  entendu, 
l'autre  soir,  un  jeune  et  intelligent  chanteur, 
M.  Buys,  pourvu  d'une  belle  voix  et  d'une 
excellente  méthode;  un  brillant  avenir  lui 
semble  réservé. 

A  la  fin  du  mois  se  tiendra  à  Paris,  par  les 
soins  de  la  Société  Saint-Jean  pour  le  développe- 
ment de  l'art  chrétien,  un  congrès  musical  con- 
sacré à  l'épineuse  question  de  la  restauration 
du  plain-chant  et  de  la  musique  sacrée.  Les 
musiciens,  auteurs  ou  maîtres  de  chapelle  sont 
invités  à  envoyer  au  congrès  le  fruit  de  leurs 
réflexions,  et  leur  opinion  sur  le  grave  débat 
qui  s'agite  entre  les  partisans  des  différentes 
méthodes  préconisées.  Les  théories  de  Dom 
Pothier  seront  exposées,  les  éditions  Pustet,  de 
Ratisbonne,  seront  mises  en  cause,  ainsi  que 
les  décrets  de  la  Congrégation  des  Rites  accor- 
dant le  privilège  à  l'éditeur  allemand. 

Ce  congrès  empruntera  un  caractère  particu- 
lièrement intéressantduchef  de  ces  discussions, 
où  les  plus  pures  préoccupations  d'art  alterne- 
ront avec  de  secondaires  compétitions  commer- 
ciales et  internationales,  ainsi  qu'il  ressort  de 
la  campagne  menée  depuis  quelques  mois  par 
une  grande  partie  de  la  presse  religieuse  (et 
aussi  politique)  française  contre  le  monopole 
accordé  par  Pie  IX  à  M.  Pustet,  de  Ratisbonne. 
Ce  monopole,  comme  on  sait,  consiste  dans 
l'exclusif  privilège  de  la  fourniture  des  livres 
choraux  aux  églises,  et  cela  pour  une  durée  de 
trente  ans.  Comme  il  est  question  de  renou- 
veler ce  privilège,  des  éditeurs  français  pro- 
testent au  nom  de  leurs  intérêts  -méconnus, 
soutenus,  mais  pour  des  raisons  d'ordre  artis- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


509 


tique,  par  un  groupe  de  musicologues  qui 
repoussent  l'édition  de  Ratisbonne  comme 
défectueuse  et  non  conforme  à  la  vraie  tradi- 
tion. 

Nous  ne  nous  prononcerons  pas  dans  une 
question  aussi  délicate,  mais  nous  tiendrons 
nos  lecteurs  au  courant. 

Le  congrès  sera  terminé  par  l'audition  des 
Chanteurs  de  Saint-Gervais  et  de  la  maîtrise 
du  séminaire  de  Versailles  (pour  le  chant  gré- 
gorien). 


Croisé,  rue  de  la  Paix,  Franz  Servais,  pro- 
menant sa  gravité  tluviale  au  soleil  de  midi. 

—  UApollonide?  J'attends,  je  ne  suis  pas 
pressé.  L'audition  d'un  fragment  de  mon 
œuvre  à  l'Opéra,  voici  déjà  quelque  temps,  avait 
été  favorable,  malgré  de  fâcheuses  circon- 
stances. Voulant  donner  idée  de  l'instrumen- 
tation, on  ne  mit  à  ma  disposition  qu'un 
ignoble  piano  bon  pour  accompagner  le  Trou- 
vère, —  ici,  uns  esquisse  du  geste  guitarisant 
des  célèbres  battements  soutenant  le  Miserere. 
—  Non  certes,  les  pianos  de  l'Opéra  ne  sont 
pas  en  rapport  avec  la  magnificence  du  monu- 
ment. 

Depuis  cette  audition,  j'attends,  mais  sans 
impatience.  Je  sais  qu'un  des  directeurs  de 
l'Opéra  désirerait  un  examen  plus  approfondi 
de  mon  Apollonidc.  D'autre  part,  l'éditeur  de 
la  grande  partition  me  sollicite  de  faire  publier 
la  réduction  —  achevée  —  piano  et  chant.  Mais 
je  ne  fais  aucune  démarche. 

De  plusieurs  côtés,  en  province,  on  me 
demande  mon  drame  lyrique  ;  je  le  refuse. 

J'ai  mis  quinze  ans  de  ma  vie  d'artiste  dans 
mon  œuvre.  Dès  lors,  je  ne  veux  qu'une  exécu- 
tion parfaite  ou  rien. 

—  Mais  Bruxelles  ? 

—  Médiocre,  en  dessous  du  médiocre.  Je 
n'y  trouverais  pas  d'abord  les  interprètes  qu'il 
me  faut  ;  ensuite,  en  ces  derniers  temps,  on  en 
est  venu,  à  Bruxelles,  à  ne  plus  savoir  dis- 
tinguer ni  apprécier  le  bon  ;  on  goûte  plutôt  la 
médiocrité. 

—  Reste  alors  la  possibilité  d'une  exécution 
sur  une  scène  allemande  ? 

—  Peut-être.  J'y  ai  parfois  pensé,  et  en  ai 
même  parlé  à  mon  ami  Félix  Motll,  qui, 
en  plus  de  la  garantie  d'une  interprétation 
musicale  et  dramatique  hors  ligne  qu'il  m'as- 
surerait, est  un  traducteur  excellent  ainsi  que 
l'atteste  sa  récente  version  allemande  des 
Troyetis. 


Mais,  en  conclusion,  je  ne  suis  pas  pressé! 
ajoute  philosophiquement  le  compositeur,  quo 
nous  laissons  à  sa  flânerie  imperturbable,  on 
lui  souhaitant,  quand  même,  exécution  bonne 
et  proche.  M.  R. 


BRUXELLES 

En  appelant  M.  Gustave  Huberti  à  la  direc- 
tion de  l'Ecole  de  musique  de  Saint-Josse-ten- 
Noode-Schaerbeek,  le  conseil  d'administration 
de  cet  établissement  avait  en  vue  l'organisa- 
tion d'un  cours  permanent  de  chant  d'ensemble 
qui  n'existait  pas  sous  la  direction  précédente. 

L'école  susdite  était  naguère  une  sorte  d'an- 
tichambre du  Conservatoire  royal  de  Bruxelles, 
où  M.  Henry  Warnots  préparait,  avec  le 
talent  consciencieux  qu'on  lui  a  toujours 
reconnu,  les  élèves  de  son  cours  de  chant 
individuel.  L'ensemble  vocal  n'était  que  l'ex- 
ception, et,  sauf  en  des  occasions  extraordi- 
naires, il  n'en  était  question  qu'à  l'époque  où 
avait  lieu  la  distribution  des  prix  décernés  dans 
les  concours  annuels. 

Aujourd'hui,  c'est  le  chant  d'ensemble  qui 
est  le  but  principal  vers  lequel  tend  l'enseigne- 
ment de  l'école.  M.  Huberti  dirige  personnelle- 
ment la  classe  d'ensemble  vocal,  et  il  met  tous 
ses  soins  à  former  des  élèves  capables  de  mettre 
en  pratique  les  leçons  de  solfège  et  de  chant 
qui  leur  sont  données  par  le  corps  professoral. 

Bien  qu'elle  soit  toute  récente,  l'intelligente 
innovation  apportée  au  programme  des  études 
porte  déjà  des  fruits.  On  a  pu  en  juger, 
dimanche  dernier,  à  l'audition  donnée,  à  la 
Grande- Harmonie,  par  le  cours  de  chant  d'en- 
semble de  l'Ecole  de  Saint-Josse-ten-Noode- 
Schaerbeek,  avec  le  concours  du  Club  sym- 
plionique,  sous  la  direction  de  M.  G.  Huberti. 
Les  chœurs  ont  cirante,  avec  beaucoup  d'assu- 
rance et  un  parfait  ensemble,  d'anciennes  chan- 
sons disposées  pour  voix  mixtes  par  M.  F. -A. 
Gevaert  et  d'autres  pièces  vocales  traduites 
par  M.  L.  de  Casembroot.  Accompagnées  par 
les  instruments  du  Club  symphonique,  les  voix 
jeunes  et  fraîches  du  cours  d'ensemble  ont 
interprété  la  Vierge  à  la  Crèche, de  C.  Franck; 
une  œuvre  inédite  de  M.  G.  Huberti,  Boeren- 
kennisticd,  sur  des  paroles  de  M.  E.  Hiel, 
présentant  une  suite  de  couplets  variés  d'un 
tour  mélodique  fort  agréable  et  d'une  exécution 
très  pittoresque  ;   enfin,   pour  finir,  deux  frag- 


510 


LE  GUIDE  MUSICAL 


ments  importants  de  l'oratovio  Lucijer  de 
Peter  Benoit.  Ces  derniers,  bien  qu'étudiés 
avec  soin,  ne  pouvaient  prétendre  à  l'effet  que 
doit  produire  un  ensemble  où  tous  les  instru- 
ments de  l'orchestre  sont  appelés  à  prendre 
part.  Le  Club  symphonique  ne  possède  pas  les 
éléments  voulus  pour  produire  la  sonorité  dési- 
rable. Son  quatuor  d'archets,  renforcé  de  quel- 
ques bonnes  recrues,  s'est  néanmoins  risqué  à 
l'exécution  du  Concerto  grosso  (n"  3  mi  mineur) 
de  Hœndel,  d'un  air  de  la  Suite  en  ré,  de  J.-S. 
Bach,  et  de  la  suite  dans  le  style  ancien  :  Aus 
Holberg  's  Zeit,  de  Edv.  Grieg. 

Il  y  a  là  en  perspective  beaucoup  de  bonnes 
promesses  que  l'activité,  la  science  et  l'auto- 
rité de  M.  G.  Huberti  conduiront,  nous  en 
sommes  assuré,  à  des  réalisations  futures 
dictées  par  le  plus  sérieux  souci  de  l'art. 

M .  Gevaert,  qui  assistait  à  cette  intéressante 
matinée,  n'a  pas  marchandé  ses  éloges  au  chef 
de  l'école  ainsi  qu'à  ses  jeunes  collaborateurs. 

E.  E. 

M.  et  Mme  Ferdinand  Kufferath,  parents  de 
notre  directeur,  ont  célébré,  le  8  juin,  leurs 
noces  d'or.  A  cette  occasion,  M.  Léon  Soubre 
avait  eu  la  délicate  attention  d'organiser,  avec 
le  concours  d'un  groupe  d'élèves  des  classes 
de  chant  de  M"«  Cornélis-Servais,  l'exécution 
d'un  certain  nombre  de  compositions  reli- 
gieuses du  jubilaire,  pendant  la  messe  basse 
qui  a  été  dite  à  l'église  de  Saint-Josse-ten- 
Noode.  M.  Soubre  a  fait  exécuter  notamment 
un  Kyrie,  l'Ave  Maria  et  le  Laudate  Domi- 
num,  et  il  a  joué  sur  le  grand  orgue  une  fugue 
manuscrite  du  maître. 

De  toutes  parts,  Paris,  Londres,  Berlin, 
Anvers,  Utrecht,  Francfort,  Cologne,  des 
lettres,  des  télégrammes  de  félicitations  et  des 
envois  de  fleurs  ont  été  adressés  à  l'éminent 
professeur  du  Conservatoire  et  à  sa  digne 
épouse.  Citons  notamment  les  lettres  de  Son 
Altesse  Royale  M™e  la  comtesse  de  Flandre,  de 
M™e  Clara  Schumann,  de  J.  Brahms,  de 
Grimm,  de  J.  Van  Riemsdyck,  du  Cercle  artis- 
tique et  littéraire  de  Bruxelles,  des  professeurs 
du  Conservatoire  royal,  des  dames  du  couvent 
de  Berlaymont,  etc. 


CORRESPOND  A  NCES 

AMSTERDAM.  —    Le    Wagner    Verein 
a    clos  dignement  la    saison    musicale,  en 
exécutant,   sous   la  direction   de   M.   Viotta,    des 


fragments  de  Parsifal  au  Théâtre  du  Parc,  avec  le 
bel  orchestre  du  Concertgebouw  et  des  solisteH 
allemands.  Il  ne  m'a  pas  été  possible  d'assister  à 
ce  concert,  mais  les  critiques  d'Amsterdam,  dignes 
de  foi,  en  ont  dit  le  plus  grand  bien. 

Pendant  la  saison  d'été,  Amsterdam  n'aura  que 
les  concerts  hebdomadaires  du  Concertgebouw 
qui,  à  l'instar  du  Waux-Hall  de  Bruxelles,  se 
dorînent  dans  le  superbe  jardin  de  l'établissement 
et  qui,  en  cas  de  mauvais  temps, ont  lieu  dans  la 
salle  de  concert.  Ces  concerts  sont  dirigés  par 
M.  Gottfried  Mann,  qui  a  succédé  comme  second 
chef  d'orchestre  du  Concertgebouw  à  M.  Renard, 
décédé  subitement  il  y  a  quelques  mois.  C'est  un 
excellent  musicien,  compositeur  de  talent,  qui  fait 
aussi  de  la  critique  dans  plusieurs  journaux. 
M.  Mann  a  été  pendant  quelques  années  directeur 
de  l'orchestre  communal  de  la  ville  de  Leyde  et  y 
était  très  estimé. 

L'Opéra-Néerlandais,  qui,  pendant  de  longues 
années,  a  pu  se  soutenir  sous  la  direction  de 
M.  de  Groot,  est  en  pleine  révolution.  Le  chef 
d'orchestre,  M.  van  der  Linden,  dont  on  a  exécuté 
un  opéra,  le  Siège  de  Leyde,  à  Anvers,  et  le  régis- 
seur, M.  Saalborn,  ont  résilié  leur  engagement  en 
déclarant  une  guerre  à  outrance  à  M.  de  Groot, 
dont  l'ignorance  musicale  et  l'incapacité  complète 
étaient  devenues  proverbiales.  Ils  ont  l'intention 
de  former  eux-mêmes  une  troupe  d'opéra  néerlan- 
dais, et  ils  se  sont  assurés  déjà  du  concours  de 
MM.  Arelio  et  Pauwels,  les  seuls  pensionnaires  de 
talent  que  possédât  M.  de  Groot  et  pour  lesquels  ils 
payeront  les  dédits  stipulés  par  contrats. 

Malgré  la  formidable  opposition  qui  se  lève 
contre  lui,  M.  de  Groot  continue  à  payer  d'audace; 
il  poursuit  son  exploitation  et  fait  même  cons- 
truire une  nouvelle  salle  de  spectacle  au  palais  de 
l'Industrie.  Toute  cette  affaire  amuse  beaucoup  le 
public  essentiellement  badaud  d'Amsterdam,  et, 
franchement,  il  y  a  de  quoi  rire. 

La  prochaine  saison  datera  dans  les  annales 
théâtrales  d'Amsterdam,  car  elle  commencera  par 
l'inauguration  du  nouveau  théâtre  communal,  dont 
on  dit  le  plus  grand  bien.  Le  bâtiment  est  monu- 
mental et  la  salle  de  spectacle  est  magnifique.  Si 
l'acoustique  répond  â  l'attente,  ce  théâtre,  qui 
était  une  nécessité  à  Amsterdam,  pourra  rendre  de 
grands  services.  C'est  le  Nederlandsch  Tonneel 
qui  a  pris  le  bâtiment  à  ferme  pour  plusieurs, 
années,  et  tous  ceux  qui  voudront  y  jouer  ou  y 
donner  des  représentations  devront  s'adresser  à 
M.  W.  Stumpff,  l'adm  inistrateur  ;  en  dehors  de 
la  Comédie  Néerlandaise,  on  dit  que  M.  Mertens, 
pour  l'Opéra-Français  de  La  Haye,  et  le  Wagner 
Verein  se  sont  déjà  entendus  avec  lui. 

Le  Chœur  a  capella  dirigé  par  M.  Daniel  de 
Lange  poursuit  une  tournée  triomphale  en  Angle- 
terre" et  vient  d'obtenir,  à  Londres  surtout,  un 
succès  d'enthousiasme.  On  assure  même  que  la 
Reine  a  exprim.i  le  désir  de  l'entendre  au  château 
de  Windsor. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


511 


A  bientôt  le  festival  de  la  Société  pour  l'encou- 
ragemeiit  de  l'art  musical  à  Utrecht,  qui  promet 
d'être  d'un  intérêt  tout  exceptionnel. 

Intérim. 


ANVBRS.  —  L'art  musical  n'a  pas  été 
jusqu'ici  un  des  attraits  de  notre  Exposition. 
On  est  unanime  à  constater  le  déplorable  effet 
qu'a  produit  le  deuxième  concert  extraordinaire, 
donné  dernièrement  pour  un  auditoire  d'environ 
trois  cents  personnes.  Il  faut  bien  le  dire,  le 
répertoire  de  ces  concerts  symphoniques  est  d'un 
intérêt  médiocre,  et,  si  nous  admettons  que  les 
solistes  :  M™"  Fischer-Sobell,  une  pianiste  au 
doigté  délié,  et  M.  Fischer,  un  ténor  au  phraser 
net,  soient  des  artistes  fort  estimables,  nous  n'y 
voyons  guère  de  quoi  attirer  le  public  exception- 
nel d'Exposition. 

Disons  deux  mots  des  morceaux  symphoniques 
entendus  au  dit  concert.  Deux  morceaux  de  la 
jeune  école  française  :  Polonaise  héroïque,  de  Th. 
Ritter,et  Espana,àe  Chabrier.  Si  l'idée  fait  absolu- 
ment défaut  dans  ces  deux  pages  symphoniques," 
les  auteurs  y  font,  par  contre,  un  étalage  d'effets 
les  plus  divers  et  les  plus  bruyants.  Espana,  notam- 
ment, exécuté  par  un  orchestre  de  cent  musiciens 
à  peine,  faisait  dans  l'immense  salle  des  fêtes  un 
tapage  étourdissant.  Nous  nous  rappelions  avec 
regret  les  quinze  cents  personnes  qui  ont  exécuté 
avec  une  homogénéité  parfaite  et  une  sonorité 
toujours  agréable  la  cantate  de  Benoit,  lors  do 
l'ouverture  de  l'Exposition.  Quelle  compréhension 
des  effets  à  produire;  et  quelle  sobriété  dans  l'em- 
ploi des  instruments,  pourtant,  dans  cette  œuvre 
d'une  conception  si  grandiose  ! 

Puisque  nous  citons,  au  passage,  ce  remarqua 
ble  artiste,  arrêtons-nous  un  instant  à  l'une  de  ses 
dernières  innovations  :  la  musique  adaptée  aux 
exercices  de  gymnastique,  dans  le  but  de  donner 
aux  mouvements  une  impulsion  morale  directe, 
qu'aucun  commandement  technique  ne  saurait 
produire.  Le  gymnaste  ressent  les  vibrations  de 
la  musique  et  ses  mouvements  en  deviennent  plus 
I     souples,  plus  élégants. 

A  la  fête  de  gymnastique  qui.  aura  lieu  le 
i3  courant,  deux  séries  d'exercices  seront  exécu- 
tées, pour  lesquelles  le  maître  flamand  a  composé 
une  musique  toute  spéciale. 

L'innovation  en  question  ouvre  aux  concep- 
tions de  ce  genre  un  vaste  champ;  aussi  Benoit 
songe-t-il  à  faire  un  cours  de  musique  complet 
pour  les  exercices  gymnastiques,  avec  chœurs 
pour  les  groupes  qui  ont  cessé  de  travailler,  etc. 

Le  concert  de  dimanche  dernier,  à  l'Harmonie, 
offrait  le  double  attrait  d'un  violoncelliste  parisien 
et  d'un  compositeur  norvégien.  M.  A.  Leroy  est 
un  exécutant  très  habile  et  qui  a  fait  grand  plaisir. 
Le  jeune  artiste  a  notamment  rendu  l'admirable 
concerto  de  Lalo   avec   une    belle   entente    des 


nuances  et  une  grande  pureté  de  son.  Remer- 
cions-le surtout  de  nous  avoir  fait  entendre  une 
œuvre  de  réel  mérite. 

Nous  ne  pouvons  pas  dire  autant  de  bien  de 
M  G.  Borch.  Si,  comme  chef  d'orchestre,  il  a 
montré  de  l'aisance  et  une  certaine  routine,  nous 
trouvons  qu'il  a  grand  tort  de  produire,  trop  vite, 
des  œuvres  non  encore  mûries  et  où  la  note  per- 
sonnelle fait  défaut.  Appartient-il  du  reste  à 
l'école  Scandinave  et  sent-on  dans  ses  œuvres 
l'influence  de  son  premier  maître.  Ed.  Grieg? 
Ni  la  Gavoiie,  d'une  banalité  désespérante,  ni 
l'Ouverture,  aux  formes  peu  arrondies,  mais  où  se 
révèlent  de  réelles  qualités  de  symphoniste,  ne 
sont  faites  pour  justifier  le  titre  de  «  compositeur 
norvégien  ».  Abandonner  ce  titre,  lorsqu'on  se 
sent  irrésistiblement  attiré  vers  l'école  Massenet, 
serait  plus  juste.  A.  W. 


DIJON.  —  Le  Conservatoire  a  fêté  samedi 
(19  mai),  dans  une  véritable  représentation 
de  gala,  son  vingt-cinquième  anniversaire.  On  a 
fait  pour  cela  ce  qu'il  convenait  de  faire,  en  appe- 
lant à  concourir  à  cette  mémorable  solennité, 
tous  ceux  qui,  s'inspirant  des  leçons  de  leurs 
excellents  maîtres,  ont  porté  haut,  durant  cette 
période,  le  renom  artistique  de  notre  école  de 
musique. 

Un  grand  concert  a  été  donné  avec  le  concours 
de  M.  Henri  Berthelier,  premier  violon  solo  de 
l'Opéra  de  Paris  ;  de  M""  Lucie  Jusseaume,  pre- 
mier prix  de  piano  du  Conservatoire  de  Paris, 
M™"  Charlotte  Vormèse,  premier  prix  de  violon 
du  Conservatoire  de  Paris,  M™"  Fernand  Dubois, 
lauréate  du  concours  d'opéra  comique  de  Paris; 
M.  Barthel,  premier  prix  de  hautbois  du  Conser- 
vatoire de  Paris,  enfin  M  Feuillard,  violoncelle 
solo  des  Concerts  d'Harcourt,  tous  anciens  lau- 
réats et  élèves  du  Conservatoire  de  Dijon.  En 
voyant  acclamer  ces  artistes  aujourd'hui  arrivés, 
le  directeur  du  Conservatoire,  M.  Lévêque,  et  ses 
professeurs  avaient  le  droit  d'être  fiers  durésultat 
de  leurs  efforts. 

Tout  a  concouru,  d'ailleurs,  à  rendre  cette  soirée 
particulièrement  attrayante.  Dans  la  partie  sym- 
phonique  du  concert  jubilaire,  figuraient  des  maî- 
tres consacrés  par  le  temps,  tels  que  Rameau,  le 
père  de  la  musique  française,  dont  Dijon  est  fière 
à  juste  titre  d'être  le  berceau,  et  le  grand  Beetho- 
ven; la  musique  moderne  était  représentée  par 
des  compositeurs  contemporains  comme  Saint- 
Saëns,  Massenet,  Lenepveu  et  Th.  Dubois,  le 
nouveau  membre  de  l'Institut.  Cette  partie  où 
l'orchestre  a  tenu  magistralement  sa  place,  était 
digne  de  l'excellente  école  musicale  de  Dijon  et 
de  la  solennité  dont  elle  devait  singulièrement 
rehausser  l'éclat. 

La  symphonie  en  ui  mineur  de  Beethoven,  les 
fragments  de  Castor  et  Pollux  de  Rameau,  magis- 
tralement conduits  par  M.   Lévêque,  ont  été  exé- 


512 


LE  GUIDE  MUSICAL 


cutés  de  la  manière  la  plus  brillante,  avec  un 
ensemble  rare  et  un  réel  souci  du  style  et  des 
nuances.  On  a  entendu  ensuite  et  non  moins 
applaudi  les  Scènes  villageoises  de  Th.  Dubois  et 
des  fragments  de  Thaïs  de  Massenet,  du  Déluge  de 
Saint-Saëns  et  de  Jeanue-d'Arc  de  Lenepveu, 
enfin,  un  mouvement  d'un  trio  de  Saint  Saëns. 

Pendant  l'entr'acte  de  cette  belle  soirée,  les 
artistes,  les  professeurs  et  les  élèves  du  Conserva- 
toire de  Dijon  ont  offert  à  leur  directeur,  M.  Lé- 
vêque,  un  magnifique  bronze  d'art,  en  souvenir  du 
vingt-cinquième  anniversaire  de  cet  établissement 
et  en  reconnaissance  des  services  rendus  par 
l'éminent  virtuose  et  l'excellent  artiste. 

DRESDE.  —  Depuis  le  commencement  du 
mois,  les  deux  théâtres  royaux  ont  leurs 
représentations  à  l'Opéra.  Il  en  sera  ainsi  jusqu'en 
juillet,  de  même  que  pour  tout  le  mois  d'août, 
après  les  vacances,  dont  la  durée  ne  dépasse  pas 
quatre  semaines.  La  direction  répond  aux  vœux 
de  tous  les  étrangers  encore  à  Dresde,  en  annon- 
çant les  Nibehmgen  du  i3  au  21.  Avec  quel  ténor  ? 
Aussitôt  après  le  départ  de  M.  Gerhâuser,  engagé 
prudemment  d'avance  (i8g5),  M.  Gritzinger,  qui 
devait  chanter  TannhiBuser,  a  résilié  son  contrat. 
Comment  traverser  cet  intervalle  ?  Heureusement 
que  M  Gudehus,  de  Berlin,  reste  dévoué  à  son 
ancienne  scène.  Les  Noces  de  Figaro  ont  eu  lieu 
malgré  l'indisposition  de  M"«  Wittich.  C'est  M"" 
Leisinger,  de  Berlin,  qui  l'a  remplacée.  Seule- 
ment, au  lieu  de  nous  présenter  une  comtesse 
fine,  spirituelle,  vraie  Rosine,  elle  nous  a  servi 
une  femme  èplorée,  sans  charme,  à  laquelle  sa 
camériste  Suzanne  (M"=  Téléky)  est  cent  fois  préfé- 
rable. M.  Perron,  excellent  Escamillo,  conserve 
toujours  ses  allures  tragiques  ;  aussi  Figaro  (M. 
Nebuschka)  est-il  stupéfait  de  voir  son  maître 
dans  des  dispositions  si  sombres. 

Le  bruit  de  la  millième  de  Mignon  est  arrivé  jus- 
qu'ici ;  après  une  disparition,  elle  nous  sera 
rendue  sous  la  figure  d'une  jeune  débutante 
fraîchement  sortie  du  Conservatoire.  L'intendance 
de  Dresde  est  d'ailleurs  plus  secourable  que  telle 
autre  d'une  ville  moins  importante;  ce  que  celle- 
ci  élimine,  celle-là  le  reçoit  avec  enthousiasme; 
c'est  un  moyen  pour  réaliser  les  économies  que 
le  congrès  directorial  de  Stuttgart  va  peut-être 
consacrer. 

Le  monde  artistique  sera  douloureusement 
affecté  par  la  mort  du  baron  de  Kaskel,  dont  le 
père  fut  un  des  intimes  de  Meyerbeer.  Lui-même 
s'intéressait  sincèrement  aux  artistes,  sa  somp- 
tueuse maison  leur  était  ouverte,  et  sa  munificence 
était  proverbiale.  Que  de  réputations  maintenant 
établies  ont  commencé  dans  ses  salons  !  Que  de 
jeunes  artistes  dont  les  yeux  se  tournaient  avec 
espoir  vers  cette  hospitalière  demeure  éprouveront 
une  cruelle  déception  !  C'est  le  plus  bel  éloge 
qu'on  puisse  faire  de  cet  homme  de  bien. 

Alton. 


N'a  U  V ELLES  DI  VERSES 

Le  théâtre  de  Munich  vient  de  donner  une 
reprise  de  Lohcngrin  qui  fait  quelque  bruit  en 
Allemagne.  On  sait  que  cette  œuvre  est  égale- 
ment, et  pour  la  première  fois,  au  répertoire  de 
Bayreuth,  cette  année.  Depuis  quelque  temps 
déjà,  on  travaillait  à  Bayreuth  à  préparer  la 
mise  en  scène  nouvelle  de  la  légende  du  cheva- 
lier au  Cygne,  conformément  aux  notes  laissées 
par  Wagner.  Celui-ci  indique  le  x^  siècle 
comme  l'époque  où  se  passe  l'action.  Or,  la 
mise  en  scène  que  l'oeuvre  a  toujours  eue, 
depuis  la  première  à  Weimar,  est  du  xiiii=.  Il  a 
fallu  faire  des  recherches  minutieuses  pour 
reconstituer  le  costume,  l'armement  et  l'archi- 
tecture. Or,  il  paraît  que  l'une  ou  l'autre  des 
personnes  chargées  de  ces  recherches  a  com- 
muniqué à  la  régie  de  Munich  les  résultats  de 
son  travail,  et  c'est  ainsi  que  le  théâtre  de  la 
capitale  bavaroise  a  pu,  la  semaine  dernière, 
donner  un  Lohengrin  en  nouveaux  costumes, 
deux  mois  avant  Bayreuth.  On  s'est  naturelle- 
ment ému  à  Bayreuth  de  cet  acte  de  mauvais 
gré,  qui  tendait  évidemment  à  accaparer  pour 
le  théâtre  de  Munich  la  curiosité  qu'excitait 
la  mise  en  scène  de  Bayreuth  dans  le  monde 
des  théâtres  et  des  artistes.  Nous  pensons,  tou- 
tefois, qu'il  ne  faut  pas  s'exagérer  les  consé- 
quences de  cette  concurrence  déloyale. 
Munich,  malgré  tous  les  efforts  de  son  directeur 
général  M.  Possart,  n'atteindra  jamais  à  l'idéale 
perfection  des  représentations  bayreuthoises. 
Et  il  suffira  de  se  rappeler  ce  qu'ont  été,  l'année 
dernière,  les  exécutions  qu'on  y  a  données. 
Elles  étaient  certes  meilleures  que  celles  du 
théâtre  de  la  Monnaie  et  de  la  plupart  des 
théâtres  secondaires  d'Allemagne,  mais  n'ont 
pas, dans  leur  ensemble, donné  l'impression  d'art 
si  complète  et  si  absolue  des  exécutions  de 
Bayreuth. 

Les  fêtes  commémoratives  à  la  mémoire  ds 
tlans  de  Bulow  se  multiplient  en  Allemagne. 
Jeudi  dernier,  le  Bach-Verein  de  Heidelberg  ei 
a  donné  une  sous  la  direction  de  Félix  Mottl, 
retour  de  Londres. 

A  part  les  préludes  de  Liszt,  la  marche  funè- 
bre de  l'Héroïque  et  le  prélude  de  Tristan, 
suivi  du  Liebestod  chanté  par  Mi''=  Mailhac,  le 
programme  était  composé  d'œuvres  de  Hans  de 
Bulow  pour  orchestre,  chœurs,  piano  et  chant 
solo. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


513 


L'empereur  Guillaume  II  vient  de  conférei 
la  commanderie  de  la  Couronne  de  Prusse  au 
célèbre  maestro  italien  Sgambati. 

Cette  distinction  honorifique  donnée  rare- 
ment aux  artistes  prouve  de  quelle  estime  le 
compositeur  italien  jouit  en  Allemagne. 

Ses  belles  compositions  symphoniques  figu- 
rent, du  reste,  très  souvent  dans  les  programmes 
des  grands  concerts  de  l'étranger.  Rappelons 
aussi  que  M.  Sgambati  est,  depuis  plusieurs 
années  déjà,  membre  correspondant  de  l'Insti- 
tut de  France. 

L'Opéra  royal  de  Pesth  a  donné  à  la  fin  du 
mois  dernier,  deux  nouveautés  du  crû':  un  opéra 
et  un  ballet.  L'opéra  a  pour  compositeur 
M.  Rodolphe  Raimann,  chef  d'orchestre  du 
théâtre  que  le  comte  Esztherhazy  entretient 
dans  son  château  de  Tata.  Le  texte  est  pris  du 
célèbre  poème  de  Tennyson  :  Enoch  Arden. 
et  le  traducteur,  M.  Antoine  Rado,  ya  fait  valoi' 
tous  les  charmes  d'un  des  récits  les  plus  tou 
chants  et  les  plus  poétiques  de  la  littératuic 
universelle.  La  musique,  qui  dénote  beaucoup 
de  talent  et  une  grande  habileté  dans  l'instru- 
mentation, a  obtenu  un  succès  complet.  Le 
ballet  est  de  M.  Poldini,  il  est  intitulé  VAu- 
rore  boréale.  L'action  se  passe  en  Groenland, 
dont  les  femmes  sont  censées  être  fort  char- 
mantes, et  présente  des  innovations  extrême- 
ment ingénieuses  dans  l'art  de  la  danse  et  du 
costume.  Le  public  a  fait  un  accueil  très  cha- 
leureux à  ce  ballet. 

Plusieurs  journaux  allemands  ont  annoncé 
que  M.  Ed.  Lassen  avait  pris  sa  retraite  de 
maître  de  la  chapelle  du  grand  duc  de  Saxe- 
Weimar  et  qu'il  ne  conservait  que  la  direction 
des  concerts  delà  Cour.  Renseignements  pris  à 
Weimar,  cette  information  est  inexacte,  et  elle 
semble  reposer  sur  un  malentendu.  Ce  lî'es  tpas 
M.  Ed.  Lassen,  mais  M.  Richard  Strauss  qui 
prend  sa  retraite  et  quitte  Weimar  pour  devenir 
chef  d'orchestre  du  théâtre  royal  de  Munich. 

Nous  avons  parlé  déjà  à  plusieurs  reprises 
des  fêtes  qui  s'organisent  à  Mons  pour  le  troi- 
sième centenaire  de  Roland  de  Lassus.  Le  pro- 
gramme complet  de  ces  fêtes  vient  de  paraître 
Elles  auront  lieu  les  23,  24  et  25  de  ce  mois. 

Le  Conservatoire  de  Mons  exécutera  pour  la 
première  fois,  le  23,  à  2  1/2  heures,  au  manège 
decavalene,unecantatedecirconstance,i?o/a«^ 
de  Lassus,  écrite  par  M.  Jean  Van  den  Eeden 
sur  un  poème  de  M.  Hippolyte  Laroche.  L'or- 


chestre et  les  choeurs,  formant  un  ensemble  de 
1,000  exécutants,  seront  dirigés  par  l'auteur. 
Les  solistes  seront  M'i^s  Milcamps  et  De  Cré, 
MM.  Moussoux  et  Pieltain. 

Le  programme  porte  en  outre  les  ouvertures 
de  Do7i  Ji/an  et  de  Coriolan,  la  «  Chevauchée 
des  Walkyries  »,  deux  antiennes,  trois  chan- 
sons et  un  Miserere  pour  voix  mixtes,  orgue 
et  quatuor,  de  Roland  de  Lassus. 

Le  lendemain,  dimanche,  grand  concours  de 
chant  d'ensemble. 

A  7  heures  du  soir,  sur  la  Grand' Place,  exé- 
cution populaire  de  la  cantate  de  M.  Van  den 
Eeden. 

Le  lundi  25,  seconde  journée  du  concours, 
réservée  aux  divisions  d'excellence  et  d'hon- 
neur. 

C'est  en  vue  de  ce  concours  que  M.  J.  Van 
den  Eeden  a  écrit  le  double  chœur  à  huit  voix 
dont  nous  avons  parlé  à  diverses  reprises  et  inti- 
tulé le  Rêve. 

Le  Rêve  a  paru  chez  MM.  Schott  frères, 
avec  une  traduction  flamande  de  M.  Antheunis 
et  une  traduction  allemande  de  M.  Reymont." 

Les  mêmes  éditeurs  ont  publié,  également 
dans  les  trois  langues,  le  chœur  de  M.  Auguste 
Vastersavendts,  imposé  en  division  d'excellence, 
la  Puissance  de  la  musique,  description  vocale 
à  quatre  parties  sur  un  poème  de  M.  N.  Gillet. 

Citons  encore  un  chœur  à  huit  parties. 
Renouveau,  poésie  de  M.  J.  De  Clève,  musique 
de  M.  Ferdinand  Hinnens,  imposé  en  division 
d'excellence  (Bruxelles,  J.-B.  Katto),  et  Chan- 
son d'amour,  chœur  pour  quatre  voix  d'hom- 
mes, paroles  de  M.  J.  De  Clève,  musique  de 
M.  Désiré  Prys  (Mons,  O.  Preumont). 

Indépendamment  de  ces  fêtes  musicales,  il 
y  aura  un  cortège  aux  lumières,  une  réception 
à  l'hôtel  de  ville  par  le  bourgmestre  de  Mons 
et  M"ie  Sainctelette,  un  bal  populaire,  une 
exposition  horticole  et  agricole. 

Notre  correspondant  de  Montréal  nous 
apprend  que  M.  Goulet,  premier  prix  de  violon 
du  Conservatoire  de  Liège,  vient  de  former  à 
Montréal  une  association  musicale  sous  le  nom 
de  «  Club  Schumann  «.  Le  premier  concert  de 
la  nouvelle  société  a  eu  lieu  le  23  mai  dernier, 
et  il  a  obtenu  le  plus  vif  succès.  Entre  autres 
œuvres  du  maître  de  Zwickau,  M.  Goulet  a  fait 
exécuter  la  Quintette  de  Schumann,  qu'on  ne 
connaissait  guère  là-bas.  Le  violoncelliste  du 
Club  est  M.Dubois,  un  gantois.  On  voit  que 
nos  compatriotes  se  signalent  là-bas  par  leur 
zèle  pour  l'art  sérieux.  Félicitons-les  ! 


514 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Un  journal  italien  publie  l'annonce  suivante  : 
«  Il  y  a  à  vendre  un  violon  d'Antoine  Stradi- 
varius, daté  de  1727.  S'adresser  à  M.  A.  Paga- 
nini,  14,  via  Monforte,  Milan.  « 

On  annonce  que  le  comte  Géza  Zichy,  inten- 
dant de  l'Opéra  national  de  Budapest,  très 
éprouvé  par  la  mort  récente  de  sa  femme,  a 
remis  au  ministre  de  l'intérieur  sa  démission 
de  cette  charge  importante. 

Une  exposition  de  souvenirs  de  Liszt  s'est 
ouverte  à  Weimar  au  Liszt-Museum,  dans  les 
premiers  jours  de  juin. 

On  a  réuni  là  tous  les  pianos  du  célèbre  vir- 
tuose, ses  manuscrits  originaux,  les  divers 
diplômes  qui  lui  ont  été  conférés  par  les  uni- 
versités, les  académies  ou  les  souverains,  enfin 
les  autographes  et  correspondances  d'une  foule 
de  personnages  célèbres  avec  lesquels  il  était 
en  relations. 


BIBLIOGRAPHIE 

On  ne  saurait  trop  recommander  les  six  nou- 
velles transcriptions  par  Théodore  Dubois  des 
œuvres  des  grands  maîtres  pour  grand  orgue.  Ces 
transcriptions,  que  vient  de  publier  la  maison 
Durand  et  fils,  faites  avec  la  maîtrise  dont  est 
coutumier  le  savant  professeur  au  Conservatoire 
sont  les  suivantes  :  Marche-Gavotte  de  Josuê,  Hasn- 
del,  —  Pi'élude  de  Loliengrin,  R.  Wagner,  —  chœur 
de  Paulus,  Mendelssohn,  -  Introduction  du  3"  acte 
et  Chteur  des  Pèlerins  de  Tannkcsuser,  de  R.  Wagner, 
—  Chœur  mystique  de  Faust,  Robert  Schumann,  — 
Psaume,  de  Marcello. 

COMMUNICATIONS 

G.  S.  à  Verviers.  —  Le  Conservatoire  de  mu- 
sique d'Anvers  porte  le  titre  d'École  de  musique.  Le 
gouvernement  lui  accorde  un  subside,  mais  c'est 
une  institution  communale. 

Quant  au  livre  de  M.  Kufferath  sur  Siegfried,  la 
première  édition  étant  complètement  épuisée,  une 


BREÏTKOPF  &  H^ETEL,  BHUXELLES 

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LE  OVIDE  MUSICAL 


515 


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ÉRARD 

BRUXELLES  :  4.  me  Latérale 
PARIS  :  13,  rue  du  Mail 

NÉCROLOGIE 

Sont  décédés  : 

A  Paris,  M.  Ernest  Thoinan,  de  son  vrai  nom 
Ernest  Roquet,  musicographe  et  érudit  très  dis- 
tingué à  qui  l'on  doit  d'importants  travaux  d'his- 
toire musicale  qui  élucident  des  points  demeurés 


obscurs    jusqu'à   lui    ou    rectifient    des    données 
erronées. 

Citons  ses  notices  sur  Louis  Constantin,  roi  des 
violons,  sm-  les  Hoiieterre  et  les  Chefdeville,  sur  Antoine 
de  Cousu,  sur  Michel  Coyssard,  sur  Jean  Ockeghem,  sur 
les  Masuel,  sur  Maugars  le  violiste,  puis  son  livre  sur 
les  Origines  de  la  chapelle  de  musique  des  souverains  de 
France,  et  celui  qu'il  publia  avec  Albert  de  Lasalle 
sous  le  titre  de  la  Musique  à  Paris  en  1S62.  Plus 
tard,  M.  Thoinan  avait  publié,  en  société 
avec  M.  Charles  Nuitter,  les  Origines  de  V opéra 
français.  Il  avait  aussi  fourni  une  nouvelle  édition 
accompagnée  de  préface  et  de  notes  intéressantes, 
du  fameux  livre  d'Arinibal  Gantez,  {'Entretien  des 
musiciens,  et  il  avait  fait  de  même  pour  le  Neveu  de 
Rameau.  Enfin,  tout  récemment,  et  sortant  un  peu 
de  la  spécialité  qu'il  s'était  faite  jusqu'alors,  il 
publiait  une  excellente  Histoire  de  la  reliure  et  des 
relieurs  français .  M.  Thoinan  avait  été  l'un  des  col- 
laborateurs de  M.  Arthur  Pougin  pour  le  supplé- 
ment à  la  Bîo^>'(î/'Aî>î()!îwy.s(;&&5  »î!(5î««;;5  de  Fétis. 

—  A  Thuin,   Hubert  Painparé.  compositeur  et 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 


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DJELMA 

Opéra  en  trois  actes 
Poème    de     G  13:  .      Xj  O  lS/£  O  3Sr 

MUSIQUE  DE 

CH.    LEFEBVRE 

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PRIX  NET  :  15  FRANCS 

Morceaux    de    chant    séparés    —    Arrangements    divers 


516 


LE  GUIDE  MUSICAL 


professeur  de  musique.  Ancien  professeur  de  mu- 
sique au  Collège  communal  et  à  l'Ecole  moyenne 
de  Thuin,  fondateur  de  la  Société  «  les  Fanfares 
thudiniennes  »,  organiste  à  l'église  paroissiale 
pendant  27  ans,  décoré  de  la  croix  civique  de 
2"  classe  et  de  la  médaille  civique  de  i'"  classe. 
Hubert  Painparé  était  le  frère  aîné  de  M.  Jules 
Painparé,  inspecteur  des  musiques  de  l'armée 
belge. 


RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 

Berlin 

Opéra-Impérial.  —  Du  27  mai  au  10  juin  :  Lendemain 

de  noces,  Cavalleria  rusticana  et  Carnaval.  Le  Frey- 

schùtz.  I  Pagliacci  et  Carnaval.   La  Fiancée  vendue. 

Cavalleria  rusticana  et  le  Barbier  de  Séville.  Lohen- 


MACKAE  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoraiuas  (grande  galerie) 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tscbaikowsky,  Gottschaik,  Pruiient,  A.llar4l 
des   Arclilvos   du  piauu   et   de  la   célèbre   lléthoile    de   piitno    A.   le   Carpeaticr 

Seuls  dépositaires  de  l'Ëditiou  Cbaruut,  spécialement  consacrée  à  la  uinslque  de  violou 

SUITE    DES    ŒUVRES 

DE 

CHAELES  LEFEBVRE 


CHŒURS 
Les  Anges  Gardiens,  pour  deux  voix  de  femmes 

avec  solo Net     i  5o 

La  Coupe  et  les  Lèvres,  pour  deux  voix  de  femmes 

avec  solo  de  soprano Net     2     » 

Espoir,  chœur  pour   voix  mixtes  avec   solo  de 

soprano Net    2     » 

Eslher,  pour  deux  voix  de  femmes  .  .  .  Net  i  5o 
Isis,  pour  deux  vcix  de  femmes  ....  Net  i  5o 
Salut  à  l'Harmonie,  chœur  à  quatre  voix  d'hommes 

Net     2     » 
N.  B.  —  Pouy  ces  chœurs,  les  voix  seules  se  vendent  séparé- 
ment . 

MUSIQUE  RELIGIEUSE 

Op.  52.  Hymne  [Prono  voluius  impetii),  pour  con- 
tralto solo,  chœur  et  orchestre,  texte  latin  et 
traduction  française  de  Paul  CoLLiN.      Net     2     » 

Op.  71.  Ave  Maria 3    » 

Op.  78.  Slabat  Mater,  pour  soprano  (A  Madame 

Krauss) 6     n 

Psaume  XXIII,  texte  latin  et  imitation  française 

de  J  uiLLERAT Net     3     » 

MUSIQUE  INSTRUMENTALE 

Op.  43.  Romance  pour  violon  et  piano  .  .  .  5  » 
Op.  68.  Méditation.    N"   i.    Orgue    et   orchestre 

avec  conducteur Net  3  » 

N"  2.  Harmonium  et  instruments  à  cordes 

avec  conducteur         Net  2  » 

N"  3.  Orgue  seul,  par  A.  Guilmant.     Net  2  » 


Op.  72.  Deux  pièces  pour  flûte  et  piano. 

N°  r .  Barcarolle  mélancolique   ....  6 

N'  2.  Scherzo g 

Le  N"  I  pour  violon  et  piano 6 

Op   So.  Quatuor  pour  instruments  à  cordes. 

Partition Net  3 

Parties  séparées Net  6 

Op.  82.  Cantabile  pour  viole  d'amour  ou  alto  et 

piano Net  2  5o 

Le  même,  pour  violon  et  piano.      .       Net  2  5o 

ORCHESTRE 

Op .  20 .  Prélude  choral . 

Partition Nei    2 

Parties  séparées Net    2 

Op.  43.  Romance. 

Partition Net     2 

Parties  séparées Net    2 

Op.  60.  Menuet. 

Piano  conducteur Net    2 

Parties  séparées Net    2 

Op.  65.  Une  Sérénade. 

Partition Net    6 

Parties  séparées Net  10 

Op.  70.  Prélude  d'Eloa,  extrait. 

Parties  séparées  avec  conducteur   .  Net    2 

Op.  75.  N°  2.  Cortège  villageois. 

Parties  séparées  avec  conducteur    .  Net    2 
N.B.  —  Pour  chaque   orchestre  :  Parties  supplé- 
mentaires cordes Chaque  net  25 


A>  ulliiUVui,  quatre  morceaux  de  genre  pour  le  piano,  transcrits  pour  grand  orgue,  par 
AIiElLA]«IJJRK  OUIIjMAJIT.  N"  i.  Scherzo,  net  :  2  fr.  N°  2  Romance,  net  :  i  fr.  So. 
N°  3.  Berceuse,  net  :  i  fr.  5o.  N°  4.  Musette,  net  :  2  fr.  - 


.U 


LE  GUIDE  MUSICAL  517 


Dresde 

Opéra.  —  Du  27  mai  au  g  juin  :  Freyschûtz.  Martha. 
Les  Noces  de  Figaro.  Freyschûtz.  Les  Noces  de  Fi- 
garo  Freyschûtz.  La  Flûte  enchantée.  Mignon. 

Ldége 

NouvE.\ux  Concerts.  —  Dimanche  10  juin,  à  3  h.  }/^, 
4''  concert.  —  i^''  et  2^  actes  de  Tristan  et  Iseult  de 
Richard  Wagner  :  M.  Ernest  Van  Dyck,  du  Théâtre- 
Impérial  de  Vienne  et  du  théâtre  de  Bayreuth,  chan- 


^  grin.  Mara  et  Puppenfee.  Les  Maitres-Chanteurs.  La 

Fiancée  vendue.  Siegfried    La  Fiancée  vendue.  Le 

Crépuscule  des  dieux  La  Fiancée  vendue.  Cavalleria 

rusticana,  Lendemain  de  noces  et  Carnaval. 
Théâtre  Friedrich  Wilhelmstadt.  —  Wildschûtz. 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Clôture  annuelle. 
Théâtre  des  Galeries.   —    Madame   Sans-Gène,  par 

la  troupe  du  Vaudeville. 
Alcazar  royal.  —  Représentations  du  Chat  noir. 
Waux-Hall.  —  Tous  les  soirs,   concert  de   symphonie 

par  l'orchestre  du  théâtre  de  la  Monnaie.  j       tara  le  rôle  de  Tristan. 

V'Léopold  MURAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique) 

Vient  de  paraître  : 

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(partition  de  poche  pour  la  musique  de  chambre) 
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DETH  1ER,  Gaston.  Romance  violon  et  piano        ......)>  3   — 

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RAGGHIANTI,  J.  Gavotte  et  musette  p^  instruments  à  cordes,  partit,  et  parties       »  3  — - 

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—                  Berceuse  Scandinave,  violon  at  piano       ....          »  2  5o 

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Willame.  Gloire  au   travailleur,   chœur   pour  voix   d'hommes. 

Ces    trois    chœurs  sont    imposés   en   division   d'honneur   et  d'excellence,  au  grand    concours 
international    de   chant   d'ensemble,  qui    aura    lieu    à   Mons    les    24   et    2S  juin   1894. 


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composée  et    dédiée    à   la   princesse  Joséphine   de   Belgique,  à   l'occasion   de    son   mariage. 


SOU.S  PRESSE  :  M.  Lunssens.  Marche  solennelle  pour  piano,  primée  au  concours  de 
composition  musicale  institué  par  MM.  Schott  frères.  (La  première  audition  a  eu  lieu  à  la  salle 
des   Fêtes   (Exposition  d'Anvers)  lundi    28    mai    1S94.  ) 


B18 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Paris 

OrÉRA,  —  Du  27  mai  au  10  juin  :  Djelma,  Gwendoline. 

Roméo  et  Juliette.   Faust,  La   Walkyrie.    Roméo   et 

Juliette, 
Opéra-Comique.  —  Du  27  mai  au  10  juin  ;  La  Dame 

blanche.  Richard  Cœurde  Lion.   Mignon.    Falstaff. 

Le  Portrait   de  Manon,  Phryné  et  Philémon  et  Bau- 

cis.    Falstaff.  Mignon. 

Vienne 

Opéra- Impérial.  —  Du  28  au  3i  mai  :  Carmen.    Arle- 
quin électricien,  la  Rose  de  Pontevedra.  —  Clôture. 
An  der  Wien.  —  Le  Mineur.  Sang  chaud. 


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ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 

AVIS  AUX  COLLECTIONNEURS 

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PARTITION  D'ORCHESTRE 

PARTITIONS     PIANO     ET     CHANT 

Volumes  et  ouvrages  théoriques 

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LE  GUIDE  MUSICAL 


519 


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520 


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Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

N.  Liez  —  I.  Will 

Dr  F.-V.  Dwelshauwers-Dery 

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40''  année     24  Juin  et  i"'  Juillet  1894     numéros  26-27 


SOMMAIRE 


M.  Kufferath.  —  L'Œuvre  de   Roland  de 
Lassus. 

M.Théodore  Reinach  et  l'Hymne  à  Apollon. 

Tristan    et  Iseiilt  aux  Nouveaux  Concerts  à 
Liège. 

Le  Festival  de  l'Association  universelle  des 
musiciens  allemands  à  Weimar. 
Le  Festival  d'Utrecht. 

€l]rcintquc  île  lu  Semaine  ;  Paris  :  Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  Les  concours  du  Conservatoire.  —  Nou- 
velles diverses. 

(!Iorrc9ponî)ancr9  :  Anvers,  Dresde,  Liège,  Londres. 
Nouvelles  diverses. 
Bibliographie.  —  Nécrologie. 
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et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  ;  librairie 
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Otto  Junne. — A  Munich  :  Jo'sef  Seiling,  fourn"'  de  la  cour, 
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Amsterdam,  Algemeene  Musikhaniel,  Spui,  2.  —  A  La 
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MM.  E.Mellier  et  C'<=,  Perspective  Newski.— A  Moscou  : 
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Montagne,  éditeur  14g,  rue  Saint-Maurice.  —  A  New- 
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24  Juin  el  i"  Juillet  18 


L'OEUVRE    DE 

ROLAND  DE  LASSUS 

j'iANDis  que  Rome  et  Milan  célè- 
brent le  trois  centième  anniver- 
saire du  plus  illustre  musicien  de 
l'Italie,  Palestrina,  Munich  en 
Bavière  et  Mons  en  Belgique  commémo- 
rent la  mémoire  du  plus  illustre  des  maîtres 
de  l'école  franco-belge  du  xvi^  siècle  :  Ro- 
land de  Lassus. 

Etrange  destinée  !  Ces  deux  princes  élus 
du  Royaume  de  l'Harmonie  qui  avaient 
été  des  rivaux,  jaloux  l'un  de  l'autre  à  l'apo- 
gée de  leur  glorieuse  carrière,  la  mort  les 
unit  la  même  année  dans  l'immortalité. 
Palestrina  succomba  le  2  février  1594, 
Roland  de  Lassus  le  14  juin  de  la  même 
année. 

Ils  représentaient  deux  tendances  oppo- 
sées de  l'art  à  leur  époque  :  Palestrina,  la 
réaction  contre  la  prédominance  de  la  figu- 
Tation  contrapuntique  dans  le  chant  choral  ; 
Lassus,  au  contraire,  l'apogée  de  cet  art 
unique  et  inégalé  des  vieux  maîtres  flamands 
de  combiner  dans  un  merveilleux  enche- 
vêtrement de  lignes  et  d'harmonies  les 
accents  les  plus  variés  de  la  voix  humaine. 
A  la  distance  où  leurs  œuvres  capitales 
sont  aujourd'hui  de  nous,  nous  ne  percevons 
plus  exactement  la  nuance  qui  les  sépjare 
l'un  de  l'autre.  Ils  nous  paraissent  deux 
maîtres  également  supérieurs  de  la  période 
de  la  polyphonie  vocale.  Mais  nous  voj'ons 
plus    clairement   peut-être   le    rôle    qu'ils 


ont  joué  dans  le  développement  de  l'art 
musical. 

A  Palestrina  revient  l'honneur  d'avoir 
débarrassé  l'harmonie  moderne  de  ses 
langes  en  montrant  par  ses  œuvres  qu'in- 
dépendamment de  la  mélodie  et  du  rythme, 
les  accords,  par  leur  juxtaposition  et  leur 
opposition,  constituent  par  eux-mêmes  un 
moyen  d'expression  d'une  richesse  encore 
insoupçonnée.  Car  jusqu'à  lui,  la  science 
de  l'harmonie  n'existait  qu'à  l'état  embryon- 
naire, subordonnée  qu'elle  était  aux  règles 
de  la  figuration  contrapuntique.  Il  fut  le 
révélateur  attendu  et  nécessaire  sans  lequel, 
—  combien  de  temps  encore  !  —  la  musique 
se  fût  attardée  probablement  dans  les  arti- 
fices ingénieux,  mais  de  plus  en  plus  froids 
et  factices  du  contrepoint. 

Et  cependant  l'œuvre  du  Prsenestin, 
peut-être  en  raison  de  son  ascétisme  voulu, 
semble-t-il  plus  éloigné  de  nous  que  celui  de 
Roland  de  Lassus. 

Celui-ci  nous  apparaît  comme  un  artiste 
moins  profond,  sans  doute,  mais  infiniment 
plus  souple,  plus  varié,  et  plus  complet 
par  là-mème,  que  le  maître  italien. 

Continuateur  direct  des  grands  contre- 
pointistes  franco-néerlandais,  il  a  eu  par 
son  éducation,  par  l'universalité  de  son 
esprit,  par  ses  rares  facultés  d'assimilation, 
le  privilège  unique  de  condenser  en  quel- 
que sorte  dans  son  œuvre  tout  ce  que  ses 
prédécesseurs  et  ses  contemporains  avaient 
apporté  de  personnel  et  de  nouveau  dans  la 
pratique  de  l'art. 

Bien  qu'il  reste,  au  fond,  fidèle  à  la  tradi- 
tion de  ses  prédécesseurs,  qu'il  ne  rejette 
pas,  comme  Palestrina,  les  ornements  et 
les  complications  du  contrepoint,  il  se  meut 
avec  une  habileté  consommée  dans  les 
formes  infiniment  variées  des  rythmes  de  la 
danse  et  de  la  chanson  populaires,  dé- 
daignés par  son  rival;  et   dans   le  travail 


524 


LE  QVIDE  MUSICAL 


extrêmement  compliqué  des  parties  vocales 
se  répétant  en  manière  de  canon,  se  suivant 
en  imitation  ou  se  contrariant  par  des  des- 
sins opposés,  il  a  su  tisser  une  trame  har- 
monique incomparablement  plus  riche  que 
celle  de  tous  ses  contemporains. 

Nul  d'entre  eux  n'a  possédé  plus  complète- 
ment toutes  les  ressources  de  son  art  et  n'a 
commandé  avec  une  plus  claire  et  plus  sûre 
maîtrise  aux  éléments  dont  il  disposait.  Et 
c'est  ce  qui  lui  a  permis  de  donner  des 
œuvres  marquantes  dans  tous  les  genres. 
Avec  une  invraisemblable  facilité,  selon 
l'humeur  du  jour  ou  les  nécessités  de  son 
service  à  la  Cour  du  duc  Albert  de  Bavière, 
il  passait  avec  la  plus  incro}'able  aisance  de 
la  gravité  de  l'hymne  religieux  au  style  gra- 
cieux et  léger  de  la  chanson  mondaine  et 
même  grivoise.  Ce  fut  à  la  fois  un  grand 
poète  lyrique  et  un  grand  poète  épique,  et 
il  eût  sans  doute  été  un  prodigieux  poète 
dramatique  si  son  époque  avait  déjà  connu 
ce  genre  de  musique.  Grand  dans  le  style 
religieux,  il  est  celui  de  tous  les  maîtres 
du  xvi°  siècle  chez  lequel  le  caractère  na- 
tional est  le  moins  sensible.  Il  n'est  ni 
italien,  ni  français,  ni  flamand  à  propre- 
ment parler;  il  est  universel.  Si  l'on  veut 
bien  apprécier  à  quelle  hauteur  il  s'est 
élevé,  il  suffira  de  lire  ses  Psaumes  de  la 
Pénitence,  dont  les  belles  harmonies  expres- 
sives, le  style  singulièi-ement  grave  et  d'une 
élévation  saisissante,  égalent  les  plus  belles 
compositions  de  Palestrina. 

Jusqu'ici  malheureusement, les  œuvres  de 
Lassus  ont  été  difficilement  accessibles  et 
pour  en  avoir  une  idée,  il  faut  faire  le  voyage 
de  Munich  :  visiter  la  Bibliothèque  où  se 
trouve  réunie  soit  en  manuscrits,  soit  gravée 
en  de  vieilles  éditions  rarissimes,  la  collec- 
tion presque  complète  de  ses  œuvres,  ou 
aller  soit  à  l'église  de  Tous  les  Saints  (Aller- 
heiligen),  soit  à  l'église  de  la  Cour  (Saint- 
Michel)  entendre  aux  offices  ses  mottets  et 
ses  psaumes  qu'on  3'  exécute  encore  assez 
fréquemment. 

Une  édition  moderne  n'a  pas  jusqu'ici 
été  publiée.  Quelques  œuvres  séparées 
seulement  ont  paru  récemment  en  entier, 
ou  par  fragments  dans  les  recueils  des 
Chanteurs  de  Saint-Gervais.  ; 


Il  est  vrai  que  l'œuvre  complet  constitue 
un  bagage  considérable  :  une  cinquantaine 
d'hymnes  rehgieux,  429  chansons  sacrées, 
i3  Lamentations,  19  Litanies,  i?>o  Magni- 
ficat, I  Miserere,  5i  Messes,  2  Requiem, 
780  Mottets,  2  Passions,  8  Salve  Regina, 
sans  compter  une  quarantaine  de  compo- 
sitions profanes,  chansons  latines,  dialo- 
gues, canzonettes,  371  chansons  françaises, 
233  madrigaux,  —  en  tout  2.337  pièces  de 
musique,  dont  1,572  religieuses  et  765  pro- 
fanes ! 

Il  s'est  trouvé  une  maison  d'édition  qui 
ne  recule  pas  devant  l'énorme  labeur  et  la 
dépense  que  nécessitera  la  mise  au  jour  de 
cet  immense  répertoire  :  MM.  Breitkopf  et 
Hœrtel,  de  Leipzig,  après  avoir  terminé, 
cette  année  même,  l'édition  complète  de 
l'œuvre  de  Palestrina,  annoncent  qu'ils 
vont  entreprendre  maintenant  la  publication 
complète  de  l'œuvre  du  maître  dont  Mons 
et  le  Hainaut  s'enorgueillissent  d'avoir  été 
le  berceau. 

La  rédaction  de  cette  pubHcation  a  été 
confiée  à  M.  le  D^Fr.  X.Haberi,  direcleur 
de  l'Ecole  de  musique  rehgieuse  de  Ratis- 
bonne,  et  à  M.  le  D-- Ad.  Sandberger,  con- 
servateur de  la  section  musicale  de  la 
Bibliothèque  roj^ale  de  Munich,  à  qui  l'on 
doit  la  biographie  la  plus  complète  du 
maître  de  Mons.  Le  travail  de  préparation 
se  poursuit  déjà  depuis  de  longues  années, 
en  sorte  que  MM.  Breitkopf  et  Hœrtel 
seront  à  même  de  faire  paraître  annuelle- 
ment deux  volumes,  chacun  de  quarante 
feuilles  d'impression  (160  pages).  Les  deux 
premiers  tomes  contenant  le  Magnum  opus 
musicîim,  le  plus  précieux  trésor  de  motets 
qui  existe,  et  les  madrigaux  à  cinq  voix, 
seront  publiés  vers  le  commencement  du 
mois  d'août.  L'ouvrage  complet  formera 
soixante  volumes  environ. 

Certes,  voilà  la  vraie  manière  d'honorer 
un  tel  génie  ;  mais  cette  façon  de  compren- 
dre l'hommage  honore  aussi  ceux  qui  n'y 
ménagent  ni  leurs  peines,  ni  leurs  capitaux. 
Maurice  Kufferath. 

En  raison  de  l'abondance  des  matières, nous  nous 
voyons  obligés,  à  regret,  d'ajourner  la  suite  de  l'in- 
téressant article  de  M.  Michel  Brenet,  sur  l'Ecole 
polytechnique. 


LE  GUIDE  MVSICAL 


525 


M.  THÉODORE  REINACH 

ET 

L'HYMNE  A  APOLLON 

Nouvelle  lettre  de  M.  Théodore  Reinach. 

Nous  l'insérons  volontiers.  Mais,  en  somme, 
elle  ne  s'adresse  pas  à  nous  et  elle  semble 
plutôt  destinée  à  M.  Louis  Nicole,  à  Athènes, 
auteur  de  la  transcription  de  l'Hymne  à  Apol- 
lon à  laquelle  nous  avons  fait  allusion  dans 
notre  dernier  numéro.  Nous  avons  dit  que 
cette  transcription  ne  correspondait  pas  tout  à 
fait  avec  celle  que  nous  devons  à  M.  Théodore 
Reinach.  Celui-ci  croit  devoir  nous  rectifier  à 
ce  propos.  Nous  n'avons  qu'un  mot  à  dire,  c'est 
que  tous  les  renseignements  que  nous  avons 
publiés,  au  sujet  du  travail  de  M.  Nicole, 
émanent  de  M.  Nicole  en  personne;  ils  sont 
empruntés  textuellement  à  une  lettre  parue 
dans  le  Journal  de  Genève.  C'est  donc  à  M.  Ni- 
cole que  nous  devons  renvoyer  M.  Théodore 
Reinach,  tout  en  le  remerciant  de  l'honneur 
qu'il  nous  fait  en  se  servant  de  notre  Revue 
pour  vider  avec  son  rival  ou  son  émule  la  que- 
relle savante  que  suscite  son  adaptation  du  pré- 
cieux document  découvert  à  Delphes. 

Voici  la  lettre  de  M.  Th.  Reinach  : 

Paris,  17  juin  1894. 

Monsieur  le  Directeur, 

Je  ne  veux  pas  prolonger  la- discussion  courtoise 
qui  s'est  élevée  entre  nous  au  sujet  de  VHymue  à 
Apollon  ;  ]e  vondr-dis  toutefois,  dans  l'intérêt  de  la 
vérité,  rectifier  encore  un  renseignement  que  vous 
donnez  (p.  Soy,  au  début),  touchant  la  restitution 
proposée  par  M.  Nicole,  de  Genève  et  d'Athènes. 

Vous  dites  que  M.  Nicole  a  donné,  «  lui  aussi  », 
une  traduction  en  notation  moderne  du  fragment 
de  Delphes,  et  que  cette  transcription  est  «  con- 
forme à  celle  de  M.  Reinach  pour  la  ligne  mélo- 
dique »,  mais  écrite  une  quarte  plus  bas.  Ce  lan- 
gage laisserait  croire  à  des  lecteurs  non  initiés  que 
M.  Nicole  a  opéré  sa  transcription  indépendam- 
ment de  la  mienne  et  que,  par  une  touchante 
coïncidence,  elles  se  sont  trouvées  d'accord,  sauf 
le  ton.  La  vérité  est  que  ma  transcription  a  été 
communiquée  en  épreuves  à  M.  Nicole  par  le 
directeur  de  l'Ecole  française  d'Athènes,  en  vue  de 
l'exécution  princeps  qu'il  se  proposait  de  donner 
à  l'Ecole.  M.  Nicole  n'a  eu  qu'à  la  copier,  ce 
dont  je   suis   loin    de    me    plaindre;,   il    trouvait 


d'ailleurs  dans  mon  article  même  (Bulletin  de  corres- 
pondance hellénique,  p.  6o3,  note  2)  l'indication  que  la 
transcription  en  ut  mineur,  imprimée  au  Bulletin, 
était  purement  conventionnelle  et  que  pour  l'exé- 
cution pratique,  le  chant  devait  être  transposé  une 
tierce  mineure  (non  une  quarte  1  plus  bas.  Le  travail 
original  du  compositeur  de  Genève  s'est  donc 
borné  1°  à  restituer  à  sa  façon  les  notes  qui  man- 
quaient sur  la  pierre,  2°  à  écrire  un  accompagne- 
ment. Il  ne  m'appartient  pas,  pour  plusieurs 
raisons,  de  critiquer  la  manière  dont  M.  Nicole  a 
rempli  cette  double  tâche;  mais  un  fait  est  certain  : 
c'est  que  «  les  lumières  »  de  M.  Homolle  n'ont  été 
pour  rien  dans  la  façon...  imprévue  dont  le  com- 
positeur genevois  a  découpé  le  texte  musical  en 
mesures  d'inégale  durée,  ne  rentrant  dans  aucun 
système  rythmique  connu,  et  dont  plusieurs  rem- 
plissent une  ligne  entière.  M.  Homolle,  s'il  n'est 
pas  musicien,  sait  scander  les  vers  grecs. 

Recevez,    Monsieur,   l'assurance  de  mes  senti- 
ments de  haute  distinction. 

Théodore  Reinach. 

Bien  que  nous  n'ayons  pas  qualité,  nous  le 
répétons,  pour  répondre  à  différents  points  de 
cette  lettre,  M.  Th.  Reinach  voudra  bien  nous 
permettre  d'en    retenir  la  fin  qui  touche  à  la 
question  que  nous  avons  soulevée  nous-même, 
celle  de  la  mesure.  Nous  ignorons  ce  que  vaut 
l'adaptation    musicale    de    M.    Nicole,    dont 
M.  Reinach   raille    si    agréablement   «  les  me- 
sures d'inégale  durée   ne  rentrant  dans  aucun 
système   rythmique    connu    ».    Ce     que  nous 
savons  bien,    en    revanche,  c'est    que   la    me- 
sure à  cinq    temps   telle   que  M.  Th.  Reinach 
l'applique  à  l'Hymne  à  Apollon  et  telle  qu'il 
nous  l'a  fait  entendre,  ne    rentre  dans   aucun 
système  musical  connu.  On  rencontre  dans  la 
musique   populaire  et    de   style,    ancienne  ou 
moderne,  bien  des  pièces  écrites  dans  la  me- 
sure  irrationnelle    à   cinq  temps  ;  mais  dans 
toutes,  cette   mesure  a  un  caractère  très  sensi- 
blement différent  de  celui  que  M.  Reinach  lui 
donne  dans  l'Hymne  à  Apollon.   Le  rapport 
3  :  2   indiqué    très    justement   par    Aristoxène 
comme  la  caractéristique  du  mètre  pconique, 
n'est   pas    observé   pendant   trois   mesures   de 
suite.  Tantôt  c'est  la  durée  des   valeurs  musi- 
cali^s,   tantôt   la  flexion    mélodique,   tantôt    le 
sens    et  même    la    contexture    des    mots    qui 
viennentdétruire  ce  rapport  et  annuler  ainsi  tout 
espèce   de  sentiment   rythmique.  Je  viens    de 
relire  à    plusieurs    reprises  l'Hymne  tel   que 
M.  Th.   Reinach  l'a   publié.  C'est  une  chose 
informe  quant  au    rythme  et  si  le   «   système 
connu  »   dans  lequel  il  rentre  était  bien  réelle- 
ment celui  des  Grecs,  il  n'y  aurait  pas  lieu  de 
regretter   la  perte    de   tant   de  chefs-d'œuvre 


526 


LE  GUIDE  MUSICAL 


musicaux  si  chaudement  décrits  par  les  écri- 
vains de  l'antiquité.  Nous  n'aurions  rien  à  y 
apprendre. 

Heureusement,  il  y  a  quelques  raisons  de 
croire  que  la  transcription  de  M.  Reinach  n'est 
pas  la  bonne.  L'erreur  pourrait  venir  de  la 
confusion  qu'il  fait  entre  notre  mesure  moderne 
et  la  mesure  hellénique  qui  ne  nous  est  connue 
qu'en  théorie  et  non  en  pratique.  Il  est  vrai  que 
les  divers  types  de  rythmes  qui  se  combinent 
dans  ce  que  les  Grecs  appelaient  tantôt  un 
pied,  tantôt  une  mesure,  tantôt  un  membre, 
sont  parvenus  jusqu'à  nous.  Nous  avons  égale- 
ment des  notions  très  précises  sur  la  métrique 
poétique  des  Grecs.  Mais  ce  qui  nous  échappe 
jusqu'ici,  faute  d'exemples  notés  ou  transmis 
authentiquement,  c'est  le  rapport  exact  entre  la 
métrique  et  la  rythmique.  M.  Reinach  semble 
croire  qu'il  suf&t  de  savoir  scander  un  vers  grec 
pour  déterminer  le  rythme  de  la  musique  qui 
l'accompagne.  C'est  là  une  pure  illusion.  Mé- 
trique poétique  et  rythmique  musicale  sont 
deux  sciences  ou  plutôt  deux  domaines  parfai- 
tement distincts  quoique  voisins.  Pas  n'est 
besoin  de  remonter  jusqu'aux  Hellènes  pour 
en  constater  les  tendances  souvent  très  contra- 
dictoires. Dans  notre  musique  moderne,  — 
qu'il  s'agisse  de  chants  populaires  ou  de  chants 
d'art,  —  on  peut  citer  par  milliers  des  pièces 
de  vers  rentrant  dans  une  catégorie  prosodique 
bien  connue  et  déterminée,  dont  le  musicien, 
dans  sa  rythmisation  à  lui,  contredit  obstiné- 
ment ou  varie  au  gré  de  sa  fantaisie  la  consti- 
tution métrique.  Pour  ne  citer  qu'un  exemple, 
pris  au  hasard  :  l'Hymne  à  la  'Joie  de  Schiller, 
qui  termine  la  Neuvième  Symphonie  et  qui  est 
en  strophes  trocliéiques  absolument  régulières, 
Beethoven  le  chante  tantôt  dans  un  rythme 
binaire  (au  début),  sur  un  quatre-temps  très 
accentué,  tantôt  dans  un  rythme  ternaire, 
en  6/4.  Ainsi,  deux  types  foncièrement  diffé- 
rents, sont  appliqués  au  même  wié/re  prosodique 
et  aux  mêmes  paroles. 

Voilà  qui  est  bien  plus  étonnant  que  les  me- 
sures d'inégale  valeur  de  M.  Nicole  dont  s'effa- 
rouchent tant  M.  Reinach.  Et  que  d'autres 
exemples  dans  le  domaine  de  la  chanson  popu- 
laire :  chansons  françaises,  lieder  allemands, 
russes,  croates,  même  parmi  les  chansons 
grecques  modernes  que  M.  Bourgault-Ducou- 
dray  a  recueillies,  on  pourrait  citer  où  le 
rapport  rationnel  de  la  prosodie  et  de  la  ryth- 
mique musicale  est  absolument  renversé  ! 

Mais  il  suffît  à  M.  Reinach  d'affirmer  pour  se 
croire  sur  de  son  fait.  Il  ne  doute  pas  un  instant 
des  vérités  qu'il  énonce  :  relisez  sa  conférence 
qui  vient  de  paraître  en  différentes  versions 
dans  la  Revue  de  Paris,  la  Revue  d'art  dra-. 
matique  et  la  Revue  des  Revues,  il  vous  sera 
aisé  de  vous  convaincre  de  ce  que  nous  avan- 
çons. Plus  sa  thèse  est  contestable,  plus  il  est 
loj  mel  dans  son  affirmation. 


Malheureusement  pour  M.  Reinach,  il  n'a 
pas  affaire  seulement  à  M.Nicole, de  Genève  et 
d'Athènes.  Voici  que  de  tous  côtés  sa  transcrip- 
tion de  l'Hymne  à  Apollon  suscite  des  contra- 
dictions. A  Londres  et  à  Berlin,  ofi  il  y  a  aussi 
des  hellénistes,  et  de  marque,  on  la  corrige  et 
même  on  la  démolit  de  fond  en  comble. 
J'ignore  si  les  professeurs  de  Vienne  s'en  sont 
déjà  occupés.  En  attendant,  nous  croyons  devoir 
signaler  la  restitution  qui  vient  de  paraître  à 
Berlin,  non  pas  que  nous  la  trouvions  meilleure 
que  celle  de  M.  Reinach,  mais  parce  que  sur 
certains  points  elle  semble  tout  au  moins  plus 
conforme  à  l'idée  que  nous  pouvons  nous  faire 
de  la  musique  grecque  d'après  les  descriptions 
et  les  écrits  théoriques  des  anciens. 

Cette  nouvelle  notation,  qui  a  paru  dans 
VAllgemeine  Mîisikzeitung  du  i5  juin  et  qui 
émane  du  D^  H.  Reimann,  diffère  du  tout  au 
tout  de  la  version  de  M.  Reinach. 

S'appuyant  à  la  fois  sur  l'autorité  du  D''  Os- 
car Paul,  le  traducteur  de  Bœtius,  et  sur  celle 
de  Rossbach,  le  grand  métricien  de  Breslau, 
qui  fut  le  collaborateur  de  VVestphal,  M.  Rei- 
mann conteste  à  la  fois  la  notation  mélodique 
et  la  notation  rythmique  de  la  transcription  de 
M.  Reinach.  En  ce  qui  concerne  le  rythme  de 
l'hymne,  il  est  notamment  en  désaccord  absolu 
avec  le  savant  français.  M.  Reinach  donne 
comme  certain  qu'il  est  écrit  dans  le  rythme 
péonique  «  souvent  employé  dans  certaines 
compositions  en  l'honneur  d'Apollon  qu'on 
appelait  péans.  »  Le  D^  Reimann  est  d'un  tout 
autre  avis.  Il  déclare  que  l'hj'mne  est  dans  le 
rythme  crétique  qui  était  «  particulier  aux 
chants  consacrés  à  Apollon  ».  Ce  rythme  est 
une  dipodie  trochéique,  dont  le  dernier  pied 
(pous)  était  formé  par  une  longue  à  trois  temps, 
qui  pourrait  s'écrire  ainsi  : 

4  j  ;■  j 

b 

Ce  mètre  correspond,  en  somme,  à  une  me 
sure  deux  quatre  dont  le  premier  membre  for- 
merait un  triolet  : 


i    J  J^  J 
♦     V 

Comme  dans  notre  musique  moderne,  une 
partie  de  l'hymne  suit  exactement  le  rythme  ; 
dans  d'autres,  les  rythmes  binaires  et  ternaires 
du  mètre  alternent  de  façon  à  donner  les 
figures  rythmiques  suivantes  : 

jo  I       h    I       dans    la    mesure    du 

"^     •    *  ■  6/8  (creticus) 


LE  GUIDE  MUSICAL 


527 


TH^ 


dans  la  mesure  du  6/8 


i^n 


en  6/8  ou 


s"      }   Î^Jl        ^"  ^/4 


0  J  é  è   é    en  6,8  ou 


mn 


Chose  intéressante  et  qui  frappe  dès  le  pre- 
mier coup  d'oeil,  avec  cette  construction  ryth- 
mique l'hymne  donne  bien  mieux  que  le  rythme 
à  cinq  temps,  de  M.  Reinach,la  sensation  d'une 
marche;  et  il  faut  bien  admettre  qu'il  s'agit  ici 
d'un  chant  chorique  accompagnant  une  proces- 
sion, puisque  d'après  les  indications  mêmes  du 
directeur  de  la  Revue  des  éludes  grecques, 
notre  hymne  était  probablement  une  compo- 
'ition  recompensée  dans  les  concours  des 
Sôtéries,  toujours  accompagnées  de  proces- 
sions. 

Or,  nous  ne  voyons  pas  bien  une  marche, 

nême    religieuse,    réglée    sur    un    rythme    à 

inq  temps,  à  moins  que  ce  ne  soit  une  marche 

inalogue  à  celle    de   la    fameuse     procession 

l'Echternach,  où  les  pèlerins  exécutent  trois 

'las  en  avant  et  deux  en  arrière! 

,    M.  Reimann  donne  aussi  une  harmonisation 

Dncièrement  différente  de  celle   de   MM.  Th. 

ieinach  et  Gabriel  Famé. 

Je  me  borne  à  signaler   ces   contradictions 

ins  les  apprécier.  Quand   les    savants  hellé- 

,istes,qui  se  disent  si  siirs  de  leurs  renseigne- 

jients  sur  la  rythmique  et  la  mélodie  des  anciens 

13  seront  mis  (f  accord,  peut-être  pourrons-nous 

ous  faire  une  idée  approximative  de  ce  qu'était 

'irt  musical  chez  les  Grecs. 

En    attendant,     et    tout    en    nous    laissant 

pplaudir  à  ses  persévérantes  recherches,   que 

[.  Reinach  nous  permette  de  ne  point  par- 

■  iger  son  enthousiasme  prématuré  et  de  rester 

:eptiqueen  face  de  ses  affirmations  peut-être 

isardées  quant  à  la  supériorité  d'un  art  qui 

ous  est  presque  totalement  inconnu   et  qu'on 

1^  tant  de  peine  à  reconstituer. 
M.  KUFFERATH. 


TRISTAN  ET  ISEULT 


A     LIEGE 


C'est  un  grand  et  honorable  succès  pour  M.  Syl- 
vain Dupuis  que  cette  exécution  intégrale  des 
deux  premiers  actes  de  l'œuvre  la  plus  intense  et 
la  plus  mystique  de  Wagner.  C'est  le  couronne- 
ment d'une  longue  et  persévérante  campagne, 
d'un  travail  incessant  d'initiation  et  d'éducaHon 
aitistiques  :  éducation  d'un  orchestre,  initiation 
d'un  public. 

C'est  un  triomphe  que  cette  interprétation  des 
deux  actes  de  Tris/an,  au  concert  du  14  juin 
dernier,  malgré  quelques  imperfections  et  bien 
qu'il  soit  strictement  possible  de  réaliser  plus 
adéquatement  encore  l'idéal  du  poète-musicien. 
M.  Sylvain  Dupuis  est,  on  peut  le  dire,  le  créateur 
de  l'œuvre  wagnèrien  à  Liège. 

L'orchestre,  bien  qu'il  n'ait  eu  qu'un  petit 
nombre  de  répétitions,  est  en  progrès  depuis  l'exé- 
cution du  premier  acte,  qui  a  eu  lieu  le  7  mai  de 
l'an  passé.  Les  violoncelles  et  basses  restent 
faibles  et  certains  cuivres  indécis  :  force  nous  est 
de  signaler  une  fois  de  plus  cette  imperfection  per- 
sistante; mais  dans  l'ensemble  il  serait  difficile 
d'entendre  une  interprétation  meilleure  que  celle 
donnée  du  Prélude,  cette  page  admirable,  la  plus 
passionnée  qui  soit  au  monde.  Toute  la  trame 
symphonique,  ce  tissu  merveilleux  où  les  phrases 
chantées  s'entrelacent  comme  des  fils  d'or,  a  été 
soutenue  par  l'orchestre,  pendant  ces  deux  terribles 
actes,  avec  une  vigueur  et  en  même  temps  une 
clarté  parfaites.  M.  Dupuis  a  compris  à  merveille 
le  rôle  wagnèrien  de  l'orchestre,  que  certains 
s'obstinent  à  traiter  comme  un  accompagnement. 
Quelle  vivacité  et  quel  charme  l'intelligent  chef 
d'orchestre  a  su  donner,  par  exemple,  au  récit  de 
Kurwenal,  dans  la  quatrième  scène  du  premier 
acte,  quand  l'écuyer  annonce  à  Iseult  l'arrivée  au 
port  et  que  l'orchestre  enlace  à  cette  héroïque  et 
fière  barcaroUe  qui  symbolise  la  marche  du  vais- 
seau, les  traits  agiles  où  l'on  entend  sifHer  le  vent 
dans  les  cordages  et  palpiter  les  oriflammes  des 
mâts  ! 

Mais  l'orchestre  avait  à  soutenir  un  chanteur 
dont  il  lui  fallait  se  rendre  digne  :  Ernest  Van 
Dyck,  le  Tristan  idéal,  comme  il  est  le  Lohengrin 
type,  comme  il  est  l'incarnation  absolue  de  tous 
les  héros  où  le  rêve  surnaturel  de  Richard  Wag- 
ner a  réalisé  quelqu'une  de  ses  déterminations 
symboliques. 

N'est-il  pas  étrange  que  l'on  ait  entendu,  ce 
dimanche,  Ernest  Van  Dyck,  un  Belge,  chanter  en 
Belgique  deux  actes  entiers  de  Wagner  pour  la 
première  fois? 

L'admirable  interprète!  Dès  les  premiers  mots, 
dès  ces  quelques  paroles  par  lesquelles  il  répond, 
en    tressaillant,    à    Kurwenal     qui     l'avertit     du 


528 


LE  GUIDE    MUSICAL 


message  que  Brangaene  lui  apporte  de  la  part 
d'Iseult  enfermée  dans  sa  cabine,  l'auditoire  est 
subjugué;  il  entre  dans  le  drame;  ce  n'est  plus  à 
un  chanteur  qu'il  a  affaire,  c'est  au  héros  lui-même  ; 
c'est  Tristan  qui  est  là.  Et  n'est-ce  pas  une  chose 
prodigieuse  que  l'art  de  la  diction,  de  l'intonation 
et  du  geste  d'un  homme  puisse  créer  une  illusion 
si  puissante,  qu'elle  remplace  l'illusion  de  la  scène 
et  qu'elle  fasse  disparaître  tout  ce  qui  avertit  de  la 
réalité,  les  yeux  du  spectateur?  On  com.prend  alors 
le  nom  de  créateur  appliqué  à  l'artiste  interprète  ! 
C'est  la  diction  surtout  qui  est  admirable  chez 
Van  Dyck.  Je  me  suis  placé  intentionnellement  à 
l'une  des  places  les  plus  éloignées  et  les  plus  défa- 
vorables; malgré  cela,  les  moindres  syllabes 
m'arrivaient  non  seulement  avec  clarté,  mais  avec 
leur  intonation  propre,  leur  accent,  leur  expres- 
sion, la  nuance  que  leur  impose  le  sentiment  que 
doit  exprimer  tel  mot  ou  telle  phrase.  Et  le  geste, 
et  l'attitude,  aussi  expressifs  que  le  chant  et  que 
les  paroles!  Quel  créateur  Van  Dyck  ne  doit-il 
pas  être  au  théâtre!  C'est  une  scène  inoubliable, 
quaiid  on  l'a  vue  représenter  par  lui,  même  en  un 
simple  concert,  que  la  scène  qui  suit  celle  où 
Tristan  et  Iseult  boivent  le  philtre  ;  la  manière 
dont  le  grand  chanteur  dit  cette  phrase  :  «  Qui 
donc  parlait  d'honneur,  de  gloire?  «,  phrase  qui 
exprime  toute  la  fatalité  du  philtre,  vous  fait  fris- 
sonner jusqu'à  l'âme. 

L'écrasant  duo  du  deuxième  acte  a  été  le 
triomphe  de  Van  Dyck.  Pas  un  instant  l'attention 
haletante  de  l'auditoire  n'a  faibli;  pas  un  instant 
cette  scène  unique  n'a  cessé  de  déborder  de 
passion  et  de  vie,  dans  la  réalisation  qu'en 
donnaient  les  deux  vaillants  partenaires;  car 
M'''  Gabrieile  Lejeune  était  une  Iseult  peu  en 
dessous  d'un  tel  Tristan.  Elle  a  la  compréhension 
parfaite  de  son  personnage,  et  sa  diction  n'a 
d'autre  défaut  que  d'être  parfois  un  peu  précipitée. 
M.  Gilibert  a  fait  un  excellent  Kurwenal,  un  peu 
froid  peut-être,  sauf  dans  sa  ballade  de  Morold  et 
dans  son  récit  de  l'arrivée  du  vaisseau,  où  il  est 
parfait.  Il  est  très  bon  encore  dans  le  rôle  du  roi 
Marke  ;  il  a  fort  bien  exprimé  la  douleur  profonde 
et  royalement  indignée  du  vieux  prince  devant  la 
trahison  de  Tristan, 

M™"  Fik-'Wéry  a  particulièrement  bien  rendu 
les  supplications  de  Brangaene,  au  début  de  la 
scène  nocturne  du  deuxième  acte,  quand  elle 
adjure  Iseult  de  ne  pas  donner  le  signal  qui  doit 
amener  Tristan. 

M.  Goffoel  a  bien  chanté  la  chanson  du  matelot 
et  le  rôle  de  Mélot,  le  traître. 

Les  choristes  étaient  de  la  Légia,  c'est  assez 
dire. 

La  salle  était  comble.  L'enthousiasme  s'est 
rarement  élevé  à  un  degré  pareil  à  celui  qu'il  attei- 
gnit après  le  duo  du  deuxième  acte. 

L'art  wagnérien  a  définitivement  conquis  le 
terrain  artistique  à  Liège.  La  persévérance  et 
l'esprit  artistique  de  M.  Sylvain  Dupuis  y  ont 
contribué  pour  la  plus  grande  part.  J.   M. 


dfestival  be  l'association  universelle 
ôes  musiciens  à  Meimar 

Weimar,  i5  juin. 

Ce  sont  les  représentations  théâtrales  qui  ont 
formé  l'attrait  principal  de  cette  réunion.  Elle 
devait  avoir  lieu  à  Nuremberg;  mais  comme  le 
comité  exécutif  de  cette  ville  voulait  à  tout  prix 
introduire  au  programme  la  Création  de  Haj-dn  et 
le  Paalus  de  Mendelssohn,  il  n'a  pas  pu  s'entendre 
avec  la  direction  de  l'AUgemeine  Deutsche  Musik- 
verein  qui  ne  fait  exécuter  en  général  que  des 
ouvrages  de  l'école  moderne.  On  a  exécuté,  au 
Théâtre-Grand-Ducal  de  'Weimar,  Gtiniram  de  Ri- 
chard Strauss,  Fahtaff  de  Verdi  et  Hœiisel  und 
Gretcl  de  Humperdinck.  Le  drame  lyrique  de 
Strauss  est  une  œuvre  très  compliquée,  très 
fouillée;  il  est  difficile  d'exprimer  une  opinion' 
après  une  seule  et  unique  audition.  En  somme, 
GuuU'am  me  semble  être  une  création  très  intéres- 
sante, de  couleur  wagnérienne,  mais  d'une  diffi- 
culté extrême  autant  pour  l'orchestre  que  pour  les 
chanteurs,  qui  ont  à  exécuter  des  sauts  d'inter- 
valles nécessitant  des  études  vocales  toutes  spé- 
ciales. Si  l'on  organisait  un  concours  de  difficultés 
vocales,  Richard  Strauss  serait  certain  d'obtenir 
le  premier  prix  à  l'unanimité. 

L'opéra  de  Hiunperdinck  est  un  ouvrage  char- 
mant, trahissant  la  main  du  maître  d'un  bout  à 
l'autre,  et  qui  charme  et  séduit  dès  la  première 
audition.  La  partition  a  fait  déjà  le  tour  de  l'Alle- 
magne e1  ferait  sans  doute  aussi  le  tour  de 
l'Europe,  si  le  poème,  un  conte  populaire  alle- 
mand, n'était  pas  d'une  naïveté  trop  germanique 
pour  pouvoir  intéresser  un  public  étranger. 

Le  Fahtaff  de  Verdi,  cette  comédie  lyrique  si 
spirituelle  du  vieux  maître  italien,  donnée  sous  la 
direction  de  Lussen,  a  obtenu  un  succès  éclatant. 

A  l'exception  de  l'oratorio  Christus  do  Liszt,  les 
nombreux  concerts  ne  nous  ont  fait  connaître  que 
peu  de  morceaux  de  valeur.  Comme  ouvrages 
symphoniques,  il  y  avait,  entre  autres,  une  sym- 
phonie, Tilan,de  Mahler,  d'une  longueur  désespé- 
rante, dirigée  par  l'auteur  et  qui  n'a  pas  réussi;  un 
concerto  pour  violoncelle  de  Rubinstein,  joué  par  i 
M.  Klengel,et  un  concerto  pour  piano,  de  Staven-  i 
hagen,  joué  par  l'auteur,  deux  compositions  d'un 
ordre  tout  à  fait  secondaire.  Les  séances  de  mu- 
sique de  chambre  ont  offert  plus  d'intérêt.  Ce  sont 
surtout  un  quatuor  en  ré  bémol  majeur  de  Sgam- 
bati  et  un  quintette  du  compositeur  Scandinave 
Sinding  qui  méritent  d'être  cités  en  première 
ligne.  Un  quatuor  de  Klughardt  et  un  quintette  de 
Max  Puchot  ont  droit  à  une  mention  honorable. 
Comme  compositions  vocales,  il  y  a  tout  d'abord 
une  suite  de  Lùder  de  Cornélius,  de  vraies  perles, 
chantés  par  M""  Berg  de  Nuremberg  ;  des  Lieder 
de  Brahms,  Liszt  et  Sucher,  chantés  par  M™s  Rosa 
Sucher;  une  scène  dramatique,    Saplto,   de  Volk- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


529 


mann  ;  des  Lieder  de  Lessman  et  de  Groningen  (un 
dilettante  néerlandais),  chantés  dans  la  perfection 
par  une  jeune  artiste  danoise,  M"°  Petersen,  de 
Copenhague,  une  révélation  pour  les  concerts.  On 
a  d'autant  plus  regrette  que  les  mélodies  qu'elle 
avait  à  dire  fussent  d'une  nullité  absolue  comme 
composition. 

L'exécution  de  l'oratorio  de  Liszt,  sous  la  direc- 
tion de  M.  MuUer  Hartung,  dans  la  Stadtkirche, 
avec  le  concours  de  M'""''  Stavenhagen  et  Walther, 
MM.  Dierich  et  von  Milde,  n'a  pas  dépassé  la 
médiocrité.  Comme  impression  générale,  nous 
avons  le  regret  de  constater  que  depuis  la  mort 
de  l'éminent  professeur  Riedel,  les  festivals  de 
l'AUgemeine  Deutsche  Musikverein  n'ont  plus  la 
même  importance  et  n'excitent  plus  le  même 
intérêt.  H.  D.  E. 


FESTIVAL 

de  la 


SOCIÉTÉ  POUR  L' 


DE  L'ART  MUS1C.4L 


A  UTRECHT,  LES  8,  9  BT  10  JUIN 

Sous  la  direction  de  M.  RICHARD   HOL 

Utrecht,  i5  juin. 
Ce  festival  en  trois  journées  avait  un  attrait  tout 
exceptionnel,  surtout  par  la  première  exécution  de 
deux  ouvrages  nouveaux,  qu'on  n'avait  pas  encore 
entendus  dans  les  Pays-Bas  :  des  fragments  de 
Moïse,  opéra  biblique  de  Rubinstein,  et  les  Béati- 
tudes de  César  Franck.  Ces  deux  œuvres  avaient 
excité  également  le  plus  vif  intérêt.  Le  Moïse 
de  Rubinstein  se  compose  de  huit  tableaux 
bibliques,  et  pour  l'exécution  de  l'ouvrage  entier 
il  faudrait  au  moins  trois  concerts.  On  a  choisi  le 
premier  et  le  quatrième  tableau.  Le  premier  a 
pour  sujet  le  dépôt  au  bord  du  Nil  de  l'enfant  des- 
tiné à  devenir  le  sauveur  du  peuple  d'Israël. 
Comme  personnages  figurent,  avec  la  sœur  et  la 
mère  de  Moïse,  la  fille  de  Pharaon,  Asnath,  qui, 
en  venant  se  reposer  aux  bords  du  fleuve  argenté, 
accompagnée  de  sa  suite  nombreuse,  y  découvre 
l'enfant  trouvé  et  l'adopte.  C'est  ime  idylle  orien- 
tale écrite  presque  entièrement  pour  voix  de 
femmes  et  orchestre.  Le  quatrième  tableau  est 
d'un  caractère  tout  différent  et  dépeint  les  diffé- 
rentes plaies  d'Egypte.  Pharaon,  sa  fille  Asnath 
et  Moïse  sont  les  principaux  personnages  de 
l'action  dramatique,  et  autour  d'eux  se  groupent 
les  chœurs  formés  par  la  suite  de  Pharaon,  par  les 
prêtres  et  les  prêtresses  d'Osiris  et  par  le  peuple 
égyptien.  Un  prologue  instrumental  et  sympho- 
nique  caractérise  musicalement  quelques  plaies 
d'Egypte,  telles  que  la  transformation  de  l'eau  en 
sang,  les   giboulées   de   grêle,  les  sauterelles.  Un 


Leitmotiv  dépeint  les  ténèbres  et  fait  agir  Pharaon 
avec  Asnath  et  les  prêtres  d'Osiris.  En  vain  on 
supplie  Osiris  de  faire  cesser  les  ténèbres  ;  la 
lumière  ne  paraît  que  quand  Moïse  a  obtenu  de 
Pharaon  la  promesse  de  délivrer  Israël;  alors  la 
splendeur,  la  clarté  du  soleil  forme  une  apothéose 
chorale.  Mais  Pharaon  ne  veut  pas  accorder  la 
délivrance,  et  ce  n'est  que  quand  ses  armées  et 
celles  des  Egyptiens  ont  été  battues  et  dispersées 
que  Moïse  peut  rendre  la  liberté  à  son  peuple. 

Quant  aux  Béatitudes,  je  n'ai  pas  à  vous  esquisser 
cette  partition, les  ouvrages  de  César  Franck  étant 
suffisamment  connus  en  Belgique;  je  tiens  seule- 
ment à  constater  que  c'est  une  œuvre  fort  intéres- 
sante, écrite  et  orchestrée  de  main  de  maître,  mais 
empreinte  d'une  couleur  fort  monotone  et  péchant 
par  de  nombreuses  longueurs.  Le  style  musical  de 
Franck  est  lénitif,  un  peu  gris  et  terne,  mais  c'est 
le  style  d'un  artiste  qui  est  un  penseur.  L'exécu- 
tion de  cet  ouvrage  difficile  a  été  fort  estimable. 
Certes,  il  y  a  eu  des  intermittences  de  médiocrité, 
mais,  comme  impression  générale,  il  n'y  a  que  des 
éloges  à  décerner  à  M.  Richard Hol,  qui  s'est  supé- 
rieurement acquitté  de  sa  tâche  et  qui  a  été 
acclamé  à  la  fin  du  concert.  Les  soli  étaient 
chantés  par  M"™  Uzielli,  de  Francfort,  Charlotte 
Hahn,  de  Cologne,  M"»  Betsy  HqI,  fille  du  direc- 
teur, par  votre  compatriote  M.  Demest,  par  la 
basse  M.  Sistermans,  un  Néerlandais  germanisé 
habitant  Francfort,  et  M.  Orelio,  de  l'Opéra-Néer- 
landais;  ce  sont  surtout  M""*  Uzielli  (qui  prononce 
convenablement  le  français)  et  M.  Demest  qui  se 
sont  distingués.  M""  Hahn  est  une  chanteuse  rou- 
tinée,  mais  sa  voix  a  de  la  dureté  et  la  justesse 
n'est  pas  toujours  irréprochable.  M.  Sistermans 
est  un  artiste  de  grand  talent,  mais  qui  abuse, 
hélas!  du  chevrotement.  M""  Hol  était  absolu- 
ment insuffisante.  Les  chœurs  se  composaient  de 
124  soprani,  ii5  contralti,  48  ténors  (nombre  de 
beaucoup  trop  insuffisant)  et  65  basses.  L'orchestre 
comptait  28  violons,  10  altos,  10  violoncelles, 
8  basses,  4  cors,  4  trompettes,  3  trombones, 
3  flûtes,  2  clarinettes,  hautbois,  bassons,  harpes,  etc. 
Le  nombreux  auditoire,  je  le  répète,  a  fait  un 
accueil  très  S5'mpathique  à  l'ouvrage  du  maître 
franco-belge. 

Le  programme  du  second  jour  se  composait  de 
la  Neuvième  Sj'mphonie  de  Beethoven  et  des  deux 
tableaux  de  Moïse  de  Rubinstein,  et  c'est  M.  Franz 
Naval,  de  Francfort,  qui  remplaçait  M.  Demest 
comme  ténor,  et  lui  était  de  beaucoup  inférieur. 
Nous  ne  comprenons  pas  comment  M.  Hol  et  le 
comité  du  Toouknnst  aient  pu  choisir  un  ouvrage 
aussi  insignifiant  et  d'une  pareille  nullité.  On  a  de 
la  peine  à  croire  que  ces  pages,  où  l'originalité  et 
l'intérêt  font  absolument  défaut,  soient  de  la  main 
du  grand  pianiste.  Par-ci,  par  là,  on  reconnaît 
encore  la  grifi^e  du  lion,  mais  ces  moments  sont 
rares,  et  si  ces  deux  tableaux  sont  les  meilleurs  de 
l'œuvre,  comme  on  l'aflSrme,  on  se  demande  ce  que 
doivent  être  les  six  autres.  Ni  la  réputation  de 
Rubinstein,   ni  l'art  musical  n'auraient  beaucoup 


530 


LE  GUIDE  MUSICAL 


perdu  s'il  avait  étouffé  ce  Moïse  dans  son  berceau. 

L'exécution  a  été  excellente  sous  tous  les  /ap- 
ports, mais  n'a  pas  pu  sauver  l'ouvrage,  et  il  a  fallu 
la  Neuvième  pour  ranimer  l'attention  du  public, 
bien  que  l'exécution  de  cette  oeuvre  gigantesque 
n'ait  pas  toujours  été  irréprochable. 

Le  troisième  jour  du  festival  nous  a  donné  le 
traditionnel  concert  de  solistes  devant  une  salle 
bondée,  où  le  chœur  n'avait  à  remplir  qu'un  rôle 
secondaire  pour  l'inlerprétation  du  Loigesang  de 
Mendelssohn  et  la  répétition  d'un  chœur  de  'Moïse 
de  Rubinstein.  Le  succès  de  ce  concert  revient  à 
M"«  Uzielli  et  Hahn,  MM.  Naval  et  Sistermans  (le 
quatuor  vocal  du  Conservatoire  de  Francfort),  qui 
ont  chanté  dans  la  perfection  les  Zigeimerlieder  de 
Schumann,  et  deux  quatuors  du  père  Haydn. 
Succès  d'enthousiasme;  si  l'on  avait  osé,  on 
aurait  bissé  tous  les  quatuors.  Les  chanteurs  ont 
été  supérieurement  accompagnés  par  M.  Mengel- 
berg,  un  Néerlandais  actuellement  Musikdirector 
à  Lucerne,  pianiste  de  talent,  qui  a  joué  aussi 
un  concerto  de  Liszt  et  la  dernière  partie  de  la 
Fantaisie   op.   17  de  Schumann.  M"'=  Betsy  Hol  a 


chanté  des  Lieder  de  Schumann,  de  son  père  et  de 
de  M.  Van  Riemsdyk,  et  elle  s'en  est  acquittée 
mieux  que  les  deux  premiers  jours.  M.  Orelio  s'est 
fait  applaudir  en  nous  faisant  entendre  des  mélo- 
dies de  Peter  Benoit  (Tzc/e^  Kerelen),Ae  Huberti  f/l/êi- 
lied],  de  Richard  Hol  et  de  Mann,  et  ce  sont  sur- 
tout les  Lieder  de  Benoit  et  de  Huberti  qui  ont  été 
chaudement  accueillis.  ït  faut  rendre  un  hom- 
mage sincère  à  Richard  Hol  qui,  malgré  son  âge 
(il  a  près  de  soixante-dix  ans),  a  fait  preuve  d'un 
éclectisme  rare  à  son  âge  dans  la  composition 
du  programme  de  ce  festival.  Rester  jeune, 
marcher  avec  son  siècle,  ce  sont  des  faits  à  noter 
dans  les  annales  des  septuagénaires.  Si  je  n'ai 
jamais  eu  une  bien  grande  sympathie  pour  Hol 
comme  compositeur, je  suis  d'autant  plus  heureux 
d'accuser  ma  plus  sincère  sympathie  pour  cet 
excellentissime  musicien  comme  chef  d'orchestre. 
C'est  un  Musihdirectoi'  de  premier  ordre,  à  rendre 
jaloux  bien  des  collègues  jeunes.  Néerlandais  et 
étrangers. 

Intérim, 


CHRONIQUE   DE   LA    SEMAINE 


PARIS 

Grand  solennité  donnée  au  Trocadéro,  le 
mardi  12  juin,  renouvelée  par  invitations  le 
jeudi  14,  en  l'honneur  de  Charles  Gounod,  par 
la  Société  des  «  Grandes  auditions  musicales 
de  France  »  (i).  Est-ce  un  réel  service  rendu 
au  maître  d'exhumer  certaines  pages  qui 
pourraient,  sans  regrets,  être  reléguées  dans  les 
bibliothèques?  Puis,  l'œuvre  de  Gounod  con- 
vient plutôt  au  théàt'.e  qu'au  concert.  Ces 
réserves  faites,  constatons  le  succès  obtenu  par 
ces  auditions,  dues  à  l'initiative  de  la  comtesse 
Greffùlhe  ;  par  les  interprètes,  M™"='^  Krauss, 
Deschamps-Jehin,  Bréval,  Lola-Beeth,  MM. 
Clément,  Lafargue,  Auguez  ;  et  aussi  par 
M.  Jéhin  qui  a  fort  bien  dirigé  l'orchestre. 

M"<=Bartet,  de  la  Comédie-Française,  alu  une 
pièce  de  vers  composée  pour  la  circonstance 
par  J.  Barbier,  et  a  couronné  le  buste  du  com- 
positeur au  milieu  des  applaudissements  de  la 
salle. 

Voici  la  lettre  qu'avait  adressée  avant  le  con- 


(i)  Constatons  avec  regret  que  cette  Société  a  absolu- 
ment omis  de  convoquer  les  rédacteurs  du  Guide  Musical, 


,cert   du    12,    M^i^    Gounod    aux  membres  du 
comité  des  Grandes  auditions  musicales  : 

Messieurs, 

De  concert  avec  M™"  la  comtesse  Greffiilhe  et 
les  dames  patronnesses  du  comité,  vous  avez  bien 
voulu  prendre  l'initiative  d'une  exécution  solen- 
nelle de  plusieurs  œuvres  de  M.  Charles  Goimod. 
Vous  y  avez  apporté  un  zèle  et  un  dévouement 
également  précieux  et  rares. 

iVIM.  les  directeurs  de  l'Opéra  et  de  l'Opéra- 
Comique  ont  facilité  votre  tâche  avec  un  empres- 
sement où  j'ai  reconnu  la  marque  de  vieilles  et 
solides  affections. 

Le   concours  d'artistes    éminents   et  d'un  chef 
d'orchestre    consomme   assure    le    succès  de  vos  5 
efforts. 

Je  ne  puis  attendre  que  les  suffrages  du  public  c 
les  aient   récompensés    pour    exprimer  les   senti- 
ments de  gratitude  qu'ils  m'inspirent. 

Je  tiens  à  vous  remercier  particulièrement  de  la 
délicate  pensée  qui  vous  a  faitinscriie  dans  votre 
programme  un  acte  de  ce  Polyeucte  que  M.  Gounod 
considérait  comme  un  de  ses  meilleurs  ouvrages, 
ainsi  que  la  composition  intitulée  Repentir,  qui 
date  des  derniers  temps  de  sa  vie  et  dont  il  a 
rédigé  lui-même  les  paroles. 

L'hommage  que  vous  vous  préparez  à  lui  rendre 
sera  digne  de  vous.  Sa  famille  et  st;s  amis  en  sont 
profondément  touchés. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


531 


Il  m'appartient  d'être  leur  interprète  et  vous 
me  permettrez  de  m'acquitter  de  ce  devoir  avec 
émotion  et  reconnaissance.  Anna  Gounod. 

Une  simple  et  courte  réflexion  :  Charles 
Gounod  était  libre  de  considérer  Polyeucte 
comme  un  de  ses  meilleurs  ouvrages.  Le  public 
n'a  jamais  ratifié  ce  jugement  et  Polyeucte  n'a. 
pu  atteindre  à  l'Opéra  les  succès  de  Faîist  et 
de  Roméo  et  Juliette. 

f 

A  la  séance  d'ouverture  du  congrès  interna- 
tional de  Paris  pour  le  rétablissement  des  jeux 
olympiques,  qui  a  eu  lieu  le  i6  juin  dans  le 
grand  amphithéâtre  de  la  Sorbonne,  l'Hymne 
à  Apollon  a  été  exécuté  pour  la  première  fois 
avec  chœurs.  Cette  interprétation,  confiée  à 
des  voix  de  femmes,  a  paru  préférable  à  celles 
qui  avaient  été  données  jusqu'ici  avec  le  con- 
cours d'une  seule  voix  de  femme.  Dans  un 
nouveau  commentaire  sur  Y  Hymne  à  Apollon, 
M .  Théodore  Reinach  a  cru  devoir  faire  allusion 
avec  un  peu  d'aigreur  aux  critiques  qui  ont  été 
formulées  sur  la  reconstitution  de  cette  page  de 
la  musique  grecque.  Il  ne  devrait  voir  dans  ces 
critiques  que  l'intérêt  suscité  par  son  savant 
travail  et  le  désir  de  lui  signaler  les  points  qui 
peuvent  être  sujets  à  contestation,  afin  qu'il  en 
tire  profit,  s'il  y  a  lieu.  Il  serait  intéressant  de 
pouvoir  comparer  à  la  version  que  nous  avons 
entendue  jusqu'ici  celle  de  M.  Nicole,  le  savant 
musicien  suisse  établi  à  Athènes. 

Dans  la  même  séance,  après  un  brillant 
discours  de  M.  de  Courcel,  M.  Jean  Aicard, 
avec  cette  parole  vivante  qui  lui  est  coutumière, 
a  fait  une  Causerie  pleine  de  poésie  et  de  verve, 
qui  a  soulevé  les  applaudissements  de  la  salle 
entière. 

*!• 

M.  Vincent  d'Indy  vient  de  faire  entendre  à 
ses  intimes,  chez  M.  de  la  Sizeranne,  le  drame 
auquel  il  travaille  depuis  plusieurs  années  et 
dont  il  a  composé  le  poème  et  la  musique.  Ce 
drame  a  pour  titre  Fcrviuil  et  l'action  se  passe 
dans  les  Cévennes  en  des  temps  reculés.  On 
retrouve  dans  cette  œuvre  légendaire,  très 
mouvementée,  toutes  les  qualités  et  les  audaces 
du  musicien  qui,  enthousiasmé  des  composi- 
tions de  Berlioz  et  de  Richard  Wagner,  tend 
à  suivre  leurs  traces.  Nous  espérons  que 
M.  Vincent  d'Indy  fera  exécuter  Fervaal  en 
petit  comité  avec  les  interprètes  des  divers 
personnages  du  drame. 

Les  œuvres  qui  ont  obtenu  le  plus  de  succès 


au  concert  donné  le  24  mai  par  la  Société  Gui- 
lot  deSainbris,  sont  la  A^i:7//yï7e(première  partie) 
de  Henri  Maréchal  et  le  Veni  Creator  de  Léon 
Boellmann.  Par  suite  d'une  omission  regret- 
table, l'œuvre  de  Maréchal  n'a  pas  été  signalée 
dans  le  rendu  compte  du  concert,  paru  dans 
notre  numéro  précédent. 

i" 

Intéressante  séance  donnée  le  8  juin  à  la 
petite  salle  Pleyel,  Wolff  et  C'<=  par  M'''^  Mary 
Page.  On  y  a  entendu  plusieurs  compositions 
de  Grieg,  P.  de  Wailly,  Widor,  Massenet, 
H.  Eymieu,  B.  Godard,  David  Popper,  Levadé, 
Mégier  et  Chapuis.  Parmi  les  interprètes,  on 
peut  citer  M.  René  Cascade  qui  a  exécuté  avec 
beaucoup  de  talent  et  de  puissance  de  son,  sur 
le  violoncelle,  la  berceuse  de  Jocelyn  et  les 
Papillons  de  Popper.  Les  mélodies  de  Widor 
et  de  Paul  de  Wailly  ont  été  fort  goûtées.  La 
Suite  pittoresque  pour  piano  de  M.  H.  Eymieu, 
divisée  en  plusieurs  parties  de  courtes  dimen- 
sions, a  fait  plaisir. 

Un  oncours  est  ouvert  par  la  ville  de  Paris 
entre  'ous  les  musiciens  français  pour  la  composi- 
tion d'une  œuvre  musicale  qui,  aux  termes  du  pro- 
gramme, doit  être  de  haut  style  et  de  grandes  pro- 
portions, avec  soli,  chœur  et  orchestre,  la  forme 
symphonique  et  la  forme  dramatique  étant  égale- 
ment admises.  Les  concurrents  sont  libres  de 
faire  composer  ou  de  composer  eu.K-mêmes  leurs 
poèmes.  Sont  exclus  du  concours  les  œuvres  déjà 
exécutées  ou  celles  présentant  un  caractère  litur- 
gique. Les  manuscrits  devront  être  déposés  du 
/'■■■  au  iS  mars  iSg6,  de  midi  à  quatre  heures  du  soir, 
à  l'hôtel  de  ville,  bureau  des  Beaux-Arts,  où  les 
artistes  désirant  prendre  part  au  concours  trouve- 
ront, dès  à  présent,  le  programme. 

Les  concurrents  admis  à  l'épreuve  définitive  du 
graird  prix  de  composition  musicale,  viennent  de 
terminer  leurs  vingt  cinq  jours  de  loge. 

Les  œuvres  des  jeunes  musiciens  seront  exécu- 
tées dans  l'ordre  suivant  : 

I"  M.  Rabaud;  3»  M.  Levadé;  3"  M.  d'Olonne; 
4''  M.  Mouquet;  5"  M.  Létorey. 

C'est  au  Conservatoire,  le  vendredi  22  juin,  qu'a 
eu  lieu  le  jugement  préparatoire;  et  à  l'Institut, 
le  23,  le  jugement  définitif. 


BRUXELLES 

Le  petit  monde  du  Conservatoire  est  en 
ébuUition.  Voici  l'heure  des  concours.  Que  de 
passions  s'allument,  que  de  petites  jalousies  et 


532 


LE  GUIDE  MUSICAL 


de  grandes  rancunes  se  préparent  !  L'impartiale 
critique  ne  peut  que  noter  le  succès  des  uns, 
l'échec  des  autres,  creusant  plus  profondément 
ici  la  plaie,  gonflant  ailleurs  l'orgueil  exubé- 
rant de  la  jeunesse  conquérante. 

Selon  la  tradition  les  concours  se  sont  ouverts 
par  une  audition  de  la  classe  d'ensemble  vocal 
(professeurs  :  MM.  Bauwens  et  L.  Soubre),  de 
la  classe  préparatoire  de  chant  choral  (profes- 
seur :  M.  L.  Jouret),  et  des  classes  d'ensemble 
instrumental  (professeuis  :  MM.  Colyns,  Agniez 
et  L.  Van  Dam).  Très  joli  concert,  où  l'on  a  pu 
se  délecter  à  l'audition  de  motets  à  voix  mixtes, 
et  de  chœurs  pour  voix  de  femmes  de  Pales- 
trina  (Adorenms  te  Christe,  Vigilate  et 
orate,  Destnixit),  de  beaux  chœurs  pour  voix 
d'hommes  de  Handl  (In  uomine  Jesit)  et  de 
Haller  (Non  vobis  Domine)  et  enfin  les  noëls 
anciens  si  finement  harmonisés  par  M.  F. -A. 
Gevaert. 

Au  milieu  de  ces  pièces  sévères  ou  naïves 
des  écoles  d'autrefois,  s'était  glissée  une  œuvre 
ultra  moderne,  Pâle  étoile  dîi  soir,  chœur  pour 
trois  voix  de  femme  (solo  par  M^''^  R.  Charton), 
musique  de  Franz  Servais,  sur  le  beau  poème 
de  Musret.  On  avait  déjà  entendu  et  applaudi  au 
Cercle  artistique,  naguère,  en  un  concert  donné 
par  l'auteur,  cette  pièce  remarquable,  d'un  très 
beau  sentiment  poétique  et  d'une  sensibilité 
harmonique  très  intéressante.  On  lui  a  trouvé 
le  même  charme  distingué  et  profond,  tout  en- 
semble, en  cette  nouvelle  audition  au  Conser- 
vatoire. 

Le  grand  chœur  de  Judas  Macchabée  :  «  O 
Roi  des  cieux  » ,  terminait  la  partie  chorale  de  ce 
concert  d'ouverture,  dont  la  deuxième  partie 
a  été  consacrée  tout  entière  aux  classes  d'en- 
semble instrumental.  Symphonie  en  ut  majeur 
de  Mozart  ;  suite  de  danses  villageoises  extraites 
de  divers  opéras  de  Grétry.  Musique  facile  à 
entendre,  mais  d'une  exécution  très  épineuse. 
En  ces  partitions  où  domine  le  quatuor,  agré- 
menté par  ci  par  là  d'un  soupir  des  bois,  ou 
rehaussé  de  quelque  fanfare  bon  enfant,  toute 
tricherie  est  impossible.  Il  faut  payer  comp- 
tant, et  les  violons  ne  sont  pas  toujours  sur 
un  lit  de  roses,  obligés  qu'ils  sont  de  détailler 
des  traits  d'école,  et  les  grosses  voix  de  l'or- 
chestre n'étant  pas  là  pour  noyer,  dans  les  flots 
d'une  sonorité  qui  emporte  tout,  les  inadver- 
tances du  doigté  ou  les  défaillances  de  l'archet. 

Les  concours  d'instruments  à  vent  ont  com- 
mencé lundi,  et  ils  ont  été  marqués  par  deux 
particularités  intéressantes.  Le  concours,  d'ail- 
leurs très  brillant,  de  la  classe  de  trombone  s'est 
terminé  par  une  audition   de    la  classe    d'en- 


semble pour  instruments  à  embouchure,  créée 
il  y  a  quelques  mois  dans  le  but  de  familiariser 
les  élèves  avec  Temploi  des  instruments  nou- 
veaux introduits  à  l'orchestre  par  Wagner 
(Tuben,  petite  trompette  en  ré  aigu,  etc.)  Sous 
la  direction  de  M.  Seha,  professeur  de  la  classe, 
les  élèves  ont  exécuté  trois  morceaux  :  le  thème 
du  Walhalla  du  Rheingold,  une  fantaisie  de 
M.  Gilson,  soigneusement  et  artistement  dispo- 
sée pour  obtenir  des  instruments  tous  les  effets 
de  timbre  dont  ils  sont  susceptibles  et  enfin 
un  seller zo  tourmenté  de  M.  L.  Van  Dam. 
L'effet  d'ensemble  a  été  excellent,  et  il  faut 
féliciter  M.  Seha  du  résultat  obtenu  en  si  peu 
de  temps. 

L'autre  particularité  à  signaler  est  l'audition 
de  la  famille  complète  des  clarinettes  par  les 
seize  élèves  de  la  classe  de  M.  Poncelet,  aux- 
quels s'était  joint  M.  Kiihn,  la  clarinette  basse 
du  Théâtre  de  la  Monnaie,  ancien  élève  de 
l'excellent  maître.  Rien  de  plus  curieux  et  de 
plus  saisissant  en  même  temps  que  cet  orchestre 
complet  d'anches,  comprenant  la  petite  clari- 
nette en  mi  bémol,  la  clarinette  ordinaire 
en  si  bémol,  basset  horn  en  fa,  les  clarinettes 
altos  en  mi  bémol,  les  clarinettes  basses  en 
si  bémol,  la  clarinette  basse  en  fa  grave  et, 
enfin,  la  clarinette-pédale,  récemment  con- 
struite par  M.  Besson  et  ayant  toute  l'étendue 
de  la  contrebasse  à  cinq  cordes.  Cela  fait  une 
échelle  de  six  octaves  complètes.  On  imagine 
difficilement  les  effets  nouveaux  et  inattendus 
de  sonorités  que  produit  un  pareil  orchestre. 
Les  élèves  de  M.  Poncelet  ont  joué,  —  et  par 
cœur,  s'il  vous  plaît,  —  la  XIV^  Rhapsodie 
de  Liszt,  arrangée  par  leur  maître  et  très  habi- 
lement, pour  cet  orchestre  spécial.  Les  sono- 
rités tantôt  mordantes,  tantôt  graves  et  velou- 
tées, de  cet  ensemble  instrumental  offrent 
d'inappréciables  ressources  nouvelles  aux  sym- 
phonistes de  l'avenir.  Elles  ajoutent  une  cou- 
leur nouvelle  à  la  palette  déjà  si  riche  des 
virtuoses  de  l'orchestration.  Si  l'on  peut  com- 
parer les  couleurs  aux  sons,  on  pourrait  dire 
que  cet  orchestre  complet  d'anches,  opposé  aux 
enivres,  représente  le  rapport  des  bleus  et  des 
violets  profonds  aux  jaunes  et  aux  rouges 
intenses.  C'est  la  première  fois,  croyons-nous, 
qu'un  orchestre  pareil  se  fait  entendre  en 
Europe,  et  ce  sera  le  très  réel  et  très  artistique 
mérite  de  M.  Poncelet  d'avoir  eu  l'idée  de  ce 
groupement  qui  n'avait  pas  été  essayé  avant 
lui.  Déjà,  l'année  dernière,  M.  Poncelet  nous 
avait  offert  une  audition  de  ce  genre  ;  mais,  cette 
année,  elle  s'est  trouvée  plus  complète  et  abso- 
lument décisive  par  l'adjonction  de  la  clarinette 


LE  GUIDE  MUSICAL 


538 


pédale,  qui  manquait  encore  comme  fondement 
à  l'édifice  sonore.  Le  public  a  fait  une  ovation 
enthousiaste  aux  exécutants  et  à  leur  professeur. 
Voici  maintenant  les  distinctions  qui  ont  été 
décernées  dans  les  différentes  classes  dont  les 
concours  sont  terminés. 

Saxophone  (professeur  M.  Beeckman).  —  Deux 
concurrents  :  i"''  prix,  M.  De  Schuyter;  2"  prix, 
M.  Lehert. 

Co)'  (professeur  M.  Merck). — Sept  concurrents  : 
i"  prix,  M.  Servais;  rappel  avec  distinction  du 
a"  prix,  M.  Escuré;  3'',  M.  Sodoyen  et  Grégoire; 
!"■  accessit,  MM.  Delhaye  et  Heynen. 

Trompette  (professeur  M.  Goeyens).  —  'Six  con- 
currents :  l'T  prix,  M.  Baeyens;  2",  avec  distinc- 
tion, M.  Delcourt;  2"  prix,  M.  Vanden  Eyden  ; 
I"''' accessit,  MM.  Debie,  Mechelinck  et  Hulet. 

Trombone  (professeur  M  Se.ha).  —  Cinq  concur- 
rents :  i"  prix  avec  distinction.  M.  Detiège  ; 
l'r  prix,  M.  Mottry;  2'  prix,  MM.  Junion  et  De 
Keyser;  i''' accessit,  M.  Dewolf 

Basson  (professeur  M.  Neumans\  -  Trois  con- 
currents :  !""■  prix,  M.  Rifflard;  i^''  accessit  MM. 
Erculisse  et  Trinconi. 

Clarinette  (professeur  M.  PonceletK  —  Seize  con- 
cuirents  :  i"'  prix  avec  distinction,  MM.  Lardinois, 
Lemaire,  Duby  ;  i^'  prix,  M.  Sohy;  2"  prix,  MM. 
Van  Praet,  Michotte,  Keynen,  Neuret,  Dufrasne, 
Masuve  ;  i'''"  accessit,  MM.  Frédéric,  Bagei^rt. 
Schenis,  Daue,  Dujardin,  Névraumont 

Hautbois  (professeur  M.  Guidé).  —  Cinq  concur- 
rents :  i>"prix,  MM.  Bur}',  Nachtergaele;  2'' prix, 
M.  Vranckx;  i'"''  accessit.  M.  Hernette 

Flûte  (professeur  M  Anthoni).  -  Sept  concur 
rents  :  i"'"'  prix  avec  distinction,  M.  Sise;  i*'"'  prix, 
M.  Scheers;  2"  prix  avec  distinction,  MM.  Vinck, 
Loots,  Boschmans,  Berg;  2'  prix,  M.  Van  Onac- 
ker. 

Les  concours  continueront  la  semaine  pro- 
chaine et  pendant  la  première  quinzaine  de 
juillet  dans  l'ordre  suivant  : 

,  Musique  de  chambre  avec  piano. 
Orgue 

Piano  (demoiselles).  Pri.\  Lame  Van 
Cutsem . 
Piano  (hommes) 

?  Violon. 

Harpe. 
10  h  ,  Chant  théâtral  (hommes). 
2  h.,  Chant  théâtral  (demoiselles).    Duos 
de  chambre. 
Vend.  i3    »     3  h.,  Tragédie  et  comédie. 

Deux  nouveaux  cours  viennent  d'être  insti- 
tués au  Conservatoire  royal  :  un  cours  de 
diction  dont  Mme  Neury-Mahieu  a  été  nommée 
professeur;  et  un  cours   de   lecture  musicale. 


Lundi  25 

uin,  9  h 

Merc.  27 

»      3  h 

Vend.  29 

.>      2  h 

Same,  3o 

«      2  h 

Lundi  2  j 

ud.  8  h. 

2  h 

Mardi  3 

«      g  h. 

2  h. 

Merc  4 

»     3  h 

Vend   6 

•>    10  h 

C'est  M.  E.  Lapon  qui  est  chargé  de  diriger 
cette  dernière  classe,  dont  l'utilité  pratique  est 
indéniable.  Lire  la  musique,  ce  n'est  pas  seule- 
ment déchiffrer  avec  aisance  la  partie  mélo- 
dique d'un  morceau  ou  un  accompagnement 
de  piano,  c'est  encore  et  surtout  posséder  le 
don  visuel  d'embrasser  d'un  regard  simultané 
les  nombreuses  portées  qui  composent  une  par- 
tition instrumentale,  depuis  les  quatre  portées 
du  simple  quatuor  jusqu'aux  vingt  ou  trente 
portées  d'une  partition  wagnérienne.  On  ima- 
gine aisément  que  cela  ne  s'apprend  pas  tout 
seul  et  qu'il  faut  à  la  fois  une  pratique  continue 
et  une  faculté  d'analyse  très  rapide  que  possè- 
dent de  très  rares  musiciens. 

Il  s'agit,  d'autre  part,  d'initier  les  élèves  des 
classes  instrumentales  à  l'exécution  des  parties 
qu'ils  peuvent  avoir  à  exécuter  dans  un 
orchestre,  dans  les  œuvres  qu'ils  n'ont  pas  eu 
l'occasion  de  parcourir  au  cours  de  leurs 
études  :  par  exemple,  les  partitions  de  Mozart, 
Gluck,  Beethoven,  Meyerbeer,  Wagner,  Schu- 
mann,  Liszt,  Mendelssohn.  M.  Lapon,  qui  est 
un  chef  d'orchestre  exercé,  aura  pour  mission 
spéciale  de  leur  faire  lire  et  exécuter  ces  parti- 
tions, de  façon  qu'ils  soient  en  mesure,  dès  leur 
sortie  du  Conservatoire,  de  faire  convenable- 
ment leur  partie  dans  un  orchestre  de  sym- 
phonie ou  un  orchestre  de  théâtre. 

M.  E.  Lapon  pourra  rendre,  dans  ses  nou- 
velles fonctions,  de  très  précieux  services. 

Une  omission  s'est  glissée  dans  la  petite  note 
parue  dans  notre  dernier  numéro  et  relative  à 
l'exécution  musicale  qui  a  eu  lieu  à  l'église  de 
Saint-Josse-ten-Noode  pour  la  célébration  des 
noces  d'or  de  M.  et  de  M""=  Ferd.  Kufferath. 
Nous  n'avons  mentionné  que  les  élèves  de  la 
classe  de  chant  de  M""^  Cornélis-Servais.  Nous 
devons  ajouter  que  les  élèves  de  la  classe  de 
M'ie  EUy  Warnots  ont  prêté  également  leur 
concours  à  l'exécution  des  œuvres  du  jubilaire, 
autorisées  exceptionnellement  par  leur  profes- 
seur qui  a  tenu  à  s'associer  ainsi  à  la  manifesta- 
tion organisée  en  l'honneur  du  doyen  des 
professeurs  du  Conservatoire. 

Ffier,  samedi,  se  sont  ouvertes,  à  Mons,  les 
fêtes  organisées  par  la  ville,  à  l'occasion  du  tri- 
centenaire de  la  mort  de  Roland  de  Lassus.  Ce 
festival  a  débuté  par  un  grand  concert  organisé, 
comme  nous  l'avons  dit,  par  le  Conservatoire 
de  Mons  et  qui  comprenait, outre  des  fragments 
des  grands  maîtres  modernes  de  la  symphonie, 
plusieurs  œuvres  de  Roland  de  Lassus  et  une 


534 


LE  GUIDE  MUSICAL 


cantate  en  l'honneur  du  maître  de  Mons,  com- 
posée par  M.  J.  Van  den  Eeden.  Nous  en  ren- 
drons compte  dans  notre  prochain  numéro. 
Aujourd'hui  dimanche,  commence  le  grand 
concours  de  chant  d'ensemble  organisé  à  la 
même  occasion, qui  durera  deux  jours  et  auquel 
prendront  part  des  .sociétés  chorales  du  Bori- 
nage,  du  pays  de  Liège  et  une  société  néerlan- 
daise. La  lutte  sera  surtout  intéressante  dans 
les  divisions  d'honneur,  d'excellence  et  dans  la 
première  division,  auxquelles  participeront  les 
Chœurs  Réunis  de  Herstal,  la  Réunion  des 
Chœurs  d'Ensival,  l'Emulation  de  Dour, 
l'Union  chorale  de  Pâturages,  l'Aurore  de 
Malines,  la  Concorde  de  Verriers,  Maestrich- 
ter  Staer  de  Maestricht  et  d'autres.  Les  chœurs 
imposés  sont  composés  par  MM.  Van  den 
Eeden,Radoux,Hinnens,Prys,Vastersavendts, 
et  l'administration  communale  a  constitué  un 
jury  de  onze  membres,  composé  d'artistes 
éminents. 


CORRESPOND  A  NCES 

ANVERS.  —  L'audition  qu'est  venu  don- 
ner, à  la  Société  royale  d'Harmonie,  le 
célèbre  Orchestre  philharmonique  de  Berlin,  a  été 
un  vrai  régal  pour  nos  dilettanti.  M.  Franz  Mann- 
stâdt  dirige  cette  remarquable  phalange  avec  une 
grande  autorité;  aussi,  obtient-il  une  correction 
absolue  dans  l'exécution  et  un  fini  extraordinaire 
dans  les  nuances. 

Citons  surtout  la  superbe  interprétation  des 
œuvres  de  Beethoven  :  la  Symphonie  en  er^  mineur 
et  l'immortelle  ouverture  de  Lëonorc.  Une  scène  de 
ballet  d'après  une  étude  de  Mayseder  orchestrée 
par  Hellmesberger,  a  littéralement  transporté 
l'auditoire;  l'emsemble  des  violons  dans  les  pas- 
sages de  difficulté  a  été  particulièrement  remar- 
qué. 

Le  Concertmeister,  M.  Witek,  s'est  révélé  excel- 
lent virtuose  dans  l'interprétation  d'un  concerto 
de  Paganini;  grande  pureté  de  son  et  correction 
absolue  telles  sont  les  qualités  essentielles  de 
l'artiste. 

En  somme,  soirée  remarquable 

Dimanche  dernier  a  eu  lieu  la  fête  gymnastique 
dont  nous  avons  déjà  entretenu  nos  lecteurs.  Une 
harmonie,  sous  la  direction  de  M.  Muldermanns, 
a  exécuté  la  musique  que  Peter  Benoit  avait  spé- 
cialement écrite  pour  la  circonstance  et  que 
M.  Degrez  avait  transcrite  pour  harmonie. 

D'un  caractère  mâle  et  énergique,  ces  pages 
musicales  ont  souligné  d'une  heureuse  façon  les 
divers  mouvements  des  gymnastes. 

Notre  confrère,  M.  Eug.  Landoy,  rédacteur  en 


chef  du  Précurseur,  consacre  à  ce  mouvement 
artistique  d'un  nouveau  genre  un  article  fort  bien 
senti  et  qui  résulte  d'un  interview  qu'il  a  eu  avec 
le  maître.  Nous  croyons  ne  pouvoir  faire  mieux 
que  d'en  reproduire  ici  quelques  passages  : 

«  On  sait  que  Peter  Benoit  est  très  partisan  de 
la  musique  appliquée  â  la  gymnastique.  Le  maître 
a  déjà  conçu  un  cycle  musical  ou  plutôt  une  trilo- 
gie divisée  comme  suit  :  i''"  partie,  la  technique; 
3°  partie,  la  technique  et  l'esthétique;  3"  partie,  , 
l'esthétique  pure. 

»  Il  va  de  soi  que  Peter  Benoit  ne  songe  pas  à  I 
mettre  en  musique  des  exercices  acrobatiques,  mais  i 
seulement  à  combiner  le  rj'thme  musical  avec  le  r 
mouvement  dans  les  exercices   plastiques,  prêtant 
à  de  majestueux  déploiements,  sans  aucune  espèce 
d'engin.        • 

»  L'idéal    des  exécutions  turnermusicalisàs,  nous 
dit   le   maître,    ne    sera   pleinement    réalisé   que  - 
lorsque  le  compositeur  dirigera  lui-même  le  tout, 
musiciens,  chanteurs  et  gymnastes. 

»  Peter  Benoit  voudrait  même  fondre  cet 
ensemble  dans  une  action  dramatique,  empruntée 
à  l'histoire  et  permettant  l'arrivée  successive  des 
groupes,  puis  leur  combinaison  dans  une  grande 
manifestation  d'art  qui  rappellerait,  avec  les  pro- 
grès modernes  et  l'actualité  de  la  conception,  les 
fastes  des  anciens  jeux  olympiques.  Comme  on  le 
voit,  le  plan  est  grandiose,  mais  le  maître  flamand 
est  digne  et  capable  de  l'exécuter.  » 

Chose  curieuse,  tandis  que  chez  nous  vient  de 
se  réaliser  une  partie  de  ce  vaste  plan,  on  s'ap- 
prête à  faire  revivre,  à  Paris,  les  jeux  olym- 
piques. Si  la  coïncidence  est  singulière,  il  n'en  est 
pas  moins  vrai  qu'il  y  a  plus  de  six  mois  que 
Benoit  caresse  et  étudie  ce  projet.  Quelques  au- 
ditions intéressantes  viennent  d'avoir  lieu  à  l'Ex- 
position. A.  W. 

—  M.  Arthur  Wilford,  le  compositeur  anversois 
bien  connu,  ayant  dédié  une  marche  nuptiale,  pour 
orchestre,  au  prince  Charles  de  Hohenzollern  et 
à  la  princesse  Joséphine,  le  prince  régnant  de 
Hohenzollern  vient  de  lui  conférer  la  médaille 
d'or  des  ;i  Arts  et  des  Sciences  ». 

Nos  félicitations. 

— Les  fêtes  musicales  de  l'Exposition  d'Anvers, 
d'après  V Indépendance  : 

A  la  fin  du  mois  de  juin,  festival  réservé  à  la 
musique  allemande,  sous  la  direction  du  célèbreu 
maître  de  chapelle  Mottl,  avec  le  concours  de( 
M.  Ernest  Van  Dyck. 

Au  mois  de  juillet,  festival  français  avec  la  col-  - 
laborationde  MM.  Emmanuel  Chabrier,  Vincent  i 
d'Indy,  Alfred  Bruneau,  Charpentier,  etc. 

M.  Noté  et  M"!'=  Hervé,  de  l'Opéra  de  Paris, 
ainsi  que  M"'"  Sybill  Sanderson,  la  créatrice  de 
rhryné  à  l'Opéra-Comique,  se  feront  entendre 
pendant  le  mois  d'août. 

A  la  fin  d'août,  festival  russe.  Enfin,  un  festival 
eu  trois  journées  sera  consacré  aux  œuvres  des 
auteurs  belges  :  Peter  Benoit,  Huberti,  Blockx, 
Van  den  Eeden,  etc. 


LE  GUWF  MUSICAL 


535 


DRESDE.  —  Avec  une  douzaine  de  mille 
marcs,  la  direction  de  noire  Opéra  a  obtenu 
du  ténor  Gritzinger  la  résiliation  de  son  contrat. 
Sacrifice  nécessaire;  le  public  aurait  fini  par 
déserter  si  on  lui  avait  imposé  plus  longtemps  un 
Heldentenor  qui  n'a  d'héroïque  que  ses  six  pieds 
de  haut;  M.  Gudehus,  appelé  de  Berlin,  a  chanté 
Siegmund  jeudi  dernier,  et  nous  avons  eu,  grâce 
à  son  concours,  une  excellente  audition  de  la 
Walkyrie.  Ce  n'est  pas  que  la  voix  de  notre  ancien 
ténor  n'ait  ses  défaillances,  mais  il  possède  nue 
rare  intelligence  de  la  scène.  Si  parfois  le  geste  et 
l'expression  du  visage  manquent  de  jeunesse, 
d'irrésistibles  élans,  une  attitude  pleine  de  noblesse 
viennent  plaider  en  faveur  de  ce  consciencieux 
artiste.  Nous  l'avons  surtout  apprécié  dans  la 
scène  de  l'Epée  et  dans  l'entretien  suprême  avec 
Brunnhilde.  Dire  que  Mn^"  Malien  a  admirable- 
ment interprété  la  Walkyrie,  c'est  répéter  une  affir- 
mation déjà  fort  connue.  Mais  comment  ne  pas 
rendre  un  nouvel  hommage  à  une  personnalité 
si  puissante?  On  est  entraîné  par  l'énergie  soutenue 
de  la  guerrière  et  attendri  par  sa  soumission  finale 
aux  décrets  paternels.  Tempérament  généreux  et 
passionné,  voix  aux  sonorités  éclatantes,  diction 
admirable,  accents  d'une  émotion  intense,  tels  sont 
les  traits  qui  font  de  Thérèse  Malien  une  Walkyrie 
accomplie.  Jamais,  peut-être.  M™"  Wittich  n'avait 
été  une  si  touchante  Sieglinde.  Très  en  voix,  ce 
soir-là,  et  d'une  beauté  idéale,  elle  s'est  surpassée 
dans  la  magnifique  scène  avec  Brunnhilde. 

M.  Perron  est  un  remarquable  Wotan.  Quoiqu'un 
peu  basse  pour  sa  voix,  cette  partie  convient  tout 
à  fait  à  la  nature  sérieuse  de  sa  personne  et  de 
son  talent.  La  charmante  M""  von  Chavanne 
(Fricka)  semble  mal  à  l'aise  dans  son  rôle  de 
justicière,  aussi  force-t-elle  son  indignation. 
M.  Keller  a  rendu  de  son  mieux  le  personnage  de 
Hunding  jusqu'à  présent  confié  à  M.  Decarli. 

L'orchestre,  sous  la  direction  de  M.  Schuch  est 
merveilleux. 

A  côté  de  ces  fortes  et  durables  impressions 
artistiques,  faut-il  vous  entretenir  d'un  ténor, 
M.  Rittershaus  qui,  n'ayant  pas  beaucoup  plu 
dans  les  Huguenots,  a  désiré  se  produire  dans  le 
Trouvère  où  il  a  mieux  réussi?  Entre  temps,  il  a 
rendu  publiques  des  offres  de  «  claque  »  à  lui 
faites  directement  et'suivies  d'un  compte  en  bonne 
et  due  forme.  Le  tout  a  causé  ici  une  certaine 
sensation,  mais  il  est  probable  que,  de  part  et 
d'autre,  on  se  séparera  à  l'amiable.  Alton 

LIEGE.  -—  Après  le  mémorable  et  belliqueux 
concours  de  chant  d'ensemble  de  Charleroi, 
qui  les  avait  vu  aux  prises  vocales,  dans  deux 
chœurs  si  difficiles  et  si  différents  de  Style,  le  Rêve 
de  Léon  Dubois  et  Vers  l'Avenir  de  J.  Simar,  nos 
vaillantes  chorales  ont  voulu  se  soumettre  au  juge- 
ment du  public  liégeois  -  qui  n'avait  cessé  de 
porter  un  ardent  intérêt  à  la  lutte.  C'est    sur    un 


teirnin  neutre,  le  terrain  de  la  charité  que  s'est 
rouvert,  par  deux  fois,  devant  un  immense  audi- 
toire enfiévré  de  plus  de  cinq  mille  personnes 
entassées  dans  la  vaste  salle  de  la  Renommée,  un 
concours  cette  fois  pacifique. 

Le  jeudi  14  juin,  les  Disciples  de  Grétry  se  sont 
fait  entendre  précédés  d'un  très  intéressant  con- 
cert. La  partie  vocale  était  confiée  à  M""  Jeanne 
Flament,  du  Conservatoire  de  Bruxelles,  prix 
d'honneur  de  la  Reine,  aimable  cantatrice,  à  la 
belle  voix,  se  faisant  accueillir  dans  l'air  de  Saiiison 
d  DnHla,  puis  MM.  Eug.  Henrottc  et  A.Moussoux, 
les  excellents  baryton  et  ténor  de  la  société,  en- 
tendus dans  les  meilleurs  morceaux  de  leur  réper- 
toire avec  un  étourdissant  succès  et  force  rappels. 

La  partie  instrumenlale  était  tenue  par  un  jeune 
violoncelliste,  lauréat  de  notre  Conservatoire, 
actuellement  attaché  à  l'orchestre  Lamoureux. 
M.A.Weyns,  montrant  d'excellentes  qualités  dans 
le  concerto  de  Golterman  et  des  morceaux  de 
genre  de  B.  Godard  et  de  Popper 

Enfin,  dans  un  religieux  silence,  M.  Delsemme, 
le  zélé  et  persévérant  directeur  des  Disciples,  nous 
a  fait  admirer  l'art  avec  lequel  il  avait  mené  à  une 
victoire  chèrement  disputée,  sa  remarquable  pha- 
lange. 

Bravos  enthousiastes  ! 

Le  dimanche  17  juin,  affluence  encore  plus  con- 
sidérable; s'il  est  possible,  pour  applaudir  les 
vainqueurs,  qui,  eux  aussi,  avaient  encadré  leur 
audition  d'un  non  moins  superbe  concert.  L'excel- 
lente harmonie  du  14"  régiment  de  ligne,  sous  la 
ilirection  précise  de  M.  Braet,  ouvrait  et  clôturait 
la  séance,  se  faisant  applaudir  dans  de  bonnes 
transcriptions.  Puis,  par  un  sentiment  d'émulation 
galante,  on  avait  fait  appel  à  M"''  Elise  Poispoel, 
rie  votre  Conservatoire,  prix  de  la  Reine  égale- 
ment, qui  a  révélé  son  excellente  méthode  dans  des 
morceaux  de  Thomas  et  de  Massenet.La  virtuosité 
était  représentée  par  une  aimable  violoniste, 
M""  Edith  Robinson,  jeune  élève  pleine  d'avenir, 
confiée  aux  soins  éclairés  de  notre  célèbre  profes- 
seur C.  Thomson. 

L'entrée  de  M.  Sylvain  Dupuis,  entouré  des 
fidèles  compagnons  de  la  Légia,  a  été  saluée  par 
une  grairdiose  ovation. 

La  perfection  atteinte  par  la  glorieuse  société 
liégeoise,  surtout  dans  le  Rêve  de  Dubois,  et  les 
sages  gradations  réalisées  dans  V Avenir  de  J.  Si- 
mar, n'ont  pas  laissé  de  doute  sur  la  supériorité 
d'exécution.  A.  B.  O. 

XONDRES.  —  La  «  Season  »  bat  son  plein. 
J  Les  théâtres  et  concerts,  grâce  à  la  tempé- 
rature pluvieuse  et  froide,  font  d'excellentes 
affaires. 

Au  Covent  Garden,  sir  Augustus  Harris  a  réussi 
à  grouper  un  grand  nombre  d'artistes  renommés, 
formant  une  troupe  incomparable  :  M"^'^  Adini, 
Melba,  Calvé,  de  Nuovina,  M""  Bauermeister, 
particulièrement  favorisée  par  la  reine,  qui  lui  a 


536 


LE  GUIDE  MUSICAL 


fait  remettre  un  bijou  superbe  en  souvenir  de  la 
représentation  de  Faust,  donnée  dernièrement  au 
palais  de  Windsor;  M"'  Simonnet,  M"<^'  Giulia 
Ravogli  et  Miss  Pauline  Joran.  Du  côté  masculin, 
nous  avons  :  MM.  Plançon,  Castelmaiy,  Cossira, 
Albers,  Signor  Beduschi,  de  Lucia,  Aucona,  enfin 
Jean  de  Reszké,  qui  vient  de  jouer  le  Werther,  de 
Massenet,  avec  M"'''^  Emma  Eames  et  Sigfried 
Arnoldson. 

Indépendamment  de  cet  ensemble  remarquable 
et  prodigieux,  sir  Augustus  Harris  nous  anncmce, 
au  Drury  Lanc,  huit  représentations  allemandes 
des  œuvres  wagnériennes  :  La  Walkyrie,  Siegfried, 
Tristan  et  Isetitt,  Loheiigrin,  Tannhœuser  et,  de  plus, 
Fidelio  et  Freischiits. 

Parmi  les  artistes  engagés,  nous  citerons  les 
deux  grandes  cantatrices  en  renom  au  delà  du 
Rhin  :  M""==  Klafsky  et  Elyse  Kutscherra  ;  viennent 
ensuite  M""-'»  Gherlsen,  Olitzka,  Bauermeister, 
Dagmar,  Sara  Moriz,  Brassi  et  Pauline  Joran, 
MM.  Dufriche,  David,  Bispham,  M.  Wiegand  et 
le  ténor  de  Hambourg,  Rothmilhl. 

Jeudi  dernier,  à  Covent  Garden,  M""'  Adini 
remplissait  le  rôle  de  Valentine,  dans  les  Huguenots, 
pour  la  première  fois  en  Angleterre.  Elle  a  reçu 
un  accueil  très  chaleureux,  M"°  Simonnet  jouait  à 
côté  d'elle  le  rôle  de  Marguerite  de  Valois.  On  l'a 
trouvée  un  peu  affectée.  M""  Olitzka  personnifiait 
Urbain  et  complétait  avec  MM.  Plançon  et  Du- 
friche un  ensemble  remarquablement  homogène. 

Au  dernier  concert  de  la  Symphonie  Society, 
M.  Edouard  Grieg  a  dirigé  sa  nouvelle  musique  de 
scène  pour  Sigur  Jorfalgar,  le  drame  de  Bjornson. 

Grieg  est  encore  peu  connu  ici,  mais  son  succès 
a  été  très  vif. 

Très  beau  concert  au  Princess  Hall,  par  Miss 
Ada  Wray's,  qui  a  gentiment  chanté  la  cavatine 
des  Pécheurs  de  Perles.  Le  jeune  violoncelliste  Jean 
Gerardy  a,  comme  l'an  dernier,  émerveillé  son 
auditoire  par  ses  qualités  précoces  et  le  profond 
sentiment  dont  son  jeu  est  empreint.  M"'''^  Douste, 
tovijours  aimables  et  gracieuses,  ont,  au  même 
concert,  recueilli  des  nouveaux  succès. 

Au  Queen's  Hall,  une  société  chorale  suisse,  le 
Berner  Liedertafel,  se  composant  de  cent  vingt 
exécutants,  a  donné  une  exécution  en  général  fort 
sèche  et  disons  même  médiocre,  de  choeurs  popu- 
laires parfois  intéressants.  Le  défaut  prédominant 
est  le  manque  absolu  de  nuances  justes  et  bien 
réglées.  La  plupart  des  membres,  —  amateurs,  du 
reste,  —  semblent  ignorer  l'effet  déplorable  que  pro- 
duit l'exagération  des  fortes  par  un  nombre  aussi 
important  de  chanteurs.  Quel  étrange  contraste 
avec  les  chœurs  entendus,  quelques  jours  aupara- 
vant, de  l'Amsterdamsche  a  Capella  Koor. 

Dans  le  même  Hall,  M.  Raoul  Pugno  a  obtenu 
un  réel  succès.  Son  récital  de  piano  se  composait 
de  numéros  bien  choisis  et  bien  exécutés.  Il  a  fait 
preuve  d'une  technique  approfondie  tour  à  tour 
dans  la  sonate  du  Clair  de  Lune  de  Beethoven,  dans 
une  sonate  deSchumann  et  des  œuvres  de  Hœndel, 
Chopin,  Mendelssohn  et  Grieg. 


Au  S'-James  Hall,  M"°  Chaminade  a  exécuté 
à  ravir,  et  devant  une  salle  comble,  six  de  ses  com- 
positions. 

La  Cari  Roza  Company  vient  de  terminer  sa 
saison  théâtrale  à  Birmingham.  M""  Pauline 
L'Allemand  sera  engagée  comme  soprano  pour  la 
prochaine  saison.  A.  Le  Kime. 


J\rO  U  V EL  LES  DI  VERSES 

Les  fêtes  organisées  à  Munich  à  roccasion 
du  tri- centenaire  de  Roland  de  Lassus  ont 
commencé  le  14  juin,  par  une  sérénade  donnée 
sur  la  place  de  la  Promenade,  devant  le 
monument  du  vieux  maître.  Six  sociétés  de 
chant  de  Munich  ont  pris  part  à  cette  sérénade, 
qui  comprenait  deux  chœurs,  un  Magnificat  et 
le  vii^  psaume  de  Lassus  ;  elle  s'est  terminée 
par  un  hymne  de  M.  Rheinberger.  Un  grand 
concert  a  eu  lieu  le  lendemain  dans  la  salle  de 
rOdéon,  sous  la  direction  de  Hermann  Levi. 

Dans  la  première  partie  de  ce  concert,  on  a 
entendu  les  œuvres  suivantes  de  Roland  de 
Lassus  :  Dci  donum,  motet  à  6  voix  ;  Giistate 
et  videte,  motet  à  5  voix;  Timor  et  trémor, 
motet  à  6  voix  ;  Je  l'aime  bien,  chanson  à 
4  voix  ;  Un  chasseur  (Es  jagt  ein  Jasger),  air 
allemand  à  5  voix;  0  la  oclie  bon  eccho,  vila- 
nelle  à  8  voix  ;  enfin,  Quo  pr opéras  facunde 
nepos,  hymne  à  Albert  V  et  à  son  épouse,  à 
10  voix.  La  seconde  partie  se  composait  de  la 
neuvième  symphonie  de  Beethoven.  On  sait 
que  Roland  de  Lassus  mourut  à  Munich  le  14 
juin  1694. 

M.  Siegfried  Wagner,  le  fils  du  maître  de 
Bayreuth,  vient  d'entrer  dans  sa  vingt-sixième 
année. 

A  l'occasion  de  l'anniversaire  de  son  fils, 
iV[me  Cosima  Wagner  lui  a  fait  don  d'un  pavillon 
de  musique  nouvellement  construit  dans  les 
jardins  de  la  villa  Wanhfried,  à  Bayreuth,  et 
destiné  à  servir  de  salle  d'études  pour  les  élèves 
de  l'école  dramatique  de  Bayreuth, 

Là  ne  se  sont  pas  bornés  les  cadeaux. 
M"<ï  Cosima  Wagner,  pour  flatter  la  fantaisie 
de  son  fils,  grand  amateur  de  chiens,  a  composé 
pour  les  cinq  bêtes  qu'il  possède  cinq  petites 
poésies,  les  a  fait  imprimer,  coller  sur  de  petits 
cartons,  et  les  a  attachées  au  cou  des  chiens. 

L'un  après  l'autre,  le  jour  de  l'anniversaire 
delà  naissance  de  Siegfried,  ils  furent  introduits 
dans  le  pavillon  musical,  et  le  fils,  ravi,  put  lire 
au  cou  de  chacun  de  ses  chiens  favoris  les 
vœux  qu'ils  lui  offraient,  versifiés  par  la  veuve 
du  grand  Wjgner. 

Quelques  journaux  ont  publié  ces  versiculets 
et  sont,  à  ce  propos,  montés  sur  leurs  grands 


LE  GUIDE  MUSICAL 


537 


chevaux,  dénonçant  le  «  cabotinisnie  »  de  cet 
amour  maternel. 

Il  va  sans  dire  que  M™e  Wagner  n'est  pour 
rien  dans  la  publication  de  ses  petits  poèmes, 
qui  sont  une  plaisante  fantaisie  familliale,  rien 
de  moins,  rien  de  plus. 

Une  indiscrétion  a  été  commise  par  un  des 
ouvriers  de  l'imprimerie  où  M™=  Wagner  avait 
fait  composer  les  petits  cartons  destinés  aux 
chiens  de  M.  Siegfried  Wagner.  Cet  ouvrier 
les  communiqua  au  Frankischc Merctir,  qui  les 
reproduisit  sans  autorisation.  On  dit  même  que 
Mme  Wagner  va  intenter  un  procès  à  ce  journal 
pour  publication  non   autorisée. 

Beaucoup  de  bruit,  en  somme,  pour  peu  de 
chose. 

Le  Fremdenblatt  de  Berlin  nous  apporte 
d'intéressants  détails  sur  les  dispositions  du 
testament  de  Meyerbeer  relative  à  ses  œuvres 
posthumes.  Il  y  est  formellement  stipulé  que 
Vasco  de  Gama  (Y Africaine)  sera  la  seule  de 
ses  pièces  qui  sera  représentée  après  sa  mort. 

Tout»  s  les  autres  compositions  doivent  être 
réunies  en  un  volume  qui  restera  ignoré  de 
tous  et  qui  sera  remis  à  celui  de  ses  petits 
enfants  qui,  à  l'âge  de  seize  ans,  fera  preuve 
d'un  réel  talent  musical. 

Si  cette  condition  ne  se  réalise  pas,  le  volu- 
me sera  livré  aux  flammes  par  les  soins  des 
exécuteurs  testamentaires.  «  Jamais,  ajoute 
Meyerbeer  pour  expliquer  ses  décisions,  les 
œuvres  posthumes  d'un  compositeur  n'ont 
ajouté  à  sa  gloire.  « 

En  ce  qui  le  concerne  tout  au  moins,  l'auteur 
des  Huguenots,  Meyerbeer  a  eu  raison. 

On  vient  d'inaugurer  à  Munster  (Alsace)  une 
salle  de  théâtre  offerte  à  la  ville  par  la  muni- 
ficence de  la  famille  Hartmann,  età  cette  occa- 
sion on  a  exécuté  sur  la  nouvelle  scène  un 
petit  opéra-comique  en  un  acte,  en  dialecte 
alsacien,  avec  chœurs,  orchestre,  ballet,  etc., 
dont  la  musique  est  de  M.  Weckerlin,  biblio- 
thécaire du  Conservatoire  de  Paris.  Titre  : 
VAstrologne.  Le  poème  est  de  M.  Mangold. 
Cette  œuvrette  date  du  reste  de  quelques  années 
déjà. 

Elle  n'en  a  pas  moins  obtenu  un  très  vif 
succès. 

Il  est  question,  depuis  quelque  temps,  d'éri- 
ger un  monument,  à  Zelazowa  Wola,  à  la  mé- 
moire de  Chopin.  L'initiative  de  l'érection  du 
monument  a  été  prise  par  la  Société  musicale 
de  cette  ville.  La  maison  de  Chopin  existe 
encore,  à  Zelazowa  Wola,  près  de  Sochaczew; 
les  fonds  nécessaires  au  rachat  ont  été  réalisés 
au  moyen  de  concerts  donnés  à  Varsovie  et  à 
Radom,  au  produit  de  ces  concerts  est  venue 
s'ajouter  une  offrande  de  2,000  francs  faite  par 
M.  Paderewski. 


Le  14  juin  s'est  ouverte  la  saison  des  bains 
de  mer  à  Scheveningue,  et  à  cette  occasion  a 
eu  lieu  le  premier  concert  de  l'orchestre  phil- 
harmonique de  Berlin,  qui  a  fait  entendre  deux 
ouvrages  posthumes  de  Borodine  et  de  Tchaï- 
kowsky.  C'est  la  dixième  année  que  le  célèbre 
orchestre  de  Berlin  joue  à  Scheveningue  pen- 
dant l'été,  et  ce  petit  jubilé  sera  célébré  par  un 
festival  qui  aura  lieu  au  mois  de  juillet  pro- 
chain. 

Différentes  revues  allemandes  viennent  de 
publier  des  séries  de  lettres  de  Hans  de  Bulow 
dont  certains  fragm.ents  sont  assez  curieux. 
Mais  il  en  est  aussi  qui  sont  très  incohérentes 
et  qui  renferment  sur  les  contemporains  des 
jugements  très  vifs,  acérés,  injustes  même. 
Car  Hans  de  Bulovif  était  tout  nerfs  et  ses 
appréciations  des  hommes  et  des  choses  ont 
quelquefois  une  allure  si  personnelle  qu'elles 
n'ont  nécessairement  qu'une  valeur  toute  sub- 
jective. C'est  ainsi  que,  dans  un  intéressant 
morceau  daté  de  1866,  il  explique  son  attitude 
vis-à-vis  de  la  Trinité  (Wagner,  Liszt  et  Ber- 
lioz). Selon  lui,  on  ne  peut  s'enthousiasmer  et 
agir  que  pour  un  seul  grand  homme  à  la  fois. 
Lorsqu'on  se  trouve  donc  avoir  trois  grands 
hommes  parmi  ses  contemporains,  il  faut 
choisir  celui  auquel  on  se  consacre,  au  risque 
d'être  injuste  pour  les  deux  autres.  On  sait 
celui  qu'il  choisit  :  ce  qui  ne  l'empêcha  pas  de 
blâmer  chez  Wagner  ce  qu'il  appelait  ses  pro- 
cédés cavaliers  envers  Berlioz. 

«  Je  ne  connais  rien  de  plus  sans  cœur, 
écrit-il  dans  un  fragment  —  et  ce  fut  pour 
l'autre  (Berlioz)  un  vrai  coup  dans  le  cœur,  — 
que  le  silence  de  trois  semaines  qui  suivit  le 
don  d'une  partition,  et  ne  fut  rompu  que  par 
l'envoi  d'une  autre  partition,  avec  cette  dédi- 
cace : 

»    A  ROMÉO  ET  JULIETTE, 

»    LEURS  RECONNAISSANTS 

))    TRISTAN  ET  ISEULT.    » 

Et  il  ajoute  encore  un  mot  sévère  pour 
«  d'autres  choses  »  qu'il  s'abstient  de  raconter 
afin  d'éviter  de  tomber  dans  les  commérages, 
mais  qui,  dit-il,  «  peuvent  à  peine  s'excuser 
dans  une  nature  qui  ne  serait  pas  tout  à  fait 
ignoble  ». 

Il  y  a  d'autres  lettres  dont  le  ton  vif  rappelle 
celui  des  algarades  restées  fameuses  du  chef 
d'orchestre  berlinois. 

Aussi  ces  publications  de  lettres  non  desti- 
nées à  la  publicité  ont-elles  provoqué  une 
vive  émotion  dans  les  cercles  artistiques  d'Alle- 
magne. M""^  veuve  de  Bulow-Schanger  vient 
de  charger  en  conséquence  son  avocat,  M.  Paul 
Michaelis,  à  Berlin,  de  prendre  les  mesures 
nécessaires  pour  empêcher  que  dorénavant 
d'autres  lettres  de  son  défunt  mari  soient 
publiées  sans  son  autorisation.  M'°'^  de  Bulow 
se  réserve  de  faire  elle-même  un  choix  parmi 


538 


LE  GUIDE  MUSICAL 


les  lettres  et  écrits  du  grand  artiste,  «  afin  d'em- 
pêcher, dit-elle,  que  la  publication  isolée  de 
fragments  ou  de  billets  écrits  sous  l'impression 
du  moment  ne  donne  une  fausse  idée  du  carac- 
tère et  de  la  nature  de  l'artiste.  » 

Le  pape  Léon  XIII  prépare  une  encyclique 
dans  laquelle,  si  l'on  en  croit  les  nouvelles 
venues  de  Rome,  il  condamnerait  sévèrement 
l'exécution  des  musiques  profanes  dans  les 
églises  et  rappellerait  toutes  les  maîtrises  catho- 
liques à  la  pratique  d'un  art  vraiment  religieux. 
Il  faut  reconnaître  que,  pour  la  France, 
l'Italie  et  la  Belgique,  une  pareille  encyclique 
sera  singulièrement  opportune.  Car,  en  géné- 
ral, la  musique  que  l'on  fait  dans  nos  églises 
.  n'est  pas  de  la  imisiqnc  (T église.  Les  croyants 
en  sont  affligés.  Les  artistes  commencent  à  s'en 
indigner.  Mais  les  maîtres  de  chapelle  parais- 
sent peu  s'en  soucier.  Et,  d'ailleurs,  la  dévotion 
mondaine  s'en  accommode. 

D'autre  part,  à  Paris  vient  de  se  constituer  une 
société  qui  a  pour  but  d'encourager  la  restitu- 
tion du  plain-chant  et  du  chant  grégorien  d'après 
les  récents  travaux  de  Dom  Polhier  et  des 
Bénédictins.  Cette  société  a  pour  but  de  réunir 


les  «  grégoriens  »,  de  révéler  à  la  foule  des 
chrétiens  l'incomparable  beauté  d'une  liturgie 
qu'elle  ignore,  de  créer  des  écoles  de  chantres 
et,  peut-être  aussi,  donner  une  édition  vul- 
gaire des  mélodies  grégoriennes  que,  jusqu'ici, 
leur  notation  archaïque  rend  inaccessibles  à  la 
multitude. 

Cette  société  ne  veut  point,  toutefois,  s'arrê- 
ter à  cette  tâche  en  quelque  sorte  archéolo- 
gique. Elle  croit  qu'il  serait  absurde  de  chasser 
de  l'église  les  musiciens  d'aujourd'hui,  et  elle  les 
invite  à  composer  à  leur  tour  des  messes,  des 
hymnes,  pourvu  toutefois  que  leur  musique 
soit  religieuse  dans  son  inspiration  et  litur- 
gique dans  sa  forme. 

Le  comité  provisoire  placé  à  la  tète  de  la 
Société  comprend  les  noms  de  MM.  Vincent 
d'Indy,  Guilmant,  de  Polignac,  Bordes  et 
Bourgault-Ducoudray.  Celui-ci,  dans  une  lettre 
récente,  définissait  l'œuvre  à  accomplir  en  ces 
termes  :  «  Construire  un  temple  à  la  place 
d'un  casino.  » 

Enfin,  on  annonce,  pour  la  fin  du  mois, 
un  congrès  organisé  par  la  Société  Saint- 
Jean  pour  le  développement  de  l'art  chrétien  et 
qui    sera   consacré    à    l'épineuse    question    de 


BUEITKOPF  &  H -SETEL,  BRU2IELLES 

Editeurs,    46,    Montagne    de  la    Cour,   4$ 

Vient  de  paraître  en  édition  bon  marché 

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DES  GRANDS  MAITRES  ANCIENS  ET  MODERNES 
tori'igi'e   d'iiiirOs   it^s   lexles  oiigiiKuix,   doigtée  au   point  de   vue  du   développcnicnl    lalionnel   du   mécanisme 

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PUBLIÉE    AVEC    LA    COLLABORATION     DE 

M.    GUSTAVE    SANDRE 

Professeur  d'harmonie  pratique  au  Conservatoire  royal  de  Bruxelles 

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sonne qui  en  fait  la  demande. 

PIANOS  BECHSTEIN.  —  PIANOS  BLUTHNER 

HARMONIUMS     ESTEY 


LE  GUIDE  MUSICAL 


539 


la  restauration  du  plain-chant  et  de  la  musique 
sacrée.  Les  musiciens,  auteurs  ou  maîtres  de 
chapelle,  sont  invités  à  envoyer  au  congrès  le 
fruit  de  leurs  réflexions,  et  leur  opinion  sur  le 
grave  débat  qui  s'agite  entre  les  partisans  des 
différentes  méthodes  préconisées.  Les  théories 
de  Dom  Pothier  seront  exposées,  les  éditions  de 
Pustet,  de  Ratisbonne,  seront  mises  en  cause, 
ainsi  que  les  décrets  de  la  Congrégation  des 
Rites  accordant  le  privilège  à  l'éditeur  alle- 
mand. 

Ce  congrès  empruntera  un  caractère  particu- 
lièrement intéressant  du  chef  de  ces  discussions, 
où  les  plus  pures  préoccupations  d'art  alterne- 
ront avec  de  secondaires  compétitions  commer- 
ciales et  internationales,  ainsi  qu'il  ressort  de 
la  campagne  menée  depuis  quelques  mois  par 
une  grande  partie  de  la  presse  religieuse  (et 
aussi  politique)  française  contre  le  monopole 
accordé  par  Pie  IX  à  M.  Pustet,  de  Ratisbonne. 
Ce  monopole,  comme  on  sait,  consistait  dans 
l'exclusif  privilège  de  la  fourniture  des  livres 
choraux  aux  églises,  et  cela  pour  une  durée  de 
trente  ans.  Comme  il  était  question  de  renouve- 
ler ceprivilège,  des  éditeurs  français  ont  protesté 


au  nom  de  leurs  intérêts  méconnus,  soutenus, 
mais  pour  des  raisons  d'ordre  artistique,  par  un 
groupe  de  musicologues  qui  repoussent  l'édition 
de  Ratisbonne  comme  défectueuse  et  non  con- 
forme à  la  vraie  tradition. 

On  assure,  du  reste,  que  le  pape  Léon  XIII 
a  décidé  d'ores  et  déjà  de  ne  pas  renouveler  le 
privilège  de  M.  Pustet. 

BIBLIOGRAPHIE 

La  Mouche...  des  Croches,  par  Willj',  publiée  par 
Fischbacher  !  A  quand  Croches,  Doubles  Croches  et 
Anicroches?  Nous  retrouvons  dans  ce  nouveau  vo- 
lume l'esprit  si  particulier  de  l'Ouvreuse,  légère- 
ment gouailleur,  avec  un  peu  trop  d'amour  pour  le 
calembour,  mais  avec  des  aperçus  souvent  justes 
sur  les  hommes  et  les  choses.  On  aurait  bien  quel- 
ques peccadilles  à  lui  signaler,  ne  fùt-cc  que 
celle  qui  consiste  à  traiter  le  Guide  Musical  de 
feuille  coloniale  (lisez  :  entichée  de  Colonne).  Ne 
pourrait-on  lui  reprocher,  à  l'espiègle  Ouvreuse, 
d'être  un  peu  trop  Lamoureuse  ? 

Harmonies,  chœur  pour  quatre  voix  d'hommes, 
poème  de  Jules  Sauvenière,  musique  de  J.-Th. 
Radoux.   Bruxelles,   Scholt  frères,    éditeurs.  Les 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 


DUBOIS 

Organiste    du    Grand    Org-ue    de   la    Madeleine 


ni 


ID 


iTI 


D 


1"^    SERIE 

1.  Alléluia   du   i^fe^-s-Ze  (Hasndel)  ....  Prix  net,  fr. 

2.  Marche  d'^l^Aa/Ze  (Mendelssohn)       ...  —         « 

3.  Marche  du  Songe  d'une  nuit  d'été  (Mendelssohn)      — 

4.  Introductiondu  troisième  acte  et  Chœur  des  fiançailles 

de  Lohengrin  (R.  V\7"agner)      ....  —         - 

5.  Marche  religieuse   de  Lohengrin  (R.  Wagner).  — 

6.  Marche  de  T!a/2/2.ô^i/5'er(R.  Wagner)       .         .  —         r. 

2'    SÉRIE 

7-  Marche-Gavotte   de  Josué  (Hœndel) 


1  50 

2  — 

2  - 

3  — 
1  50 
3  — 


8. 

9- 
10. 
II. 
12. 


Psaume  XII.  7  Cieli  Immensi  (Marcello) 
Chœur  de  Paulus  (Mendelssohn) 
Chœur  mystique  de  J^ai/5'^'(Schumann) 
Prélude  de  Lohengrin  (R.  "Wagner), 
Introduction  du  troisième  acte  et  Chœur  des  pèlerins 
de   Tannhasuser  (R.  Wagner) 


Prix  net,  fr.  2    — 

—  -^  1  25 

—  »   2   - 

—  .   2  — 

—  «   1  50 

—  -  2  — 


540 


LE  GUIDE  MUSICAL 


organisateurs  du  grand  concours  international  de 
chant  d'ensemble  qui  va  se  donner  à  Mons  ont 
lieu  de  se  féliciter  hautement  d'avoir  confié,  au 
très  remarquable  directeur  du  Conservatoire  de 
Liège  la  composition  du  chœur  imposé  en  division 
d'honneur. 

L'art  d'écrire  pour  les  voix,  faculté  particulière 
chez  le  fécond  maître  liégois,  s'était  déjà  affirmé 
avec  force  et  variété  dans  de  nombreuses  compo- 
sitions versées  au  répertoire  des  sociétés  cho- 
rales; mais  la  volonté  inspirée  de  l'artiste  n'avait 
pas  encore  atteint  cette  plénitude  d'accents  sin- 
cères et  de  moyens  habiles  que  nous  révèle  Har- 
monies. Le  poème  de  M.  Jules  Sauvenière,  l'habile 
auteur  couronné  des  cantates  du  Sitiat  et  d'j4«- 
droviêde,  est  remarquablement  conçu  pour  la 
musique.  Le  choix  de  M.  J.  Th.  Radoux  a 
donc  été  justifié  et  les  phrases  idylliques  et 
lyriques  du  poème,  ont  été  chantées  par  l'heureux 
artiste,  tour  à  tour  avec  grâce  concentrée  et  com- 
municative,  avec  une  fraîcheur  enjouée  et  un 
éclat  superbe. 

L'œuvre  dont  il  s'agit  est  de  haute  et  inspi- 
rée    déclamation,    d'un     entrelacement     harmo- 


nique ingénieux  et  ferme,  et  de  facture  essentiel- 
lement moderne  avec  son  unité  musicale  faisant 
corps  avec  la  poésie.  —  Aussi  sa  réalisation 
séduira  les  sociétés  de  valeur  de  chant  d'ensem- 
ble, —  vouées  à  un  art  élevé.  Ayant  cette  con- 
science intime  de  ses  sincères  efforts,  le  maître 
liégeois,  par  une  délicate  attention,  a  dédié  à 
M™"  J.-Th.  Radoux  sa   dernière  partition 

A.  B.  O. 

NÉCROLOGIE 


Sont  décédés  : 

y[iae  1^  princesse  Marceline  Czartoriska,  née 
princesse  de  Radzivill,  décédée  en  son  château  près 
de  Cracovie,  le  8  juin  1894. 

Excellente  pianiste.  Elle  avait  favorisé  les 
débuts  de  Chopin  à  Paris,  et  elle  est  toujours 
restée  fidèle  au  souvenir  du  célèbre  artiste,  son 
compatriote. 

— A  Charleroi,le  compositeur  de  musique  A.Da- 
gnelies,  qui,  pendant  près  de  quarante  ans,  dirigea 


MAGKÂh  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passade  des  Panoramas  (grande  galerie). 

Piopriélaires  des  œuvres  de  Tscbaikofvsky,  Qottscbaik,   Fruilcnt,  Allard 
des   Arcltiveti   «lu   piauo   et   de  la   célèbre   .llétbotlc    de   piauo    A.    Le    4'arpcnticr' 

Seuls  dépositaires  de  l'Kilitiou  Cbarnot,  spécialement  consacrée  à  la  inasltiue  de  violon 

SUITE    DES    ŒUVRES 

DE 

CHARLES  LEFEBVRE 

PIANO  SOLO  Airs  extraits  :  No    3.  Récit  et  Air  de  Judith  .     .     5 

Op.  44.  N"  I.   Marche 5     »  N"    6.  Chœur. 5 

N"  2.   Romance  sans  paroles.     ...  5     »  N°    8.  Air  d'Holopherne   _.      .      .5 

Op.  60.    Menuet 5 

Op.  70.   Prélude  d'Eloa,  extrait 3 


PIANO  A  QUATRE  MAINS 
Pièces  pour  le  piano  à  quatre  mains. 
N"  I.  Op.  20.  Prélude  choral 

2.  Op.  43.  Romance 

3.  Op.  75.  N°  I.  Le  Retour 

4.  N°  2.  Cortège  villageois     . 

5.  Op.  2.  Menuet. 

6.  Op.   16.  Andantino 

7.  Op.  12.  Scherzo 

Op.   65.   Une  Sérénade,  scène   ....       Net 
Judith,  air  de  ballet,  e.xtrait 

MUSIQUE   VOCALE 

ORATORIOS 
Eloa,  poème   lyrique  en    cinq    épisodes,  d'après 
Alfred  de  'Vigny,  par  Paul  Collin.  Parti- 
tion chant  et  piano Net 

Judith,  drame  lyrique,  poème  de  Paul  Collin. 
Partition  piano  et  chant.  (Te.xte  français  et 

allemand) Net 

Le  poème  seul Net 


7  5o 


Airs  extraits  :  N»    3.  Récit  et  Air  de  Judith  . 

N"    6.  Chœur. 

N"    8 .  Air  d'Holopherne   .  . 

N°  16.  Récit  et  Prière  de  Judith  . 

N"  17.  Duo  ;  Judith  et  Holopherne 

MÉLODIES 

Adieu,  Suzon,  chanson.  Ténor 

Berceuse,  mélodie    Mezzo-soprano        .... 

Contemplation,  mélodie.  Mezzo-sopr.  ou  baryton 

Dans  la  steppe.  Ténor  ou  soprano 

La  Fille  de  Jephté,  arioso,  Mezzo-soprano.      . 

Invocation,  avec  accompagnement  de  violoncelle 
(adlib.).  Mezzo  soprano 

Légende  de  sainte  Azénor.  Mezzo-sopr.  ou  baryt. 

Pompéi,  scène.  Baryton 

Prière  du  matin,  mélodie.  Mezzo-soprano 

Promenade  nocturne.  Mezzo-soprano  .... 

Le  Retour  {Il  Ritorno),  mélodie.  (Français  et  ita- 
lien) .  Soprano  ou  ténor 

Souvenir.  Baryton 

■Vision,  mélodie.  Soprano  ou  ténor 

Harmonie  poétique.  Mezzo-soprano      .... 

Oublier  !  Soprano 

DUOS 

Suis  mes  pas  (Segui  0  Cara).  (Français  et  italien). 


A.  CHAUVET,  quatre  morceaux  de  genre  pour  le  piano,  transcrits  pour  grand  orgue,  par 
.■%.IjKXA!%'DKK  CJlflljfllAWT.  N°  i.  Scherzo,  net  :  2  fr  N°  2  Romance,  net  :  i  fr.So. 
N°  3.  Berceuse,  net  :  i  fr.  5o.  N°  4.  Musette,  net  :  2  fr. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


541 


de  nombreuses  sociétés  de  fanfares  ou  d'harmonie 
d'une  partie  du  Hainaut. 


PIANOS  ET  HARPES 

É  E  A  R  D 


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Théâtre  DES  Galeries.  —  Gigolette  (avec  M™°  Cerny). 
Alcazar  royal.  —  Clôture. 

Waux-Hall.  —  Tous  les  soirs,   concert  de  symphonie 
par  l'orchestre  du  théâtre  de  la  Monnaie. 

Dresde 

Oi>ÉRA.    —    Du  lo  au  24  juin  ;    Les    Huguenots.   Frey- 
schûlz.  Rheingold.  La  Walkyrie.  Mignon,  Le  Trou- 


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DETHIER,  Gaston.  Romance  violon  et  piano        .......  3  — 

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RAGGHIANTI,  J.  Gavotte  et  musette  pf  instruments  à  cordes,  partit,  et  parties       »  3  -- 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  violon  et  piano    .......  3  i5 

—    •              Berceuse  Scandinave,  violon  at  piano       .          .          .          .          »  2  5o 

Kiivoi     l'rniico     dos     catalog^iies 


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SCHOTT  FRERES,  éditeurs,  82,  Montagne  de  la  Cour,  Bruxelles 
OTTO  JUNNE,  éditeur,  21,  Thalstrasse,  Leipzig 


Van  den  Eeden.  Le    Rcvc,  double  chœur   pour  voix   d'hommes. 

Vastersavendts.  La   Puissance  de  la  Musique,  description   vocale   pour  voix    d'hommes. 

Willame.  Gloire  au   iravailleitr,   chœur  pour  voix   d'hommes. 

Ces    trois    chœurs   sont    imposés   en    division   d'honneur   et   d'excellence,  au   grand    concours 
international    de   chant    d'ensemble,  qui    aura    lieu    à   Mons    les    24   et    2S  juin    1894. 


■%'IEi^T    BK    PARAITRl'l    :    A.    Le    Pas.     Aubade    à    la    fiancée,      gavotte    pour    piano^ 
composée   et    dédiée    à   la    princesse  Joséphine   de   Belgique,  à    l'occasion   de    son   mariage. 


SOUS  l*OESSE  ;  M.  Lunssens.  Marche  solennelle  pour  piano,  primée  au  concours  de 
composition  musicale  institué  par  MM.  Schott  frères.  (La  première  audition  a  eu  lieu  à  la  salle 
des   Fêtes   (Exposition  d'Anvers)  lundi    28    mai    1894,  ) 


542 


LE  GUIDE  MUSICAL 


vère.  Siegfried.  Les  Noces  de  Figaro.  Le  Crépuscule 
des  dieux.  Lohengrin. 

Paris 

OrÉEA.  —  Du  10  au  24  juin  :  Sigurd.  Roméo  et  Juliette. 
Lohengrin.  Faust.  Roméo  et  Juliette,  La  Walkyrie. 
Djelma,  Thaïs. 

Opéra-Comique.  —  Du  10  au  24  juin  :  Mignon.  Falstafï. 
Le  Portrait  de  Manon,  Phryné  et  Lalla  Roukh. 
Falstaff.  Carmen.  Falstaff.  Falstaff.  Carmen.  Le  Pré 
au.\  Clercs.  Falstaff,  Mignon.  .Falstaff.  Le  Portrait  de 
Manon,  Phryné  et  Cavalleria  rusticana.  Falstaff. 

Vienne 
Opéra-Impériai..  —  Clôture  annuelle. 


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ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 

AVIS  AUX  COLLECTIONNEURS 

PARTITION  D'ORCHESTRE 

PARTITIONS     PIANO     ET     CHANT 

Volumes  et  ouvrages  théoriques 

Demander  ce  qu'on  désire  ou  le  catalog-ue 

TÉLÉPHONE   I902 


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LE  GUIDE  MUSICAL 


543 


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J.  DARCHE  Jeune 

sont  fusionnées  et  seront  prochainement 
transférées 

Rue  de  la  Montagne,  49 

BRUXELLES 

sous  la  firme  sociale 

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53,  rue  de  la  Madeleine 

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544 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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NOMENCLATURE  DES  ARTICLES  DE  SOIRÉE  VENDUS  PAR  CETTE  MAISON 


Robes  de  dîner  et  de  réception 
Robes  de  bal 

Sorties  de  bal  et  de  théâtre 
Boas  en  plumes,  tour  de  cou 
Châles  et  écharpes 
Soieries  et  velours 


soie,    laine, 


Chapeaux  et  coiffures 
Parfumerie  et  mercerie 
Ganterie  et  fichus 
Eventails  et  fleurs 
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Chemises  et  cravates 


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Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.VanderStraeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

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40"  année  8  et  i5  Juillet  1894  numéros  28-29 

SOMMAIRE 

Michel  Brenet.— Les  Musiciens  de  l'Ecole 
polytechnique  (suite). 

Marcel  Rémy.  —  La  Rénovation  de  la 
musique  religieuse. 

M.  Kufferath.  —  Les  Fêtes  de  Roland  de 
Lattre  à  Mons. 

E.  S.  —  Hans  Richter  et  Félix  Mottl  à 
Londres. 

Cljrontquf  be  la  Semaine  :  Paris  :  Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  Les  concours  du  Conservatoire.  —  Nou- 
velles diverses. 

Correaponbancte  :  Anvers,  Dresde,  Liège,  Lille, 
Londres. 

Nouvelles  diverses. 

Bibliographie.  —  Nécrologie. 

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546 


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40''ANNiîE   —  Numéros  28-29. 


8  el  i5  Juillet  1894. 


be  r£cole  pol^tecbntciue 

(Suite    —  Voir  les  n<"*  24-25) 

F.-J.  Fétis  n'a  pas  eu  de  tendresse  non 
plus  pour  un  autre  polytechnicien,  le  comte 
François-Camille-Antoine  DURUTTE.  Né  à 
Ypres  le  i5  octobre  i8o3,  fils  d'un  général 
comte  de  l'Empire,  il  fit  partie  delà  promo- 
tion de  1823  et  fut  classé  dans  le  corps  de 
l'artillerie.  A  peine  en  possession  du  grade 
de  lieutenant,  il  démissionna  en  1827,  pour 
se  fixer  à  Metz,  s'y  marier,  et  consacrer  sa 
vie  aux  études  musicales.  Il  se  lança  bien- 
tôt avec  ardeur  dans  la  composition  de 
symphonies,  d'ouvertures,  de  messes  avec 
orchestre,  et  d'oeuvres  de  musique  de 
chambre,  qu'il  avait  de  temps  en  temps  le 
plaisir  assez  rare  de  voir  exécuter  dans  sa 
province.  Il  écrivit  plusieurs  opéras,  sans 
se  décourager  en  constatant  l'impossibilité 
de  les  faire  représenter.  Un  seul  d'entre  eux, 
le  Violon  de  Crémone,  opéra-comique  en 
deux  actes,  fut,  après  une  longue  attente, 
exécuté  à  Metz,  le  10  mars  i855.  En  cette 
ville,  où  Durutte  n'avait  que  des  amis,  on 
estimait  hautement  son  talent.  Mais  Paris 
dédaigne,  à  l'ordinaire,  les  célébrités  pro- 
vinciales, et  le  système  de  centralisation 
artistique  qui  prévaut,  en  France  souffre 
très  peu  d'exceptions.  Durutte  ne  vit  donc 
pas  sa  réputation  de  compositeur  s'étendre, 
et  son  nom  ne  serait  pas  sorti  du  cercle 
restreint  de  ses  concitoyens,  sans  ses  tra- 
vaux théoriques. 


Elève  de  Barbereau  et  ami  de  Wronski, 
ce  fut  sous  l'influence  de  ces  deux  maîtres 
qu'il  conçut  et  rédigea  le  grand  ouvrage 
publié  en  i855  sous  le  titre  à' Esthétique 
musicale,  technie  ou  lois  générales  du  système 
Jiarmonique.  Trop  scientifique  pour  les 
simples  musiciens,  trop  musical  pour  les 
purs  mathématiciens,  le  livre  de  Durutte, 
écrit  par  surcroît  dans  un  style  souvent 
emphatique  ou  obscur,  fut  vivement  criti- 
qué. Fétis,  en  particulier,  le  traita  de 
(I  dédale  abrutissant  ».  Ses  attaques  ne 
diminuèrent  pas  la  valeur  ni  le  haut  intérêt 
d'un  ouvrage  qui  ne  devait,  il  est  vrai, 
point  faire  école,  mais  qui  ne  pouvait  pas 
non  plus  passer  inaperçu  dans  le  dévelop- 
pement historique  et  théorique  de  l'art.  La 
discussion  entre  F.-J.  Fétis  et  Durette  fut 
longue  et  acerbe.  On  doit  reconnaître  que 
Durutte  avait  lancé  les  premières  flèches  : 
en  disant,  par  exemple,  que  le  traité  de  Bar- 
bereau était  (i  le  seul  à  la  hauteur  de  la  pra- 
tique des  grands  maîtres  »,  il  portait  à 
F^étis  un  coup  direct.  Sur  aucun  point  de 
science  pure  ni  de  simple  pratique,  ces  deux 
hommes  ne  semblaient  faits  pour  s'enten- 
dre. A  l'époque  oti  Fétis  publiait  dans  la 
Revue  el  Gazette  musicale  son  célèbre  réqui- 
sitoire contre  Richard  Wagner,  Durutte, 
l'un  des  premiers  en  France,  affirmait  hau- 
tement son  enthousiaste  admiration  pour  le 
maître  étranger,  et  par  deux  fois  il  plaçait 
son  nom,  ainsi  que  ceux  de  Liszt,  de  Schu- 
mann  et  de  Berlioz,  parmi  les  «  grands 
compositeurs  »  ou  les  «grands  maîtres  mo- 
dernes ».  Tandis  que  Fétis,  choqué  de 
rencontrer  dans  un  quatuor  de  Mozart  des 
harmonies  inusitées,  s'arrogeait  le  droit  de 
corriger  ce  qu'il  taxait  d'hérésie,  Durutte 
cherchait  dans  de  nouvelles  formules  théo- 
riques la  justification  de  ce  «  mystère  nioza- 
rien  ».  En  1876,  dans  le  Résumé  élémentaire 
de  la  Technie  harmonique,  il  répétait  encore 


548 


LE  GUIDE  MUSICAL 


avec  une  entière  confiance  et  une  certaine 
fierté  :  «  Le  génie  musical  des  grands  maî- 
tres les  a  guidés  dans  la  production  de 
beaucoup  de  faits  d'harmonie  transcen- 
dantale  dont  notre  théorie  des  accords 
multiples  peut  seule  rendre  raison  » . 

Quelle  que  soit  la  proportion  d'erreurs 
ou  d'obscurités  contenue  dans  les  écrits 
de  Durutte,  il  est  deux  choses  qu'on  ne 
saurait  contester  :  le  savoir  de  leur  auteur 
et  l'élévation  de  ses  convictions  d'artiste. 

Chassé  de  Metz  par  les  événements  de 
1870,  Duhitte  passa  ses  dernières  années  à 
Paris,  où  il  mourut  le  24  septembre  1881. 

L'ordre  chronologique  des  promotions 
appelle  maintenant  devant  nous  Joseph- 
Antoine  Plassiard.  Né  en  1807,  entré  à 
l'Ecole  polytechnique  en  1827,  classé  dans 
le  corps  des  ponts  et  chaussées,  il  parvint 
au  grade  d'ingénieur  en  chef,  et  se  fixa  à 
Lorient,  où  il  mourut  le  8  octobre  i88g. 
Plassiard  s'était  fait  de  bonne  heure  une 
certaine  réputation  dans  un  genre  tout 
spécial,  la  fabrication  des  cordes  d'instru- 
ments à  archet.  Frappé  de  l'empirisme  qui 
régnait  dans  cette  branche  de  l'industrie 
artistique,  il  avait  commencé  en  1842  de 
minutieux  calculs  et  de  nombreuses  expé- 
riences pratiques  pour  arriver  à  déterminer 
scientifiquement  toutes  les  conditions  néces- 
saires à  l'obtention  de  cordes  parfaitement 
justes.  Le  premier  résultat  de  ces  patientes 
recherches  fut  publié  par  Durutte  en 
quelques  pages  de  son  Esthétique,  et  fit 
l'objet  d'un  mémoire  présenté  à  l'Académie 
des  sciences  en  i858.  Plassiard  avait  établi 
tous  ses  calculs  avant  l'adoption,  en  iSSg, 
du  diapason  officiel  de  870  vibrations  ;  il 
dut  les  recommencer  sur  cette  nouvelle 
base,  et  en  publia  le  résumé  en  1874  dans 
le  recueil  de  l'Association  française  pour 
l'avancement  des  sciences.  Le  même  travail 
reparut  en  1880  sous  une  forme  beaucoup 
plus  étendue,  en  une  brochure  intitulée 
Des  cordes  harvtoniques  en  général  et  spécia- 
lement de  celles  des  instriiments  à  archet. 

Dans  leur  volumineuse  histoire  de  la 
notation  musicale,  MM.  Mathis  Lussy  et 
Ernest  David  font  une  vague  allusion  au 
(I  système  de  portée  du  colonel  Treuille  de 
Beaulieu    ».    Il    s'agit    probablement    ici 


d'Antonin-Hector- Thésée  Treuille  de 
Beaulieu,  né  à  Lunéville  le  7  mai  1809, 
entré  à  l'Ecole  polytechnique  en  1829, 
classé  dans  l'arme  de  l'artillerie,  et  mort  à 
Paris  le  24  juillet  1886,  avec  le  grade  de 
général  de  division  et  celui  de  grand  officier 
de  la  Légion  d'honneur.  Chercheur  infati- 
gable d'inventions  nouvelles,  le  général 
était  bien  dans  le  cas  d'avoir  imaginé,  peut- 
être  à  titre  de  simple  délassement,  des  modi- 
fications à  la  notation  musicale.  C'est,  on  le 
sait,  un  fait  fréquent.  Au  lieu  de  se  féliciter 
de  la  précieuse  universalité  de  l'écriture 
musicale,  qui  unit  dans  un  langage  commun 
les  musiciens  de  tous  les  pays,  nombre 
d'esprits  distingués  appliquent  leurs  facul- 
tés à  vouloir  introduire  dans  la  notation 
quelque  chose  de  la  légendaire  confusion 
de  Babel. 

Un  autre  général  serait  chez  nous  à  peu 
près  le  pendant  du  célèbre  général  Cui, 
s'il  avait  porté  jusqu'à  l'opéra  ou  la  sym-  , 
phonie  son  ambition  de  compositeur.- 
Charles-Joseph-Théodore  Parmentier,  né 
le  14  mars  1821  à  Barr  (Bas-Rhin),  élève 
de  la  promotion  de  1840  à  l'Ecole  polytech- 
nique, fut  classé  dans  l'arme  du  génie,  et 
parvint,  après  une  brillante  carrière  mili- 
taire, au  grade  de  général  de  division. 
Amateur  actif  et  studieux,  élève  pour  l'orgue 
de  G.  Stern,  de  Strasbourg,  M.  Parmentier 
s'est  fait  connaître  comme  compositeur  par 
quelques  articles  insérés  naguère  dans  la 
Revue  et  Gazette  musicale,  la  France  musi- 
cale, et  divers  journaux  alsaciens.  Fixé  à 
Paris  depuis  sa  retraite,  le  général  Par- 
mentier n'a  pas  cessé  de  s'occuper  de  mu- 
sique; il  prend  notamment  une  part  active 
à  la  direction  de  la  société  V  Eu  ter pc. Chacun 
sait  qu'il  a  épousé,  en  i857,  la  célèbre 
violoniste  Teresa  Milanollo. 

Auguste-Lucien  DAUTRESME.né  à  Elbeuf 
le  21  mai  1826,  entra  à  l'Ecole  poljtech- 
niqueen  1846.  La  carrière  maritime,  qui  lui 
fut  assignée  à  la  sortie,  ne  répondant  pas  à 
ses  goûts,  il  donna  sa  démission,  essaya  de 
l'industrie,  puis  se  fit  compositeur,  par  une 
décision  tardive,  et  sans  vouloir,  comme  le 
lui  conseillait  son  maître  Amédée  Méreaux, 
entrer  dans  les  classes  du  Conservatoire, 
pour  se  présenter  au  concours  du  prix  de 


LE  GUIDE  MVSIGÂL 


549 


Rome.  Quelques  petites  pièces  vocales, 
une  sonate  de  piano,  précédèrent  un  opéra 
comique  en  un  acte,  Sous  les  charmilles,  re- 
présenté au  Théâtre-Lyrique, le  29  mai  1862. 
Peu  d'années  après,  un  incident  singulier 
mit  fin  aux  destinées  musicales  de  Dau- 
tresme  :  il  avait  un  ouvrage  en  trois  actes, 
Cardillac,  reçu  à  l'Opéra-Comique,  mais 
dont  le  tour  de  représentation  se  faisait 
attendre  ;  énervé  par  la  lenteur  des  études 
préparatoires  et  la  longueur  totale  de 
l'attente,  Dautresme  envoya  ses  témoins 
au  directeur  du  théâtre  ;  celui-ci  refusant  le 
duel,  le  musicien  s'y  prit  de  si  vive  façon, 
qu'il  fut  traduit  pour  voies  de  fait  devant 
les  tribunaux,  et  se  vit  condamner  à 
six  mois  de  prison.  Cardillac  futjoué  cepen- 
dant, le  II  décembre  1867  ;  mais  son  auteur 
sous  les  verrous  n'en  put  même  pas  suivre 
la  courte  fortune. 

Dautresme,  après  cette  aventure,  ne 
pouvait  conserver  ni  grand  goût  ni  grand 
espoir  en  fait  d'art.  Il  se  fit  journaliste,  et 
pour  dernier  métier  se  jeta  dans  la  poli- 
tique. Il  devint  député,  fut  ministre  du  com- 
merce en  i88g,  et  mourut  sénateur,  à  Paris, 
le  18  février  1892. 

{A  suivre.)  Michel  Brenet. 


LA  RENOVATION 
DE  LA  MUSIQUE  HELiaiEUSE 


La  question  de  la  musique  religieuse  a  fait 
un  petit  pas,  c'est-à-dire  que  la  Congrégation 
des  Rites  a  déclaré  qu'elle  n'entendait  rien 
ajouter  aux  dispositions  antérieures  relatives 
aux  éditions  de  Ratisbonne.  Contrairement  à 
ce  qu'on  a  affirmé,  les  éditions  Pustet  ne  sont 
pas  imposées,  elles  sont  seulement  reconunan- 
dées  :  les  évêques  gardent  leur  libre  apprécia- 
tion sur  la  matière.  La  Congrégation  n'entend 
nullement  donner  son  approbation  aux  autres 
systèmes  de  notation. 

Tout  reste  donc  en  l'état  ou  peu  s'en  faut  ;  et 
ceux  qui  essaient  une  solution  radicale  éprou- 
vent une  légère  déconvenue.  Pour  donner  une 
idée  du  degré  de  passion  apporté  par  certains 
dans  la  question,  on  ne  parlait  rien  moins  que 


de  millions  et  de  millions  qui  étaient  censément 
détournés  de  l'industrie  nationale  française  ;  or, 
la  plus  rapide  statistique  démontre  que,  pour 
qu'il  en  fût  ainsi,  il  faudrait  que  chaque  paroisse 
de  France  achetât,  chaque  année,  pour  un 
millier  de  francs,  en  moyenne,  de  livres  sacrés  ; 
ce  qui  est  loin  de  la  réalité. 

Une  décision  plus  importante  de  la  Con- 
grégation des  Rites  concerne  la  condamnation 
définitive  de  la  musique  d'un  caractère  vrai- 
ment trop  profane  qui  s'exécute  encore,  —  sur- 
tout à  Paris,  —  dans  un  grand  nombre  de 
paroisses.  On  veut,  enfin,  en  revenir  aux  pres- 
criptions, —  pas  nouvelles,  —  du  Concile  de 
Trente. 

Il  est  vraiment  plus  que  temps  de  prendre 
une  résolution  énergique  à  cet  égard,  car  la 
situation  devient  écœurante  au  point  de  vue 
artistique. 

Aussi  faut-il  avec  joie  signaler  la  création 
d'une  Société  française  de  musique  religieuse, 
destinée,  dans  l'esprit  de  ses  fondateurs,  au 
triple  but  suivant  :  restauration  du  plain- 
chant  selon  le  mode  d'exécution  des  bénédic- 
tins ;  diffusion  de  la  musique  religieuse  de  la 
grande  époque  des  Palestrina,  Lassus,  Vit- 
toria,  etc.;  et  création  d'œuvres  musicales  reli- 
gieuses conçues  dans  le  respect  des  textes 
liturgiques  et  de  leur  expression,  en  s'inspirant 
des  traditions  palestriniennes  et  grégoriennes. 
On  ne  peut  qu'applaudir  à  une  si  noble  entre- 
prise, qui  donne  toute  garantie  de  sincérité  et 
de  sérieux  par  la  valeur  même  des  fondateurs  : 
MM.  Bourgault-Ducoudray,  le  savant  mu- 
sicologue; Guilmant,  l'éminent  organiste; 
V.  d'Indy,  Ch.  Bordes,  deux  jeunes  et  vrais 
maîtres;  et  M.  de  Polignac,  amateur  très 
distingué. 

Les  deux  premiers  points  du  programme 
poursuivi  sont  particulièrement  urgents  ;  pour 
s'en  convaincre,  il  suffit  d'assister  à  quelque 
office  dominical  et  d'écouter  la  criaillerie  et  les 
beuglements  des  chantres  ignares  pour  ce  qui 
concerne  le  plain-chant  ;  ou  bien,  pour  la 
partie  musicale  non  liturgique,  de  subir  la 
confiserie  poisseuse  des  Ave  Maria  et  des 
Pie  Jesu,  selon  l'occurrence  nuptiale  ou  fu- 
nèbre. 

Quant  au  troisième  point,  la  création  d'œu- 
vres musicales  dans  l'esprit  sinon  dans  le  style 
ancien,  il  est  plus  discutable,  et  cela  nous 
paraît  plutôt  un  expédient  destiné  à  canaliser 
tant  bien  que  mal  la  production  ininterrompue 
des  œuvres  soi-disant  religieuses  dont  le  cours 
ne  pourrait  brusquement  être  barré.  Car  les 
projets  de  réforme  auront  à  passer  par  la  bonne 


550 


LE  GUIDE  MUSICAL 


volonté  des  organistes  et  des  maîtres  de  cha- 
pelle, généralement  encroûtés,  et  avec  profit, 
dans  la  situation  actuelle.  Ne  pouvant  obtenir 
une  transformation  radicale  de  leurs  idées  ni 
de  leur  manière  de  comprendre  la  composition 
musicale  religieuse,  ne  pouvant  leur  dire  «  tai- 
sez-vous » ,  on  leur  proposera  d'abord  de  «  faire 
autrement  » . 

Assurément,  il  serait  outrecuidant  de  vouloir 
apprécier  un  mouvement  musical  qui  n'est  pas 
encore  né  ;  ce  serait  un  procès  de  tendances. 

Si  ces  observations  préalables  s'émettent  ici, 
elles  résultent  d'une  expérience  analogue  déjà 
tentée,  en  Allemagne,  au  cours  de  ces  dernières 
années. 

Une  poussée  réformatrice  s'est  produite  qui 
a  eu  les  plus  heureux  résultats  quant  aux  exé- 
cutions du  plain-chant  et  au  triage  des  œuvres 
non  liturgiques  à  chanter.    En  même  temps 
qu'on  restaurait  les  belles  pages  des  anciens, 
toute  une  série  de  pastiches  se  succédaient  sans 
interruption  ;  un  grand  nombre  de  musiciens 
se  mettaient  à  «  travailler  dans  cette  partie   >> . 
Quelques-uns,  comme  Haller  Piel  et  Witt,  arri- 
vaient à  une  célébrité  relative.  Leurs  composi- 
sitions    sont    pleines    de    talent,    surtout    de 
correction    rare,    d'écriture    rigoureuse;   quel- 
ques-unes, celles  de  M.  Piel,  prêtre  à  Boppard, 
sont  empreintes  d'onction  réelle;  néanmoins, 
l'audition  de  ce  genre  de  compositions  laisse 
une   certaine   impression   de   malaise.  A   quoi 
cela  tient-il  ?  Confusément  peut-être  à  ce  détail 
que,  malgré  la  sincérité  indéniable  des  auteurs, 
l'aspect    de    leurs   œuvres    est    conventionnel, 
anachronique.  Point  plus  grave,  ces  musiciens, 
s'interdisant  de    prime-abord    certains    modes 
d'expression,  se  confinant  dans  d'étroites  règles 
traditionnelles,     en    sont   forcément    venus    à 
faire  tourner  à  vide  les  rouages  de  leur  esprit 
tout  moderne,  à  chercher  d'autres  issues  à  leur 
imagination;     ne    pouvant,     et    pour    cause, 
retrouver  la  fraîcheur,  la  quiétude  virginale  des 
anciens,  leur  plume  s'occupa  bientôt  du  jeu 
savant  ;  et  telles  messes  du  D"'  chanoine  Witt, 
mort  récemment,  ne  sont  pas  loin  du  byzanti- 
nisme  d'écriture  de  la  Messe  de  l'homiiie  arme. 
Mais    à  quoi    bon   préjuger?  Attendons   à 
l'œuvre  la  nouvelle  école  annoncée  ;  qui  sait  si 
elle  n'apportera  pas  une  formule  neuve,  con- 
ciliant   avec    la     rigide    forme    traditionnelle 
l'esprit  mystique  moderne  ! 

Marcel  Remv. 


LES  FETES  DE  EOLAND  DE  LASSUS  A  MONS! 


ne  peut  honorer  un  mort  illustre, 
en  Belgique,  sans  une  cantate  à  grand 
orchestre  et  sans  un  concours  d'orphéons. 

Roland  de  Lassus  n'a  pas  échappé  à 

cette  commémoration  traditionnelle.  C'eût  été  une 
tentative  hardie  peut-être,  mais  artistique  et  qui 
eût  certainement  fait  sensation  dans  le  monde  mu- 
sical, de  changer  cette  fois  de  manière  et  puis- 
qu'il s'agissait  d'un  des  plus  grands  maîtres  de  la 
musique  de  donner  dans  deux  ou  trois  concert": 
successifs  l'audition  de  quelques-unes  des  œuvres 
marquantes  du  maître  momois,  de  confier  par 
exemple,  à  quelques  unes  de  nos  meilleures  socié- 
tés chorales  d'hommes  l'exécution  de  ses  chœurs 
profanes  ou  religieux  pour  voix  d'hommes,  d\ 
opposer  les  excellents  chœurs  féminins  de  la  So- 
ciété de  musique  de  Mons  dans  les  œuvres  écrites 
pour  voix  de  femmes,  de  réunir  ensuite  les  deu> 
groupes  en  un  grand  ensemble  dans  les  composi- 
tions pour  chœurs  mixtes,  le  tout  coupé  par  les 
compositions  de  musique  de  chambre,  chanson! 
italiennes  ou  françaises,  madrigaux  confiés  à  de; 
artistes  de  choix.  Il  y  avait  là  de  quoi  compose: 
des  programmes  d'un  intérêt  supérieur,  et  c'eù 
été  la  vraie  façon  de  glorifier  le  grand  maître 
objet  de  la  fête  en  le  faisant  revivre  par  se: 
œuvres. 

Les  organisateurs  de  la  «  grande  solennité  mu 
sicale  »  de  Mons,  comm«  dit  le  programihr 
officiel,  n'ont  pas  été  de  cet  avis.  M.  Van  den  Eedeii 
a-t-il  craint  que  les  chefs-d'œuvre  du  vieux  maîtn 
ne  parussent  trop  austères  à  ses  auditeurs  ?  Il  y  ; 
lieu  de  le  croire.  Envisageant  d'une  toute  autn 
façon  le  programme,  il  n'a  songé  qu'à  lui-même  e 
à  la  cantate  qu'il  avait  été  naturellement  chargi 
de  composer  en  sa  qualité  de  directeur  du  Consen 
vatoire  de  Mons.  Aussi  la  «  grande  solennité  mui 
sicale  »  n'a  été,  en  somme,  qu'un  festival  Van  dei 
Eeden.  J'avoue  que  j'aurais  préféré  qu'il  resta 
celui  de  Roland  de  Lassus,  Il  n'y  aurait  pas  ei 
de  désillusion. 

La  cantate  de  M  Van  den  Eeden  n'est  pa 
bonne,  et  j'hésite  d'autant  moins  à  le  dire  qu 
j'estime 'son  talent  et  que  je  le  sais  capabl 
de  faire  bien.  Est-ce  le  navrant  poème  d 
M  H.  Laroche,  écrit  dans  une  langue  par  tro 
locale,  et  d'une  composition  plus  que  naïve,  qui  [ 
empêché  M,  Van  den  Eeden  de  s'élever  au-dessu  , 
du    banal    et    de   l'ordinaire?   Quoi  qu'il  en  soi'' 


LE  GUIDE  MUSICAL 


551 


poème  et  musique  se  conviennent,  cette  fois,  et  se 
recouvrent  parfaitement.  Ce  n'est  pas  qu'il  n'y  ait, 
çà  et  là,  quelques  élans  qui  semblent  promettre 
un  développement  intéressant  :  mais  le  dévelop- 
pement n'arrive  pas.  L'élan  tourne  court  et  tombe 
à  plat.  M.  Van  den  Eeden  avait  à  sa  disposition 
un  gros  orchestre  de  cent  vingt  exécutants,  des 
chœurs  mixtes  exercés, comprenant  cinq  à  six  cents 
chanteurs.  Tout  autre  aurait  cherché  à  tirer  un 
parti  de  ces  masses  sonores,  il  eût  opposé  les  diffé 
rentes  catégories  de  voix,  ménagé  des  con- 
trastes par  les  oppositions  de  timbres  et  le  carac- 
tère des  chants.  M.  Van  den  Eeden  n'a  vu  que  les 
gros  effets;  ses  voix,  entonnant  invariablement  à 
l'unisson,  ne  se  divisent  qu'à  la  strette  qui  mène  à 
la  conclusion  de  la  phrase,  en  un  geste  musical 
toujours  pareil.  Nul  essai  d'une  conduite  savante 
des  voix  à  plusieurs  parties.  C'est  monodique 
comme  une  élégie  pour  cornet  à  piston  et  rythmé 
comme  une  marche  militaire,  scandée  à  chaque 
période  par  un  coup  de  caisse.  L'uniformité  du 
procédé  est  si  choquante  qu'on  est  tenté  de  croire 
que  l'œuvre  est  une  improvisation  hâtive.  M.  Van 
den  Eeden  parait  avoir  attendu  un  grand  effet 
d'une  sorte  d'air  populaire  qui  termine  la  cantate 
et  qui  est  destiné  à  être  confié  au  carillon  du  bef- 
froi de  Mons.  Malheureusement,  on  ne  décide  pas 
d'avance  qu'un  air  sera  populaire.  11  le  devient  ou 
ne  le  devient  pas. Le  Chant  du  carillon  n'a  pas  porté, 
malgré  l'accumulation  des  effets  de  voix,  de  tim- 
bales, de  grosse  caisse  et  de  cuivres  appelés  à  la 
rescousse  pour  en  augmenter  l'effet.  Ce  qui  n'a 
pas  empêché  M.  Van  den  Eeden  de  recueillir  les 
ovations  de  tradition  en  province  en  pareille  occa- 
sion, avec  accompagnement  obligé  de  lyres  en 
papier  doré,  de  couronnes  et  de  bouquets. 
Et  Roland  de  Lassus? 

Il  s'est  trouvé  réduit  à  la  portion  congrue  dans 
ce  festival  Van  den  Eeden.  Et  cependant  la  seule 
impression  artistique  emportée  de  cette  fête  est 
venue  de  lui,  encore  que  M.  Van  den  Eeden, pour 
faire  passer  la  polyphonie  vocale  du  vieux  maître 
montois  ait  cru  devoir  l'encadrer  de  pièces  instru- 
mentales :  les  ouvertures  de  Don  Juan  et  de  Coriolan 

et la  chevauchée  des  Walky ries,  c&We-ci  venant 

après  le  Miserere  de  Lassus  !  Cette  juxtaposition 
seule  d'œuvres  si  peu  faites  pour  se  trouver 
ensemble  était  un  manque  de  goût  regrettable  à 
tous  égards.  Et  quelle  exécution,  lourde,  pâteuse, 
sans  âme  et  sans  flamme  ! 

De  Lassus  on  nous  a  fait  entendre  trois  œuvres 
religieuses;  Salve  Regina,  Regina  Cœli,  le  Miserere 
et  trois  petites  chansons  à  quatre  voix  souvent 
exécutées  dans  ces  dernières  années  depuis  que 
les  Chanteurs  de  Saint-Gervais  à  Paris,  et  l'A  Capella 
Koor  d'Amsterdam  ont  rendu  la  vogue  à  l'ancienne 
musique  vocale.  Encore  l'une  de  ces  petites 
pièces,  Belle  qui  tiens  ma  vie,  sur  un  rythme  de 
pavane,  n'est-elle  pas  de  Lassus,  mais  d'un 
anonyme  du  xvi"  siècle.  Convenez  que  M.  Van 
den  Eeden  n'a  pas  eu  la  main  heureuse  ! 

Bien  qu'accompagnées  de  l'orgue  et  du  quatuor 


(arrangement  de  M.  Van  den  Eeden),  les  œuvres 
religieuses  ont  fait,  par  leur  caractère  grave  et 
leurs  belles  harmonies  une  très  vive  impression. 
Mais  les  chansons  à  quatre  voix,  chantées  d'ail- 
leurs à  ravir  par  le  quatuor  des  solistes,  ont  fait 
naturellement  plus  de  plaisir.  L'une  d'elles. 
Fuyons  d'amour  le  jeu,  a  même  été  trissée,  ce  qui 
indiquait  que  le  public  en  eût  volontiers  entendu 
davantage.  Ces  réserves  faites,  louons  l'exécution 
chorale,  qui  a  été  d'une  justesse  remarquable  et 
d'une  très  impressionnante  ampleur  de  sonorité. 
C'est  merveille  de  voir  avec  quel  à-propos  ces 
vieux  maîtres  maniaient  les  voix  et  avec  quelle 
plasticité,  malgré  l'extrême  complication  de  la 
figuration  contrapontique,  le  timbre  particulier  et 
le  caractère  de  chacune  d'elles  sont  mis  en  valeur. 
Les  chœurs,  —  excellents,  —  avaient  été  fournis 
par  le  Conservatoire  de  Mons,  la  Société  de  mu- 
sique et  les  autres  sociétés  de  la  ville;  l'orchestre 
était  composé  des  professeurs  et  élèves  du  Conser- 
vatoire renforcés  par  un  fort  contingent  d'instru- 
mentistes de  Bruxelles.  Il  y  avait  là,  en  somme, 
un  ensemble  de  ressources  permettant  d'offrir  au 
public  attiré  par  la  circonstance,  une  fête  artistique 
exceptionnelle.  Regrettons  que  l'on  n'ait  pas  su  en 
tirer  le  parti  désirable.  Les  solistes,  tous  artistes 
maintes  fois  et  justement  applaudis,  M""  Julia 
Milcamps,  Jeanne  Flament, MM.  Albert  Moussoux 
et  Pieltain,  ont  été  la  seule  joie  de  la  fête  dans  les 
petites  pièces  à  quatre  voix  de  Lassus.  Volon- 
tiers nous  eussions  donné  toute  la  Cantate  pour 
quelques  madrigaux  supplémentaires. 

M.  KUFFERATII. 

Les  fêtes  données  à  l'occasion  du  tricentenaire 
de  la  mort  de  Lassus  se  sont  continuées  dimanche 
et  lundi,  mais  sans  plus  d'attrait  artistique.  Le 
concours  de  chant  d'ensemble  n'a  guère  offert  un 
très  vif  intérêt,  aucune  des  fortes  sociétés  du  pays 
n'y  ayant  pris  part.  Dans  la  division  d'honneur,  il 
ne  s'était  même  présenté  qu'une  concurrente, 
l'Union  chorale  de  Pâturages,  à  laquelle  le  jury  a 
accordé  le  premier  prix  à  l'unanimité  1  II  faut 
d'ailleurs  rendre  hommage  à  la  vaillance  avec  la- 
quelle elle  a  chanté,  sous  la  direction  de  M.  J. 
Duysburgh,  le  chœur  imposé  de  M.  Radoux, 
Harmonies,  composition  d'une  très  belle  allure  et 
d'une  inspiration  soutenue,  et  les  Rêves,  de  M.  Van 
den  Eeden,  chœur  à  huit  parties,  d'une  difficulté 
énorme,  œuvre  d'ailleurs  infiniment  supérieure  à 
tous  les  points  de  vue  à  la  cantate.  Il  est  probable 
que  l'excellent  choral  de  Pâturages  ira  faire  en- 
tendre ces  deux  œuvres  à  Anvers. 


Vient  de  paraître  :  TRISTAN  ET  ISEULT,  par 
Maurice  Kufferath,  deuxième  édition.  En  vente  chez 
Schott  frères,  Bru,xelles  et  G.  Fischbacher,  à  Paris. 
Prix  ;  5  francs. 


552 


LE  GUIDE    MUSICAL 


HAN8RICHTER  ET  FELIX  MOTTL 

A    LONDRES 

Londres,  2  juillet. 

Heureusement  remis  de  la  douloureuse 
et  longue  maladie  qui  l'avait  frappé 
.^....^  au  début  de  l'année.  H  ans  Richter 
nous  est  revenu  en  pleine  santé  et  en  posses- 
sion de  toutes  les  remarquables  facultés  que 
nous  admirons  en  lui  ;  néanmoins  sa  maladie  et 
la  perturbation  qu'elle  a  jetée  dans  l'accomplis- 
sement de  ses  multiples  fonctions  à  Vienne 
ont  eu  pour  nous  cette  fâcheuse  conséquence 
que  l'illustre  chef  d'orchestre  a  dû  réduire  à 
quatre,  le  nombre  des  concerts  qu'il  vient 
annuel'lement  diriger  ici,  et  qui  étaient  tradi- 
tionnellement au  nombre  de  neuf,  —comme  les 
Muses. 

Des  œuvres  qui  ont  figuré  aux  programmes 
de  ces  quatre  concerts,  je  ne  veux  retenir  que 
celles  qui  étaient  nouvelles  ou  qui  m'ont  paru 
le  plus  remarquables.  A  ce  titre,  je  mentionne- 
rai tout  d'abord  les  Variations  de  Brahms  sur 
le  Choral  de  saint  Antoine  de  Haydn.  Cette 
œuvre,  par  la  maîtrise  de  la  facture,  par  l'in- 
géniosité de    l'invention,    par  le   charme   des 
sonorités,  compte  parmi  les  meilleures   que  le 
maitre  de  Hambourg  ait  produites.  Bien  qu'elle 
date  d'une  vingtaine  d'années  déjà,  elle  est  à 
peine  connue.  JRichter  l'avait  déjà  dirigée  une 
fois  à  ses  concerts  de  Londres,  mais  l'ouvrage 
avait  alors  été  accueilli  froidement,  pour  ne  pas 
dire  négativement  ;  tandis  que,  celte  fois,  elle  a 
été  accueillie  de  la  façon  la  plus  chaleureuse,  ce 
qui  prouve  que  Richter  s'entend  à  faire  l'édu- 
cation de  son   pubhc.  Mais  aussi,  il  possède, 
comme  personne,  l'art  de  faire  saillir  de  façon 
si  plastique  les  moindres  détails  du  tissu  poly- 
phonique d'une  œuvre  que  la  compréhension 
s'en  impose  à  qui  veut  lui  prêter  son  attention. 
Le  véritable  triomphe  de  Richter  a  été,  tou- 
tefois, son  exécution  de   la  symphonie  en  ut 
de  Schubert,  cette  œuvre  d'une   «  divine  lon- 
gueur »,  comme  disait  Schumann,  et  qui  fait 
paraître  bien  injuste  l'épitaphe  que  GriUparzer 
avait  composée  pour  la  tombe  de  Schubert  : 

La  musique  a  inhumé  ici  un  riche  trésor, 
Mais  encore  de  plus  riches  espérances  (i). 

Cette  symphonie  est  une  œuvre  de  maîtrise 


(I)     Die  Tonkunst  begrub  hier  einen  reichen  Bcsi.z, 
Aber  noch  schœnere  Hoffnungen  ! 


absolue  qui  égale  ce  que  l'art  musical  possède 
de  plus  parfait  et  de  plus  élevé. 

L'exécution  a  offert  un  intérêt  particulier, 
parce  que,  pour  la  première  fois,  on  a  pu  appré- 
cier l'effet  du  dédoublement  des  parties  d'ins- 
truments en  bois  recommandée  par  Richter. 
En  général,  il  est  toujours  délicat  d'apporter 
des  modifications,  quelles  qu'elles  soient,  à  une 
œuvre  d'art  ;  mais,  cette  fois,  il  faut  reconnaître 
que  l'effet  du  dédoublement  imaginé  par 
Richter  a  été  profitable  à  l'œuvre.  On  ne  peut 
oublier  que  Schubert  lui-même  n'avait- jamais 
entendu  son  œuvre  à  l'orchestre  !  Peu  après  sa 
mort, en  1828,1a  Société  des  amis  de  la  musique, 
à  Vienne,  en  fit  une  lecture,  mais  elle  fut  dé- 
clarée inexécutable  et  remisée  dans  les  cartons. 
Elle  n'eut  pas  plus  de  bonheur  en  1842,  au 
Conservatoire  de  Paris,  les  exécutants  s'étant 
refusés,  après  la  première  partie,  à  continuer  la 
lecture, malgré  Habeneck,et  bien  que,  sous  l'im- 
pulsion de  Schumann,  elle  eût  eu  déjà  en  1839, 
au  Gewandhaus,  à  Leipzig, plusieurs  exécutions 
avec  un  succès  énorme. 

Dans  les  orchestres,  tels  qu'il  existaient  à 
Vienne  du  temps  de  Schubert,  et  par  lesquels  il 
avait  entendu  exécuter  ses  symphonies,  il  n'y 
avait  guère  qu'une  demi-douzaine  de  premiers 
violons.  Il  est  tout  naturel  qu'avec  nos  orchestres 
actuels  où  le  quatuor  est  quadruplé,  en  conser- 
vant les  instruments  en  bois  simples,  tels  que 
les  a  écrits  Schubert,  une  disproportion  devait  se 
produire,  et  l'on  ne  peut  qu'approuver  la  modi- 
fication proposée  et  essayée  avec  un  incontes- 
table succès  par  Richter.  , 

Une  nouveauté  aux  programmes  a  été 
l'ouverture  intitulée  Carnaval  de  Dvorack,  la 
deuxième  des  trois  ouvertures  que  le  maître 
tchèque  a  publiées  récemment  et  qui  devait 
former  avec  les  deux  autres  intitulées  :  Dans  la 
Nature  (op.  gi)  et  Otello  (op.gSjjUn  seul  tout, 
une  sorte  de  symphonie.  C'est  sur  le  désir  de 
son  éditeur  que  les  trois  pièces  ont  été  dis- 
jointes et  publiées  séparément.  Ce  Carnaval, 
d'ailleurs,  se  distingue  plus  par  son  orchestra- 
tion brillante  que  par  la  profondeur  ou  l'origi- 
nalité des  idées.  Il  s'y  rencontre  de  très  frap- 
pantes réminiscences  de  Wagner  (Bacchanale 
du  Tannhœuser)  et  de  Berlioz. 

Il  fut  un  temps  où  le  concerto  de  piano  en  ré 
mineur  de  Rubinstein  me  plaisait  énormément  ; 
mais  il  y  a  longtemps  de  cela  !  On  ne  reste  pas 
éternellement  jeune. 

Aujourd'hui  cette  composition  m'a  paru  bien 
fade  et  démodée,  avec  ses  nombreux  et  multi- 
colores passages  à  effet,  ses  réminiscences 
mendelssohniennes,   schumanniennes  et  cho- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


553 


pinesques.  Bref,  une  beauté  fanée.  C'est  le 
jeune  pianiste  Joseph  Hofmann,  qui  naguère 
fit  quelque  sensation  comme  enfant  prodige, 
qui  a  joué  ce  concerto.  Heureusement  pour 
lui,  il  fut  retiré  à  temps  de  la  carrière  de  vir- 
tuose enfant,  et  à  l'école  de  de  Rubinstein, 
il  s'est  développé  et  est  devenu  un  pianiste 
tout  à  fait  remarquable  sous  le  rapport  du 
mécanisme.  II  m'a  semblé,  toutefois,  que  les 
facultés  de  virtuose  dominaient  pour  le  moment 
en  lui  plus  que  les  facultés  expressives  et 
artistiques. 

Sans  vouloir  repousser  en  principe  l'exécu- 
tion de  fragments  wagnériens  dans  les  con- 
certs, je  crois  cependant  devoir  exprimer  la 
lassitude  que  produit  l'abus  que  l'on  fait  de 
pareilles  exécutions  fragmentées.  Le  pire,  c'est 
qu'on  nous  donne  toujours  les  mêmes  frag- 
ments dans  les  concerts  Richter.  A  l'époque 
où  cette  entreprise  fut  fondée,  —  il  y  a  quel- 
que dix  ans,  —  les  fragments  des  partitions 
wagnériennes,  de  Tristan,  des  Maîtres  Chan- 
teurs, de  l'Anneau  du  Nibelung a.v&ient  une 
raison  d'être,  parce  que  ces  œuvres  même, 
n'étaient  pas  au  théâtre.  Maintenant  que,  tous 
les  ans,  à  Drury  Lane  et  à  Covent-Garden,  le 
public  peut  voir  les  œuvres  intégrales,  il  serait 
à  désirer  qu'on  les  laissât  dans  leur  cadre.  En 
ce  qui  concerne  particulièrement  les  fragments 
de  Parsijal,  l'expérience  faite  avec  la  musique 
de  Marche  et  la  scène  de  la  cérémonie  du 
Graal  a  démontré,  une  fois  de  plus,  qu'ils  ne 
conviennent  nullement  pour  le  concert.  L'or- 
chestre qu'on  voit  devant  soi,  le  chœur  de 
dames  et  des  messieurs  en  toilette  de  soirée  et, 
dans  le  fond, émergeant  au-dessus  des  têtes  des 
exécutants,  un  appareil  en  forme  de  gibet  pour 
les  cloches,  tout  cela  vous  enlève  l'indescripti- 
ble et  mj'stérieuse  impression  qui  s'empare  si 
complètement  de  l'auditeur  à  Bayreuth.  A  la 
fin  de  ce  long  fragment,  l'applaudissement  très 
mou  du  public  indiquait  qu'il  était  plutôt  las 
que  ravi.  La  symphonie  en  re  mineur  de  Schu- 
mann  qui  succédait  aux  scènes  de  Parsifal,  a 
produit  l'eflet  d'une  ondée  rafraîchissante  dis- 
sipant de  lourdes  nuées  d'orage. 

Combien  plus  instructifs,  combien  plus 
agréables  pour  le  public  seraient  ces  concerts  si, 
au  lieu  de  cette  olla  prodrida  de  fragments 
dramatiques,  on  lui  offrait  un  choix  raisonné  de 
compositions  symphoniques,  anciennes  ou  mo- 
dernes, sous  la  direction  du  premier  chef  d'or- 
chestre des  temps  présents  !  La  faute  n'en  est 
pas  à  Hans  Richter.  Il  a  les  mains  liées  par  les 
organisateurs  de  ses  concerts, qui  se  retranchent 
derrière  les  intérêts  financiers  de  l'entreprise  et 


le  conservatisme  du  public  anglais,  pour  main- 
tenir ces  pratiques  erronées. 

Voici,  par  exemple,  le  programme  du  dernier 
concert  de  Hans  Richter  : 

Ouverture  de  TannJiœuser ;  prélude  du  troi- 
sième acte  des  Maîtres  Chanteurs  ;  prélude  et 
mort  d'Isolde  de  Tristan;  Chevauchée  des 
Walkyries  ;  symphonie  en  ut  mineur  de  Bee- 
thoven. Depuis  dix  ou  douze  ans,  ce  pro- 
gramme revient  périodiquement,  stéréotypé 
pour  ainsi  dire  !  Cela  suffirait  pour  enlever  tout 
appétit  musical,  pour  refroidir  le  plus  chaud 
enthousiasme  même  vis-à-vis  des  prodiges  d'art 
d'un  homme  tel  que  Hans  Richter. 

Nous  avons  eu  aussi,  grâce  à  l'initiative  d'un 
imprésario  actif,  la  satisfaction  de  voir  ici  au 
printemps,  Félix  Mottl,  qui  a  dirigé  notamment, 
le  22  mai,  un  concert  à  la  mémoire  de  Wagner. 
Ce  concert  s'ouvrait,  chose  assez  étrange,  par 
l'ouverture  de  Benvenuto  Cellini  et  par  deux 
parties  de  Roméo  f.t  Juliette  de  Berlioz.  Du 
vivant  de  Wagner,  on  ne  lui  eût  pas  probable- 
ment fait  grand  plaisir  en  les  lui  jouant  pour 
célébrer  son  jour  de  naissance.  Ce  qui  a  le  plus 
intéressé  ici,  c'a  été  d'entendre,  sous  la  direction 
du  célèbre  capellmeister  de  Carlsruhe,  deux 
œuvi  es  symphoniques  que  Richter  fait  enten- 
dre annuellement  :  la  symphonie  en  ut  mineur 
de  Beethoven  et  le  Siegfried  Idyll  de  Wagner. 
Mottl,  —  je  le  dis  tout  de  suite,  —  m'a  paru  de 
nouveau  un  des  plus  grands  chefs  d'orchestre, 
le  plus  chaleureux,  le  plus  délicat,  le  plus 
génial  ;  et  cependant  il  n'est  pas  encore  Hans 
Richter.  Mottl  nous  donne  des  effets  d'ombres 
et  de  lumière,  des  nuances  àe  piano  et  de  forte, 
de  crescendo  et  de  diminuendo  plus  plastiques 
que  Hans  Richter.  Ainsi,  le  long  crescendo  dans 
la  coda  du  scherzo  de  la  symphonie,  allant  de 
l'extrême  limite  d\x  pianissimo  jusqu'à  l'extrême 
limite  du  fortissimo  à  l'entrée  du  finale,  était 
un  trait  de  virtuosité  orchestrale  comme  jamais 
je  n'en  ai  entendu.  Mais  l'impression  qui  m'en 
est  demeurée  est  qu'il  s'agissait  avant  tout  ici  de 
réaliser,  un  des  effets  \es-p\\is  difficiles  à  obtenir 
de  l'orchestre.  Avec  Richter,  en  revanche,  on  n'a 
jamais  l'impression  de  la  difficulté  vaincue; 
tout  s'enchaîne  et  se  déduit  chez  lui  de  la  façon 
en  apparence  la  plus  naturelle  et  la  moins 
factice  ;  et  quand  le  morceau  est  terminé,  on  a 
la  sensation  que,  de  la  façon  la  plus  parfaite, 
l'idéal  artistique  ait  été  atteint.  A  cette  occasion, 
j'ai  éprouvé  aussi  de  nouveau  plus  vivement 
à  quel  degré  supérieur  Richter  possède  la 
faculté  de  rendre  les  œuvres  qu'il  dirige  de 
façon  à  donner  l'impression  d'un  seul  inter- 
prète jouant  d'un    seul  instrument.   De  là  le 


554 


LE  GUIDE  MUSICAL 


charme  incomparable  de  sa  direction,  le  fondu 
des  rythmes,  des  altérations  de  mouvement,  des 
dégradations  dans  le  volume  du  son,  en  un 
mot,  dans  les  nuances  de  tout  genre.  On  a 
ressenti  cela  tout  particulièrement  dans  l'exé- 
cution du  Siegfried  Idyll  qui,  sous  la  direction 


de  Mottl,  n'a  pas  atteint,   de  loin,    le  charme 
que  Richter  donne  à  ce  ravissant  poème. 

Dans  une  prochaine  lettre,  je  vous  dirai 
quelques  mots  des  concerts  qui  ont  eu  lieu 
pendant  la  season  qui  touche  à  sa  fin. 

E.S. 


CHRONIQUE  DE   LA    SEMAINE 


PARIS 


^E  Guide  Musical  manquerait  à  tous  ses 
devoirs  s'il  ne  partageait  pas  la  vive 
S3?mpathie,  la  douleur  qu'a  provoquées 
si  vivement  en  France  et  à  l'étranger  la  mort 
tragique  de  M.  le  Président  de  la  République 
Sadi  Carnot. 

D'autres  ont  narré  les  vertus  du  grand 
citoyen,  de  l'homme  intègre,  plein  de  bonté 
qui  vient  de  mourir,  —  comme  il  a  été  si  bien 
dit,  —  au  champ  d'honneur.  Dans  notre  milieu, 
nous  rappellerons  que  M.  Sadi  Carnot  fut  un 
protecteur  des  muses. 

L'élu  d'une  grande  nation  se  doit  non  seule- 
ment à  la  politique,  mais  à  l'art.  Il  s'évertue 
plus  ou  moins  à  remplir  ses  devoirs  dans  ces 
deux  sphères  ;  mais  il  faut  avouer  qu'en  ce  qui 
concerne  la  dernière,  tous  ceux  qui  sont  arrivés 
au  pouvoir  ne  se  sont  pas  toujours  montrés  à 
la  hauteur...  d'un  roi  de  Bavière  :  c'est  que, 
s'ils  comprennent  la  nécessité  de  protéger  les 
arts,  ils  n'en  saisissent  pas  les  beautés  merveil- 
leuses et  ne  sont  point  des  pratiquants.  Sans 
avoir  eu  à  jouer  un  rôle  comme  celui  du  roi 
Louis  II  vis-à-vis  de  Richard  Wagner,  le  pré- 
sident Sadi  Carnot  et  sa  famille  s'intéressaient 
vivement  aux  choses  artistiques.  Ils  ne  man- 
quaient jamais  d'assister  à  l'ouverture  de  toutes 
les  Expositions  de  peinture  et  de  sculpture,  et 
recevaient  à  l'Elysée  les  maîtres  contemporains. 

Le  21  juin  dernier,  M.  Carnot  donnait  à  la 
Présidence  un  déjeuner  exclusivement  composé 
de  littérateurs  et  d'arlistes  :  lui  et  M™^  Carnot 
étaient  fiers,  on  le  voyait,  de  s'entretenir  avec 
l'élite  de  la  nation,  celle  qui  porte  haut  à 
l'étranger  la  gloire  de  notre  drapeau.  Ce  fut 
leur  dernière  fête  intime. 

Au  point  de  vue  musical,  ils  accusaient  l'un 


et  l'autre  des  tendances  encore  plus  marquées, 
plus  significatives  que  pour  les  arts  plastiques. 
N'a-t-on  pas  rappelé  qu'en  1864,  M.  Sadi 
Carnot,  qui  venait  de  s'installer  à  Annecy,  avec 
sa  jeune  femme,  comme  ingénieur  des  ponts  et 
chaussées,  occupait  une  maison  d'où  la  vue 
s'étendait  sur  les  hautes  et  fières  montagnes 
qui  venaient  se  refléter  dans  les  eaux  d'azur  du 
beau  lac  :  souvent,  par  les  fenêtres  entr'ou- 
vertes,  on  entendait  le  piano  de  M™«  Carnot, 
qui  venait  apporter  une  charmante  diversion 
aux  travaux  sérieux  de  son  mari.  Certaines 
soirées  étaient  consacrées  à  la  musique  de 
chambre. 

A  Paris,  on  les  voyait  souvent  dans  la  loge 
présidentielle,  au  Conservatoire  national  de 
musique.  Ils  prenaient  un  réel  et  vif  plaisir  à 
ouïr  les  belles  pages  des  maîtres  :  Beethoven, 
Mozart,  Berlioz,  Schumann,  R.  Wagner —  et 
les  modernes. 

Nous  pourrions  enfin,  si  nous  ne  craignions 
d'avoir  l'air  de  chercher  un  prétexte  à  réclame, 
qui  est  bien  loin  de  notre  pensée,  citer  le  nom 
de  telle  Revue  musicale  à  laquelle  était  abonnée 
la  famille  Carnot. 

Nous  sommes  donc   l'interprète  de  tous  les 
lecteurs  du  Guide  Musical  en   adressant,  à  la 
veuve  éplorée  et  à  sa  famille,  l'expression   de 
nos  respectueux  et  sympathiques  hommages. 
Hugues  Imbert. 


Le  ministre  des  travaux  publics  a  nommé 
récemment  une  commission  chargée  d'étudier 
les  moyens  d'installer  d'une  façon  pratique 
l'orchestre  du  nouvel  Opéra-Comique.  Cette 
commission  vient  de  se  réunir  pour  la  première 
fois,  sous  la  présidence  de  M.  Jules  Comte, 
directeur  des  bâtiments  civils. 

Après   une   discussion,   à  laquelle    ont  pris 


LE  GUIDE  MUSICAL 


555 


paît  divers  membres  de  la  commission,  on  a 
décidé  qu'il  fallait  donner  à  la  disposition  à 
adopter,  «  le  plus  d'élasticité  possible  »,  sui- 
vant l'expression  de  M.  Camille  Saint-Saëns, 
c'est-à-dire  qu'il  fallait  chercher  une  installation 
permettant  déplacer  tour  à  tour,  et  suivant  les 
nécessités  du  répertoire,  les  musiciens  sous 
la  scène  ou  tout  près  du  public. 

Un  rapport  dans  ce  sens  va  être  élaboré  ;  la 
rédaction  en  a  été  confiée  au  compositeiu 
Charles  Widor.  M.  Widor  s'aidera,  en  cette 
occasion,  des  plans  et  des  travaux  fort  complets 
que  M.  Bernier,  l'architecte  du  nouvel  Opéra- 
Comique,  a  exécutés  au  cours  d'un  récent 
voyage  qui  lui  a  permis  d'étudier  avec  soin  les 
dispositions  des  orchestres  les  plus  modernes 
des  scènes  étrangères,  particulièrement  ceux 
de  Bayreuth  et  de  Francfort. 


T 

Vous  verrez  qu'on  finira  par  plaindre  ce 
pauvre  M.  Carvalho!...  il  a  vraiment  à  la  fia 
trop  peu  de  chance. 

Il  voulait  engager  M"^  Emma  Calvé  pour  la 
saison  prochaine,  ei.  la  cantatrice,  après  un  très 
petit  nombre  de  représentations  à  l'Opéra- 
Comique,  entrera  à  l'Opéra  ;  il  voulait  aussi 
monter  la  Navarraise  de  MM.  Jules  Claretie, 
Caïn  et  Massenet...  —  Or,  c'est  justement  dans 
la  Navarraise  que  MM.  Bertrand  et  Gailhard 
feront  débuter  M'i'^  Calvé  sur  notre  première 
scène  lyrique,  vers  le  mois  de  mars  iSgS. 

Dans  son  désespoir  bien  naturel,  M.  Car- 
valho a  juré  de  faire  un  coup  d'audace  :  de 
reprendre  Zanipa...  peut-être  aussi  la  Dame 
blanche,  et  cet  homme  étonnant  le  fera  comme 
illedit! 

A  l'Opéra,  les  études  d'Ottelo  sont  commen- 
cées. Mn"^  Rose  Caron,  qui  va  partir  en  congé 
ces  jours-ci,  a  pris  des  leçons  toute  la  semaine 
durant,  pour  son  rôle  deDesdémone.  M.  Saléza 
a  étudié  pareillement  le  sien. 

Il  paraît  qu'il  y  aura  l'année  piocliaine  des 
représentations  italiennes  à  Paris. 

Il  y  a  un  an  environ,  M.  Edouard  Sonzogno, 
le  fameux  éditeur  milanais,  fit  part  à  M.  Théo- 
dore de  Glaser,  l'agent  théâtral  bien  connu,  du 
projet  qu'il  nourrissait  de  confier,  comme 
autrefois,  l'interprétation  d'ouvrages  italiens  à 
des  artistes  italiens,  sur  un  théâtre  de  Paris. 

On  se  rappelle  qu'en  18S9,  lors  de  l'Exposi- 
tion, M.  Sonzogno  fit  une  entreprise  semblable 
au  théâtre  de  la  Gaîté,  et  qu'auparavant  il  avait 


déjà  donné  à  Vienne  et  à  Berlin  des  représen- 
tation des  œuvres  de  son  répertoire  d'éditeur 
avec  la  Belleincioni,  Stagno,  et  un  ensemble 
d'artistes  du  cru. 

Après  avoir  longuement  étudié  la  question, 
ces  messieurs  ont  pris,  mercredi  soir,  les  réso- 
lutions suivantes  :  Du  i5  mai  au  16  juin  iSgS, 
une  troupe,  engagée  par  M.  Sonzogno,  donnera 
des  représentations  d'ouvrages  italiens  non 
encore  entendus  à  Paris  et  choisis  parmi  les 
œuvres  des  jeunes  compositeurs  tels  que  ' 
MM.  Leoncavallo,  Mascagni,  etc.  Dans  cet  es- 
pace d'un  mois,  on  consacrera  une  huitaine  de 
soirées  à  dix  ou  douze  opéras  nouveaux.  Les 
mêmes  spectacles  seront  donnés  deux  ou  trois 
fois  au  plus. 

L'orchestre  et  les  chœurs,  environ  i5o  per- 
sonnes, les  costumes  et  les  décors  seront  em- 
pruntés au  théâtre  international  de  Milan,  dont 
M.  Sonzogno  est  le  directeur.  M.  Sonzogno  étant 
également  propriétaire  des  théâtres  de  Merca- 
dante  et  de  San-Carlo,  à  Naples,  ainsi  que  de 
la  P  rgola,  à  Florence,  recruterait  les  artises 
dans  les  troupes  de  ces  quatre  théâtres. 

On  divine  aisément  que  le  transport  de  tous 
ces  éléments  réunis  nécessitera  des  frais  énor- 
mes ! 

Voici  le  résultat  définitif  du  concours  pour 
le  Grand  Prix  de  Rome  : 

Premier  Grand  Prix  :  M.  Rabaud,  élève  de 
M.  Massenet.  —  Interprétation  de  la  cantate, 
par  M">«  Carrère,  MM.Vaguet  et  Douaillier,  de 
l'Opéra. 

Deuxième  Grand  Prix  :  M.  Letorey,  élève 
de  M.  Théodore  Dubois.  —  Interprétation  : 
M'ie  Marcy,  MM.  Drouville  et  Ballard. 

Mention  honorable  :  M.  Mouquet,  élève  de 
M.  Théodore  Dubois  —  Interprètes  :  M"«  Blanc, 
MM.  Lefeuve  et  Bartet. 

—  Résultat  des  concours  à  huis-clos  du  Con- 
servatoire pour  le  concours  de  solfège  des 
élèves  du  chant. 

Jury  composé  de  MM.  A.  Thomas,  président, 
Ch.  Lenepveu,  Samuel  Rousseau,  Salomé,  de 
la  Mux,Weckerlin,Canoby,  Barthe  et  Gastinel. 

Classes  d'hommes  :  14  concurrents.  Pas  de 
premières  ni  de  deuxièmes  médailles.  Troi- 
sièmes médailles  :  MM.  Edwy  et  Huberdeau, 
élèves  de  M.  Danhauser;  —  Dantu,  élève  de 
M.  Villaret. 

Classes  de  femmes  :  26  concurrentes.  — 
Premières  médailles  :  M""  Dreux,  élève  de 
MM.    Vidal    et    Mouzin;     Favier,    élève    de 


556 


LE  GUIDE  MUSICAL 


M.  Mangin;  Tasso,  élève  de  MM.  Vidal  et 
Mouzin. 

Pas  de  deuxièmes  médailles. 

Troisièmes  médailles  :  M''^^  Flodin  et 
Robert,  élèves  de  M.  Vidal  et  de  M.  Mouzin. 

— L'Académie  vient  de  décerner  le  prix  Kast- 
ner-Boursault  (2,000  francs),  destiné  à  récom- 
penser le  meilleur  ouvrage  de  littérature  musi- 
cale paru  dans  les  deux  dernières  années.  Ce 
prix  a  été  partagé  entre  M.  Julien  Tiersot  pour 
son  livre  :  Rouget  de  Lisle,  son  œuvre,  sa  vie, 
et  MM.  A.  Soubies  et  Ch.  Malherbe,  pour  leur 
Histoire  de  F  Opéra-Comique .  Tous  nos  com- 
pliments à  nos  confrères. 

L'Association  des  artistes  dramatiques  a  fait 
remettre  la  lettre  suivante  à  M"<=  Carnot  : 
Madame, 

Le  Président  et  les  membres  du  Comité  de 
l'Association  des  artistes  dramatiques  vous  prient 
d'agréer  l'hommage  attristé  de  leur  plus  respec- 
tueuse sympathie  devant  l'épouvantable  malheur 
qui  vous  frappe. 

Ils  sont  certains, d'ailleurs, d'être  les  interprètes 
de  la  grande  fajnille  artistique,  qui  ne  peut  pas 
oublier  la  bienveillance  de  l'homme  éminent  que 
l'Europe  pleure  en  ce  moment. 

Signatures  du  président  et  des  membres  du  comité. 

On  trouvera  dorénavant  à  acheter  le  GUIDK 
MUSICAL  au  numéro,  non  seulement  à  la  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de  Seine,  mais  encore  à  la 
librairie  Brasseur,  Galerie  de  l'Odéon. 


BRUXELLES 

Ci-dessous  les  résultats  des  concours  du  Con- 
servatoire. Le  nombre  exceptionnellement  con- 
sidérable des  lauréats  nous  force  à  restreindre 
nos  appréciations,  en  nous  bornant  à  quelques 
observations. 

Vendredi  22  juin,  contrebasse  et  alto  (pro- 
fesseur, M.  Eeckhaute)  :  un  seul  concurrent  : 
M.  Peeters,  i"^""  prix  (avec  distinction).  Alto 
(professeur,  M.  Van  Hout)  :  !«■■  prix  (avec  dis- 
tinction), M.  Ecrepont;  ler  prix,  M.  Van  den 
Bossche;  2'^  prix  (avec  distinction),  M.  Lem- 
pers;  2^  prix,  M.  Meses.  Concours  très  satisfai- 
sant. 

Le  même  jour,  à  3  heures,  violoncelle  : 
i^r  prix  (avec  la  plus  grande  distinction), 
Mlle  Kufferath;  ii^f  prix,  MM.  Treichler  et  De 
Bruyn);  2*=  prix  (avec  distinction),  Mi''=  Ruegger 
et  M.  Lœwensohn;  2«=  prix,  MM.  Blaes,  Gail- 
lard et  Fohstrœm  ;  accessit,  MM.  Bonnin  et 
Doehaerd. 


Séance  interminable,  —  quatre  heures!  — 
mais  fort  intéressante  quand  même.  Mii<=  Kuffe- 
rath n'est  plus  inconnue  pour  notre  public  ;  ses 
excellentes  qualités  se  sont  brillamment  déve- 
loppées; c'est  maintenant  une  virtuose  accom- 
plie, alliant  à  une  technique  sérieuse,  de  rares 
facultés  d'interprétation.  A  noter  aussi  Mi''^ 
Ruegger,  qui  promet  beaucoup. 

Lundi  25  juin,  musique  de  chambre.  Ce 
concours  est  d'une  importance  considérable  au 
point  de  vue  artistique  pur,  en  ce  sens  que  la 
virtuosité  proprement  dite  n'y  joue  qu'un  rôle 
secondaire.  Professeur  :  M™=  Zarembska.  Trois 
concurrentes,  témoignant  toutes  trois  d'excel- 
lentes qualités  stylistiques. 

1"  prix.  Mils  Huygens  ;  2<=  prix  (avec  distinc- 
tion), Mii'=  Raboux  ;  accessit,  MH^  Doperé. 

Mercredi  2"] piin,  orgue.  Très  sérieux,  les 
concours  d'orgue,  autant  par  la  valeur  des 
concurrents  que  par  le  goût  scrupuleux  qui 
avait  présidé  au  choix  des  œuvres  interprétées, 
du  Bach,  nu  Haendel,  du  Mendelssohn,  — 
toute  la  lignée.  Exécutions  superbes. 

Résultats  :  i^"'  prix  (avec  distinction)  à  MU^ 
Delmotte,plus  l'allocation  du  prix  Mailly, fondé 
par  l'oncle  du  professeur  et  consistant  dans  le 
revenu  d'une  somme  de  cinq  mille  francs 
léguée  à  l'Académie. 

i<=r  prix  (avec  distinction),  M.  Chalk;  I"  prix, 
M.  Dusoleil  ;  accessit,  M.  Van  Dyck. 

Vendredi  2g  juin,  piano  (demoiselles).  Prix 
Laure  Van  Cutsem.  Séance  palpitante,  comme 
toujours.  MM.  Wouters  et  Gurickx  ne  présen- 
taient que  cinq  élèves,  triées  sur  le  volet.  Grand 
succès  pour  M"*  Abraham,  une  jeune  Anglaise 
possédant,  comme  toutes  les  élèves  de  M. Wou- 
ters, une  technique  très  sérieuse,  à  laquelle  elle 
joint  un  style  peut-être  un  peu  froid,  mais 
extrêmement  distingué.  MH'^  Leclercq  n'a  dû 
son  échec, —  relatif, —  qu'à  son  extraordinaire 
nervosité. 

Résultats  :  i^''  prix  (avec  distinction),  MH^ 
Abraham,  élève  de  M.  Wouters;  2°  prix  (avec 
distinction),  Mi'^  Pousset,  élève  de  M.  Wouters; 
2«  prix.  M"*:  Doperé,  élève  de  M.  Gurickx;  ' 
rappel  avec  distinction  du  2'=  prix,  M  "'^Leclercq, 
élève  de  MAVouters;  i^r  accessit,  M'i<=  Doelman, 
élève  de  M.  Wouters. 

Le  prix  Van  Cutsem  a  été  remporté,  —  on 
s'y  attendait,  —  par  Mi'e  Voué,  la  toute  jeune 
et  remarquable  artiste  qui  a  fait  sensation  l'an 
dernier;  sa  concurrente,  MH^  Mertens.a  obtenu 
également  un  succès  très  honorable. 

Samedi  3o  juin,  piano  (hommes  1.  Le  con- 
cours de  la  classe  de  M,  De  Greef  a  été,  cette 
année,  vraiment  superbe.  L'un   des    côtés  les_ 


LE  GUIDE  MUSICAL 


557 


plus  remarquables  de  l'enseignement  de  M.  De 
Greef,  est  le  soin  qu'il  met  à  développer  chez 
ses  élèves  la  personnalité  naissante.  Outre  leur 
prestigieux  mécanisme,  les  quatre  concurrents 
ont  témoigné  chacun  d'une  personnalité  telle- 
ment tranchée  que  l'interprétation  de  chacun 
d'eux  présentait  avec  celle  des  autres  concur- 
rents le  plus  frappant  contraste;  les  suffrages 
du  public,  —  comme  ceux  du  jury,  -  ont  été 
au  jeu  sobre  et  très  pondéré  de  M.  Cluytens. 

Résultats  :  i'^''  prix  (avec  la  plus  grande  dis- 
tinction), M.  Cluytens;  2'=prix(avec  distinction), 
MM.  Bosquet  et  Barat  ;  2°  prix,  M.  Putzeys. 

Lundi  2  et  mardi  3  juillet,  violon.  Trente 
concurrents,  répartis  en  trois  classes  !  N'est-ce 
pas  effrayant  ?  On  se  demande  où  nous  mène 
cette  pléthore  de  violonistes,  et  s'il  n'y  aurait 
pas  lieu  d'enrayer  le  mouv-ement  par  quelque 
sage  mesure,  comme  l'imposition  d'un  morceau 
de  concours  un  peu  plus  difficile  qu'un  concerto 
de  Viotti,  par  l'obligation  d'une  lecture  à  vue 
en  public,  —  que  sais-je  ?  Combien,  en  effet,  — 
à  pai't  le  petit  Muller,  qui  n'est  qu'un  enfant, 
M'ies  Ruegger  et  Schmith,  M.  Ten  Hâve  et  un 
ou  deux  autres,  —  combien  de  véritables  na- 
tures parmi  ces  ménétriers?  M.  Ten  Hâve,  le 
vainqueur  du  tournoi,  a  fait  preuve,  dans  la 
Fantaisie  écossaise  de  Max  Bruch,  d'une  vir- 
tuosité et  d'un  brio  qui  sont  plus  qu'une  pro- 
messe. Au  surplus,  voici  la  liste  des  munifi- 
cences du  jury  : 

i"  prix  (avec  la  plus  grande  distinction), 
M.  Ten  Hâve,  élève  de  M.  Ysaye.  —  i^^  prix 
(avec  distinction),  M'-'^  Smith,  élève  de  M.  Cor- 
nélis;  M.  Walther,  M""^  Ruegger,  élèves  de 
M.  Colyns.  —  l'^^p^ix^  MM.  Maurage,  élève  de 
M.  Ysaye;  Danhieux,  Pennequin,  élèves  de 
M.  Colyns;  Hans,  élève  de  M.  Cornélis  ;  Mo- 
renhant,  Dubois,  M''^^  Dongrie,  élèves  de 
M.  Ysaye;  MM.  Somers,  élève  de  M.  Colyns; 
Mars,  élève  de  M.  Cornélis  ;  Vengoecher,  élève 
de  M.  Ysaye;  Prabrion,  élève  de  M.  Cornélis; 
De  Herdt,  Mi'^  Macquard  élèves  de  M.  Colyns. 

2^  prix,  M.  Muller,  élève  de  M.  Cornélis; 
M.Gofiîn  Prumi,  élève  de  M.  Colyns;  M"«  Heu- 
reux, M.  Rohn,  élèves  de  M.  Cornélis;  MM. 
Bracki,  Josy,  élèves  de  M.  Colyns. 

I"  accessit,  M.  Mainil,  élève  de  M.  Colyns  ; 
Mi'es  l'aternostre,  élève  de  M.  Cornélis;  Pisart, 
élève  de  M.  Ysaye;  Lebleu,  BoUé,  M.  Burton, 
élèves  de  M.  Cornélis. 

Mercredi  4  juillet,  harpe.  M.  Meerloo  pré- 
sentait quatre  concurrentes.  Mi'e  Baré,  une 
jeune  fille  de  treize  ans,  a  remporté  un  éclatant 
succès,  motivé  par  d'exceptionnelles  qualités. 

Résultats  :  Mil»:  Barré,  i'^''  prix  (avec  distinc- 


tion); M''-^  Kufferath,  i"  prix;  M"»  Hudalgo, 
2°  prix  (avec  distinction)  ;  M"o  Devigne,  2''  prix. 

Vendredi  6  juillet,  chant  théâtral.  M.  De- 
mest  ne  présentait  que  trois  élèves.  Cependant, 
et  indépendamment  des  qualités  individuelles 
de  chacun  des  concurrents,  le  concours  est  un 
véritable  succès  pour  le  professeur,  dont 
c'était  les  débuts  à  Bruxelles.  Tout  le  monde 
a  admiré  la  facilité  absolue  de  la  respiration  et 
de  l'émission,  l'aisance  et  la  fermeté  des  voix, 
la  pureté  du  style  et  surtout  la  belle  articulation 
particulière  à  M.  Demest.  M.  Maas,  une  très 
belle  basse,  a  obtenu  le  premier  prix,  et 
M.  Duquesne,  un  ténor  d'une  voix  un  peu 
blanche,  le  second  prix  avec  distinction.  Le 
jury  s'est  peut-être  montré  d'une  sévérité 
excessive  envers  M.  Devaux, l'autre  ténor,  qui, 
bien  que  doué  d'un  réel  tempérament  de  chan- 
teur, n'a  pas  reçrf  la  moindre  distinction,  pas 
même  un  rappel. 

L'après-midi  du  même  jour,  le  jury  a  témoi- 
gné, au  contraire,  une  indulgence  outrée  en 
accordant  un  premier  ou  un  second  prix  à  toutes 
les  élèves  (demoiselles)  présentées  par  M'ii^ 
Warnots  et  M™<=  Cornélis  :  en  tout,  seize  con- 
currentes !  Concours  assez  médiocre  dans  l'en- 
semble. En  dehors  de  ces  qualités  d'acquis  et 
de  facilité  qui  sont  l'apanage  de  toute  élève 
joignant  à  un  travail  sérieux  une  certaine  faculté 
d'assimilation  et  d'imitation,  on  n'a  remar- 
qué qu'une  seulejeune  fille  dont  le  goût  parfait, 
la  justesse  de  style  évidemment  spontané  et 
personnel  attestent  les  mériter  à  porter  le 
titre  d'artiste  :  c'est  M}^'^  ].  Merck,  douée  d'ail- 
leurs d'une  voix  charmante,  d'un  timbre  extrê- 
mement sympathique.  Aussi  la  décision  du 
jury,  accordant  à  M""  Merck  un  2^  prix  avec 
distinction,  est-elle  absolument  inexplicable. 
Pour  le  surplus,  il  existe  un  contraste  assez 
frappant  entre  les  élèves  de  M""^  Cornélis  et 
celles  de  M"":  Warnots,  contraste  généralement 
à  l'avantage  de  cette  dernière.  On  peut  repro- 
cher aux  élèves  de  M""^  Cornélis  une  émission 
pénible,  qui  met  tout  le  corps  en  mouvement, 
et  des  oppositions  de  nuances  d'une  fatigante 
exagération.  Ci,  les  résultats  :  i^r  prix  avec  la 
plus  grande  distinction,  M"^  Goulancourt  et 
Callemien  (celle-ci  a  chanté  le  récit  de  Sieglinde 
au  premier  acte  de  la  Walkyrié)  ;  i^"'  prix, 
Mlles  Bolle,  Artot  (en  grand  progrès)  et  Del- 
liaye;  2'^  prix  avec  distinction,  M"«  Merck; 
2'=  prix  (rappel),  M'i^s  Gahide  et  Staquet  ;  2'=  prix, 
Mlles  Wilmet  (la  prière  de  Tannhœuser,  tout  en 
demi-teinte),  Vindevogel,  Friche  (un  contralto 
à  l'émission  bizarre  et  très  gutturale),  Dutilh, 
Duchatelet (soprano  dramatique,  très  jolie  voix). 


558 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Delmée,  Braive  et  Coomans.  Le  jury,  afin  de 
hâter  les  opérations,  avait  supprimé  la  moitié 
des  morceaux  en  faisant  interpréter  seulement, 
au  gré  des  concurrentes,  soit  le  morceau  imposé, 
soit  le  morceau  au  choix.  Sauf  M"es  Braive  et 
Artot,  toutes  ont  naturellement  chanté  leur 
morceau  au  choix. 

Le  concours  de  tragédie  et  comédie  aura  lieu 
le  vendredi  i3  (!)  juillet. 

•$• 
Un  détail  rétrospectif  intéressant  sur  les 
concours  de  violon  du  Conservatoire  do  Bru- 
xelles :  M.  Maurage,  l'un  des  premiers  prix  de 
la  journée  de  mardi,  a  joué  les  Variations  de 
Joachim  sur  un  instrument  célèbre  :  le  violon 
Hercule  de  Stradivarius,  obligeamment  mis  à 
la  disposition  du  jeune  virtuose  par  un  collec- 
tionneur émérite,  M.  Paul  Nothomb,  procureur 
du  Roi,  à  Marche. 

"P. 
'Le  Moniteur  du  2  juillet  a  publié  une  série 

de  promotions  et  nominations  dans  l'ordre  de 

Léopold. 

Sont  promus  officiers  :  MM.  H. -F.  Kuffe- 
rath,  professeur  de  contrepoint  au  Conserva- 
toire royal  de  Bruxelles  ;  Alphonse  Mailly, 
professeur  d'orgue. 

Sont  nommés  chevaliers:  MM.  P.  Claeys, 
critique  d'art  musical  à  Gand  ;  Arthur  De 
Greef,  professeur  de  piano  au  Conservatoire 
de  Bruxelles  ;  Guillaume  Guidé,  professeur  de 
hautbois  au  Conservatoire  de  Bruxelles  ;  Jehin- 
Prume,  violoniste  à  Québec;  Octave  Maus, 
directeur  de  la  Libre  Estliétiqiie  ;  Alphonse 
Van  Ryn,  critique  d'art  à  Anvers;  J.  Vienne, 
professeur  au  Conservatoire  de  Bruxelles. 

Félicitations  ! 

Le  temps,  jusqu'ici,  n'a  guère  été  favorable  aux 
auditions  quotidiennes  de  bonne  musique  que  la 
Société  des  concerts  du  Waux-Hall  donne  en  l'en- 
clos ombreux  du  Parc. 

C'est  à  peine  si  les  instrumentistes  de  la  Mon- 
naie ont  pu  mettre  à  profit,  en  deux  mois,  quelques 
belles  soirées,  pendant  lesquelles  ils  ont  fait  enten- 
dre au  public  M""  Julia  Milcamps,  M'"  Berthe 
Chainaye,  M™"  Drabbe-Beauvais,  le  violoncelliste 
Merck,  le  baryton  De  Backer,  M™"  Bon  voisin,  la 
falcon  du  Théâtre  des  Arts,  de  Rouen;  M"""  Sca- 
ron-Ceuppens. 

Voici  heureusement  que  les  beaux  jours  s'annon 
cent.  Souhaitons  qu'ils  se  multiplient  et  que  les 
artistes  du  Waux-Hall  soient  récompensés  de  leurs 
peines. 

'I' 

M.  Ed.  Jacobs,  l'éminent  violoncelliste,  est 
parti,  jeudi  dernier,  pour  la  Russie,  oii  il  va,  pen- 
dant deux  mois  et  demi,  charmer  les  oreilles 
slaves. 

Le  renommé  professeur  de  violoncelle  est  très 
populaire  sur  les  bords  de  la  Neva,  où  il  a  cou- 
tume de  se  rendre  tous  les  deux  ou  trois  ans. 


CORRESPOND  A  NCES 

ANVERS.  —  Nous  avons  eu,  à  l'Exposi- 
tion, plusieurs  auditions  musicales  très 
réussies.  C'est  la  section  allemande  qui  a  ouvert  la 
série    des    récitals. 

D'abord,  c'était  M™'  Fischer-Sobell,  l'excellente 
pianiste  déjà  entendue  au  deuxième  concert 
extraordinaire  de  symphonie;  puis  nous  avons  eu, 
tout  dernièrement,  M.  P.  Litta,  le  pianiste  bruxel- 
lois très  connu.  Ces  deux  artistes,  aux  qualités 
pianistiques  très  opposées,  mais  fort  appréciables, 
ont  interprété  diverses  œuvres  de  Beethoven, 
Chopin,  Liszt,  Weber,  etc. 

M""  Fischer-Sobell  a  également  donné  ime 
séance  intéressante,  avec  le  concours  de  M.  Ma- 
riën,  violoniste,  et  de  M.  Fischer,  ténor.  Malheu- 
reusement, cette  séance,  dont  le  programme 
appelait  à  l'intimité,  s'est  donnée  dans  la  salle  des 
fêtes,  devenue  depuis  peu  la  demeure  de  nom- 
breux moineaux,  dont  le  petit  cri  aigu  se  mêle 
d'une  façon  persistante  aux  accords  du  piano! 
Mais,  ce  désagrément  n'et^it-il  pas  existé,  la  déli- 
cieuse sonate  en  ui  mineur  de  Grieg  pouvait  diffi- 
cilement porter  dans  cette  immense  salle.  C'était 
vraiment  regrettable,  car  l'œuvre  a  eu  de  bons 
interprètes.  M™"  Fischer  a  brillamment  enlevé  une 
Polonaise  et  quelques  études  de  Chopin.  Les  Lieder 
de  Schumann,  ces  perles  du  genre,  ont  été  ren- 
dus par  M.  Fischer  avec  assez   de  sécheresse. 

Arrivons  maintenant  à  la  fête  américaine  :  cor- 
tège suivi  d'un  grand  concert,  sous  la  direction  du 
célèbre  compositeur  M.  S.  G.  Pratt,  avec  le  con- 
cours de  M""^  Rosa  Linde,  cantatrice  de  New- 
York.  La  mise  en  scène  habituelle  à  toute  organi- 
sation américaine  :  l'orchestre  symphonique  de 
l'Exposition  doublé  de  la  musique  du  S**  régiment 
de  ligne;  puis,  un  chœur  de  dames  de  la  ville  et 
quelques  chanteurs  (hommes). 

A  voir  l'estrade  ainsi  brillamment  occupée,  on 
pouvait  se  faire  un  moment  illusion  en  croyant 
assister  aux  apprêts  d'un  festival  rhénan  !  Les 
premiers  accords  de  l'interminable  ouverture  que 
M.  Pratt  écrivit  pour  la  célébration  du  cente- 
naire de  l'indépendance  américaine  ont  vite 
dissipé  ce  beau  rêve.  Puis  est  venue  une  composi- 
tion bien  américaine  :  Fantaisie  descriptive  de  la 
guerre  civile  en  Amérique.  —  Le  titre  seul  nous 
dispense  de  toute  analyse. 

Le  succès  a  été  aux  chansons  populaires,  et 
c'était  justice.  Les  chœurs  (dames)  ont  fait  plaisir 
dans  la  chanson  :  The  old  folks  ai  home;  puis, 
M™-  Rc'sa  Linde  a  charmé  l'auditoire  par  sa  diction 
simple  et  touchante  de  My  old  Kentucky  home.  Lors- 
que, dans  la  seconde  partie,  la  cantatrice  a  voulu 
dire  l'air  de  Samson  et  Dalila,  ily  a  eu  déception  com- 
plète. Douée  d'une  excellente  voix  de  contralto. 
M""'  R.  Linde  aurait  pu,  sous  la  direction  d'un 
professeur  habile,  arriver  à  de  beaux  résultats. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


559 


Une  jeune  harpiste  de  notre  Ecole  de  musique, 
M"''  Zellien,  a  fait  entendre  une  fantaisie  de 
Hassehnans.  Succès  sympathique  et  mérité,  quoi- 
que la  sonorité  de  la  harpe  ait  été  reconnue  fort 
mince  pour  la  grande  salle. 

Nous  avons  un  plaisir  extrême  à  annoncer  la 
nomination  de  notre  concitoyen  M.  E.  Wambach 
au  poste  de  maître  de  chapelle  de  la  cathédrale. 
Ce  choix  est  des  plus  heureux  ;  non  seulement 
M.  Wambach  s'est  fait  connaître  par  des  œuvres 
remarquables,  Yolande,  Blaiichefloye,  et  dernièrement 
Méhtsine,  mais  encore  dirige-t-il  avec  talent  le 
Cercle  symphonique,  dont  les  concerts  au  Jar- 
din zoologique  ont  à  souffrir  de  la  concurrence 
momentanée  de  l'Exposition. 

Un  festival  flamand  se  prépare  pour  le  i5  cou- 
rant à  Ostende,  sous  la  direction  de  Peter  Benoit, 
qui  compte  y  faire  entendre  des  fragments  de  son 
M«7(V/ ainsi  que  son  Hymne  â  la  beauté.  Les  solistes 
seront  :  M""'  Soetens-Flament  et  M.  Henry  Fon- 
taine. A.  W. 

DRESDE.  —  Celte  année-ci,  les  vacances  de 
l'Opéra,  déjà  si  réduites,  sont  diminuées 
de  quelques  jours.  Clôture  le  i'"'  juillet,  après  la 
représentation  de  Freyschutz;  reprise  le  38  du 
même  mois,  en  pleines  canicules.  Siegfried  et  le 
Crépuscule  des  dieux  ont  suivi  la  Walkyrie.  M.  Anthes, 
très  bien  au  premier  acte  de  Siegfried,  n'a  pu  sou- 
tenir le  rôle  jusqu'à  la  fin.  Heureusement  que 
M""  Malten  iBrunnhilde)  est  de  force  à  supporter 
bien  d'autres  charges.  Quelle  vaillance!  quelle 
ardeur  infatigable!  M.  Gudehus  lui  a  donné  la 
réplique  dans  le  Crépuscule  des  dieux.  Nous  aurons, 
pendant  plusieurs  mois  d'hiver  et  de  printemps,  ce 
ténor  qui  a  le  mérite  de  connaître  à  fond  la  scène 
et  les  opéras  de  Wagner.  Dans  Rienzi,  M'I''  Bos- 
senberger  a  été  une  charmante  Irène,  et  M""  von 
Chavanne  un  sympathique  Adrien  Le  maintien  de 
son  cheval,  effarouché  par  les  violentes  sonorités 
de  l'orchestre,  n'était  pas  la  moindre  préoccupa- 
tion du  grand  tribun  romain.  M.  HofmûUer  a 
répondu  à  l'appel  de  M.  le  Possart,  directeur  des 
théâtres  royaux  de  Munich.  Il  chantera  David  à 
Munich.  Alton. 


LIEGE.  —  C'est  à  l'excellent  orchestre  de  la 
Société  royale  d'Acclimatation,  dirigé  par 
son  fondateur,  M.  O.  Dossin,  secondé  par  son  col- 
lègue, le  corniste,  M.  Lejeune,  qu'est  réservé  le 
soin,  en  celte  période  estivale,  de  secouer  la  tor- 
peur de  nos  amateurs  de  musique. 

Ce  n'est  pas  facile  besogne  que  d'établir,  chaque 
soir,  un  programme  éclectique  et,  en  le  variant 
sans  cesse,  d'aboutir  néanmoins,  à  une  exécution 
très  souvent  artistique. 

Cependant,  malgré  l'extrême  variété  d'oeuvres 
choisies  dans  toutes  les  écoles,  et  l'apparition  de 
nombreuses  nouveautés,  les  habiles  lecteurs  dont 
est  formée  cette  infatigable  phalange  atteignent, 
sous  la  direction  respective  do  leurs  chefs  et  sans 


répétitions  suivies,  à  un  réel  ensemble  et  à  une 
réalisation  remarquable. 

Citons  comme  exemple  le  programme  très 
moderne  du  concert  donné  mardi  dernier  et  qui 
comprenait,  —  en  première  exécution, —  le  ballet 
de  Henri  VIII  de  Saint-Saëns,  la  3"'"  Rapsodie 
slave  de  Ant.  Dvorak  et  des  poèmes  symphoni- 
ques  de  P.  Lacombe,  E  Broustet,  G.  Hue,  C 
Stix.  L'intérêt  de  cette  soirée  s'augmentait  de 
l'audilion  d'une  toute  jeune  chanteuse  liégeoise, 
M"''  Gillard,  qui,  au  courant  de  cet  hiver,  avait 
fait,  avec  un  éclatant  succès  ses  débuts  sur  notre 
première  scène. 

M""  Gillard,  élève  de  M.  Jean  Ledent,  possède 
une  voix  de  mezzo-soprano  séduisante,  une  faci- 
lité d'émission  naturelle,  une  vocalisation  agile  ; 
enfin  un  charme  sympathique  se  dégage  de  la 
personne  de  l'aimable  cantatrice  et  fait  présager 
pour  elle  un  très  rapide  et  brillant  avenir  au 
théâtre. 

M"''  Gillard  nous  avait  fait  d'abord  apprécier  la 
souplesse  et  l'éclat  de  sa  voix  en  exécutant  l'air  à 
vocalises  du  Pré-aiix-Clercs,  puis  en  chantant,  avec 
un  sentiment  juste  et  contenu,  le  difficile  morceau 
classique  des  Noces  de  Figaro,  enfin,  avec  intrépi- 
dité, le  périlleux  air  du  Songe  de  Thomas 

Dans  une  autre  sphère  plus  élevée,  la  valeur 
extraordinaire  d'un  jeune  artiste  liégeois  ne  tardera 
pas  à  être  mise  en  relief  A  la  recommandation  de 
M.  Guilmant,  un  lauréat  de  notre  Conservatoire, 
M.  Gaston  Dethier  vient  d'être  appelé  aux  fonc- 
tions d'organiste,  à  l'église  Métropolitaine  de  la 
Trinité,  à  New-York. 

En  1892,  à  peine  âgé  de  dix-sept  ans,  Gustave 
Dethier  avait  obtenu,  à  quelques  jours  d'espace, 
d'éclatants  premiers  prix  d'harmonie,  de  contre- 
point et  fugue  et  les  médailles  en  vermeil  de  piano 
et  d'orgue,  cette  dernière  distinction  par  acclama- 
tion, fait  unique  dans  nos  annales. 

Remarquablement  doué  aussi  pour  la  composi- 
tion, cet  artiste  a  fait  paraître  déjà, —  édités  par  la 
maison  Muraille,  —  des  morceaux  de  sérieuse 
valeur  pour  orgue,  piano  et  violon. 

Gaston  Dethier  est  une  des  natures  les  plus 
richement  douées  qui  soit  sorties  de  notre  Conser- 
vatoire, et  s'afÊrme  déjà  hautement  comme  une  de 
nos  futures  gloires  artistiques.  A.  B.  O. 


LILLE.  —L'Orchestre  et  le  chœur  d'amateurs 
ont  donné,  le  23  juin,  leur  audition  semes- 
trielle sous  la  direction  de  M.  Maquet.  C'est  vrai- 
ment plaisir  de  voir  ce  que  l'excellent  et  patient 
chef  d'orchestre  parvient  à  obtenir  de  son 
orchestre  de  soixante-dix  musiciens,  dont  soixante- 
cinq  sont  de  simples  amateurs,  les  quelques  autres 
artistes  prêtant  leurs  concours  à  la  Société  ;i  pour 
l'amour  de  l'art  ».  Avec  ces  éléments,  M.  Maquet 
nous  a  donné  une  exécution  excellente  de  l'ouver- 
ture des  Maîtres  Chanteurs  de  Wagner,  de  la  Sym- 
phonie romantique  de  V.  Joncières,  et  d'un  ensemble 
de    compositions    de    M.    Bemberg    :    fragments 


560 


LE  GUIDE  MUSICAL 


d'Elaine,  la  Mott  de  Jeanne  d'Arc,  scène  lyrique 
assez  inégale,  plus  quelques  mélodies,  Repose-toi, 
Chant  Vénitien  et  Chant  Hindou,  qui  ont  été  chantés 
par  M.  Hochstetter. 

Très  vif  succès,  en  somme,  pour  cette  soirée  des 
Amateurs. 

IONDRES.  —  La  série  des  œuvres  wagné- 
J  rienne  donnée  au  Drury  Lane  peut  être  con- 
sidérée artistiquement  et  financièrement  parlant 
comme  une  heureuse  entreprise  Chaque  soirée  est 
marquée  d'un  nouveau  succès.  Nous  avons  eu  une 
bonne  reprisedu  Tannhmiser,h\en  que  Herr  Alvary 
n'ait  pas  répondu  à  notre  attente.  Etait-il  indisposé  ? 
Toujours  esl-il  qu'il  n'a  pas  su  nous  émouvoir 
dans  ses  invocations  à  Venuf ,  tandis  que  Wolfram 
lutte  et  veut  le  retenir;  pas  plus  que  dans  l'admi- 
rable récit  du  pèlerinage,  il  n'a  su  inspirer  cette 
poignante  émotion  de  création  toue  wagnérienne. 
Par  contre,  il  a  été  meilleur  dans  son  duo  avec 
Elisabeth  (M™=  Klaffsky),  qui  a  été  excellente  au 
deuxième  acte  dans  celte  difficile  scène  où  elle 
s'interpose  dans  la  lutte,  sauve  le  chevalier  et 
implore  son  pardon. 

M""  Gherlsen  a  trouvé  moyen  de  mettre  en 
relief  son  rôle  bien  que  secondaire  dans  le  duo 
avec  Vénus.  M.  Wiegand  faisait  un  Landgrave 
imposant  s'harmonisant  avec  le  Wolfram  de 
M.  David  Bispham 

La  mise  en  scène  avait  été  l'objet  des  soins  tout 
particulier  de  sirAugustus,  quia  scrupuleusement 
utilisé  les  indications  laissées  par  Wagner.  L'or 
chestre,  malheureusement,  et  les  chœurs  ont  laissé 
a  désirer. 

La  deuxième  de  la  Navarraise  a  dû  être  ajournée. 
M""^  Calvé  s'est  trouvée  indisposée,  et,  par  ce  fait 
même,  l'opéra  de  Massenet  a  fait  place  à  VOrphée 
de  Gluck.  Le  mèine  soir,  dans  Philémon  et  Bixucis, 
M""^^  Simonnet  (Baucis),  nous  a  fait  ses  adieux, 
ayant  a  remplir  un  engagement  à  Aix-les-Bains. 

Les  frères  de  Reszké  ont  été  l'objet  d'un  véri- 
table triomphe  dans  Faust.  Quelle  charmante 
Marguerite  que  M""  Melba! 

Ce  soir,  nous  aurons  un  des  grands  événements 
de  la  saison  théâtrale  :  la  première  de  V Attaque  du 
Moulin,  avec  M""  Delna  comme  débutante.  M.  Bru- 
neau  a  lui-même  participé  aux  nombreuses  répé- 
titions, et  M.  Flon,  étant  à  Londres,  a  prêté  le  con- 
cours de  son  expérience.  On  espère  ici  qu'il 
bornera  ses  ardeurs  belliqueuses  à  diriger  V Attaque 
du  Moulin,  et  qu'il  ne  tentera  rien  contre  nos 
Populars  Concerts. 

Au  Galety,  M'""  Rèjane  et  la  troupe  du  Vaude- 
ville de  Paris  ont  obtenu  grand  succès  dans  la 
comédie  de  Sardou,  Madame  Sans  Gêne. 

Dans  notre  prochaine  correspondance,  nous 
entretiendrons  nos  lecteurs  de  la  première  de 
Mirette,  de  Carré,  dont  la  musique  piquante  et 
gracieuse,  a  été  composée  expressément  pour  le 
Savoy  Théâtre,  par  M.  André  Messager. 

Décidément,  Paris  est  à  Londres  ;  c'est  le  monde 
renversé.  A.  Lekime. 


NAMUR.  —  L'Académie  de  musique  de 
Namur  a  fêté  dimanche,  i"' juillet,  le  vingt- 
cinquième  anniversaire  de  sa  réorganisation,  par 
un  concert  auquel  assistaient  les  principales  nota- 
bilités de  Namur  et  de  la  province.  Fondée 
en  i838,  elle  n'avait  eu  d'abord  que  deux  profes- 
seurs, MM.  Antoine  et  Angelroth.  L'Académie  dé 
musique  fut  réorganisée  en  i86S;  le  corps  profes- 
soral devint  plus  nombreux  et  la  direction  en  fut 
confiée  à  M.  Jacquet.  Pendant  quinze  ans,  celui- 
ci,  qui  avait  popularisé  l'air  namurois  :  Li  Bia 
Bouquet,  consacra  son  temps  et  ses  efforts  à  la  nou- 
velle école;  il  se  retira  en  i883  en  faisant  valoir 
ses  droits  à  la  pension  de  retraite.  M.  Jacquet 
obtint  le  prix  Blondeau  en  récompense  de  son 
zèle  et  de  son  dévouement. 

Il  fut  remplacé  par  M.  Hemleb,  à  la  fois  com- 
positeur, chef  d'orchestre,  corniste  de  talent  et 
l'un  des  meilleurs  élèves  du  célèbre  harpiste 
Godefroy.  Sous  cette  direction  nouvelle,  l'Aca- 
démie a  continué  à  progresser  et  le  nombre  des 
élèves  qui  était  de  172,  en  1869,  s'élève  actuelle- 
à  507. 

Le  concert  de  dimanche,  à  côté  de  sa  significa- 
tion jubilaire,  empruntait  à  son  programme  un 
réel  intérêt  artistique.  C'était  d'abord  une  para- 
phrase lyrique,  de  M.  Hemleb,  directeur  de 
l'Académie  :  la  Symphonie  du  baiser,  paroles  de 
M.  J.  Prangey.  Cette  œuvre,  entendue  déjà  à 
Namur  lors  d'un  précédent  concert,  a  été  très 
applaudie. 

Puis  ont  été  joués  les  chœurs,  entr'actes  et 
mélodrames  d'Ulysse,  tragédie  de  F.  Ponsard,  mu- 
sique de  Gounod,  dont  l'exécution  a  été  très 
satisfaisante. 

Parmi  les  artistes  qui  ont  prêté  leur  concours  à 
cette  fête,  citons  M.  Vermandel,  professeur  au 
Conservatoire  de  Bruxelles,  et  M"'^'  Neury-Ma- 
hieu,  M.  Pieltain,  M""  Anna  Parys,  du  théâtre 
du  Parc,  et  Lunssens,  harpiste,  et  enfin  M.  Chau- 
doir. 

|'.«|''f'f|'^|''f'|<|«|«|«f''f''|''|''|''f''f'ff't'|''^  • 

iVO  C/  V ELLES  DI  VERSES 

Dans  quelques  jours  s'ouvrent  à  BayreuthJ 
les  fêtes  théâtrales  au  Théâtre  Wagner.  Trois 
œuvres,  on  le  sait,  constituent  la  série  des  repré- 
sentations de  cette  année  :  Parsifal,  Tannhœu- 
ser  et  Loliengrin.  Cet  dernier  parait  pour  la 
première  fois  sur  la  scène  du  théâtre  modèle. 
Voici  l'ordre  dans  lequel  vont  se  suivre  les 
représentations  à  Bayreuth. 

Parsifal,  les  19,  23,  26  et  29  juillet,  2,  5,  9, 
i5  et  19  août; 

Lohengriv,   les  20  et  27  juillet,    3,    10    et 
16  août; 


LE  GUIDE  MUSICAL 


561 


Tannhœiiser,  les  22  et  3o  juillet,  6,  i3  et 
18  août. 

Simultanément  auront  lieu  à  Munich  des 
représentations  cycliques  de  l'œuvre  de  Wagner 
et  notamment  de  V Anneau  du  Nibelung. 
Voici  l'ordre  dans  lequel  ces  représentations 
auront  lieu  : 

11  août,  Rheingold; 

12  »     la  Walkyrie; 
14     »     Siegfried; 

16     »     le  Crépuscule  des  dieux; 

18  »     Tristan; 

19  »     M  eis  ter  singer  ; 
22     »     Tristan; 

25,26  28  et  3o  août:  Tétralogie  du  Nibelung; 

2  septembre  :  M  eis  ter  singer  ; 
5  »  Tristan  ; 

8,  9,  II  et  i3  septembre  :  Tétralogie  ; 

16  septembre  :  M eister singer  ; 

19  »  Tristan; 

22,  23,  25  et  27  septembre  :  Tétralogie  ; 

3o  septembre  :  M  eister  singer  ; 

3  octobre  :  Tristan. 

Nous  avons  déjà  dit  qu'on  projette  à  Brème 
d'y  faire  représenter  le  Christ,  opéra  sacré  de 
Rubinstein.  Les  journaux  allemands  en  parlent 
aujourd'hui  avec  plus  de  détails.  Ces  représen- 
tations, dix  en  tout,  auront  lieu  en  mai  et  en 
juin  de  l'année  prochaine.  Le  sénateur  Schultz 
préside  le  comité  urbain  chargé  de  leur  organi- 
sation. Le  directeur  du  théâtre  de  Breslau,  à 
raison  de  3o,ooo  marks,  fournira  le  matériel  de 
la  mise  en  scène,  préparé  par  lui  pour  les  repré 
sentations  américaines  de  cette  même  œuvre. 
Il  y  aura  un  double  ensemble  d'exécutants 
pour  les  principales  parties.  On  engagera  l'or- 
chestre philharmonique  et  le  chœur  sera  com- 
posé de  25o  voix.  Le  théâtre  sera  spécialement 
aménagé  pour  la  circonstance.  On  a  obtenu 
déjà  l'agrément  de  la  ville  et  le  comité  s'est 
subdivisé  en  trois  sections. 

Ceux  qui  lisent  le  Ménestrel  auront  appris 
((  l'immense  succès  »  remporté  à  Londres  par 
la  Navarraise,  la  «  superbe  partition  »  que 
M.  Massenet  vient  de  donner  au  théâtre  de 
Covent-Garden. 

Ceux  qui  lisent  les  journaux  de  Londres 
auront  vu  que  I'm  immense  succès  »  de  la 
Navarraise,  si  complaisamment  claironné  par 
le  délicieux  Moreno,  est,  au  fond,  un  bon  four. 
La  critique  londonienne  n'est  pas  plus  tendre 
pour  cette  nouvelle  production  de  l'auteur  de 
Manon  qu'elle  le  fut  naguère  pour  Werther. 
Le  Musical  Times  blague  cruellement  cet 
explosive  opéra,  comme  il  appelle  la  Navar- 


raise.'La  musique  ébranlante  de  M.  Massenet 
ne  lui  agrée  pas  du  tout.  M.  Massenet,  dit  le 
critique  britannique,  tient  pour  le  moment  le 
record  de  la  musique  canonnantc.  «  Il  a  cer- 
tainement le  privilège  d'être  le  musicien  ayant 
écrit  la  musique  qui  produit  sur  le  tympan  de 
ses  contemporains  la  plus  violente  impres- 
sion. » 

M.    Massenet  en  est  arrivé  à  faire  concur- 
rence à  Mascagni  ! 

BIBLIOGRAPHIE 


M.  F.  Duyzings,  professeur  au  Conservatoire 
royal  de  Liège  et  à  l'Ecole  de  musique  de  Ver- 
viers,  vient  de  faire  éditer  par  la  maison  L.  La- 
vcrgne,  de  Verviers,  le  chœur  Bellone  qu'il  a  dédié 
à  la  Concorde  de  Verviers,  dont  il  est  le  directeur, 
et  que  cette  société  a  chanté  au  concours  interna- 
tional de  Mons. 

Le  poème,  très  bien  écrit,  est  d'un  jeune  écrivain 
verviélois,  M.H.-O.  Longtain,  également  membre 
soliste  de  la  Concorde. 

Les  grands  orphéons  voudront  sans  aucun 
doute  enrichir  leur  répertoire  de  cette  œuvre 
remarquable. 

NECROLOGIE 

Sont  décédés  : 

A  Ville-d'Avray,de  près  Paris,  lejuin,  Marietta 
Alboni,  l'une  des  plus  célèbres  cantatrices  ita- 
liennes d'il  y  a  trente  ans. 

M""  Alboni  était  née  le  6  mars  1826  à  Cesena, 
dans  la  Romagne.  Tout  tnfant,  elle  apprit  la 
musique  ;  à  onze  ans,  elle  déchiffrait  à  livre  ouvert. 
Venue  à  Bologne,  elle  connut  Rossini,  alors 
directeur  du  Lycée  musical  de  cette  ville,  qui  fut 
tellement  enchanté  de  son  admirable  voix  qu'il 
acheva  lui-même  son  éducation  musicale. 

Elle  débuta  à  la  Scala  de  Milan  (1843)  dans  le 
rôle  de  Maffio  Orsini  de  Lucrezia  Borgia,  .et  ce 
début  fut  un  véritable  triomi  he  De  Milan,  elle 
alla  à  Brescia,  à  Vienne,  à  Saint-Pétersbourg,  à 
Rome.  C'était  l'époque  où  la  non  moins  fameuse 
cantatrice  Jenny  Lind  excitait,  à  Londres,  l'en- 
thousiasme des  dilettanti  au  Théâtre  de  la  Reine. 
Persiani,  directeur  de  Covent-Garden,  engagea 
l'Alboni  Tout  Londres  se  vit  partagé  en  deux 
camps,  dont  l'un  tenait  pour  Jenny  Lind,  l'autre 
pour  l'Alboni. 

La  renommée  de  l'Alboni  allait  bientôt  s'éta- 
blir à  Paris  d'une  façon  définitive.  Le  9  octo- 
bre ',1847,  elle   parut  au  Grand-Opéra,  dans   un 


562 


LE  GUIDE  MUSICAL 


concert.  Son  succès  fut  tel  que  ce  théâtre  organisa 
pour  elle  trois  autres  concerts  qui  furent  donnés 
les  jours  suivants.  Quelques  semaines  après,  elle 
était  engagée  par  M.  Vatel,  directeur  du  Théâtre- 
Italien,  où  elle  débutait  le  2  décembre  dans  la 
Cenereniola  de  Rossini.  Après  deux  saisons  au 
Théâtre-Italien  et  de  nouveaux  succès  à  l'étranger, 
l'Alboni  ayant  chanté  en  français  à  Lyon,  à  Bor- 
deaux, à  Marseille,  la  Favorite,  Charles  VI,  la  Reine 
de  Chypre,  la  Fille  du  régiment,  revint  à  Paris  et 
aborda  à  l'Opéra  le  rôle  de  Fidès,  du  Prophète,  que 
jyjmc  Pauline  Viardot  avait  récemment  créé.  La 
beauté  et  la  puissance  de  sa  voix,  la  hardiesse  de 
sa  vocalisation  produisirent  une  très  grande  im- 
pression. M"'"  Alboni  chanta  ensuite  la  Favorite, 
et  en  iS5i  elle  créa  le  rôle  de  Zerline  dans  la 
Corbeille  d'oranges,  qu'Auber  avait  écrit  pour  elle. 

La  chanteuse  fit  alors  de  longs  voyages.  Les 
deux  Amériques  l'applaudirent  et  l'enrichirent; 
toutes  les  grandes  villes  d'Europe  la  possédèrent, 
et  le  Théâtre-Italien  de  Paris  la  retint  pendant  de 
nombreuses  saisons;  elle  y  chanta  une  multitude 


de  rôles  :  Zerlina,  de  Don  Giovanni,  Maddalena,  de 
Rigoletto,  la  Gasza  ladra.  Il  Matrimonio  segreio.  Maria, 
Il  Giuramento,  Cosi  fan  tuite.  Il  Ballo  in  mascheva,  etc. 

M""  Alboni  était  devenue  marquise  de  Pepoli; 
en  1S66,  à  la  mort  de  -son  mari,  elle  quitta  la 
scène  pour  n'y  plus  reparaître. 

On  put  cependant  l'entendre  encore  en  1869  au 
Théâtre  Italien,  où    en  mémoire  de  Rossini,  mort 
l'année  précédente,  elle  consentit  à  prendre  part  à 
l'exécution  de  la  «  messe  solennelle  »  du  maître, 
pour  lequel  elle  avait  toujours  conservé  un  vérita- 
ble culte,  et  aussi  en  1871  pour  se  faire  entendre 
dans  un  concert  donné  par  l'œuvre  de  la  Libéra-   i 
tion  du  territoire.  M""'  Alboni  s'était  remariée  en 
1877,  à  M.  Charles  Zieger,   officier   de    la  garde  j 
républicaine.   Elle    habitait,  l'hiver,  à    Paris,    le  ; 
Cours-la-Reine,  et,  l'été,  la  villa   Cenerentola,   à  j, 
Ville-d'Avray. 

La  voix  de  l'Alboni  était  l'une  des  plus  belles 
que  l'on  eut  entendues.  Elle  était  d'une  étendue 
extraordinaire,  d'une  égalité,  d'une  pureté  incom- 
parables, aussi  large  et  puissante  dans  les  adagio 


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LE  GUIDE  MUSICAL 


563 


que  légère  et  brillante  dans  les  allegro  :  c'était  le 
triomphe  de  la  belle  voix  pour  elle-même  et  de 
l'art  du  chant  le  plus  parfait,  le  plus  sur. 

En  revanche,  en  scène  elle  n'avait  aucune  espèce 
de  jeu;  même  avant  d'être  gênée  par  un  embon- 
point formidable  au  point  de  marcher  avec  peine, 
elle  ne  connaissait  guère  d'autre  geste  qu'une 
sorte  de  révérence  ou  de  petit  salut  qu'elle  esquis- 
sait à  la  fin  d'une  note  bien  filée  ou  d'une  roulade 
admirablement  perlée.  Ni  dans  la  petite  Cendril- 
lon,  ni  dans  l'espiègle  Rosine,  elle  ne  ."'animait 
davantage.  «  M™'=  Alboni,  qui  joue  Rosine,  écrivait 
Mérimée  après  une  représentation  à'Il  Barhiere, 
chante  admirablement,  avec  l'expression  d'une  cla- 
rinette. » 

Les  obsèques  de  l'Alboni  ont  eu  lieu  à  Paris,  la 
semaine  dernière. 

A  l'église,  une  graiid'messe  a  été  chantée  pendant 
laquelle  on  a  exécuté  :  Ego  sum,  de  Gounod, 
chanté  par  Faure,  Quid  sum  miser  de  Gounod, 
chanté  par  la  maîtrise.  Pie  Jesu  de  Faure,  chanté 
par  l'auteur,  Smicùis  et  Agnus,  de  la  messe  de 
Dubois,  chanté  par  les  chœurs,  Agnus  Dei  de  Stra- 
della,  chanté  par  M"'  Delna  et  accompagné  par  la 
harpe  et  le  violoncelle. 


L'inhumation  s'est  faite  au  cimetière  du  Père- 
Lachaise,  dans  !e  caveau  de  famille  où  repose 
déjà  le  premier  mari  de  M""'  Alboni,  le  comte 
Pepoli. 

—  A  Rome,  à  l'âge  de  48  ans,  M.  Enrico 
Masi,  violoniste  qui  avait  fait  partie  de  l'excellent 
quatuor  Becker,  connu  sous  le  nom  de  Quarteito 
Fiorentino,  et  ensuite  du  Quar/etlo  Rii:naiJ  dirigé 
par  M.  Sgambati.  En  ces  derniers  jours,  il  était 
secrétaire  au  ministère  de  l'instruction  publique, 
section  musicale,  et  il  publiait  dans  le  Bulkiin 
ministériel  des  études  très  appréciées. 

—  A  Madrid,  le  17  juin,  à  l'âge  de  63  ans,  le  chef 
d'orchestré  et  compositeur  Mariano  Vasquez  y 
Gomez.  Né  â  Greaade  le  3  février  i83i,  il  vint  en 
i856  se  fixer  à  Madrid,  où  il  commença  à  se  faire 
connaître,  tt  où  il  devint  plus  tard  professeur  au 
Conservatoire,  directeur  de  la  Société  des  concerts 
et  membre  de  la  section  de  musique  de  l'Académie 
de  San  Fernando.  On  lui  doit  un  assez  grand 
nombre  de  zarzuelas  et  de  compositions  religieuses 
entre  autres,  une  messe  de  Requiem,  exécutée  tous 
les  ans  à  Grenade,  à  la  mémoire  des  rois  catho- 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


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Org-aniste    du    Grand    Org-ue    de   la    Madeleine 


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Prix  net, 


1.  Alléluia   du   ikTas-s-Ze  (Haendel)  . 

2.  Marche  d'^f/2a/ye  (Mendelssohn)       ...  — 

3.  Marche  du  Songe  d'une  nuit  d'été  (Mendelssohn)      — 
Introductiondu  troisième  acte  et  Chœur  des  fiançailles 

de  Lohengrin  (R.  Wagner)     ....  — 

Marche  religieuse   de  JLohengrin  (R.  "Wagner).  — 

Marche  de  Tannhaeuser  (R.'SJVa.qnev]       .         .  — 

2^    S  É  R  I  E 

Marche-Gavotte   de  Josué  (Haendel)  .         .         .         Prix  net, 
Psaume  XII.  /  Cieli  Immensi  (Marcello), 
Chœur  de  Paul  us  (Mendelssohn) 
Chœur  mystique  de  i^aws-f  (Schumann) 
Prélude  de  Lohengrin  (R.  "Wagner). 
Introduction  du  troisième  acte  et  Chœur  des  pèlerins 
de   Tannhœuser  (R.  "Wagner) 


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LE  GUIDE  MUSICAL 


liques.  Il  était  maître  de  musique  de   l'infante  Isa- 
belle. 

—  A  Milan,  à  l'âge  de  88  ans,  d'un  ancien  impré- 
sario, M.  Giuseppe  Brunello,  qui  fut,  entre  autres, 
directeur  de  la  Scala  pendant  quatorze  ans,  et  sut 
maintenir  ce  théâtre  dans  un  heureux  état  de  pros- 
périté. C'est  sous  son  administration  qu'j''  furent 
données  les  premières  représentations  é'Aïda  et  de 
Lohengrin. 

—  A  Stutgart, Emmanuel  Faisst, renommé  comme 
organiste  et  comme  chef  d'orchestre.  Né  à  Esslin- 
gen,  le  i3  octobre  i823,  il  s'était  d'abord  destiné  à 
la  théologie,  mais,  sur  les  conseil  ee  Mendelssohn, 
il  se  consacra  à  la  musique,  qu'il  étudia  avec  ardeur. 
Etant  allé  s'établir  à  Berlin,  il  travailla  avec  deux 
excellents  théoriciens,  Haupt  et  Dehn.  Après  un 
grand  voyage  artistique,  il  alla  se  fixer  définitive- 
ment à  Stuttgart,  où  il  fonda  une  société  de  musi- 
que sacrée  et  devint  directeur  du  Conservatoire. 
Il  a  beaucoup  composé,  mais  la  plupart  de  ses 
compositions  sont  restées  inédites. 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  13,  rue  du  Mail 


RÉPERTOIRE  DES  THEATRES  ET  CONCERTS 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Clôture  annuelle. 
Théâtre  DES  Galeries.  —  Gigolette  (avec  M™^  Cerny). 
Waux-Hall.  —  Tous  les  soirs,  concert  de  symphonie 
par  l'orchestre  du  théâtre  de  la  Monnaie. 


i 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panorainas  (grande  galerie) 

Propriétaires  des  œuvres  de  TscliaiUowsky,  Gottschaik,   Pruiient,  Allard 
des    Ai-fliivrN    du   piuuu    et   de  la    eélèbre    SBétiioilc    <3c   piauo    A.    le    4'arpen(ivr 

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Yient  de  paraître! 

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de  la  Nativité,  Orchestre 3  — 

Parties  séparées 5    — 

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transcr.  facile  par  Tavan  .      .  3  — 

Violon  ou  violoncelle  et  piano  .  5  — 
SIélodios  de  l'an!  Itongnoii 

1.  Au  vent 3  — 

2.  La  Chanson  du  renouveau     ....  3  — 

3.  Comment  on  dit  :  a  Je  t'aime  ».      .      .  3  — 

4.  Etre  deux 5  — 

5.  J'aime,  je  crois,  j'espère 3  — 

6.  Le  Livre  de  la  vie 3  — 

7.  Premiers  baisers  du  printemps   .      .      .  3  — 

S.  Le  Souvenir 5  — 

9.  La  Valse  des  nuages 5   — 

H.-F.  Toby.  Sérénade,  paroles  de  A.  Semiane  .  3  — 

—  BarcaroUe,  paroles  de  A.  Semiane  ....  3  — 

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et  piano 7  5o 


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violon  et  piano  par  Ad.  Herman 

Six  numéros,  chaque.     .  2 

réunis.      .  6 
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Piano  à  4  mains 10  ■ 

Piano  et  violon g  ■ 

J.  Daubé.  Menuet  pour  piano  et  violon     ...  5 

—  Mazurka  de  salon  (originale)  pour  piano   et 

violon 6  . 

C.  Galas.  Dolorosa,  nocturne  pour  piano.     .      .6 

—  Le  Lac  de  Côme    .           5 

—  Le  Chant  du  berger -  ...  5 

—  Souvenir  des  champs 6 

li.-Sf.  Coloiuer.  Rondino  pour  piano.      ...  5 

G.  Pfpiffcr.  Romance  pour  violoncelle  et  piano  6 

J.  Teii  Briiick.  Voici  le  soir,  valse,  barcaroUe  .  5 

Cil.  I-efèvre.  Oublier,  mélodie 5 

Kmile  Waldteafel.  Amour  et  Printemps,  valse 

chantée 

Arrangé  pour  orchestre,  parties  sép.  2 

—          harmonie  ou  fanfare  .  3 


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LE  GUIDE  MUSICAL 


565 


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Dresde 
Opéra.  —  Du  24  juin  au  i^r  juillet:  Lohengrin    Rienzi. 

Le  Preneur  de  rats  de  Hameln.  La  Fille  du  régiment. 

L'Armurier.  Freyschûtz. 


Paris 

OrÉKA    —  Du  24  juin'au  i"  juillet  :  Lohengrin.  Faust. 
Opér.v-Comique.  —  Clôture 

Vienne 
Opéra  Impérial.  —  Clôture  annuelle. 


V  Léopold  MURAILLE, éditeur  à  Liège  (Belgique) 

Vient  de  paraître  : 

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(partition  de  poche  pouk  la  musique  de  chambre) 

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DETHIER,  Gaston.  Romance  violon  et  piano        .......  3  — 

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—                  Berceuse  Scandinave,  violon  at  piano       .          .          .          .  »  2  5o 

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J.-B.  KATTO,  éditeur  de  musique,  52,  rue  de  l'Ecuyer,  Bruxelles 

ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 

AVIS  AUX  COLLECTIONNEURS 

CDix^vr^.g'^s    d'oooa^siorL 

PARTITION  D'ORCHESTRE 

PARTITIONS     PIANO     ET     CHANT 

Volumes  et  ouvrages  théoriques 

Demander  ce  qu'on  désire  ou  le  catalogue 

TÉLÉPHONE    I902 


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OTTO  JUNNE,  éditeur,  21,  Thalstrasse,  Leipzig 


Van  den  Eeden.  Le    Rêve,  double  chœur   pour  voix   d'hommes. 

Vastersavendts.  La   Puissance  de  la  Musique,  description   vocale  pour  voix    d'hommes. 

Willame.  Gloire   au   iravailleur,   chœur   pour  voix   d'hommes. 

Ces    trois   chœurs  ont  été  imposés  en  division   d'honneur  et  d'excellence,  au  grand    concours 
international   de  chant   d'ensemble,  qui    a  eu    lieu    à   Mons    les    24  et    25  juin    1894. 


VIEUT  DK  P.%BAITRI';  :  A.  Le  Pas.  Atihade  à  la  fiancée,  gavotte  pour  piano, 
composée  et   dédiée   à  la   princesse  Joséphine  de   Belgique,  à   l'occasion  de    son   mariage. 

SOUS  l'RESSE  :  M.  Lunssens-  Marche  solennelle  pour  piano,  primée  au  concours  de 
composition  musicale  institué  par  MM.  Schott  frères.  (La  première  audition  a  eu  lieu  à  la  salle 
des   Fêtes   (Exposition  d'Anvers)  lundij  28   mai    1894..) 


566 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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plus  pittoresque  de  la 
vallée  du  Lech,  à  une 
altitude  de  75o  mètr"' 
au-dessus  du  niveau 
de  la  mer  du  Nord 
Cette  localité  est  lar 
gement  découverlt 
vers  le  sud,  où  l'on 
a  devant  soi  lu  chaîne 
des  Alpes  bavaroises 
et  tyroliennes  Son 
cliinat  est  subalpin. 
De  vastes  sapinieics 
rendent  l'air  absolu 
ment  pur  et  richf  en 
ozone.  La  région  est 
riche  en  magnifiques^ 
promenades  dans  les 
quelles  des  endroits 
de  repos  sont  habile 
ment  aménagés  et 
d'où    l'œil    jouit    de 

splendides  points  de  vue  sur  les  montagnes  environnantes.  Excursions  à  pied  et  en  voiture  aux  châ- 
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et  variée,  etc.  —  Traitement  efficace  de  toutes  les  affections  des  voies  rcspiraioii'cs  :  catarrhes  chroniques, 
oppression, asthme,  etc.;  des  affections  du  svstèmô  nerveux  :  surexcitation,  dépression;  névrose  :  hystérie, 
neurasthénie;  de  la  goutte  et  du  rhumatisme  ;  des  affections  du  cœur  :  faiblesse  du  muscle  cardiaque,  cœur 
graisseux,  dégénérescence  graisseuse,  névroses,  lésions  organiques  compensées,  etc. 

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LE  GUIDE  MUSICAL 


567 


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568 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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Sorties  de  bal  et  de  théâtre 
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Châles  et  écharpes 
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Parfumerie  et  mercerie 
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DIRECTEUR-REDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE    KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

Rue  Beaurepaire,  33,  Paris 

N    LE  KIME,  SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain. 

Ed.VanderStraeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

N.  Liez  —  I.  Will 

Dr  F.-V.  Dwelshauwers-Dery 

Ernest  Closson  —  Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 
J.  Brunet  —  A.  Wilford,  etc,  etc. 

HbonnementS  :  aux  Bureaux  du 
journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
à  Paris,  à  la  Librairie  Fischbacher, 
33,   rue  de  Seine, 

France  et  Belgique  ...     12  francs. 

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40"  année         22  et  29  Juillet  1894  .vuméros  3o-3i 


SOMMAIRE 

Michel  Brenet.— Les  Musiciens  de  l'Ecole 
polytechnique  (suite  et  fin). 

L'Hymne  à  Apollon.  — Une  lettre  de  M.Nicole. 

M.  Kufferath.  —  Une  nouvelle  version 
française  de  la  «  Walkyrie.  » 

€l)rontque  bc  la  Semaine  :  Paris  :  L'orchestre  au  nou- 
vel Opéra-Comique.  —  Les  concours  du  Conser- 
vatoire.  —  Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  Les  concours  du  Conservatoire.  — ■  Nou- 
velles diverses. 

€orrceponbancee  :  Anvers,  Liège,  Concours  du  Con- 
servatoire, Londres. 
Nouvelles  diverses. 
Bibliographie.  —  Nécrologie. 
Répertoire  des  thé.atres 

EN  vente,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  l'Ecuyer; 
et  chez  les  éditeurs  de  mjsique  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de  Seine;  M.  Brasseur,  Galerie 
de  roiéon.    —    Luxembourg,   G.-D.   SiniDnis,  libraire. 

—  A  Londres  ;  MM.  Breitkopf  et  Haertel,  i5,  Oxford 
Street;  Schott  et  C,  Régent  street,  157-159.—  A  Leipzig  : 
Otto  Junne. — A  Munich  :  Josef  Seiling,  fourn''  de  la  cour, 
Perusastrasse.  —  A  Strasbourg  :  librairie  Ammel.  —  A 
Amsterdam,  Algemeene  Musikhanlel,  Spui,  2.  —  A  La 
Haye,  Belinfante  frères. — A  Liège  ;  M"<=  veuve  Muraille, 
rue  de  l'Université.  -A  Anvers:  M   Forst,place  de  Meir. 

—  A  Gand  :  M'm  Beyer.    —  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit. 

—  A  Genève  :  Ad.  Henn,  6,  rue  Grenus  —  A  Madrid  : 
Ruiz  y  C»,  Principe,  14.  —  A  Saint-Pétersbourg  : 
MM.  E.  Mellier  et  C'",  Perspective  Newski.— A  Moscou  : 
Jurgenson.  —  A  Mexico  :  N.  Budin.  —  A  Montréal  ;  La 
Montagne,  éditeur  14g,  rue  Saint-Maurice.  —  A  New- 
York  ;  G.-E.  Stechert,  810,  Broadway. 

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570 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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rue  de  l'Evêque 
En  face  le  théâtre  de  la  Monnaie,  Bruxelles 

HOTEL  DE   BELLE-VUE 

Place  Royale,  Bruxelles 


AMSTEL  HOTEL 


DOELEN  HOTEL, 

Hôtel  de  i"  ordre 


Amsterdam 


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Cologne  sur  le  Rhin. 


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KRASNAPOLSKY 

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HOTEL  POLONAIS 

Hôtel,  Café,  Restaurant 

Kalverstraat,  Amsterdam 

BIBLE  HOTEL 

Warmoostraat,  Amsterdam 


Pension  Grand-Hôtel  SCHOMBARDT 

(Dépendance  de  l'hôtel  Golden  Stern) 
Grand  jardin  au  bord  du  Rhin 

Bonn  sur  le  Rhin 


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Ex-chef  de  musique  du  C=  de  ligne 

REPRÉSENTANT  SPÉCIAL 

Pianos  ÉRARD,  KAPS  et  BQED 

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PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


40"  ANNÉE.  —  Numéros  3o-3i. 


22  et  29  Juillet  1894. 


Xes  nn)iî8idene 
bc  riEcole  polytechnique 

(Suite  et  fin.  —  Voir  les  n<"^  24-25,28-29) 

Après  Dautresme,  nous  retournons  aux 
acousticiens.  M.  Ernest-Jules  Mercadier, 
né  le  4  janvier  i836,  élève  de  la  promotion 
de  i856,  appartient  au  corps  des  ingénieurs 
des  télégraphes,  et  remplit  aujourd'hui  les 
fonctions  de  directeur  des  études  à  l'Ecole 
polytechnique.  Nous  le  citons  pour  un 
écrit  sur  la  Mesure  des  intervalles  nmsicaux, 
inséré  dans  le  recueil  de  1872  de  l'Asso- 
ciation française  pour  l'avancement  des 
sciences.  M.  Mercadier  y  expose  le  résultat 
d'intéressantes  expériences  faites  avec 
l'aide  d'un  autre  polytechnicien,  M.  Alfred 
Cornu,  né  en  1841,  élève  de  la  promotion 
de  1860.  Ce  dernier  passait  parmi  ses 
camarades  pour  un  excellent  musicien;  au 
temps  où  il  portait  l'uniforme  de  l'Ecole,  il 
avait  composé  pour  une  joyeuse  cérémonie 
d'élèves,  une  Ouverture  du poitit  gamma,  pot- 
pourri  des  priiicipaiix  airs  de  l'École,  qui  fut 
publiée  en  i85i,  mais  à  laquelle  M.  Cornu, 
devenu  ingénieur  des  mines,  professeur  à 
l'Ecole  polytechnique  et  membre  de  l'In- 
stitut, ne  donna  jamais  de  pendant. 

M.Georges-RamireGuÉROULT,néàParis 
en  1839,  élève  de  la  promotion  de  i858, 
entré  dans  l'inspection  des  finances,  doit 
être  nommé  ici  comme  excellent  traducteur 
du  célèbre  traité  de  Helmholtz  [Théorie phy- 
siologique de  la  musique)  et  comme  auteur 


d'une  intéressante  étude  :  Du  Rôle  du  moîc- 
venient  dans  les  e'nwtions  esthétiques,  publiée 
en  juin  et  juillet  1881  dans  la  Revue  pliilo- 
sophiqne. 

Ni  théoricien,  ni  compositeur,  M.  Emile 
Lemoine, ingénieur, né  le  22  novembre  1840, 
élève  de  la  promotion  de  1860.  est  certaine- 
ment aujourd'hui  le  plus  connu  des  poly- 
techniciens dans  le  monde  musical,  où  il. 
occupe  une  place  à  part,  comme  fondateur 
des  célèbres  concerts  de  la  Trompette. 
L'origine  en  remonte  au  temps  où  M.  Le- 
moine, pendant  ses  deux  années  de  pré- 
sence à  l'Ecole,  occupait  quotidiennement 
la  récréation  de  l'après-midi  à  faire,  avec 
quatre  ou  cinq  camarades,  de  la  musique 
d'ensemble;  entre  eux,  les  jeunes  gens 
s'étaient  forgé  le  nom  de  Société  philopipo- 
bithouinique,  dérivé  humoristique  du  grec 
philos,  du  mot  pipo,  qui  dans  «  l'argot  de 
rX  »  désigne  le  polytechnicien,  et  du  nom 
écorché  de  Beethoven.  Cette  appellation, 
trop  compliquée  pour  se  perpétuer,  fit 
place  au  nom  de  la  Trompette,  donné  un 
jour  par  ironie  et  qui  désigne  encore,  après 
plus  de  trente  ans,  une  des  institutions  de 
concerts  les  plus  originales  et  les  plus  artis- 
tiques qui  existent  à  Paris. 

En  effet,  la  dispersion  de  la  promotion 
de  i85o  n'arrêta  point  le  développement  de 
la  Trompette,  dont  l'importance  s'accrut  au 
contraire  d'année  en  année.  Depuis  long- 
temps, les  amateurs  y  ont  cédé  la  place, 
comme  exécutants,  aux  «professionnels». 
Mais  M.  Lemoine  n'a  pas  cessé  d'être 
l'àme  de  ces  concerts,  qui  sont  sa  création, 
sa  chose,  et  aussi  sa  propriété  :  car  il  est 
bien  convenu  que  n'y  entre  pas  qui  veut  et 
que  les  auditeurs  sont  ses  invités,  partici- 
pant, sans  toujours  les  couvrir,  aux  frais 
de  l'entreprise.  Les  anciens  élèves  de 
l'Ecole  polytechnique  et  leurs  familles 
forment  presque  exclusivement  un  auditoire 


572 


LE  GUIDE  MUSICAL 


ainsi  réuni  sur  le  double  terrain  de  la 
camaraderie  et  d'un  amour  commun  pour 
la  musique.  Le  répertoire  des  soirées  heb- 
domadaires de  la  Trompette  est  extrême- 
ment large  et  varié,  dans  tous  les  genres 
élevés  de  la  musique  de  chambre.  Deux 
œuvres  exquises  de  MM.  Saint-Saëns  et 
d'Indy,  avec  trompette  obligée,  composées 
spécialement  pour  les  concerts  de  M.  Le- 
moine,  ont  porté  en  tous  pays  le  nom  de 
cette  curieuse  et  très  artistique  institution, 
à  laquelle  les  historiens  futurs  de  la  mu- 
sique française  ne  pourront  se  dispenser 
de  réserver  une  place. 

Tous  les  lecteurs  du  Guide  Mîtsical  con- 
naissent et  apprécient  les  travaux  si  atta- 
chants et  si  approfondis  de  M.Alfred  Ernst 
dans  la  littérature  musicale  wagnérienne. 
M.  Ernst  est  aussi  un  élève  de  l'Ecole 
polytechnique,  de  la  promotion  de  1879. 
Classé  dans  l'arme  du  génie,  il  donna  sa 
démission  du  grade  de  sous-lieutenant,  pour 
entrer  à  l'Observatoire  de  Paris,  et  quel- 
ques années  après,  à  la  bibliothèque  Sainte- 
Geneviève.  Les  promesses  de  ses  deux  pre- 
miers ouvrages  :  l'Œuvre  dramatique  de 
Berlioz  (18841  et  Richard  Wagner  et  le 
drame  contemporain  (1887)  ont  été  tenues 
dans  le  troisième,  VA  rt  de  Richard  Wagner 
(i8g3).  Ce  volume,  ainsi  que  la  traduction 
des  Maîtres  Chanteurs,  partiellement  en- 
tendue cet  hiver  aux  concerts  d'Harcourt, 
ont  reçu  ici  même  des  éloges  qui  nous  dis- 
pensent d'insister  davantage  sur  la  person- 
nalité ou  les  travaux  de  leur  auteur. 

M,  Ernst  fermerait  notre  liste,  si  les  fêtes 
du  centenaire  de  l'Ecole  polj'technique 
n'avaient  précisément  fourni  à  trois  anciens 
élèves  de  cette  école  une  occasion  excep- 
tionnellement brillante  de  se  produire  en 
public  comme  compositeurs.  Un  auditoire 
de  six  mille  personnes  a  entendu  le  ig  mai, 
dans  la  salle  du  Trocadéro,  l'ouverture  de 
Callirhoe,  de  M.  Alexandre  BAZiLLE(né  le 
20  juin  i835,  élève  de  la  promotion  de  i855, 
démissionnaire  en  1862  du  grade  de  lieu- 
tenant d'artillerie,  fixé  à'Paris  comme  pro- 
fesseur de  mathématiques);  —  puis  une 
cantate  de  circonstance,  la  Polytechnique, 
musique  de  M.  Louis  Saraz  (élève  de  la 
promotion  de  1874,  professeur  au  Collège 


Sainte-Barbe);  —  et  enfin  des  morceaux  de 
musique instrumentale,écrits par  M.Charles 
KoECHLiN  pour  accompagner  l'Epopée,  ou 
«  représentation  des  Ombres  » ,  qui  formait 
le  principal  attrait  de  la  soirée. 

M.  Bazille  et  M.  Saraz  cultivent  la  com- 
position musicale  en  amateurs;  M.  Kœch-. 
lin,  le  plus  jeune  de  tous  les  polytechniciens  ' 
que  nous  avons  mentionnés,  se  destine  à  la  .. 
carrière  artistique,  pour  laquelle  il  a  quitté  ; 
le  grade  acquis  dans  l'armée.  Plus  coura- 
geux qu'aucun  de  ses  devanciers,  il  s'est 
soumis  à  la  filière  de  l'éducation  musicale 
officielle,  et  il  suit  aujourd'hui  les  classes 
du  Conservatoire  de  Pai"is. 

L'avenir  dira  les  destinées  artistiques 
de  M.  Kœchlin,  et  montrera  si  la  musique 
française  doit  posséder  en  lui  le  premier 
véritable  maître  sorti  de  l'Ecole  polytech- 
nique. Parmi  le  nombre  d'excellents  musi- 
ciens ou  de  savants  théoriciens  réunis  dans 
ces  notices,  nous  n'avons  pas  rencontré  un 
seul  grand  compositeur.  Ce  n'est  pas  à  dire 
cependant  que  la  musique  ne  doive  aucune 
gloire  ni  aucune  reconnaissance  à  ces  poly- 
techniciens, librement  venus  à  elle.  Ils  lui 
ont  apporté  tous  un  cœur  chaud  pour  les 
progrès  de  la  science  ou  de  l'art,  et  des 
facultés  très  diverses,  largement  offertes. 
Si  nul  d'entre  eux  jusqu'ici  n'a  mérité  d'être 
placé  au  rang  des  artistes  créateurs,  c'est 
que  l'éducation  spéciale  d'un  compositeur 
ne  s'improvise  pas,  et  que  la  musique  seule 
peut  et  doit  remplir  la  vie  de  l'homme  qui 
se  voue  à  elle.  Mais  il  y  a  plusieurs  façons 
de  servir  cet  art  complexe,  que  Choron 
définissait  un  art-science.  Aucun  antago- 
nisme n'existe  entre  la  pratique  la  plus 
vulgaire  de  l'art  et  sa  théorie  la  plus  s 
abstraite;  si  la  notation  musicale  est  aux 
yeux  des  non-initiés  un  amas  de  signes 
incompréhensibles,  les  équations  des  phy- 
siciens sont  pareillement  indéchifi"rables 
aux  musiciens  pratiquants  :  pourtant,  ces 
deux  alphabets  dissemblables  expriment  1 
deux  côtés  d'un  inéme  art.  La  musique  a 
ceci  de  grand  et  d'admirable  qu'elle  ramifie 
pour  ainsi  dire  à  l'infini  des  racines  qui 
plongent  au  plus  profond  du  cœur  et  de 
l'esprit  de  l'homme.  De  même  que  ses 
aspects  artistiques  varient  depuis  l'humble  : 


LE  GUIDE  MUSICAL 


573 


chanson  populaire  jusqu'aux  vastes  créa- 
tions de  la  polyphonie,  de  même  ses  bases 
scientifiques  fournissent  au  mathématicien, 
au  physiologiste,  à  l'ethnologue,  au  philo- 
sophe, à  l'historien,  d'inépuisables  sujets 
d'études  :  et  côte  à  côte,  les  artistes  et  les 
savants  puisent  fraternellement  le  breuvage 
de  vie  dans  les  flots  du  fleuve  sacré. 

Michel  Brenet. 


%'1b^nine  à  HpoUon 

UNE  LETTRE  DE   M.  NICOLE 

8  juillet  1894. 
Monsieur  le  Directeur, 

Excusez-moi,  je  vous  prie,  si  je  ne  viens 
qu'après  coup  remettre  sur  le  tapis  la  question  de 
rhymne  à  Apollon.  J'arrive  d'Athènes,  et  ce 
n'est  que  ce  matin  même  que  j'ai  pu  prendre 
connaissance  des  trois  numéros  du  Guide  Musical 
où  sont  publiées  les  lettres  de  M.  Reinach  et  vos 
réponses.  Comme  je  me  trouve  mis  en  cause, 
malgré  moi,  vous  me  permettrez  bien  de  vous  faire 
part  de  quelques  remarques,  car  moi  aussi  j'ai  à 
répondre  à  M.  Reinach. 

Laissez-moi  vous  diie,  tout  d'abord,  comment 
j'ai  été  appelé  à  m'occuper  de  cet  hymne 

En  février,  à  Athèues,  M.  Homolle  m'a 
demandé  si  je  voulais  me  charger  de  faire  exécu- 
ter devant  la  Cour,  avec  accompagnement, 
l'hymne  retrouvé  à  Delphes,  et  m'a  communiqué, 
en  épreuve,  la  version  de  M.  Reinach.  Je  l'ai 
examinée  et  lui  ai  répondu,  en  la  lui  rendant,  que 
je  me  chargerais  de  ce  travail  s'il  m'était  permis 
d'en  faire  une  version  à  ma  manière,  celle  de 
M.  Reinach  ne  me  plaisant  pas,  soit  par  sa  tona- 
lité, soit  par  sa  division  à  5/8.  M.  Homolle  m'a 
donné  carte  blanche.  J'ai  alors  relevé  les  paroles 
restituées  par  M.  Weil  ainsi  que  les  signes  de  la 
pierre  tels  que  les  donnait  M.  Reinach.  Les  signes, 
je  les  ai  comparés  avec  les  estampages  pour 
m'assurer  de  leur  exactitude  et  je  me  suis  mis  à 
les  traduire  d'après  un  tableau  synoptique  que 
j'avais  fait  de  tous  les  signes  que  donne  Alj'pius, 
dans  tous  les  tons.  Une  traduction  en  notation 
moderne,  d'après  ce  tableau,  n'était  qu'un  jeu  de 
patience.  Ensuite,  j'ai  complété,  avec  le  matériel 
même  de  l'hymne,  c'est-à-dire  en  me  servant  des 
membres  de  phrases  qu'on  y  retrouve,  les  parties 


manquantes.  C'est  par  analogie,  en  rapf<rochant 
les  contextes  des  parties  en  blanc,  que  j'ai  procédé 
pour  choisir  tel  ou  tel  groupe  de  notes. 

Puis,  aidé  de  M.  Couve,  celui  qui  a  découvert 
l'hymne,  nous  avons  cherché  à  déterminer  les 
cadences  s'accordant  1j  mieux  avec  les  paroles  et 
la  musique;  et  enfin,  j'ai  fait  un  accompagnement. 

Entretemps,  l'idée  de  cette  audition  à  l'Ecole 
française  avait  fait  du  chemin  et,  au  lieu  d'une 
réunion  intime,  nous  allions  avoir  une  vraie 
séance  solennelle. 

M.  Homolle  m'a  alors  demandé  de  faire  une 
conférence  explicative  sur  les  données  que  nous 
possédons  sur  la  musique  grecque  et  sur  la 
manière  dont  on  s'y  prend  pour  traduire  ces  ins- 
criptions. 

«  Il  la  faut  brève,  ajouta  M.  Homolle,  car  le  roi 
n'aime  pas  ce  qui  est  long,  o 

l'ajouterai  encore  que  je  n'ai  eu  que  quatre 
jours  pour  préparer  cette  conférence.  Voilà 
quel  a  été  mon  travail,  que  M.  Reinach  appelle 
très  gracieusement  une  copie  du  sien. 

Il  était  convenu  avec  M.  Homolle  que  ce  travail 
ainsi  que  ma  conférence  n'avaient  aucun  carac- 
tère officiel,  vu  qu'une  œuvre  de  ce  genre 
demande  du  temps  pour  être  retouchée  et  mise  au 
point. 

C  est  par  la  suite  des  circonstances  que,  pres- 
que malgré  moi,  ma  version  a  été  publiée  à 
Athènes  (bien  avant  celle  de  MM.  Reinach  et 
Fauré),  et  que  ma  conférence  va  l'être  dans  la 
Gazette  Musicale  de  la  Suisse  romande. 

Maintenant,  permettez-moi  de  répondre  à  quel- 
ques points  des  lettres  de  M.  Reinach. 

Dans  sa  première  lettre,  M  Reinach  dit  qu'il  a 
pour  principe  de  ne  pas  rectifier  les  inexactitudes 
qui  s'impriment  au  sujet  de  l'hymne  à  Apollon. 

C'est  bien  regrettable  ;  autrement,  M.  Reinach, 
«  de  l'Institut  »  comme  disent  les  journaux,  n'au- 
rait pas  laissé  imprimer  partout  que  c'était  sa 
version  et  son  accompagnement  qu'on  avait 
exécutés  à  Athènes,  ni,  comme  le  disent  les 
Annales  que  c'est  lui  qui  a  découvert  l'inscription 
à  Delphes,  et  bien  d'autres  encore. 

Ensuite,  je  ne  pense  pas  non  plus  que  «  tous  les 
musicologues  »  approuvent  la  version  Reinach. 
La  preuve  est  que,  non  satisfaits  de  cette  version, 
des  musiciens  m'ont  fait  demander  la  mienne  à 
Vienne,  à  Lille,  à  Paris  même,  et  à  Constanti- 
nople,  où  M.  Cambon  l'a  fait  exécuter  avec  grand 
succès.  Quant  à  l'excuse  que  donne  M.  Reinach 
pour  la  répétition  qu'il  a  faite,  à  la  fin  du  mor- 
ceau, des  vingt  premières  mesures,  elle  n'est,  à 
mon  avis,  pas  valable. 

Lorsqu'on  présente  au  public  un  document  de 
cette  importance,  on  doit  le  lui  présenter  tel  quel, 
et  surtout  sans  se  permettre  de  lui  constituer 
une  forme  dont  nous  ne  savons  rien,  et  qu'il 
n'avait  probablement- pas.  Tout  au  plus  pouvons- 
nous  compléter  quelques  notes  effacées.  J'ai 
regretté,  à  ce  propos,  que  MM.  Reinach  et  Fauré 
n'aient  pas  jugé  bon  d'indiquer,  dans  l'édition,  de 


574 


LE  GUI»E  MUSICAL 


lear  travail,  ce  qui  était  conservé  sur  la  pierre,  et 
ce  qu'ils  ont  dû  compléter  «  à  leur  façon  »,  comme 
j'ai  cru  devoir  le  faire  moi-même,  par  simple 
honnêteté  artistique. 

Comment,  en  effet,  critiquer  les  restitutions,  si 
l'on  ne  sait  pas  où  elles  se  trouvent? 

En  ajoutant  une  seule  note,  comme  je  l'ai  fait, 
on  arrive  à  un  sens  fini,  bien  suffisant  pour  l'exé- 
cution. 

Si  je  ne  suis  pas  d'accord  avec  M.  Reinach  sur 
sa  mesure  à  5/8,  vous  avez  pour  cela.  Monsieur  le 
Directeur,  donné  les  mêmes  raisons  que  je  donnais 
en  mars,  dans  ma  conférence. 

Outre  ces  raisons,  ce  qui  m'a  décidé  à  choisir 
cette  forme  de  récit,  c'est  la  manière  dont  les 
pâtres  et  les  Klephtes  chantent  dans  la  montagne. 
C'est  toujours  parmi  les  classes  les  plus  ignorantes 
du  peuple  que  la  tradition  se  conserve  le  mieux. 
Or,  j'ai  souvent  entendu  chanter,  par  ces  bergers, 
des  airs  qui  rappellent  beaucoup,  par  endroits, 
l'Hymne  à  Apollon.  Mais  le  même  air  n'est  jamais 
chanté  exactement  de  la  même  manière,  quant  au 
rythme,  par  deux  bergers  différents. 

Ce  n'est  point  par  la  beauté  de  la  voix  qu'ils 
cherchent  à  rivaliser  entre  eux,  mais  bien  par  la 
manière  d'interpréter  ces  mélopées. 

J'ai  remarqué  que,  comme  les  nôtres,  les  pâtres 
grecs  reprennent  parfois  leur  respiration  en 
chantant.  Or,  dans  la  version  Reinach-Fauré,  je 
ne  vois  qu'un  endroit  où  le  chanteur  puisse  res- 
pirer ;  c'est  sur  un  point  d'orgue  qui  tombe  au 
milieu  d'un  mot. 

Enfin,  l'hymne  est  incontestablement  plus  beau 
en  récit  qu'à  5/8.  Or,  puisque  nous  n'avons  pas 
de  preuves  du  contraire,  il  est  permis  de  supposer 
que  les  anciens,  qui  avaient  le  sens  esthétique 
plus  développé  que  nous,  n'auraient  pas  choisi  la 
manière  la  moins  flatteuse  pour  interpréter  ce 
chant. 

Avec  cette  forme  en  récit,  on  retrouve  constam- 
ment cette  figure  rythmique 


si  belle  et  si  caractéristique,  qui  revient  fréquem- 
ment dans  les  chants  klephtes  et  qui  passe  ina- 
perçue dans  la  version  à  5/8. 

L'hymne  en  forme  de  récit  a  été  chanté  à 
Athènes  par  les  chantres  russes  de  la  reine.  Ces 
artistes,  qui  ont  l'habitude  d'un  genre  de  musique 
approchant,  ont  fait  valoir  toutes  les  beautés  de 
ce  morceau,  et  moi,  qui  l'accompagnais  pourtant 
pour  la  quarante-troisième  fois,  j'ai  ressenti  un 
frisson  en  les  entendant.  Battez-leur  une  mesure 
à  combien  de  temps  vous  voudrez,  jamais  vous 
ne  ressentirez  une  impression  pareille. 

Je  regrette  de  devoir  mettre  M.  HomoUe  en 
cause,  mais,  pour  répondre  à  la  dernière  phrase 
de  la  dernièie  lettre  de  M.  Reinach,  je  dois  dire 
que  tout  mon  travail  a  été,  au  fur  et  à  mesure  que 


je  le  faisais,  soumis  à  M.  Homolle  et  discuté  avec 
lui.  La  forme  définitive  que  je  lui  ai  donnée  a  été 
non  seulement  approuvée  par  M.  Homolle,  mais 
de  beaucoup  préférée  à  la  version  de  MM.  Reinach 
et  Fauré. 

Enfin,  M.  Reinach  prétend  que  j'ai  copié  son 
travail  et  que  nous  sommes  d'accord,  sauf  sur  le 
ton. 

C'est  à-dire  que  la  seule  chose  sur  laquelle  nous 
soyons  d'accord  est  aussi  la  seule  sur  laquelle 
nous  ne  puissions  pas  différer  :  la  ligne  mélodique. 

Je  n'admets  ni  sa  tonalité  (ma  conférence 
explique  pourquoi  j'ai  choisi  une  quarte  plus  bas, 
et  non  une  troisième,  comme  il  le  propose),  ni  son 
rythme,  ni  ses  coupures  de  phrases.  Je  n'admets 
pas  non  plus  tout  l'accompagnement  de  M.  Fauré, 
que  je  trouve  parfois  trop  moderne,  ni  la  forme 
qu'on  a  donnée  à  ce  morceau. 

Enfin,  je  n'admets  pas  non  plus  que  M.  Reinach 
ait  laissé  le  public  croire  qu'il  était  l'auteur  de  la 
version  avec  accompagnement  qu'on  a  donnée 
tant  de  fois  à  Athènes,  tant  qu'il  n'avait  que  du 
succès  à  retirer  de  cette  paternité  présumée,  et 
qu'il  «  me  tombe  dessus  »  maintenant  que  vous 
voulez  bien  trouver  que  je  suis  plus  conforme  à 
la  tradition  sur  un  ou  deux  points 

Je  n'avais  rien  dit  jusqu'ici  officiellement,  parce 
que  j'estimais  qu'il  n'appartenait  pas  à  un  «jeune» 
de  battre  en  brèche  les  théories  émises  par  un 
savant  tel  que  M.  Reir.ach;  mais  puisque  je  suis 
pris  à  partie  personnellement,  je  suis  bien  obligé 
de  me  défendre. 

C'est  dangereux,  puisque  n'être  pas  d'accord 
avec  M.  Reinach,  c'est,  comme  il  vous  le  dit  dans 
sa  lettre,  faire  preuve  de  «  lacunes  dans  l'érudi- 
tion ». 

J'aime  mieux  avoir  le  courage  de  mon  opinion, 
même  si  cela  doit  mettre  au  jour  monjgnorance. 

Un  mot  encore.  La  version  Reinach-Fauré  se 
termine  par  un  accord  avec  troisième  majeure.  J'ai 
pris  la  troisième  mineure,  voici  pourquoi  :  Les 
cadences  sont  ce  qui  fait  le  caractère  d'un  mode. 
Bien  que  les  anciens  n'aient  probablement  jamais 
accompagné  avec  des  accords,  comme  nous  le 
faisons,  nous  devons  former  des  accords,  pour  les 
cadences  surtout,  tels  que  les  anciens  en  auraient 
pu  avoir  avec  leur  système  musical.  Or,  dans  le 
mode  dorien,  diatonique,  la  troisième  de  la  fonda- 
mentale (sol  chez  M.  Reinach  et  fa  chez  moi)  n'était 
pas  diésée.  Donc,  surtout  pour  finir,  il  le  faut 
naturel. 

Je  vous  remercie  d'avance.  Monsieur  le  Direc- 
teur, de  l'hospitalité  que  je  suis  sûr  que  vous 
m'accorderez  dans  vos  colonnes,  et  vous  prie  de 
recevoir  l'assurance  de  ma  considération  dis- 
tinguée. Louis  Nicole. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


575 


UNE  NOUVELLE  VERSION    FRANÇAISE 

DE    LA 

WALKYRIE 

^^ 

Alfred  Ernst  vient  de  publier  chez 
P.  Schott  et  0<^,  à  Paris,  la  version 
.  nouvelle  de  la  Walkyrie  qui  était 
annoncée  depuis  quelque  temps  déjà.  Cette 
traduction  est  en  prose  rythmée, et  l'auteur  s'est 
appliqué  avec  une  conscience  louable  à  respec- 
ter note  pour  note  le  texte  musical  de  Wagner. 
A  ce  point  de  vue,  le  travail  de  M.  Alfred 
Ernst  est  des  plus  remarquables;  on  peut  dire 
qu'il  est  en  quelque  sorte  un  surmoulage  d'un 
texte  sur  l'autre,  s'appliquant  avec  une  fidélité 
incontestable  à  la  phrase  musicale,  dont  les 
lignes  et  les  accents  demeurent  intacts. 

Au  point  de  vue  littéraire  et  poétique, 
malheureusement,  cette  nouvelle  version  n'a 
pas  les  mêmes  mérites.  Elle  est  pénible,  labo- 
rieuse, rocailleuse,  sans  harmonie,  sans  cou- 
leur, par  endroit  même  écrite  en  un  français 
barbare. 

Dans  une  préface  où  il  expose  les  considé- 
rations qui  l'ont  guidé  dans  son  travail, 
jM.  Alfred  Ernst  prend  soin,  il  est  vrai,  de  nous 
[avertir  que  sa  version  n'est  pas  faite  pour  être 
tlue,  qu'elle  n'est  faite  que  pour  être  chantée, 
r qu'on  ne  peut  donc  l'apprécier  isolément,  à 
[l'état  de  texte  littéraire,  sans  la  musique.  Cette 
[précaution  utile  ne  me  semble  pas  cependant 
Idécisive.  J'avoue  ne  pas  bien  comprendre  la 
Idistinction  que  M.  Alfred  Ernst  tente  d'établir 
[entre  les  paroles  chantées  et  les  paroles  parlées 
lou  lues.  Admettons  à  la  rigueur, que  la  musique 
lpuisse,dans  une  certaine  mesure, atténuer  ce  que 
Iles  paroles  ont  de  défectueux, ou, en  sens  inverse, 
laccentuer  la  couleur  ou  la  force  expressive  de 
lvocablesqui,à  la  lecture, paraîtraient  insuffisants 
let  incolores.  Mais  la  musique  n'a  pas  le  pouvoir 
[de  rendre  intelligible  ce  qui  n'a  pas  de  sens 
Idans  la  langue  française.  M.  Alfred  Ernst  nous 
|dit  que  la  fidélité  d'une  traduction  doit  être  le 
premier  de  ses  mérites.  Je  le  veux  bien,  mais 


encore  faudrait-il  s'entendre  sur  la  portée  du 
mot  fidélité,  et  c'est  là  justement  l'erreur  fon- 
damentale du  nouveau  traducteur  :  il  croit 
qu'une  traduction,  pour  être  fidèle,  doit  être 
littérale.  Il  a  traduit  exactement,  littéralement 
Wagner.  Mais  fidèlement,  c'est  une  autre 
affaire  1 

Non,  cette  version  ne  peut  à  aucun  titre 
passer  pour  l'équivalent  du  poème  original. 
M.  Ernst  traduit  servilement  les  mots;  mais,  le 
plus  souvent,  il  ne  rend  ni  l'idée,  ni  le 
sentiment,  ni  la  couleur,  ni  le  mouvement 
du  texte  allemand.  Sa  traduction  est,  par 
endroits  et  par  sa  littéralité  même,  contournée 
à  ce  point  qu'il  faut  se  reporter  à  l'original 
pour  saisir  le  sens.  A  quoi  bon  alors  une 
traduction  ?  Si  ce  qui  se  chante  n'est  pas 
clair,  précis,  n'est-ce  pas  comme  si  on  nous  le 
chantait  dans  une  langue  étrangère?  M.  Ernst 
a  raison  lorsqu'il  dit  que  le  pire  des  contresens 
artistiques  serait  d'employer,  en  traduisant 
Wagner,  des  formules  empruntées  à  la  langue 
des  livrets  d'opéra  ;  c'est  le  défaut  qu'on  a 
reproché  avec  raison  à  feu  Wilder.  Mais  entre 
les  formules  de  la  langue  des  livrets  et  les 
rocailles  que  nous  offre  la  version  de  M.  Ernst, 
il  y  a  place  pour  une  langue  simple,  forte  et 
poétique  qui  complète  pour  l'auditeur  les 
richesses  de  l'orchestration  vi^agnérienne. 

M.  Ernst  non  seulement  s'est  trompé  en  ce 
qui  concerne  la  littéralité,  mais  encore,  au 
point  de  vue  musical.  Il  se  méprend,  je  pense, 
sur  l'importance  de  certains  dessins  mélo- 
diques et  rythmiques  de  Wagner.  Ainsi,  il 
respecte  également  les  récitatifs  proprement 
dits  et  les  ariosos.  C'est  un  scrupule  assuré- 
ment très  louable,  mais  il  me  paraît  singuliè- 
rement exagéré  et  puéril.  Wagner  emploie 
fréquemment,  dans  la  Walkyrie,  le  récitatif 
à  l'italienne,  avec  ses  formules  élémentaires 
d'accompagnement,  le  plus  souvent  même 
sans  accompagnement.  Or,  je  ne  ne  vois  nulle- 
ment la  nécessité  de  respecter  absolument  les 
dessins  rythmiques  de  ces  récitatifs,  nécessaire- 
ment calqués  sur  l'accent  des  paroles  alle- 
mandes. Pourvu  que  le  dessin  mélodique  soit 
observé,  le  traducteur  a  fait  son  devoir.  C'est, 
en  partie,  pour  avoir  respecté  scrupuleuse- 
ment ces  parties  en  récitatif  que  M.  Alfred 
Ernst  s'est  vu  obligé  de  transposer  en  un  fran- 
çais barbare  des  scènes  entières,  d'autant  plus 


576 


LE  GUIDE   MUSICAL 


importantes  qu'elles  sont  généralement  des 
dialogues  d'explication  ou  d'exposition.  Wag- 
ner, sur  ce  point,  n'avait  nullement  les  idées 
absurdes  que  professent  certains  de  ses  disci- 
ples et  admirateurs.  Il  suffit  de  se  reporter 
à  la  version  française  de  Tannhœuser  et  de  la 
comparer  avec  l'allemande  pour  se  convaincre 
qu'il  en  prenait  quelquefois  très  à  son  aise  avec 
ses  récitatifs  et  même  ses  ariosos,  lorsqu'il 
s'agissait  d'assurer  par  l'adjonction  d'un  mot  la 
clarté  d'une  phrase  ou  d'un  récit.  M.  Nuitter 
pourrait  sans  doute  nous  fournir  là-dessus  do 
très  intéressantes  et  utiles  indications. 

Prenons,  si  vous  le  voulez  bien,  la  première 
scène;  elle  va  nous  permettre  de  montrer,  en 
quelques  exemples  topiqiies,  les  qualités  et  les 
défauts  de  la  version  de  M.  Ernst. 

Siegmund  entre.  V.  Wilder  lui  faisait  dire  : 
Quel  que  soit  ce  foyer,  il  m'abrite  ou  je  meure. 

Wagner  dit  plus  simplement  : 

Wess'  Herd  dies  auch  sei 
Hier  muss  ich  rasten. 

«  Quel  que  soit  ce  foyer,  ici  je  dois  reposer 
[rasten).  »  C'est  le  cri  d'un  homme  qui  tombe 
épuisé  de  fatigue.  La  traduction,  non  pas  litté- 
rale, mais  fidèle,  voudrait  qu'on  dît  :  «Quel  que 
soit  ce  foyer,  j'y  reste,  je  ne  vais  pas  plus 
loin.  »  Rasten  implique  cette  dernière  idée. 

«  Il  m'abrite  ou  je  meure  »,  delà  version  Wil- 
der, en  était  une  transcription  littéraire  qui 
serait  acceptable  si  elle  n'était  trop  emphatique 
et  n'avait  l'inconvénient  de  donner  douze  syl- 
labes au  lieu  de  neuf  en  allemand. 

Voyons  maintenant  le  texte  de  M.  Ernst. 
Siegmund  entre  et  s'écrie  : 

«  Qu'importe  où  je  suis!  là...  je  m'arrête.  » 

J'ai  regret  à  le  dire  à  mon  excellent  confrère 
et  ami,  mais  je  trouve  cela  simplement  affreux. 
Sans  doute,  les  mots  s'adaptent  parfaitement  à 
la  musique,  mais  le  mouvement  pathétique  de 
la  phrase  n'y  est  plus.  Même  le  sens  est  amphi- 
bologique,car, n'étant  préparée  par  rien,  l'excla- 
mation de  Siegmund  a  l'air  d'un  truisme.  Pour 
ceux  qui  connaissent  la  IValkyrie  et  l'histoire 
de  Siegmund,  elle  peut  se  comprendre.  Mais  les 
autres  ?  Ces  spectateurs  naïfs  et  non  initiés  aux- 
quels Wagner  voulait  surtout  s'adresser,  que 
peuvent-ils  entendre  par  cette  phrase  :  «  N'im- 
porte où  je  suis,  là  je  m'arrête?  »  Le  jeu  de 
scène  même  ne  suffit  pas  pour  expliquer,  dès 
les  premiers  mots  de  la  pièce,  que  Siegmund 


vient  se  réfugier  dans  une  maison  où  il  est 
étranger  et  qu'il  n'a  jamais  visitée.  Cette  indi- 
cation capitale  se  trouve,  au  contraire,  très  nette- 
ment formulée  dans  les  mots  :  «  Quel  que  soit 
ce  foyer  ».  Wilder  avait  bien  traduit.  M.  Ernst 
traduit  mal. 

Quant  au  second  membre  de  la  phrase,  il 
est  également  fautif;  il  faudrait  :  «  Ici,  je 
m'arrête  »,  et  non  pas  :  «  Là,  je  m'arrête.  » 
M.  Ernst  a  pris  là,  parce  qu'il  a  craint  d'ajouter 
une  croche.  Eh  bien,  je  suis  convaincu  qu'il 
n'est  pas  un  musicien,  si  sévère  qu'on  le  sup- 
pose, qui  puisse  soutenir  que  cette  croche 
ajoutée  eût  modifié  soit  l'allure  mélodique,  soit 
l'allure  rythmique  du  récitatif. 

Mais  continuons.  Sieglinde  entre,  et,  aper- 
cevant Siegmund,  s'écrie,  dans  la  version  de 
M.  Ernst  : 

«  Un  homme  ici?  Je  veux  apprendre...  qui 
vint  ici  et  gît  près  du  feu?  Longue  i"oute  a 
lassé  son  corps  ;  a-t-il  perdu  ses  sens,  est-il 
mourant  ?  Son  souffle  m'effleure  ;  il  clôt  les  pau- 
pières. Fier  semble  l'inconnu, bien  qu'il  cède  au 
mal.  » 

On  aura  beau  me  vanter  l'exactitude  r3'th- 
mique  de  ces  lambeaux  de  phrases,  qui  con- 
cordent, en  effet,  note  pour  note  avec  le  récitatif 
allemand,  je  ne  puis  trouver  heureux  le 
langage  gauche  et  mal  d'aplomb  que  M.  Ernst 
fait  parler  à  l'héroïne.  Wagner  écrit  ceci  : 

«  Un  étranger?  Il  faut  que  je  le  questionne  ! 
Comment  vint-il  et  s'est-il  étendu  près  du  foyer? 
Il  aura  succombé  aux  fatigues  de  la  route.  A-t-il 
perdu  les  sens?  Est-il  souffrant?  Son  souffle 
encore  s'exhale,  il  a  seulement  clos  les  yeux. 
L'homme  semble  brave, bien  qu'il  ait  succombé 
à  la  fatigue.  » 

Voilà  qui  est  clair,  limpide,  d'une  netteté 
absolue.  Les  phrases  correspondent  chacune  à 
un  mouvement  de  Sieglinde,  elles  se  suivent 
clairement  et  s'expliquent  d'elles-mêmes.  Tan- 
dis qu'en  français,  là,  il  y  a  un  article  sup- 
primé, ici  un  membre  de  phrase  inachevé, 
ailleurs  des  mots  inintelligibles.  Si  M.  Ernst 
avait  dit  :  «  Il  cède  à  la  fatigue»,  voilà  qui  eût  été 
net;  mais  «  Il  cède  au  mal  »,  qu'est-ce  que 
cela  veut  dire,  quelle  idée  ces  mots  éveillent-ils 
chez  le  spectateur?  <  Quel  mal?  »  demandera- 1- 
on.  Cela  veut  être  défini,  sinon  c'est  du  pur  gali- 
matias. 

Sans  vouloir  m'érigeren  concurrent,  je  pré- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


577 


tends  que  tout  cela  peut  se  rendre  autrement 
et  mieux,  plus  fidèlement  que  ne  l'a  fait  Wilder,' 
plus  fermement  et  plus  clairement  que  ne  l'a 
fait  M.  Ernst,  en  respectant  le  texte  musical, 
autant  qu'il  doit  être  respecté  : 

«  Un  homme  ici,  dans  ma  demeure?  Com- 
ment vint-il  tomber  près  du  feu  ?  La  fatigue 
l'aura  brisé.  A-t-il  perdu  les  sens?  Est-il 
souffrant?  Ses  yeux  sont  éteints,  mais  il  respire 
encore.  Il  a  l'air  martial,  bien  qu'il  soit  lassé.   « 

Un  peu  plus  loin,  je  lis  ceci  : 

Sicglinde  :  «  Du  lieu,  delà  femme,  est.Hun- 
ding  maître.  Sois  son  hôte  ce  soir  :  reste,  il  va 
rentrer.  » 

Wilder  avait  traduit  très  exactement  : 
D'Hunding  voici  la  maison  et  la  femme. 

Sauf  le  mot  maison  qui  est  plat  et  qu'il  suffirait 
de  remplacer  par  demeure,  il  n'y  avait  nulle 
raison  de  modifier  cela.  M.  Ernst,  par  un  scru- 
pule exagéré,  veut  placer  le  nom  de  Hunding 
exactement  où  il  se  trouve  dans  le  texte  alle- 
mand. S'il  y  avait  un  motif  musical  pour  le 
faire,  je  comprendrais,  mais  il  n'y  en  a  aucun. 
Sieglinde  dit  sa  réplique  :  Dies  Haus,  uiid 
dièses  Weib,  sind  Hitndijigs  Eigcn,  sur  une 
formule  de  récitatif  absolument  banale,  sans 
caractère  particulier,  scandée  simplement  par 
des  pizzicati  de  l'orchestre.  L'inversion  barbare 
que  commet  M.  Ernst  est  absolument  arbi- 
traire. 

A  la  rigueur,  on  pourrait  dire  :  «  Ce  toit,  cette 
femme,  Hunding  est  leur  maître  »,  ce  qui  ne 
nécessiterait  qu'une  modification  légère  au 
dessin  du  récitatif  et  resterait  français  et  com- 
préhensible. 

Siegmund  réplique  dans  la  version  de 
M.  Ernst  :  «  Seul  et  sans  armes,  d'un  tel  blessé 
ton  époux  n'aura  crainte.  » 

Cette  réplique  est  un  contresens.  Siegmund 
n'a  pas  encore  dit  qu'il  est  blessé  et,  par  consé- 
quent, les  mots  :  «  d'un  tel  blessé  » ,  ne  peuvent  se 
justifier  dans  sa  bouche  comme  réponse  à 
l'invitation  de  Sieglinde.  Le  texte  allemand 
dit  :  «  Je  suis  sans  armes.  A  l'hôte  blessé,  ton 
époux  n'interdira  pas  son  seuil.  »  C'est  inci- 
demment que  le  héros  apprend  ainsi  à  Sie- 
glinde qu'il  est  blessé.  Cela  est  plus  naturel.  De 
plus,  il  n'évoque  pas  l'idée  de  crainte  ;  c'est  à 
un  tout  autre  ordre  de  sentiments  qu'il  fait 
allusion  :  L'hospitalité  ne  se  refuse  pas  au 
blessé,  voilà  ce   qu'il   veut   dire.  Je  conviens 


volontiers  que  M.  Ernst  est  ici  infiniment  supé- 
rieur à  Wilder,  qui  avait  fabriqué  de  toutes 
pièces  une  réplique  dans  le  plus  pur  style 
d'opéra  : 

Sans  armes  et  blessé,  veux  tu  que  je  m'expose 
A  braver  ton  seigneur? 

Mais, entre  ces  deux  versions,  je  crois,  encore 
une  fois,  qu'il  y  a  moyen  de  trouver  un  équi- 
valent. Par  exemple  :  «  Je  suis  sans  armes; 
un  hôte  blessé,  voudrait -il  qu'on  le  chasse?  » 
Inutile  de  répéter  le  nom  de  Hunding  ou  le 
mot  époux.  Les  répliques  se  suivant,  tout  le 
monde  comprend  qu'il  s'agit  du  mari  de  Sie- 
glinde. 

Chose  singulière,  M.  Ernst,  observateur  res- 
pectueux de  la  liotation  de  Wagner  à  ce  point 
qu'il  aime  mieux  torturer  son  français,  qui 
pourrait  être  excellent,  que  d'ajouter  une  note 
au  texte  musical,  s'est  enhardi  tout  à  coup  à 
modifier  deux  notes  où  ce  n'était  point  néces- 
saire, et  cette  modification  est  d'autant  plus 
inadmissible  que  ces  deux  notes  sont  essentielles 
et  très  caractéristiques.  Il  s'agit  de  la  première 
répli(]ue  de  Siegmund,  lorsqu'il  revient  à  lui  et 
qu'il  demande  à  boire  avec  le  mouvement 
fébrile  d'un  homme  qui  se  raccroche  à  la  vie. 

Le  texte  allemand  dit  :  Ein  Qiiell!  ein  Quell! 
Le  mot  se  répète  sur  deux  croches  précédées 
chacune  d'une  double  croche  d'attaque.  C'est 
la  notation  parfaitement  naturelle  d'un  cri.  Par 
une  rencontre  assez  rare,  le  français  nous 
donne  l'équivalent  rythmique  absolu  de  l'alle- 
mand :  De  l'eau  !  de  l'eau  !  Pas  une  syllabe  de 
plus  ou  de  moins,  et  les  mêmes  accents.  Je  ne 
sais  pourquoi  M.  Ernst  passe  à  côté  du  mot 
juste  et  fait  dire  à  Siegmund  :  Une  source!  une 
source  ! 

Non  seulement  il  obtient  ainsi  juste  le  double 
de  syllabes  de  l'allemand  et  il  détruit,  par  là 
même,  la  vivacité  nécessaire  de  cet  appel,  mais 
il  emploie  un  mot  français,  sourd  et  sans  accent, 
dont  l'effet  ne  laisse  pas  d'être  comique.  Sieg- 
mund demandant  d'emblée  une  source,  cela 
me  paraît  exagéré,  même  pour  un  héros  wagné- 
rien.  M.  Ernst  se  trompe,  je  crois,  sur  l'équi- 
valence du  mot  source  en  français  et  en 
allemand.  Quell  veut  bien  dire  source,  mais  ce 
vocable  n'a  pas  même  valeur  dans  les  deux 
langues.  En  allemand,  on  emploie  couramment 
dans  le  style  poétique   le  mot  Quell,  dans  le 


578' 


LE  GUIDE  MUSICAL 


sens  d'eau,  le  mot  propre  est  trop  plat.  Sieg- 
mund  s'écriant  :  Wasser!  Wasser!  l'auditoire 
eût  éclaté  de  rire.  C'est  exactement  l'inverse  en 
français.  L'exclamation  :  de  l'eau  !  de  l'eau  ! 
bien  qu'étant  de  la  langue  usuelle,  peut  parfai- 
tement s'employer  dans  le  style  élevé;  en 
revanche,  ce  qui  produit  un  effet  bizarre,  c'est 
Siegmund  se  réveillant  en  demandant  :  une 
source  ! 

Mais  le  comble,  c'est  la  réplique  de  Sieglinde. 
M.  Ernst  lui  fait  dire  :  «  J'y  cours  en  hâte!  » 

J'aime  à  croire  que  personne  n'attribuera 
cette  platitude  au  grand  poète  Richard  Wagner. 
Chez  lui,  Sieglinde  ne  répond  pas  :  J'y  cours  ; 
elle  dit  :  Erguickung  schaff'ich,  je  vais  cher- 
cher le  soulagement.  Erguickung,  du  verbe 
erguicken,  vivifier,  ranimer,  désaltérer,  rafraî- 
chir, soulager,  est  un  mot  rare  et  précieux.  La 
phrase  est  difficile  à  rendre  littéralement  en 
français,  j'en  conviens.  Wilder  avait,  en  tous 
cas,  été  plus  heureusement  inspiré  que 
M.  Ernst  en  traduisant  ainsi  : 

Siegmund  :  De  l'eau  !  de  l'eau  ! 
Sieglinde  :  La  source  est  proche. 

Ce  n'est  pas  une  traduction  littérale,  c'est 
mieux  :  une  traduction  fidèle,  car  ces  mots, 
accompagnant  le  jeu  de  scène  de  Sieglinde, 
expliquent  poétiquement  son  acte. 

En  continuant  d'éplucher  de  la  sorte  la  pre- 
mière scène,  il  ne  resterait,  en  vérité,  de  la  ver- 
sion de  M.  Ernst  que  quelques  expressions 
isolées  heureusement  rendues.  Ainsi,  le  couplet 
de  Siegmund  : 

Malheur  me  presse 
Où  je  me  hâte; 
Malheur  m'approche 
Où  je  m'arrête  : 
O  femme,  vis  loin  de  lui, 
Je  porte  ailleurs  mes  pas. 

Le  début  est  excellent  ;  les  deux  derniers 
membres  sont  plus  faibles.  O  femme,  vis  loin 
de  lui,  c'est-à-dire  du  malheur,  me  paraît  peu 
clair.  «  O  femme,  qu'il  (que  le  malheur)  s'écarte 
de  toi  »,  comme  dit  Wilder, est  infiniment  meil- 
leur ;  l'adjonction  de  deux  croches,  nécessitée 
par  cette  forme,  est  absolument  sans  impor- 
tance. 

Passons  sur  quelques  maladresses  acces- 
soires, —  par  exemple  l'ordre  de  Hunding  à 
Sieglinde  :  «  Donne  aux  hommes  leurs  mets!  » 
traduction  littérale-,  mais  nullement  exacte  de 


Rus  f  uns  Mœnnern  tias  Ma/?/,  car  l'expression 
«  uns  Mœmtern  »  à  la  fois  familière  et  brutale, 
n'est  pas  rendue  du  tout  par  aux  hommes. 
La  traduction  exacte  c'est  :  Prépare-nous  le 
repas,  —  et  arrivons  au  grand  récit  de  Sieg- 
mund. 

Notons  d'abord  que  M.  Ernst  ne  traduit  pas 
les  noms  propres  que  Siegmund  se  donne  : 
Wehwalt  (porte- Douleur),  Frohwalt  (porte- 
Joie),  Friedmund  (porte-Paix),  etc.,  et  que 
Wilder  avait  interprétés  non  sans  ingéniosité. 

Siegmund  commence  ainsi  son  récit  dans  la 
version  de  M .  Ernst  : 

Friedmund  je  ne  puis  être, 
Frohwalt  m'eût  été  doux, 
Mais  Wehwalt  est  le  nom  juste  (I) 
Loup,  ce  fut  là  mon  père. 

Il  faut  convenir  que  voilà  un  procédé  qui 
simplifie  singulièrement  l'art  de  la  traduction. 
M.  Ernst  nous  explique  que  si  l'on  traduit  ou 
si  l'on  explique  ces  noms  forgés  par  Wagner  à 
l'imitation  des  poètes  du  moyen  âge,  il  faut 
aussi  traduire  Wotan,  Brunnhilde,  Siegfried, 
lesquels  ont  chacun  un  sens  déterminé.  L'ob- 
jection n'est  pas  sans  valeur.  Mais  si  je  me 
place  au  point  de  vue  de  l'auditeur  au  théâtre, 
le  problème  change  d'aspect,  et,  en  écoutant  les 
vers  blancs  cités  ci-dessus,  je  me  demande  si 
Wilder  n'a  pas  eu  raison  de  chercher  une  inter- 
prétation. Par  une  singulière  contradiction, 
M.  Ernst  traduit  le  nom  de  Wolfe  et  de  Wôl- 
fing  que  se  donne  Wotan. 

La  suite  du  récit  est  excellente;  elle  co'in- 
cide,  d'ailleurs,  mot  pour  mot,  en  plus  d'un 
point  avec  la  version  naguère  publiée  par 
M.  Henri  Lafontaine,  qui  aura  eu  l'honneur 
d'avoir  été  le  premier  adaptateur  du  poème 
des  Nihelungen  (1876).  Malheureusement,  à 
tout  moment,  on  rencontre  des  expressions 
plates  ou  triviales  qui  ne  correspondent  nulle- 
ment à  l'allemand  : 

«  Traqué,  le  vieux  s'enfuit  avec  moi;  bien 
des  ans  le  jeune  vécut  près  de  lui  au  profond 
des  bois.  » 

Le  vieux  (Wotan),  \e  jeune  (Siegmund)  sont 
traduits  littéralement  de  «  der  A  Ite,  der  Jitnge  « 
que  Wagner  oppose  dans  son  texte  ;  seulement 
les  mots  viejix  ei  jeune,  n'ont  pas  du  tout  en 
français  la  même  familiarité  aisée  qu'en  alle- 
mand. 

Le  récit  continue  :  .  ,       - 


LE  GUIDE  MUSICAL 


579 


0  Mais  loin  de  mon  père  jeté,  je  perdis  sa 
trace,  malgré  ma  recherche  :  une  peau  de  loup 
seule  au  fond  du  bois  vide  gisait...  Le  père... 
n'est  plus  là.  Des  forêts  je  m'éloignai  poussé 
vers  les  hommes,  les  femmes  ;  j'allais  chez  tous 
en  tout  endroit,  cherchant  l'ami,  l'épouse  aussi, 
mais  partout,  tous  me  repoussent. ...  »  etc. 

Je  m'arrête  à  ce  dernier  vers,  sur  l'harmonie 
duquel  je  n'insiste  pas.  Et  quel  singulier 
mélange  de  verbes  au  passé,  au  présent,  à  l'im- 
parfait! Il  n'y  a  pas  d'excuse  musicale  qui 
tienne. 

Voulez-vous  d'autres  citations. 

En  la  renvoyant,  Hunding  dit  à  Sieglinde  : 

«  Emplis  la  coupe  du  soir  et  puis  m'attends, 
au  lit  (sic)  ».  Utid  harre  mein'  zur  Ruk',  dit  le 
texte  de  Wagner. 

Wotan  est  décrit  comme  h  un  homme  aux 
sombres  habits  »  (in  grauem  Gewand). 

Siegmund,  enlaçant  Sieglinde,  s'écrie  : 

«  Toi-même,  ô  bonheur,  sois  à  l'ami  :  J'ai 
l'arme  et  la  femme  à  moi.  [Dich  selige  Fratc, 
hait  nùn  der  Freund,  dem  Waffe  imd  Weib 
bestimmt). 

Siegmund  chante  dans  le  Lied  qui  clôt 
l'acte  : 

«  Vois,  le  palais  du  printemps  joyeux  rit. 
[Fort  in  des  Lenzes  lachendes  Hatis!). 

Voici,  au  deuxième  acte,  la  grande  et  belle 
phrase  qui  termine  la  scène  entre  Fricka  et 
Wotan. 

«  Mon  honneur  sacré  d'épouse  éternelle  par 
elle  (Brunnhild)  soit  gardé  !  Raillés  des  hu- 
mains, déchus  du  pouvoir,  tous  les  dieux  vont 
à  leur  fin,  si  mon  droit  royal  n'est  pas  pleine- 
ment (!)  vengé  par  ta  fille  aujourd'hui.  » 

La  supplication  de  Brunnhilde  à  Wotan  : 
(même  acte). 

«  A  ton  vouloir  tu  parles,  me  disant  ton 
désir.  Qui  suis-je,  si  je  ne  suis  ton  vœu?  » 

Brunnhilde  à  Wotan  (3"  acte)  : 

Cl  Mon  regard  n'a  eu  que  l'unique  amour, 
lorsque  dans  la  contrainte  où  saigne  ton  cœur, 
faibles,  tes  yeux  s'en  détournent.  Celle  qui  cou- 
vrait ta  retraite  au  combat  a  vil  cela  seul  caché 
pour  toi.  (Die  sali  nun  Das  nur,  ivas  du  nicJit 
sah'st).  n 

Ces  quelques  extraits  suffiront  pour  donner 
une  idée  de  la  manière  de  M.  Alfred  Ernst.  A 
côté  de  pages  excellentes,  vraiment  réussies,  se 
rencontrent  en  trop  grand  nombre,  j'ai  regret  à 


le  dire,  des  morceaux  dans  le  style  rocailleux 
et  barbare  dont  on  vient  de  voir  quelques 
exemples,  des  phrases  écrites  dans  une  langue 
plus  allemande  que  française,  absolument  inin- 
telligibles pour  qui  ne  connaît  pas  l'original  ; 
puis,  çà  et  là,  des  expressions  traduites  servile 
ment  sans  aucune  compréhension,  semble-t-il, 
de  la  fleur  poétique  du  vers  si  souple  et  si 
riche  de  Wagner.  Par  parties,  la  version  est 
superbe,  et  puis  l'on  tombe  sur  des  morceaux 
qu'on  dirait  empruntés  à  un  devoir  d'élève 
péniblement  traduit  avec  un  dictionnaire  à  la 
main. 

Conclusion  :  c'est  à  revoir  et  à  remanier  très 
sérieusement.  M .  Kufferath. 


Chronique  ^e  la  Semaine 


AVIS 

Not  e  directeur  s'absentant  pendant  le  mois 
d'août,  nous  prions  nos  correspondants  de  Belgique 
et  de  l'étranger  de  vouloir  adresser  du  i""'  au 
3i  août,  leurs  lettres  et  correspondances,  à  M.  Nel- 
son Le  Kime,  secrétaire  du  GUIDE  MUSICAL, 
12,  rue  du  Marteau,  à  Bruxelles. 


PARIS 

-'^^;^RÉTRY  n'est  pas  le  seul  qui  ait  prêché, 
liv^  avant  Richard  Wagner,  Vinvisibilité  de 
^^^)  l'orchestre  dans  les  salles  de  théâtre  et 
les  réformes  qui  s'imposent  pour  donner  à  la 
musique  de  scène  la  grandeur  à  laquelle  elle 
peut  prétendre.  Dans  une  lettre  en  date  du 
14  octobre  i83o,  Frédéric  Chopin  écrivait  à 
son  ami  Titus,  du  château  d'Antonin,  rési- 
dence d'été  du  prince  Radziwill  : 

«  Tu  peux  te  figurer,  d'après  cela,  de 

quelle  manière  le  prince  (Radziwill)  entend  la 
musique.  C'est  un  gluckiste.  La  musiique  de 
théâtre  n'a  pour  lui  d'importance  qu'autant 
qu'elle  sert    à    dépeindre   les   situations   et  à 

exprimer    les    sentiments L'orchestre   se 

tiendra  caché  derrière  la  scène,  afin  que  le 
mouvement  des  archets  ne  détourne  pas  l'atten- 
tion des  spectateurs.  » 

L'occasion  se  présente,  à  propos  de  la 
reconstruction  projetée  de  l'Opéra-Comique, 
de^mettre  à  exécution  toutes  les  réformes  pres- 
;  senties  par'  Grétry  et  le  prince  Radziwill,  — 


580 


LE  GUIDE  MUSICAL 


adoptées  par  Richard  Wagner  dans  l'édifica- 
tion du  théâtre  de  Bayreuth,  —  réclamées  par 
tous  les  esprits  ennemis  de  la  routine,  qui 
souffrent  des  imperfections  considérables  de 
nos  salles  de  théâtre  anciennes. 

La  commission  nommée  par  M.  le  ministre 
des  travaux  publics  pour  étudier  et  résoudre 
les  questions  relatives  à  l'invisibilité  de  l'or- 
chestre de  la  nouvelle  salle  de  l'Opéra-Co- 
mique,  osera-t-elle  toucher  à  l'arche  sainte? 
Etendra-t-elle  ses  études  aux  modifications 
devenues  indispensables  dans  la  disposition 
des  places,  autant  pour  la  commodité  que  pour 
la  sécurité  des  spectateurs  ? 

Hélas  !  il  y  a  de  grandes  probabilités  pour  la 
négative. 

On  sait  déjà  que  deux  de  ses  membres,  qui 
ignoraient  probablement  les  desiderata  présen- 
tés autrefois  par  Grétry  et  repris  par  d'autres, 
se  sont  élevés  contre  l'orchestre  invisible,  tel 
qu'il  est  établi  au  théâtre  de  Bayreuth.  Ils 
n'ont  pas  craint  de  recourir  aux  clichés  habi- 
tuels pour  faire  appel  au  chauvinisme  et  pré- 
senter la  France  à  la  remorque  de  l'Allemagne. 

Les  autres  membres  présents  ne  les  ont  pas 
suivis,  heureusement,  dans  cette  voie,  et  M .  Ch. 
M.  Widor,  chargé  de  la  rédaction  du  rapport 
relatif  à  l'installation  de  l'orchestre,  a  conclu  à 
l'adoption  des  dispositions  permettant  d'élever 
à  volonté  le  plancher  de  l'orchestre  et  de  pla- 
cer, suivant  les  exigences  des  compositeurs, 
une  rangée  de  musiciens  sous  le  proscenium. 
Celte  conclusion  a  été  adoptée.  Mais  pourquoi 
s'arrêter  en  si  beau  chemin?  Pourquoi  la  com- 
mission n'étendrait-elle  pas  les  pouvoirs  du 
savant  rapporteur,  du  compositeur  dont  l'es- 
prit est  si  ouvert  aux  innovations?  11  pourrait 
entrer  dans  le  v'ifde  la  question,  et,  s'inspirant 
des  travaux  précédents,  des  modifications 
heureuses  introduites  dans  divers  théâtres  de 
l'étranger,  il  nous  piésenterait  un  véritable 
projet  de  reconstruction  du  théâtre  de  l'Opéra- 
Comique  dans  lequel  seraient  résolues  toutes 
les  réformes  réclamées  au  point  de  vue  de  la 
disposition  intérieure  et  extérieure  du  théâtre, 
de  la  commodité  des  spectateurs,  des  vomi- 
toires  en  nombre  suffisant  pour  l'écoulement 
rapide  du  public,  du  développement  de  la 
scène,  de  l'éclairage  de  la  salle,  etc.. 

En  un  mot,  dans  son  nouveau  travail  appuyé 
d'un  plan  inspiré  par  celui  du  théâtre  de  Bay- 
reuth, M.  Widor  mettrait  sous  nos  yeux  une 
salle  modèle,  construite  ad  luajorem  Artis 
gloriam  ! 

Rappelons- nous  les  vœux  exprimés  par 
Grétry,  qui  étaient  pleins  de  bon  sens  : 


«  Je  voudrais  que  la  salle  fût  petite  et  conte- 
nant  tout  au  plus  m.ille  personnes  ;  qu'il  n'y  eût 
qu'une  sorte  de  places  partout  ;  point  de  loges 
ni  petites,  ni  grandes;  ces  réduits  ne  servent 
qu'à  favoriser  la  médisance  ou  pis  encore.  Je 
voudrais  que  l'orchestre  fût  voilé  et  qu'on 
n'aperçût  ni  les  musiciens,  ni  les  lumières  des 
pupitres  du  côté  des  spectateurs.  L'effet  en 
serait  magique,  et  l'on  sait  que,  dans  tous  les 
cas,  jamais  l'orchestre  n'est  censé  y  être.  Un 
mur  en  pierres  dures  est,  je  crois,  nécessaire 
pour  séparer  l'orchestre  du  théâtre,  afin  que  le 
son  se  répercute  dans  la  salle.  Je  voudrais  une 
salle  circulaire,  toute  en  gradins,  chaque  place 
commode  et  séparée  par  de  légères  lignes  de 
démarcation  d'un  pouce  de  saillie,  comme 
dans  les  théâtres  de  Rome.  Après  l'orchestre 
des  musiciens,  des  gradins  formeraient  un  seul 
amphithéâtre  circulaire,  toujours  ascendant  et 
rien  au-dessus  que  quelques  trophées  peints  à 
fresque.  Je  voudrais  que  tout  dans  la  salle  fût 
peint  en  brun  et  d'une  seule  couleur,  excepté 
les  trophées  :  ainsi  les  femmes  seraient  jolies  et 
la  scène  éclatante.  » 

La  conclusion  n'est  pas  à  la  hauteur  des 
prémisses.  Mais  ne  semble-t-il  pas  que  Grétry 
ait  prévu  la  majeure  partie  des  innovations 
introduites  plus  tard  au  théâtre  de  Bayreuth, 
sur  les  indications  de  Richard  W^agner,  par 
l'architecte  Semper  ? 

Inspirons-nous  donc  des  conseils  du  vieux 
maître,  qui  voyait  déjà  un  avantage  considéra- 
ble à  faire  exécuter  ses  œuvres  dans  un  théâtre 
plus  conforme  aux  exigences  de  l'art,  et  dotons 
la  ville  de  Paris  d'une  salle  dont  l'édification 
est  réclamée  de  longue  date  par  les  bons  et 
beaux  esprits.  Hugues  Imbert. 

Continuation  de  la  série  des  concours  à 
huis-clos  au  Conservatoire  : 

Classes  de  solfège  pour  élèves  iustnimeu- 
tistes  (classes  d'Iiomines)  :  37  concurrents.  - 
Premières  médailles  :  MM.  de  Lausnay,  élève 
de  M.  Schwartz;  Soulier,  élève  de  M.  de  Mar- 
tini. —  Deuxièmes  médailles  :  MM.  Chazot, 
élève  de  M.  Rougnon  ;  Bernadel,  élève  de 
M.  Kaiser;  Daunis,  élève  de  M.  Alkan.  — 
Troisièmes  médailles  :  MM.  Delacroix,  Lucien 
Leclercq,  Girard,  Migard,  Richet  et  Hazelton. 

Classes  de  femmes  :  5o  concurrentes.—  Pre- 
mières médailles  :  M"<=^  Delattre,  élève  de 
Mme  Leblanc;  Cudey,  élève  de  M"":  Barrât; 
Deparis,  élève  de  M^^  Renart;  Girard,  élèvede 
M"^  Leblanc;  Guyonnet  et  Percheron,  élèves 
de  M""  Got  ;  Jacquard,  élève  de  M"e  Barrât.  — 
■  Deuxièmes'  médailles   :    Mi'«    M.    Abraham, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


581 


élève  de  M^i^  Renart;  Laye,  élève  de  M"'=  Got; 
Lipmann,  élève  de  M^e  Leblanc  ;  Roosvelt, 
élève  de  M'i^  Got  ;  Bérillon,  élève  de  M^e  Le- 
blanc; Ploquin,  élève  de  M"<=  Bairat;  et  Bouis- 
set,  élève  de  M'ii^ Got. —Troisièmes  médailles  : 
M'ie  Pougin,  Pons,  Troy,  Fleury,  Limosin, 
FayoUe,  Inghelbrecht  et  Dupuis. 

Classes  préparatoires  de  violon  (classes 
d'hommes  et  de  femmes)  :  14  concurrents 
(10  hommes  et  4  femmes).  Morceau  d'exécu- 
tion, i^"^  Concerto  de  Rode.  —  Premières  mé- 
dailles :  M""  Adolphi,  élève  de  MM.  Turban 
et  Hayot;  Dcllerba,  élève  de  M.  Desjardins. 
—  Deuxièmes  médailles  :  M.  Domergue  et 
M"'=  Bernheim,  élèves  de  M.  Desjardins; 
MM.  Faure-Brac  et  Chazot,  élèves  de  MM. 
Turban  et  Hayot.  —  Troisième  médaille  : 
M.  Lesquin,  élève  de  M.  Desjardins. 

Classes  préparatoires  de  piano  (classes  de 
femmes)  :  32  concurrentes.  Morceau  d'exécu- 
tion, 6e  Concerto  de  H.  Herz.  —  Premières 
médailles  :  Ml'^s  Holup,  élève  de  M™  Tarpet; 
Vergonnet,  élève  de  M^^^  Trouillebert  ;  Weiss, 
élève  de  M™^  Tarpet;  Eptein,  élève  de  M^^ 
Chêne;  Herth,  élève  de  M.^'^  Trouillebert; 
Percheron,  élève  de  M™'!  Tarpet.  —  Deuxièmes 
médailles  :  Mi'^s  Guyon  et  Cahen,  élèves  de 
M™e  Tarpet;  Demarne,  élève  de  M™^  Chêne; 
Lehmann,  élève  de  M™^  Trouillebert;  Debrie, 
.élève  de  M™e  Tarpet;  et  Léon,  élève  de 
M^e  Chêne.  -  Troisièmes  médailles  :  M"es  Bou- 
chent et  Schliederman,  élèves  de  M"":  Chêne, 
'  Dumont,  élève  de  M™"^  Trouillebert  ;  et  Faraut, 
élève  de  M™e  Tarpet. 

Classes  d'hommes  :  Première  médaille  : 
M.  Bernard,  élève  de  M.  Decombes  -  Deu- 
xième médaille  :  M.  Ferté,  élève  de  M.  De- 
combes. —  Troisième  médaille  :  M.  Dubaii, 
élève  de  M.  Anthiome. 

Classe  d'harmonie  {femmes):Pas  de  premier 
prix.  —  Second  prix  :  M"<=  Chapard,  élève  de 
M.  Chapuis.  —  Premier  accessit  :  M'ie  Caus 
sade,  élève  de  M.  Chapuis.  —  Deuxièmes 
accessits  :  M"'^  Arger,  élève  de  M.  Chapuis; 
M"»:  Campagne,  élève  de  M.  Barthe. 

Concours  defugJic  :  Jury  composé  de  M.Am- 
broise  Thomas,  président,  et  de  MM.  Fauré, 
Tissot,  Raoul  Pugno,  Taudou,  Dallier,  Gigout, 
Gabriel  Pierné  et  Vidal.  20  concurrents. —  Pre- 
miers prix  :  MM.  Letorey  et  Emile  Roux, 
élèves  de  M.  Th.  Dubois.  —  Second  prix  ; 
M.  d'Ollone,  élève  de  M.  Massenet.  —  Premiers 
accessits  :  MM.  Reine  et  Caussade,  élèves  de 
M.  Th.  Dubois.  —  Deuxièmes  accessits  : 
M.  Kœcklin,  élève  de  M.  Massenet,  et  M.  Ter- 
nisier,  élève  de  M.  Th.  Dubois. 


Classe  d'accompagnement  au  piano  :  Profes- 
seur :  M.  L.  Delahaye. — Premier  prix  :  M.  Bian- 
cheri.  —  Deuxième  accessit  :  M.  Félix  Leroux. 

Classe  d'orgue  :  Professeur  :  M.  Ch.-M.  Wi- 
dor.  —  Premiers  prix  :  MM.  Vierne  et  Libert. — 
Deuxième  prix  :  M.  Galand.  — Premier  acces- 
sit :  M.  Quef. 

Violoncelle.  —  Premier  prix  :  MM.  Marnef, 
élève  de  M.  Rabaud,  et  Feuillard,  élève  de 
M.  Delsart.  —  Deuxième  prix  :  M,  Desmonts, 
élève  de  M.  Rabaud.  —  Premier  accessit  : 
M.  Britt  (Delsart)  et  M"^  Laronde  (Delsart). 
Deuxième  accessit  :  M.  Dulphy  (Rabaud). 

Contrebasse. —  Premier  prix,  M.  Leduc; 
deuxième  prix,  M.  Rousseau  ;  premier  accessit, 
M.  Charron. 

Tous  ces  élèves  sont  de  la  classe  de  M. Viser. 

•f 

Les  concours  publics  au  Conservatoire  ont 
commencé  le  mardi  19  pour  prendre  fin  le 
mardi  3i  juillet. 

La  distribution  des  prix  aura  lieu  le  samedi 
4  août. 

•f" 

M.  Antonin  Proust,  ancien  ministre  des 
beaux-arts,  fera  désormais  la  critique  musicale 
au  Matin. 

L'Académie  des  beaux-arts  vient  de  décerner, 
pour  la  première  fois,  le  prix  Kastner-Bour- 
sault  (2,000  francs),  destiné  à  récompenser  le 
meilleur  ouvrage  de  littérature  musicale  paru 
dans  les  deux  dernières  années. 

Ce  prix  a  été  partagé  entre  MM.  Albert  Sou- 
bies  et  Charles  Malherbe  pour  leur  Histoire  de 
r Opéra-Comique,  et  M.  Julien  Tiersot  pour 
son  livre.  Rouget  de  l'Isle,  son  œuvre,  sa  vie. 


BRUXELLES 

Le  concours  de  tragédie  et  comédie  (profes- 
seur, M"»:  Tordeus)  avait  attiré  au  Conserva- 
toire une  véritable  foule;  étonnant,  le  nombre 
des  gens  qui  s'intéressent  à  l'art  dramatique! 
Concours  très  honnête,  mais  non  transcendant. 
Trois  concurrents  :  M'i^  Loubriat,  MM.  Soyez 
et  Tilmont.  M"!^  Loubriat  possède  un  tempé- 
rament véritablement  dramatique;  elle  est 
parvenue  à  un  résultat  très  honorable  dans  la 
grande  scène  d'Horace,  où  l'effet  est  autant 
plus  difficile  à  réaliser  que  le  morceau  a  été 
si  fréquemment  entendu;  la  voix,  d'ailleurs 
fort  belle,  nous  a  paru  cepeadant  fléchir  par 
instants  sous   ce  lourd  fardeau.    M.  Tilmont, 


582 


LE  GUIDE  MUSICAL 


dans  Mascarille  des  Précieuses  ridicules,  a  été 
d'un  comique  un  peu  gros,  mais,  somme  toute, 
habilement  composé;  M.  Soyez,  très  bien  en 
scène,  a  une  allure  un  peu  trop  familière  ;  pro- 
nonciation un  peu  pâteuse.  A  concouru  dans 
une  scène  des  Plaideurs  ;  a  fort  bien  interprété 
son  rôle  dans  Une  conversion,  une  comédie 
à  deux  personnages  ajoutée  au  programme,  — 
pourquoi  ? 

Arrêt  du  jury  :  Premier  prix,  M"e  Loubriat; 
deuxième  prix,  MM.  Soyez  et  Tilmont. 

Voici  les  résultats  des  concours  de  haute 
théorie  musicale  (dont  on  parle  le  moins, 
peut-être  parce  qu'ils  sont  les  plus  importants 
de  tous)  : 

Harmonie  théorique  (professeur,  M.  Hu- 
berti)  :  quatorze  concurrents  :  premier  prix 
avec  distinction,  MM.  Chalk,  Cluytens  ;  pre- 
mier prix,  MM.  Hans,  Bosquet,  M"'  Voué; 
deuxième  prix  avec  distinction,  MM.  Moins, 
Baroen;  deuxième  prix,  M.  De  Bondt;  pre- 
mier accessit,  MM.  Dubois,  Perkins;  deuxième 
accessit,  M"e  Delay. 

Harmonie  écrite  (professeur,  M.  J.  Du- 
pont) :  quinze  concurrents  :  premier  prix  avec 
distinction,  MM.  Moulaert,  Janssens,  Ml'e  Fla- 
mand; premier  prix,  MM.  Mack,  Van  Dyck; 
deuxième  prix  avec  distinction,  Mi'e  Galiot; 
rappel  avec  distinction  du  deuxième  prix, 
M"e  Ité,  M.  Dusoleil  ;  deuxième  prix,  M.  Sou- 
dant ;  premier  accessit,  M"e  Heureux,  M. 
Smeesters  ;  deuxième  accessit,  M"«s  Duchatel  et 
Ruegger. 

Harmonie  pratique  (professeur  M.  Ed.  Sa- 
muel) :  premier  prix,  M'ies  Galiot,  Ité;  deu- 
xième prix,  MM.  Moulaert,  Janssens,  M'ie  Fla- 
mand, M.  Chalk;  premier  accessit,  MM.  Du- 
soleil, Opsomer. 

Contrepoint  et  Ftigue  (professeur,  M.  Kuf- 
ferath)  :  division  supérieure  :  premier  prix  avec 
distinction,  M.  Marchand;  deuxième  prix, 
M.  Miry.  Division  inférieure  :  deuxième  prix 
avec  distinction,  M.  Kips;  premier  accessit, 
M .  Biarent. 


A  l'occasion  des  fêtes  nationales,  la  maîtrise 
de  Sainte-Gudule,  sous  la  direction  de  M.  Fis- 
cher, a  exécuté,  samedi,  un  Te  Deum  de 
M.  Eug.  Antoine,  maître  de  chapelle  à  la 
cathédrale  de  Liège.  Cette  œuvre  est  une  des 
meilleures  que  nous  ayons  entendues  depuis  de 
longues  années.  L'auteur  s'est  heureusement 
inspiré  du  thème  de  l'hymne  Te  Deum  lauda- 
mus,  dont  il  reproduit  le  chant  initial  en  le 
développant  avec  habileté  et  avec  d'heureux 
effets  d'oppositions  de.  voix. 


Il  y  a  une  jolie  entrée  des  voix  d'enfants,  et 
le  finale  est  plein  d'éclat.  Bien  que  l'auteur  se 
serve  de  procédés  essentiellement  modernes,  il 
a  su  conserver,  en  général,  le  caractère  grave  et 
sévère  qui  convient  aux  chants  religieux.  C'est 
une  œuvre  très  distinguée,  d'une  facture  solide, 
évitant  la  boursoufflure  qui  dépare  malheu- 
reusement tant  de  pages  tombées  de  la  plume 
de  nos  musiciens  nationaux.  La  partition  est 
écrite  pour  chœur  d'enfants,  voix  d'hommes, 
soli  (ténor  et  basse),  orchestre  et  orgue. 

*!• 

Le  différend  qui  s'était  élevé  entre  la  direc- 
tion du  théâtre  de  la  Monnaie  et  un  certain 
nombre  d'artistes  de  l'orchestre,  à  propos  de  la 
clause  des  engagements  relative  aux  Concerts 
populaires, est  aujourd'hui  aplani.  Ces  artistes  : 
MM.  Poncelet,  Guidé,  Anthoni  et  Van  Hout 
ont  été  appelés  à  l'hôtel  de  ville,  où  l'assurance 
leur  a  été  donnée  par  M .  l'échevin  André  qu'il 
ne  serait  pas  fait  usage  de  la  clause  en 
question.  Dans  ces  conditions,  MM.  Poncelet, 
Guidé,  Anthoni  et  Van  Hout  ont  consenti  à 
signer,  puisqu'il  est  bien  entendu  que  l'enga- 
gement de  ne  pas  jouer  aux  Concerts  populaires 
sans  l'autorisation  des  directeurs  ou  de  leur 
chef  d'orchestre  est  non  avenu  et  sera  de  nul 
effet. 

Nous  avons  idée,  du  reste,  que  MM.  Stou- 
mon  et  Calabresi  ne  s'aviseront  pas  de  recom- 
mencer leurs  déplaisantes  manœuvres  contre  les 
Concerts  populaires.  Ils  auront  pu  s'apercevoir 
que  le  sentiment  public  n'était  pas  avec  eux. 
Ils  n'ont  pas  compris  très  vite,  mais  enfin  ils 
ont  compris.  C'est  l'essentiel. 

l-i' Indépendance  belge  termine  par  les  lignes 
ci-après  son  compte  rendu  du  concours  de  tra- 
gédie et  de  comédie  au  Conservatoire  royal 
de  Bruxelles  : 

«  Le  Conservatoire  s'est  mis  en  frais  de  déco- 
ration pour  le  théâtre  improvisé  où  ont  eu  lieu 
les  concours  de  musique  et  de  déclamation  ; 
des  salons,  un  parc,  une  rue  du  dix-septième 
siècle.  Bien  que  ce  théâtre  soit  imparfaitement 
machiné,  on  a  remarqué  avec  quelle  prompti- 
tude ont  eu  lieu  les  changements  de  décors. 
M.  Stoumon,  qui  faisait  partie  du  jury,  a  pu  y 
prendre  une  leçon  dont  il  serait  à  désirer  qu'il  ~ 
profitât  pour  abréger  les  interminables  entr'actes 
du  théâtre  de  la  Monnaie.  » 

Sévère,    mais    très    juste,    cette     dernière 
réflexion,  et  il  est  à  espérer  que  le  directeur  de 
la  Monnaie,  qui  tient  en  haute  estime  le  savant  ' 
critique   musical  de  V Indépendance,  saura  en 
faire  son  profit. 


LE  aUIDF  MUSICAL 


583 


CORRESPONDANCES 

ANVERS.  —  A  l'Exposition,  les  auditions 
musicales  ont  été  fort  nombreuses  durant  la 
dernière  quinzaine  ;  les  récitals  de  pianistes,  sur- 
tout. A  la  section  allemande,  nous  avons  entendu 
M"»  Schmit,  une  amateur  distinguée  de  notre  ville 
qui  a  exécuté  avec  beaucoup  de  brio  un  concerto 
de  Hummel,  le  Roudo  capriccioso  de  Mendelssohn- 
puis,  un  petit  morceau  de  Moskowsky  et  la  Tarm- 
ielle  de  Liszt.  Malheureusement,  la  jeune  pianiste 
n'a  pas  assez  le  souci  du  style  ;  trop  préoccupée  de 
l'exécution  brillante  des  traits  rapides,  l'intention 
du  compositeur  lui  échappe  souvent. 

Une  autre  audition,  donnée  à  la  section  française 
par  M"««  le  Goulon  et  Van  Mierlo,  avait  attiré 
beaucoup  de  monde.  Ces  jeunes  pianistes  se  sont 
fait  vivement  applaudir  dans  divers  morceau.x, 
tant  à  un  qu'à  deux  pianos. 

Nous  avons  eu  également  un  concert  sympho- 
nique  extraordinaire,  avec  le  concours  de  M">=  Jo- 
sette Nachtsheim  et  de  M.  De  Backer,  notre  bary- 
ton de  la  saison  dernière.  M'"»  Nachtsheim  est 
douée  d'une  voix  bien  timbrée,  claire  et  métallique  • 
ses  vocalises  se  ressentent  d'un  travail  assidu  et 
intelligent.  L'air   des   clochettes  de  Lakmé  a  valu 

;  un  rappel  à  la  jeune  cantatrice,  qui  a  également 

;  fort  bien  dit  Vieille  Chanson  de  Bizet. 

:  M.  De  Backer  ne  réussit  pas  trop  dans  le  lied 
flamand,  malgré  son  réel  talent  du  chanteur  ;  on  le 
devine  mal  à  l'aise  dans  ce  cadre  restreint,  où 
une  diction  simple  peut,  seule,  être  à  sa  place  'ous 
Vaderhnd  de  J.  Blockx,  une  mélodie  dans  le  style 
populaire,  a  été  interprétée  d'une  façon  par  trop 
emphatique. 

Notre  concitoyen  a  également  dirigé  sa  Ker- 
messe flamande  de  Milenka ;  page  caractéristique 
qui  lui  a  valu  plus  d'un  succès. 

L'admirable  ouverture  de  Ckarlolie  Corday  se 
trouvait  aussi  au  programme, ainsi  qu'une  Marche 
de  E.  Tinel;  composition  que  nous  n'avons  pas 
trouvée  tout  à  fait  digne  de  la  renommée  de 
1  auteur. 

A  la  Société  royale  d'Harmonie,  nous  avons  été 
convié  à  l'audition  annuelle  des  cours  de  M""^  Pain- 
parc.  Toute  une  pléiade  de  pianistes  minuscules 
jouant,  avec  une  conviction  réelle  du  Scarlatti' 
du  Mozart,  du  Beethoven,  etc.  Nous  avons  parti- 
culièrement remarqué  le  côté  musical  de  ces 
jeunes  talents,  auquel  M""<=  Painparé  paraît,  avec 
ra.son,  porter  beaucoup  de  soin.  M.  Crickboom 
qui  donne  un  cours  de  violon  à  l'Institut  Painparé' 
nous  a  fait  entendre  quelques-unes  de  ses  élèves' 
parmi  lesquelles  il  faut  mentionner  M"«  Tul' 
Painparé.  une  petite  violoniste  d'avenir. 

M.  E.  De  Herdt,  qui  vient  de  remporter  un  pre- 
mier prix  au  Conservatoire  de  Bruxelles  (classe  de 
M.  Colyns)  s'est  fait  entendre  à  l'Harmonie.  Les 
luahtes  sérieuses  que  l'on  a  souvent  remarquées 
nez  ce  jeunë  artiste,  qui  tient  avec  autorité  le 
premier  pupitre  aux  séances  de  la  Kwartet-Kapel 


ont  encore  été  complétées  pendant  cette  dernière 
années  d'étude.Le  public  a  fait  un  acceuil  chaleu- 
reux à  l'artiste  sympathique  et  méritant. 

A.  -W. 

^^ 

LIEGE.—  Voici  closes  les  épreuves  publiques. 
Disons  tout  de  suite  qu'elles  n'ont  pas  révélé 
de  nouveau  Liszt.  Cependant  M.  Albert  Dechesne 
au  violoncelle,  et  M.  Oscar  Englebert  à  l'alto  pro- 
mettent, et  au  violon  MM.  Adolphe  Betti  (de  Luc- 
ques)  et  Jules  Devillez,  dont  nous  disions  déjà  les 
bonnes  qualités  il  y  a  un  an,  se  sont  distingués;  le 
dernierfranchit  même  en  une  fois,  saut  rare,  l'espace 
séparant  l'accessit  du  «  i"  prix  avec  distinction  i). 
Au  piano  (demoiselles),  la  jeune  classe  de  M"" 
Delhaze,  dont  nous  avons  noté  l'avènement  plein 
d'espoir,  remporte  la  belle  part  des  récompenses. 
De  même  le  palmarès  du  piano  hommes  voit  poin- 
dre la  jeune  classe  de  M  Sidney  Vantyn.  Al'orgue, 
deux  bons  élèves  :  MM.  Joseph  Jongen  et  Henri 
Deger. 

Passons  à  la  musique  de  chambre.  Ici  encore,  à 
côté  de  banals  tapotages  et  de  veules  raclages, 
brillent  des  élèves  dont  nous  avons  déjà  signalé  à 
cette  place  les  heureuses  dispositions, entre  autres, 
au  trio,  Mlle  Fontenelle  (pianiste)  et  M.  Hans 
Treichler  (violoniste).  En  dire  autant  de  M.  Maasz, 
que  précédemment  nous  tirions  de  pair,  nous  le 
voudrions;  mais,  hélas!  il  nous  paraît  loin  de 
croître  et  embellir.  La  cause?  Elle  est  difficile  à 
dire  ;  mettons  :  surmenage,  énervement.  Au  qua- 
tuor, M.  Emile  Chaumont,  dont  nous  avons  déjà 
loué  la  finesse  nerveuse,  bondit,  lui  aussi,  de  l'ac- 
cessit au  «  16''  prix  avec  distinction  ». 

Quant  au  chant  et  à  la  déclamation  lyrique,  nous 
n'y  resterons  qu'un  instant,  car  je  ne  veux  retenir 
que  le  nom  de  M'I^^  Irma  Weyns,  déjà  citée  antérieu- 
rement, laquelle  joint  à  beaucoup  d'aplomb  beau- 
coup de  grâce  :  sa  jolie  voix  à  rallié  toutes  celles 
du  jury. 

Maintenant  les  concours  supérieurs.  Ont  décoché, 
cette  année,  le  diplôme  suprême  :  d'abord  un  bon 
luba,  M.  Ferdinand  Rogister,  puis  une  pianiste 
distinguée,  au  jeunet.  M»"  Héloïse  Weimar  ;  ensuite 
M.  Léon  Heniy,  un  pianiste  qui  joue  d'une  façon 
très  intéressante  et  fait  grand  honneur  à  son  pro- 
fesseur M.  J.  Lebert;  enfin  trois  violonistes  élèves 
de  César  Thomson,  MM.  Hans  Treichler  (de  Zu- 
rirh\  Max  Maasz  (de  Hambourg)  et  Georges 
Lagarde  (de  Spa).  Jeu  très  pur,  le  premier,  jeune 
encore,  mais  en  bonne  voie  vers  l'ampleur  et  la 
mâle  énergie.  Musicien  très  sérieux,  le  second; 
comme  exécutant,  son  tempérament  le  porte  plus 
vers  le  doucereux  que  vers  l'intense  (en  cela  je  me 
répète  encore  de  l'an  dernier).  Plus  virtuose,  le 
troisième,  encore  que  fort  inégal;  livré  à  lui-même 
et  sorti  de  son  milieu,  il  pourra  réussir,  s'il  le  veut 
avec  éclat.  ' 

J'ajoute  qu'il  faut  tenir  compte  de  l'état  de 
prostration  physique  et  morale  dans  lequel  se 
présentent  au   concours  ces    jeunes  violonistes, 


584 


LE  GUIDE  MUSICAL 


remorquant  derrière  eux  un  bagage  de  huit  à 
quatorze  concertos,  sept  à  dix  pièces  de  musique 
ancienne  et  six  à  neuf  morceaux  de  genre.  On 
serait  «  éteint  »  à  moins.  Encore  si,  pour  accomplir 
ce  tour  de  force,  ils  pouvaient  emprunter  à  leur 
maître  ses  nerfs  d'acier  !  —  Les  questions  sur 
l'histoire  de  leur  art  posées  en  plublic  ont  mis  en 
lumière  la  culture  d'esprit  de  MM.  Treichler  et 
Maasz,  auxquels  je  décerne, de  ce  chef,  un  diplôme 
supplémentaire,  celui  de  docteur  es  musique 

F.  N. 

IONDRES.  —  Dans  le  déluge  de  concerts 
J  qui,  durant  la  seasoa,  nous  a  assaillis,  je  veux 
noter  comme  parliculièrement  remarquable  d'abord 
le  piano- yecital  qu'a,  donné  à  Princess  Hall  Miss  Mar- 
garet  Wild,  disciple  pleine  de  talent  de  M""  Clara 
Schumann,  musicienne  accomplie,  pianiste  au 
mécanisme  admirablement  siir.  Le  public,  très 
nombreux,  qui  assistait  à  cette  soirée  et  la  pre;;se 
de  Londres  ont  été  unanimes  à  applaudir  l'exécu- 
tion pleine  de  style  d'un  programme  artistement 
varié  :  Fantaisie  et  fugue  en  sol  mineur  de  Bach, 
Variations  sur  un  thème  de  lui-même  de  Brahms  (op. 
21  n»  i);  Fantaisie  iop.  17)  de  Schumann,  Allegro 
appassionato  àe  S&mtSdièns,  outre  quelques  pièces 
détachées  de  Hermann  Goetz  et  de  Zarembski. 
Dans  la  fantaisie  de  Schumann,  en  particulier, 
l'excellente  artiste  a  atteint  un  degré  de  puissance 
et  d'éclat  assez  rare  parmi  les  virtuoses  du  sexe  fai- 
ble. A  côté  de  Miss  Wild,  a  reparu  en  public,  après 
plusieurs  années  de  silence.  M'""  Antonia  Speyer- 
Kufferath,  qui  a  ravi  l'auditoire  par  le  charme  de 
sa  diction  poétique  et  pleine  d'âme  dans  différents 
Lieder  de  Brahms  et  de  Schumann. 

Des  trois  récitals  d'un  genre  original  donnés  par 
M""  Fillunger,  la  cantatrice  bien  connue,  M"«  Emily 
Schinner,  violoniste,  et  le  pianiste  Léonard  Bor- 
wick  et  qui  étaient  consacrés  chacun  à  un  seul 
maître,  Schubert,  Schumann  et  Brahms,  je  n'ai  pu 
entendre  que  les  deux  derniers.  Le  second  était 
consacré  à  Schumann.  Le  programme  en  était  très 
habilement  conçu.  Sonate  pour  piano  et  violon 
en  ré  mineur,  dix  Lieder  du  cycle  des  poèmes 
d'Eichendorff,  Hîiwflrwi^ifi^  pour  piano  seul  (op.  30), 
enim  Fantaisies  ço\\\  piano  et  violon  (op.  73).  Ni 
trop,  ni  trop  peu,  comme  vous  voyez.  Et  ce  con- 
cert a  été,  en  outre,  un  régal  extraordinaire  par  la 
qualité  de  l'exécution.  Miss  Shinner,  une  élève  de 
Joachini,  a  fait  grand  plaisir  par  la  justesse  et  la 
distinction  de  son  jeu,  peut-être  un  peu"  froid. 
M""^  Fillunger,  qui  possède,  chose  rare,  un  véritable 
soprane  élevé  atteignant  sans  difficulté  de  superbes 
si  aigus,  a  chanté  avec  beaucoup  de  poésie  et  de 
goût  l'incomparable  cycle  de  Lieder  que  j'ai  cité 
plus  haut.  Il  est  vraiment  fâcheux  qu'à  Londres, 
les  plaisirs  artistiques  de  ce  genre  soient  si  rares 
et  que  dans  les  concerts  on  n'entende  pour  la  plu- 
part que  des  pièces  de  musique  vocale  archi  usés, 
chantés  par  des  cantatrices  tout  à  fait  médiocres. 
Quant  à  M.  Léonard  Borwick,  son  interprétation 


de  V Humoresque  a  été  une  production  artistique  du 
rang  le  plus  élevé  et  le  plus  noble. 

C'est  à  Brahms  qu'a  été  consacré  le  troisième 
récital.  Cette  fois  encore,  le  choix  des  œuvres  et  la 
sobriété  du  programme  ont  été  parfaits,  si  bien 
qu'à  la  fin  du  concert  on  se  sentait  non  pas 
lassé,  comme  il  arrive  si  souvent,  mais  frais  et 
dispos  et  avec  la  conscience  du  plaisir  éprouvé. 
Sonate  pour  piano  et  violon  en  ré  mineur,  huit  Lie- 
der, variations  sur  un  thème  de  Schumann  (op.  9), 
pour  piano,  quatre  danses  hongroises  pou"  piano 
et  violon. 

Miss  Shinner  eiit  peut-être  mieux  fait  de  s'en 
tenir  à  la  Sonate  en  la  du  maître  de  Hambourg; 
celle  en  ré  mineur  me  semble  trop  puissante  pour 
son  talent  féminin.  M"»  Fillunger  a  de  nouveau 
enchanté  ses  auditeurs  par  le  choix  et  l'exécu- 
tion des  Lieder  si  pénétrants  de  Brahms,  en 
particulier  de  deux  pièces  du  cycle  de  Mage- 
lone.  Le  public  a  redemandé  la  Solitude  et  le  Lied 
op.  32.  Les  Variations  op.  9  pour  piano  ne  sont 
jouées  que  rarement,  et  je  m'étonne  qu'une  œuvre 
aussi  intéressante  au  point  de  vue  de  la  virtuosité 
et  aussi  profondément  musicale  ne  figure  pas  plus 
souvent  au  répertoire  des  pianistes.  C'est  une  des 
premières  compositions  de  Brahms  (1854).  Le 
thème  est  emprunté  à  une  Feuille  d^alkim  de  Schu- 
mann, qui  lui-même  en  avait  tiré  des  variations. 
L'œuvre,  il  faut  le  dire,  pour  porter  et  être  com- 
prise, exige  une  exécution  hors  ligne,  comme  en 
peut  donner  seul  un  virtuose  et  un  musicien  de  la 
force  de  M.  Borwrick.  Après  ces  variations,  le 
public  l'a  1  appelé  avec  tant  d'insistance  qu'il  a  dû 
ajouter  le  charmant  intermezzo  de  l'op.  47. 

E.  S. 

Autre  correspondance.  —  C'est  dans  le  mois  de 
juillet  que  se  clôt  d'ordinaire  la  season  de  Londres. 
Mais  le  mauvais  temps  retenant  tout  le  monde  à  la 
ville,  et  les  spectacles  continuant  à  être  fort  courus, 
Sir  Augustus  Harris  prolongera  sa  saison,  à 
l'Opéra  de  Covent-Garden,  jusqu'au  28  juillet.  Les 
productions  de  Sapho  et  de  la  Damnation  de  Fansi 
ont  été  écartées,  niais  on  donnera  avant  la  fin  du 
mois  la  première  représentation  d'un  opéra  inédit 
The  lady  of  Laiigford,  dont  la  musique  est  df 
M.  Emile  Bach  et  le  livret  de  MM.  Harris  e' 
Wcatherley.  Les  principaux  rôles  de  cette  nou- 
veauté ont  été  distribués  à  M""  Eames  et  i 
MM.  Alvarez  et  Edouard  de  Reszké. 

Mardi  soir,  a  eu  lieu  une  première  à  sensation 
celle  d'Aïda,  que  l'on  n'avait  pas  jouée  depui 
longtemps.  M™"  Adini,  dont  c'est  un  des  meilleur 
rôles,  a  obtenu  un  succès  d'enthousiasme  dan 
l'œuvre  de  Verdi  ;  on  l'a  rappelée  une  dizaine  d 
fois  dans  le  courant  de  la  soirée.  M™"  Adini  étai 
du  reste,  fort  bien  secondée  par  MM.  de  Reszk'  j 
Plançon,  Maggi  et  M'""  Ravogli. 

'L'Attaque  du  moulin  de  M.  Bruneau  a  obtenu  v 
très    franc    succès;    la  presse    musicale,  tout 
énonçant  certaines  réserves    sur  les  procédés 


LE  GUIDS  MUSICAL 


585 


jeune  maître,  reconnaît  qu'il  est,  de  tous  les 
compositeuis  français, celui  dont  le  talent  est  le  plus 
personnel.  Depuis  Carmen,  aucune  œuvre  n'a  été 
accueillie  aussi  favorablement.  Détail  à  noter  : 
VAUaque  du  moulin  a  été  donnée  ici  comme  elle  a 
été  conçue,  c'est-à  dire  avec  les  costumes  cora- 
temporains.  On  voit  sur  la  scène  le  costume  des 
soldats  français  et  allemands,  tel  qu'il  était  en' 
1870.  La  mise  en  scène  du  dernier  tableau  repro- 
duit exactement  les  Dernières  Cartouches  de  De- 
taille. 


NOUVELLES  DIVERSES 

Jeudi  19,  se  sont  ouvertes,  à  Bayreuth,  les 
fêtes  théâtrales  de  cette  année.  Un  correspon- 
dant occasionnel  nous  adresse  la  dépêche 
suivante  sur  les  deux  premières  représentations 
de  Parsifal  et  de  Lohengrin. 

Bayreuth,  21  juillet. 

Les  deux  premières  représentations  aux- 
quelles je  viens  d'assister  m'ont  émerveillé. 
Parsifal  a  eu  lieu  sous  la  direction  de  Her- 
mann  Levy,  avec  le  ténor  Birrenkoven  dans  le 
rôle  de  Parsifal  et  M"«  Rosa  Sucher  dans 
celui  de  Kundry.  Celle-ci  est  extraordinaire  de 
séduction  et  de  passion  dans  la  grande  scène  du 
deuxième  acte.  Elle  est  véritablement  la  Rose 
d'enfer.  Birrenkoven  n'a  pas  mal  composé  son 
rôle  ;  mais  il  chante  de  la  gorge.  Bon  ténor 
allemand.  I^e  reste  de  l'exécution  est  à  la 
hauteur  des  années  précédentes. 

Quant  à  Lohengrin,  la  nouveauté  de  cette 
année,  rien  ne  peut  vous  donner  une  idée  de 
la  transformation  qu'a  subie  ici  cette  œuvre 
archi-connue.  Elle  ne  ressemble  en  rien  à  ce 
que  nous  avons  vu.  La  mise  en  scène  est  mer- 
veilleuse d'éclat,  de  couleur  et  de  vie.  L'arrivée 
du  cygne,  tout  le  début  du  deuxième  acte  et 
la  scène  finale  sont  incomparablement  rendus, 
et  l'effet  en  a  été  prodigieux.  Pas  une  coupure! 
M.  Van  Dyck,  indisposé  a  dû  être  remplacé  au 
dernier  moment  par  M.  Emile  Gerhœuser  de 
Carlsruhe,  qui  a  été  simplement  convenable. 
Eisa,  c'est  Miss  Lilian  Nordica,  une  Amé- 
ricaine. Ravissante  et  dramatique  tour  à 
tour.  Excellents  aussi,  M"^  Brema  (Ortrude) 
et  le  Telramund  du  baryton  roumain  Popovici. 
Félix  Mottl  dirigeait  l'orchestre.  Chœurs  admi- 
rables. Je  n'ai  pas  rencontré  ici|M.  Oscar  Stou- 
mon,  ni  M.  Flon.  Ils  auraient  pu  apprendre 
cependant  bien  des  choses  qu'ils  ne  soup- 
çonnent pas.  Aperçu,  en  revanche,  M.  Charles 
Tardieu,  M.  Gailhard,  directeur  de  l'Opéra  de 


Paris,  et  combien    d'autres   personnalités    du 
monde  artistique  fianco-bclge!  E.H. 

Nous  avons  signalé  dans  un  de  nos  derniers 
numéros,  la  résolution  prise  par  M^e  veuve  de 
Bulow  d'interdire  provisoirement  la  publication 
de  la  correspondance  de  son  mari,  et  nous 
avons  parlé,  à  ce  propos,  d'une  lettre  publiée 
par  la  Deutsche  Rundschau  où,  parlant  des 
relations  de  Berlioz  et  de  Wagner  et  de  l'envoi 
de  la  partition  de  Tristan,  Bulow  semblait 
accuser  Wagner  «  de  sentiments  qui  peuvent 
à  peine  s'excuser  dans  une  nature  tout  à  fait 
ignoble  n. 

Notre  excellent  confrère  néerlandais  Week- 
blad  voor  Miiziek  nous  fait  observer  que  cette 
interprétation  de  la  lettre  de  Bulow  est  fautive, 
et  nous  devons  reconnaître  qu'en  effet,  en 
lisant  le  texte  allemand,  nous  avons  commis 
une  erreur  :  l'accusation  que  formule  Bulow 
touche,  en  réalité,  Berlioz.  Voici,  au  demeu- 
rant, la  traduction  littérale  de  la  lettre  de 
Bulow.  Nos  lecteurs  apprécieront. 

Bulow,  au  début  de  cette  lettre,  explique, 
comme  nous  l'avons  dit,  qu'on  ne  peut  s'en- 
thousiasmer que  pour  un  seul  grand  homme  à 
la  fois,  et  que  lorsqu'on  se  trouve  avoir  trois 
grands  hommes  parmi  ses  contemporains,  il  faut 
choisir  celui  auquel  on  se  consacre,  au  risque 
d'être  injuste  envers  les  deux  autres.  Et  il  con- 
tinue en  ces  termes  : 

«  Ne  vous  méprenez  pas  sur  le  sens  de  mes 
paroles,  si  je  fais  ici  des  personnalités.  Je  n'at- 
tache pas  à  ces  idées  plus  d'importance  qu'elles 
n'en  méritent  objectivement.  Mais  il  ne  faut  pas 
oublier  que  Berlioz  est  le  plus  ingrat  et  le  plus 
égoïste  des  deux.  (Le  troisième  [Liszt]  n'est  pas, 
comme  homme,  à  mettre  en  parallèle  avec  eux.) 
Je  ne  connais  rien  de  plus  sans  cœur  (et  ce  fut 
pour  l'autre  un  vrai  coup  dans  le  coeur)  que  le 
silence  de  trois  semaines  qui  suivit  le  don 
d'une  partition  sur  laquelle  se  lisaient  ces  mots: 

A    ROMÉO    ET    JULIETTE 

LEURS    RECONNAISSANTS 

TRISTAN    ET    ISEULT 

»  D'autres  choses  qui  ne  seraient  pas  excu- 
sables dans  une  nature  tout  à  fait  ignoble,  et 
que  je  passe  sous  silence,  afin  de  ne  pas  tomber 
dans  un  commérage  sans  fin,  V Allemand 
jamais  ne  s'en  serait  rendu  coupable.  » 

Cette  dernière  phrase  indique  nettement 
qu'en  effet  Bulow  songeait  à  Berlioz  et  que 
c'est  bien  Berlioz  qu'il  accuse  de  sentiments 
«  à  peine  excusables  dans  une  nature  tout  à 
fait  ignoble  n,  puisqu'il  dit  formellement  que 
l'Allemand,  c'est-à-dire  Wagner,  n'aurait  pu 
s'en  rendre  coupable. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Je  confesse  volontiers  avoir  lu  le  passage  en 
question  un  peu  rapidement,  et  je  remercie  le 
Weckblad  de  m'avoir  signalé  mon  erreur. 
Quant  aux  insinuations  qu'il  juge  à  propos  de 
greffer  sur  cette  erreur,  je  ne  crois  pas  devoir 
les  relever.  M.  K. 

BIBLIOGRAPHIE 


On  sait  que  M.  C.  Saint-Saëns  a  écrit,  en 
vue  des  concours  du  Conservatoire  de  Paris,  un 
Thème  varié  pour  piano.  Cette  œuvre,  qui  porte  le 
n"  97,  et  qui  est  dédiée  à  Ambroise  Thomas,  vient 
de  paraître  chez  MM.  A.  Durand  et  fils,  éditeurs, 
4,  place  de  la  Madeleine,  à  Paris. 

—  Chez  Fischbacher,  33,  rue  de  Seine,  vient  de 
paraître  :  Etude  sur  Johannès  Brahms,  avec  le 
catalogue  complet  de  ses  œuvres,  par  M.  Hugues 
Imbert. 


Le  Théâtre  de  Richard  Wagner 

Essais   de   Cri/ique    Liiléraire,  Esthétique  et  Musicale. 

Par   Maurice    KUPFERATH- 
PARSIFAL,   I  vol.  de  3o2  p.,  2°  édit.  fr.   3  5o 

TRISTAN  et  ISEULT,  i  vol.  de  375  p.,  2»  éd.  »     5  oo 
LOHENGRIN,  i  vol.  de  218  p  ,  3«  édit.  »     3  5o 

LA  WALKYRIE,  i  vol.  de  i5o  p. ,  2»  »  »     3  5o 

SIEGFRIED,  I  vol.  de  i3op.  2«  édit.  »    2  5o 

Paris  :  à  la  librairie  Fischbacher,  33,  rue  de  Seine 
Bruxelles  :  Schott  frères,  éditeurs,  Mont,  de  la  Cour,  82. 
Leipzig  :  Otto  Junne,  Thalstrasse,  21. 

^       ^ ^^C R  O  L  O  G I E 

Sont  décédés  : 

A  Ixelles,  enlevé  en  quelques  jours  par  une 
péritonite,  Louis  de  Casembroot,  secrétaire- 
adjoint  et  bibliothécaire  du  Conservatoire  royal 
de  Bruxelles.  Louis  de  Casembroot  n'avait  que 
trente  et  un  ans.  Il  était  né  le  7  juillet  i853.  Sa 
famille  était  originaire  des  Pays-Bas.  C'était  une 
nature  fine  et  sympathique,  un  homme  de  goût,  un 


BEEÎTKOPP  &  H^RTEL,  BHUXELLES 

Editeurs,    45,    Montagne    de  la    Cour,   48 

Vient  de  paraître  en  édition  bon  marché 

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DES  GRANDS  MAITRES  ANCIENS  ET  MODERNES 

Corrigée   d'après  Its  lexlcs  originaux,   doiglée  au   point  de   vue  du   dèveloppemenl    ralionnel   du   mécanisme 

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PUBLIÉE   AVEC    LA   COLLABORATION    DE 

M.    GUST.AVE    SANDRE 

Professeur  d'harmonie  pratique  au  Conservatoire  royal  de  Bruxelles 

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sonne qui  en  l'ait  la  demande. 


PIANOS  BECHSTEIN. 


PIANOS  BLUTHNER 


HARMONIUMS    ESTEY 


LE  GUIDE  MUSICAL 


o87 


lettré  :  il  avait  publié  des  poésies  qui  n'étaient  pas 
sans  valeur,  des  adaptations  musicales  qui  ont  été 
appréciées  dans  les  concerts.  Il  s'était  consacré 
aussi  à  la  critique  comme  collaborateur  de  VEcho 
musical  Sa  mort  imprévue  cause  une  profonde 
douleur  à  ses  nombreux  amis;  elle  excite  les 
regrets  de  tous  ceux  qui  l'ont  connu. 

—  A  Louveciennes,  où  il  était  en  villégiature,  le 
grand  poète  Leconte  de  Lisle. 

Leconte  de  Lisle  était  né  à  Saint-Paul  (île  de 
la  Réunion\  le  23  octobre  1818.  Après  de  brillantes 
ctudes,  il  voyagea,  parcourut  l'Inde,  les  lies  de  la 
Sonde,  puis  vint  en  France  et,  en  1847,  se  fixa  à 
Paris.  Il  prit  part  au  mouvement  révolutionnaire 
de  1848,  mais  il  abandonna  bientôt  la  politique 
pour  se  consacre!'  à  la  poésie. 

Ses  débuts,  d'ailleurs,  furent  un  coup  de  maître; 
il  se  révéla  par  les  Poèmes  antiques,  qui  parurent  en 
i8S3,  et  auxquels  succédèrent,  deux  ans  après, 
les  Poèmes  et  Poésies;  puis  vinrent  les  Poèmes  bar- 
lares,  les  Poèmes  tragiques  et,  entretemps,  une  série 
de  traductions  :  les  Idylles  de  Théocrite,  les  Odes 
anacréoniiques,  Hésiode,  les  Hymnes  orpMques,  les 
œuvres  complètes  d'Eschyle,  les  œuvres  d'Horace, 
de  Sophocle,  enfin,  VIliade  et  VOdyssée. 

Leconte  de  Lisle  toucha  aussi  au  théâtre;  il 
écrivit  les  Erynnies,  tragédie  antique  dont  la 
musique  a  pour  auteur  Massenet,  et  une  Apollonide, 


drame  Ij'rique  en  trois  parties,  avec  musique  de 
Franz  Servais. 

L'Empire  avait  fait  au  poète  une  pension 
annuelle  de  3, 600  francs  et  lui  avait  donné  la  croix 
de  la  Légion  d'honneur.  Le  gouvernement  répu- 
blicain l'avait  nommé,  en  1873,  sous-bibliothé- 
caire au  Luxembourg  et,  en  i883,  officier  de  la 
Légion  d'honneur. 

Le  II  février  1886,  Leconte  de  Lisle  avait  été 
appelé  à  remplacer,  à  l'Académie  française, 
Victor  Hugo,  qui,  pendant  neuf  années,  en  toute 
occasion,  avait  soutenu  sa  candidature.  Il  fut  reçu 
en  séance  solennelle,  le  3i  mars  1887,  par 
M.  Alexandre  Dumas. 

—  A  Moscou,  à  l'âge  de  67  ans,  Vladimir 
Kaschpérow,  professeur  de  chant,  qui  s'était 
essayé  aussi  dans  la  composition.  Elève  de  Dehn, 
à  Berlin  et  encouragé  par  Glinka,  il  se  rendit  en 
Italie,  où  il  vécut  pendant  neuf  ans  et  où  il  fit 
représenter  deux  opéras  italiens,  —  Maria  Tudor,  à 
Nice,  en  1860  et  à  Milan  en  1862,  et  Rienzi,  en 
i863,  à  Florence.  Le  premier  de  ces  opéras  a 
obtenu  un  certain  succès,  l'autre  est  tombé  à  plat, 
pour  des  raisons,  dit-on,  politiques.  Un  troisième 
opéra  italien, —  Consuelo, —  n'a  pas  été  représenté. 

Attaché  en  qualité  de  professeur  de  chant  au 
Conservatoire  de  Moscou,  dès  sa  fondation  en 
i865,    feu    Kaschpérow  s'essaya   ensuite  dans  la 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 

TH.     DUBOIS 


Organiste    du    Grand    Org-ue    de   la    Madeleine 


D 


rr 


D 


ut 


SERIE 


Prix  net,  fr.  1  50 
_        .    2  — 
.    2   - 


Alléluia   du   Messie  (Haendel)  .... 
Marche  d'^f.Aa//e  (Mendelssohn) 

Marctie  du  Songe  d'une  nuit  d'été  (Mendelssohn)      — 
Introduction  du  troisième  acte  et  Chœur  des  fiançailles 

de  Loheng-rin  (R.  "Wagner)     ....  —        «   3  — 

Marche  religieuse   de  Lohengrin  (R.  Wagner).  —         "1  50 

Marche  de  2'a.n/2-ÔÊEi75'er  (R.  Wagner)       .         .  —        »   3  — 

2^    SÉRIE 

Marche-Gavotte   de  Josué  (Hasndel)  .         .         .         Prix  net,  fr.  2   — 

Psaume  XII.  ZC/'e/y /i33722e/25-y  (Marcello),         .  —         "  1  25 

Chœur  de  Paulus  (Mendelssohn)      ...  _        „   2    — 

Chœur  mystique  de  ./^az/fi-f  (S  chumann)       .         .  —         "2   — 

Prélude  de  Lohengrin  (R.  "Wagner).  .         .  —         «  1  50 

Introduction  du  troisième  acte  et  Chœur  des  pèlerins 

de   Tannhaeuser  (R.  Wagner)        ...  —        »   2  — 


LE  aVIDE  MUSICAL 


composition  d'opéras  russes,  basés  sur  des  thènies 
populaires.  Son  premier  essai  dans  ce  genre  a  été 
ÏOragc  (d'après  Ostrovsky),  dont  il  écrivit  la  musi- 
que et  le  libretto.  L'ouvrage  fut  donné  en  1867  à 
St-Pétersbourg  et  n'eut  que  neuf  représentations. 
Son  Tarass  Boulba,  donné  depuis  à  Moscou,  passa 
inaperçu.  Il  a  composé  encore  un  opéra  russe,  le 
Boynrd  Orscha,  et  la  musique  pour  le  drame 
d'Ostrovsky,  le  Voïévode,  ainsi  qu'une  cinquantaine 
de  romances. 

A  la  fin  de  sa  vie,  Kaschpérow  ouvrit  à  Moscou 
sa  propre  école  de  chant,  fonda  la  Société  des. 
amateurs  de  chant  d'église  et  dirigea  un  certain 
nombre  de  chœurs  scolaires.  Il  publia  des  solfèges 
choraux  et  s'essaya  aussi  dans  la  littérature  musi- 
cale par  des  articles  sur  Verdi  et  sur  le  chant 
sacré  russe,  ces  derniers  ayant  paru  en  1881  dans 
la  Rouss  d'Ivan  Aksakow. 

—  A  Ville  d'Avray,  près  de  Paris,  à  l'âge  de 
soixantedix-huit  ans,  le  chambellan  du  roi  de 
Danemark  de  Fallesen.  M.  de  Fallesen  avait  pris 
part  à  la  guerre  prusso-danoise,  comme  colonel 
d'artillerie,  puis  était  devenu  chef  du  Théâtre- 
Royal  de  Copenhague. 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4.  rue  Laté3^ale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 

RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 

Bruxelles 

Alcazar  royal.  —  Clôture. 

Waux-Hall.  —  Tous  les  soirs,  concert  de  symphonii 

par  l'orchestre  du  théâtre  de  la  Monnaie. 

Paris 

Opéra.  —  Du  i6  au  20  juillet  :  Faust.  La  Walkyrie 

Samson  et  Dalila,  la  Maladetta. 
Opéra-Comique.  —  Clôture. 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22.  passage  des  Panoramas  (grande  galerie 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tscbaik.oW«ky,  Ciuttschaik,  Prudent,  Allurd 
des    tichives   du  piano   et   de  la   célèbre   Méthode    de  piano    A.   le   l'arpentier 

St  uls  dépositaires  de  l'Bdition  Ciiarnot,  spécialement  consacrée  a  la  musique  de  violon 


Yient  de  paraître! 

Hcuri  Mart^cbal,  Le  Sommeil  de  Jésus,   prélude 

de  la  Nativité,  Orchestre 3  — 

Parties  séparées 5  — 

Piano  seul 5  — 

transcr .  facile  par  Ta  van .      .3  — 

Violon  ou  violoncelle  et  piano  .  6  — 

mélodies  de  FanI  Kongnou 

1.  Au  vent 3  — 

2.  La  Chanson  du  renouveau     .      .      .      .3  — 

3.  Comment  on  dit  :  «  Je  t'aime  ».      .      .  3  — 

4.  Etre  deux 5  — 

5.  J'aime,  je  crois,  j'espère 3  — 

6.  Le  Livre  de  la  vie 3  — 

7.  Premiers  baisers  du  printemps   .      .      .  3  — 

8.  Le  Souvenir 5  — 

9.  La  Valse  des  nuages 5  — 

U.-F.  Toby.  Sérénade,  paroles  de  A.  Semiane  .  3  — 

—  Barcarolle,  paroles  de  A.  Semiane  .     .     .     .3  — 

—  Berceuse  de  A.  Cœdes,  transcrite  pour  orgue 

et  piano 7  5o 


p.  Tschaïfeowsky.  Album  russe  transcrit  pour 
violon  et  piano  par  Ad.  Herman 

Si.x  numéros,  chaque.     .  2  ■ 

réunis.      ,  6 
R.  Favarger.  Boléro  pour  piano  (20'^  édition) 

Piano  à  4  mains 10  ■ 

Piano  et  violon 9  ■ 

J.  Daubé.  Menuet  pour  piano  et  violon     ...  5 

—  Mazurka  de  salon  (originale)  pour  piano   et 

violon 6  • 

C.  Galos.  Dolorosa,  nocturne  pour  piano.     .     .6 

—  Le  Lac  de  Côme    .  5 

—  Le  Chant  du  berger 5 

—  Souvenir  des  champs 6 

B.-ai.  Coloiner.  Rondino  pour  piano.      ...  5 

G.  PfeilTer.  Romance  pour  violoncelle  et  piano  6 
J.  Ten  BrlucU.  Voici  le  soir,  valse,  barcarolle  .5 

Cta.  Lefebvre.  Oublier,  mélodie     ■      ....  5 
Umlle  Waldteafel.  Amour  et  Printemps,  valse 

chantée 

Arrangé  pour  orchestre,  parties  sép.  2 

—  harmonie  ou  fanfare  .  3 


A.     uXliiU  VJill,     quatre  morceaux  de  genre  pour  le  piano,  transcrits  pour  grand  orgue,   pari 

A£iJKXA]*fIJKJE  Ci  Ij'IliJflAWT.  N»  i.  Scherzo,  net  :  2  fr.  N"  2.  Romance,  net  :  i  fr,5o. 
N°  3.  Berceuse,  net  :  i  fr.  5o.  N"  4.  Musette,  net  :  3  fr. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


589 


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Léopold  MUBAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique 


Dépositaire  unique  de  l'EdKion  Payne 

(partitions    DK    poche    pour    la    musique    de    CHAMBRli) 

DETHIER,  Gaston.  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue. 

—  Prélude  sur  le  Dies  Irœ  pour  grand  orgue 

—  Romance  pour  violon  et  piano       ..... 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano. 
LEKEU,  G™^.  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties, 

partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano 
—  Trois  pièces  pour  piano  ........ 

RAWAY  Erasme.  Scènes   Hindoues,  poème  symphonique  en  quatre  parties, 
réduction  à  quatre  mains       ...... 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  d'après  Hsendel,  pour  violon  et  piano 
—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano 

I.iivoi     franco     des     calalognos 


net  fr.  3  — 

»  I  — 

»  3  - 

»  3  - 


3  — 


COMMISSION    ET    EXPORTATION    DE   MUSIQUE   BELGE   ET    ETRANGERE 

J.-B.  KATTO,  éditeur  de  musique,  52,  rue  de  l'Ecuyer,  Bruxelles 

ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 


i 


Tieiit   de    giaraitre 

CHŒUR  A  QUATRE  VOIX  D'HOMMES 

IMPOSÉ    EN    DIVISION     SUPERIEURE    AU     CONCOURS    INTERNATIONAL    DE    VALENCIENNES 

Poésie  de  FELIX  BERNARD 

MUSIQUE     DE 

ADOLPHE     F.      \A/OUTERS 

Partition  net  2  fr.  5o  |  Chaque  partie  o,5o  fr. 
TÉLÉPHONE   I902 

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EN  VENTE  CHEZ 

SCHOTT  FRÈRES,  ÉDITEURS,  82,  MONTAGNE  DE  LA  COUR,  BRUXELLES 

O  TTO  JUNNE,   Thalstrasse,  21,  Leipzig- 


Accolay.J.  B.  Au  bord  du 
ruisseau,  idylle  . 

—  La  Taglioni,  scène  de  balle 
—Ruines  et  Souvenirs, ballade 

—  Rêverie  mélancolique  . 
— Légende  écossaise    . 

—  l'olonaise. 

Botiin,  G.  Cinq  morceaux 

N"  I.  Séparation. 

N"  2.  Douce  attente. 

N°  3.  Doux  rêves 

N°  4.  Echo  du  bal   . 

N»  5.  Mon  étoile 
Gabriel-Marie.   «   Impres 

sions.  »  6  pièces  originales; 

N"  I.  Simplicité. 

N"  2.  Insouciance   . 

N"  3.  Quiétude  .      . 

N"  4  .  Souvenir   . 

N»  5.  Mélancolie     . 

N°  6.  Allégresse. 
Gilis,  A.  Soirées  enfantines 

Six  morceaux  très  faciles 

N"  I.  Air  villageois. 

N"  2.  Chant  du  village. 

N"  3.  Air  champêtre     . 

N»  4.  Fanfare-Marche  . 


2  5o 
2    — 


2  — 
2   — 

I  75 
I  75 
I  75 
I  90 
I   75 


I  35 
I  75 
I  35 
I  75 
I   35 


I   go 


35 


No  5.  Royal-Gavotie      .      . 
N"  6.  Musique  militaire     . 

Hermann,  Rob.  Petites 
Variations  pour  rire,  com- 
posées sur  sept  notes 

Herrmann,  Tti.  Six  trans- 
criptions d'œuvres  célèbres; 
N°  I .  Air  de  Chérubini 
N"  2.  Grétry,  Romance  de 

Richard.  .  .  .  i  — 
N"  3.  NicoLO,  Joconde.  .  i  — 
N°  4 .  Schubert,  Sérénade  i  35 
N"  5.   Schubert,    Moment 

musical.  .      .      i   35 

N"  6.    Mendelssohn,    Auf 

Flûgeln.      ...      I   35 

Hille,  G.  Op.  6o.   Concerto 

avec  Piano lo  — 

Hone,  J.  The  Old  Folks  at 
Home 

—  Suite  Irlandaise  ; 

N°  I  .When  theWho  adores 

thee 

N"  2.  If  thou  wilt  be  Mine 
N»  3 .  Oh  !    Had   \ve   some 

Bright 

N"  4.  Is  that  M"' Reilly.     . 


75 


I  35 


Hoyoid,  L.  Méloiie.      .  i   75 

Jehin-Prume.  Romance   .  i  75 

—  Berceuse       ....  i   35 
Hubay,  Jenô.   Cinq   mor- 
ceaux : 

Op.  37    N"  I.  Fleur  de  Mai    .  i   75 

Op.  37   N"  2.  Au  temps  jadis  2  5o 
Op.    38     N"   I.     Devant    son 

image(Chant  surla4<'corde)  i  75 

Op.  38.  N"  2    Sous  sa  fenêtre  2  — 

Op.  39.  Ramage  de  rossignols  3  — 

Smetkoren,  J.  Elégie  .     .  i  75 

—  Berceuse 2  — 

Thallorx,  R.  Romance  .      .  i  75 
Ventti,  C.  Trois  morceaux  ; 

N"  I    Chanson  sans  paroles  i  35 

N"  2.  Chanson  du  soir  .      .  i   35 

N'  3.  La  Sérénade  ...  2  — 

—  Deux  Rhapsodies  : 

N"!.  Sur  des  motifs  écossais  i  90 
N»  2.  Sur  des  mélodies  sué- 
doises    3  75 

Ysayë.  Deux  Mazurkas  ; 

No  I.  Dans  le  lointain  .      .2  — 

No  3.  Mazurka    .      .      .      .2  — 


590 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Etablissement  Photograph'que 

Place  du  Congrès.  65,  rue  Royale 

Cartes  de  Visite  :  12  fr.  la  douzaine 

Les  ateliers  sont  au  rez-de-chaussée 
EKGLISH  SPOKEN  MâN  SPRIGHT  DSDTSCH 

Maison  G.  GONTHIER 

Fournisseur  des  musées 

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Cette  localité  est  lar- 
gement découverte 
vers  le  sud,  où  l'on 
a  devant  soi  la  chaîne 
des  Alpes  bavaroises 
et  tyroliennes  Son 
climat  est  subalpin. 
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rendent  l'air  absolu- 
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quelles  des  endroits 
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ment aménagés  et 
d'où    l'œil    jouit    de 

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LE  GUIDE  MUSICAL 


591 


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592 


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RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

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Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  be  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

N.  Liez  -   I.  Will 

Dr  F.-V.  Dwelshauvvers-Dery 

Ernest  Closson  —  Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer   —  Jean  Marlin 
J.  Brunet  —  A.  Wilford,  etc,  etc. 

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journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
à  Paris,  à  la  Librairie  Fischbacher, 
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40=  année  5  et  12  Août  1894  numéros  32-33 


SOMMAIRE 


Georges    Servières.    —    Réflexions     sur 

l'opéra-comique. 
M.  Kufferath.  —    La    «   Walkyrie   »    de 

M.  Alfred  Ernst.  —  Letres  de  MM.   Alfred 

Ernst  et  Ch.  Lecocq. 
M.  R.  —  Comme  chez  Nicolet. 
E.  H.  —  A  Bayreuth. 
€l)rontque  be  la  Stmainc  :  Paris  :  Les  concours  du 

Conservatoire,  Intérim.  —  Richepin  compositeur, 

M.  R.  —  Nouvelles  diverses. 
Bruxelles  :  Nouvelles  diverses. 
(îorrcsponbnncca  :  Anvers  :  le  festival  Saint-Saëns, 

Amsterdam,  Londres,   Luxembourg,  Saint-Péters- 
bourg. 
Nouvelles  diverses,  —  Bibliographie. 
Répertoire  des  théâtres 


EN  VENTE,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  l'Ecuyer; 
et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de  Seine;  M.  Brasseur,  Galerie 
de  roiéon.    —   Luxembourg,  G.-D.   Simonis,  libraire. 

—  A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Haertel,  i5,  Oxford 
Street  ;  Schott  et  C°,  Régent  street,  i57-i5g. —  A  Leipzig  : 
Otto  Juane. — A  Munich  :  Josef  Seiling,  fourni  de  la  cour, 
Perusastrasse.  —  A  Strasbourg  :  librairie  Ammel.  —  A 
Amsterdam,  .\lgemeene  Musikhanlel,  Spui,  2.  —  A  La 
Haye,  Belinfante  frères. — k  Liège  ;  M™"  veuve  Muraille, 
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594 


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Numéros  32-33. 


5  et  12  Août  i8 


REFLEXIONS  SUR  L'OPERA-COMiaUE 

VEC  le  second  volume  qui  vient  de 
paraître,  MM.  A.  Soubies  et 
Ch.  Malherbe  ont  terminé  leur 
histoire  de  l'Opéra-Comique  ou, 
pour  être  plus  précis,  de  la  seconde  salle 
Favart.  Car  l'historique  rédigé  par  eux  ne 
va  que  de  1840  à  1887.  Je  n'ai  pas  compris 
et  les  auteurs  n'ont  pas  expliqué  pourquoi 
ils  n'ont  pas  commencé  leur  récit  à  l'année 
1801,  date  à  laquelle  finit  celui  de  M.  A. 
Pougin,  intitulé  :  UOpéra-Comique  pendant 
la  Révolution.  Les  quarante  premières 
années  du  siècle  forment  une  des  plus  inté- 
ressantes périodes  de  l'histoire  de  l'Opéra- 
Comique, comprenant  les  meilleures  œuvres 
de  Méhul,  Chérubini,  Boïeldieu,  Hérold  et 
Nicolo,  la  première  série  des  productions 
d'Auber,  d'Halévj'  et  d'Adam.  Il  y  a  là  une 
lacune  à  combler,  et  personne  mieux  que 
MM.  Soubies  et  Malherbe  n'est  capable  de 
mener  à  bien  cette  besogne  d'investigations 
rétrospectives.  Les  matériaux  seront  moins 
abondants,  les  documents  moins  précis  que 
pour  la  période  qu'ils  ont  racontée,  la 
tâche  sera  plus  difficile  et  peut-être  plus 
longue.  Mais  elle  n'est  pas  faite  pour 
rebuter  leur  patience  et  leur  érudition. 

En  attendant,  l'ouvrage  qu'ils  ont  publié 
est  d'une  lecture  très  intéressante  et  très 
instructive,  d'où  l'on  peut  tirer,  au  sujet  de 
l'art  musical  français  et  des  conditions  dans 
lesquelles  il  se  produit,  des  conclusions 
variées. 

Voici  les  miennes  : 

Ce  qui  a  frappé  surtout  les  auteurs  de  ce 


livre,  c'est  l'évolution  du  genre  qui,  «  parti 
du  vaudeville  et  de  la  comédie  italienne, 
est  arrivé  presque  aux  confins  du  drame  mu- 
sical »,  et  que  caractérisent  «  la  diminution 
progressive  du  dialogue  parlé,  l'accroisse- 
ment notable  de  la  partie  instrumentale,  la 
mise  en  œuvre  de  moins  en  moins  fréquente 
des  sujets  exclusivement  gais,  enfin  le  dis- 
crédit de  certains  procédés,  couplets,  répé- 
titions de  paroles,  entrées  et  sorties  de 
chœurs  inutiles  à  l'action  ».  Supprimez  de 
ces  caractères  le  premier  et  le  dernier,  qui 
sont  relatifs  au  seul  opéra-comique,  vous 
observerez  que  les  autres  s'appliquent  tout 
aussi  bien  à  la  transformation  de  l'opéra. 
La  prétendue  évolution  du  genre  ne  résulte 
donc,  en  réalité,  que  de  l'évolution  générale 
du  théâtre  musical.  Elle  n'a  servi,  dès  lors, 
qu'à  altérer  profondément  le  genre  éminem- 
ment français  et  à  créer  un  opéra  comique 
bâtard,  à  tendances  lyriques,  une  comédie 
musicale  larmoyante. 

Je  suis  de  ceux  qui  n'admettent  pas  la 
pièce  mi-parlée,  mi-chantée;  mais  si,  pour 
cette  raison,  je  goûte  peu  l'opéra-comique, 
c'est  surtout  sous  la  forme  sentimentale 
qu'il  me  paraît  haïssable. 

L'évolution  que  MM.  Soubies  et  Mal- 
herbe admirent  comme  un  progrès  me 
paraît  avoir  consisté  à  remplacer  les  situa- 
tions gaies  par  les  situations  lugubres, 
l'esprit  par  la  sentimentalité,  la  verve  par  la 
pleurnicherie.  Tel  est  le  cas  de  pièces 
telles  que  les  Saisons  et  Fior  d'A  liza,  les 
Dragons  de  Villars  et  Lara,  le  Songe  d'une 
nuit  d'été,  Psyché  et  Mignon,  Piccolino  et  les 
Contes  d'Hoffmann,  Jean  de  Nivelle  et 
Lakmé.  Quant  aux  partitions  composées  sur 
ces  livrets,  qu'est-ce  autre  chose  que  des 
pseudo-drames  lyriques  écrits  par  des  mu- 
siciens qui  n'étaient  pas  capables  de  faire 
des  opéras?  Mignon,  cette  grotesque  adap- 
tation scénique  des  épisodes   du  Wilhelm 


596 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Meister  de  Gœthe,  est  le  chef-d'œuvre  de 
cette  conception  bâtarde,  Mignon,  cet  opéra 
chéri  des  concierges,  ce  répertoire  de 
romances  à  chanter  dans  les  cours  !  M  M .  Sou- 
bies  et  Malherbe  témoignent  pour  cet  ou- 
vrage une  bienveillance  que  j'avais  crue 
jusqu'ici  inhérente  au  seul  Moreno  ! 

S'il  fallait  en  croire  le  goût  persistant  du 
public,  cet  opéra-comique  dont  la  millième 
représentation  est  dépassée  s'imposerait 
par  un  mérite  supérieur.  Mais  qui  com- 
prendra jamais  les  jugements  du  public? 
Pourquoi  le  Pardon  de  P/oérae/a-t-il  réussi 
plutôt  que  Fior  d'A  liza  ?  Pourquoi  les  Dra- 
gons de  Villars  plutôt  que  Lara?  Pourquoi 
Jean  de  Nivelle  plutôt  que  Piccolino?  Il  faut*' 
pour  que  le  succès  se  produise,  une  certaine 
correspondance  entre  l'offre  et  la  demande, 
entre  le  talent  des  auteurs  et  le  goût  du 
public,  entre  la  forme  d'art  qu'apportent 
ceux-là  et  les  dispositions  de  celui-ci.  Cet 
accord  s'est  donc  réalisé  plus  particulière- 
ment avec  ces  ouvrages  qu'avec  des  œuvres 
du  même  temps,  de  valeur  égale  et  de  con- 
ception identique,  parfois  du  même  com- 
positeur. 

Le  succès  exige  en  même  temps  une 
harmonie  évidente  entre  la  pièce  et  la  mu- 
sique, entre  le  caractère  de  l'une  et  la  cou- 
leur de  l'autre,  entre  le  tempérament  des 
librettistes  et  celui  du  compositeur.  Quel 
que  soit  le  talent  du  musicien,  l'influence 
de  la  qualité  du  livret  sur  le  succès  n'est 
pas  niable.  Combien  de  partitions  hono- 
rables ont  été  compromises  par  un  libretto 
ridicule  ou  simplement  en  désaccord  a^'ec 
l'allure  delà  musique!  Combien  d'opéras- 
comiques  ont  dû  leur  succès  précisément  à 
cette  concordance  parfaite  !  La  longue  col- 
laboration Scribe-Auber  en  est  la  preuve. 
Mais  aussi,  librettiste  et  musicien  travail- 
laient ensemble  et  l'un  pour  l'autre;  ou 
lorsque  le  livret  était  offert  à  un  composi- 
teur par  le  directeur  lui-même,  celui-ci 
avait  soin  de  l'attribuer  au  musicien  le  plus 
apte  à  le  bien  traiter.  Lorsque,  au  con- 
traire, les  directeurs  négligent  une  précau- 
tion aussi  élémentaire,  ils  arrivent  à  pro- 
duire des  discordances  entre  le  livret  et 
la   musique,    dont    pâtissent    les    auteurs. 

Exemple  :  Pluhis,  comédie  antique,  de  ton 


tempéré,  donnée  à  Ch.  Lecocq  ;  Bataille  de 
dames  et  le  Mari  d'u7i  jour,  imbroglios  vau- 
devillesques  attribués  à  Vaucorbeil  et  à 
M .  Arthur  Coquard  ! 

Qu'est-ce  qui  détermine  le  choix  des 
ouvrages  dans  un  théâtre  lyrique  français  ? 
Il  semble  bien  que,  trop  souvent,  ce  soit 
l'intrigue,  la  faveur,  la  protection,  les 
influences  politiques  et  financières,  celles 
des  éditeurs.  A  certaines  pages  de  leur 
ouvrage,  MM.  Soubies  et  Malherbe  citent 
des  séries  d'ouvrages  reçus  à  l'Opéra-Co- 
mique  et  qui  n'ont  jamais  été  joués. 

Etaient-ils  sensiblement  inférieurs,  ces 
ouvrages,  à  ceux  qui  ont  été  mis  en  scène? 
Rien  ne  le  prouve.  Souvent,  ils'  étaient 
signés  par  les  mêmes  auteurs.  A  certaines 
époques,  notamment  sous  la  première  i 
direction  Carvalho,  on  eût  dit  que  le  direc-  f 
teur,  pour  se  mettre  en  règle  avec  le  cahier 
des  charges,  faisait  exprès  de  choisir  les 
œuvres  les  plus  mal  venues,  comme  s'il  ne 
comptait  pas  sur  les  noms  nouveaux,  et  de 
revenir  le  plus  tôt  possible  à  l'exploitation 
du  répertoire  et  de  deux  ou  trois  pièces  à 
succès.  Aussi  jamais  ne  vit-on  à  l'Opéra- 
Comique  une  telle  série  de  fours  :  les 
Noces  de  Fernande  de  Deffer  (1878),  la 
Courte  EcJicUe  de  Membrée  (1879),  la  Ta- 
verne des  Trabans  de  Maréchal  (1881),  Diana 
de  Paladilhe  (i885),  le  Mari  d'un  jour  de 
Coquard,  et  Maître  A  mbros  deWidor  (1886). 

Il  me  semble  difficile  d'admettre  qu'on 
n'ait  pas  présenté  au  théâtre,  dans  cette 
période,  de  meilleurs  ouvrages  que  ceux  qui 
furent  choisis  par  M.  Carvalho  et  exécutés 
entre  deux  reprises  du  répertoire,  dont 
quelques-unes  absolument  superflues,  mais 
imposées  par  l'éditeur  Heugel  :  la  Perle  du 
Brésil,  le  Songe  d'une  nuit  d'été,  Psyclié. 
Encore  des  ouvrages  en  trois  actes  ne 
peuvent-ils  être  montés  sans  un  certain 
soin.  Mais  quel  est  le  sort  des  petits  actes 
commandés  aux  débutants,  pour  obéir  au 
cahier  des  charges,  des  petits  actes  joués 
huit  jours  avant  la  clôture,  étranglés  en 
trois  soirées?  Et  cette  représentation,  les 
auteurs  l'ont  parfois  attendue  dix  ans, 
comme  M.  Paul  Puget  pour  le  Signal, 
M.  Lacome  pour  la  Nuit  de  Saint-Jean. 

Si,  par  des  attentes  aussi  longues,  on  ne 


LE  GUIDE  MVSIOAL 


597 


décourageait  pas  les  jeunes,  tant  de  musi- 
ciens bien  doués,  comme  MM.  Serpette, 
Lacome,  Pugno,  Messager  n'auraient  pas 
versé  dans  l'opérette;  ils  auraient  continué, 
à  rOpéra-Comique,  la  tradition  du  genre  si 
fâcheusement  abandonné,  à  mon  avis,  pour 
le  drame  lyrique  bourgeois. 

Aujourd'hui,  la  veine  de  l'opérette  étant 
épuisée,  l'opéra-comique  gai  reprend  fa- 
veur, ainsi  qu'en  témoigne  le  succès  de  la 
Basoche  et  de  Phryné.  C'est  de  ce  côté-là 
que  devraient  se  tourner  les  jeunes  musi- 
ciens, du  côté  de  l'invention  rythmique 
amusante  et  burlesque,  de  la  franche  bouf- 
fonnerie, en  ayant  soin  de  n'accepter  que 
des  pièces  amusantes,  claires  et  de  vive 
allure. 

Depuis  plus  de  trente  ans  qu'on  pleure  à 
rOpéra-Comique,  il  serait  temps  qu'on  y 
pût  rire  un  peu.  G.  Servières. 


LA  WALKYRIE  DE  M.  ALFRED  ERNST 


propos  de  l'article  que  j'ai  consacré 
dans  le  dernier  numéro  du  Guide  à 
la  nouvelle  version  de  la  Walkyrie 
que  vient  de  publier  M.  Alfred  Ernst, 
je  reçois  deux  lettres  :  l'une  de  l'auteur  de  la 
version,  l'autre  de  M.  Charles  Lecocq. 

Bien  que  le  sujet  en  cause  semble  très 
spécial,  la  question  est  trop  importante,  puisque 
l'occasion  se  présente,  pour  ne  pas  être  discu- 
tée à  fond. 

Voici  d'abord  la  lettre  de  M .  Alfred  Ernst  : 

Paris,  24  juillet. 

Que  les  lecteurs  du  Guide  se  rassurent  :  je  n'a- 
buserai pas  du  droit  de  réponse.  Ce  serait  mal 
employer  leur  temps  et  le  mien  que  de  présenter 
la  défense  en  règle  de  tous  les  passages  incriminés 
dans  ma  version,  pour  facile  que  me  serait  la 
tâche!  Cette  version,  que  j'améliore,  d'ailleurs, 
sans  cesse  —  mais  non  pas  au  sens  où  l'entend 
M.  Kufiferath,  —  importe  beaucoup  moins  que  les 
principes  d'où  elle  est  issue.  De  même,  je  me 
vois  contraint  de  juger  un  peu  durement  les  textes 
que  propose  mon  savant  et  sévère  contradicteur, 
surtout  en  raison  de  l'esprit  qui  les  inspire,  de  la 
méthode  qu'ils  représentent. 

M.  Kufferath  me  prête,  soit  dit  en  passant,  des 
contresens  qui  n'existent  que  dans  son  imagina- 


tion. Par  exemple,  voici  la  phrase  :  «  Seul  et  sans 
armes,  d'un  tel  blessé,  etc.  »  Pour  tout  homme 
qui  lit  avec  attention,  tel  est  la  conséquence  de 
Seul  et  sans  armes  ;  je  n'ai  donc  jamais  dit  que  Sieg- 
mund  se  donnait  comme  criblé  de  blessures  :  au 
contraire,  le  mot  blessé,  dans  ma  version,  est  plutôt 
moins  important  que  l'adjectif  wund  dans  le  texte 
de  Wagner,  car  il  porte  sur  une  note  moins  accen- 
tuée de  la  phrase  musicale. 

En  écrivant  cette  dernière  ligne,  je  touche  pré- 
cisément au  point  essentiel  de  la  question,  celui 
dont  mon  savant  contradicteur  ne  parait  pas  se 
douter.  Certes,  les  fragments  de  traduction  qu'il 
propose  sont  d'une  prosodie  discutable  et  d'une 
fidélité  lointaine  (par  exemple,  «  ses  yeux  sont 
éteints  »  signifierait  —  en  français  —  que  Siegmund 
est  mort  ou  n'en  vaut  guère  mieux,  alors  que 
Sieglinde  dit  exactement  l'opposé),  mais  surtout 
ils  ne  s'adaptent  pas  à  l'accent  musical. 

M.  Kufferath  s'écrie  à  tout  propos  :  «  Pourquoi 
cette  inversion  barbare?» parce  qu'il  ne  s'aperçoit 
pas  que  cette  inversion,  à  Texécution  chantée, 
rétablit  Vacceni  juste  et  la  clarté  du  texte  original, 
poésie  et  musique.  Non  seulement  nos  anciens 
auteurs  usent  d'inversions  souvent  plus  fortes  que 
celles  que  je  me  suis  permises  (et  il  me  semble  que 
la  langue  de  la  Walkyrie  admet  bien  une  certaine 
couleur  archaïque  !)  mais  ces  inversions,  dans  la 
plupart  des  cas,  sont  obligatoires.  Elles  sont  obli- 
gatoires, parce  que  Wagner  a  construit  son  vers 
ainsi  ;  parce  que  sa  mélodie  vocale,  déterminée 
par  cette  construction  même,  n'en  saurait  tolérer 
une  autre  ;  parce  que,  dans  cette  forme,  il  y  a  un 
ou  plusieurs  points  où  portent  les  accents  musi- 
caux expressifs,  et  parce  qu'en  ces  mêmes  points 
Wagner  a  fait  porter  aussi  les  accents  poétiques 
expressifs.  C'est  pour  cela  que  ma  traduction  a  été 
faite,  et  c'est  en  cela  qu'elle  est  nouvelle. 

Il  s'agit  moins  de  défendre  ici  la  réalisation 
donnée  à  mon  programme  que  d'affirmer  ce  pro- 
gramme lui-même.  Si  la  réalisation  est  suffisante, 
on  s'en  apercevra  bien  ;  jusqu'à  présent,  les 
expériences  faites  ont  tourné  toutes  en  sa  faveur  : 
j'ai  vu  des  musiciens  de  profession,  des  critiques, 
des  chefs  d'orchestre,  demeurer  stupéfaits,  à  l'au- 
dition, de  l'effet  produit  par  ce  texte  que  plusieurs 
avaient  cru  impossible.  Car,  en  traduisant,  je  me 
suis  efforcé  de  prévoir  la  sonorité  des  voyelles  et 
des  consonnes,  la  pose  de  la  voix,  les  respirations, 
les  mimiques  de  l'acteur.  Mais,  encore  un  coup, 
c'est  le  programme  seul  qui  importe,  et  là,  entre 
M.  Kufferath  et  moi, le  désaccord  semble  profond. 
Dans  les  textes  que  propose  M.  Kufferath,  la 
merveilleuse  déclamation  de  Wagner  est  rem- 
placée par  une  déclamation  constamment  incor- 
recte, inférieure  souvent  à  celle  de  Wilder. 
M.  Kufferath  met  les  articles  sur  les  temps  forts 
et  les  mots  significatifs  sur  les  temps  faibles, 
parfois  sur  la  partie  faible  d'un  temps;  il  place  à 
la  fin  ce  qui  est  au  commencement,  et  vice-versa; 
il  ne  fait  pas  de  différence  entre  la  phrase  :  Nocli 
schwiHi  ihm  der  Aihem,  et  celle  qui  suit  :  Das  Auge 


LE  GUIDE  MUSICAL 


nur  schloss  er,  et,  sous  le  dessin  musical  de  l'une,  il 
écrit  tranquillement  les  paroles  de  l'autre.  Peu  lui 
importe  qu'en  la  phrase  :  Emfremder  Mann  !  —  ihn 
muss  ichfragen  (  «  Un  étranger  !  —  il  faut  que  je  le 
questionne  »),  il  y  ait  deux  modes  divers  de  l'idée, 
une  constatation  d'abord,  une  résolution  ensuite, 
car  c'est  d'un  cœur  léger  qu'il  propose  cette  tra- 
duction :  «  Un  homme  ici,  dans  ma  demeure  (!)  » 

Mon  censeur  a  mal  lu,  non  mou  texte, cette  fois, 
mais  le  poème  de  Wagner,  lorsqu'il  assure  que  la 
traduction  exacte  [sic)  de  :  Riisf  ims  Mcsimern  das 
Mahl,  est  :  «  Prépare-nous  le  repas  !  »  Mais,  cher 
confrère,  il  y  a  ici  un  mot  capital,  et  c'est  Manner, 
que  j'ai  traduit  de  la  seule  façon  dont  il  puisse  et 
doive  se  traduire,  par  «  hommes  ».  Hunding 
pouvait,  à  la  rigueur,  faire  un  signe  à  Sieglinde  : 
cela  suffisait  pour  qu'elle  préparât  le  repas;  mais 
Wagner  a  tenu  à  ce  qu'il  dit  cette  expression 
orgueilleuse  et  brutale  :  uns  Mannern  —  «  pour 
nous,  les  hommes!  »  afin  d'accuser  cette  sujétion 
de  la  femme,  cette  humiliation  de  Sieglinde  (voir 
la  scène  suivante,  Im  Zwange  hait  sie  der  Mann).  Je 
n'aurai  garde  ici  de  retourner  à  M.  Kufferath  les 
termes  désobligeants  dont  il  se  sert  à  mon  égard, 
un  peu  à  la  légère,  et  qui  ont  certainement  dépassé 
sa  pensée,  mais  enfin,  entre  ces  deux  manières  de 
«  comprendre  »  l'œuvre  de  Wagner,  le  lecteur 
jugera  facilement. 

Quant  à  soutenir  que  Wagner  a  écrit  Ein  Quell 
^une  source),  parce  que  Wasser  était  trop  plat, 
cela  fait  sourire.  Wagner  a  écrit  Ein  Quell,  parce 
qu'il  a  voulu  dire  Ein  Quell.  Siegmxxnà  ne  demande 
pas  «  de  l'eau  »  à  Sieglinde,  qu'il  ne  voit  pas  à  ce 
moment,  mais,  se  réveillant  en  sursaut,  il  se  croit 
encore  dans  la  forêt,  épuisé  par  sa  course  et  la 
chaleur  de  l'orage  [Gewitteybrunstbrach  memeu  Leib), 
et  il  pousse  un  cri  de  désir  et  de  souffrance  vers 
«  une  source  ».  Que  ce  soit  là  l'intention  expresse 
de  Wagner  (poète  allemand,  si  je  ne  m'abuse), 
c'est  ce  qu'affirment  les  Allemands,  bien  placés 
peut-être  pour  le  savoir,  M"°  Wagner  entre  autres. 
On  me  permettra  de  m'en  tenir  à  leur  opinion,  qui 
est  la  mienne. 

Je  ne  sais  si  mon  contradicteur,  dont  j'ai  plaisir, 
après  comme  avant,  à  me  dire  le  confrère  et  l'ami, 
fera  suivre  cette  lettre  de  remarques  et  de  contre- 
réponses.  Pour  moi,  il  me  suffit  d'avoir  posé  la 
question  des  traductions  à  faire,  telles  qufe  je  les 
conçois.  Si  les  lecteurs  sont  persuadés,  comme 
j'aime  à  le  croire,  qu'un  texte  lu  et  un  texte 
chanté  présentent  de  profondes  différences,  ils 
appliqueront  à  la  partition  allemande  les  paroles 
que  M.  Kufferath  propose  et  les  miennes,  et  ils  se 
feront  librement  une  opinion.  Que  ma  version 
doive  subir  des  remaniements  et  des  perfectionne- 
ments, je  l'ai  dit  tout  le  premier  en  ma  préface,  et 
sans  cesse  j'y  travaille,  reconnaissant  envers  les 
admirateurs  du  maître  qui  me  poussent  à  serrer 
de  plus  prés  encore  le  texte  original.  Mais  que  ces 
remaniements  soient  ceux  que  M.  Kufferath  désire, 
je  n'ose  vraiment  pas  le  lui  promettre. 

Alfred  Ernst. 


Je  laisse  de  côté  tout  ce  qui  porte  un  carac- 
tère personnel  dans  cette  lettre.  M.  Alfred 
Ernst  n'ignore  pas  en  quelle  haute  estime  je 
tiens  ses  travaux  et  son  talent;  si  j'ai  cru  devoir 
critiquer  sa  version,  ce  n'est  nullement  dans 
une  intention  désobligeante,  comme  il  semble 
le  croire;  c'est  au  point  de  vue  artistique  simple- 
ment, parce  que  cette  version,  tel  est  mon  avis, 
n'est  pas  acceptable  dans  sa  forme  actuelle.  Ce 
n'est  pas  que  je  méconnaisse  ^incontestable 
supériorité  du  travail  de  M .  Ernst  sur  celui  de 
Wilder,  surtout  au  point  de  vue  musical,  ni 
l'excellence  de  certaines  parties  très  heureuse- 
ment rendues,  ainsi  que  je  l'ai  dit  d'ailleurs. 

Ce  qui  est  en  cause,  ce  n'est  pas  l'archaïsme 
de  certaines  expressions,  c'est  leur  absolue  in- 
correction au  point  de  vue  de  la  syntaxe  fran- 
çaise ;  ce  n'est  pas  la  forme  que  Wagner  donne 
à  sa  phrase  en  allemand,  —  et  soit  dit  en 
passant  en  un  allemand  d'une  pureté  admirable, 
—  c'est  la  forme  antifrançaise  des  inversions 
et  des  ellipses  de  M.  Ernst;  c'est  le  nombre 
malheureusement  trop  grand  de  mots  impro- 
pres, de  locutions  prosaïques,  de  verbes  inco- 
lores aux  endroits  les  plus  essentiels  du 
poème;  c'est  pis  que  tout  cela,  l'incohérence 
du  texte  français  au  point  de  vue  du  sens, 
si  bien,  je  le  répète,  que  celui  qui  ne  connaît 
pas  l'original  est  à  tout  moment  placé  par  le 
traducteur  devant  d'insolubles  énigmes.  M. 
Ernst  passe  allègrement  a  côté  de  mes  obser- 
vations. Quand  j'ai  critiqué  la  phrase  :  «  Seul 
et  sans  armes,  d'un  tel  blessé,  ton  époux 
n'aura  crainte  »,  je  n'ai  nullement  exagéré, 
comme  il  me  le  fait  dire  très  inexactement,  le  > 
sens  du  mot  blessé;  c'est  le  mot  tel  que  je 
trouve  malheureux,  et  cela  parce  qu'il  n'est 
motivé  par  aucune  phrase,  par  aucune  expli- 
cation antérieure,  et  qu'il  provoque  ainsi  un 
contresens  général  de  toute  la  réplique. 

Quand  je  me  suis  permis  de  proposer  cette 
traduction  dérangeant  l'ordre  des  idées  énoncées 
par  Wagner  :  «  Ses  yeux  sont  éteints,  mais  il 
respire  encore  », c'est  que,vérification  faite,  ni  le 
récitatif,  ni  l'accompagnement  instrumental 
n'accentuent  d'une  façon  particulière,  soit  la 
première,  soit  la  seconde  période  de  la  phrase. 
Il  importe,  au  demeurant,  assez  peu  qu'on  dise 
de  Siegmund,  qu'il  a  les  yeux  éteints,  les  yeux 
fermés,  ou  les  paupières  closes,  question  de 
prosodie  à  part.  En  employant  la  très  merveil- 
leuse façon  de  raisonner  de  M.  Alfred  Ernst, 
nous  pourrions  conclure,  dans  les  trois  cas,  que 
Siegmund  est  défunt.  D'un  homme  mort,  on  dit 
indifféremment  que  ses  yeux  sont  éteints,  qu'il 
a  fermé  les  yeux,  ou  que  ses  paupières  sont 
closes.  Cela  dépend  uniquement  du  goût  litté- 
raire de  l'écrivain. 

Si  je  désapprouve  la  phrase  :  «  Donne  aux 
hommes  leurs  mets  »,  ce  n'est  pas  que  j'ignore 
le  sens  très  caractéristique  de  la  phrase  de 
Wagner  ;  Rûsf  uns  Mcemiern  das  Mahl.  Je 


LE  GUIDE  MUSICAL 


599 


connaissais  Wagner  et  j'en  avais  déjà  traduit 
d'importants  fragments  avant  que  M.  Alfred 
Ernst  commençât  d'écrire,  et  il  n'a  vraiment 
pas  grand'chose  à  m'apprendra  en  cette  ma- 
tière. Si  cette  phrase  me  paraît  condamnable, 
c'est  que  le  «  Donne  aux  hommes  »  de  M.  Ernst, 
n'est,  en  aucune  façon,  l'équivalent  de  Ru  si'  mis 
Mœnnern;  que  les  mots  leurs  mets  rendent 
platement  das  Malil;  qu'enfin  l'ensemble  de  la 
phrase  est  plutôt  cocasse  que  brutal  et  carac- 
téristique :  «  Donne  aux  hommes  leurs  mets  » , 
comme  on  dirait  :  a  Donne  leur  pâtée  aux 
chiens)). 

J'ai  proposé  :  «  Prépare-nous  le  repas  » .  Pour 
peu  que  M.  Ernst  veuille  y  réfléchir,  il  devra 
reconnaître  que  cette  phrase  —  malgré  sa  bana- 
lité incontestée, —  accuse  tout  autant  que  la 
sienne,  la  sujétion  de  la  femme,  l'humiliation 
de  Sieglinde  !  Pourquoi  Hunding  ne  va-t-il  pas 
lui-même  chercher  das  Mahl,  le  n  repas  du 
soir  )),  comme  dit  très  exactement  Wilder? 
Pourquoi  ne  le  prépare-t-il  pas  lui-même?  C'est 
que  le  pauvre  Sieglinde  est  employée  à  toutes 
les  viles  besognes,  conformément  aux  mœurs  de 
l'époque  primitive  où  la  femme  était  considérée 
comme  une  chose,  comme  une  esclave  de 
l'homme  !  Dies  Weib  imd  dies  Haus  sind  Hun- 
dings'  Eigen.  Cette  femme  et  cette  maison  sont 
les  choses  —  Eigen  —  de  1 1  unding.  La  femme 
est  un  objet  de  possession  comme  la  maison. 

Je  pourrais  ainsi  accompagner  d'un  commen- 
taire chaque  phrase  du  texte  de  Wagner,  de  la 
version  de  Wilder,  de  celle  de  M.  Alfred  Ernst, 
on  enfin  des  quelques  fragments  que  j'ai  tra- 
duits pour  les  besoins  de  la  polémique  avec  le 
nouveau  traducteur  de  la  Walkyrie ;  mais  cela. 
ne  rendrait  pas  la  traduction  plus  expressive. 
Au  fond,  M.  Ernst  ne  fait  pas  autre  chose,  et 
c'est  bien  la  condamnation  de  son   système, 
puisque  système  il  y  a.  Sous  ce  rapport,  sa  façon 
de  comprendre  l'art  de  la  traduction  est,  en  effet, 
nouvelle.  On  accole  les  mots  qui  jurent  le  plus 
d'être  ensemble,  qui  ne  présentent  aucun  sens, 
on  commet  les  plus  barbares  inversions,  de  ces 
inversions  dont  jamais,  je  l'affirme,  à   aucune 
époque,  fût-ce  aux  plus  primitives,  le  français 
n'a  donné  l'exemple  ;  qu'importe  !  Le  lecteur  et 
l'auditeur  n'auront  qu'à  s'en  tirer.  Au  besoin,  un 
commentaire  rendra  ce  galimatias   accessible 
aux  contemporains  curieux  de  comprendre. 
.  Car  enfin,  raisonnons  un  peu!  QuandM. Ernst 
nous  dit  que  uns  Mœnnern  sont  deux  mots  im- 
portants, j'en  tombe    d'accord  ;   seulement,    la 
question  n'est  pas  de  savoir  si  uns  Mœnnern 
est  caractéristique  en  allemand  ;  toute  la  ques- 
tion est  de  savoir  si  aîix  hommes  en  est  l'équi- 
valent français.  Et  voilà  ce  qu'il  est  impossible 
de  soutenir,  sur  quoi  M.  Alfred  Ernst  se  fait 
tout  au  moins  illusion.  «  Donne  aux  hommes 
leurs   mets.  »  Aux  hommes?   Quels   hommes? 
S'agit-il  d'une  domesticité.   Hunding  parle-t-il 
de  ses  valets?  Est-ce  lui-même  et  Siegmund 


qu'il  désigne  en  ces  termes  ?  Tout  cela,  les 
paroles  de  M.  Ernst  le  laissent  dans  le  vague. 
A  ux  liomnies  n'est  pas  à  sa  place,  aux  hommes 
est  mal  venu,  aux  hommes  n'est  pas  caractéris- 
tique, aux  hommes  ne  dit  pas  ce  qu'il  voudrait 
dire;  bref,  aux  hommes  ne  vaut  rien,  et  tous 
les  commentaires  ne  le  rendront  pas  meilleur. 
Ce  qui  manque,  c'est  le  mot  juste,  le  mot 
attendu,  le  mot  qui  fixe  définitivement  l'impres- 
sion de  l'auditeur,  et  qui  rende  l'expression 
allemande.  Le  plus  simple  est,  dans  ce  cas,  de 
tourner  l'obstacle. 

Il  en  est  de  même  de  Ein  Quell.  Si  ingé- 
nieuse que  soit  l'explication  de  M.  Ernst,  elle 
ne  tient  pas.  Car  un  homme  épuisé  de  fatigue, 
mourant  de  soif, qu'il  soit  d'hier  ou  d'aujourd'hui, 
qu'il  se  trouve  dans  un  bois  ou  dans  un  inté- 
rieur, n'aura  pas  l'idée,  surtout  s'il  s'éveille  d'un 
assoupissement,  de  demander  une  source,  mais 
simplement  de  Veati,  pour  qu'il  puisse  boire. 
C'est  le  cri  naturel,  le  mot  nécessaire  qui  lui 
vient  :  De  l'eau  !  et,  il  n'y  en  a  pas  d'autre. 
Jamais  il  ne  demandera  un  puits,  s'il  se  croit 
près  d'une  ferme.  A  ce  compte,  il  devrait 
demander  une  pompe,  quand  il  se  croira  près 
d'une  cour  ! 

Soyons  sérieux,  cher  confrère,  et  laissons  ces 
subtilités  aux  insupportables  commentateurs 
allemands,  qui  découvrent  des  intentions  dans 
chaque  mot,  dans  chaque  accord,  dans  le 
moindre  dessin  rythmique.  En  nous  engageant 
sur  ce  terrain,  nous  finirions  par  retomber  dans 
la  détestable  manie  de  cette  école  critique  du 
commencement  du  siècle,  qui  commentait 
chaque  vers  de  Racine,  et  faillit  ainsi  nous  le 
rendre  insupportable.  J'eus,  en  rhétorique,  un 
professeur  qui  relevait  de  cette  école. 

En  nous  expliquant  le  Songe  d'Athalie, 
quand  il  arrivait  à 

l'horrible  mélange 

D'os  et  de  chairs  meurtris  et  traînés  dans  la  fonge. 
Que  des  chiens  dévorants  se  disputaient  entre  eux, 

il  ne  se  tenait  plus  d'enthousiasme.  Il  se  pâmait 
d'aise  en  nous  expliquant  pourquoi  Racine 
avait  choisi  le  chien  de  préférence  à  toute  autre 
bête,  parce  que  cet  animal  était  un  animal 
domestique,  par  conséquent  méprisable.  Il 
exultait  à  propos  de  la  justesse  de  l'adjectif 
dévorants.  Au  verbe  disputer,  c'était  du  délire. 
«  Voyez-vous,  nous  disait-il,  ces  chiens  qui  se 
disputent  les  restes  de  Jézabel.  Quelle  image  ! 
Et  ce  sont  des  chiens  1  Ils  dévorent!  Leur 
avidité,  en  déchirant  ces  os  et  ces  chairs  meur- 
tries, égale  leur  bassesse  à  l'égard  du  maître 
qui  les  commandait  autrefois.  ))  Tout  le  Songe, 
toute  la  tragédie  y  passait,  analysée  de  la  sorte. 
Des  critiques  de  cette  école,  il  y  en  a  toute  une 
légion  en  ce  moment  en  Allemagne,  dont  le 
bon  goût  égale  la  niaiserie.  Sans  doute,  Wagner 
a  mis  Ein  Quell  parce  qu'il  l'a  voulu,  et  il  l'a 
voulu    parce    que,   bon    ouvrier   poétique,    il 


600 


LE  GUIDE   MUSICAL 


appréciait  la  douceur  et  la  noblesse  de  ce  voca- 
ble comparé  au  vulgaire  Wasser,  parce  que  le 
mot  entrait  harmonieusement  dans  son  vers  et 
qu'il  lui  offrait  une  allitération  avec  Erquic- 
kung  du  vers  suivant;  parce  qu'enfin,  à  tous 
les  points  de  vue  c'était  le  mot  propre,  le  terme 
juste,  bien  mis  en  sa  place,  cette  expi  ession  que 
trouvent  tout  naturellement  les  grands  écri- 
vains, et  que,  malheureument,  dans  sa  version, 
M.  Alfred  Ernst  a  trop  rarement  rencontrée. 

Quant  au  programme  de  M.  Ernst,  il  est 
certes  irréprochable  ;  mais  ce  n'est  pas  le  pro- 
gramme qui  nous  divise,  c'est  son  exécution  ; 
ce  ne  sont  pas  les  intentions  de  l'auteur,  mais 
leurs  réalisations  qui  importent.  Voilà  où  est 
notre  véritable  désaccord.  M.  Ernst  place  au- 
dessus  de  tout  sa  conception  très  particulière  de 
la  fidélité.  Je  soutiens,  moi,  que  la  fidélité  à 
l'original  ne  consiste  pas  dans  la  concordance 
plus  ou  moins  approximative  des  mots  et  des 
images,  mais  dans  la  concordance  du  sentiment 
et  des  idées.  A  l'opposé  de  M.  Ernst,  je  place 
au-dessus  de  tout  la  clarté  et  la  justesse  de 
l'expression  dans  la  langue  de  la  traduction  ; 
je  crois  que  la  fidélité  à  l'original  sera  d'autant 
plus  observée  qu'en  s'assujettissant  moins  aux 
formules  particulièies  de  la  langue  étrangère 
qu'il  transmet,  le  traducteur  se  sera  plus  préoc- 
cupé de  reproduire  le  mouvement,  le  caractère, 
la  physionomie  de  l'auteur  dans  l'idiome  dont 
il  se  sert  lui-même.  C'est  l'idéal  que  M.  Ernst 
avait  devant  les  yeux,  mais  il  ne  l'a  pas 
atteint  parce  qu'il  s'est  mépris  sur  les  moyens 
de  réalisation,  si  bien,  je  le  constate  à  regret, 
qu'en  beaucoup  de  pages  sa  traduction  est 
moins  heureuse  que  celle  de  Wilder. 

Ceci  nous  amène  à  la  lettre  de  M.  Charles 
Lecocq,  que  le  nom  seul  de  son  auteur  recom- 
mande à  l'attention  de  nos  lecteurs.  La  voici  : 

Monsieur, 

Votre  ariicle  sur  la  nouvelle  traduction  de  la 
Walkyrie,  si  bien  pensé  et  que  j'approuve  entière- 
ment, m'a  suggéré  les  quelques  réflexions  sui- 
vantes, que  je  prends  la  liberté  de  vous  adresser. 

C'est  une  entreprise  téméraire,  pour  ne  pas  dire 
ug  rêve  chimérique,  que  de  vouloir  traduire  en 
français  les  ouvrages  de  Wagner.  Cette  convic- 
tion, je  l'ai  depuis  longtemps,  et  ce  n'est  certes 
pas  le  nouveau  travail  de  M.  Ernst  qui  me  fera 
changer  d'avis.  Quelle  que  soit  la  somme  de  talent 
et  de  patience  dépensée  par  le  traducteur,  il  ne 
parviendra  jamais  à  rendre  son  modèle  de  façon 
satisfaisante,  et  sa  reproduction  restera  toujours 
'  non  seulement  incomplète,mais  fatalement  infidèle. 
Il  faut  donc  que  les  Français  —  sauf  ceux  qui  pos- 
sèdent absolument  la  langue  allemande  —  se 
résignent  à  ne  connaître  qu'un  seul  côté  du  génie 
de  Wagner.  Qu'ils  écoutent  l'admirable  sympho- 
nie de  son  orchestre,  mais  qu'ils  se  gardent  bien 
de    chercher    à    goûter  la    partie  chantée;  car, 


excepté  dans  le  récitatif  simple  et  dans  les  pas- 
sages où  la  mélodie  vocale  offre  un  sens  musical 
précis,  tout  le  reste  du  chant,  c'est-à-dire  la  plus 
grande  partie  des  drames  lyriques  de  Wagner,  ne 
peut  être  pour  eux  qu'un  non-sens,  une  suite  de 
sons  incohérents  et  sans  raison  d'être  apparente. 

Le  mérite  transcendant  du  système  wagné- 
rien,  on  le  sait,  consiste  dans  la  cohésion  parfaite 
de  la  poésie  et  de  la  musique;  le  sens  du 
vers  et  même  des  mots  est  rendu  musicale- 
ment avec  une  vérité  absolue  d'accent.  Mais 
souvent,  cette  mélopée  vocale  n'est  pas  essentiel- 
lement chantante.  C'est  une  partie  surajoutée  à  la 
symphonie  orchestrale  déjà  complète  par  elle- 
même,  qui  ne  tire  sa  signification  propre  que  de 
ce  double  lien  qui  l'unit  à  la  parole  et  à  la  sym- 
phonie. Il  est  donc  facile  de  comprendre  que, 
dans  une  traduction  française,  où  la  phrase  est 
souvent  construite  à  l'inverse  de  la  phrase  alle- 
mande et  où  les  mots  ne  peuvent  pas  se  trouver 
sous  les  mots,  il  en  résulte,  entre  l'idée  exprimée 
poétiquement  et  la  note  chantée,  une  discordance 
tellement  grande  que  l'effet  produit  est  la  négation 
même  du  génie  wagnérien.  Dans  beaucoup  de  pas- 
sages des  Maîtres  Chanteurs,  par  exemple,  le  chant 
transporté  dans  notre  langue  devient  si  bizarre 
et  incompréhensible  qu'une  simple  déclamation 
parlée  lui  serait  certainement  préférable  et  ren- 
drait mieux  l'intention  de  l'auteur. 

J'en  conclus  que  les  ouvrages  de  Wagner,  si 
essentiellement  allemands,  ne  peuvent  être  que  déna- 
turés par  la  traduction,  et  que  toutes  les  tenta- 
tives faites  jusqu'à  ce  jour,  aussi  bien  que  celles 
de  l'avenir,  à  l'effet  de  fianciser  Wagner,  ne 
peuvent  que  rester  stériles. 

Recevez,  Monsieur,  l'assurance  de  ma  considé- 
ration distinguée.  Ch.  Lecocq. 

Il  y  a,  malheureusement,  beaucoup  de  vrai 
dans  ces  réflexions.  Une  traduction  ne  sera 
jamais  qu'une  approximation.  Le  problème, 
déjà  délicat  en  soi,  est  rendu  plus  difficile  en 
ce  qui  concerne  Wagner,  par  les  relations  très 
spéciales  qui  lient  les  paroles  à  la  musique. 

Mais  de  ce  que  le  problème  est  difficile,  il  ne 
résulte  pas  qu'il  soit  insoluble,  il  ne  faut  sur- 
tout pas  conclure  que  toute  recherche  de  la 
solution  soit  vaine.  A  ce  compte,  il  n'y  a  pas 
un  chef-d'œuvre  de  la  musique  qui  se  supporte- 
rait, sinon  dans  sa  forme  originale.  Gluck  serait 
impossible  sur  la  scène  allemande  autrement 
qu'en  français  ;  Mozart  serait  inexécutable  en 
France  si  ce  n'est  en  italien  et  en  allemand. 

J'avoue  que  je  ne  pousse  pas  le  rigorisme 
aussi  loin  ;  sachant  les  difficultés  de  la  tâche, 
je  me  contente  d'un  à  peu  près  qui  me  per- 
mette de  suppléer  par  l'imagination  à  l'insuf- 
fisance fatale  de  la  traduction.  Si  peu  que  l'on 
ait  d'un  chef-d'œuvre,  cela  vaut  toujours  mieux 
que  de  n'en  avoir  rien  du  tout.  A  défaut  d'un 
Rembrandt  authentique,  je  me  réjouis  la  vue 
d'une  photographie  ou  d'une  gravure.   L'im- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


601 


portant  c'est  que  les  appareils  du  photographe 
soient  bien  réglés  et  que  le  graveur  soit  maître 
de  sa  pointe  ou  de  son  burin. 

M.    KUFFERATH. 


COMME  CHEZ  NIOOLET 


N  sait  que  la  petite  ville  d'Orange,  dans 
le  Midi,  possède  un  magnifique  théâtre 
romain,  qui  a  été  récemment  remis  en 
état  par  les  soins  du  ministère  des 
beaux-arts.  Les  réparations  sont  terminées,  et 
vers  la  mi-août  aura  lieu  l'inauguration  solennelle 
du  théâtre  restauré;  à  cet  effet  la  Comédie-Fran- 
çaise ira  jouer  Œdipe  Roi  et  Antëgone. 

Assurément, ce  sera  un  spectacle  admirable  que 
cette  reconstitution  d'un  art  oublié  dans  un  cadre 
approprié,  ces  représentations  provoqueront  un 
intérêt  historique  tout  particulier.  Mais  pourquoi 
faut- il  que  la  valeur  indéniable  de  l'entreprise  soit 
un  peu  ridiculisée  par  d'irréfléchis  enthousiasmes; 
pourquoi  cette  enfantine  unanimité,  non  pour  faire 
bien,  mais  pour  tâcher  de  rabaisser  le  rival  —  qui 
n'en  est  pas  un,  d'ailleurs  ? 

Ecoutez  plutôt  les  rodomontades  de  M.  Paul 
Arène,  littérateur  méridional  : 

«  On  commence  déjà  à  dire  du  théâtre  d'Orange 
que  c'est  le  futur  Bayreuth  français;  quand  nos 
représentations  auront  eu  lieu,  on  dira  que  Baj'- 
reuth  est  l'Orange  d'Allemagne.  » 

Voici  l'enthousiasme  menaçant  d'un  M.  Faure, 
député  dou  Midi  : 

«  Au  temple  wagnérien  nous  opposerons,  dans  un 
décor  sans  rival,  une  rénovation  de  la  grande  tra- 


Plus  loin  :  «  Nous  préparons  d'autres  fêtes  con- 
jointement aux  représentations;  nous  aurons  une 
descente  du  Rhône  en  galères, et  vous  pouvez  être 
certain  que  le  Rhin  n'a  qu\ï  bien  se  tenir  (\\)  Il  n'aura 
jamais  vu  de  pareilles  fêtes  et  probablement  ne 
verra  jamais  un  enthousiasme  artistique  plus  sin- 
cère que  celui  de  nos  cigaliers  et  de  nos  félibres.  -» 

On  ne  comprend  guère  trop  cette  dernière  insi- 
nuation; M.  Faure  voudrait-il  dire  que  les  paisi- 
bles touristes  qui  vont  par  «  Dampfschiff  »  de 
Mayence  à  Cologne,  pour  admirer  les  bords  du 
Rhin,  ne  seraient  pas  sincères,  ou  que  leur  enthou- 
siasme ne  serait  pas  d'ordre  artistique?  On  se  perd 
en  conjectures. 

Notons  encore  le  lyrisme  de  M.  Capty,  maire 
d'Orange.  «  L'Allemagne  a  Bayreuth  :  pourquoi 
n'élèverait-on  fas  autel  contre  autel?...  Nous  pouvons 
espérer  que  les  fêtes  du  mois  prochain  seront  le 
début  de  représentations,  sinon  annuelles  —  il  ne 
faut  pas  lasser  le  succès,  —  du  moins  fréquentes. 


où  nous  voudrions  mettre  à  la  scène,  dans  ce  lieu 
si  propre,  des  œuvres  dramatiques  et  musicales  du 
génie  français  de  tous  les  âges.  » 

Ce  programme  est  bien  suggestif. Voit-on  Zampa 
ou  les  Noces  de  Jeannette  exécutés  en  plein  air  dans 
cet  amphithéâtre  qui  peut  contenir  quinze  mille 
personnes!  Dans  ce  cas,  le  Midi,  qui  fait  tout  en 
grand,  allongera  peut-être  les  oreilles  des  audi- 
teurs. 

Mais  combien  plus  curieuse  cette  idée  fixe  de 
«  dégoter  »  Bayreuth;   et   quel  état   d'âme   bien 
caractérisé  par  le  bonhomme  La  Fontaine  : 
Mon  bien  premièrement,  et  puis  le  fiial  d' autrui  / 
M.  R. 


A  BAYREUTH 

26  juillet. 

EPUis  la  première  de  Parsifal  en  1882, 
le  théâtre  de  Bayreuth  n'avait  pas  vu 
un  succès  comparable  à  celui  que 
vient  de  remporter  Lohengrin  avec  le  ténor  Van 
Dyck,  Vous  avez  annoncé  qu'il  n'avait  pu,  par 
suite  d'une  indisposition,  paraître  le  jour  de  la 
première,  où  il  fut  remplacé  par  M.  Gerhseuser, 
de  Carlsruhe.  De  là,  grand  désappointement 
parmi  les  auditeurs.  Ceux  qui  ont  pu  rester 
jusqu'à  la  deuxième  de  Lohengrin  auront  été 
amplement  dédommagés.  Van  Dyck  est  vérita- 
blement merveilleux,  et,  d'un  bout  à  l'autre  de 
l'œuvre,  il  a  été  admirable  par  l'autorité  et  l'in- 
comparable justesse  de  sa  diction,  par  l'ampleur 
et  la  beauté  du  geste,  par  le  caractère  vraiment 
idéal  qu'il  sait  imprimer  à  tout  son  personnage. 
C'est  un  très  grand  artiste,  et  ceux  qui,  assez 
nombreux,  essayent  de  lui  opposer  les  Birren- 
koven  et  les  Gruning,  sont  vraiment  bien  mal- 
avisés. M™«  Nordica  (Eisa)  n'a  pas  été  moins 
charmante,  M™'>  Brehma  (Ortrude)  moins  pathé- 
tique que  le  soir  de  la  première,  et  l'ensemble 
de  la  représentation  a  été,  vraiment  cette  fois, 
la  perfection  absolue.  Le  chœur  contribue  à  la 
vie  du  drame  d'une  manière  inconnue  jusqu'ici. 
C'est  ainsi  qu'à  la  fin  du  premier  acte,  lorsque 
l'innocence  d'Eisa  a  été  prouvée  par  le  Cheva- 
lier au  cygne,  le  peuple  cueille  à  tous  les  arbres 
des  branches  vertes,  avec  lesquelles  il  salue 
joyeusement  le  noble  couple.  De  même,  au 
deuxième  acte,  lorsque  le  héraut  proclame 
Lohengrin  duc  de  Brabant,  les  acclamations 
et  la  mimique  des  assistants  expriment  leur  allé- 
gresse avec  une  saisissante  vérité.  Leur  étonne- 
ment   douloureux    n'est  pas  moins  justement 


602 


LE  GUIDE  MUSICAL 


rendu  au  troisième  acte....  Enfin,  l'impression 
produite  par  ces  chœurs  admirables  est  vrai- 
ment extraordinaire. 

Parsifal,  même  sans  Van  Dyck,  reste  une 
impression  profonde,  mais  Tamihœiiser  donné 
exactement  comme  il  y  a  trois  ans,  sans  qu'on 
ait  rien  modifié  aux  jeux  de  scène  et  aux  dé- 
cors qui  avaient  choqué  lors  de  la  première, 
manque  d'attrait  avec  le  ténor  Gruning.  Il  n'y 
a  que  M"e  Wiborg  qui  soit  tout  à  fait  char- 
mante dans  Elisabeth.  Reichmann  détonne 
affreusement.  Grengg  est  excellent;  mais,  en 
somme,  l'ensemble  laisse  beaucoup  à  désirer. 

Le  3i  juillet,  date  anniversaire  de  la  mort 
de  Liszt,  il  y  aura  à  l'ancien  théâtre  une  fête 
commémorative.  L'orchestre  du  Festspielhaus, 
sous  la  direction  de  Siegfried  Wagner,  exécutera 
les  Préludes  et  le  Tasse  de  Liszt,  l'ouverture 
de  Rienzi  et  celle  du  Vaisseau-Fantôme  de 
Wagner. 

Siegfried  Wagner  a  reçu  de  nombreux  enga- 
gements pour  l'hiver  prochain,  et  il  en  a 
accepté  quelques-uns.  Il  ira  à  Milan,  à  Péters- 
bourg  et  à  Londres. 

Affluence  énorme  d'étrangers  ici. 

Aux  alentours  du  Festspielhaus,  on  n'entend 
que  des  vocables  anglo-saxons  ou  français, 
semés  de  loin  en  loin  de  rares  consonances 
germaniques.  La  ville  est  encombrée  d'affiches 
en  toutes  les  langues  :  Eiiglish  spokeu.  On 
parle  français .  Grand  jardin  d'agrément  aux 
étrangers.  Les  enseignes  des  restaurants  sont 
rédigées  en  français.  Bref,  les  Allemands  se 
plaignent  de  n'être  plus  chez  eux  nulle  part.  Le 
fait  est  que  la  scène  elle-même  est  envahie  par 
les  chanteurs  exotiques.  Les  deux  rôles  de 
femme,  dans  Lohengrin,  sont  interprétés, 
Eisa  par  M'i«  Nordica,  Américaine;  Ortrude, 
par  M""^  Brehma,  Anglaise.  Lohengrin  est 
chanté  par  Van  Dyck,  Telramund  par  le 
baryton  roumain  Popovici.  Bon  nombre  de 
s'écrier  avec  un  parfait  ensemble  :  «  Du  vivant 
de  Wagner,  on  n'aurait  pas  vu  ça.  »     E.  H. 

Chronique  ^e  la  Semaitie 


AVIS 

Notre  directeur  s'absentant  pendant  le  mois 
d'août,  nous  prions  nos  correspondants  de  Belgique 
et  de  l'étranger  de  vouloir  adresser,  du  i''''  au 
3i  août,  leurs  lettres  et  correspondances  à  M.  Nel- 
son Le  Kime,  secrétaire  du  GUIDE  MUSICAC, 
12,  rue  du  Marteau,  à  Bruxelles. 


PARIS 

Les  concours  du  Conservatoire  ont  pris  fin 
cette  semaine  et  la  distribution  des  prix  aura  eu 
lieu  au  moment  où  paraîtront  ces  lignes. 
Comme  de  coutume,  la  partie  brillante  de  ces 
concours  —  tragédie  et  comédie,  chant,  opéra, 
opéra  comique  —  avait  attiré  un  public  mon- 
dain très  ardent  et  très  passionné.  Il  est  très 
parisien  de  s'intéresser  au  recrutement  des 
futurs  pensionnaires  de  nos  théâtres  subven- 
tionnés. Il  ne  l'est  pas  autant  de  se  passionner 
pour  savoir  lequel  des  trente-quatre  concur- 
rents de  la  journée  de  violon  aura  le  mieux 
rendu  le  dix-neuvième  concerto  de  Kreutzer  ou 
laquelle  des  trente-sept  engagées  de  la  jomnée 
de  piano  se  sera  le  moins  péniblement  tirée  des 
Variations  sérieuses  de  Mendelssohn.  De 
pareils  problèmes  ne  regardent  vraiment  que 
les  familles  de  ces  jeunes  gens  !  Mais  le  surgis- 
sement  d'une  étoile  du  chant,  la  levée  d'un 
astre  comique,  il  y  va  de  quelque  chose  d'aussi 
sérieux  que  le  destin  des  empires. 

Malheureusement,  cette  année,  l'étoile  n'a 
pas  monté  à  l'horizon.  Tout  au  plus  peut-on 
prédire  à  M"«  Wanda  de  Boncza,  avec  sa 
beauté  italienne,  son  nom  polonais  et  son  expé- 
rience du  monde,  une  de  ces  notoriétés  où  le 
talent  seul  et  sans  assaisonnements  ne  parvient 
pas  toujours  très  facilement  ni  très  vite.  Et 
peut-être  bien  qu'il  y  a  l'étoffe  sacrée  d'un 
artiste  dans  quelques-uns  des  adolescents  qu'on 
nous  a  montrés  ces  jours  derniers.  L'avenir 
nous  le  dira. 

En  attendant,  voici  les  résultats  des  épreuves 
publiques.  Je  me  bornerai  à  quelques  observa- 
tions sur  chacun  d'eux. 

Chant  {hommes).  —  Juiy  :  MM.  Ambroise 
Thomas,  président;  Des  Chapelles,  Th.  Du- 
bois, Lenepveu,  Bourgault-Ducoudray,  Barthe, 
Delmas,  Vergnet  et  Melchissédec. 

Pas  de  premier  prix.  —  Deuxièmes  prix  : 
MM.  Greil  (classe  Bussine)  et  Simon  (classe 
Crosti).  —  Premiers  accessits  :  MM.  Gautier 
(classe  Bax)  et  Lefeuve  (classe  Warot). 
Deuxièmes  accessits  :  MM.  Gaidan,  Berton 
(classe  Barbot)  et  Vais  (classe  Archainbaud). 

Chant  {femmes).  —  Même  jur}'. 

Premier  prix  :  M"<^  Lafargue.  —  Deuxièmes 
prix  :  M'i"  Dubois  et  Tiphaine  (élèves  de 
M.  Bax).  —  Premiers  accessits  :  M'i^s  Combe 
(élève  de  M.  Warot),  Marignan  (élève  de 
M.  Bax),  Mastio  (élève  de  M.  Bussine),  Ganne 
(élève  de  M.  Warot).  —  Deuxième  accessit 
M"s  Corot  (élève  de  M.  Duvernoy). 

Ces  deux  concours  ne  nous  ont  révélé  aucun 
•chanteur  remarquable;  la  plupart  des  voix  que- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


nous  avons  entendues  étaient  convenables, 
quelques-unes  bonnes  ;  mais  rien  de  particuliè- 
rement brillant,  comme  il  arrive  parfois.  Il  faut 
signaler  cependant  M.Lefeuve,  qui  dit  bien,  et 
M.  Vais,  qui  chante  correctement  et  avec 
méthode.  Ils  sortiront  de  pair. 

Parmi  les  cantatrices,  il  n'y  a  guère  à  citer 
que  Mii<=  Lafargue,  dont  la  voix  vigoureuse  et 
bien  timbrée  est  conduite  non  sans  habileté. 
Mais  elle  avait  été  plus  sûre  d'elle-même 
l'année  dernière,  lorsqu'elle  obtint  un  second 
prix  éclatant. 

Opéra  comique  {hommes).  -  Jury  :  MM.  A. 
Thomas,  président  ;  Dubois,  Lenepveu,  Jon- 
cières,  Barbier,  Lud.  Halévy,  Deschapelles  et 
Carvalho,  membres. 

Premier  prix  :  M.  Dufour  (élève  de  M. 
Achard).—  Deuxième  prix  :  M.  Vais  (élève  de 
M.Taskin).  —  Premiers  accessits  :  MM.Dantu 
(élève  de  M.  Taskin),  et  Gautier  (élève  de 
M.  Achard). 

Femmes.  —  Premier  prix  :  M'i^  Dubois  (élève 
de  M.  Taskin).  —  Deuxièmes  prix  :  M"e  Ti- 
phaine  (élève  de  M.  Achard),  et  M^^  Berges 
(élève  de  M.  Taskin).  —  Premier  accessit  : 
Mlle  Marignan  (élève  de  M.  Achard).  —  Deu- 
xième accessit  :  M"e  Mauzié  (élève  de  M.  Tas- 
kin). 

Opéra.  —  Jury  :  MM.  Ambroise  Thomas, 
président;  Dubois,  Lenepveu,  Joncières,  Bar- 
bier, Bertrand,  Deschapelles  et  Delmas. 

Onze  concurrents,  tous  élèves  de  M.  Girau- 
det.  Onze  récompenses  : 

Hommes.  —  Premier  prix  :  M.  Vaillier  ; 
deuxièmes  prix  :  MM.  Paty  et  Gaidan. 

Premiers  accessits  :  MM. Courtois  et  Lefeuve; 
deuxièmes  accessits  :  MM.  Duc  et  Lussiez. 

Femmes.  —  Pas  de  premier  prix  ;  deuxièmes 
prix  :  M'iiî^  Guénia  et  Ganne. 

Premiers  accessits  :  M"es  Corot  et  Comte. 

Concours  très  médiocre,  en  somme,  sauf  en 
ce  qui  concerne  M'ii:  Wanda  de  Boncza,  déjà 
nommée,  et  M.  Vaillier. Ce  dernier  a  une  belle 
voix  ;  c'est  un  beau  gars,  ancien  débardeur  au 
port  de  Cette,  doué  de  sens  artistique  et  qui 
est  parvenu  à  jouer  avec  accent,  avec  émotion, 
la  grande  scène  de  Bertram,  valse  infernale  et 
duo  avec  Alice.  Il  a  le  geste  sobre,  l'attitude 
variée  et  se  montre  généralement  intelligent. 

Violon.  —  Jury  :  MM.  A.  Thomas,  prési- 
dent; Th.  Dubois,  White,  Gastinel,  Altès, 
Nadaud,  Remy,  Geloso. 

Morceau  de  concours  :  premier  solo  du 
192  concerto  de  Kreutzer  en  si  bémol  mineur. 

Premiers  prix  (à  l'unanimité)  :  M"|=  Roussil- 
lon  (classe  Garcin),  et  M.  Flesch  (classe  Mar- 


sick).  —  Seconds  prix  :  MM.  Monteux  (classe 
Berthelier),  Touche(classe  Garcin),  Wuilliaume 
(classe  Garcin),  Loiseau  (classe  Lefort),  et  de 
Crépy  (classe  Marsick).  — Premiers  accesssits  : 
MM.  Soudant  (classe  Lefort),  Duval  (classe 
Marsick),  et  Boffy  (classe  Garcin).  —  Seconds 
accessits  :  MM.  Duttenhofer  (classe  Garcin),  et 
Forest  (classe  Berthelier). 

Sur  les  trente-quatre  concurrents  de  cette 
épreuve,  il  n'y  en  a  que  deux  ou  trois  qui  aient 
mis  quelque  chose  d'eux-mêmes  dans  ce  qu'ils 
ont  joué.  Les  autres  n'y  ont  ajouté  que  ce 
goiit  vulgaire  qui  n'est  à  personne.  Le  jury  ne 
s'est  pas  trompé  dans  l'attribution  des  premiers 
prix.  M"s  Roussillon  a  mieux  joué  qu'aucun 
autre  :  elle  a  de  la  grâce  et  de  la  sensibilité.  On 
peut  être  sûr  de  M.  Flesch,  comme  il  est  sûr  de 
lui  ;  mais  il  n'a  pas  le  goût  assez  pur. 
Piano  (hommes).  —  Même  jury. 
Morceau  de  concours  :  Thème  varié  de 
M.  Saint-Saëns.  —  Morceau  à  déchiffrer  de 
M.  Widor. 

Premiers  prix  :  M.  Jaudoin  (classe  Diémer), 
M.  Vinès  (classe  de  Bériot).  -—Deuxièmes  prix  : 
M.  Schidenhelm  (classe  de  Bériot),  M.  Lemaire 
(classe  de  Bériot),  M.  Laparra  (classe  Diémer); 
M.  Motte-Lacroix  (classe  de  Bériot).  —  Pre- 
miers accessits  :  M.  Cortot  (classe  Diémer); 
M.  Chadeigne  (classe  de  Bériot). 

Piano  (femmes).  —  Premiers  prix  :  M^'i^s 
Weingsertner  (élève  de  M.  Delaborde),  Cliéné 
(élève  de  M.  Delaborde),  Ninck  (élève  de 
M.  Fissot),  et  Chambroux  (élève  de  M.  Dela- 
borde). —  Deuxièmes  prix  :  M'i^^  Gresseler 
(élève  de  M.  Duvernoy),  Belville  (élève  de 
M.  Delaborde),  et  Varin  (élève  de  M.  Fissot).— 
Premiers  accessits  :  M"s5  Hansen  (élève  de 
M.  Delaborde),  Cahun  et  Masson  (élèves  de 
M.  Duvernoy),  et  Loutil  (élève  de  M. Fissot). — 
Deuxièmes  accessits  :  M"ss  Boissée  (élève  de 
M.  Duvernoy),  Toutain  et  Rigalt  (élèves  de 
M.  Fissot). 

M'ie  Weingsertner,  qui  a  de  qui  tenir,  puis- 
qu'elle est  la  fille  du  directeur  du  Conservatoire 
de  Nantes,  et  qui  avait  déjà  remporté  un  très  bril- 
lant second  prix  en  1892,  mérite,  par  la  sûreté 
de  son  jeu  et  la  personnalité  de  son  style,  d'être 
nommée  avant  toutes  les  autres.  Cette  élève 
appartient  à  la  classe  Delaborde,  qui  a  rem- 
porté encore  deux  autres  premiers  prix  avec 
M"es  Chené  et  Chambroux  ;  M'ii^  Ninck,  la  der- 
nière concurrente,  élève  de  M.  Fissot,  a  eu  le 
quatrième  premier  prix.  Parmi  les  jeunes  filles 
qui  n'ont  obtenu  aucune  distinction,  plusieurs 
méritaient  d'être  encouragées,  comme  M"«  La- 
vello,  pour  laquelle  le  public    réclamait  une 


604 


LE  GUIDE  MUSICAL 


récompense;  mais  on  voit  que  le  jury  s'est 
pourtant  montré  généreux  :  il  ne  pouvait  con- 
tenter tout  le  monde.  Il  réserve  sans  doute  une 
compensation  pour  l'année  prochaine  à  celles 
qu'il  a  remarquées  cette  fois  et  qu'il  a  dû 
sacrifier. 

Harpe.  ■ —  Professeur  :  M.  Hasselmans.  — 
Jury  :  MM.  Ambroise  Thomas,  président; 
Ch.  Lenepveu,  G.  Fauré,  G.  Mathias,  Ravina, 
Ch.-M.  Widor,  NoUet,  Philipp  et  F.  Thomé. 

Morceau  de  concours  :  Légende  de  M.  Fran- 
cis Thomé.  —  Morceau  à  déchiffrer  de 
M.  Francis  Thomé. 

Premier  prix  :  M'ii^  Duros  et  M.  Martinot.  — 
Pas  de  second  prix.  —  Premiers  accessits  : 
M"e  Luigini  et  M.  Cauderer.  —  Deuxième 
accessit  :  M"e  Delcourt. 

Instruments  à  vent  :  Flûte.  —  Premiers  prix  : 
MM.  Gaubert  et  Deschamps;  deuxièmes  prix  : 
Jules  Leduc;  premiers  accessits  :  MM.  Grenier 
et  Bavière;  deuxième  accessit  :  M.  Stenesse. 

Hautbois.  —  Premier  prix  :  M.  Louis  Rey; 
deuxièmes  prix  :  MM.  Malézieux  et  Albert  Rey; 
premier  accessit  :  néant  ;  deuxième  accessit  : 
M.  Berges. 

Clarinette.  -  Premiers  prix  :  MM.  Stiéve- 
nard,  Vronne  et  Jeanjean;  pas  de  deuxième 
prix;  premiers  accessits  :  MM.  Guyot  et  Dela- 
croix; deuxième  accessit  :  M.  Carré. 

Basson.  —  Premier  prix  :  M.  Dubois;  deu- 
xièmes accessits  :  M  M .  Passerin  et  Duhamel  ; 
premier  accessit  :  M.  Desoubrie. 

Cor.  — Pas  de  premier  prix;  deuxième  prix: 
M.  Penable;  premier  accessit  :  M.  Voltaire; 
deuxième  accessit  :  M.  Lemoine. 

Cornet  à  piston.  —  Premiers  prix  :  MM. 
Ballay  et  Deprimoz  ;  pas  de  second  prix  ;  pre- 
miers accessits  :  Lejeune  et  Petit. 

Trompette. —  Premier  prix  :  M.  Wallerand; 
deuxième  prix  :  M.  Galonau  ;  premier  accessit: 
M.  Le  Barbier;  deuxièmes  prix  :  MM.  Pérot 
et  Planchard. 

C'est  par  ces  épreuves  que  les  concours  se 
sont  terminés. 

Et  la  conclusion  ?  Il  n'y  en  a  pas.  Cette  an- 
née, comme  les  années  précédentes,  les  lau- 
réats —  surtout  dans  les  classes  de  chant  et  de 
déclamation  —  vont  rêver  du  Capitole  sans 
songer  à  la  Roche  Tarpéienne  ;  les  blackboulés 
vont  maudire  leurs  professeurs,  le  jury  et  les 
critiques,  —  car  nous  ne  sommes  jamais  exempts 
des  malédictions.  Ensuite,  M.  Ambroise  Tho- 
mas continuera  de  penser  que  tout  est  pour  le 
mieux  dans  le  meilleur  des  conservatoires  ! 

Intérim. 


M.  Carvalho  vient  d'engager  M"«  Fernande 
Dubois  et  M.  Dufour,  premiers  prix  d'opéra 
comique,  ainsi  que  Mi'<=  Tiphaine,  second  prix. 

'$• 

Saison  italienne  à  la  Porte-Saint-Martin. 

M.  Edouard  Sonzogno  donnera,  le  prin- 
temps prochain,  une  série  de  vingt-quatre 
représentations  d'ouvrages  italiens  au  théâtre 
de  la  Porte-Saint-Martin. 

Outre  les  opéras  dont  les  titres  sont  connus, 
tels  que  les  Pagliacci,  de  Leoncavallo,  l'Ami 
Fritz,  de  Mascagni,  le  Petit  Haydn,  Fesia  a 
Marina,  etc.,  M.  Sonzogno  donnera,  sans  nul 
doute,  la  Martire,  de  M.  Spira  Samara.  Ce  der- 
nier ouvrage  est  en  trois  actes.  Il  a  obtenu  un 
immense  succès  à  Naples. 

Ajoutons  que  M.  Sonzogno  vient  d'être 
nommé,  pour  trois  ans,  directeui'  de  la  Scala 
de  Milan.  Il  fera  la  réouverture  de  la  saison 
prochaine  avec  Sigurd,  de  M .  Ernest  Reyer. 

Verdi  vient  d'adresser  à  la  direction  de 
l'Opéra  le  manuscrit  du  finale  du  troisième 
acte  d'Othello,  qu'il  a  complètement  remanié 
en  vue  des  représentations  de  son  ouvrage  à 
l'Académie  de  musique. 

Le  compositeur  a  également  promis  d'écrire, 
pour  ce  même  troisième  acte,  la  musique  d'un 
grand   cortège  qui  accompagnera  l'entrée  du 


Dans  la  nouvelle  œuvre  de  M.  Richepin, 
Vers  la  joie,  que  va  bientôt  jouer  la  Comédie- 
Française,  il  y  a  une  partie  musicale  que  l'auteur 
n'a  voulu  confier  à  personne  d'autre  qu'à...  lui- 
même. 

On  ne  sait  encore  quelle  sera  la  valeur  de 
cette  composition,  mais  déjà  les  interviews  la 
célèbrent  en  termes  dithyrambiques  : 

«  C'est  un  chœur  de  pa3'sans  dont  M.  Riche- 
pin  a  lui-même  composé  les  paroles  et  la  mu- 
sique, —  expressive  mélopée,  infiniment  trou- 
blante, cadencée,  de  belle  allure.  Les  paysans 
travaillent  leur  terre,  joyeux,  lorsqu'une  voix 
s'élève  et  jette  le  premier  couplet;  comme  une 
sorte  de  refrain,  les  autres  reprennent  le  choeur. 
Puis,  un  deuxième  travailleur,  à  son  tour, 
lance  le  second  couplet  sur  un  air  semblable, 
et  c'est  encore  un  refrain  que  les  paysans  achè- 
vent. » 

»  Sa  chanson,  Richepin  la  déclame  d'une  voix 
héroïque,  par  saccades,  le  ton  ferme,  l'accent 
vigoureux  ;  assis  au  piano,  le  maître  s'accom- 
pagne avfcc  de  grands  gestes  expressifs,  se- 
couant sa  chevelure  vaste,  pour  mieux  marquer 
le  rythme.  —  Superbe  ainsi.  » 

Acceptons  l'augure  de  ce  chef-d'œuvre  im- 
minent, quoique  dans   cet   aperçu  louangeux 
r  des  termes  comme  :  premier  couplet,  refrain 
au  chœur,  deuxième  couplet  sur  un  air  sem- 
blable, encore  un  refrain...  ne  présagent  peut- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


605 


être  pas  une  conception  d'une  originalité 
déconcertante.  Un  esprit  irrespectueux  pourrait, 
à  la  rigueur,  prétendre  qu'il  n'est  pas  d'opérette 
bien  conformée  qui  ne  présente  des  signes 
distinctifs  analogues. 

Tout  dépendra  sans  doute  de  l'interprétation. 
Cette  chanson  de  paysans  dite  «  d'une  voix 
héroïque,  et  par  saccades  »  aura  certes  un 
cachet  spécial.  En  l'accompagnant,  par  exem- 
ple, sur  le  violon  d'Ingres  ? 

Parmi  les  promotions  et  nominations  dans 
la  Légion  d'honneur  signées  par  le  ministre  des 
beaux-arts  à  l'occasion  du  14  juillet,  notons 
les  suivantes  : 

Commandetir  :  M.  Camille  Saint-Saëns, 
membre  de  l'Institut  ; 

Officier  ;  M.  Marmontel,  l'éminentprofesseur 
de  piano  ; 

Chevaliers  ;  MM.  Auguste  Dorchain,  Paul 
Ferrier  et  Raoul  Toché,  auteurs  dramatiques. 

Nous  recevons  de  M.  Reinach  une  nouvelle 
lettre  en  réponse  à  celle  de  M.  Nicole  parue 
dans  notre  dernier  numéro.  Le  défaut  d'espace 
ne  nous  permettant  pas  de  la  donner  aujour- 
d'hui, nous  la  réservons  à  notre  prochaine  li- 
vraison. 

MM.  Camille  de  Roddaz  et  Alfred  Douane  ont 
lu  hier  à  M.  Debruyère  un  opéra  comique  en 
trois  actes,  intitulé  Thimour. 

C'est  le  maestro  Robert  Planquette  qui  est 
chargé  d'en  écrire  la  musique. 

Thimour  sera  joué  au  théâtre  de  la  Gaîté,  avec 
Soulacroix  comme  principal  interprète. 


BRUXELLES 

La  musique  a  joué  un  assez  grand  rôle, 
dimanche  22  juillet,  à  la  cérémonie  d'inaugu- 
ration du  monument  De  Coster,  sur  la  berge 
des  étangs  d'Ixelles.  M.  Léon  Dubois  avait  été 
chargé  de  cette  partie  du  programme,  compre- 
nant, pour  l'après-midi,  l'exécution  d'une  can- 
tate et  de  vieux  lieder  flamands  par  les  élèves 
des  écoles  communales  défilant  devant  l'édicule 
de  M.  Samuel  en  jetant  des  fleurs;  et,  pour  la 
soirée,  d'un  concert  donné  au  musée  de  la  com- 
mune. Le  Choral  mixte  y  a  chanté  différents 
chœurs,  puis  l'Hymne  à  Charles  De  Coster, 
composé  par  M.  Léon  Dubois,  sur  des  vers 
d'un  beau  lyrisme  d'Emile  Van  Arenbergh, 
l'excellent  parnassien  qui  a  fait  ainsi  sa  rentrée 
dans  la  vie  littéraire  d'où  il  s'était  trop  long- 
temps retiré. 


Toute  cette  partie  musicale  en  plein  air  et 
dans  l'élégante  salle  du  musée  a  été  très  soignée. 
Le  soir,  outre  le  Choral  mixte,  on  a  entendu 
M.  Goffin,  violoniste,  et  M.  Victor  Mercier. 
Tous  ces  artistes,  qui  ont  prêté  leur  gracieux 
concours  à  la  célébration  d'un  des  héros  de 
notre  littérature,  ont  été  très  justement  applau- 
dis par  un  public  d'élite. 

La  distribution  des  prix  aux  élèves  des  écoles 
primaires  de  la  ville  a  eu  lieu  dimanche  29  juil- 
let, au  Cirque  royal.  La  cérémonie  était  pré- 
sidée par  M.  André,  échevin  de  l'instruction 
publique  et  des  beaux-arts.  Grâce  à  l'initiative 
de  MM.  Wattelle  et  Landa,  qui  dirigent  l'un  et 
l'autre  les  sections  musicales  des  écoles  pri- 
maires, cette  fête  enfantine  est  corsée  d'une 
partie  musicale  généralement  intéressante. 

On  a  entendu, cette  fois,  la  Chanson  au  vent 
de  Ad.  Maes;  un  chœur  sans  prétentions,  gen- 
timent enlevé  par  la  section  des  garçons.  La 
classe  des  fillettes  a  interprété  avec  beaucoup 
de  charme  le  Boerenkermislied  de  G.  Hu- 
berti.  Cela  a  été  un  vrai  régal  de  réentendre  ce 
chœur,  si  léger  de  forme  et  si  vivant  d'allure. 
C'est  une  œuvrette  gracieuse  et  qui  est  à  sa 
place  dans  nos  écoles. 

On  peut  en  dire  autant  du  chœur  d'Em.  Ma- 
thieu :  les  Bois,  que  les  deux  sections  ont 
exécuté  ensemble.  L'œuvre  est  vraiment  poé- 
tique et  très  bien  écrite  pour  la  voix  fraîche 
des  enfants.  Le  succès  a  été  naturellement 
enthousiaste  :  MM.  Landa  et  Wattelle  ont  été 
acclamés  et  une  ovation  a  été  faite  à  MM,  Ma- 
thieu, Huberti  et  Maes,  lesquels  ont  dû  venir 
saluer  le  public  qui  les  rappelait  avec  insistance. 

Deux  concerts  intéressants  au  Waux-Hall  la 
semaine  passée.  M .  Léon  Dubois  a  dirigé  la  mu- 
sique du  mimodrame  Le  Mort,  représenté  avec 
un  long  succès  à  l'Alcazar  cet  hiver.  Ce  succès 
s'est  affirmé  encore  autant  qu'il  était  possible. 
La  partition  de  M.  Léon  Dubois  exécutée  à  la 
perfection  par  l'orchestre  d'élite  du  Waux-Hall 
permettait  à  l'auditeur  d'en  apprécier  toutes 
les  beautés.  Une  autre  soirée  a  été  consacrée  à 
M.  Henri  Merck,  violoncelliste  solo  du  théâtre 
de  la^  Monnaie.  Une  foule  nombreuse  s'était 
rendue  âii  Waux-Hall  pour  applaudir  le  jeune 
et  intére^p.nt  artiste.  Il  a  pu  faire  apprécier 
son  beau  taient  dans  l'exécution  de  Kol  Nidrei, 
chanson  hébraïque  de  Max  Bruch,  la  mazurka 
de  Popper  et  l'aria  de  Bach.  Style  impeccable, 
'  beau  son,  interprétation  artiste.  M.  Merck  a 
obtenu  un  bruyant  succès.  N.  L. 


606 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Ml's  Pisart  nous  avait  convié  dimanche  à 
une  audition  des  élèves  de  son  cours  de  mu- 
sique. Cette  audition  a  été,  en  somme,  très 
agréable,  et  elle  a  prouvé  l'excellence  de  l'ensei- 
gnement de  M"<=  Pisart. 

Les  petits  pianistes  et  violonistes  qui  se  sont 
fait  entendre  ont  fait  preuve  d'une  bonne 
instruction  musicale,  basée  sur  de  solides  prin- 
cipes. Ils  ont  exécuté  des  soli  pour  les  deux 
instruments,  des  quatre  mains  et  des  six  mains 
pour  piano,  avec  un  bon  rythme  et  un  certain 
mécanisme.  Mentionnons  aussi  deux  chœurs 
exécutés  avec  beaucoup  d'ensemble  et  de 
justesse. 

La  saison  des  concerts  du  Conservatoire  pro- 
met d'être  fort  intéressante  l'hiver  prochain. 
M.  Gevaert  se  propose,  en  effet,  d'y  faire  en- 
tendre VA  Iceste  de  Gluck,  avec  M™'  Caron  dans 
le  rôle  de  l'héroïne,  et  la  musique  tout  entière 
du  Rheingold,  prologue  de  V Anneau  du  Nibe- 
lung,  de  Richard  Wagner. 

M"|=  Simonet  de  l'Opéra-Comique,  la  créa- 
trice du  rôle  d'Angélique  dans  le  Rêve,  vient 
d'être  engagée  pour  la  saison  prochaine  par 
MM.Stoumon  et  Calabresi.  Autrefois,  c'était  le 
Théâtre  de  la  Monnaie  qui  envoyait  à  Paris 
les  jeunes  artistes  qu'il  avait  formés.  Aujour- 
d'hui, c'est  Paris  qui  nous  envoie  ses  restes. 

M.  Gevaert  met,  en  ce  moment,  la  dernière 
main  à  un  nouvel  et  important  ouvrage  d'his- 
toire musicale,  qui  sera,  en  quelque  sorte,  la 
continuation  et  la  conclusion  de  son  grand 
ouvrage  sur  la  musique  grecque.  Ce  travail  est 
particulièrement  consacré  aux  origines  du 
plain-chant  et,  en  général,  à  la  musique  des 
premiers  siècles  de  notre  ère  dans  ses  rapports 
avec  les  derniers  vestiges  de  l'art  musical  des 
Grecs. On  sait  qu'une  obscurité  profonde  règne 
sur  l'histoire  de  la  musique  dans  le  long  espace 
allant  de  la  fin  du  ii<^  siècle  jusqu'à  l'époque 
grégorienne.  Il  y  a  là  une  lacune  dans  nos  con- 
naissances qui,  évidemment,  n'a  pu  exister  en 
fait.  La  musique  n'a  pas  cessé  tout  à  coup, 
pour  reparaître  transformée  dans  les  chants  de 
l'Eglise  chrétienne.  L'illustre  savant  apporte, 
dans  cette  question  du  plus  haut  intérêt,  des 
vues  nouvelles,  des  conclusions  inattendues, 
qui  reconstituent  avec  une  absolue  clarté  la 
chaîne  interrompue  du  développement  de  l'art 
musical  depuis  les  Grecs  jusqu'aux  premiers  âges 
de  la  musique  moderne.  L'ouvrage  de  M.  Ge- 
vaert est  sans  précédent,  et  sera  certainement 


une  contribution  exceptionnelle  à  l'ensemble 
des  grands  travaux  historiques  modernes. 

Paul  Gilson  vient  enfin  de  terminer  une 
cantate,  Francesca  di  Rimini,  pour  soli, 
chœurs  et  orchestre,  sur  un  poème  de  M.  Guil- 
liaume,  secrétaire  du  Conservatoire  de  Bru- 
xelles. Il  est  probable  que  cette  œuvre  sera 
exécutée  aux  Concerts  populaires,  l'hiver  pro- 
chain. 

On  nous  écrit  de  Tournai  pour  nous  signa- 
ler le  succès  remporté  dimanche  dernier  au 
troisième  concert  d'été  de  l'Association  des 
musiciens,  par  la  Marche  nuptiale  de  M.  A. 
Wilford,  récemment  composée  à  l'occasion  du 
mariage  de  la  princesse  Joséphine  de  Belgique 
et  du  prince  Charles  de  Hohenzollern  et  dédiée 
aux  jeunes  princes.  C'était  la  première  exécu- 
tion orchestrale  et  publique  de  cette  marche. 
Non  seulement  elle  a  été  très  applaudie,  mais 
on  l'a  bissée. 

Annonçons  également  que  M.  A.  Wilford 
donnera  une  audition  à  l'Exposition  d'Anvers, 
dans  le  salon  des  Erard,  vers  la  fin  d'août. 

CORRESPONDA  NCES 

AMSTERDAM.  —  Déjà  les  directeurs  de 
théâtre  rivalisent  de  zèle  et  d'activité  pour 
former  leurs  troupes  pour  la  saison  prochaine. 
Amsterdam  sera  doté  de  deux  Opéras-Néerlan- 
dais :  les  dissidents,  sous  la  direction  de  M.  van  der 
Linden,  l'ancien  chef  d'orchestre  de  M.  de  Groot, 
qui  joueront  au  nouveau  Théâtre-Communal;  et 
une  nouvelle  troupe  organisée  par  l'ancien  direc- 
teur, qui  pe  veut  pas  abandonner  la  partie,  et  qui 
sera  installée  dans  l'affreuse  salle  de  théâtre 
restaurée  du  Palais  de  l'Industrie.  L'ancien  théâtre 
du  Parc  est  e.xploité,  depuis  le  mois  de  mai,  par 
un  imprésario  de  café-chantant.  M.  de  Groot,  qui 
se  lance  à  voiles  et  à  rames,  a  engagé  M.  Maurice 
de  Vries,  le  baryton  très  connu  et  très  populaire 
en  Hollande  parmi  ses  nombreux  coreligionnaires; 
M"''  Stella  de  la  Mar,  une  ancienne  pensionnaire 
de  Sa  Majesté  Guillaume  III;  et,  comme  chef 
d'orchestre,  M.  de  la  Fuente,  un  musicien  qui  a 
fait  ses  preuves  en  France  et  qui  connaît  le 
théâtre.  M.  van  der  Linden  a  détaché  les  meil- 
leurs artistes  de  l'ancien  Opéra-Néerlandais,  MM. 
Orelio,  Pauwels  et  d'autres,  et,  comme  pension- 
naires nouveaux,  il  a  engagé  M.  van  Duinen, 
la  basse  qui  s'est  fait  applaudir  au  Wagnerverein 
et  ailleurs,  et  M""  Louise  Heyman,  fort  connue  et 
fort  appréciée  en  Allemagne.  On  parle  aussi  de 
M""  Kempees,  mais  ce  n'est  qu'un  bruit  de  coulisses 
qui  ne  se  réalisera  peut-être  pas. 


1 


LE  GUIDE  MUSICAL 


607 


M™"  Barety  et  M.  Samaty,  deux  artistes  très 
aimés,  nous  reviendront;  mais  le  contralto,  M""" 
Andral,  n'est  pas  rengagé,  ce  qui  est  regrettable; 
nous  ne  reverrons  pas  non  plus  la  jolie  M™°  Vail- 
lant-Couturier; le  ténor  van  Loo  sera  remplacé 
par  M.  Renault,  qui  s'est  fait  applaudir  à  Monte- 
Carlo. 

On  parle  vaguement  aussi  d'un  Opéra-Italien, 
sous  la  direction  de  M.  Strakosch,  qui  donnerait 
des  représentations  au  théâtre  du  Palais  de 
l'Industrie,  avec  le  concours  de  M™"  Bellincioni  et 
du  ténor  Stagno. 

En  attendant,  les  concerts  en  plein  vent  se 
suivent,  se  ressemblent  et  se  multiplient.  En  pre- 
mière ligne,  ceux  du  Concertgebouw,  dans  le 
magnifique  jardin  de  l'établissement,  dirigés  par 
M.  Gottfried  Mann,  ou  par  M.  Kes  lui-même, 
quand  l'exécution  a  lieu  dans  la  salle  de  concert. 
Programmes  intéressants,  exécution  parfaite,  con- 
certs à  l'instar  de  ceux  du  Waux-Hall  de  Bruxelles. 

Ensuite,  il  y  a  des  concerts  dans  le  jardin  du 
Théâtre  du  Parc,  au  Jardin  zoologique  et  au  Parc 
Vondel,  d'un  ordre  tout  à  fait  inférieur,  sans  oublier 
le  déluge  de  cafés-chantants  qui  ne  désemplissent 
pas 

Aux  bains  de  mer  de  Scheveningue,  l'orchestre 
Philharmonique  de  Berlin,  dirigé  par  le  professeur 
Mannstàdt,  continue  à  faire  florès.  Tous  les  soirs, 
la  grande  salle  du  Kurhaus  est  bondée  :  les  habi- 
tants de  La  Haye  continuent  à  faire  un  pèlerinage 
journalier  aux  concerts  du  Kurhaus  et  ne  se 
lassent  pas  d'écouter, pendant  les  chaleurs  les  plus 
tropicales,  les  mêmes  ouvrages  qu'on  leur  joue 
depuis  dix  ans,  avec  une  patience  digne  d'un  meil- 
leur objet. 

La  Société  pour  l'encouragement  de  l'art  musi- 
cal à  La  Haye  se  propose  d'exécuter,  l'hiver  pro- 
chain, sous  la  direction  de  M.  Willem  Kes, 
VOratorio  de  Noël  de  Bach  et  les  Béatitudes  de  César 
Franck. 

Au  festival  de  musique  de  Darmstadt,  Mes- 
schaert,  notre  éminent  chanteur,  a  obtenu  un 
immense  succès,  de  même  qu'à  celui  de  Kiel, 
où  il  a  été  acclamé.  MM,  Lamoureux  et  Colonne 
lui  ont  fait  des  propositions,  dit-on,  pour  la  saison 
prochaine.  Un  autre  de  nos  compatriotes,  le  violo- 
niste Johannes  Wolif,  ancien  pensionnaire  du  Roi, 
obtient  de  grands  succès  à  Londres. 

A  bientôt  l'inauguration  solennelle  du  nouveau 
Théâtre-Communal  d'Amsterdam,  dont  j'espère 
vous  rendre  compte  en  temps  et  lieu, 

El).  DE  H. 

P.  S.—  Le  directeur  du  Théâtre-Français  de  La 
Haye  vient  d'engager  l'excellent  orchestre  du 
«  Concertgebouw  »  pour  les  représentations 
•d'Amsterdam,  et  a  complété  sa  troupe  par  l'enga- 
gement de  M""  Bayer  (contralto),  Pedrelli  et 
Vanemelen  (chanteuses  légères),  et  du  baryton 
M.  Cheyt.  Comme  nouveautés,  on  nous  promet 
Hiilda  de  César  Franck,  Orphée  de  Gluck,  Oiello 
de  Verdi  et  la  Navarraise  de  Massenet, 


ANVERS.  —  Le  festival  français  qui  vient 
d'avoir  lieu  à  l'Exposition  sous  la  direction 
de  M.  Camille  Saint-Saëns,  peut  être  considéré 
comme  un  vrai  succès.  La  présence  du  maître  et 
celle  de  M.  Diémer,  le  pianiste  parisien  si  fêté, 
devaient  nécessairement  en  rehausser  l'éclat. 

Si  les  œuvres  de  Saint-Saëns  sont  depuis  long- 
temps populaires  chez  nous,  il  était  pourtant  inté- 
ressant de  les  entendre  exécuter  sous  l'influence 
directe  du  maître.  Plusieurs  numérosdu  programme 
méritent  une  mention  spéciale  :  ainsi,  la  rêveuse  et 
poétique  introduction  du  deuxième  acte  de  Phryné; 
puis,  le  ballet  de  l'opéra  Ascaiiio  où\e  compositeur 
déploie  les  effets  les  plus  variés.  Il  est  regrettable 
que  M.  Saint-Saëns  ne  nous  ait  donné  qu'un  frag- 
ment de  la  Suite  algérienne.  Son  Afiica  pour  piano 
et  orchestre,  a  trouvé  en  M.  Diémer  un  interprète 
exceptionnel.  Quelle  fougue,  quelle  nerf  dans  l'at- 
taque; et,  avec  cela,  quelle  sobriété  dans  le  main- 
tien ! 

L'œuvre  de  Saint-Saëns  est  d'une  coupe  toute 
moderne  ;  ce  n'est  pas  le  concerto  simplifié,  mais 
bien  une  production  de  notre  époque,  si  fertile  en 
trouvailles.  Etourdissant,  l'effet  qu'a  produit  le 
scherzo  à  deux  pianos,  exécuté  à  la  perfection  par 
M.  Diémer  et  l'auteur. 

Impossible  de  décrire  l'enthousiasme  qu'a  sou- 
levé M.  Diémer,  après  chaque  nouvelle  apparition. 
Il  faut  savoir  gré  â  l'éminent  artiste  de  nous  avoir 
fait  connaître  la  fantaisie  pour  piano  et  orchestre, 
de  M,  Alb,  Périlhou,  un  élève  de  Saint-Saëns,  qui 
s'il  faut  en  juger  par  l'œuvre  qui  nous  occupe,  est 
destiné  à  un  brillant  avenir.  Les  combinaisons  har- 
moniques sont  heureuses  et  la  partie  de  piano  est 
franchement  intéressante. 

Comme  soli, M. Diémer  avait  fait  choix  àwCoucou, 
ce  morceau  de  Daquin  qu'il  interprète  d'une  façon 
si  exquise  ;  puis  de  deux  de  ses  compositions  : 
Orieniate  et  Valse.  —  M.  Hasselmans,  le  brillant 
harpiste,  a  fait  aussi  une  apparition  à  l'Exposition 
et  il  a  été  très  fêté,  ce  qui  n'étonnera  aucun  de  ceux 
qui  connaissent  son  rare  talent.  Voici  comment 
s'est  organisée  cette  audition  intime,  qui  a  eu  lieu 
devant  la  Reine  et  la  princesse  Clémentine.  Sa 
Majesté  ayant,  paraît-il,  exprimé  le  désir  d'enten- 
dre M,  Hasselmans,  avait  fait  demander  à  M.  Béon, 
représentant  de  la  maison  Erard,  de  vouloir  orga- 
niser une  séance  dans  le  salon  d'honneur  de  la 
section  française.  C'est  ainsi  qu'une  quinzaine 
d'invités  seulement,  parmi  lesquels  nous  avons  eu 
l'honneur  de  nous  trouver,  assistaient  à  cette 
intéressante  audition.  M,  F.  Thomé  a  exécuté 
quelques-unes  de  ses  compositions  pour  piano  ; 
puis,  avec  M.  Hasselmans  comme  partenaire,  une 
Légende  fort  bien  venue  et  qui  a  servi  de  morceau 
de  concours  au  Conservatoire  de  Paris. 

Sa  Majesté  a  hautement  exprimé  sa  satisfaction 
et  a  examiné  personnellement  les  instruments. 
M.  Hasselmans  a  encore  fait  entendre  _une  Prière 
de  sa  composition, morceau  de  style  qui  lui  a  valu 
les  applaudissements  les  plus  flatteurs. 

Parmi  les  récitals  qui  ont  eu  lieu  ces  jours  der- 


608 


LE  GUIDE  MUSICAL 


niers, citons  celui  qu'adonné  M"'  Rachel  Hoffmann, 
dans  la  section  allemande.  La  jeune  pianiste  a 
tout  ce  qu'il  faut  pour  parvenir;  mais  nous  lui 
recommandons  sincèrement  de  revoir  certains  mor- 
ceaux sous  le  rapport  du  style.  La  Suite  Holbeig, 
notamment,  n'a  pas  été  comprise  par  l'artiste, 
dont  nous  reconnaissont  pourtant  volontiers  les 
mérites.  A.  W. 

TONDRES.  —  Samedi  dernier  a  eu  lieu,  à 
J  CoventGarden,  la  première  représentation 
de  The  Lady  of  Longford,  du  compositeur  Emile 
Bach,  dont  sir  Augustus  Harris  avait  déjà  produit 
l'année  dernière  une  volumineuse  partition  intitu- 
lée Irmengarde.  Le  livret  est  de  sir  Augustus  Har- 
ris et  de  M.  F.  E  Weatherby.  Il  est  habilement 
construit,  mais  sans  réelle  valeur  poétique.  La 
musiq-je  de  M.  E.  Bach  n'a  pas  davantage  de 
grandes  envolées.  C'est  honnêtement  médiocre  . 

Naturellement,  sir  Augustus  Harris,  directeur  de 
Covent-Garden,  devait  à  sir  Augustus  Harris, 
librettiste,  une  exécution  hors  ligne  de  l'œuvre 
nouvelle,  et  c'est  ainsi  que  The  Lady  of  Longford  a 
obtenu  un  succès  d'estime.  Décors  superbes.  Inter- 
prètes :  M™"  Eames,  Miss  Evelyn  Hughes,  le  ténor 
Alvary  et  Edouard  de  Reszké.  L'ouvrage  a  ce 
précieux  mérite  de  n'avoir  qu'un  acte. 

11  était  précédé  sur  l'afSche,  samedi  dernier,  par 
les  Pagliacci  de  Leoncavallo,  avec  M™»  Melba 
dans  le  rôle  de  Nedda. 

Lundi,  nous  avons  eu  Lohengrin  avec  M"""  Eames 
dans  Eisa,  Edouard  et  Jean  de  Reszké  dans  Lohen- 
grin et  Telramund,  et  M.  Gillibert  comme  héraut. 

Le  Signa  de  Cowen  n'a  pas  de  chance.  Ajourné 
par  suite  d'une  indisposition  de  M""  de  Nuovina, 
il  a  été  repris  avec  M""  Sigrid  Amoldson,  mais 
sans  obtenir  plus  de  succès. 

La  saison  est  véritablement  close,  et  les  théâtres 
se  vident. 

IUXEMBOURG.  —  Dimanche  dernier, 
J  pour  la  seconde  fois,  la  Légia  a  donné  un 
concert  à  Luxembourg.  Le  succès  éclatant  qu'elle 
avait  remporté  l'an  dernier,  faisait  prévoir  la 
réussite  extraordinaire  réservée  à  cette  seconde 
audition,  La  Société  philharmonique  s'était  chargée 
de  l'organisation.  Le  vaste  pourtour  du  cirque, 
dans  lequel  a  eu  lieu  le  concert,  était  absolument 
comble;  il  y  avait  environ  trois  mille  personnes. 

La  Philharmonique  a  joué  la  Marche  triomphale 
de  Mendelssohn  et  l'ouverture  d'Egmont  de  Beetho- 
ven. 

La  Légia  a  chanté  les  deux  chœurs  qui  lui  ont 
valu  le  premier  prix  au  concours  de  Charleroi  :  le 
Rêve  de  Léon  Dubois  et  Vers  l'Avenir  de  Simar. 

Dans  le  Rêve,  quelques  petites  rugosités  se  sont 
fait  sentir,  notamment  chez  le  ténor  qui  foiçait  le 
ton  parfois.  Dans  cette  partie  du  concert,  la 
chaleur  était  insupportable  et  elle  n'a  pas  été, 
parall-il,  sans  exercer  quelque  influence  sur  les 
voix  des  chanteurs. 


En  effet,  dans  les  Eburons  de  Tilman,  chœur  qui 
a  été  exécuté  après  la  pause  pendant  laquelle  les 
chanteurs  avaient  pris  le  frais,  les  voix  étaient 
devenues  plus  tranquilles.  Malheureusement,  un 
orage  a  éclaté  au  beau  milieu  du  morceau.  Le 
public  qui  avait  perdu  la  plus  grande  part,  a  bissé, 
et  M.  Dupuis,  le  célèbre  directeur  de  la  Légia,  a 
dû  faire  recommencer  à  partir  du  solo  et  du 
passage  a  bocca  chitisa.  M.  Dejardin,  lauréat  du 
Conservatoire  de  Liège,  a  récité  ce  passage  d'un 
timbre  clair  et  coloré,  d'une  diction  merveilleuse- 
ment nette  ;  après  le  choral  qui  clôture  ce  poème 
magnifique,  le  public  trépignait  d'enthousiasme  et 
a  fait  une  véritable  ovation  à  la  distinguée  pha- 
langue  artistique  belge. 

Dimanche,  5  août,  la  Société  Sainte-Cécile,  la 
maîtrise  de  la  cathédrale  de  Luxembourg,  célébrera 
son  cinquantième  anniversaire;  à  l'office  du 
matin,  la  messe  Papa  Marcelli,  de  Palestrina,  sera 
exécutée  par  cette  maîtrise. 


SAINT-PETERSBOURG,  —  La  mort  de 
Tschaïkowsky,  au  lendemain  de  la  première 
production  de  sa  Symphonie  pathétique,  dans  laquelle 
on  a  cru  découvrir  comme  le  pressentiment  de 
sa  fin  prochaine  (le  finale  de  l'œuvre  est  un  adagio 
lugubre),  a  été  l'événement  à  la  fois  le  plus  sail- 
lant et  le  plus  douloureux.  La  perte  prématurée 
du  compositeur  a  été  envisagée  comme  un  deuil 
national. 

Les  concerts  symphoniques  de  la  Société  musi- 
cale russe  qui  ont  suivi  les  deux  premiers,  consa- 
crés à  Tschaïkowsky,  ont  été  extrêmement  inco- 
lores, à  la  seule  exception  du  dernier,  qui  ren- 
fermait la  symphonie  avec  chœurs  de  Beethoven,  , 
conduite  par  M  Napravnik,  lequel  s'était  assuré* 
le  concours  des  chœurs  de  l'Opéra  Russe.  Les 
concerts  de  la  «  jeune  école  »  ont  dévoilé  l'in- 
fluence exercée  sur  elle,  dans  la  personne  du 
jeune  Glazounow,  par  Tschaïkowsky,  dont  jusque- 
là  les  élèves  de  M.  Rimsky-Karsakow  se  tenaient 
éloignés. 

L'Opéra  Russe  n'a  produit  aucune  nouveauté 
digne  de  mention,  se  consacrant  de  plus  en  plus 
à  la  culture  du  répertoire  occidental,  sans  en 
excepter  les  Mascagni  et  les  Leoncavallo  (le  théâ- 
tre impérial  de  Moscou  a  monté  même  les  Medici). 
Le  Fahiaff  de  Verdi,  faiblement  interprété  au 
Théâtre-Marie,  n'a  pas  obtenu  de  succès. 

Toute  la  vogue  a  été  pour  l'Opéra  Italien  privé, 
dont  la  Sembrich  continue  à  former  le  principal 
attrait,  ainsi  que  pour  celles  des  représentations 
de  l'Opéra  Français  de  M.  Colonne  auxquelles 
prit  part  le  ténor  Van  Dyck  {Lohengrin  et  Wer- 
ther). Les  représentations  wagnériennes  que 
voulait  organiser  le  directeur  du  théâtre  de  Ham 
bourg  n'ont  pas  eu  lieu,  faute  d'un  nombre  suffi 
sant  de  souscripteurs.  En  i88g,  le  cycle  di 
V Anneau,  des  Nibelungen  avait  obtenu  beaucoup  plu 
de  succès.  Cette  fois,  les  prix  étaient  trop  élevés  e 


LE  GUIDE  MUSICAL 


609 


le  public  avait  dépensé  déjà  environ  un  demi-mil- 
lion de  francs  pour  l'Opéra  Italien  ! 

Comme  toujours,  il  y  a  eu  beaucoup  de  concerts 
de  virtuoses,  mais  sans  que  paraisse  une  étoile 
nouvelle,  et  une  longue  série  de  soirées  de  qua- 
tuors dont  le  leader,  l'éminent  violoniste  Auer,  a 
été  très  fêté  l'hiver  dernier,  à  l'occasion  de 
l'anniversaire  des  vingt- cinq  ans  de  son  activité 
musicale  dans  notre  cité.  Rubinstein  est  venu 
passer  les  fêtes  de  Noël  à  Saint-Pétersbourg  et  a 
joué  une  fois  un  choix  de  ses  compositions  au 
profit  d'une  œuvre  de  bienfaisance.  La  matinée  a 
réalisé  une  recette  de  vingt  mille  francs  environ. 
Rubinstein  passe  l'été  dans  sa  villa  de  Peterhof. 

Pendant  la  belle  saison,  la  musique,  en  dehors 
des  pluies  et  du  choléra,  prend  son  vol  hors  les 
portes  de  la  ville.  Le.i  concerts  y  sont  quotidiens. 
Aux  «  lies  »  du  delta  de  la  Neva,  on  applaudit 
tous  les  soirs  les  valses  et  les  polkas  de 
M.  Edouard  Strauss,  de  Vienne;  à  Pawlosk,  de 
même  la  musique  sérieuse,  interprétée  par  l'or- 
chestre de  M.  Galkine  (chaque  vendredi,  il  y  a 
concert  Symphonique).  M.  Jacobs,  de  Bruxelles, 
en  est  un  des  solistes.  Le  chœur  Archanghelsky 
y  vient  exécuter  de  grandes  œuvres  vocales, 
a  capella  ou  avec  orchestre.  Il  y  a  aussi  des 
concerts  symphoniques  à  Peterhof  et  à  Oranien- 
baum. 

L'Opéra  Français  de  M.  Raoul  Gunsbourg 
répète  à  l'Aquarium  ;  un  Opéra  Russe  privé  ouvre 
ses  portes  ces  jours-ci  à  Arcadia.  L'opérette  est 
cultivée  avec  plus  de  succès  sur  trois  ou  quatre 
scènes  (la  Montbazon  et  Simon-Girard  y  ont 
passé),  de  même  que  la  chansonnette  française, 
de  plus  en  plus  grivoise,  qui  y  coudoie  le  ballet 
italien,  la  féerie,  des  chœurs  et  des  orchestres 
exotiques,  des  siffleurs,  des  clowns  musicaux,  des 
acrobates  de  tout  genre... 

En  somme,  en  été,  on  fait  ,chez  nous  plus  de 
musique  qu'en  hiver;  seulement,  à  de  rares  excep- 
tions près,  l'exécution  en  est  moins  bonne. 

On  a  beaucoup  remarqué  cependant,  il  y  a 
quelques  semaines,  le  chœur  suédois  des  étudiants 
d'Upsala,  qui  chante  avec  plus  d'ensemble  et  de 
sûreté  que  de  nuances.  Du  reste,  nous  sommes 
très  gâtés  sous  ce  rapport  par  la  virtuosité  prodi- 
gieuse des  chœurs  de  nos  chantres  d'église,  dont 
le  plus  célèbre  est  celui  de  la  Cour. 


N^O  U  V ELLES  DI  VERSES 

Voici  le  tableau  des  représentations  de  Bay- 
reuth  pour  le  mois  d'août  : 

Dimanche  5      août  Parsifal. 

Lundi  6         »  Tannhœiiser. 

J<iudi  g         »  Parsifal. 

Vendredi  lo         »  Lohengrin. 

Dimanche  la         »  Lohengrin. 

Lundi  i3        »  Tannhœuser. 


Mercredi  i5  août  Parsifal. 

Jeudi  i6         ))  Lohengrin. 

Samedi  i8  »  Tannhœuser. 

Dimanche  19  »  Parsifal. 

Dès  à  présent,  le  Wagnerverein  de  Berlin 
annonce  qu'il  donnera,  pendant  la  saison 
d'hiver,  quatre  grands  concerts  sous  la  direc- 
tion de  M.  Charles  Klendworth.  Le  concert  du 
II  février,  date  anniversaire  de  la  mort  du 
maître  de  Bayreuth,  sera  dirigé  par  M.  Sieg- 
fried Wagner. 

M.  Edouard  Lassen,  dont  on  avait  récem- 
ment annoncé  puis  démenti  la  retraite  comme 
maître  de  chapelle  du  grand-duc  de  Saxe- 
Weimar,  abandonne  décidément  la  direction 
du  théâtre  grand-ducal.  Sur  le  désir  qui  lui  a 
été  exprimé  par  le  grand-duc,  M.  Lassen  con- 
tinuera de  diriger  les  concerts  de  la  Cour. 

L'empereur  Guillaume  est  décidément  jaloux 
des  lauriers  de  Schubert.  Il  vient  de  composer 
un  lied,  que  la  maison  Bote  et  Bock  a  été 
chargée  de  publier. 

Ce  lied  est  intitulé  Chant  à  ^gir,  et  l'auteur 
des  paroles  n'est  autre  que  le  comte  Eulenbourg. 
ALgir  est  le  Neptune  Scandinave.  Il  s'agit  donc 
d'un  chant  au  dieu  des  flots.  On  sait  la  prédi- 
lection de  l'Empereur  pour  les  voyages  mari- 
times. 

Le  Guide  Musical  publiera  sous  peu  un  nou- 
veau et  très  intéressant  travail  de  M.  Etienne 
Destranges,   intitulé  les  Femmes  de  Wagner. 

Il  s'agit  d'une  étude  sur  les  types  féminins 
si  intéressants  et  si  captivants  des  héroïnes  du 
théâtre  du  maître  de  Bayreuth,  Senta,  Eisa, 
Elisabeth,  Brunnhilde,Sieglinde,Fricka,Iseult, 
Kundry,  etc.  Nul  doute  que  cette  étude 
intéressera  vivement  nos  lecteurs. 

On  nous  écrit  de  Poitiers,  le  22  juillet  : 

La  dernière  audition  du  violoniste  Emile 
Lévêque,  donnée  la  semaine  passée,  a  été  on 
ne  peut  plus  remarquable. 

Au  programme  figuraient  :  i»  le  troisième 
trio  en  si  bémol  (piano,  violon  et  violoncelle)  ; 
2°  Cinquième  quatuor  pour  instruments  à  cordes 
(absolument  intéressant)  d'Antonio  Bazzini  ; 
3°  Grande  sonate  en  ré  (Raft). 

Ces  diverses  œuvres  ont  été  acclamées  et  les 
applaudissements  n'ont  pas  fait  défaut  à  M.  E. 
Lévêque  et  à  ses  vaillants  partenaires. 

Les  sociétés  chorales  et  les  sociétés  d'agré- 
ment avaient  jusqu'en  ces  derniers  temps  une 
situation  privilégiée,  en  France,  relativement 
aux  droits  d'auteur,  pour  les  exécutions  qu'elles 
donnaient  en  public.  Alors  que,  depuis  trois  ou 
quatre  ans,  toutes  les  sociétés  belges  avaient 
été  contraintes  de  payer  une  redevance  pour 
l'exploitation  du  répertoire  de  la  société,  les 


610 


LE  GUIDE  MUSICAL 


sociétés  françaises  n'avaient  plus  jusqu'à  pré- 
sent pu  être  soumises  au  payement  des  droits. 

Cette  situation  va  changer  :  il  appert  d'une 
circulaire  adressée  aux  préfets  par  M .  SpuUer, 
avant  son  départ  du  ministère  de  l'instruction 
publique,  que  les  travaux  de  la  commission 
extraparlementaire  réunie  pour  examiner  les 
questions  relatives  aux  droits  d'auteur  à  perce- 
voir sur  les  auditions  musicales  gratuites  don- 
nées par  les  sociétés  chorales  et  instrumentales 
des  départements,  ont  heureusement  abouti  à 
un  accord  entre  les  auteurs  de  la  proposition 
de  loi  et  le  syndicat  de  la  Société  des  auteurs, 
compositeurs  et  éditeurs  de  musique. 

A  partir  du  i'^"'  janvier  iSgS,  les  sociétés 
musicales  seront  nanties,  sans  aucune  excep- 
tion, d'un  nouveau  traité  applicable  exclusive- 
ment aux  auditions  musicales  gratuites  et 
stipulant  le  payement  d'un  franc  par  an  et  par 
société. 

Ce  droit  est  dérisoire  en  comparaison  des 
droits  qu'on  prélève  en  Belgique.  Les  auteurs 
français  n'ont  pas  à  se  plaindre  du  sort  qui  leur 
est  fait  dans  ce  pays.  Il  est  seulement  fâcheux 
que  la  réciprocité  ne  soit  point  parfaite  pour 
les  auteurs  belges. 


Quant  aux  auditions  payantes,  dont  la  com- 
mission n'avait  d'ailleurs  pas  à  s'occuper,  elles 
donneront  lieu  à  un  traité  complètement 
distinct  du  précédent  et  qui  ne  sera  imposé 
qu'aux  sociétés  musicales  donnant  des  audi- 
tions non  gratuites. 

La  commission  n'avait  pas  non  plus  à 
s'occuper  des  représentations  théâtiales.  Rien 
n'est  innové  à  leur  égard.  Toutes  les  fois  qu'une 
œuvre  dramatique,  quelle  que  soit  son  impor- 
tance, figurera  sur  un  programme  quelconque, 
le  consentement  de  l'auteur  ou  de  la  société  qui 
le  représente  demeurera  exigible  dans  les 
mêmes  conditions  que  par  le  passé. 


MM.  Darche  frères,  les  luthiers  bien  connus 
ont  réuni  leurs  deux  maisons.  La  nouvelle 
installation  confortablement  située  rue  de  la 
Montagne,  4g,  a  été  inaugurée  il  y  a  une  quin- 
zaine. De  nombreux  visiteurs  ont  défilé  depuis 
dans  les  nouveaux  locaux,  ils  ont  été  unanime- 
ment émerveillés  des  luxueux  et  excellents  ins- 
truments qu'expose  la  maison  Darche.  Nous  ne 
pouvons  que  conseiller  à  nos  lecteurs  une  pro- 
menade dans  ces  parages. 


BÎIEITKOPF  &  HiEETEL,  BEÏÏXELLES 

Editeurs,    4$,    Montagne    de  la    Cour,   46 

Vient  de  paraître  en  édition  bon  marohé 

ÉCOLE    DE    PIANO 

DU 

CONSERVATOIRE  ROYAL  DE  BRUXELLES 

ÉDITION   DES   CHEFS-D'ŒUVRE    CLASSIQUES 

DES  GRANDS  MAITRES  ANCIENS  ET  MODERNES 
Cori'igce   d'après   les   lexles  originaux,   doigtée  au   point  de  vue  du   développement    lalionnel   du   mécanisme 

ET 
PUBLIÉE    AVEC    LA    COLLABORATION    DE 

M.    GUSTAVE    SANDRE 

Professeur  d'harmonie  pratique  au  Conservatoire  royal  de  Bruxelles 

PAR 

Livraison  1-40,  net  :  2   fr.  50 

Le  catalogue  de  l'Ecole  de  Piano  par   Dupont,  est  envoyé  franco   à   toute  per- 
sonne qui  en  fait  la  demande. 


PIANOS  BECHSTEIN. 


PIANOS  BLUTHNER 


HARMONIUMS    ESTEY 


LE  GUIDE  MUSICAL 


611 


BIBLIOGRAPHIE 


M.  Gounin-Ghidone,  éditeur  à  Paris,  21,  rue 
Mérèse,  vient  de  publier  un  intéressant  recueil  de 
Pièces  inédites  pour  orgue  ou  harmonium,  composées 
par  E.  Bernard,  Chabrier,  Eymieu,  G.  Fauré, 
Gigout,  Guilmant,  L.  Hess,  Hillemacher,  A.  Hol- 
mes, G.  Hue,  Vincent  d'Indy,  E.  Lacroix,  Ch.  Le- 
febvre,  Lenepveu,  Paladilhe,  Reyer,  Rousseau, 
Salvayre,  Vidal,  etc. 

Ce  recueil  est  le  premier  volume  de  la  série. 

— On  sait  que  l'ouvrage  de  M.Edouard  Hanslick, 
professeur  à  l'Université  de  Vienne,  ayant  pour 
titre  :  Du  Beau  dans  la  musique,  n'a  pas  eu  moins  de 
huit  éditions  en  Allemagne.  M.  Charles  Bannelier 
vient  de  faire  paraître  chez  MM.  Ph.  Macquet  et 
C'',  éditeurs  de  musique,  io3,  rue  Richelieu,  la 
seconde  édition  française,  revue  et  modifiée 
d'après  la  huitième  édition  allemande. 

—  Au  tour  de  l'Espagne  de  mettre  en  lumière  la 
série  de  compositions  de  ses  grands  maîtres,  à 
partir   du    xv'    siècle.    Plusieurs    de    ces    œuvres 


peuvent  rivaliser  avec  ce  que  l'Italie  et  les  Pays- 
Bas  ont  produit  de  plus  remarquable 

Il  a  fallu,  pour  réaliser  cette  noble  et  vaste 
entreprise,  rechercher  et  rajuster  partout  les 
fragments  disséminés  de  ces  productions,  tâche 
d'autant  plus  ardue  qu'au  rebours  de  ce  qui  a  lieu 
aujourd'hui,  les  œuvres  musicales  n'étaient  guère 
mises  en  partition.  Une  basse  par  ici,  un  ténor  par 
là,  un  alto  ailleurs...  quelle  rude  épreuve  à  subir 
et  quelle  énorme  patience  à  déployer! 

M.  Philippe  Pedrell,  un  maitre  érudit  et  entre- 
prenant, a  bien  voulu  se  charger  de  cette  ingrate 
besogne,  et,  grâce  à  la  première  livraison  spé- 
cimen, parue  il  y  a  quelques  semaines,  et  entière- 
ment formée  des  compositions  de  Christophe 
Morales  —  un  des  plus  illustres  musiciens 
espagnols  du  xvi"  siècle,  —  on  a  pu  voir  que  la 
publication  constituera  un  vrai  monument  artis- 
tique,digne  des  grandes  individualités  qui  y  figure- 
ront. 

Rien  n'a  été  négligé,  d'ailleurs,  pour  ce  tardif 
hommage  rendu  par  l'Espagne  à  ses  glorieux 
enfants.  L'ouvrage  est  muni  d'une  préface  histo- 
rique et  esthétique  bilingue  ;  la  traduction  de 
l'ancienne  notation  a  été  opérée  dans  les  meilleures 
conditions   possibles;    la    gravure    constitue    un 


Paris,  A.  DURAND   et  fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


TH.     DUBOIS 

Org-aniste    du    Grand    Orgue    de   la    Madeleine 


rr 


D 


\  m\  m 


SERIE 


1.  Alléluia  du   Messie  (Haendel)    .... 

2.  Marche  d'^f.Aa/ye  (Mendelssohn)       ...  — 

3.  Marche  du  Songe  d'une  nuit  d'été  (Mendelssohn)      — 

4.  Introductiondu  troisième  acte  et  Chœur  des  fiançailles 

de  Lohengrin  (R.  "Wagner)      ....  — 

5.  Marche  religieuse   de  Lohengrin  (R.  "Wagner).  — 

6.  Marche  de  Ta/z/jAasz/^-eriR.  "Wagner)       •        .  — 

2^    SÉRIE 

7.  Marche-Gavotte   de  Josué  (Haendel)  .         .         . 

8.  Psaume  XII.  i"  Cieli  Immensi  (Marcello), 

9.  Chœur  de  Paulus  (Mendelsschn) 

10.  Chœur  mystique  de  ^ai/5-f(Sch.umann) 

11.  Prélude  de  Lohengrin  (R.  "Wagner). 

12.  Introduction  du  troisième  acte  et  Chœur  des  pèlerins 

de   Tannhaeuser  (R.  "Wagner) 


Prix  net,  fr.  1  50 
—        .    2  — 


2   — 


50 


Prix  net,  fr.  2   — 

—  .  1  25 

—  »  2  - 

—  «  2  — 

—  «  1  50 

—  »   2  — 


612 


LE  GUIDE  MUSICAL 


modèle  de  clarté  et  d'élégance;  enfin,  le  papier 
solide  et  le  format  ample  de  l'ouvrage  achève- 
ront de  rendre  attrayante  une  réunion  de  vrais 
chefs-d'œuvre. 

Le  recueil  est  intitulé  :  Hispania  schola  musica 
sacra.  Opéra  varia  send.  XV,  XVI,  XVII  et  XVIII. 
—  Barcelona,  Juan  Pujol  y  Compania,  editores. 

Suivent  les  nombreux  souscripteurs,  en  tête 
desquels  se  trouve  la  reine  Marie-Christine. 

Le  Théâtre  de  Richard  Wagner 

Essais   de   Critique   Littéraire,  Esthétique  et  Musicale 

Par  Maurice    KUFFERATH 
PARSIFAL,   I  vol.  de  3o2  p.,  2°  édit.  fr.   3  5o 

TRISTAN  et  ISEULT,  i  vol.  de  375  p. ,  2«  éd.  »  5  oo 
LOHENGRIN,  i  vol.  de  218  p.,  3«  édit.  »     3  5o 

LA  WALKYRIE,  i  vol.  de  i5o  p. ,  2»  »  »     3  5o 

SIEGFRIED,  I  vol.  de  i3op.  2"  édit.  »     2  5b 

Paris  :  à  la  librairie  Fischbacher,  33,  rue  de  Seine 
Bruxelles  :  Schott  frères,  éditeurs,  Mont,  de  la  Cour,  82. 
Leipzig  :  Otto  Junne,  Thalstrasse,  21. 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latéi>ale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 

RÉPERTOIRE  DES  THEATRES  ET  CONCERTS 

Bruxelles 

Alcazar  royal.  —  Spectacle  varié. 

Waux-Hall.  —  Tous  les  soirs,  concert  de  symphonie 

par  l'orchestre  du  théâtre  de  la  Monnaie. 

Paris 

Opéra    —  Du  20  juillet  au  5  août  :  Djelma,  Samson  et 

Dalila.  Roméo  et  Juliette.  La  Walkyrie. 
Opéra-Comique.  —  Clôture 


MACKÂR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galène) 

F  .A.  IR,  I  s 

Piopriétaires  des  œuvres  de  TscliaiUowiïlty,  Gottscliaik,   Pruilcut,  /%Ilnr<l 

des   jtrt-kives   du   |tiauo   et   de  la  célèbre   .Héthodc    de   piiiuo    \.   I.c    ('af|tcntier 

Seuls  dépositaires  de  l'Editiou  Cbarnot,  spécialement  consacrée  à  la  luasiquc  de  violou 

Yient  de  paraître! 

Henri  IHarécIial,  Lt  Sommeil  de  Jésus,   prélude 

de  la  Nativité,  Orchestre 3  — 

Parties  séparées 5  — 

Piano  seul 5  — 

transcr.  facile  par  Tavan.      .  3  — 

Violon  ou  violoncelle  et  piano  .  6  — 

Mélodies  de  PanI  Itongnou 

1.  Au  vent 3  — 

2.  La  Chanson  du  renouveau     ....  3  — 

3.  Comment  on  dit  :  «  Je  t'aime  ».     .      .3  — 

4.  Etre  deux 5  — 

5.  J'aime,  je  crois,  j'espère 3  — 

6.  Le  Livre  de  la  vie 3  — 

7.  Premiers  baisers  du  printemps   .      .      .  3  — 

8.  Le  Souvenir 5  — 

9    La  Valse  des  nuages 5  — 

H.-P.  Toby.  Sérénade,  paroles  de  A.  Semiane  .     3  — 

—  Barcarolle,  paroles  de  A.  Semiane  ....     3  — 

—  Berceuse  de  A.  Cœdes,  transcrite  pour  orgue 

et  piano 7  5o 


P.  Tsclia'ikowsky.  Album  russe  transcrit  pour 
violon  et  piano  par  Ad.  Herman 

Six  numéros,  chaque.      .  2  — 

réunis.      .  6  — 
R.  Favarger.  Boléro  pour  piano  (ao''  édition) 

Piano  à  4  mains 10  

Piano  et  violon g  — 

J.  Danbé.  Menuet  pour  piano  et  violon     ...  5   — 

—  Mazurka  de  salon  (originale)  pour  piano   et 

violon 6 

C.  ©alos.  Dolorosa,  nocturne  pour  piano.     .      .  6  — 

—  Le  Lac  de  Côme    .  5  

—  Le  Chant  du  berger 5  — 

—  Souvenir  des  champs 6  

B.-Il.  Culomer.  Rondino  pour  piano.  .     .  5  — ^. 

G.  Pfeiffer.  Romance  pour  violoncelle  et  piano  6  —  • 

J.  Tcn  Brinck.  Voici  le  soir,  valse,  barcarolle  .  5  —  ■ 

Ch.  I.cfebvre.  Oublier,  mélodie     "      .      ...  5  — 
Kmile  Waldtenfel.  Amour  et  Printemps,  valse 

chantée 

Arrangé  pour  orchestre,  parties  sép.  2  — 

—  harmonie  ou  fanfare  .  3 


ANTONT  SIMON,  célèbre  Berceuse 


No  I .  Pour  Violon  avec  Piano  (originale)     .  frs  6  — 
»  2.      •)     Violoncelle  avec  Piano (tran.scrite 

par  G.  Fitzerthagen).     .     .  »  6  — 

»  3.      )>    Chant  avec  Piano  (par  l'auteur)  .  »  5  — 


No  4.  Pour  Harmonium  avec  Piano    . 
»  5.      »     Piano  à  2  mains  (par  l'auteur) 
»  6.      »     Piano  à  4  mains  (par  l'auteur) 
»  7.      »     Orchestre  à  cordes.     Partition  net,  frs  2  — 
»  7".    »  »  »  Parties       »     »    3  — 


frs  5 
»    7  5o 


LE  GUIDE  MUSICAL 


613 


ttve 


Léopold  MURAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique) 


UC-posilalre  unique  de  l'idiliou  Fn.yuc 

(partitions    de    poche    POaB    LA    MUSIQUE     DE    CHAMBRE) 

DETHIER,  Gaston.  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue. 

—  Prélude  sur  le  Dics  Ira  pour  grand  orgue 

—  Romance  pour  violon  et  piano       .... 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano. 
LEKEU,  G™*^.  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties 

partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano 
—  Trois  pièces  pour  piano  ....... 

RAWAY  Erasme.  Scènes  Hindoues,   poème  symphonique  en  quatre  parties 
réduction  à  quatre  mains       ..... 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  d'après  Hsendel,  pour  violon  et  piano 
—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano 

ï-'Bivoi     franco     des     ca(al4»;:riies 


net  fr.     3    — 


3  — 

4  — 
3  i5 
2  5o 


COIVIIVIISSION    ET    EXPORTATION    DE    MUSIQUE   BELGE   ET    ETRANGERE 

J.-B.  KATTO,  éditeur  de  musique,  52,  rue  de  l'Ecuyer,  Bruxelles 

ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 


Ticut    de    paraître 

CHŒUR  A  QUATRE  \'OIX  D'HOMMES 

IMPOSÉ    EN    DIVISION     SUPÉRIEURE    AU    CONCOURS    INTERNATIONAL    DE    VALENCIENNES 

Poésie  de  FELIX  BERNARD 

MUSIQUE     DE 

ADOLPHE     F.      WOUTERS 

Partition  net  2  fr.  5o  |  Chaque  partie  o,5o  fr. 

TÉLÉPHONE   I902 


riiblicalions  iioinelles  pour  VIOLON  avec  accoiiipagnemenl  de  IM.\NO 

EN  VENTE  CHEZ 

SCHOTT  FRÈRES,  ÉDITEURS,  82,  MONTAGNE  DE  Lu  COUR,  BRUXELLES 

O  TTO  JUNNE,   Thalstrasse,  21,  Leipzig- 


Accolay,  J.  B.  Au  bord  dii 
ruisseau,  idylle  .... 

—  La  Taglioni,  scène  de  ballet 
— Ruines  et  Souvenirs, ballade 

—  Rêverie  mélancolique  . 
— Légende  écossaise    . 

—  b'olonaise. 

Bohm,  G.  Cinq  morceaux 

N°  I.  Séparation. 

N"  2.  Douce  attente. 

N"  3.  Dou.x  rêves 

N"  4.  Echo  du  bal   . 

N"  5.  Mon  étoile, 
Qabriel-Marie.  «  Impres- 
sions. »  5  pièces  originale: 

N"  I.  Simplicité. 

N"  2.  Insouciance 

N"  3.  Quiétude  . 

No  4.  Souvenir   . 

N»  5.  Mélancolie 

N"  6.  Allégresse. 
Gilis,  A.  Soirées  enfantines 

Six  morceaux  très  faciles 

N»  I.  Air  villageois.      . 

N»  2.  Chant  du  village. 

N"  3.  Air  champêtre     , 

N"  4 .  Fanfare-Marche  . 


I  35 
I  75 
I  35 
I  75 
I   35 


I   90 


I   35 


No  5.  Royal-Gavotte      .      . 

N"  6.  Musique  militaire     . 
Hermann,     Rob.    Petites 

Variations  p^ur  rire,  com 

posées  sur  sept  notes 
Herrmann,  Th.  Six  irans- 

cri  plions  d'œuvres  célèbres; 

N"  I .  Air  de  Chérubini 

N"  2.  Grétry,  Romance  de 

Richard.      .      .      .      i   — 

N"  3.  NicoLO,  Joconde.      .      i   — 

N"  4 .  Schubert,  Sérénade     i  35 

N"  5.  Schubert,   Moment 

musical.  .      .      i   35 

N»  6.    Mendelssohn,    Auf 

Flûgeln.      .      .      .      I   35 
Hille,  G.  Op.  6o.  Concerto 

avec  Piano lo  — 

Hone,  J.  The  Old  Folks  at 

Home I  75 

—  Suite  Irlandaise  : 

N"  I .  When  theWlio  adores 

thee I  35 

N"  2,  If  thou  wilt  be  Mine     i  35 

N"  3.  Oh!    Had   we   some 

Bright I   35 

Nû  4.  Is  that  M'' Reilly.     .     i   - 


Hoyois,  L.  Mélodie.      .      .  i  75 

Jetiin-Pruine.  Romance   .  i  75 

—  Berceuse i   35 

Hubay,  Jenô.   Cinq   mor- 
ceaux ; 

Op.  37.  N"  I.  Fleur  de  Mai    .  i   75 

Op.  37   N"  2,  Au  temps  jadis  2  5o 
Op.    38,    N"    I.     Devant    son 

image(Chant  surla4''corde)  i  75 

Op    38.  N"  2,  Sous  sa  fenêtre  2   — 

Op.  39.  Ramage  de  rossignols  3  — 

Smetkoren,  J.  Elégie  .     .  i  75 

—  Berceuse 2  — 

Thallon,  R.  Romance   .      .  i  75 
Ventli,  G.  Trois  morceaux  ; 

N"  I.  Chanson  sans  paroles  i  35 

N"  2.  Chanson  du  soir  .      .  i  35 

N"  3.  La  Sérénade  ...  2  — 

—  Deux  Rhapsodies  : 

N"!.  Sur  des  motifs  écossais  i  90 
No  2.  Sur  des  mélodies  sué- 
doises    3  75 

Ysayë.  Deux  Mazurkas  : 

No  1.  Dans  le  lointa:in  .      .2  — 

No  2.  Mazurka    .      .      .      .2  — 


614 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Etablissement  Photographique 

Place  du  Congrès.  65,  me  Eoyale 

Cartes  de  Visite  :  12  fr.  la  douzaine 

Les  ateliers  sont  au  rez-de-chaussée 
ENGLISH  SPOKER  H  AN  SFRIGHT  EEUTSGH 

Maison  G.  GONTHIER 

Fournisseur  des  musées 

Rue  de  l'Empereur,  3i,  Bruxelles 

MAISON    SPÉCIALE 
pour    eiicadremeuta    artistiques 


VIOLONS    ITALIENS 


GEORGES  MOUGENOT 

LUTHIER    FABRICANT 

Fonrvisseur  et  conservateur  des  instruments  de  concert 

du  Conservatoire  royal  de  Bruxelles 

23,    Montagne  de  la   Cour,   23 

(au  premier) 

BRUXELLES 

Succursale  à  Londres  :  23,  Berners  Street 


i.ecomu:uudée  aux  clif.n!; 


.le. 


PIANOS    ET    HARMONIUMS 

H.  BALTHASAE-FLOUEITCE,  ITAMUH 

Fouinisteur  de  la  Cour,  Membre  des  Jurys  Anvers  1885,  Bruxelles  1888 

MALADIES    DES   VOIES    RESPIRATOIRES 
STATION  THERMALE  DE  DESSAU  (ALPES  BAVAROISES) 

Du  l"ju)n  à  fia  cctctie 

DESSAU  est  situe, 
dans  la  partie  la 
plus  pittoresque  delà 
vallée  du  Lech,  à  une 
altitude  de  75o  mètr'"^ 
au-dessus  du  niveau 
de  la  mer  du  Nord 
Cette  localité  est  lar 
gement  découverte 
vers  le  sud,  où  l'on 
a  devant  soi  la  chaîne 
des  Alpes  bavaroises 
et  tyroliennes  Son 
climat  est  subalpin. 
De  vastes  sapinières 
rendent  l'air  absolu- 
ment pur  et  riche  en 
ozone.  La  région  est 
riche  en  magnifiques 
promenades  dans  les- 
quelles des  endroits 
de  repos  sont  habile- 
uient  aménagés  et 
d'où    l'œil    jouit    de 

splendides  points  de  vue  sur  les  montagnes  eiiviroiinantes.  Excursions  à  pied  et  en  voiture  aux  châ- 
teaux royaux  de  Neuschwnnstein,  Hohenschwangau,  LirJerhof.  etc.,  et  dans  les  montagnes;  pêche  abondante 
et  variée,  etc.  —  Traitement  efficace  de  toutes  les  affections  des  voies  respiratoires  :  catarrhes  chroniques, 
oppression, asthme,  etc.;  des  affections  du  système  nerveux  :  surexcitation,  dépression;  névrose  :  hystérie, 
neurasthénie;  de  ]a.  goutte  et  du  rhumatisme;  des  affections  du  cœur  :  faiblesse  du  muscle  cardiaque,  cœur 
graisseux,  dégénérescence  graisseuse,  névroses,  lésions  organiques  compensées,  etc. 

Un  médecin  distingué  est  attaché  spécialement  à  l'établissement  :  le  docteur  Krimbacher. 
Spécialiste  pour  les  maladies  de  la  gorg'e  et  des  voies  respiratoires:  le  D"'  BATER,  de  Bruxelles 


Te"s"c£Ibres  PIANOS  HENRI  HERZ 

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numéros  34-35 


SOMMAIRE 

Hugues  Imbert.  -   Vincent  d'Indy. 

L'Hymne  à  Apollon.  —  Réponse  de  M.  Th. 
Reinach   à   M.    Nicole. 

Maurice  Kufferath.  —  A  Bayreuth. 

(dljronique  île  la  Semaine  :  Paris  :  A  propos  de  la 
prochaine  saison  de  l'Opéra-Comique.  —  La  distri- 
bution des  prix  du  Conservatoire,  M.  R.  —  Nou- 
velles diverses. 

Bruxelles  :  La  prochaine  ouverture  du  théâtre  de  la 
Monnaie,  J.  Br.- 

(ttorresponbancee   :    Amsterdain,    Anvers  :  le  festival 

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lï^aîtres  Contemporains 


VINCENT  DINDY 

OMME  Berlioz, Vincent  d'Indy, 
bien  que  né  à  Paris  le  27 
mars  i85i,  a  des  attaches 
avecles  contrées  méridionales 
de  la  France;  car  sa  famille 
était  originaire  de  Vernoux 
(Ardèche)  et  y  a  conservé  des 
propriétés.  Il  a  puisé  dans  la 
beauté  des  sites  qui  l'entouraient,  dans  les 
montagnes  du  Vercors,  la  plaine  du  Khône, 
les  beaux  bois  de  hêtres  et  de  sapins,  son 
profond  amour  pour  la  nature.  Comme 
Berlioz,  il  aura  eu  des  tendances  très  mar- 
quées pour  l'art  symphonique;  et  lorsqu'en 
1867  il  eut  sous  les  yeux  le  traité  d'orches- 
tration du  maître  de  la  Côte-Saint-André, 
ce  fut  une  révélation  :  les  grands  dieux  de 
l'Olympe  musical,  Gluck,  Spontini,  Beetho- 
ven, Weber...  lui  apparurent  dans  tout  le 
rayonnement  de  leur  maîtrise  et  de  leur 
gloire.  La  nature  et  Berlioz,  voilà  donc  les 
deux  puissants  et  premiers  éducateurs  de 
Vincent  d'Indy;  tout  le  problème  de  sa 
destinée  n'est-il  pas  contenu  en  germe  dans 
ces  deux  facteurs?  «  C'est  une  hypothèse 
de  la  philosophie  littéraire  contemporaine, 
a  dit  Paul  Bourget,  que  l'esprit  grandit 
comme  une  plante  et  qu'il  absorbe  en  lui, 
par  un  travail  inconscient  et  profond,  tout 
le  suc  nourricier  du  milieu  dans  lequel  il 
est  placé.  »  Visitez  les  collines  et  les  mon- 


tagnes du  Vercors,  les  cimes  et  les  versants 
si  pittoresques  des  Cévennes  ;  remémorez- 
vous  les  théories,  les  préférences,  les  haines, 
les  enthousiasmes  de  Berlioz,  —  le  milieu 
physique  et  moral  dans  lequel  a  vécu 
Vincent  d'Indy  vous  sera  perceptible  ;  son 
état  d'âme  se  dévoilera.  Plus  tard,  lorsqu^un 
coup  de  tonnerre  éclatera  dans  le  ciel  mu- 
sical et  qu'apparaîtra  Richard  Wagner,  il 
sera  fasciné,  dompté  par  ce  génie  puissant 
et  absorbant.  Cherchant  d'abord  à  l'imiter 
(certaines  de  ses  œuvres  en  porteront  la 
trace),  il  s'apercevra  bientôt  qu'il  fait 
fausse  route.  Il  se  repliera  sur  lui-même,  ne 
retiendra  plus  que  les  grandes  lignes  du 
maître  de  Bayreuth  et  créera,  dirigé  par  un 
musicien  tel  que  César  Franck,  de  belles 
pages  dans  lesquelles,  malgré  quelques 
réminiscences,  la  personnalité  s'accuse 
hautement.  Tels  la  Trilogie  de  Wallenstein 
et  le  Chant  de  la  Cloche.  Ajoutons  que  si, 
dans  sa  musique,  il  est  poète  comme  Sully- 
Prudhomme,  il  est  encore  plus  artiste  à  la 
façon  de  José-Marie  de  Heredia. 

Ce  fut  sa  grand'mère,  M"«=  Théodore 
d'Indy,  une  excellente  musicienne,  qui  diri- 
gea ses  premiers  pas  dans  la  carrière  si 
difficile  de  l'art  musical.  A  l'âge  de  neuf 
ans  il  commençait  l'étude  du  piano,  et  à 
quatorze  ans  il  était  absolument  maître  de 
l'instrument.  Il  vécut  dans  l'intimité  des 
classiques,  Bach,  Haydn,  Mozart,  Beetho- 
ven. 

De  1862  à  i865,  Diemer  lui  révèle  plus 
profondément  le  mécanisme  du  clavier; 
puis,  après  cette  période,  Lavignac  lui 
enseigne  la  technique  de  l'harmonie  et 
les  premiers  principes  de  la  composi- 
tion. Simultanément,  il  suit  les  cours  de 
Marmontel.  C'est  en  1867  qu'un  de  ses 
oncles,  M.  Wilfrid  d'Indy,  amateur  très 
passionné  pour  la  musique,  lui  j&t  connaître 
le  traité  d'orchestration  d'Hector  Berlioz, 


620 


LE  GUIDE  MUSICAL 


qui  devait  lui  ouvrir  un  horizon  nouveau. 
Puis,  en  1868  ou  1869,  survient  sa  liaison 
avec  un  musicien  fort  bien  doué,  M.  Henri 
Duparc  ;  ils  travaillent  ensemble  les  parti- 
tions de  Richard  Wagner  et,  dans  leur  petit 
cénacle,  on  exécute  les  belles  conceptions 
de  Jean-Sébastien  Bach,  notamment  la 
Passion  selon  saint  Mathieu. 

En  1870,  il  prend  la  capote  de  soldat  et 
vole  à  la  défense  du  pays.  Triste  page 
d'histoire  où  sombrent  tant  d'intelligences, 
mais  où  se  révèlent  cependant  de  si  beaux 
dévouements!  Une  grande  perte  pour  lui 
fut  celle  de  sa  grand'mère,  M^^  Théodore 
d'Indy,  qui  mourut  peu  de  temps  après 
l'armistic^e. 

C'est  à  cette  époque  que  César  Franck 
devient  son  professeur.  Sous  sa  direction, 
le  jeune  compositeur  étudie  l'harmonie,  la 
composition,  le  contrepoint  et  la  fugue. 
Reçu  dans  sa  classe  d'orgue  au  Conserva- 
toire en  1873,  il  remporte  en  1874  ^n 
second  et  en  1875  un  premier  accessit. 
Alors  qu'il  était  encore  à  la  classe  d'orgue, 
il  fit  ses  premières  armes  comme  organiste 
titulaire  à  l'église  de  Saint-Leu-Taverny, 
près  Ermont,  qui  possédait  un  très  bel 
instrument  de  Cavaillé-CoU,  grâce  à  la 
libéralité  de  Napoléon  III.  Ce  que  Berlioz 
■avait  fait,  en  s'engageant  comme  choriste  au 
théâtre  des  Nouveautés,  après  l'excommu- 
nication maternelle,  pour  parer  aux  pre- 
mières nécessités  de  la  vie,  Vincent  d'Indy 
l'entreprit,  en  entrant  en  1875,  lors  de  sa 
sortie  du  Conservatoire,  à  la  Société  des 
Concerts  du  Châtelet,  comme  second  tim- 
balier et  chef  des  chœurs,  dans  le  but  de  se 
familiariser  avec  l'emploi  de  l'orchestre,  de 
se  lier  avec  la  plupart  des  instrumentistes, 
et  peut-être  aussi  de  prouver  sa  détermina- 
tion bien  arrêtée  de  suivre  la  carrière  mu- 
sicale. Ce  fut  dans  cette  même  année  1875 
que  fut  exécutée  à  Paris,  aux  Concerts 
populaires  dirigés  par  Pasdeloup,  sa  pre- 
mière œuvre,  l'ouverture  de  Piccoloniini, 
seconde  partie  de  la  Trilogie  de  IVallenstein, 
d'après  la  tragédie  de  Schiller,  qui  devait 
être  une  de  ses  plus  belles  créations,  i^uis 
viennent  les  années  de  production.  En  1876, 
audition  aux  Concerts  populaires  de  l'ou- 
verture pour  Antoine  et  Cléopâtrc  de  Sha- 


kespeare; —  le  24  mars  1878,  exécution 
de  la  Forêt  enchantée  d'après  Uhland.  Dans 
la  même  année,  le  quatuor  (op.  7)  pour 
piano  et  instruments  à  cordes  est  joué 
simultanément,  à  la  Société  Nationale  de 
Musique  et  à  la  Trompette. 

En  1881  fut  représenté  à  l'Opéra-Co- 
mique  un  petit  acte,  sur  un  livret  de 
M.  Robert  de  Bonnières  :  Attendez-moi  sous 
l'orme.  A  la  même  époque,  l'auteur  termine 
la  composition  du  Poème  des  Montagnes, 
suite  pour  piano  (op.  i5),  qui  rentre  dans  la 
catégorie  des  œuvres  inspirées  directement 
par  la  nature.  Son  premier  grand  succès 
fut  le  Chant  de  la  Cloche,  légende  drama- 
tique en  un  prologue  et  sept  tableaux,  qui 
remporta  le  premier  prix  au  concours 
ouvert  par  la  ville  de  Paris  en  l'année  1886. 
Composée  pendant  la  période  de  1879  à 
i883,  cette  belle  page  a  été  tirée  du  drame 
de  Schiller  par  Vincent  d'Indy.  Poème  et 
musique  sont  l'œuvre  du  compositeur,  qui 
a  suivi  l'exemple  de  Berlioz  et  de  Wagner. 
Le  Chant  de  la  Cloche  a  été  exécuté  aux 
frais  de  la  ville  de  Paris,  à  l'Eden,  le  25  fé- 
vrier 1886.  De  nouvelles  et  nombreuses 
auditions  en  ont  été  données  dans  les 
grands  concerts,  en  France  et  à  l'étranger, 
avec  un  succès  croissant.  Bien  qu'inféodé 
à  l'école  wagnérienne,  Vincent  d'Indy  a  su 
se  servir  des  Lcitmotive,  ou  thèmes  conduc- 
teurs, sans  pour  cela  copier  servilement  le 
maître  de  Bayreuth.  Il  a  gardé  son  origina 
lité,  et  des  tableaux  comme  le  Baptême, 
V Amour,  la  Fête,  Vision,  l'Incendie,  la  Mort, 
le  Triomphe  lui  ont  fourni  l'occasion  de 
montrer  sa  maîtrise  dans  la  variété  des 
combinaisons  instrumentales  et  les  ri- 
chesses du  coloris  musical. 

Sauge  fleurie,  légende  pour  orchestre, 
d'après  Robert  de  Bonnières,  a  été  com- 
posée en  octobre  1884.  Ce  poétique  conte 
de  fées  devait  séduire  le  musicien  qui,  dans 
son  enfance,s'était  exclusivement  passionné 
pour  les  contes  populaires  ou  fantastiques 
des  Haut,  Andersen,  etc..  et  ouvrir  un 
vaste  horizon  à  sa  muse  rêveuse,  éprise 
des  S}'mboles.  La  jeune  fée  Sauge  fleurie 
erre  au  bord  d'un  lac  aux  eaux  bleues  et 
tout  couA'ert  de  jonquilles.  Le  fils  du  roi, 
poursuivant  un   cerf  à  travers    la    forêt. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


621 


aperçoit  la  fée  et  s'arrête  ébloui  à  sa  vue. 
Aimer  un  homme  était  un  cas  de  mort  pour 
Sauge  fleurie;  elle  préfère  renoncer  à 
l'immortalité  pour  posséder,  ne  fût-ce  qu'un 
instant,  le  cœur  d'un  prince  aussi  beau. 
Charmante  scène  d'amour  où  Sauge  fleurie 
donne  sa  vie  à  son  amant,  qui  bientôt 
s'éloigne  avec  la  chasse  : 

Amour  et  Mort  sont  toujours  à  l'affût, 
Ne  croyez  pas  que  celle  que  je  pleure 
Fut  épargnée  :  elle  sécha  sur  l'heure, 
Comme  une  fleur  de  sauge  qu'elle  fut 

Il  se  dégage  un  charme  indéniable  de 
cette  œuvre  finement  ciselée,  travail  d'un 
poète  musicien  dans  lequel  la  science  des 
vieux  maîtres  est  alliée  à  la  richesse  de 
l'harmonie  moderne. 

En  octobre  i885,  voit  le  jour  la  sympho- 
nie en  sol  (op.  25),  pour  orchestre  et  piano, 
sur  un  chant  montagnard  français,  laquelle 
fut  entendue,  en  mars  1887,  aux  Concerts 
Lamoureux  :  le  piano  était  tenu  par 
M"«  Bordes-Pène.  Vincent  d'Indy  a  su 
habilement  tirer  parti  des  ressources  que 
lui  offrait  le  clavier.  La  symphonie  est 
divisée  en  trois  parties,  qui  ne  sont  que  des 
variantes  d'un  thème  transformé  à  l'infini. 
Le  cor  anglais,  dès  le  début  de  la  première 
partie,  présente  le  motif  pastoral  qui  est 
développé  tour  à  tour  par  les  divers  instru- 
ments. Dans  la  deuxième  partie,  le  piano 
prend  une  plus  grande  importance  et  donne 
la  réplique  à  l'orchestre  où  l'on  distingue 
les  rythmes  les  plus  opposés,  les  combinai- 
sons les  plus  fantaisistes.  Des  appels  de 
cor,  un  solo  d'alto  plein  de  tendresse, 
esquissent  fort  bien  les  scènes  de  la  vie 
champêtre.  Et,  comme  apothéose,  une  ker- 
messe aux  rythmes  plein  d'entrain  et  d'hu- 
mour ! 

Le  3  mai  1887  eut  lieu  l'unique  et  superbe 
représentation  de  Lohengrin  à  l'Eden.  Ce 
fut  Vincent  d'Indy  que  Charles  Lamoureux 
s'adjoignit  pour  diriger  les  études  chorales 
et  la  musique  de  scène.  On  se  souvient 
encore  de  la  magistrale  exécution  de 
l'œuvre  de  Richard  Wagner,  qui,  depuis, 
ne  fut  pas  dépassée  à  l'Opéra. 

{A  suivre).  Hugues  Imbert. 


REIISrAOH  COI^TRE  NICOLE 

Nous  recevons  de  M.  Th.  Reinach  la  lettre 
suivante  en  réponse  à  la  lettre  de  M.  Nicole, 
de  Genève,  que  nous  avons  publiée  dans  notre 
numéro  du  22-29  juillet  : 

Paris,  3o  juillet  1894. 
Monsieur  le  Directeur, 

On  me  communique  une  lettre  de  M.  Nicole  au 
sujet  de  VHymne  à  Apollon,  qui  a  paru  dans  votre 
dernier  numéro. 

Je  ne  veux  pas  abuser  de  votre  hospitalité,  sur- 
tout en  faveur  de  cet  hymne,  qui  vous  a  déjà  pris 
beaucoup  de  place;  mais  il  me  faut  cependant 
répondre  en  quelques  mots  au  plaidoyer  de  l'hono- 
rable musicien  genevois,  plaidoyer  qui  prend  un 
peu  les  allures  d'un  réquisitoire.  M.  Nicole  com- 
mence par  affirmer  que,  tout  en  ayant  reçu  de 
M.  le  directeur  de  l'Ecole  d'Athènes  communica- 
tion de  ma  transcription,  il  a  pris  la  peine  de 
refaire,  d'une  manière  indépendante,  la  traduction 
des  notes  antiques  «  d'après  un  tableau  synoptique 
qu'il  s'était  fait  de  tous  les  signes  d'Alypius  n.  Je 
n'ai  pas  l'habitude  démettre  en  doute  les  assertions 
d'un  confrère,  mais  M.  Nicole  me  permettra  de 
croire  qu'en  opérant  sa  traduction  il  a  cependant 
eu...  un  peu  sous  les  yeux  la  mienne  :  autrement,  il 
serait  bien  extraordinaire  que  sur  toutes  les  ques- 
tions controversables,  par  exemple  le  choix  entre 
la  pure  chroinatique  et  l'inharmoiiique,  l'interpré- 
tation des  caractères  I,  K,  O,  etc.,  il  fût,  sans 
hésitation,  tombé  d'accord  avec  moi.  En  tout  cas, 
c'est  une  coïncidence  dont  j'ai  tout  Heu  d'être 
satisfait,  et  qui,  à  défaut  d'autre  mérite,  me  laisse 
celui  de  la  priorité  dans  l'exactitude. 

En  revanche,  je  laisse  bien  volontiers  à  M.  Ni- 
cole le  mérite  et  même,  s'il  veut,  la  gloire  d'avoir 
eu,  le  premier,  l'idée  de  briser  le  rythme  certain, 
limpide  et  documentaire  de  l'hymne  grec,  en  s'ins- 
pirant  de  la  manière  «dont  les  pâtres  et  les 
Klephtes  chantent  dans  la  montagne».  Je  ne  lui 
envie  nullement  la  paternité  de  ce  n  récit  n  incohé- 
rent, monstrum  horrendum,  informe,  ingens,  cui  lumen 
ademptum.  S'il  veut  être  édifié  sur  la  valeur  d'une 
tentative  de  ce  genre,  je  me  permets  de  le  ren- 
voyer à  l'article  consacré  à  ce  sujet  dans  le  dernier 
numéro  de  la  Berliner  Phihlogische  Wochenschrift 
(26  juillet),  par  le  savant  le  plus  compétent  qu'il  y 
ait  en  Allemagne  sur  ces  matières  depuis  la  mott 
de  Westphal,  M.  Karl  von  Jan.  Il  y  constatera 
que  ce  juge  vraiment  autorisé  donne  à  ma  trans- 
cription une  approbation  sans  réserve  qui,  venant 
après  celle  de  M.  Gevaert,  me  laisse  peu  d'in- 
quiétude pour  l'avenir. 


622 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Je  ne  parle  ici  que  science,  et  non  pas  goût,  car 
«des  goûts  on  ne  doit  pas  disputer»;  si  donc, 
comme  l'assure  M.  Nicole,  M.  Homolle  a  «  beau- 
coup préféré»  sa  version  à  la  mienne,  je  ne  puis 
qu'en  féliciter...  M.  Nicole,  tout  en  m'étonnant  que 
le  directeur  de  l'Ecole  d'Athènes  n'ait  pas  cru 
devoir  manifester  publiquement  cette  «  préférence» 
en  insérant  la  version  de  M.  Nicole  dans  le 
Bullttin  de  l'Ecole  d'Athènes,  à  la  suite  ou  à  la 
place  de  la  mienne.  Il  est  également  certain, puis- 
que M.  Nicole  l'affirme,  que  des  musiciens  lui  ont 
fait  demander  son  travail  «  à  Vienne,  à  Lille,  à 
Paris  et  à  Constantinople»;  mais  là  où  sa  mémoire 
commet  une  petite  défaillance,  c'est  quand  il  ajoute 
qu'à  Constantinople  «M.  Cambin  a  fait  exécuter 
sa  version  avec  grand  succès  ».  Au  contraire, 
lorsque  les  membres  du  comité  chargé  de  l'orga- 
nisation du  concert  ont  pris  connaissance  de  la 
version  de  M.  Nicole,  ils  l'ont  trouvée,  à  bon 
droit,  tellement  supérieure  à  la  compréhension  de 
leur  public,  qu'ils  ont  (à  défaut  de  l'accompagne- 
ment Fauré,  non  encore  gravé)  fait  écrire  par  un 
compositeur  italien,  M.  Radeglia,  un  accompagne- 
ment très  simple  et  très  raisonnable,  sous  la 
mélodie  rythmée,  complétée  et  découpée  d'après 
mes  indications. 

C'est  cet  arrangement,  et  non  celui  de  M.  Ni- 
cole, qui  a  été  exécuté  «  avec  grand  '  succès  »  à 
Constantinople;  je  dois  ajouter  qu'en  publiant  {for 
privaU  circulation)  son  travail,  M.  Radeglia  a  pris 
soin  d'inscrire  sur  la  couverture  :  «  transcription 
de  M.  Théodore  Reinach»;  délicatesse  scrupuleuse 
qui  aurait  pu  trouver  des  imitateurs. 

Il  y  aurait  encore  plusieurs  inexactitudes  à 
relever  dans  la  lettre  de  M.  Nicole,  par  exemple 
lorsqu'il  affirme  que  «  dans  la  version  Reinach-Fauré 
il  ne  voit  qu'un  endroit  où  un  chanteur  puisse 
respirer  :  c'est  sur  un  point  d'orgue  qui  tombe  au 
milieu  d'un  mot».  Ce  point  d'orgue  —  dont  je  n'ai 
pas  d'ailleurs  à  prendre  la  défense  —  ne  s'observe, 
bien  entendu,  que  lorsqu'on  chante  les  paroles 
françaises,  et  alors  il  tombe,  non  pas  au  miUeu 
d'un  mot,  mais  à  la  fin  d'un  vers  :  «Roi  des  jeunes 
taureaux  consume  les  chairs». 

En  revanche,  M.  Nicole,  s'il  s'en  était  donné  la 
peine,  aurait  pu  compter  dans  notre  transcription 
—  reprise  non  incluse  —  vingt  et  une  virgules  dites 
de  respiration,  six  points  d'orgue  et  quatre  grandes 
coupures  marquées  par  des  doubles  barres  ou  des 
silences  prolongés  :  si  cela  ne  suffit  pas  aux  «  pâtres 
grecs»  pour  reprendre  haleine,  c'est  que  ces 
messieurs  sont  devenus  très  asthmatiques  depuis 
mon  dernier  voyage... 

Un  dernier  mot  :  M.  Nicole  me  reproche 
d'avoir  laissé  imprimer  partout  {??)  que  c'est  ma 
version  et  mon  (?)  accompagnement  qu'on  a 
exécutés  à  Athènes,  comme  aussi  d'avoir  laissé 
imprimer  «dans  les  Annales»  (??)  que  j'avais 
découvert  l'inscription  à  Delphes,  que  j'étais 
membre  de  l'Institut,  «et  bien  d'autres  encore». 
Mais,  je  vous  en  prie,  quel  homme  d'étude  ou  de 
plume    garderait    une    heure   pour    ses    travaux 


sérieux,  s'il  prenait  la  peine  de  répondre  à  toutes 
les  inepties  qu'on  imprime  au  sujet  de  lui  ou  de 
ses  publications,  et  qui,  la  moitié  du  temps,  ne 
parviennent  même  pas  à  sa  connaissance?  Autre 
chose  est  de  laisser  imprimer  des  sornettes  sans 
conséquence  et  qui  ne  trompent  personne,  autre 
chose  d'imprimer  soi-même  des  assertions  volon- 
tairement ou  involontairement  inexactes  :  je 
iregrette  que  M.  Nicole,  que  je  ne  connais  pas  et 
qui,  en  sa  qualité  de  musicien  et  de  philhellène 
avait  tous  les  droits  à  mon  estime,  se  soit  laissé 
tomber,  cette  fois,  dans  cette  fâcheuse  erreur. 

Agréez,  Monsieur  le  Directeur,  l'assurance  de 
mes  sentiments  très  distingués. 

Théodore  Reinach. 


OHENGRiN,tel  qu'il  est  donné  à  Bayreuth, 
est  un  inoubliable  spectacle.  Non  pas 
que  rexécution  nous  ait  révélé  des 
aspects  inattendus  de  l'œuvre,  comme  le  fit, 
il  y  a  deux  ans,  la  première  exécution  du 
Tannhœitser  sur  la  scène  du  théâtre  Wagner. 
Pour  Tannhœiiser,  l'exécution  de  Bayreuth 
avait  eu,  en  quelque  sorte,  le  caractère  d'une 
interprétation  nouvelle,  quelque  chose  comme 
la  restitution  intégrale  d'un  tableau  rendu  mé- 
connaissable par  des  retouches  et  des  repeints. 
Le  troisième  acte,  notamment,  joué  jusqu'alors 
suivant  les  plus  déplorables  traditions  de 
l'opéra  était  demeuré  lettre  morte,  et  il  avait 
fallu  la  mise  en  scène  de  M"^  Wagner,  la  belle 
ordoirnance  de  toutes  les  parties  de  la  repré- 
sentation, la  compréhension  de  la  portée  mo- 
rale du  poème,  pour  en  faire  saillir  le  caractère 
grave,  le  beau  sentiment  dramatique  et  reli- 
gieux tout  ensemble. 

Avec  Lohengrin,  nous  n'avons  pas  eu  de  ces 
surprises,  sauf  au  dernier  acte.  Il  y  a  là  un 
chœur  qui  suit  le  grand  récit  du  Graal  et  une 
courte  apostrophe  de  Lohengrin  au  roi  Henri, 
lui  annonçant  la  victoire  et  les  grandeurs  futu- 
res de  la  patrie  allemande,  qui,  partout  suppri- 
més sur  nos  théâtres  depuis  i852,  n'en  consti- 
tuent pas  moins  une  scène  d'une  étonnante  et 
saisissante  grandeur.  Chose  singulière,  ce 
chœur  qu'on  ne  chante  pas,  sous  le  vain  prétexte 
qu'il  fait  longueur  et  qu'il  n'ajoute  rien  au 
développement  dramatique,  a  pour  effet,  au 
contraire,  d'accentuer  le  déchirement  final  et 


LE  GUIDE  MUSICAL 


623 


d'apporter  plus  de  logique  et  de  clarté  dans  le 
dénouement.  Lohengrin  résistant  aux  seules 
prières  d'Eisa  semble  infliger  à  celle-ci  une 
peine  cruelle  et  disproportionnée  avec  la  faute. 
Lorsque  le  chevalier  au  cygne  reste  sourd  aux 
supplications  du  peuple  tout  entier,  à  celles  da 
Roi,  à  celles  d'Eisa  et  de  ses  suivantes,  o.i 
comprend  mieux  qu'il  obéit  à  la  loi  suprême 
du  Graal,  on  sent  plus  poignante  la  douleur  de 
la  séparation  et  la  grandeur  du  sacrifice.  Enfin 
l'apparition  du  jeune  duc  Godefroid,  ne  répon- 
dant à  aucune  nécessité  dramatique  quand 
ce  chœur  est  coupé,  paraît  non  seulement 
logique,  mais  devient  le  véritable  dénouement 
du  drame. 

Ce  qui  est  tout  à  fait  hors  de  pair,  dans  l'exé- 
cution de  ce  finale,  c'est  l'art  avec  lequel  tout 
le  personnel  en  scène  participe  à  l'action.  Eisa, 
affaissée,  entourée  de  ses  femmes,  a  des  atti- 
tudes exquises  de  madone  au  pied  de  la  croix, 
et  le  groupe  des  suivantes  rangées  autour  d'elle, 
les  unes  agenouillées,  les  autres  penchées, 
toutes  mêlées  activement  à  la  douleur  de  leur 
maîtresse,  restitue  une  vision  animée  des 
admirables  compositions  des  maîtres  italiens. 
On  dirait  une  mise  au  tombeau  du  Titien,  ou 
une  scène  biblique  de  Mazzolino.  Lohengrin, 
dans  le  fond  de  la  scène,  priant  agenouillé, 
évoque  l'idée  de  quelque  saint  Toma  de  Mutina 
perdu  dans  l'ardente  extase  de  la  foi  opérante, 
tandis  que,  de  l'autre  côté,  Ortrude,  surgissant 
des  frondaisons  de  la  forêt  et  se  confondant  en 
quelque  sorte  avec  le  tronc  du  chêne  où  elle 
s'appuie,  symbolise  d'une  façon  saisiss.-^nte  le 
paganisme  druidique  terrassé  par  la .  religion 
nouvelle. 

Ainsi  les  réalisations  scéniques  de  Bayreuth, 
intimement  inspirées  des  idées  poétiques  et 
philosophiques  du  maître,  élargissent  le  cadre 
de  l'action  et  suggèrent  de  lointaines  excursions 
de  la  pensée.  Il  faut  rendre  hommage  à  qui  le 
mérite  pour  ces  remarquables  interprétations. 
Mais  s'il  est  difficile  de  distinguer  en  cette 
matière;  de  dire  ce  qui  revient  à  chacun,  à 
Mme  Wagner,  à  Félix  Mottl,  à  Hermann  Levi, 
à  M.  Kniese,  aux  remarquables  chanteurs,  aux 
décorateurs,  dans  l'œuvre  commune,  une  men- 
tion spéciale  est  due  cependant  au  jeune  Sieg- 
fried Wagner  pour  la  composition  de  ce  tableau 
final,  qui  est  son  œuvre  propre.  C'est  lui  qui  en 
a  esquissé,  au  crayon  et  à  l'aquarelle,  les  évolu- 
tions mouvementées  et  colorées,  et,  pour  ses 
débuts  dans  l'art  du  régisseur,  il  s'est  signalé 
par  un  coup  de  maître. 

S'il  me  fallait  noter  toutes  les  particularités 
intéressantes  de  cette  rénovation  de  l'ouvrage 


le  plus  joué  et  le   plus  populaire  de  Wagner, 
j'aurais  fort   à  faire.  Il   n'y  aurait,  pour  ainsi 
dire,  pas   une  scène  qui  ne  donnât    lieu  à  des 
observations  où  la  vulgarité  et  la  navrante  pla- 
titude de  nos  exécutions  ordinaires  devraient 
être  nécessairement  mises  en  relief.   Mais  on  a 
déjà  dit,  ici  même,  l'art  vraiment  surprenant  avec 
lequel  manœuvrent  les  masses,  et  mon  éminent 
confrère  Charles   Tardieu,  dans    l'intéressante 
lettre  adressée  par  lui  de  Bayreuth  à  V Indépen- 
dance belge  (i),  a  finement  analysé  les  jeux  de 
scène  expressifs  et  caractéristiques  de  cette  in- 
terprétation bayreuthoise.  Je  tomberais  fatale- 
ment dans  les  redites,  si  je  voulais,  à  mon  tour, 
m'arrêter   aux   détails   nouveaux   ou  curieux, 
dignes  d'attention  :  la  distinction,  ingénieuse- 
ment établie  par  le  costume,  les  armes,  par  la 
coloration  et  la  coupe  des  cheveux,  entre  les 
différentes  peuplades  accourues   à  l'appel  du 
bon  roi  Henri  l'Oiseleur;  la  saisissante  façon 
dont  les  suivantes  d'Eisa  se  mêlent  à  la  prière 
de  celle-ci;  les  évolutions  extraordinairement 
animées  de  la  masse  des  choristes  à  l'approche 
du  chevalier  miraculeux  ;  la  dramatique  appa- 
rition de  Telramund  et  d'Ortrude,  au  milieu  de 
la  marche  du  sacre  ;  l'adorable  défilé  des  com- 
pagnes d'Eisa  dans  la  chambre  nuptiale  ;  l'inti- 
mité charmante  donnée  à  la  scène  d'amour  par 
l'ingénieuse    disposition  du    décor;  la  grande 
allure  imprimée  à   la  réunion  des  guerriers  et 
des    gens   du    peuple    à    l'appel    des    hérauts 
d'armes,  etc.,  etc.  Tout  cela  forme  un  ensemble 
parfaitement   ordonné,   soulignant  d'un    geste 
général    remarquablement    juste    les    grandes 
pages  du  drame.  On  se  demande  par  quel  pro- 
dige d'incompréhension,  tant  de  directeurs,  de 
régisseurs  et  de  chefs  d'orchestre  ont  pu  passer 
depuis  un  demi-siècle  à  côté  de  la  vérité  enfin 
apparue  ici  dans  sa  rayonnante  splendeur. 

Ce  serait,  sans  doute,  exagérer  que  de  pré- 
tendre qu'en  aucune  de  ses  parties  Lohengrin 
n'a  jamais  été  bien  rendu  ailleurs.  Le  décor  du 
premier  acte,  les  mouvements  de  masses,  la 
belle  sonorité  des  chœurs,  enfin  la  perfection 
du  rendu  orchestral,  lors  de  la  première  exécu- 
tion de  l'ouvrage  à  Paris  (à  l'Eden-Théâtre), 
sous  la  direction  de  Lamoureux,  n'étaient  pas 
inférieurs  à  ce  que  je  viens  d'avoir  ici;  mais  il  y 
avait  des  taches,  des  insuffisances  en  beaucoup 
de  points.  L'Eisa  de  M^e  Nordica  ne  m'a  pas 
fait  oublier  la  pénétrante  héroïne  de  M^^Caron, 
si  dramatique  au  second  acte  et  si  pathétique 
au  troisième,  ni  le  Frédéric  de  M.  Popovici, 
l'interprétation   très  énergique   du  même  per- 

(i)  Numéro  du  29  juillet  1894.  Supplément  littéraire. 


624 


LE  GUIDE   MUSICAL 


sonnage  par  Maurice  Renaud,  lors  de  la  pre- 
mière à  l'Opéra,  en  1892. 

Ce  qui  est  unique  à  Bayreuth,  c'est  la  par- 
faite concordance  des  parties,  le  parallélisme 
absolu  de  l'interprétation  vocale,  orchestrale  et 
scénique,  si  bien  qu'un  détail  manqué  se  perd 
dans  le  charme  idéal  du  tout.  Telle  faute  qui 
vous  avait  choqué  au  moment  même  s'efface 
dans  le  recul  de  la  mémoire,  pour  faire  place  à 
la  vision  enchanteresse  d'une  série  de  tableaux 
merveilleusement  composés.  Ainsi,  je  n'ai  plus 
souvenance  des  quelques  gestes  maladroits  de 
]y[me  Nordica,  de  son  inexpérience  à  se  servir 
de  ses  mains  et  de  ses  bras  battant  l'air  inutile- 
ment ;  ni  des  attitudes  parfois  exagérées  de 
iy[me  Brema,  qui  vont  jusqu'à  l'extrême  limite  de 
la  distinction  dans  la  grande  scène  du  deuxième 
acte.  Il  est  vrai  qu'elle  incarne  le  personnage 
odieux  de  la  pièce,  das  fier chter licite  ÏVeib, 
l'eÊfroyable  femme,  comme  l'appelle  Wagner. 
Mais  si,  dans  sa  fureur  très  osée,  la  querelle  des 
deux  femmes  suggère  de  loin  des  comparai- 
sons fâcheuses  avec  la  fameuse  querelle  de 
la  Fille  de  M"^  Angot,  le  regard  ne  conserve, 
à  distance,  que  le  souvenir  des  énergies 
farouches  d'Ortrude  s'opposant  avec  un  relief 
saisissant  à  la  piété  secourable  d'Eisa,  et  des 
magnifiques  tableaux  qui  se  déroulent  l'un  après 
l'autre  à  partir  de  l'arrivée  de  Lohengrin. 

Les  deux  artistes  nouvelles  que  M™'=  Wag- 
ner a  su  attacher  à  son  théâtre  ont  d'ailleurs 
apporté  un  nouvel  élément  d'intérêt  à  l'œuvre 
de  Bayreuth.  M'^  Nordica  est  une  cantatrice 
de  beaucoup  de  distinction  et  de  goût.  La  voix 
n'a  pas  un  timbre  très  brillant,  et,  par  là  même, 
l'artiste  paraît  un  peu  froide  ;  il  semble  qu'il 
manque  à  son  chant  la  flamme  intérieure,  la 
vibration  qui  trouble  et  pénètre;  mais  elle  a 
dans  la  voix  des  douceurs  très  caressantes,  de 
fines  nuances,  une  mezza-voce  particulière- 
ment charmante  dans  la  scène  du  balcon  et,  au 
premier  acte,  dans  la  scène  d'entrée. 

]y[me  Brema,  qui  est  une  Anglaise  d'origine 
allemande,  a  plus  de  tempérament,  et  il  se 
pourrait  qu'il  en  sortît  une  artiste  remarquable. 
La  voix  est  belle,  elle  a  de  l'éclat,  de  la  sou- 
plesse, du  timbre,  de  l'énergie,  et  la  vaillance 
un  peu  désordonnée  avec  laquelle  elle  a  sup- 
porté le  rôle  écrasant  d'Ortrude  sans  une 
faiblesse,  sans  une  hésitation  jusqu'à  la  fin, 
prouve  les  qualités  exceptionnelles  de  cette 
artiste.  Reste  à  savoir  s'il  y  a  en  elle  une 
individualité.  Après  Lohengrin,  je  l'ai  revue 
dans  la  Kundry  de  Parsi/al,  où  elle  m'a  paru 
tout  à  fait  remarquable,  alliant  un  grand 
charme  de  diction,  d'attitudes  et  de  voix  dans 


les  scènes  de  séduction  ou  de  repentir,  à  une 
fureur  énergique  à  plaisir  et  farouche  sans 
excès  dans  les  scènes  véhémentes. 

Mais  que  vous  parlé-je  des  interprètes  isolés? 
Qu'il  s'agît  de  Lohengrin  ou  de  Parsifal,  il 
faudrait  naturellement  nommer  avant  tout 
Van  Dyck,  l'unique,  l'incomparable,  que  j'ai  eu 
le  «  rare  »  bonheur  de  voir  dans  le  chevalier  au 
cygne,  et  la  malechance  de  ne  pas  entendre, 
cette  fois,  dans  Parsifal.  Son  interprétation 
de  Lohengrin,  déjà  si  dramatique  et  si  variée 
à  Paris  et  à  Bruxelles,  s'est  encore  affinée  et 
complétée  ici,  et,  dans  le  cadre  merveilleux  que 
lui  fait  son  entourage,  il  est  véritablement  le 
personnage  surnaturel  dont  la  venue  miracu- 
leuse suscite  un  drame  si  poignant.  Le  malheur 
de  M.  Van  Dyck,  c'est  qu'il  rend  tous  les 
autres  ténors  impossibles.  Par  le  charme  de  la 
voix,  la  clarté  de  la  diction,  la  noblesse  du 
geste,  l'ampleur  et  la  justesse  musicale  du  style, 
par  toutes  ses  qualités  de  chanteur  et  de  comé- 
dien, il  leur  est  si  supérieur  qu'on  éprouve  un 
sentiment  pénible  dès  que  paraît  un  Griining 
(Tannhœuser)  ou  un  Birrenkoven  (Parsifal). 
Ce  dernier  a  une  jolie  voix,  une  vraie  voix 
de  ténor,  chose  rare  en  Allemagne  ;  il  chante 
juste  et  joue  consciencieusement.  Mais  il  lui 
manque  ce  quelque  chose  qui  est  indéfinissable 
et  qui  fait  le  don  souverain.  Il  peut  nous  satis- 
faire, mais  il  ne  nous  saisit  pas,  comme  l'autre. 
Et  puis,  il  est  vraiment  trop  pot-à-tabac,  qu'il 
porte  le  costume  du  jeune  fol  courant  les  bois 
l'arc  à  la  main,  ou  l'armure  du  chevalier  noir. 
Dans  la  grande  scène  finale  du  Graal,  quand 
il  promène  la  lance  sacrée  sur  l'assemblée,  il  a 
l'air  de  courir  après  un  papillon  ;  il  ne  manque 
vraiment  à  son  épieu  que  le  petit  sac  de  gaze  ! 
Non,  voyez -vous,  c'est  très  bien  par  moments, 
mais  ce  n'est  pas  ça. 

Me  voilà  discutant  les  détails  d'exécution, 
les  mérites  et  les  démérites  particuliers  de  l'un 
ou  l'autre  interprète,  comme  s'il  s'agissait  d'une 
représentation  en  un  théâtre  quelconque  !  J'ai 
tort,  je  le  reconnais,  car  à  Bayreuth,  c'est  l'en- 
semble qui  importe  et  qui  demeure  la  chose 
essentielle.  Et  à  ce  point  de  vue,  on  n'a  pas 
tort,  assurément,  de  chercher  à  attirer  de  nou- 
velles forces  jeunes  au  théâtre  de  Wagner;  seu- 
lement il  y  aurait  quelque  danger  si  l'on 
continuait  à  vouloir  y  faire  prédominer  les  pires 
méthodes  allemandes  de  déclamation  et  de 
chant.  J'ai  entendu,  à  ce  sujet,  énoncer  des 
théories  qui  auraient  fait  bondir  Wagner,  car  il 
fut  de  tout  temps  l'adversaire  de  cette  école  de 
vocalistes  qui  chantent  dans  leur  barbe  et  se 
comportent  en  scène  avec  la  gravité  solennelle 


LE  GUIDE  MUSICAL 


625 


de  professeurs  d'université.  On  vous  explique 
que  l'allemand  est  une  langue  pauvre  en 
voyelles  et  forte  surtout  par  ses  consonnes. 
Conclusion,  on  ne  fait  plus  entendre  les  voyelles 
et  l'on  fait  sonner  seulement  les  consonnes  ! 
Cela  fait  à  la  scène  une  langue  sifflante  et  péta- 
radante du  plus  désagréable  effet. 

Et  puis  l'on  recommande  maintenant  aux 
chanteurs  et  acteurs  d'éviter  «  l'effet  théâtral  » , 
d'être  iniiig,  intimes,  e'est-à-dire  pénétrés  du 
sentiment  qu'ils  ont  à  exprimer.  Comme  résul- 
tat, cela  nous  a  donné,  dans  Tannhœuser,  un 
Landgrave  qui  chantait  pour  son  nombril  et 
dont  le  geste  allait  du  sein  droit  au  sein  gauche. 
Van  Dyck,  l'excellent  Reichmann,  la  Nordica, 
la  Brema,  tous  sont  trop  theatralisch  au  gré 
de  certains  esthéticiens  des  bords  du  Mein 
rouge.  On  leur  reproche  de  jouer  trop  en 
dehors;  il  faudrait  qu'ils  jouent  en  dedans. 
Etrange  aberration  !  Où  veut-on  que  le  chan- 
teur soit  en  dehors,  qu'il  soit  théâtral,  si  ce 
n'est  justement  à  la  scène  !  Ah  !  la  belle  géné- 
ration de  chanteurs  et  de  comédiens  qu'on  va 
nous  faire  avec  ce  système  de  la  lunigkeit 
actuellement  en  honneur!  En  peu  de  temps, 
on  en  sera  revenu  à  cette  école  de  l'abstinence, 
la  Enthalsamkeits-schule,  si  justement  et  si  éner- 
giquement  combattiie  et  raillée  par  Wagner  de 
son  vivant.  Ce  n'est  pas  lui,  ah!  certes  non, 
qui  se  fût  contenté  des  chanteurs  qu'on  nous  a 
fait  entendre  dans  le  Tannhœuser,  tous  stylés 
suivant  la  nouvelle  méthode,  tous  innig,  tous 
((  en  dedans  »  et  absolument  insupportables, 
cela  va  sans  dire.  Ce  n'est  pas  du  temps  de 
Wagner,  du  temps  des  Materna,  des  Betz,  des 
Niemann,  des  Cari  Hill,  de  tous  les  grands 
protagonistes  de  V Anneau  du  Nibelung  qu'on 
les  eût  supportés  et  prônés. 

Nous  voilà  loin  de  Lohengrin  et  de  Parsifal  ! 
Sans  doute;  mais  il  est  impossible  de  parler 
des  représentations  de  cette  année  sans  toucher 
aux  questions  qui  ont  été  agitées  à  propos 
d'elles  et  qui  ont  exercé  une  influence,  selon 
moi,  fâcheuse  sur  la  tenue  générale.  Des  repré- 
sentations du  Tannhœuser,  comme  celle  à 
laquelle  j'ai  assisté  le  6  août,  ne  sont  pas  dignes 
du  lieu.  L'enthousiasme  des  bons  Allemands 
de  province  que  la  mise  en  scène  éblouit  ne 
doit  pas  faire  naître  des  illusions  sur  les 
impressions  pénibles  éprouvées  par  la  grande 
majorité  du  public  lettré  et  cultivé  qui  se  trou- 
vait réuni  à  cette  représentation.  Sans  la 
radieuse  beauté  du  troisième  acte,  d'un  si 
profond  sentiment  poétique  et  religieux,  elle  se 
fûtprobablenient  terminée  plus  que  froidement. 
Même  l'orchestre  a  semblé  à  plusieurs  riîoins 


irréprochable  que  d'habitude  sous  la  direction 
du  jeune  Strauss.  Sans  parler  de  la  sonorité 
souvent  vulgaire  des  cuivres,  de  la  pauvreté 
des  bois  et  particulièrement  du  hautbois  et  de 
la  clarinette,  qui  semblent  demander  l'aumône, 
il  s'est  produit  des  hésitations  dans  la  Baccha- 
nale et  dans  le  grand  ensemble  du  deuxième 
acte.  Les  deux  autres  jours,  sous  Mottl  et  Levi, 
le  groupe  instrumental  a  été,  en  revanche, 
incomparable,  à  son  ordinaire.  Quel  ensemble, 
quelle  souplesse  et  quelle  fermeté  de  rythme  ! 
Quelle  vaillance  dans  les  traits  les  plus  difficiles 
au  quatuor,  quelle  sûreté  d'attaque,  quelle 
puissance  dans  les  forte,  quelle  suavité  dans  les 
piano  !  La  critique  perd  ses  droits  ici  ;  elle  n'a 
vraiment  qu'à  s'incliner,  en  humble  admiratrice 
devant  le  souci  d'art  qui  est  la  souveraine 
préoccupation  du  lieu,  et  dans  lequel  la  piété 
artistique  de  M™^  Cosima  Wagner  est  géniale- 
ment  secondée  par  la  maîtrise  de  collaborateurs 
tels  que  Félix  Mottl  et  Hermann  Levi.  A  ce 
point  de  vue,  il  n'y  a  pas,  en  Europe,  une  insti- 
tution qui  se  puisse  comparer  à  celle-ci.  Depuis 
deux  ans,  M™e  Wagner  et  son  fris  ont  travaillé 
sans  relâche,  sans  un  jour  de  repos,  à  la  resti- 
titution  de  Lohengrin  dans  son  intégralité 
esthétique,  dramatique  et  musicale,  qui  aura 
été  l'honneur  et  la  gloire  de  la  saison  de  1894. 
Un  fait  topique,  à  cet  égard,  c'est  que  M^^s  Nor- 
dica et  Brema  ont  passé  deux  bons  mois  à 
Bayreuth,  étudiant  leurs  rôles  scène  par  scène, 
sous  l'œil  de  M^e  Wagner,  réglant  leurs  atti- 
tudes, leurs  gestes  et  leur  diction  d'après  les 
indications  de  cette  femme  supérieure,  artiste 
autant  par  les  grands  souvenirs  de  sa  vie  que 
par  l'élévation  de  son  esprit.  Déjà  elle  est  à 
l'œuvre  pour  la  reprise  de  VA  nnean  du  Nibe- 
lung, qui  aura  lieu  dans  deux  ans,  en  manière 
de  commémoration  de  l'inauguration  solennelle 
du  théâtre  de  Bayreuth  en  1876.  Tout  est  à 
reconstituer,  décors,  costumes,  mise  en  scène, 
exécution  vocale.  Quel  travail!  On  est  présen- 
tement à  la  recherche  d'une  Brunnhilde  et  d'un 
Wotan.  Avis  à  celles  et  à  ceux  qui  se  croiraient 
de  taille  à  affronter  ces  deux  rôles. 

En  voyant  la  somme  énorme  de  travail,  le 
concours  de  talents  et  d'efforts  mis  à  contribu- 
tion en  vue  de  ces  exécudons  de  Bayreuth,  on 
serait  presque  tenté  de  montrer  quelque  indul- 
gence aux  directeurs  de  théâtres  ordinaires  qui 
n'ont  pas  le  loisir  de  se  consacrer,  en  tous  sens, 
eux  et  leur  personnel,  à  une  préparation  aussi 
minutieuse.  Mais  le  reproche  qui  le  touche,  c'est 
l'indifférence  qu'ils  manifestent  au  regard  de 
'  tous  ces  problèmes  de  mise  en  scène  et  d'inter- 
prétation musicale  et  dramatique  que  le  théâtre 


626 


LE  GUIDE  MUSICAL 


de  Bayreuth  résout  d'une  façon  triomphale,  et 
l'on  pourrait  presque  dire  avec  tant  d'aisance. 
S'ils  ne  trouvent  rien,  l'explication  est  bien 
simple  :  c'est  qu'ils  ne  cherchent  pas.  Tout  est 
exécuté  à  la  «  va  comme  je  te  pousse  !  »  Il  suffi- 
rait de  vouloir,  pour  aboutir  à  de  tout  autres 
résultats. 


En  passant  par  Munich,  j'ai  entendu  Tristan 
et  Iseult,  qui  inaugurait  ici  le  cycle  des  repré- 
sentations wagnériennes  annoncé  à  grand  ren- 
fort de  réclame  dans  le  monde  entier.  Il  paraît 
que  M.  Possart,  —  qui  est  à  la  fois,  à  lui  seul, 
le  Stoumon  et  le  Calabresi  de  Munich,  —  a  le 
ferme   propos   de    «  couler    Bayreuth  » .   C'est 
l'idée  artistique  qui  a  présidé  à  l'organisation 
de    cette    série    de    spectacles.    Je   crois   que 
M.  Possart  se  fait  des  illusions.  Pour  arriver  à 
ses   fins,  il  lui  faudrait    une    compréhension 
esthétique  et,  en  général,  une  connaissance  de 
l'œuvre  wagnérien  qu'il  ne  semble  pas  posséder. 
Ancien  comédien,  il  n'a  pas  un  suffisant  mépris 
de  la  routine  théâtrale  pour  marcher   résolu- 
ment dans  les  voies  nouvelles  et  donner  aux 
représentationp  qu'il  dirige  le  sens    supérieur 
qu'elles  devraient  avoir.  Certes,  l'exécution  de 
Tristan  à  Munich  était  incomparablement  par- 
faite auprès  de  celle  que  nous  avons  vue,  cette 
année,  au  théâtre  de  la  Monnaie,  mais  combien 
loin  encore  de  l'exécution  à  Bayreuth  !  M'^'^  Mo- 
ran-Olden  chantait  Iseult.  Voix  puissante,  mais 
interprétation  vulgaire,  et  sans  véritable  poésie. 
Brangaine,  c'était  la  charmante  Staudigl,  main- 
tenant attachée  à  l'Opéra  de  Berlin;   Tristan  : 
le  bêlant   Gudehus.  Ni  lui,  ni  Iseult  ne  parve- 
naient à  s'abstraire  du  public  et  à  n'être  sur  la 
scène  que  pour  l'œuvre. 

C'est  et  ce  restera  là  le  défaut  fondamental 
et  irrémédiable  de  toutes  les  exécutions  ^à 
Munich.  La  seule  chose  vraiment  parfaite,  c'a 
été  l'orchestre,  sous  la  direction  de  Levi. 

L'excellent  flûtiste  Léonard  et  le  bon  ténor 
Demest,  qui  assistaient  avec  moi  à  la  représen- 
tation,n'en  revenaient  pas  des  découvertes  qu'ils 
faisaient  à  tout  moment  dans  la  partition,  grâce 
à  la  magistrale  direction  de  Levi  ;  et,  tous  trois, 
nous  avons  regretté,  -  mais  là  très  sincère- 
ment, —  que  M.  Philippe  Flon,  chef  d'or- 
chestre cher  à  M.  Bruneau  et  à  Catulle  Men- 
dès,  ne  fût  point  là  pour  s'orienter  dans  cette 
œuvre  demeurée  jusqu'ici  pour  lui  à  l'état  de 
continent  noir  insuffisamment  exploré. 

Maurice  Kufferath. 


AVIS 

Notre  directeur  s'absentant  pendant  le  mois 
d'août,  nous  prions  nos  correspondants  de  Belgique 
et  de  l'étranger  de  vouloir  adresser,  du  1=''  au 
3i  août,  leurs  lettres  et  correspondances  à  M.  Nel- 
son Le  Kime,  secrétaire  du  GUIDE  MUSICAL, 
12,  rue  du  Marteau,  à  Bruxelles. 

PARIS 

La  prochaine  saison  de  l'Opéra-Comique 
s'annonce  bien  :  d'abord,  reprise  de  Paul  et 
Virginie,  un  four  de  Victor  Massé;  ensuite, 
en  fait  de  nouveautés,  la  Vivandière  de 
M.  B.  Godard,  Guernica  de  M.  Vidal,  Ninon 
de  M.  Missa,  puis  un  opéra  de  M.  Dubois,  un 
autre  de  M.  Leroux,  un  troisième  de  M.  Ser- 
pette ;  les  titres  de  ces  trois  dernières  œuvres  ne 
sont  pas  encore  connus.  Voilà  le  programme, 
le  manifeste,  la  profession  de  foi  de  M.  Car- 
valho.  Net  et  clair;  les  réformes  promises,  les 
abus  réprimés,  le  char  éminemment  national 
dans  la  voie  du  pjogrès.  Parions  pourtant  que 
M.  Carvalho,  dans  sa  course  fantastique,  arrê- 
tera d'un  frein  inexorable  sont  ramway  solen- 
nel aux  gares  somnolentes  des  Dragons  tradi- 
tionnels, de  l'idoine  Fille  du  régiment,  de 
l'utile  Zampa,  des  nécessaires  Diamants,  du 
Domino  indispensable  et,  qui  sait,  de  la  Dame 
blanche  et  congruente. 

Le  gouvernement  a  chargé  M.  A.  Bernheim, 
commissaire    près  les  théâtres   nationaux,    de 
suivre  les  représentations  de  Bayreuth.  Signe 
des,  temps;   on  se  doute,   en  haut  lieu,  que  si 
l'on  v'eut  conserver  intacte  la   suprématie  de 
Paris',  en  ■  fait   de    «  cuisine  théâtrale  » ,  il   faut 
eiriprunter  à  l'étranger  ce  qu'il  y  a  de  bon  plu- 
tôt que  de  le  méconnaître  ou  le  dénier.  De  retour 
de  Bayreuth,  M.  Bernheim,  dont  on  ne  connaît 
pas  encore  les  impressions  rapportées,  a  dû  se 
rendre  aux  fêtes  d'Orange.  Il  aura  pu  constater 
que  la  partie  musicale  de  ces  fêtes   si  bruyam- 
ment lancées  n'était  pas  à  la  hauteur  du  reste. 
Nous  ne  mettons  nullement  en  cause  la  valeur 
de  l'œuvre  de  M.   Saint-Saëns,  ni   le  talent  de 
M'i'î  Bréval,  ni  des  chœurs  et  orchestre  de  la 
Comédie-Française.  Ce  qui  aura  plus  directe- 
ment intéressé  M.  le  commissaire    du  gouver- 
nement,   retour  de  Bayreuth,    c'est,   —  nous 
citons  un  journal    pourtant    bien    disposé    : 
((  Les  musiciens,  mal  installés  dans  un  corn,  a 


LE  GUIDE  MUSICAL 


627 


gauche,  sous  un  arbre  poussé  là  au  hasard,  et 
aux  branches  duquel  étaient  accrochés  quelques 
misérables  quinquets,  avaient  l'air  d'un  or- 
chestre de  café  chantant  improvisé.  Cela  pro- 
duisait un  singulier  effet,  et  point  du  tout 
avantageux  au  point  de  vue  de  l'aspect  géné- 
ral.  )) 

Et  dire  que  les  organisateurs,  dont  le  même 
confrère  constate  n  l'ignorance  complète  des 
conditions  matérielles  de  fonctionnement  d'un 
théâtre  «,  ne  prétendaient  rien  moins,  comme 
nous  le  rapportions  dans  notre  dernier  numéro, 
que  à' élever  autel  contre  autel! 

Jusqu'à  présent,  il  est  assez  mal  meublé,  votre 
hôtel. 


Elle  a  eu  lieu  la  distribution  des  prix  du 
Conservatoire  ;  bien  ordonnée  comme  un  finale 
d'opéra.  Le  ministre  a  congratulé  tout  le 
monde,  a  célébré  la  supériorité  de  l'établisse- 
ment sur  tous  les  autres,  régionaux  ou  étran- 
gers. «  Pour  la  tragédie  et  la  comédie,  nous 
n'avons  de  pairs  nulle  part  en  Europe;  pour 
les  classes  d'instrumeuts  (alto  surtout!)  et  de 
chant  (pose  de  la  voix,  sans  doute?),  nous 
l'emportons  sur  tous  nos  rivaux.  »  C'est  con- 
venu, nul  n'aura  de  talent  que  nous  et  nos 
amis.  Outre  les  clichés,  le  cube  de  la  rue 
Bergère  (il  pleut,  il  pleut),  conserve  aussi  des 
illusions.  Le  ministre  fait  allusion  ensuite  à  la 
millième  de  Mignon  et  à  la  centième  à'Hamlet 
(juste  dix  pour  cent).  M.  Thomas,  ému,  l'em- 
brasse. Puis  on  décore  M.  Saint-Saëns,  qui 
n'appartient  pas  au  Conservatoire.  Emu  quand 
même,  M.  Thomas  l'embrasse  comme  il  avait 
embrassé  naguère  feu  M.  Carnot,  qui  provenait 
plutôt  de  l'Ecole  polytechnique.  M.  Thomas 
détient,  croyons-nous,  le  record  du  monde 
pour  les  baisers  illustres.  C'est  beaucoup  d'émo 
tions  à  son  grand  âge.  On  dit  heureusement 
M.  Casimir  moins  accessible  aux  scènes  d'at- 
tendrissement. 

Quant  aux  réformes  et  modifications  à 
apporter  à  l'organisation  du  Conservatoire  (le 
soleil  a  bien  des  taches),  M.  -le  ministre  a  pro- 
mis d'y  apporter  tous  ses  soins,  du  moment  que 
cela  ne  nécessiterait  pas  de  nouveaux  crédits. 

Et,  dès  à  présent,  on  a  pris  une  mesure  radi- 
cale :  les  professeurs  devront  se  retirer  de  l'en- 
seignement à  l'âge  de  soixante-dix  ans  révolus. 
Quoi  !  comme  des  généraux  alors.  Encore, 
contre  ceux-ci  peut-on  arguer  de  leur  inapti- 
tude aux  exercices  corporels.  Mais  les  profes- 
seurs ne  sont  à  cheval  que  sur  les  principes, 
lesquels,  comme  on  sait,  sont  élastiques  et  con- 


fortables. A  tout  âge,  on  enfourche  Pégase  et 
chevauche  la  Chimère.  On  voit  que  M.  le 
ministre  est  jeune.  Le  respect  s'en  va.  Que 
devient  la  déférence  due  aux  anciens,  aux  vieux 
savants,  aux  hommes  qui  ont  connu  Panseron 
et  Castil-Blaze,  à  ceux  qui  ont  beaucoup  vu, 
beaucoup  lu,  beaucoup  retenu  (et  rien  compris)? 
Que  deviennent  les  situations  consacrées  ?  Et 
l'expérience  acquise  ? 

Il  est  vrai  souvent  que,  quand  on  est  bête 
depuis  très  longtemps,  cela  s'appelle  :  avoir  de 
l'expérience.  M.  R. 

Voici  quelques  extraits  du  règlement  que 
vient  d'édicter  la  Sacrée  Congrégation  des 
Rites,  concernant  la  musique  d'église.  Ce  règle- 
ment est  spécialement  adressé  aux  évêques 
italiens,  mais  on  sait  que  les  abus  qu'on  veut 
réprimer  sont  quasi  généraux. 

Art.  5.  «  Une  composition,  quoique  parfaite, 
peut  devenir  inconvenante,  par  suite  d'une 
mauvaise  exécution;  si  on  n'est  pas  sûr  de 
l'exécuter  d'une  façon  édifiante,  il  faut  la  rem- 
placer dans  la  liturgie  par  le  chant  grégorien». 
Cela  ne  veut  pas  dire,  espérons-le,  que  le  plain- 
cl  ant  puisse  continuer  à  être  lourdement 
braillé  comme  à  présent. 

Art.  6.  «  La  musique  figurée  pour  orgue  doit 
se  conformer  à  la  nature  de  cet  instrument,  et 
avoir  une  marche  liée  et  grave.  »  Avis  aux 
Offertoires  bêlants,  aux  Communions  trémoli- 
santes. 

Art.  12.  «  Défense  de  jouer  des  morceaux  de 
fantaisie  sur  l'orgue,  à  quiconque  ne  sait  le 
faire  convenablement,  afin  de  sauvegarder  les 
règles  de  l'art  et  aussi  le  recueillement  et  la 
piété  des  fidèles.  »  Vous  entendez,  joueurs 
d'orgues  dont  les  gestes  arrondis  aspirent  à  la 
manivelle. 

Art.  g.  «  Est  absolument  prohibée  dans 
l'église  toute  musique  profane,  surtout  si  elle 
s'inspire  des  motifs  et  des  réminiscences  de 
théâtre.  » 

Art.  lo  et  II.  «  Défense  d'omettre  la  moindre 
parole  liturgique  dans  les  chants  et  défense  de 
partager  en  morceaux  détachés  les  versets  qui 
sont  liés  entre  eux,  défense  de  transposer  les 
textes  ou  de  faire  d'indiscrètes  répétitions  de 
mots.  » 

Un  second  règlement  d'ordre  intérieur  invite 
les  évêques  à  «  surveiller  grandement  les  curés 
et  recteurs  d'églises,  afin  qu'on  ne  permette  pas 
d'exécutions  musicales  contraires  aux  présentes 
instructions,  en  recourant,  au  besoin,  aux 
peines  canoniques  contre  les  désobéissants.  » 


628 


LE  GUIDE  MUSICAL 


D'autre  part,  l'édition  de  Ratisbonne  est 
maintenue  et  recommandée. 

Latitude  est  pourtant  laissée  aux  évêques 
d'employer  d'autres  livres  de  chants  sacrés, 
pourvu  qu'ils  soient  approuvés  de  la  Congré- 
gation. 

Enfin,  une  classe  d'alto  va  être  créée  au 
Conservatoire  de  Paris.  M.  Laforge  en  sera 
titulaire. 

M.  Melchissédec,  ancien  artiste  de  l'Opéra, 
dirigera  une  classe  supplémentaire  d'opéra. 

•f 
MM.  Léon  Duprez  et  Masson  sont  nommés 
professeurs  de  chant  au  Conservatoire.  M    Bar- 
bot  prend  sa  retraite. 


Signalons  deux  nouvelles  promotion  et 
nomination  dans  l'ordre  de  la  Légion  d'hon- 
neur : 

Officier  :  M.  E.  Réty,  chef  du  secrétariat  du 
Conservatoire  national  de  musique  et  de  décla- 
mation. 

Chevalier  :  M.  René  de  Boisdeffre,  composi- 
teur. 

Félicitations. 

L'Académie  de  musique  de  Toulouse  ouvre  aux 
compositeurs  français,  pour  l'exercice  iSgS,  un 
concours  de  composition  musicale  dont  voici  le 
programme  : 

1°  Chœur  à  quatre  voix  d'hommes  ;  2°  sonate 
pour  piano  et  violon,  allegro,  andante  et  finale  ; 
3°  mélodie  à  écrire  sur  la  poésie  les  Quatre  Saisons, 
couronnée  premier  prix  en  1S94  ">  4°  morceau  de 
concert  pour  harpe  et  violoncelle. 

L'Académie  ne  tiendra  pas  compte  des  ouvrages 
qui  ne  répondront  pas  aux  conditions  de  ce 
programme. 

Les  manuscrits  devront  être  envoyés  franco, 
jusqu'au  3i  mars  inclus,  73,  rue  de  la  Pomme,  à 
Toulouse,  à  l'adresse  du  secrétaire  général  de 
l'Académie. 


BRUXELLES 

i 'ouverture  de  la  saison  au  théâtre  de 
la  Monnaie  est  proche  :  on  l'annonce 
pour  le  I':'"  septembre.  Récapitulons 
et  complétons  les  renseignements  déjà  donnés 
sur  la  composition  de  la  troupe  et  sur  le  pro- 
gramme que  MM.Stoumon  et  Calabresi  se  sont 


tracé  pour  cette  année,  la  dernière,  a-t-on  dit, 
de  leur  campagne  directoriale.  Une  année 
qu'ils  s'efforceront  sans  doute,  s'il  en  est  ainsi, 
de  rendre  brillante,  leur  désir  devant  être  d'em- 
porter dans  leur  retraite  les  regrets  du  public 
bruxellois  et  d'effacer  les  souvenirs  peu  favo- 
rables qu'a  laissés  la  morne  et  vide  saison 
1893-94;  à  moins  cependant  que,  s'inspirant 
de  mobiles  moins  louables  mais  plus  intéressés, 
ils  ne  se  préoccupent,  avant  tout,  de  rendre, 
cette  dernière  année,  d'exploitation  fructueuse 
au  point  de  vue  financier,  en  vivant  de  reprises 
et d'économies. 

Un  bon  nombre  des  artistes  de  la  saison 
passée  ne  nous  reviennent  pas.  Parmi  eux,  il 
en  est  dont  le  départ  ne  causera  pas  de  bien 
vifs  regrets,  à  côté  d'autres  que  l'on  eût  été 
heureux  de  retrouver  :  telle  M^^^  Wolf,  dont 
on  suivait  les  progrès  sans  cesse  croissants  avec 
un  réel  intérêt. 

Voici  les  artistes  qui  nous  restent  :  M™«s  Ta- 
nésy,  Armand,  Lejeune,  Hendrikx  et  Legé- 
nisel,  MM.  Cossira,  Isouard,  Seguin,  Ghasne, 
Dinard,  Gilibert  et  Danlée.  Tous  ne  seront  pas 
revus  avec  un  égal  plaisir,  mais  dans  le  nombre 
il  en  est  que  l'on  a  fort  bien  fait  de  réengager, 
M.  Seguin  surtout,  dont  on  nous  avait  im 
moment  fait  craindre  le  départ. 

Les  artistes  nouvellement  engagés  sont  : 
1VIII2  Simonnet,  qui  fit,  l'an  dernier,  sur  la  scène 
de  la  Monnaie,  quelques  apparitions  bien 
accueillies  ;  M^^  Cossira,  qui  partagera  avec 
M™^  Armand  le  répertoire  des  rôles  de  contralto; 
M'ie  de  Roskilde,  la  créatrice  de  Sainte-Freya 
au  théâtre  des  Galeries, appelée  à  remplir  les  rôles 
de  Galli-Marié;  W^^  Bolle,  une  des  lauréates 
de  cette  année  au  Conservatoire,  qui  rempla- 
cera M"!^  de  Léga.  Enfin,  il  est  question  de 
l'engagement  d'une  artiste  d'origine  polonaise 
pour  l'emploi  de  première  chanteuse  légère 
d'opéra-comique. 

Du  côté  des  homm.es,  MM.  Casset,  de  Gand, 
et  Bonnard,  d'Anvers,  sont  engagés  respective- 
ment comme  ténors  d'opéra  et  d'opéra-comique, 
en  remplacement  de  MM.  Massart  et  Lepres- 
tre;  M.  Beyle  succède  à  M.  Key  comme  second 
baryton  d'opéra;  M.  Sentein,  qui  fut  de  la 
première  année  de  la  direction  Stoumon  et 
Calabresi  (deuxième  manière),  nous  revient 
en  qualité  de  basse-chantante. 

Dans  le  personnel  de  la  danse,  il  faut  signaler 
le  réengagement  de  M"^  Riccio  comme  pre- 
mière danseuse,  et  le  départ  de  M"=  Rivolta, 
la  danseuse  de  demi-caractère,  qui  n'est  pas 
encore  remplacée  et  qui  le  sera  difficilement 
avec  avantage. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


629 


Quant  au  répertoire  de  la  prochaine  saison, 
MM.  Stoumon  et  Calabresi  se  proposent  de 
monter  Samson  et  Daïila  de  Saint-Saëns 
(enfin!),  VEnfancede  Rolajid d'Emile  Mathieu, 
le  Luthier  de  Crémone  de  Jeno  Hubay,  déjà 
annoncé  deux  saisons  consécutives,  /  Pagliaci 
de  Leoncavallo,  donné  il  y  a  quelques  mois  en 
traduction  française  au  théâtre  de  La  Haye.// 
est  question  aussi  de  Thaïs,  du  Portrait  de 
Manon,  de  la  Navarraise,  les  trois  dernières 
«  productions  »  de  Massenet;  de  Hulda,  de 
César  Franck;  de  Z)7a;7»7e/;,unactedeBizet..., 
et  Von  parle  de  reprendre  la  Walkyrie  et  les 
Maîtres  Chanteurs,  indépendamment  de  la 
reprise  de  Tristan  et  Iseult,  certaine  celle-ci 
et  annoncée  pour  le  premier  mois  de  la  saison. 

Voilà  des  promesses  bien  nombreuses,  mais 
diversenient  alléchantes. 


CORRESPOND  A  NCES 


AMSTERDAM.  —  Le  féminisme  musical 
s'accentue  dans  les  Pays-Bas;  nous  avions 
déjà  M""  Catherine  Van  Rennes,  à  Utrecht,  qui 
compose  des  Lieder,  lesquels  sont  fort  populaires 
dans  sa  patrie  :  voici  une  autre  demoiselle  néerlan- 
daise, M"''  Cornélie  van  Ojsterzee,  qui,  api  es  avoir 
fini  ses  études  à  Berlin,  a  fait  exécuter,  par  l'or- 
chestre Philharmonique,  à  Scheveningue,une  ou- 
verture à  grand  orchestre  pourun  chœur  allemand  : 
Yolanthe,  de  Hertz,  que  l'on  va  représenter  à 
Amsterdam  pour  l'ouverture  du  nouveau  Théâtre 
communal.  T^a  salle  du  Kurhaus  était  tapissée 
d'amis  et  connaissances,  qui  ont  fait  une  ovation 
au  futur  maestro  féminin,  et,  ma  foi!  si  c'est 
M"''  van  Oosterzee  elle-même  qui  a  orchestré  sa 
partition  (avec  les  compositeurs  du  sexe  faible  on 
n'est  jamais  bien  certain),  sa  première  tentative  a 
du  mérite.  Noiis  sommes  déjà  sérieusement 
éprouvés  par  le  dilettantisme  musical  en  Hollande 
et  voilà  que  Varisfocraiie  commence,  hélas  !  à.  s^ en 
mêler  aussi.  Pour  fêter  dignement  la  dixième 
année  d'existence  de  l'orchestre  Philharmonique 
de  Berlin  à  Scheveningue,la  direction  du  Kurhaus 
avait  organisé  un  festival  de  musique  de  trois 
soirées,  et  la  première,  consacrée  aux  œuvres  de 
Schumann,  a  été  dirigée  par  le  baron  van  Zuylen 
van  Nyevelt,  un  millionnaire  appartenant  à  une 
famille  de  la  plus  haute  aristocratie,  qui  a  voulu 
sans  doute  se  payer  le  luxe  de  faire  concurrence 
au  professeur  Mannstàdt,qui  a  consenti  à  s'effacer 


modestement,  en  se  produisant  comme  simple 
pianiste  à  ce  même  concert.  Il  était  à  prévoir  que 
toute  la  noblesse,  tout  le  corps  diplomatique  de  La 
Haye  se  donneraient  le  plaisir  d'acclamerle baron, 
et  la  direction  du  Kurhaus  a  eu  le  bon  esprit  d'en 
profiter,  en  faisant  une  recette  monstre. 

Au  surplus,  le  festival  jubilaire  de  Scheveningue 
n'a  pas  tout  à  fait  répondu  à  l'attente.  Des  trois 
concerts  :  Beethoven,  Schumann,  Wagner,  c'est  le 
dernier,  donné  avec  le  concours  de  M"»  Thérèse 
Malten,  de  Dresde,  qui  a  obtenu  le  plus  grand 
succès  et  qui  avait  attiré  le  plus  nombreux  audi- 
toire. La  chanteuse  wagnérienne,  dont  l'intonation 
n'est  pas  toujours  d'une  pureté  absolue,  mais  dont 
le  récit  et  la  déclamation  sont  superbes,  a  été 
accueillie  avec  enthousiasme. 

Au  concert  Beethoven,  le  violoniste  Heerman, 
de  Francfort,  a  eu  son  succès  habituel.  La  musique 
militaire  allemande,  qu'on  avait  fait  venir  de 
Munster  pourf  jouer  sur  la  terrasse  de  Schevenin- 
gue, est  de  beaucoup  inférieure  à  celle  de  la 
chapelle  des  grenadiers  et  chasseurs  de  La  Haye 
et  a  pu  parvenir  à  peine  à  un  succès  d'estime. 

A  un  des  derniers  concerts  du  Kurhaus,  l'or- 
chestre Philharmonique  a  joué  l'ouverture  de  la 
Fiancée  vendue  de  Smetana  et  la  musique  de  ballet 
des  Ahencérages  de  Cherubini,  deux  nouveautés 
que  nous  avons  écoutées  avec  le  plus  grand 
intérêt. 

L'Opéra  néerlandais,  dirigé  par  M.  Vander 
Linden,  va  ouvrir  par  Rienzi,  de  Wagner,  au  nou- 
veau Théâtre  communal  ;  le  nouveau  directeur 
paraît  prendre  sa  tâche  difficile  au  sérieux  et 
déploie  autant  de  zèle  que  d'activité.  Les  répéti- 
titions  des  chœurs  se  poursuivent  avec  une 
conscience  et  une  finesse  de  détails  inconnues  dans 
les  annales  théâtrales  d'Amsterdam  et  donnent 
déjà  préalablement,  paraît-il,  d'excellents  résultats. 

Messchaert  vient  de  donner  sa  démission  de 
professeur  de  chant  au  Conservatoire  d'Amster- 
dam, ses  engagements  à  l'étranger  ne  lui  permet- 
tant plus  de  remplir  ces  fonctions.  Il  sera  remplacé 
par  M"*"  Cornélie  van  Zanten,  une  élève  de 
M™"  Wilhelmy,  de  Wiesbaden,  et  une  protégée  de 
M.  Daniel  de  Lange. 

Un  marchand  d'autographes,  à  Dresde,  qu'on 
dit  Néerlandais  de  naissance,  vient  d'acquérir  )a 
précieuse  esquisse  avec  le  texte  de  la  partition 
manuscrite  du  Tannhieuser  de  Richard  Wagner. 
L'orchestration  est  indiquée,  et,  par-ci, par-là, on 
trouve  aussi  l'indication  de  la  date  où  les  scènes 
différentes  ont  été  achevées  ;  par  exemple,  à  la 
scène  première  se  trouve  «  Dresde,  novem- 
bre 1843  II.  Le  manuscrit  contient  les  deux  finales 
différents  avec  la  date  de  l'achèvement  de  chaque 
finale.  Ed.  de  H. 


630 


LE  GUIDE  MUSICAL 


ANVERS.  —  Festival  de  musique  russe  à 
l'Exposition. 

M.  Winogradsky  est  de  ces  musiciens  qui  suivent 
les  traces  des  Richter,  Mottl,  Levi,  ces  chefs  d'or- 
chestre devenus  tj'piques.  Sa  façon  de  conduire 
est  à  tel  point  imagée  que  le  public  même  suit 
avec  un  intérêt  croissant  les  diverses  situations 
musicales.  Dès  lors,  il  n'est  pas  étonnant  que  nos 
musiciens  se  soient  sentis  entraîné?,  subjugués  par 
le  bâton  de  magicien  que  manie  avec  une  élégance 
rare  M.  Winogradsky. 

L'orchestre  s'est  surpassé;  jamais  il  n'a  été  plus 
clair,  plus  entraînant!  Aussi  le  succès  a-t-il  été 
énorme  ;  surtout  pour  la  symphonie  de  Tschaï- 
kowsky,  qui  a  été  enlevée  avec  une  verve  éton- 
nante et  dont  M.  Winogradsky  nous  a  donné  une 
interprétation  vraiment  émouvante. 

Sadko,  le  tableau  musical  de  Rimsky-Korsakow, 
a  surpris  par  ses  effets  d'orchestre  extraordinaire- 
ment  réalistes.  On  sent  que  le  compositeur  est 
passé  maître  dans  l'art  de  dépeindre  musicalement 
les  situations  les  plus  diverses.  Les  mêmes  quali- 
tés se  retrouvent  dans  un  charmant  morceau  de 
Moussorgsky,  Un  lever  de  soleil  à  Moscou. 

Quant  à  César  Cui,  il  pâlit  singulièrement  à  côté 
des  compositeurs  déjà  cités.  La  sentimentalité 
énervante  des  Massenet  et  des  Mascagni  ne  lui 
est  point  étrangère.  L'entr'acle  de  son  opéra  iîfl^ 
cliffse  ressent  de  cette  influence. 

On  a  généralement  peu  goûté  l'art  de  phraser  du 
ténor,  M.  Warmbrodt.  Voix  claire  et  juste,  mais 
d'une  sécheresse  extraordinaire.  Est-ce  la  voix  qui 
manque  de  souplesse,  ou  bien  l'artiste  qui  ne  pos- 
sède pas  ce  qu'il  est  convenu  d'appeler  «  le  feu 
sacré?  >■> 

Les  strophes  de  Néron  et  une  cavatine  du  Prince 
Igor  (Borodine)  ont  peu  touché  l'auditoire,  qui 
s'était  pourtant'  emballé  pour  la  symphonie  de 
Tschaïkowsky. 

Il  revient  une  part  de  félicitations  à  M.  Bonzon, 
qui  fait  travailler  journellement  son  orchestre,  et 
qui  a  dû  préparer  les  répétitions,  fort  dures,  des 
grandes  festivités  qui  viennent  d'avoir  lieu. 

On  a  inauguré,  au  Vieil  Anvers,  une  série  d'au- 
ditions qui  seront  consacrées  aux  chansonniers 
flamands  du  xv"  et  du  xvi"  siècle.  Les  composi- 
tions de  nos  vieux  maîtres  ont  été  supérieurement 
interprétées  par  M""-  Soetens-Flament,  M""  J.  Fla- 
ment,MM.BerckmansetFontaine.  L'accompagne- 
ment paraissait  faible,  l'harmonium  ne  parvenant 
pas  à  remplir  l'espace  du  vieux  marché. 

Nous  pouvons  faire  la  même  observation  pour  le 
charmant  ballet  de  M.  Wambach,  qui  eut  un  si  re- 
tentissant succès  à  la  Bourse,  lors  du  Landjuweel. 
L'orchestre  paraissait  fort  maigre  ;  on  dirait  même 
que  les  sonorités  n'arrivaient  qu'imparfaitement 
aux  chanteurs  qui  se  trouvaient  sur  la  scène,  car 
ceux-ci  ont  détonné  plusieurs  fois,  chose  qui  n'est 
arrivée  ni  à  la  Bourse,  ni  à  l'Harmonie.  Cela  n'a 
pas  empêché  le  public  de  faire  fête  au  compositeur, 
et  c'était  justice. 


Un  événement  pourtant  a  jeté  du  froid  dans  l'as- 
semblée ;  Une  certaine  M"'*  Parez  est  venue  d'une 
voix  chevrotante  nous  débiter  une  composition 
insipide  dont  le  programme  ne  donnait  ni  le  titre 
ni  la  provenance.  Toutefois,  cela  nous  semblait 
vouloir  être  flatteur  pour  le  Vieil  Anvers,  quoique 
nous  doutions  fort  du  véritable  succès  qu'ait  pu 
avoir  cette  note  française  dans  ce  milieu  éminem- 
ment flamand.  Cet  intermède  de  mauvais  goût  a 
contribué  à  diminuer  l'effet  qu'aurait  dû  produire 
l'œuvre  de  notre  concitoyen.  A.  W. 


BLANKENBERGHE  —  Malgré  l'incerti- 
tude momentanée  du  temps,  la  foule  est 
arrivée  en  masse  ces  jours-ci;  les  hôtels  regorgent, 
la  plage  est  mouvementée,  la  digue  présente 
le  coup  d'œil  pittoresque  d'un  mois  plein  d'éclat. 
Les  festivités  se  succèdent  sans  nombre.  Au  Casi- 
no, M.  Boulvin  s'ingénie  a  divertir  ses  nombreux 
abonnés,  et  M.  Goetinck  varie  heureusement  ses 
concerts. 

La  deuxième  matinée  artistique  était  consacrée 
à  Beethoven,  dont  M.  Goetinck  a  dirigé  la  Sy/w/fo- 
nie  pastorale  et  l'ouverture  n°  3  de  Léonore,  la  plus 
belle  de  ce  triptyque  d'ouvertures  que  l'aigle  de 
Bonn  écrivit  pour  son  opéra-symphonie  Fidelio. 
Quelle  belle  chose  aussi  que  le  concerto  de  piaiio 
en  mi  bémol  que  M.  Litta,  l'enfant  gâté  du  public 
du  Casino,  a  joué  sur  un  superbe  Steinway.  Et 
quelle  impression  laissée  par  cet  andante  plein  de 
grandeur. 

Dimanche,  nous  avons  entendu  M.  Martapoura, 
baryton  de  l'Opéra,  qui  a  chanté  l'air  du  Roi  de  La- 
kore  de  Massenet,  Noël  païen  de  Massenet  et  l'Ave 
Maria  de  Gounod.  Quelle  voix  admirable  et 
vibrante,  quelle  diction  correcte,  mais  quel  succès,  •  I 
quel  triomphe  ! 

M""-'  Milcamps  a  donné  aussi  une  audition.  La 
gracieuse  cantatrice  a  détaillé  à  ravir  l'air  du  Caïd 
et  deux  mélodies  très  fraîches  dont  les  noms 
m'échappent. 

Succès  très  franc  aussi  pour  M""  de  Noce,  que 
nous  avons  entendue  mercredi,  dans  la  cavatine  dui 
Chevalier  Jean  de  V.  Joncières,  la  gavotte  de  Manouf 
de  Massenet  et  l'Hymne  à  Eros  d'Augusta  Holmes. 

Mercredi,  à  quatre  heures,  àla  demande  générale, 
nous  avons  eu  dans  la  grande  salle  une  seconde 
audition  d'œuvres  de  Paul  Gilson.  Des  fragments 
importants  du  Siuaï,  la  cantate  couronnée,  commen- 
çaient le  concert.  Quelques  récits  chantés  par 
M.  De  Backer  sont  très  écoutés  et  très  applaudis. 

Après  cela,  l'orchestre  du  Casino,  sous  l'habile 
direction  de  M.  Goetinck,  donne  une  excellente 
interprétation  de  la  Mer,  esquisses  symphoniques 
sur  le  poème  d'Eddy  Levis.  L'œuvre,  quoique  de 
plus  en  plus  connue,  ne  perd  point  de  sa  fraîcheui 
et  présente  toujours  le   même  intérêt  pour  l'audi- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


631 


teur.  Pas  n'est  besoin  de  dire  qu'elle  retrouve  un 
regain  de  succès. 

Dans  la  petite  salle,  nous  avons  eu  un  concert 
Saint-Saëns  donné  par  M""  Louisa  Acart,  pianiste, 
qui  a  exécuté,  avec  un  toucher  nuancé  et  délicat, 
une  fougue  très  expressive,  la  Suite  algérienne,  le 
Rouet  d'Omphale,  la  Danse  macabre,  le  Menuet  et  la 
Valse,  toutes  œuvres  du  grand  maître  français. 

Nous  avons  entendu,  l'autre  soir,  M.  Bonnard, 
qui  est  engagé  pour  la  prochaine  saison  au 
théâtre  de  la  Monnaie  et  qui  a  dit  avec  un  goût, 
une  diction  distinguée  et  une  voix  de  ténor  agréa- 
ble, le  grand  air  de  Mariha  et  celui  de  Mignon. 

Comme  on  peut  s'en  rendre  compte,  la  musique, 
et  même  la  bonne  musique,  ce  qui  est  moins  banal, 
ne  chôme  pas  à  Blankenberghe.  L. 


DRESDE.  —  Depuis  la  rentrée,  c'est  la 
première  semaine  d'opéra  qui  présente  de 
l'intérêt.  M.  Anthes  s'est  essaj'é  dans  le  rôle  de 
Tannhidttser  dont  il  a  quelque  peine  à  soutenir  le 
poids  trois  actes  durant  ;  on  doit  néanmoins  lui 
savoir  gré  de  sa  bonne  volonté,  puisque,  sans  son 
concours,  le  répertoire  serait  assez  réduit.  Parmi 
les  Heldenienôre  qui  apparaissent  sur  notre  scène, 
plusieurs  disparaissent  sans  laisser  de  traces  ; 
M.  Gerhîeuser  ne  sera  des  nôtres  qu'en  1896,  et 
M,  Gudehus,  que  nous  posséderons  quelques  mois 
cette''saison,  n'arrivera  qu'en  octobre.  Samedi 
passé,  a  eu  lieu  un  début  :  M.  Ungar  s'est  produit 
avantageusement  dans  Manrico  du  Trouvère; 
nous  l'attendons  dans  Martha  et  la  Juive. 

Un  nouveau  système  de  natation  sera  expéri- 
menté dans  Rlieingold;  on  en  dit  merveille.  Il  était 
temps,  du  reste,  de  remplacer  ces  trucs  par  trop 
primitifs  qui  choquaient  l'œil  le  plus  indulgent, 
même  celui  de  ce  bon  Dresdois,  retour  de  Paris, 
s'amusant  à  comparer  les  deux  opéras.  Dans  la 
capitale  française,  il  a  admiré  la  «  Chevauchée  » 
de  la  Walhyrie,  l'orchestre  de  cent  musiciens  dont 
la  «  couleur  de  son  »  Klangfarhe  l'éblouit;  mais, 
outre  que  M""  Bourgeois  est  loin  d'égaler  Thérèse 
Malten,  les  «  cylindres  »  qui  restent  obstinément 
sur  la  tête  des  auditeurs,  le  trafic  de  billets  qui  se 
fait  à  la  porte  par  ordre  de  la  direction,  l'heure 
insolite  des  représentations  et,  par-dessus  tout,  les 
prix  exorbitants,  —  au  lieu  d'un  parquet,  il  a  dû 
se  contenter  d'une  quatrième  galerie,  —  tout  cela 
le  conduit  à  cette  conclusion  que  l'opéra  allemand 
est  bien  supérieur  à  l'opéra  français.         Alton. 


NO  U  V ELLES  DI  VERSES 

L'Opéra  de  Vienne,  qui  a  rouvert  ses 
portes  le  i5  août,  a  donné,  dans  le  courant  de 
la  précédente  saison  (1893-94),  trois  cent  qua- 
torze représentations  de  quatre-vingt-quatre 
ouvrages  de  quarante-deux  auteurs  différents, 
soit  soixante  trois  opéras  et  vingt  et  un  ballets. 

Wagner,  avec  dix  œuvres,  a  eu  trente-cinq 
représentations,  se  décomposant  ainsi  :  Vais- 
seau-Fantôme, 9  représentations  ;  Lolien- 
grin  (6)  ;  Walkyrie  (4)  ;  Siegfried  (4)  ;  Maîtres 
Chanteurs  (3);  Tannhœuser  (3);  Tristan  (3); 
Gôtterdœmmerung,  Rlieingold,  Rienzi,  chacun 
une. 

Mascagni.avec  trois  œuvres,  a  figuré  trente  et 
une  fois  sur  l'affiche  :  Cavalleria  (18)  ;  VAmi 
Fritz  (7);  les  Rantzau,  6  représentations. 

/  Pagliacci  de  Leoncavallo  ont  atteint  le 
chiffre  de  vingt-sept  représentations.  C'est 
l'œuvre  qui  a  été  le  plus  souvent  jouée. 

Verdi  n'a  obtenu,  en  tout,  que  dix-neuf  repré- 
sentations, avec  A  i'da  (8)  ;  le  Trouvère  (5)  ; 
Hernani  (2)  ;  Othello  (2)  ;  le  Bal  Masqué  (i). 

Massenet  arrive  à  seize  représentations  avec 
trois  œuvres  :  Werther  (8)  ;  Manon  (7)  ;  le 
Carillon  (i). 

Signalons  le  succès  d'un  petit  ouvrage  du 
compositeur  tchèque  Smetana,  le  Baiser,  qui 
a  été  donné  douze  fois. 

Mozart  et  Mej^erbeer  n'ont  eu  chacun  qu'un 
nombre  restreint  de  représentations  :  le  pre- 
mier, huit  avec  Don  Juan  ;  le  second,  six  avec 
y  Africaine.  Fidelio  de  Beethoven  a  eu  cinq 
représentations.  Carmen  a  atteint  le  chiffre 
relativement  élevé  de  dix  soirées.  Faust,  celui 
de  neuf.  Guillaume  Tell,  seulement  celui  de 
quatre. 

A  Leipzig,  le  chiffre  des  œuvres  représentées 
pendant  trois  cent  soixante  soirées  s'élève  à 
cinquante-huit. 

Voilà  qui  humilie  un  peu  l'Opéra  de  Paris  et 
le  théâtre  de  la  Monnaie  de  Bruxelles. 

Gare  l'avalanche  ! 

M.  Sonzogno,  le  grand  éditeur  milanais,  a 
commandé  neuf  ouvrages  nouveaux  à  neuf 
jeunes  maestri.  Ce  sont  :  Mascagni,qui  compose 
un  Silvano;  Leoncavallo,  qui  écrit  un  Orlando 
di  Berolino  ;  Samara,  qui  est  chargé  d'une 
Madonetta;  CipoUini,  qui  met  en  musique 
Ninon  de  Lenclos;  Giordano,  qui  travaille  à 
un  Andréa  Chenier ;  Ciba,  qui  refait  VArlé- 


632 


LE  GUIDE  MUSICAL 


sienne;  Casonaro,  qui  fait  un  Claudio;  van 
Westerhout,  un  Fortunio  ;  enfin  le  baron 
Franchetti,  dont  la  partition  n'a  pas  encore  de 
titre. 

Le  magnifique  appartement  de  Verdi  à  Gênes 
a  été  mis  au  pillage  par  des  voleurs.  Ce  qu'ils 
n'ont  pu  emporter,  ils  l'ont  détruit;  tout  a  été 
saccagé,  objets  ciselés,  candélabres  d'argent 
massif,  meubles  précieux,  tableaux,  statues.  La 
correspondance,  musique,  libretti  sont  dans  un 
état  piteux. 

La  musique  n'adoucit  pas  toujours  les  mœurs 
des  antres. 

Un  procès  vient  d'avoir  lieu  aux  Etats-Unis 
qui  touche  la  question  des  droits  d'auteur  à 
percevoir  en  Amérique  sur  les  œuvres  musi- 
cales. Selon  la  loi  de  1891  sur  les  droits  d'au- 
teur (Copyright  act),  les  livres  devaient,  pour 
donner  lieu  à  la  perception  des  droits,  avoir 
été  imprimés  sur  le  territoire  des  Etats-Unis. 
Les  partitions  musicales  étaient-elles  dans  ce 
cas  ?  Non,  dit  le  jugement  d'un  tribunal  amé- 
ricain. C'est  donc  un  avantage  remporté  par 
les  éditeurs  et  auteurs  étrangers.  Toutefois, 
attendons  une  confirmation  formelle. 

Mme  Gounod  et  son  fils  Jean  se  disposent  à 
publier  un  «  mémorial  »  concernant  le  compo- 
siteur de  Faust. 

L'illustre  maître  notait,  paraît-il,  ses  impres- 
sions de  chaque  jour,  de  sorte  qu'il  sera  facile 
de  constituer  une  autobiographie  complète  d'un 
intérêt  tout  particulier. 

La  correspondance  du  maître  aidera  égale- 
ment à  l'accomplissement  de  la  pieuse  tâche 
entreprise  par  sa  veuve  et  son  fils. 

L'Opéra  impérial  de  Berlin  vient  d'accepter 
un  opéra  de  M.  Victor  Haussmann  sur  un  livret 
tiré  d'Enoch  Arden,  le  célèbre  poème  de 
Tennyson. 

La  première  aura  lieu  en  octobre  ou  novem- 
bre prochain. 

La  distribution  est  la  meilleure  que  l'Opéra 
puisse  fournir,  et  l'attente  du  public  musical 
est  grande. 

La  Diète  du  duché  de  Gotha  ayant  rejeté  le 
subside  pour  le  théâtre  de  Gotha,  le  duc  a  dé- 
cidé la  suppression  des  représentations  que  la 
troupe  de  Cobourg  donnait  dans  cette  ville. 

Est  nommé  chevalier  de  la  Légion  d'hon- 
neur M.  Sylvio  Lazzari,  jeune  compositeur 
autrichien,  dès  longtemps  fixé  à  Paris  et  un 
fervent  de  la  Société  nationale. 


Un  amateur  de  Leipzig  vient  d'acheter  à  un 
collectionneur  de  Francfort  le  manuscrit  du 
Tannhœuser  pour  10,000  marcs. 

On  a  vendu  dernièrement,  à  Berlin,  une  fort 
intéressante  lettre  de  Wagner.  Elle  est  adressée 
à  Auguste  Lewald,  à  la  date  du  12  no- 
vembre i838,  et  il  y  est  question  d'un  projet 
d'opéra  en  cinq  actes  à  tirer  du  roman  de 
Kœnig,  la  Fiancée  du  lion.  Wagner  informe 
Lewald  qu'il  a  fait  une  traduction  grosso  modo 
du  roman  et  l'a  envoyée  à  Scribe  pour  qu'il 
l'examine  et  en  tire  un  livret,  s'il  y  a  lieu.  Il 
ajoute  :  «  Si  ce  sujet  ne  plaît  pas  à  Scribe,  j'en 
ai  un  autre.  J'ai  déjà  mis  un  opéra  sur  le 
chantier,  Rienzi,  et  j'ai  l'intention  de  le  com- 
poser sur  un  texte  allemand,  simplement  pour 
voir  s'il  y  a  quelque  chance  de  le  faire  jouer  au 
Grand-Opéra  de  Berlin,  d'ici  une  cinquantaine 
d'années.  Peut-être  plaira-t-il  à  Scribe,  et, 
dans  ce  cas,  Rienzi  triomphera  en  français...  » 

Statistique  théâtrale. 

On  relève  à  Paris, un  théâtre  pour  32, 000  ha- 
bitants; à  Berlin,  un  pour  8 1,000;  à  Bordeaux, 
un  pour  84,000  ;  à  Budapest,  un  pour  85, 000; 
à  Hambourg,  un  pour  ii3,ooo;  à  Vienne,  un 
pour  1 38, 000;  enfin,  à  Londres,  un  pour 
145,000. 

La  ville  d'Italie  qui,  relativement  à  sa  popu- 
lation, possède  le  plus  grand  nombre  de  théâ- 
tres, est  Catane,  qui  en  compte  un  pour 
ç,8oo  habitants;  viennent  ensuite  Florence 
avec  un  théâtre  pour  i5,ooo  habitants  ;  Bo- 
logne, un  pour  20,000  ;  Venise,  un  pour 
24,000;  Milan  et  Turin,  un  pour  3o,ooo;  et 
Rome,  un  pour  3 1,000. 

Un  ami  des  arts  habitant  Leipzig  vient  de 
verser  une  somme  de  soixante  mille  francs  au 
comité  du  monument  de  Schumann.  Grâce  à 
cet  acte  de  générosité,  le  monument  pouna 
être  terminé  et  inauguré  prochainement  dans  la 
ville  natale  de  l'illustre  compositeur. 

Bulletin  des  halles  aux  chansons.  Dernier 
cours  :  bilan  de  la  célèbre  composition  En 
revenant  de  la  revue,  3oo,ooo  exemplaires 
petit  format  ;  dito,  5o,ooo  grand  format  ;  dito, 
60,000  réductions  pour  piano.  Bénéfice  net  : 
3o,ooo  francs. 

Le  Père  la  Victoire,  article  similaire, 
marque  légèrement  inférieure,  160,000  exem- 
plaires. 

Modèle  courant  :  quatre  chansons  à  40,000; 
quatre  à  3o,ooo  ;  deux  à  5o,ooo  ;  quatre  à 
70,000  ;  une  à   80,000.  Le  tirage   du   premier 


LE  G-UIDE  MUSICAL 


633 


mille  couvre  les  frais.  Bénéfice  moyen  :  6  à 
7,000    francs   pour   l'éditeur. 

Marché  ferme.  Légère  tendance  à  la  hausse 
en  prévision  d'un  stock  concernant  la  loi  sur  la 
presse  et  la  guerre  sino-japonaise. 

Et  on  dit  que  «  les  affaires  »  ne  vont  pas  ! 
Mais  c'est  le  Pérou,  cette  industrie-là.  Vous 
savez,  le  Pérou,  où  se  trouve  le  meilleur  guano  ! 

Où  s'arrêtera  le  génie  inventif  des  luthiers  ? 

Un  Italien,  M.  Alessandro  Bertinelli,  vient 
d'inventer  un  mécanisme  qui  met  en  mouve- 
ment quatre  instruments  à  archet  et  forme  ainsi 
un  quatuor. 

Il  a  donné  à  ce  singulier  instrument  le  nom 
bizarre  de  moiiimophone.  N'ayant  pas  réussi  à 
le  faire  admirer  de  ses  compatriotes,  il  s'est 
rendu  à  Leipzig,  centre  musical  de  l'Allemagne, 
où  il  donné  une  audition  devant  un  auditoire 
de  personnes  compétentes  qui  ont  apprécié 
l'importance  de  l'invention.  Il  paraît  qu'il  s't;st 
même  trouvé  un  fabricant  pour  entreprendre  la 
fabrication  du  monimophone,  qui  sera  lancé 
dans  la  circulation  la  saison  prochaine. 

Le  quatuor  Joachim  et  le  quatuor  Ysaye 
n'ont  qu'à  se  bien  tenir. 

Une  certaine  émotion  règne,  en  ce  moment, 
dans  le  monde  des  auteurs  et  des  gens  de 
lettres  autrichiens. 

La  Chambre  des  seigneurs,  qui  est  la  Cham- 
bre haute  en  Autriche,  a  pris  l'initiative  de 
voter,  en  le  modifiant,  le  nouveau  projet  de  loi 
élaboré  par  le  gouvernement  pour  remplacer  la 
patente  impériale  de  1846  protégeant  la  pro- 
priété artistique  et  littéraire  en  Autriche. 

On  sait  combien  est  arriérée  cette  législation 
de  1846,  qui  fait  tomber  les  œuvres  dramatiques 
dans  le  domaine  public  dix  ans  après  la  mort 
de  l'auteur  ;  qui,  un  an  après  l'édition,  reconnaît 
comme  licites  les  arrangements  et  les  dérange- 
ments d'une  composition  musicale  ;  qui  édicté 
que  la  permission  donnée  par  l'auteur  de  repré- 
senter l'œuvre  donne  aussi  le  droit  de  la  repro- 
'    duire  de  quelque  manière  que  ce  soit  ;  enfin, 
I    qui  ne  considère  pas  comme  contrefaçon  la  tra- 
ï    duction  d'une  œuvre  un  an  après  la  publica- 
*    tion  de  l'original;  etc.,  etc. 
I        Eh  bien,  la  Chambre  des  seigneurs,  sous  le 
S    prétexte  de  modifier  cette  loi,  l'a  aggravée  en 
bien  des  points,    rendant    impossible,    si    la 
Chambre    des    députés    venait     à    l'adopter, 
l'adhésion  de   l'Autriche  à    la  convention  de 
Berne.  Le  nouveau  projet  est  aux  antipodes 
de  la  loi  hongroise,  et  l'on  se  demande  pour- 
quoi ce  n'est  pas  celle-ci  qui  a  servi    de   type 


aux  législateurs  autrichiens  qui  viennent  d'édi- 
fier ce  véritable  monument  d'incohésion  et 
d'illogisme. 

Quelques  exemples  suffiront  pour  donner 
une  idée  générale  de  cette  loi,  dont  le  principal 
effet  a  été  de  mettre  hors  d'eux  les  producteurs 
intellectuels  autrichiens,  et  que,  nous  l'espérons 
bien,  la  Chambre  des  députés  repoussera  sous 
la  pression  de  l'opinion  publique. 

L'article  t5  permet  à  un  auteur  d'annuler 
dans  le  délai  d'un  an  tout  contrat  signé  pour 
plusieurs  années  à  fins  de  cession  d'œuvres.  Il 
y  a  donc  une  des  deux  parties  contractantes 
qui  est  liée  pour  cinq  ou  dix  ans,  tandis  que 
l'autre  partie  ne  l'est,  si  cela  lui  convient,  que 
pour  un  an  ! 

L'article  21  dit  que  l'auteur  peut  disposer  de 
nouveau  de  la  reproduction  de  son  œuvre, 
malgré  les  contrats  signés  et  qu'en  ce  cas  la 
partie  lésée  peut  avoir  recours  au  tribunal  civil  1 
Voilà  un  joli  encouragement  à  la  fraude  !... 

Et  que  penser  de  cette  disposition  :  «  N'est 
pas  considérée  comme  une  contrefaçon  la 
nouvelle  impression  d'œuvre  faite  par  l'auteur, 
que  ce  soit  même  à  l'encontre  d'un  contrat 
existant  »  ?  Ici  nous  appellerions  cela  le  droit 
au  vol  1 

Mais  voici  qui  est  plus  curieux  :  Par  l'arti- 
cle 34,  le  droit  de  représentation  n'existe  pour 
une  œuvre  musicale  que  tant  que  celle-ci  n'est 
pas  éditée. 

L'article  35  protège  les  adaptations  faites 
contre  le  gré  de  l'auteur  d'une  œuvre  musicale, 
si  celle-ci  a  été  publiée.  C'est  de  la  démence! 

La  loi  de  1846  déclarait  contrefaçon  la  fabri- 
cation d'instruments  mécaniques  ;  la  nouvelle 
loi  annule  cette  disposition  et  déclare  au  con- 
traire qu'il  n'y  a  pas  contrefaçon.  Voilà  un 
progrès  qui  étonnera  plus  d'un  Autrichien,  sur- 
tout étant  donné  que  la  loi  allemande  recon- 
naît comme  contrefaçon  cette  fabrication. 

Enfin,  la  loi  accorde  la  protection  à  l'auteur 
sa  vie  durant  et  trente  ans  après  sa  mort  :  c'est 
un  progrès  ;  mais  pourquoi  n'avoir  pas  accordé 
le  délai  post  morteni  de  cinquante  ans  comme 
le  fait  la  Hongrie  et  comme  se  prépare  à  le 
faire  l'Allemagne  ? 

Le  monde  littéraire  et  musical  tout  entier  a 
intérêt  à  ce  qu'un  semblable  déni  de  justice  ne 
soit  pas  consacré  par  la  Chambre  autrichienne, 
et  nous  nous  unissons  volontiers  à  tous  ceux 
qui,  au  Congrès  de  la  propriété  artistique  et 
littéraire  dont  les  débats  commencent  à  Anvers 
précisément,  exprimeront  le  vœu  que  le  gou- 
vernement autrichien  revienne  à  des  disposi- 
tions plus  en  harmonie  avec  les  progrès  légis- 


634 


LE  GUIDE  MVSICAL 


latifs  accomplis  dans  le  monde  entier  depuis 
dix  ans  et  surtout  avec  les  dispositions  de  la 
convention  de  Berne. 

La  Musique  et  les  Animaux.  Diverses 
expériences  ont  été  faites,  au  Jardin  zoolo- 
gique de  Londres,  sur  l'efFet  que  produit  la 
musique  sur  les  animaux. 

Un  matin,  pendant  que  les  ours  dormaient 
profondément,  un  violoniste  s'installa  sur  le 
pont  qui  se  trouve  au-dessus  des  cages  où  ils 
sont  enfermés,  et  se  mit  à  jouer  de  son  instru- 
ment. 

Le  plus  jeune  des  ours  ne  tarda  pas  à 
s'éveiller  ;  il  se  dirigea  lentement  du  côté  où 
jouait  le  musicien,  s'en  approchant  le  plus 
possible  pour  écoutei'. 

Le  violoniste  était  à  environ  dix  pieds  au- 
dessus  du  sol  où  sont  les  cages,  et  l'ours,  pour 
mieux  entendre,  se  mit  sur  ses  pattes  de  derrière 
en  écoutant  attentivement  ;  puis  il  se  retira  et 


commença  à  marcher  en  avant  et  en  arrière,  en 
poussant  quelques  petits  grognements  doux, 
assez  distincts.  Puis,  comme  le  violoniste  se 
mit  à  jouer  avec  plus  de  force,  l'ours  se  leva  de 
nouveau  sur  ses  pattes  de  derrière,  passant 
celles  de  devant  et  son  museau  en  dehors  des 
barreaux  de  la  cage. 

Le  musicien  descendit  alors  devant  la  cage, 
en  jouant  toujours  ;  et  l'ours,  s'asseyant  le  plus 
près  possible  de  lui,  passait  ses  pattes  entre  les 
barreaux,  comme  s'il  voulait  prendre  l'instru- 
ment. Ce  ne  fut  que  lorsque  le  violon  cessa  de 
se  faire  entendre  que  l'animal  s'éloigna  des 
barreaux  pour  aller  se  rafraîchir  dans  l'auge 
remplie  d'eau. 

Les  deux  vieux  ours,  au  premier  accord 
de  l'instrument,  s'étaient  également  éveillés, 
s'étaient  mis  à  écouter  avec  l'attention  la  plus 
comique,  et  tous  deux,  debout,  passaient  aussi 
pattes  et  museaux  entre  les  barreaux  de  la 
cage. 


EEEITKOPF  S,  HJEETEL,  EHUXELLES 

Editeurs,    4$,    Montagne    de  la    Cour,   46 


PIANO  A  2  MAINS 

Net  fr. 
Godard.  A  la  fontaine,  pen- 
sée musicale i  90 

—  Chant    du  Ménestrel,    ro-  i  90 
mance i  90 

—  Gavotte  des  pages  ...  i  go 

—  Marche  des  toreros     .      .  i  90 

—  Pensée  intime,  impromptu  i  90 

—  Rêves  envolés,  capriccietto  i  90 

—  Simple  phrase,  bluefte.     .  i  90 

—  Sais- tu  pourquoi? romance 

sans  paroles i  90 

Morley,    Cti.    Au   bal,   un 

tour  de  valse i  90 

—  La  clochette  des  Alpes, 
morceau  de  genre     .      .      .      i  go 

—  Danse  des  gnomes,  valse 
élégante    ......  i  90 

—  La  Fée  d'amour,  impromtu  i  90 

—  Souvenance,  mélodie  .      .  i  go 

—  Te  souviens-tu?  bluette     .  i  go 

—  Vineta,  caprice.      ...  i  90 

PIANO  A  4  MAINS 

Brahms,  Joh.  Op.  i.  So- 
nate C  majeur  par  Klengel.     9  5o 

Brabms,  Joh..  Op.  2.  So- 
nate par  Klengel.     .     .      .     9  5o 


PIANO  ET  VIOLON 

Net     fr. 
Anzoletti,  Marco.   Varia- 
tions   sur     un     thème     de 

Brahms 10     » 

Botiin,  C.    Arabesques,   12 

petits  morceaux .  .  .  à  i  25 
(N»  I  Staccato  Etude.  N"  2 
Siegerischer  Lsendler.  No  3 
Nocturne.  N"  4  Kujawiak. 
No  5  Skandinavische  Ro- 
manze.  No  5  Ritornell) 
Bratims,  J.    Op.  118.  No  2 

Intermezzo i  90 

Gui.  César.  Op.  5o.  Kaléi- 
doscope (24  morceaux) .     à     i  25 
(No  i3  Badinat,e.  No  14  Ap- 
passionalo     No    i5    Danse 
rustique.  No  16  Barcarola. 
No  17  Prélude.  No  18  Ma- 
zurka. No  19  Valse.  No  20 
Novellette.    No    21   Lettre 
d'Amour.  No  22  Scherzetto. 
No  23  Petit  Caprice.  No  24 
Allegro  Scherzoso) 
Dvorak  Op.  94.  Rondo.      .     5     » 
—   Waldesruhe  Adagio     .      .     i  90 
Sarasate.  Pablode,  op.  35. 

Peteneras 5  25 


Net    fr. 
Zarzyski.op  39  Mazourka.     2  5o 

—  Op   38.  Mazourka        .      .     i  go 

PIANO  ET  VIOLONCELLE 

Grunfeld,  op.  43.  No  i  Min- 
nelied i  90 

—  Op     43.  No    2   Mazourka 
mélancolique i  90 

Moffat,   A.    Dix  morceaux 
classiques.     .      .     .      .     à     i  25 
No  I.  Tempo  di  Sarabanda(Corelli 
No  2.  Nocturne  de  Field 
No  3.  Chanson  du  gondolier 

de  Mendelssohn. 
No  4   Adagio  religioso  de  Corelli. 
No  5.  Adagio  de  Sirutini. 
No  6   Gavotte  de  Biber. 
No  7.  Cantate  de  Haendel. 
No  8.  Chanson  sans  paroles 

de  Mendelssohn. 
No  9.  Romance  de  Schubert. 
No  10   Largo  appassionato 

de  Beethoven. 

PIANO  ET  2  VIOLONS 

BotirQ   Gondoliera    .  •  i  9<^ 

—  Invention  d'après  Corelli .  i  gc 

—  Alla  marosa      .      .      .     .  i  9"^ 

—  Sonate  d'après  Pleyel.      .  i  9' 

—  Intermezzo i  9' 

—  Rondo  finale     ....  i  9' 


-  PIANOS  BLUTHNER 

HARMONIUMS     ESTEY 


PIANOS  BECHSTEIN. 


LB  GUIDE  MUSICAL 


635 


A  un  faux  accord,  fait  à  dessein,  ils  reculèrent 
vivement  au  fond  de  leur  cage,  comme  effrayés  ; 
puis,  le  violoniste  ayant  joué  une  marche,  ils  se 
mirent  à  marcher  de  long  en  large,  en  réglant 
leur  pas  sur  la  mesure. 

Chez  les  lions,  l'effet  fut  identique  ;  tous 
s'approchaient  le  plus  possible  de  l'instrument  ; 
l'un  d'eux  balançait,  comme  en  mesure,  la 
touffe  de  poils  noirs  qui  termine  sa  longue 
queue  ;  une  lionne  vint  le  pousser  pour  lui  pren- 
dre sa  place,  afin  de  s'approcher  davantage 
du  violoniste. 

Chez  les  loups,  l'effet  est  tout  différent  ;  la 
musique,  on  le  sait,  les  effraye.  Le  loup 
commun  levait  son  dos  et  grinçait  des  dents  de 
la  plus  hideuse  façon. 

Le  loup  indien  paraissait  en  proie  à  la  plus 
lâche  terreur,  tremblant,  le  poil  hérissé,  ram- 
pant sur  le  ventre  et  se  sauvant  tout  au  fond  de 
sa  cage.  Les  chacals  et  les  renards  sont  moins 


effrayés  que  les  loups.  Les  brebis,  au  contraire 
des  loups,  naturellement,  paraissaient  charmées 
et  cessaient  de  brouter  pour  écouter  le  violon. 

Un  éléphant  d'Afrique  ne  parut  pas  du  tout 
goûter  le  talent  de  l'instrumentiste,  ou  peut- 
être  le  choix  du  morceau  qu'il  jouait  ;  battant 
des  oreilles,  levant  et  agitant  sa  trompe,  il  se 
mit  à  hurler  et  à  siffler  comme  une  locomotive, 
poussant  les  barreaux  avec  sa  tête.  Il  donnait 
tous  les  signes  possibles  de  crainte  et  de  dé- 
plaisir. 

Mais  c'est  surtout  chez  les  singes  que  la 
musique  causa  le  plus  d'étonnement  et  d'agita- 
tion. Les  gros  singes  étaient  plus  effrayés  que 
charmés.  Unjeune  orang-outang  tourna  tout  de 
suite  le  dos  au  musicien  et  alla  se  réfugier  tout 
en  haut  de  sa  cage.  Un  autre  écoutait  grave- 
ment, les  mains  croisées.  Tous,  ainsi  du  reste 
que  les  autres  animaux,  semblent  véritablement 
effrayés  par  les  faux  accords. 


Paris,  A.  DURAND    et    fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 


TH.     DUBOIS 

Or^^aniste    du    Grand    Or^ue    de   la    Madeleine 


misci 


D 


rr 


D 


1^^    SERIE 


1.  Alléluia   du   Messie  (Hœndel)    ....  Prix  net,  fr. 

2.  Marche  d'^fj&a//e  (Mendelssohn)       ...  —  ■» 

3.  Marche  du  Son^e  d'une  nuit  d'été  (Mendelssohn)      —  » 

4.  Introduction  du  troisième  acte  et  Chœur  des  fiançailles 

de  Lohengrin  (R.  Wagner)      ....  —  -.3 

5.  Marche  religieuse   de  Loheng^rin  (R.  "Wagner).  —  «   1 

6.  Marche  de  Ta73/2Aa2W5'er  ^R.  Wagner)       .         .  —  »   3 


2'    SERIE 

7.  Marche-Gavotte   de  Josué  (Haendel)  . 

8.  Psaume  XII.  /  Cieli  Immensi  (Marcello) 

9.  Choeur  de  Paulus  (Mendelssohn) 

10.  Chœur  mystique  de  -Far75'^(Schumann) 

11.  Prélude  de  Lohengrin  (R.  Wagner). 

12.  Introduction  du  troisième  acte  et  Chœur  des  pèlerins 

de   Tannhaeuser  (R.  Wagner) 


1  50 

2  — 
2   - 


50 


Prix  net,  fr.  2    — 

-  «  1  25 

-  «   2   - 

—  ,   2  ~ 

—  «  1  50 

»      ^      


636 


LE  GUIDE  MUSICAL 


N  ÊCR  OLOQIE 


Notre  rédacteur  en  chef  à  Paris,  M.  Hugues 
Imbert,  vient  d'être  douloureusement  frappé  dans 
sa  plus  chère  affection;  il  a  perdu  sa  mère, 
M™°  veuve  H.  Imbert,  née  Emilie  AUoury.  L'en- 
terrement a  eu  lieu  vendredi  3  août,  à  Neuilly 
(Paris),  en  présence  de  notabilités  du  monde 
artistique,  qui  ont  tenu  à  donner  à  notre  rédacteur 
en  chef  un  témoignage  d'estime  et  d'amitié. 
Nous  nous  joignons  à  eux  et  présentons  à  notre 
ami  et  collaborateur  nos  compliments  de  con- 
doléances les  plus  sympathiques. 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4.  rue  Latérale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

F  .A.  H  I  s 

Propriétaires  des  œuvres  de  TscliniUoWNky,  f>»tts(;lin!k,   Priiilriit,  Alliird 
des    Art-liivcM    tlii    piauu    et   de  la   célcbrv    .llétiioilc    <ic   piituo    \.    le   4'arpcn(irr 

Seuls  dépositaires  de  l'iEilîtiou  Cliarnot,  spécialement  consacrée  à  la  iiiuslquc  de  violou 


Yient  de  paraître! 

H«uri  Maréchal,  Le  Sommeil  de  Jésus,   prélude 

de  la  Nativité,  Orchestre 3  — 

Parties  séparées 5  — 

Piano  seul 5  — 

transcr.  facile  par  Ta  van.      .  3  — 

Violon  ou  violoncelle  et  piano  .  5  — 

Mélodies  de  Fanl  liong^noii 

1.  Au  vent 3  — 

2.  La  Chanson  du  renouveau     ....  3  — 

3.  Comment  on  dit  :  «  Je  t'aime  ».           .  3  — 

4.  Etre  deux           5  — 

5.  J'aime,  je  crois,  j'espère 3  — 

6.  Le  Livre  de  la  vie 3  — 

7.  Premiers  baisers  du  printemps   ...  3  — 

S.  Le  Souvenir 5  — 

9    La  Valse  des  nuages 5  — 

II.- r.  Toby.  Sérénade,  paroles  de  A.  Semiane  .  3  — 

—  Barcarolle,  paroles  de  A.  Semiane  ....  3  — 

—  Berceuse  de  A.  Cœdes,  transcrite  pour  orgue 

et  piano 7  5o 


P.  Tschaïliowsky.  Album  russe  transcrit  pour 
violon  et  piano  par  Ad.  Herman 

Six  numéros,  chaque. 

réunis.      .     6 
R.  Favarger.  Boléro  pour  piano  (zo"  édition) 

Piano  à  4  mains 10 

Piano  et  violon g 

J.  Danbé.  Menuet  pour  piano  et  violon     .      .      .5 

—  Mazurka  de  salon  (originale)  pour  piano   et 

violon 6 

€.  Galos.  Dolorosa,  nocturne  pour  piano.     . 

—  Le  Lac  de  Côme    .  5-1 

—  Le  Chant  du  berger 5  - 

—  Souvenir  des  champs 6-1 

B.-SI.  Culomer.  Rondino  pour  piano.      .      .      .     S 
G.  Pfeiffer.  Romance  pour  violoncelle  et  piano     6'  ■ 
J.  Ten  Briiick  Voici  le  soir,  valse,  barcarolle  .     5 
Cta.  Lefebvre.  Oublier,  mélodie     '      ....     5 
Umilc  Waldlenfel.  Amour  et  Printemps,  valse 

chantée 

Arrangé  pour  orchestre,  parties  sép. 

—  harmonie  ou  fanfare  .     3 


ANTONT  SIMON,  célèbre  Berceuse 


No  I .  Pour  Violon  avec  Piano  (originale)     .  frs  6 
»   2.       ')     Violoncelle  avec  Piano (tran.';crite 

par  G.  Fitzenliagen).     .     .  »    6 

»  3.      »    Chant  avec  Piano  (par  l'auteur)  .  »    5 


No  4.  Pour  Harmonium  avec  Piano 


frs  5 


5.  »  Piano  à  2  mains  (par  l'auteur) 

»  6.  »  Piano  à  4  mains  (par  l'auteur)      .      »    7 

»  7.  »  Orchestre  à  cordes.     Partition  net,  frs  2 

»  7".  »  »                 »          Parties        »     »    3 


LE  GUIDE  MUSICAL 


637 


Le  Théâtre  de  Richard  Wag-ner 

Essais   de   Critique    LUtéraire,  Esthétique  et  Musicale 

Par   Maurice    KUFFERATH 
PARSIFAL,   I  vol.  de  3o2  p.,  2"  édit.  fr.   3  5o 

TRISTAN  et  ISEULT,  i  vol.  de  SyS  p.,  2«  éd  «     5  00 
LOHENGRIN,   i  vol.   de  218  p.,  3'- édit. 
LA  WALKYRIE,  i  vol.  de  i5o  p. ,  z"  » 
SIEGFRIED,  I  vol.  de  i3op.  2''  édit. 
Paris  :  à  la  librairie  Fischbacher,  33,  rue  de  Seine 
Bruxelles  :  Schott  frères,  éditeurs,  Mont,  de  la  Cour,  82. 
Leipzig  :  Otto  Junne,  Thalstrasse,  21. 


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Bruxelles 

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Théâtre  des   Galeries     —    Le  Tour  du   monde   en 

80  jours. 
Alcazar  royal.  —  Clôture. 
Waux-Hall.  —  Tous  les  soirs,   concert  de  symphonie 

par  l'orchestre  du  théâtre  de  la  Monnaie. 


V^Léopold  MURAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique) 

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(partitions  de  poche  pour  la  musique  de'  chambre) 
DETHIER,  Gaston.  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue. 

—  Prélude  sur  le  Dies  Irœ  pour  grand  orgue     -. 

—  Romance  pour  violon  et  piano       .... 
^                  ~  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano. 
LEKEU,  G"^  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties 

partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano 
—  Trois  pièces  pour  piano  ...... 

RAWAY  Erasme.  Scènes  Hindoues,  poème  symphonique  en  quatre  parties 

réduction  à  quatre  mains 
THOMSON,  César.  Passacaglia,  d'après  Hasndel,  pour  violon  et 'piano 
—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano 

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Aocolay.J.  B.  Au  bord  du 

ruisseau,  idylle  .... 
—La  Taglioni,'scène  de  ballet 
— Ruines  etSouvenirs, ballade 
—Rêverie  mélancolique  . 
— Légende  écossaise    . 
—  Polonaise. 
Bohm,  C.  Cinq  morceau.\ 

No  I.  Séparation. 

N"  2.  Douce  attente. 

N°  3.  Doux  rêves 

No  4.  Echo  du  bal  . 

N"  5.  Mon  étoile 
Gabriel-Marie.   «   Impres 

sions.  «  6  pièces  originales, 

N"  I.  Simplicité. 

N"  2.  Insouciance   . 

N''3-  Quiétude  .      .      . 

No  4.  Souvenir   . 

No  5.  Mélancolie     .      . 

No  6.  Allégresse.      . 
Gilis,  A.  Soirées  enfantines 

Si.x  morceaux  très  faciles 

No  I.  Air  villageois.      . 

No  2.  Chant  du  village. 

N"  3.  Air  champêtre     . 

N»  4.  Fanfare-Marche  . 


I  75 
I  75 
I  75 
I   go 

1 75 


1 35 
1 75 
1 35 

1 75 
I  35 


No  5.  Royal -Gavot le      .      . 

N"  6.  Musique  militaire     . 
Herraann,    Rob.    Petites 

Variations  pour  rire,  com 

posées  sur  sept  notes     . 
Herrmann,  Tti.  Six  Irans- 

criptionsd'œuvres  célèbres; 

No  I .  Air  de  Chérubini 

No  2.  Grétry,  Romance  de 
Richard. 

No  3.  NicoLO,  Joconde.      . 

No  4  .  Schubert,  Sérénade 

N"  5.   Schubert,    Moment 
musical. 

N"  6.    Mendelssohn,    Auf 
Flùgeln. 
Hille,  G.  Op.  60.   Concerto 

avec  Piano lo   — 

Hone,  J.  The  Old  Folks  at 

Home I  75 

—  Suite  Irlandaise  : 

N"  I .  When  thew'ho  adores 
thee 

N"  2.  If  thou  wilt  be  Mine 

No  3.  Oh!    Had   we   some 

Bright :  35 

N04.  Is  that  Mi-Reilly.     .     i_ 


I  90 


I   35 


I   35 


I   35 


I  35 
I   35 


Hoyoi^à,  L.  Mélodie.      .      . 
Jehin-Prume.  Romance   . 

—  Berceuse       

Hubay,  Jenô.   Cinq   mor- 
ceaux ; 

Op.  37.  No  I.  Fleur  de  Mai  . 
Op.  37  No  2.  Au  temps  jadis. 
Op.  38.  N"  I.  Devant  son 
image(Chant  surIa4«corde) 
Op.  38.  N»  2.  Sous  sa  fenêtre 
Op.  39.  Ramage  de  rossignols 
Smetkoren,  J.  Elégie  .     . 

—  Berceuse 

Thaï]  on,  R.  Romance  .      . 
Ventla,  G.  Trois  morceaux  : 

N"  I.  Chanson  sans  paroles 
No  2.  Chanson  du  soir  . 
N"  3.  La  Sérénade  . 

—  Deux  Rhapsodies  : 

N»  I.  Sur  des  motifs  écossais 
No  2.  Sur  des  mélodies  sué- 
doises   

Ysayë.  Deux  Mazurkas  : 
No  I.  Dans  le  lointain  . 
No  2.  Mazurka    .... 


I  75 

I  75 
I  35 


1  75 

2  5o 

1  75 

2  — 

3  — 

1  75 

2  — 

I  75 

I  35 

1  35 

2  — 

1  90 

3  75 

2  — 
2  — 


638 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Dresde 

Opéra.  —  Du  12   au   19  août  :   Tannhauser.    Fidélio. 
Martha.  Rheingold.  Le  Vaisseau-Fantôme, 

Paris 

Opéra.   —  Du    12  au   19  août   :  Djelma,   Samson   et 

Dalila.  Roméo  et  Juliette.  La  Walkyrie. 
Opéra-Comique.  —  Clôture. 

Vienne 

Opéra-Impérial.  —  Du  i5  au  19  août  :  1  Pagliacci. 


JULES   PAINPARÉ 

Inspecteur    des    musiques    de    l'armée    belge 

Ex-chef  de  musique  du  6»  de  ligne 

REPRÉSENTANT  SPÉCIAL 

DES 

Pianos  ÉRARD.  KAPS  et  BORD. 

ET  DES 

Instruments  BESSON  de  Paris 

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J,-B.  KATTO,  éditeur  de  musique,  52,  me  de  l'Ecuyer,  Bruxelles 

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Tient    de    paraître  j 

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IMPOSE    EN    DIVISION    SUPÉRIEURE    AU    CONCOURS    INTERNATIONAL    DE    VALENCIENNES 

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PIANOS    ET    HARMONIUMS 

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Place  du  Congrès.  65,  rue  Royale 

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BRUXELLES 

Succursale  à  Londres  :  23,  Berners  Street 


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LE  GUIDE  MUSICAL 


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H.  DARCHE  A. NÉ 

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J.  DARCHE  Jeune 

sont  fusionnées  et  transférées 

Rue  de  la  Montagne,  49 

BRUXELLES 

sous  la  firme  sociale 

DARCHE  Frères 


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MAISON  FONDÉE  EN  iSSg 


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Ménage,  Couvertures,  Couvre-lits  et  Edredons 

RIDEAUX      ET      STORES 

Tentures    e1    Mobiliers    complets    pour    Jardins   d'Hiver, 

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PLEYEL 

39,  rue  Royale 
BRUXELLES 

Pianos  GUNTHER 

Bruxelles,  6,  rue  Thérésienne 
DIPLOME  D'HONNEUR 

aux  expositions  nnlverseUes 

Fournisseur  des  Conservatoires 
et  Ecoles  de   musique   de  Belgique 


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FANTAISIES 


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l 


640 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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Robes  de  dîner  et  de  réception 
Bobes  de  bal 

Sorties  de  bal  et  de  théâtre 
Boas  en  plumes,  tour  de  cou 
Châles  et  écharpes 
Soieries  et  velours 


Chapeaux  et  coiffures 
Parfumerie  et  mercerie 
Ganterie  et  fichus 
Eventails  et  fleurs 
Chaussures  et  souliers  de  bal 
Chemises  et  cravates 


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REVUE  INTERNATIONALE  HEBDOMADAIRE.  (^ 


DIRECTEUR-RÉDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE    KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES    IM  BERT 

Rue  Beaurepaire,  33,  Paris 

N    LE  KIME,  SECRET  AIRE- ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


CoUabotateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Serviêres 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

D''  Victor  Joss.  —  N.  Liez.  —  I.  Will 

Dr  F.-V.  Dwelshauwers-Dery 

Ernest  Closson  —  Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

J.  Brunet  —  A.  Wilford,  etc.  etc. 

HbOnnementS  :  aux  Bureaux  du 
journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
à  Paris,  à  la  Librairie  Fischbacher, 
33,  rue  de  Seine, 

France  et  Belgique  ...     12  francs. 

Union  postale 14    — 

Pays  d'outre-mer  ....     18    — 


40"  année  2  Septembre  1894  numéro  36 

SOMMAIRE 

Hugues  Imbert.   —    Vincent  d'Indy  (suite 
et  fin.) 

Maurice  Kufferath.  —  Le  Congrès  de  la 
propriété  littéraire  et  artistique  à  Anvers. 

Les  fêtes  d'Orange. 

L'Hymne  à  Apollon.  —  Réponse  de  M.  Nicole 
à  M.    Th.    Reinach. 

€l)rontqut  ^t  la  Semaine  :  Paris. 

Bruxelles  :  La  troupe  de  la  Monnaie. 

dorresponïlonce»  :   Anvers,    Blankenberghe;   Gand, 
Spa. 

Nouvelles  diverses.  —  Nécrologie. 

Répertoire  des  théâtres.       • 


EN  vente,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  l'Ecuyer; 
et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de  Seine;  M.  Brasseur,  Galerie 
de  l'Odéon.   —  Luxembourg,  G.-D.  Simonis,  libraire. 

—  A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Haertel,  i5,  Oxford 
Street  ;  Schott  et  C",  Régent  street,  iSy-iSg.  —  A  Leipzig  : 
Otto  Junne. — A  Munich  :  Josef  Seiling,  fournr  de  la  cour, 
Perusastrasse.  —  A  Prague  :  F.  A.  Urbanek.  -  A  Stras- 
bourg :  librairie  Amniel.  —  A  Amsterdam,  Algemeene 
Musikhandel,  Spui,  2.  —  A  La  Haye,  Belinfante  frères. 

—  A  Liège  ;  M™"  veuve  Muraille,  rue  de  l'Université.  — 
A  Anvers:  M  Forst, place  de  Meir. — K  Gand  :  M"»=  Beyer. 

—  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit.  —  A  Genève  :  Ad.  Hean, 
6,  rue  Grenus.  —  A  Madrid  :  Ruiz  y  C»,    Principe,   14. 

—  A  Saint-Pétersbourg  :  MM.  E.  Mellier  et  C'",  Pers- 
pective Newski. — A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Mexico  : 
N  Budin.  —  A  Montréal  :  La  Montagne,  éditeur  jrue 
S  iint- Maurice,  149.  —  A  New-York  :  G.-E.  Stechert, 
810,  Broadway. 

Le  numéro  :  40  centimes. 


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T'*5  ^'f'i.  *^i,  * 


irv^yt^'^^TtSv'J^-^'^  é*  ^'A  y^'  ;St7A-Vk 


642 


LE  GUIDE  MUSICAL 


HOTELS  RECOMMANDÉS 

LE  GRAND  HOTEL 

Boulevard  Anspach,  Bruxelles 

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En  face  le  théâtre  de  la  Monnaie,  Bruxelles 

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HOTEL  DE  FLANDRE 

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I 


I[E  ©UIDE  flûUSICAL 


PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


400  ANNÉE.  —  Numéro  36. 


2  Septembre  1894. 


lï^aîtres  Contemporains 


VINCENT  DINDY 

(Suite  et  tin.  —  Voir  le  numéro  34-35) 

Dans  les  années  suivantes,  nous  aurions 
à  citer  bien  des  œuvres  émanées  de  la 
plume  du  compositeur  et  dont  les  princi- 
pales sont  le  Trio  (op.  29)  pour  piano,  clari- 
nette et  violoncelle  (octobre  1887),  qui  fut 
joué  pour  la  première  fois  aux  concerts  des 
XX  à  Bruxelles  en  1888;  la. Fantaisie  [op.  3i) 
pour  orchestre  et  hautbois  principal  sur 
des  thèmes  populaires  français  (septem- 
bre 1888);  Sîir  la  mer,  chœur  pour  voix  de 
femmes  (octobre  1888);  Karadec,  musique 
de  scène  pour  un  drame  d'André  Alexandre 
(1890);  le  quatuor  pour  deux  violons,  alto 
et  violoncelle  (août-décembre  1890), exécuté 
pour  la  première  fois  par  le  quatuor  Ysaye 
à  Bruxelles,  au  concert  des  XX;  Tableaux 
de  voyage,  suite  pour  orchestre  en  six  par- 
ties (1891),  puis  une  Cantate  (op.  37),  chœur 
et  orchestre,  pour  l'inauguration  de  la 
statue  d'Emile  Augier  à  Valence(juin  i8g3). 
Nous  ne  donnons  ici  que  les  compositions 
les  plus  importantes,  renvoyant  le  lecteur, 
pour  la  nomenclature  complète  des  œuvres, 
au  catalogue  dressé  à  la  suite  de  la  biogra- 
phie. 

Nous  avons  gardé  pour  la  fin  Wallen- 
siein,  la  composition  marquante  entre  toutes . 
Cette  trilogie  symphonique  a  été  composée, 
de  1873  à  1881,  par  Vincent  d'Indy  pour 
servir  de  préface  et  de  commentaire  musi- 
cal aux  trois  poèmes  dramatiques  de  Schil- 
ler snTlValleiistein  :  le  Camp,  les  Piccolomini 


(Maxet  Thécla),  la  Mort  de  Wallenstein.  Le 
propre  de  la  musique  symphonique  de  Vin- 
cent d'Indy  est  de  peindre  avec  une  vérité 
saisissante,  une  clarté  merveilleuse,  une 
vigueur  remarquable,  les  divers  épisodes 
du  drame  de  Schiller.  Ecoutez  dans  la  pre- 
mière partie  (le  Camp),  après  la  valse  lente, 
la  danse  sauvage  si  bien  rythmée,  le  sermon 
du  père  capucin  confié  au  basson,  le  thème 
de  Wallenstein  si  énergiquement  présenté 
par  les  trombones,  le  tumulte  final  dans 
lequel  apparaissent  les  quelques  notes  du 
thème  de  Wallenstein  lancées  par  les  trom- 
pettes, au  milieu  des  fortissimo  de  l'orches- 
tre, et  vous  reconnaîtrez  la  maîtrise  du 
musicien  qui  a  abordé  la  traduction  musi- 
cale d'une  scène  aussi  mouvementée.  Vous 
y  trouverez,  en  même  temps  que  la  pein- 
ture des  événements  et  des  actes,  celle  des 
sentiments  moraux  qui  animent  les  person- 
nages. Existe-t-il  rien  de  plus  délicieuse- 
ment tendre  que  la  page  d'amour  de  Max 
et  de  Thécla  (deuxième  partie)?  Comme  les 
deux  thèmes  des  amants  se  combinent  et 
s'enlacent  heureusement;  mais  comme  la 
fatalité,  dont  le  dessin  a  été  exposé  par  les 
cors  dans  la  brève  introduction  de  cette 
seconde  partie,  étouffe  les  transports  de 
félicité  idéale  de  Max  et  de  Thécla  !  Le  troi- 
sième et  dernier  épisode,  c'est  la  mort  de 
Wallenstein.  Très  dramatique  est  le  début, 
dans  lequel  de  mystérieux  accords,  rappe- 
lant les  belles  sonorités  de  l'orgue,  caractéri- 
sent l'influence  des  astres  sur  les  destinées 
humaines.  Ils  sont  la  traduction  poétique 
de  cette  belle  phrase  de  Wallenstein  dans 
les  riccolomini  (acte  II,  scène  VI)  :  «  Cette 
force  mystérieuse  qui  ourdit  et  crée  dans 
les  arcanes  de  la  nature,  cette  échelle  des 
esprits,  aux  mille  degrés,  qui  se  dresse  de 
ce  monde  de  poussière  jusqu'au  monde  des 
astres  et  que  les  puissances  célestes  mon- 
tent et  descendent  toujours  actives,  ces 


644 


LE  GUIDE  MUSICAL 


cercles  enfermés  dans  des  cercles  qui 
enserrent  de  plus  en  plus  étroitement  le 
soleil,  leur  centre,  voilà  ce  que  les  yeux 
des  seuls  enfants  de  Jupiter,  lumineux  et 
sereins,  peuvent  apercevoir.  »  Après  plu- 
sieurs épisodes,  une  progression  ascen- 
dante des  basses  ramène  l'exposition  com- 
plète du  thème  de  Wallenstein  en  si  majeur, 
qui  aboutit  à  un  mouvement  très  large  où 
se  trouvent  reproduits  les  accords  sidé- 
raux du  début,  plaqués  par  les  instruments 
à  vent,  tandis  que  le  quatuor  les  traverse 
en  fusées  rapides  et  que  les  trombones 
entonnent  le  chant  fatal.  Bientôt  le  calme 
se  fait  et  la  phrase  s'éteint  graduellement 
en  un  long  pianissimo  des  instruments  à 
cordes. 

La  première  exécution  intégrale  de  la 
Trilogie  de  Wallenstein  a  eu  lieu  aux  Con- 
certs Lamoureux  en  1888. 

Vincent  d'Indy  travaille,  depuis  près  de 
cinq  ans,  à  un  drame  musical  qui  aura  pour 
titre  Fervaal  et  dont  l'action  se  passe  dans 
les  Cévennes,  en  des  temps  non  préhisto- 
riques, mais  assez  reculés  pour  permettre 
la  légende,  étant  donné  surtout  le  pays  peu 
connu  et  prêtant  par  cela  même  au  légen- 
daire. 

Sa  nomination  au  grade  de  chevalier  de 
la  Légion  d'honneur  date  du  5  janvier  1892. 
Il  ne   faut   pas   non    plus   passer   sous 
silence  le  rôle  prépondérant  joué  par  le 
jeune  auteur  de  la  Trilogie  de  Wallenstein 
dans  la  direction  de  la  Société  Nationale 
de  musique,  qu'il  a  prise  effectivement,  à  la 
suite  des  modifications  survenues  en  l'an- 
née  i885,   à  propos    de  l'admission   aux 
programmes   d'œuvres    d'auteurs   anciens 
ou  étrangers,  ce  qui  permit  de  faire  exécu- 
ter des  actes  entiers  de  Gluck,  de  nom- 
breuses  cantates    de   J.-S.   Bach   ou    de 
Haendel,  des  œuvres  de  musique  de  cham- 
bre de  J.  Brahms,  Borodine,  Glazounow, 
Grieg,  etc..  Après  la  démission  de  l'ancien 
comité.  César  Franck  fut  bien  nommé  pré- 
sident en  remplacement  de  Bussine,  mais 
il  n'exerça  jamais  que  des  fonctions  hono- 
rifiques, étant  trop   surchargé   d'occupa- 
tions.   Le  travail    matériel   incomba   aux 
deux  secrétaires,  Vincent  d'Indy  et  Chaus- 
son. Depuis  la  mort  de  César  Franck,  la 


Société  Nationale  de  musique  est  devenue 
une  république  sans  président,  administrée 
par  les  deux  secrétaires. 


Sous  un  aspect  un  peu  sévère,  Vincent 
d'Indy  cache  un  sentiment  intense,  une  pro- 
fonde sensibilité.   En  pubUc,  une  grande 
réserve;  dans  l'intimité,  une  grande  affabi- 
lité. De  haute  stature,  les  cheveux  longs  et 
rejetés  en  arrière  à  la  mode  des  artistes  ou 
des  philosophes  à  tempérament  révolution- 
naire, le  front  un  peu  étroit  sur  le  devant, 
mais   s'épanouissant  sur   les  tempes,   les 
yeux  très   enfoncés  sous   l'arcade  sourci- 
Hère,  la  figure  allongée,  les  traits  fins  et 
arrêtés,  la  moustache  et  la  mouche  de  petite 
dimension,  tel  est  le  détail  d'un  ensemble 
des  plus  caractéristiques.  La  tenue  géné- 
rale est  d'une  infinie  correction  :  c'est  une 
figure  qui,  une  fois  vue,  ne  s'oublie  pas  ; 
elle  reflète  une  grande  puissance  de  volonté, 
une  individualité  bien  marquée,  des  idées 
profondément  enracinées. 

Au  fond,  c'est  un  modeste  qui  paraît 
toujours  avoir  peur  d'ennuyer  le  public  de 
sa  personnalité.  Mais  cette  personnalité, 
malgré  toute  sa  réserve,  a  fini  par  se  dégager 
hautement  et  passionner  très  vivement  le 
monde  musical. 

Hugues  Imbert. 


CATALOGUE  DES  ŒUVRES 

Op.  I .    Trois  romances  sans  paroles  pour  piano 

(janvier  1870) Schott 

2.  La  Chanson  des  Aventuriers  pour  bary- 

ton et  chœur,  V.  Hugo  (mai  1870)  .     Schott 

3.  ^(toïe,  mélodie,  V.  Hugo  (1872-1876)     Hamelle  I 

4.  Madrigal,   mélodie," R.  de  Bonnières 

(1872-1876) Hamelle  1 

5 .  Jean  Hunyade,  symphonie  en  trois  par- 

ties pour  orchestre  (1874-1875) 

6.  Ouverture  pour  Antoine  et  CUopâtrt  de 

Shakspeare  (septembre  1S76) 

7.  Quatuor   pour   piano,  violon,  alto  et 

violoncelle  (1878-1882) Durand 

8.  La  Foret  enchantée,  d'après  Uhland, 
ballade  pour  orchestre  (février  1878)  Heugel 

9.  Priîïe  50«a(e  pour  piano  (août  1880)     .  Hamelle 

10.  Plainte  de  Thécla,  mélodie,  R.  de  Bon- 
nières (août  1880) Hamelle 

11.  La  Chevauchée  du  Cid  pour  baryton, 
orchestre  et  chœurs,  R.  de  Bonnières 
(1879) H^*"' 


LE  GUIDE  MUSICAL 


645 


Wallenstein,  trilogie  pour  les  drames 
de  Schiller,  orchestre  (1873-1881)     .     Durand 

Clair  de  lune,  mélodie,  V  Hugo  (1872- 
1880) Hamelle 

Attendez-moi  sous  V  orme, O'péra.-cotniqvie 
en  un  acte,  J.  Prével  et  R.  de  Bon- 
nières,  d'après  Regnard  (1876-1878J.     Enoch 

Poème  des  montagnes  pour  piano  (mars 
1881J Hamelle 

j3Mfli;-e/»«^Mpobrpiano(décembrei882)     Hamelle 

Helvelia,  trois  valses  pour  piano  (dé- 
cembre 1882) Hamelle 

Le  Citant  de  la  Cloche,  légende  drama- 
tique en  un  prologue  et  sept  tableaux 
pour  soli,  chœurs  et  orchestre  (1879- 
i883) Hamelle 

Lied,  pour  violoncelle   et   orchestre 

(mai  1884) Hamelle 

'L'Amour  et  le  Crâne,  mélodie,  Baude- 
laire (septembre  1884) Schott 

Sauge  fleurie,  légende  pour  orchestre, 
d'après  un  conte  de  R.  de  Bonnières 
(octobre  1884) Hamelle 

Cantate  Domino  pour  chœur  et  orgue 
(i885) Durand 

Sainte  Marie-Magdeleine,  cantate  en 
deux  parties  pour  solo  et  voix  de 
femmes  (juin  i885) Durand 

Suite  en  ré  pour  trompette,  deux  flûtes 
et  instruments  à  cordes  (juin  1886)  .     Hamelle 

Symphonie  pour  orchestre  et  piano  sur 
un  chant  montagnard  français  en 
trois  parties  (octobre  1886)     .      .      .     Hamelle 

Nocturne  en  sol  bémol  pour  piano  (no- 
vembre 1886) Hamelle 

Promenade  pour  piano  (août  1887).      .     Hamelle 

Sérénade  et  Valse  pour  petit  orchestre 
(août  1887) Hamelle 

Trio  pour  piano,  clarinette  et  violon- 
celle (octobre  1887) Hamelle 

Schumanniana,  trois  pièces  pour  piano 
(octobre  1887) Hamelle 

Fantaisie  pour  orchestre  et  hautbois 
principal  sur  des  thèmes  populaires 
français  (septembre  1888).      .      .      .     Durand 

Sur  la  Mer,  chœur  pour  voix  de 
femmes  (octobre  1888) Hamelle 

Tableaux  de  voyage,  treize  pièces  pour 
piano  (octobre  1889) Leduc 

Karadec,  musique  de  scène  pour  un 
drame  d'André  Alexandre  (1890)     .     Heugel 

Quatuor  pour  deux  violons,  alto  et  vio- 
loncelle (août-décembre  1890)      .      .     Hamelle 

Tableaux  de  voyage,  suite  pour  orchestre 
en  six  parties  (1891) 
Pour  l'inauguration  d'une  statue,  chœur 
et  orchestre  (juin  1893) 


LE  CONGRES  DE  LA  PROPRIETE 
LITTÉRAIRE  ET  ARTISTiaUE  A  ANVERS 

E  congrès  convoqué  par  l'Association  inter- 
nationale artistique  et  littéraire  a  tenu  ses 
assises  à  Anvers,  du  samedi  18  au  samedi 
25  aovit. 

Beaucoup  de  questions  inutiles  et  parfaitement 
oiseuses  y  ont  été  soulevées  et  longuement  dis- 
cutées, comme  il  arrive  toujours  en  ces  parlotes, 
quand  elles  sont  organisées  par  des  avocats.  Les 
questions  intéressantes  et  d'ordre  pratique,  en 
revanche,  ont  été  laissées  de  côté.  Je  n'en  veux  pour 
preuve  que  le  silence  absolu  gardé  sur  l'organisa- 
tion des  sociétés  françaises  de  perception  qui 
imposent  en  Belgique  leurs  règlements,  leurs 
usages  et  coutumes  et  même  leurs  abus.  Il  eîit  été 
opportun  peut-être  d'appeler  sur  ce  point  l'atten- 
tion des  membres  du  congrès.  Je  m'étonne  qu'au- 
cun des  délégués  belges  ne  l'ait  fait.  C'est  proba- 
blement qu'étant  de  simples  avocats,  ils  ignorent 
complètement  la  question  et  ne  connaissent  pas  les 
très  légitimes  griefs  des  auteurs  belges,  sans 
parler  de  ceux  des  autres  nationalités. 

Sans  insister  pour  le  moment  sur  ce  sujet,  qui  a 
déjà  fait  dans  ce  journal  l'objet  de  plus  d'un 
article,  il  eût  été  à  propos,  il  me  semble,  d'exa- 
miner à  Anvers  la  question  de  la  constitution,  en 
Belgique,  en  Allemagne,  en  Suisse,  en  Italie,  dans 
tous  les  pays  ayant  adhéré  à  la  convention  de 
Berne,  d'organismes  analogues  à  la  Société  des  gens 
de  lettres,  à  la  Société  des  auteurs  dramatiques,  à  la 
Société  des  auteurs  et  compositeurs,  organismes  indé- 
pendants et  nationaux  qui  eussent  été  en  mesure 
d'exiger  la  réciprocité  complète  d'un  pays  à  l'autre 
dans  la  protection  de  la  propriété  artistique  et 
l'exploitation  de  ses  produits.  Il  existe,  il  est  vrai, 
une  Société  belge  des  auteurs,  mais  elle  est  une 
simple  annexe  de  la  Société  française  et  n'a  même 
pas  d'organisation  propre;  ce  qui  permet,  par 
exemple,  à  la  Société  française  des  auteurs  et  com- 
positeurs, de  mettre  la  Belgique  en  coupe  réglée, 
sans  que  jamais  un  auteur  belge  ait  la  faculté  de 
protester  autrement  qu'à  Paris,  même  qtiand  ses 
droits  sont  manifestement  et  outrageusement  lésés. 
C'est  là-dessus  qu'il  eût  peut-être  été  utile 
d'échanger  quelques  vues,  non  dans  un  sens 
hostile  aux  sociétés  françaises  de  perception, 
dont  le  principe  est  excellent  et  l'organisation 
admirable,  mais,  tout  au  contraire,  dans  un  sens 
amical,  afin  d'arriver  à  une  entente  profitable  à 
tous,  réalisant  la  réciprocité  de  nation  à  nation  et 
supprimant,  par  là  même,  les  sourdes  résistances 
et  les  abus  qui  en  résultent  de  part  et  d'autre. 

Après  avoir  exprimé  le  regret  que  les  organisa- 
teurs du  congrès  d'Anvers  n'aient  élaboré  qu'un 


LE  GUIDE  MUSICAL 


programme,  vain  et  stérile,  je  me  bornerai 
à  noter  les  quelques  résolutions  prises  de  nature 
à  intéresser  plus  particulièrement  les  musi- 
ciens. Signalons  d'abord  le  vœu  émis  à  propos  du 
projet  de  loi  autrichien  sur  la  propriété  artistique 
et  littéraire.  Nous  avons  dit,  dans  notre  dernier 
numéro,  que  les  auteurs  et  les  éditeurs  autrichiens 
n'avaient  pas  caché  leur  vif  désappointement 
devant  ce  projet,  qui  ruinait  leurs  espérances 
Après  l'exposé  fait  sur  la  question  par  M.  Mail- 
lard, rapporteur,  et  ensuite  des  explications 
détaillées  fournies,  au  nom  des  intéressés  autri- 
chiens, par  M.  Souchon,  le  congrès,  à  l'unani- 
mité, a  adopté  la  résolution  suivante  : 

«  Le  congrès  émet  le  vœu  que  la  Chambre  des 
députés  autrichienne  introduise,  dans  le  projet  de 
loi  sur  la  propriété  littéraire  et  artistique  qui  lui 
est  soumis,  des  modifications  qui  le  mettent  en 
harmonie  avec  la  convention  de  Berne.  A  cet 
effet,  le  congrès  confie  au  comité  exécutif  de 
l'Association  littéraire  et  artistique  internationale 
le  soin  d'établir  un  rapport  sur  les  défectuosités 
que  présente  le  projet  de  loi.  Ce  rapport  sera 
transmis  au  bureau  international  de  Berne  pour 
être  communiqué  au  gouvernement  autrichien,  n 

Un  vœu  similaire  a  été  voté  par  le  congrès  à 
propos  du  projet  de  loi  que  vient  d'élaborer  une 
commission  d'écrivains  et  éditeurs  russes. 

Une  importante  décision  a  été  prise  ensuite  sur 
la  question  de  la  gratuité  des  représentations  et 
concerts  de  bienfaisance.  L'immunité  au  profit  de 
ces  exécutions  a  été  repoussée,  à  l'unanimité,  sur 
un  rapport  de  M.  Wauvermans.  Les  vœux  for- 
mulés par  le  rapporteur  ont  été  adoptés  sans 
débat;  ils  reconnaissent  à  l'auteur  seul  le  droit 
d'abandonner  tout  ou  partie  de  sa  rémunération, 
d'interdire  les  exécutions  de  son  œuvre,  quel  qu'en 
soit  l'objet,  philanthropique  ou  éducatif,  ou  de  les 
subordonner  à  des  conditions  quelconques,  et  pré- 
conisent, en  cas  d'infraction,  indépendamment 
des  dommages-intérêts,  la  répression  pénale,  si 
l'atteinte  est  méchante  et  destinée  à  le  priver  du 
produit  de  son  travail. 

De  même,  le  congrès  a  souscrit  sans  contesta- 
tion aux  vœux  de  M.  Jules  Lermina  pour  la 
création,  au  bureau  international  de  Berne,  d'un 
répertoire  universel  des  ouvrages  parus  dans  les 
divers  pays,  au  triple  point  de  vue  des  droits  de 
l'auteur  et  du  domaine  public,  de  la  statistique 
internationale  et  de  la  bibliographie  scientifique. 

Le  vœu  émis  dans  ce  sens  porte  que  le  gouver- 
nement fédéral  suisse  sera  invité  à  consulter  les 
gouvernements  unionistes  sur  la  réalisation  du 
répertoire  universel  de  la  production  littéraire  et 
artistique  lorsque  le  bureau  de  Berne  aura  pro- 
cédé à  la  coordination  systématique  de  tous  les 
documents  relatifs  à  la  pubUcation  des  œuvres  lit- 
téraires et  artistiques  dans  tous  lespaysdel'union. 
Pour  compléter  ces  dispositions,  M.  V.  Souchon 
a  émis  le  vœu  qui  a  été  aussitôt  accepté  par 
l'assemblée,  de  voir  se  dresser  dans  chaque  pays 
de  l'union,  un  répertoire  alphabétique  des  œuvres 


parues  depuis  la  promulgation  de  la  convention. 

On  a  discuté  longuement  la  question  du  contrat 
d'édition,  mais  sans  parvenir  à  formuler  sur  ce 
sujet  des  principes  absolus  et  d'une  application 
pratique. 

Enfin,  il  a  été  décidé  que  le  prochain  congrès 
se  réunirait  à  Dresde,  l'année  prochaine. 

Espérons  que,  cette  lois,  on  s'inspirera  d'idées 
pratiques  et  que  l'on  examinera  la  question  des 
moyens  le  plus  propres  à  assurer  aux  auteurs  la 
reconnaissance    effective    de    leur    droit    de    pro- 


priété. 

Dans  la  séance  inaugurale,  des  paroles  très 
aimables  pour  la  Belgique  et  la  ville  d'Anvers  ont 
été  prononcées.  Citons  notamment  la  très  jolie 
allocution  de  M.  G.  Pfeififer,  vice-président  de  la 
Société  des  auteurs  et  compositeurs  de  Paris. 

«  Dans  nos  congrès  internationaux,  a-t-il  dit,  où 
sont  étudiés  les  intérêts  de  tous  les  producteurs 
de  la  pensée,  la  musique  a  obtenu  bien  légitime- 
ment une  grande  place;  et  si  nous  étudions  la 
marche  de  l'art,  no\is  voyons  que  chaque  jour 
rend  plus  nécessaire  et  plus  compliquée  la  régle- 
mentation des  droits  de  propriété  du  compositeur, 
et  que  ces  droits  n'ont  jamais  été  plus  menacés 
qu'en  ce  moment. 

»  Autrefois,  et  même  encore  il  y  a  quinze  ans, 
les  vieilles  écoles  italienne,  allemande  et  française 
accaparaient  le  monde;  tous  les  théâtres,  tous  les 
concerts,  tous  les  programmes  leur  appartenaient; 
les  autres  nations  puisaient  à  pleines  mains  dans 
les  richesses  des  trois  pays  d'origine,  mais  ne 
produisaient  presque  pas,  se  refusaient  à  toute 
rétribution,  n'ayant,  en  retour,  rien  à  réclamer 
pour  des  œuvres  indigènes.  De  là,  la  lutté  perpé- 
tuelle contre  nos  intérêts;  mais  cette  triple  souve- 
raineté se  morcelle  et  se  déplace  chaque  jour; 
beaucoup  de  nouveaux  centres  de  producteurs  se 
sont  formés  qui  ont  aujourd'hui  intérêt  à  entrer  en 
arrangement  avec  nous. 

I)  Ici  même,  l'art  flamand  nous  en  donne  un 
frappant  exemple  :  après  avoir  brillé  d'un  si 
grand  éclat  au  xvi<^  siècle,  il  semble  avoir  som- 
meillé ensuite,  pour  refleurir  aujourd'hui  de  la 
façon  la  plus  éclatante,  après  les  grands  travaux 
de  reconstitution  du  savant  Gevaert,  avec  les 
œuvres  d'un  soufile  tout  national  d'un  autre  grand 
maître  flamand,  Peter  Benoit,  avec  l'élévation 
mystique  de  Tinel  dont  le  Frauciscus  fait  en  ce 
moment  le  tour  de  l'Allemagne,  avec  Jan  Blockx, 
dont  encore  on  nous  promet,  mardi,  le  ballet 
MiUnka,  que  nous  nous  ferons  fête  d'applaudir, 
enfin  avec  le  maître  dont  l'auréole  est  venue  seule- 
ment éclairer  la  tombe,  maître  que  je  nomme  à 
regret,  car  nous  nous  sommes  toujours  habitués,  en 
France,  à  considérer  cet  enfant  de  la  Belgique 
comme  un  des  nôtres  :  avec  le  doux  maître  des 
Béatitudes,  César- Auguste  Franck  ! 

»  Les  Etats-Unis  et  la  Russie  sont  encore  en 
dehors  de  la  convention  de  Berne  et  se  sont 
refusés  jusqu'ici  à  tout  arrangement  ;  mais  déjà,  en 
Amérique,  une  jeune  école  de  composileurg  se 


LE  GUIDE  MUSICAL 


647 


forme,  et,  pour  la  Russie,  il  suffit  de  citer  les 
illustres  noms  de  Rubinstein,  Rimsky  Korsakoff, 
Borodine,Tschaïkowsky,Glazounoiïet  tant  d'autres 
pour  prouver  le  besoin  d'un  changement  de 
régime. 

»  L'Angleterre  offre  plus  qu'aucun  pays  d'énor- 
mes agglomérations  de  masses  chorales  et  orches- 
trales, se  transportant  chaque  année  en  des  centres 
différents,  pour  former  des  festivals  monstres  dont 
les  plus  célèbres  sont  le  festival  de  Haendel,  à 
Sydenham,  et  ceux  de  Birmingham,  Liverpool, 
Leeds,  etc. 

))  Dans  ces  immenses  festins  pantagruéliques  de 
la  musique,  qui  durent  plusieurs  jours,  le  Messie 
de  Haendel  et  le  Paultis  ou  VElie  de  Mendelssohn 
sont  de  fondation  et  regardés  presque  comme  des 
œuvres  nationales,  mais  le  reste  du  programme 
était  autrefois  attribué  à  Beethoven,  Rossini,  Gou- 
nod  ou  à  d'autres  maîtres  de  ces  écoles,  tandis 
qu'aujourd'hui  les  Sullivan,  Cowen,  Parry,  etc., 
suffisent  à  alimenter  de  nouveautés  indigènes  ces 
grandes  solennités. 

»  La  înusique  jette  donc,  en  ce  moment,  de  pro- 
fondes et  fécondes  semences  dans  des  terres  autre- 
fois improductives. 

))  La  supériorité  de  cette  divine  culture  se  mani- 
feste en  ce  que,  sous  toutes  les  latitudes,  une  forme 
nouvelle  et  non  moins  admirable  se  révèle  pour 
les  fleurs  les  plus  exotiques  de  notre  art. 

»  Là-bas,  non  loin  du  pôle,  à  Bergen,  où  s'in- 
spire le  plus  septentrional  des  compositeurs,  Grieg 
nous  envoie  ses  exquises  pensées;  plus  loin  encore, 
Glazounoff  nous  donne  les  impressions  des  rives 
du  Volga  avec  une  couleur  toute  personnelle,  et 
ces  œuvres  diverses  témoignent  d'un  sentiment 
non  moins  profond  et  artistique,  quoique  bien 
différemment  exprimé,  que  les  mélodies  éclatantes 
et  passionnées  écloses  sous  le  soleil  d'Italie  ou 
d'Espagne. 

»  Le  mouvement  musical  universel  a  été  activé 
encore  par  une  individualité  si  puissante  que, 
depuis  Bach  et  Beethoven,  nul  astre  pareil  n'est 
apparu  dans  notre  ciel  :  Wagner  entraîne  à  sa 
suite  toute  une  fougueuse  pléiade  de  compositeurs 
qui  admirent  ses  œuvres,  les  étudient  et  les  dissè- 
quent à  tous  les  coins  du  monde. 

»  Cette  admiration  est  si  fanatique  même 
qu'elle  produit  bien  des  imitations  excessives  et 
nébuleuses  qui  ne  rappellent  en  rien  le  génie  de 
l'initiateur. 

))  Mais,  après  avoir  longuement  lutté,  caché 
derrière  les  nuages  de  la  routine,  le  grand  maître 
de  Parsifal  a  éclaté  sur  notre  monde  musical  en  de 
si  fulgurants  éclairs  qu'il  faut  attendre  que  l'œil 
et  l'oreille  en  soient  moins  éblouis  et  frappés  pour 
juger  sainement  de  son  influence  définitive  sur 
l'art  futur. 

»  Espérons  que  chaque  école  saura  retrouver 
son  bien  dans  le  trésor  wagnérien,  sans  perdre  de 
son  individualité  et  des  qualités  qui  lui  sont 
propres.  Du  tableau  du  mouvement  de  l'art  inter- 
national que  nous  venons  d'esquisser,  il  résulte  que 


nos  traités  sont  d'autant  plus  utiles  qu'ils  doivent 
aider  à  moissonner  cette  immense  récolte  qui  se 
lève  de  tous  points. 

»  Jamais  cadre  plus  merveilleux  et  plus  favo- 
rable qu'Anvers,  la  ville  artistique  par  excellence, 
n'aura  été  trouvé  pour  nos  études. 

»  Demandons  lui  donc,  comme  autrefois  les 
maîtres  chanteurs  à  la  vieille  cité  nurember- 
geoise,  d'éclairer  nos  travaux  d'un  reflet  de  sa 
glorieuse  auréole.  » 

Voilà  qui  est  bien  pensé  et  dit  d'une  façon 
charmante.  M.  Kufferath. 


Ï 


LES  FÊTES  D'OEAÎ^GE 

L  a  paru  dans  la  presse  quotidienne  des 
correspondances  dithyrambiques  sur  les 
.^^^  fêtes  dramatiques,  données  au  début  du 
mois  d'aoTit  sur  le  théâtre  antique  d'Orange. 
La  critique  sérieuse  est  plus  réservée  quant  au 
résultat  artistique  de  cette  intéressante  tenta- 
tive. 

«  Il  ne  faudrait  pas  se  faire  trop  d'illusions 
sur  l'avenir  et  la  portée  de  l'entreprise  i» ,  écrit 
M.  J.  du  Tillet  dans  la  Revue  bleue. 

«  J'ai  lu  un  peu  partout  le  mot  de  Bayreuth 
français  ;  et  vous  pensez  si  nos  bons  Félibres 
se  sont  gargarisés  avec  ce  vocable  flatteur  et 
sonore.  Bayreuth  n'a  rien  à  voir  ici,  n'en 
déplaise  à  M.  Paul  Arène.  Sans  prétendre 
analyser  tout  ce  qui  distingue  les  représenta- 
tions de  Bayreuth  de  celles  d'Orange,  il  faut 
bien  rappeler  qu'il  existe  entre  elles  des  diffé- 
rences assez  sensibles  ;...  que  les  premières,  — ■ 
supposant  égale  la  «  nouveauté  »  du  réper- 
toire, —  offrent  cet  attrait  d'interprétations 
exceptionnelles  ;  qu'on  y  trouve  une  réunion 
d'artistes,  des  drames  et  un  «  ensemble  n  qu'on 
ne  voit  nulle  part  ailleurs,  et  qu'enfin  l'adminis- 
tration du  Théâtre  Wagner  a  des  habitudes 
d'intelligente  courtoisie  dont  la  municipalité 
d'Orange  n'a  guère  le  souci.  De  celle-ci  on  a 
tout  dit.  C'est  M.  Silvain  empêché  de  venir 
répéter  son  rôle,  M.  Saint-Saëns  galamment 
mis  à  la  porte;  c'est  l'autorisation  donnée  à 
quelques  protégés  d'aller  verser  à  boire  aux 
spectateurs  pendant  la  représentation,  si  bien 
que  les  bouteilles  de  limonade  accompagnaient 
de  leurs  détonations  les  lamentations  de  Créon, 
sur  le  corps  de  son  fils!...    Jamais   on  ne  vit 


LE  GUIDE    MUSICAL 


pareil  ahurissement,  pareil  manque  de  tact  et 
d'intelligence.  » 

A  propos  du  théâtre  même,  voici  ce  que  dit 
M.  J.  DuTillet: 

«  Si  l'on  restaure  le  théâtre,  qu'on  ne  le 
restaure  pas  trop  ;  que  l'on  consolide  ce  qui 
reste,  qu'on  n'y  ajoute  rien.  Outre  que  la  resti- 
tution complète  serait  sans  doute  au-dessus  de 
nos  forces,  le  théâtre,  tel  qu'il  est  aujourd'hui, 
avec  les  gradins  se  confondant  dans  le  rocher, 
avec  son  mur  de  scène  en  ruines,  est  cent  fois 
plus  imposant  qu'il  ne  le  serait,  «  remis  à 
neuf  » .  Avec  le  grenadier  et  le  figuier  poussés 
dans  les  pierres  qui  encadrent  la  scène,  il  a,  si 
je  puis  dire,  l'air  naturel.  On  n'y  sent  plus  ou 
presque  plus  la  main  des  hommes;  la  muraille, 
sous  le  soleil,  a  pris  les  tons  roux  des  rochers 
qui  ferment  la  salle  et  semble  se  confondre  avec 
eux.  On  dirait  d'un  admirable  cirque  naturel. 
Et  l'illusion  s'augmente  de  tout  ce  que  le  décor 
a  d'inprécis  ;  les  personnages  ont  vraiment  l'air 
de  vivre  en  pleine  nature,  de  vivre  chez  eux,  et 
non  dans  un  décor  de  théâtre.  Pour  ne  citer 
qu'un  exemple,  vous  vous  rappelez  qu'à  la  fin 
du  drame,  Œdipe  quitte  la  ville  d'où  Créon  l'a 
chassé.  Si  vous  saviez  quelle  impression  c'a  été 
de  voir  Mounet-Sully,  au  lieu  de  rentrer  dans 
une  coulisse,  descendre  lentement  les  degrés  de 
la  scène,  passant  sous  les  feuilles  du  grenadier 
et  disparaître  dans  les  ruines,  heurtant  du  pied 
les  pierres  éboulées  !  C'était  vraiment  la  déso- 
lation de  l'exil  qui  commençait  :  on  ne  la 
devinait  plus  seulement,  on  la  «  voyait  ».  Et 
cela  était  poignant  !  » 

M.  J.  Du  Tillet  voudrait  qu'on  essayât,  au 
théâtre  d'Orange,  de  représenter  quelques-unes 
des  tragédies  classiques  françaises.  Elles  se 
trouveraient,  par  leur  conception  même,  mieux 
«  situées  »  que  toutes  autres  dans  cet  admi- 
rable décor.  Les  drames  «  intérieurs  »  qui  font 
le  sujet  de  ces  tragédies  prendraient  ici  une 
hauteur  et  une  ampleur  nouvelles.  A  ce  point 
de  vue,  le  succès  d'AnHgone  paraît  significatif 
à  M.  Du  Tillet. 

«  Une  part,  une  part  très  grande,  en  revient  à 
M"<^  Bartet.  Les  plus  fervents  admirateurs  de 
la  délicieuse  artiste  n'étaient  pas  sans  crainte 
sur  le  succès  :  on  craignait  de  voir  sa  délicate 
silhouette  comme  écrasée  par  le  gigantesque 
du  décor.  C'a  été  un  délice  et  une  surprise.  Dès 
la  première  entrée,  quand  elle  erre  devant  le 
palais  à  la  recherche  d'Ismène,  c'a  été  un 
enchantement.  C'a  été  un  ravissement  dès  les 
premiers  vers  :  la  justesse  et  la  grâce  des  atti- 
tudes, la  noblesse  de  la  diction,  cette  voix  qui 


paraît  frêle  dans  une  salle  de  théâtre,  et  qui  ici 
avait  une  sonorité  merveilleuse...  Son  succès, 
son  succès  personnel,  a  été  prodigieux,  cent 
fois,  mille  fois  plus  grand  qu'il  n'avait  été  à 
Paris  ;  il  est  allé  augmentant  d'acte  en  acte 
jusqu'à  la  fin...  Eh  bien,  je  suis  convaincu 
qu'il  arriverait  pour  Racine  ce  qui  est  arrivé 
pour  M'ii^  Bartet.  Ces  drames  intimes,  ces 
drames  de  cœur,  loin  d'être  écrasés  par  l'im- 
mensité du  cadre,  grandiraient  avec  lui.  Les 
détails  délicats  prendraient  plus  de  force  et 
frapperaient  plus  fort.  Ce  qui  est  curieux  et 
presque  incroyable,  dans  cette  salle  énorme, 
«  les  effets  portent  »  plus  que  dans  un  théâtre 
ordinaire.  Certes,  le  point  de  départ  à'Atîti- 
gone  est  exclusivement  grec  :  il  tient  si  fort 
aux  mœurs  antiques  que  le  public  devrait, 
semble-t-il,  avoir  quelque  peine  à  entrer  dans 
les  sentiments  des  personnages.  Mais,  ici 
comme  à  Paris,  bien  plus  qu'à  Paris,  le  public 
a  été  immédiatement  saisi  par  ce  que  ce  drame 
((  national  »  contient  d'humanité  éternelle.  Il 
ne  s'agissait  plus  de  savoir  si  Antigone  avait 
versé  selon  les  rites  la  terre  et  l'eau  sur  le  corps 
de  son  frère,  mais  si  l'ordre  d'un  tyran  empê- 
cherait une  sœur  de  vénérer  la  mémoire  de 
son  frère  mort.  Les  «  libations  »  n'étaient 
qu'une  forme  de  la  tendresse  fraternelle.  Et  c'a 
vraiment  été  une  merveille  de  voir  combien  cet 
immense  public  a  compris  vite  le  fond  du 
drame,  et  s'y  est  aussitôt  attaché.  C'est  pour 
cela  que  les  tragédies  de  Racine,  plus  que 
toutes  les  autres,  semblent  devoir  produire  un 
effet  considérable  au  théâtre  d'Orange.  » 

M.  Du  Tillet  parle, àce  propos, d'^  thalic  sur- 
tout si,  aux  chœurs  terriblement  monotones  que 
l'on  chante  au  Théâtre-Français,  on  prenait  le 
parti  de  substituer  ceux  de  Mendelssohn. 

«Ne  croyez  pas  que  la  musique  ne  convienne 
pas  au  théâtre  d'Orange.  L'épreuve  de  ces  der- 
nières représentations  est  aussi  concluante  que 
possible.  L'orchestre  du  Théâtre-Français  est 
d'une  sonorité  insuffisante,  la  musique  deMem- 
brée  pour  Œdipe-Roi  estfaite  pour  laisser  en- 
tendre la  parole  ;  et  si  les  superbes  chœurs 
à' Antigone  ont  été  massacrés  de  la  façon  la 
la  plus  scandaleuse,  ce  n'est  assurément  pas 
de  la  faute  du  théâtre,  mais  des  choristes.  Ah! 
les  misérables  !...  Croyez,  au  contraire,  qu'avec 
un  vrai  orchestre,  de  vrais  chœurs  et  de  vrais 
chanteurs,  la  musique  produirait  ici  un  effet 
imposant.  Je  n'en  veux  pour  preuve  que  l'im- 
pression très  vive  que  M"^  Bréval  a  faite  dans 
la.  Pallas-Athéttê  de  M.  Camille  Saint-Saëns. 
Dans  un  cadre  aussi  vaste  que  celui-ci,  il  ne 
faut  ((  représenter  »  que  des  idées  générales,  des 


LE  GUIDE  MUSICAL 


649 


sentiments  généraux,  mais  avec  toutes  leurs 
nuances.  Et  c'est  là,  je  pense,  le  domaine  de  la 
musique  u. 


X'ib^mne  b'Hpolloii 

Nous  recevons  la  lettre  suivante  de  M.  L. 
Nicole  en  réponse  à  la  dernière  lettre  de  M. 
Th.  Reinach. 

Monsieur  le  Directeur, 

Serez-vous  assez  bon  pour  m'accorder  enccHp 
une  fois  l'hospitalité  de  vos  colonnes? 

Je  ne  pensais  pas  pousser  plus  loin  les  débats 
sur  V Hymne  à  Apollon  ;  mais  M.  Reinach  me  donnant 
un  démenti  dans  la  lettre  que  vous  publiez,  il  me 
sera  bien  permis,  je  pense,  de  répondre  quelques 
mots. 

Je  maintiens  ce  que  j'ai  dit  à  propos  de  l'exécu- 
tion de  l'hymne  à  Constantinople. 

M.  Reinach  parle,  dans  sa  lettre,  de  la  première 
exécution  de  l'hymne.  En  effet,  comme  je  l'ai  dit, 
c'est  sa  version,  avec  l'accompagnement  de  M. 
Radeglia,  qu'on  a  donnée  en  premier  lieu.  C'est 
plus  tard,  lorsque  cette  version  était  déjà  publiée 
à  Constantinople,  que  M.  Cambon  a  fait  demander 
la  mienne,  encore  en  manuscrit,  et  c'est  d'après 
une  lettre  de  la  légation  française  à  Constanti- 
nople à  M.  HomoUe  que  j'ai  parlé  des  succès  que 
ma  version  y  avait  obtenus. 

Au  reste,  si  M.  Reinach  le  désire,  je  pourrai, 
sitôt  rentré  à  Athènes,  dans  trois  ou  quatre  se- 
maines, lui  prouver,  pièces  à  l'appui,  ce  que 
j'avance. 

Autre  chose.  M  Reinach  s'étonne  que,  préfé- 
rant ma  version  à  la  sienne,  M.  Homolle  ne  l'ait 
pas  insérée  dans  le  Bulletin  de  l'Ecole  d'Athènes 
(I  à  la  suite  ou  à  la  place  de  la  version  Reinach  ■ . 

M.  Homolle  m'a  précisément  fait  demander  ma 
version  pour  la  publier  dans  le  dit  Bulletin,  ei  ma 
réponse  a  été  celle-ci  : 

«  M.  Reinach  ayant  été  chargé  le  premier  offi- 
ciellement de  la  musique  de  cet  hymne,  il  ne  serait 
pas  délicat  vis-à-vis  de  lui,  je  pense,  de  publier 
dans  votre  Bulletin  autre  chose  que  ce  qu'il  a  écrit 
à  ce  sujet.  » 

Je  crois  donc  avoir  agi,  en  ce  cas,  avec  une 
délicatesse  dont  je  suis  singulièrementrécompensé. 

L'Ecole  française  est  revenue  à  la  charge  auprès 
de  mon  éditeur,  lorsque  je  lui  eus  cédé  mes 
droits  sur  ma  version,  mais  celui-ci  a  aussi  refusé. 

Je  regrette  que  M.  Reinach  ne  mette  pas  plus 
de  courtoisie  dans  ce  débat.  Il  est  vrai  qu'après  la 
manière  «cavalière»  dont  il  répond  à  vos  premières 
critiques,  je  n'avais  pas  le  droit,  moi,  un  inconnu 
pour  lui,  de  m'attendre  à  beaucoup  de  ménage- 
ments de  sa  part. 


Néanmoins,  comme  il  répugne  à  mes  sentiments 
de  continuer  cette  controverse  sur  le  ton  agressif 
que  M.  Reinach  croit  devoir  lui  donner,  et  que, 
par  conséquent,  nous  ne  combattrions  pas  à  armes 
égales,  je  considère  cette  discussion  publique 
comme  close,  de  mon  côté  du  moins. 

Agréez,  Monsieur  le  Directeur,  avec  mes  remer- 
ciements pour  votre  hospitalité,  l'assurance  de  ma 
considération  distinguée.  Louis  Nicole. 


CbroniQue  ôe  la  Semaine 


PARIS 

La  moyenne  de  production  des  prix  de 
Rome,  en  tenant  compte  du  grade  bizarre  de 
«  premier  second  grand  prix  »,  est  d'zm  sujet 
par  an  (négligeons  les  fractions).  Après  le  bruit 
du  triomphe,  la  gloire  de  l'exécution  acadé- 
mique devant  la  réunion  de  tous  les  habits  à 
palmes  vertes  ;  après  le  séjour,  absurde  pour 
un  musicien, dans  la  Ville  éternelle, où  il  ne  fait 
guère  rien  de  sérieux,  ainsi  que  le  constatent 
piteusement  les  rapports  de  l'Institut  sur  les 
envois  de  Rome,  l'heureux  lauréat  s'en  revient 
à  Paris  croyant  que  la  fête  va  continuer. 

Plus  rien  !  Il  rentre  dans  la  foule  oublieuse, 
stupéfait,  puis  mécontent.  L'Académie,  qui  l'a 
séduit,  sinon  suborné,  s'occupe  déjà  de  sourire 
à  d'autres  adolescents  plus  jeunes.  Mais  le 
revenant  a  des  droits  ;  du  moins  il  croit  en 
avoir.  Voyant  que  les  théâtres  ne  lui  sont  pas 
largement  ouverts  sur  la  vue  de  ses  diplômes 
—  les  directeurs  s'absorbant  dans  l'exploitation 
circulaire  du  vieux  répertoire,  —  il  se  plaint,  il 
menace,  il  ameute  l'opinion  sur  la  situation 
qui  ne  lui  est  pas  faite.  Alors, pour  temporiser, 
pour  calmer  provisoirement  le  famélique,  on  a 
trouvé  ceci  :  «  Tous  les  deux  ans,  l'Institut 
désigne  au  ministre  cinq  prix  de  Rome,  pour 
qu'il  choisisse  parmi  eux  le  compositeur  qui 
aura  la  faveur  de  faire  jouer  deux  actes  dans 
l'année  à  l'Opéra.  « 

Voilà,  en  fait  d'alouettes  rôties  le  parcimo- 
nieux rogation  qu'on  exhibe  ostensiblement 
avant  de  le  décerner. 

«  Tous  les  deux  ans  «  —  alors  qu'il  y  a  un  prix 
de  Rome  annuel,  en  moyenne!  L'Institut 
escompte  ceux  qui  renonceront,  ceux  qui  tour- 
neront mal,  ceux  qui  —  plus  rares  —  réussi- 
ront sans  lui. 

«  La  faveur!  »  Vous  entendez;  on  vous  a, 
déjà  donné  ;  ceci  est  pure  bonté   d'àme.  On 


650 


LL  GUIDE  MUSICAL 


vous  a  fait  espérer  de  hautes  destinées,  on  vous 
a  grisé,  mais  on  ne  vous  doit  rien. 

((  Deux  actes  !  »  C'est  rationné  comme  à 
l'asile  de  nuit.  Eussiez-vous  le  tempérament 
d'un  tragique  de  longue  haleine  ou  la  grâce 
menue  d'un  ciseleur,  qu'importe  !  deux  actes. 
Il  ne  manque  que  le  nombre  de  mesures  (avec 
ou  sans  les  reprises). 

Et  le  plus  curieux,  c'est  qu'on  trouve  encore 
moyen  de  fausser  cette  insuffisante  et  dérisoire 
institution  ;  on  la  fausse  dans  son  esprit,  en  ce 
sens  que  les  directions  jouent  les  pièces  impo- 
sées, de  mauvaise  grâce,  en  fin  d'année,  ou 
avec  la  distribution  la  moins  brillante  ;  ceci,  on 
le  comprend  de  la  part  d'industriels  qui  visent 
à  réduire  les  frais  et  réservent  leur  sollicitude 
pour  le  bon  moulin  quotidien. 

Mais  le  comble,  c'est  l'Institut,  c'est  l'Etat 
méconnaissant  le  but  réel  de  cet  encourage- 
ment déjà  si  mesquin.  Au  lieu  de  réserver  cette 
«  faveur  »  aux  jeunes  compositeurs  débutant 
dans  la  vie  artistique,  on  l'a  accordée  le  plus 
souvent  à  des  musiciens  d'une  autre  génération 
qui  se  sont  souvenus,  sur  le  tard,  de  leur  titre 
de  prix  de  Rome  et  l'ont  emporté,  dans  le  choix 
ministériel,  sur  leurs  concurrents  plus  jeunes. 
Certes,  MM.  Bourgault-Ducoudray  et  Lefebvre 
étaient  dans  leur  droit,  et  leurs  partitions  Tha- 
mara  et  Djelma  méritaient  en  tout  point 
d'affronter  la  rampe.  N'est-il  pas  désolant, 
cependant,  de  constater  un  [lareil  état  de  choses, 
que  des  artistes  à  qui  leur  talent  et  leur  ancien- 
neté auraient  dû  procurer  les  attributions  con- 
venables, aient  dû,  pour  forcer  les  portes  d'un 
théâtre  dont  le  mécanisme  et  la  subvention  font 
un  établissement  ouvert  à  tous,  recourir  à  cette 
sorte  d'expédient,  car  iln'}'  a  pas  d'autre  mot! 

Il  serait  grand  tijmps  que,  devant  l'eflet  déplo- 
rable d'un  pareil  fonctionnement,  on  se  souciât 
d'y  mettre  bon  ordre. 

Cette  année,  la  liste  des  candidats  était  la 
même  qu'il  y  a  deux  ans,  à  part  naturellement 
M.  Lefebvre  dont  le  tour  a  eu  lieu.  Les  autres, 
MM.  Rousseau,  Pierné,  Huë  et  Charpentier, 
quatre  jeunes  musiciens  intéressants  à  plus 
d'un  titre,  étaient  classés  par  ordre  d'ancienneté 
(l'ancienneté  dans  les  jeunes  gens,  c'était  déjà 
joli)  !  Ils  ont  été  évincés  par  un  professeur  du 
Conservatoire,  homme  bien  calé  qu'on  croyait 
avoir  renoncé,  pour  le  professorat,  à  la  com- 
position militante. 

On  a  désigné  M.  Charles  Lenepveu  pour  la 
composition  des  deux  actes  que  l'Opéra  doit 
jouer  cette  année.  Félicitons  M.  Lenepveu  de 
l'aubaine  qui  lui  arrive.  L'Institut  eût  pu  -|*' 
moins  bien  choisir. 


Mais,  encore  une  fois,  n'est-il  pas  regrettable 
qu'une  chose  conçue  dans  un  bon  esprit  soit 
détournée  de  son  but  primitif,  et  peut-on  quali- 
fier autrement  que  de  fumisterie  une  pareille 
organisation?  M.  R. 

«  I^a  construction  des  fondations  de  l'Opéra- 
Comique  sera  terminée  vers  la  fin  du  mois 
d'octobre.  » 

Telle  est  la  nouvelle  officielle.  Ajoutons  que 
de  grandes  fêtes  se  préparent  à  cette  occasion, 
qui  seront  données  dans  la  partie  déjà  cons- 
truite, aménagée  à  cet  effet  :  fancy-fair,  con- 
cours d'orphéons,  bal  de  nuit,  courses  de 
taureaux,  ballon  captif,  etc.  !  Une  cantate  solen- 
nelle, le  Phcenix  pas  pressé...  ou  Chivapiano... 
Valentino,  paroles  d'A.  Thomas,  airs  nou- 
veaux par  J.  Barbier,  accompagnements  par 
Carvalho  (Heugel,  éditeur),  sera  exécutée  par 
l'orchestre  et  les  chœurs  du  Théâtre-Français. 

Quant  à  l'inauguration  de  l'Opéra-Comique 
complètement  reconstruit,  elle  coïncidera  —  les 
mesures  sont  déjà  prises  —  avec  la  deux 
millième  de  Misrnon. 


Une  nouvelle  qui  sera  certainement  bien 
accueillie  :  M.  Félix  Mottl  viendra  diriger  cet 
hiver  une  exécution  des  Troyens  de  Berlioz 
dans  un  théâtre  non  encore  désigné,  mais  qui 
pourrait  bien  être  l'Opéra.  On  monterait,  à  cette 
occasion,  non  seulement  les  Troyens  à  Car- 
tilage, mais  la  Prise  de  Troie,  qui  sert  de  pro- 
logue et  que  M.  Mottl  a  montée  il  y  a  quatre 
ans,  pour  la  première  fois,   à  Carlsruhe. 

M.  Carvalho  a  consenti  à  restituer  la  parti- 
tion des  Troyens  et  à  renoncer  à  donner  cette 
œuvre  à  l'Opéra-Comique,  où  elle  n'était  pas  à 
sa  place  et  où  elle  ne  pouvait  rencontrer  les 
éléments  d'exécution  nécessaires.  Il  est  fâcheux 
qu'il  faille  aller  chercher  à  l'étranger  un  chef 
d'orchestre  pour  diriger  le  chef-d'œuvre  du 
maître  de  la  Damnation  de  Faust.  Mais  il 
faut  bien  convenir  que  nous  ne  possédons  en 
ce  moment,  à  Paris,  aucun  chef  capable  de 
rivaliser  avec  un  Mottl,  un  Richter  ou  un 
Hermann  Levy. 

Il  n'est  pas  impossible, d'ailleurs,  que  M.  Fé- 
lix Mottl  soit  appelé  aussi  à  diriger  la  première 
de  Tristan  et  Iseiilt  à  l'Opéra.  Cette  première 
aura  lieu  du  20  au  26  avril,  irrévocablement. 
C'est  le  ténor  Van  Dyck  qui  chantera  le  rôle 
de  Tristan,  et  M"':  Breval  celui  d'Iseuh.  M.  Re- 
naud est  chargé  pour  le  rôle  de  Kurwenal, 
M.  Delmas  pour  celui  du  Roi.  La  titulaire  du 
rôle  de  Brangaine  n'est  pas  encore  désignée. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


651 


M.  Van  Dyck  sera  à  Paris  le  6  avril  pour  la 
première  répétition  d'ensemble. 


Signalons  aux  chefs  d'orchestre  qui  vou- 
draient rajeunir  leur  répertoire  une  courte 
pièce  symphonique,  les  Laudes,  paysage  bre- 
ton pour  orchestre,  par  M.  J.-Guy  Ropartz. 

Ce  n'est  pas  de  la  musique  descriptive,  malgré 
son  titre  ;  c'est  plutôt  un  paysage  intérieur  :  une 
notation  sentimentale  à  l'unisson  des  horizons 
mélancoliques  de  la  Bretagne. 

Après  l'exposition  en  style  fugué  d'une 
phrase  de  rythme  indécis  et  d'harmonies 
troubles,  un  thème  plaintif  de  hautbois  se 
déroule  en  appels  répétés.  Un  crescendo  très 
serré  de  travail  soutient  l'intérêt  du  développe- 
ment et  aboutit  à  l'explosion  des  forces  orches- 
trales en  large  coup  de  vent,  puis  l'apaisement, 
peu  à  peu,  se  fait,  le  paysage  reprend  sa  torpeur. 
L'impression,  la  perspective  lointaine  sont 
d'une  touche  aussi  sûre  qu'artistique. 

Les  qualités  personnelles  de  l'auteur  s'y 
retrouvent  :  une  distinction  soutenue  et  un 
soin  constant  de  correction  dans  les  plus 
épineux  passages  ;  et  aussi  les  défauts  de  ces 
qualités  :  le  chromatisme  mélodique  parfois  trop 
tendu  et  certaines  harmonies  indécises  jusqu'à 
l'équivoque.  Mais,  comme  acquis  sensible  de- 
puis des  œuvres  antérieures,  il  faut  noter  plus  de 
doigté  dans  l'art  de  développer  et  plus  de  sou- 
plesse de  plume  dans  l'aisance  de  l'écriture. 

Dans  cette  œuvrette,  malgré  l'âpreté  de  la 
jeunesse,  s'affirme  déjà  un  faire  plus  calme, 
une  force  tranquille.  M.  R. 

f 

A  Monte-Carlo,  on  annonce  pour  le  prochain 
février  la  Jacquerie,  l'ouvrage  laissé  inachevé 
par  Edouard  Lalo  et  que  M.  Arthur  Coquard 
avait  été  chargé  de  terminer.  M.  Coquard  vient 
de  mettre  la  dernière  main  au  délicat  travail 
qui  lui  avait  été  confié. 

M .  Arthur  Coquard  a  terminé  également  un 
petit  opéra,  les  Fils  de  JaJiel,  sur  un  sujet 
breton  qu'il  a  présenté  au  théâtre  de  la  Monnaie. 

Sous  la  direction  de  M  Léon  Jehin,  le  Casino  de 
Royan  vient  de  donner  deux  superbes  représenta- 
tions de  Samson  et  Dalila,  avec  le  concours  de 
M'""  Deschamps,  la  créatrice  du  rôle  à  Paris,  et  du 
ténor  Bucognani,  engagé  à  Nice  pour  la  prochaine 
saison. 

Quelques  jours  avant.  M""  Sanderson  avait 
chanté,  avec  le  baryton  Fugère,  le  rôle  de  Phryné, 
son  dernier  succès  à  l'Opéra-Comique.  Inutile  de 
dire  le  chaleureux  accueil  fait  à  l'artiste  qui,  dans 


ce  rôle  suggestif,  déploie  tant   de  charme  et  de 
talent. 

Samson  et  Dalila  vient  de  remporter  aussi  un  vif 
succès  à  Aix-les-Bains.  M""  Delna,qui  abordait 
pour  la  première  fois  le  rôle  de  Dalila,  a  été  abso- 
lument remarquable  ;  M.  Vergnet  (Samson), 
M.  Mondaud  (le  Grand-Prêtre)  ont  mérité  égale- 
ment tous  les  éloges.  M.  C.  Saint-Saëns  assistait  à 
cette  soirée  de  triomphe. 

Statistique  intéressante  pour  faire  suite  au  con- 
grès littéraire  d'Anvers, 

La  Société  des  auteurs  et  des  compositeurs  dra- 
matiques vient  de  publier  le  tableau  des  recettes 
réalisées  pendant  le  cours  de  l'année  théâtrale 
1893-1894,  par  les  théâtres  de  Paris 

Ce  tableau  comprend  non  seulement  le  chiffre 
des  recettes  brutes,  mais  aussi  le  montant  des 
droits  d'auteur  qui  ont,  pendant  le  même  laps  de 
temps,  été  perçus  par  les  agents  généraux  de  la 
Société  dans  les  trente  théâtres  de  Paris. 

La  recette  brute  s'élève  au  total  de  20  millions 
271,602  fr.  67,  sur  lesquels  les  auteurs  ont  perçu 
I  million  989,718  fr.  32. 

Les  résultats  de  la  campagne  qui  vient  de  finir 
marquent  un  accroissement  notable  sur  ceux  de 
l'exercice  1892-1893,  dont  les  recettes  ne  s'étaient 
élevées  qu'à  19,033,317  fr.  10. 

Les  droits  d'auteur  ont  naturellement  bénéficié 
de  cette  augmentation;  en  1892-1893,113  n'avaient 
atteint  que  1,934,182  fr.  92  c. 

Ils  ressort  de  cette  statistique  que,  quoi  qu'on 
en  ait  dit,  les  théâtres  parisiens,  loin  d'avoir  souf- 
fert d'une  <c  crise  »  —  dont  on  a  trop  parlé,  — 
ont,  au  contraire,  bénéficié  d'une  plus-value  consi- 
dérable sur  les  années  précédentes. 

Il  est  juste  de  reconnaître  aussi  que  les  «vrais» 
théâtres  ont  été  privés  par  trois  établissements  — 
du  genre  «  cafés-concerts,  bals  publics  et  concerts- 
spectacles  »,  — ^  de  plus  de  deux  millions  et  demi 
de  francs  :  les  Folies-Bergère,  le  Casino  et 
l'Olympia. 

Que  serait-ce  si  on  faisait  entrer  en  ligne  de 
compte  l'Eldorado,  la  Scala,  l'Eden-Concert  et 
tous  les  cafés-chantants  qui  pullulent  dans  Paris  ? 

Plus  de  deux  millions  de  recettes  sont  «  détour- 
nés »,  des  théâtres  parles  cafés-concerts! 


BRUXELLES 

Nous  reproduisons  ci-après  le  tableau  du 
personnel  du  théâtre  royal  de  la  Monnaie  pour 
la  saison  1894-95  : 

Chefs  de  service.  —  MM.  P.  Pion,  pre- 
mier chef  d'orchestre  ;  L.  Dubois,  chef  d'orches- 


652 


LE  GUIDE  MUSICAL 


tre;  Gravier,  régisseur  général  ;  Léon  Herbaut, 
régisseur  ;  Laffont,  maître  de  ballet  ;  Desmet, 
régisseur  du  ballet;  Louis  Maes,  P.  Mailly, 
Nicolay,  pianistes- accompagnateurs  ;  Louis 
Barwolf,  bibliothécaire  ;  Achille  Chainaye, 
secrétaire;  Bullens,  chef  de  la  comptabilité  ;  L. 
Brusselmans,  machiniste  en  chef;  Feignaert, 
costumier;  Bardin,  coiffeur;  Colle,  armurier; 
Jean  Cloetens,  préposé  à  la  location,  contrôleur 
en  chef;  Maillard, percepteur  de  l'abonnement. 
Lynen  et  Devis,  peintres-décorateurs. 

Artistes  du  chant.  —  Ténors  :  MM.  Cossira, 
Casset,  Bonnard,  Isouard,  Depère,  Guignot  et 
Gillon. 

Barytons  ;  MM.  Seguin,  Beyl  et  Ghasne. 
Basses  :  MM.  Dinard,  Sentein,Journet,  Gili- 
bert,  Danlée  et  Maas. 

Cantatrices  :  M^es  Simonet,  Tanésy,  Ar- 
mand, Cossira,  Mérey,  Lejeune,  Belina,  Girard, 
de  Koskilde,  Hendrikx,  Bolle  et  Légenisel. 

Coryphées  :  Mm^s  Estelle,  Delignot,  Lalieu 
et  Derudder  ;  MM.  Deville,  Van  Brempt,  Van- 
derlinden,  Piens,  Simonis,  Krier,  Roulet  et 
Van  Aker. 

Artistes  de  la  danse.  —  Danseurs  ."MM. 
Laffont,  Artiglio  Lorenzo,  Desmet  et  Steene- 
bruggen . 

Danseuses  ;  M^^s  Térésita  Riccio,  Adrienne 
Charensonney,  Lalanne,  Jeanne  Dierickx  et 
Zumpichell. 

Huit  coryphées,    32  danseuses    et   12  dan- 
seurs. 
Chœurs  :  86  voix. 
Orchestre  :  86  instrumentistes. 
Musique  de  scène  ;  i  chef  et  20  musiciens. 
20  machinistes,  3g  employés  placeurs  et  ou- 
vreuses, 3o  habilleurs  et  habilleuses. 

Ce  document  vient  confirmer  et  compléter 
les  renseignements  donnés,  sur  la  composition 
de  la  troupe,  dans  le  dernier  numéro  du  Guide 
Musical. 

Les  artistes  que  nous  n'avions  pas  men- 
tionnés sont,  du  côté  des  hommes,  M.  De- 
père,  remplaçant  M.  Barbary  en  qualité  de 
trial,  et  M.  Journet,  engagé  comme  seconde 
basse.  Du  côté  des  dames  :  M"=  Jeanne  Mérey, 
une  débutante,  élève  de  M^e  Rosine  Laborde, 
engagée  pour  l'emploi  de  chanteuse  légère 
d'opéra  comique,  tenu  l'an  passé  par  M"^ 
Horwitz;  M"ie  Belina,  une  élève  de  M™'^Viardot, 
qui  fait  également  ses  débuts  au  théâtre  et 
remplira  les  rôles  de  chanteuse  légère  de  giand 
opéra,  confiés  la  saison  dernière  à  M"'=  de  Noce  ; 
et  M"e  Girard,  qui  nous  vient  de  l'Opéra  de  La 
Haye  et  qui  remplacera  Mm«  Paulin  dans  les 
rôles  de   dugazon  ;    M"»;    Girard    a    appris    le 


chant  chez  M'°^  Marchesi.  Enfin  M "«  Adrienne 
Charensonney  succède  à  M"«  Rivolta  comme 
danseuse  de  demi-caractère. 

Quant  au  personnel  des  chefs  de  service,  il 
n'a  subi  aucune  modification  :  orchestre,  scène 
et  ballet  restent  placés  sous  la  même  direction 
que  la  saison  dernière 

L'ouverture  se  fera  le  lundi  3  septembre,  pa 
FflM5<,  qui  servira  de  rentrée   à  MM.   Cossira,! 
Seguin  et  Danlée  et  à   M"°"  Tanésy  et  Legé«f 
nisel.  M.  Beyl  fera  sa  première  apparition  dans 
le  rôle  de  Valentin  et  M"e  Girard  dans  celui  def 
Siebel. 

Le  lendemain,  on  jouera  Werther,  aveci 
MM.  Bonnard,  Ghasne,  Gilibert,  Depère  etl 
Danlée,   M''^^  Lejeune  et  Bolle. 

Mercredi,  Orphée,  pour  la  rentrée  d^ 
M"e  Armand. 

Jeudi,  Mireille,  pour  la  première  apparitior 
de  Mlles  Merey  et  de  Roskilde  et  la  rentrée  de 
M.  Sentein. 

A  l'Alcazar,  le  5  septembre,  première  dej 
l'A  niour  en  livrée,  paroles  d'Albert  Carré  et 
Paul  Meyan,  musique  de  notre  confrèrel 
Georges  Street,  du  Matin. 

Le  Conservatoire  de  Bruxelles  fera  sa  réou-1 
verture  demain  lundi,  3  septembre. 

M.  Alhaiza,  se  rappelant  le    succès   obtenu! 
jadis  au  théâ-tre  Molière,  par  V Artésienne  deï 
Daudet,    s'est    décidé    à    reprendre   ce    beauî 
drame  avec  la  musique  de  Bizet.  La  première] 
aura   lieu  le    i5   septembre.  La   délicieuse  et' 
poétique  partition  de  Bizet  sera  exécutée  par 
un  orchestre  complet,  dirigé  par  M.  Van  Dam, 
chef  d'orchestre  au  Conservatoire.  Les  chœurs 
seront  conduits  par  M.  Goossens,  directeur  des 
Artisans  Réunis. 

On  nous  écrit  d'Ostende  :  Très  grand  succès 
pour  le  concert  d'Emile  Mathieu  au  Kursaal. 
Leprogrammecomprenait  l'exécution  de  Freyr 
et  du  Hoyoux,  deux  des  plus  délicieuses  com- 
positions du  maître  louvaniste.  On  a  beaucoup 
admiré  la  voix  de  Mi'i^  Flament  qui  a  superbe- 
ment fait  résonner  son  contralto  dans  la  grande 
salle  du  Kursaal.  Les  autres  solistes  étaient 
Mlle  Vranckx,  M.  Tondeur  et  M.  Van  l^eeuw, 
qui  ont  eu  chacun  leur  part  de  bravos. 

L'orchestre  et  les  chœurs  ont  bien  marché, 
sous  la  direction  de  l'auteur. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


653 


CORRESPOND  A  NCES 


ANVERS.  —  L'audition  des  œuvres  de 
M.  Emile  Mathieu,  à  l'Exposition,  n'a  pas 
obtenu  le  succès  auquel  elle  avait  droit.  On  avait 
imposé  au  compositeur  une  exécution  en  plein  air 
d'œuvres  qui,  en  raison  de  leur  caractère  et  de 
leur  écriture  raffinée,  ne  pouvaient  se  prêter  à 
l'audition  à  ciel  ouvert.  On  ne  saurait  trop  regret- 
ter cette  faute.  D'autre  part,  M.  Mathieu  n'a  pu 
obtenir  un  nombre  sutîîsant  de  répétitions;  la 
faiblesse  de  l'exécution  en  a  fourni  une  preuve 
frappante.  Une  simple  audition,  au  piano  et  dans 
une  salle  convenable,  de  cette  délicieuse  page  qui 
a  pour  titre  le  Hoyoux  nous  eût  mieux  plu  que 
l'interprétation  quelconque  en  plein  vent  qui  nous 
a  été  donnée.  A  part  la  scène  de  la  forge,  avec  sa 
note  vigoureuse  et  bien  caractéristique,  bien  des 
pages  se  sont  noyées  dans  l'inattention,  le  public 
des  jours  de  fête  ayant  été,  comme  toujours,  fort 
turbulent. 

Admirons  pourtant,  sans  restriction,  la  belle 
voix  de  M™"  Soetens-Flament,  dont  les  notes 
sonores  portent  merveilleusement.  M"=  J.Flament 
a  également  bien  dit  son  solo  dans  le  Hoyoux  ;  et  le 
baryton,  M.  A.  Tondeur,  a  été  vivement  applaudi. 
Mais  M.  Mathieu  a  droit  à  une  revanche. 

Le  second  concert  Saint-Saëns,  ayant  eu  lieu 
dans  la  salle  des  fêtes,  s'est  présenté  à  nous  avec 
d'autres  avantages.  Et,  pourtant,  tout  n'a  pas 
marché  à  souhait,  malgré  le  talent  incontestable 
des  interprètes.  M.  Delaborde,  l'éminent  pianiste 
parisien,  après  avoir  été  très  applaudi  pour  son 
interprétation  magistrale  du  concerto  en  mi  bémol 
de  Saint-Saëns,  n'a  pas  cru  devoir  remplir  le  reste 
du  programme,  où  il  était  inscrit  pour  trois  soli. 
Ce  manque  d'égards  vis-à-vis  du  public  n'a  pas 
laissé  de  paraître  un  peu  cavalier. 

Nous  avons  admiré  le  beau  talent  de  M™"  Hé- 
glon.  L'artiste  est  douée  d'une  voix  chaude  et  bien 
timbrée,  et  sa  diction,  surtout  dans  la  Fiancée  du 
Timbalier,  a  été  des  plus  remarquables.  Un  incident 
s'est  produit  à  ce  moment  qui  a  failli  compro- 
mettre l'exécution  de  cette  belle  composition  ; 
mais  je  n'y  insisterai  pas,  me  bornant  à  dire  que 
l'orchestre,  qui  avait  eu  de  nombreuses  répétitions, 
aurait  dû  marcher  d'une  façon  irréprochable. 

On  a  beaucoup  applaudi  M.  Noté,  dont  la  dic- 
tion s'est  fort  perfectionnée  depuis  deux  ans. 
Il  nous  a  fait  entendre,  avec  M"'«  Héglon,  la 
scène  d'Horace  mise  en  musique  par  Saint  Saëns. 
Je  dôme  que  dans  cette  œuvre  le  maître  français 
ait  montré  un  goût  parfait;  les  vers  de  Corneille 
ne  gagnent  point  à  être  chantés;  je  suis  même  cer- 
tain qu'ils  perdent  de  leur  grandeur. 

Les  concerts  de  musique  ancienne  sont  toujours 
fort  suivis  au  Vieil-Anvers,  grâce  au  charme  péné- 
trant de  ces  vieux  chants  et  aussi  à  l'e.xécution 
soignée  que  l'on  nous  en  offre.  Nous  avons  parti- 
culièrement remarqué,  au  dernier  concert,  un  fort 


b^au  madrigal  de  Roland  de  Lassus  et  une  char- 
mante chanson,  le  Coucou,  que  M™  Soetens-Fla- 
ment a  dite  de  ravissante  façon. 

11  nous  faut  citer  aussi  une  série  d'auditions  de 
piano.  M.  Ed.  Potjes,  depuis  peu  professeur  au 
Conservatoire  de  Gand,  s'est  fait  entendre  sur  les 
pianos  Blûthner.  Le  succès  de  l'excellent  artiste 
a  été  très  mérité,  car  il  joint  à  im  toucher  ferme 
une  interprétation  raisonnée  des  œuvres. 

Mlle  Falkenstein,  lauréate  du  Conservatoire  de 
Bruxelles,  s'est  fait  entendre  quelques  jours  plus 
tard  sur  les  pianos  Erard  Malheureusement,  la 
sympathique  pianiste  a  été  interrompue  à  diverses 
reprises  par  des  bruits  fort  discordants,  partis  des 
sections  voisines.  Cela  n'a  pas  empêché  le  public 
d'apprécier  les  belles  qualités  de  M^''  Falkenstein, 
qui  aurait  peut-être  fait  plus  d'effet  en  variant 
davantage  son  programme.  A.  W. 

{D'un  autre  correspondant) 

Très  intéressante  audition  musicale  (Pianos 
Erard)  la  semaine  dernière  à  l'Exposition  d'Anvers. 

M.  Arthur  Wilford,  compositeur  distingué,  élève 
du  regretté  Auguste  Dupont,  s'y  est  fait  entendre 
et  applaudir  de  façon  spéciale. 

Vrai  pianiste,  au  jeu  sobre,  modéré,  M.  Wilford 
a  interprété  diverses  œuvres  de  Grieg,  Liszt,  Ru- 
binstein,  donnant  à  chacune  de  ces  pages  cette 
expression  vraie,  intime  qui, seule,  provoque  l'émo- 
tion élevée.  A  ce  point  de  vue,  l'Aria  de  Grieg  à 
été  particulièrement  intéressant. 

Les  difficultés  n'existent  pas  pour  M.  Wilford; 
aussi  sa  jolie  valse  de  concert  exécutée  en  dernier 
lieu  lui  a-t  elle  valu  de  nombreux  applaudisse- 
ments. 

Un  violoncelliste  distingué,  M.  Steindel,  prêtait 
à  cette  séance  le  concours  d'un  talent  remarquable, 
que  nous  souhaitons  pouvoir  apprécier  davantage. 


BLANKENBERGHE  —  Quinzaine  très 
mouvementée  au  Casino.  Concerts  extra- 
ordinaires sur  concerts  extraordinaires.  Nous 
avons  entendu  d'abord  M.  Casset,  le  ténor  engagé 
pour  la  prochaine  saison  du  théâtre  de  la  Monnaie. 
Il  possède  une  voix  d'un  beau  timbre  et  une  dic- 
tion honorable.  Il  a  chanté  les  stances  de  Polyeucte 
de  Gounod  et  l'air  du  Freyschutz  de  Weber. 

Mardi  21  août,  M.  Goetinck,  l'habile  chef 
d'orchestre  du  Casino,  a  dirigé  un  concert  Masse- 
r.et.  On  a  entendu,  entre  autres  pièces  de  l'auteur 
de  Manon,  les  Scènes  alsaciennes  pour  orchestre,  très 
bien  enlevées,  et  les  Erynnies,  la  suite  d'orchestre 
écrite  pour  le  drame  de  Leconte  de  Lisle.  C'est 
une  des  bonnes  œuvres  du  maître  français,  car 
c'est  d'une  écriture  personnelle  et  fantaisiste.  Le 
finale  surtout  a  été  bien  accueilli. 

M"''  Bender  prêtait  son  concours  à  cette  audi- 
tion Elle  a  dit  d'une  voix  agréable  le  grand  air 
d'Hérodiade  etVElésie. 


654 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Pour  finir,  une  très  bonne  exécution  de  l'ouver- 
ture de  Phèdre. 

A  citer  encore  le  concert  de  M.  Warmbrodt, 
ténor  des  concerts  du  Conservatoire  de  Paris,  qui 
a  chanté  l'air  de  VEnfnnce  du  Christ  de  Berlioz  et 
des  mélodies  fort  bien  choisies  de  Mozart,  Rossini, 
Saint-Saëns  et  Th.  Dubois. 

Le  lendemain,  concert  de  musique  belge.  L'or- 
chestre a  exécuté  des  fragments  du  Pierrot  trahi 
d'Emile  Agniez  et  son  ouverture  pour  Fridolin; 
Rigodon,  Orientale  et  Springdans  norvégien  d'A.  De 
Greef,  et  marche  des  Communiers  flamands  de  Léon 
Dubois.  M""  Rachel  Neyt  a  chanté  des  mélodies 
de  E.  Agniez,  Van  Dam,  De  Greef  et  Léon  Dubois. 

La  grande  attraction  était  le  concert  Ysaye. 
L'éminent  professeur  du  Conservatoire  de  Bru- 
xelles a  obtenu  un  succès  enthousiaste.  Quelle 
ovation  après  la  Fantaisie  écossaise  de  Max  Bruch, 
mais  aussi  quelle  exécution  magistrale  de  cette 
œuvre  pénétrante! Quels  applaudissements  encore 
après  les  Airs  hongrois  cVErnstl 

Ce  même  soir,  l'orchestre  du  Casino  exécutait 
des  oeuvres  de  choix  :  des  fragments  des  Maîtres 
Chanteurs  de  R.  Wagner,  le  Rouet  d'Omphale  de 
C.  Saint-Saëns  et  l'ouverture  de  Léonore  de  Beetho- 
ven. Par  une  fantaisie  charmante,  pour  répondre 
aux  rappels  continus  et  aux  ovations,  M.  Ysaye 
s'est  mis  au  premier  pupitre  des  violons  et  a  joué 
sa  partie  dans  l'ouverture  de  Léonore  avec  sa  fou- 
gue accoutumée.  L. 

("^  AND  —  Voici  le  tableau  de  la  troupe  du 
31"  Grand-Théâtre  pour  la  saison  de  1894-1895  : 

Administration  :  M.  Horace  Martini,  directeur 
administrateur. 

Orchestre  :  MM.  Nicosias,  i"  chef  de  grand 
opéra,  traductions  et  opéra  comique;  Koderitsch, 
2*  chef  d'opéra-comique  et  d'opérette,  pianiste 
accompagnateur  et  organiste. 

Artistes  du  chant.  —  Ténors  :  MM.  Gauthier, 
Roger  Dupuy,  Coumont,  Roussel  et  Stevens. 
Barytons  :  MM.  Carroul,  Duvernet  et  Duc. 
Basses  :  MM.  Vallobra,  Pourret,  Milbert  et  Saint- 
Martin.  Soprani  :  M">''^  Kériva,  Martini,  Tachel, 
Dupont  et  Lecuyer.  Mezzo-soprani  :  M'i^s  Valdy, 
Pourret  et  Dégustai.  Contralti  :  M"''=  Fremeau, 
Reynaud  et  Blauwaert. 

SPA.  —  Quoique  la  saison  n'ait  guère  été 
réussie,  il  convient  de  signaler  le  grand 
succès  obtenu  par  M.  Isnardon,dont  on  admire 
toujours  l'excellente  diction  et  la  jolie  voix.  Un 
récital  intéressant  a  été  donné  dans  la  salle  des 
fêtes,  au  Casino,  par  le  pianiste  Jean  Sauvage 
Programme  choisi  dont  les  parties  principales 
bien  détaillées  ont  obtenu  un  succès  bruyant.  On 
a  surtout  admiré  l'exécution  d'un  Notturno  de 
Grieg,  les  Variations  sur  le  nom  d'Abegg,  de 
Schumann,    Toccata    de  Dupont,  l'étude   n'^  ,3    de 


Rubinstein,  et  le  Saint  Paul  marchant  sur  les  flots  de 
Liszt. 


2SrO  U  V EL  LES  DI  VERSES 

Les  fêtes  théâtrales  de  Bayreuth  ont  pris  fin 
le  19  août  dernier,  par  une  représentation  de 
Parsifal,  qui  ouvre  et  clôt  traditionnellement 
la  «  season  »  du  Théâtre  Wagner. 

L'affluence  des  spectateurs  a  été,  cette  année, 
exceptionnelle.  Aux  vingt  représentations  que 
comprenait  la  série  complète  ont  assisté  trente- 
cinq  mille  spectateurs,  parmi  lesquels  huit 
mille  Anglais  et  quatre  mille  Américains.  Le 
nombre  des  spectateurs  français  et  belges  s'est 
élevé  à  un  millier.  A  en  juger  par  ces  chiffres, 
les  résultats  financiers  ont  dû  être  brillants. 
Chaque  représentation  a  réuni  environ  mille 
sept  cent  cinquante  spectateurs,  c'est-à-dire 
qu'il  y  a  eu  constamment  salle  comble.  La 
place  coûtant  2.5  francs,  la  recette  totale  a  dû 
s'élever  à  environ  875,000  francs.  De  cette 
somme,  il  faut  défalquer  35o,ooo  francs  qu'ont 
coûté  les  décors  et  les  costumes  de  Z,o/jÊ7i^nw 
joué  pour  la  première  fois  à  Bayreuth,  et  les 
gages  payés  aux  artistes  du  chant  et  de  l'orches- 
tre, qui  s'élèvent  à  plus  de  200,000  francs. 
Reste  un  boni  d'environ  3oo,ooo  francs  qui 
sera  versé  par  la  caisse  du  théâtre,  au  «  fonds 
de  Bayreuth  »,  pour  assurer  les  représentations 
futures. 

Les  représentations  du  cycle  des  œuvres  de 
Wagner  continuent  à  Munich  devant  un  public 
très  nombreux,  composé  en  majeure  partie 
d'étrangers,  parmi  lesquels  beaucoup  de  Fran- 
çais. L'Anneau  du  Nibelung  a  de  nouveau 
produit  une  profonde  impression. 

On  a  beaucoup  remarqué  les  nouveaux  appa- 
reils que  la  régie  du  théâtre  de  Munich  avait 
appliqués  à  la  première  scène  du  RJieingold, 
qui  nous  montre  les  trois  ondines  nageant  dans 
les  flots  du  Rhin. 

La  plus  forte  recette  a  été  obtenue  avec 
Tristan  et  IseuH,  qui  a  produit  treize  mille 
cinq  cents  marks.  C'est  la  recette  la  plus  élevée 
qui  ait  jamais  été  encaissée  depuis  l'existence 
du  théâtre  de  Munich. 

Prochainement  va  paraître, chez  Breitkopf  et 

Haertel,  une  nouvelle  édition,  soigneusement 

revue,  corrigée  et  considérablement  augmentée 

#  de  la  grande  biographie  de   Richard  Wagner, 

par   C.-Fr.    Glasenapp.     Le  premier   volume 


LE  GUIDE  MUSICAL 


655 


comprenant  la  période  1813-1843,  vient  de 
paraître.  La  nouvelle  édition  est  dans  un 
format  plus  pratique  que  la  précédente. 

Nous  avons  déjà  fait  allusion  au  très  impor- 
tant procès  qui  vient  d'être  gagné,  en  Amé- 
rique, par  la  maison  Novello  de  Londres.  Il 
s'agissait,  dans  ce  procès,  de  fixer  le  sens  exact 
de  la  clause  de  la  récente  loi  américaine  sur  la 
propriété  littéraire,  qui  exige,  comme  condition 
de  la  protection,  que  l'œuvre  d'art  ait  été  im- 
primée aux  Etats-Unis.  Le  législateur  améri- 
cain, en  définissant  ce  point  de  droit,  a  employé 
le  mot  book,  livre.  La  maison  Novello  a  fait 
plaider  que  le  cahier  de  musique  n'était  pas  un 
livre  et  que, par  conséquent,  il  n'était  pas  néces- 
saire que  les  morceaux  de  musique  fussent 
gravés  ou  imprimés  sur  le  territoire  américain 
pour  avoir  droit  à  la  protection.  C'est  ce  point 
que  le  tribunal  vient  de  trancher  dans  un  sens 
favorable  à  la  thèse  du  demandeur.  Il  résulte 
de  là  que  les  éditeurs  européens  de  musique 
peuvent  désormais  réclamer  la  protection  du 
Copyright  A  et  en  faveur  de  leurs  publications 
et  poursuivre  comme  contrefacteurs,  les  impri- 
meurs ou  éditeurs,  qui  les  pillaient  auparavant 
de  la  façon  la  plus  scandaleuse. 

Quand  en  sera-t-il  de  même  pour  les  livres? 

Le  pianiste  Paderewsky,  qui  est  décidément 
la  coqueluche  des  Américains,  va  entreprendre, 
cet  hiver,  une  nouvelle  tournée  en  Amérique. 
Ce  sera  sa  troisième  apparition  aux  Etats-Unis. 
Il  fera  entendre  pour  la  première  fois,  le 
27  décembre,  au  Metropolitan  Opéra  House,  à 
New- York, une  Fantaisie  polonaise  pour  piano 
et  orchestre,  qu'il  a  récemment  composée.  Il 
visitera  ensuite  les  villes  suivantes  :  Buffalo, 
Cleveland,  Détroit,  Chicago,  Indianapolis,  Cin- 
cinnati, Louisville,  Saint- Louis,  Kansas  City, 
San  Francisco,  Sait  Lake  City,  Denver, 
Omaha,  Minneapolis,  Saint-Paul,  Chicago, 
Milwaukee,  Pittsburgh,  Baltimore,  Washing- 
ton. 

Si,  après  cette  tournée,  il  n'est  point  million- 
naire, c'est  qu'il  ne  l'aura  pas  voulu. 

Le  nouveau  Théâtre-Communal  d'Amster- 
dam a  été  inauguré  officiellement  samedi, 
1"='  septembre.  La  remise  solennelle  des  clefs 
du  théâtre  à  la  ville  d'Amsterdam  a  été  faite  à 
onze  heures  du  matin,  au  foyer  du  nouveau 
théâtre,  par  le  président  de  la  commission  exe- 
cutive du  Théâtre-Communal,  le  baron  Tindal. 

Le  soir,  à  huit  heures,  a  eu  lieu  une  repré-  ^ 
sentation  de  gala. 


M .  Sonzogno  ne  se  contente  pas  d'être  un 
remarquable  éditeur,  il  est  aussi  un  imprésario 
de  premier  ordre,  et  la  façon  dont  il  a  lancé  les 
compositions  des  jeunes  maestri  édités  par  lui, 
Mascagni,  Leoncavallo,Samara,  etc.,  témoigne 
assez  clairement  de  ses  extraordinaires  facultés 
à  ce  point  de  vue.  Sa  dernière  création  est  le 
Théâtre-International  qu'il  a  fait  construire  à 
Milan  et  qui  sera  inauguré  le  22  septembre 
avec  les  Medici  de  Leoncavallo.  La  nouvelle 
salle  a  été  élevée  sur  l'emplacement  occupé  par 
la  salle  de  la  Canobiana,  non  moins  célèbre  que 
la  Scala,  et  qui,  construite  la  même  année 
que  la  Scala,  en  1777,  avait  été  inaugurée  le 
21  août  1779  par  un  opéra  comique  de  Salieri, 
la  Fiera  di  Venezia.  L'ancienne  salle  de  la 
Canobiana,  qui  depuis  plusieurs  années  était 
demeurée  close,  avait  été  rachetée,  l'année  der- 
nière, par  M.  Sonzogno,  qui  l'a  fait  remanier  de 
fond  en  comble,  démolir  et  reconstruire  en 
partie.  A  la  salle  de  spectacle  est  annexée  une 
salle  de  concert. 

La  saison  Sonzogno,  qui  s'ouvrira  le  22  sep- 
tembre, finira  le  5  décembre,  et  M.  Sonzogno 
a  l'intention  de  produire,  dans  ces  onze 
semaines,  quatre  œuvres  italiennes  nouvelles  : 
\e.  Martyre,  de  Samara,  Claudia,  de  Coronaro, 
Graziella,  d'Anteri,  et  Cristo  di  Valapert,  de 
Brunetti. 

M.  Sonzogno  fera  aussi  jouer  le  Portrait  de 
Manon  et  Werther,  de  M.  Massenet,  Lakmé, 
de  Delibes,  et  Djaniileh,  de  Bizet. 

Paleslrina  —  la  petite  ville  du  Latium  dont 
le  nom  est  connu  dans  le  monde  entier  — a 
fêté,  la  semaine  dernière,  saint  Agapit,  son  pro- 
tecteur, par  une  fête  de  village  :  loterie,  feux 
d'artifice,  foire,  etc. 

Mais,  au  milieu  de  la  gaîté  villageoise,  un 
événement  musical  digne  d'une  métropole 
attirait  l'attention  des  artistes  :  une  exécution 
vraiment  hors  ligne  de  la  fameuse  messe  du 
Pape  Marcel  a  rappelé  opportunément  que, 
cette  année,  a  eu  lieu  le  troisième  centenaire  de 
la  mort  du  Pr inceps  Mîisicormn,  de  Père 
Louis  de  Palestrina. 

Cette  exécution  est  due  à  l'abbé  Millier, 
directeur  de  l'école  grégorienne,  et  à  plus  de 
quarante  artistes  venus  expressément  de  Rome, 
parmi  lesquels  les  maestri  Ernest  Boezi,  Mat- 
tini,  Giannoli,  Martinelli  et  Mori.  L'exécution 
a  été  remarquable  comme  richesse  de  coloris, 
précision  de  rythme,  d'intonation,  équilibre  et 
juste  interprétation  de  chaque  épisode.  On  a 
aussi  beaucoup  admiré  l'exécution  des  vêpres, 


656 


LE  aVIDE  MUSICAL 


particulièrement  dans  les  psaumes  de  Vittoria 
et  de  Viadana  et  dans  le  splendide  Magnificat 
de  Roland  de  Lassus. 

De  nombreux  artistes,  entre  autres  M.  Sgam- 
bati,  s'étaient  rendus  expressément  à  Palestrina 
pour  assister  à  cette  fête  musicale. 

A  Bordeaux  aura  lieu,  l'année  prochaine,  un 
congrès  de  l'art  chrétien,  qui  s'occupera  de 
rechercher  «  la  vérité  artistique  et  le  caractère 
propre  du  chant  grégorien)).  Les  dififérentes 
écoles  de  plainchant  seront  représentées  à  ce 
congrès,  qui  réunira  les  musicologues  de  toutes 
les  parties  de  la  France.  C'est  le  décret  de  la 
Sacrée  Congrégation  des  Rites  maintenant  le 
statu  quo  en  matière  d'édition  qui  a  motivé 
l'idée  de  réunir  un  congrès  sur  la  question. 

Il  est,  paraît-il,  question  de  donner  l'an  pro- 
chain, au  Théâtre  d'Orange  —  le  Bayreuth 
français  !  —  des  représentations  de  VHérodiade 
de  M.  Massenet. 

Bien  qu'il  faille  s'attendre  à  beaucoup  de 
pujjisme  dans  l'entreprise  des  Tartarimpesarii, 
on  peut  croire  que  cette  nouvelle  contient  un 
lapsus  et  qu'il  s'agirait  plutôt  des  Erynnies. 

Mme  Patti  vient  de  signer  avec  M.  O.  Lafon, 
ex-directeur  des  théâtres  de  Gand  et  d'Anvers, 
actuellement  directeur  de  l'Opéra  de  Nice,  un 
engagement  pour  la  prochaine  saison.  La  diva 
donnera  quatre  représentations.  M.  Lafon  s'est 
aussi  assuré  le  concours  de  M^e  Nevada. 

L'Opéra  Royal  de  Berlin  annonce  pour  le 
mois  de  novembre  la  première  représentation 
d'un  nouvel  ouvrage  .-iïa/fc//^,  de  M.  Mascagni. 
Un  autre  Ratcliff,  \ynque  celui-là,  de  M.  Vavri- 
nez,  maître  de  chapelle  de  la  cathédrale  de 
Pesth,  sera  produit  vers  la  même  époque  au 
théâtre  allemand  de  Prague.  Les  deux  opéras 
sont  tirés  du  drame  de  Henri  Heine. 

Le  chef  de  la  police  de  Munich  vient  de 
prendre  un  arrêté  par  lequel  il  invite  ses  conci- 
toyens, qui  se  trouvent  incommodés  par  des 
amateurs  jouant  du  piano  les  croisées  ouvertes, 
à  lui  transmettre  immédiatement  leurs  plaintes. 

Le  Droit  d'auteur,  de  Berne,  a  publié,  dans 
son  numéro  du  l5  juillet,  un  tableau  systéma- 
tique des  œuvres  musicales  éditées  en  Alle- 
magne en  1892  et  en  iSgS;  nous  le  reprodui- 
sons ci-après. 

Les  chiffres  qu'il  contient  prêtent  à  des 
rapprochements  intéressants,  quant  à  la  pro- 


duction de  l'Allemagne  dans  les  divers  domaine 
de  la  musique  instrumentale  et  vocale.  Oi 
remarquera  le  chifïre  particulièrement  élevi 
des  œuvres  de  musique  vocale,  chiffre  qui  n> 
s'est  d'ailleurs  accru  que  de  dix  unités  de  1891 
à  1893,  tandis  que  le  nombre  des  œuvres  pou 
piano  sautait  de  deux  mille  huit  cent  quatre 
vingt-cinq  à  trois  mille  deux  cent  quarante 
deux.  Très  imposant  aussi  le  nombre  de 
revues  musicales  :  cinquante-trois  en  iSgS 
Cette  statistique  détaillée,  due  à  la  Société  dei 
marchands  de  musique  allemands  [Verein  det 
deutschen  Musikabinliœndler)  n'avait  pas  ét< 
dressée,  paraît-il,  pour  les  années  antérieures  i 
1892.  Il  sera  curieux  d'en  suivre  chaque  annéf 
la  publication. 

ŒUVRES  MUSICALES 
Tableau  systématique  des  œuvres  éditées  en  iSff2  et  en  iSgS 


A.  Musique  instrumentale 

1 .  Pour  orchestre 

2 .  Pour  orchestre  à  cordes     ... 

3 .  Pour  musique  militaire 

4 .  Pour  fanfares 

5 .  Concerts  pour  orchestre     . 

6 .  Pour  instruments  à  cordes . 

7 .  Pour  instruments  à  vent    . 

8.  Pour  instruments  à  percussion     . 

9 .  Pour  harpe 

10.  Po\iT  iattjo 

11.  Pour  mandoline 

12.  Pour  luth 

i3.  Pour  guitare 

14.  Pour  cithare 

i5.  Pour  instr.à  jouer  par  des  enfants 

16.  Pour  piano 

17.  Pour  orgue 

18.  Pour  harmonium 

19.  Pour  accordéon,  harmonica,  etc. 

B.  Musique  VOCALE 
Musique  vocale 

C.  Ecrits 

1 .  Livres  et  écrits  concernant  la  mu- 

sique      

2 .  Revues  musicales 

3.  Livrets 

4.  Illustrations 

Récapitulation 


1893 

1893 

447 

490 

19 

35 

191 

Iq5 

i7 

6q 

8 

28 

5o6 

683 

218 

370 

7 

20 

27 

12 

2 

I 

20 

79 

I 

— 

12 

6 

794 

625 

I 

7 

2,885 

3,242 

143 

i38 

119 

64 

25 

7 

3,966 


201 
47 


3,976 


167 
53 

85 


1892    1893 


Musique  instrumentale 
Musique  vocale    . 
Ecrits 


5,462      6,071 

3,966      3,976 

325         325 


9,753     10,372 

Le  Droit  d'auteur  donne  également  k 
nombre  des  maisons  d'édition  d'œuvres  niusi 
cales  en  Allemagne  pour  les    années   1881  £ 


LE  GUIDE  MUSICAL 


657 


1894.  De  cent  quarante  en  1881,  il  a  subi  une 
marche  à  peu  près  régulièrement  croissante 
pour  atteindre  le  chiffre  presque  double  de 
deux  cent  soixante-quatorze  en  1894,  ^^  1"' 
correspond  à  une  augmentation  moyenne 
annuelle  de  dix  environ. 

[■  MM.  Abbey  et  Grau  vienxient  de  constituer 
'  leur  troupe  pour  la  prochaine  saison  du  Metro- 
politan Opéra  House,  à  New-York. 

La  liste  comprend  les  noms  de  M™"  Melba, 
Sibyl  Sanderson,  Eames,    Bauermeister,  Zélie 
de    Lussan,     Lucile      Hill,    Scalchi,     et    de 
MM.  Jean    de    Reszké,    Tamagno,    Novelli, 
1   Mauguière,     Rinaldini,      Ancona,     Vaschetti, 
I  Maurel,  Carbonne,  Edouard  de   Reszké,  Cas- 
telmai-y,  Plançon,  Abramoff.    Les  chefs   d'or- 
chestre seront  MM.  Mancinelli  et  Bevignani, 
:  et  nous  relevons  au  programme  de   la   saison 
les  ouvrages  suivants  :  Thaïs,  Esclarmonde, 
Werther,  Manon,  Mignon,  Lahné,  Roméo  et 
Juliette,  Falstaff,  Otello,  les  Maîtres  Chan- 
teurs, Cavalleria  rusticana,  Samson  et  Dalila, 
:  Phryné. 

Le  Cercle  royal  le  Lion  Belge,  de  Liège, 
organise,  à  l'occasion  de  son  quarantième  anni- 
versaire, un  concours  international  de  chant 
d'ensemble,  fixé  au  dimanche  et  au  lundi  de  la 
Pentecôte,  2  et  3  juin  i8g5.  Le  règlement  du 
concours  sera  envoyé  sous  peu  aux  sociétés 
intéressées. 

Celles  qui,  par  erreur  ou  oubli,  ne  le  rece- 
(  vraient  pas,  sont  priées  de  le  réclamer  à  M.  Er- 
nest Lehousse,  secrétaire,  21,  rue  de  l'Enseigne- 
ment, à  Liège. 


NÉCROLOGIE 


Sont  décédés  : 

A  Bruxelles,  le  aS  août,  à  l'âge  de  soixante  ans, 
■Gustave  Frédérix,  critique  dramatique  et  littéraire 
jde  Vlndêpendance  belge  depuis  trente-cinq  ans, 
membre  de  l'Académie  royale  de  Belgique. 

Gustave  Frédérix  était  l'une  des  physionomies 
littéraires  marquantes  de  la  Belgique,  et  sa  mort 
est  pour  les  lettres  belges  une  perte  sensible. 
;  C'était  un  causeur  étincelant  et  un  écrivain  de 
race.  Il  a  été  très  vivement  et  très  injustement  pris 
à  partie  dans  ces  deux  dernières  années  pour  Tin- 
différence  qu'il  avait  montrée  à  l'égard  du  jeune 
mouvement  littéraire,  indifférence  qui  n'était  pas 
justifiée,  mais  qui  s'explique.  Gustave  Frédérix 
appartenait  à  une  période  littéraire  et  artistique 
antérieure,  et  il  ne  pouvait,  par  conséquent, 
apporter  dans  l'appréciation  des  efforts  de  la 
J^une    Belgique    l'exubérance    et    Tenthousiasme 


généreux  des  créateurs  de  ce  mouvement;  il  le 
suivait  néanmoins  avec  intérêt.  Son  esprit  était 
trop  fin  pour  en  méconnaître  les  mérites,  mais  son 
goût  était  trop  épuré  pour  en  goûter  toutes  les 
productions.  Il  appartenait  à  cette  classe  rare  de 
lettrés  «  qui  gardent  les  sources  n,  comme  dit 
Daudet.  Il  tenait  étroitement  à  la  justesse  de  l'ex- 
pression, à  l'harmonie  de  la  composition,  à  la 
mesure  en  tout.  Sa  critique  a  manqué  quelquefois 
d'envergure  et  de  hardiesse,  mais  elle  ne  fut  jamais 
ni  mesquine,  ni  terre  à  terre,  et  le  goût  le  plus  sûr 
inspira  toujours  ses  jugements.  Ses  feuilletons 
littéraires  à  V Indépendance  belge,  s'ils  étaient  réunis 
en  volume,  constitueraient  une  contribution  inté- 
ressante à  l'histoire  des  lettres  et  du  théâtre  dans 
la  seconde  moitié  de  ce  siècle,  par  les  aperçus 
personnels,  les  observations  judicieuses,  les  sou- 
venirs qu'ils  renferment. 

Car  Gustave  Frédérix,  lié  d'amitié  avec  quelques- 
uns  des  grands  esprits  de  la  période  romantique, 
Victor  Hugo,  Vacquerie,  Jules  Simon,  Alexandre 
Dumas  fils,  Ludovic  Halévy,  etc.,  a  semé  ses  chro- 
niques hebdomadaires  de  propos,  de  saillies,  de 
remarques  recueillis  au  cours  de  ses  conversa- 
tions et  de  sa  correspondance  avec  tout  ce  qui 
comptait  dans  les  lettres  à  Paris,  sous  le  second 
Empire. 

Gustave  Frédérix  a  fait  aussi  de  fréquentes 
excursions  dans  le  domaine  de  la  musique,  où  il 
apportait  les  mêmes  qualités  de  goût  et  de  finesse. 
Il  avait  reçu  une  suffisante  éducation  musicale 
dans  sa  jeunesse  pour  ne  point  parler  sans  compé- 
tence de  cet  art  qui  l'attirait  plus  que  la  peinture. 
Mais,  là  encore,  des  préférences  d'écoles  et  des  tra- 
ditions auxquelles  il  était  attaché  ne  lui  ont  pas 
permis  de  voir  toujours  juste.  Il  ne  fut  pas  gracieux 
à  Peter  Benoit  à  ses  débuts,  et  il  eut  des  ironies 
fâcheuses  en  ce  qui  concerne  Wagner,  dont  il 
avait  cependant,  l'un  des  premiers  dans  la  presse 
de  langue  française,  salué  la  gloire  naissante,  avec 
l'enthousiasme  de  ses  vingt  ans. 

Il  n'en  était  pas  moins  un  fin  connaisseur  en  mu- 
sique, et  si  sa  critique  s'est  méprise  quelquefois 
sur  la  valeur  de  tel  ou  tel  maître,  rarement  elle  a 
touché  à  faux  quand  elle  a  signalé  des  défauts  de 
proportion  ou  de  composition  dans  les  œuvres 
soumises  à  son  jugement.  Tout  le  premier,  il 
avouait  l'erreur  de  ses  premières  impressions,  et, 
avec  une  bDnne  grâce  qui  ne  dissimulait  aucune 
reculade,  il  se  laissait  aller  à  adorer  très  franche- 
ment ce  qu'il  avait  commencé  par  brûler. 

Par  sa  situation,  il  fut  naturellement  en  relations 
avec  la  plupart  des  directions  théâtrales  qui  se 
sont  succédées  à  Bruxelles,  et,  tant  au  théâtre  du 
Parc  qu'au  théâtre  de  la  Monnaie,  il  a  souvent, 
par  ses  observations  et  ses  conseils,  rendu  ser- 
vice aux  débutants  qui  venaient  ici  se  former  pour 
des  scènes  plus  vastes  et  de  plus  de  retentisse- 
ment. Son  ironie  et  la  vivacité  de  ses  mots  égrati- 
gnèrent  plus  d'un  artiste;  mais  elles  ne  furent 
jamais  malfaisantes;  il  avait  le  trait  qui  porte 
juste,  mais  sans  fiel  et  sans  méchanceté,  et  ceux 


658 


LE  GUIDE  MUSICAL 


qui  l'ont  connu  de  près  et  qui  ont  été  à  même 
d'apprécier  l'homme  serviable,  bon,  très  acces- 
sible à  l'émotion,  qu'il  était  au  fond,  garderont  de 
lui  le  souvenir  d'un  esprit  charmant  et  très  supé- 
rieur. 

Gustave  Frédérix  était  né  à  Liège  en  1834.  Il 
était  fils  du  général  Frédérix,  dont  le  nom  restera 
attaché  à  l'histoire  de  la  fonderie  de  canons  de 
cette  ville.  Il  appartenait  à  la  presse  depuis  i855. 
D'abord  attaché  à  la  Tribune  de  Liège  (i855-58), 
puis  à  VEcho  du  Parlement  de  Bruxelles,  il  était 
passé  à  V Indépendance  belge,  dont  il  fut  le  collabora- 
teur assidu  jusqu'à  sa  mort.  Le  4  mai  188S,  il  avait 
été  élu  membre  correspondant  de  l'Académie  de 
Belgique  et  en  1889  membre  effectif. 

Ses  funérailles  ont  été  célébrées  le  mardi 
28  août,  au  milieu  d'une  afiluence  extraordinaire 
d'amis  et  de  connaissances,  où  l'on  remarquait 
tout  ce  que  Bruxelles  compte  de  notabilités  artis- 
tiques et  littéraires  :  MM.  Gevaert,  J.-B.  Colyns, 
Alphonse  Mailly,  Léon  Jouret,  Stoumon,  Cala- 
bresi,  Emile  Leclercq,  Emmanuel  Hie!,  Aph.  Wau- 
ters,  Candeilh,  Alhaiza,  Hennebicq,  Jean  Robie, 
le    ijourgmestre    Buis,    Jules    Guillery,    ministre 


d'Etat,  Charles  Potvin,  Charles  Piot,  le  docteur 
Vleminckx,  ancien  président  du  Cercle  artistique, 
Charles  Tardieu,  Victor  Hallaux,  Gustave  Le- 
maire,  Léon  Dommartin,  Gérard  Harry,  de  nom- 
breux confrères  de  la  presse  bruxelloise,  etc.,  etc. 
Trois  discours  ont  été  prononcés  à  la  maison  mor- 
tuaire, par  M.  Gaston  Bérardi,  directeur  de  Vin- 
dépendance  belge,  par  M.  Alph.  Wauters,  au  nom  de 
l'Académie, enfin  par  M.Paul  Hymans, au  nom  de 
la  commission  du  Cercle  artistique  et  littéraire. 

M.  K. 
-  A  Côme,  à  l'âge  de  quatre-vingt-deux  ans, 
M"""  Giovannina  Lucca,  veuve  de  Francesco 
Lucca.  M""  Lucca  avait  été  autrefois,  avec  son 
mari,  à  la  tête  de  la  célèbre  maison  d'édition  Lucca 
de  Milan,  qu'elle  avait,  par  sa  rare  intelligence  des 
affaires  et  son  travail. élevé  au  rang  des  premières 
de  l'Europe  continentale.  C'est  grâce  à  M""  Lucca 
que  la  musique  moderne  allemande  a  pénétré  en 
Italie,  et  elle  aura  contribué  ainsi  à  la  rénovation 
de  l'art  illustré  naguère  par  Rossini,  Bellini,  Doni- 
zetti  et  Verdi.  Elle  s'était  attachée  particulièrement 
à  la  propagande  des  œuvres  de  Wagner,  dont  elle 
fit  paraître  des  traductions  longtemps  avant  qu'on 


EEEITKOPP  &  HiEUTEL,  EHUXELLES 

Editeurs,    45,    Montag^ne    de  la    Cour,   4$ 


PIANO  A  2  MAINS 

Net 
Godard.  A  la  fontaine,  pen- 
sée musicale 

—  Chant  du  Ménestrel,  ro- 
mance  

—  Gavotte  des  pages  . 

—  Marche  des  toreros 

—  Pensée  intime,  impromptu 

—  Rêves  envolés,  capriccietto 

—  Simple  phrase,  bluette. 

—  Sais-tu  pourquoi? romance 
sans  paroles 

Morley,  Cti.  Au  bal,  un 
tour  de  valse 

—  La  clochette  des  Alpes, 
morceau  de  genre    . 

—  Danse  des  gnomes,  valse 
élégante    ...... 

—  La  Fée  d'amour,  impromtu 

—  Souvenance,  mélodie   . 

—  Te  souviens-tu  ?  bluette     . 

—  Vineta,  caprice. 
Zarzyki.  Op.  38.  Mazourka 

PIANO  A4  MAINS 

Bratims,  Joh.  Op.  i.  So- 
nate C  majeur  par  Klengel. 

Bralims,  Joti.  Op.  2.  So- 
nate par  Klengel. 


I  90 
I  90 
I  90 
I  90 
I  90 
r  90 
I  90 
I  90 

I  90 


90 

90 

90 

90 

90 

90 

9 

5o 

9 

5o 

PIANO  ET  VIOLON 

Net    fr. 

Anzoletti,  Marco.  Varia- 
tions sur  un  thème  de 
Brahms 10     « 

Bolim,  C.  Arabesques,  12 
petits  morceaux .  .  .  à  i  25 
(N"  I  Staccato-Etude.  N"  2 
Siegerischer  Lœndler.  No  3 
Nocturne.  N»  4  Kujawiak. 
No  5  Skandinavische  Ro- 
manze.  No  6  Ritornell). 

Brabms,  J.  Op.  118.  No  z 
Intermezzo     .      .      .      .      .     i  90 

Gui,  César.  Op.  5o.  Kaléi- 
doscope (24  morceaux) .  à  i  25 
(No  i3  Badinat;e.  N»  14  Ap- 
passionato  No  i5  Danse 
rustique.  No  16  Barcarola. 
No  r7  Prélude.  N»  18  Ma- 
zurka. No  19  Valse.  No  20 
Novellette.  No  21  Lettre 
d'amour.  No  22  Scherzetto. 
No  23  Petit  Caprice.  No  24 
Allegro  Scherzoso), 

Dvorak  Op.  94,  Rondo.      .     5     » 

—    Waldesruhe  Adagio     .      .      i  90 

Sarasate.  Pablo  de.  Op. 

35    l'eteneras 5  25 

Zarzyki.  Op  39  Mazourka.     2  5o 


PIANO  ET  VIOLONCELLE 

Net    fr. 
Grunfeld,  op.  43.  No  i  Min- 
nelied 19° 

—  Op     43.  No    2   Mazourka 
mélancolique i  90 

Motfat,    A.    Di.^  morceaux 

classiques à    i  25 

No  I .  Tempo  di  Sarabanda(Corelli 
No  2.  Nocturne  de  Field 
No  3,  Chanson  du  gondolier 

de  Mendelssohn. 
No  4   Adagio  religioso  de  Corelli. 
No  5.  Adagio  de  Sirutini. 
No  6.  Gavotte  de  Biber. 
No  7.  Cantate  de  Hasndel. 
No  8.  Chanson  sans  paroles 

de  Mendelssohn. 
No  9.  Romance  de  Schubert. 
No  I  o   Largo  appassionato 

de  Beethoven. 

PIANO  ET  2  VIOLONS 

Bohm.  Gondoliera    .  -19' 

—  Invention  d'après  Corelli .     i  9< 

—  Alla  marosa r  9^ 

—  Sonate  d'après  Pleyel.     .     i  9' 

—  Intermezzo i  9' 

—  Rondo  finale     .     .     .     .     i  9' 


PIANOS  BECHSTEIN. 


PIANOS  BLUTHNER 


HARMONIUMS    ESTEY 


LE  GUIDE  MUSICAL 


659 


les  connût  en  France.  C'est  elle,  notamment,  qui 
avait  organisé  la  première  représentation  de  Lohen- 
grin  à  Bologne,  à  laquelle  Wagner  assista  en  per- 
sonne, et  qui  est  demeurée  un  des  faits  saillants  de 
l'histoire  de  la  musique  en  Italie  dans  ces  dernières 
vingt  années. 

Elle  s'était  retiré  des  affaires  il  y  a  quelque  dix 
ans,  et  avait  cédé  son  fonds  à  la  maison  Ricordi, 
jadis  rivale  de  la  sienne. 

—  A  Paris,  Ernest  Lacombe,  éditeur  de  musique. 
Ernest  Lacombe,  travailleur  actif,  intelligent  et 

estimé  de  tous  ses  confrères,  tenait,  dans  le  fau- 
bourg Poissonnière,  le  magasin  de  musique  voisin 
du  Conservatoire.  Il  avait  épousé  une  nièce  du 
chanteur  Duprez,  que  l'on  a  entendue  à  l'Opéra- 
Comique. 

—  Notre  éminent  collaborateur  M.  Alfred  Ernst 
vient  d'avoir  la  douleur  de  perdre  sa  mère, 
M™'  veuve  Ernst-Schattner,  décédée  le  i3  août  à 
Paris.  Nous  présentons  à  notre  ami  nos  plus  sin- 
cères compliments  de  condoléance. 

—  A  Montron,  à  l'âge  de  35  ans,  le  ténor 
S.  Montariol.  Elève  brillant  du  Conservatoire  de 


Paris,  il  aborda  de  bonne  heure  la  scène  dans  les 
théâtres  de  province  et  s'y  fit  remarquer.  Il  alla 
ensuite  en  Angleterre, où  il  remporta  de  nombreux 
succès  au  théâtre  de  Covent-Garden. 

Puis  il  fit  une  brillante  tournée  en  Amérique 
avec  M.  Grau  et  s'y  lia  d'amitié  avec  Jean  de 
Reszké,  dont  il  doubla  tous  les  rôles. 

Revenu  en  France,  il  se  fit  entendre  pour  la 
dernière  fois  dans  les  Contes  d'Hoffmann  au  Théâtre- 
Lyrique  (Renaissance). 

—  A  Anvers,  le  ténor  Alexandre  Pruym.  Le 
malheureux  artiste  s'est  noyé  accidentellement  le 
8  août  au  cours  d'une  excursion  sur  l'Escaut. 

Lauréat  du  Conservatoire  de  Bruxelles,  le  ténor 
Pruym  avait  débuté  brillamment  à  Anvers,  sa 
ville  natale;  pliis  il  remporta  successivement  de 
nombreux  succès  â  Lille,  Marseille,  Gand,  Avi- 
gnon, Limoges,  Reims,  etc.;  un  bel  engagement 
l'appelait  pour  la  prochaine  saison  au  Grand- 
Théâtre  néerlandais  d'Amsterdam. 

M.  Pruym  s'occupait  aussi  de  composition 
musicale.  Il  n'était  âgé  que  de  vingt-six  ans,  et 
avait  épousé  récemment  la  sœur  de  M""  Blanche 
Dalbe,  artiste  lyrique; 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 


C.  SAINT-SAËNS 

Op.  ç8 

PALLAS-ATHÈNÉ 

HYMNE 

Chanté  aux  fêtes  d'Orange  (1894) 

POÉSIE  DE 

J  -    L.    CROZE 

N°  I  en  /fl  pour  soprano.  No  2  en  ut  pour  mezzo-soprano. 

Prix  net  :  2  f r.  50 


660 


LE  GUIDE  MUSICAL 


—  A  Milan,  M"*  Veronica  Graziella  Brambilla, 
cantatrice  de  grande  renommée  qui  apparteiuiit  à 
cette  famille  fameuse  des  Brambilla,  dont  le  chef 
fut  compositeur  et  qui  depuis  plus  d'un  demi- 
siècle  a  fourni  une  dizaine  de  chanteuses  fort 
distinguées. 

Le  Théâtre  de  Richard  Wagner 

Essais   de   Critique   Littéraire,  Esthétique  et  Musicah 

Par   Maurice    KUFFEEATH 

PARSIFAL,   I  vol.  de  3o2  p.,  2"  édit.  ir.   3  5o 

TRISTANet  ISEULT,  I  vol.  de375  p.,  2«éd.  »     5  oo 
LOHENGRIN,  i  vol.  de  218  p.,  3«  édit.  »     3  5o 

LA  WALKYRIE,  i  vol.  de  i5o  p. ,  2»  »  »     3  5o 

SIEGFRIED,  I  vol.  de  iSop.'ze  édit.  »     2  5o 

Paris  :  à  la  librairie  Fischbacher,  33,  rue  de  Seine 
Bruxelles  :  Schott  frères,  éditeurs,  Mont,  de  la  Cour,  82. 
Leipzig  :  Otto  Junne,  Tiialstrasse,  21. 


PIANOS  ET  HARPES 

ERARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tschaikowsky,  <w»ttschaik,   Pruileiit,  Alltird 
des   Arrliivrs   «lu   piauu   et  de  la   célèbre   Méthode    tie   piMUo    A.    le   4'arpen(icr 

Seuls  dépositaires  de  l'CtIîtion  Charaot,  spécialement  consacrée  à  la  niasiquc  de  violon 


Yient  de  paraître! 

Henri  JHarécbal,  Le  Sommeil  de  Jésus,   prélude 

de  la  Nativité,  Orchestre   . 3  — 

Parties  séparées 5  — 

Piano  seul 5  — 

transcr.  facile  par  Tavan.      .  3  — 

Violon  ou  violoncelle  et  piano  .  6  — 

Mélodies  de  PanI  Ronguou 

1.  Au  vent 3  — 

2.  La  Chanson  du  renouveau     ....  3  — 

3.  Comment  on  dit  ;  «  Je  t'aime  ».      .      .  3  — 

4.  Etre  deux 5  — 

5.  J'aime,  je  crois,  j'espère 3  — 

6.  Le  Livre  de  la  vie 3  — 

7.  Premiers  baisers  du  printemps   ...  3  — 

8.  Le  Souvenir 5  — 

9.  La  Valse  des  nuages 5  — 

H.-P.  Totoy.  Sérénade,  paroles  de  A.  Semiane   .  3  — 

—  BarcaroDe,  paroles  de  A.  Semiane  .      .      .      .3  — 

—  Berceuse  de  A.  Cœdes,  transcrite  pour  orgue 

et  piano 7  5o 


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3.  Danbé.  Menuet  pour  piano  et  violon     ...     5 

—  Mazurka  de  salon  (originale)  pour  piano   et 

violon 6 

C.  Galos.  Dolorosa,  nocturne  pour  piano.     .      .     6 

—  Le  Lac  de  Côme    .  5 

—  Le  Chant  du  berger 5 

—  Souvenir  des  champs 6 

B.-IH.  Goloiner.  Rondino  pour  piano.  ...  5 
©.  Pfeiffer.  Romance  pour  violoncelle  et  piano  6 
J.  Ten  Brinck.  Voici  le  soir,  valse,  barcaroUe  .  5 
Cb.  I.efebvre.  Oublier,  mélodie  •  ....  5 
Umile  Waldteufel.  Amour  et  Printemps,  valse 

chantée 

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par  G.  Fitzentiagen) . 
"  3.      »     Chant  avec  Piano  (par  l'auteur)  . 


6  — 
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No  4.  Pour  Harmonium  avec  Piano  ...  »  — 
»  5.  «  Piano  à  2  mains  (par  l'auteur)  .  frs  5 
»  6.  »  Piano  à  4  mains  (par  l'auteur)  .  »  7 
»  7 .  »  Orchestre  à  cordes.  Partition  net,  frs  2 
»  7'.     »  »  »  Parties       »     »    3 


LE  GUIDE  MUSICAL                                                         661 

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— Rêverie  mélancolique  . 
— Légende  écossaise    . 

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Bohm,  G.  Cinq  morceaux 

N"  I.  Séparation. 

N°  2.  Douce  attente. 

N°  3.  Doux  rêves 

N°  4.  Echo  du  bal  . 

N"  5.  Mon  étoile.     . 
Qabriel-Marie.  «  Impies 

sions.  »  6  pièces  originales; 

N"  I .  Simplicité.     . 

N»  2 .  Insouciance  . 

N°  3.  Quiétude  . 

N"  4.  Souvenir  . 

N»  5.  Mélancolie     . 

N"  6.  Allégresse. 
Q-ilis,  A.  Soirées  enfantines 

Six  morceaux  très  faciles 

N"  I.  Air  villageois. 

N"  2.  Chant  du  village. 

N»  3.  Air  champêtre     . 

N<>4.  Fanfare- Marche  . 


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2  — 
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i  75 
I  75 
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I  75 


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Variations  pour  rire,  com- 
posées sur  sept  notes     . 

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criptions d'œuvres  célèbres; 
N°  I .  Air  de  Chérubini 
N"  2.  Grétry,  Romance  de 

Richard.     . 
N°  3.  NicoLO,  Joconde. 
N"  4 .  Schubert,  Sérénade 
N"  5.  Schubert,   Moment 

musical. 

N"  6.   Mendelssohn,   Auf 

Flûgeln. 

Hille,  G.  Op.  60.  Concerto 

avec  Piano lo  — 

Hone,  J.  The  Old  Folks  at 

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N"  i .  When  theWho  adores 

thee     .      . 
N"  2.  If  thou  wilt  be  Mine 
N"  3.  Oh!    Had   we  some 

Bright 

N''4.  Is  thatM^Reilly.     . 


35 


35 


i  35 


I  35 
I  35 


35 


Hoyois,  L.  Mélodie.     .     .  i  75 

Jehin-Prume.  Romance  .  1  75 

—  Berceuse i  35 

Hubay,  Jenô.   Cinq  mor- 
ceaux : 

Op.  37.  N»  i.  Fleur  de  Mai   .  i  75 

Op.  37  N°  2.  Au  temps  jadis.  2  5o 
Op.    38.   N"   I.    Devant    son 

image(Chant  surla4=corde)  i  75 

Op.  38.  N»  2.  Sous  sa  fenêtre  2  — 

Op.  39.  Ramage  de  rossignols  3  — 

Smetkoren,  J.  Elégie  .     .  i  75 

—  Berceuse 2  — 

Thallon,  R.  Romance  .     .  i  75 
VentU,  G.  Trois  morceaux  : 

N»  I .  Chanson  sans  paroles  i  35 

N"  2.  Chanson  du  soir  .      .  i  35 

N"  3.  La  Sérénade  ...  2  — 

—  Deux  Rhapsodies  : 

No  I .  Sur  des  motifs  écossais  i  90 
No  2.  Sur  des  mélodies  sué- 
doises    3  75 

Ysayô.  Deux  Mazurkas  : 

No  I.  Dans  le  lointain  .     .2  — 

N"  2.  Mazurka   ....  a  — 


662 


LE  GUIDE  MUSICAL 


LE  COURRIER  DE  LA  PRESSE 

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LE  GUIDE  MUSICAL 


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MAURICE     KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

Rue  Bemirefaire,  33,  Paris 

N.  LE  KIME,  SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


(Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten — Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

D"'  Victor  Joss.  —  N.  Liez.  —  I.  Will 

Dr  F.-V.  Dwelshauwers-Dery 

Ernest  Closson  —  Lucien  De  Busscher 

Oberdcerfer  —  Jean  Marlin 

J.   BrUNET  —  A.  WiLFORD,  ETC,   ETC. 

HbOnitementS  :  aux  Bureaux  du 
Journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
à  Paris,  à  la  Librairie  Fischbacher, 
33,  rue  de  Seine, 

France  et  Belgique  ...     i^  francs. 

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Pays  d'outre-mer  ....     18    — 


ANNÉE  9  Septembre  1S94  numéro  37 


SOMMAIRE 


Lettres  inédites  de  Rossini. 

Edm.  Vander  Straeten.  —  A  la  recherche 
du  berceau  de  Cyprien  de  Rore. 

(ttljromquc  bc  la  Semaine  :  Paris  :  Nouvelles  diverses. 
Bruxelles  :  La  réouverture  de  la  Monnaie. 
Corrceponbancce   :    Amsterdam,  Dresde. 
Nouvelles  diverses.  —  Nécrologie. 
Répertoire  des  théâtres. 


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et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  a  Paris  :  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de  Seine;  M.  Brasseur,  Galerie 
de  l'Odéon.    —    Luxembourg,  G.-D.    Simonis,  libraire. 

—  A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Haertel,  i5,  Oxford 
Street;  Schott  et  C,  Régent  street,  i57-i5g.—  A  Leipzig  : 
Otto  Junne. — A  Munich  ;  Josef  Seiling,  fourni  de  la  cour, 
Perusastrasse.  -  A  Prague  ;  F.  A.  Urbanek.  -  A  Stras- 
bourg :  librairie  Ammel.  —  A  Amsterdam,  Algemeeue 
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—  A  Liège  :  M""  veuve  Muraille,  rue  de  l'Université.  — 
A  Anvers:  M  Forst,  place  de  Meir.— A  Gand  :  M^o  Beyer. 

—  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit.  —  A  Genève  :  Ad.  Henn, 
6,  rue  Grenus,  —  a  Madrid  :  Ruiz  y  C°,    Principe,   14. 

—  A  Saint-Pétersbourg  ;  MM.  E.  Mellier  et  C'°,  Pers- 
pective Newski.— A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Mexico  : 
N.  Budin.  —  A  Montréal  :  La  Montagne,  éditeur  rue 
Srint-Maurice,  149.  —  A  New-York  :  G.-E.  Stechert, 
810,  Broadway. 

Le  numéro  :  40  centimes. 


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666 


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Hôtel,  Café,  Restaurant 

Kalverstraat,  Amsterdam 

BIBLE  HOTEL 

Warmoostraat,  Amsterdam 


AMSTEL  HOTEL 


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9  Septembre  189  j. 


LETTRES  INEDITES  DE  R088INI 


Arthur  Pougin  vient  de 
publier  dans  le  Temps  une 
série  de  lettres  inédites  de 
Rossini,  dont  quelques-unes 
ne  sont  pas  sans  offrir  un 
certain  intérêt.  On  doit  con- 
venir, néanmoins,  que  la 
plupart  de  ces  papiers 
sont  souverainement  insi- 
gnifiants et  sans  aucun  autre 
mérite  que  la  signature  illustre  dont  ils 
sont  revêtus.  Nous  ne  sommes  pas  sûrs 
que  cette  correspondance  soit  absolument 
à  la  gloire  du  maître.  Elle  nous  prouve 
que  l'auteur  de  Guillaume  Tell  était  un 
homme  d'afiaires  remarquable  et  qu'il  s'en- 
tendait merveilleusement  à  soigner  ses 
intérêts  financiers  :  cela,  nous  le  savions 
déjà.  Elle  nous  prouve  encore  que  le  grand 
artiste  se  doublait  d'un  critique  pitoyable, 
susceptible  de  formuler  sur  le  style  de 
Haydn  ou  de  Beethoven  des  considérations 
d'une   bouffonnerie  supérieure. 

Donizetti,  Bellini,  Mercadante,  Pacini 
et  Mozart  sont  ses  artistes  préférés. 
Il  n'allait  pas  plus  loin,  et  voici  que  dans 
une  lettre  datée  de  181 7  (il  est  vrai  qu'il 


avait  à  peine  vingt-cinq  ans),  il  accuse  Haydn 
«  d'avoir  commencé  la  corruption  du  goiit 
en  introduisant  dans  ses  compositions  des 
accords  étranges  »  ;  pour  Beethoven,  il 
trouve  ses  compositions  pleines  de  singu- 
larité, privées  d'unité  et  de  naturel  ! 

Le  plus  plaisant,  c'est  que,  dans  cette 
même  lettre,  il  fait  la  plus  amère  critique  de 
ce  qui  devait  plus  tard  devenir  sa  propre 
manière,  et  cela  en  parlant  des  chanteurs 
et  de  l'école  de  chant  de  son  époque  : 

Alors  (c'est-à-dire  vers  1817),  au  divin  Pacchie- 
rotti,  à  Rubinelli,  à  Crescentini,  à  la  Pozzi,  à  la 
Banti,  à  Babbini,  furent  préférés  Marchetti,  David, 
Antani,  la  Todi,  la  Billington,  et  déjà  l'on  parais- 
sait arrivé  au  comble  de  la  corruption  par  le  fait 
du  musico  (castrat)  Velluti,  qui  plus  que  tout  autre 
abusa  des  dons  admirables  qu'il  tenait  de  la 
nature,  quand  l'apparition  de  la  Catalani  vint 
prouver  qu'il-  n'est  chose  si  triste  qui  ne  laisse  la 
possibilité  d'une  pire.  Gorgheggi^  roulades,  trilles, 
sauts,  abus  des  demi-tons,  groupements  de  notes, 
voilà  le  caractère  du  chant  qui  prévaut  maintenant. 
Par  suite,  la  mesure,  partie  essentielle  de  la  mu- 
sique sans  laquelle  la  mélodie  ne  s'entend  point  et 
l'harmonie  tombe  dans  le  désordre,  fut  abandonnée 
et  violée.  Ils  surprennent  au  lieu  d'émouvoir,  et 
alors  que  dans  le  bon  temps  les  virtuoses  s'étu- 
diaient à  chanter  avec  leur  instrument,  aujourd'hui 
les  chanteurs  s'étudient  à  faire  de  la  virtuosité 
avec  leur  voix.  Pendant  ce  temps,  la  foule, 
applaudissant  à  ce  style  détestable,  fait  de  la  mu- 
sique ce  que  les  jésuites  firent  de  la  poésie  et  de 
l'éloquence,  lorsqu'ils  préférèrent  Lucain  à  Virgile 
et  Sénèque  à  Cicéron. 

On  n'a  jamais  mieux  caractérisé  la  déca- 
dence du  chant  italien  dont  Rossini  devait 
être  le  dernier  échelon. 

Dans  une  des  lettres  mises  au  jour  par 


668 


LE  GUIDE  MUSICAL 


M.Pougin,Rossiniraconte  àun  ami  italien 
les  funérailles  de  Bellini.  Elle  est  intéres- 
sante par  la  touchante  affection  que  le 
maître  y  manifeste  pour  son  compatriote 
et  rival. 

Je  ne  puis  vous  dire  combien  était  grande  la 
sympathie  qu'avait  inspirée  ici  notre  pauvre  ami. 

Je  suis  au  lit,  à  demi-mort,  parce  que  je  ne  vous 
cHcherai  pas  que  j"ai  voulu  rester  jusqu'à  la  der- 
nière parole  prononcée  sur  la  tombe  de  Bellini  ;  et 
comme  le  temps  était  détestable,  que  la  pluie  n'a 
cessé  de  tomber  toute  la  journée  sans  décourager 
personne,  déjà  souffrant  depuis  plusieurs  jours,  j'ai 
été  indisposé  davantage  encore  pour  être  resté 
pendant  trois  heures  dans  la  boue  et  sous  la  pluie. 
Je  me  soignerai  et,  dans  peu  de  jours,  il  n'y  paraîtra 
plus. 

Tout  s'est  passé  le  mieux  du  monde,  et,  les 

yeux  encore  pleins  de  larmes,  j'ai  la  joie  d'avoir 
rendu  à  mon  pauvre  ami  l'affection  qu'il  me 
portait.  La  souscription  pour  le  monument  aug- 
mente, et  j'espère  que  nous  pourrons  annoncer 
sous  peu  que  les  frais  des  funérailles  (qui  ne  sont 
pas  peu  de  chose)  seront  couverts. 

D'autres  lettres  nous  montrent  Rossini, 
au  comble  de  la  gloire,  s'occupant  de  faire 
accepter  la  direction  du  Lycée  musical  de 
Bologne  à  son  ami  Mercadante,  puis  à 
Donizetti.  Un  trait  amusant  dans  la  lettre 
qu'il  écrit  dans  ce  but  à  Donizetti  : 

J'attends,  comme  une  amoureuse,  ta  décision. 
Rappelle-toi  que  tu  es  idolâtré  à  Bologne.  Pense 
qu'on  vit  royalement  ici  avec  quelques  écus.  Ré- 
fléchis, décide. 

Malgré  sa  chaleur,  Rossini  ne  réussit 
pas  à  convaincre  ses  amis. 

Rossini  était  d'ailleurs  très  partisan  des 
conservatoires  de  musique  : 

Fils  d'un  établissement  musical  public  (le  Lycée 
communal  de  Bologne),  comme  je  me  vante  de 
l'être,  je  suis  heureux  de  déclarer  que  j'ai  toujours 
été  l'ami  et  le  défenseur  des  conservatoires,  les- 
quels doivent  être  considérés,  non  comme  le  ber- 
ceau du  génie,  attendu  qu'il  est  donné  à  Dieu  seul 
d'en  faire  don  aux  mortels  —  rarement,  —  mais 
bien  comme  un  champ  providentiel  d'émulation, 
comme  une  sorte  de  pépinière  artistique  destinée 
à  pourvoir  les  chapelles,  les  théâtres,  les  orches- 
tres, les  collèges,  etc.,  etc. 

Je  promets,  dans  le  cas  on   l'on  tenterait 


quelque  chose  contre  les  conservatoires,  d'être, 
dans  la  mesure  de  mon  pouvoir,  l'avocat  le  plus 
chaud  de  la  cause  des  conservatoires,  dans 
lesquels,  j'aime  à  l'espérer,  ne  prendront  point 
racine  les  nouveaux  principes  philosophiques  qui 
voudraient  faire  de  l'art  musical  un  art  littéraire, 
un  art  d'imitation,  une  mélopée  philosophique,  qui 
équivaut  au  récitatif  libre  ou  mesuré,  avec  accom-: 
pagnement  varié  de  trémolos  et  autres  choses 
semblables 

N'oublions  point,  nous.  Italiens,  que  l'art  musi- 
cal est  tout  idéal  et  expressif;  que  le  public  éclairé 
n'oublie  pas  que  le  plaisir  (diktio)  doit  être  la  base 
et  le  but  de  l'art. 

Mélodie  simple,  —  rythme  clair. 

Dans  une  autre  lettre,  il  témoigne  en  ces 
termes  de  son  admiration  pour  Mozart  : 

Je  me  déclare  fier  et  heureux  de  pouvoir  contri- 
buer par  un  petit  hommage  à  honorer  la  mémoire 
du  véritable  Titan  de  la  musique,  Mozart,  que  je 
Commençais  à  admirer  dés  mon  adolescence,  et 
qui  fut  toujours  mon  idole  et  mon  maître.  Puissent 
les  Viennois  —  qui  furent  si  courtois  envers  moi, 
lors  de  mon  séjour  parmi  eux  en  1822,  —  agréer 
l'hommage  que  je  suis  heureux  d'offrir  â  leur  grand 
et  immortel  concitoyen,  et  être  indulgents,  encore 
une  fois,  pour  mes  deux  compositions,  qui  sont 
l'œuvre  d'un  vieil  adorateirr  de  Mozart  ! 

Intéressante  appréciation  sur  Verdi  et 
Boito  : 

Je  sais    que   Don   Carlos    (le  Don  Carlos  de 

Verdi)  a  fait  fureur  à  Milan;  je  m'en  réjouis  pour 
vous  et  pour  Verdi;  dites  à  celui-ci  que,  s'il  revient 
à  Paris,  il  se  fasse  payer  largement,  car  il  est  le 
seul  qui  soit  en  mesure  de  composer  un  grand 
opéra. (Que  mes  autres  confrères  me  pardonnent!) 

Je  désire  être  rappelé  à  Boïto,  dont  j'apprécie 
infiniment  le  beau  talent  ;  il  m'a  envoyé  son 
libretto  de  Mefistofele,  par  lequel  je  vois  qu'il  veut 
être  trop  précocement  novateur.  Ne  croyez  pas 
que  je  fasse  la  guerre  aux  novateurs!  Je  voudrais 
seulement  qu'on  ne  prétendît  pas  faire  en  un  jour 
ce  qu'on  peut  obtenir  seulement  en  plusieurs 
années. 

Rossini,  peu  avant  sa  mort,  avait  terminé 
la  Petite  Messe  solennelle.  En  tète  de  sa 
partition,  il  écrivit  :  «  Petite  Messe  solennelle, 
orchestrée  par  le  vieux  singe  de  Pesaro  », 
parodie  de  la  qualification  que,  selon  la 
coutume   italienne,    ses   compatriotes  lui 


LE  GUIDE  MUSICAL 


donnaient  en  l'appelant  «  le  cygne  de  Pe- 
saro  ».  A  la  fin  du  manuscrit, il  plaça  l'épî- 
tre  suivante  : 

AU    PÈRE    ÉTERNEL 

Passy,  i865 
Dieu  bon, 
Voici  terminée  cette  pauvre  messe.  Ai-je  écrit 
proprement  de  la  musique  sacrée  ou  de  la  sacrée 
musique?  Tu  sais  que  j'étais  né  pour  l'opéra  boufie 
et  que  tout  mon  patrimoine  consiste  en  un  peu  de 
cœur  et  en  très  peu  de  science 

Sois  donc  béni,  et  accorde-moi  le  paradis! 
G.  RossiNi. 

Il  y  avait  un  côté  sceptique  chez  ce 
catholique  pratiquant  et  renforcé,  et  sous 
ce  rapport  il  était  bien  de  sang  italien. 
Tout  de  même,  le  trait  est  original,  et  Ros- 
sini  a  donné  là  l'unique  exemple  qu'on 
puisse  trouver  d'une  lettre  adressée  à  un 
tel  destinataire. 


A  LA  RECHERCHE  DU   BERCEAU 


CYPRIEN  DE  RORE 


E  grand  musicien  passe  géné- 
néralement    pour    Malinois 
de  naissance.  Rien  toutefois 
ne  milite  en  faveur  de  cette 
origine .  Les  archives  locales, 
scrutées  en  tous  sens,  n'of- 
frent, en  somme,  qu'un  résul- 
tat négatif. 
Il  m'est  permis   de  revenir  brièvement 
sur  ce  sujet  intéressant,  grâce  à  une  cir- 
constance  fortuite    réellement    extraordi- 
naire, d'oti  pourrait  enfin  jaillir  la  réalité. 

Il  y  a  quelque  temps,  je  fis  une  excursion 
pittoresque  entre  l'Escaut  et  la  Lys,  et  j'y 
rencontrai  avec  émotion  un  campagnard 
ayant  une  physionomie  étonnamment  res- 


semblante à  celle  que  Mielich  a  esquissée 
dans  le  fameux  recueil  musical  de  Munich. 

J'eus  la  curiosité  d'interroger  l'inscrip- 
tion réglementaire  du  chariot  que  l'agricul- 
teur conduisait,  et  j'y  lus,  stupéfié,  le  nom 
vibrant  de  De  Rore. 

Dès  cet  instant,  je  n'eus  d'autre  souci 
que  de  tirer  le  meilleur  parti  possible  de 
cette  coïncidence  réellement  miraculeuse. 

Tout  d'abord,  le  nom  exact  sur  lequel  on 
a  longuement  ergoté  et  qu'on  a  fini  par  con- 
sidérer comme  équivalent  à  Van  Roor. 
L'appellation  de  De  Rore  n'aurait  donc 
été  qu'une  version  pure  et  simple  du  fla- 
mand en  latin,  ainsi  qu'on  avait  l'habitude 
de  le  faire,  dans  le  monde  savant,  aux  xv« 
et  xvi«  siècles. 

Or,  si  l'illustre  compositeur  néerlandais 
a  ainsi  traduit  son  nom,  ce  n'a  pu  être,  en 
définitive,  qu'une  version  purement  person- 
nelle qui  n'aura  nullement  pris,  dans  les 
documents  officiels,  un  caractère  de  fixité 
permanente. 

Cela  est  si  vrai,  si  indéniable,  que  la 
tamille,  j'oserai  même  dire  la  colonie  des 
De  Rore,  a  conservé  7te  varietur,  dans  les 
campagnes  flamandes,  la  forme  graphique 
usuelle  du  maître,  durant  trois  siècles. 

Les  archives  des  environs  d'Audenarde, 
par  exemple,  m'amènent  facilement,  grâce  à 
la  dite  forme,  jusqu'au  xvP  siècle.  Les  faits 
révolutionnaires  du  milieu  de  ce  siècle,  à 
Rénaix,  la  confirment  pleinement,  et  les  amis 
mêmes  de  l'illustre  musicien,  si  l'on  voulait 
strictement  interpréter  ce  passage  de  l'un 
d'eux  :  in  Fiandra  qiiando  era  giovine,  n'était 
que  la  Flandre  d'alors  s'entendait  pour 
Pays-Bas  entiers. 

Une  autre  preuve  convaincante,  c'est, 
à  côté  du  nom  intégral,  la  transmission 
exacte  du  type  rorien,  dans  un  périmètre 
de  plusieurs  lieues. 

Cette  répercussion  physionomique  ne 
saurait  s'accommoder  d'une  description, 
tout  exacte  qu'elle  fût,  et  exige  impérieu- 
sement le  secours  de  la  photographie. 
Aussi  n'ai-je  point  reculé  devant  les  diffi- 
cultés à  subir  pour  en  arriver  à  pouvoir 
mettre  à  côté  du  portrait  officiel  et  con- 
temporain de  Munich,  l'effigie  transmise 
fidèlement  à  travers  les  siècles. 


670 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Regardez  d'abord  cette  figure  troublée, 
presque  sinistre  : 


La  ressemblance  entre  le  De  Rore  du 
xvi^  siècle  et  celui  d'aujourd'hui  est  em- 
poignante :  yeux,  sourcils,  front,  nez,  che- 
veux, toute  la  figure  enfin  donne  l'idée  de 
deux  parents  contemporains. 


Il  fallait,  pour  le  rapprochement  complet, 
la  même  grandeur  et  la  même  pose.  Comme 
la  bouche  du  principal  homophj'sionomiste 
se  dérobe  sous  une  ample  barbe,  on  a  eu 
soin  de  la  restituer,  à  l'aide  du  portrait  d'un 
de  ses  frères,  qui,  sans  offrir  la  même  effigie 
frappante,  a  toutefois  une  bouche  identique, 
bouche  fine  et  distinguée  : 


Pour  comble  d'étrangeté,  le  village  de 
Machelen  s'offre  dans  le  rayon  précité.  Or, 
Mechelen  (Malines)  et  Machelen  se  con- 
fondent ortographiquement,  et  la  lettre  a 
dans  Kar,  chariot,  en  Flandre,  devient  Ker 
en  Brabant. 

Je  ne  veux  rien  en  conclure  de  positif. 
Mais  tout  cela  ne  semble-t-il  pas  provi- 
dentiel ? 

L'atavisme  ne  s'arrête  pas  là.  Le  plus 
ressemblant  des  deux  frères  ne  s'est  point 
borné  à  la  culture  des  champs  ;  il  s'est 
encore  adonné  à  celle  des  lettres. 

C'est  un  érudit  dans  toute  la  force  du 
terme,  un  chercheur  assidu,  fouillant  non 
seulement  les  papiers  de  famille  comme  un 
vrai  archiviste,  mais  s'intéressant  à  toutes 
les  choses  de  l'intelligence,  et  qui,  la  char- 
rue délaissée,  se  rejette  sur  un  journal,  une 
revue,  un  livre,  qu'il  ne  quittera  qu'après 
l'avoir  appris  par  cœur,  pour  ainsi  dire. 

C'est  lui  qui  m'a  fait  remarquer  l'exis- 
tence, en  l'église  de  Sainte-Walburge,  à 
Audenarde,  d'une  pierre  tombale  du  xvii^ 
siècle  offrant  le  nom  d'un  De  Rore. 

On  sait  si  les  paysans  sont  méfiants  et 
soupçonneux.  Ils  se  croient  sans  cesse 
exploités  ou  bernés. — C'est  un  «  urbain  »! 
s'écrient-ils  en  voyant  un  quidam  s'avancer 
vers  leur  demeure.  Je  m'attendais  donc  à 
un  vrai  siège  à  faire.  Or,  nos  De  Rore  ont 
été  admirables  de  courtoisie,  étonnants 
comme  indicateurs.  Sans  leur  pénétrante 
collaboration,  notre  tentative  de  restaura- 
tion généalogique  devenait  impraticable. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


671 


«  Pourquoi,  en  définitive  ces  recherches 
obstinées  ?  m'objectera-t-on.  Ne  suffit-il  pas 
de  savoir  que  tel  ou  tel  artiste  de  génie 
appartient  à  tel  ou  tel  pays?  Heures  per- 
dues, s'il  en  fut.  » 

L'objection  est  naïve. 

Généralement,  le  lieu  natal  mène  à  la 
maîtrise  où  l'artiste  reçut  son  éducation. 
Ces  groupes  d'instruction  soigneusement 
établis,  on  arrivera  naturellement  à  déter- 
miner ce  qu'il  est  convenu  d'appeler  une 
école.  Il  suffira  d'entendre,  par  exemple, 
une  ancienne  composition  musicale  néer- 
landaise, pour  savoir  à  l'instant  de  quel 
centre  didactique  elle  émane  :  Flandre, 
Brabant,  Hainaut,  Zélande,  etc. 

Or,  notre  pays  a  eu  des  types  d'art  mu- 
sical si  divers  et  si  originaux,  que  les  étu- 
dier avec  zèle  et  persévérance  est  une 
nécessité,  pour  arriver  un  jour,  —  on  y  con- 
fine déjà  pour  quelques  individualités  mar- 
quantes —  à  établir  une  unité  splendide 
dans  une  immense  diversité. 

Edmokd  Vander  Straeten. 


be  la  5e 


PARIS 

L'Opéra-Comique  a  fait  sa  réouverture  offi- 
cielle samedi  ;  mais  c'était  mercredi  soir  seule- 
ment que  ses  portes  se  sont  ouvertes  avec  la 
reprise  de  Falstaff,  pour  son  vrai  public. 

L'œuvre  de  Verdi  a  retrouvé  son  plein  succès 
de  la  première  heure  ;  on  a  applaudi  avec  le 
même  entrain  M"!^  Delna  dans  son  rôle  de 
miss  Quickly  et  Fugère  dans  le  rôle  de  sir 
John.  Après  l'éclatant  succès  que  Victor  Maurel 
avait  obtenu  lors  de  la  création,  il  devenait 
intéressant  de  voir  M.  Fugère  aux  prises  avec 
ce  rôle  redoutable.  Si  extraordinaire  que  cela 
puisse  paraître,  le  nouvel  interprète  a  presque 
fait  oublier  l'ancien  ;  et,  comme  preuve  du 
succès  étourdissant  qu'il  a  remporté,  il  suffira 
de  signaler  que  la  romance  :  Quand  j'étais 
page,  redemandée  généralement  trois  fois  à 
Maurel,  a  été  chantée  quatre  fois,  mercredi, 
par  l'heureux  Fugère,  au  milieu  de  bravos  fré- 
nétiques. 

On  peut  à  peine  lui  reprocher  sa  tête,  plutôt 


un  peu  maladive,  qui  ne  rend  évidemment  pas 
l'impression  du  grand  buveur  débordant  de 
santé.  Il  doit  se  faire  également  à  l'illusion  de 
son  obésité  fameuse,  qu'il  semble  quelquefois 
oublier  dans  le  feu  de  l'action. 

M"e  Laisné  a  remplacé  très  gentiment 
M""^  Landouzy  ;  sa  voix  fraîche  et  dirigée  habi- 
lement a  fait  grand  plaisir. 

M.  Badiali,  remplaçait  M.  Soulacroix.  On  a 
trouvé  en  lui  un  chanteur  habile  et  très  bien 
doué. 

La  soirée  a  été  excellente,  en  somme. 

't' 

Mme  Rose  Caron  a  fait,  à  l'Opéra,  après  un 
mois  de  congé,  sa  rentrée  par  sa  belle  création 
de  Salammbô. 

La  grande  artiste  y  a  retrouvé  son  succès 
accoutumé.  Elle  y  est  admirable  d'un  bout  à 
l'autre,  soit  lorsqu'elle  se  défend,  au  second 
acte,  dans  la  grande  scène  du  Temple,  contre 
les  séductions  du  voile  de  Thanit,  soit  lors- 
qu'elle se  laisse  aller,  au  quatrième  acte,  dans 
les  bras  de  Matho,  pour  lui  arracher  le  pré- 
cieux talisman  qui  assure  le  salut  de  Carthage. 

Au  tableau  de  la  Terrasse,  la  délicieuse  mé- 
lodie des  Colombes  a  passé  sur  ses  lèvres, 
soupirée  dans  un  style  exquis. 

M.  Saléza,  dans  le  rôle  de  Matho,  le  ba- 
ryton Renaud,  dans  celui  d'Hamilcar,  le  jeune 
ténor  Vaguet,  sous  la  robe  du  grand-prêtre, 
ont  partagé  avec  leur  grande  camarade  le 
succès  de  cette  soirée  où  la  belle  œuvre  d'Er- 
nest Reyer  a  été  d'un  bout  à  l'autre  chaleu- 
reusement applaudie. 

M.  Bourgeois,  deuxième  chef  d'orchestre  à 
rOpéra-Comique,  est  lemplacé  par  M.  Landry, 
un  excellent  musicien  qui  a  déjà  fait  ses  preu- 
ves. 

On  prête  toutes  sortes  de  projets  de  réformes 
à  M.  Carvalho.  Il  serait  question  de  doter 
l'Opéra-Comique  de  trois  chefs  d'orchestre 
ayant  chacun  une  autorité  égale.  Deux  chefs 
d'orchestre  s'occuperaient  des  ouvrages  nou- 
veaux et  le  troisième  des  opéras  du  répertoire. 
MM.  Danbé  et  Jéhin  seraient  chargés  de  la 
première  catégorie  d'ouvrages  lyriques;  M.Vail- 
lard  conserverait  la  seconde. 

Ce  nouveau  système  serait  absolument  imité 
de  celui  qui  existe  actuellement  à  l'Opéra. 

On  assure  que  si  M.  Danbé  n'acceptait  pas 
cette  nouvelle  combinaison,  M.  Gabriel  Marie 
ou  M.  Flou,  le  jeune  chef  d'orchestre  du  théâ- 


672 


LL  GUIDE  MUSICAL 


tre  de  la  Monnaie,  serait  dès  à  présent  désigné 
pour  le  remplacer. 

'I' 

Outre  les  ouvrages  que  nous  avons  déjà 
signalés  comme  devant  être  donnés  cet  hiver  à 
Nice,  M.  Olive  Lafon,  le  nouveau  directeur  du 
Théâtre-Municipal,  annonce  qu'il  donnera 
aussi  Eugène  Onéguine,  le  plus  célèbre  et  le 
plus  populaire  des  opéras  de  Tchaïkowsky. 
Eugène  Onéguine  a  été  traduit  en  français  par 
M.  C.  Delines,  à  qui  l'on  doit  aussi  la  version 
française  delà  Vie  pour  le  Tsar.  La  partition 
paraîtra  sous  peu  chez  les  éditeurs  Mackar  et 
Noël,  propriétaires  pour  la  France  de  tout 
l'œuvre  du  regretté  maître  russe.  Souhaitons 
qu'Eugène  Onéguine  obtienne  en  France  le 
même  succès  et  la  même  popularité  qu'en 
Russie  et  en  Allemagne. 

Un  concours  est  ouvert  par  la  ville  de  Paris, 
entre  tous  les  musiciens  français,  pour  la  compo- 
sition d'une  œuvre  musicale  qui,  aux  termes  du 
programme,  doit  être  de  haut  style  et  de  grandes 
proportions,  avec  soli,  chœurs  et  orchestre,  la 
forme  symphonique  et  la  forme  dramatique  étant 
également  admises. 

Les  concurrents  seront  libres  de  faire  composer 
ou  de  composer  eux-mêmes  leurs  poèmes. 

Sont  exclues  du  concours  les  œuvres  déjà  exé- 
cutées ou  celles  présentant  im  caractère  liturgique. 

Les  manuscrits  devront  être  déposés  du  i"  au 
iS  mars  189S,  de  midi  à  quatre  heures  du  soir,  à 
l'hôtel  de  ville,  bureau  des  beaux  arts,  où  l'es 
artistes  désirant  prendre  part  à  ce  concours  trou- 
veront dès  à  présent  le  programme.   ' 


BRUXELLES 

E    théâtre    de   la    Monnaie,  qui   vient 
d'ouvrir  ses  portes,  aura  déployé  une 

activité    très    louable    pendant   cette 

première  semaine  de  la  saison  1894-95  :  cinq 
spectacles  différents  en  cinq  soirées  consécu- 
tives. Cette  activité  est  d'autant  plus  méritoire 
qu'elle  ne  s'est  pas  produite  au  détriment  de  la 
qualité  de  l'exécution  :  nous  l'avons  constaté 
par  nous-même  pour  trois  de  ces  spectacles  de 
début,  Orphée,  Mireille  et  Aïda;  quant  aux 
deux  autres,  Faust  et  Werther,  nous  n'y 
assistions  pas;  mais,  d'après  des  avis  com- 
pétents, à  ces  deux  premières  soirées  aussi,  on 
a  remarqué,  de  la  part  de  l'orchestre  et  des 
chœurs,  une  exécution  d'ensemble  qui  témoi- 


gnait d'une  préparation  soignée,  soucieuse  du 
détail  et  respectueuse  des  nuances. 

Avions-nous  donc  raison,  l'autre  jour,  en 
supposant  que  nos  directeurs  s'efforceraient 
de  se  rallier  les  suffrages  du  public  artiste  en 
cette  sixième  année  de  leur  exploitation,  la 
dernière,  on  nous  l'a  confirmé,  de  leur  asso- 
ciation directoriale  ? 

^  Ces  premières  soirées  de  la  saison  ont  fait 
défiler  la  plupart  des  nouveaux  artistes  de  la , 
troupe.    Le  personnel    de    l'opéra-comique   a  ' 
seul   subi    de    profonds    remaniements,    cette' 
année,  et   dans    Mireille,    MM.   Stoumon   ai 
Calabresi  ne  nous  ont  pas  présenté  moins  d^ 
cinq    de    leurs   nouveaux   sujets.   Tous  y  ont  ■ 
réussi,   plusieurs    d'une  façon   fort    brillante. 
Mlle  Jeanne  Mérey  surtout,  qui,  quoique  débu- 
tante dans  toute  la  force  du  terme,  a  recueilli 
d'emblée  les  bravos  unanimes  du  public.  C'est 
naturellement   plus   par  sa  voix  que   par  ses 
qualités    scéniques   que   MUe  Mérey   s'est   fait 
aussi   chaleureusement   applaudir.   Cette   voix 
est  de  qualité  rare  :  d'un  volume  et  d'un  éclat 
très  suffisants  pour  l'emploi  auquel  l'artiste  est 
destinée,    elle    se    distingue   surtout    par   une 
justesse  d'intonation  qui  fait  merveille,  et  qui 
se  révèle  au  sommet  de  l'organe  comme  dans 
les  notes  les    plus   graves;    la  chanteuse  s'en 
sert  avec  beaucoup  de  goût,  sans  affectation  ni 
préciosité,  mettant  dans  son  chant  de  délicates 
nuances,     —     certaines    avaient    un    charme 
exquis,    —  et  vocalisant    avec   une   virtuosité 
très  sûre,  qui  s'affirme  sans  s'étaler.  Voilà  une 
élève  qui  fait  grand  honneur  à  renseignement 
de  Mme  Rosine  Laborde. 

Le  jeu  de  MH^  Mérey  se  ressent  sans  doute 
de  son  inexpérience  de  la  scène  :  le  geste  n'a 
pas  toujours  beaucoup  d'à-propos,  et  la  phy- 
sionomie, intelligente  et  éveillée,  de  l'artiste 
est  bien  prodigue  en  intentions  de  tous  genres; 
cependant,  sous  ces  exagérations  mêmes,  on 
devine  une  artiste  de  tempérament,  qui  com- 
prend ce  qu'elle  dit  et  cherche  à  le  faire 
sentir,  qui  met  toute  son  âme  dans  ce  qu'elle 
chante,  et  dont  la  voix  à  la  fois  charme  et 
émeut. 

Très  bon  début  aussi,  celui  de  M.  Bonnard, 
le  nouveau  ténor  d'opéra-comique,  qui  s'était 
fort  distingué,  paraît-il,  dans  Werther,  et 
qui,  dans  Mireille,  a  montré  un  très  complet 
ensemble  de  qualités  de  chanteur  et  de  comé- 
dien. La  voix  est  moins  «  jolie  i>  que  celle  de 
M.  Leprcstre,  mais  elle  a  des  accents  plus 
mâles,  qui  caressent  peut-être  moins  agréable- 
ment l'oreille,  mais  qui  touchent  davantage  le 
cœur;   les  notes  graves  surtout  vibrent  avec 


LE  GUIDE  MUSICAL 


673 


une  chaleur  très  communicative,  et  le  chanteur 
a  de  la  méthode  et  de  l'habileté.  M.  Bonnard 
a  le  jeu  sobre  et  juste,  et  cette  sobriété,  qui 
n'exclut  ni  la  passion  ni  l'élan,  contraste  heu- 
reusement avec  les  exagérations  de  gestes  et  de 
mouvements  qui  ont  toujours  nui  quelque  peu 
au  succès  de  son  prédécesseur.  Au  total,  une 
très  bonne  acquisition. 

On  était  curieux  de  retrouver  sur  la  scène 
de  la  Monnaie  M"e  de  Roskilde,  la  gracieuse 
Sainte-Freya  du  théâtre  des  Galeries.  Malgré 
les  excellents  souvenirs  qu'a  laissés  M"e  Wolf 
dans  le  rôle  de  Taven,  un  de  ses  meilleurs,  la 
débutante,  grâce  à  une  jolie  voix  de  mezzo, 
bien  conduite,  et  à  une  aisance  de  comédienne 
qui  ne  se  ressent  d'ailleurs  aucunement  du 
voisinage  de  l'opérette,  a  eu  un  très  encoura- 
geant succès,  qui  se  confirmera  sans  doute 
dans  les  rôles  de  Galli-Marié  auxquels  nos 
directeurs  la  destinent. 

M.  Sentein  nous  est  revenu  avec  sa  voix 
grassement  timbrée,  qu'il  fait  vibrer  trop  lar- 
gement peut-être  dans  les  imprécations  du  père 
Ramon,  mais  à  laquelle  il  semble  donner 
une  plus  grande  variété  d'accent  qu'autrefois. 

Enfin,  M'l<=  Bolle  a  fait  une  courte  et  favora- 
ble apparition  au  premier  acte,  et  cette  jeune 
élève  de  notre  Conservatoire  paraît  donner  de 
sérieuses  espérances.  Mais  elle  n'est  pas  pré- 
parée à  aborder  des  rôles  .comme  celui  de 
l'Amour  dans  Orphée,  et  il  serait  vraiment 
regrettable  la  compromettre  dans  des  aventures 
aussi  périlleuses. 

De  tout  ceci,  il  résulte  que  la  troupe  d'opéra- 
comique  paraît  devoir  être,  cette  saison,  très  heu- 
reusement composée.  Quant  à  la  troupe  d'opéra, 
elle  a  conservé  les  principaux  de  ses  anciens 
éléments,  et  MM.  Cossira,  Seguin,  Dinard, 
Mmes  Tanésy,  Armand  et  Lejeune  ont  montré, 
dans  Faust,  Orphée  et  Aida,  qu'ils  ont  con- 
servé les  qualités  et,  pour  certains,  les  défauts 
qu'on  leur  connaissait.  Une  rentrée  particuliè- 
rement brillante  a  été  faite  à  M.  Seguin,  qui 
s'est  montré  excellemment  en  voix  dans  le  rôle 
de  Méphistophélès,  et  à  M"e  Armand,  qui 
interprète  toujours  en  artiste  de  grand  style  le 
l'Ole  d'Orphée,  encore  que  sa  voix  n'ait  pas 
retrouvé  toute  la  puissance  et  toute  la  profon- 
deur d'accent  qu'on  admirait  il  y  a  deux  ans. 

Des  deux  débutants  de  la  troupe  d'opéra, 
M.  Beyl  (Valentin)  et  M»»  Girard  (Siebel), 
nous  ne  parlerons,  ne  les  ayant  point  vus,  que 
pour  constater  que  leur  première  apparition  a 
laissé,  en  général,  une  impression  favorable. 

A  bientôt  les  débuts  de  M.  Casset  et  de 
M'ieSimonet.  J.  Br. 


La  réouverture  du  Théâtre-Flamand,  récem- 
ment promu  à  la  dignité  de  théâtre  royal,  est 
fixée  au  3o  septembre.  "** 

MM.  Hendrickx  et  Rans  commenceront 
leur  campagne  par  un  drame  de  Nestor  De 
Tière  :  Wilde  Lea.  Ainsi  que  nous  l'avons 
annoncé  déjà,  ils  monteront,  dans  le  courant 
de  la  saison,  Alvar,  un  drame  de  M.  Bide, 
traduit  en  vers  flamands  par  Emmanuel  Hiel, 
et  dont  Paul  Gilson  écrit  la  musique  de  scène  ; 
une  traduction  à'Africa,  le  drame  antiescla- 
vagiste de  M.  Decamps-David  ;  Het  MeilieJ, 
de  Julien  De  Meester,  musique  de  Peter 
Benoit. 


Le  Waux-Hall  a  lancé  ses  dernières  notes 
dimanche  dernier.  Très  beau  concert  de 
clôture,  du  reste.  Au  programme,  l'ouverture 
de  Patrie,  de  Bizet  ;  la  Marche  héroïqtie,  de 
Saint-Saëns  et  l'ouverture  de  Phèdre,  de  Mas- 
senet,  comme  œuvres  françaises.  L'ouverture 
du  Tannliœnser,  le  prélude  de  Lohengriii,  et  la 
Chevauchée  des  W alkyries  comme  œuvres 
wagnériennes.  Tout  cela  enlevé  avec  verve 
sous  l'habile  direction  de  M.  Léon  Dubois. 
Mi's  Milcamps  prêtait  le  concours  de  son  joli 
talent  à  cette  soirée  ;  elle  a  dit  d'une  voix  pure, 
avec  une  diction  élégante  et  distinguée,  le 
grand  air  des  Noces  de  Jeannette  de  V.  Massé 
et  des  mélodies  de  Bemberg  et  G.  Lemaire. 

La  réouverture  de  l'Alhambra  avait  réuni 
une  foule  nombreuse  et  mouvementée.  On  a 
fait  un  succès  à  M.  Marins  Richard,  baryton, 
qui  possède  une  voix  d'étendue  athlétique.  Le 
programme  est,  du  reste,  varié  et  présente  des 
numéros  sensationnels  qui  feront  courir  tout 
Bruxelles. 

A  l'Alcazar,  depuis  l'ouverture,  on  applaudit 
chaque  soir  M"!^  Jeanne  May,  qui  joue  une  jolie 
pantomime,  la  M.  et  ikf">=  Pierrot,  dont  la 
musique,  écrite  et  dirigée  par  M.  Bert,  a  été 
bien  accueillie.  Elle  a  une  allure  fine  et  spiri- 
tuelle qui  charme.  M^^  May  joue  également 
une  parodie  très  amusante  de  Sarah  Bernhardt. 

On  termine  chaque  soir  par  V Amour  en 
livrée,  une  petite  opérette  bouffe  très  bien 
enlevée  par  MM.  Gaillard,  Ambreville  et  Crom- 
melynck,  et  dont  la  musique  a  de  la  verve;  elle 
est  de  M.  Georges  Street. 


674 


LE  GUIDE  MUSICAL 


CORRESPOND  A  NCES 

AMSTERDAM.  —  La  semaine  dernière  a 
été  fort  mouvementée  et  d'un  intérêt  théâ- 
tral tout  exceptionnel.  Il  faut  signaler  d'abord 
l'inauguration  du  nouveau  Théâtre-Communal, 
ensuite  l'ouverture  de  l'Opéra  Néerlandais  dirigé 
par  M.  de  Groot  dans  la  nouvelle  salle  de  théâtre 
que  ce  directeur  a  fait  construire  au  Palais  de 
l'Industrie. 

Le  nouveau  Théâtre-Communal  s'élève  sur  la 
place  de  Leyde,  â  l'endroit  même  où  se  trouvait 
l'ancienne   salle,  qui   brûla  en  1890.  L'édifice  est 
une  œuvre    mi-belge,    mi-néerlandaise.   Il   a   été 
construit  d'après  les  plans  des  architectes  Springer 
et  van  Gencht,  qui    sont   néerlandais;    mais   des 
artistes    belges    ont    collaboré    à  la  décoration  : 
parmi  eux,  MM.  Devis,  Lynen,  Dubosq,  Cardon, 
Coosemans  et  le  sculpteur  Samuel.  L'intérieur  du 
bâtiment,  de  coloration  rouge,  avec  de  nombreuses 
tourelles  et  un  toit  surmonté  de  lyres,  est  conçu 
dans  le  style  de  la  Renaissance  flamande.  L'aspect 
du  monument  est  original    De  même  qu'à  l'Opéra 
de  Paris,  l'arrière  du   théâtre  est  plus  élevé  que 
l'avant.  Le  bâtiment  a  été  édifié  sur  2,5oo  pilotis, 
ce   qui  donne  une  idée  des  ditïïcultés  matérielles 
qu'il  a  fallu   vaincre.  Tout  l'édifice  est  en  briques 
et  en  fer;  les  planchers  parquetés  reposent  aussi 
sur  des  voûtes.  Le  théâtre  a  quatre  entrées  diffé- 
rentes et  chaque  espèce  de  places  a  son  escalier 
particulier,  ce  qui  assure  une  évacuation  commode 
des  locaux;  en  cas  d'incendie  ou  d'alerte,  la  salle 
pourrait  être  vidée  en  trois  minutes.  La  scène  aussi 
est  largement  pourvue  d'issues  faciles  et  de  balcons 
de  sécurité.  Un  grand  vestibule  central  de  forme 
cylindrique    et  dont   le    plafond   repose   sur  huit 
colonnes  de  granit  rouge  conduit  dans  l'intérieur 
du  théâtre.  En  entrant  dans  la  salle,  on  est  frappé 
tout  d'abord  par  un  lustre  magnifique,  éclairé  à  la 
lumière  électrique,  qui  se  trouve  au  milieu  d'un 
plafond  superbe  peint  par  MM.  Devis  et  Lynen, 
de  Bruxelles.  Sur   les   balustrades   des  premières 
loges,  se  trouvent  incrustés  en  lettres  dorées   les 
noms  de  dramaturges  et  de  comédiens  néerlandais 
célèbres  de  l'ancien  temps,  tels  que  Vondel,  Van 
Lennep,   Snoek,    Watjier    et    d'autres.     La    loge 
royale,luxueusement  décorée, se  trouve  en  face  de 
la  scène,  avec  une  entrée  particulière  donnant  sur 
la  rue  de  Marnix.  Les  sièges  des  stalles,  du  par- 
terre,   les    fauteuils    dans  les    loges   et   dans  les 
baignoires  sont  commodes  et  spacieux;  mais  les 
tentures,  les  tapisseries  ne  brillent  point  par  l'élé- 
gance et  la  richesse. La  salle  n'est  pas  grande  et  ne 
contient   que  1,200  places;    elle   est    d'une    trop 
grande  simplicité  ;  mais,  avec   les    moyens   pécu- 
niaires fort  restreints   dont  on  disposait  (il  s'agis- 
sait de  ne   pas   dépasser  un  million  de  florins),  il 
faut  convenir  qu'on  a  fait  tout  ce  que  l'on  pouvait. 


Le  foyer  accuse  une  simplicité  encore  plus  frap- 
pante que  la  salle  proprement  dite,  mais  la  déco- 
ration n'en  est  pas  achevée.  Pour  le  moment,  tout 
l'ameublement  consiste  en  un  grand  buffet  de 
marbre;  pas  un  fauteuil,  aucun  canapé  pour 
s'asseoir.  C'est  un  simple  promenoir  digne  d'une 
salle  de  gymnastique.  L'orchestre  peut  être  dis- 
posé de  trois  manières  différentes  :  il  peut  être 
baissé  de  manière  â  dissimuler  les  instrumentistes, 
pour  les  représentations  du  Wagner  Verein;  il  peut 
être  élevé  au  niveau  ordinaire  des  théâtres;  ou 
même  être  supprimé  complètement,  afin  d'ajouter 
trois  ou  quatre  rangées  de  stalles.  Autant  qu'on  en 
a  pu  juger  par  la  représentation  d'ouverture, 
l'acoustique  de  la  salle  est  bonne,  mais  d'une 
trop  grande  résonnance. 

Pour  se  prononcer  consciencieusement  à  ce 
sujet,  il  faudra  avoir  assisté  à  une  audition  musi- 
cole  Quant  â  la  représentation  inaugurale  du 
i"''  septembre,  il  n'y  a  pas  grand'chose  à  en  dire. 
Elle  a  été  offerte  à  un  nombre  restreint  d'invités, 
et  il  ne  me  semble  pas  qu'elle  ait  été  â  la  hauteur 
de  la  solennité,  et  que  le  programme  choisi  par  le 
«  Nederlandsch  Toneel  »  ait  été  digne  de  la  cir- 
constance. Il  était  aussi  hétérogène  qu'étrange. 
La  musique  n'y  a  joué  qu'un  rôle  tout  à  fait 
secondaire.  Cependant, je  suis  heureux  de  pouvoir 
constater  que  l'exécution  de  l'ouverture  de  Bee- 
thoven Weihe  des  Hanses,  de  la  musique  de  M.  Ber- 
nard Zweers  pour  la  tragédie  nationale  Gysbrecht 
van  AmsUl  de  Vondel,  et  de  l'ouverture  de  Yolanihe 
de  M"=  Van  Oostersee,par  l'orchestre  du  Concert- 
gebouw,  sous  la  direction  magistrale  de  Willem 
Kes,  a  été  excellente  C'a  été  le  point  lumineux  de 
la  solennité,  â  laquelle,  à  peu  d'exceptions  près,  les 
correspondants  des  journaux  étrangers  n'ont  pas 
eu  l'honneur  d'être  invités. 

Ma  prochaine  lettre  vous  donnera  des  détails 
sur  les  représentations  d'ouverture  des  deux 
opéras  néerlandais  de  MM.  Vander  Linden  et  de 
Groot.  Ed.  de  H. 


DRESDE.  —  Depuis  la  rentrée,  deuxième 
W agiter -Cychs.  Ce  n'est  pas  qu'il  y  ait  eu 
foule  au  premier,  l'époque  n'était  peut-être  pas 
bien  choisie,  mais  notre  ville  se  repeuple,  les 
écoles  de  musique,  les  établissements  d'éducation 
se  rouvrent,  et  ces  derniers  fournissent  la  majeure 
partie  du  public  de  théâtre.  M"'=  HoffschûUer, 
l'étoile  chorégraphique  de  l'Opéra,  est  remplacée 
par  M""  Louise  Louison.  On  prépare  VHamkt 
d'Ambroise  Thomas,  le  Falstaffde  Verdi,  Ingrid  et 
das  Irrlicht,  de  Grammann.  Les  concerts  sont 
souvent  pour  le  théâtre  de  dangereux  rivaux. 
Sans  tenir  compte  des  artistes  de  passage,  ni  des 
Verein  qui  donnent  chaque  année  une  ou  plusieurs 
fêtes  musicales,  on  en  est  déjà  au  nombre  trente- 
six,  tous  officiellement  annoncés.  M.  Nicodé,  dont 
l'intelligente  initiative  a  été  si  mal  comprise  l'hiver 
passé,    vient   de  faire   paraître    son    programme. 


LE  GUIDU  MUSICAL 


675 


Solistes  :  Eugène  d'Albert,  M""  von  Hûbbenet,  de 
Brème,  M.  Arthur  De  Greef,  de  Bruxelles, 
M.  Heermann,  de  Francfort.  Plusieurs  pièces 
nouvelles;  en  fait  de  Beethoven,  seulement  la 
symphonie  héroïque.  Les  autres  sont  laissées  au 
théâlre  qui  les  prodigue  dans  ses  Siitfoiiie-Concerte. 
L'idée  de  s'adjoindre  un  soliste  pour  chaque  audi- 
tion, introduite  par  M.  Nicodé,  a  fait  du  chemin. 
Au.x  Iradilionnels  Siiifonie-Coiiccrte,  la  direction  de 
l'Opéra  ajoutera, cette  année, des  soirées  musicales 
avec  «  solistes  renommés  ».  Il  n'est  pas  jusqu'à 
l'agence  Ries-Plœltner  qui,  avec  le  concours  de  la 
Gewerbehaus  KapcUe,  directeur  Trenkler,  n'organise 
aussi  une  série  de  concerts  populaires  dont  les 
prix  d'abonnement  seront  à  la  portée  de  toutes  les 
bout  ses.  Puis  le  trio  Stern-Petri,  le  quatuor  Rap- 
poldi-Grûtzmacher,  etc.  Toute  cette  concurrence 
doit  produire  un  élan  favorable  à  l'art.  Jusqu'à 
présent, la  mode  est  restée  exclusivement  aux  con- 
certs du  thèâ'.re;  l'orchestre  y  est, sans  contredit, 
admirable,  mais  les  programmes  ne  brillent  point 
par  la  variété.  Jeudi  i3.  M""  Friedmann,  qui  n'a 
pas  été  remplacée  au  Hoftheater,  se  fera  entendre  à 
Musen  Hatis.  Alton. 


N-Q  U  V EL  LES  DI  VERSES 

Dans  un  feuilleton  sur  Lohengrin  à  Bay- 
reuth,  qu'il  vient  de  publier  au  Journal  des 
Débats,  bien  qu'il  n'y  soit  pas  allé  cette  année, 
M.  Adolphe  Jullien  cite  une  lettre  de  Richard 
Wagner  où  celui-ci  explique  le  caractère  d'Or- 
trude.  Seulement  il  cite  très  inexactement  cette 
lettre  dont  il  n'a  pas  lu  évidemment  le  texte. 
Quand  M.  Adolphe  Jullien  fait  des  citations, 
il  est  toujours  prudent  de  recourir  aux  sources. 
L'analyse  du  caiactère  d'Ortrude,  auquel  il  fait 
allusion,  se  trouve  dans  une  lettre  de  Wagner  à 
Liszt  du  3o  juin  i852.  M.  Adolphe  Jullien  en 
trouvera  la  traduction  littérale  et  exacte  dans 
le  livre  de  M.  Maurice  KuiFerath  sur  Lohen- 
grin. Depuis  «  l'assemblée  des  dieux  »  qu'il  a 


Paris,  A.  DURAND    et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 


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Op.    98 

PALLAS-ATHÈNÉ 


HYMNE 

Chanté  aux  fêtes  d'Orange  (1894) 

POÉSIE  DE 

J.     L.    CROZE 


N°  I 


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N°  2  en  ut  pour  mezzo-soprano. 
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676 


LE  GUIDE  MUSICAL 


introduite  dans  son  analyse  de  la  Walkyrie 
(voir  Richard  Wagner,  sa  vie  et  ses  œuvres), 
M.  Adolphe  Jullien  devrait  être  plus  circons- 
pect. 

On  nous  mande  de  Venise  que  le  duc  dalla 
Grazia,  propriétaire  du  palais  Vendramini,  où, 
le  i3  février  i883,  Richard  Wagner  rendit  le 
dernier  soupir,  vient  de  faire  placer  une  plaque 
commémorative  de  cet  événement,  sur  l'une  des 
façades  du  palais.  Seulement  sous  prétexte  que 
cette  plaque  ne  cadrait  pas  avec  le  style  du 
vieux  monument,  il  l'a  fait  placer  non  sur  la 
façade  principale,  au-dessus  ou  près  de  la 
porte  où  s'arrêtent  les  gondoles  qui  amènent 
les  visiteurs,  mais  sur  l'une  des  façades  latérales, 
donnant  dans  une  étroite  ruelle,  près  de  la 
porte  servant  d'entrée  aux  gens  de  service. 

Nous  est  avis  que  le  noble  duc  aurait  pu 
faire  preuve  de  plus  de  tact  et  de  goût. 


NÉCROLOGIE 

On  télégraphie  de  Rio-Janerio  à  la  Gazette  de 
l'Emilie  la  nouvelle  du  suicide  de  Marine  Manci- 
nelli,  le  chef  d'orchestre  italien  bien  connu. 


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de  la  Nativité,  Orchestre 3  — 

Parties  séparées 5  — 

Piano  seul 5  — 

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Violon  ou  violoncelle  et  piano  .  6  — 

mélodies  de  l'anl  ICouguou 

1.  Au  vent 3  — 

2.  La  Chanson  du  renouveau     ....  3   — 

3.  Comment  on  dit  :  «  Je  t'aime  ».      .      .  3  — 

4.  Etre  deux 5  — 

5.  J'aime,  je  crois,  j'espère 3  — 

6.  Le  Livre  de  la  vie 3  — 

7.  Premiers  baisers  du  printemps   .      .      .  3   — 

8.  Le  Souvenir 5  — 

9.  La  Valse  des  nuages 5  — 

H.-P.  Toby.  Sérénade,  paroles  de  A.  Semiane  .  3  — 

—  Barcarolle,  paroles  de  A.  Semiane  ....  3  — 

—  Berceuse  de  A.  Cœdes,  transcrite  pour  orgue 

et  piano "j  5o 


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violon  et  piano  par  Ad.  Herman 

Six  numéros,  chaque.     .  2 

réunis .      .  6 
K.  Favarger.  Boléro  pour  piano  (20"  édition) 

Piano  à  4  mains 10 

Piano  et  violon 9 

J.  Daubé.  Menuet  pour  piano  et  violon    ...  5 

—  Mazurka  de  salon  (originale)  pour  piano   et 

violon 6  ■ 

C  Oalos.  Dolorosa,  nocturne  pour  piano.     .      .6 

—  Le  Lac  de  Côme    .  5 

—  Le  Chant  du  berger 5 

—  Souvenir  des  champs 6  ■ 

B.-9I.  Colonier.  Rondino  pour  piano.      .      .      .  5- 

G.  Pfeiffer.  Romance  pour  violoncelle  et  piano  6  ■ 

J.  Ten  Briiick.  Voici  le  soir,  valse,  barcarolle  .  5  - 

Cb.  LefebTre.  Oublier,  mélodie     ■      .      .      .      .  5  - 
Unille  Waldtenfel.  Amour  et  Printemps,  valse 

chantée 

Arrangé  pour  orchestre,  parties  sép,  2  - 

—  harmonie  ou  fanfare  .  3  - 


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»   2.       Il     Violoncelle  avec  Piano  (traniîcrite 

par  G.  Fitzenliagen) ...  «    6  — 

»  3.      »    Chant  avec  Piano  (par  l'auteur)  .  »    5  — 


No  4.  Pour  Harmonium  avec  Piano    .      .     .      « 

)>  5.  «  Piano  à  2  mains  (par  l'auteur)  .  frs  5  — 
»  6.  »  Piano  à  4  mains  (par  l'auteur)  .  «  7  5o 
»  7.  »  Orchestre  à  cordes.  Partition  net,  frs  2  — 
»  T-.     »  »  »  Parties        »     »    3  — 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Salammbô.  Lohen- 


Berlin 

Opéra.  —  Du  2  au  g  septembre  :  Freyschutz.  Mignon. 

La  Fiancée  vendue  et    Puppenfee.    Lohengrin    Les 

Medici.  Cavalleria  rusticana   et  la   Croix   d'Or.    Le 

Rheingold.  Falstaff. 

Bruxelles 
Théâtre  royal  de  la   Monnaie.   —    Faust.  Werther. 

Orphée.  Mireille  Aida.  Mireille.  Faust 
Théâtre  des   Galeries     —    Le  Tour  du   monde    en 

80  jours. 
Alcazar  royal.  —  Jane  May.  —  L'Amour  en  livrée. 
Empire-Palace  —  Spectacle-concert. 

Dresde 
Opéra.  —  Du  2  au  9  septembre  :  L'Ami  Fritz.  Marga. 

Rheingold.  La  Walkyrie.  Siegfried.  Freyschutz. 


Paris 
Opéra     —    Du  2  au  9  septembre 

grin.  Faust.  Roméo  et  Juliette. 
Opéra-Comique.    —  Du  2  au  g  septembre  :  Les  Noces 

de  Jeannette  et  le  Pré  au,\  Clercs.    Cavalleria  rusti- 

cina,  Lalla  Roukh  et  la  Nuit  de  Saint-Jean.  Mignon, 

Falstafî,  Carmen.  Falstaff.  Mignon. 

Vienne 

Opéra-Impérial.  —  Du  4  au  10  septembre  :  Hamlet. 
Manon.  Excelsior.  1  Pagliacci  et  Rouge  et  Noir. 
Martha.  Tannhauser.  Werther. 

An  der  Wien  —  Fledermaus.  Le  Baron  des  Tsiganes. 
Le  Marchand  d'oiseau.x.  La  Poupée  de  Nuremberg. 
A  la  fontaine  elle  Mari  à  la  poste. 

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— Ruines  et  Souvenirs, ballade 
— Rêverie  mélancolique  . 
— Légende  écossaise    . 

— Polonaise 

Boiim,  C.  Cinq  morceaux 

N"  i.  Séparation. 

N"  2.  Douce  attente , 

N°  3.  Doux  rêves 

N"  4.  Echo  du  bal  . 

N"  5.  Mon  étoile. 
Gabriel-Marie.   «  Impres 

sions.  »  6  pièces  originales; 

N"  I.  Simplicité. 

N"  2 .  Insouciance   . 

N»  3    Quiétude  .      . 

N»  4.  Souvenir  . 

N»  5.  Mélancolie     . 

N»  6.  Allégresse. 
G-ilis,  A.  Soirées  enfantines 

Six  morceaux  très  faciles 

N°  X.  Air  villageois. 

N»  2.  Chant  du  village. 

N"  3.  Air  champêtre     . 

N°  4.  Fanfare-Marche  . 


2  5o 
2  — 
2  — 
2  — 
2  — 

2    — 

1 75 
1 75 
1 75 

I  90 

1 75 


I  35 
I  75 
I  35 
1  75 

1  35 

2  — 


I  — 

i  — 

I  — 

I  — 


i  90 


35 


No  5.  Royal-Gavotle      .      . 

N"  6.  Musique  militaire     . 
Hermann,    Rob.    Petites 

Variations  pour  rire,  com- 
posées sur  sept  notes 
Herrmann,  Th..  Six  irans- 

criptionsd'œuvres  célèbres; 

N°  I .  Air  de  Chérubini 

N»  2.  Gkétry,  Romance  de 
Richard. 

N»  3.  NicoLO,  Joconde. 

N"  4 .  Schubert,  Sérénade 

N"  5.  Schubert,   Moment 
musical. 

N°  6.   Mendelssohn,    Auf 
Flùgeln. 
Hille,  Q.  Op.  60.  Concerto 

avec  Piano lo   — 

Hone,  J.  The  Old  Folks  at 

Home I  75 

—  Suite  Irlandaise  : 

N°  i  .When  theWho  adores 
thee      .... 

N°  2.  If  thou  wilt  be  Mine 

N"  3.   Oh!    Had   we   some 
Bright 

N"  4.  Is  that  M"-  Reilly.     . 


35 


35 


35 


I   35 
i   35 


I  35 
I   — 


Hoyoità,  L.  Mélodie.     .     .  i  75 

Jebin-Prume.  Romance  .  i  75 

—  Berceuse, I  35 

Hubay,  Jenô.   Cinq   mor- 
ceaux ; 

Op.  37.  N»  I.  Fleur  de  Mai   .  1  75 

Op.  37  N°  2.  Au  temps  jadis.  2  5o 
Op.   38.    N"   I.    Devant    son 

image(Chant  surla4"'corde)  i  75 

Op.  38.  N"  2.  Sous  sa  fenêtre  2  — 

Op.  39.  Ramage  de  rossignols  3  — 

Smetkoren,  J.  Elégie  .     .  i  75 

—  Berceuse 2  — 

Tballon,  R.  Romance  .     .  i  75 
Ventb,  C.  Trois  morceaux  : 

N"  I.  Chanson  sans  paroles  i  35 

N"  2.  Chanson  du  soir  .      .  i  35 

N»  3.  La  Sérénade   ...  2  — 

—  Deux  Rhapsodies  : 

No  i  Sur  des  motifs  écossais  i  go 
No  2.  Sur  des  mélodies  sué- 
doises    3  75 

Ysayë.  Deux  Mazurkas  : 

No  i.  Dans  le  lointain  .      .2  — 

No  2.  Mazurka    ....  2  — 


678 


LE  GUIDE   MUSICAL 


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Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.VanderStraeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Éd.  de  Hartog 

D'  Victor  Joss.  —  N.  Liez.  —  I.  Will 

D'  F.-V.  Dwelshauwers-Dery 

Ernest  Closson  —  Luoen  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

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40"  année  16  Septembre  1894  numéro  38 

SOMMAIRE 


M.  Kufferath.  —  Emmanuel  Chabrier. 

Hugues  Imbert.  —  Un  pèlerinage  à  Ende- 
nich. 

M.  Kufferath,  —  Notes  de  voyage. 

<!l!)rontque  î>c  la  Stmamc  :  Paris  :  Les  promesses  de 

la  saison.  —  Nouvelles  diverses. 
Bruxelles  :  Reprise  de  Lohengrin. 
Correeponbances  :    Amsterdam,     Anvers,     Dresde, 

Londres. 

Nouvelles  diverses.  —  Nécrologie. 
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PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


i6  Septembre  1894. 


EM.  CHABRIER 


fRiSTEMENT,  il  vient  de  s'éteindre 
à  Paris,  dans  son  coquet  appar- 
tement de  l'avenue  Trudaine, 
l'exubérant  et  fantaisiste  auteur 
d'Espana  et  de  Gwendoline.  Depuis  de  longs 
mois,  il  n'était  plus  que  l'ombre  de  lui- 
même  :  l'œil  vague,  la  parole  incertaine, 
les  traits  défigurés  et  tombants,  rien  ne 
rappelait  plus  en  lui  le  jovial  et  remuant 
compère  que  nous  avions  connu,  et,  navrés, 
ses  amis  qui  nous  apportaient  des  nouvelles 
de  lui  nous  disaient  :  Il  s'en  va! 

Le  voilà  parti  !  Une  maladie  de  langueur 
qui,  dès  l'été  dernier,  l'avait  déjà  marqué 
de  sa  griffe,  l'a  emporté.  Il  rendait  le 
dernier  soupir  vendredi  matin,  sans  souf- 
frances apparentes  :  il  n'a  pas  eu  de  peine 
à  quitter  la  vie  ;  la  vie  l'avait  déjà  quitté. 
Ce  n'en  sera  pas  moins  une  douleur  pro- 
fonde parmi  ses  amis,  c'est-à-dire  parmi 
tous  ceux  qui  l'avaient  connu,  car,  en  lui, 
disparaît  en  même  temps  qu'un  véritable 
artiste,  une  de  ces  natures  essentiellement 
droites  et  sincères  qu'il  semble  de  plus  en 
plus  rare  de  rencontrer.  Il  était  impos- 
sible d'approcher  ce  petit  homme,  au 
corps  ramassé,  aux  yeux  vifs  et  flambants 
à  fleur  de  tête,  toujours  en  mouvement, 
parlant  avec  une  volubilité  extraordinaire, 
mêlant  des  saillies  d'un  pittoresque  invrai- 
semblable à  des  réflexions  profondes  ou  à 


des  propos  de  cordialité  enveloppante, 
sans  être  épris  de  lui  ;  et  qui  lui  avait  une 
fois  serré  la  main  ne  l'oubliait  jamais. 

Pour  la  nouvelle, —  on  ne  peut  plus  dire 
la  jeune,  —  école  française,  la  mort  d'Em- 
manuel Chabrier,  en  pleine  force  du  talent 
et    de    l'âge,  —    il   n'avait  guère   plus   de 
cinquante-deux  ans,  —  est  une  perte  pro- 
fonde ;  car,  parmi   tous   les   remarquables 
symphonistes  de  cette  école,  il  était  peut- 
être  celui  qui  était  le  plus  doué  au  point  de 
vue  musical.  Nul   ne  possédait   au  même 
degré  que  lui  l'art  de  plier  habilement  un 
thème  rythmique,  de  l'enchaîner  avec  bon- 
heur à  un  rythme  nouveau,  de  le  varier  en 
le  combinant  avec  des  dessins  inattendus 
et  quelquefois  très  ingénieux.  Son  inven- 
tion  mélodique    avait   cette    qualité    rare 
d'avoir  de  l'ampleur  et  un  jet  puissant.  Elle 
n'est  pas  toujours  d'une  distinction  absolue, 
mais  avec  quelle  souplesse  et  quelle  finesse 
souvent   charmante  de  tact    il    savait   en 
sauver  la  trivialité  par  des  harmonies  inat- 
tendues ou  des  détails  de  facture  qui  déno- 
taient en  lui  un  sentiment  de  l'art  tout  à  fait 
rare  et  de  qualité  supérieure  !  Il  se  souciait 
d'ailleurs  peu  de  correction  et  s'était  lancé 
à  corps  perdu  dans  toutes  les  hardiesses 
de  l'harmonie  nouvelle,  sans  souci  du  qu'en 
dira-t-on?  Quintes  successives,  fausses  re- 
lations, accords   altérés   à  seule  fin  qu'ils 
ne  fussent  d'être  parfaits,  notes  de  passage 
prodiguées  à  plaisir,  dissonances  non  pré- 
parées et  résolues  ensuite  de  la  façon  la 
plus  imprévue,  il   les   prodiguait  à  foison 
aussi  bien  dans  ses  œuvres  symphoniques 
que  dans  ses  pièces  de  piano.  Seulement  il 
avait  l'oreille  naturellement  musicale  ;   si 
quelquefois  son  harmonie  était  recherchée 
jusqu'à  la  puérilité,  elle  revêtait,  souvent, 
d'un  charme  nouveau  une  idée  en  soi  peu 
originale;   et   il   fut  ainsi  un    merveilleux 


684 


LE  GUIDE  MUSICAL 


trouveur  de  combinaisons  sonores  cha- 
toyantes et  d'un  accent  pénétrant. 

Ce  fut,  au  total  une  personnalité,  un  cer- 
veau original,  allant  par  tempérament  vers 
l'outrance,  mais  aussi  très  subtil  ;  ce  qui 
fait  qu'en  son  œuvre  d'ailleurs  assez  iné- 
gal, des  pages  d'un  caractère  excessif, 
hautes  en  couleur,  étonnantes  par  la 
verve  des  rythmes  et  la  violence  des  tons 
se  rencontrent  à  côté  de  pages  d'un 
sentiment  tendre  et  délicat  et  du  faire  le 
plus  fin.  Son  orchestration  surtout  est  cu- 
rieuse, très  intéressante,  souvent  remar- 
quable. Il  avait  un  sens  particulier  des 
timbres.  Son  Espana,  qui  le  rendit  célèbre 
du  jour  au  lendemain,  est  à  ce  point  de  vue 
l'une  des  pièces  les  plus  originales  de  la 
musique  symphonique  moderne.  Mais  on 
trouverait  également  dans  le  Roi  malgré  lui 
et  dans  Gwendoline  des  combinaisons  dé- 
notant l'artiste  de  race,  ayant  deviné  des 
effets  insoupçonnés  avant  lui,  doué  d'une 
imagination  véritablement  riche  et  d'une 
sensibilité  exceptionnelle. 

Le  sort  lui  fut  malheureurement  cruel, 
et  c'est  peut-être  ce  qui  hâta  la  fin  à  jamais 
regrettable  de  l'artiste  que  nous  pleurons. 
Il  avait  débuté  tard,  mais  avec  éclat.  Trois 
ans  après  que  V Espana  l'eût  révélé  au  grand 
public,  il  était  à  Bruxelles,  heureux  de  voir 
enfin  à  la  scène  sa  seconde  partition,  cette 
Gwendoline  que  l'Opéra  n'avait  pas  con- 
senti à  représenter.  On  sait  comment  la 
faillite  de  la  direction  Verdhurt  interrompit 
dès  la  troisième  représentation,  le  succès 
qui  s'était  annoncé  durable.  A  Paris,  le 
Roi  malgré  lui  fut  arrêté  après  la  troi- 
sième représentation  par  l'incendie  de 
l'Opéra-Comique.  Chabrier  crut  perdue  sa 
partition  manuscrite,  dont  il  n'avait  pas  de 
copie!  Il  la  retrouva  deux  jours  plus  tard, 
après  d'inconcevables  angoisses. 

Son  rêve,  sa  seule  ambition,  c'était 
naturellement  d'arriver  à  l'Opéra.  Après 
Bruxelles,  Gwendoline  fut  représentée  à 
Carlsruhe,  par  les  soins  de  Félix  Mottl,  et, 
l'année  suivante,  à  Munich,  sous  la  direc- 
tion de  Hermann  Levi,  qui  me  disait, 
tout  récemment  encore  la  grande  admira- 
tion qu'il  avait  pour  cette  œuvre,  Paris  lui 
demeurait  toujours  fermé.  Au  lendemain  du 


succès  de  Carlsruhe,  je  recevais  de  Cha- 
brier le  billet  que  voici  : 

Carlsruhe,  3  mai  89. 

Hier  soir,  cher  ami,  un  succès  ébouriffant 
(souligné  trois  fois)  pour  ma  chère  Gwendoline. 
Mottl  admirable,  ainsi  que  M"«  Mailhac.  Mottl 
vous  enverra  les  journaux!  —  On  ne  jouera 
donc  jamais  ça  à  Paris  !  —  Je  vous  en  prie, 
camarade,  un  vigoureux  coup  de  main,  je  vous 
en  serai  si  reconnaissant  ! 

A  vous  cordialement. 

Emmanuel  Chabrier. 

«  On  ne  jouera  donc  jamais  çà,  à  Paris  ? 
Quelle  tristesse  dans  ces  mots,  surgissant 
dans  l'ivresse  même  du  triomphe  de  Carls- 
ruhe! 

Il  y  a  quelques  mois  seulement,  le  vœu 
si  ardent  de  toute  sa  vie  devait  enfin  s'ac- 
complir. Gwendoline  passait  à  l'Opéra  le 
4  janvier  dernier.  Mais  déjà  l'artiste  était 
condamné.  Partiellement  atteint  de  para- 
lysie cérébrale,  il  assistait  en  quelque  sorte 
inconscient  à  l'exécution  de  son  œuvre.  A. 
la  répétition  générale, assis  dans  un  fauteuil, 
on  le  vit  se  lever  et  applaudir  frénétique- 
ment telle  ou  telle  page,  et  s'écrier  en 
s'adressant  à  ses  voisins  comme  s'il  s'agis- 
sait de  l'œuvre  d'un  ami  :  «  Mais  ce  n'est  pas 
mal,  du  tout!  C'est  vraiment  très  bien!»  Le 
malheureux  ne  s'avait  déjà  plus  qu'elle  était 
de  lui,  cette  musique  qui  le  charmait  ! 

Qui  dira  jamais  la  cruauté  décevante  de 
ces  attentes  qui  se  prolongent  indéfiniment 
doublées  par  la  désespérance,  de  ces  illu- 
sions d'artiste  qui,  si  rarement,  se  réalisent 
et  dont  malheureusement  est  faite,  la  plu- 
part du  temps,  la  vie  des  poètes.  «  Désirer, 
désirer  toujours  »,  comme  dit  Tristan; 
«  Désirer  jusqu'à  la  mort  et  ne  pouvoir 
mourir  du  Désir!  »  Le  malheur  est  que 
quelques-uns  en  meurent. 

La  tristesse  suprême,  c'est  que  Chabrier 
laisse  inachevée  la  Briséis  (i),  à  laquelle 
depuis  sept  ou  huit  ans  il  travaillait  et  qui, 
conçue  dans  la  pleine  maturité,  après  les 
épreuves  subies  et  l'expérience  acquise 
dans  les  compositions  antérieures,  pro- 
mettait de  nous  donner  l'œuvre  de  maîtrise 
qu'on  était  en  droit  d'attendre  légitimement 


(i)  Brisiis  ou  la  Fiancée  ie  Corinthc,  sur  un  poème  de 
Catulle  Mendés. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


685 


de  lui.  Un  seul  acte,  le  premier  est  com- 
plètement terminé.  Les  deux  autres  sont 
écrits  en  partie  seulement.  Mais  l'esquisse 
complète  est  achevée.  En  1888,  —  au  mois 
d'août,  —  il  me  parlait,  dans  une  lettre 
charmante  de  cordialité,  de  cette  composi- 
tion qu'il  avait  déjà  alors  sur  le  chantier 
depuis  une  année.  Il  venait  d'être  décoré  et 
plein  d'espoir,  il  s'était  remis  au  travail  : 

Je  vous  remercie  de  l'envoi  de  votre  jour- 
nal. Et,  à  ce  propos,  j'ai  égaré  le  numéro 
où  il  est  question  de  mon  ruban  rouge. 
Ma  femme  ne  l'a  pas  lu.  Pourriez-vous  m'en 
adresser  un  nouvel  exemplaire  à  la  Mem- 
brolle  (i)  ?  Je  vous  serais  reconnaissant  aussi 
de  m'y  faire  parvenir  le  Guide,  jusqu'à  nouvel 
ordre;  car  je  vais  probablement  rester  à  la 
MembroUe  assez  longtemps,  afin  de  travailler 
d'arrache-pied  à  Briséis.  Tout  labeur  régulier 
étant  difficile  à  Paris,  il  est  indispensable,  si  je 
veux  en  finir  relativement  vite,  de  m'exiler  un 
peu.  C'est  ce  que  je  fais.  Je  suis  là,  du  reste, 
dans  un  bout  de  village,  avec  femme  et  enfants. 
C'est  la  paix  absolue. 

La  paix  absolue  !  il  la  goûte  à  présent,  le 
pauvre  artiste,  si  exubérant,  si  jovial,  si 
expansif,  qui  était  la  joie  et  la  fierté  du 
petit  cénacle  de  la  rue  Mosnier  dont  fai- 
saient partie  quelques-uns  des  artistes 
marquants  du  temps  présent  :  Camille 
Saint-Saëns,  Vincent  d'Indy,  Massenet, 
André  Messager,  le  peintre  Manet,  Taffa- 
nel,  Raoul  Pugno,  etc.,  et  dans  lequel  la 
fantaisie  la  plus  extravagante  alternait 
avec  le  culte  le  plus  sincèrement  enthou- 
siaste de  l'art  élevé. 

Les  directeurs  de  théâtres  probablement 
vont  s'arracher  maintenant  cette  Briséis 
qu'ils  feront  achever  par  un  des  faiseurs  à 
la  mode,  toujours  prêts  à  se  faire  un  pié- 
destal de  la  détresse  du  voisin.  Gwendoline 
aussi  va,  sans  doute,  reparaître  sur  les 
affiches. 

Malheureusement  il  est  trop  tard. 

M.  KUFFERATH. 


Ajoutons  à  ces  lignes  bien  insuffisantes  pour 
retracer  la  physionomie  si  originale  d'Emmanuel 


(i)  La  Membrolle,  petit  village  d'Indre-et-Loire,  près 
de  Mettray. 


Chabrier  quelques  notes  purement  biographiques 
que  nous  empruntons  à  la  notice  que  notre  colla- 
borateur et  ami  Hugues  Imbert  lui  a  consacrée  dans 
ses  Profils  de  musicien  ^première  série)  et  dont  un 
résumé  a  paru  ici  même  dans  notre  numéro  du 
i"  janvier  dernier  à  propos  de  la  première  de 
Gwendoline  à  l'Opéra. 

Né  le  18  janvier  1842,  à  Ambert  (Puy-de-Dôme) 
où  son  père  était  avocat,  Emmanuel  Chabrier 
passa  son  enfance  dans  cette  jolie  vallée  de  la 
Dore,  au  milieu  des  sites  pittoresques  de  l'Auver- 
gne; ce  n'est  qu'en  i856  qu'il  vint  à  Paris  terminer 
ses  études  et  suivre  les  cours  de  droit. 

En  1862,  son  père,  qui  rêvait  pour  lui  le  brillant 
avenir  de  la  carrière  administrative,  le  fit  entrer 
au  ministère  de  l'intérieur.  Mais  il  ne  ressentit 
jamais  un  fervent  amour  pour  la  paperasserie,  et 
profita  des  loisirs  que  lui  laissaient  ses  travaux  de 
fonctionnaire  pour  se  livrer  à  l'élude  du  piano  et 
étendre  ses  relations  musicales.  Très  bien  accueilli 
dans  le  monde,  où  son  esprit  vif  et  prime  sautier 
était  goûté,  il  recherchait  toutes  les  occasions 
d'étudier  les  maîtres  et  de  faire  de  la  musique  de 
chambre.  C'est  dans  le  milieu  artistique  où  il  vécut 
alors  qu'il  développa  ses  aptitudes  pour  l'art  musi- 
cal. Bach,  Mozart,  Beethoven,  Schumann,  Berlioz 
étaient  ses  auteurs  préférés.  Avec  une  habileté  de 
pianiste  déjà  prodigieuse,  une  main  gauche  sur- 
prenante, il  se  livrait  avec  la  plus  vive  inclination 
à  la  composition, qu'il  étudiait  avec  Semet,  l'auteur 
àeGil Blas,  et  Aristide  Hignard,  l'auteur  d'un  Ham- 
let  joué,  il  y  a  quelques  années,  à  Nantes. 

En  1877,  le  r7  novembre,  il  débuta  au  théâtre 
des  Bouffes-Parisiens  par  une  opérette  en  trois 
actes,  VEtoile  (paroles  de  Leterrier  et  Van  Loo), 
qui  ne  se  maintint  pas  longtemps,  mais  qui  fut 
tout  de  suite  remarquée  par  les  musiciens  comme 
une  œuvre  d'artiste. 

En  i88i,Lamoureux  venait  de  fonder  la  Société 
des  Nouveaux-Concerts  au  théâtre  du  Château- 
d'Eau;  il  avait  pu  apprécier  le  mérite  de  Chabrier, 
comme  pianiste,  comme  accompagnateur  déjà 
profondément  versé  dans  la  connaissance  des 
grands  maîtres.  Il  se  l'attacha  pour  diriger  les 
chœurs  et  préparer  avec  lui  l'exécution  des  œuvres 
de  Richard  Wagner,  qu'il  avait  l'intention,  depuis 
longue  date,  de  faire  entendre  à  Paris  C'est  ainsi 
que  Chabrier  eut  une  part  active  aux  premières 
exécutions  de  fragments  de  Wagner,  notamment 
du  premier  acte  de  Tristan  et  Iseuli.  Pendant  ce 
temps,  il  travaillait  à  la  partition  de  Gwendoline, 
A  la  suite  d'un  voyage  qu'il  fit  en  Espagne  en  i883, 
il  en  rapporta  des  motifs  populaires  qui  l'avaient 
séduit  et  dont  il  composa  sa  rapsodie  pour  orches- 
tre, Espana^  exécutée  pour  la  première   fois   aux 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Concerts  Lamoureux.Ce  fut  un  succès  prodigieux, 
et  tout  de  suite  Chabrier  fut  lancé. 

En  1884,  M.  Lamoureux  donna  de  lui  les 
Scène  et  Légende,  tirées  du  premier  acte  de  Gwendo- 
Une;  M™"  Montalba  chantait  le  rôle  de  Gwen- 
doline.  En  i885,  M™*  Brunet-Lafleur  interprétait 
la  Sulamite,  pour  soprano,  chœur  et  orchestre,  sur 
des  paroles  de  Richepin,  une  de  ses  meilleures 
choses. 

Enfin,  en  1886,  Gwendoline  faisait  son  apparition 
au  théâtre  de  la  Monnaie,  tout  à  la  fin  de  la  saison 
(18  avril). 

A  la  suite  de  ce  succès,  Chabrier  fut  chargé 
d'écrire  un  ouvragepour  rOpéra-Comique  de  Paris. 
Il  avait  en  portefeuille  une  opérette  commencée, 
sur  un  livret  d'Emile  de  Najac  et  Paul  Burani. 
On  adjoignit  à  ceux-ci  le  poète  Jean  Richepin,  qui 
remania  plus  ou  moins  le  plan  primitif,  orna  les 
couplets  de  quelques  bons  vers,  et^en  fit  un  opéra 
comique  :  le  Roi  malgré  lui.  La  première  eut  lieu 
le  18  mai  1887.  L'œuvre  de  Chabrier  en  était  à  sa 
troisième  représentation  quand  l'Opéra-Comique 
brûla  de  fond  en  comble. 

En  1889,  Gwendoline  fit  son  apparition,  le  3o  mai, 
sur  la  scène  du  Théâtre  grand-ducal  de  Carls- 
ruhe,  où  elle  fut  accueillie  d'une  façon  exception- 
nellement enthousiaste.  L'année  suivante,  c'était 
Munich  qui  représentait  l'œuvre,  toujours  dédai- 
gnée à  Paris. 

Dans  l'entretemps,  Chabrier  travaillait  à  Briséis, 
et  publiait  diverses  compositions  :  Valses  romau- 
Uqii  es -pour  deux  pismos;  Fantaisie  pour  cor  et  piano; 
Pièces  pittoresques  pour  piano  ;  Ode  à  la  musique,  pour 
voix  de  femmes  et  soprano,  qui  eut  un  retentissant 
succès  au  Conservatoire  de  Paris  (29 janvier  1893), 
sans  parler  de  bon  nombre  d'autres  ouvrages  qui 
sont  restés  inachevés,  ou  auxquels  il  se  proposait 
de  mettre  plus  tard  la  dernière  main.  Parmi 
ceux-ci,  il  faut  compter  les  Muscadins,  dont  le 
livret  est  de  M.  Jules  Claretie,  administrateur  de  la 
Comédie-Française;  une  petite  opérette  dix-hui- 
tième siècle,  écrite  en  collaboration  avec  M.  Paul 
Verlaine;  le  Sabbat,  opéra  comique  en  un  acte, 
que  Chabrier  commença  à  écrire  sur  un  livret 
d'Armand  Silvestre  ;  Jean  Hunyade,  œuvre  à 
laquelle  il  collabora  avec  Henry  Fouquier  pour  la 
partie  littéraire,  en  1867,  et  dont  quelques  motifs 
se  retrouvent  dans  Gwendoline  et  Briséis. 

Quelques-unes  de  ces  œuvres  seront  sans  doute 
publiées. 


UN  PÈLERINAGE  A  ENDENICH 

CRiVANT  de  Dresde,  le  3  décem- 
bre 1849,  à  son  cher  Hiller,  qui 
lui  avait  demandé  s'il  était  dis- 
posé à  le  remplacer  dans  les 
fonctions  de  directeur  de  musique  à  Dussel- 
dorf,  Robert  Schumann  lui  posait  une 
question  où  se  laissaient  déjà  entrevoir  les 
tristes  pressentiments  qui  hantaient  son 
esprit  : 

En  cherchant  dernièrement  dans  une  vieille 
géographie  quelques  renseignements  sur  Dus- 
seldorf,  j'y  ai  vu  que,  entre  autres  établisse- 
ments, la  ville  possédait  trois  couvents  plus 
une  maison  d'aliénés;  des  premiers  je  ne  m'oc- 
cupe guère,  mais  l'annonce  d'un  hospice  de  fous 
m'a  été  fort  désagréable.  Voici  pourquoi  :  Il  y  a 
quelques  années,  tu  t'en  souviens,  nous  étions  à 
Maxen.  Je  m'aperçus,  un  matin,  que  la  fenêtre 
de  ma  chambre  donnait  directement  sur  le  Son- 
nenstein(i).  Cette  vue  journalière  m'a  profondé- 
ment attristé,  au  point  de  gâter  tout  le  plaisir 
que  j'aurais  dii  trouver  en  ce  charmant  séjour. 
L'idée  m'est  aussitôt  venue  qu'il  en  pourrait 
être  de  même  à  Dusseldorf.  Mais,  peut-être,  la 
géographie  se  trompe-t-elle,  et  n'est-ce  tout 
simplement  qu'un  hôpital  comme  il  y  en  a 
dans  toutes  les  villes? 

Je  dois  éviter  soigneusement  toute  impres- 
sion mélancolique  de  cette  espèce;  car,  bien 
que  nous  autres  musiciens  nous  vivions  souvent 
sur  les  hauteurs  sereines,  le  malheur  de  la  vie 
réelle  ne  nous  pénètre  que  plus  profondément, 
quand  il  apparaît  devant  nos  yeux  dans  toute 
sa  nudité.  Du  moins,  c'est  ce  qui  m'arrive  à 
moi  avec  mon  imagination  ardente.  Et  pour- 
tant je  me  souviens  d'avoir  lu  quelque  chose  de 
semblable  dans  Gœthe  (sans  comparaison). 

N'est-elle  pas  étrange  cette  sorte  d'intui- 
tion qui,  à  quelques  années  de  distance, 
donnait  à  l'infortuné  maître  le  pressenti- 

(i)  Maison  d'aliénés  située  près  de  Pirna. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


687 


ment  du  triste  et  sombre  avenir?  Ce  fut,  en 
effet,  à  Dusseldorf  que  sa  raison,  déjà 
ébranlée  par  de  terribles  secousses,  sombra 
définitivement.  Le  27  février  i854,  il  quittait 
sa  demeure  nu-tête  et,  arrivé  au  pont  du 
Rhin,  se  précipitait  dans  le  fleuve,  d'où  le 
retiraient  les  bateliers.  Il  vivait;  mais  quelle 
vie  devait  être  la  sienne,  jusqu'au  jour  de 
la  délivrance!  Toute  joie  avait  cessé  pour 
lui;  les  ombres  de  la  mort  s'étaient  déjà 
étendues  sur  cette  merveilleuse  intelligence. 
Son  génie,  pour  employer  une  expression 
de  Leopardi,  «  allait  devenir  la  proie  de  la 
divinité  du  Ténare,  de  la  sombre  nuit  et  de 
la  rive  silencieuse  ». 

Après  des  accès  violents  alternant  avec 
des  instants  de  prostration  complète,  sa 
dévouée  compagne  se  décida,  sur  l'avis  des 
médecins,  à  le  laisser  transporter  dans  un 
établissement  spécial,  où  pourraient  lui 
être  prodigués  les  soins  que  réclamait  son 
lamentable  état.  Le  docteur  Hasenclever 
accepta  la  douloureuse  mission  de  le  con- 
duire dans  la  maison  de  santé  dirigée  par  le 
docteur  Richarz,  à  Endenich,  près  de  Bonn. 
L'illustre  malade  y  arriva  le  4  mars  1854; 
il  ne  devait  en  sortir  que  le  2g  juillet  i856, 
jour  de  sa  mort! 


J'ai  voulu  entreprendre  le  pèlerinage  aux 
lieux  qu'habita  dans  les  dernières  années 
de  sa  vie  le  chantre  de  Manfred  et  de  Faust, 
auxquels  son  souvenir  demeurera  à  jamais 
attaché.  Ne  vous  semble-t-il  pas  que  les 
pays  où  ont  vécu  de  grands  et  nobles  artis- 
tes exercent  sur  ceux  qui  ont  eu  le  bonheur 
de  les  comprendre  une  sorte  d'attraction  ? 
Ce  que  nous  leur  demandons  à  ces  lieux, 
c'est  de  nous  révéler  l'âme  de  celui  que 
nous  aimons,  de  nous  laisser  entrevoir 
quelques  parcelles  de  la  vie  qu'ils  y  ont 
vécue,  les  joies  comme  les  souffrances  (les 
dernières,  hélas  !  plus  nombreuses  que  les 
premières)  éprouvées  par  eux.  Ne  trouve- 
rons-nous pas  de  singuliers  éléments  de 
psychologie  dans  les  milieux  qu'ils  fréquen- 
tèrent? N'irons-nous  pas  étudier  souvent 
avec  plus  de  certitude  que  dans  les  biblio- 
thèques, les  physionomies  morales  de  Cha- 
teaubriand au  vieux  château  de  Combourg 


avec  son  horizon  démesuré  et  son  étang 
aux  eaux  tranquilles,  de  lord  Byron  à  la 
mélancolique  abbaye  de  Newrstead,  de 
Shelley  sur  les  rives  de  la  Méditerranée 
près  de  Pise,  de  Wagner  à  Dresde  et  à  Bay- 
reuth,  de  Victor  Hugo  aux  rochers  de 
Guernesey,  de  Berlioz  à  la  Côte-Saint- 
André  et  aux  beaux  sites  du  Dauphiné,  de 
Jean-Jacques  aux  Charmettes,  à  Ermenon- 
ville?... Et  les  vieilles  légendes,  où  en 
rechercherons-nous  le  sens,  sinon  dans  le 
pays  qui  les  a  vues  éclore? 

Une  pieuse  émotion  s'était  donc  emparée 
de  moi,  lorsque,  par  un  beau  soleil  d'août 
de  l'année  1893,  je  me  suis  dirigé  vers  le 
petit  bourg  d'Endenich,  situé  à  quelques 
kilomètres  de  Bonn.  Après  les  sensations 
multiples  et  profondes  qu'avait  fait  naître 
en  nous  la  demeure  du  grand  maître  Bee- 
thoven, il  semblait  que  nous  dussions,  après 
avoir  déposé  une  gerbe  de  fleurs  sur  la 
tombe  de  celui  qui  fut  son  successeur,  nous 
mettre  en  communication  plus  directe  avec 
lui  en  visitant  sa  retraite  dernière,  le  refuge 
où  il  reçut  les  soins  qui,  malheureusement, 
ne  suffirent  pas  à  lui  rendre  la  raison. 

La  route  qui  conduit  à  Endenich  (Ende- 
nicher  Strasse)  longe  le  mur  du  cimetière 
où  repose  Robert  Schumann.  De  jolies  et 
coquettes  maisons  bordent  le  chemin 
planté  d'arbres.  On  arrive  rapidement  en 
pleine  campagne,  et  le  gai  soleil  d'après 
midi,  coulant  à  travers  la  verdure  des 
arbres,  donne  à  cette  simple  nature  un 
riant  aspect.  Rendu  au  petit  village,  nous 
cherchons  à  nous  orienter  ;  mais,  ne  parlant 
pas  la  langue  allemande,  nos  efforts  sont 
infructueux.  Pour  comble  de  malheur,  la 
suscription  de  la  lettre  qui  nous  avait  été 
remise  à  Bonn  pour  un  docteur  d'Endenich 
était  erronée  ;  cela  compliquait  singulière- 
ment les  choses.  Une  des  personnes  qui 
nous  entouraient  nous  fit  signe  de  la  suivre, 
et  nous  arrivâmes  bientôt  à  la  porte  d'une 
institution  religieuse,  qui  fut  ouverte  à 
notre  appel.  Mis  en  présence  d'un  ecclé- 
siastique de  haute  stature  et  d'un  accueil 
bienveillant,  nous  lui  exposons  le  but  de 
notre  visite  :  hélas!  l'infortuné  sue  sang 
et  eau  pour  nous  comprendre,  la  langue 
française  ne  lui  étant  pas  familière.  L'em- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


barras  était  donc  grand  pour  arriver  à 
une  solution,  lorsqu'une  heureuse  inspira- 
tion nous  amena  à  tracer  sur  une  feuille 
de  papier  ces  deux  mots  latins  :  SUilto- 
rum  domus  (maison  des  aliénés).  Mon  hôte 
devine  enfin  ce  que  je  désire,  lève  les 
bras  au  ciel  en  signe  de  joie  et  me  confie  à 
un  jeune  garçon,  qui  me  conduira  en 
quelques  minutes  au  but  désiré. 

Une  langue  morte  fut  le  trait  d'union 
indispensable  entre  deux  enfants  du  dix- 
neuvième  siècle,  appartenant  à  deux  races 
différentes.  L'étude  de  cette  langue  latine 
si  concise,  si  forte  en  ce  qu'elle  donne 
immédiatement  toute  la  valeur  à  l'image, 
ne  saurait  donc  jamais  être  délaissée,  sur- 
tout par  ceux  qui  chérissent  les  lettres  et 
les  voyages  ;  ils  trouveront  toujours  en  elle 
une  amie  sûre  et  fidèle. 

{A  suivre.)  Hugues  Imbert. 


NOTES   DE  VOYAGE 


[es  pérégrinations,  après  Bayreuth  et 
Munich,  m'ont  mené  assez  loin  :  à 
_^_^_  Vienne,  Prague,  Dresde  et  Leipzig, 
et  j'en  rapporte  des  impressions  diverses,  qu'il 
me  paraît  intéressant  de  noter,  d'autant  qu'elles 
sont  toute  à  l'honneur  de  mon  pays  belge. 

Vous  n'imaginez  pas  en  quelle  estime  on  tient 
nos  artistes  au  dehors.  Nos  instrumentistes  sont 
réputés  depuis  longtemps;  les  Ysaye,  les 
Thomson,  les  De  Greef,  les  Jacobs  renouvellent 
simplement  la  tradition  des  de  Bériot,  des 
Vieuxtemps,  des  Servais  ;  mais  ce  qui  est  inté- 
ressant à  noter,  c'est  que  leur  réputation  s'étend 
maintenant  aussi  à  nos  chanteurs.  Van  Dyck  et 
Blauwaert  ont  fait  la  trouée.  Les  autres  n'ont 
qu'à  venir.  Pour  peu  qu'ils  aient  de  talent,  les 
portes  leur  sont  ouvertes,  on  les  accueillera 
bien,  de  confiance.  Nos  sociétés  chorales  ont 
aussi  une  grande  réputation.  On  reconnaît 
qu'il  n'y  a  pas  à  lutter  avec  elles,  et,  bien  qu'on 
n'aime  guère   le   genre  de  compositions  aux- 


quelles elles  se  consacrent,  on  rend  hommage 
à  leur  extraordinaire  discipline,  à  leur  ensemble, 
à  la  virtuosité  où  elles  atteignent  dans  des 
œuvres  très  difficiles  et  compliquées. 

Par  dessus  tout,  c'est  au  Conservatoire  de 
Bruxelles  que  va  l'admiration  générale.  On  le 
cite  comme  l'institution  modèle  en  Europe. 

On  ne  se  lasse  pas  d'admirer  son  organisa- 
tion, le  nombre  des  cours  qui  s'y  donnent, 
l'excellence  des  maîtres,  dont  quelques-uns  ont 
une  célébrité  européenne;  ce  qui  étonne  sur- 
tout, c'est  la  gratuité  de  l'enseignement  et  la 
générosité  de  l'Etat,  dotant  généreusement 
nos  établissements  de  haut  enseignement  mu- 
sical. Les  conservatoires  allemands  ne  sont 
généralement  pas  aussi  bien  lotis.  Ils  portent  le 
titre  ronflant  de  Conservatoire  royal,  par  exem- 
ple à  Dresde,  à  Leipzig,  à  Munich.  Mais  l'Etat 
n'intervient  guère  dans  les  frais  d'entretien.  Le 
budget  est  alimenté  par  un  maigre  subside  de  la 
caisse  du  souverain  (neuf  mille  marcs,  par 
exemple  au  Conservatoire  de  Leipzig),  et  par 
une  subvention  à  peine  supérieure  des  adminis- 
trations locales,  communale  ou  provinciale  ;  le 
reste,  c'est  au  minerval  qu'on  le  demande. 
Chaque  élève  paie  trois  cents  à  quatre  cents 
francs.  Il  est  vrai  que  les  particuliers  inter- 
viennent, que  les  petites  communes  aussi 
subsidient  généralement  les  jeunes  gens  mani- 
festant des  dispositions  particulières  pour  la 
musique.  Il  y  a,  de  plus,  de  nombreuses  fonda- 
tions et  des  bourses  d'études,  qui  s'obdennent 
assez  facilement.  Mais,  en  général,  le  conser- 
vatoire doit  vivre  de  ses  élèves  ;  d'où  il  résulte 
qu'il  n'est  pas  sévère  sur  leur  qualité.  Il  les 
prend  où  il  peut,  chaque  professeur  ayant  un 
intérêt  matériel  à  voir  le  plus  grand  nombre 
d'élèves  dans  sa  classe,  —  d'où  dépend  le 
chiffre  de  ses  émoluments,  —  il  n'a  d'autre 
souci  que  d'y  faire  entrer  le  plus  possible  de 
têtes.  Il  accepte  sans  regarder.  Les  résultats 
sont  navrants.  A  force  de  patience,  on  parvient 
à  développer  tant  bien  que  mal  le  mécanisme 
des  enfants  ;  mais  le  sentiment  musical,  on  n'en 
a  guère  souci.  Ce  n'est  pas  pour  l'art  qu'on 
élève  tant  de  disciples,  c'est  pour  le  métier. 
Quelquefois,  un  directeur  de  conservatoire  sur- 
git qui,  plus  artiste  que  les  autres,  tente  unej 
réforme,  rejette  les  incapables,  expulse  les] 
fainéants.  Après  deux  ou  trois  ans,  il  s'aperçoit! 
qu'avec  ce  système  les  recettes  diminuent,  et  iîi 


LE  GUIDE  MUSICAL 


689 


change  de  méthode,  il  reprend  les  lucratifs 
errements  de  ses  prédécesseurs,  à  moins,  que 
décidément  artiste  plus  que  commerçant,  il 
ne  renonce  à  la  lutte. 

On  s'est  beaucoup  amusé,  dans  les  journaux 
français,  d'une  annonce  qui  fait  en  ce  moment 
le  tour  de  la  presse  musicale  d'outre-Rhin 
et  dans  laquelle  on  offre  un  Conservatoire  à 
vendre.  A  Paris,  où  l'on  croit  que  tous  les  con- 
servatoires sont  des  instituts  d'Etat,  on  n'a  pas 
compris.  L'explication  est  dans  les  circon- 
stances que  je  viens  d'exposer.  Je  crois  que  le 
conservatoire  qui  est  à  vendre  est  celui  de 
Dresde.  Le  directeur  n'ayant  pas  fait  ses 
affaires,  cherche  à  se  débarrasser  de  l'entreprise, 
comme  on  ferait  de  ce  côté-ci  de  la  frontière 
d'une  concession  de  théâtre  sur  les  bénéfices 
de  laquelle  l'impresa  se  serait  trompée. 

En  réalité,  théâtres  et  conservatoires  ont,  en 
Allemagne,  une  situation  tout  opposée  à  celle 
qu'ils  ont  en  Belgique  et  en  France.  Ici,  c'est 
l'enseignement  qui  est  subsidié  officiellement  ; 
là-bas,  c'est  le  théâtre.  Le  roi  de  Saxe  verse,  en 
moyenne,  25o  à  3oo,ooo  francs  de  sa  caisse  par- 
ticulière pour  l'Opéra  de  Dresde.  A  Munich,  on 
fait  des  économies,  mais  le  subside  royal  se 
monte  toujours  à  200,000  francs  au  moins.  A 
Vienne,  l'Opéra  coûte  annuellement  à  l'Empe- 
reur la  jolie  somme  de  3oo,ooo  florins  c'est-à- 
dire  près  de  700,000  francs.  Les  théâtres  des 
petites  principautés  touchent  des  subsides  énor- 
mes, toute  proportion  gardée.  Ainsi  le  grand 
duc  de  Bade  paie  annuellement  25o  à  3oo,ooo 
marcs  pour  le  théâtre  de  Carlsruhe.  Il  est 
vrai  que  cette  scène  est  aujourd'hui  l'une  des 
premières  de  l'Allemagne,  après  Bayreuth, 
cela  va  sans  dire.  Les  théâtres  municipaux 
reçoivent,  eux  aussi,  des  subventions  considéra- 
bles :  25o,ooo  marcs  à  Francfort  ;  200,000  marcs 
à  Leipzig.  Ces  chiffres  sont  très  élevés,  il  faut  en 
convenir,  en  comparaison  des  subsides  consa- 
crés à  l'enseignement  de  la  musique.  Je  sais  que 
les  subsides  royaux  ou  princiers  sont  des  dépen- 
ses facultatives  de  la  couronne,  qui  peut  du  jour 
au  lenciemain  les  retirer  ;  on  ne  peut  donc  les 
comparer  à  une  intervention  de  l'Etat,  d'où 
résulte  que  les  dépenses  du  Conservatoire  sont 
inscrites  régulièrement  au  budget  chaque  année. 
La  disproportion  entre  le  théâtre  et  l'école  au 
regard  de  l'encouragement  public  n'en  est  pas 
moins   choquante.    L'Allemagne,  qui  a  de   si 


belles  universités  et  si  bien  dotées,  n'a  que  de 
médiocres  conservatoires,  exception  faite  de 
quelques  établissements  sur  lesquels  j'aurai  à 
revenir.  Il  y  a  de  bons  professeurs  particuliers, 
mais  l'organisation  générale  laisse  énormément 
à  désirer.  Certaines  branches  de  la  théorie  ou 
de  la  pratique  musicale  ne  sont  même  pas  repré- 
sentées dans  le  programme  des  cours. 

Aussi,  quand  j'ai  raconté  là-bas  ce  que 
M.  Gevaert  venait  de  faire  pour  donner,  en 
quelque  sorte,  une  sanction  pratique  à  l'ensei- 
gnement des  principes  :  l'organisation  de  la 
classe  d'orchestre,  l'institution  du  cours  pour 
les  iuben  wagnériens,  quand  j'ai  dit  l'histoire 
et  les  succès  de  la  famille  complète  des  clari- 
nettes, la  famille  de  l'excellent  Poncelet,  j'ai  vu 
des  yeux  s'ouvrir  énormes  de  stupeur  et  d'ad- 
miration. 

J'ai  entendu  aussi,  de  la  bouche  de  Hans 
Richter,  l'unique,  l'incomparable,  l'inégalé 
interprète  de  Beethoven,  un  éloge  de  l'orchestre 
des  Concerts  populaires,  qui  a  été  doux  à  ma 
vieille  amitié  pour  Joseph  Dupont.  «  Auprès 
du  vôtre,  m'a-t-il  dit,  tous  nos  orchestres  sont 
des  orchestres  de  manouvriers.  Nous  n'avons 
pas  une  trompette  comme  Zinnen,  ni  une  cla- 
rinette comme  Poncelet  !  Et  quel  hautbois  vous 
avez  en  Guidé!  »  Puis  il  me  disait,  avec  un 
accent  délicieux  de  sincérité,  l'impression  que 
lui  avait  faite  la  sonorité  particulière  de  nos 
violons,  nos  merveilleux  altos,  l'archet  à  la 
corde  de  nos  violoncelles.  «  Il  y  a  deux  orches- 
tres au  monde  avec  lesquels  je  voudrais 
toujours  travailler  :  celui  de  mes  concerts  à 
Londres  et  celui  des  Concerts  populaires  de 
Bruxelles.  Avec  eux,  on  a  l'impression  de  la 
virtuosité  complète,  du  haut  en  bas  de  l'échelle 
des  instruments.  » 

Dans  la  bouche  d'un  maître  tel  que  Hans 
Richter,  de  telles  paroles  ont  une  valeur  excep- 
tionnelle. 

J'ai  entendu  l'orchestre  de  l'Opéra  de  Vienne 
sous  la  direction  même  de  Richter.  Malheu- 
reusement, dans  une  partition  quelconque  :  les 
Pagliacci  de  Leoncavallo.  Il  est,  paraît-il, 
question  de  monter  cet  ouvrage  au  théâtre  de 
la  Monnaie.  MM.  Stoumon  et  Calabresi  ont  eu 
raison  de  ne  pas  l'exclure  de  leur  répertoire. 
L'œuvre  est  incontestablement  supérieure  à 
l'infâme  Cavallcria  de  Mascagni,  chère  aux 
publics   illettrés    et    particulièrement    germa- 


690 


LE  GUIDE  MUSICAL 


niques.  Le  début,  avec  son  prologue  débité 
parle  pitre  de  la  comédie,  rideau  baissé,  devant 
le  trou  du  souffleur,  est  assez  original.  Mais  ce 
qui  vient  après  ne  l'est  plus.  Tout  le  premier 
acte  est  un  flagrant  plagiat  de  Bizet;  le  deuxième 
a  des  oppositions  ingénieuses  d'orchestration  et 
de  style  pour  accompagner  la  comédie  qui  se 
joue  sur  le  théâtre  des  forains  et  la  tragédie  qui 
se  joue  en  réalité.  Le  sujet,  vous  le  connaissez, 
n'est-ce  pas?  C'est  l'histoire  de  la  Femme  de 
Tabarifi,  déjà  mise  en  opéra-comique  une 
dizaine  de  fois  en  France  et  que  le  bon  poète 
Catulle  Mendès,  plus  récemment,  a  traitée  en 
drame  mordant  et  cruel  pour  le  Théâtre-Libre 
d'Antoine.  Cette  histoire  paraît  assez  nouvelle 
aux  Allemands,  qui  ne  la  connaissaient  pas,  et 
c'est  l'explication  du  succès  de  l'œuvre  de 
Leoncavallo.  La  partition  est  portée  par  le 
poème.  Mais  je  doute  qu'ici  elle  frappe  autant. 
Musicalement,  l'œuvre  ne  nous  apporte  rien 
de  neuf,  et  même  elle  nous  désenchante  à  la  fin. 
Le  musicien,  plus  correct  et  sage  que  Masca- 
gni,  n'arrive  pas  à  nous  donner  l'impression 
véhémente  du  drame,  lorsque  vraiment  il  se 
noue  et  se  déchaîne.  Il  faut  convenir  qu'avec 
sa  grossièreté  et  sa  brutalité  Mascagni  arrive  à 
éveiller  des  impressions  plus  fortes  et  plus 
viriles. 

Il  était  impossible,  cela  va  sans  dire,  de 
juger  l'orchestre  de  Vienne  dans  un  ouvrage 
aussi  peu  important.  Il  m'a  semblé,  toutefois, 
remarquable  par  une  qualité  qui  toujours  fait 
défaut  aux  nôtres,  la  sijreté  du  rythme,  le 
fondu  des  ensembles,  la  discipline  de  tous  et, 
par  là  même, la  qualité  tout  à  fait  exceptionnelle 
de  la  sonorité  :  celle-ci  est  étoffée,  profonde, 
complète.  C'est  un  tapis  de  velours,  épais  et  de 
teintes  chaudes,  qui  s'étale  sous  la  voix  du 
chanteur. 

Même  observation  à  propos  de  l'orchestre  de 
Dresde,  que  j'ai  entendu  dans  le  Vaisseau- 
Fantôme.  Cela  manque  quelquefois  d'élan,  de 
fougue,  de  couleur.  Le  chef  d'orchestre  était 
lourd,  mais  quelle  admirable  clarté  dans  la 
diction,  quelle  perfection  dans  le  dessin  des 
moindres  traits.  L'atta(]^ue  des  violons,  notam- 
ment, était  une  merveille  de  précision.  Nous 
n'avons  aucune  idée  de  cela,  je  vous  assure,  ni 
aux  Populairts,  ni  au  Conservatoire,  ni  surtout 
au  théâtre  de  la  Monnaie.  On  dirait  un  seul 
violon,    de    sonorité    immense,   égrenant    les 


gammes  et  les  dessins  avec  une  souplesse  d'ar- 
chet admirable,  Inarquant  les  points  essentiels 
du  rythme  tout  en  n'escamotant  aucun  détail 
du  trait.  L'orchestre  de  Dresde  est  le  seul  aussi, 
en  Allemagne,  où  j'aie  entendu  un  hautbois  de 
sonorité  agréable  et  une  flûte  ayant  du  charme. 
Les  cuivres  aussi  sont  très  beaux. 

Quant  aux  chanteurs,  j'ai  regret  à  dire  qu'ils 
ne  m'ont  point  paru  bien  extraordinaires.  Mau- 
vaise émission,  lourdeur  du  débit,  maladresse 
et  gaucherie  dans  les  mouvements,  malgré  la 
louable  recherche  du  geste  expressif.  Quand 
je  songe  qu'à  Bayreuth  on  reproche  à  Van 
Dyck  d'être  trop  théâtral,  parce  que,  d'art  et 
d'instinct,  il  extériorise  son  interprétation,  je  ne 
puis  ra'empêcher  de  regretter  profondément 
l'erreur  où  de  détestables  conseillers  entraînent 
la  direction  des  Festspiele.  Non, mille  fois  non! 
la  déclamation  martelée  et  dure  des  moindres 
consonnes,  qui  s'enseigne  présentement  à 
l'Ecole  dramatique  de  Bayreuth,  cette  façon 
aboyante  d'émettre  le  son  ou  de  l'étouffer  sous 
prétexte  de  nuances  et  de  sentiment,  ce  n'est 
plus  du  chant,  ce  n'est  pas  ce  que  Wagner  rêvait 
et  demandait  ;  et  il  suffit  de  se  reporter  aux  si 
justes  observations  qu'il  formule  en  différents 
de  ses  écrits,  à  propos  des  chanteurs  italiens  et 
français,  pour  condamner  absolument  un  pareil 
système  de  déclamation.  Il  n'y  a  pas  d'illusion 
à  se  faire  :  encore  deux  années  de  ce  régime  et 
c'en  sera  fait  de  la  gloire  du  Théâtre- Wagner. 

Du  vivant  du  maître  et  sous  sa  direction, 
c'étaient  de  vrais  chanteurs  qui  y  paraissaient  : 
les  grands  protagonistes  des  Nibelungen,  en 
1876,  et  de  Parsifal,  en  1882,  étaient  tous  plus 
ou  moi^s  directement  issus  des  écoles  française 
et  italienne  du  chant  ;  la  Materna,  Cari  Hill, 
Belz,  Scaria,  Niemann,  pour  ne  citer  que  les 
plus  marquants.  Tous  étaient  de  parfaits  chan- 
teurs, des  virtuoses  de  la  voix,  et  il  avait  suffi 
de  quelques  indications  du  maître  sur  la  dis- 
tinction à  faire  dans  ses  œuvres  entre  les 
parties  en  récitatif  et  les  parties  lyriques,  pour 
que  les  deux  éléments  dont  se  compose  l'œuvre 
d'art  wagnérienne,  le  drame  et  la  musique, 
eussent  leur  part  égale  dans  l'interprétation. 
Depuis  que  la  plus  récente  exégèse  a  découvert 
que  Wagner  était  avant  tout  un  poète  drama- 
tique, on  semble  ne  plus  avoir  d'autre  préoc- 
cupation, dans  l'école  de  Bayreuth,  que  de 
faire  valoir  la  parole  ;   on  néglige  la  musique. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


691 


Le  chant  est  l'accessoire!  Néfaste  aberration! 
On  serait  presque  tenté  de  souhaiter  que 
l'œuvre  de  Bayreuth  fût  sauvée  d'elle-même 
par  les  chanteurs  d'opéra,  elle  qui  semblait 
destinée  à  mettre  un  frein  aux  excès  de  la  vir- 
tuosité du  chant. 

(A  suivre.)  M.  Kufferath. 

Le  Guide  Musical  commencera,  dans  sa 
prochaine  livraison,  la  publication  des 
Lettres  de  Richard  Wagner  à  Auguste 
Rœckel,  qui  viennent  de  paraître  à  Leipzig, 
chez  Breitkopfet  Hsertel,  et  que  M.  Maurice 
Kufferath  a  été  autorisé  à  traduire.  Ces 
lettres,  qui  offrent  le  plus  vif  intérêt,  occu- 
peront une  dizaine  de  numéros. 

Le  Guide  Musical  -pMhMer 3.,  en  outre,  en 
octobre,  un  travail  du  plus  haut  intérêt 
esthétique  et  d'une  nouveauté  absolue  sur 
la  Métronomie  musicale.  Ce  travail,  dû  à 
MM.  H.  Alvin  et  R.  Prieur,  sera  certaine- 
ment remarqué,  et  nous  paraît  appelé  à  faire 
sensation  dans  le  monde  musical. 

CbroniQue  &e  la  Semaine 


PARIS 

Voici  l'époque  à  laquelle  les  directeurs  de 
théâtres  préparent  les  nouveautés  et  les  reprises 
en  vue  de  la  saison  nouvelle,  où  tous,  petits  et 
grands,  jouent  de  la  réclame  pour  développer 
de  mirifiques  programmes.  Toutes  ces  belles 
promesses  seront-elles  tenues  ?  Qui  vivra  verra. 
En  attendant  leur  mise  à  exécution,  le  chroni- 
queur, un  peu  dépourvu  de  faits  intéressants 
sur  les  théâtres  et  les  concerts,  est  forcé  de  se 
contenter  du  plus  léger  grain  de  mil  et  d'avoir 
recours  aux  nouvelles  qui  lui  arrivent  de 
sources  diverses. 

C'est  ainsi  que  tous  les  Parisiens  revenus  de 
Bayreuth  racontent,  à  qui  veut  les  entendre, 
la  splendide  exécution  de  Lohengriu  sur  le 
théâtre  de  Richard  Wagner.  Notre  ami  et  colla- 
borateur, Edouard  Schuré,  qui,  tous  les  ans, 
piend  le  chemin  de  Bayreuth,  nous  disait  com- 
bien la  mise  en  scène  de  Loliengrin  avait  été 
une  merveille  d'art,  au  point  de.  vue  des  chœurs 


surtout,  de  leur  beauté  plastique,  de  leur  vie 
intense,  de  leur  animation  !  La  fin  du  premier 
acte  était  d'un  mouvement  étourdissant  et  la 
fin  du  dernier  d'une  beauté  poignante,  pathé- 
tique, égalant  ce  qu'on  peut  imaginer  de  plus 
beau  dans  la  tragédie  grecque.  Voilà  une 
réforme  que  MM.  les  directeurs  de  l'Opéra  et 
de  nos  théâtres  devraient  bien  inscrire  en  tête 
de  leur  programme,  celle  qui  a  pour  but  de 
donner  la  vie  à  tous  ces  choristes  qui,  en  fait 
de  mouvements,  ne  connaissent  que  celui  con- 
sistant à  élever  tous  à  la  fois  soit  le  bras  droit, 
soit  le  bras  gauche,  et  à  se  placer  en  rang 
d'oignons,  même  dans  les  moments  les  plus 
pathétiques,  devant  le  trou  du  souffleur  ou 
dans  le  fond  de  la  scène.  L'œuvre  de  Bayreuth 
a  étendu  suffisamment  son  influence  sur  le 
monde  entier,  sur  Paris  en  particulier,  pour  que 
nous  ne  profitions  pas  de  jour  en  jour  des  heu- 
reuses innovations  dues  à  l'initiative  de  Richard 
Wagner.  On  dit  même  que  la  veuve  du  grand 
compositeur,  enchantée  du  succès  obtenu  par 
la  Valkyrie  à  l'Académie  nationale  de  musique, 
se  proposerait  de  venir  l'entendre  pour  étudier 
c  j]  tains  détails  de  mise  en  scène,  dont  on  lui 
aurait  dit  merveille.  Cette  visite  devrait  encou- 
rager la  direction  à  poursuivre  l'éducation  des 
masses  chorales,  alors  que  l'ensemble  de  la 
décoration,  de  la  machinerie  est  jugé  de 
premier  ordre  par  le  monde  entier. 

M.  Camille  Saint-Saëns,  lui,  ne  fait  plus  de 
pèlerinages  à  Bayreuth  ;  mais  il  ne  reste  pas 
inactif  pour  cela.  Dans  les  moments  où  la  com- 
position lui  laisse  des  loisirs,  il  prend  la  plume 
pour  nous  faire  connaître  son  opinion  sur  l'as- 
tronomie, l'architecture  des  Romains,  les 
hautes  questions  philosophiques.  Il  aborde  ces 
divers  sujets  avec  une  audace  et  une  maestria, 
auxquelles  la  fortune  sourit.  C'est  ainsi  que, 
sollicité  par  le  livre  qu'avait  publié  le  célèbre 
astronome  Hirn  sur  l'Espace  céleste,  il  fut 
amené  à  lui  écrire  une  lettre  dans  laquelle  il 
aborda  la  partie  métaphysique  de  son  ouvrage. 
De  cette  lettre,  qui  ne  put  parvenir  à  son  desti- 
nataire, en  raison  de  sa  mort  subite,  est  sorti 
le  nouveau  livre  de  Saint-Saëns;  Problèmes  et 
mystères.  Nous  n'avons  pas  l'intention  d'ana- 
lyser ce  nouvel  écrit  de  l'auteur  d'Harmonie 
et  mélodie;  ce  ne  serait  ni  le  lieu  ni  le  mo- 
ment ;  mais  nous  tenons  simplement  à  prévenir 
nos  lecteurs  :  ce  n'est  pas  un  livre  de  foi,  mais 
un  livre  de  doute.  Que  dira  la  papauté,  si  l'ou- 
vrage vient  à  lui  être  révélé  ?  Quelles  foudres 
se  préparent  pour  celui  qui  composa,  à  l'aurore 
de  sa  carrière,  l'Oratorio  de  Noël,  Cœli  enar- 
rant,  la  Messe  de  Requiem?  Pour  notre  part. 


692 


LE  GUIDE  MUSICAL 


quelles  que  soient  les  divergences  qui  peuvent 
exister  entre  les  théories  de  l'auteur  et  les 
nôtres,  nous  préférons  le  voir  aborder  des  sujets 
essentiellement  littéraires,  scientifiques  ou  phi- 
losophiques, que  se  laisser  entraîner  à  la  cri- 
tique musicale  qui,  en  thèse  générale,  ne 
convient  nullement  aux  compositeurs,  trop 
confinés  dans  leur  art  propre  pour  pouvoir 
juger  sainement  les  œuvres  de  leurs  confrères. 
Nous  nous  rappellerons  toujours  à  ce  propos 
les  lignes  que  l'auteur  écrivait  lui-même  en 
tête  de  l'introduction  de  son  livre  Harmonie 
et  mélodie  :  «  Des  personnes  très  sensées,  aux- 
quelles je  suis  loin  de  donner  tort,  estiment 
qu'un  artiste  doit  s'occuper  de  son  art  et 
emploie  plus  utilement  son  temps  en  produisant 
des  œuvres  qu'en  donnant  son  avis  sur  celles 
des  autres.  »  Il  eût  été  prudent,  de  la  part  de 
C.  Saint-Saëns,  de  se  maintenir  dans  cette  sage 
réserve. 

Et,  pour  faire  pendant  à  ces  pages  sévères, 
voici  des  vers  que  le  maître  a  adressés  à 
Mlle  Bréval,  de  l'Opéra,  qui  chanta  aux  fêtes 
d'Orange  une  nouvelle  composition  de  lui, 
l'hymne  Pallas-A  théné,  sur  une  poésie  de  J.-L. 
Croze  : 

Vierge  guerrière  ou  Muse  aux  strophes  étoilées. 
Casque  en  tête,  ou  le  front  ceint  du  bandeau  de  lin, 
A  l'art  que  nous  aimons  vos  notes  d'or  mêlées 
S'impriment  dans  nos  cœurs,  comme  sur  le  vélin 
Des  missels,  en  couleurs  vives  que  rien  n'altère, 
Brillent  les  saints  du  ciel  et  les  fleurs  de  la  terre. 
Quand  vous  avez  paru,  si  belle  que  Vénus, 
En  vous  voyant,  aurait  envié  vos  bras  nus. 
Avançant  à  pas  lents  sur  ce  théâtre  antique 
Au  rythme  harmonieux  qui  cadençait  vos  pas. 
Dans  les  plis  envolés  de  la  chlamyde  blanche. 
Dans  l'œil  chargé  d'éclairs,  au  contour  de  la  hanche, 
Nous  avons  reconnu  la  divine  Pallas  ! 

Ils  sont  galants  MM.  les  membres  de  l'Insti- 
tut! Hugues  Imbert. 


Nous  avons  parlé,  dans  notre  dernier  numéro, 
du  projet  de  M.  Carvalho  de  confier  la  direction 
de  son  orchestre  non  plus,  à  un  seul  chef,  mais 
à  trois  chefs  pourvus  d'une  égale  autorité. 

Interviewé  à  ce  sujet  par  un  de  nos  confrères 
du  Matin,  M.  Carvalho  lui  a  expliqué  que  son 
projet  avait  un  double  but.  «  Un  théâtre  subven- 
tionné est  une  sorte  de  musée,  a-til  dit,  où  les 
chefs-d'œuvre  doivent  être  conservés  avec  le 
respect  absolu  qa'ils  méritent,  et  le  répertoire 
de  rOpéra-Comique  est  tellement  abondant  et 
varié  qu'il  excède  les  forces  d'un  maître  unique, 
quelle  que  soit  sa  valeur.   En   partageant   la 


direction  des  ouvrages  anciens  et  nouveaux 
entre  trois  chefs  d'orchestre,  j'assure  à  la  fois 
la  perfection  continue  de  l'exécution  et  j'allège 
la  tâche  de  chacun  ». 

M.  Carvalho  respectera  d'ailleurs  les  droits 
acquis.  M .  Danbé  conservera  sa  situation  intacte 
à  tous  les  points  de  vue.  Divers  noms  ont  été 
cités  pour  les  postes  à  créer.  Sur  ce  point,  les 
choses  ne  paraissent  pas  encore  aussi  avancées 
qu'on  l'avait  affirmé.  M.  Carvalho  a  démenti 
qu'il  fût  déjà  entré  en  pourparlers  avec  qui  que 
ce  soit  ou  qu'il  eût  pris  le  moindre  engagement. 


Nous  avons  annoncé  que  M.  Félix  Mottl, 
chef  d'orchestre  de  Carlsruhe,  doit  diriger  à 
Paris  une  série  de  représentations  d'œuvres 
exclusivement  empruntées  au  répertoire  de 
Berlioz  et  de  Wagner  :  la  Prise  de  Troie,  les 
Troyens  à  Carthage,  Bcnvenuto  Cellini  seront 
successivement,  représentés,  du  i5  mars  au  i5 
avril  prochain,  sur  la  scène  de  la  Gaîté,  selon 
toute  apparence.  Chacune  de  ces  pièces  ne 
serait  donnée  que  deux  fois,  quel  qu'en  ait  été 
le  succès  auprès  du  public.  Tel  est  du  moins  le 
projet  auquel  se  rattache  la  venue  de  M.  Mottl 
à  Paris.  Pour  le  moment,  on  n'attend  plus  que 
la  ratification  par  M.  Mottl  des  engagements 
qui  lui  ont  été  fournis  par  M.  Lenormand. 

Ajoutons  que  si  cette  tentative  réussit,  il  y 
aurait  en  i8g6,  sous  la  direction  de  M.  Mottl, 
des  exécutions  de  la  Tétralogie,  des  Maîtres 
Chanteurs  et  de  Tristan  et  Iseiilt,  au  théâtre 
de  la  Gaîté. 


A  l'Opéra,  dès  le  retour  de  M.  Maurel  à 
Paris,  c'est-à-dire  dans  peu  de  jours,  on  com- 
mencera les  répétitions  de  VOtello  de  Verdi, 
dont  les  décors  sont  sur  le  point  d'être  terminés. 

On  passera  sûrement  avant  le  i5  octobre. 

'$' 

UArt  Musical  publie,  en    ce  moment,  de 

charmants  croquis  d'artistes  du  chant  (M™"  Gal- 

li-Marié,  Rose  Caron,    Christine  Nilsson),  dus 

à  la  plume  de  M.  Henri  de  Curzon  (Kreisler). 

Il  ne  faut  pas  vendre  la  peau  de  l'ours  avant 
de  l'avoir  tué...  M.  Carvalho  vient  encore  d'en 
faire  l'expérience  à  ses  dépens,  naturellement. 

Il  s'était  tiop  hâté  de  parler  des  représenta- 
lions  de  M""=  Melba,  pour  cette  saison. 

On  avait  annoncé  l'engagement  de  l'éminente 


LE  GUIDE  MUSICAL 


cantatrice  à  l'Opéra-Comique,  et  c'est  en  Amé- 
rique qu'elle  se  fera  entendre. 
Oh  !  les  amis  trop  zélés  ! 

•f* 

On  vient  de  distribuer  d'une  façon  définitive,  à 
l'Opéra,  les  rôles  de  la  Montagne  voire,  l'opéra  dont 
M"""  Augusta  Holmes  a  écrit  le  poème  et  la  mu- 
sique. Les  rôles  d'hommes  ne  seront  pas  tenus  par 
MM.  Delmas  et  Saléza,  ainsi  que  cela  avait  été  dit 
primitivement,  mais  bien  par  MM.  Renaud  et  Al- 
varez. L'interprétation  féminine  est  confiée  à 
M"'»  Bréval  et  Héglon. 

La  Montagne  noire  va  être  mise  immédiatement  à 
l'étude  et  passera  après  Otello. 

Esquissons  rapidement  le  sujet  de  la  pièce  : 

L'action  se  passe  au  Monténégro.  Deux  frères 
d'armes  se  sont  juré  une  amitié  éternelle,  serment 
de  dévouement  et  de  fidélité  un  peu  semblable  à 
celui  qu'échangent  encore  nos  matelots.  Un  des 
deux  amis  s'éprend  néanmoins  d'une  drôlesse,  mal 
gré  les  avis  et  les  supplications  de  son  compagnon. 
Celui-ci,  enfin,  désespérant  de  ramener  le  parjure 
dans  la  bonne  voie,  finit  par  le  tuer,  tout  en  faisant 
croire  qu'il  est  mort  dans  un  combat. 

M"''  Adams,  une  jeune  Américaine  que  certains 
auditeurs  privilégiés  croient  appelée  au  plus  bel 
avenir,  débutera  le  mois  prochain,  à  l'Opéra,  dans 
Roméo  et  Juliette. 

M.  Fournets,  après  plusieurs  semaines  de  congé, 
a  fait  sa  rentrée,  dans  Roméo  et  Juliette. 

A  l'Opéra-Comique,  on  annonce  l'engagement 
de  M"""  Saville,  la  charmante  cantatrice  autri- 
chienne qui  fit,  il  y  a  deux  ans,  une  courte  appari 
tion  au  théâtre  de  la  Monnaie  et  qui,  depuis,  a 
chanté  avec  succès  à  Saint  Pétersbourg  et  à  Lon- 
dres. M"""  Saville  est  engagée  spécialement  pour 
chanter  le  rôle  de  Virginie  lors  de  la  reprise  de 
Paul  et  Virginie. 

Un  concours  pour  les  places  de  violon  alto  et 
violoncelle,  vacantes  aux  concerts  Lamoureux, 
aura  lieu  le  i"  octobre  Les  inscriptions  sont 
reçues  à  l'administration,  62,  rue  Saint-Lazare,  de 
trois  heures  à  cinq  heures. 


BRUXELLES 

Continuation  des  débuts  au  théâtre  de  la 
Monnaie. 

Cette  semaine,  c'était  le  tour  de  Mme  Cossira, 
qui  a  montré  quelque  témérité  à  se  produire 


dans  le  rôle  d'Ortrude  de  Lohetigrin.  Il  lui 
faudrait,  pour  y  réussir,  bien  des  qualités 
qu'elle  ne  posssède  encore  qu'à  un  degré  peu 
prononcé  ;  et  son  exécution  a  laissé  sensible- 
ment à  désirer  sous  de  multiples  rapports.  La 
voix  a  quelques  belles  notes,  quoique  artifi- 
cielles, dans  le  grave  ;  mais  le  haut  registre  est 
d'un  timbre  peu  distingué,  sans  assiette  et  sans 
assurance,  ce  qui  imprime  aux  moindres  notes 
tenues  un  chevrotement  dont  le  style  wag- 
nérien  s'accommode  assez  mal  ;  la  musicienne 
n'a  guère  l'oreille  exercée,  et,  comme  le  son,  le 
geste  manque  souvent  de  justesse. 

Malgré  ces  quelques  défauts,  la  belle  stature 
de  Mme  Cossira  lui  vaut  de  «  tenir  »  la  scène 
avec  une  certaine  autorité,  qu'on  préférerait 
sans  doute  pouvoir  attribuer  à  ses  qualités 
d'artiste  lyrique.  Il  y  a  là  une  compensation. 
Peut-être  les  «  habitués  »  du  théâtre  de  la  Mon- 
naie voudront-ils  bien  s'en  contenter;  mais  ce 
ne  saurait  être  le  rôle  de  la  critique. 

Inutile  de  dire  qu'on  a  fort  regretté  l'absence 
de  Mlle  Wolf,  qui  avait  fait  du  personnage 
d'Ortrude  l'un  de  ses  meilleurs  rôles. 

Les  autres  rôles  ont  conservé  leurs  inter- 
prètes de  l'an  dernier.  Parmi  eux,  M.  Seguin, 
que  le  repos  des  vacances  a  mis  particulière- 
ment en  voix,  mérite  seul  de  complets  éloges. 
Mlle  Tanésy  donne  du  rôle  d'Eisa  une  exécu- 
tion musicale  soignée,  dont  nous  avons  dit 
précédemment  tout  le  mérite;  mais  elle  n'y  met 
aucune  émotion,  et  l'héroïne  de  Wagner,  ainsi 
représentée,  n'a  ni  physionomie,  ni  caractère 
propres. 

Quant  à  M.  Cossira,  les  représentations  de 
M .  Van  Dyck,  qui  marquèrent  d'un  si  vif  éclat 
la  fin  de  la  saison  dernière,  n'ont  pu,  vous  le 
pensez,  nous  faire  trouver  meilleure  une  exé- 
cution qui  confond  le  chevalier  au  Cygne  avec 
le  plus  banal  des  héros  de  grand  opéra. 

D'aucuns  espéraient  revoir  Lohengrin  avec 
une  mise  en  scène  renouvelée,  inspirée  des 
précieux  enseignements  qu'on  a  pu  recueillir 
à  Bayreuth,  cet  été.  Il  n'en  est  rien.  Eflfets  de 
lumière  et  mouvements  de  foules  (le  mot 
«  mouvements  »  est  ici  bien  impropre!)  sont 
demeurés  conformes  aux  traditions,  c'est-à-dire 
contraires  au  plus  élémentaire  bon  sens.  Il  y 
avait  cependant  là  une  artistique  et  facile  ex- 
périence à  tenter.  J.  Br. 


La  réouverture  des  cours  de  l'Ecole  de  musique 
de  Saint-Josse-ten-Noode-Schaerbeek,  sous  la 
direction  de  M.  G,  Huberti,  est  fixée  au  lundi 
l"^  octobre. 


694 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Le  programme  d'enseignement  comprend  le 
solfège,  l'harmonie,  le  chant  individuel  et  le  chant 
d'ensemble.   Tous  les  cours  sont  gratuits. 

L'inscription  des  élèves  aura  lieu  tous  les  jours, 
à  partir  du  26  septembre  courant  : 

Pottr  les  jeunes  fUes,  de  5  à  6  heures  du  soir,  rue 
Royale  Sainte- Marie,  i52,  àSchaerbeek; 

Pour  les  jeunes  garçons,  de  6  1/2  à  7  1/2  heures  du 
soir,  rue  Traversière,  i5,  à  Saint-Jossc-ten-Noode  ; 

Pour  les  adultes  (hommes),  de  8  1/2  à  9  1/2  heures 
du  soir,  rue  Traversière,  iS. 


CORRESPOND  A  NCES 

AMSTERDAM.  —  Le  tournoi  musical  des 
deux  Opéras -Néerlandais  a  commencé. 
MM.  Van  der  Linden  et  de  Groot  ont  ouvert  les 
portes  de  leurs  salles  respectives.  Le  premier 
donne  des  représentations  au  nouveau  Théâtre- 
Communal;  M.  de  Groot  a  fait  construire,  en 
moins  de  six  mois,  une  nouvelle  salle  de  théâtre 
au  palais  de  l'Industrie.  Cette  salle,  sans  avoir  à 
beaucoup  près  l'importance  de  celle  du  Théâtre- 
Communal,  est  fort  coquette  et  très  confortable- 
ment aménagée;  elle  contient  vingt-quatre  loges 
dont  chacune  possède  un  petit  boudoir  orné  d'une 
glace  pour  les  dames.  Tout  le  théâtre  est  éclairé  à 
la  lumière  électrique.  Pour  les  débuts  de  sa  nou- 
velle troupe,  M  de  Groot  nous  a  donné  Hamlet  de 
Thomas,  avec  M.  Maurice  de  Vries,  le  baryton 
bien  connu,  et  le  ténor  Schmier,  un  chanteur  rou- 
tine. Les  autres  artistes  ne  dépassent  guère  la 
médiocrité  ;  ni  M""  Vermeeren,  ni  M"'  de  la  Mar 
(une  ancienne  pensionnaire  de  S.  M.  Guillaume  III) 
n'ont  été  â  la  hauteur  de  leurs  rôles.  Même  chez 
M.  Maurice  de  Vries,  il  y  a  une  exagération  de 
sentiment  et  un  abus  de  chevrottement  qui  finissent 
par  fatiguer.  Les  chœurs  et  l'orchestre  ont  laissé 
beaucoup  à  désirer;  mais  comme  le  nouveau 
capelmeisier ,  M.  de  la  Fuente,  est  un  chef  d'or- 
chestre qui  a  l'expérience  du  théâtre,  il  est  à  pré- 
sumer qu'avec  le  temps  le  tout  sera  mis  à  point. 
Un  enthousiasme  plus  bruyant  que  motivé  a 
accueilli  cette  première  inaugurale.  Il  y  a  eu  pro- 
fusion de  couronnes  et  de  fleurs.  Personne  n'a  été 
pris  à  ce  vieux  jeu. 

L'Opéra-Néerlandais  dirigé  par  M.  Van  der 
Linden,  nous  a  donné  de  meilleures  promesses 
d'avenir.  On  a  ouvert  avec  le  Riemi  de  Wagner, 
dont  l'exécution  a  dépassé  de  beaucoup  mon 
attente.  Je  dois  féliciter  sincèrement  le  nouveau 
directeur,  qui  a  prouvé,  dès  le  début,  qu'il  prenait 
sa  tâche  au  sérieux.  Ce  qui  a  frappé  tout  d'abord, 
ce  sont  les  ensembles  et  l'excellence  des  chœurs. 
Ceux-ci  ont  chanté  les  pages  les  plus  difficiles  de 
Rieiizi  avec  une  sûreté  et  un  entrain  inconnus  dans 
les  annales  théâtrales  d'Amsterdam.  Certes,  il  y  a 
encore  loin,   très    loin    même,    de   la   perfection 


unique  et  incomparable  des  exécutions  de  Bay- 
reuth,  de  cette  perfection  des  détails  que  l'on  ne 
rencontre  que  là,  où  rien  n'échappe  à  l'attention 
d'une  régie  pour  qui  le  moindre  détail  a  une 
importance,  oii  les  chœurs  ne  se  contentent  pas  de 
chanter,  oii  ils  sentent  qu'ils  ont  un  n'ie  â  remplir; 
mais,  enfin,  quand  on  ne  peut  pas  avoir  ce  que 
l'on  aime,  il  faut  aimer  ce  que  l'on  a,  et  se  con- 
tenter de  constater  le  progrès  immense  que  M.  Van 
der  Linden  a  fait  faire  à  nos  exécutants.  Le  début 
de  M"°  Kempees  (Adriano),  qui  vient  de  terminer 
ses  études  au  Conservatoire  de  Bruxelles,  avait 
éveillé  une  grande  curiosité.  Je  me  hâte  de  vous 
dire  que  M""  Kempees,  malgré  son  inexpérience 
scénique,  a  été  fort  bien  accueillie  et  qu'elle  m'a 
paru  promettre  beaucoup  pour  l'avenir.  Le  ténoï 
Pauwels  a  très  bien  chanté  le  rôle  de  Rienzi  et 
M""  Dirks-Van  de  Weghe  a  eu  de  bons  moments 
dans  celui  d'Irène.  Mais  ce  qui  forme  le  point 
noir,  la  dissonance  traditionnelle  des  représenta- 
tions en  Hollande,  c'est  l'abus  ridicule  des  ova- 
tions, qui  produissent  toujours  des  efiets  contraire 
à  celui  qu'on  avait  espéré,  et  que  l'on  devrait  limi- 
ter et  réserver  pour  des  cas  extraordinaires. 

Notre  éminent  chanteur  M.  Messchaert  a  con-; 
tracté  de  nombreux  engagements  pour  la  saison 
prochaine  en  Allemagne  et  en  Russie.  M.  Ma 
Bruch  vient  de  le  prier  de  se  charger  du  premier 
rôle  d'une  œuvre  nouvelle  qu'il  est  en  train  de; 
composer.  Ed.  de  H. 


ANVERS.  —  Exposition  Universelle.  — 
M.  Hlavac,  professeur  de  musique  à  l'Uni- 
versité impériale  de  Saint-Pétersbourg,  est  venu 
nous  donner  quelques  auditions  de  son  «  harmoni- 
piano  ».  Cet  instrument  est  un  piano  à  queue 
possédant  une  adaptation  qui  consiste  en  un  jeu  de 
petits  marteaux  légers  et  bien  montés  sur  une 
barre,  laquelle  se  place  en-dessous  des  cordes 
et  au  delà  des  étouffoirs.  La  pédale  qui  fait  agir 
ces  marteaux  est  au  pied,  côté  droit.  M.  Hlavac 
tire  un  excellent  parti  de  son  invention  et  se 
montre,  du  reste,  très  habile  pianiste. 

Sa  fille,  M""  Hlavac,  possède  une  voix  de  con- 
tralto d'une  belle  sonorité  ;  malheureusement, 
l'émission  nous  en  parait  bien  défectueuse. 

Entendu  aux  dites  auditions  un  jeune  violoncel- 
liste au  type  étrange  et  dont  le  talent  original  a 
lait  plaisir. 

La  présence  de  M.  Hlavac  nous  a  valu  un 
nouveau  concert  sjmphonique  russe,  qui  a  eu  lieu 
sous  sa  direction.  Sans  avoir  l'attrait  de  la  pre- 
mière audition  qui,  sous  la  prestigieuse  direction 
de  M.  Winogradsky,  avait  laissé  un  souvenir  inef- 
façable, cette  deuxième  séance  de  musique  russe 
n'a  pourtant  pas  manqué  d'intérêt.  On  y  a  entendu 
du  Tschaïkowsky  en  petit,  mais  où  la  main  du 
maître  se  trahit  par  des  effets  d'orchestration  très 
typiques  :  Elégie  pour  instruments  à  cordes  et 
Marche  miniature. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


695 


Il  y  a  également  des  choses  curieuses  dans  la 
suite  de  ballet,  la  Vestale  de  Swanow;  et  le  Caprice 
«s/dgKo/ de  Rimsky-Korsakow  est  une  œuvre  animée 
et  de  belle  tenue. 

Les  auditions  de  piano  continuent  d'attirer  un 
public  sympathique.  Chez  Erard,  une  jeune  pia- 
niste anversoise,  M"°  J.  Mertens,  s'est  fait  entendre 
avec  succès,  se  faisant  surtout  remarquer  par  une 
interprétation  élé-;ante  et  animée  d'œuvres  de 
Liszt  :  Waldesrauschen  et  Campanella.  Quelques 
jours  plus  tard,  la  jeune  artiste  est  venue  toucher 
les  pianos  Herz,  montrant  du  tempérament  dans 
l'exécution  d'une  Etude  de  Rubinstein  et  du  Car- 
naval de  Grieg 

Une  autre  concitoyenne,  M""^  Leytens-Van  den 
Berg,  s'est  fait  entendre  sur  les  pianos  Bltithner. 
L'artiste,  dont  le  talent  est  très  apprécié  chez 
nous,  a  détaillé  d'une  façon  charmante  l'étude  de 
Henselt,  Si  oiseau  f  étais  et,  de  Grieg,  Printemps  et 
Marche  mtptiale. 

Les  pianos  Mand  ont  eu  leur  tour,  touchés  par 
M""  L.  Parens  et  son  élève.  Le  toucher  délicat  de 
l'artiste  lui  a  permis  de  bien  rendre  particulière- 
ment les  œuvres  de  Scarlatti.  Sa  jeune  élève  est 
certes  à  bonne  école,  mais  ne  devrait  pas,  à  notre 
avis,  se  produire  trop  vite. 

Puis  la  Kwartet-Kapel  a  organisé  une  séance  à 
la  section  allemande  (pianos  Mandi.  Cette  audi- 
tion d'œuvres  nationales  avait  attiré  un  public 
exceptionnel,  venu  pour  applaudir  la  vaillante 
phalange.  Au  programme  :  Trio  de  J.  Callaerts  et 
Quatuor  de  A.  Wilford,  ainsi  que  des  Lieder  de 
Mesdagh  et  Waelput,  que  M"=  Eeckels,  une  jeune 
élève  de  notre  Ecole  de  musique,  a  rendus  avec  un 
sentiment  intime  qui  a  beaucoup  impressionné. 
MM.  De  Herdt,  Dupon  et  Smit  ont  recueilli  des 
bravos  bien  mérités,  tant  pour  leur  désintéresse- 
ment à  exécuter  des  ceuvres  nationales  que  pour 
le  soin  qu'ils  ont  mis  à  les  interpréter  d'une  façon 
digne  et  correcte. 

La  première  des  fêtes  qu'on  organise  au  profit 
des  victimes  des  tremblements  de  terre  en  Turquie, 
vient  d'avoir  lieu,  sous  forme  d'un  concert  vocal. 
Si  nous  disons  vocal,  c'est  que  l'orchestre  n'y  a 
servi  que  d'intermède,  tous  les  morceaux  de  chant, 
même  les  airs  d'opéras  qui  sont  du  répertoire 
courant,  ayant  été  accompagnés  au  piano.  Dans 
l'immense  salle  des  fêtes,  l'effet  a  été  assez  maigre, 
malgré  le  talent  des  interprètes.  On  a  beaucoup 
applaudi  M""'  Hervey,  de  l'Opéra,  ainsi  que 
M"'-'  Milcamps,  dont  la  voix  fraîche  et  cristalline  a 
été  fort  remarquée.  MM.  Duzas  et  Van  denTooren 
ont  également  recueilli  des  bravos  mérités. 

On  parle  de  nouveau  du  concert  Mottl,  avec  le 
ténor  Van  Dyck,  ainsi  que  d'un  concert  belge,  qui 
serait  dirigé  par  M.  J.  Blockx. 

Nous  souhaitons  pouvoir  prochainement  an- 
noncer officiellement  ces  deux  fêtes,  qui  auraient 
un  intérêt  exceptionnel.  A.  W. 


DRESDE.  —  A  défaut  du  ténor  Gudehus, 
tout  le  poids  de  la  Trilogie  est  retombé  sur 
M.  Aiithes.  En  tenant  compte  de  son  zèle  et  de 
ses  bonnes  intentions,  il  est  certain  que  notre 
charmant  ténor,  très  remarquable  comme  Turiddu 
et  Pagliacci,  ne  peut  réaliser  l'idéal  d'un  héros 
wagnérien.  Si  parfois  il  a  une  juste  idée  du 
personnage  complexe  de  Siegfried,  il  ne  réussit 
pas  à  la  fixer;  tout  à  coup,  son  esprit  flotte,  il 
semble  s'égarer  pour  ne  se  reconnaître  qu'à  la  vue 
de  la  baguette  du  chef  d'orchestre.  Dans  les 
scènes  de  la  forge  et  du  dragon,  il  a  déployé  une 
vivacité  toute  juvénile;  mais,  en  face  de  Brtinn- 
hilde,son  attitude  est  banale  et  la  voix,  trop  lasse, 
ne  supplée  pas  aux  lacunes  du  jeu.  M""  Malten  est 
vraiment  inspirée  quand  elle  évoque  la  radieuse 
nature  dont  ses  yeux  ont  été  si  longtemps  privés. 
Son  interprétation  exaltante  de  l'admirable  finale 
de  Siegfried  {\isionne  les  deux  œuvres  :  on  pressent 
le  Crépuscule  des  dieux.  L'important  et  difficile  rôle 
de  Mime  est,  avec  le  David  des  Maitres-Chaiifeurs, 
le  triomphe  de  M.  Hofmiiller.  Il  en  a  fait,  pour 
ainsi  dire,  sa  spécialité.  Cet  artiste  possède  un 
rythme  si  ferme  que,  d'un  seul  trait,  il  caractérise 
son  personnage.  M.  Perron  cherche  ordinairement 
le  côté  tragique  de  ses  rôles;  il  n'a  pas  exprimé 
l'ironie  amère  du  Wanderer.  Quant  à  la  voix  de 
l'oiseau,  que  nous  a  fait  entendre  M""  Wedekind, 
elle  n'aurait  pas,  dans  la  réalité,  le  pouvoir  de 
séduire  et  de  guider  un  héros.  Agile  et  silre,  mais 
sèche  et  sans  charme,  cette  voix  ne  saurait  pro- 
duire aucune  impression.  M.  le  Generalimisikdirector 
Schuch  conduisait  l'orchestre;  le  prélude  de 
violons  qui  annonce  l'arrivée  de  Siegfried  est 
céleste. 

C'est  M""  Friedmann  qui  ouvre  la  série  des 
concerts  de  la  saison.  Son  programme  se  compose 
de  l'air  de  Mozart,  il  Re  pastore,  et  de  divers  Lieder. 
A  la  fin  du  mois,  elle  part  pour  l'Amérique.  Dès 
le  commencement  d'octobre,  nous  aurons  M™°  Lilli 
Lehmann,  dont  le  nom  seul  exerce  une  attraction 
irrésistible.  Les  soirées  du  trio  Margarethe  Stern 
ne  commencent  qu'en  novembre;  notre  éminente 
pianiste  donnera  en  Suède,  pendant  le  mois 
d'octobre,  plusieurs  concerts  avec  une  cantatrice 
du  pays. 

Un  anniversaire  comme  il  s'en  voit  rarement 
est  celui  du  professeur  Joseph-Ferdinand  Bernard, 
l'extraordinaire  fort  ténor  dont  vous  avez  signalé 
les  prouesses  vocales.  Bernard  habite  Paris,  mais 
il  a  des  élèves  dans  toutes  les  parties  du  monde. 
Ici  l'enthousiasme  est  grand  pour  sa  Gymnastique 
pulmonaire.  La  presse  allemande  lui  a  consacré 
des  articles  en  tête  desquels  il  faut  citer  l'étude  du 
professeur  L.  Montchal,  intitulée  la  Voix  et  la  Res- 
piration, traduite  et  reproduite  dès  son  apparition. 
C'est  le  i3  septembre  que  les  admirateurs  de 
J.-F.  Bernard  ont  célébré  le  soixante-douzième 
anniversaire  de  ce  vaillant  artiste,  dont  les  travaux 
furent  l'objet  d'emprunts  trop  bien  dissimulés. 
Que  ces  lignes  lui  portent  l'expression  de  notre 
sympathie  !  Alton. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


LONDRES.  —  Quel  est  donc  celui  qui  se 
lassera  le  premier  :  le  musicien,  ou  bien  ce 
bon  public  que  mille  artistes  se  disputent  le  plus 
souvent  pour  son  malheur,  rarement  pour  son 
délassement  et  toujours  pour  ses  beaux  écus  son- 
nants ?  La  season  est  à  peine  terminée  que  l'on 
annonce  déjà  des  concerts  aux  quatre  coins  de 
Londres.  On  se  dispute  les  Halls  et  MM.  Vert, 
Daniel  Mayer  et  Curtius-Schulz  ne  peuvent  suffire 
à  la  demande. 

Mais  laissons  là,  ces  chercheurs  avides  de 
réclames  et  d'articulets  bienveillants,  et  occupons- 
nous  de  ceux  qui  se  disputent  les  succès  mérités. 

Le  pianiste  Arthur  De  Greef  est  attendu  inces- 
samment ici.  Paderewski,  avant  d'entreprendre  sa 
grande  tournée  en  Amérique,  aurait  aussi  l'inten- 
tion, paraît-ilj  de  se  produire  dans  quelques  réci- 
tals devant  les  habitués  du  Saint-James  Hall. 

Adelina  Patti  se  fera  entendre  dans  son  réper- 
toire «  wagnérien  »  (qualificatif  qui  sert  de  coup  de 
tam-tam  pour  agir  sur  la  foule),  à  l'Albert  Hall, 
le  26  du  mois  prochain.  Joseph  Hollman,  ce  jeune 
pianiste  qui  a  remporté  un  si  juste  succès  en  juin 
dernier,  à  peine  remis  d'une  indisposition  assez 
grave,  ne  veut  pas  laisser  toute  la  tâche  à  ses 
aînés  dans  l'art  de  toucher  le  piano,  et  annonce,  à 
son  tour,  une  série  de  récitals. 

Quant  aux  Thursday  concerts  pour  la  saison  94-95, 
les  listes  de  souscription  se  couvrent  activement 
et  comprendront  six  séances  consacrées  à  différents 
auteurs  dans  l'ordre  suivant  :  D'' A.-C.  Mackensie 
(au  moins  les  Anglais  soutiennent-ils  leur  compo- 
sileur),  Schubert,  Schumann,  D''  Hubert  Pany, 
Beethoven  et  Mendelssohn. 

Les  artistes  suivants  prêteront  leur  concours  : 
MM.  W.  Nicholl,  Hans  A.  Brousil,  Otto  Peiniger, 
SeptimusWebbe,Miss  Esther  Palliser,  M™°Fanny 
Moody,  M.  Ch.  Manners,  Miss  Louise  Philipps, 
M.  Arthur  Oswald,  Miss  Mary  Carmichael, 
M.  A.-E.  Godfrey. 

Ysaye  se  fera  entendre  au  Crystal  Palace, 
mais  la  date  n'est  point  fixée. 

A  peine  rentré  de  New-York,  sir  Augustus, 
l'infatigable,  est  parti  pour  Blackpool,  où  il  a 
donné,  avec  toute  sa  troupe  composée  de  cent 
vingt-cinq  personnes,  Fahiaff,  la  Navarraise,  les 
Maîtres  Chanteurs,  Lohengrin,  les  Huguenots,  Faust, 
Vagliacci,  Cavalleria  nisiicana.  Voilà  qui  n'est  pas 
mal  pour  une  saison  d'automne,  en  province  ! 

Entretemps,  l'extravagant  imprésario  prépaie, 
avec  l'aide  de  MM.  Hamilton  et  Cecil  Raleigh, 
Un  mélodrame  sportif  à  grand  spectacle,  qui  sera 
donné  au  Drury-Lane.  Au  moins,  c'est  du  nou- 
veau, un  drame  se  déroulant  au  milieu  des  sables 
du  Derby.  Pourquoi  ne  pas  avoir  fait  précéder  ce 
titre  ronflant  d'un  Up  to  data  classique. 

Au  Lyric,iLî'rt/«  Christopher  Colomhus,  une  excel- 
lente opérette  en  deux  actes  de  MM.  Geo  R.  Sims 
et  Cecil  Raleigh,  musique  de  Ivan  CarvU,  a  atteint 
et  dépassé  la  deux  centième. 


Le  sujet  est  suffisamment  banal  pour  être  passé 
sous  silence,  mais  heureusement  relevé  par  de 
charmants  motifs  music"aux  sans  prétention  et  ren- 
fermant de  nombreuses  qualités.  Ivan  Caryll  n'en 
est  pas  à  son  premier  pas,  et  cependant  ses  idées 
sont  jeunes,  ses  phrases,  sans  être  torturées,  sont 
empreintes  d'un  cachet  personnel  de  bonhomie 
et  de  gaieté.  Au  second  acte,  une  sérénade  ou, 
pour  mieux  dire,  une  complainte  à  la  Yankee,  est 
devenue  bien  vite  populaire,  et  plaît  beaucoup 
lorsqu'elle  est  chantée  par  Miss  Florence  Saint- 
John,  cette  ancienne  pensionnaire  du  Gaiety, 
Mabel  Love  fait  une  jolie  et  gentille  Pépita.  Les 
costumes,  pris  séparément,  sont  des  chefs-d'œu- 
vre de  bon  goût  et  d'élégance,  dûs  au  crayon  de 
l'excellent  dessinateur  M.  Edel. 

Au  Vaudeville,  the  New  Boy  semble  tenir  l'af- 
fiche depuis  assez  longtemps.  Vaudeville  anglais; 
c'est  tout  dire.  Les  artistes  sont  bons,  et 
c'est  grâce  à  MM.  A.  Helmore,  Beauchamp, 
Miss  Gladys  Homfrey  et,  surtout,  à  M.  Sydney 
Warden,  incomparable  dans  ses  imitations  du 
français  à  Londres,  que  l'on  passe  sur  les  situa- 
tions les  plus  invraisemblables. 


iVO  U  V EL  LES  DI  VERSES 


IU|» 


Plaignons  les  critiques  musicaux  de  Berlin. 
Nous  ne  sommes  encore  qu'au  mois  de  septem- 
bre, et  déjà  ils  savent  qu'ils  auront  à  rendre 
compte  de  huit  cents  concerts  !  Car  tel  est  le 
chiffre  des  auditions  musicales  annoncées  dès 
à  présent  dans  la  capitale  de  l'Empire. 

C'est  effrayant  ! 

Sans  parler  des  exécutions  orchestrales  qui 
seront  au  nombre  d'une  centaine  au  moins,  ni 
des  séances  de  musique  de  chambre  de  Joa- 
chim  et  du  trio  Barth,  qui  occupent  un  nom- 
bre déterminé  de  soirées,  citons  les  noms  de 
quelques  uns  des  solistes,  qui  dès  à  présent,  ont 
fait  connaître  leur  intention  de  se  faire  entendre 
à  Berlin  dans  des  séances  particulières.  Voici 
quelques  pianistes  de  renom  :  Eugène  d'Albert 
et  sa  femme,  M^e  Teresa  Careno  ;  M^^  Gold- 
schmidt  (Berthe  Marx),  qui  annonce  huit 
séances  de  piano  ;  Maurice  Rosenthal,  l'homme 
qui  joue  en  tierce  les  études  de  Chopin; 
M"e  Clara  Janizewska,  dont  les  débuts,  l'année 
dernière,  ont  été  très  remarqués  ;  la  petite  Céleste 
Painparé;  Mi'^^^  Fanny  Davies,  une  pianiste 
anglaise  très  réputée;  enfin,  le  petit  Raoul 
Koszalski,  qui  fera  entendre,  outre   plusieurs 


LE  GUIDE  MUSICAL 


697 


pièces  pour  piano,  une  ouverture  de  sa  com- 
position ;  Joseph  Hoffmann,  l'autre  enfant  pro- 
dige devenu  homme. 

Il  y  aura  aussi  une  cinquantaine  ae  violo- 
nistes :  le  Viennois  Willy  Burmeister;  le  Franc- 
fortois  Heermann  ;  le  Russe  Gregorowitch  ;  le 
petit  Bronislaw  Hubermann;le  violoncelliste 
belge  Cornelis  Liégeois. 

Les  chanteurs  et  cantatrices  forment  naturel- 
lement légion  :  nommons  les  plus  célèbres 
d'entre  eux  et  elles  :  Lilli  Lehmann,  M"":  Hen- 
schel,  M"e  Joachim,  M^e  Lilian  Sanderson,  le 
ténor  anglais  Ben  Davies,  le  ténor  Von  zur 
Mûhlen,  etc. 

Le  tout  sans  parler  des  concerts  de  bienfai- 
sance, dont  deux  seulement  sont  annoncés  :  un 
concert-soirée  du  quatuor  Joachim,  au  bénéfice 
du  monument  Haydn-Mozart-Beethoven,  la 
grande  Trinité;  l'autre,  au  bénéfice  de  la  caisse 
des  pensions  des  artistes  musiciens.  Dans  une 
matinée  à  l'Opéra ,  on  entendra ,  pour  la  première 
fois  en  pubHc,  le  fameux  Chant  à  Aegir,  com- 
posé par  l'empereur. 

M.  Henri  Neumann,  du  Berliner  Tagblatt,  à 
qui  nous  empruntons  ces  renseignements,  nous 
apprend  encore  que  le  Cœcilienverein  met  à 
l'étude  les  Béatitudes  de  César  Franck. 

Le  Gesangverein  de  Stern  prépare  VOde  à 
sainte  Cécile  de  Hsendel,  avec  M™«  Marcella 
Sembrich  dans  la  partie  de  soprano. 

Le  Wagnerverein,  comme  nous  l'avons 
déjà  annoncé,  donnera  quatre  concerts,  dont 
l'un  sous  la  direction  de  Siegfried  Wagner. 

Si,  après  cela,  les  Berlinois  n'ont  pas  l'horreur 
de  la  musique,  c'est  que  vraiment  ils  ne  sont 
pas  faits  pour  la  comprendre,...  la  vraie, 
s'entend. 

Une  société  pour  l'achat  du  Musée  Wagner 
de  M.  Œsterlein  vient  de  se  constituer  à  Leip- 
zig, sous  la  présidence  de  M.  Richard  Pohl. 
Le  but  de  cette  société  est  de  réunir  une 
somme  de  90,000  mark,  que  M.  Œsterlein 
demande  pour  céder  sa  collection  d'objets,  de 
manuscrits,  de  lettres, de  portraits,  etc.,  relatifs 
à  Wagner,  qui  forment  son  musée.  Actuelle- 
ment, le  tiers  seulement  de  cette  somme  est 
souscrit.  La  question  de  savoir  où  le  musée 
sera  installé  n'est  pas  encore  résolue.  A 
Weimar,  un  particulier  a  oÉfert  un  immeuble 
pour  l'abriter,  mais  la  société  préférerait 
Leipzig,  comme  ville  natale  du  maître.  On 
sait  que  M.  Œsterlein  a  donné,  à  la  Société 
pour  l'achat  de  son  musée,  un  droit  de  préfé- 
rence qui  expirera  à  la  fin  de  iSgS.  Il  faut  donc 
qu'on  se  hâte,  si  l'on  veut  que  la  collection  extrê- 


mement précieuse  réunie  par  M.  Œsterlein 
ne  soit  pas  dispersée  aux  enchères.  Pour  l'his- 
toire de  la  vie  et  des  œuvres  du  maître,  il  y  a 
là  réunis  un  ensemble  de  documents  d'une 
inappréciable  valeur.  Les  wagnériens  de  l'étran- 
ger ne  s'intéresseront-ils  pas  à  cette  œuvre  ? 

Nous  leur  adressons  un  appel  pressant. 

Les  souscriptions  peuvent  être  adressées  à 
M.  Rudolph  Gœtze,  secrétaire  de  la  Société  du 
Musée-Wagner,  Carlstrasse,  7.  I,  à  Leipzig. 

Les  Etats-Unis  vont  faire,  cet  hiver,  connais- 
sance avec  les  deux  plus  célèbres  violonistes 
actuels,  César  Thomson  et  Eugène  Ysaye. 
M.  Thomson  est  attendu  à  Nevvr-York  dans  les 
premiers  jours  d'octobre  et  se  fera  entendre  au 
Concert  philharmonique  dans  le  premier  con- 
certo de  Bruch  et  la  grande  fantaisie  pour 
violon  et  orchestre  de  Paganini.  Il  visitera  en- 
suite Boston  et  d'autres  villes. 

Eugène  Ysaye  commencerri  sa  tournée  un 
peu  plus  tard,  en  novembre.  Elle  ne  comprend 
pas  moins  de  quarante  concerts  dans  une 
vingtaine  de  villes  différentes.  Il  fera  aussi  sa 
first  appearing  à  la  Philharmonie  Society,  le 
16  novembre. 

Si  nous  n'y  prenons  garde,  l'Amérique  nous 
les  enlèvera  tous,  les  uns  après  les  autres. 

Antoine  Dvorack,  le  compositeur  tchèque 
qui  dirige  le  Conservatoire  de  Chicago,  travaille, 
en  ce  moment,  à  un  grand  opéra  tiré  du 
Hiawatlia  de  Longfellow. 

L'ouvrage  sera  chanté  d'abord  en  anglais. 
Les  journaux  américains  assurent  que  M.  Dvo- 
rack s'est  inspiré,  dans  cet  ouvrage,  des  chants 
nationaux  des  Indiens,  qu'il  a  passé  de  longues 
heures  à  écouter  chez  Buffalo-Bill. 

Est-ce  une  réclame  pour  Hiawatha  ou  pour 
Buffalo-Bill  ?  Pour  tous  les  deux,  probable- 
ment. 

L'illustre  capellmeister  viennois  Hans  Rich- 
ter  dirigera,  cette  année,  du  2  au  5  octobre, 
le  festival  de  musique  de  Birmingham.  On 
entendra  à  ce  festival  le  Te  Deiim  de  Berlioz, 
sous  la  direction  de  Richter,  l'oratorio  Saicl  de 
Parry,  \e  Messie  àe  Hœndel,  le  Stabat  Mater 
de  Palestrina,  \Elie  de  Mendelssohn,  la' 
9«  Symphonie  de  Beethoven,  la  Symphonie  en 
ré  dièse  de  Mozart,  le  Chant  du  Destin  et 
une  symphonie  de  Brahms;  enfin  des  fragmeirts 
de  Wagner  (Richter). 

Les  journaux  de  Spa  nous  apportent  des 
articles  très  élogieux  sur  une  ouverture  sym- 
phonique.  Prélude  de  Sémélé,  de  M.  Paul 
Litta,  qui  a  été  exécuté,  sous  la   direction  de 


LE  G-UIDE    MUSICAL 


M.  Jules  Lecocq,  à  l'un  des  derniers  concerts 
d'orchestre  du  Casino.  M.  Litta,  le  jeune  pia- 
niste italo-bruxellois  bien  connu,  présent  à 
l'exécution  de  son  œuvre,  a  été  rappelé  par  le 
public. 

Notons,  au  même  concert,  l'exécution  de  la 
Feest-Ouverture  de  M.Joseph  Mertens,  et, 
dans  un  concert  précédent,  l'exécution  de  la 
suite  tirée  du  ballet  de  Milenka  de  Jan  Blockx. 
Très  beau  succès  pour  l'une  et  l'autre.  Louons 
M.  J.  Jl-ecocq  de  l'intérêt  qu'il  porte  aux  com- 
positeurs belges. 

La  millième  représentation  de  Fatist  à 
l'Opéra  de  Paris,  est  prochaine.  La  992°  a  eu 
lieu  hier  samedi.  Il  est  question  de  commé- 
morer cet  événement  par  une  grande  fête  musi- 
cale à  l'Académie  nationale  de  musique,  qui 
aurait  lieu  après  la  première  à'Otello. 

Le  chef-d'œuvre  de  Gounod  fut  représenté 


pour  la  première  fois,  au  Théâtre-Lyrique,  le 
ig  mars  1859.  Il  lui  aura  donc  fallu  un  peu 
plus  de  trente-cinq  ans  pour  arriver  à  la  mil- 
lième. Il  serait  question  de  décorer  M™"  Mio- 
lan-Carvalho,  à  cette  occasion. 

Nous  avons  reçu  de  M.  Arthur  Coquard  la 
somme  de  cent  cinquante  francs  pour  la  sous- 
cription au  monument  de  César  Franck,  à 
Liège.  Cette  somme  représente  les  souscrip- 
tions recueillies  parmi  les  professeurs,  élèves 
et  administrateurs  de  l'Institution  des  jeunes 
aveugles  de  Paris.  Nous  la  faisons  parvenir  au 
comité  Franck,  à  Liège. 

La  Société  des  compositeurs  de  musique  met 
au  concours  pour  l'année  iSgS  : 

1°  Un  quatuor  pour  deux  violons,  alto  et  violon- 
celle. —  Prix  unique  de  400  francs,  offert  par  la 
Société; 


EUEITKOPP  &  ÏÏ^ETEL,  BHUXELLES 

Editeurs,    45,    Montagne    de  la    Cour,   4$ 


PIANO  A  2  MAINS 

Net 
Godard.  A  la  fontaine,  pen- 
sée musicale 

—  Chant  du  Ménestrel,  ro- 
mance  

—  Gavotte  des  pages  . 

—  Marche  des  toreros 

—  Pensée  intime,  impromptu 

—  Rêves  envolés,  capriccietto 

—  Simple  phrase,  bluette 

—  Sais-tu  pourquoi? romance 
sans  paroles 

Morley,  Ch.  Au  bal,  un 
tour  de  valse 

—  La  clochette  des  Alpes, 
morceau  de  genre     . 

—  Danse  des  gnomes,  valse 
élégante    ...... 

—  La  Fée  d'amour,  impromtu 

—  Souvenance,  mélodie   . 

—  Te  souviens-tu?  bluette     . 

—  Vineta,  caprice. 
Zarzyki.  Op   38.  Mazourka 

PIANO  A  4  MAINS 

Brahms,  Joh.  Op.  i.  So- 
nate C  majeur  par  Klengel. 

Brahms,  Joh.  Op.  2.  So- 
nate par  Klengel. 


9  5o 
9  5o 


PIANO  ET  VIOLON 

Net     fr. 
Anzoletti,  Marco.   Varia- 
tions   sur     un     thème     de 

Brahms 10     » 

Bohm,   C.    Arabesques,   12 

petits  morceaux .  .  .  à  i  25 
(N"  I  Staccato-Etude.  N"  2 
Siegerischer  Lasndler.  No  3 
Nocturne.  No  4  Kujawiak. 
No  5  Skandinavische  Ro- 
manze.  No  6  Ritornell). 
Brahms,  J.    Op.  118.  No  2 

Intermezzo i  90 

Gui,  César.  Op.  5o.  Kaléi- 
doscope (•i4  morceaux) .     à     i  25 
(No  i3  Badinai;e.  No  14  Ap- 
passionato     No    i5    Danse 
rustique.  No  i6  Barcarola. 
No  17  Prélude.   No  18  Ma- 
zurka. No  19  Valse.  No  20 
Novellette.    No    21   Lettre 
d'amour.   No  22  Scherzetto. 
No  23  Petit  Caprice    N»  24 
Allegro  Scherzoso) 
Dvorak  Op.  94.  Rondo.      .     5     » 
—   Waldesruhe  Adagio     .      .     i  90 
Sarasate.  Pablo  de.  Op. 

35.  Peteneras 5  25 

Zarzyki.  Op  39  Mazourka.     2  5o 


PIANO  ET  VIOLONCELLE 

Net    fr. 
Grunfeld,  op.  43.  No  i  Min- 
nelied 19° 

—  Op     43.  No   2   Mazourka 
mélancolique i  90 

Moffat,   A.    Di.Y  morceaux 

classiques à     i  25 

No  I .  Tempo  di  Saral)anda(Corelli 
No  2.  Nocturne  de  Field 
No  3   Chanson  du  gondolier 

de  Mendelssohn. 
No  4    Adagio  religioso  de  Corelli. 
No  5.  Adagio  de  Sirutini. 
No  6.  Gavotte  de  Biber. 
No  7.  Cantate  de  Haendel. 
No  8.  Chanson  sans  paroles 

de  Mendelssohn. 
No  9.  Romance  de  Schubert. 
No  10   Largo  appassionato 

de  Beethoven. 

PIANO  ET  2  VIOLONS 

Bohm   Gondoliera    .  .     i  90 

—  Invention  d'après  Corelli .     i  90 

—  Alla  marosa       .      .      .      .      I  90 

—  Sonate  d'après  Pleyel.      .     i  90 

—  Intermezzo 19° 

—  Rondo  finale     ....19° 


PIANOS  BECHSTEIN. 


PIANOS  BLUTHNER 


HARMONIUMS     ESTEY 


LE  GUIDE  MUSICAL 


(Les  parties  séparées  devront  être  jointes  au  ma- 
nuscrit.) 

2°  Une  œuvre  symphonique  développée  pour 
piano  et  orchestre.  —  Prix  unique  de  5oo  francs. 
(Fondation  Pleyel-Wolff)  ; 

3°  Une  scène  pour  une  voix,  avec  accompagne- 
ment de  piano.  —  Prix  unique  de  200  francs,  reli- 
quat du  prix  de  5oo  francs  offert  en  iSgS  par  M. 
Ernest  Lamy,  et  dont  une  partie  a  été  distribuée  à 
titre  de  prime  attachée  à  deux  mentions  honora- 
bles. 

On  devra  faire  parvenir  les  manuscrits,  avant 
le  3i  décembre  1894, ^  M.  Weckerlin,  archiviste, 
au  siège  de  la  Société,  22,  rue  Rochechouart, 
maison  Pleyel,  Wolffet  O^,  de  Paris. 

BIBLIOGRAPHIE 


Vient  de  paraître  à  la  Librairie  de  l'Art  indé- 
pendant, II,  rue  de  la  Chaussée  d'Antin  (Paris)  : 


Apparition,   poème   de   Stéphane   Mallarmé,    avec 
adaptation  musicale  d'Edmond  Bailly. 

NÉCR  OLO  GI E 


Sont  décédés  : 

A  Berlin,  le  9  septembre,  le  D'  Helmholtz, 
célèbre  physicien  et  physiologiste,  dont  le  nom  se 
rattache  à  la  musique  par  l'un  de  ses  ouvrages,  qui 
est  en  même  temps  l'un  des  chefs-d'œuvre  de  la 
littérature  scientifique  moderne  :  la  Théorie  de  la 
sensaiion  des  sons.  Aucun  musicien  ne  devrait  ignorer 
ce  livre  classique,  qui  a  une  importance  capitale 
pour  toute  la  théorie  de  la  musique,  qu'il  a  défini- 
tivernent  assise  sur  des  bases  scientifiques.  Les 
découvertes  de  Helmholtz  ont  été  importantes, 
surtout  pour  la  connaissance  des  organes  de  la 
voix  et  des  organes  de  l'ouïe. 

Fils  de  son  temps,  Hehnholtz  ne  s'est  pas 
enfermé  dans  une  science  hautaine  et  inaccessible 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


C.  SAINT-SAÊNS 

Op.  ç8 

f   PALLAS-ATHÈNÉ 

HYMN  E 

Chanté  aux  fêtes  d'Orange  (1894) 

POÉSIE  DE 

J,    L.    CROZE 

N°  I  en  ré  pour  soprano.  N°  2  en  ut  pour  mezzo-soprano. 

Prix  net  :  2  fr.  50 


700 


LE  GUIDE  MUSICAL 


au  vulgaire  ;  il  a  compris  que  le  premier  devoir  du 
savant  était,  api  es  avoir  établi  les  lois  des  phéno- 
mènes dans  toute  leur  rigueur  scientifique,  de  les 
mettre  à  la  portée  de  toutes  les  intelligences. 
C'est  ainsi  qu'il  publia  ses  Leçons  scientifiques  popu- 
laires, qni  sont  devenues  la  bible  scientifique  de 
toute  une  génération. 

C'est  dans  la  même  intention  qu'il  a  donné 
successivement  le  Son  et  la  Musique,  les  Causes  phy- 
siologiques de  l'harmonie  musicale  et  VOpiique  de  la 
peinture. 


Tout  artiste  qui  réfléchit,  peintre,  musicien, 
acteur,  trouvera  chez  Ilelmholtz  des  conseils  qui 
lui  seront  d'un  grand  secours  dans  l'exercice  de 
son  art 

Helmholtz  est  mort  à  l'âge  de  soixante-treize 
ans 

-  A  Paris,  le  i3  septembre.  Emmanuel  Cha- 
brier,  né  à  Ambert  (Puy  de- Dôme),  en  1842,  com- 
positeur français  (Voir  sa  notice  biographique  en 
tête  du  présent  numéro.) 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22.  passade  des  Panoramas  (grande  galerie) 

F  ^^  n  I  s 

Propriétaires  des  œuvres  de  Tscbaikowsky,  Gottschaik,  Prudent,  Allard 
des   Archives   du   piauo   et   de  la   célèbre   .^léthode    de   piano    A.   Le   Carpenttcr 

Seuls  dépositaires  de  l'Ëdîtiou  Cbarn»t,  spécialement  consacrée  à  la  inuNiqnc  de  violon 


Yient  de  paraître! 

Henri  Maréchal,  Le  Sommeil  de  Jésus,   prélude 

de  la  Nativité,  Orchestre 3  — 

.-■•  Parties  séparées 5  — 

Piano  seul 5  — 

transcr.  facile  par  Tavan.      .  3  — 

Violon  ou  violoncelle  et  piano  .  6  — 

Mélodies  de  Panl  Hongnon 

1.  Au  vent   .  3  — 

2.  La  Chanson  du  renouveau     ....  3  — 

3.  Comment  on  dit  :  «  Je  t'aime  ».      .      .  3  — 

4.  Etre  deux 5  — 

5.  J'aime,  je  crois,  j'espère 3  — 

6.  Le  Livre  de  la  vie 3  — 

7.  Premiers  baisers  du  printemps  .      .      .  3  — 

8.  Le  Souvenir 5  — 

9.  La  Valse  des  nuages 5  — 

H.-r.  Toby.  Sérénade,  paroles  de  A.  Semiane   .  3  — 

—  Barcarolle,  paroles  de  A.  Semiane  ....  3  — 

—  Berceuse  de  A.  Cœdes,  transcrite  pour  orgue 

et  piano 7  5o 


p.  Tscha'lhowsfcy.  Album  russe  transcrit  pour 
violon  et  piano  par  Ad.  Herman 

Six  numéros,  chaque.      .  2  — 

réunis.      .  6  — 

K.  Favargrer.  Boléro  pour  piano  (20<^  édition) 

Piano  à  4  mains lo  —  ; 

Piano  et  violon g  — j 

J.  Daubé.  Menuet  pour  piano  et  violon    .      .     .  5  —  j 

—  Mazurka  de  salon  (originale)  pour  piano   et 

violon 6  — 1 

C.  Galo  s.  Dolorosa,  nocturne  pour  piano.     .      .  6  — 3 

—  Le  Lac  de  Côme    .  5  —  j 

—  Le  Chant  du  berger 5  —  j 

—  Souvenir  des  champs 6  — | 

B.-H.  Colomer.  Rondino  pour  piano.      ...  5  — i 

G.  Pfelffer.  Romance  pour  violoncelle  et  piano  6  —  ] 

J.  Tcn  Brinck.  Voici  le  soir,  valse,  barcarolle  .  5  —  ' 

Ch.  Lefebvre.  Oublier,  mélodie     •     .     ...  5  —  ] 
Unille  Waldtenfel.  Amour  et  Printemps,  valse 

chantée 

Arrangé  pour  orchestre,  parties  sép.  2 

—  harmonie  ou  fanfare  .  3 


ANTONT  SIMON,  célèbre  Berceuse 


î*Mt. •'Pour violon  avec  Piano  (originale)     .  frs  6  — 
»  2.      •)     Violoncelle  avec  Piano (tran-scrite 

par  G.  Fitzentiagen) ...  »    6  — 

»  3.      »     Chant  avec  Piano  (par  l'auteur)  .  »    5  — 


'  4.  Pour  Harmonium  avec  Piano    .      .     .      »  - 

5.  »     Piano  à  2  mains  (par  l'auteur)      .     frs  5  —  1 

6.  »     Piano  à  4  mains  (par  l'auteur)      .      »    7  5o  j 

7.  »    Orchestre  à  cordes.     Partition  net,  frs  2 — ; 
7°.    »  »  »  Parties       »     »    3  —  1 


LE  GUIDE  MUSICAL 


701 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4.  rue  Latérale 
PARIS  :  13.  rue  du  Mail 


^^^JMTOIRŒS JHEATRES  ET  CONCERTS^^ 

Berlin 
Opéra.  —  Du  9  au  16  septembre  ;  Falstafl  et  Carnaval. 
Les  Nibelungen.  La  Walkyrie.  L'Enlèvement  au  Sé- 


rail et  C.ivalleria  rusticana.   Siegfried,    La  Fiancée 
vendue  et  Noces  slaves,  Gœtterdaemmerung.  Falstaff 
et  Carnaval.  Mara,  Pagliacci  et  Puppenfee. 
Bruxelles 

Théâtre   royal  de  la   Monnaie.  —  Orphée.  Mireille. 
Lohengrin.  Orphée    Mireille.  Lohengrin. 
Mardi,  reprise  de  la    Traviata,  avec  M"' Simonnet. 
Werther.  Mireille.  Faust.  —  Au  premier  jour,  le  Pro- 
phète, pour  les  débuts  de  M.  Casset. 

Théâtre   des   Galeries     —     Le  Tour  du   monde   en 
80  jours. 

Alcazar  royal.  ~  Lundi,  première   de  Madame  s'en- 
chaîne 

Empire-Palace  -  Spectacle-concert. 
Dresde 

Opéra.    —   Du  9  au  16  septembre  :  Le  Crépuscule  des 


V™  Léopold  MURAILLE,  éditeur  à  Liège  (Belgique) 


^R  ]><^poMitHirc  unique  do  PI  <lilîon  Fayne 

i"  '  (partitions  de  poche  pour  la  musique  de   chambre) 

DETHIER,  Gaston.  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue. 

—  Prélude  sur  le  Dies  Ira  pour  grand  orgue 

—  Romance  pour  violon  et  piano       .... 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano. 

.^,    LEKEU,  G"^.  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties 
■K'  partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano 

^T  —  Trois  pièces  pour  piano  .  -       . 

RAWAY  Erasme.  Scènes   Hindoues,   poème  symphonique  en  quatre  parties 

réduction  à  quatre  mains       ..... 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  d'après  Haendel,  pour  violon  et  piano 

—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano 

Knvoi     l'rauco     «les     catalog^iie»* 


net  ir.     3   — 


3  — 

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Accolay,  J.  B.  Au  bord  du 

ruisseau,  idylle  .... 
— La  Taglioni,  scène  de  ballet 
— Ruines  etSouvenirs, ballade 
^Rêverie  mélancolique  . 
— Légende  écossaise  . 
—  Polonaise. 
Bolara,  C.  Cinq  morceau 

N"  I.  Séparation, 

N"  2.  Douce  attente. 

N°  3.  Doux  rêves 

N"  4.  Echo  du  bal  . 

N"  5.  Mon  étoile 
Gabriel-Marie.  «  Impres 

sions.  »  6  pièces  originales: 

N°  I.  Simplicité. 

N°  2.  Insouciance 

N»  3    Quiétude  . 

N"  4.  Souvenir   . 

N"  5.  Mélancolie 

N"  6.  Allégresse. 
Gilis,  A.  Soirées  enfantines 

Six  morceaux  très  faciles 

N°  I.  Air  villageois. 

N"  2.  Chant  du  village. 

N"  3.  Air  champêtre     . 

N»  4.  Fanfare-Marche  . 


I  75 
I  75 
I  75 
I  90 

I  75 


I  35 
I  75 
1  35 
I  75 

1  35 

2  — 


No  5.  Royal-Gavotle      .      . 

N"  6.  Musique  militaire     . 
Hermann,    Rob.    Petites 

Variations  pour  rire,  com 

posées  sur  sept  notes 
Herrmann,  Th.  Six  trans- 
criptions d'œuvres  célèbres; 

N°  I.  Air  de  Chérubini 

N°  2 .  Grétry,  Romance  de 
Richard. 

N"  3.  NicoLO,  Joconde. 

N"  4 .  Schubert,  Sérénade 

N"  5.  Schubert,   Moment 
musical. 

N»  6.    Mendelssohn,    Auf 
Flûgeln. 
Hille,  G.  Op    60.   Concerto 

avec  Piano lo  — 

Hone,  J.  The  Old  Folks  at 

Home I   75 

—  Suite  Irlandaise  : 

N"  I .  When  theWho  adores 

thee     ....  I  35 

N"  2.  If  thou  wilt  be  Mine     i  35 

N"  3.  Oh!    Had   we   some 

Bright I  35 

N"  4.  Is  that  M"-  Reilly.     .     i   - 


I  go 


35 


I   35 


I   35 


I   35 


Hoyois,  Li.  Mélodie.      .  \  y5 

Jebin-Prume.  Romance  .  i  75 

—  Berceuse i  35 

Hubay,  Jenô.   Cinq   mor- 
ceaux ; 

Op.  37.  N»  I.  Fleur  de  Mai   .  i  75 

Op.  37  N"  2.  Au  temps  jadis  2  5o 
Op.    38     N"   I.    Devant    son 

i  mage  (Chant  sur  la  4'>  corde)  i  75 

Op    38.  N"  2    Sous  sa  fenêtre  2   — 

Op.  39.  Ramage  de  rossignols  3  — ■ 

Smetkoren,  J.  Elégie  .     .  i  75 

—  Berceuse 2  — 

Thaï]  on,  R.  Romance  .     .  i  75 
Ventli,  C.  Trois  morceaux  : 

N"  I.  Chanson  sans  paroles  i  35 

N"  2.  Chanson  du  soir  .      .  i  35 

N"  3.  La  Sérénade  .      .      .  2  — 

—  Deux  Rhapsodies  : 

Noi.  Sur  des  motifs  écossais  i  90 
No  2.  Sur  des  mélodies  sué- 
doises    3  75 

Ysayë.  Deux  Mazurkas  : 

No  I.  Dans  le  lointain  .      .2  — 
No  2.  Mazurka    .      .  .2  — 


702 


LF.  GUIDE  MUSICAL 


dieux.  La  Fille  du  régiment.  Faust.  Hamlet.  Lohen- 
grin. 

Paris 

Opéra.    —   Du    lo   au    i5  septembre  :   La  Walkyrie. 

Samson  et  Dalila  et  La  Maladetta,  Lohengrin.  Faust. 

Opéra-Comique.   —  Du  lo  au  i5  septembre  :  Carmen. 

.  Falstaff.   Mignon     Mireille  et   Cavalleria  rusticana. 

Falstaff.  Manon 

Vienne 
Opéra.  —  Du  g  au  17  septembre  :  Tannhœuser,  I  Pa- 
gliacci.  Sylvia  L'Africaine  La  Rose  de  Pontevedra  et 
Puppenfee.  La  légende  dorée.  Werther.  Les  Joyeuses 
Commère  de  Windsor.  Lohengrin.  I  Pagliacci  et 
Barschenliebe 


JULES   PAINPARÉ 

Inspecteur    des    musiques   de    l'armée    belge 

Ex-chef  de  musique  du  6'  de  ligne 

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LE  GUIDE  MUSICAL 


703 


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704 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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MAURICE    KUFFERATH 

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RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IM  BERT 

Riie  Beaurepatre,  33,  Paris 

N    LE  KIME,  SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  ImbKrt  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.VanderStraeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  -  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

D"'  Victor  Joss.  —  N.  Liez.  —  I.  Will 

Dr  F.-V.  Dwelshauwers-Dery 

Ernest  Closson  —  Lucien  De  Busscher 

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journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
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France  et  Belgique  ...     12  francs. 

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Pays  d'outre-mer   ....     18    — 


40"  année  23  Septembre  1894  numéro  Sg 

SOMMAIRE 

Richard    Wagner.  —  Lettres  à  Auguste 

Rœckel  (Traduction  de  M.  Maurice  Kufferath). 
Hugues  Imbert.  —  Un  pèlerinage  à  Ende- 

nich.  (Suite  et  fin.) 
C.  T.  —  A  propos  de  V.Arlésienne  de  Bizet. 
M.  Kufferath.  —  Notes  de  voyage.  (Suite). 
Cljronique  be  la  Semaine  :  Paris    :  Les   funérailles 

d'Em.  Chabrier.  —  A  l'Opéra-Comique,    Hugues 

Imbert.    -  Nouvelles  diverses. 
Bruxelles  :  M""  Simonnet  dans  la  Traviata,  J.  Br. 
Correaponbaïuefl  :   Anvers,  Blankenberghe. 
Nouvelles  diverses.  —  Nécrologie. 
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70G 


LE  GUIIŒ  MUSICAL 


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40°  ANNÉE.  —  Numéro  3g. 


23  Septembre  1891. 


LETTRES  DE  RICHARD  WAGNER 


AUGUSTE  RŒCKEL 

(Traduites    par    M.    Kufferathl 


ES  lettres  de  Richard  Wagner  à 
son  ami  Auguste  Rœckel  dont 
nous  publions  aujourd'hui  la  tra- 
!  duction  ont  été  mises  au  jour  tout 
récemment  en  Allemagne,  avec  l'autorisa- 
tion de  M"<=  Cosima  Wagner,  par  M"°^ Marie 
Lipsius  (La  Mara). 

Elles  forment  le  complément  de  la  corres- 
pondance échangée  entre  Wagner  et  Liszt, 
et  sont  particulièrement  intéressantes  par 
les  excursions  philosophiques  auxquelles 
s'abandonne  l'auteur  en  écrivant  à  l'ami  qui 
avait  été  son  collègue  à  l'Opéra  de  Dresde, 
et  qui  fut  compromis  avec  lui  dans  l'insur- 
rection de  Dresde  en  1849. 

La  première  lettre  du  recueil  est  datée 
de  i85i,  la  dernière  de  i855.  Cette  corres- 
pondance s'étend  ainsi  sur  la  période  la 
plus  active  et  la  plus  mouvementée  de  la  vie 
de  l'auteur  de  Parslfal,  et  elle  nous  apporte, 
par  là  même,  des  éclaircissements  psycho- 
logiques du  plus  haut  intérêt  sur  son  œuvre 
capitale,  V Anneau  du  Nibclung. 

Auguste  Rœckel,  à  qui  ces  lettres  sont 
adressées,  était  —  ainsi  nous  l'apprend 
l'éditeur  allemand,  — le  fils  aîné  de  ce  Jo- 
seph-Auguste Rœckel  qui  fut  en  relations 
avec  Beethoven.  Destiné  par  ses  parents  à 
la  carrière  diplomatique,  Joseph-Auguste 
Rœckel  avait  un  jour  découvert  qu'il  possé- 


dait une  bonne  voix  de  ténor,  et,  disant 
adieu  au  droit  international,  s'était  con- 
sacré à  la  scène.  C'est  ainsi  qu'engagé  au 
théâtre  An  der  Wien,  à  Vienne,  il  chanta 
au  mois  de  mars  1806,  le  rôle  de  Florestan 
dans  Fidelio,  lors  de  la  reprise  de  cet  ou- 
vrage, qui  n'avait  eu  qu'un  succès  éphé- 
mère en  i8o5.Ce  fut  aussi  Joseph- Auguste 
Rœckel  qui,  plus  tard,  de  1829  à  i835,  fit 
diverses  apparitions  en  France  et  en  Angle- 
terre avec  des  troupes  interprétant  les 
chefs-d'œuvre  de  Mozart  et  le  Fidelio  de 
Beethoven.  Parmi  les  artistes  de  ces 
troupes  figuraient  la  Schrœder-Devrient, 
la  Wild,  Hainziger  et  le  chef  d'orchestre 
Jean-Népomucène  Hummel,  devenu  célè- 
bre depuis  comme  pédagogue  musical. 

Son  fils  Auguste, né  le  i^''  décembre  1814, 
à  Gratz,  en  Styrie,  l'accompagna  tout  enlant 
dans  ses  pérégrinations  et  séjourna  ainsi 
en  France  à  l'époque  de  la  révolution  de 
Juillet.  L'adolescent  s'enflamma  pour  les 
idées  et  les  aspirations  politiques  du  temps, 
et, dans  sajeune  intelligence,  s'établirent  des 
comparaisons  peu  favorables  entre  l'Alle- 
magne d'alors,  amoindrie  à  l'extérieur, 
déchirée  au  dedans,  n'ayant  ni  unité,  ni 
liberté,  et  la  France  et  l'Angleterre  à  l'apo- 
gée de  leur  prospérité.  Aussi,  conçut-il  une 
vive  admiration  pour  Lafayette,  Lafitte  et 
Marrast,  avec  lesquels  il  paraît  qu'il  fut 
en  relations  directes,  malgré  sa  jeunesse. 
Deux  ans  plus  tard  encore,  en  i832,  le 
hasard  voulut  qu'il  se  trouvât  avec  son 
père  à  Londres-;  au  moment  du  grand  mou- 
vement en  faveur  de  la  Réforme. 

Ces  circonstances  expliquent  et  la  ten- 
dance de  son  esprit  et  les  aspirations  qui 
devaient  plus  tard  faire  de  lui  l'un  des 
acteurs  des  événements  révolutionnaires  en 
Saxe.  Il  devait  malheureusement  paj^er  de 
treize  ans  de  captivité  sa  participation  à  ce 
mouvement. 


708 


LL  GUIDE  MUSICAL 


Auguste  Rœckel  était  revenu  en  Alle- 
magne en  i838  et  s'était  établi  tout  d'abord 
à  Weimar,  pour  y  achever  son  éducation 
musicale  sous  la  direction  de  son  oncle  Jean- 
Népomucène  Hummel.  Il  fut,  peu  après, 
nommé  directeur  de  musique  et  épousa  la 
fille  de  F.  Lortzing,  frère  du  compositeur. 

Le  théâtre  l'attirait;  il  écrivit  un  opéra 
intitulé  Farinelli,  qu'il  envoya,  à  l'examen,  à 
l'intendance  des  théâtres  royaux  de  Saxe,  à 
Dresde.  Cet  envoi  lui  valut  le  poste  de 
directeur  de  musique  à  l'Opéra  de  la  Cour, 
et  il  en  prit  possession  l'année  même  où 
Richard  Wagner  venait  d'être  appelé  aux 
fonctions  de  second  chef  d'orchestre.  De 
là  datent  leurs  relations.  La  communauté 
d'aspirations  et  de  sentiments  ne  tarda  pas 
à  établir  entre  les  deux  artistes  une  cordiale 
intimité. 

•Wagner  rappelle  même  (Communication 
à  ses  amis,  Gesani.  Schriften,  IV,  370)  qu'à 
la  fin  de  son  séjour  à  Dresde,  dans  l'état 
d'esprit  où  l'avait  placé  la  contradiction 
profonde  entre  ses  aspirations  d'artiste 
et  les  nécessités  de  sa  situation  officielle, 
il  avait  renoncé  à  tout  espèce  de  commerce 
avec  son  entourage,  à  l'exception  du  seul 
Auguste  Rœckel.  Et  il  raconte,  à  ce  propos, 
que  la  sympathie  de  cet  ami  allait  si  loin 
que  Rœckel  avait  cru  devoir  spontanément 
renoncer  à  sa  propre  carrière  d'artiste, 
dire  adieu  à  la  composition  et  au  théâtre, 
pour  s'absorber  plus  complètement  en 
Wagner,  pour  qui  son  admiration  était  sans 
bornes. 

Depuis  ce  moment  jusqu'au  jour  où  le 
peuple  se  souleva,  en  mai  1849,  Rœckel 
s'était  consacré  de  plus  en  plus  activement, 
par  la  parole  et  la  plume,  à  la  propagande 
des  idées  du  parti  démocratique.  Compro- 
mis dans  les  événements  de  184g,  il  fut, 
après  la  répression  par  les  armées  du  roi 
de  Prusse,  condamné  à  mort  avec  Bakou- 
nine  et  Heubner  ;  mais  sa  peine  fut  ensuite 
commuée  en  celle  de  l'emprisonnement  à 
vie.  Pendant  treize  années,  il  fut  enfermé 
dans  la  prison  de  Waldheim.  C'est  à  cette 
prison  que  Wagner  lui  adressa  les  sept 
premières  lettres  du  présent  recueil. 

Plusieurs  fois,  le  nom  de  Rœckel  revient 
aussi  dans  la  correspondance  de  Wagner 


avec  Liszt  et  avec  Uhlig,  où  il  l'appelle 
toujours  «  son  pauvre  ami  » .  Dans  une  lettre 
de  1857  à  Liszt,  il  prie  celui-ci  d'envoyer 
à  Rœckel  la  partition  du  Rheingold  et  ses 
propres  poèmes  symphoniques.  «  C'est  un 
homme  vraiment  intelligent,  lui  dit-il,  et  je 
le  sais  volontiers  parmi  ceux  qui  s'occupent 
de  mes  travaux.  Cet  envoi  lui  fera  plaisir; 
je  devine,  à  ses  dernières  lettres,  qu'à  la 
longue  sa  captivité  commence  à  lui  peser. 
Certainement  tu  accroîtrais  considérable- 
ment sa  joie  en  lui  adressant  en  même 
temps  tes  poèmes  symphoniques,  sur  lesquels 
j'ai  appelé  son  attention  à  plusieurs  re- 
prises, ce  qui  l'a  rendu  très  curieux  d'en 
connaître  quelque  chose. 

Dans  une  lettre  à  Uhlig,  il  écrivait  ceci  : 
(I  Le  sort  de  Heubner,  Bakounine  et 
Rœckel  me  peine  beaucoup.  De  tels 
hommes  n'eussent  pas  dû  être  faits  prison- 
niers! Mais  ne  parlons  pas  de  cela!  A  leur 
égard,  on  ne  peut  avoir  une  appréciation 
équitable  et  juste  qu'en  considérant  le 
moment  présent  sous  son  aspect  gran- 
diose :  malheur  à  celui  qui  a  cru  devoir 
agir  selon  la  hauteur  de  ses  sentiments  et 
dont  les  actes  seront  ensuite  soumis  au 
jugement  de....  la  police!  C'est  une  misère 
et  une  honte  que  nos  temps  seuls  peuvent 
offrir  » . 

Le  dernier  des  condamnés  politiques  de 
l'échauffourée  de  Dresde,  Auguste  Rœckel, 
ne  fut  rendu  que  le  10  janvier  1862  à  la 
liberté  et  à  sa  famille.  Celle-ci,  dans  l'entre- 
temps,  avait  trouvé  aide  et  protection  au- 
près du  frère  du  condamné,  à  Weimar. 
Après  sa  libération,  Auguste  Rœckel  se 
consacra  exclusivement  à  des  travaux  lit- 
téraires. Dans  son  livre  l'Insurrection 
saxonne  et  la  prison  de  Waldheim,  livre 
effro3'able,  comme  l'appelle  Wagner  dans 
une  de  ses  lettres,  il  a  raconté  les  lamen- 
tables épreuves  de  sa  vie  de  prisonnier. 
En  i863,  il  devint  rédacteur  en  chef  du 
journal  la  Réforme,  à  Francfort.  En  1866,  il 
s'installa  à  Munich,  mais  il  quitta  bientôt 
cette  ville  pour  aller  diriger,  à  Vienne,  le 
journal  la  Petite  Presse.  C'est  là  qu'en  1875, 
il  fut  frappé  d'un  coup  d'apoplexie  dont  il 
ne  devait  pas  se  remettre.  Il  mourut  à 
Pesth,  chez  son  plus  jeune  fils,  Richard,  le 


LE  GUIDE  MUSICAL 


709 


l8  juin  1875,  au  moment  même  où  Richard 
Wagner  allait  voir  se  réaliser  le  rêve  artis- 
tique de  toute  sa  vie  par  l'exécution  de  sa 
Tétralogie  des  Nibelungcn  sur  le  théâtre  de 
Bayreuth. 

Auguste  Rœckel  fut  un  noble  esprit  et 
un  beau  caractère.  «  C'était  un  homme 
doux,  cultivé,  humain,  excellent»,  a  dit 
de  lui  Franz  Liszt.  Ceux-là  mêmes  qui  ne 
partageaient  point  ses  idées  n'en  parlaient 
qu'avec  respect.  La  dignité  et  la  fermeté 
de  son  attitude  pendant  sa  captivité  lui 
avaient  fait  accorder  des  adoucissements 
qui  étaient  un  hommage  à  ses  vertus.  Quant 
à  ses  amis  et  aux  proches,  tous  l'entou- 
raient d'une  affection  et  d'une  estime  pro- 
fondes. Il  aura  eu,  avant  de  mourir,  la 
satisfaction  d'avoir  vu  réalisé,  par  d'autres 
voies,  il  est  vrai,  que  celles  qu'il  avait 
suivies,  l'idéal  de  sa  jeunesse  :  l'Allemagne 
unifiée  et  forte. 

I 

Mon  cher  ami. 
Il  y  a  peu  de  jours  seulement,  j'ai  appris  avec 
certitude  qu'il  vous  était  permis,  à  toi  et  à  tes 
compagnons  d'infortune,  de  recevoir  des  lettres 
non  seulement  de  parents,  mais  aussi  d'amis, 
du  moment  que  ces  lettres  ne  touchent  que  des 
intérêts  personnels  ou,  du  moins,  n'ont  aucun 
rapport  à  la  politique.  Comme  ce  que  j'ai  à  te 
communiquer  n'a  d'autre  but  d'abord  que  de 
t'exprimer  la  part  intime  et  douloureuse  que  je 
prends  à  ton  sort  et  ensuite  de  t'informer  de 
ce   que  je  deviens,  j'ai  pris  la  résolution   de 
t'écrire.  Avant  tout,  il  m'importait  d'être  ren- 
seigné de  la  façon  la  plus  précise  sur  l'état  de 
ta  santé.  Or,  par  l'intermédiaire  de  ton  médecin 
particulier,  j'ai  appris  tout  d'abord,  ce  qui  m'a 
été  extrêmement  agréable,  qu'il  n'y  avait  rien  de 
vrai  dans  le  bruit  qui  a  couru  que  ton  insubor- 
dination  t'avait   fait  retirer   l'autorisation    de 
t'occuper  de  travaux  littéraires  ;  puis,  que  tu  te 
portais    aussi    bien    que    possible    dans     les 
circonstances  données  et  que  ta  fermeté  était 
demeurée  intacte.  J'avoue  que  c'est  seulement 
après  avoir  reçu  ces  nouvelles  qu'il  m'a  été 
possible  de  t'écrire  comme  je  le  désirais. 

Tu  penses  bien  que,  depuis  notre  séparation, 
j'ai  toujours  cherché  avec  la  plus  vive  sympa- 
thie à  savoir  de  tes  nouvelles,  et  que,  par  tous 


les  moyens  en  mon  pouvoir  je  les  ai  obtenues. 
Il  y  a  peu  de  temps,  je  me  suis  rencontré  avec 
ta  femme  dans  la  même  ville  ;  malheureusement, 
des  circonstances  singulières  ont  fait  qu'il  m'a 
été  de  toute  impossibilité  de  lui  rendre  visite. 
Plus  tard,  j'ai  appris  que  ton  frère  Edouard 
l'avait  recueillie  et  qu'il  l'entourait  de  soins 
vraiment  fraternels.  Je  lui  ait  écrit  récemment, 
mais  n'ai  pas  reçu  de  réponse.  Comme  j'avais 
adressé  la  lettre  au  hasard  à  Bath,  il  ne  l'aura 
vraisemblablement  pas  reçue  ;  je  désirerais 
donc  beaucoup  avoir  son  adresse  exacte.  —  Il 
me  reste  à  souhaiter  qu'en  ce  qui  concerne  ta 
femme  et  toi-même,  il  te  soit  permis  de  me 
donner  bientôt  les  nouvelles  les  plus  explicites  ; 
j'attends  ces  nouvelles  avec  la  plus  vive  impa- 
tience et  avec  une  sympathie  d'avance  surex- 
citée. Pour  le  moment,  je  crois  ne  pouvoir 
mieux  faire  que  de  contenter  l'intérêt  que  tu 
m'as  toujours  montré  en  te  fournissant  de 
courtes  indications  sur  moi-même  et  sur  ce  qui 
m'est  arrivé. 

Pour  les  événements  extérieurs,  il  me  suffira 
de  peu  de  mots.  Après  notre  séparation,  ou 
plutôt  après  la  conclusion  de    la   catastrophe 
pendant  laquelle  nous  nous  Vîmes  pour  la  der- 
nière fois, je  partis  d'abord  pour  Paris;  mais  là, 
tout   me   fit    horreur,    et   particulièrement   le 
monde  artistique,  bien  que  je  n'eusse  que  de 
lointains    rapports    avec  lui;  si  bien  qu'après 
un  court  séjour,  je  me  détournai  et  me  dirigeai 
vers  la  Suisse,  où  je  trouvai  rapidement  à  me 
faire,  paimi   les  Suisses,  à    Zurich,  un   cercle 
d'amis  dévoués,  sincères  et  sympathisant  avec 
moi.  Ce  beau  pays  alpin  m'a  ranimé  singuliè- 
rement. J'espère  que  tu  seras  assez  fort  pour 
recevoir  ces  nouvelles   sans  tristesse  dans   ta 
captivité.  Quand  j'ai  eu  surmonté  les  pénibles 
impressions  que  m'avaient  laissées  les  derniers 
événements,  un  présent  insupportable  et  l'in- 
fortune de  beaucoup  de  mes  amis,  mon  senti- 
ment vital    individuel    reparut   avec   toute  sa 
chaleur  dans  la  joie  d'être  déhvré  d'une  situation 
pleine  de  contraintes  et  de  contradictions  irré- 
ductibles. Ce  n'est  pas  à  toi  qu'il  sera  nécessaire 
de   dire  que  j'ai   considéré   comme  un  grand 
bonheur  pour  moi  d'avoir  été  débarrassé  de  mes 
fonctions  de  maître  de  chapelle  à  Dresde  :  là 
où  tout  se  contrecarrait  aussi  absolument  que 
mes  aspirations  d'homme   et   d'artiste    et   les 
occupations  qui  découlaient  de  ma  situation, 


710 


LE  GUIDE  MUSICAL 


un  complet  déchirement  de  ces  liens  pouvait 
seul  apporter  la  délivrance.  Seulement,  il 
m'apparut  alors  qu'un  rôle  nullement  secon- 
daire m'était  attribué  :  je  dus  me  convaincre 
que  j'étais  le  seul  artiste  qui  eût,  comme  artiste, 
compris  le  mouvement  du  temps.  J'ai  publi- 
quement, c'est-à-dire  comme  écrivain,  fait 
connaître  mes  vues  à  ce  sujet,  —  c'est-à-dire 
sur  l'Art  dans  ses  rapports  avec  la  Vie.  — Je  n'ai 
pu  savoir  jusqu'à  présent  si  l'on  t'a  permis  de 
prendre  connaissance  de  mes  écrits.  Le  premier 
était  une  petite  brochure,  VAri  et  la  Révo- 
lution, dans  laquelle  je  déniais  les  véritables 
qualités  de  l'art  à  tout  ce  qui  passe  aujourd'hui 
pour  être  de  l'art.  Dans  un  petit  livre  qui 
suivit,  VŒuvre  d'art  de  l'avenir,  je  démontrai 
l'impuissance  de  l'Art  moderne  comme  consé- 
quence nécessaire  de  sa  subdivision  en  diffé- 
rents arts  distincts  qui  visent  à  représenter 
aujourd'hui  tout  l'art;  et  j'y  opposai  l'œuvre 
d'art  de  l'avenir,  le  seul  art  sincère,  toujours 
parallèle  à  la  vie  et  étroitement  uni  avec  elle  ; 
je  le  montrai  dans  ses  traits  principaux,  con- 
tradictoire absolument  à  l'art  monumental  et 
inspiré  de  la  mode  qui  prévaut  aujourd'hui. 

Après  l'achèvement  de  ce  travail,  je  fus 
amené,  -~  au  début  de  i85o,  —  à  retourner  à 
Paris;  dans  l'intervalle,  Liszt  s'était  extraordi- 
nairement  occupé  de  moi;  lui  et  tous  mes 
autres  amis  ne  voyaient  d'avenir  sérieux 
pour  moi  que  sous  les  auspices  d'un  succès 
d'opéra  à  Paris.  Le  désespoir  dans  l'àme,  je 
me  fis  effort  à  moi-même  pour  leur  donner 
raison,  je  rédigeai  un  scénario  et  partis  pour 
Paris.  Cette  fois,  il  s'en  fallut  de  peu  que  cette 
épreuve  me  coûtât  la  vie  :  mon  dégoût  du 
monde  artistique  de  Paris  et  l'horreur  de  la 
contrainte  que  je  m'imposais  prirent  de 
telles  proportions  et  m'affectèrent  si  violemment 
que  je  fus  atteint  d'une  maladie  nerveuse  qui 
faillit  me  consumer  et  dont  je  ne  me  délivrai 
que  par  un  acte  violent,  en  prenant  la  résolu- 
tion désespérée  de  tourner  le  dos  à  tous  mes 
amis  et  de  me  réfugier  dans  le  complet  inconnu. 
J'appris  à  cette  époque,  —  par  l'intermédiaire 
d'un  journal  français,  je  me  trouvais  alors  à 
Bordeaux,  —  que  toi  et  Bakounine  vous  alliez 
être  prochainement  exécutés  ;  je  vous  écrivis 
une  lettre,  espérant  pouvoir  vous  dire  encore 
un  dernier  adieu.  Ce  bruit  ne  tarda  pas  à  être 
démenti,  et  ma  lettre,   que  j'avais   expédiée  à 


Dresde  pour  qu'elle  vous  fût  envoyée  de  là,  fut 
naturellement  retirée. 

Cependant  la  sympathie  et  l'affectueuse  inter- 
vention d'une  famille  me  détournèrent  de 
mes  résolutions  extrêmes.  Cette  famille,  qui  ne 
comprend  guère  que  des  femmes  et  qui  a  habité 
longtemps  Dresde,  doit  être  connue,  —  si  je  ne 
me  trompe,  —  de  ton  frère  ;  je  lui  dois  énor- 
mément. Mais,  avant  tous.je  dois  aussi  nommer 
Liszt  :  on  ne  saurait  croire  vraiment  avec 
quelle  affection  et  quel  dévouement  sans  cesse 
en  éveil  cet  homme  s'est  attaché  à  moi  ;  tout  ce 
qui  en  moi  doit  rester  inaccessible  à  sa  raison 
pure,  il  le  recouvre  d'un  sentiment  de  sym- 
pathie dont  la  vivacité  m'étonne  profondément. 
Il  a  représenté  mon  Lohengriti  à  Weimar  et 
l'a  fait  véritablement  réussir  :  —  à  la  suite  de 
quoi,  on  parle  même  à  Dresde  de  monter  cet 
ouvrage  ;  mais,  —  et  cela  pour  plusieurs 
raisons,  —  j'ai  fait  défense  énergique  de  le 
jouer  là.  Ce  qui  produit  sur  moi  un  effet 
véritablement  comique,  c'est  que  beaucoup  de 
gens  pensent  à  une  réconciliation  entre  moi  et 
ma  situation  antérieure.  Tu  le  vois,  cher  ami, 
voilà  comme  on  est  compris  quand  on  possède 
en  soi  les  qualités  de  l'artiste  I  —  Récem- 
ment, j'ai  de  nouveau  et  explicitement  exposé 
mes  idées  d'artiste  sur  l'objet  même  de  mon 
Art  dans  un  gros  livre.  Opéra  et  drame;  sur 
mon  individualité  dans  ses  rapports  avec  cet 
objet,  dans  Une  communication  à  mes  amis, 
que  j'ai  placée  en  tête  d'une  édition  des  trois 
poèmes  du  Hollandais  volant,  du  Taunhœuser 
et  de  Lohengrin.  Le  premier  paraîtra  sous  peu 
chez  Weber  (i),  le  second  chez  Breitkopf  et 
Hsertel  (2).  Que  je  serais  heureux  si  tu  pouvais 
recevoir  ces  livres  de  moi  !  Ces  Hsertel  font 
aussi  graver  la  réduction  pour  piano  de 
Lohengrin,  et,  —  ce  qui  t'étonnera  certaine- 
ment, —  ils  veulent  même  graver  la  grande 
partition  d'orchestre.  Tu  vois  que  l'opinion  à 
mon  égard  comme  artiste  est  devenue  très  favo- 
rable ;  mais,  —  précisément  dans  ma  commu- 
nication, —  j'ai  repoussé  très  catégoriquement 
tout  témoignage  d'esdme,  en  ce  sens  qu'on  veut 
séparer  l'homme  de  l'artiste,  et  j'ai  montré  la 

(i)  Editeur  à  Leipzig,  chez  qui  parut,  en  eiîet,  la  pre- 
mière édition  à' Opéra  et  drame. 

(2)  Paru  sous  ce  titre  :  Trois  poèmes  d'opéras  avec  une 
communication  à  ses  amis  comme  préface,  par  Richard 
Wagner,  iS52.  IV,  352  pages in-80. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


711 


sottise  de  cette  distinction.  Combien  déloyal  et, 
pour  le  dire  franchement,  combien  misérable 
est  tout  notre  art  actuel,  cela  se  voit  aujourd'hui 
seulement   qu'il   a   rejeté  le  dernier  voile   de 
pudeur  et  reconnaît  ouvertement  qu'à  tout  prix 
il  lutte  pour  l'existence.  Je  n'ai  pas  besoin  de 
te  dire  combien  dans  ces  circonstances  un  être 
de  mon  espèce  doit  se  sentir  malheureux  :  les 
yeux  grands  ouverts,  je  dois   me  livrer  à  des 
illusions  pour  justifier  une  productivité  qui,  de 
l'autre  côté,  peut  seule  me  donner  le  change 
quant  à  la  nullité  générale.  J'ai  horreur  main- 
tenant  de  toute   théorie  :  Liszt   m'a  excité  à 
entreprendre  un  nouveau  travail  artistique.  Je 
viens  de  versifier  un  Jejiiie  Siegfried   qui,  je 
dois  l'avouer,  m'a  procuré   de  grandes   joies. 
Mon  héros  a  grandi  sauvage  dans  les  bois; 
il  a  été  élevé  par  un  nain  (le  Nibelung  Mime), 
dans  l'espoir  qu'il  tuerait  le  dragon -géant,  gar- 
dien du  trésor.  Ce  trésor  des  Nibelungen  est  un 
élément  extrêmement  important   :  des  crimes 
de  tout  genre    s'y    rattachent.   Siegfried    est, 
du  reste,  à  peu  près  le  même  personnage  que  ce 
gars  dont  parlent  les  contes  et  qui  se  met  en 
route  pour  apprendre  la  peur,  —  ce  qui  ne  lui 
réussit  pas,  parce  qu'avec  sa  saine  nature  il  voit 
le  monde  autour  de  lui  tel  qu'il  est  en  réalité.  Il 
abat  le  dragon-géant  et  tue  le  nain,  son  père 
nourricier,  parce  que  celui-ci  voulait  se  débar- 
rasser de  lui,  afin  de  s'assurer  du  trésor.  Sieg- 
fried, aspirant  tristement  à  sortir  de  sa  solitude, 
apprend  ensuite  par  la  voix  de  l'oiseau  de  la 
forêt,  —  dont  il  comprend  le  chant,    grâce  au 
sang  du  dragon  qu'il  a  bu  par  hasard,  —  que 
sur  un  rocher  dort  Brunnhilde  entourée  par  le 
feu.   Siegfried   traverse   la  flamme   et  réveille 
Brunnhilde,  —  la  femme,  pour  les  plus  déli- 
cieuses étreintes  d'amour.  —  Je  ne  puis  ici  te 
donner  plus  d'indications  ;  peut-être  pourrai-je 
t'adresser  le  poème.  —  Un  mot  encore  seule- 
ment :  —  dans  nos  discussions  animées  nous 
avons  déjà  touché  ce  sujet  :  —  nous  ne  sommes 
ce  que  nous  pouvons  et  devons  être  qu'autant 
■  que  —  la  femme  n'a  pas  été  éveillée. 

Mais,  quelles  chansons  je  te  chante  là,  pau- 
vre ami  !  Crois-moi,  je  suis  malheureux,  moi 
aussi,  de  ne  pouvoir  que  chanter.  Je  vais  tra- 
vailler au  Jeune  Siegfried,  —  mais  sans  me 
donner  le  change  un  seul  instant;  je  sens  que 
ceci  encore  est  une  belle  illusion  et  que  rien  n'est 
au-dessus  de  la  réalité.  Souvent  nous  nous 
faisons  l'effet  d'être  emprisonnés  plus  solide- 


ment dans  nos  chaînes  invisibles  que  ceux 
qui  hous"  paraissent  céder  à  une  contrainte 
réelle.  Aussi,  —  à  bon  escient,  —  je  t'adresse 
cette  seule  et  triste  consolation,  —  ne  sois  pas 
fâché  contre  moi  !  —  car  nous  n'avons  pas  autre 
chose  à  nous  souhaiter  les  uns  aux  autres  :  sois 
bien  portant  et  tâche  de  conserver  la  santé  ! 
Tout  est  là,  —  espoir,  consolation  et  —  certi- 
tude ! 

Et  maintenant,  mon  pauvre  cher  ami,  si  on 
te  le  permet,  donne-moi  de  tes  nouvelles  et  bien 
complètes,  aussitôt  que  tu  auras  l'autorisation; 
je  m'empresserai,  de  mon  côté,  à  te  répondre 
autant  que  je  le  pourrai;  puissent  mes  lettres  te 
reconforter  et  te  donner  le  courage  d'endurer 
et  la  résignation!  Adieu!  Quand  tu  seras  triste, 
pense  en  amitié  et  affection 

à  ton  fidèle  ami 
Richard  Wagner. 

Zurich,  le  14  août  i85i  (i). 

(A  suivre.) 


N  PÈLERINAGE  A  ENDENICH 

(Suite  et  fin.  —  Voir  le  n"  38) 
S^ 

La  maison  de  santé  où  vécut  ce  pauvre 
Schumann,  pendant  les  deux  dernières . 
années  de  sa  vie,  fut  fondée  en  1844,  par  le 
docteur  Richarz;  elle  est  située  dans  la  partie 
haute  d'Endenich  (Poppelsdorfer  Strasse). 
Imaginez  une  sorte  de  jolie  pension  bour- 
geoise des  environs'  de  Paris  :  une  cour 
précède  la  maison,  élevée  d'un  rez-de- 
chaussée  et  d'un  étage  seulement,  dont  les 
volets  de  couleur  verte  donnent  aux  murs 
une  blancheur  encore  plus  éclatante.  Nulle 


(1)  Est-ce  à  cette  lettre  que  fait  allusion  Richard 
Wagner,  quand  il  écrit  à  son  ami  Uhlig  :  «  La  lettre 
(incluse)  à  Rœckel  est  fade  et  forcée  ;  fais-la-lui  néan- 
moins parvenir  par  Schulze  (qui  pourra  écrire  l'en- 
veloppe) ;  l'essentiel  est  que  je  reçoive  enfin  une  lettre  de 
Rœckel  lui-même;  alors  je  pourrai  lui  écrire  mieux.  » 
La  lettre  de  Wagner  à  Uhlig  où  se  trouve  ce  passage 
n'est  pas  datée,  mais  elle  remonte  à.iS5i,  et  se  rapporte 
évidemment  au  début  de  la  présente  correspondance. 


712 


LE  GUIDE  MUSICAL 


tristesse  dans  les  abords  ;  l'aspect  est,  au 
contraire  gai  et  réconfortant.  Nous  sommes 
reçu  dans  un  parloir  composé  de  deux 
pièces  et  meublé  très  simplement.  Un  des 
trois  docteurs  préposés  aux  soins  d'une 
cinquantaine  de  malades,  M.  le  docteur 
Oebeke,  se  met  très  obligeamment  à  notre 
disposition.  A  l'époque  où  Robert  Schu- 
marm  fut  reçu  par  le  docteur  Ricliarz  à  la 
maison  d'Endenich,  M.  Oebeke  n'était  qu'é- 
tudiant en  médecine  à  l'Université  de 
Bonn;  mais  il  était  déjà  attaché  au  service 
de  la  maison.  Il  a  donc  connu  Robert  Schu- 
mann  et  se  le  rappelle  fort  bien.  Le  maître 
était  d'une  douceur  évangélique;  jamais  on 
ne  fut  forcé  de  recourir  aux  moyens  extrî- 
mes,  à  la  camisole  de  force.  Les  crises 
violentes,  auxquelles  il  avait  pu  être  sujet 
avant  sa  chute  dans  le  Rhin,  ne  se  repro- 
duisirent plus,  une  fois  entré  à  la  maison  de 
santé. 

C'étaient  surtout  les  hallucinations  qui 
le  tourmentaient,  lui  enlevant  tout  sommeil; 
il  croyait  entendre  des  voix  qui  lui  dictaient 
des  thèmes,  ou  lui  reprochaient  d'écrire 
des  Lieder  qui  n'étaient  que  la  reproduc- 
tion de  ceux  de  ses  illustres  devanciers.  Il 
se  mettait  au  piano  ;  mais  les  forces  phy- 
siques et  morales  le  trahissaient  :  les  idées 
arrivaient  par  intermittence,  malheureuse- 
ment décousues.  On  aurait  pu  comparer  le 
cerveau  du  grand  homme  au  mécanisme 
d'une  montre  dont  le  ressort  usé  ne 
marchait  plus  qu'à  des  intervalles  inégaux. 
Ce  piano,  qui  est  actuellement  la  propriété 
de  M™"  veuve  Richarz,  était  situé  au  pre- 
mier étage  dans  la  salle  à  manger,  voisine 
de  l'appartement  qu'habitait  Schumann  et 
qui  se  composait  de  deux  pièces,  la  pre- 
mière servant  de  chambre  à  coucher,  la 
seconde  de  salon  ;  les  fenêtres  donnent  sur 
le  jardin. 

M.  le  docteur  Oebeke,  tout  en  nous  con- 
duisant de  pièce  en  pièce,  était  amené  par 
nos  questions  à  se  remémorer  quelques 
détails  particuliers  sur  le  séjour  de  Schu- 
mann à  la  maison  d'Endenich.  C'est  ainsi 
qu'il  nous  disait  que  son  malade  avait  une 
habitude  assez  fréquente,  qui  consistait  à 
imiter  avec  les  lèvres  une  sorte  de  petit 
sifflement.  Il  aimait  la  solitude  ;  et  cepen- 


dant, il  recevait  avec  plaisir  dans  les  pre- 
miers temps  ses  amis  intimes  Joachim, 
Brahms M"i«  Clara  Schumann,  la  pre- 
mière, venait  s'installer  près  de  lui  et  lui 
apportait  des  fleurs  qu'il  aimait  tant.  Les 
fleurs,  cette  joie  des  yeux!  il  en  était 
entouré.  Elles  devaient  atténuer  les  an- 
goisses des  mauvais  moments,  lorsqu'il  se 
promenait  dans  ce  joli  enclos  tout  fleuri, 
descendant  en  pente  ;  puis,  remontant  quel- 
que peu  à  travers  les  bosquets  ombreux,  il 
allait  s'asseoir  sur  la  hauteur,  dans  un 
kiosque  d'où  la  vue  la  plus  belle  s'étend  à 
droite  sur  le  village  de  Poppelsdorf,  le 
Venusberg  et  le  Kreutzberg,  à  gauche  sur 
Bonn,  et,  au  lointain,  sur  le  panorama  des 
sept  montagnes,  dominées  par  le  grand 
Œlberg.  Dans  cette  douce  retraite,  la  ligne 
de  ces  horizons  tranquilles  apaisait  l'âme 
tourmentée  de  celui  qui  fut  si  vivement  sol- 
licité par  les  grands  drames  de  Manfred 
et  de  Faust.  Pour  lui,  comme  pour  ses 
poètes  de  prédilection,  la  nature,  cette 
grande  magicienne,  donnait  à  ses  pensées 
un  repos  momentané. 


La  demeure  où  réside  M™«  veuve  Ri- 
charz est  voisine  de  la  maison  de  santé  : 
un  jeune  docteur  fut  assez  aimable  pour 
nous  présenter  à  elle.  C'est  une  adoratrice 
de  Schumann,  qu'elle  a  beaucoup  connu 
alors  qu'elle  habitait  Dusseldorf  et  qu'elle 
chantait  dans  les  chœurs  que  conduisait  le 
maître,  en  qualité  de  directeur  de  la  mu- 
sique. Aussi  sa  conversation  est-elle  pleine 
d'intérêt  pour  nous  et  comme  un  doux  écho 
de  la  vie  du  chantre  de  Manfred.  Elle  le 
voit  encore,  à  une  soirée  donnée  en  son 
honneur,  à  Dusseldorf,  pensif,  la  main 
appuyée  sur  le  front,  ne  disant  rien  jus- 
qu'au moment  où,  après  l'exécution  d'une 
de  ses  œuvres  par  Johannès  Brahms,  il  se 
leva,  passa  derrière  lui,  lui  posa  la  main 
sur  la  tête  et  revint  tranquillement  à  sa 
place.  Il  était  généralement  taciturne, 
plongé  dans  ses  réflexions  et  préoccupé  de 
ses  compositions.  La  solitude,  son  intérieur 
le  séduisaient  avant  tout  :  «  N'attendez  pas 
de  moi  —  écrivait- il  à  un  ami  à  l'époque 
de  son  départ  pour  la   Russie  —   que  je 


LE  GUIDE  MUSICAL 


713 


vous  dise  longuement  combien  il  m'en 
coûte  de  sortir  de  mon  cercle  paisible.  Je 
n'y  puis  penser  sans  qu'un  ennui  mortel 
vienne  m'assaillir.  » 

y[mt  veuve  Richarz  réfute  la  légende  qui 
nous  représente  Schumann  aimant  un  peu 
trop  la  blonde  liqueur  de  Gambrinus.  On 
montre  au  Kaffebauin,  à  Leipzig,  la  place 
où  le  compositeur  venait  s'asseoir  de  i833 
à  1840  pour  prendre  sa  chope  de  bière  et 
fumer  les  cigares  qu'il  appelait  ses  «  dia- 
blotins ».  En  cela,  il  suivait  l'exemple  de 
ses  compatriotes,  qui  fréquentent  journelle- 
ment la  brasserie,  sans  pour  cela  se  livrer 
à  un  excès  de  boisson.  Il  recherchait  peut- 
être  dans  cette  atmosphère  une  excitation 
de  l'évocation  créatrice,  une  sorte  de  «  Pa- 
radis artificiel  »,  mais  il  n'en  abusa  jamais. 

Nous  avons  vu,  chez  M^^  Richarz,  le 
piano  à  queue  et  le  long  tabouret  qui  ser- 
virent à  Schumann  à  l'époque  où  il  était  à 
la  maison  de  santé,  et  aussi  le  beau  médail- 
lon de  Rietchel,  représentant  de  profil 
Robert  et  Clara  Schumann.  Ce  médaillon, 
qui  lui  a  été  donné  par  M™«  Schumann,  nous 
disait  M™e  Richarz,  est  l'image  la  plus  fidèle 
du  maître.  Elle  a  servi  de  modèle  au  sculp- 
teur Ad.  Donndorf  pour  le  profil  qu'on  voit 
sur  le  tombeau  de  Schumann  au  vieux 
cimetière  de  Bonn. 

Emettons  le  vœu  que,  dans  un  avenir 
prochain,  les  admirateurs  de  Schumann 
forment  un  musée  des  souvenirs  du  maître, 
comme  les  municipalités  de  Bonn  et  de 
Salzbourg  ont  eu  l'heureuse  idée  d'en  créer 
pour  Beethoven  et  Mozart. 

Hugues  Imbert. 


A  PROPOS  DE  L'ARLESIENNE 


ETTE  Arlésienne  que  M.  Alhaiza 
vient  de  reprendre  pour  la  réou- 
verture du  théâtre  royal  du  Parc, 
date  de  1872.  Tirée  d'un  récit  de 
quelques  pages  qui  en  esquisse  à  peine  la, 
donnée  passionnelle  dans  les  Lettres  de  mon 


moulin,  la  pièce  d'Alphonse  Daudet  fut 
donnée  pour  la  première  fois  au  Vaudeville 
sous  la  direction  "de  M.  Carvalho,  et  c'est 
peut-être  au  directeur  autant  qu'à  l'auteur 
qu'est  due  l'idée  des  vignettes  musicales 
dont  Georges  Bizet  illustra  ces  cinq  actes. 
On  peut  concevoir,  en  efi'et,  que  l'ancien 
imprésario  du  Théâtre-Lyrique  ait  songé  à 
la  symphonie  pour  soutenir  l'action  drama- 
tique de  cette  pastorale  de  Provence,  et 
qu'ayant  deviné  l'utilité  de  ce  concours  il 
l'ait  confié  à  un  jeune  compositeur  qui, 
sans  avoir  encore  obtenu  ses  lettres  de 
maîtrise,  avait  déjà  fait  ses  preuves  avec 
les  Pêcheurs  de  perles  et  la  Jolie  Fille  de 
Perth.  Toujours  est-il  que  l'idée  était  juste 
et  que  la  réalisation  en  fut  des  plus  heu- 
reuses. 

Si  poignant  qu'il  soit,  le  drame  de  Y  Arlé- 
sienne se  traîne  en  des  lenteurs  inévitables, 
puisqu'en  cinq  actes,  d'ailleurs  très  habile- 
ment diversifiés  par  d'ingénieux  épisodes, 
l'action  tourne  autour  d'une  situation  men- 
tale toujours  la  même.  Trahi  dans  sa  pas- 
sion pour  une  femme  dont  il  ne  soupçonnait 
pas  la  perversité,  Frédéri   aura-t-il  assez 
d'empire  sur  lui-même  pour  sacrifier  cette 
passion  au  sentiment  du  devoir,   à  la  ten- 
dresse familiale  que  son  désespoir  inquiète, 
à  l'amour  ingénu  qui  s'offre  à  le  consoler, 
à  sa  dignité  personnelle  ;  ou  bien  cette  pas- 
sion   sera-t-elle    assez    forte  pour   qu'il  y 
sacrifie  tout  et  l'honneur  même  ;  ou  bien 
encore,  ne  pouvant  se  résoudre  ni  à  aimer 
ce  qu'il   méprise,  ni   à  mépriser  ce    qu'il 
aime,  las  de  la  vie    parce  qu'il  n'est  pas 
taillé  pour  la  lutte,  prendra -t-il  le  parti  de 
se  réfugier  dans  le  suicide,  optant  pour  la 
dissolution  parce  qu'il  est  incapable  d'une 
solution  ?  Tout  est  là,  et  l'on  voit  d'ici  les 
redites  inséparables  d'un  tel  «  trilemme  », 
pour  ainsi  parler.  Poétique  et  pittoresque, 
la  localité  du  cadre  ne  suffit  pas  à  les  dissi- 
muler; elle   les   souligne   plutôt,    d'autant 
que  les  personnages,  non  contents  d'être  de 
Provence  comme  il  convient,  nous  donnent 
de  cette  Provence,  de  son  atmosphère,  de 
ses  sites  et  de  ses  mœurs,  une  interpréta- 
tion   littéraire   peu  compatible  avec    leur 
rusticité  pourtant  très  étudiée,  l'interpréta- 
tion   d'Alphonse    Daudet    ciselée   en   une 


714 


LE  GUIDE  MUSICAL 


langue  dont  l'exquisité  est  un  charme  tou- 
jours, mais  parfois  aux  dépens  du  carac- 
tère. Le  Lignon  de  Y Astrée  n'est  pas  loin 
du  Rhône  et  des  montagnes  du  Père  Pla- 
nète. 

Or,  voici  le  service  rendu  par  la  musique. 
Où  l'action  languit,  la  musique  donne  le 
change  sur  les  longueurs  et  les  lenteurs  en 
les  épanouissant  dans  le  commentaire  des 
rythmes  et  des  timbres,  qui  complètent  en 
les  détournant  du  mot  les  impressions  de 
l'auditoire.  Où  la  parole  évoque  le  paysage, 
où  le  décor  le  cartonne  sans  le  définir,  c'est 
la  musique  qui  le  colore.  Où  le  geste  réalise 
le  mouvement,  c'est  la  musique  qui  l'anime. 
Cela  grâce  au  tact  scénique  de  Georges 
Bizet  qui,  en  cette  adaptation  musicale, 
conduite  avec  autant  de  discrétion  et  de 
goût  que  de  verve  et  de  puissance,  a  trouvé 
moyen  de  se  faire  place  sans  empiétement. 
Sa  mélodie  obtient  le  relief  en  évitant  le 
développement  ;  et  ce  qu'elle  semble  perdre 
à  ne  pas  s'étaler,  la  virtuosité  de  l'harmo- 
niste et  du  coloriste  le  lui  rend  au  centuple 
par  l'incessant  renouvellement  des  thèmes, 
variés  et  transformés  par  la  marche  des 
accords,  par  les  dessins  d'orchestre,  par 
les  combinaisons  des  timbres.  Qu'il  crée 
un  motif  ou  l'emprunte  au  folklore  du 
terroir,  on  jurerait  que  l'œuvre  même  en 
est  l'inspiratrice,  et  si  hermétique  est  l'in- 
sertion de  la  vignette  qu'elle  fait  désormais 
partie  intégrante  du  drame. 

En  écrivant  la  musique  deVArlésieiinc, 
Georges  Bizet  a  essayé  Carmen.  L'ouvrage 
qui  a  consacré  sa  réputation,  et  dont  il  ne  lui 
fut  pas  donné  de  savourer  la  vogue  univer- 
selle, est  assurément  d'une  importance 
beaucoup  plus  considérable,  et  les  apti- 
tudes dramatiques  du  compositeur  ont  pu 
s'y  donner  carrière  avec  plus  de  liberté 
et  d'autorité;  mais  ce  qui  fait  l'origi- 
nalité principale  de  Carmen  ;  c'est,  avec  la 
virtuosité  harmonique  du  compositeur,  le 
caractère  de  localité  que  lui  assure  une 
habile  et  féconde  utilisation  des  thèmes, 
rythmes  et  timbres  d'Espagne.  C'est  par  là 
que  Carmen  est  de  la  même  veine  que  VA  r- 
lésienne,  qui  lui  est  antérieure  de  deux 
années  à  peine.  Et  VArlésienne  elle-même 
n'est  pas  étrangère  au  succès  de  Carmen,  au' 


moins  hors  Paris,  puisque  sur  maint  théâ- 
tre lyrique  Carmen  se  corse  d'un  ballet 
dont  les  divertissements  sont  pris,  pour  la 
plupart  sinon  tous,  au  mélodrame  de  VAr- 
lésienne. 

La  partition  de  VArlésienne,  telle  qu'elle 
est  exécutée  au  théâtre  du    Parc,  sous  la 
direction  de  M.  Van  Dam,  professeur  au 
Conservatoire,  est  une  cote  mal  taillée  en- 
tre le  mélodrame  primitif  du  Vaudeville- 
Carvalho,  et  la  Suite  d'orchestre   que  le 
compositeur  en  tira  pour  les  concerts  sym- 
phoniques  de  Paris.   C'est  ainsi  qu'après 
Vlntermezzo,   souvent  applaudi  aux   Con- 
certs  populaires,    M.   Van   Dam    joue   le 
Carillon  de  la  Suite  agrémenté  d'un  trio  qui 
ramène  la  sonnerie  des  cloches  après  une 
piquante  modulation,  et  non  pas  seulement       ] 
le  court  entr'acte  carillonnant  qui  ouvre  le       j 
quatrième  acte  de  la  pièce.  La  transaction       -ï 
n'est  pas  des  mieux  motivées   au  théâtre, 
où  elle  fait  à  la  musique  plus  de  place  que       i 
le  compositeur  n'a  voulu  en  prendre.  C'est 
rendre  un  médiocre  hommage  à  cette  dis-      l 
crétion,    à   ce  tact  dont    se    rehausse    la 
valeur  musicale  de  son  œuvre. 

A  part  cela,  il  faut  dire  que  l'orchestre 
recruté  tout  exprès  pour  VArlésienne  du 
Parc,  s'acquitte  de  sa  tâche  avec  beaucoup 
de  soin;  que  la  pièce  de  Daudet  est  jouée 
avec  un  remarquable  ensemble  et  avec  un 
légitime  succès.  C.  T. 


NOTES    DE  VOYAGE 


(Suite.  —  Voir  le  n"  38) 


Si,  à  bien  des  points  de  vue,  les  conservatoires 
allemands,  —  j'en  excepte  ceux  de  Leipzig,  de 
■Francfoit  et  de  Cologne,  —  sont  en  générai 
très  inférieurs  aux  nôtres,  on  y  trouve,  cepen- 
dant partout  des  cours  que  nous  ne  possédons 
pas  et  dont  l'utilité  me  semble  incontestable  au 
point  de  vue  de  l'éducation  générale  du  musi- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


715 


Je  veux  parler  tout  d'abord  des  chaires  d'his- 
toire de  la  musique  et  d'esthétique  générale.  A 
Gand,  si  je  ne  me  trompe,  M.  Adolphe  Samuel 
a  pris  récemment  l'initiative  d'un  pareil  cours. 
Au  Conservatoire  de  Paris,  il  y  a  un  cours 
d'histoire  donné  par  M.  Bourgault-Ducoudray. 
Mais  il  n'en  existe  ni  à  Bruxelles,  ni  à  Liège. 
Il  y  a  là  une  évidente  lacune,  qu'il  serait  urgent 
de  combler.  Ces  cours  sont  donnés  quelquefois 
par  des  professeurs  d'université,  qui  sont  des 
savants  de  premier  ordre.  La  chaire  de  ce 
genre  qui,  en  ce  moment,  a  le  plus  de  réputa- 
tion et  qui  attire  le  plus  d'élèves  est  celle  de 
M.  Guido  Adler,  qui  est,  avec  M.  Gevaert,  le 
savant  le  plus  versé  dans  la  musique  ancienne. 
M.  Adler,  il  est  vrai  ne  professe  pas  dans  un 
conservatoire.  C'est  à  l'Université  de  Prague 
qu'il  donne  son  cours  d'histoire  de  la  musique, 
mais  ce  cours  est  ouvert  à  tous,  et  les  jeunes 
artistes  désireux  de  s'instruire  peuvent  s'y  faire 
inscrire.  La  spécialité  de  M.  Guido  Adler  est 
la  musique  des  premiers  siècles  chrétiens. 
Grâce  aux  merveilleux  documents  de  l'art 
médiéval  que  possèdent  les  couvents  d'Autriche, 
M.  Adler,  est  en  cette  matière,  un  des  musico- 
graphes qui  ont  le  plus  contribué  à  faire  la 
clarté  sur  les  origines  de  notre  art  moderne. 
Il  prépare,  sur  cette  matière,  un  ouvrage  qui 
sera  devancé  probablement  par  celui  de  M .  Ge- 
vaert, que  le  Guide  mitsical  a  récemment 
annoncé. 

Il  n'est  pas  indispensable,  cela  va  s'en  dire, 
que  des  études  si  lointaines  élargissent  le  champ 
d'exploration  de  tous  les  jeunes  artistes.  Un 
violoniste,  un  chanteur,  un  pianiste  n'a  pas 
besoin  d'être  orienté  d'une  façon  approfondie 
sur  ce  sujet  un  peu  spécial.  Mais  encore  serait- 
il  utile  qu'ils  connussent  tous  au  moins  les  traits 
généraux  de  l'histoire  de  leur  art,  qu'ils  eusent 
une  notion  plus  ou  moins  claire  des  grandes 
époques  de  la  musique  dans  le  passé.  En 
revanche,  ce  qui  ne  serait  qu'un  luxe  de 
culture  pour  les  élèves  des  cours  de  virtuosité, 
devient  un  complément  presque  indispensable 
de  l'éducation  des  organistes  et  des  élèves 
des  classes  de  composition.  Or,  combien 
sont-ils  ceux  qui,  sortant  de  nos  conservatoires 
avec  leur  diplôme  de  capacité,  soient  en 
mesure  d'exposer  rationnellement  les  phases 
principales  de  l'art  qu'ils  sont  appelés  à  pra- 
tiquer et  que  la  plupart  d'entre  eux  enseigneront 


par  la  suite  à  d'autres  générations  ?  Jetez  les 
yeux  sur  le  questionnaire  que  l'on  pose  à  ce 
sujet  à  nos  concurrents  pour  le  prix  de  Rome, — 
l'épreuve  suprême  imposée  à  nos  futurs  direc- 
teurs de  conservatoire,  —  et  vous  serez  navrés 
de  l'insuffisance  fâcheuse  de  l'enseignement  à 
ce  point  de  vue. 

Quant  à  l'esthétique  générale,  il  n'en  est  pas 
même  fait  mention.  Aucun  de  nos  conserva- 
toires ne  possède  de  chaire  de  ce  genre,  et  nos 
étudiants  en  musique  prennent  leur  volée 
n'ayant  de  notions  ni  de  l'histoire  de  la  mu- 
sique, ni  de  l'histoire  littéraire,  si  souvent  liée  à 
celle-là,  ni  de  la  peinture,  dont  cependant  les 
chefs-d'œuvre  seraient  de  nature  à  développer 
si  utilement  leur  compréhension  générale  des 
conditions  de  leur  art  propre.  Ils  ignorent  tout, 
même  la  vie  des  maîtres  dont  ils  jouent  le  plus 
souvent  les  œuvres.  Où  la  lacune  d'une  éduca- 
tion littéraire  est  plus  particulièrement  sensible, 
c'est  dans  nos  classes  de  chant  lyrique  et  dra- 
matique. Et  cependant,  nulle  part  elle  ne 
serait  plus  nécessaire  qu'ici.  Comment  veut-on 
qu'un  chanteur  ou  un  acteur  appelé  à  repré- 
senter un  personnage  historique,  légendaire  ou 
fantaisiste,  ait  une  conception,  je  ne  dis  pas 
juste,  mais  simplement  artistique  de  son  rôle, 
s'il  n'a  aucune  idée  ni  des  milieux  de  l'action 
ni  de  l'époque  historique  où  elle  se  passe, 
ni  du  caractère  particulier  du  héros  qu'il 
incarne,  ni  des  circonstances  morales  dans  les- 
quelles s'est  déroulé  le  drame  ou  la  comédie 
où  il  intervient  ? 

Je  vais  plus  loin  même,  et  j'affirme  qu'un 
chanteur  de  concert  est  incapable  de  con- 
venablement interpréter  telle  ou  telle  partie 
d'un  oratorio,  voire  une  simple  mélodie,  s'il 
n'est  pas  en  mesure  de  comprendre  le  caractère 
du  poème  dont  il  chante  le  texte  et  s'il  ne  sait 
rien  de  l'époque  à  laquelle  appartient  l'œuvre 
qu'il  doit  interpréter. 

Combien  n'en  ai-je  pas  rencontré  qui,  ayant 
à  dire  un  simple  Lied  de  Schubert  ou  de  Schu- 
mann,  un  air  de  Mozart  ou  de  Gluck,  un  chant 
quelconque  sur  des  paroles  d'un  poète  célèbre, 
n'avaient  aucune  notion  du  style,  ni  de  la 
diction, parce  que,  totalement  illettrés,  ils  étaient 
incapables  de  donner  une  expression  quel- 
conque à  des  paroles  et  à  un  accent  mélodique 
dont  ils  ne  pouvaient  saisir  le  sens  et  la  portée. 

Il   ne  faut  pas  chercher  ailleurs  :  c'est  de 


716 


LE  GUIDE  MUSICAL 


l'insuffisance  de  l'éducation  intellectuelle  que 
vient  le  manque  absolu    de  goût  et  de  style 
de   la  plupart   de  nos  chanteurs,  français  et 
belges.  Ils  retournent  nécessairement  et  fatale- 
ment aux  airs  toujours  les  mêmes  des  mêmes 
opéras  immuablement  chantés,  parce  que   ce 
sont  les  seules  pièces  qu'ils  soient  en  mesure 
de  comprendre,  les  ayant  entendues  à  la  scène 
et  ayant  pu  se  rendre  compte  ainsi  des  effets 
qu'ils  peuvent  en  tirer.  Sortis  de  là,  ils  sont 
incapables  d'aucune  compréhension,  sauf  quel- 
ques rares  exceptions.  Qu'est-ce  pour  eux   un 
sonnet  de  Ronsard,  un  poème  de  Victor  Hugo 
ou  de  Musset,   une  chanson  de   Heine  ?   Que 
leur  importe  qui  est  Acis,  qui  est  Galathée,  qui 
est  Saiil,  Samson,  Dalila,  Valentine,  Don  Juan, 
Faust,    Obéron,   Orphée,    Iphigénie,    Alceste? 
Ils  apprennent  leur  partie  de  chant,  ils  l'exé- 
cutent d'instinct,  plus  ou   moins   convenable- 
ment, quand  on   la  leur  a  bien  serinée  ;  mais 
s'ils  n'ont  pas,  à  côté  d'eux,  pour  les  instruire  et 
leur  faire  la  leçon  des  hommes  comme  Gevaert 
ou  l'auteur,  qui  leur  indique  ce  qu'il  désire; 
jamais  le  sens  intime  et  profond,jamais  le  carac- 
tère de   l'œuvre   ne   seront  rendus.  L'une  des 
causes  de  la  supériorité  actuelle  de  la  musique 
instrumentale  et  de  la  décadence  du  chant,  au 
théâtre  comme  au  concert,   est  certainement 
ce   défaut   de  culture   intellectuelle   du  chan- 
teur et  de  l'acteur   modernes.  Et  voyez  :  les 
seuls  qui  marquent  actuellement  sont  tous  des 
«  privilégiés  »  qui,  par  un   concours   heureux 
de  circonstances  ont  pu  acquérir  une  culture 
intellectuelle  supérieure  :  Van  Dyck,  les  frères 
de  Reszké,  Maurel,  Faure,  Engel,  etc.  Dans  le 
passé,  il  suffira  de  citer  les  noms  de  M^s  Viar- 
dot,  de  la  Malibran,  de  la  Pasta,  de  M™^  de  la 
Grange,  de  Jenny  Lind,  de  Roger,  de  Nour- 
rit, de  Duprez,  pour  évoquer  immédiatement 
le  souvenir   de  personnalités   où    la    maîtrise 
proprement  musicale  se  complétait  de  connais- 
sances   générales,  littéraires,    philosophiques, 
artistiques  que  l'on  ne  rencontre  plus  guère.  Le 
plus  curieux,  c'est  que  très  souvent  chez  ces 
artistes  de  haut  rang,  les  moyens  naturels  ne  sont 
pas  à  beaucoup  près  aussi  complets  que  chez 
d'autres,  simples  produits  de  la  nature,  mais 
doués  par  elle  plus  généreusement  au  point  de 
vue  de  l'instrument.  Seulement,  ces  derniers 
n'aboutissent  à  rien,  parce  que  le  cerveau  est 
nul.  La  faute  n'en  est  pas  toujours  à  eux-mêmes; 


elle  est  la  suite  de  l'insuffisance  de  l'enseigne 
ment. 

Et  ceci  m'amène  à  parler  d'une  institution 
qui  existe  en  Autriche  et  en  Allemagne  et  que 
nous  ne  possédons  dans  aucun  de  nos  conser- 
vatoires, ni  en  France  ni  en  Belgique.  Je  veux 
parler  des  écoles  d'art  dramatique,  qui  forment 
une  annexe  obligée  de  tout  consei"vatoire 
d'outre-Rhin,  sous  la  dénomination  à'Opern- 
schitle. 

Je  viens  d'étudier  de  près  leur  organisation, 
et  je  crois  qu'il  y  a  là  une  idée  excellente  et 
pratique,  d'autant  plus  facile  à  appliquer  chez 
nous  que, dès  à  présent,  la  plupart  des  éléments 
se  trouvent  réunis  pour  constituer  des  écoles 
semblables.  Il  s'agirait  seulement  de  compléter 
et  d'organiser  ce  que  nous  possédons. 

U école  d'opéra  la  plus  l'emarquable  actuel- 
lement et  la  mieux  installée  est  celle  du  Con- 
servatoire de  Vienne,  que  dirige  M.  Fuchs  et 
qui  est,  on  le  sait,  subsidiée  par  la  Société  des 
amis  de  la  musique  (i). 

Le  cours  comprend,  au  total,  cinq  années. 
Les  jeunes  gens  qui  veulent  le  suivre  doivent 
pouvoir  prouver  la  connaissance  des  éléments 
de  la  musique,  solfège,  lecture  à  vue,  notions 
d'accompagnement  sur  le  piano,  etc.  Ils  en- 
trent ensuite  dans  les  classes  de  chant  propre- 
ment dites  où,  pendant  trois  ans,  ils  reçoivent 
l'instruction  pratique  nécessaire  (position  de  la 
voix,  émission,  diction,  solfège,  etc).  La  deu- 
xième et  la  troisième  années  sont  consacrées  à 
l'étude  des  œuvres  classiques  et  à  celle  des 
œuvres  du  répertoire.  Quand  l'élève  a  suivi  avec 
fmit  ces  cours,  il  passe  aux  classes  d'art  drama- 
tique proprement  dites,  où  il  suit  des  cours 
parallèles  de  chant,  de  musique,  de  diction, 
comme  dans  nos  conservatoires.  Concurrem- 
ment, il  doit  suivre  un  cours  d'histoire  générale 
de  la  musique  (une  heure  par  semaine);  un  cours 
d'histoire  de  la  jioésie  et  de  la  mythologie 
(deux  heures  par  semaine)  ;  un  cours  d'histoire 
de  l'art  dramatique  (une  heure  par  semaine)  ;  un 
cours  d'histoire  du  costume  (Jeux  heures  par 
mois)  ;  un  cours  d'esthétique  générale  (quinze 
conférences  dans  l'année)  ;  un  cours  de  langue 

(i)  La-Société  des  Amis  de  la  musique  a  fondé  le 
Conservatoire  de  Vienne  en  1S17.  Le  Conseï  vatoire  est 
placé  sons  le  haut  protectorat  de  M""=  l'archiduchesse 
Stéphanie^  mais  il  vit  de  ses  ressources  propres  et  des 
capitaux  formés  par  la  société. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


717 


française  et  un  cours  d'italien  (trois  et  quatre 
heures  par  semaine). 

Je  crois  inutile  d'insister  sur  l'importance  de 
ces  cours  destinés  à  former  le  jugement  et  le 
goût,  à  donner  à  l'élève  le  moyen  de  s'orienter 
dans  sa  carrière  future,  en  un  mot  à  développer 
avec  indépendance  le  sens  de  sa  personnalité. 

Mais  là  n'est  pas  le  point  essentiel,  il  est 
dans  l'organisation  des  cours  d'ensemble  qui, 
régulièrement  réunissent  les  jeunes  gens  des 
classes  dramatiques  pour  des  exercices  en 
commun.  Le  répertoire  ne  s'apprend  pas  en 
chambre,  comme  dans  nos  écoles,  en  des  leçons 
individuelles,  mais  d'une  façon  pratique,  sur 
une  scène  appropriée,  munie  des  accessoires 
indispensables  où,  deux  fois  par  semaine, 
jeunes  gens  et  jeunes  filles  viennent  jouer  les 
morceaux  de  chant  qu'ils  ont  appris.  Tantôt 
c'est  un  solo,  tantôt  une  scène  entière  à  deux 
et  trois  personnages  qu'ils  travaillent  de  la 
sorte  en  commun,  sous  l'œil  du  professeur  d'art 
dramatique,  qui  fait  office  de  régisseur,  corrige 
les  gestes,  la  marche,  les  expressions  de  phy- 
sionomie, les  entrées  et  les  sorties,  tandis  que 
le  professeur  de  chant  veille  à  la  correction  de 
la  partie  lyrique. 

A  l'école  d'Opéra  de  Leipzig,  quand  une 
scène  est  sue  par  les  élèves  solistes,  on  leur 
adjoint  de  temps  à  autre  des  chœurs,  qui  sont 
constitués  en  partie  par  les  élèves  du  cours 
inférieur  et  en  partie  par  les  classes  chorales. 
A  Vienne,  les  élèves  du  cours  dramatique  infé- 
rieur sont  tenus  d'assister  deux  fois  par  semaine 
aux  exercices  d'ensemble  des  élèves  du  cours 
supérieur. 

Enfin,  à  des  intervalles  plus  ou  moins  rappro- 
chés, les  élèves  des  classes  d'opéra  sont  appelés 
à  prendre  part  à  des  exécutions  publiques, 
soit  de  fragments  d'ouvrages  classiques,  soit  de 
scènes  isolées,  soit  même  d'ouvrages  complets 
en  un  ou  deux  actes.  Ces  exécutions  ont  lieu 
tantôt  au  piano,  tantôt  avec  le  concours  de 
l'orchestre  formé  par  les  élèves  de  la  classe 
d'orchestre. 

Ainsi,  le  Conservatoire  de  Leipzig  -a  pu 
organiser,  il  y  a  quelque  temps,  avec  le 
concours  de  ses  seuls  élèves  une  exécution 
publique  intégrale  des  Noces  de  Figaro  de 
Mozart  (4  juin  1889),  puis  delà  Flûte  eiichaii- 
tée  (3  février  1890),  enfin  du  Trouvère  (i5  dé- 
cembre 1890).  Quand  le  nombre  d'élèves  et  les 


timbres  des  voix  ne  concordent  pas  avec  la 
distribution  complète  d'un  opéra,  on  se  borne 
à  l'exécution  de  fragments;  ainsi,  en  juin  1891, 
on  a  entendu  le  troisième  acte  de  Faust,  la 
première  scène  du  deuxième  acte  de  Freys- 
chûtz,  le  premier  acte  du  Hans  Heiling  de 
Marschner  ;  ou  bien  l'on  donne  une  petite  pièce 
en  un  acte,  le  Directeur  de  théâtre  de  Mozart, 
par  exemple,  accompagné  d'une  partie  concer- 
tante. Cette  année  (i5  juin  dernier),  les  élèves 
de  VOpernschule  ont  exécuté  le  deuxième  acte 
de  Mignon  et  les  deux  premières  scènes  du 
deuxième  acte  de  Freyscliiïtz. 

A  Dresde,  d'après  le  rapport  de  cette  année, 
les  exécutions  et  exercices  publics  d'opéras 
ou  de  fragments  ont  été  au  nombre  de  vingt- 
trois,  et  nous  voyons  figurer  dans  le  programme  : 
\e  Domino  noir,  Fidelio,  I  Pagliacci,  V Armu- 
rier, les  Huguenots,  les  Noces  de  Figaro,  les 
Joyeuses  Commères  de  Windsor,  le  Trouvère, 
Lohengrin  et  Freyschiitz. 

Au  Conservatoire  Raff,  à  Francfort,  il  y  a  eu 
une  exécution  intégrale  du  Barbier  de  Se'ville, 
une  exécution,  scènes  séparées,  de  Cavalleria 
nisticana,  de  Freyschiitz,  des  Huguenots,  du 
Trouvère  et  de  Martha,  sans  compter  une 
série  d'exécutions  partielles  en  costumes  et  en 
scène,  à  la  fin  d'un  concert  d'élèves. 

On  voit,  en  un  mot,  que  l'éducation  pratique 
du  futur  comédien  marche  constamment  de 
pair  avec  son  éducation  théorique.  Aussi, 
quand  il  quitte  l'école,  peut-on  dire  que  le 
chanteur,  ici,  est  prêt  à  aborder  la  scène.  Il  ne 
connaît  pas  tout  le  répertoire,  il  manquera 
d'autorité,  mais  il  ne  sera  plus  inexpérimenté 
comme  le  sont  la  plupart  des  élèves  de  nos 
Conservatoires,  qui  ne  savent,  quand  il  parais- 
sent sur  un  théâtre,  ni  se  tenir  en  scène,  ni 
faire  un  geste,  ni  marcher  avec  aisance.  Munis 
de  leurs  diplômes,  ils  se  croient  en  possession 
du  public.  Mais  que  de  désillusions  les  atten- 
dent !  Ils  ont  tout  un  apprentissage  à  faire  ;  ils 
courent  alors  d'un  professeur  à  l'autre  pour 
combler  les  lacunes  de  leur  éducation,  ou  bien, 
engagés  à  de  fallacieuses  conditions  dans  un 
théâtre  de  province,  ils  ont  à  subir  toute  la  série 
des  humiliations  qui  font  le  désespoir  des 
débutants.  Combien  de  jeunes  artistes,  parfai- 
tement doués,  possédant  déjà  un  acquis,  qui  se 
rebutent  à  ce  jeu,  se  découragent  et,  finalement, 
disparaissent  lamentablement  ! 


718 


LE  GUIDE  MUSICAL 


En  Allemagne  et  en  Autriche,  au  contraire, 
les  élèves  doués  de  quelque  talent,  et  qui  ont 
fait  leurs  preuves  dans  les  examens  et  les  exer- 
cices publics,  obtiennent  presque  toujours  des 
engagements  sérieux  dès  leur  sortie  de  l'école. 
J'ai  entendu,  à  Vienne,  dans  les  Pagliacci,  une 
jeune  cantatrice  qui  était,  il  y  a  deux  ans 
encore,  au  Conservatoire  de  Leipzig,  et  qui, 
après  avoir  tenu  avec  succès  l'emploi  de  chan- 
teuse légère  au  Théâtre  de  Leipzig,  a,  dès  sa 
seconde  année  de  théâtre,  obtenu  un  très 
brillant  engagement  à  l'Opéra  de  Vienne.  Et 
l'on  m'a  cité  toute  une  série  de  chanteurs  et  de 
cantatrices  frais  émoulus  de  leurs  classes 
pourvus  d'emblée,  non  d'emplois  secondaires, 
mais  de  rôles  importants  dans  les  théâtres  les 
mieux  côtés. 

La  supériorité  incontestable  des  théâtres 
lyriques  d'Allemagne  sur  la  moyenne  des 
théâtres  similaires  de  langue  française  ne  tient 
pas  à  une  autre  cause.  Cette  supériorité  est  d'au- 
tant plus  surprenante  que  l'Allemand  est,  à  tous 
égards  moins  doué  que  n'importe  quelle  autre 
nation  pour  l'art  du  comédien,  et  qu'il  a  pour  y 
réussir  tout  un  ensemble  d'obstacles  à  vaincre, 
que  le  Français  et  l'Italien  ne  soupçonnent  même 
pas.  Sa  langue  même  et  la  constitution  physique 
des  organes  de  la  voix,  place  dès  le  début  le 
chanteur  allemand  dans  un  désavantage  très 
^  sensible  vis-à-vis  de  ses  rivaux  italiens  et 
français.  En  général,  sur  les  théâtres  français 
on  chante  mieux  que  sur  les  théâtres  allemands, 
cela  n'est  pas  douteux  un  seul  instant  ;  mais 
d'où  vient  que,  malgré  l'infériorité  relative  des 
éléments  d'exécution  pris  individuellement, 
l'interprétation  d'ensemble  soit  partout,  même 
sur  des  théâtres  de  petites  villes,  infiniment 
supérieure,  là-bas,  à  ce  que  nous  voyons  sur  des 
scènes  de  grandes  villes  telles  que  Bordeaux, 
Marseille,  Lille,  Le  Havre,  Anvers,  Gand, 
Liège?  Comparez  à  ce  qui  se  fait  dans  ces  gros 
centres  le  répertoire  et  les  exécutions  de 
théâtre  tels  que  ceux  de  Cologne,  Francfort, 
Hambourg,  Leipzig,  Dresde,  Munich,  Carls- 
ruhe,  Brunn,  Prague,  etc.  :  le  résultat  est 
humiliant  pour  nous.  C'est  que  le  programme 
d'éducation  des  artistes  dramatiques  et  des 
chanteurs  allemands  est  autrement  sérieux  que 
celui  des  nôtres,  qu'il  est  mieux  compris,  qu'il 
est  synthétique,  qu'il  est  fait  non  seulement  pour 
développer  leurs  facultés  techniques,  mais  aussi 


leur  compréhension  artistique.  Ils  ont  de  très 
gros  défauts  individuels,  ils  ont  une  qualité 
c(Dmmune,  c'est  le  style.  Malgré  toutes  les 
qualités  qui  distinguent  la  moyenne  des  chan- 
teurs et  cantatrices  français  ou  belges,  il  y  en 
a  une  qui  leur  fait  généralement  défaut,  c'est 
justement  celle-là  :  le  style.  De  là  l'infériorité  de 
nos  scènes  lyriques. 

(A  suivre).  Maurice  Kufferath. 

(Tbtonique  be  la  Semaine 

PARIS 

L'Ecole  française  a  été  tristement  éprouvée 
depuis  plusieurs  années  !  A  dater  de  l'année 
i8gi  :  Léo  Delibes  mort  à  cinquante-quatre  ans, 
Guiraud  au  même  âge,  et  Emmanuel  Chabrier 
à  cinquante-deux  ans  !  Et  nous  pourrions  rap- 
peler la  mort  foudroyante  de  Georges  Bizet, 
enlevé  prématurément  en  i8y5,  à  l'âge  de 
trente-six  ans  (i)  !  Léo  Delibes  et  Guiraud 
avaient,  l'un  et  l'autre,  donné  leur  note,  surtout 
le  premier  ;  mais  on  pouvait  espérer  de  Cha- 
brier, comme  de  Bizet,  des  œuvres  nouvelles 
encore  plus  vibrantes,  plus  mûries  que  les  pré- 
cédentes. Le  premier  acte  de  Briséis  était  entiè- 
rement achevé,  et  il  révélait  des  qualités  dont 
pouvait  s'enorgueillir  l'Ecole  française.  Pour- 
quoi un  des  chefs  d'orchestre  de  nos  grands 
concerts,  M.  Colonne  ou  M.  Lamoureux,  ne 
nous  ferait-il  pas  entendre,  à  la  saison  qui  va 
s'ouvrir,  cette  page  puissante  et  colorée  de 
l'auteur  de  Gwendoline? 

Pauvre  Chabrier,  pauvre  vaincu,  nous 
l'avons  conduit  lundi  à  sa  dernière  demeure, 
au  cimetière  Montparnasse,  et  le  nombre  était 
grand  des  amis  et  des  artistes  qui  avaient  tenu 
à  se  serrer  autour  de  son  cercueil.  Sur  le  par- 
cours, la  foule  recueillie  pouvait  lire,  sur  les 
banderoUes  des  nombreuses  couronnes  qui 
ornaient  le  char  funèbre,  les  inscriptions  sui- 
vantes :  La  direction  de  l'Opéra,  La  Société  des 
auteurs  dramatiques.  Le  théâtre  royal  de  Mu- 
nich, La  Société  nationale  de  musique,  Dernier 
salut  à  notre  inoubliable  ami:  Félix  et  Henriette 
Mottl,  La  Société  des  Concerts-Lamoureux, 
A  E.  Chabrier,  ses  éditeurs  et  amis. 

(i)  Si  nous  n'avons  pas  ajouté  à  cette  liste  le  nom  du 
regretté  Edouard  Lalo,  décédé  le  23  avril  1S82,  c'est 
que  ce  compusiteur  avait  déjà  atteint  un  âge  relative- 
ment avancé,  lorsqu'il  est  mort  ;  il  avait  soixante-neuf 
ans. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


719 


A  l'église  Notre-Dame  de  Lorette,  nous  avons 
reconnu  dans  l'assistance  fort  nombreuse  : 
MM.  Saint-Saëns,  Ch.  Lamoureux,  Bertrand, 
Bruneau,  V.  Joncières, Camille  Benoît,  Masse- 
net,  Gallet,  Danbé,  Enoch,  A.  Silvestre,  Ca- 
tulle Mendès,  Chevillard,  Marmontel,  TafFanel, 
André  Maurel,  Blau,  Jahyer,  Moullé,  Le  Ca- 
mus, Ch.  Lecocq,  Bouvet,  Stoullig,  Renaud... 
M™'^s  Lalo,  Chevillard,  Roger-Miclos,  M'i^Cha- 
minade,  Isaac,  une  grande  partie  du  personnel 
de  l'Opéra  et  de  l'Opéra-Comique. 

Sur  la  tombe,  MM.  Armand  Silvestre  et  V. 
Joncières,  le  premier  délégué  par  M.  le  minis- 
tre de  l'Instruction  publique  et  des  beaux-arts, 
le  second  au  nom  de  la  Société  des  auteurs  et 
compositeurs  de  musique,  ont  prononcé  des 
discours  retraçant  la  vie  et  l'œuvre  du  regretté 
compositeur. 

Nous  n'ajouterons  rien  à  l'adieu  si  touchant 
que  notre  directeur  et  ami  Maurice  Kufferath 
adressait  à  E.  Chabrier  dans  le  dernier  numéro 
du  Guide  Musical.  Nous  n'exprimons  qu'un 
désir,  c'est  qu'il  nous  soit  possible  de  réunir  et 
de  publier  la  majeure  partie  de  la  correspon- 
dance si  primesautière  de  notre  pauvre  ami. 
Elle  fera  encore  mieux  connaître  au  public 
l'homme  gai,  bon  vivant,  gaulois,  original, 
débordant  de  joie  et  d'humour,  dont  nous 
déplorons  aujourd'hui  la  perte.  Nous  espérons 
que  tous  ceux  qui  possèdent  des  lettres  de  lui 
entendront  notre  appel. 
Triste  bilan  pour  cette  semaine  ! 
Nous  devons  cependant  signaler  l'interpréta- 
tion de  Manon  à  l'Opéra-Comique.  M""=  Bré- 
jan-Gravière,  qui  nous  arrive  de'  Bordeaux, 
succède  à  Mi'^  Sybil  Sanderson  dans  le  rôle  de 
Manon;  elle  y  a  obtenu  un  très  vif  succès. 
M.  Isnardon.bien  connu  des  lecteurs  du  Guide 
Musical,  a  fait  une  rentrée  des  plus  applaudies 
dans  le  personnage  de  Lescaut,  comme  chanteur 
et  comme  acteur,  et  M.  Leprestre  s'est  montré 
un  Desgrieux  accompli.  En  somme,  triomphe 
pour  tous  les  nouveaux  interprètes. 

Hugues  Imbert. 
*$» 

Les  Concerts-Colonne  feront  leur  réouver- 
ture le  dimanche  14  octobre,  à  2  heures,  au 
théâtre  du  Châtelet. 

On  annonce  également  la  reprise  des  Con- 
certs d'Harcourt  pour  le  dimanche  11  novem- 
bre. Dans  ce  premier  concert,  seraient  exécutés 
des  fragments  importants  de  Taunhccuscr. 

M.  Charles  Lamoureux  donnera,  cette  année, 
comme    précédemment,    avec    son   orchestre    de 


cent  vingt  exécutants,  vingt  concerts,  divisés  en 
deux  séries  d'abonnement  de  dix  concerts,  les 
concerts  de  chaque  série  se  succédant  de  quinzaine 
en  quinzaine.  Les  concerts  de  la  série  A  auront 
lieu  les  dimanches  21  octobre,  4  et  18  novembre, 
2  et  16  décembre,  i3  et  27  janvier,  10  et  24  février, 
et  10  mars;  ceux  de  la  série  B,  les  dimanches 
28  octobre,  11  et  25  novembre,  9  et  et  23  décem- 
bre,  20   janvier,    3    et  ij  février,   3   et  17  mars. 

Le  prix  des  abonnements  pour  les  dix  concerts 
est  fixé  ainsi  qu'il  suit  :  parquet  (une  place),  par 
concert,  7  francs,  soit  pour  dix  concerts,  70  francs; 
loges  (une  place,  —  les  loges  sont  de  six  places), 
par  concert,  6  francs,  dix  concerts,  60  francs;  pre- 
mières (une  place),  par  concert,  5  francs,  dix  con- 
certs, So  francs  ;  promenoir  numéroté,  par  concert, 
4    francs,  dix  concerts.  40  francs. 

Pour  répondre  au  désir  qui  lui  en  a  été  exprimé, 
l'administration  délivrera,  en  outre,  des  cartes 
d'abonnement  pour  les  places  non  numéroUes  de 
promenoir-entrée  et  de  secondes  de  face,  au  prix 
de  2  fr.  5o  par  concert,  soit  25  francs  pour  les  dix 
concerts. 

Il  y  aura,  pendant  la  saison  et  compris  dans 
l'abonnement,  plusieurs  concerts  extraordinaires 
avec  le  concours  de  virtuoses  célèbres,  chanteurs 
et  instrumentistes. 

Nous  sommes  heureux  d'annoncer  que,  lors  de 
la  visite  de  M.  Casimer-Périer  au  fort  de  Vau- 
jours,  la  croix  de  chevalier  de  la  Légion  d'honneur 
a  été  remise  par  le  président  de  la  République  à 
notre  confrère  Edouard  Noël,  capitaine  de  l'armée 
territoriale,  à  l'état  major  du  général  Coste. 

M.  Edouard  Noël,  collaborateur  de  M.  Stoullig 
pour  les  Annales  du  théâtre  et  de  la  musique,  est,  pour 
ceux  qui  l'ignorent,  le  spirituel  «  Nicolet  »  du 
Gaulois,  en  collaboration  avec  M.  Lionel  Meyer, 
le  très  aimable  secrétaire  des  Nouveautés. 

Félicitations  bien  sincères  au  nouveau  cheva- 


M™«  Rosine  Laborde,  de  l'Opéra,  reprendra  le 
5  octobre,  66,  rue  Ponthieu,  son  cours  de  chant 
et  d'opéra  français  et  italien. 


BRUXELLES 

M"<=  Simonnet,qui  fit,  la  saison  dernière,  à  la 
Monnaie,  de  passagères  apparitions,  très  cha- 
leureusement accueillies,  appartient  cette  année 
à  la  troupe  régulière  de  notre  première  scène. 
Elle  rendra,  pensons-nous,  de  réels  services  à 
nos  directeurs,  car  la  souplesse  de  son  talent, 
fait  surtout  d'intelligence  et  de  volonté,  lui 
permet  d'aborder  des  rôles  de  caractères  très 


720 


LE  GUIDE  MUSICAL 


différents.  Ne  la  voyons-nous  pas,  après  avoir 
chanté  avec  succès,  il  y  a  quelques  iT:ois,  le 
Rêve  et  Lakmé,  aborder  aujourd'hui,  pour  son 
début  en  cette  nouvelle  saison,  la  Traviata, 
une  œuvre  qu'on  ne  se  risquait  phis  à  remettre  à 
la  scène  que  pour  produire  les  étoiles  de  pre- 
mière grandeur  ?  La  dernière  que  l'on  vit  dans 
ce  rôle  à  la  Moni  aie,  fut,  on  se  le  rappelle,  la 
Melba,  au  beau  Umps  de  la  direction  Dupont 
et  Lapissida. 

Nous  ne  song:ons  d'ailleurs  pas  à  mettre 
M'ieSimonnet  en  parallèle  avec  ces  étoiles  raris- 
simes, qui,  malgré  la  séduction  de  leur  voix, 
ont  toujours  le  tort  grave  d'entraîner  à  leur 
suite  un  répertoire  démodé,  dont  la  Traviata 
n'est  pas  un  des  moins  pénibles  échantillons. 
M"':  Sirnonnet,  qui  n'est  pas  qu'une  virtuose, 
ne  nous  imposera  pas  ce  desagrément,  et,  en  se 
montrant  dans  l'œuvre  de  Verdi,  elle  n'aura 
sans  doute  eu  d'autre  ambition  que  de  nous 
prouver  que  son  talent  sait  se  plier  à  toutes 
les  exigences.  Cette  preuve,  elle  nous  l'a 
donnée  complète  et  convaincante  :  son  succès 
dans  le  rôle  de  Violetta  a  été  très  vif,  très 
légitime. 

Elle  y  a  fait  preuve  d'une  virtuosité  très  sûre, 
alliée  à  une  préoccupation  constante  —  mais 
trop  marquée  —  de  la  vérité  du  sentiment, 
dans  l'exécution  lyrique  comme  dans  le  rendu 
des  situations  dramatiques.  En  somme,  un 
ensemble  de  qualités  très  satisfaisant.Toutefois, 
sa  voix  a  paru  dure  et  froide  dans  les  pages  qui 
demandent  à  être  enlevées  avec  brio  ;  elle  a  eu, 
par  moments,  des  intonations  d'une  justesse 
douteuse  —  l'organe  par  lui-même  n'a  pas  une 
grande  franchise  de  timbre,  —  et,  en  maints 
endroits,  les  vocalises  n'ont  pas  été  lancées  avec 
toute  l'ampleur  de  souffle  désirable. 

Le  jeu  de  M'ie  Simonnet  est  toujours  très 
soigné,  il  serait  difficile  de  trouver  grand'chose 
à  y  reprendre;  et,  malgré  cela,  l'artiste  ne 
touche  pas,  elle  intéresse  seulement,  sans 
émouvoir.  C'est  que,  chez  elle,  on  sent  trop  l'art 
de  la  composidon,  on  n'a  pas  l'illusion  de  la 
spontanéité  :  tout  est  bien  à  sa  place,  et  néan- 
moins rien  ne  «  porte  ».  De  tous  ses  mouve- 
ments, de  toutes  ses  intentions,  cependant  cal- 
culés avec  une  réelle  intelligence,  se  dégage 
l'impression  d'un  art  tout  artificiel,  sans  pro- 
fondeur, qui  ne  pénètre  pas  plus  le  spectateur 
que  l'artiste.  Une  certaine  recherche,  une  lé- 
gère affectation,  que  l'on  observe  chez  la  chan- 
teuse comme  chez  la  comédienne,  sont  certes 
pour  beaucoup  dans  cette  impression,  et  il  est 
vraiment  regrettable  que  tant  d'efforts  aussi 
largement  dépensée,  n'arrivent  pas  à  produire 
un  effet  plus  vif  et  plus  durable.  Si  toutes  les 
intentions  de  M'ie  Simonnet  n'ont  pas  porté, 
on  ne  lui  a  pas  moins  tenu  compte  de  son  très , 
joli  talent,  et  on  l'a  applaudie  avec  chaleur, 
sinon  avec  conviction. 

M.  Bonnard  n'était  pas  en  de  bonnes  dispo- 


sitions vocales,  et  il  serait  difficile  d'apprécier, 
d'après  cette  unique  épreuve,  ce  qu'il  peut 
donner  dans  le  rôle  de  Rodolphe.  Ce  qui  est 
certain  —  et  cette  remarque  est  peut-être  un 
éloge,  —  c'est  qu'il  est  moins  fait  pour  les 
rôles  du  répertoire  italien  que  pour  les  ouvrage.s 
de  facture  plus  moderne,  comme  Werther,  où 
il  ne  suffit  pas  d'être  beau  chanteur,  mais  pour 
lesquels  on  réclame  un  talent  plus  complet.  Ce  ■ 
qui  paraît  avéré  aussi,  c'est  que  notre  nouveaux 
ténor  d'opéra-comique  —  un  ténor  légèrement 
barytonnant  —  n'a  pas  la  voix  assez  assouplie  • 
pour  le  chant  à  vocalises,  et  l'on  pourrait  le 
compromettre  gravement  en  lui  faisant  chan- 
ter, comme  on  l'annonce,  le  Barbier  de  Séville, 
qui  doit  servir  de  second  début  à  M'ie  Mérey. 

Le  rôle  du  père  d'Orbel,  sous  la  voix  de 
M.  Ghasne,  a  paru  plus  somnifère  que  jamais. 

Les  petits  rôles  étaient  convenablement 
tenus,  et  l'ensemble  de  l'exécution  témoignait 
de  soins  que  l'on  préférerait  voir  appliquer  à 
des  tâches  d'un  plus  sérieux  intérêt  artistique.  • 

J.Br. 


Succès  honorable,  à  l'Alcazar,  pour  Madame  " 
s'enchaîne,  la  parodie  sans  gêne  de  MM.  Mau- 
gin  et  Gide.  M"|=  Aciana  a  beaucoup  d'entrain 
et  de  verve  et  anime  autant  que  possible  cette 
pièce  où  l'esprit  et  l'animation  n'abondent  pas. 
MM.  Crommelynck,  Ambreville  et  Gaillard, 
dont  on  admire  les  costumes  somptueux, 
s'évertuent  de  leur  côté  d'égayer  par  des  saillies 
de  leur  crû,  le  public  que  les  énormités  de  la 
parodie  napoléonienne  laissent  indifférent. 

Depuis  jeudi,  à  l'Alcazar,  Yvette  Guilbert  est  , 
applaudie  à  outrance.  Que  dire  encore  de  son 
talent  si  personnel,  de  sa  diction  si  originale,  de 
son  verbe  incisif  et  de  sa  personne  étrange  ?  Elle 
reste  toujours  la  seule  Yvette,  et  son  répertoire, 
que  tant  d'autres  s'approprient,  garde,  exécuté 
par  elle,  une  allure  caractéristique  et  inimitable 
Sa  façon  de  dire  les  Demoiselles  de  pensionnat, 
Sa  famille  et  d'autres  œuvrettes  aux  titres 
affriolants,  émeut  et  charme.  Elle  a  ajouté  à  son 
répertoire  une  chanson  de  Déranger  qu'elle 
détaille  à  ravir,  et  la  Pierreuse,  une  chanson 
qui   donne   le  frisson  aux  plus  impassibles 

L. 

Nous  avons  eu  l'occasion  d'entendre,  ceS' 
jours-ci,  M'ii^Julia  Decré,  complètement  remise^ 
d'un  malaise  qui  avait  paralysé,  pendant  plus 
d'un  an,  les  moyens  vocaux  de  la  jeune  artiste. 
La  voix  est  aujourd'hui  plus  belle  que  jamais, 
d'une  étendue  et  d'une  ampleur  rares,  et  d'uri 
métiil  irréprochable.  Souhaitons  à  la  jeune 
artiste,  enhn  remise,  de  trouver  bientôt  un* 
occasion  de  faire  apprécier  son  beau  contraltc 
par  le  public  de  nos  concerts. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


721 


CORRESPOND  A  NCES 

ANVERS.  —  Le  mouvement  artistique 
commence  à  s'accentuer  dans  la  ville,  et 
roici  deux  concerts  qui  ont  réussi  à  attirer  du 
monde,  malgré  la  vogue  continue  de  l'Exposition. 

Il  y  a  d'abord  le  concert  Pruym,  annoncé  primi- 
tivement au  Cercle  Artistique  et  qui  a  finalement 
eu  lieu  au  Théâtre- Royal.  Il  avait  attiré  un  nom- 
breux public,  ce  qui  prouve  la  sympathie  dont 
jouissait  le  jeune  chanteur,  mort  si  tragiquement 
dans  l'Escaut. 

Les  organisateurs  de  cette  fête  de  bienfaisance 
avaient,  du  reste,  été  heureux  dans  le  choix  des 
solistes.  M"=  Dyna  Beumer  et  M.  De  Greef  sont 
des  artistes  dont  les  noms  s'imposent  ;  aussi  leur 
succès  a-t-il  été  aussi  grand  que  mérité.  M""  Beu- 
mer étonne  par  une  virtuosité  extraordinaire, 
tandis  que  M.  De  Greef  impressionne  par  son 
phraser  vraiment  artistique.  L'orchestre  des  Con- 
certs populaires,  conduit  par  M.  C.  Lenaerts, 
s'est  fait  applaudir  avec  les  ouvertures  de  Patrie  et 
Je  Tannhauser,  ainsi  que  la  ii"  Rhapsodie  de  Liszt. 
Citons  encore  MM.  Duzas  et  Van  den  Torren,qui 
ont  contribué  à  rendre  cette  soirée  des  plus 
agréables.  Le  résultat  financier  est,  parait-il,  très 
satisfaisant. 

La  Société  royale  d'Harmonie  avait  organisé, 
dimanche,  un  concert  extraordinaire  avec  le  con- 
cours du  Cercle  choral  des  dames,  de  Diisseldorf. 
La  jolie  salle  d'été  était  bien  garnie  et  le  public  a 
fait  fête  aux  artistes  étrangers.  Le  Cercle  choral 
des  dames,  que  dirige  M"=  S.  Lenz,  jouit  d'une 
belle  réputation  dans  les  villes  rhénanes,  et  les 
concerts  que  cette  société  organise  annuellement 
à  Dùsseldorf  sont  très  suivis.  Les  voix  sont  parti- 
culièrement fraîches,  et  M"°  Lenz  les  conduit  avec 
beaucoup  d'habileté. 

Les  deux  chœurs  Heimf  aJirt  de  Rheinberger  et 
Zigmnerkben  de  Schumann  ont  été  rendus  avec  un 
grand  respect  des  nuances.  Puis  est  venue  une 
noxiMtiL\x\é,Indischer  Friihliiigsgesang  de  A.  Wilford, 
œuvre  qui  a  été  chantée  dans  la  perfection,  malgré 
les  difficultés  d'intonation  qu'elle  renferme;  et, 
pour  finir,  trois  petits  chœurs  de  Schetterer,  dont 
le  dernier,  Tanzliedehen,  a  été  bissé. 

En  somme,  M"e  Lenz  a  remporté  un  grand 
succès  en  nous  présentant  d'une  façon  aussi  artis- 
tique son  cercle  choral. 

Pour  la  partie  symphonique,  M.  D.  De  la 
Chaussée  avait  fait  un  joli  choix  d'œuvres  de  com- 
positeurs anversois;  l'ouverture  duiîoirf«5  Aulnes  de 
Benoit  ;  une  ouverture  de  Wambach  ;  un  Intermezzo 
de  Callaerts  et  la  Milenha  de  Blockx,  ainsi  que  la 
Marche  nuptiale  de  Wilford,  composée  à  l'occasion 
du  mariage  de  la  princesse  Joséphine  avec  le 
prince  de  HohenzoUern.  Le  public  a  longuement 
applaudi  ces  morceaux,  qui  ont  été  brillamment 
enlevés. 


Il  nous  reste  à  citer  quelques  auditions  de  piano 
qui  ont  eu  lieu  à  l'Exposition.  M™"  E.  Dietz  est 
venue  toucher  les  pianos  Erard,  et  elle  a  fait 
entendre  à  un  public  exceptionnellement  nom- 
breux et  ravi  du  Bach,  une  Barcarolle  de  Rubin- 
stein  et  le  Menuet  de  Paderewski. 

Mlles  Douste  ont  donné  une  seconde  audition 
dans  les  salons  Pleyel.  Les  morceaux  d'ensemble 
ont  été,  comme  toujours,  rendus  avec  beaucoup  de 
fermeté,  bien  qu'on  doive  reprocher  aux  jeunes 
artistes  un  i)eu  de  dureté  dans  le  toucher.  M""  J. 
Douste  s'est  aussi  fait  entendre  comme  cantatrice 
et  sa  jolie  voix,  claire  et  juste  a  beaucoup  plu; 
malheureusement,  un  léger  chevrotement  vient 
enlever  beaucoup  au  charme  qu'elle  pourrait  nous 
procurer.  A.  W. 

BLANKENBERGHE  —  La  saison  qui 
vient  de  se  clore  marquera,  certes,  dans  les 
fastes  musicaux  du  Casino  de  Blankenberghe. 

Jamais,  à  notre  souvenir,  l'orchestre  ne  s'est 
montré  supérieur  à  ce  qu'il  a  été  cette  année.  Les 
artistes  qui  composaient  la  symphonie  que  diri- 
geait M.  Jules  Goetinck  étaient  de  grande  valeur  : 
pour  la  plupart  recrutés  dans  l'orchestre  du  Con- 
servatoire royal  de  Bruxelles.  Avec  de  pareils  élé- 
ments et  le  talent  reconnu  qui  le  distingue,  M.  J; 
Goetinck,  le  chef  consciencieux  autant  qu'habile, 
a  pu  aborder  des  œuvres  telles  que  celles  qui  ont 
figuré  au  programme  de  cette  année  :  Concert  Bee- 
thoven,concert  Saint-Saëns,  concert  Gilson,  con- 
cert Massenet.C'a  été  un  ensemble  vraiment  remar- 
quable de  noms  et  d'œuvres. 

M.  Goetinck  a,  d'ailleurs,  fait  voir  que  la  routine 
n'a  pas  encore  droit  de  cité  au  Casino.  Détail 
remarquable,  la  Mer  de  Gilson  a  été  donnéepour  la 
dixième  fois  cette  saison.  C'était  chaque  fois 
M.  Chômé,  le  professeur  de  déclamation  au  Con- 
servatoire royal  de  Bruxelles,  qui,  avec  beaucoup 
d'art,  disait  le  poème  d'Eddy  Levis.  Cette  dixième 
exécution  de  l'œuvre  grandiose  de  Gilson  est  un 
véritable  événement  :  quand  on  songe  que,  dans 
d'autres  villes,  ce  chef-d'œuvre  n'a  pas  dépassé 
deux  auditions,  on  peut  conclure  que  c'est  surtout 
à  la  science  et  à  la  conscience  du  chef,  au  soin  et 
au  fini  de  l'exécution  que  le  public  a  fait  honneur 
en  accourant  chaque  fois  plus  nombreux  et  en  for- 
mant salle  comble  à  la  dernière  séance  de  la  Mer. 
Voilà  un  détail  très  caractéristique  de  la  façon 
dont  ce  public  a  reconnu  les  mérites  de  l'orchestre 
et  la  valeur  du  chef  qui  le  dirigeait.  En  général, 
tant  vaut  le  chef,  on  le  sait,  tant  vaut  l'orches- 
tre. Il  mène  au  triomphe  ou  à  l'irrémédiable 
chute  par  l'enthousiasme  ou  par  l'indifférence 
qu'il  inspire  à  cette  unité,  l'orchestre,  ce  corps 
dont  il  est  l'âme.  Telles  sont  les  qualités  que  l'on 
a  saluées  dans  M.  Goetinck  et  qui  lui  ont  valu  de 
beaux  succès.  Les  habitués  du  Casino  de  Blanken- 
berghe ont  pu  se  féliciter  de  cette  saison,  et  M. 
Goetinck  n'a  pas  lieu  d'être  mécontent  de  la  façon 


722 


LE  aUIDE    MUSICAL 


dont  il  a  été  fêté  !  Rien  ne  lui  a  manqué  :  ovations, 
cadeaux  princiers,  palmes,  fleurs.  Et  voici  que, 
pour  «  couronner  l'œuvre  ji,  le  vaillant  chef  d'or- 
chestre, probablement  signalé  par  la  nombreuse 
colonie  étrangère,  qui  prise  si  haut  et  à  juste 
titre  son  talent,  vient  d'être  engagé  à  Berlin, 
pour  y  diriger,  en  novembre  prochain,  le  célèbre 
orchestre  Bilse,  qui  donnera  un  concert  d'œuvres 
belges.  On  y  jouera,  entre  autres,  la  Mer  de  Gil 
son.  C'est  là  un  nouveau  et  brillant  succès  pour 
le  chef  estimé,  un  honneur  rarement  accordé  à  nos 
compalrioes,  honneur  dont  l'orchestre  du  Casino 
et  Blankenberghe  même  ont  quelque  droit  de  se 
montrer  fiers  !  P.  M. 


WO 1/  V ELLES  DI  VERSES 

La  direction  des  Festspiele  de  Bayreuth 
ayant  résolu  de  ne  pas  donner  de  spectacle 
l'été  prochain,  le  théâtre  de  Munich  fait 
annoncer,  dès  à  présent,  qu'il  donnera  toute  la 
série  des  drames  de  Wagner  depuis  Défense 


d'aimer  ou  la  Novice  de  Païenne,  son  premier 
ouvrage  antérieur  aux  Fées,  jusqu'à,  mais  non 
compris,  Parsifal,  qui  reste  la  propriété  exclu- 
sive de  Bayreuth. 

Le  D''  Hans  Richter  dirigera  trois  concerts  à 
Londres,  le  mois  prochain,  à  Saint-James  Hall. 
Le  premier  concert  est  fixé  au  8  octobre; 
on  y  entendra  :  l'ouverture  à' Euryanthe  de 
Weber,  le  Scherzo  capriccioso  de  Dvorak  et 
la  septième  symphonie  de  Beethoven.  Au 
deuxième  concert,  la  semaine  suivante,  le  pro- 
gramme comprend  une  sélection  du  Vaisseau- 
Fantôme  de  Richard  Wagner,  une  ouverture 
de  Smetana,  la  suite  n"  i  de  Peer  Gynt  de 
Grieg,  la  quatrième  symphonie  de  Beethoven 
et  la  symphonie  inachevée  de  Schubert. 
M.  Nordica  se  fera  entendre  à  cette  deuxième! 
séance.  Le  troisième  concert  se  donnera  à 
Queen's  Hall,  le  20  octobre,  et  sera  encore  plus 
intéressant  que  les  deux  autres,  car  on  y  exé- 
cutera l'ouverture  des  Maîtres  Chanteurs  de 
R.  Wagner,  les  variations  pour  orchestre  sur 
un  thème  de  Haydn,  de  Brahms,  la  scène  de 
la  forge  de  Siegfried,  chantée  par  M.  Andrew 
Black  et,  pour  finir,  la  Neuvième  Symphonie 
avec  chœurs  de  Beethoven. 


COLLECTION  DE  VIEUX  INSTRUMENTS  A  CORDES 

A  VENDRE 


CONTREBASSES 

Une  contrebasse  avec  tête  de  lion,  dou- 
blement filée,  bombée,  très  vieille.      .       200 

Une  contrebasse  Pillmann,  très  bel  in- 
strument     25o 

VIOLONCELLES 

Un  violoncelle  Albani,  superbe  instru- 
ment d'un  ton  magnifique,  très  sonore    1,000 

Un  violoncelle  Jacobi,  italien.     .     .     .       5oo 
—             vieille  lutherie  française 
avec  étui  et  archet 


ALTOS 

Un  alto  Guersan,  anno  1766.  Bel  instru- 
ment, très  bien  conservé 


25o     » 


5oo     » 


Un  alto  Klotz,  superbe  qualité     .     .     .  3oo 
—      Hoffmann,  son  égal  sur  toutes 

les  cordes 200 

VIOLONS 

Un  Amati,  superbe  violon ySo 

Un  Tononi,  violon  italien 75o  , 

Un  Jacobus-Stainer 5oo 

Un  violon   ancien,    instrument    attribué 

au  même  luthier 3oo 

Un  Vuillaume  (imitation  Maggini)     .     .  25o 

Un  violon  Klotz aSo 

—  de  Tirol,  belle  qualité  .     .     .  200 

—  Hoffmann 200 

—  Ecole  allemande,  très  vieux  .  i5o 

—  —    française 100 


BKEITKOPF  &  H^RTEL,  BRUXELLES 

Editeurs,    4$,    Monta§^ne    de  la    Cour,  46 

PIANOS  BECHSTEIN.  —  PIANOS  BLUTHNER 

HARMONIUMS    ESTEY 


LE  GUIDE  MUSICAL 


723 


Le  12  septembre  dernier,  M"'^  Clara  Schu- 
mann,  la  veuve  du  maître  des  Lieder,  a  célébré 
à  Interlaken  son  soixante-quinzième  anniver- 
saire de  naissance.  La  grande  artiste,  quelques 
jours  plus  tard,  a  été  victime  d'un  accident. 
Eifrayée  pendant  une  promenade  par  les  évo- 
lutions d'un  cavalier  peu  maître  de  son  cheval, 
elle  a  fait  une  chute  dans  un  fossé  de  la  route, 
et  s'est  fait  une  contusion  au  bras.  Celle-ci 
n'est  pas  grave,  mais  la  commotion  ressentie 
n'en  a  pas  moins  laissé  des  traces. 

Aux  dernières  nouvelles,  heureusement, 
M™^  Schumann  semblait  être  tout  à  fait  remise. 

Nous  avons  annoncé  qu'une  cérémonie  se 
préparait  à  l'Opéra  de  Paris,  à  la  mémoire  de 
Gounod,  à  l'occasion  de  la  millième  de  Faust. 
Voici  en  quoi  elle  consistera. 

Au  chœur  final  :  «  Christ  est  ressuscité  !  » 
s'enchaînera  l'apothéose  de  l'illustre  maître  par 
l'apparition  de  son  buste,  entouré  des  princi- 
paux personnages  de  ses  opéras  :  Roméo  et 
Juliette,  Philénion  et  Baiicis,  Mireille,  etc. 

Un  chœur  composé  par  M.  Ambroise  Tho- 


mas sur  des  vers  de  M.  Jules  Barbier,  seul 
auteur  survivant  de  la  pièce,  sera  chanté  par 
tous  les  artistes  de  l'Opéra. 


Dans  la  séance  du  14  septembre  de  l'Aca- 
démie des  inscriptions  et  belles-lettres  de 
France,  il  a  été  rendu  compte  d'une  nouvelle 
découverte  musicale  faite  au  cours  des  fouilles 
de  l'école  française  d'Athènes.  Il  s'agit  d'un 
fragment  considérable  d'un  nouvel  hymne  à 
Apollon,  accompagné,  comme  le  précédent, 
de  notation  musicale.  Il  se  compose  de 
28  lignes,  dont  le  commencement  est  assez 
bien  conservé.  M.  Henri  Weil,  d'après  une 
photographie  envoyée  par  M.  HomoUe,  est 
arrivé  à  combler  presque  toutes  les  lacunes 
avec  évidence  ou  tout  au  moins  avec  grande 
probabilité.  Il  a  donné  lecture  d'une  traduction 
française  qui  fournit  une  idée  suffisante  de 
l'original.  On  s'accorde  à  reconnaître  à  cet 
hymne  unehaute  valeur  poétique.  M.Théodore 
Reinach  étudiera  les  signes  interlinéaires  qui 
notent  le  chant  de  ce  morceau. 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 

C.  SAINT-SAÊNS 

•  Op.    ç8 


HYMNE 
Chanté  aux  fêtes  d'Orange  (i 
POÉSIE  DE 

J.L.CROZE 

N°  I  en  ré  pour  soprano.  N°  2  en  Mi  pour  mezzo-soprano. 

Prix  net  :  2  fr.  50 


724 


LE  GUIDE  MUSICAL 


NÉCROLOGIE 

Une  bien  triste  nouvelle,  d'autant  plus  cruelle 
qu'elle  est  tout  à  fait  imprévue, nous  arrive  de  Paris, 
celle  de  la  mort  de  M.  Pierre  Schott.  Il  a  succombé 
subitement,  jeudi  matin.  Dans  ce  journal,  qui  lui 
avait  autrefois  appartenu  et  où  il  avait  conservé 
de  solides  amitiés  et  de  vives  sympathies,  cette 
mort  brusque  causera  de  vifs  et  sincères  regrets. 
Fils  de  Pierre  Schott,  le  fondateur  de  la  maison 
Schott  frères  de  Bruxelles,  et  neveu  des  grands 
éditeurs  de  .Mayence,  Pierre  Schott  avait,  à  la 
mort  de  son  père,  repris  la  direction  de  la  maison 
de  Bruxelles  Après  avoir  géré  celle-ci  pendant 
quelques  années,  il  en  céda  le  fonds  en  i8S8, 
pour  aller  réorganiser  sa  maison  de  Paris,  sous  la 
raison  sociale  Pierre  Schott  et  C".  Le  Guide 
musical  émigra  à  ce  moment  à  Paris,  et  Pierre 
Schott  en  eut  alors  la  direction  nominale.  Après 
deux  ans,  notre  revue  revenait  à  Bruxelles,  où 
nous  regrettons  que  notre  ami  ne  l'ait  pas  suivie. 
Nous  n'aurions  peut  être  pas  à  déplorer  aujour- 
d'hui sa  mort. 


Pierre  Schott  était  un  excellent  musicien  et  un 
pianiste  remarquable.  Il  avait  étudié  naguère  avec 
Louis  Brassin,  ami  intime  de  son  père,  et  il  s'était 
même  produit  en  public  dans  différents  concerts 
en  Allemagne,  à  Mayence,  Wiesbade,  etc.  La 
mort  de  son  père, en  l'appelant  à  la  tête  des  affaires 
de  sa  maison,  le  força  de  renoncera  la  pratique 
de  l'art.  Mais  il  était  resté  un  lecteur  de  partition 
d'une  habileté  peu  commune.  Il  s'était  essayé 
aussi  dans  la  composition,  et  il  a  publié,  sous  diffé- 
rents pseudonymes,  des  romances  qui  ne  sont  pas 
sans  quelque  mérite  et  sans  charme.  Malheureuse- 
ment, l'atmosphère  de  Paris  n'était  point  ce  qui 
convenait  à  sa  nature  sensitive  et  mélancolique, 
encline  à  la  rêverie  et  taciturne,  et  il  a  été  terrassé. 

Le  pauvre  garçon  n'avait  pas  trente  huit  ans. 

—  A  Cincinnati  (Etats-Unis),  P. W.Steinbrecher, 
pianiste,  fondateur  d'une  fabrique  de  pianos  et  de 
l'Academy  ofmusic  de  Cincinnati  Steinbrecher,  qui 
était  Berlinois  de  naissance  et  qui  avait  dû  fuir 
l'Allemagne  après  les  événements  de  1848,  avait 
pendant  quelque  temps  été  l'élève  de  Chopin  à 
Paris.  Il  était  âgé  de  soixante-douze  ans. 


MACKAE  st  NOËL,  éditeurs,  22.  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

PARIS 

Propriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKO'WSKY,  GOTTSCHALK,  PRUDENT,  ALLARD 
des   ARCHIVES  DU  PIANO  et  de  la  CÉLÈBRE  MÉTHODE  DE  PIANO  A.  LE  CARPENTIER 
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de  la  Nativité,  Orchestre 3  — 

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•  transcr.  facile  par  Tavan.      .  3  — 

Violon  ou  violoncelle  et  piano  .  6  — 

Slëlodies  «le  Faul  Kougnou 

1.  Au  vent 3  — 

2.  La  Chanson  du  renouveau     ....  3  — 

3.  Comment  on  dit  ;  k  Je  t'aime  ».      .      .  3  — 

4.  Etre  deux 5  — 

5.  J'aime,  je  crois,  j'espère 3  — 

6.  Le  Livre  de  la  vie 3  — 

7.  Premiers  baisers  du  printemps   .      .      .  3  — 

8.  Le  Souvenir 5  — 

9.  La  Valse  des  nuages 5  — 

H.-P.  Toby.  Sérénade,  paroles  de  A.  Semiane  .     3  — 

—  Barcarolle,  paroles  de  A.  Semiane  .      .      .      .3  — 

—  Berceuse  de  A.  Cœdes,  transcrite  pour  orgue 

et  piano 7  3o 


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violon  et  piano  par  Ad.  Herman 

Six  numéros,  chaque.     .  2 

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—  Mazurka  de  salon  (originale)  pour  piano   et 

violon 6 

C.  Galos.  Dolorosa,  nocturne  pour  piano.     .      .  6 

—  Le  Lac  de  Côme    .           5 

—  Le  Chant  du  berger 5 

—  Souvenir  des  champs 6 


B.-sr.  Colomer.  Rondino  pour  piano. 
G.  Pfeiffep.  Romance  pour  violoncelle  et  piano 
J.  Ten  Briuck.  Voici  le  soir,  valse,  barcarolle  . 
Ch.  Iiefebvpe.  Oublier,  mélodie  '  .  .  .  . 
Kmilc  Waldteafel.  Amour  et  Printemps,  valse 
chantée 

Arrangé  pour  orchestre,  parties  sép. 
—  harmonie  ou  fanfare  . 


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No  I.  Pour  violon  avec  Piano  (originale)     .  frs  6  — 
»   2.       '1     Violoncelle  avec  Piano  (transcrite 

par  G.  Fitzentiagen) .     .     .  »    6  — 

»  3.      »     Chant  avec  Piano  (par  l'auteur)  .  »    5  — 


No  4.  Pour  Harmonium  avec  Piano  ...  »  — 
«5.  »  Piano  à  2  mains  (par  l'auteur)  .  frs  5  — ^ 
»  5.  »  Piano  à  4  mains  (par  l'auteur)  .  »  7  5q 
»  7.  »  Orchestre  à  cordes.  Partition  net,  frs  2  — 
»  7°.    »  »  »  Parties       »     »    3  — 


LE  GUIDE  MUSICAl 


726 


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naval.  Mignon.  Tannhaeuser, 

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4  — 
3  i5 
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Accolay,  J.  B.  Au  bord  du 

ruisseau,  idylle  ... 
— La  Taglioni,  scène  de  balle 
— Ruines  et  Souvenirs, ballade 
— Rêverie  mélancolique  . 
— Légende  écossaise    . 
—  Polonaise. 
Bobna,  G.  Cinq  morceaux 

N"  I.  Séparation. 

N"  2.  Douce  attente. 

N"  3.  Doux  rêves 

N"  4.  Echo  du  bal   . 

N"  5.  Mon  étoile 
Gabriel-Marie.  «  Impres 

sions.  >)  6  pièces  originales: 

N"  i .  Simplicité. 

N"2.  Insouciance   . 

N"  3    Quiétude  . 

N"  4.  Souvenir   . 

N»  5.  Mélancolie     . 

N°  6.  Allégresse. 
Gilis,  A.  Soirées  enfantines 

Six  morceaux  très  faciles 

N»  I.  Air  villageois. 

N°  2.  Chant  du  village. 

N"  3.  Air  champêtre 

N°  4.  Fanfare-Marche  . 


2  — 
2  — 

I  75 
i  75 
I  75 
I  go 
I  75 


I  35 
I  75 
I  35 
I  75 

1  35 

2  — 


No  5.  Royal-Gavotle      .      .      i 
N"  6.  Musique  militaire     .      i 

Hermann,  Rob.  Petites 
Variations  pour  rire,  com- 
posées sur  sept  notes     .      .      i 

Herrmann,  Tb.  Six  trans- 
criptions d'œuvres  célèbres; 
N°  I .  Air  de  Chérubini      .      i 
N°  2 .  Grétky,  Romance  de 

Richard.  .  .  .  i 
N»  3.  Nicolo,  Joconde.  .  i 
N°  4 .  Schubert,  Sérénade  i 
N"  5.   Schubert,   Moment 

musical.  .      .     i 

N"  6.    Mendelssohn,    Auf 

Flûgeln.     .      .      .     i 

Hille,  G.  Op  60.  Concerto 
avec  Piano lo 

Hone,  J.  The  Old  Folks  at 
Home 

—  Suite  Irlandaise  : 

N°  I .  When  theWho  adores 

thee     .... 
N°  2.  If  thou  wilt  be  Mine 
N"  3.   Oh!    Had   we  some 

Bright 

N°  4.  Is  that  M'-  Reilly.      . 


I   75 


I   35 
I   35 


Hoyoid,  L.  Mélodie.      .      .  i  75 

Jebin-Prume.  Romance  .  i  75 

—  Berceuse i  35 

Hubay,  Jenô.   Cinq  mor- 
ceaux ; 

Op.  37.  N"  I.  Fleur  de  Mai   .  i  75 

Op.  37  N"  2.  Au  temps  jadis  2  5o 
Op.    38.    N"   I.    Devant    son 

image  (Chant  sur  la  4"  corde)  i  75 

Op.  38.  N"  2   Sous  sa  fenêtre  2  — 

Op.  39.  Ramage  de  rossignols  3  — 

Smetkoren,  J.  Elégie  .     .  i  75 

—  Berceuse 2  — 

Tballon,  R.  Romance  .      .  i  75 
Ventb,  G.  Trois  morceaux  : 

N"  I.  Chanson  sans  paroles  i  35 

N"  2.  Chanson  du  soir  .      .  i  35 

N"  3.  La  Sérénade  ...  2  — 

—  Deux  Rhapsodies  : 

No  I .  Sur  des  motifs  écossais  i  90 
No  2.  Sur  des  mélodies  sué- 
doises    3  75 

Ysayê.  Deux  Mazurkas  : 

No  I.  Dans  le  lointain  .      .2  — 

No  2.  Mazurka    ....  2  — 


726 


LF,  GUIDE  MUSICAL 


hœuser.  Hamlet.  Guillaume  Tell.  Les  Maîtres  chan- 
teurs. Hamiet 

Paris 

Opéra.    —  Du  17  au  21  septembre  :  Roméo  et  Juliette. 

La  Walkyrie.  Thaïs  et  la  Maladetta. 
Opéra-Comique.  —   Du  17  au  22  septembre  ;  Manon. 

Falstaff.  Carmen.  Manon.  Falstaff   Mandn 

Vienne 

Opéra.   —  Du  18  au  24    septembre  :  Wiener  Walzer  et 

Puppenfee.  Mignon    Roméo  et   Juliette    Freyschtitz 

Ephigénieen  Aulide.  Manon.  Cavalleria  ru.sticina  et 

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2.  Conte,         ))     .   6  00 

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Complet  g  00 


N"  I.   Conte,  3=  suite  6  00 

2.  Ballade,      •>    .   5  00 

3.  Conte,  »     .    5  00 

Complet  9  00 


N"  I.   Ballade,  4«  suite  6  00 

2.  Conte,         »      .    6  00 

3.  Ballade,      »     .  4  00 

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RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

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N    LE  KIME,  SECRET  AIRE- ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbkrt  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  -  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardiéu  -  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

D"'  Victor  Joss.—  N.  Liez.  —  I.  Will 

Dr  F.-V.  Dwelshauwers-Dery 

Ernest  Closson  —  Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

J.  Brunet  -  A.  Wilford,  etc,  etc. 

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journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  duCougrès  ; 
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40''  année  3o  Septembre  1894 


>rUMER0  40 


SOMMAIRE 

L.  P.  —  Une  lettre  d'Emmanuel  Chabrier. 

Richard    Wagner.   —  Lettres   à  Auguste 
Rœckel  (Traduction  de  M.  Maurice  Kufferath). 

M.  Kufferath.  -  Notes  de  voyage.  (Suite). 

(HljVontquE  bc  la  Semaine  :  Paris    :    Les    salles    de 


concerts.  Hugues  Imbert. - 
A  M.  Gauthier- Villars. 


■  Nouvelles  diverses.  — 


Bruxelles  :  Reprise  du  Prophète,  J.  Br. 
Correepanbance»  :  Amsterdam,  Anvers,  Dresde,  Gand, 

Londres,  Milan  :  Inauguration  du  Théâtre-Lyrique 

international. 
Nouvelles  diverses.  —  Nécrologie. 
Répertoire  des  théâtres. 


EN  VENTE,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  l'Ecuyer; 
et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de  Seine;  M.  Brasseur,  Galerie 
de  l'Odéon.    —    Lu.xembourg,   G.-D.    Simonis,  libraire. 

—  A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Hœrtêl,  i5,  O.vford 
Street  ;  Schott  et  G",  Régent  street,  iSy-iSg. —  A  Leipzig  : 
Otto  Junne. — A  Munich  :  Josef  Seiling,  fourn''  de  la  cour, 
Perusastrasse.  —  A  Prague  :  F.  A.  Urbanek.  —  A  Stras- 
bourg :  librairie  Ammel.  —  A  Amsterdam,  Algemeene 
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—  A  Liège  :  M™"  veuve  Muraille,  rue  de  l'Université.  — 
A  Anvers:  M  Forst,  place  de  Meir.^A  Gand  :  M™"  Beyer. 

—  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit. —  A  Genève  :  Ad.  Henn, 
6,  rue  Grenus.  —  a  Madrid  :  Ruiz  y  C°,    Principe,   14. 

—  A  Saint-Pétersbourg  :  MM.  E.  Mellier  et  G'",  Pers- 
pective Newski.— A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Me.'cico  : 
N.  Budin.  —  A  Montréal  :  La  Montagne,  éditeur  rue 
Saint-Maurice,  149.  —  A  New- York  :  G.-E.  Stechert, 
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730 


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40"  ANNÉE.  —  Numéro  40. 


3o  Septembre  1894. 


Les  tendances  de  l'ART  MUSICAL  se 
rapprochant  chaque  jour  davantage  de 
celles  du  GUIDE  MUSICAL,  M™^  Leduc 
a  proposé  à  M.  Kufferath  une  combinaison 
qu'il  a  acceptée.  Les  deux  revues  n'en 
feront  plus  qu'une,  dont  la  publication  se 
continuera  à  partir  du  le""  octobre  prochain, 
sous  le  titre  LE  GUIDE   MUSICAL. 

Il  est  bien  entendu  que  M.  Maurice 
Kufferath  gardera  son  entière  indépen- 
dance et  qu'il  sera  seul  propriétaire  et 
directeur  du  GUIDE  MUSICAL,  dont  la 
ligne  de  conduite  restera  ce  qu'elle  était 
par  le  passé. 


UNE  LETTRE 
D'EMMANUEL    OHABRtER 

|a  Revue  d'Aujourd'hui,  qui  n'eut 
qu'une  existence  éphémère  vers  1890 
—  qu'on  en  vit  mourir,  de  revues!  — 
obtint  la  promesse  de  la  collaboration  de  Cha- 
brier,  qui  refusa  d'être  son  critique  musical, 
mais  accepta  de  lui  apporter  de  la  copie  de 
temps  en  temps,  «  en  irrégulier,  en  tirailleur  », 
par  une  lettre  charmante,  primesautière, 
pleine  de  gaieté  et  d'esprit,  qui  peint  l'homme 
tout  entier.  Nos  lecteurs  nous  sauront  gré  de 
mettre  cette  épître  sous  leurs  yeux  : 

Cher  ami  (i), 
Justement  on  me  remet  votre  lettre,  et  le  titre 
que  vous  me  proposez.   Lettres  confidentielles  sur  la 


(i)  La  lettre  était  adressée  à  M.  Rodolphe  Darzens, 
rédacteur  en  chef  de  la  Revue  d'Aujourd'hui. 


musique,  me  semble  d'une  ironie  amusante  comme 
tout;  ce  titre  en  tête,  un  bon  article  en  hedon  et  ma 
signature  en  coda,  ça  ferait  peut-être  un  rude  effet; 
mais,  je  vous  le  répète,  me  lier,  ça  me  turlupine. 
Faites-moi,  si  vous  le  désirez,  une  place  de  bachi- 
bouzouk  dans  la  revue,  du  Monsieur  intermittent; 
annoncez  moi,  je  vous  en  laisse  absolument  libre. 
Mais  surtout  rien  pour  le  premier  numéro,  car  je 
serai  en  Allemagne  (i). 

Cherchez  un  homme  recta,  porteur  sérieux  d'une 
copie  parfaite,  il  y  en  a  de  compétents;  et  quand 
même,  et  surtout  un  moderne,  un  ardent. 

Aujourd'hui, il  faut  mettre  les  pieds  dans  le  plat; 
de  vingt-cinq  à  trente  ans,  on  est  fait  pour  ça. 
Trouvez  un  hirsute  tueur  de  répertoire,  tombeur 
de  Ritt,  allumeur  alerte  de  nouveaux  réverbères, 
éteg  noir  radical  des  anciens  :  voilà  la  tignasse 
rêvée. 

Mais  moi,  à  quoi  bon? 

Quand  on  a  peu  de  cheveux,  et  qu'ils  sont 
blancs,  on  ne  doit  plus  jouer  de  piano  en  public. 
Au  surplus,  ce  n'est  pas  cela  qui  m'arrêterait, 
mais  bien  ce  que  je  vous  ai  dit  dans  la  lettre  n°  i. 
C'est  le  fil  à  la  patte  du  mensuel  article;  ça, je 
renâcle.  Encore  une  fois,  merci;  utilisez-moi 
autrement  si  je  puis  être  bon  à  quelque  chose. 

E.  C. 

Quel  entrain,  quelle  fougue  et  à  la  fois  quel 
bon  sens  et  quelle  modestie  respirent  ces 
quelques  lignes  du  parfait  musicien  que  l'art 
pleure  en  ce  moment  !  Si  jamais  le  célèbre  apho- 
risme de  Buffon  :  «  Le  style  c'est  l'homme  », 
avait  besoin  de  justification,  il  la  trouverait  dans 
ce  fragment  de  lettre  d'une  si  joyeuse  fantaisie 
et  d'une  si  profonde  justesse. 

Quant  au  critique  idéal  que  rêvait  le  brave 
Chabrier  pour  la  pauvre  revue  défunte,  nous 
n'en  connaissons  guère  qui  remplissent  le  pro- 
gramme tracé  par  lui  avec  tant  d'humour  et  de 
vérité.  Les  tombeurs  de  Ritt  et  de  Stoumon, 
hirsutes  tueurs  de  répertoire,  il  n'y  en  a  pas  à 
remuer  à  la  pelle.  L.  P. 

(i)  A  Carlsruhe,  où  l'on  avait  monté  le  Roi  malgré  lui. 


732 


LE  GUIDE  MUSICAL 


LETTRES  DE  RICHARD  WAGNER 

A 

AUGUSTE  RŒCKEL 

(Traduites    par    M.    Kufiferath) 
(Suite.  —  Voir  le  no  39). 

n 

Zurich,  12  septembre. 

Ta  lettre,  ô  toi  cher  ami,  m'a  réjoui  au  delà 
de  toute  mesure  !  Elle  m'est  arrivée  si  inat- 
tendue et  si  inespérée,  elle  me  donne  des 
preuves  si  fortes  de  ta  courageuse  et  sereine  per- 
sévérance que  rien  de  plus  agréable  ne  pouvait 
se  rencontrer  pour  m'élever  et  me  fortifier  moi 
même.  Ma  santé  n'est  pas  des  meilleures,  et, 
tandis  que  mon  corps  montre  une  suffisante 
fermeté,  mon  système  nerveux  est  dans  un  état 
inquiétant  d'affaiblissement  progressif,  —  con- 
séquence nécessaire  de  la  sincérité  sans  réserve 
de  ma  sensibilité  violente  et  passionnée,  qui 
fait  de  moi  un  être  artiste  dans  la  mesure  où  je 
le  suis.  C'est  plus  parliculièrement  ma  vie 
toute  d'imagination,  sans  réalisation  suffisante, 
qui  affaiblit  mes  nerfs  cérébraux  au  point 
de  ne  pouvoir  plus  travailler  qu'à  de  longs 
intervalles  et  en  m'interrompant  souvent,  sous 
peine  de  m'exposer  à  une  longue  et  doulou- 
reuse souffrance.  C'est  dans  cet  état  que  ta 
lettre  m'a  trouvé  ;  son  contenu  rapproché  de  ta 
situation  formait  un  contraste  assez  remar- 
quable avec  ma  propre  situation  et  mes  senti- 
ments. Elle  a  confirmé  en  moi  une  impression 
déjà  maintes  fois  éprouvée,  à  savoir  qu'une 
demi-liberté  est  plus  humiliante  et  plus  dépri- 
mante qu'un  esclavage  absolu  :  il  me  serait 
cependant  difficile  de  t'expliquer  bien  claire- 
ment ce  que  j'entends  par  là. 

Mes  travaux  littéraires  témoignent  de  mon 
manque  de  liberté  comme  artiste  :  je  les  ai 
conçus  sous  la  plus  tyrannique  nécessité,  et  ils 
n'ont  été  écrits  rien  moins  que  dans  l'idée  de 
faire  des  «  livres  »  ;  s'il  en  avait  été  ainsi,  tu 
n'aurais  probablement  pas  eu  à  te  plaindre 
tant  de  mon  style. 


Mais  cette  période  de  production  littéraire 
est  maintenant  bien  finie  :  j'en  mourrais  si  je 
devais  continuer  ;  je  m'occupe,  au  contraire,  en 
ce  moment,  de  l'exécution  d'un  grand  projet 
artistique,  l'achèvement  du  poème  de  trois 
drames  précédés  d'un  prologue  indépendant, 
que  je  vais  mettre  ensuite  en  musique  et  que 
—  Dieu  sait  quand,  comment  et  où?  —  je 
ferai  un  jour  représenter.  Le  tout  sera  intitulé  : 
V Anneau  du  Nibehtng  (1).  Le  prologue  :  le 
Rapt  de  l'or  du  Rhin  ;  —  le  premier  drame  : 
la  Walkyrie;  —  le  deuxième  :  le  Jeune  Sieg- 
fried; — le  troisième  :  la  Mort  de  Siegfried. 

Les  trois  drames  sont  déjà  terminés  et  je 
n'ai  plus  qu'à  faire  les  vers  du  prologue.  Je 
pense  pouvoir,  encore  avant  la  fin  de  cette 
année,  soumettre  le  poème  imprimé  à  mes  amis. 
L'achèvement  du  tout  (dans  l'état  actuel  de  ma 
santé)  me  demandera  naturellement  beaucoup 
de  temps  :  le  moment  de  la  représentation,  je 
dois,  pour  le  rhoment,le  reculer  dans  les  temps 
fabuleux  de  l'avenir.  —  A.u  sujet  de  ce  plan,  tu 
seras  renseigné  très  explicitement  par  une  com- 
munication à  mes  amis  relative  à  mon  déve- 
loppement comme  artiste,  que  j'ai  placée  en 
tête  de  mes  trois  poèmes  d'opéra  (Vaisseau- 
Fantôme,  Tannhœuser  et  Lohengrin).  Ce  livre 
a  déjà  paru  au  début  de  cette  année  et  j'ai 
veillé  à  ce  qu'un  exemplaire  te  fût  adressé  ;  je 
présume  qu'il  ne  te  sera  pas  encore  parvenu; 
s'il  en  était  autrement,  je  te  prie  de  m'en 
avertir,  que  je  puisse  réparer  l'omission  s'il  y  a 
lieu.  —  Au  lieu  de  la  réduction  pour  piano  de 
Lohengrin  que  tu  attendais,  j'envoie  à  ta 
chère  femme  la  partition  d'orchestre  de  cet 
ouvrage,  qui  vient  de  paraître  chez  les  Pfaertel  ; 
elle  verra  s'il  lui  est  permis  de  te  la  faire 
parvenir.  De  toutes  façons,  la  partition  te 
donnera  plus  de  satisfaction  que  la  réduction 
pour  piano.  Je  t'envoie  également  quelques 
petits  écrits  sur  des  questions  d'art,  parus  en 
différentes  circonstances.  Le  dernier  est  une 
introduction  à  la  représentation  de  mon 
Tannliœuscr.  Depuis  peu,  en  eifet,  un  certain 
nombre  de  théâtres  allemands  s'occupent  de 
monter  cet  ouvrage.  Même  le  théâtre  de  la 
Cour,  à  Berlin,  s'y  prépare,  et  je  puis  admettre 
qu'avant  peu  tous  nos  théâtres  l'auront  donné. 


(1)  En  allemand  :  der  Reif  des  Nibehingen.  Plus  tard, 
Wagner  a  changé  le  titre  en  dcr  Ring  des  Nibclmigen.  Ritig 
et  Reif  ont,  d'ailleurs,  la  même  signification. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


73i 


Malheureusement,  je  ne  puis  plus  en  ressentir 
aucune  joie  :  à  tous  égards, —  il  est  trop  tard  : 
je  sais  aussi  que  nulle  part  cet  ouvrage  ne  sera 
exécuté  comme  je  le  veux;  artistes  et  public  ne 
peuvent  entreprendre  et  comprendre  que  le  côté 
le  plus  efféminé  de  l'œuvre  ;  ils  ne  saisissent  pas 
l'énergie  de  passion  qui  est  en  elle.  Ma 
célébrité  qui  croît  d'une  façon  si  inattendue  me 
procurera-t-elle  la  possibilité  de  représenter  un 
jour  mes  Nibelmigen  ?  J'en  dois  douter  aussi, 
attendu  que  telle  que  j'entends  l'œuvre,  cette 
possibilité  ne  peut  naître  que  de  circonstances 
tout  à  fait  autres  que  celles  qui  dominent  actuel- 
lement dans  l'art  et  dans  la  vie.  Le  plus  pénible 
pour  moi,  — malgré  tous  mes  apparents  succès, 
—  ce  sera  toujours  de  savoir  que  le  plus  gros 
de  ces  succès,  je  le  dois  à  l'incompréhension 
du  véritable  esprit  de  mes  œuvres  :  sur  ce  point, 
malheureusement,  je  ne  puis  plus  me  faire 
illusion. 

Quand  il  te  sera  de  nouveau  permis  de  t' oc- 
cuper de  littérature,  je  voudrais  que  tu  me  fasses 
savoir  si  je  puis,  de  temps  à  autre,  te  faire  par- 
venir des  livres.  Une  lecture  qui  t'intéresserait 
extraordinairement  serait  celle  des  écrits  de 
Feuerbach.  Je  te  passerais  aussi  le  poète  en  qui 
j'ai  récemment  reconnu  le  plus  grand  de  tous  : 
c'est  le  poète  persan  Hafis,  dont  les  œuvres 
viennent  de  paraître  en  une  très  tolérable  adap- 
tation allemande  de  Daumer.  Les  écrits  de  ce 
poète  m'ont  rempli  d'une  véritable  terreur  : 
avec  toute  notre  culture  européenne  tant 
vantée,  nous  nous  trouvons  presque  humiliés 
par  ces  productions  que  l'Orient  a  jadis  vues 
s'épanouir  avec  une  si  sûre,  si  sereine  et  si 
haute  tranquillité  d'àme.  Je  suis  persuadé  que 
tu  partagerais  mon  étonnement.  Le  seul  mérite 
du  moderne  développement  de  l'Europe,  je  le 
retrouve  dans  une  sorte  de  désagrégation  uni- 
verselle, tandis  que,  dans  l'apparition  de  cet 
Oriental,  je  reconnais  une  aspiration  indivi- 
duelle de  l'antiquité. 

Je  me  propose  d'écrire  prochainement  une 
bonne  fois  à  ta  pauvre  chère  femme,  et  je 
souhaite  ardemment  qu'il  me  soit  donné  de  lui 
procurer  un  peu  de  soulagement  et  d'espérance. 
—  Ma  situation  personnelle  s'arrange  assez 
agréablement  et  je  dois  m'estimer  heureux  de 
pouvoir  satisfaire  les  plus  pressants  besoins  de 
l'existence  sans  de  trop  lourds  soucis  ;  malheu- 
reusement je  suis  très  seul;  il  me  manque  un 


commerce  suffisant;  et  plus  que  jamais  j'ai 
l'impression  que  le  côté  exceptionnel  de  ma 
situation  se  retourne  contre  moi,  comme  une 
véritable  malédiction,  au  point  de  vue  des  jouis- 
sances de  la  vie  ;  un  prisonnier  ne  pourrait 
comprendre  pourquoi  si  souvent  je  suis  triste, 
pourquoi  si  souvent  j'aspire  à  la  mort  :  et 
cependant  je  vois  cela  si  clairement,  si  nette- 
ment! —  Mais  assez  de  cela.  Tu  vas  rire  de 
moi,  et  franchement,  je  ne  puis  t'en  contester 
le  droit.  Ce  que  je  désire  le  plus  maintenant, 
c'est  que  tu  sois  autorisé  à  m'écrire  plus 
souvent  :  si  tu  pouvais,  sur  ce  point,  m'ouvrir 
une  perspective  consolante,  sois  assuré  que  tu 
me  ferais  une  joie  infinie. 

Adieu  et  puisses-tu  continuer  à  te  tenir 
comme  tu  te  tiens  !  Tel  est  le  vœu  le  plus  cher 
de  ton  fidèle  ami 

Richard  Wagner. 

III 

Cher  ami. 

Il  y  a  quelques  temps  seulement,  j'ai  de 
nouveau  reçu  des  nouvelles  de  toi;  j'ai  appris 
aussi  que  quelques  livres  que  je  t'avais  destinés 
ne  t'étaient  pas  encore  parvenus  ;  avant  de  te 
répondre,  j'ai  voulu  me  renseigner  à  ce  sujet 
auprès  de  ta  chère  femme  ;  mais,  empêchée  par 
la  maladie,  elle  n'a  pu  me  répondre  qu'après 
quelques  semaines  ;  moi,  de  mon  côté,  j'ai  eu, 
dans  ces  derniers  temps,  quelques  occupations 
très  absorbantes,  si  bien  que,  de  tout  cela,  est 
résulté  un  retard  dans  ma  réponse,  pour 
lequel  je  te  prie  de  m'excuser  ;  c'est  pourquoi 
je  place  ces  banales  explications  en  tête  de  ma 
communication  d'aujourd'ui. 

Mon  nouveau  poème  :  V Anneau  du  Nibe- 
liing  (dont  j'ai  fait  tirer  seulement  un  petit 
nombre  d'exemplaires  pour  mes  plus  proches 
amis),  est  déjà  parti  au  mois  de  février  de  cette 
année  pour  Weimar,  afin  qu'il  te  soit  envoyé 
par  ta  femme.  Tu  ne  m'en  dis  rien  :  ta  femme 
m'affirme  cependant  que  ton  exemplaire  a  été 
expédié  à  Waldheim.  S'il  ne  t'a  pas  été 
remis,  ce  doit  être  pour  des  raisons  qui 
rendraient  tout  à  fait  inutile  l'envoi  d'un  second 
exemplaire.  C'est  pourquoi  je  préfère  te  de- 
mander d'aller  aux  renseignements.  Si  l'exem- 
plaire s'était  perdu,  fais-le-moi  savoir  au  plus 
vite  :  un  second  exemplaire  arriverait  promp- 
tement  à  ton  adresse  à  Waldheim.  —  Tout 
commentaire  sur  ce  poème  me  paraît  donc  en 


734 


LE  GUIDE  MUSICAL 


ce  moment  inutile,  aussi  longtemps  que  tu  ne 
m'auras  pas  annoncé  que  tu  l'as  lu. 

Mes  trois  poèmes  d'opéra,  avec  une  commu- 
nication à  mes  amis  en  guise  de  pvéface^Leip- 
zig,  Breitkopf  et  Hcertel),  t'avaient  également 
été  envoyés  déjà  au  diJbut  de  l'année  dernière; 
par  ce  que  tu  me  dis  je  vois  que  le  livre  a  dû  se 
perdre  ;  j'envoie  donc  directement  à  ta  femme 
un  nouvel  exemplaire,  afin  qu'elle  te  le  fasse 
parvenir.  J'y  joins  ce  que  tu  m'as  exprimé  le 
désir  d'avoir  :  i°  Haiis  (deux  volumes); 
2°  Feuerbach,  conférences  sur  l'essence  de  la 
religion. 

Ton  état  d'âme,  —  et  je  m'en  réjouis  grande- 
ment, —  me  paraît  être  de  telle  sorte  que  je 
puis  me  promettre  pour  toi  une  grande  satis- 
faction de  cette  lecture  :  j'espère  que  tu  es  bien 
portant  et  que  tu  as  préservé  ton  esprit  qui  ne 
se  sent  ranimé  que  lorsqu'il  peut  contempler  le 
Beau  dans  la  résignation  et  la  contrainte.  A  ce 
point  de  vue,  tu  n'es  peut-être  pas  plus  mal  loti 
qu'aujourd'hui  tout  autre  homme  :  ce  qui  est 
vraiment  beau  n'est  plus  pour  nous  aujourd'hui 
qu'une  image  de  la  pensée  ;  que  le  Beau  coit 
possible,  qu'il  doive  un  jour  nous  être  présent, 
qu'il  doive  un  jour  être  goûté  par  des  hommes 
qui  éprouvent  comme  nous,  cette  pensée  rai- 
sonnée  doit  nous  servir  de  consolation  ici  aussi 
bien  qu'à  toi.  Et  véritablement,  c'est  la  seule 
consolation  ;  en  la  sympathie  pour  une  généra- 
tion à  venir,  nous  pouvons  déjà  ressentir  de 
bienfaisantes  impressions.  C'est  ainsi  que  je  ne 
me  fais  pas  de  reproche  de  t' envoyer  Hafis  à 
Waldheim. 

Le  livre  de  Feuerbach  est,  en  quelque  sorte, 
le  résumé  de  toutes  ses  antérieures  spéculations 
philosophiques  :  ce  n'est  pas  un  de  ses  livres 
fameux,  tels  que  V Essence  du  christianisme  et 
les  Réflexions  sur  la  mort  et  l'immortalité; 
mais  c'est  l'ouvrage  qui  donne  le  mieux  et  le 
plus  rapidement  une  connaissance  complète  du 
développement  de  ses  idées  et  des  dernières 
conséquences  de  son  exégèse,  —  Je  serais  bien 
heureux  s'il  t'était  permis  de  te  réjouir  dans 
l'atmosphère  de  ce  fort  et  clair  esprit. 

J 'ajoute  encore  le  programme  des  exécutions 
musicales  que  j'ai  récemment  organisées  à 
Zurich  ;  cela  t'intéressera.  Tu  t'étonneras  sans 
doute  de  ce  que  j'aie  pu  me  résoudre  à  donner 
de  la  sorte,  au  concert,  une  série  de  morceaux 
extraits  de  mes  opéras.  Mais  la  chose  s'explique 


aisément.  Tout  d'abord,  j'avais  un  trop  vif 
désir  d'entendre  enfin  quelque  chose  de  mon 
Lohengrin,  notamment  le  prélude.  Mais,  pour 
réunir  l'orchestre  nécessaire  à  cette  exécution, 
il  fallait,  avant  tout,  songer  à  un  conceit 
complet  et,  par  conséquent,  donner  tout  une 
série  de  morceaux. 

L'engagement  de  cet  orchestre  (soixante-dix 
exécutants)  devait  me  coûter  neuf  mille  francs; 
et,  effectivement,  lorsque  je  fis  connaître  mon 
projet,  j'ai  trouvé  des  personnes  pour  me 
garantir  cette  somme.  Pour  qui  connaît  Zurich, 
ses  bourgeois  et  ses  philistins,  c'est  là  un  fait 
surprenant,  et  je  ne  puis  cacher  que  cette 
preuve  d'une  confiance  insoupçonnée  et  d'une 
sympathie  extraordinaire  m'a  profondément 
touché.  Les  exécutions  ont  été  parfaites  :  j'avais 
fait  venir  de  très  loin,  d'Allemagne,  les  meil- 
leurs instrumentistes,  et  le  succès  a  été  tel 
qu'il  acquerra  une  signification  de  plus  en  plus 
importante  pour  la  Suisse.  Je  ne  doute  pas  en 
effet,  —  quand  j'en  serai  arrivé  là,  —  que  l'on 
m'offrira  ici  les  moyens  d'exécuter  mes  compo- 
sitions dramatiques  selon  mon  désir.  Il  faudra 
naturellement,  que  je  me  consacre  exclusive- 
ment, pendant  plusieurs  années,  à  l'éducation 
d'un  personnel  d'exécutants  tels  que  je  les 
veux;  le  jour  où  j'en  serai  venu  là,  à  mon 
entière  satisfaction,  je  représenterai,  pendant 
une  année,  toutes  mes  œuvres,  et  aussi  mes 
drames  des  Nibelungen,  sur  un  théâtre  spé- 
cialement installé,  légèrement  construit,  mais 
approprié  à  toutes  mes  exigences.  Ainsi  j'aurai 
atteint,  sinon  mon  idéal,  du  moins  ce  qu'un 
homme  seul  a  la  possibilité  d'atteindre.  Mais 
auparavant  j'aurai  à  concentrer  toute  ma  force 
et  ma  santé,  -  -  qui  est  souvent  chancelante,  — 
pour  achever  la  composition  musicale  de  mes 
drames  des  Nibelungen.  Cela  me  coûtera  trois 
ou  quatre  ans  certainement. 

Les  exécutions  de  mon  Tannhœuser  et  aussi 
de  mon  Lohengrin   qui  se  donnent  présente- 
ment, ou  vont  se  donner  sur  les  théâtres  alle- 
mands, demeurent  pour  moi  sans  aucun  intérêt! 
artistique  :  je  sais  que,  la  plupart  du  temps,  elles] 
ne  répondent  en  rien  à  mes  intentions  et  nel 
s'élèvent   en   rien    au-dessus   de   la    moyennej 
de    nos    représentations   ordinaires   d'opéras. 
Quoique,    çà  et  là,  je  fasse  de  surprenantes^ 
expériences  et  que  je  m'étonne    toujours    de 
l'effet  que  ces  représentations    produisent  suri 


LE  GUIDE  MUSICAL 


735 


de  petites  scènes,  —  grâce  notamment  au  zèle 
enthousiaste  de  jeunes  musiciens,  —  je  reste 
cependant  froid  au  total,  en  raison  des  con- 
ditions générales  et  irrémédiables  du  théâtre. 
J'avoue  que  la  diffusion  de  mes  œuvres  n'a  de 
valeur  pour  moi  qu'au  regard  des  bénéfices 
matériels.  Grâce  à  ceux-ci,  ma  situation  s'est 
améliorée  d'une  façon  très  acceptable,  j'ai  l'avan- 
tage à  présent  de  ne  devoir  plus  travailler  unique 
ment  pour  l'argent;  quoi  que  j'entreprenne  ici, 
jamais  je  ne  me  fais  payer  (ce  que  je  ne  ferais 
d'ailleurs  jamais,  fussé-je  privé  de  toute  res- 
source, car  faire  de  l'art  pour  de  l'argent,  c'est 
ce  qui  pourrait  m'éloigner  à  tout  jamais  de  l'art, 
comme  c'est  aussi,  au  demeurant,  ce  qui  pro- 
voque tant  d'erreurs  au  sujet  de  l'essence  des 
œuvres  d'art).  En  somme,  je  pourrais  dire  que 
je  vis  assez  agréablement,  si  j'étais  un  autre 
que  je  ne  suis  !  Non  seulement  j'éprouve  plus 
cruellement  que  qui  que  ce  soit  la  malhonnêteté 
de  la  situation  générale,  mai.s  encore,  en  ce  qui 
concerne  ma  vie  toute  personnelle,  je  me  con- 
vaincs de  plus  en  plus  clairement  que,  depuis 
quelques  années  seulement,  —  trop  tard  !  —  je 
sais  que  je  n'ai  pas  encore  vécu  !  Mais  je  ne 
veux  pas  t'obséder  avec  ces  doléances  qui  ne 
sont  point  faites  pour  tes  oreilles  !  Seulement  il 
faut  bien  que  je  te  le  dise  :  mon  art  devient  de 
plus  en  plus  le  chant  du  rossignol  privé  de  la 
vue  et  qui  se  souvient  ;  mon  art  serait  instanta- 
nément privé  de  toute  base  si  je  pouvais  em- 
brasser la  réalité  de  la  vie.  Oui,  où  la  vie  cesse 
commence  l'art  (i)  ;  nous  entrons  dès  la  jeunesse 
dans  l'art,  sans  savoir  comment.  C'est  seule- 
ment lorsque  nous  avons  pénétré  l'art  jusqu'à 
son  extrême  limite  qu'à  notre  désespoir  nous 
nous  apercevons  que  ce  qui  nous  manque,  c'est 
la  vie  !  —  Si  je  pouvais  me  consoler  avec  de 
nouvelles  illusions,  je  me  sentirais,  en  vérité,  à 
mon  aise  :  si  je  pouvais  être  vaniteux  et  glo- 
rieux, combien  ne  devrais-je  pas  m'estimer 
heureux  en  ce  moment!  Ma  renommée  va 
grandissant;  on  me  considère  comme  une  appa- 
rition sans  précédent  et  qu'on  ne  peut  encore 
classer  ;  on  écrit  à  propos  de  moi  des  articles 
de  journaux  et  des  brochures  en  masse  ;  l'in- 
compréhension et  l'admiration  se  passionnent 

(I)  Cette  idée  se  trouve  plusieurs  fois  exprimée  dans 
les  lettrés  de  Wagner  à  Liszt  et  à  Uhlig-.  Il  me  semble 
intéressant  de  la  rapprocher  de  cette  réflexion  de  Gon- 
court  qui  sous  une  autre  forme  et  à  un  autre  point  de 
vue  exprime  le  même  sentiment. 


contradictoirement  à  mon  sujet,  —  et  cepen- 
dant que  tout  cela  me  laisse  indifférent!  Je  ne 
pourrais  plus  maintenant  faire  œuvre  d'écri- 
vain, tant  je  suis  écœuré  des  malentendus 
provoqués  par  mes  livres,  et  dégoûté  d'être 
demeuré  à  peu  près  incompris  dans  le  cœur  de 
mon  être  et  de  mes  idées.  Une  seule  chose  pour- 
rait me  consoler  :  c'est  que  non  seulement  on 
m'admire,  mais  que  l'on  m'aime  ;  où  cesse  la  cri- 
tique, la  sympathie  se  présente,  et  elle  a  rap- 
proché de  moi  beaucoup  de  cœurs.  Mais  cette 
sympathie  doit  toujours  demeurer  pour  moi 
une  chose  lointaine,  elle  ne  pénètre  jamais 
ma  vie  que  très  indirectement,  car,  — •  étant 
donnée  la  forme  qu'a  prise  cette  vie,  —  je  ne 
puis  plonger  du  regard  dans  ce  royaume  de 
l'amour  que  comme  dans  un  paysage  lointain. 
Si  je  pouvais  devenir  un  bon  égoïste,  je  serais 
sauvé  :  mais  cela  ne  va  pas,  et,  —  comme  toi, 
—  je  ne  pourrai  me  maintenir  dans  la  sincérité 
de  ma  nature  que  par  la  résignation. 

Cher  ami,  je  t'ai  parlé  de  moi,  et  j'aurais 
encore  à  te  dire  maintes  et  maintes  choses,  mais 
je  ne  veux  pas  décharger  tout  cela  en  une  car- 
gaison. Ce  que  je  désire  maintenant  le  plus 
ardemment,  c'est  que  tu  sois  autorisé  à  m'écrire 
plus  souvent  :  un  commerce  plus  assidu  peut 
seul  faciliter  ces  confidences  qu'une  sorte  de 
pudeur  retient.  Et  puis,  que  pourrais-je  te 
dire  au  sujet  de  toi-même?  Toi  seul,  tu  peux 
m'éclairer  sur  le  problème  de  ton  existence 
actuelle  :  mes  impressions,  en  ce  qui  concerne 
ta  situation,  je  n'ai  pas  le  droit  de  les  com- 
muniquer à  toi-même  ;  ce  que  tu  es  pour  moi, 
comment  tu  apparais  à  mes  yeux,  je  dois  garder 
cela  en  moi,  car  il  devrait  m'être  défendu  de 
provoquer  en  toi  le  soupçon  que  je  voudrais  te 
rendre  vaniteux.  Tout  ce  que  je  puis  te  dire  au 
sujet  de  toi-même,  c'est  que  je  me  ferais  l'effet, 
d'un  sot  si  je  voulais  te  donner  un  conseil  :  mais 
tu  me  rendrais  très  heureux  si  tu  réussissais  à 
découvrir  en  quoi  le  conseil  ou  l'encourage- 
ment d'un  sincère  ami  pourraient  t'être  utiles.  Si 
tu  le  découvres,  tu  me  le  diras  !  — J'espère  que 
mon  envoi  de  livres  te  parviendra  ;  je  serai  en 
esprit  auprès  de  toi,  quand  tu  liras  ces  livres. 
Au  sujet  de  mes  Nibeliingeii,  fais-moi  savoir  le 
plus  tôt  possible  si  tu  as  reçu  le  poème  et,  dans 
la  négative,  si  je  puis  te  l'envoyer.  Il  est  la 
somme  de  ce  que  je  puis  actuellement  comme 
artiste.  Renseigne  moi  donc  bien  vite  à  ce  sujet! 


Ï36 


LE  G  VIDE  MUSICAL 


Et  là  dessus  :  adieu  !  Si  tu  ne  peux  m'écrira 
bientôt,  fais-moi  du  moins  savoir  par  ta  femme 
si  tu  peux  recevoir  une  nouvelle  lettre  de  moi. 
Je  rattraperai  alors  beaucoup  de  choses  que 
j'omets  aujourd'hui,  parce  que  je  ne  peux  me 
mettre  à  une  lettre  qu'une  seule  fois  et  que 
déjà  je  sens  ma  tète  se  troubler  !  Adieu  !  Aie 
courage  et...  patience  !  Aucun  de  nous  ne  peut 
aboutir  sans  cela. 

Ton  Richard  Wagner. 

Zurich,  8  juin  i853 

(A  suivre.) 


NOTES   DE  VOYAGE 

(Suite.  —  Voir  les  nos  33  et  39) 


Prague  !...  Praha!  La  ville  sainte,  l'antique 
capitale  de  la  Bohême  et  l'ancienne  résidence 
de  ses  rois.  On  n'est  plus  ici  ni  en  Autriche  ni 
en  Allemagne.  A  l'entrée  de  la  ville,  une  porte 
aux  ogives  flamboyantes  évoque,  au  premier 
moment,  le  souvenir  de  Nuremberg,  la  vieille 
cité  germanique.  Mais,  à  mesure  qu'on  avance 
et  qu'on  descend,  par  la  pente  douce  des  rues, 
vers  la  Moldau,  l'impression  change.  Au  milieu 
des  façades  rococo, ornées  de  massives  cariatides 
qui  soutiennent  des  balcons  aux  ferronneries 
fîeuronnantes,  s'ouvrent,  çà  et  là,  de  vieilles 
voûtes  aux  cintres  bas;  la  tour  de  l'ancien 
hôtel  de  ville,  avec  ses  quatre  clochetons 
d'angle  soutenant  la  vieille  horloge  ouvragée 
comme  une  dentelle,  projette  son  ombre  sur  la 
place  où  le  gothique  se  mêle  à  d'étranges  imita- 
tions de  palais  italiens  ou  français.  Des  ruelles 
sordides  s'enchevêtrent  vers  le  quartier  juif, 
groupé  autour  de  la  vieille  synagogue  massive 
et  sombre.  Par  dessus  un  mur,  des  acacias 
tordent  leurs  branches  tourmentées  ;  c'est  le 
cimetière  juif,  dont  les  pierres  tombales,  cou- 
vertes de  mousse  et  déjetées,  ont  gardé,  semble- 
t-il,  des  attitudes  de  supplication  ou  d'horreur, 
souvenirs  des  féroces  persécutions  d'autrefois. 
Dans  le  lointain  brumeux,  sur  les  hauteurs  de 
l'autre  rive,  le  Hradschin,  ensemble  prodigieux 
de  palais  massifs  et  de  maisons  seigneuriales 


aux  proportions  gigantesques  étageant  leurs 
façades  jaunes  dans  la  verdure,  d'où  émerge  la 
silhouette  en  oignon  d'une  vingtaine  de  tours 
d'églises  et  d'abbayes.  Et  voici  la  Moldau, 
roulant  ses  eaux  rougeâtres  sur  un  lit  bas  de 
cailloux  à  travers  les  voûtes  du  fameux  pont 
orné  de  trente  groupes  de  statues  d'où  fut 
précipité,  selon  la  légende,  saint  Jean-Népo- 
mucène.  Le  tableau  est  vraiment  d'un  pitto- 
resque étrange  et  nouveau.  On  a  nettement  la 
sensation  d'une  civilisation  autre.  Ce  n'est  pas 
encore  l'Orient,  mais  ce  n'est  déjà  plus  la  Ger- 
manie. L'arbre  d'occident  a  poussé  ces  racines 
jusqu'ici,  mais  la  végétation  slave  commence. 
Non  moins  que  l'aspect  général  de  la  ville,  la 
physionomie  des  gens  du  peuple  est  pleine  de 
caractère.  Ce  qui  frappe  surtout,  c'est  la  recti- 
tude de  l'angle  facial,  la  hauteur  du  front,  la 
fermeté  de  l'arcade  sourcillière.  Le  nez  aquilin 
domine.  Tous  les  signes  d'une  race  intelligente, 
énergique  et  fière.  Les  Tchèques  le  sont.  La 
Bohême  est  un  des  pays  les  plus  avancés  de 
l'Europe,  et  elle  est  la  province  la  plus  civilisée 
de  la  monarchie  austro-hongroise.  Il  n'y  a 
que  trois  pour  cent  d'illettrés,  alors  qu'en 
Belgique,  nous  en  avons  32  p.  c.  et  en  France 
28  0/0!  Peuple  très  artiste,  la  Bohême  a  ses 
poètes,  ses  peintres  et  ses  musiciens,  qui  sont 
à  la  tête  du  mouvement  intellectuel  dans  la 
monarchie.  L'Autriche  doit  à  la  Bohême  ses 
meilleurs  écrivains,  ses  savants  les  plus  illus- 
tres, ses  compositeurs  les  plus  renommés. 

L'histoire  de  la  Bohême  est  malheureusement  ; 
peu  connue  au  dehors,  les  Allemands  s'étant 
entendus  pour  accaparer  à  leur  profit  la  plus 
belle  part  de  la  riche  productivité  de  ce  petit 
peuple  tenace  et  volontaire.  Aussi  dans  nos 
pays  confond-on  volontiers  les  Tchèques  avec  \ 
les  Allemands,  parce  qu'ils  ne  nous  sont 
connus  que  par  l'intermédiaire  des  Allemands 
et  qu'on  les  croit  englobés  dans  l'ensemble 
des  populations  germaniques  qui  les  entourent. 
Mais  cette  plus  occidentale  des  familles  de 
la  race  slave  a  sa  physionomie  bien  originale 
et  bien  à  part  ;  et  c'est  vraiment  merveille 
de  voir  quelle  fécondité  de  ressources  elle 
déploie  dans  toutes  les  branches  de  l'activité 
intellectuelle.  Dans  l'histoire  de  la  musique  elle 
joue  un  rôle  tout  à  fait  extraordinaire  en  ce 
moment.  Prague  est  un  centre  artistique  de 
premier  ordre.  Le  Théâtre  national  tchèque  est 


LE  G  UIDE  MUSICAL 


737 


une  des  scènes  les  plus  remarquables  de  l'Eu- 
rope. On  se  rappellera  la  sensation  énorme, 
produite  il  y  a  deux  ans,  à  l'Exposition  de 
théâtre  et  musique,  à  Vienne,  par  les  représen- 
tations qu'y  allèrent  donner  les  troupes  d'opéra 
et  de  comédie  du  Théâtre  de  Prague. Ce  fut  une 
véritable  et  foudroyante  révélation.  Quatre  fois 
de  suite,  les  comédiens  tchèques  durent  jouer  le 
petit  opéra  comique  de  Smetana,  la  Fiancée 
vendue  (dont  l'ouverture  a  été  plus  d'une  fois 
exécutée  dans  nos  salles  de  concerts),  et  chaque 
fois  ce  fut  un  triomphe  et  pour  l'œuvre  et  pour 
les  interprètes.  «  C'est  un  pur  chef-d'œuvre  », 
me  disait  Hans  Richter  en  parlant  de  cet  ou- 
vrage qu'il  a  dirigé  à  l'Opéra  de  Vienne,  et  qui 
fait,  du  reste,  en  ce  moment,  la  conquête  de 
toutes  les  scènes  allemandes,  en  attendant 
qu'un  directeur  intelligent  la  monte  en  Bel- 
gique ou  en  France. 

Les  notions  que  nous  avons  de  la  musique 
thèque  se  bornent  généralement  à  quelques 
œuvres  de  Dvorack.  Celui-ci  a  eu  la  chance  d'être 
prôné  par  Brahms,  et  cette  recommandation  a 
suffi  pour  que  toutes  les  institutions  de  concerts 
en  Allemagne  lui  ouvrissent  leurs  portes.  Dvo- 
rack n'est  pas  cependant  le  seul  maître  digne 
d'attention  en  Bohême.  Le  plus  illustre  et  le  plus 
original  représentant  de  cette  école  est  certaine- 
ment Smetana,  qui  en  a  été  le  véritable  chef  et 
l'initiateur.  Voilà  dix  ans  qu'il  est  mort,  sourd 
comme  Beethoven,  inconnu  au  dehors,  mais 
d'autant  plus  chaudement  admiré  par  ses  com- 
patriotes. Mais  l'heure  de  la  justice  a  sonné 
aussi  pour  lui.  Depuis  l'Exposition  de  Vienne, 
ses  œuvres  dramatiques  ont  fait  leur  chemin 
à  travers  l'Allemagne  en  attendant  qu'elles 
passent  sur  la  scène  française.  On  a  traduit 
d'abord  la  Fiancée  vendue,  dont  le  succès  a  été 
considérable  partout  et  qui  a  même  passé  la 
Manche  et  l'Océan.  L'Opéra  de  Vienne  adonné, 
cet  hiver,  un  autre  opéra  comique  de  Smetana, 
le  Baiser.  C'est  un  véritable  bijou,  dont  le  suc- 
cès a  été  tel  qu'en  une  seule  saison  l'ouvrage  a 
pu  être  donné  dix-sept  fois,  chiffre  considéra- 
ble, quand  on  songe  à  la  variété  du  répertoire 
de  l'Opéra  de  Vienne.  Avant  peu,  ce  théâtre 
montera  l'un  des  grands  opéras  de  Sme- 
tana :  Dalibor,  que  l'on  admire  comme  son 
chef-d'œuvre.  Ce  qui  est  certain,  c'est  que  Sme- 
tana possédait  le  don  du  théâtre  et  que 
ses  partitions  dramatiques  sont  remarquables 


autant  par  la  variété  et  la  force  de  l'inspiration 
que  par  l'intérêt  et  l'originalité  de  la  facture. 
Smetana  a  laissé,  d'ailleurs,  toute  une  série 
d'œuvres  symphoniques  qui  sont  des  plus  re- 
marquables et  que  je  signale  à  nos  directeurs 
de  concerts  en  quête  de  nouveautés  intéres- 
santes. Il  y  a,  notamment  ses  poèmes  sympho- 
nique  réunis  en  un  cycle  sous  le  titre  géné- 
ral. Ma  vlast  (ma  patrie),  qui  sont  des  œuvres 
d'un  caractère  profondément  poétique.  Les 
poèmes  symphoniques  de  Smetana  sont  au 
nombre  de  six  ;  par  la  richesse  et  l'origina- 
lité de  l'invention,  par  le  caractère  des  thèmes, 
par  l'intérêt  de  la  polyphonie  et  de  l'instru- 
mentation, ils  comptent  parmi  les  plus  belles 
choses  qu'ait  produites  l'art  symphonique  mo- 
derne. 

Dvorack,  lui  aussi,  s'est  essayé  au  théâtre, 
mais,  à  ce  qu'il  semble,  avec  moins  de  bonheur 
que  dans  la  symphonie  et  la  musique  de  cham- 
bre, où  il  a  produit  des  œuvres  de  tout  premier 
ordre.  Son  opéra  Dimitri,  joué  en  1892  à  l'Ex- 
position de  Vienne,  paraît  avoir  intéressé  plutôt 
par  sa  valeur  proprement  musicale  que  par 
ses  mérites  dramatiques.  J'ai  lu,  il  y  a  quel- 
que temps,  sa  première  œuvre  théâtrale  : 
Wanda;  très  belle  en  quelques-unes  de  ses 
parties,  elle  m'a  néanmoins  paru  manquer  de 
style  propre.  Çà  et  là,  on  sentait  des  influences 
étrangères  :  tantôt  celle  d:  Wagner,  tantôt  celle 
des  Italiens.  Rien  de  semblable  chez  Smetana, 
qui  suit  sa  propre  voie,  tout  en  n'ayant  rien 
ignoré  des  œuvres  du  maître  saxon  et  des 
grandes  réformes  apportées  par  lui  dans  le  style 
de  la  musique  dramatique. 

Et  c'est  là  un  des  côtés  les  plus  curieux  du 
mouvement  musical  en  Bohême  qu'il  ait  su  se 
préserver  de  toute  imitation  directe.  La  mu- 
sique tchèque  a  d'incontestables  affinités  avec 
l'école  russe,  d'un  côté,  et,  de  l'autre,  avec  la 
musique  polonaise,  telle  quelle  nous  apparaît 
à  travers  Chopin  et  Moniuszko  ;  elle  a  néan- 
moins son  caractère  propre,  un  tour  mélodique 
et  rythmique  à  part,  qui  se  combine  avec  un 
sens  vraiment  exceptionnel  de  la  polyphonie. 

Parmi  les  jeunes  maîtres  tchèques,  il  faut 
citer  encore  M.Zdenek  Fibich,  dont  le  Théâtre 
Flamand  d'Anvers  a  donné,  l'année  dernière, 
VHippodamia.  C'est  un  esprit  original,  qui 
cherche  du  neuf.  Disciple  résolu  de  Wagner, 
M.    Fibich   ne  suit  pas,  cependant,  la  même 


73S 


Î.E  GUIDE  MUSICAL 


méthode  que  lui.  Comme  le  maestro  flamand 
Peler  Benoit,  il  croît  au  mélodrame  et  se  sert  de 
toutes  les  richesses  de  l'art  symphonique 
moderne  pour  accompagner  la  parole,  non  le 
chant.  C'est  pour  lui  la  conclusion  extrême  du 
système  wagnérien,  qui  a  supprimé  le  chant 
dans  le  sens  qu'on  y  attachait  jusqu'ici.  La 
tentative  est  au  moins  originale. 

Ce  sont  là  les  têtes  du  mouvement  musical 
tchèque,  à  côté  desquelles  il  faut  citer  encore 
Rozkosny,  Charles  Sebor,  Adalbert  Hrimaly, 
Wilhelm  Blodek  (1834-1874),  qui  tous  ont 
donné  au  théâtre  des  œuvres  applaudies,  soit 
dans  le  genre  sérieux,  soit  dans  le  genre 
comique,  sans  compter  nombre  d'œuvres  sym- 
phoniques,  de  mélodies,  de  pièces  de  piano  ou 
pour  d'autres  instruments. 

Il  y  a  dix  ans,  Emmanuel  Chlava,  un  des 
meilleurs  musiciens  et  critiques  de  Bohême, 
en  jetant  un  regard  sur  les  vingt-cinq  der- 
nières années  de  production  de  la  jeune  école 
nationale  de  musique,  exprimait  la  certitude 
que  bientôt  l'étranger,  jusqu'alors  indifférent, 
s'intéresserait  à  elle  et  serait  étonné  de  la 
richesse  des  musiciens  tchèques. 

La  prédiction  s'est  en  partie  accomplie  déjà. 
La  jeune  école  tchèque,  depuis  les  révélations 
de  l'Exposition  de  Vienne,  marche  à  pas  de 
géant  à  la  conquête  du  monde.  L'an  dernier, 
le  quatuor  de  Prague  donnait  à  Vienne  une 
série  de  séances  qui  produisirent  la  plus  vive 
sensation.  Cette  année,  ce  quatuor  va  étendre 
ses  pérégrinations.  Il  visitera  une  partie  de 
l'Allemagne.  Pourquoi  ne  pousserait-il  pas 
jusqu'en  Belgique  et  en  France?  Il  serait  certain 
d'y  rencontrer  une  compréhension  aussi  éveillée 
que  de  l-'autre  côté  du  Rhin  et  des  sympathies 
d'autant  plus  vives  qu'elles  ne  seraient  atté- 
nuées par  aucune  prévention  politique. 

(A  suivre).  Maurice  Kufferath. 

P. -S.  —  Il  faut  croire  que  les  notes  que  j'ai 
publiées  au  sujet  de  l'organisation  de  «  l'éduca- 
tion esthétique  »  dans  les  conservatoires  alle- 
mands ont  vivement  intéressé-  les  personnes 
qui  s'occupent  d'enseignement,  car  plusieurs 
professeurs  m'écrivent  à  ce  sujet  et  expriment 
unanimement  le  regret,  que  ce  côté  de  l'éduca- 
tion de  nos  futurs  artistes  soit,  en  effet,  com- 
plètement négligé  dans  nos  écoles  officielles, 
d'autre  part  si  remarquablement  dotées. 

Je  dois  constater,  à  ce  piopos,  que  le  jeune 
ministre  de  l'instruction  publique  de  France, 
M.    Leygues,    semble  se   rendre    compte    des 


lacunes  de  l'organisation  surannée  du  Con- 
servatoire de  Paris.  Les  réformes  qu'il  vient 
d'introduire  dans  cet  établissement  sont  ins- 
pirées par  le  très  louable  désir  de  relever 
l'enseignement  officiel  de  la  musique,  déplo- 
rablement  encroûté  dans  la  vieille  routine. 
Mais  elles  ne  suffisent  pas,  et  il  est  à  souhaiter 
que  le  ministre  ne  s'arrête  pas  à  mi-chemin, 
c'est-à-dire,  qu'il  organise  aussi  la  haute  culture 
intellectuelle,  qui  jusqu'ici  n'est  que  bien  faible- 
ment représentée  dans  les  cours  de  la  première 
institution  musicale  de  France.  Il  y  a  là 
une  nécessité  absolue. 

Ce  qui  m'étonne,  c'est  qu'un  journal  aussi 
sérieux  que  le  Journal  des  Débats  paraisse 
prendre  sur  ce  point  une  attitude  hostile  aux 
projets  qu'on  attribue  à  M.  Leygues.  Il  a 
publié,  cette  semaine,  un  article  de  M.  Georges 
Clément,  qui  combat  l'idée  d'introduire  au 
Conservatoire  un  programme  de  haut  enseigne- 
ment littéraire  et  artistique.  Selon  l'auteur  de 
cet  article,  ce  serait  perdre  de  vue  le  but  de 
l'institution. 

«  Le  Conservatoire,  dit-il,  devrait  être  uni- 
quement une  école  professionnelle,  une  école 
d'apprentissage.  Il  ne  s'agit  pas  de  haute  cul- 
ture intellectuelle,  mais  de  métier.  Les  élèves 
sont  là  pour  apprendre  à  fond  les  éléments 
techniques  de  leur  art.  Qu'ils  commencent  à 
savoir  dire  et  chanter,  c'est  tout  ce  qu'on  peut 
leur  demander  :  le  talent  où  le  génie  viendront 
par  surcroît.  » 

Et  M.  G.  Clément  recommande  d'en  revenir 
aux  anciennes  traditions.  «  Autrefois,  on  se 
préoccupait  peu  de  savoir  si  les  élèves  connais- 
saient rhistoire  de  l'art  et  s'ils  avaient  des  pré- 
férences pour  telle  ou  telle  école  -littéraire  :  on 
en  faisait  tout  bonnement  des  exécutants.  Cela 
suffisait.  )) 

Voilà  justement  l'erreur  !  Cela  suffisait  autre- 
fois, d'accord  ;  mais  cela  ne  suffit  plus  aujour- 
d'hui, parce  qu'autrefois  on  ne  demandait  au 
Conservatoire  que  de  former  des  virtuoses, 
tandis  qu'aujourd'hui  il  importe  qu'il  nous 
fournisse  autre  chose  que  des  artisans  habiles. 

Il  y  a  quarante  ans,  les  chanteurs  pouvaient 
ignorer  le  nom  de  ^^'eber,  de  Schubert  et  de 
Beethoven  ;  les  pianistes  ou  violonistes  pou- 
vaient ne  pas  savoir  qui  était  J. -S.  Bach;  les 
compositeurs  pouvaient  ne  pas  remonter  plus 
haut  que  Cimarosa,  Pergolèse  et  Gluck;  on  ne 
leur  demandait  que  de  faciles  mélodies,  l'agilité 
des  doigts  et  le  brio  de  l'exécution.  Aussi  les 
plus  fameux  étaient-ils  de  parfaits  ignorants. 
Je  pourrais  citer  tels  maîtres  illustres  du  violon 
qui  étaient  obligés  de  faire  écrire  par  d'autres  l'ac- 
compagnement instrumental  de  leurs  fantai- 
sies et  concertos  (devenus  classiques),  parce 
qu'ils  ignoraient  jusqu'au.^  éléments  de  l'har- 
monie. Pour  les  chanteurs,  il  y  a  eu  pis 
encore  ;  plus  d'un,  et  des  plus  fameux,  ne  sa- 
vaient même  pas  lire  la  musique. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


739 


Qu'est-ce  que  cela  prouve,  pourrait-on  m'ob- 
jecter,  sinon  l'inutilité  de  l'éducation  supé- 
rieure, même  musicale  ! 

Raisonnement  spécieux  !  Cela  prouve  sim- 
plement qu'en  ce  temps-là,  pour  le  genre  de 
musique  qui  était  alors  à  la  mode,  une  éducation 
superficielle  était  suffisante.  Je  ne  sais  si  M.  G. 
Clément  est  musicien,  mais  s'il  l'est,  je  l'engage 
à  parcourir  la  collection  des  airs  célèbres,  des 
concertos,  des  fantaisies  et  autres  pièces  fa- 
meuses qui  formaient  le  répertoire  ordinaire 
de  ces  «  grands  virtuoses  »  dont  on  nous 
rebat  les  oreilles  et  auxquels  on  voudrait  nous 
faire  revenir.  Cette  musique  fait  véritablement 
pitié  !  On  ne  la  supporterait  plus. 

Il  est  à  remarquer,  d'ailleurs,  qu'en  dépit 
de  leur  insuffisante  éducation,  ces  virtuoses 
illustres  étaient  presque  tous  des  intelligences 
peu  communes,  et  qu'ils  avaient  presque  tous 
eu  le  privilège  de  recevoir  jeunes,  en  dehors  de 
l'enseignement  musical,  une  éducation  litté- 
raire et  esthétique  générale,  qui  les  avait  élevés 
au-dessus  du  rang  de  simple  artisans. 

La  triste  fin  de  ceux  qui  n'étaient  pas  autre 
chose  que  virtuoses,  et  qui,  venus  trop  tard  dans 
un  monde  nouveau,  n'étaient  plus  de  taille  à  y 
faire  bonne  figure,  Sivori  par  exemple,  Ole- 
Bule,  Reményi,  la  Patti,  combien  d'autres,  vient 
cruellement  à  l'appui  de  mes  observations.  Le 
temps  des  acrobates  du  gosier,  de  la  quatrième 
corde  ou  de  la  touche  est  passé.  On  ne  peut  plus 
dire  aujourd'hui  comme  autrefois  :  «  Trop  faible 
pour  tirer  l'empeigne,  on  en  fera  un  artiste  ». 
C'est  justement  pourquoi,  un  enseignement 
artistique,  c'est-à-dire  allant  au  delà  de  l'ap- 
prentissage purement  technique,  s'impose  et 
deviendra  de  plus  en  plus  indispensable. 

A  propos  de  ce  que  j'ai  dit,  des  écoles  dra- 
matiques et  d'opéra  annexées  aux  conserva- 
toires allemands,  je  trouve  une  information 
intéressante  dans  les  journaux  de  Paris.  Ils 
annoncent  qu'il  est  question  de  créer  un 
théâtre  qui  serait  attaché  au  Conservatoire. 
Je  suppose  que  c'est  pour  servir  de  scène 
d'exercice  et  d'essai,  à  l'usage  des  jeunes  gens 
.  qui  se  destinent  à  l'art  dramatique.  Ce  théâtre 
contiendrait  mille  places.  Il  est  entendu  que  la 
saison  d'abonnement  ne  serait  que  de  six  mois 
(novembre-avril).  La  moyenne  du  prix  des 
places  serait  de  quatre  francs.  Recette  maxima  : 
720,000  francs.  Il  y  aurait  aussi  deux  séries 
d'abonnements  de  260  francs  par  an,  par 
exemple.  Il  y  aurait  enfin  le  titre  de  fondateur, 
qui  donnerait  droit  à  l'entrée  permanente.  Le 
directeur  aurait  un  traitement  fixe,  les  artistes 
seraient  en  société  ;  par  conséquent,  il  ne  s'agi- 
rait pas  ici  d'une  spéculation. 

L'idée  serait  excellente,  si  elle  était  appliquée 
sérieusement  aux  nécessités  de  l'enseignement. 

M.  K. 


Cbvonique  oe  la  Semaine 

PARIS 

u  moment  où  va  s'ouvrir  la  saison  des 
grands  concerts  symphoniques,  ne 
I  semble-t-il  pas  opportun  de  signaler 
l'absence  totale,  à  Paris,  de  salles  spécialement 
installées  pour  l'audition  des  œuvres  des  maîtres 
anciens  et  modernes  ?  Ce  brave  Pasdeloup  avait 
établi  ses  «  Concerts  populaires  »  dans  un  cir- 
que ;  M.  Lamoureux  a  été  forcé  de  suivre  son 
exemple,  et  c'est  au  Cirque  d'Eté,  dans  une 
salle  où  on  gèle  l'hiver,  où  on  étouffe  l'été,  où 
l'odeur  des  écuries  vous  saisit  à  la  gorge,  où  les 
lois  de  l'acoustique  sont  déplorablement  obser- 
vées, que  le  public  est  réduit  à  entendre  les 
plus  belles  pages  des  maîtres.  M.  E.  Colonne, 
lui,  n'a  trouvé  de  libre  que  la  salle  du  Chàtelet, 
qui  est  certes  mieux  aménagée  que  le  Cirque 
d'Eté,  mais  dans  laquelle  de  sérieuses  imperfec- 
tions existent  encore.  Il  y  a  bien  l'immense 
vaisseau  du  Trocadéro  ;  mais  quel  est  donc  le 
chef  d'orchestre  assez  audacieux  pour  oser 
installer  des  concerts  dans  une  salle  aussi  éloi- 
gnée du  centre  de  Paris  et  si  défectueuse  en 
tant  qu'acoustique? 

En  dehors  de  la  Salle  d'Harcourt,  de  celle  du 
Jardin  d'Acclimatation,  toutes  deux  de  créa- 
tion récente,  et  de  la  bonbonnière  du  Conser- 
vatoire, qui,  elle,  a  déjà  une  longue  existence, 
il  n'y  a  donc  à  Paris  aucun  local  établi  en  vue 
de  l'audition  parfaite  des  œuvres  qui  attirent 
aujourd'hui  à  elles  un  public  de  plus  en  plus  nom- 
breux. Alors  que,  dans  la  plupart  des  grandes 
villes  de  l'Europe,  en  Allemagne  surtout,  de 
magnifiques  salles  ouvrent  leurs  portes  aux 
amateurs  de  bonne  musique,  nous  sommes 
réduits,  dans  le  beau  pays  de  France,  à  nous 
contenter  des  premières  installations  venues 
pour  nos  grands  concerts  symphoniques. 

Nous  sommes,  il  est  vrai,  beaucoup  mieux 
partagés  en  ce  qui  concerne  les  concerts  de 
moindre  importance,  consacrés  principalement 
à  la  musique  de  chambre.  Les  maisons  Erard 
et  Pleyel  ont  ouvert,  de  longue  date,  des  salons 
qu'elles  mettent  à  la  disposition  des  artistes  et 
auxquels  elles  ont  apporté  des  améliorations 
constantes  ;  on  ne  saurait  trop  les  en  féliciter. 
En  dehors  de  ces  deux  maisons  de  premier 
ordre,  il-  existe  encore  nombre  de  salons  ou 
locaux  dans  lesquels  ont  lieu,  pendant  la  saison 


740 


LE  GUIDE  MUSICAL 


hivernale,  de  fort  intéressantes  auditions  mu- 
sicales. Il  suffiiait  de  citer  les  salons  Flaxland, 
Rudy,  Gaveau,  les  salles  de  la  rue  d'Athènes 
(de  date  récente),  de  la  Société  d'horticulture, 
rue  de  Grenelle,  où  ont  lieu  les  séances  de  la 
(I  Trompette  »,  de  la  Société  de  géographie,  de 

la  rue  de  Trévise,  14,  etc sans  parler    des 

ctTcles  privés  qui  cultivent  la  musique  de 
chambre. 

Aujourd'hui,  la  musique  symphonique  a  pris 
en  France  un  tel  développement,  grâce  à  l'ini- 
tiative de  chefs  d'orchestre  comme  Habeneck, 
Seghers,  Pasdeloup,  Colonne  et  Lamoureux, 
que  l'on  peut  suivre  avec  le  plus  vif  intérêt  et 
pour  ainsi  dire  pas  à  pas  l'évolution  musicale 
au  xix'^  siècle.  Comme  l'écrivait  si  bien  M.  L. 
de  Fourcaud,  «  peu  à  peu  l'on  a  vu  le  public, 
initié  par  les  organisateurs  des  concerts  sym- 
phoniques,  prendre  goût  à  l'art  sévère.  Avec 
l'accoutumance,  le  raffinement  tend  à  venir.  Il 
y  a,  maintenant,  chez  nous  un  terrain  tout  pré- 
paré pour  l'épanouissement  d'une  école  forte, 
franchement  nationale,  sûre  de  ses  doctrines, 
maîtresse  de  ses  idées,  respectueuse  des  an- 
ciens chefs-d'œuvre,  mais  jalouse  de  se  pro- 
duire telle  qu'elle  est,  selon  ses  aptitudes  et  les 
modes  spéciaux  de  sa  sensibilité  ». 

Ne  pensez-vous  pas  qu'à  cette  école  comme 
à  l'école  ancienne,  il  siérait  de  posséder  un 
superbe  local,  dans  lequel  serait  réalisés  tous 
les  perfectionnements  désirables  et  réclamés  de 
longue  date  ?  Ne  pensez-vous  pas  que  les 
dilettanti,  heureux  de  pouvoir  entendre  les 
belles  œuvres  avec  tout  le  confort  désirable,  se 
rendraient  en  plus  grand  nombre  à  ces  assises 
de  la  musique  symphonique  ? 

Il  est  même  surprenant  que  l'enthousiasme 
croissant  du  public  pour  le  grand  art  et  le 
succès  qui  est  venu  couronner  les  louables 
efforts  de  MM.  Colonne  et  Lamoureux,  n'aient 
pas  amené  tel  ou  tel  industriel  à  faire  édifier  la 
«  Salle  modèle  »,  dont  l'utilité  se  fait  depuis 
longtemps  sentir. 

A  défaut  d'un  industriel,  ne  se  présentera-t- 
il  pas  un  mécène  pour  se  mettre  à  la  tête  d'une 
entreprise  dont  la  réalisation  comblerait  les 
vœux  d'un  certain  public,  des  compositeurs  et 
des  chefs  d'orchestre? 

Il  est  vrai  que  l'on  trouve  plus  facilement  des 
fonds  pour  couvrir  la  capitale  de  cafés-chan- 
tants et  d'autres  drogues  ejusdem  farincc  ! 
Hugues  Imbert. 

Médiocres  débuts,  l'autre  soir,  à  l'Opéra- 
Comique  :  ceux  de  M"«  Nikita  et  de  M.  Féraud 


dans  Mignon.  La  débutante  est  cette  canta- 
trice américaine  qui  s'est  promenée,  il  y  a 
quelque  dix  ans,  à  travers  l'Europe,  sous  le 
nom  de  la  Fée  du  Niagara.  Elle  était  alors 
toute  jeune  et  elle  fit  quelque  sensation  par  la 
précocité  de  son  talent  et  la  facilité  de  ses 
vocalises.  Mais  elle  n'obtint  jamais  de  vérita- 
ble succès,  et  elle  finit  par  échouer  en  Russie, 
où,  pendant  deux  ou  trois  ans,  elle  a  joué  sur 
différentes  scènes,  à  Saint-Pétersbourg,  Mos- 
cou, Odessa,  etc. 

Les  notes  qui  ont  paru  dans  les  journaux 
quoditiens  à  son  sujet  sont  absolument  erro- 
nées. Son  début  à  l'Opéra-Comique  n'a  pas  été 
heureux.  La  mignonne  artiste  ne  manque  pas 
d'un  certain  talent,  sa  voix  n'est  pas  sans  quel- 
que charme,  mais  la  méthode  de  chant  est  tout 
à  fait  défectueuse,  la  diction  déplorable  et  le 
style  totalement  absent.  On  se  demande  ce  qui 
a  pu  engager  M.  Carvalho  à  nous  montrer 
cette  Mignon  exotique  de  qualités  très  insuffi- 
santes. M.  Féraud  a  fait  meilleure  impression 
dans  Lothario.  Il  a  une  belle  voix  et  un  com- 
mencement de  style.  M.  Féraud  est  le  fils  du 
colonel  Féraud.  Il  fut  lui-même  militaire  pen- 
dant dix  ans  avec  le  grade  de  maréchal-des-logis. 
Un  beau  jour,  on  lui  découvrit  une  belle  voix 
de  basse.  M.  Féraud  quitta  l'armée  pour  le 
théâtre  où  il  entre  sans  avoir  passé  par  le  Con- 
servatoire. Enfin  nous  avons  assisté,  ce  même 
soir,  à  un  troisième  début  qui  n'en  est  pas  un. 
Mme  Verheyden,  en  effet,  a  chanté  le  rôle  de 
Philine,  mais  il  ne  lui  sera  pas  compté  comme 
une  épreuve  définitive.  M™i=  Verheyden,  pré- 
fère débuter  seule  dans  un  autre  rôle  de  son 
choix.  M""=  Verheyden  est  une  ancienne  élève 
de  M.Warnots;  elle  obtint  son  premier  prix  au 
Conservatoire  de  Bruxelles,  il  y  a  neuf  ou  dix 
ans.  Depuis,  M™'^  Verheyden  se  fit  entendre 
avec  succès  à  Lyon,  à  Marseille,  à  Lille  et  à 
Alger. 

Le  maestro  Verdi  est  arrivé  mercredi  matin 
à  Paris.  Il  est  descendu  au  Grand- Hôtel,  où  il 
occupe  l'appartement  dit  «  l'appartement  des 
princes  »,  celui-là  même  qui  lui  avait  été 
réservé  à  son  c'ernicr  voyage.  L'illustre  maître 
avait  été  précédé  à  Paris  par  son  éditeur, 
M.  G.  Ricordi,  arrivé  depuis  quatre  jouis,  et 
son  poète,  M.  Arrigo  Boïto. 

Verdi  est,  paraît-il,  plus  vif,  plus  alerte,  plus 
cordial  que  jamais.  Tel  on  l'a  vu  au  mois  de 
mars  dernier,  à  l'Opéra-Comique,  à  l'occasion 
de  la  première  représentation  de  Falstaff,  tel 
on  le  revoit  aujourd'hui,  portant  allègrement 
ses  quatre-vingts  et  quelques...  printemps.  On 
ne  dirait  pas  qu'il  a  six  mois  de  plus. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


741 


Le  but  de  son  séjour  à  Paris  est  de  surveil- 
ler les  répétitions  à' Otello,  qui  passera  du  loau 
20  octobre.  * 

t 
M"^  Emma  Calvé,  engagée  pour  une  série  de 
représentations  à    l'Opéra -Comique,    fera    sa 
rentrée  dans  le  courant  du  mois  de  novembre. 

Hulda,  l'opéra  posthume  de  César  Franck> 
représenté  l'hiver  dernier  à  Monte-Carlo,  va 
être  monté  par  M.  Campo-Casso,  directeur  du 
Grand-Théâtre  de  Lyon. 


Par  décision  du  ministre  de  l'instruction 
publique  et  des  beaux-arts,  M.  Guy  Ropartz,  le 
compositeur  bien  connu,  est  nommé  directeur 
du  Conservatoire  de  musique  de  Nancy. 

M.  Guy  Ropartz,  qui  étudia  la  composition 
musicale  sous  César  Franck,  puis  sous  Masse- 
net,  est  l'auteur  de  la  musique  de  Pêcheur 
d'Islande,  l'œuvre  de  Loti,  qui  fut  représentée, 
en  1893,  au  Grand-Théâtre;  du  Diable  cou- 
turier, un  petit  opéra  comique  joué  au  Théâtre 
d'Application,  et  de  plusieurs  poèmes  sympho- 
niques. 

M.  Guy  Ropartz  est  le  plus  jeune  des  direc- 
teurs de  conservatoires  français  :  trente  ans. 

Une  heure  de  musique  nouvelle. 

Sous  cette  rubrique,  nos  lecteurs  se  sou- 
viennent des  matinées  données  l'an  dernier  à 
la  Bodinière,  matinées  d'un  si  puissant  intérêt 
artistique  et  si  appréciées  des  dilettanti.  An- 
nonçons la  prochaine  reprise  de  ces  auditions, 
et  ajoutons  que  l'administration  nous  piie  de 
faire  savoir  qu'elle  demande  immédiatement 
des  choristes,  hommes  et  femmes. 

S'adresser  au  bureau  spécial,  44,  rue  de  Pro- 
vence. 

f 
M"""  Ed.  Colonne  reprendra  ses  cours  et  leçons 
de  chant  à  partir  du  i5  octobre,   12,  rue  Le  Pele- 
tier. 


m:  A  M.   GAUTHIER-VILLARS 

Les  critiques  que  j'ai  cru  devoir  formuler  à 
propos  de  la  nouvelle  version  de  la  Walkyrie 
publiée  récemment  par  M.  Alfred  Ernst,  n'ont 
pas  eu  l'agrément  de  M.  Gauthier- Villars,  alias 
Willy,  alias  «  la  Mouche  des  croches  »,  alias 
«  l'Ouvreuse  du  Cirque  d'Eté  ».  Et  il  me  le 
fait  savoir  en  une  suite  d'articles  à  transforma- 
tions qui  font  le  tour  des  petits  journaux  et  des 
petites  revues  de  Paris. 

Que  ce  Brunin  de  la  plume  trouve  excellent 
le  travail  de  son  ami  et  collaborateur  ordinaire, 
je  n'y  vois  rien  à  redire  ;  c'est  un  acte  de  bonne 
confraternité,  partant  d'un  bon   naturel,   mais 


qui  ne  pourra  donner  le  change  à  personne,  ni 
modifier  mon  opinion  sur  la  version  de 
M.  Ernst,  dont  je  ne  nie  point  les  intentions 
méritoires,  bien  que  j'en  conteste,  pour  les  rai- 
sons que  j'ai  dites,  la  réalisation  artistique. 

Je  comprends  encore  qu'après  le  dissenti- 
ment qui  l'a  privé  pendant  quelque  temps  des 
précieuses  indications  de  M.  Ernst,  le  spiri- 
tuel auteur  de  Bains  de  sons  veuille,  en  me 
houspillant,  donner  à  M.  Ernst  un  témoignage 
de  la  sincérité  de  ses  sentiments  actuels  et  du 
prix  qu'il  attache  à  une  collaboration  qui,  pour 
discrète  qu'elle  a  été,  n'en  a  pas  moins  une  très 
large  part  dans  le  succès  de  ses  livres 

Ce  que  je  n'admets  ni  ne  comprends,  c'est 
que  M.  Gauthier-Villars  cherche  à  faire  croire 
que  mes  observations  sur  la  version  de 
M.  Ernst  ont  été  inspirées  par  le  désir  de  faire 
prévaloir,  au  détriment  de  celui-ci,  une  autre 
traduction  dont  je  serais  l'auteur. 

M.  Gauthier-'Villars  m'impute  là  des  procé- 
dés qui  sont  peut-être  les  siens,  mais  qui  n'ont 
jamais  été  les  miens. 

Je  l'avais  prié,  dans  une  lettre  amicale,  de 
retirer  cette  méchante  insinuation. 

Non  seulement  il  me  refuse  cette  satisfac- 
tion, mais  après  m'avoir  innocemment  plai- 
santé dans  le  Monde  Artiste  et  dans  la  série 
d'autres  feuilles  sans  crédit  qui  se  payent  sa 
prose-omnibus  à  prix  réduit,  il  me  fait  dire 
exactement  le  contraire  de  ce  que  je  l'avais  prié 
de  déclarer. 

Cela  me  fixe  sur  la  délicatesse  du  personnage. 
Je  m'étais  fait  des  illusions  à  son  sujet.  Main- 
tenant, je  sais  qu'on  ne  doit  pas  attendre  de 
bonne  foi  de  la  part  de  ce  pasquin  de  la  cri- 
tique. Maurice  Kukferath. 

BRUXELLES 

Bruyant  succès,  cette  semaine,  à  la  Monnaie, 
pour  le  nouveau  fort  ténor,  M.  Casset,  qui 
débutait  dans  le  Prophète.  Dès  les  premières 
notes,  sa  voix  chaude,  bien  étoffée,  avait  con- 
quis les  suffrages  d'un  auditoire  où  l'artiste 
paraissait  compter  d'ailleurs  d'assez  nom- 
breuses sympathies,  qui  se  sont  traduites  en 
de  vigoureux  applaudissements.  Cette  voix 
généreuse  est,  en  effet,  d'un  timbre  très  sédui- 
sant ;  d'une  homogénéité  rare  dans  lès  diffé- 
rents registres,  elle  s'amincit  cependant  un 
peu  lorsque  le  chant  atteint  les  notes  haut  per- 
chée s,  et  l'on  y  observe  parfois  un  certain 
vibrato  auquel  la  peur,  en  cette  soirée  de  début, 
n'était  peut-être  pas  étrangère.  M .  Casset,  qui 
a  déjà  quelques  années  de  théâtre  passées  sur 
des  scènes  de  province,  en  France  et  en  Bel- 
gique —  il  appartenait  l'an  dernier  à  la  troupe 
de  Gand,  et  Gand  avait  jeudi  de  nombreux 
représentants  dans  la  salle  de  la  Monnaie,  — 
M.   Casset,     disons-nous,    abordait    d'ailleurs 


742 


LE  GVIDE  MUSICAL 


pour  la  première  fois  le  rôle,  peu  commode,  de 
Jean  de  Leyde.  De  là  aussi,  sans  doute,  la 
défaillance  de  mémoire  qui  est  venue  com- 
promettre le  succès  du  «  Versez,  que  tout 
respire...  »,  mais  qui  n'a  pas  empêché  le  débu- 
tant d'être  chaleureusement  rappelé  après  le 
dernier  tableau. 

M.  Casset  est  donc  en  possession  d'un  organe 
qui  lui  promet  un  brillant  avenir... si  le  chan- 
teur sait  acquérir  certaines  qualités  qui  lui 
manquent  actuellement;  il  lui  faut,  en  effet, 
apprendre  à  colorer  son  chant,  à  y  introduire 
les  accents  propres  à  écarter  l'impression  de 
monotonie  qui  s'en  dégage  à  la  longue;  l'art  des 
demi-teintes  lui  paraît  encore  étranger,  et  la 
voix  sonne  trop  constamment  en  pleine  vigueur. 
Sans  doute,  le  comédien  aussi  aura  à  se  perfec- 
tionner, mnis  si,  au  point  de  vue  du  geste,  M. 
Casset  a  manqué  d'ampleur  et  d'autorité,  du 
moins  son  prophète  avait-il  bien  la  plastique 
du  personnage,  et  dans  l'ensemble  de  son 
interprétation,  on  n'a  pas  eu  à  relever  de 
fautes  de  goût  ou  des  gaucheries  trop  sensibles. 

Les  autres  interprètes  du  Prophète  sont 
restés  ceux  de  l'an  dernier,  à  part  M.  Sentein, 
qui  fait  un  Oberthal  sombre  à  souhait. 

Une  mention  pour  M"<=  Armand,  dont  le 
talent  s'affiime  toujours  avec  une  triomphante 
autorité  dans  le  rôle  de  Fidès. 

L'orchestre  a  eu,  notamment  dans  le  diver- 
tissement—  combien  long  et  mal  ordonné  !  — 
des  patineuis,  des  négligences  de  rythme  et  des 
fautes  de  mesure  bien  fréquentes,  ce  qui  n'a  pas 
aidé  à  mettre  d'accord  trois  anabaptistes  déci- 
dément bien  peu  faits  pour  s'entendre. 

J.Br. 

L'Octuor  vocal  vient  de  choisir  comme 
directeur  M.  Soubre,  le  renommé  compositeur 
et  professeur  au  Conservatoire.  Prochainement, 
il  donnera,  à  la  Grande-Harmonie,  un  concert 
qui  promet  d'être  un  vrai  régal  artistique.  L'Oc- 
tuor a,  en  outre, plusieurs  engagements  dans  les 
salons  bruxellois  les  plus  en  vue. 

Différents  artistes  ont  été  remplacés.  Telle 
qu'elle  est  acLuellement,  la  jeune  phalange  ne 
peut  manquer  de  voir  grandir  rapidement  sa 
réputation. 

Pour  toutes  les  communications,  s'adresser  à 
l'administrateur,  M.  J.  Denefve,  rue  Melsens,  14. 


Le  quatuor  Crickboom,  Angenot,  Miry, 
Gillet  donnera,  fin  octobre,  à  la  salle  Raven- 
stein,  deux  séances  de  musique  classique  et 
moderne,  avec  le  concours  de  W^^  L.  Merck, 
pianiste. 

Au  programme  :  les  premier  et  treizième 
quatuors  de  Beethoven  ;  quatuor  en  la  majeur 
de  Schumann  ;  quatuor  de  Grieg  ;  sonates  de 
Bach,  Beethoven  et  Saint-Saëns. 


La  partition  de  la  Jetmesse  de  Roland,  le 
nouvel  opéra  de  M.  Emile  Mathieu  pour  les 
paroles  et  la  musique,  vient  de  paraître  chez 
MM.  Breitkopf  et  Haertel,à  Bruxelles.  On  sait , 
que  cet  ouvrage  est  destiné  à  voir  le  jour  cet 
hiver  au  théâtre  de  la  Monnaie,  où  il  est  déjà  à 
l'étude. 

Le  cours  de  piano  que  M™"  Théroine-Mège 
donne  salle  Berden,  42,  rue  Keyenveld,  recom- 
mencera lundi  I""'  octobre,  à  3  heures.  Il  y  est 
adjoint  un  cours  de  solfège.  Pour  les  inscriptions  , 
s'adresser  salle  Berden,  le  lundi  et  le  jeudi,  de 
2  à  4  heures. 


CORRESPONDANCES 

AMSTERDAM.  —  L'exécution  du  Barbier 
de  Sévilk  à  l'Opéra  Néerlandais,  dirigé  par 
M.  Vander  Linden  a  été  de  beaucoup  inférieure  à 
celle  de  Rienzi.  D'abord  le  libretto  italien  du  Bar- 
bier ne  se  prête  pas  à  la  traduction  en  hollan- 
dais, ensuite  l'ouvrage  demande  cinq  artistes  de 
talent  pour  être  donné  convenablement,  et  ni  le 
ténor  Thyssen,  ni  le  baryton  Pnaus  ne  sont  de 
taille  à  pouvoir  chanter  ou  jouer  les  rôles  d'Alma- 
viva  et  de  Figaro.  Quant  au  docteur  Bartholo, 
M.  Van  Beem  en  a  fait  une  charge  d'opérette. 
Seul,  M.  de  Nobel  (Bazile)  a  été  à  la  hauteur  de 
sa  tâche;  M"°  Louise  Heyman,  la  sœur  du  célè- 
bre pianiste  Cari  Heyman.  a  chanté  d'une  façon 
remarquable  le  rôle  de  Rosine  et  elle  a  été  accla- 
mée. C'est  une  artiste'  routinée,  vocalisant  dans 
la  perfection,  et  à  laquelle  on  ne  pourrait  reprocher 
que  l'excès  du  u  vibrato  ».  Comme  comédienne, 
toutefois,  M"8  Heyman  n'a  pas  été  la  Rosine  de 
nos  rêves.  L'orchestre  aussi  a  laissé  à  désirer, 
manquant  souvent  de  justesse  et  d'exactitude.  En 
résumé,  M.  Vander  Linden  a  eu  tort  de  choisir  le 
Barbier  comme  seconde  pièce  d'ouverture  ;  mais  je 
suis  persuadé  qu'il  prendra  bientôt  une  éclatante 
revanche.  Il  vient  de  mettre  à  l'étude  V Attaque  du 
moulin  de  Bruneau,  et  il  vient  d'engager  M.  Judels, 
un  des  meilleurs  élèves  du  Conservatoire  de  Gand 
et  M""  Engelen-Sevring,  une  transfuge  de  la 
troupe  de  M.  de  Groot. 

Le  Théâtre  royal  français  de  La  Haye  ouvrira 
le  1"  octobre  par  les  Huguenots.  Il  ne  donnera 
qu'une  représentation  par  quinzaine  à  Amsterdam, 
au  nouveau  Théâtre-Communal,  avec  le  bel  orches- 
tre du  Concertgebouw.  On  dit  beaucoup  de  bien 
de  la  nouvelle  troupe. 

Notre  éminent  chef  d'orchestre  Wilhem  Kes 
nous  a  fait  entendre  deux  ouvrages  nouveaux  des 
plus  importants,  au  Concertgebouw,  avec  sa  per- 
fection habituelle  :  une  Symphonie  du  compositeur 
norwégien  Christian  Sinding  et  le  prologue  de 
l'opéra  Hansel  et  Gretel  de  Humperdinck.  La  Sym- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


743 


fhonie  de  Sinding  est  un  ouvrage  remarquable, 
mais  tourmenté;  d'un  polyphonisme  effrayant, 
d'une  forme  difficile  à  comprendre,  un  ouvrage 
qui  fatigue  sans  émouvoir  et  où  la  note  du  cœur 
fait  absolument  défaut.  Par  contre,  le  prologue  de 
Humperdinck  est  clair  et  entraînant,  d'un  bout  à 
l'autre,  et  il  a  été  vivement  apprécié  par  le  nom- 
breux auditoire  dès  la  première  audition,  tandis 
que  le  succès  de  la  Symphonie  revient  en  grande 
partie  à  M.  Kes,  pour  le  travail  gigantesque 
imposé  à  son  orchestre,  afin  d'arriver  à  cette  exé- 
cution superbe  d'une  partition  presque  inexécuta- 
ble. 

La  Société  pour  l'encouragement  de  l'Art  musical 
va  faire  exécuter  les  Béatitudes  de  César  Franck 
dans  trois  villes  différentes  :  à  Amsterdam,  à  La 
Haye  et  à  Utrecht.  A  Amsterdam,  on  exécutera 
aussi  la  Passion  de  Bach  et  l'oratorio  Panlus  de 
Mendelssohn  ;  à  La  Haye,  l'oratorio  de  Nocl  do 
Bach  et  peut-être  la  Damnation  de  Faust  de  Berlioz. 
Au  Conservatoire  de  musique  d'Amsterdam,  on 
va  instituer  une  école  d'opéra,  sous  la  direction  de 
M""  Cornélie  Van  Zanten,  qui  a  succédé  à 
M  Messchaert  comme  professeur  de  chant.  Mes- 
schaert  va.  créer,  au  mois  de  novembre,  à  Barmen, 
le  rôle  de  Moïse  dans  le  nouvel  oratorio  de  Max 
Bruch  et  sous  sa  direction,  un  véritable  événe- 
ment. 

Nous  aurons  aussi  des  concerts  fort  intéressants, 
donnés  par  le  trio  vocal  néerlandais  de  MM.  Cor- 
ver,  De  Jong  et  Snyders,  qui  ont  obtenu  en  Alle- 
magne, l'hiver  dernier,  un  très  grand  succès.  Le 
Wagner- Verein  annonce,  pour  la  fin  de  novembre, 
une  représentation  de  la  WalkyiHe,  au  nouveau 
Théâtre- Communal, sous  la  direction  de  M.  Viotta. 
Il  avait  été  question  d'abord  de  monter  Lohengrin, 
mais  les  dames  chantant  dans  les  chœurs  du 
Wagner- Verein  ont  refusé  leur  concours  habituel 
pour  une  représentation  au  théâtre,  où  elles 
auraient  dû  paraître  en  costume. 

L'Orchestre  philharmonique  de  Berlin,  qui, pen- 
dant plus  de  trois  mois,  a  fait  les  délices  du  Kur- 
saal  de  Scheveningue,  va  rentrer  bientôt  dans  ses 
foyers.  Les  programmes  se  suivent  et  se  ressem- 
blent chaque  année,  et,  en  fait  de  nouveautés,  le 
professeur  Mannstâdt  ne  nous  gâte  certes  pas  et 
nous  en  donne  de  moins  en  moins.  Il  est  vrai  que 
l'auditoire  habituel  du  Kursaal  ne  jure  que  par 
Loin  du  bal  et  par  VAttbade  prinlanière,  ce  qui  nous 
donne  la  mesure  de  son   tempérament  musical. 

Ed.  de  h. 


ANVERS.   —  Les  auditions  de  piano  sont 
toujours  à  l'ordre  du  jour  et  forment  vrai- 
ment une  des  attractions  de  l'Exposition. 

Nos  deux  concitoyennes.  M'''"  Leytens  Van  den 
Bergh  et  ]\I"«  Parcus,  ont  fait  une  nouvelle  appari- 
tion à  la  section  française;  la  première  de  ces 
artistes  se  faisant  entendre  chez  Erard,  l'autre 
chez  Pleyel. 


M""  Leytens  Van  den  Bergh,  qui  va  bientôt  se 
faire  entendre  à  Dûsseldorf,  nous  a  joué  des 
œuvres  de  Grieg,  Saint-Saëns,  Schumann,  Chopin 
et  Liszt,  réussissant  surtout  à  rendre  le  charme 
pénétrant  du  compositeur  Scandinave.  M"i*  Par- 
cus, après  avoir  enlevé  brillamment,  mais  assez 
froidement,  le  scherzo  de  Chopin,  a  rendu  l'étude 
en  mi  majeur  du  même  compositeur  avec  beaucoup 
de  délicatesse,  ainsi  qu'un  air  de  Schumann,  qui  a 
fait  infiniment  de  plaisir. 

Dans  la  section  allemande,  M.  Ed.  Potjes  a  de 
nouveau  touché  les  pianos  Blûthner,  enlevant  la 
belle  Polonaise  de  Liszt  avec  beaucoup  de  maestria. 
Nous  reprocherons  à  cet  excellent  artiste  d'avoir 
introduit  dans  son  programme  des  morceaux  de 
peu  de  valeur.  Le  répertoire  du  pianiste  nous 
paraît  assez  considérable  sans  qu'on  doive  y  ajou- 
ter lesœuvrettes  de  M''^  Chaminade.  La  Barcarole 
de  Moszkowski  est  un  morceau  assez  incolore  et 
de  beaucoup  inférieur  aux  jolies  barcaroles  de 
Rubinstein.  Les  deux  compositions  de  M. Potjes  : 
Pastorale  et  Dame  hongroise  ont  beaucoup  plu. 

Nous  avons  eu  le  plaisir  d'applaudir  M.  Steve- 
nants,  l'excellent  élève  de  M.  De  Greef.  Dans  une 
audition  donnée  sur  les  pianos  Pleyel,  le  jeune 
artiste  nous  a  joué  un  programme  particulièrement 
intéressant.  L'étude  de  concert  de  Moszkowski 
est  une  composition  fort  brillante  et  que  M.  Ste- 
venants  a  rendue  avec  une  grande  sûreté.  Nous 
aimons  moins  son  interprétation  de  VAiirore  de 
Beethoven  ;  il  nous  semble  que  l'artiste,  tout  en 
possédant  la  technique  de  cette  sonate,  n'a  pas 
assez  pénétré  dans  la  profonde  pensée  musicale 
qu'elle  renferme.  'L.'Hunioresque  russe  de  Tschaï- 
kowsky  est  une  page  originale,  et  le  Caprice  de 
De  Greef  (morceau  encore  inédit)  est  fort  bien 
conçu.  En  les  interprétant  avec  infiniment  de 
goût,  M.Stevenants  s'est  montré  artiste  de  valeur. 
Nous  préférons  ne  pas  relever  les  banalités  exces- 
sives que  renferme  la  Valse-Cotillon  de  Albeniz.  Le 
pianiste  en  a  surmonté  toutes  les  difficultés,  et 
c'est  tout  ce  qu'il  pouvait  en  faire. 

On  parle  de  nouveau  sérieusement  d'un  festival 
Wagner,  qui  aurait  lieu  le  12  octobre,  sous  la 
direction  de  M.  Mottl  et  avec  le  concours  du 
ténor  E.  Van  Dyck.  Du  festival  national  belge, 
nous  n'avons  aucune  nouvelle  officielle,  et  nous 
nous  demandons  si  réellement  on  verra  arriver  la 
clôture  de  l'Exposition  sans  qu'une  pareille  mani- 
festation ait  lieu. 

Lundi,  le  célèbre  Orchestre  philharmonique  de 
Berlin  vient  se  faire  entendre  à  l'Harmonie.  Au 
programme,  la  Symphonie  en  la  de  Beethoven, 
ainsi  que  divers  extraits  des  œuvres  de  Wagner. 
Une  autre  bonne  nouvelle: on  répète  activement 
Euryanthe  à  l'Opéra  Flamand.  L'intéressant  opéra 
de  Weber  servira  de  début  à  quelques  artistes 
nouvellement  engagés  par  M.  H.  Fontaine  pour 
compléter  sa  troupe,  et  dont  on  dit  le  plus  grand 
bien.  On  prête  également  à  M.  Fontaine  l'inten- 
tion de  monter  Tanuhœitser.  A.  W. 


744 


LE  GUIDE  MUSICAL 


DRESDE.  —  Les  honneurs  de  la  semaine 
théâtrale  sont  pour  Hamlet,  cet  opéra  dont 
«  le  premier  acte  est  sec  et  banal,  comme  toute  la 
musique  française  nouvelle  »,  dit  le  tiès  vénéré 
critique  du  Dyesdver  Anzeiger.  M.  Perron  est  un 
pathétique  Hamlet;  M""  Teleky,une  brune  et  plan- 
tureuse Ophélie,  experte  en  l'art  scénique;  M""' von 
Chavanne,  une  sympathique  Reine  ;  M.  Erl,  un 
Laërte  sans  conséquence.  Sous  la  «  lourde  »  main 
du  capellmeister  M.  Hagen,  l'orchestre  «  manque 
quelquefois  d'élan,  de  fougue,  de  couleur  »,  mais 
c'est  bien  malgré  lui  ;  il  ne  demanderait  pas  mieux 
que  de  revenir  aux  allures  vives  que  la  baguette 
"de  M.  Schuch  sait  lui  imprimer. 

Lundi  a  eu  lîcu  le  premier  concert  de  la  saison. 
Avant  de  partir  pour  l'Amérique,  M""  Friedmann 
a  voulu  saluer  ses  amis  de  Dresde,  qui  l'ont- vigou- 
reusement applaudie.  De  ces  auditions,  les  agen- 
ces locales  écartent  passionnément  la  presse 
étrangère,  convaincues  —  avec  raison,  du  reste,  — 
que  l'impartialité  des  comptes  rendus  n'en  souf- 
frira pas. 

Certain  alinéa  des  Notes  de  voyage  publiées 
dans  le  dernier  numéro  du  Gtnde  Musical  doit  ,tin- 
ter  aux  oreilles  de  l'entrepreneur  du  «  Conserva- 
toire à  vendre  ».  Il  parait  que,  déçu  dans  ses  espé- 
rances commerciales,  cet  industriel  cherche  à 
passer  la  main.  L'autorité  patronale  ne  pourrait- 
elle  mieux  surveiller  les  entreprises  de  ce  genre  ? 
Sur  la  foi  d'un  titre  officiel,  appuyé  de  réclames 
internationales,  les  parents  font  des  sacrifices 
corsidérables  pour  des  études  musicales  qui  ne 
méritent  pas  ce  nom.  L'enseignement  du  Conser- 
vatoire, affirmait  un  ancien  élève,  est  sans  valeur. 
Avant,  pendant  et  après  les  leçons  mixtes,  c'est 
un  manège  de  coquetteries  réciproques,  d'intrigues 
même  qui  se  dénouent  dans  une  chambre  d'hôtel. 
A  l'égard  de  chaque  élève,  l'attitude  de  la  direc- 
tion varie  selon  le  chiffi'e  du  minerval  payé.  La 
distribution  des  diplômes  dépend  de  motifs  analo- 
gues. Souvent  les  études  se  bornent  à  ressasser 
un  morceau  d'examen.  Quant  au  concours,  le  direc- 
teur ne  balance  jamais  entre  son  intérêt  pécuniaire 
et  ses  engagements  réglementaires.  Pourrait-il  en 
être  autrement,  lorsqu'on  voit  figurer  à  la  tête  d'un 
conservatoire  des  pharmaciens,  des  banquiers,  des 
architectes,  des  horlogers  ou  de  vulgaires  croque- 
notes  dont  les  visées  administratives  se  limitent 
aux  profits  monnayés  et...  autres?  Alton. 

(~^  AND  —  Avec  Aida,  l'opéra  quelque  peu 
3r  tapageur  du  maestro  Verdi,  notre  Grand- 
Théâtre  a  rouvert  ses  portes,  mercredi  dernier, 
26  septembre. 

C'est  devantjune  salle  bien  garnie,  moins  réser- 
vée et  froide  que  de  coutume,  qu'ont  débuté  les 
pensionnaires  de  M.  Martini,  le  nouveau  directeur. 
On  comprend  que  je  ne  me  contente  point  des 
quatre  actes  de  cette  première  pour  porter  sur  les 
artistes  un  jugement  définitif   ou  même  étendu  ; 


une  appréciation  hâtive,  ici  plus  que  partout 
ailleurs,  manquerait  d'exactitude. 

Je  signalerai  toutefois  :  M.  Carroul,  baryton, 
qui  a  eu  les  honneurs  de  la  soirée  :  voix  généreuse, 
diction  claire,  méthode  consciencieuse,  port  aisé  ; 
M.  Gauthier,  ténor,  et  M">=  Kériva,  forte  chanteuse 
falcon,  qui  ont  partagé  le  succès  de  leur  camarade. 

M.  Vallobra,  basse,  et  M""'  Frémeau,  contralto, 
n'ont  pas  répondu  à  ce  que  l'on  était  en  droit 
d'attendre  d'eux.  Le  premier  semble  bien  inexpé- 
rimenté, la  seconde  parait  occuper  un  emploi  par 
trop  au-dessus  de  ses  forces.  Je  ne  veux  cependant 
point,  je  le  répète,  leur  tenir  rigueur,  et  je  les 
attendrai  en  d'autres  ouvrages. 

L'orchestre  s'est  fort  bien  tenu,  sous  la  direction 
de  M.  Nicosias,  premier  chef,  qui  ne  manque  ni 
d'expérience,  ni  de  stireté,  ni  de  sens  des  nuances. 
Les  chœurs  pèchent  par  le  défaut  de  cohésion  ;  le 
corps  de  ballet  est  quelconque.  L.  D.  B. 

'•^^«^ 

LONDRES.  —  Depuis  deux  jours,  il  règne 
une  fiévreuse  activité  au  «  Queens'  Hall  », 
où  ont  lieu  les  dernières  répétitions  en  vue  du 
festival  qui  sera  donné  la  semaine  prochaine  à 
Birmingham.  Vous  avez  déjà  dit  que  ce  festival 
sera  dirigé  cette  année,  en  partie  tout  au  moins, 
par  Hans  Richter. 

Le  programme  des  pièces  que  conduira  l'illustre 
capellmeister  viennois  comprend  le  prélude  de 
Parsi/al,  l'ouverture  des  Maîtres  chanteurs,  la 
Chevauchée  clés  Walkyries,  la  symphonie  en  ut  mineur 
de  Beethoven,  la  seconde  Rapsodie  de  Liszt,  et  des 
variations  de  Brahms.  Ces  mêmes  œuvres  seront 
exécutées  par  Richter  et  son  orchestre  de  quatre- 
vingt-douze  exécutants,  dans  les  villes  de  Hudders- 
field,  Sheffield,  Edimbourg,  Glascow,  Liverpool, 
Manchester,  Newcastle,  Leeds  et  Brighton,  qu'il 
visitera  dans  une  tournée  en  province,  — indépen- 
damment des  trois  concerts  annoncés  sous  sa 
direction  à  Londres. 

Le  Birmingham-Festival  comportera  cependant 
quelques  exécutions  d'auteurs  anglais.  Le  D''  Hu- 
bert Parry  dirigera  une  audition  de  son  nouvel 
oratorio  King  Saûl,  dont  on  dit  beaucoup  de  bien 
et  qui  sera  aussi  exécuté  en  février  à  l'Albert 
Hall.  La  cantate  the  Stoan  and  the  Skylark,  œuvre 
posthume  du  regretté  Goring  Thomas,  sera  dirigée 
par  le  D''  Villiers  Stanford.  Enfin,  M.  Henscheli 
fera  exécuter  pour  la  première  fois  sonStabat  Mater, 

En  attendant  que  s'organise  la  saison  des  con- 
certs, peu  à  peu  les  théâtres  rouvrent  leurs  portes. 

Au  Drury  Lane,  Sir  Augustus  Harris  a  inauguré 
la  saison  théâtrale  par  un  drame  à  grand  spectacle, 
the  Derby  Winner,  un  drame  sportif  qui  se  déroule 
tout  entier  dans  le  monde  du  turf.  L'œuvre  est 
ingénieusement  montée  et  a  produit  une  sensation 
énorme.  Dans  un  siècle,  nos  arrière-neveux 
reliront  avec  stupeur  cette  pièce  où  se  trouvent 
annotés,'  avec  une  vivacité  piquante  et  souvent 
cinglante,  les  ridicules  et  travers  du  temps  présent 

A.  L. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


745 


MILAN.  —  Inauguration  du  Théâtre  Ly- 
rique INTERNATIONAL.  —  Samedi  a  été  inau- 
guré à  Milan  le  nouveau  Théâtre  Lyrique  interna- 
ional,  fondé  par  M.  Sonzogno  et  qui  est  installé 
lans  l'ancien  théâtre  de  la  Canobiana  remis  à 
leuf  et  complètement  transformée. 

La  nouvelle  salle,  construite  sur  les  plans  de 
'architecte  Sfondrini,  a  surpris  agréablement  tout 
e  monde  par  son  élégance,  le  bon  goût  de  sa 
iécoration  et  son  confort. 

Les  notabilités  artistiques  de  l'Italie  et  le  public 
ies  grandes  représentations  étaient  présents;  on 
remarquait  notamment  un  grand  nombre  de  criti- 
q^ues  de  journaux  étrangers,  et  les  principaux  édi- 
teurs, de  rnême  que  les  directeurs  des  grands 
théâtres  de  l'Europe. 

Le  spectacle  a  commencé  par  un  prologue  de 
M.  Cavallotti,  le  député-poéte,  qui  a  été  outrageu- 
sement sifSé;  puis  on  a  entendu  Martyre,  opéra 
nouveau  de  M.  Spiro  Samara, le  jeune  compositeur 
hellène,  sur  un  poème  du  poète  italien  lUica. 
C'est  une  très  sombre  histoire  que  cette  Martyre, 
dont  l'action  se  passe  à  l'embouchure  du  Danube, 
à  Sulina.  L'héroïne  de  la  pièce,  la  martyre,  est 
la  femme  d'un  commerçant  de  ce  port,  nommé 
Tristano,  lequel  se  prend  d'une  folle  passion  pour 
une  chanteuse  de  café-concert,  Française  cela  va 
sans  dire,  répondant  au  nom  coquet  de  Nina  Fleu- 
rette. Nina  est  accompagnée  d'un  ténor  italien 
Baciacieli,  et  d'un  virtuose  allemand,  Chrysostome 
Weischeit.  Vous  devinez  les  complications  qui 
résultent  de  la  présence  de  ces  différents  person- 
nages :  la  jalousie  du  ténor,  les  souffrances  de 
l'épouse  du  commerçant,  la  passion  féroce  de  ce 
Tristano.  Celui-ci  va  jusqu'à  reprocher  publique- 
ment à  sa  femme  les  amours  qu'elle  aurait  eus 
a:vec  Mikael  Taucich,  un  pilote  du  port.  Ne  pou- 
vant subir  un  tel  affront,  la  martyre  rentre  chez 
elle  pour  y  chercher  un  réchaud  à  charbon,  et 
elle  s'asphyxie  cornm  populo.  Cette  mort  par  le 
réchaud  est  la  seule  nouveauté  de  la  nouvelle 
pièce  vériste. Comme  dans  les  Pagliacci,  on  voit,  au 
second  acte,  une  scène  sur  la  scène,  le  café-chan- 
tant où  se  produit  Nina  Fleurette.  Et,  dans  ce 
café-chantant,  le  service  est  fait  par  des  Kelleriue 
tedeschi.  Le  public  est  figuré  par  les  ouvriers  du 
-port.  En  somme,  ni  le  milieu  ni  l'action  ne  sont 
intéressants. 

Quant  à  la  musique,  elle  est  difficile  à  définir. 
M.  Spiro  Samara  évite  assez  heureusement  la  vul- 
garité mélodique  de  Mascagni  qui,  soit  dit  en  pas- 
sant, assistait  à  la  première  de  l'ouvrage  de  son 
rival;  mais  elle  manque  aussi  de  caractère,  comme 
la  musique  de  Léoncavallo.  L'auteur,  ne  disposant 
d'aucune  richesse  d'invention,  se  rattrape  comme 
Léoncavallo  sur  des  détails  d'orchestration  qui 
sont  quelquefois  intéressants.  Le  plus  curieux  est 
la  prédominance  de  rythmes  empruntés  àla  musique 
hongroise.  Pour  tout  dire,  à  part  un  ou  deux  mor- 
ceaux qui  ont  été  applaudis  sincèrement,  comme 
l'air  d'entrée  du  premier  acte  (l'onor  di  priseutarvi), 
l'œuvre  n'a  pas  obtenu  de  succès  et  elle  eût  som- 


bré lamentablement  sans  l'exécution  très  brillante 
des  artistes  du  chant  :  M"'''  Frandin  et  Collama- 
rini,  MM.  Apostolo,  Giordano  et  Beltrami,  —  et 
de  l'orchestre,  sous  la  direction  animée  du  maestro 
Ferrari. 

Le  spectacle  s'est  terminé  par  le  ballet  Coppélia 
convenablement  dansé  et  exécuté  à  la  perfection 
par  l'orchestre.  La  claire  et  si  mélodieuse  parti- 
tion de  Delibes  a  paru  une  œuvre  d'art  exquise 
après  Martyre. 


NOUVELLES  DIVERSES 

M.  Paul  Ferrier,  auteur  avec  M.  Pessard 
du  Tabarin  joué  il  y  quatre  ou  cinq  ans  à 
rOpéra-Comique,et  M.  Catulle  Mendès,  auteur 
de  la  Femme  de  Tabarin,  forment  opposition 
aux  représentations  d'/  Pagliacci  de  M.  Léon- 
cavallo sur  les  scènes  françaises. 

M.  Catulle  Mendès  adresse,  à  ce  propos,  aux 
journaux  la  lettre  suivante  : 

On  a  annoncé  que  je  renonçais  à  toute  récla- 
mation active  contre  I  Pagliacci  de  M.  Léonca- 
vallo. 

Il  n'en  est  rien. 

Tant  que  /  Pagliacci,  dont  le  sujet,  en  général, 
et  la  scène  principale,  en  particulier,  sont  mani- 
festement empruntés  à  ma  petite  parade  la  Femme 
de  Tabarin,  n'ont  été  représentés  qu'en  pays  de 
langue  étrangère,  je  me  suis  tenu  coi,  étant 
d'humeur  endurante  et  peu  processive. 

Mais  /  Pagliacci  doivent  être  joués  à  Bruxelles, 
puis  à  Paris,  et  la  partition  vient  de  paraître  en 
France,  avec  texte  français. 

J'ai  pensé  qu'une  plus  longue  tolérance  serait 
pure  niaiserie,  et,  le  plus  courtoisement  qu'il  m'a 
été  possible,  j'ai  essayé  d'entrer  en  accommode- 
ment avec  M.  Léoncavallo,  auteur,  et  M.  Sonzo- 
gno, éditeur;  je  désirais  surtout  que  la  couverture 
des  partitions  et  les  affiches  des  théâtres  por- 
tassent désormais  cet  avis  :  «  D'après  la  Femme  de 
Tabarin,  de  M.  Catulle  Mendès  ».  Je  n'ai  pu  obte- 
nir satisfaction.  M.  Léoncavallo  persiste  à  croire 
que  ma  pièce  est  de  lui 
Cas  à  juger. 

J'ai  sollicité  l'honneur  d'être  entendu  par  la 
commission  des  auteurs  dramatiques;  elle  a  bien 
voulu  prendre  en  considération  la  validité  de 
mon  grief,  et  cette  petite  affaire,  dénuée  d'ailleurs 
de  toute  importance,  suivra  son  cours  normal. 
Bien  cordialement  à  vous,  cher  ami. 

Catulle  Mendès. 
24  septembre  1894. 

La  réclamation  de  M.  Catulle  Mendès  est 
parfaitement  fondée.  Le  poème  de  l'opéra  de 


746 


LE  GUIDE    MUSICAL 


Leoncavallo  est  directement  inspiré  de  la 
Femme  de  Tabarin,  qu'on  a  vue  naguère  sur 
le  tliéâtre  de  M.  Antoine.  Le  seul  point  dou- 
teux est  de  savoir  si  M.  Catulle  Mendès  n'a 
pas  lui-même  utilisé  quelque  pièce  antérieure, 
dont  aurait  pu  également  s'inspirer  M.  Leon- 
cavallo. L'anecdote  qui  forme  le  fond  du  sujet, 
l'histoire  de  la  jalousie  de  Tabarin,  est  une 
des  plus  connues  de  l'histoire  du  théâtre  et 
a  maintes  fois  été  contée  sous  la  forme  dra- 
matique. 

Tabarin  lui-même,  dans  ses  célèbres  Farces, 
a  traité  plus  d'une  fois  ce  sujet  et  c'est  en  s'ins- 
pirant  d'elles  que  M.  Paul  Ferrier  écrivit  le 
Tabarin  en  trois  actes  et  en  vers  qu'il  donna 
en  1874  à  la  Comédie-Française,_avec  Coquelin 
dans  le  rôle  de  Tabarin,  d'où  il  tira  plus  tard 
le  libretto  de  l'opéra  comique  mis  en  musique 
par  M.  Pessard.  Il  existe  un  troisième  Tabarin, 
opéra  comique  en  deux  actes, paroles  d'Alboise 
et  André,  musique  de  G.  Bousquet,  joué  en 
i852  au  Théâtre-Lyrique. 

Ajoutons  qu'après  la  réclamation  de  MM. 
Paul  Ferrier  et  Catulle  Mendès,  il  vient  d'en 


surgir  une  troisième,  de  M^e  Pauline  Thys,  qui 
a  écrit  le  poème  et  la  musique  d'un  opéra  en 
trois  actes,  Tabarin,  dont  le  sujet  offre  beau- 
coup d'analogie  avec  la  pièce  du  jeune  compo- 
siteur italien.  Ce  qui  rendrait  plus  sérieuse  la 
réclamation  de  Mme  Pauline  Thys,  c'est  que 
son  ouvrage  aurait  été  joué  en  Italie,  sous  le 
titre  de  la  Conspiration  de  Clievre7(se,  bien 
avant  qu'il  ne  fût  question  des  Paillasses  de 
M.  Leoncavallo. 

Tandis  qu'en  France  un  compositeur  au- 
dacieux met  en  musiijue  la  Femme  de  Claude 
de  Dumas,  un  musicien  allemand  de  talent, 
M.  Cari  Goldmark,  s'apprête  à  écrire  un  opéra, 
d'après  un  roman  de  Dickens,  M.  Cari  Gold-.. 
mark  avait  jusqu'ici  montré  une  préférence 
décidée  pour  des  sujets  orientaux  et  magni- 
fiques, témoins  son  Merlet  et  la  Reine  de  Saba. 
Il  va  se  consacrer  maintenant  à  traduire  dans 
le  langage  musical  les  épanchements  lyriques 
du  capitaine  Cuttle  ou  de  Squeers  le  maître 
d'école. 

La  tentative  sera  curieuse. 


COLLECTION  DE  VIEUX  INSTRUMENTS  A  CORDES 

A  VENDRE 


CONTREBASSES 

Une  contrebasse  avec  tête  de  lion,  dou- 
blement filée,  bombée,  très  vieille. 

Une  contrebasse  Pillmann,  très  bel  in- 
strument     

VIOLONCELLES 

Un  violoncelle  Albani,  superbe  instru- 
ment d'un  ton  magnifique,  très  sonore 

Un  violoncelle  Jacobi,  italien.     .     .     . 

—  vieille  lutherie  française 

avec  étui  et  archet 

ALTOS 

Un  alto  Guersan,  anno  1766.  Bel  instru- 
ment, très  bien  conservé 5oo 


aSo 


1,000 
5oo 


2S0 


Un  alto  Klotz,  superbe  qualité      .     .     .       3oo 
—       Hoffmann,  son  égal   sur  toutes 
les  cordes 200 

VIOLONS 

Un  Amati,  superbe  violon 7S0 

Un  Tononi,  violon  italien     .     .     .     .     .       750 

Un  Jacobus-Stainer 5oo 

Un  violon   ancien,    instrument   attribué 

au  même  luthier 

Un  Vuillaume  (imitation  Maggini)     . 
Un  violon  Klotz 

—  de  Tirol,  belle  qualité  .     .     , 

—  Hoffmann 

—  Ecole  allemande,  très  vieux 

—  —    française 100 


3  00 
2S0 
25o 
200 
200 
i5o 


BREITKOPF  &  H^RTEL,  BEUX  ELLES 

Editeurs,    46,    Monta§^ne    de  la    Cour,  45 

PIANOS  BECHSTEIN.  —  PIANOS  BLUTHNER 

HARMONIUMS     ESTEY 


i 


LE  GUIDE  MUSICAL 


747, 


De  temps  immémorial ,  M°«  Marchesi 
adresse  au  Signale,  de  Leipzig,  des  lettres  de 
Paris,  qui  n'offrent  généralement  qu'un  intérêt 
assez  secondaire.  On  y  sent  percer  la  réclame 
à  chaque  phrase,  et  l'absence  totale  de  sens 
artiste. 

Cette  année,  M"e  Marchesi  est  allée  pour  la 
première  fois  à  Bayreuth  et  elle  raconte  ses 
impressions.  Elles  sont  minces ,  quoique 
Ulme  Marchesi  se  dise  émerveillée.  Seulement 
elle  n'a  pas  compris  Parsifal;  c'est  ce  qui 
prouve  justement  que  son  éducation  musicale 
est  très  arriérée. 

A  Munich,  Mni<=  Marchesi  a  entendu  Tristan 
et  elle  n'y  a  pas  compris  davantage.  «  La  valeur 
musicale  de  l'œuvre  est  très  grande,  mais  le 
poème  est  vraiment  trop  vide.  Un  roi  trompé 
qui  tient  un  long  sermon  à  l'amant  de  sa  femme  ? 
Non!  jamais  les  Français  ne  subiront  cela!  C'est 
tout  ce  que  l'éminent  professeur  trouve  à  dire 


de  cette  œuvre.  Etonnez-vous,  après  cela,  que 
les  élèves  de  M""=  Marchesi  aient  une  si  haute 
compréhension  de  l'art  actuel. 

Elle  parle  aussi  dans  sa  lettre  de  Mi"<i  Melba, 
son  amie,  sa  meilleure  élève,  et  elle  nous 
apprend  que  M"e  Melba  a  signé  un  traité  avec 
l'Opéra-Comique  pour  l'année  iSgS,  et  qu'elle 
ira,  en  juin  et  juillet,  chanter  â  Londres. 

Mais  voici  le  plus  curieux  :  M™'^  Melba 
étudie  en  ce  moment  l'allemand,  elle  chante 
déjà  des  Lieder  et  étudie  plusieurs  rôles. 
Mme  Marchesi  ajoute  ;  «  Elle  serait  très  heu- 
reuse, à  la  première  occasion,  de  prendre  part 
aux  représentations  de  Bayreuth.  » 

Désir  très  louable  ;  malheureusement,  ce 
désir  ne  semble  inspiré  que  par  l'esprit  de 
concurrence.  M™^  Nordica  ayant  chanté  à 
Bayreuth,  il  faut  bien  que  la  Melba  y  chante 
aussi. 

Oh  !  le  cabotinisme  de  l'élève  et  du  professeur. 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


YIEI^T  DE  PARAITRE 


EXERCICES  lOURNALlER 


POUR 


LE   PIANO 


Suivis    d'exemples    tirés    d'auteurs   anciens    et  modernes 

PAR 

PRÉFACE    DE    C.    SAINT-SAËNS 
Prix  net  :  10  fr. 


748 


LE  GUIDE  MUSICAL 


NÉCROLOGIE 


Est  décédée  : 

A  New-Jersey  (Etats-Unis),  M"""  Fursch-Ma- 
dier,  cantatrice  qui  eut  son  heure  de  renommée. 
C'est  dans  les  Parias  de  Membrée,  joués  à 
l'Opéra  populaire  en  1874,  que  son  talent  se 
manifesta  pour  la  première  fois  avec  éclat.  L'ou- 
vrage sombra,  mais  l'interprète  fut  engagée  à 
l'Opéra.  Elle  y  languissait  dans  les  doublures 
lorsque  MM.  Stoumon  et  Calabresi,  à  la  un  de 
1876,  l'engagèrent  à  la  Monnaie.  Sa  jolie  voix, 
son  excellente  méthode  vocale  firent  merveille 
dans  le  répertoire  du  grand  opéra.  Nous  nous  la 
rappelons  notamment  dans  Faust,  la  Reine  de  Saba, 
Lohengrin  et  Jérusalem.  Après  plusieurs  années 
passées  à  Bruxelles,   elle  fut  engagée  à  Covent- 


Garden,  où  sa  réputation  atteignit  son  apogée, 
puis  elle  partit  pour  une  tournée  américaine,  qui 
mil  fin  à  sa  carrière  dramatique. 

M""  Fursch  avait  été  mariée  à  M.  Raoul  Ma- 
dier,  chef  d'orchestre  à  l'Opéra  de  Paris,  qui 
obtint  contre  elle  le  divorce  à  la  suite  d'un  procès 
en  désaveu  de  paternité. 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  i3;  rue  du  Mail 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

PARIS 

Propriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKOWSKY,  GOTTSCHALK,  PRUDENT,  ALLARD 
des   ARCHIVES  DU  PIANO  et  de  la  CÉLÈBRE  MÉTHODE  DE  PIANO  A.  LE  CARPENTIER 
Seuls  dépositaires  de  l'ÊDITION  CHARNOT,  spécialement  consacrée  à  la  MUSIQUE  DE  VIOLON 

Tient  de  paraître! 

Henri  BIar<!cbal,  Le  Sommeil  de  Jésus,   prélude 

de  la  Nativité,  Orchestre   .......  3  — 

Parties  séparées 5  — 

Piano  seul 5  — 

transcr.  facile  par  Tavan.      .  3  — 

Violon  ou  violoncelle  et  piano  .  6  — 


niC'ludles  de  faiil  Rougiion 


3  — 

3  - 

3  — 

5  — 

3  - 


1.  Au  vent . 

2.  La  Chanson  du  renouveau     . 

3.  Comment  on  dit  :  «  Je  t'aime  »  . 

4.  Etre  deux 

5.  J'aime,  je  crois,  j'espère    . 

6.  Le  Livre  de  la  vie 3  — 

7.  Premiers  baisers  du  printemps   ...     3  — 

8.  Le  Souvenir 5  — 

9    La  Valse  des  nuages 5  — 

H.-!'.  Toby.  Sérénade,  paroles  de  A.  Semiane   .     3  — 

—  BarcaroUe,  paroles  de  A.  Semiane  ....     3  — 

—  Berceuse  de  A.  Cœdes,  transcrite  pour  orgue 

et  piano 7  5o 


V.  Tseba'ikowsky.  Album  russe  transcrit  pour 
violon  et  piano  par  Ad.  Herman 

Six  numéros,  chaque.      .  2 

réunis.      .  6 
R.  Favarger.  Boléro  pour  piano  (20<'  édition) 

Piano  à  4  mains 10 

Piano  et  violon g 

J.  Daubé.  Menuet  pour  piano  et  violon     ...  5 

—  Mazurka  de  salon  (originale)  pour  piano   et 

violon 6 

C.  Galos,  Dolorosa,  nocturne  pour  piano.     .      .  5 

—  Le  Lac  de  Côme    .           5 

—  Le  Chant  du  berger 5 

—  Souvenir  des  champs 6 


B.-M.  Coloiner.  Rondino  pour  piano. 

G.  Pfeïffer.  Romance  pour  violoncelle  et  piano 
J.  Ten  Brinck.  Voici  le  soir,  valse,  barcarolle  . 
Ch.  Lefebvre.  Oublier,  mélodie  •  .  .  .  . 
Kmile  Waldteufel.  Amour  et  Printemps,  valse 
chantée 

Arrangé  pour  orchestre,  parties  sép. 
—  harmonie  ou  fanfare  . 


AN  TONY   SIMON,  célèbre  berceuse 


No  I .  Pour  Violon  avec  Piano  (originale)     .  frs  5  — 
»  2.      I)     Violoncelle  avec  Piano  (transcrite 

par  G.  Fitzentiagen).     .     .  «    6  — 

»  3.      »     Chant  avec  Piano  (par  l'auteur)  .  »    5  — 


No  4.  Pour  Harmonium  avec  Piano    .      .     .      » 

»  5.  »  Piano  à  2  mains  (par  l'auteur)  .  frs  5  — 
»  6.  »  Piano  à  4  mains  (par  l'auteur)  .  »  7  5o 
»  7.  »  Orchestre  à  cordes.  Partition  net,  frs  2  — 
»  7».    »  »  »  Parties       »     »    3  — 


LE  GUIDE  MUSICAl 


749 


Fanfare  municipale  de  la  ville  de  Genève 


LA  PLACE  DE  DIRECTEUB  EST  VACANTE 

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g^nciiieiits  nn  Pr4^>iideiit,  A  Genève, 


REPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 

Berlin 

Opéra,  t-  Du  23  au  3o  septembre  :  Taanhaeuser.  Le 
Trouvère.  Le  Mariage  aux  lanternes  et  la  Fiancée 
vendue.  Lohengrin  Le  Barbier  de  Séville.  Cavalleria 
rusticana.  Le  Prophète,  Carmen    Le  Prophète 


Bruxelles 

Théatke  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  i5  au  3o  sep- 
tembre :  La  Traviata.  Relâche.  Faust.  Le  Prophète. 
Mireille  et  Farfalla.  La  Traviata, 

Spectacle  de  la  semaine  :  lundi,  Aida, pour  M""^  Cossira. 
—  Mardi,  Roméo  et  Juliette.  —  Mercredi,  Faust  ou 
Werther  —  Jeudi,  vendredi  et  samedi,  probablement 
Mireille,  la  Traviata,  Roméo  et  le  Prophète. 

Théâtre  des  Galeries  —  Le  Tour  du  monde  en 
80  jours. 

Alcazar  royal.  -  Spectacle  concert. 

Empire-Palace  -  Spectacle-concert. 
Dresde 

Opéra.  —  Du  17  au  23  spp'enibre  ;  Hamlet.  Tann' 
lia;iiser.  Hamlet.  Guillaume  Tell,  Les  Maîtres  chan- 
teurs  Hamlet 


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—  Romance  pour  violon  et  piano       .... 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano. 
LEKEU,  0""=.  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties 

partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano 
—  Trois  pièces  pour  piano  ....... 

RAWAY  Erasme.  Scènes   Hindoues,  poème  symphonique  en  quatre  parties 
réduction  à  quatre  mains       ..... 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  d'après  Hsendel,  pour  violon  et  piano 
—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano 

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Accolay,  J.  B.  Au  bord  du 

ruisseau,  idylle  .      .      .      .  2  5o 

— La  Taglioni,  scène  de  ballet  2    — 

— Ruines  etSouvenirs, ballade  2  — 

—  Rêverie  mélancolique  .      .  2   — 
— Légende  écossaise    .      ...  2  — 

—  Polonaise.      ...  .2  — 
Bollin,  G.  Cinq  morceaux  ; 

N"  I.  Séparation.      .      .      .  i  75 

N"  2.  Douce  attente,      ,      ,  i  75 

N°  3,  Dcu.\  rêves      ,      .      ,  i  75 

N°  4.  Echo  du  bal   ...  i  90 

N"  5.  Mon  étoile       .      .      .  i  75 

Gabriel-Marie.   »   Impres- 
sions. »  6  pièces  originales; 

N"  I.  Simplicité.      ...  i   35 

N"  2 .  Insouciance   .      .      .  i  75 

N"  3    Quiétude  .      .      .      .  i   35 

N"  4 .  Souvenir   ,      .      .      .  i  75 

N"  5,  Mélancolie     .      ,      .  i   35 

N"  6.  Allégresse.      ...  2  — • 

Gilis,  A.  Soirées  enfantines. 
Six  morceaux  très  faciles  ; 

N"  I.  Air  villageois.      .      .  i  — 

N"  2.  Chant  du  village.      .  i  — 

N"  3.  Air  champèlre     .      .  i    — 

N»  4.  Fanfare-Marche  .      .  i  — 


No  5.  Royal-Gavotle      .      . 

N"  6.  Musique  militaire     . 
Hermann,    Rob.    Petites 

Variations  pour  rire,  com 

posées  sur  sept  notes 
Herrmann,  Tb.  Six  irans- 

criptionsd  oeuvres  célèbres; 

N°  I .  Air  de  Chérubini 

N°  2.  Grétry,  Romance  de 
Richard. 

N"  3.  NicoLO,  Joconde. 

N°  4 .  Schubert,  Sérénade 

N"  5.   Schubert,    Moment 
musical .... 

N"  6.    Mendelssohn,    Auf 
Flûgeln. 
Hille,  G.  Op    60.   Concerto 

avec  Piano 10 

Hone,  J.  The  Old  Folks  at 

Home 

—  Suite  Irlandaise  : 

N"  I  .When  theWho  adores 
thee      .... 

N"  2.  If  thou  wilt  be  Mine 

N"  3.   Oh!    Lfad   wè   some 

Bright.      .      .      .      .      I   35 

N"  4.  Is  tha-t  M>' Reilly.     .     i   - 


I  90 


I   35 


I   35 


I   35 


I   35 


I  75 


I   35 
I   35 


Hoyoid,  L,  Mélodie.      .  i  75 

Jehin-Prume.  Romance  ,  i  7.5 

—  Berceuse 1  35 

Hubay,  Jenô.   Cinq   mor- 
ceaux ; 

Op.  37.  N"  I.  Fleur  de  Mai   .  i  75 

Op,  37  N°  2,  Au  temps  jadis  2  5o 
Op.    38.    N"   I,    Devant    son 

image(Chant  surla4<îcorde)  i  75 

Op.  38,  N"  2    Sous  sa  fenêtre  2   — 

Op.  3g.  Ramage  de  rossignols  3  — 

Sraetkoren,  S.  Elégie  .     .  i  75 

—  Berceuse 2  — 

Thallon,  R.  Romance  .      .  i  7S 
Ventti,  G.  Trois  morceaux  : 

N"  I.  Chanson  sans  paroles  i  35 

N"  2.  Chanson  du  soir  .      .  i  35 

N"  3.  La  Sérénade  ...  2  — 

—  Deux  Rhapsodies  : 

No  I.  Sur  des  motifs  écossais  i  go 
No  2.  Sur  des  mélodies  sué- 
doises    3  75 

Ysayë.  Deux  Mazurkas  : 

No  I,  Dans  le  lointain  .      .2  — 

No  2.  Mazurka    .      .      ,      .  2  — 


750 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Paris 

Opéra.  —  Du  23  au  3o  septembre  :  Salammbô.  Faust. 
Samson  et  Dalila,  la  Korrigane. 

Opéra-Comique.  —  Du  23  au  3o  septembre  :  Mireille, 
Cavalleria  rusticana,  le  Maître  de  Chapelle.  Carmen. 
Manon.  Mignon.  Falstaff. 

Vienne 

Opéra.  —  Du  24  septembre  au  1"  octobre  :  Cavalleria 
rusticana  et  Coppelia.  La  trompette  de  Saekingen. 
Tristan  et  Isolde.  Werther.  L'Armurier.  Les  Hugue- 
nots. I  Pagliacci  et  Rouge  et  Noir.  Iphigénie  en 
Aulide. 

An  der  Wien.  —  Du  24  septembre  au  ler  octobre  : 
Simplicius,  l'Etudiant  pauvre  et  le  Maître  de  forges. 


JULES  PAINPARÉ 

Inspecteur    des    musiques    de    l'armée    belge 

Ex-chef  de  musique  du  6'  de  ligne 

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3.  Ballade,     »     .   5  oo 

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LE  GUIDE  MUSICAL 


751 


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J.  DARCHE  Jeune 

sont  fusionnées  et  transférées 

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752 


I.E  GUIDE  MUSICAL 


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Sorties  de  bal  et  de  tliéâtre 
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laine  et  soie 
Mousseline  de  laine  nnprimée 
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,calions  de  cette 
délicieuse  crâne  font 
àsparaitre  toutes  les 
imperfections  delà  peau 
el  donnent  au  visage,  aux; 
mamsaux  épaules  cet  éclat- 
tant  admire  chez  les  dames, 
laTites 


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80,  Mont  de  la  Coup.  Bruxelles . 


Bruxelles  —  Impr.  Th.  Lombaerts,  Montagne  des  Aveugles,  7. 


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DIRECTEUR-REDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE    KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

Rue  Beaurepaire.  33,  Paris 

N    LE  KIME,  SECRÉTAIRE- ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marleau,  72,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Iiibert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  -  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  -  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

D"'  Victor  Joss. —  N.  Liez.  —  I.  Will 

Df  F.-V.  Dwelshauwers-Dery 

Ernest  Closson  —  Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

J.  Brunet  —  A.  Wilford,  etc,  etc. 


HbOnnementS  :  aux  Bureaux  du 
journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
à  Paris,  à  la  Librairie  Fischbacher, 
33,  rue  de  Seine, 

France  et  Belgique  ...      12  francs. 

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Pays  d'outre-mer   ....     18    — 


40''  année  7  Octobre  1894 


SOMMAIRE 


NUMERO  4 1 


E.  S.  —  Richteriana. 

Deux  nouveaux  fragments  de  musique  grec- 
que. 

Richard    Wagner.  —  Lettres   à   Auguste 
Rœckel  (Traduction  de  M.  Maurice  Kufferath). 

ȣl)i-ontque  bc  (a  Scmatiu  :  Paris  :  A  l'Exposition  du 
livre.  Hugues  Imbert. —  Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  Reprise  de  Roméo  et  Juliette,  J.  Br. 

(ilorrcsponliaiuee  :  Anvers,  Gand. 

Nouvelles  diverses.—  Nécrologie.—  Bibliographie. 

Répertoire  des  théâtres. 


EN  VENTE,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  l'Ecuyer;  ■ 
et  chez   les  éditeurs   de  musique.  — a  Paris  ;  librairie 
Fischbacher,  33,  rue   de  Seine  ;  M     Brasseur,  Galerie 
de  l'Odéon.  —  Luxembourg,  G.-D.  Simonis,  libraire.  — 
A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Hœrtel.Great  Malborought . 
Street;  Schott  et  C,  Régent  street,  iSy-iSg. —  A  Leipzig  :i 
Otto  Junne. — A  Munich  :  Josef  Seiling,  fourn''  de  la  cour.r 
Perusastrasse.  —  A  Prague  :  F.  A.  Urbanek.  -  A  Stras-I 
bourg  :  librairie  Ammel.  —    A    Amsterdam,  Algemeene 
Musikhandel,  Spui,  2.   —  A  La  Haye,  Belinfante  frères. 

—  A  Liège  :  M""*  veuve  Muraille,  rue  de  l'Université.  — 
A  Anvers:  M  Forst,  place  de  Meir. — -A  Gand  ;  M™«  Beyer. 

—  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit.^A  Genève  :  Ad.  Henn, 
6,  rue  Grenus.  —  a  Madrid  :  Ruiz  y  C",    Principe,   14. 

—  A  Saint-Pétersbourg:  MM.  E.  Mellier  et  G'",  Pers 
pective  Newski.— A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Mexico: 
N  Budin.  —  A  Montréal  :  La  Montagne,  éditeur  rue 
Siint-Maurice,  14g.  —  A  New- York  :  G.-E.  Stechert, 
810,  Broadway. 

Le  numéro  :  40  centimes. 


;^jrg  i^^-x-é,  'rr^^^-^t'^^  ^(^"^  i^k^  2r*  S^  èT^  à^  d^  à-*^  "^'S^'-Sr^- 


à 


754 


LE  GUIDE  MUSICAL 


HOTELS  RECOIVIIVIANDÉS 

LE  GRAND  HOTEL 

Boulevard  Anspach,  Bruxelles 

HOTEL  DE  SUÈDE 

rue  de  l'Evéque 
En  face  le  théâtre  de  la  Monnaie,  Bruxelles 

HOTEL  DE  BELLE-VUE 

Place  Royale,  Bruxelles 

HOTEL  DE  FLANDRE 

Place  Royale,  Bruxelles 

RESTAURANT  A,  MOURY 

Recommandé  pour  sa  bonne  cuisine  et  ses 
plats  du  jour  variés 

RUE   DE   l'ÉCUYER,    57-S9,    BRUXELLES 

KRASNAPOLSKY 

Hôlel,  Restaurant  et  Café 

AMSTERDAM 

HOTEL  POLONAIS 

Hôtel,  Café,  Restaurant 

Kalverstraat,  Amsterdam 

BIBLE  HOTEL 

Warmoostraat,  Amsterdam 


AMSTEL  HOTEL 


Amsterdam 


DOELEN  HOTEL, 

Hôtel  de  i'^'^  ordre 


Amsterdam 


AMERICAN   HOTEL 


Amsterdam 


HOTEL  WEBER,  i^r  rang 

Cologne  sur  le  Rhin. 

Pension  Grand-Hôtel  SCHOMBARDT 

(Dépendance  de  l'hôtel  Golden  Stem) 
Grand  jardin  au  bord  du  Rhin  Bonn  sur  le  Rhin 

HOTEL  BREIDENBACHER  HOF 

i^""  rang  Dusseldorf 


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40«  ANNÉE.  —  Numéro  41. 


7  Octobre  1894. 


RICHTERIANA 


L  y  a  quelque  temps  déjà,  je  vous 
ai  communiqué  de  très  intéres- 
sants souvenirs  de  Hans  Richter 
relatifs  à  son  séjour  chezWagner, 
à  l'époque  où,  comme  copiste,  il  eut  l'hon- 
neur d'aider  le  maître  pendant  la  composi- 
tion des  Maîtres  Chanteurs  (i). 

Tout  récemment,  me  promenant  avec  le 
grand  capellmeister  sous  les  ombrages  du 
parc  de  X..,  près  de  Londres,  la  con- 
versation tomba  sur  le  métier  et  la  carrière 
de  chef  d'orchestre.  Il  n'en  fallut  pas  davan- 
tage pour  évoquer  dans  la  mémoire  de 
Hans  Richter  tout  un  ensemble  de  ré- 
flexions sur  l'art  de  diriger,  de  souvenirs 
personnels,  d'aperçus  sur  quelques  grands 
noms  de  Tart  contemporain  et, en  général, 
sur  les  conditions  actuelles  de  la  musique, 
qu'il  m'a  paru  intéressant  de  consigner  par 
écrit.  Simple  conversation  à  bâtons  rom- 
pus, mais  qui  vaut  par  la  personnalité  de 
mon  interlocuteur,  le  causeur  le  plus 
charmant  qui  soit,  plein  d'imprévu,  de 
saillies  pittoresques,  de  boutades  dont  la 
vivacité  est  corrigée  par  la  sincérité  et  je 
dirai  l'honnêteté  de  ses  convictions. 

Il  m'a  été  donné,  ces  jours-ci,  d'assister 
aux  répétitions  qui  ont  eu  lieu  à  Londres 
pour  le  grand  festival  de  Birmingham,  avec 
un  orchestre  de  cent  vingt-huit  musiciens, 
et  d'observer  ainsi  le  maître  à  l'ouvrage  et, 
pour  ainsi    dire,    dans    l'intimité    de    son 

(i)  Hans  Richler  et  Richard  Wagner,  dans  le  Guide 
Musical  du  5  mars  iSgS. 


travail.  Durant  quatre  jours,  on  a  répété, 
pendant  quatre,  cinq  et  même  six  heures 
par  jour,  des  oeuvres  d'auteurs  divers  et 
des  styles  les  plus  divergents.  On  ne  peut 
imaginer  rien  de  plus  intéressant  et  de  plus 
instructif  que  ces  répétitions;  elles  vous 
livrent,  en  quelque  sorte,  l'explication  de  la 
grande  supériorité  de  Hans  Richter  comme 
chef  d'orchestre  sur  tous  ses  collègues.  Il 
montre  une  énergie  inébranlable,  jointe  à 
une  finesse  de  sentiment  et  à  une  certaine 
bonhomie  qui  soutient  constamment  la 
bonne  volonté  des  musiciens  et  lui  assure 
leur  dévouement  le  plus  complet.  II  est 
exigeant  au  plus  haut  degré  et  ne  cède 
pas  avant  que  l'effet  voulu  par  lui  soit 
obtenu,  même  dans  les  moindres  détails  ; 
mais  il  ne  devient  jamais  ni  pédant,  ni 
mesquin.  Ses  efforts  tendent  toujours  à 
atteindre  la  précision  la  plus  parfaite,  l'ex- 
pression la  plus  juste  et  la  plus  sincère,  et 
la  clarté  la  plus  nette.  Son  premier  soin 
est  de  mettre  en  évidence  la  mélodie,  quelle 
que  soit  la  partie  où  elle  se  trouve  ou  l'ins- 
trument auquel  elle  est  confiée.  Il  obtient 
les  meilleurs  résultats  par  le  chant.  Il 
chante,  avec  une  pureté  d'intonation  et  une 
justesse  d'expression  inouïes,  à  chaque  ins- 
trument, quel  qu'il  soit,  du  premier  violon 
jusqu'à  l'ophicléide,  son  entrée,  son  motif, 
une  phrase,  une  accentuation,  et  cela  même 
dans  des  oeuvres  telles  que  la  neuvième 
symphonie  de  Beethoven  et  autres,  qu'il 
dirige  par  cœur,  même  aux  répétitions. 

«  Avez-vous  jamais  été  chanteur  de  pro- 
fession »,  lui  demandai-je,  «  car,  à  juger  par 
la  façon  dont  je  viens  de  vous  entendre 
manier  votre  voix  à  la  répétition,  cela  me 
paraît  presque  évident  ?»  —  «  Certaine- 
ment», répondit-il,  «vous  savez  bien  que 
j'ai  remplacé,  un  jour,  à  Munich,  à  une 
représentation  des  Maîtres  Chanteurs,  un 
Kothner  tombé  malade  à  la  dernière  minute! 


756 


LE  GUIDE  MV SIC  AL 


Mais,  pour  parler  sérieusement,  je  vous 
assure  qu'un  chef  d'orchestre  qui  n'est  pas 
capable  de  chanter  ne  vaut  pas  grand' 
chose.  Le  chant  est,  après  tout,  la  base  et 
le  modèle  de  tout  art  instrumental,  et  j'ob- 
tiens de  l'orchestre  l'expression  voulue, 
uniquement  en  lui  chantant  les  exemples. 
Ainsi,  voilà  mon  excellent  collègue  X...  qui 
n'agit  pas  de  la  sorte.  Et  quelles  en  sont  les 
conséquences?  J'ai  assisté,  l'autre  jour,  à 
une  représentation  de  Tristan  et  Iseult,  au 
théâtre  de  Y...,  sous  sa  direction.  Dès 
l'introduction,  la  manière  de  prendre  le 
motif  de  Tristan  me  donna  l'impression 
qu'il  était  joué  seulement  par  des  violoncel- 
listes mariés.  On  eût  dit  un  tas  de  Tristans 
ayant  passé  tranquillement  par  la  mairie! 

»  Tout  récemment,  à  une  répétition,  un 
musicien  dirigeant  une  nouvelle  ouverture 
de  sa  composition  la  faisait  jouer  d'un 
bout  à  l'autre  sans  s'arrêter  ni  corriger 
quoi  que  ce  soit  ;  puis,  arrivé  à  la  fin,  il 
disait  :  (i  Messieurs,  encore  une  fois  le 
»  tout  !  »  —  C'est  là  une  pratique  tout  à  fait 
erronée,  car  rien  n'ennuie  autant  les  exécu- 
tants. Il  faut  interrompre  dès  qu'une  faute 
se  produit.  Je  puis  leur  faire  répéter  six 
fois  un  même  passage,  corriger,  nuancer, 
polir  autant  que  je  veux,  et  me  conserver, 
malgré  cela,  toute  leur  bonne  volonté  et 
leur  bonne  humeur.  Ils  sentent  qu'ils 
apprennent  de  cette  façon  et  y  trouvent 
leur  profit,  ce  qui  n'a  pas  lieu  dans  ces  répé- 
titions «  en  gros  »,  non  motivées. 

)i  Du  reste,  c'est  une  chose  étrange  que 
l'idée  qu'on  se  fait  de  l'art  de  diriger.  Je 
connais  des  chefs  d'orchestre  qui  travaillent 
pour  eux  devant  un  miroir!  Si  j'étais  un 
homme  sans  conscience,  j'aurais  déjà  pu 
amasser  une  fortune  en  Angleterre,  car,  à 
chaque  séjour  ici,  je  reçois  quantité  de 
demandes  de  gens  qui  veulent  apprendre 
de  moi,  en  quelques  semaines  et  à  n'importe 
quel  prix,  l'art  de  diriger.  On  m'a  encore 
demandé,  ces  jours-ci,  mon  avis  au  sujet 
d'un  jeune  Anglais  d'un  esprit  bien  cultivé, 
doué  d'ailleurs  des  dispositions  les  plus 
heureuses  pour  l'art,  qui  vient  de  prendre 
une  grande  résolution  :  celle  de  se  consa- 
crer à  la  musique  et  d'embrasser  la  carrière 
de    chef    d'orchestre     après    n'avoir    été 


jusqu'à  l'âge  de  vingt-quatre  ans  qu'un 
dilettante. 

»  Ah!  s'il  pouvait  abandonner  ce  projet! 
cela  ne  peut  le  conduire  à  rien;  il  a  com- 
mencé beaucoup  trop  tard.  S'il  savait  par 
où  j'ai  dû  passer,  moi  !  Voilà  plus  de 
quarante-quatre  ans  que  j'ai  débuté  à  l'or- 
chestre; ce  fut  à  l'occasion  d'une  exécution 
solennelle  de  la  messe  dite  des  Timbales,  de 
Haydn,  à  la  cathédrale  de  Raab,  en  Hon- 
grie. Mon  père  était  maître  de  chapelle; 
on  m'avait  confié  la  partie  des  timbales. 
C'était  en  i85o.  J'avais  sept  ans  !  Dès  avant 
l'âge  de  dix  ans,  j'étais  à  même  de  tenir 
l'orgue  à  l'église  pendant  les  offices,  et  je 
me  rappelle  encore  que,  pour  me  permettre 
d'atteindre  les  pédales,  il  avait  fallu  suré- 
lever celles-ci  au  moyen  de  petits  bancs 
en  bois.  A  la  mort  de  mon  père,  en  i853, 
je  vins  à  Vienne,  où,  indépendamment  de 
mes  études  à  l'école  de  la  Lœwenburg,  je 
fis  partie,  pendant  des  années,  du  chœur  de 
la  chapelle  impériale. 

»  Plus  tard,  j'entrai  au  Conservatoire, 
pour  y  continuer  mes  études,  et,  pendant 
assez  longtemps,  je  jouai  le  premier  cor  à 
l'orchestre  du  théâtre  de  la  Porte-de-Carin- 
thie.  En  1866  seulement,  je  fus  nommé  à  la 
place  de  chef  d'orchestre  dans  un  petit 
théâtre  de  province,  dans  l'Allemagne  du 
Nord.  Presque  en  même  temps,  me  parve- 
nait l'offre  d'aller  chez  Richard  Wagner. 
Il  avait  donné  commission  à  un  ami  de 
Vienne  de  lui  découvrir  un  jeune  musicien 
qui  pût  lui  servir  en  même  temps  de  copiste 
et  de  secrétaire,  et  dont  la.  discrétion  serait 
sûre.  Dans  la  perplexité  où  je  me  trouvais 
en  présence  de  ces  deux  offres,  je  m'adres- 
sai à  mon  chef,  le  vieux  capellmeister 
Esser,  en  qui,  —  malgré  son  antipathie 
prononcée  contre  Wagner,  —  j'avais  la 
plus  absolue  confiance,  à  cause  de  son 
irréductible  sincérité  :  «  Mon  jeune  ami 
me  dit-il,  vous  savez  que  je  n'ai  aucune 
»  sympathie  ni  aucune  compréhension  pour 
»  les  tendances  de  Richard  Wagner  ;  mais 
»  c'est  un  homme  de  tout  premier  ordre, 
»  chez  lequel  un  jeune  musicien  tel  que  vous 
»  aura  l'occasion  de  beaucoup  observer  et 
»  d'apprendre  justement  ce  qui  pourra  lui 
»  être  utile  pour  le  reste  de  sa  vie.  Lâchez 


LE  GUIDE  MUSICAL 


757 


»  donc  votre    place    de   capellmeister    et 
»  allez  chez  Wagner  !  n 

»  Lorsqu'en  1868  je  fus  nommé  à  la  place 
de  chef  d'orchestre  du  théâtre  de  Munich, 
j'étais  en  mesure  de  jouer  de  tous  les 
instruments  de  l'orchestre,  sauf  deux  :  la 
harpe  et  le  hautbois;  j'en  appris  le  méca- 
nisme avant  d'entrer  en  fonctions.  La 
même  année,  je  jouai,  avec  Hans  de  Bulow 
qui  donnait,  à  ce  moment,  des  concerts 
dans  l'Allemagne  du  Sud,  la  partie  de  cor 
du  trio  de  Brahms  (pour  cor,  violon  et 
piano,  op.  40). 

»  Lors  de  mon  second  séjour  chez  Wag- 
ner, en  1870-71,  à  l'époque  où  il  travaillait 
au  troisième  acte  de  Siegfried  et  revoyait 
les  deux  premiers,  j'entrepris  de  nouveau 
la  mise  au  net  de  la  partition,  comme  j'avais 
fait  en  1866-67  pour  les  M eister singer. 

»  Vous  vous  étonnez  qu'après  avoir  oc- 
cupé une  situation  officielle  considérable, 
en  somme,  j'aie  pu  me  résoudre  à  me  con- 
sacrer à  une  besogne  de  ce  genre.  Eh  bien, 
je  vous  assure  que  si  Wagner  vivait  encore, 
je  recommencerais  demain.  Les  choses  que 
j'ai  apprises  dans  mon  commerce  quotidien 
et  intime  avec  le  maître,  les  souvenirs  qui 
me  sont  restés,  pour  rien  au  monde  je  ne 
voudrais  les  céder.  A  cette  époque,  dans  la 
villa  de  Triebschen,il  y  avait  régulièrement, 
le  dimanche  matin,  des  exécutions  de  qua- 
tuor où,  de  préférence,  on  jouait  les  der- 
niers quatuors  de  Beethoven.  Des  amis  et 
des  étrangers,  venus  de  près  ou  de  loin, 
assistaient  à  ces  matinées.  Les  répétitions 
avaient  lieu  la  veille,  le  samedi,  sous  la 
direction  de  Wagner  lui-même,  et  il  nous 
donnait  les  indications  les  plus  minutieuses 
jusqu'à  ce  que  nous  eussions  réalisé  le 
style  et  les  effets  qu'il  voulait.  Je  jouais 
l'alto  dans  ce  quatuor,  dont  les  autres  exé- 
cutants étaient  d'excellents  artistes  de  Bâle 
et  de  Zurich,  qui  faisaient  chaque  fois  le 
voyage  de  Triebschen,  en  vue  de  ces  con- 
certs intimes. 

»  Pour  en  revenir  au  jeune  Anglais  dont 
nous  parlions  tout  à  l'heure,  ce  que  je  viens 
de  vous  raconter  vous  prouve  quels  avan- 
tages et  quelles  circonstances  extraordi- 
naires ont  présidé  au  développement  de 
ma  carrière;    et   cependant  je   puis  vous 


k 


assurer  qu'après  avoir  été,  à  vingt-cinq 
ans,  chef  d'orchestre  à  Munich,  j'ai  dû 
me  livrer  à  un  travail  opiniâtre,  n'épargner 
ni  luttes  ni  efforts  pour  apprendre  mon 
métier.  Hans  de  Bulow,  cet  homme  si 
extraordinairement  doué  sous  tous  les 
rapports  et  surtout  au  point  de  vue  de  la 
volonté  et  de  la  mémoire,  alors  qu'il  était 
déjà  à  l'apogée  de  sa  gloire,  me  disait  un 
jour  qu'il  m'enviait  l'indépendance  dans  la 
direction  de  l'orchestre  que  je  devais  à  ma 
longue  expérience  et  à  ma  possession  du 
mécanisme  de  tous  les  instruments.  Et  il 
ajoutait  que,  tous  les  jours,  il  travaillait  à 
compléter  ses  connaissances  sous  ce  rap- 
port. Moi  aussi,  j'apprends  encore  chaque 
jour  des  choses  que  j'ignorais,  bien  que  j'aie 
vingt-cinq  ans  de  direction.  Croyez-moi,  on 
ne  s'improvise  pas  chef  d'orchestre. 

»  La  période  de  ma  vie  où  j'ai  le  plus  tra- 
vaillé, c'a  été  pendant  les  deux  mois  qui 
furent  consacrés,  en  1876,  aux  répétitions 
de  Y  Anneau  du  Nibelung,  à  Bayreuth.  Tous 
les  matins,  je  répétais  pendant  quatre  ou 
cinq  heures  avec  rorchestre,et  j'en  faisais 
autant,  l'après-midi,  au  piano,  avec  les 
chanteurs.  La  musique,  pour  les  uns  et  les 
autres,  était  une  nouveauté  absolue,  si  bien 
que  l'apprendre  était  une  difficulté  énorme: 
particulièrement  en  ce  qui  concerne  l'or- 
chestre. Il  avait  été  recruté  en  majeure 
partie  à  Meiningen.  Bien  qu'il  y  eût  des 
éléments  exceptionnels,  cet  orchestre  igno- 
rait complètement  ce  qu'est  la  musique 
dramatique,  et  plus  d'une  fois  je  désespérai 
de  la  réussite  de  l'entreprise.  Chose  cu- 
rieuse, Wagner  ne  s'occupa  jamais  des 
répétitions  d'orchestre,  il  ne  s'intéressait 
qu'à  la  mise  en  scène  et  à  la  régie.  Pour 
la  musique,  il  s'en  était  remis  complètement 
à  moi.  C'était,  du  reste,  un  trait  de  carac- 
tère curieux  chez  lui  que  lorsqu'il  s'agissait 
d'exécuter  des  œuvres  d'autres  maîtres,  il 
était  extraordinairement  rigoureux,  n'épar- 
gnant aucune  peine,  allant  quelquefois 
jusqu'à  la  minutie  la  plus  pénible  pour 
obtenir  une  exécution  parfaite,  tandis  que 
pour  ses  propres  œuvres,  il  se  disait 
satisfait  dès  que  la  chose  marchait  à  peu 
près.  Il  ne  faisait  que  de  courtes  observa- 
tions et  rarement  demandait  une  seconde 


758 


LIû  GUIDE  MUSICAL 


exécution.  J'ai  toujours  eu  l'impression 
qu'en  ce  qui  concerne  ses  œuvres,  la  sono- 
rité, la  réalisation  en  soi  lui  suffisait;  il  était 
indifférent  pour  lui-même  à  la  façon  dont 
l'orchestre  interprétait  ses  compositions. 

»  Vous  me  demandez  ce  que  je  pense  de 
Liszt  comme  compositeur  ? 

»  Je  confesse  sans  détour  que  je  ne  le 
range  point  parmi  les  «  grands  maîtres  » .  Et 
cependant,  bien  que  je  ne  me  dissimule 
nullement  les  faiblesses  et  les  insuffisances 
de  ses  créations,  je  m'irrite  souvent  de  la 
façon  cavalière  et  dédaigneuse  dont  parlent 
de  lui  un  grand  nombre  de  musiciens  et 
une  partie  du  public.  J'avoue  que  déjà  par 
reconnaissance  pour  tout  ce  qu'il  a  été  à 
l'égard  de  Wagner,  par  admiration  pour 
sa  grandeur  d'àme  et  pour  la  noblesse  de 
nature  qu'il  a  révélée  dans  ses  relations 
avec  l'autre,  je  joue  ses  œuvres  et  je  fais 
tout  ce  qui  est  en  mon  pouvoir  pour  les 
empêcher  de  tomber  dans  l'oubli.  Ne  sont- 
elles  pas  meilleures  que  la  plupart  des 
compositions  nouvelles  qui  éclosent  de  nos 
jours,  et  ne  portent-elles  pas  du  moins  la 
marque  d'une  personnalité?  Et  d'ailleurs, 
comment  refuser  à  Liszt  le  mérite  d'avoir 
créé  une  nouvelle  forme,  la  rapsodie, 
d'avoir  été  un  ingénieux  et  habile  orches- 
trateur,  d'avoir  été  l'initiateur  d'une  tech- 
nique nouvelle  du  piano,  qui  domine  encore 
aujourd'hui  toute  la  musique  concertante? 
»  C'est,  du  reste,  une  chose  singulière  que 
l'opinion  publique  en  matière  musicale. 
Autrefois,  elle  était  faite  par  les  critiques 
des  journaux;  aujourd'hui,  ce  sont  les  édi- 
teurs et  leur  réclame  qui  la  forment.  L'in- 
fluence de  ces  messieurs  s'est  développée 
vraiment  d'une  façon  exagérée.  Ils  domi- 
nent la  presse,  le  public,  le  monde  de  la 
finance,  voire  la  politique.  Voyez,  par 
exemple,  l'histoire  de  Cavalleria  rusticana! 
Voilà  un  ouvrage  qui,  certes,  ferait  honneur 
à  son  auteur,  si  on  le  considérait  comme  le 
travail  d'un  élève  de  conservatoire.  Seule- 
ment, les  faiblesses  de  l'écriture,  les  mala- 
dresses, le  manque  d'originalité  y  sont 
encore  trop  sensibles  pour  que,  sérieuse- 
ment, on  puisse  le  considérer  comme  une 
œuvre  d'art.  Eh  bien,  que  s'est-il  passé? 
Grâce  au  tapage  de  la  réclame,  cet  opéra  a 


passé  d'Italie  en  Autriche  et  en  Allemagne, 
et  partout  le  public  allemand  l'accueille 
avec  des  transports  d'enthousiasme  sans 
se  souvenir  un  seul  instant  de  ses  Mozart, 
ses  Beethoven,  ses  Weber,  ses  Spohr,  ses 
Wagner,  de  tant  de  maîtres  et  d'œuvres 
parfaites  que  possède  sa  scène  lyrique.  Et  il 
s'y  complaît,  il  va  répétant  avec  satisfaction 
les  phrases  vides  que  les  malins  éditeurs 
lui  font  servir  par  la  presse  quotidienne  : 
«  Une  nouvelle  ère  s'ouvre,  la  mélodie  va 
»  revenir  en  honneur  et  reprendre  ses 
»  droits;  il  ne  faut  plus  d'idéalisme  fade, 
»  nous  voulons  le  réalisme  à  la  scène,  la 
»  vérité  toute  nue  et  saisissante,  le 
»  vérisme,  en  un  mot.  »  Le  plus  plaisant, 
c'est  qu'au  moment  où  le  culte  de  Mas- 
cagni  dominait  à  Vienne,  on  n'a  pas  été 
peu  étonné,  dans  les  cercles  politiques,  de 
voir  qu'un  journal  de  Trieste,  jusqu'alors 
violemment  hostile  à  tout  ce  que  faisait  le 
gouvernement  autrichien,  modérait  tout  à 
coup  le  ton  de  ses  articles  et  devenait 
presque  bienveillant.  Cela  ne  devait  pas 
durer  longtemps.  Dès  le  jour  où  la  vogue 
de  Mascagni  commença  à  baisser  et  où 
les  représentations  de  Cavalleria  à  l'Opéra- 
Impérial  diminuèrent,  on  vit  reparaître, 
dans  le  même  journal  de  Trieste,  les  invec- 
tives dont  se  compose  la  polémique  des 
irrédentistes.  Au  lieu  de  :  «  Cherchez  la 
femme  »,  il  faut  dire" aujourd'hui  :  «  Cher- 
chez l'éditeur  » . 

»  Ce  n'est  pas  seulement  en  matière  de 
musique  d'opéra,  mais  dans  toute  la  mu- 
sique, que  cet  odieux  régime  exerce  sa 
néfaste  influence. 

»  Voici,  par  exemple,  le  célèbre  composi- 
teur A...,  dont  les  pièces  de  musique  de 
chambre,  les  symphonies  et  les  oratorios 
ont  acquis  quelque  célébrité,  en  Allemagne 
et  ailleurs,  dans  ces  dernières  années,  et 
cela  grâce  aux  articles  modèles  du  célèbre 
critique  B...,  feuilletonniste  de  la  Gazette  de 
X...Ce  critique  nous  a  prévenus  que  le  com- 
positeur A. . .  est  un  «  nouveau  chaînon  »  de  la 
série  des  grands  maîtres  de  la  musique,  et 
il  nous  a  assuré  qu'aussi  longtemps  qu'il  y 
aurait  de  tels  hommes,  s'appuyant  sur  les 
traditions  classiques  et  capables  de  nous 
donner  des  œuvres  aussi  originales  et  aussi 


LE  GUIDE  MUSICAL 


759 


vastes,  nous  n'aurions  aucune  inquiétude  à 
concevoir  quant  à  l'avenir  de  l'art. 

Il  Seulement,  le  critique  B  ..  n'est  pas  que 
critique,  il  est  aussi  l'ami  du  célèbre  éditeur 
C...,  chez  lequel  ont  paru  toutes  les  oeuvres 
d'A...,  jusqu'à  l'opus  5y.  Or,  le  hasard  veut 
qu'un  jour,  pour  une  cause  ou  une  autre, 
le  compositeur  A...  lâche  son  éditeur  C..., 
et  s'entend  avec  un  autre  éditeur. Qu'arrive- 
t-il  alors  ?  C'est  que,  dans  la  Gazette  deX..., 
les  éloges  dont  le  célèbre  critique  B. . .  acca- 
blait jusqu'alors  quotidiennement  le  com- 
positeur A...  se  changent  en  leur  contraire. 
On  apprend  tout  à  coup  que  les  composi- 
tions du  célèbre  A...  ont  le  défaut  général 
des  œuvres  actuelles  ;  qu'après  avoir  donné 
jusqu'à  l'opus  57  ce  qu'il  avait  de  plus 
élevé  et  de  plus  fort  en  lui,  qu'après  avoir 
produit  toute  une  série  d'œuvres  qui  auto- 
risaient les  plus  hautes  espérances,  le 
malheureux  compositeur  a  singulièrement 
faibli  ;  cet  affaiblissement  est  sensible  jus- 
tement depuis  son  opus  58.  L'excellent  cri- 
tique B... finira  inême  par  nous  affirmer  que 
les  dernières  compositions  d'A...  prouvent 
clairement  qu'il  n'a  plus  rien  à  nous  dire, 
et  qu'elles  ne  valent  pas  le  diable  ! 

I)  Voilà,  ajouta  Hans  Richter,  où  nous  en 
sommes  actuellement  !  » 

La  boutade  est  plaisante.  Je  me  garderai 
d'y  rien  ajouter.  Je  veux  laisser  à  vos  lec- 
teurs le  soin  de  tirer  les  conclusions,  de 
démêler  les  causes  et  les  effets,  de  résoudre 
en  y  réfléchissant  les  problèmes  physiques 
et  métaphysiques  que  soulèvent  ces  confi- 
dences. 

Je  profitai  de  l'occasion  pour  questionner 
de  nouveau  Richter  au  sujet  du  piquant 
incident  entre  Wagner  et  Nietzsche,  qu'il 
m'avait  précédemment  raconté  et  que  j'ai 
rapporté  dans  le  Guide  Musical  du  5  mars 
i8g3.  Cet  incident  ne  remonte  pas,  comme 
j'avais  cru  le  comprendre,  à  1866-67,  mais 
se  passa  lors  du  second  séjour  de  Richter 
à  Triebschen-,  donc  en  1870-71.  C'est  la 
seule  inexactitude  de  mon  récit,  dont  Rich- 
ter m'a  confirmé  de  nouveau  tous  les  détails 
de  la  façon  la  plus  positive.  Les  polémiques 
très  vives  que  ce  récit  suscita  dans  les 
journaux  allemands  sont  donc  sans  objet  et 
tout  à  fait  déplacées.  E.  S. 


DEUX   NOUVEAUX   FRAGMENTS 
DE   MUSIQUE  GRECQUE 


la  dernière  séance  de  l'Académie 
des  inscriptions  et  belles-lettres  de 
France,  le  secrétaire  perpétuel  a 
donné  communication  d'une  lettre  de  M.Ho- 
molle,  directeur  de  l'Ecole  d'Athènes,  où 
Ion  trouve  d'intéressants  détails  sur  les 
nouveaux  fragments  de  musique  grecque 
découverts  à  Delphes,  au  cours  des  fouilles 
sur  l'emplacement  de  l'ancien  Trésor  des 
Athéniens.  Il  s'agit  encore  une  fois  de  deux 
Hymnes  à  Apollon,  gravés  sur  des  tables  de 
marbre  et  dont  l'un  est  accompagné  d'une 
notation  spéciale  pour  l'accompagnement. 
Voici  les  renseignements  que  M.  Ho- 
molle  communique  à  ce  propos  à  l'Aca- 
démie : 

Les  deux  inscriptions  ont  été  copiées  d'abord  à 
mesure  que  les  fragments  sortaient  de  terre,  par 
M.  Bousquet,  membre  de  l'Ecole;  je  les  ai  ensuite 
soumises  à  une  revision,  qui  m'a  surtout  montré 
l'excellence  de  la  copie,  et  je  les  ai  récomposées 
en  rapprochant  les  morceaux  et  les  replaçant 
chacun  à  sa  place. 

L'inscription  musicale  provient  du  Trésor  des 
Athéniens,  comme  l'hymne  dont  nous  avions 
adressé,  l'an  passé,  la  copie  à  M.  Weil  et  qu'il 
a  restitué,  avec  le  concours  de  M,  Th.  Reinach. 
A  la  diiïérence  de  l'hymne,  elle  porte  les  signes 
de  l&notaiion  instrumentale.  Elle  est  gravée  en  deux 
colonnes,  sur  une  plaque  de  marbre  haute  de 
om6i  et  large  de  plus  de  o"8o.  Cette  disposition 
diminue  de  beaucoup  la  gravité  des  lacunes,  qui 
se  trouvent  réduites  à  quelques  lettres  par  ligne, 
et  qui  sont  encore  atténuées  par  ce  fait  qu'on  a 
souvent  le  commencemeut  et  la  fin  des  lignes,  et, 
enfin,  par  cette  particularité  que  les  divisions  de 
la  poésie  sont  marquées  par  des  traits  de  sépara- 
tion ou  par  des  alinéas.  Je  crois  donc  que  les  res- 
titutions pourraient  approcher  de  très  près  la  cer- 
titude. 

La  poésie,  comme  celle  qui  a  été  publiée  H  an 
passé,  n'a  pas  grande  originalité  ;  c'est  le  dévelop- 
pement d'un  thème  connu,  la  naissance  d'Apollon 
dans  l'île  de  Délos,  sa  venue  à  Delphes,  sa  victoire 


760 


LE  GUIDE  MUSICAL 


sur  le  serpent  :  Dionysos,  selon  la  tradition  del- 
phienne,  est  associé  à  Apollon. 

Le  morceau  finit  par  un  couplet  de  circonstance, 
une  prière  pour  la  ville  d'Athènes  et  pour  les  Ro- 
mains, nouvelle  preuve,  après  celle  qu'avait 
donnée  M.  Comte,  que  le  monument  n'est  pas  du 
troisième  siècle,  comme  l'avaient  cru  les  premiers 
éditeurs,  mais  du  second,  sans  doute  même  de  la 
fin  de  ce  siècle.  C'est,  d'ailleurs,  en  ce  temps  que 
furent  gravées  sur  les  parois  du  Trésor  des  Athé- 
niens la  grande  majorité  des  inscriptions  qu'il 
porte. 

La  copie  des  signes  musicaux  est  difficile,  à 
cause  de  la  très  grande  ressemblance  qu'ils  ont 
entre  eux  ;  j'en  ai  fait,  après  la  lecture  de  M.Bous- 
quet, plusieurs  lectures  et  plusieurs  collations, 
j'espère  ainsi  avoir  évité  de  mon  mieux  les  erreurs 
et  les  confusions. 

Le  morceau  complet  a  42  lignes. 

Le  Péan  qui  a  été  retrouvé  près  du  temple  d'A- 
pollon, sur  un  marbre  employé  comme  plaque  de 
dallage, est  plus  étendu;  il  est  aussi  d'une  antiquité 
plus  respectable. 

Le  nom  du  poète,  qui  était  originaire  de  Scar- 
phée,en  Locride,  nous  échappe  malheureusement 
mais  la  date  est  bien  établie  par  l'écriture,  qui  est 
Proxidén  et  du  quatrième  siècle,  mieux  encore  par 
le  nom  de  l'archonte  connu  par  des  inscriptions 
voisines  de  840  ans  avant  Jésus-Christ. 

La  poésie  occupe  deux  colonnes  de  46  lignes 
chacune,  à  trente  lettres  au  moins  par  ligne;  18  li- 
gnes manquent  absolument;  pour  le  reste,  la  con- 
servation ordinaire  des  deux  bouts  des  lignes,  le 
nombre  fixe  des  lettres,  les  refrains  qui  marquent 
la  clôture  de  chaque  membre  poétique  faciliteront 
la  restitution,  ou  du  moins  lui  donneront  un  carac- 
tère mieux  assuré  de  certitude. 


LETTRES  DE  RICHARD  WAGNER 

A 

AUGUSTE  RŒCKEL 

(Traduites    par    M.    Kufferath) 
(Suite.  —  Voir  les  nos  33,  39  et  40). 

^^ 

IV 

Zurich,  25  janvier  1894. 

Comment  il  s'est  fait  que  j'ai  laissé  sans 
réponse  ta  dernière  lettre  pendant  quatre  mois, 
je  me    l'explique    parfaitement    à    moi-même, 


mais  il  me  sera  difficile  de  te  le  faire  compren- 
dre à  toi,  très  cher  ami  !  La  cause  première 
est,  en  tous  cas,  la  haute  portée  de  ce  que  tu 
m'as  écrit.  Te  répondre  sur  le  même  ton,  cela 
ne  dépendait  pas  seulement  de  mon  bon  vou- 
loir, mais  encore  de  mon  pouvoir.  Pendant 
tout  l'été  passé,  j'ai  été  très  peu  tranquille. 
Liszt  m'a  rendu  visite  pendant  le  mois  de 
juillet;  ensuite  j'ai  fait  un  séjour  dans  une 
station  balnéaire,  à  Saint-Moritz,  dans  les  Gri- 
sons (six  mille  pieds  au-dessus  de  la  mer)  ;  à  la 
fin  d'août,  je  suis  parti  pour  l'Italie,  —  du 
moins  pour  la  partie  qui  m'en  est  ouverte  (j)  : 
Turin,  Gênes,  La  Spezzia  ;  puis  j'ai  voulu  voir 
Nice  pour  m'y  arrêter  quelque  temps;  mais  là, 
dans  ce  monde  étranger,  ma  solitude  m'est 
apparue  si  épouvantable  que  je  tombai  subite- 
ment, —  en  raison  aussi  d'un  malaise  corporel, 
—  dans  une  mélancolie  si  profonde  que  je  n'eus 
pas  assez  de  hâte  de  rentrer  chez  moi,  en  passant 
par  le  lac  Majeur  et  le  Gothard.  Là,  tandis  que  je 
revenais  à  moi,  ta  lettre  m'est  arrivée  :  mais,  en 
même  temps, je  recevais  une  invitation  de  Liszt 
à  un  rendez-vous  à  Paris,  où  je  passai  tout  le  mois 
d'octobre,  —  ce  qui  a  fourni  aux  journaux  l'oc- 
casion de  nous  attribuer  à  Liszt  et  à  moi,  l'in- 
tention de  faire  jouer  un  de  mes  opéras  à  Paris. 
Dans  ce  tumulte,  je  n'aurais  pu  répondre  à  ta 
lettre;  je  voulais  le  faire  aussitôt  mou  retour  à 
Zurich.  Mais,  rentré  ici,  je  fus  si  violemment 
envahi  par  le  désir  de  commencer,  enfin,  la 
composition  musicale  de  l'Or  du  Rhin  (2) 
qu'il  m'a  été  impossible,  dans  ces  dispositions, 
de  répondre  à  tes  critiques  de  mon  poème  : 
ça  ne  venait  pas,  je  n'aurais  pas  pu!  Au  con- 
traire, avec  passion,  je  me  jetai,  —  après  six 
ans  d'interruption  absolue,  —  sur  la  musique, 
si  bien  qu'à  la  fin,  je  me  proposai  de  ne  pas 
t'écrire  avant  d'avoir  terminé  la  composition 
de  l'Or  du  Rhm.  Eh  bien,  j'en  suis  là  mainte- 
nant; — et  je  comprends  seulement  aujourd'hui 
mon  aversion  à  t'écrire  plus  tôt  ;  car  main- 
tenant, —  que  la  composition  est  achevée,  — 
je  suis  autrement  armé  pour  te  répondre,  c'est- 
à-dire,  pour  ne  rien  répondre,  en  somme,  à 
tes  critiques,  ce  qui  me  semble  être  plus  rai- 


(i)  En  raison  de  son  exil  de  Saxe,  l'Autriche,  et  par 
conséquent,  les  provinces  italiennes  encore  soumises,  à 
cette  époque,  à  la  domination  autrichienne  lui  étaient 
interdites. 

(2)  Prologue  des  Nibehmgm. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


761 


sonnable,  car  tu  as  parfaitement  raison  de  cri- 
tiquer, mais  j'ai  raison  moi  de  faire  l'œuvre 
et  de  l'achever  comme  je  peux.  Ainsi,  je  ne 
discuterai  pas  avec  toi,  mais  nous  allons 
cependant  causer  un  peu  de  la  chose  ! 

Laisse-moi  toutefois  te  dire  avant  tout,  en 
ce  qui  regarde  ma  présente  lettre,  que  tu  m'as 
fait  un  cadeau  qui  m'a  réjoui  profondément  en 
me  donnant  des  nouvelles  de  toi  et  de  ta  santé. 
Je  répéterai  que,  dans  ta  situation,  tu  me  parais 
presque  plus  heureux  que  moi  dans  la  mienne. 
Chaque  ligne  de  ta  lettre  témoigne  presque  de 
ta  bonne  santé,  à  propos  de  quoi  je  t'exprime 
ma  joyeuse  admiration!  D'autre  part,  le  fait 
que  tu  as  été  autorisé  à  m'écrire  une  lettre  de 
cinq  feuilles  indique  une  amélioration  de  ta 
situation  personnelle  (i)  qui  me  tient  particuliè- 
rement à  cœur,  bien  que  je  doive  confesser  que 
je  m'imagine  des  circonstances  dans  lesquelles  je 
renoncerais  à  tout  allégement  de  l'existence  sans 
éprouver  le  moindre  regret  au  sujet  de  ce  que 
j'abondonne.  Au-dessus  de  tout,  il  n'y  a  qu'une 
chose  :  la  liberté  !  Seulement,  qu'est-ce  que  la 
liberté?  Est-ce,  —  comme  le  croient  nos  politi- 
ciens, —  le  libre  arbitre?  Oh,  que  non!  La 
liberté  :  c'est  la  Véracité  (2).  Celui  qui  est  vrai, 
c'est-à-dire  celui  qui  se  trouve  conforme  en  tout, 
harmonieusement,  à  sa  nature,  celui-là  est  libre; 
la  contrainte  extérieure  n'est  efficace  (selon  le 
but  qu'elle  se  propose)  que  si  elle  tue  la  sincé- 
rité dans  celui  qui  la  subit,  quand  elle  le  rend 
hypocrite,  qu'elle  le  conduit  à  vouloir  faire 
croire  aux  autres  et  à  soi-même  qu'il  est  autre 
qu'il  n'est.  Voilà  le  véritable  esclavage  !  IVIais, 
en  subissant  la  contrainte,  on  n'en  vient  pas 
là  nécessairement,  et  celui  qui  sait,  —  même 
sous  la  contrainte,  —  sauvegarder  sa  sincérité, 
celui-là,  au  fond,  sauvegarde  aussi  sa  liberté  ; 
tout  au  moins  mieux  que  celui  qui  ne  s'aper^ 
çoit  plus  de  cette  oppression,  — elle  est  partout 
en  ce  monde,  —  parce  qu'il  n'en  a  plus  la  sen- 
sation et  cela,  parce  qu'il  s'y  est  soumis  intégra- 
lement et  qu'il  dissimule  par  respect  pour  elle. 

Je  crois  que  cette  sincérité  est  aussi,  au  fond, 

(i)  Rœckel  avait  sans  doute  annoncé  à  Wagner  qu'on 
venait  d'atténuer  à  son  égard,  la  sévérité  du  régime  de 
la  prison  de  Waldheim. 

(2)  Le  mot  allemand  W ahrhafiigheit ,  dont  se  sert  Wag- 
ner, est  difficile  à  rendre  dans  toute  son  étendue.  '\Vahr- 
hafligkeii  signifie  littéralement  :  attachement  à  la  vérité, 
véracité,  véridicité.  Dans  le  sens  où  il  est  employé  ici,  il 
pourrait  se  traduire  aussi  par  sincérité. 


toute  la  vérité  dont  parlent  nos  philosophes  et 
nos  théologiens.  La  vérité  est  une  notion  ;  elle 
n'est  rien  de  plus,  au  fond,  que  le  vrai  objec- 
tivé ;  mais  le  Vrai  n'est  lui-même  que  la  réalité, 
ou  mieux  le  réel,  ce  qui  existe  véritablement; 
or,  le  réel,  c'est  ce  qui  est  sensible,  tandis  que 
ce  qui  n'est  pas  sensible,  c'est  le  non-réel,  c'est- 
à-dire  ce  qui  est  simplement  factice,  imagi- 
naire. Si  donc  j'ai  le  droit  d'appeler  véracité  le 
sentiment  le  plus  complet  de  la  réalité  en  tant 
qu'il  se  manifeste,  la  vérité  ne  sera  plus,  après 
tout,  que  la  notion  abstraite  de  ce  sentiment; 
c'est  tout  au  moins  ce  qu'en  a  fait  la  philoso- 
phie. Seulement,  cette  notion  est  aussi  éloignée 
de  la  réalité  que  la  véracité,  —  dans  le  sens 
indiqué,  —  s'en  rapproche,  au  contraire  ;  d'où 
il  est  résulté  que,  de  tout  temps,  on  n'a  jamais 
erré  plus  profondément  qu'en  ce  qui  concerne 
la  vérité,  de  sorte  que  ce  mot  est  devenu  le 
plus  fallacieux  qui  soit.  Comme  toute  notion 
abstraite,  vérité  est  devenu  un  mot  sans  signi- 
fication avec  lequel  on  peut  former  de  belles 
théories,  mais  non  pas  saisir  la  réalité.  Celle-ci, 
nous  ne  pouvons  la  connaître  qu'au  moyen  de 
la  sensation,  et  la  sensation,  c'est  ce  qui  est 
perçu  par  les  sens.  Bien  entendu,  il  ne  faut  pas 
entendre  le  mot  sens  selon  la  signification 
dégradante  que  lui  donnent  les  philosophes  et 
les  théologiens,  c'est-à-dire  le  sens  animal; 
il  s'agit  du  sens  humain,  qui  va  si  loin  qu'il 
peut  mesurer  les  étoiles  et  se  représenter  le 
cours  des  astres. 

Ceci  dit,  nous  nous  entendrons  aisément 
au  sujet  du  monde,  en  tant  qu'il  est  l'objet 
de  notre  perception  du  Vrai.  Mais  il  faut, 
pour  cela,  laisser  agir  librement  notre  sen- 
timent seul  et  ne  considérer  que  les  impres- 
sions éprouvées  par  lui.  L'homme  se  sert, 
conformément  à  son  organisme,  d'un  nom- 
bre infini  de  moyens  pour  comprendre  le  monde 
comme  un  Tout  ;  ces  moyens  ce  sont  les  idées 
dans  leurs  plus  diverses  complications.  Nous 
sommes  assez  orgueilleux  pour  qu'en  voulant 
comprendre  par  de  simples  notions  un  Tout,  — 
que  nous  nous  imaginons  volontiers  posséder, 
—  nous  oublions  que  nous  n'en  possédons  que 
l'idée  ;  c'est-à-dire  que  nous  prenons  plaisir  à 
notre  propre  création,  tandis  que  nous  nous 
éloignons  de  plus  en  plus  de  la  Réalité  du 
monde.  Mais  celui  qui,  dans  l'ivresse  de  cette 
illusion,  ne  peut  se  réjouir,  celui-là  finit  par  se 


762 


LE  GUIDE  MUSICAL 


rendre  compte  de  son  être  propre,  parce  qu'il  le 
sent  non  satisfait  ;  il  reconnaît  la  tristesse  de 
cette  illusion  orgueilleuse,  et  finalement  com- 
prend la  nécessité  de  reprendre  contact  par  le 
sentiment,  et  en  pleine  conscience,  avec  la  Réa- 
lité. Seulement,  comment  la  saisira-t-il,  cette 
Réalité,  qui,  —  comme  Tout  imaginaire,  — 
n'est  perceptible  que  par  la  pensée  et  non  par 
le  sentiment  ?  Il  ne  le  pourra  qu'en  reconnais- 
sant que  l'essence  de  la  Réalité  consiste  dans 
une  infinie  diversité.  Cette  diversité  inépui- 
sable, qui,  sans  cesse,  crée  et  produit,  est 
perçue  par  les  sens,  mais  seulement  comme 
manifestation  isolée,  variable.  Cette  variabilité 
est  l'essence  du  Réel;  l'Imaginaire  seul  est  im- 
muable. Il  n'y  a  de  vrai  que  ce  qui  varie  :  être 
vrai,  vivre,  —  c'est  :  naître,  grandir,  fleurir, 
se  flétrir  et  mourir;  sans  la  nécessité  de  la  mort, 
pas  de  possibilité  de  la  vie;  seul,  ce  qui  n'a  pas 
de  commencement  n'a  pas  de  fin,  —  et  rien  de 
réel  n'est  sans  commencement  ;  l'imaginaire, 
seul,  n'a  point  de  limites.  En  somme,  on 
devrait  dire  que,  pour  être  complètement  dans 
le  vrai,  l'être  humain,  en  tant  qu'être  sensible, 
doit  se  consacrer  à  l'absolue  réalité  :  Nais- 
sance, développement,  efflorescence,  —  flé- 
trissure, anéantissement,  éprouver  tout  cela 
sans  réserves,  avec  volupté  et  tristesse,  ne  vou- 
loir la  vie  qu'en  vivant  dans  la  joie  et  la  dou- 
leur, ensuite  —  mourir.  Voilà  la  seule  façon 
de  se  consumer  dans  le  vrai.  Seulement,  pour 
nous  consumer  de  la  sorte,  il  faut  que  nous 
renoncions  à  vouloir  le  Vrai  intégral  :  le  vrai 
intégral  ne  se  montre  à  nous  qu'en  des  mani- 
festations isolées,  car  nos  sens  ne  peuvent  per- 
cevoir que  celles-là,  dans  le  sens  absolu  du 
mot;  nous  ne  percevons  «  réellement  »  une 
manifestation  que  lorsque  nous  pouvons  être 
entièrement  remplis  par  elle  et  l'absorber  entiè- 
rement en  nous.  Comment  ce  merveilleux  phé- 
nomène se  produit-il  le  plus  complètement  ?  De- 
mandez à  la  Nature!  Seulement  dans  l'Amour! 
Tout  ce  que  je  ne  puis  aimer  reste  en  dehors 
de  moi,  et  je  reste  en  dehors  de  lui.  Ici  le  phi- 
losophe s'imaginera  volontiers  qu'il  comprend, 
mais  non  l'homme  qui  veut  être  sincère. 
L'amour,  dans  sa  réalité  la  plus  complète, 
n'est  possible  que  dans  la  limite  des  sexes; 
nous  ne  pouvons  aimer  véritablement  que 
comme  homme  et  femme  ;  tout  autre  amour 
n'est  qu'un  dérivé  de  cet  amour,  un  sentiment 
qui  émane  de  lui,  qui  se  rapporte  à  lui  ou  bien 


en  est  une  imitation  factice.  C'est  une  erreur  de 
croire  que  l'Amour  ne  soit  qu'une  des  mani- 
festations d'un  sentiment  plus  général  et  qu'à 
côté  et  même  au-dessus  de  lui,  il  puisse  exister 
d'autres  manifestations  plus  élevées  de  ce  sen- 
timent. Celui  qui,  à  l'exemple  des  métaphysi- 
ciens, place  l'irréel  avant  le  réel  et  déduit  la 
Réalité  de  l'Idée,  —  en  d'autres  termes,  qui 
prend  la  Logique  pour  la  Génétique,  —  celui-là 
a  raison  sans  doute  de  concevoir  la  notion  de 
l'amour  comme  étant  antérieure  à  sa  manifes- 
tation sensible  el  il  peut  affirmer  que  l'amour 
véritable,  sensuel  n'est  qu'une  manifestation 
de  l'amour  idéal  préexistant  ;  pour  être  consé- 
quent, il  devra  mépriser  l'amour  vrai,  comme 
en  général  tous  nos  sens.  De  toutes  façons,  il 
y  a  gros  à  parier  qu'il  n'aura  jamais  aimé,  qu'il 
n'aura  jamais  été  aimé  comme  des  êtres  hu- 
mains peuvent  s'aimer,  sans  quoi  il  aurait  dû 
s'apercevoir  que  son  mépris  de  l'amour  visait 
seulement  l'amour  animal,  la  sensualité  ani- 
male, mais  non  le  véritable  amour  humain.  La 
suprême  satisfaction  de  l'égoïsme  (i),  c'est  de 
se  supprimer  complètement  lui-même,  et  c'est 
par  l'amour  seul  que  nous  pouvons  obtenir  ce 
résultat  ;  or,  l'être  humain  est  homme  et  femme, 
et  c'est  par  l'union  d'homme  et  femme  que 
l'être  humain  existe  réellement,  c'est  seulement 
par  l'amour  que  l'homme,  aussi  bien  que  la 
femme,  deviennent  —  «  l'être  humain  ».  Quand 
nous  parlons  aujourd'hui  de  «  l'être  humain  », 
nous  sommes  si  sottement  dénués  d'amour  que, 
sans  le  vouloir,  nous  n'entendons  jamais  par 
ces  mots  que  l'homme  seul.  L'union  de 
l'homme  et  de  la  femme,  c'est-à-dire  l'amour 
(sensuel  et  métaphysique),  crée  l'être  humain, 
et,  comme  l'homme,  dans  toute  son  existence, 
ne  peut  rien  représenter  qui  soit  supérieur  à 
sa  propre  existence,  à  ce  qui  est  sa  vie,  il  ne 
pourra  jamais  s'élever  plus  haut  que  cet  acte, 
qui  a  fait  de  lui  un  être  humain  par  l'amour  ;  il 
ne  pourra  que  le  reproduire  ;  —  toute  la  vie, 
d'ailleurs,  n'est  autre  chose  qu'une  incessante 
réitération  des  mêmes  phénomènes  vitaux, 
répétés  dans  leur  diversité,  et  c'est  cette  réi- 
tération qui  explique  toute  la  nature  de  l'amour 
et  qui  fait,  en  somme,  qu'il  ressemble  au  mou- 
vement de  la  mer,  qui  monte  et  descend, 
change  sans  cesse  et  ne  s'arrête  que  pour  recom- 


,(i)  'L'égoïsme  est  pris  ici  dans   le    sens  de   sentiment 
jjersounel,  notion  de  Moi  individuel. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


763 


mencer  de  nouveau.  Aussi  est-ce  une  lamen- 
table erreur  de  considérer  comme  une  faiblesse 
de  l'amour  ce  pouvoir  qu'il  a  de  se  réitérer  tou- 
jours, de  se  renouveler  incessamment,    et   d'y 
opposer  l'amour  idéal,  simple  abstraction  de 
l'amour  véritable,  ou  cet  autre  amour  pour  un 
Tout  insaisissable,  —  qu'on  voudrait  nous  faire 
accepter  comme  le  seul  amour  sincère  et  du- 
rable.  Déjà,    cette   durée   indéfinie  qu'on   lui 
suppose   prouve  l'irréalité   de  l'amour    idéal. 
«  Eternel   »,    dans  le    sens  propre    du   mot, 
c'est  ce   qui  supprime  la  limitation  (ou   plutôt 
l'idée  de  limitation)  ;  mais  le  Réel  ne  s'accom- 
mode pas  à  l'idée  de  limitation,  car   le  Réel, 
c'est-à-dire   ce  qui   change,  se  renouvelle,    se 
multiplie,  —  est  la  négation  de  ce  que  nous 
nous  représentons  comme  borné  :  l'Infini   de 
la   métaphysique   est   l'éternel    Inexistant.  Le 
Fini  est  une  représentation  qui  nous  fait  peur, 
mais  seulement  lorsque  la  réalité  cesse  d'être 
présente  à  notre  sentiment;  qu'au  contraire,  la 
vérité  de  l'amour  nous  saisisse  tout  entier,  elle 
fera   fuir  cette  idée  terrifiante,   parce  qu'elle 
supprime  le  Fini  en  étouffant  en  nous  la  notion 
d'une  limite.  Le  Réel,  seul,  est  éternel  ;   or,  il 
ne  se  révèle  à  nous  dans  toute  sa  plénitude  que 
dans  l'amour  ;  c'est  donc  l'amour  qui  est  l'Eter- 
nel. —  En  somme,  l'égoïsme  ne  cesse  qu'au 
moment  où  le  «  moi  »   se  fond  en  un  «  toi  ». 
Ce  «  moi  »  et  ce  «  'oi  »,  toutefois,  ne  se  pré- 
sentent pas  dès  que  je  me  confonds  dans  l'en- 
semble du  monde.  Dans  ce  cas,  «  Moi  »  et  le 
((  Monde  »,  c'est  toujours  moi  et  moi  seul;  le 
monde  ne  sera  une  Réalité  pour  moi  que  lors- 
qu'il sera  devenu  lui-même  ce  «  toi  »  pour  mon 
sentiment,  ce  qui  n'arrivera  qu'avec   l'appari- 
tion de  l'individu  aimé  (i).  Cette  apparition  peut 
se  réitérer  dans  l'enfant,  dans  l'ami  ;  seulement, 
nous  n'aimerons  jamais  entièrement  l'enfant  et 
l'ami  que  si  nous  avons  déjà  pu  aimer,  ce  que 
l'homme,  par  exemple,  ne  peut  apprendre  que 
de  la  femme.  Il   est  bien  certain  que  l'affection 
pour  l'enfant  ou  pour  l'ami  n'est  qu'un  pis-aller 
qui  ne  se  révèle  qu'à  ceux  qui  ont  été  complè- 
tement  heureux  dans  l'amour    sexuel  ;    cette 
affection  n'est  après  tout  qu'une  preuve   de  la 
pluralité  de  la  nature  humaine,  qui  va  jusqu'à 

(i)  Tout  ce  passage,  du  plus  haut  intérêt,  est  à  rap- 
procher du  poème  de  Tristan,  où  Wagner,  scène  du 
deuxième  acte  entre  Tristan  et  Iseult,  reproduit  des 
idées  très  voisines  de  celles  qu'il  expose  ici. 


nous  offrir  des  anomalies,  anomalies  de  l'espèce 
la  plus  ridicule  comme  du  caractère  le  plus  tra- 
gique. 

Mais  assez  !  Je  me  risque  à  t'adresser  cette 
confession  dans  ta  solitude,  sans   craindre   de 
provoquer  ta  tristesse  en  te  communiquant  mes 
pensées.  Non  seulement  toi,  mais  moi  aussi,— 
nous  tous,  —  nous  vivons  en  ce  moment  dans 
des  circonstances  et  des  relations  qui  ne  sont 
que  des  succédanés,  des  pis-aller;  pour  toi  non 
moins  que  pour  moi,  la  vie  vraie,  réelle,  n'est 
qu'une  représentation,  un  Désir.  J'ai  dû  atteindre 
ma  trente -sixième  année  avant  de  découvrir  ce 
qui  est  le  fond  de  mon  besoin  d'art  :  jusqu'à  ce 
jour,  l'art  m'était  appani  comme  le  but,  la  vie 
comme  le  moyen.  Par  malheur,  cette   décou- 
verte a  été  tardive  ;  seules  des  épreuves  tragiques 
ont  pu  répondre  depuis  à  mes  nouvelles  impul- 
sions vitales.  Plus  nous  regardons  au  fond  du 
monde   actuel,   plus   nous   devons    nous  con- 
vaincre que  l'amour  est  aujourd'hui  impossible; 
un  de  mes  amis  a  pu,  par  exemple,  en  s'adres- 
sant  aux  Allemands,  s'écrier  avec  toute  raison  : 
«  Vuus  ne    savez  rien  de  l'amour  :  comment 
pourraient-ils    aimer,  des  hommes  qui    n'ont 
aucune  initiative  de  caractère?  C'est  une  impos- 
sibilité !  »  —  En  somme,  puisqu'il  faut  se  contenter 
d'un  pis-aller,  je  n'en  puis  trouver  de  meilleur 
que  la  conscience  entière  de  l'état  véritable  des 
choses,  que  l'aveu  loyal  de  la  vérité,  même  si 
de  cet  aveu  ne  devait  résulter  pour  nous  aucun 
autre    profit    que   la    fierté  de   la    conscience 
acquise,  et  la  volonté,  le  désir  d'indiquer  à  l'hu- 
manité le  chemin  de  sa  rédemption  en  lui  révé- 
lant ces  vérités.  Ainsi,  je  l'accorde,  nous  nous 
adressons  de  nouveau  à  l'ensemble  de  l'huma- 
nité, mais  seulement  par  nécessité,  parce  que 
nous   savons    qu'isolément    nul    ne   peut   être 
heureux  et  que  chacun  de  nous  ne  se  sentira 
pleinement  satisfait  que  lorsqu'il  saura  tous  les 
autres  heureux.  Tu  vois  que  je  me  place  ainsi 
entièrement  à  ton  point  de  vue.  Seulement,  ce 
point  de  vue  n'est  pas  pour  moi  le  point  final, 
il  n'est  qu'un  moyen,  un  acheminement  vers  mon 
but  :  ce  but,  la  plupart  ne  le  reconnaissent  jms 
encore  :  je  viens  cependant  de  le  définir,  c'est  : 
rendre  l'amour  possible  comme  la  plus  entière 
révélation  de  la  RéaUté- Vérité  ;   l'amour,  non 
pas  idéal,  abstrait,  insensuel  {le  seul   qui  nous 
soit    maiiitciidiit    possible),    mais  l'amour  du 
«  toi  »  et  «  moi  ». 


764 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Aussi  ne  puis-je  faire  autrement  que  de  con- 
sidérer l'effort  énorme  de  la  race  humaine  et, 
par  conséquent,  aussi  toutes  nos  sciences 
comme  un  moyen  et  un  acheminement  dont  le 
but,  au  fond,  est  ce  résultat  si  simple  et  cepen- 
dant si  divin.  Je  respecte  chacun  de  ces  efforts, 
je  reconnais  que  chaque  pas  répond  à  une 
nécessité  :  mais  moi-même  j'ai  ce  simple  but 
si  clairement  devant  les  yeux  qu'il  m'est  impos- 
sible d'en  arracher  de  nouveau  mon  regard  pour 
prendre  encore  part  à  la  lutte  (au  fond  incons- 
ciente de  son  but)  :  la  détresse  d'un  grand 
mouvement  pourrait  seule  me  conduire  à  cette 
abnégation  de  moi-même  ;  je  la  saluerais  avec 
joie,  si  elle  se  produisait,  comme  la  seule 
rédemption  pour  moi. 

Pourras-tu  m'en  vouloir,  après  cela,  si  j'ac- 
cueille avec  un  sourire  le  conseil  que  tu  me 
donnes  de  me  détourner  de  mes  rêveries  et  de 
mes  divagations  égoïstes,  pour  me  consacrer  à 
la  réalité,  à  la  vie  véritable  et  à  ses  aspirations  ? 
Je  crois,  au  contraire,  que  je  m'y  consacre  d'une 
façon  bien  plus  décisive,  plus  consciente,  plus 
directe  en  employant  tous  mes  efforts,  même 
les  plus  douloureux,  à  la  conquête  et  à  la  ma- 
nifestation du  principe  énoncé  plus  haut.  Toi- 
même,  tu  devras  me  donner  raison,  lorsque  je 
me  refuse  à  reconnaître  sans  réserve  à  Robes- 
pierre la  signification  tragique  qu'il  a  eue  jus- 
qu'ici pour  toi.  Ce  type  m'est  antipathique  au 
plus  haut  point,  parce  que,  dans  les  individua- 
lités constituées  comme  la  sienne,  je  ne  puis 
découvrir  même  le  soupçon  des  aspirations  de 
l'humanité  depuis  qu'elle  s'est  éloignée  de  la 
nature.  Le  tragique  chez  Robespierre,  c'est 
l'incroyable  ineptie  que  montra  cet  homme, 
lorsqu'arrivé  au  but  de  ses  aspirations  domina- 
trices, il  se  trouva  complètement  inconscient  de 
son  rôle,  ne  sachant  que  faire  du  pouvoir  con- 
quis par  lui.  Il  devient  tragique,  parce  qu'il 
doit  s'avouer  cette  nullité  et  qu'il  succombe  à 
l'incapacité  de  faire  quoi  que  ce  soit  pour  le 
bonheur  de  l'humanité.  Aussi  suis-je  d'avis 
qu'avec  lui  c'est  justement  le  contraire  de  ce 
que  tu  penses  qui  est  la  vérité  :  il  n'avait 
aucun  but  supérieur,  en  vue  duquel  il  aurait  pu 
avoir  recours  à  de  mauvais  moyens  ;  c'est  juste- 
ment parce  qu'il  n'avait  rien  en  lui,  parce  qu'il 
voulait  masquer  sa  pauvreté,  qu'il  eut  recours  à 
l'abominable  guillotine  ;  car  il  est  prouvé  que 
la  «  Terreur  »  fut  employée  comme  système  dé 


gouvernement  et  instrument  de  domination 
sans  aucune  passion,  simplement  par  politique, 
—  c'est-à-dire  pour  des  motifs  étroits,  d'ambi- 
tion personnelle.  En  somme,  ce  très  pauvre 
sire,  —  qui  n'eut  d'autre  ressource  à  la  fin  que 
d'exhiber  sa  très  vulgaire  «  vertu  »,  —  a  pris 
les  moyens  pour  le  but,  et  c'est  ainsi  qu'il  en  va 
avec  la  plupart  de .  ces  héros  politiques  qui 
périssent  de  leur  propre  incapacité,  si  lamenta- 
blement que  bientôt,  espérons-le,  leur  engeance 
aura  disparu  complètement  de  l'histoire.  —  En 
revanche,  je  maintiens  que  mon  Lohengrin  (du 
moins,  tel  que  je  le  conçois)  exprime  la  plus  tra-- 
gique  situation  du  temps  présent,  c'est-à-dire 
l'aspiration  à  quitter  les  plus  hautes  régions  de 
l'esprit  pour  les  profondeurs  de  l'amour,  le 
Désir  d'être  enveloppé  par  le  sentiment,  ce 
Désir  que  la  moderne  réalité  ne  peut  encore 
satisfaire. 

Sur  tout  cela,  au  demeurant,  je  me  suis 
étendu  assez  longuement  dans  ma  préface.  Il 
me  resterait  seulement  à  terminer  ce  qu'à  mon 
point  de  vue,  je  dois  considérer  comme  indis- 
pensable pour  me  rapprocher  et  rapprocher  les 
autres  de  ce  but  reconnu  de  l'humanité,  —  but 
qu'il  m'est  personnellement  interdit  d'atteindre 
parce  qu'il  est  encore  interdit  à  tous,  —  et  cela 
sans  recourir  aux  moyens  dont  je  n'ai  plus  le 
pouvoir  de  me  servir.  C'est  à  cela  que  mon 
art  doit  m'aider  ;  et  l'œuvre  d'art  que  j'ai  dû 
concevoir  dans  ce  but,  c'est  mon  poème  des 
Niheliingen. 

(A  suivre.) 

Cbronique  6e  la  Semaine 


PARIS 

ous  conseillons  aux  amateurs  de  par- 
titions manuscrites  et  d'autographes 

une  visite  à   l'Exposition  du  Livre, 

installée  au  premier  étage  du  Palais  de  l'Indus- 
trie ;  elle  renferme  des  documents  du  plus  haut 
intérêt.  Dans  une  grande  vitrine  de  la  salle  28 
(exposition  rétrospective  et  documentai  le), 
M.  Charles  Malherbe  a  exposé  une  partie  de  la 
collection  qu'il  a  formée  avec  autant  d'ardeur 
que  de  bonheur.  Notre  aimable  confrère  ne  se 
contente    pas    d'être    un    érudit   musicien    et 


LE  GUIDE  MUSICAL 


765 


d'écrire,  soit  seul,  soit  en  collaboration  avec 
M;  Albert  Soubies,  des  ouvrages  qui  ont  attiré 
l'attention  du  monde  musical  :  il  suffirait  de 
citer  les  notices  sur  Esclaruiondc  et  Ascanio, 
l'Œuvre  dramatiqne  de  Richard  Wagner, 
l'Histoire  de  r Opéra-Comique  et  les  Mélanges 
sur  Richard  Wagner.  Il  s'est  encore  évertué 
à  recueillir,  pour  la  plus  grande  gloire  de  l'art 
musical,  les  riches  épaves  du  passé. 

Que  de  trésors  dans  cette  vitrine  de  la 
salle  28  !  Voici  une  cantate  du  grand  Sébastien 
Bach,  curieuse  par  son  écriture  couchée,  on 
pourrait  dire  un  peu  maladroite;  l'ouverture 
d'Armide  de  Gluck,  dont  les  notes  sont  lourdes, 
appuyées;  un  quatuor  de  Cherubini  avec  cette 
dédicace  :  «  Par  L.  Cherubini  pour  son  cher 
(X...  nom  effacé',  septembre  1828  »  ;  une  sym- 
phonie de  Mozart  (Salzbourg  1780),  avec  la 
petite  écriture  maigre  que  l'on  connaît.  Baga- 
telle,àe  Beethoven,  nous  remet  en  mémoire  les 
pages  manuscrites  que  possède  le  musée  de 
Bonn  et  dans  lesquelles  on  distingue  si  claire- 
ment l'impétuosité,  la  nervosité  du  Titan  de  la 
musique.  Plus  loin,  nous  nous  trouvons  en 
présence  de  la  Marche  funèbre  d'Hector  Ber- 
lioz, tirée  de  la  Symphonie  funèbre  et  triom- 
phale. Rien  ne  peut  donner  l'idée  de  la  régu- 
larité, de  la  netteté  avec  lesquelles  le  cher  et 
grand  maître  a  écrit  tout  le  début  de  la  partition. 
L'explication  nous  en  est  donnée  peut-être  dans 
les  lignes  suivantes,  écrites  par  lui  au  bas  de  la 
première  page  : 

((  Puisque  tu  veux  savoir,  mon  cher  d'Ortigue, 
ce  qui  est  de  mon  écriture  dans  cette  partition, 
va  d'ici  à  la  septième  page;  je  me  suis  reposé 
là.  »  A  toi, 

»   H.  Berlioz  ». 

Quelle  élégance,  quelle  aristocratie  s'entre- 
voient dans  cette  Page  d'album  de  Félix  Men- 
delssohn  Bartholdy,  datée  de  Londres,  10  juil- 
let 1842  !  Comme  l'écriture,  si  nette,  si  propre, 
avec  ses  longs  traits  en  doubles-croches,  comme 
la  signature  elle-même,  si  admirablement  calli- 
graphiée, correspondent  bien  au  tempérament 
de  l'homme  distingué  que  fut  l'auteur  du 
Songe  d'une  nuit  d'été! 

Les  tendances  rêveuses  et  mystiques  se  font 
jour,  au  contraire,  dans  cette  «  pièce  pour 
piano  »  du  poétique  Robert  Schumann.  L'écri- 
ture est  blanche. 

N'est-ce  pas  tout  un  poème  que  ce  duo  de  la 
Favorite,  arrangé  pour  deux  violons  par  Ri- 
chard Wagner?  Page  correctement  écrite  par 
le  futur  révolutionnaire  de  l'opéra,  forcé  par  la 
misère  à  faire  des  copies  et  arrangements  pour 
les  éditeurs  ! 


Quel  chemin  parcouru  depuis  la  Jérusalem 
de  Verdi,  dont  nous  pouvons  entrevoir  la 
grosse  partition  et  qui  fut  donnée  pour  la  pre- 
mière fois,  à  l'Opéra  de  Paris,  le  26  no- 
vembre 1847,  jusqu'à  Otello,  que  l'Académie 
nationale  de  musique  va  nous  faire  entendre  ! 
Curieux  est  cet  album,  contenant  divers 
autographes  de  Spontini.  La  dédicace  à 
Mme  Habeneck  indique  bien  le  tempérament 
et  le  caractère  du  compositeur  que  Richard 
Wagner  nous  peint  dans  ses  Souvenirs  comme 
un  homme  pénétré  de  lui-même,  sentencieux, 
pompeux. 

L'écriture  et  le  style  sont  à  l'unisson.  Voici 
cette  dédicace  : 

«  En  offrant  un  hommage  à  M"^ Habeneck, 
j'ai  dû  l'écrire  dans  l'idiome  poétique  de  son 
nom  et  en  lui  renouvelant  le  tendre  langage  de 
son  époux. 

1)  Paris,  ce  16  mai  1846. 

))  Spontini.  » 
En  l'année  1846,  Habeneck  quittait  la  direc- 
tion  de  l'orchestre  de  l'Opéra  pour  céder  le 
bâton  de  commandement  à  Girard. 

Dans  le  manuscrit  de  Paganini,  on  dirait  que 
le  Roi  du  Violon  s'est  servi  d'un  morceau  de 
bois  trempé  dans  l'encre  pour  tracer  les  notes. 
Mais  que  de  manuscrits  encore  à  énumérer! 
Une  Ballade  pour  piano  de  Fr.  Liszt;  la  Ma- 
zurka en  si  bémol  de  Chopin,  d'une  écriture 
de  malade  ;  l'A  llegro  appassionato  de  Rubins- 
tein,  dédié  à  M"e  Caroline  Openheimer  ;  les 
Dragons  de  Villars  d'Aimé  Maillard;  la  Li- 
berté éclairant  le  monde,  partition  de  Charles 
Gounod  ;  la  Républicaine,  marche  à  quatre 
voix,  composée  pour  les  enfans  {sic)  de  Paris, 
par  Adolphe  Adam;  Mignonne,  mélodie  de 
Victor  Massé,  d'après  Ronsard;  deux  airs  de 
ballet  d'Hérold  ;  une  pièce  pour  piano  de  Bel- 
lini;  la  partition  de  Bruschino  de  Rossini 
(quel  régal  1);  un  Allegro  pour  un  pas  de  ballet 
d'Auber  (écriture  fine,  lâchée,  énamourée  du 
«  Monsieur  qui  veut  toujours  chanter  sa  ro- 
mance à  Madafne  »)  ;  les  Voitures  versées  de 
Boieldieu  ;  et  enfin,  des  pages  de  Herz, 
Cramer  et  Thalberg. 

Nous  remercions  M.  Charles  Malherbe  du 
plaisir  qu'il  nous  a  procuré,  des  sensations 
qu'il  a  réveillées  en  nous,  au  milieu  de  tous  ces 
curieux  souvenirs  d'antan. 

Hugues  Imbert. 

A  l'Opéra,  on  est  tout  aux  dernières  répéti- 
tions d'Otello.  Les  quatres  actes  de  l'œuvre  ont 
été  répétés  pour  la  première  fois  en  scène,  jeudi 
soir,  sans  costumes  mais  avec  les  décors.  Après 


766 


LE  GUIDE  MUSICAL 


la  répétition,  il  a  été  procédé  au  réglage  de 
chacun  des  décors,  ce  qui  a  prolongé  la  séance 
jusqu'à  une  heure  avancée  de  la  nuit,  L'ou- 
vrage peut  être,  dès  aujourd'hui,  considéré 
comme  prêt.  Il  y  aura  une  répétition  avec  cos- 
tumes dimanche  soir.  La  répétition  générale 
aura  vraisemblablement  lieu  mardi,  et  la  pre- 
mière représentation  serait,  dans  ce  cas,  donnée 
le  vendredi  12  octobre,  c'est-à-dire  vendredi 
prochain.  Il  se  peut,  toutefois,  qu'elle  soit  ajour- 
née au  lundi  i5. 

M.  Ernest  Reyer  se  trouvant,  ces  jours-ci, 
dans  l'antique  cité  des  Baux,  termina  son  pè- 
lerinage par  une  visite  à  Mistral,  dont  le  petit 
village,  Maillane,  n'est  situé  qu'à  quelques 
lieues  des  illustres  ruines. 

Il  se  pourrait  qu'à  la  suite  de  cette  visite  — 
et  nous  tenons  le  renseignement  de  bonne 
source,  —  l'auteur  deSigicrdet  de  Salammbô, 
qui  est  lui-même  Provençal,  écrivît  un  opéra 
sur  la  Reme  Jeanne,  le  dernier  poème  publié 
par  Mistral. 

M.  Alfred  Bruneau,  le  compositeur  du  Rêve 
et  de  VAttaqiie  dti  moîdin, travaille,  en  vue  de 
l'Opéra,  à  une  œuvre  lyrique  sur  un  poème 
de  M.  Emile  Zola. 

Plusieurs  journaux  ont  annoncé  à  ce  propos 
qu'il  s'agissait  de  la  Faute  de  l'abbé  Monret, 
dont  le  sujet  aurait  été  adapté,  sous  une  forme 
moins  moderniste  que  celle  du  roman,  au  cadre 
de  l'Opéra.  Mais  ce  renseignement  est  inexact. 
Depuis  longtemps,  M.  Massenet  est  en  pos- 
session d'une  autorisation  de  M.  Zola  concer- 
nant l'adaptation  lyrique  de  la  Faute  de  l'abbé 
Mouret. 

La  vérité,  c'est  que  le  drame  lyrique  de 
M.  Emile  Zola  que  jouera  l'Opéra  et  dont 
M.  Alfred  Bruneau  va  écrire  la  musique,  n'est 
tiré  d'aucun  roman. 

Il  a  été  écrit  spécialement  en  vue  de  l'Aca- 
démie nationale  de  musique  et  sera  en  quatre 
acte  et  cinq  tableaux. 

Le  Czar  a  envoyé  à  MM.  P.  Gailhard  et 
Bertrand,  directeurs  de  l'Opéra  de  Paris,  la 
croix  de  seconde  classe  de  l'Ordre  de  Saint- 
Stanislas. 

BRUXELLES 

Pourquoi  et  pour  qui  la  reprise  de  Roméo  et 
Jiiliette  donnée,  cette  semaine,  à  la  Monnaie  ? 
Non  pour  l'œuvre,  sans  doute,  car  elle  a,  dans 
ces  dernières  saisons,  figuré  très  suffisamment 
au  répertoire  de  notre  scène  lyrique,  et  Faust 
et  Mireille  y  ont  tenu  également  une  place 
assez  large  pour  qu'on  pût  se  dispenser  de  nous 


rendre,  cette  année  encore,  un  opéra  où  Gou- 
nod  a  si  libéralement  reproduit  les  inspii'ations 
de  ses  deux  chefs-d'œuvre.  Est-ce  alors  pour  la 
principale  interprète,  M"^  Simonnet,  dont  les 
affiches  s'obstinent  à  mettre  le  nom  en  vedette, 
comme  s'il  s'agissait  d'une  chanteuse  de  grande 
vogue,  en  représentations  ?  La  gracieuse  artiste 
appartient  cependant  à  la  troupe  régulière. 
Dès  lors,  pourquoi  ce  traitement  de  faveur,  au- 
quel d'autres  plus  qu'elle,  semble-t-il,  pourraient 
prétendre  ? 

Quoi  qu'il  en  soit,  M"«  Simonnet  n'aura  pas 
retrouvé  dans  l'œuvre  de  Gounod  le  succès, 
peut-être  exagéré,  qu'on  lui  faisait  récemment 
dans  la  Traviata.  Son  talent  apprêté  n'a  pu 
donner  au  personnage  de  Juliette  le  cachet 
d'ingénuité,  de  charme  naturel  qui  lui  convient. 
Son  exécution  vocale  n'a  pas  eu  non  plus  la 
douceur  poétique  que  réclament  les  pages  ten- 
dres et  amoureuses  de  la  partition.  Enfin,  cette 
affectation,  cette  recherche,  dans  le  jeu  comme 
dans  le  chant,  que  nous  soulignions  récem- 
ment, semblent  avoir  frappé,  cette  fois,  maints 
spectateurs  —  et  maints  critiques  —  qui  s'y 
étaient  montrés  tout  d'abord  peu  sensibles,  et 
cela  aussi  a  nui  au  succès  de  M"^  Simonnet, 
dont  nous  reconnaissons  d'ailleurs  volontiers 
le  très  joli,  mais  très  superficiel  talent. 

M.  Bonnard,  que  l'on  dit  dans  des  disposi- 
tions vocales  actuellement  peu  favorables,  a  eu 
de  fréquents  écarts  de  justesse  dans  les  pre- 
mières scènes  de  l'œuvre  :  sa  voix,  qui  s'est 
échauffée  par  la  suite,  avait  peine  à  atteindre 
les  notes  élevées  du  rôle  de  Roméo,  et,  en  de 
nombreux  endroits,  il  a  chanté  trop  bas  d'une 
manière  sensible.  Souhaitons  que  cet  artiste 
consciencieux,  dont  les  débuts  avaient  été  si 
satisfaisants,  trouve  prochainement  l'occasion 
d'une,  revanche  de  ses  demi-succès  dans  la 
Traviata  et  Roméo. 

Les  rôles  de  Capulet  et  de  frère  Laurent, 
joués  précédemment  par  MM.  Seguin  et  Di- 
nard,  n'ont  pas  gagné  à  changer  d'interprètes. 
M.  Sentein,  dans  le  premier,  a  manqué  de 
noblesse  et  d'autorité,  et  sa  voix  claironnante  y 
a  déployé  un  luxe  de  vibrations  bien  fatigant 
pour  l'auditeur. 

Le  rôle  de  frère  Laurent  servait  de  début  à 
une  nouvelle  basse,  M.  Journet,  qui  possède 
une  voix  puissante,  mais  qui  a  trop  cherché  à 
le  prouver;  c'était  là,  semble-t-il,  en  cette  pre- 
mière apparition,  sa  préoccupation  unique  ; 
nous  apprécierons  donc  une  autre  fois  s'il  pos- 
sède les  qualités  de  style  et  de  diction  sans 
lesquelles  son  organe  vigoureusement  timbré 
ne  saurait  procurer  de  réelles  impressions  d'art. 
Décidément,  la  troupe  actuelle  compte  de 
belles  et  fortes  voix  ;  sous  ce  rapport,  nous 
aurions  mauvaise  grâce  à  nous  plaindre.  Mais 
les  vrais  talents  y  sont-ils  aussi  nombreux,  et 
nos  directeurs,  dans  le  choix  de  leurs  pension- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


767 


naires,  n'ont-ils  pas  souvent  sacrifié  les  qualités 
artistiques  à  l'éclat  et  à  la  puissance  de  l'or- 
gane ? 

Nous  allions  oublier  Mi'<=  Girard,  qui,  d'ail- 
leurs, ne  doit  pas  être  classée  dans  la  catégorie 
des  «  belles  et  fortes  voix  )),à  en  juger  par 
l'exécution  timide  et  mal  assise  qu'elle  a  donnée 
de  la  sérénade  du  page  Stephano.  Pourquoi 
donc  en  avait-elle  supprimé  un  couplet  ?  Elle 
eût,  sans  doute,  trouvé  dans  le  second  l'occasion 
de  racheter  l'impression  malencontreuse  qu'a 
laissée  le  premier,  dont  elle  nous  a  fait  entendre 
une  version  toute  nouvelle,  à  laquelle  certaines 
modulations,  vraiment  hardies,  donnaient  un 
cachet  de  modernisme  peut-être  exagéré. 

L'œuvre  de  Gounod,  ainsi  interprétée,  n'a 
pas  soulevé  grand  enthousiasme,  et  l'on  eût 
certes  mieux  fait  de  nous  laisser  sous  le  souve- 
nir des  exécutions  antérieures. 

A  bientôt,  jeudi  ou  samedi,  la  reprise  de  Tris- 
tan et  Iseult.  J.  Br. 

Les  Concerts  populaires,  sous  la  direction  de 
M.  Joseph  Dupont,  ne  tarderont  pas  à  rouvrir 
leur  saison.  La  première  matinée  aura  lieu  pro- 
bablement en  novembre.  La  deuxième  est  dès  à 
présent  fixée  au  g  décembre  ;  elle  aura  lieu  avec 
le  concours  de  M.  J.  Philipp,  l'excellent  pia- 
niste parisien  déjà  vivement  applaudi  il  y  a 
deux  ans  aux  Concerts  populaires.  M.  Philipp 
exécutera  la  symphonie  Cévenole  de  Vincent 
d'Indy  et  les  Variations  symphouiques  de 
César  Franck. 

Par  arrêté  de  M.  le  ministre  de  l'intérieur 
et  de  l'instruction  publique,  M.  Alfred  Wot- 
quenne  est  nommé  secrétaire-adjoint  au  Con- 
servatoire royal  de  Bruxelles,  en  l'emplacement 
du  regretté  Louis  de  Casembroot .  M  .Alfred  Wot- 
quenne  est  maîti'e  de  chapelle  à  l'église  Saint- 
Nicolas,  élève  de  M.  Alphonse  Mailly  et  de 
M.  Gevaert. 

A  propos  du  Conservatoire,  disons  que  la 
commission  des  beaux-arts  s'est  occupée  ré- 
cemment de  la  question  de  l'agrandissement 
des  locaux,  devenus  insuffisants  par  suite  de 
l'accroissement  de  la  population  scolaire. 

La  commission  a  chargé  M.  l'architecte  Van 
Ysendyck  de  dessiner  les  plans  d'un  complé- 
ment de  bâtisse,  et  ceux-ci  viennent  d'être  sou- 
mis au  gouvernement.  Le  coût  serait  de 
220,000  francs.  On  empiéterait  sur  la  cour 
fleurie  fermée  par  la  grille  de  la  rue  de 
la  Régence  et  l'on  relierait  les  deux  ailes  par  un 
bâtiment  à  front  de  rue,  mais  plus  élevé  d'^un 
étage  que  les  deux  ailes. 

Un  large  fronton  dominerait  cette  nouvelle 
construction  centrale,  où  seraient  installés  de 
nouvelles  classes  et  le  Musée  instrumental. 


Une  nouvelle  qui  intéressera  les  vrais  ama- 
teurs de  musique  :  le  dimanche  25  novembre, 
l'illustre  violoniste  Joachim  viendra  se  faire 
entendre  à  Bruxelles,  à  la  Grande-Harmonie, 
dans  un  concert  organisé  par  la  maison  Breit- 
kopf  et  Hsertel.  Dans  le  même  concert,  se 
feront  entendre  aussi  l'excellent  pianiste  Max 
Pauer,  de  Cologne,  et  M"e  Julia  Milcamps. 

Le  jury  de  l'Exposition  d'Anvers  vient  de 
conférer  à  la  maison  Schott  un  diplôme  de  mé- 
daille d'or  pour  son  installation  dans  la 
classe  i3  (musique  et  éditions  d'ouvrages  de  lit- 
térature musicale). 

Nous  recevons  du  comité  de  la  presse  à 
r  Exposition  d'Anvers  le  communiqué  suivant, 
que  nous  reproduisons  dans  toute  son  anver- 
soise  candeur  : 

«  Le  10  octobre  prochain  aura  lieu  dans  la 
grande  salle  des  fêtes  de  l'Exposition  d'Anvers 
une  grande  solennité  musicale.  Monsieur  Motll, 
directeur  de  la  musique  de  lacouràKarlsruhe(?) 
et  premier  chef  d'orchestre  du  Théâtre  royal  (!) 
de  Bayreuth,  dirigera  l'orchestre  de  l'Exposi- 
tion, considérablement  renforcé.  Notre  illustre 
concitoyen  Monsieur  Ernest  Van  Dyck,  du 
Théâtre-Impérial  de  Vienne  et  du  Théâtre 
royal {\)  de  Bayreuth,  prêtera  à  ce  festival  wag- 
nérien  le  concours  de  son  grand  talent.  Nous 
ferons  connaître  d'ici  à  peu  de  jours  la  composi- 
tion du  programme  de  cette  audition  musicale 
exceptionnelle  !  » 


CORRESPOND  A  NCES 

AN'VERS.  —  L'événement  musical  'Je  la 
semaine  a  été,  sans  contredit,  le  superbe 
concert  qu'est  venu  donner,  à  l'Harmonie,  l'Or- 
chestre philharmonique  de  Berlin.  La  phalange 
symphonique  que  dirige  avec  une  grande  autorité 
M.  Fr.  Mannstaedt,  est  remarquable  à  plus  d'uu 
point  de  vue.  Il  y  a  d'abord  les  effets  de  sonorité, 
vraiment  étonnants,  que  produisent  ces  soixante- 
cinq  musiciens,  qui  ont  exécuté  entre  autres  l'ou- 
verture de  Riemi,  avec  un  éclat  inaccoutumé,  im- 
primant à  cette  page  wagnérienne,  souvent  dis- 
cutée, mais  aussi  souvent  interprétée  à  l'italienne, 
un  cachet  de  grandeur  qui  entre  bien  dans  le 
caractère  de  l'œuvre. 

Le  prélude  et  finale  de  Tristan,  une  des  pages, 
peut-être  les  plus  émouvantes  qu'ait  écrites 
R.  'Wagner,  a  transporté  la  salle  entière  dans  un 
mouvement  spontané  d'enthousiasme.  L'exécution 
en  a  été  irréprochable. 

La  symphonie  en  lu  majeur  de  Beethoven,  avec 
ses  motifs  si  frais,  a  été  rendue  avec  infiniment 
de  délicatesse.  Si  l'orchestre    berlinois    parvient 


768 


LE  OVIDE  MUSICAL 


à  rendre  les  nuances  les  plus  éclatantes,  les 
derniers  degrés,  du  pianissimo  ne  lui  sont  pas 
moins  familiers. 

On  était  curieux  de  savoir  quelle  serait  l'inter- 
prétation que  donnerait  M.  Mannstaedt  à  la 
Danse  macabre  de  Saint-Saens, étant  connu  le  carac- 
tère essentiellement  français  de  cette  page  origi- 
nale. Eh  bien,  ce  morceau  a  été,  pour  l'exécution, 
un  des  gros  succès  de  la  soirée. 

Comme  soliste,  M.  Simon  van  Beuge  s'est  fait 
entendre  dans  un  concerto  de  Davidoff.  Le  jeune 
violoncelliste  a  des  qualités  sérieuses,  qui  lui  ont 
permis  de  rendre  avec  clarté  cette  œuvre  diffi- 
cile. 

Voici  la  saison  brillamment  inaugurée,  grâce 
à  l'intelligente  initiative  de  la  direction  de  l'Har- 
monie, 

A  l'Exposition,  les  auditions  commencent  à  se 
faire  plus  rares.  Il  y  en  a  pourtant  qui  méritent 
d'être  citées. 

A  la  section  française  (pianos  Erard),  nous  avons 
entendu  M""  Van  der  Haegen,  une  élève  de  feu 
Aug.  Dupont.  L'artiste  a  exécuté  plusieurs  com- 
positions de  son  maître,  ainsi  qu'une  brillante, 
mais  peu  intéressante  Polonaise  de  Rubinstein.  Une 
jolie  Berceuse  de  A.  Béon,  le  sympathique  repré- 
sentant de  la  maison  Erard  en  Belgique,  a  été 
très  goûtée.  On  retrouve  chez  M""-' Van  der  Haegen 
les  qualités  qui  ont  toujours  caractérisé  l'école  de 
Dupont. 

Un  jeune  pianiste  italien,  M.  Llorca,  s'est  fait 
entendre  plusieurs  fois  dans  le  salon  de  la  sec- 
tion russe.  Nous  ne  pouvons  affirmer  que  le  choix 
ait  été  fort  heureux;  non  seulement  une  séance 
musicale  donnée  au  milieu  de  ces  mille  bibelots 
étalés  pour  la  vente,  manque  de  décorum,  mais 
encore,  l'instrument  ne  se  trouvant  pas  sur  une 
estrade,  les  effets  de  sonorité  voulus  ne  peuvent 
être  obtenus.  L'artiste  a  des  qualités,  jouant  avec 
une  extrême  aisance  les  compositions,  assez 
démodées,  de  Ketten  et  Gothchalk.  H.  W. 


(^  AN  D  —  Les  cinq  représentations  données 
3r  jusqu'ici  au  Grand-Théâtre  permettent  de 
juger  assez  exactement  la  plupart  des  artistes  de 
la  troupe.  La  direction  s'est  engagée  à  donner  le 
grand  opéra,  l'opérette  et  accessoirement  l'opéra 
comique. 

Dans  la  troupe  de  grand  opéra,  les  noms  de 
MM.  Gauthier,  Carroul  et  de  M"'«  Kériva  sont  à 
signaler  hors  de  pair. 

M.  Gauthier,  fort  ténor,  se  sert  habilement  d'un 
riche  organe.  On  pourrait  lui  reprocher,  peut-être, 
une  tendance  au  colpo  di  gola,  mais  ce  n'est  pas  là 
péché  mortel  aux  yeux  d'un  public  de  province. 
Cet  artiste,  qui  s'est  révélé  dans  la  Juive  acteur  de 
goût,  s'est  attiré  déjà  la  faveur  générale.  Je  crois 
que  l'on  ferait  sagement  de  le  ménager  quelque 
'  peu  :  en  l'espace  de  sept  jours,  il  a  chanté  cinq 
fois  :  la  Juive  (deux  fois).  Aida  (deux  fois)  et  Lucie. 
Or,  l'emploi  de  fort  ténor  ne  va  pas,  on  le  sait, 


sans  une  dépense  notable  de  vigueur  physique,  et 
les  forces  humaines  ont  des  limites. 

Pour  M.  Carroul,  baryton,  je  répète  ici  ce  que 
disait  ma  dernière  correspondance  :  voix  étendue, 
et  égale,  phrasé  net,  science  parfaite  de  l'art 
scénique.  Je  n'oublie  pas  cependant  que  M.  Car- 
roul n'a  paru  que  deux  fois  encore,  dans  le  mêniÉ 
ouvrage  {Aida). 

M™°  Kériva,  forte  chanteuse  falcon,  possède 
une  voix  pure,  au  timbre  agréable,  et  une  diction 
correcte  :  c'est  de  plus  une  intelligente  comé- 
dienne. Une  remarque  :  M""'  Kériva  a  le  défaut 
de  chanter  trop  bas;  il  s'en  faut  d'une  minime  frac- 
tion de  ton,  sans  doute,  mais  cela  suffit  poui 
agacer  une  oreille  exercée.  Peut-être  est-ce  là 
l'effet  de  notre  joli  climat  auquel  cette  artiste  paye^ 
en  ce  moment  son  tribut,  paraît-il,  sous  forme  d'un  i 
fort  enrouement. 

M"*^  Lecuyer,  chanteuse  légère  :  voix  exercée, 
d'un  timbre  joli,  grande  facilité  pour  les  vocalises, 
gentille  comédienne...  mais  la  voix  manque  un 
peu  de  volume,  et  le  public  en  parait  contrarié. 
Pourtant,  les  Gantois,  qui  sont  gens  d'esprit  — per- 
sonne n'en  a  jamais  douté,  —  disent  apprécier  les 
artistes  ne  criant  pas...  Leur  logique,  sans  doute, 
aura  évolué.  Coquin  de  progrès,  va  ! 

M™"  Fremeau,  contralto,  a  des  notes  fort  belles, 
mais  dans  le  haut  seulement.  Le  médium  et  le  bas 
existèrent  jadis,  presque  naguère...  peut-être. 

M.  Duvernet,  baryton  :  la  voix  est  juste  et  ne 
déplaît  point,  encore  qu'elle  soit  un  peu  faible,  et 
la  méthode  est  suffisante.  Cet  artiste  conscien- 
cieux paraît  devoir  fort  bien  convenir  pour 
l'emploi  dont  on  l'a  chargé. 

M.  Vallobra,  basse,  a  paru  dans  Aida  et  dans  la- 
Juive  :  le  grand  air  du  premier  acte  de  ce  dernier 
ouvrage  semble  démontrer  que  cet  artiste  manque 
d'expérience  et  d'oreille  (il  chanta,  d'un  bon  demi- 
ton,  trop  bas).  La  voix  est  lourde,  peu  profonde,  et 
la  prononciation  confuse. 

M.  Coumont,  que  nous  connaissons  depuis  l'an  ■ 
dernier,  est  un  jeune  et  déjà  expert  ténorino, . 
qui  manie  adroitement  un  gentil  filet  de  voix. 
Cependant,  on  aurait  tort,  je  pense,  de  lui  confier; 
des  personnages  comme  celui  de  Léopold  (la- 
Juive),  bien  au-dessus  de  ses  forces.  On  a  fait  bon.i 
accueil  à  cet  artiste  aimé,  mais  il  serait  insensé-; 
de  chercher  le  péril.  Même  observation  pouri 
M™"  Tachel,  qui  s'est  produite  dans  le  rôle  écra- 
sant de  Rachel.  Ceci  ne  veut  pas  dire,  je  le  répète, 
que  ces  artistes  soient  inférieurs,  mais  signifie  quei 
personne  ne  doit  forcer  leur  talent. 

Quant  à  la  troupe  d'opérette,  elle  donna,  lundi, 
une  représentation  approximative,  j'allais  dire  fort 
médiocre,  de  Boccace.  On  peut  être  plaisant  sans 
trivialité  et  comique  sans  platitude.  J'excepte  du 
reproche  M.  Coumont,  et  je  passe.  Il  3'  a  là  une 
éclatante  revanche  à  prendre. 

M.  Nicosias,  premier  chef  d'orchestre,  semble 
expérimenté  et  scrupuleux.  J'avoue  ne  point 
aimer,  —  mais  là,  point  du  tout,  —  les  nuances 
qu'il    apporte,    sous    couleur   de   «    tradition  ita- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


769 


iienne  »,dans  l'interprétation  de  certains  ouvrages 

Aïda,  Lucie). 
Les   petits  emplois,    généralement,    sont    bien 

tenus;  les  chœurs  ne  vont  pas  mal,  et  le  corps  de 

ballet  parait  en  vouloir  faire  autant. 
Un  bon  point  à  M    Martini,  directeur,  qui  est 

vraiment  animé  des  meilleures  intentions.  Il  nous 

a  promis  maintes  nouveautés,  et  voici  que,  déjà,  il 
;  tient.  Vendredis  novembre,  première  représenta- 
■  tion  en  Belgique  de  Phryné,  le  très  délicat  opéra 
[comique   de    Saint-Saëns.   A  dimanche  quelques 

notes  sur  ces  deux  actes  exquis.  L.  D.  B. 


NOUVELLES  DIVERSES 

Les  représentations  wagnériennes  de  Munich 
viennent  de  prendre  fin.  M.  André  Hallays,  qui  a 
envoyé  au  Journal  des  Débats  des  notes  très  inté- 
ressantes sur  ces  représentations,  résume  en  ces 
termes  ses  impressions  sur  l'ensemble. 

«  Jusqu'à  la  fin  des  «  cycles  »,  il  y  a  eu  de  bonnes 
et  de  mauvaises  soirées.  Certaine  représentation 
des  Maîtres  Chanteurs  a  même  été  lamentable.  Je 
n'ai  jamais  vu  cette  œuvre  aussi  cruellement  défi- 
gurée. Je  crois  bien  que  c'est  le  pitoyable  efïet  de 
cette  exécution  qui  a  décidé  le  directeur  du  théâtre 
de  Munich  à  supprimer  les  représentations  de 
Tristan  et  des  Maures  Chanteurs  d'abord  annoncées 
pour  la  fin  du  dernier  u  cycle  »  et  à  les  remplacer 
par  Lohengrin  et  Tannhattser  prudemment  affichés 
aux  prix  ordinaires  du  théâtre.  En  revanche,  la 
dernière  série  du  Ring  a  été  remarquable.  M.  Lévi 
dirigeait.  M.  Alvary  taisait  Siegfried.  M""  Ternina 
faisait  Brunnhilde.  Qui  n'a  pas  entendu  la  prodi- 
gieuse symphonie  du  iîî«§,  comprise  et  rendue  par 
Hermann  Lévi,  trouvera  toujours  un  peu  ridicule 
la  fureur  d'enthousiasme  où  elle  jette  les  specta- 
teurs les  plus  rebelles  et  les  plus  froids.  Qui  l'a 
entendue  jugera  que  tous  les  adjectifs  et  toutes  les 
exclamations  sont  bien  misérables  pour  exprimer 
les  jouissances  qu'ils  doivent  à  cet  admirable 
interprète  de  Richard  Wagner.  Hermann  Lévi 
reviendra  cet  hiver  à  Paris  où,  de  nouveau,  il  con- 
duira l'orchestre  du  Châtelet.  Remercions  M.  Co- 
lonne d'avoir  voulu  nous  procurer  cette  joie.  » 

M.  Hallays  fait  surtout  au  très  grand  éloge  de 
M"»  Ternina,  dans  le  rôle  de  Brunnhilde  ; 

«  D'un  bout  à  l'autre  de  ce  rôle,  elle  est  une 
femme,  rien  qu'une  femme  pitoyable,  amoureuse, 
oublieuse  de  son  passé  divin...  Si  Brunnhilde  est 
ainsi  représentée,  la  conception  dramatique  de 
Wagner  éclate  dans  toute  sa  beauté  et  dans  toute 
sa  simplicité.  Pour  la  bien  faire  entendre,  le  jeu 
et  la  voix  de  M""  Ternina  valent  mieux  que  vingt 
volumes  des  exégètes  les  plus  ingénieux  ». 

Autre  observation  à  propos  des  interprètes  : 
«  Ceux-ci  sont  tous  des  chanteurs  d'opéra  et  très 
peu  d'entre  eux  ont  le  sens  de  la  déclamation  et 
de  la  mimique  qui  conviennent  aux  œuvres 
wagnériennes.  Richard  Wagner  en  avait  formé 
quelques-uns  :  ils  sont  morts  ou  fourbus.  Il  faudra 


bien-  que  quelque  jour  on  s'aperçoive  que  les 
drames  de  Wagner  sont  des  drames  et  qu'en  char- 
geant des  chanteurs  d'opéra  de  les  exécuter,  on 
arrive  simplement  à  briser  la  voix  de  ces  infortunés 
sans  obtenir  d'eux  une  interprétation  satisfai- 
sante I). 

«  En  somme  »,  conclut  M.  Hallays,  «  lorsqu'on 
a  entendu  le  Ring,  ne  fût-ce  qu'une  seule  fois,  on 
est  tellement  frappé  par  l'unité  du  drame  et  la 
continuité  de  la  symphonie  qu'on  se  sent  pris  de 
colère  contre  les  barbares  qui  osent  en  isoler  les 
épisodes  et  en  déchirer  la  trame,  deux  fois  bar- 
bares, car  ce  sont  les  scènes  essentielles,  les 
scènes  en  quelque  sorte  vitales  de  la  composition 
de  Wagner  qu'ils  saccagent.  Ici,  du  moins,  les 
quatre  parties  du  Ring  sont  données  de  suite  sans 
qu'on  se  permette  d'en  supprimer  une  mesure. 
Enfin,  avouons-le,  la  plus  mauvaise  des  représen- 
tations du  théâtre  de  Munich  donne  encore 
d'inappréciables  jouissances,  si  l'on  songe  aux 
sinistres  soirées  de  l'Opéra,  où  des  Toulousains 
hurlent  des  poèmes  de  Victor  Wilder,  tandis  que, 
sous  la  direction  indulgente  d'un  flûtiste  fatigué, 
des  instrumentistes  distingués,  mais  somnolerits, 
font  entendre  des  harmonies  très  vaguement 
wagnériennes.  i) 

Suite  du  différend  Leoncavallo-CatuUe  Mendès  : 

A  la  suite  de  la  réclamation  portée  devant  la 
Société  des  Auteurs  dramatiques  par  M.  Catulle 
Mendès  qui  se  prétend  spolié  par  l'auteur  des 
Pagliacci,  la  Société  a  offert  son  arbitrage  à 
M.  Leoncavallo  et  à  M.  Sonzogno,  éditeur.  Cette 
ojïre  était  faite  à  l'éditeur  pour  le  cas  où,  par  traité, 
il  aurait  acquis  tous  les  droits  et  toutes  les  respon- 
sabilités de  l'auteur.  Si  ces  Messieurs  avaient 
accepté  l'arbitrage  proposé  —  on  sait  que  les  sen- 
tences de  la  Société  sont  sans  appel,  —  l'affaire  se 
serait  terminée  promptement  et  sans  procès. 

Mais  M.  Leoncavallo  n'a  pas  accepté  l'arbi- 
trage. M.  Leoncavallo  envoie,  au  contraire,  aux 
journaux  de  Paris,  le  texte  des  lettres  qu'il  avait 
précédemment  communiquées  à  la  commission 
des  Auteurs.  Dans  l'une,  adressée  à  M.  Sonzo- 
gno, il  aifirme  qu'il  ne  connaissait,  lorsqu'il  écrivit 
les  Pagliacci,  ni  la  Femme  de  Tabatin  de  M.  Catulle 
Mendès,  ni  le  Drame  nouveau  de  l'auteur  espagnol 
Estebanez,  qui  date  de  i83o.  Il  établit  ensuite  les 
différences  de  ces  trois  œuvres  et  il  ajoute  : 
K  Pagliacci  est  à  moi,  bien  à  moi,  entièrement  à 
moi.  »  Dans  la  seconde  lettre,  adressée  à  M.  Ca- 
tulle Mendès,  l'auteur  des  Pagliacci  reprend  les 
mêmes  arguments  et  maintient  les  mêmes  affirma- 
tions. 

M.  Leoncavallo  fait  observer,  en  outre,  qu'on 
a  joué  à  l'Opéra  un  opéra  intitulé  Tabarin,  qui  est 
de  MM.  Paul  Ferrier  et  Emile  Pessard,  et  il 
ajoute  :  «  M.  Ferrier,  parce  qu'il  est  Français,  a  le 
droit  d'avoir  la  même  idée  que  M.  Catulle  Men- 
dès, pendant  que  ce  droit  m'est  refusé,  à  moi,  Ita- 
lien. ))  Il  termine  en  disant  :  «  Puisque  M.  Men- 
dès persiste  à  croire  que  le  drame  d'Estebanez  est 
à  lui,  les  tribunaux  jugeront.  » 

Le  procès  ne  peut  manquer  d'être  intéressant. 


770 


LE  GUIDE    MUSICAL 


Pendant  un  récent  séjour  à  Ischl,  Brahms  a 
écrit  deux  sonates  pour  clarinette  et  piano,  en 
fa  mineur  et  en  mi  majeur  ;  elles  ont  été  inter- 
prétées, pour  la  première  fois,  par  l'auteur  lui- 
même  avec  un  clarinettiste  de  Meiningen, 
M.  Mlihlfeld,  en  présence  du  duc  et  de  la 
duchesse  de  Meiningen.  Les  deux  nouvelles 
œuvres  du  grand  symphoniste  seraient  mer- 
veilleusement belles. 

BIBLIOGRAPHIE 


Les  éditeurs  Mackar  et  Noël,  à  Paris,  viennent 
de  faire  paraître  toute  une  nouvelle  série  de  mor- 
ceaux nouveaux  et  d'arrangements  des  œuvres  de 
Tschaïkowsky  et  de  Charles  Lenepveu,  transcrites 
par  Albert  Lavignac.  Signalons  principalement  la 
Romance  de  Pauline  et  le  duetto  tirés  de  l'opéra  la 
Dame  de  pique  de  Tschaïkowsky. 

Chez  les  mêmes  éditeurs,  deux  petites  pièces 
pour  violon,  avec  accompagnement  de  piano,  de 
J.  Danbé  :  Canzonetta  et  Petite  Valse,  et  une  Marche 
triomphale  d'Aug.  Vincent,  transcrite  par  Francis 
Thomé.  Enfin,  un  Ave  Maria  pour  mezzo-soprano 
ou  ténor,  par  Georges  O'KelIy. 

Toutes  ces  nouveautés  sont  appelées  à  des 
succès  divers. 


NÉCROLO  GI E 

Est  décédé  : 

A  Suresnes  (Seine),  à  la  maison  de  santé  du 
docteur  Meilhan,  Victor  Koning,  l'ancien  directeur 
du  théâtre  du  Gymnase. 

Il  avait  débuté  au  Diogéne  de  Varner,  puis  il 
avait  donné  successivement  des  nouvelles  de 
théâtres  et  des  chroniques  au  Figaro,  au  Nain- 
Jaune,  au  Paris- Journal.  Il  avait  collaboré  au  livret 
de  la  Fille  de  M™"  Angot  et  à  une  vingtaine  de 
comédies,  revues,  vaudevilles  ou  drames  :  la  Mère 
Gigogne,  le  Régénérateur,  les  Supplices  des  femmes. 
Canaille  et  O»,  etc.  En  1875,  il  prit  la  direction  de  la 
Renaissance  et  commença  la  série- de >ses  succès 
avec  la  Petite  Mariée,  la  Marjolaine,  Girojlé-Girofla, 
le  Petit  Duc,  etc. 

Les  premières  années  furent  encore  plus  heu- 
reuses au  Gymnase,  avec  le  Maître  de  forges  et  Serge 
Panine,  d'Ohnet;  un  Roman  parisien,  d'Octave  Feuil- 
let; Monsieur  le  Ministre,  de  Claretie  ;  Sa/ /io,  d'Al- 
phonse Daudet;  VAbhé Constantin,  de  Crémieux  et 
de  Decourcelle,  etc.  ;  mais  bientôt  arrivèrent  les 
mauvaises  années,  et  Koning  acheva  sa  ruine  au 
théâtre  de  la  rue  Boudreau,  la  Comédie-Pari- 
sienne. 

Victor  Koning  avait  épousé  en  1884  M°'^  Jane 
Hading,  dont  il  était  divorcé  depuis  six  ans,  et  en 


COLLECTION  DE  VIEUX  INSTRUMENTS  A  CORDES 

A  VENDRE 


CONTREBASSES 

Une  contrebasse  avec  tête  de  lion,  dou- 
blement filée,  bombée,  très  vieille.     .       200     » 

Une  contrebasse  Pillmann,  très  bel  in- 
strument     25o     » 

VIOLONCELLES 

Un  violoncelle  Albani,  superbe  instru- 
ment d'un  ton  magnifique,  très  sonore    1,000     » 

Un  violoncelle  Jacobi,  italien.     .     .     .       5oo     » 
—             vieille  lutherie  française 
avec  étui  et  archet aSo     » 

ALTOS 

Un  alto  Guersan,  anno  1766.  Bel  instru- 
ment, très  bien  conservé 5oo     » 


Un  alto  Klotz,  superbe  qualité     .     .     .  3oo 
—      Hoffmann,  son  égal   sur  toutes 

les  cordes 200 

VIOLONS 

Un  Amati,  superbe  violon 7S0 

Un  Tononi,  violon  italien 7S0 

Un  Jacobus-Stainer 5oo 

Un  violon   ancien,    instrument   attribué 

au  même  luthier 3oo 

Un  Vuillaume  (imitation  Maggini)     .     .  2S0 

Un  violon  Klotz 2S0 

—  de  Tirol,  belle  qualité  .     .     .  200 

—  Hoffmann 200 

—  Ecole  allemande,  très  vieux  .  i5o 

—  —    française 100 


BREITKOPF  &  H^ETEL,  BEUXELLES 

Editeurs,    46,    Monta^^ne    de  la    Cour,  45 

PIANOS  BECHSTEIN.  —  PIANOS  BLUTHNER 


HARMONIUMS     ESTEY 


LE  GUIDE  MUSICAL 


771 


l863  une  autre  de  ses  pensionnaires,  M""'  Raphaële 
Sisos,  divorcée  elle-même. 

— La  famille  Schott  nous  prie,  et  nous  le  faisons 
volontiers,  d'exprimer  ses  bien  vifs  remerciments 
pour  les  témoignages  de  sympathie  qui  lui  ont  été 
prodigués  à  l'occasion  de  la  mort  de  M.  Pierre 
Schott. 

Elle  nous  prie  également  de  l'excuser  auprès 
des  personnes  qui,  par  oubli  n'auraient  pas  reçu 
de  faire-part. 

PIANOS  ET  HARPES 

É  K  A  R  D 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  i3,  rue  du  Mail 


RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 


Berlin 

Opéra.  —  Du  3o  septembre  au  8  octobre  :  La  Flûte 
enchantée.  Czar  et  Charpentier.  La  Walkyrie  Mara 
et  la  Fiancée  vendue.  Le  Prophète.  Premier  concert 
de  la  Chapelle  royale.  Freischûtz.  Le  Prophète  Don 
Juan. 

Bruxelles 
Théâtre  royal  de  la   Monnaie.  —  Du  3o  septembre 

au  6  octobre  ;  Le  Prophète.  Aida.  Roméo  et  Juliette. 

Faust.  Orphée.  Werther.  Relâche. 
Jeudi  ou  samedi  :  Reprise  de  Tristan  et  Iseult. 
Alcazar  royal.  —  Spectacle-concert. 
Empire-Palace  —  Spectacle-concert. 

Paris 
Opéra  —  Du  3o  septembre  au  8  octobre  :  La  Walkyrie. 

Thaïs,  la  Korrigane.  Salammbô.  Faust. 
Opéra-Comique.  —  Du  3o  septembre   au    8   octobre  ; 

Mignon   Manon.  Falstaff. 

Vienne 

Opéra.  —  Du  i"  au  8  octobre  :  Iphigénie  en  Aulide. 
Carmen.  La  Traviata.  Mara  et  les  Noces  chez  le  coif- 


Paris,  A.  DURAND    et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 


YIEET  DE  PAEAITRE 


EXERCICES  lOURNALlERS 


POUR 


LE    PIANO 


Suivis    d'exemples     tirés    d'auteurs    anciens     et  modernes 

PAR 

PRÉFACE    DE    G.    SAINT-SAËNS 
Prix   net  :   10  fr. 


772 


LE  GUIDE  MUSICAL 


feur.  Faust.  I  Pagliacci  et  Santa  Lucia  (avec  M™f  Bel- 
linami  et  le  ténor  Stagno. 
An  der  Wien.  —  Du  i"  au  8  octobre  :  Le  Baron  de^ 
Tsiganes  et  le  Maître  de  forges. 


Fanfare  municipale  de  la  ville  de  Genève 

LA  PLACE  DE  DIRECTEUR  EST  VACANTE 

Adresser  1rs  offres  <*t  «IvinniKleN  <le  rensei- 
ërnemenls  au  Pré.^idciit,  à  Oeiièvc. 


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(partitions   de  poche  pour  la  musique  de   chambre) 
DETHIER,  Gaston.  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue. 

—  Prélude  sur  le  Dies  Irce  pour  grand  orgue 

—  Romance  pour  violon  et  piano       .        "  . 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano. 
LEKEU,  G"^.  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties, 

partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano 
—  Trois  pièces  pour  piano  ........ 

RA'WAY  Erasme.  Scènes   Hindoues,  poème  symphonique  en  quatre  parties, 
réduction  à  quatre  mains       ...... 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  d'après  Hsendel,  pour  violon  et  piano 
—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano 

JCiivol     franco     des     catalogues 


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MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

PARIS 

Propriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKOWSKY,  GOTTSCHALK,  PRUDENT,  ALLARD 
des   ARCHIVES  DU  PIANO  et  de  la  CÉLÈBRE  MÉTHODE  DE  PIANO  A.  LE  CARPENTIER 
Seuls  dépositaires  de  l'^DITION  CHARNOT,  spécialement  consacrée  à  la  MUSIQUE  DE  VIOLON 


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MÉTHODES,  TRUTÉS,  ^OLFÈGES 
ET  EXERCICES  DIVERS 

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Andrade,  A.  Méthode  de 
chant  et  de  vocalisation 
adoptée  dans  tous  les  Con- 
servatoires (2''  édition)  .      .    25     » 

Aulagnier,  A.  A.  B.  C.  de 
l'harmonie,  méthode  très 
élémentaire  (2''  édition)       .      3     » 

—  Traité  des  intonations,  mé- 
thode théorique  et  pratique 
pour  prendre,  avec  la  même 
facilité,  toutes  les  intona- 
tions,même  les  plus  bizarres 
ei  les  plus  étranges;  com- 
plément indispensable  de 
tous  les  solfèges  qui  existent 

(2"  édition) 2     » 

Bax  (Saint  Yves),  professeur 
au  Conservatoire.  Exercices 
journalierspour  la  voix,  em- 
ployés dans  tous  les  Conser- 
vatoires (20''  édition)  .  20  » 
Bussine,  R.  Professeur  au 
Conservatoire.  Pages  d'e.xer- 
cice  pour  la  voi.x  (i'^  édi- 
tion)      20     » 

—  Pages   de  vocalises   pour 

la  voix  (2^  édition)    .      .     .   10    » 
Cotien,  L.  Solfège     .     .     .   i5    » 
Cuelenaere,    P.    Méthode 
pour    apprendre    à    solfier 
simultanément  dans  toutes 

les  clés »  7.'i 

Donne,  L.  Professeur  au 
Conservatoire.  Théoris  mu- 
sicale (Cours  élémentaire). 


Net    fr. 
Questionnaire     .     .      .      .     «  75 

Réponses »  75 

Durand,  E.  Professeur  au 
Conservatoire,  Solfège  élé- 
mentaire et  progressif,  théo- 
rique et  pratique,  avec  - 
accompagnement  de  piano, 
inscrit  sur  la  liste  des  ou- 
vrages fournis  gratuitement 
par  la  Ville  de  Paris  à  ses 
écoles  communales,  2"  édi- 
tion       6     )i 

Cartonnage »  3o 

Le   même,  sans   accompa- 
gnement, i"  édition.      .      .      2     » 
Cartonnage »  25 

—  Questionnaire,  marchant 
parallèlement  avec  le  sol- 
fège précédent     .      .      .      .     »  5o 

—  Leçons  de  solfège,  pour 
les  voix  graves  d'enfant,  cor- 
respondant   aux    e.xercices 

du  même  solfège.     .      .      .     i     » 

—  Solfège  à  deux  voix  égales 
(clé  de  sol),  élémentaire  et 
progressif,  avec  accompa- 
gnement de  piano,  inscrit 
sur  la  liste  des  ouvrages 
fournis  gratuitement  par  la 
Ville  de  Paris  à  ses  écoles 
communales,  2°  édition.  .  6  » 
Cartonnage »  3o 

—  Le  même,  sans  accompa- 
gnement, 3"  édition.      .      .      2  5o 
Cartonnage  .      .      .      .     )>  25 

—  Solfège  mélodique  et  pro- 
gressif, pour  l'étude  des 
trois  clés  d'»(  usitées,  avec 
accompagnement  de  piano, 
faisant  suite  au  solfège  élé- 
mentaire, 2°  édition.     .     .     6    » 


Net    fr. 
Cartonnage    .      .            .      .     »  3o 
Le   même,   sans   accompa- 
gnement, i'  édition  .      .      .     2     » 
Cartonnage »  25 

—  Traité  de  transposition  au 
piano(théorique  et  pratique)     5    » 

Duvernoy,  H  Professeur 
au  Conservatoire.  36  leçons 
de  solfège  à  changement  de 
clés  (ouvrage  couronné  par 
l'Institut)  ......   3o    » 

Maury  -  Renaud  Profes- 
seur au  Conservatoire.  Le- 
çons de  solfège  à  change- 
ments de  clés,  composées 
pour|les  examens  supérieurs 
de  chant  de  la  Ville  de 
Paris I  5o 

—  Solfège  manuscrit  à  chan- 
gements de  clés  .      .      .      .     6    » 

Simon,  M.  Cours  complet, 
théorique  et  pratique,  des 
principes  de  la  musique 
(ouvrage  adopté  au  Conser- 
vatoire)      5    » 

—  Réponses  au  Questionnaire 
Application  du  cours  com- 
plet       2  5o 

—  Cours  élémentaire,  théo- 
rique et  pratique,  des  prin- 
cipes de  musique     .      .      .      i     » 

—  Corrigé  des  devoirs  du 
cours  élémentaire    .  .«50 

—  Exercices  d'articulation 
vocale  pour  arriver  à  solfier 
avec  clarté  et  rapidité  .     .     i  5o 

—  Principes  de  la  musique, 

i'^'  Mxxe,  format  in-i6   .      .      i     » 

—  Corrigé  des  devoirs,  2'' 
livre,  in- 16 »  5o 


LE  GUIDE  MUSICAL 


773 


NOUVEAUTÉS     MUSICALES 


PUBLIEES  PAR  LA  MAISON 


SCHOTT  FRÈRES,  ÉDITEURS,  82,  MONTAGNE  DE  LA  COUR,  BRUXELLES 

OTTO  lUNNE,   Thalstrasse,  21,  Leipzi§r 


POUR  PIANO 

Dreyscbock,   Félix,   An- 
dante  Religioso  .      .      .      .      i 

Le  Pas,   A.  Aubade    à    la 
fiancée .     i 

Lunssens,  M.  Marche  so- 
lennelle (Fest-Marsch)  .      .      3 

Raif,   O.    Op.    4.   Suite  des 
Valses  à  4  mains.     ...     3 

Streabbog,  L.  Albums  (à 
.4  mains)  :  Le  Collier  de 
Perles  La  Corbeille  de 
•  Roses.  Fleur  de  Mai.  Les 
Oiseaux  de  Paradis.  Le 
Petit  Carnaval.  Les  Papil- 
lons. Les  Etoiles  d'Or. 
Chaque  album,  si.\  danses 
faciles.      .....  4 

VIOLON  ET  PIANO 

Accolay,  J.  B.  Au  bord  du 

ruisseau,  idylle  ....  2 

— La  Taglioni,  scène  de  ballet  2 
— Ruines etSouvenirs, ballade  -  2 

—Rêverie  mélancolique  .      .  2 

— Légende  écossaise    ...  2 

— Polonaise 2 


Gabriel-Marie.   «  Impres 

sions.  »  6  morceaux 

N"  I.  Simplicité. 

N"  2.  Insouciance 

N"  5  .  Quiétude  . 

N°  4.  Souvenir   , 

N°  5.  Mélancolie 

N"  6.  Allégresse. 
Hermann,    Rob.    Petites 

Variations  pour  rire,  com- 
posées sur  sept  notes 
Jebin-Prume.  Romance  . 
Tballon,  R.  Romance  . 
Ventb,  G.  Trois  morceaux  : 

N"  I.  Chanson  sans  paroles 

N"  2.  Chanson  du  soir  . 

N»  3.  La  Sérénata    . 

—  Deux  Rhapsodies  : 
No  I.  Sur  des  motifs  écossais 
No  2.   Sur    des    motifs  sué- 

doix 

VIOLONCELLE  ET  PIANO 

Pangaert    d'Opdorp,   L. 
Mélodie i 

—  Souvenir  de  Spa  lAnnette 
et  Lubin),  pour  violoncelle 

et  hautbois 2 


I  75 
I  75 
I   75 


I  90 
I  75 
I  75 

I  35 
I   35 


3  75 


DIVERS  INSTRUMENTS 

Qilis,  A.  Symphonie  d'en- 
fants. Piano,  violons  I,  H, 
ornitophone  et  triangles 

Gobbaerts,  Op  33.  Concert 
dans  le  feuillage,  pour  flûte 
et  piano 

Pietrapertosa,  12  Trans- 
criptions pour  mandoline 
et  piano 

No 


No 

No 
No 
No 
No 

No 


Baltmann,  L.,  Babil 
de  fauvette. 

2.  Cziéii/Aa, /!.,  Gavotte 

Stéphanie  . 

3.  »    de  la  Princesse  . 
^.  Dupont,  A.,  Chanson 

5.  Faucheux,  Nocturne. 

6.  "  Rêverie   . 

7.  Flon,  P.,  Le  Temps 

des  roses     . 
S.Holhnan,J  .Chanson 

d'amour. 
9.  Ludovic,  Marguerite 
o.        »         Rêve   d'un 
•  ange 


1  75 

2  5o 

1  75 

2  00 
1  75 
I    75 

I    75 

I  75 
I    75 

I    75 


Paris,  ALPHONSE  LEDUC,  Editeur,  3,  rue  de  Grammont. 


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BERNARD  RIE.  Op.  32.  Exercices  des  cinq  doigts 

—  Op.  33.  Le  Début,  25  études  faciles 

—  Op.  35.  Le  Progrès,  25  études  préparatoires 

—  Op.   36.   L'Indépendance  des  doigts,  25  études  pour  délier  les  doigts 
Op.  39    Exercices  journaliers 


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5     » 

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Op. 

5o.   Etudes' harmonieuses 
60.  Etudes  mignonnes 

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6  65 

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Sans  accompagnement i   25 

Les  mêmes  avec  accompagnement 7     " 


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musicales 

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cours  d'adultes 

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2°         »  600  Exercices i  5o 


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L.   MASSART 
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774 


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LE  GUIDE  MUSICAL 


775 


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Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

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Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

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40''  année  14  Octobre  1894  numéro  42 


SOMMAIRE 


E.  S.  —  Festival  de  Birmingham. 

Richard  Wagner.  —  Lettres  à  Auguste 
Rceckel  (Traduction  de  M.  Maurice  Kufferath). 

Hugues  Imbert.  —  Ambroise  Thomas  et 
Giuseppe  Verdi. 

t£i]rontquc  ùc  la  Semaine  :  Paris  :  Première  à'Ofello 
à  l'Opéra.  — Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  Reprise  de  Tristan  et  Iseidt,  J.  Br.  — 
Concerts  de  la  saison. 

(Horrcsponbaïucs  :  Amsterdam.  —  Anvers  :  Euryanihe 
au  Théâtre-Flamand  ;  Félix  Mottl.  —  Gand  :  Pre- 
mière de  Phryné.  —  Lille.    -  Luxembourg. 

Nouvelles  diverses. 
Répertoire  des  théâtres. 


EN  VENTE,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  l'Ecuyer; 
et  chez  les  éditeurs  de  musique.  — a  Paris  :  librairie 
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bourg :  librairie  Ammel.  —  A  Amsterdam,  Algemeene 
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A  Anvers;  M  Forst, place  de  Meir. — A  Gand  :  M™»  Beyer. 

—  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit.  —  A  Genève  ;  Ad.  Henn, 
6,  rue  Grenus.  —  a  Madrid  :  Ruiz  y  G»,    Principe,  14. 

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778 


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40'î  ANNÉE.  —  Numéro  42. 


PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


14  Octobre  1894. 


LE  FESTIVAL  DE  BIRMINGHAM 


Londres,  le  8  octobre  1894. 

E  viens  d'assister  à  ce  festival  en 
quatre  journées,  qui  a  lieu  tous 
les  trois  ans  et  dont  voici  le  pro- 
gramme : 

Première  journée,  matin  :  Elie,  Mendelssohn. 

Soir  :  Te  Deum  de  Berlioz;  symphonie  n°  2 
de  Brahms;  air  à' Alexandre  de  Haendel  (M™= 
Henschel);  ouverture  nautique  Britannia  de 
Mackenzie;  monologue  et  duo  des  Maîtres 
Chanteurs  de  R.  Wagner  (M.  et  M™"  Hen- 
schel) ;  Rhapsodie  n°  4  de  Liszt. 

Deuxième  journée,  matin  :  Oratorio  le  Roi  Saiïl, 
composé  expressément  pour  ce  festival  par 
M.  Hubert  Parry,  dirigé  par  l'auteur. 
Soir  :  Cantate  posthume  le  Cygne  et  V Alouette 
de  Goring  Thomas;  Lohgesang  de  Mendels- 
sohn; ouverture  In  Memoriam  de  sir  A.  Sul- 
livan. 

Troisième  journée,  matin  :  Messie  de  Haendel. 
Soir  :  Ouverture  pour  Egmont  de  Beethoven  ; 
Siahat  Mater ^  composé  expressément  pour  ce 
festival  par  •  G.  Henschel,  dirigé  par  l'auteur  ; 
symphonie  (fragment)  en  si  mineur  de  Schu- 
bert; Rhapsodie  pour  contralto  solo,  chœur 
d'hommes  et  orchestre  (chantée  parM'^^Brema); 
ouverture  :  Htisitska  de  Dvorak. 

Quatrième  journée,  matin  :  Messe  solennelle  en  ré  de 
Chérubini;  scène  du  Vendredi-Saint  de  Par- 
sifal  de  Wagner;  symphonie  en  mi  bémol  de 
Mozart. 

Soir  :  Ouverture  de  Tannhauser,  Wagner  ; 
Faust,  troisième  partie,  de  Schumann  ;  Syiii- 
phonie  n°  ç,  avec  chœur,  de  Beethoven. 

L'orchestre,  de  cent  vingt-huit  musiciens, 
se  composait  des  meilleurs  instrumen- 
tistes de    Londres  ;    le    chœur,    d'environ 


quatre  cents  chanteurs,  venait  en  partie  de 
Birmingham  même,  en  partie  des  villes 
environnantes,  le  tout  sous  la  direction  de 
H  ans  Richter. 

L'impression  que  j'ai  rapportée  de  cette 
fête  est  que  les  Anglais,  s'ils  ne  comptent 
pas  encore  comme  musiciens  créateurs, 
sont  du  moins,  comme  exécutants,  parve- 
nus à  se  placer  au  tout  premier  rang,  et  je 
ne  sais  même  pas  s'ils  ne  sont  pas  les  meil- 
leurs que  nous  ayons  aujourd'hui.  La  supé- 
riorité de  l'orchestre  que  je  viens  d'enten- 
dre ne  résulte  pas  seulement  de  l'excellence 
des  artistes  qui  en  font  partie,  elle  est  une 
conséquence  de  la  richesse  du  pays,  de  la  . 
qualité  absolument  hors  de  pair  de  leurs 
instruments.  De  là,  une  beauté  de  son 
dont  on  ne  trouverait  l'équivalent  nulle 
part.  Et  que  dire  du  choeur  !  L'Angleterre 
est,  par  excellence,  le  pays  des  grandes 
exécutions  chorales;  les  voix  humaines  y 
sont  d'un  timbre,  d'une  sonorité,  d'une  pu- 
reté exceptionnels.  La  fraîcheur,  l'ampleur 
et  la  justesse  des  soprani,  dans  les  regis- 
tres aigus,  sont  absolument  surprenantes 
et  l'on  ne  peut  assez  admirer  l'ardeur,  la 
persévérance,  l'enthousiasme  de  tout  ce 
monde,  qui  se  sont  maintenus  inébran- 
lables pendant  toute  la  durée  de  cet 
énorme  programme. 

Les  solistes  principaux  aussi,  quelques 
uns  de  nationalité  anglaise  ou  anglo-améri- 
caine, les  autres  allemands  ou  français  : 
jVjmes  Albani,  Brema  (la  Kundry  et  l'Or- 
trude  de  Bayreuth,  de  cet  été),  M.  et 
Mni'  Henschel,  le  ténor  Lloyd,  les  barytons 
Oudin  et  Black,  peuvent  être  cités  parmi 
les  premiers  du  monde. 

Le  clou  du  festival  a  été  la  Neuvième 
Symphonie  de  Beethoven.  Au  point  de  vue 
de  la  grandeur  et  de  la  perfection  absolue, 
l'exécution  a  laissé  loin  derrière  elle  toutes 
celles  auxquelles  j'avais  assisté  jusqu'à  pré- 


780 


LL  GUIDE  MUSICAL 


sent,  et  cela  dans  les  pays  les  plus  divers. 

Parmi  les  œuvres  chorales,  à  part  cette 
symphonie,  les  impressions  les  plus  pro- 
fondes ont  été  produites  par  le  Te  Detim  de 
Berlioz  (peut  être  le  chef-d'œuvre  du  maître 
français)  et  la  Messe  solennelle  en  ré  mineur 
de  Chérubini.  Pour  beaucoup,  cette  der- 
nière a  été  une  révélation.  Que  de  fois 
n'entend-on  pas  dire  de  la  musique  de 
Chérubini  qu'elle  est  froide  et  démodée  ! 
Combien  ce  reproche  est  injuste,  c'est  ce 
qu'a  démontré  clairement  l'exécution  de 
Birmingham.  Cette  messe  atteint,  à  l'aide 
de  moyens  en  apparence  les  plus  simples, 
à  ce  que  nous  possédons  de  plus  noble, 
de  plus  grand  dans  l'art  musical.  La  forme 
vraiment  classique,  la  facture  claire  et 
transparente,  la  profondeur  du  sentiment, 
la  manière  supérieure  et  spirituelle  de  trai- 
ter l'orchestration  et  les  parties  vocales, 
tout  contribue  à  faire  de  cet  ouvrage  un 
vrai  chef-d'œuvre.  Il  était  curieux  de  voir 
Chérubini  et  Berlioz,  ces  deux-  antago- 
nistes d'autrefois,  se  rencontrer  côte  à  côte 
sur  un  même  terrain,  comme  ici,  et  pro- 
duire, malgré  leurs  styles  si  divergents, 
leurs  effets  si  différents,  une  impression 
également  vive. 

Je  n'ai  pu,  malheureusement,  assister  à 
l'exécution  du  nouvel  oratorio  le  Roi  Saûl 
de  l'excellent  compositeur  anglais  Hubert 
PaiTy,  mais  on  m'a  dit  que  cet  ouvrage  a 
été  chaleureusement  applaudi  par  le  public. 
L'œuvre  est,  dit-on,  pleine  de  beautés, 
mais,  malheureusement,  un  peu  traînante 
par  sa  longueur  démesurée. 

Quant  au  Sabat  Mater  de  M.  Henschel, 
c'est  l'œuvre  de  l'artiste  habile  et  versatile 
que  nous  connaissons.  Avec  lui,  il  ne  peut 
être  question  d'un  style  original;  la  fré- 
quence des  modulations  extraordinaires  et 
cherchées  produit  chez  l'auditeur  un  sen- 
timent de  monotonie  et  de  fatigue. 

Parmi  les  morceaux  pour  orchestre  seul, 
il  faut  noter  comme  véritables  merveilles 
d'exécution  les  symphonies  de  Brahms,  de 
Schubert,  de  Mozart  et  l'ouverture  du 
Tannhœuser. 

Le  Paiist  de  Schumann  (3"  partie),  cette 
œuvre  si  élevée,  n'a  pas  produit  sur  le  pu- 
blic l'impression    que   j'en   attendais.   Je 


crois  que  la  traduction  tout  à  fait  médiocre 
du  poème  de  Gœthe  a  été,  en  grande  partie, 
la  cause  de  ce  succès  douteux,  le  public 
étant  dans  l'impossibilité  de  comprendre 
et  de  suivre  le  sens  de  la  musique. 

Il  faut  mentionner,  toutefois,  le  superbe 
air  pour  baryton  du  Docteur  Marianns  (avec 
accompagnement  de  harpe),  qui  a  laissé 
uneimpression  profonde,  grâce  à  M.  Oudin, 
dont  l'interprétation  a  été  d'une  intensité 
de  sentiment  et  d'une  noblesse  qui  rappe- 
laient l'art  inimitable  de  Stockhausen. 

La  B.hapsodie  de  Brahms  a  été  beaucoup 
admirée,  surtout  par  les  connaisseurs  ; 
M"=  Brema  a  largement  contribué  au  suc- 
cès de  cet  ouvrage,  par  la  chaleur,  la  sin- 
cérité et  la  perfection  de  son  interprétation 
de  la  partie  de  contralto. 

A  la  fin  du  dernier  concert,  l'auditoire, 
d'environ  deux  mille  personnes,  a  prodi- 
gué à  Hans  Richter  des  ovations  sans  fin, 
et  ceci  n'était  que  justice,  car  le  succès 
énorme  de  ce  grandiose  festival  doit  être 
attribué,  en  premier  lieu,  à  la  maîtrise  du 
grand  kapellmeister,  qui  en  a  été  l'àme  et 
l'esprit. 

Ces  quatre  journées  de  musique  avaient 
attiré  une  foule  énorme.  On  n'a  pas  compté 
moins  de  I2,i65  entrées;  la  recette  brute 
s'est  élevée  à  325, ooo  francs,  les  dépenses 
ont  été  de  220,000  francs  ;  le  bénéfice  net, 
qui  revient  à  l'Hôpital  général  de  Birmin- 
gham, sera  donc  de  io5, 000  francs  !  Vous 
voyez  que,  sous  tous  les  rapports,  on  fait 
les  choses  grandement  en  Angleterre. 

Le  premier  festival  de  Birmingham  a  eu 
lieu  en  1768;  depuis  1796,  ces  fêtes  sont 
devenues  triennales.  En  1802,  on  y  exécuta 
la  Création  de  Haydn.  En  i837,  Mendels- 
sohn  y  dirigea  son  oratorio  Saint  Paul  et 
se  produisit  comme  organiste.  En  1846,  il 
y  dirigeait  encore  son  oratorio  £"//<?,  expres- 
sément composé  pour  ce  festival.  Ces  quel- 
ques dates  m'ont  paru  intéressantes  à 
rappeler  et  vous  prouveront  que  Birmin- 
gham a  sa  place  dans  l'histoire  de  l'art. 

E.  S. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


781 


LETTRES  DE  RICHARD  WAGNER 

A 

AUGUSTE  RŒCKEL 

(Traduites    par    M.    Kufferath) 
(Suite.   -  Voir   les   nos   33,    3g   40,   et   41). 


Je  suis  tenté  de  croire  que  c'est  moins 
l'absence  de  clarté  du  poème  dans  sa  forme 
actuelle  que  le  point  de  vue  assez  éloigné  du 
mien  où  tu  t'es  placé  qui  fait  que  certains 
points  sont  demeurés  pour  toi  incompré- 
hensibles. De  pareilles  erreurs  ne  sont,  en  effet, 
possibles  que  de  la  part  d'un  lecteur  qui  crée 
lui-même  en  lisant,  qui  ajoute  quelque  chose 
de  son  propre  fond  :  tandis  que  le  lecteur  ou 
l'auditeur  naïf,  il  est  vrai  sans  conscience  bien 
assurée,  comprend  plus  aisément  la  chose  telle 
qu'elle  est.  Pour  moi,  mon  poème  veut  dire 
ceci  :  Représentation  de  la  réalité  analysée  plus 
haut.  Au  lieu  des  mots  :  a  Un  jour  sombre 
approche  des  dieux  ;  dans  la  détresse  là-bas 
s'éteindra  ta  race,  si  tu  ne  quittes  pas  l'anneau  !» 
je  fais  dire  maintenant  à  Erda  :  «  Tout  ce  qui 
est,  doit  finir  ;  un  jour  sombre  se  lève  pour  les 
dieux  :  je  te  le  conseille,  quitte  l'anneau  !  (i)  » 

Nous  devons  apprendre  à  mourir,  à  mourir 
dans  le  sens  le  plus  étendu  du  mot  :  la  peur  de 
la  fin  est  la  source  de  toute  insensibilité  (2)  : 
l'égoïsme  apparaît  là  où  l'amour  même  com- 
mence à  pâlir.  Comment  s'est-il  fait  que  ce 
sentiment,  le  suprême  délice  de  tout  être  vivant, 
ait  fui  si  loin  de  la  race  humaine  que  tout  ce 
que  celle-ci  entreprend,  ce  qu'elle  organise  et 
fonde,  émane  de  cette  terreur  de  la  Fin  ?  Mon 
poème  le  montre.  Il  montre  la  nature  dans  sa 
vérité  non  fardée,  avec  toutes  les  contradic- 
tions, la  nature  qui,  dans  l'infinie  diversité  de 
ses  mouvements,  comprend  également  les  élé- 
ments qui  se  repoussent  les  uns  les  autres. 

Ce  n'est  pas  le  refus  qu'Alberich  essuie  de  la 

(i)  Allusion  à  la  scène  IV  de  l'Or  du  Rhin,  entre  ErJa 
et  Wotan. 

(2)  Lieblosigkeit ,  absence  d'amour,  insensibilité,  cru- 
auté, égoïsme. 


part  des  filles  du  Rhin,  —  ce  refus  était  tout 
naturel, — qui  est  l'origine  décisive  du  Malheur; 
Alberich  et  son  anneau  n'auraient  pu  nuire  aux 
dieux,  si  ceux-ci  n'avaient  été  auparavant 
accessibles  au  Mal.  Où  donc  est  la  source  du 
Malheur?  Relis  la  première  scène  entre  Wo- 
dan  (i)  et  Fricka,  —  qui  se  continue  jusqu'à  la 
scène  du  deuxième  acte  de  la  Walkyrie.  La 
volonté  de  prolonger  au  delà  du  changement 
nécessaire  le  lien  sacré  qui  les  unit  tous  les 
deux  par  suite  d'une  erreur  involontaire  de 
l'amour,  leur  résistance  à  l'éternelle  rénovation 
et  à  la  variabilité  du  monde  des  apparences, — 
voilà  ce  qui  conduit  les  deux  conjoints  jusqu'à 
la  torture  d'une  mutuelle  absence  d'amour.  La 
suite  de  tout  le  poème  développe  la  nécessité 
de  se  soumettre  et  de  céder  au  changement,  à 
la  variabilité,  à  la  multiplicité,  à  l'éternelle 
nouveauté  de  la  nature  et  de  la  vie.  Wodan 
s'élève  jusqu'à  cette  hauteur  tragique  de  «  vou- 
loir »  son  anéantissement.  C'est  là  tout  l'ensei- 
gnement que  nous  pouvons  tirer  de  l'histoire 
de  l'humanité  :  vouloir  ce  qui  est  inévitable  et 
l'accomplir  nous-mêmes.  L'œuvre  créatrice  de 
cette  volonté  suprême  de  s'anéantir  soi-même, 
c'est  la  conquête  de  l'homme  sans  crainte  et 
toujours  aimant  :  Siegfried.  —  Voilà  tout.  — 
Dans  le  détail,  au  drame  se  mêle  la  puissance 
malfaisante,  empoisonneuse  de  l'amour  :  l'or 
ravi  à  la  nature  et  mal  employé,  l'anneau  du 
Nibelung  :  la  malédiction  qui  s'attache  à  lui 
n'est  effacée  que  lorsqu'il  est  restitué  à  la  nature, 
lorsqu'il  s'engloutit  dans  les  flots  du  Rhin. 
Wodan  lui-même  ne  reconnaît  cela  que  tout  à 
la  fin,  à  l'extrême  limite  de  sa  carrière  tragique  : 
ce  que  Loge,  tout  au  début,  lui  avait  dit  et 
répété  avec  émotion,  le  dieu  dévoré  d'ambition 
n'avait  pas  voulu  l'écouter;  tout  d'abord,  il 
apprend,  —  par  le  meurtre  de  Fafner,  —  à 
connaître  la  puissance  de  la  malédiction  ;  mais 
c'est  seulement  quand  l'anneau  anéantit  aussi 
Siegfried  qu'il  comprend  que  la  restitution  de 
l'or  peut  seule  arrêter  le  mal,  et  c'est  pourquoi 
il  fait  dépendre  sa  propre  fin,  qu'il  désire,  de 
l'expiation  d'une  faute  originaire.  L'expérience 
est  tout.  Siegfried  lui-même  (l'homme  isolé) 
n'est  pas  «  l'être  humain  »  complet;  il  n'est 
qu'une  moitié,  ce  n'est  qu'avec  Brunnhilde 
qu'il  devient  le  Rédempteur  ;  un  setd  ne  peut 


(i)  J'ai  cru  devoir  respecter  l'orthographe  de  ce  nom 
qui  est  devenu  Wotan  dans  la  version  définitive. 


782 


LE  GUIDE  MUSICAL 


rien  ;  il  faut  être  plusieurs,  et  la  femme  qui  se 
sacrifie  devient,  à  la  fin,  la  véritable  rédemptrice 
consciente  :  car  l'amour  c'est,  en  somme,  «  l'éter- 
nel féminin  »  même.  —  Voilà  pour  les  grands 
traits  généraux,  ils  contiennent  tous  les  autres 
traits  de  détail,  plus  précis. 

Je  ne  puis  m'imaginer  que  tu  aies  compris  le 
poème  autrement  qu'en  ce  sens  ;  seulement,  il 
me  semble  que  tu  as  attaché  aux  anneaux 
moyens  et  intermédiaires  de  la  grande  chaîne 
plus  d'importance  qu'ils  n'en  ont  par  eux-mêmes; 
comme  si  tu  avais  en  cela  obéi  à  une  nécessité, 
pour  justifier,  au  moyen  de  mon  poème,  une 
thct^e  à  toi,  préconçue.  En  général,  tu  ne 
m'as  pas  touché  avec  certaines  de  tes  observa- 
ticrr  à  propos  du  manque  de  clarté.  Je  crois,  au 
contraire,  que  je  me  suis  gardé  avec  une  psocz 
grande  justesse  d'instinct  du  désir  de  trop  expli- 
quer, car,  à  mon  sens,  il  est  évident  qu'une  trop 
apparente  manifestation  des  intentions  trouble 
au  lieu  d'aider  la  compréhension  ;  l'important 
dans  le  drame,  —  comme  en  général  dans 
l'oeuvre  d'art,  —  est  d'agir  non  par  l'exposé  des 
intentions,  mais  par  la  représentation  d'événe- 
ments involontaires.  C'est  cela  justement  qui 
distingue  mon  sujet  poétique  des  sujets  politi- 
ques que  l'on  traite  presque  exclusivement 
aujourd'hui.  Tu  voudrais,  par  exemple,  que  je 
iTx^'que  mieux  que  je  ne  l'ai  fait  les  intentions 
de  Wodan,  quand  il  paraît  dans  le  Jeune 
S'egfried;  tu  nuirais  ainsi  très  sensiblement 
à  l'arbitraire  voulu  au  plus  haut  point  dans 
le  développement  de  l'action.  Wodan,  après 
le  départ  de  Brunnhilde,  n'est  plus  en  vérité 
qu'un  e.jp"  it  qui  abdique  ;  !e  plus  qu'il  peut 
encore  vouloir,  c'est  que  les  choses  s'accom- 
plissent, qu'elles  aillent  comme  elles  vont, 
sans  intervenir  désormais  d'une  façon  détermi- 
née; c'est  pourquoi  il  est  devenu  le  «  Voy..- 
geur.  »  Regarde-le  bien  !  il  nous  -e.--,  p.aible  à.  c  •' 
méprendre;.'!  est  la  somme  de  r'o  p'''gence 
actuelle,  tandis  que  ^'egfri^d  est  '''or>rre 
désiré,  vo^'^u  par  nous,  Tlio  nme  del'avenir,  qui 
ne  peut  toutefois  être  fait  par  nous,  qiii  doit,  r^i 
contraire,  oe  fa're  'i'i-a?6me  pi.r  «  i  o  -e  anéan- 
tissement ».  Sous  cette  forme,  -  *u  en  con- 
vierïdras,  —  Wodan  doit  no'is  .■■'•é'esser  vive- 
ment, tandis  qu'il  no'iS  pavaitrait  indigne, 
pareil  à  un  subtil  intrigant,  s'il  donnait  des 
conseils  dirigés  «  en  apparence  »  contre  Sieg- 
fried, en  réalité  destinés  à  le  sauver  lui-même  ; 


ce  serait  une  duperie,  digne  de  nos  héros  poli- 
tiques, mais  non  de  mon  dieu  qui  marche 
vai'amment  à  sa  perte.  Vois,  comme  il  se  pose 
devant  Siegfried,  au  troisième  acte!  En  face 
de  son  anéantissement,  il  est  enfin  si  complète- 
ment h'.imain  que,  —  en  dépit  de  ses  intentions, 
-"  son  vieil  orgueil  se  redresse  et  (remarque-le 
b'en)  excité  par  —  jalousie  pour  Brunn- 
hilde ;  car  celle-ci  est  devenue  son  point  vulné- 
rable. Il  veut,  en  quelque  sorte,  ne  pas  se  laisser 
mettre  de  côté  sans  résistance,  il  veut  tomber, 

—  être  vaincu  :  mais,  cela  aussi,  est  si  peu 
intentionnel  chez  lui  qu'aussitôt,  dans  l'entraî- 
nement de  la  passion,  il  part  à  de  nouvelles 
conquêtes,  des  conquêtes  qui,  —  ainsi  qu'il  le 
dit, — ne  peuvent  que  le  rendre  plus  malheureux. 

—  Pour  marquer  mes  intentions,  j'ai  dû  impo- 
ser à  mon  sentiment  des  limites  extrêmement 
ifclicates  :  mon  héros,  bien  entendu,  ne  doit 
pas  donner  l'impression  d'un  inconscient  ;  j'ai 
cherché,  au  contraire,  à  représenter  en  Siegfried 
l'homme  le  plus  parfait,  selon  ma  conception, 
dont  la  conscience  so  révèle  en  cela  qu'elle  ne 
se  manifeste  jamais  que  dans  la  vie  et  l'acte 
immédiatement  présents  ;  à  quelle  hauteur 
s'é'ève  cette  conscience,  —  qui  ne  peut  jamais 
être  exprimée,  —  c'est  ce  que  te  rendra  clair  la 
scène  de  Siegfried  avec  les  filles  du  Rhin  ;  ici, 
nons  apprenons  que  Siegfried  est  infiniment 
sachant,  car  il  sait  la  chose  essentielle,  à  3<rVoir 
que  la  mort  est  meilleure  que  la  vie  dans  la 
peur:  il  connaît  aussi  l'anneau,  mais  il  méprise 
sa  puissance,  parce  qu'il  a  mieux  à  faire  ;  il  le 
garde  seulement  comme  témoignage  de  ce  qu'il 
n'a  pas  appris  à  avoir  peur.  Conviens  que  devant 
ce^  homme  pâlit  nécessairement  toute  la  splen- 
deur des  dieux  ! 

Ce  qui  rre  f'appe  le  plus,  c'est  ta  question  : 
Pourquoi,  p.'.'jque  "or  est  rendu  ^  i  Rb-a,  'es 
dieux  doivent-ils  réanmoins  périr? 

je  crois  que,  moyennant  une  bonne  repré- 
sentation, )e  spectateur  le  p  fs  ngVf  D'à,; .'cuvera 
pas  le  moindre  doute  à  ce  sujet.  Bien  entendu, 
la  destruction  fioa'e  r.  se  déduit  pv,s  de  .o".  e- 
points  :  ceux-ci,  oa  pourrait,  cela  ^.  sans  dire, 
les  interpréter,  les  retourner  et  les  détourner, 

—  il  Grifiraitr  <i  po'^acien  y-.'  .v  .  poi>r  ce  (e 
besogne;  c'eFl  six^yement  de  ro  eoea.ixent 
intime  que  doit  naître,  —  comaie  cela  a  lieu 
po".r  Wodan,  —  la  nécessité  de  l'anéantisse- 
ment. C'est  là  ce  qui  importait  ;  jusdfier  par  le 


LE  GUIDE  MUSICAL 


783 


sentiment  cette  nécessité  ;  et  c'est  ce  qui  arrive 
tout  naturellement,  quand  on  suit  avec  sym- 
pathie, du  commencement  à  la  fin,  le  déve- 
loppement de  l'action  avec  tous  ses  motifs 
simples  et  naturels;  lorsque,  finalement,  Wo- 
dan  exprime  cette  nécessité,  il  doit  exprimer 
tout  uniment  ce  que  nous  tenons  déjà  pour 
inéluctable.  Quand,  à  la  fin  de  l'Or  du  Rhin, 
s'adressant  aux  dieux  qui  entrent  dans  le  Wal- 
hall,  Logue  leur  dit  :  «  Ils  vont  à  leur  perte, 
ceux  qui  se  croient  si  forts  dans  leur  stabilité  » , 
il  ne  fait  que  manifester  notre  propre  impres- 
sion, car,  si  l'on  a  suivi  avec  attention  ce  pro- 
logue, sans  subtiliser,  sans  trop  peser,  en  lais- 
sant les  événements  agir  sur  son  sentiment,  on 
donnera  raison  à  Logue. 

Laisse-moi  te  parler  encore  de  Brunnhilde. 
Tu  la  méconnais  aussi,  après  tout,  quand  tu 
trouves  qu'elle  se  montre  dure  et  obstinée  en 
refusant  à  Wodan  de  lui  céder  l'anneau  (i). N'as- 
tu  pas  oublié  que  Brunnhilde  s'est  séparée  de 
Wodan  et  de  tous  les  dieux,  pour  obéir  à  l'amour, 
parce  que,  —  lorsque  Wodan  combinait  des 
plans,  —  elle  aimait  ?  Depuis  que  Siegfried  l'a 
réveillée,  elle  n'a  point  d'autre  savoir  que  le 
savoir  de  l'amour.  Eh  bien,  le  symbole  de  cet 
amour,  c'est,  —  lorsque  Siegfried  la  quitte,  — 
cet  anneau  :  quand  Wodan  le  lui  réclame,  elle 
n'a  plus  présent  à  l'esprit  que  ce  qui  l'a  sé- 
parée de  Wodan  (parce  qu'elle  a  agi  par  aiîiour)  ; 
elle  ne  sait  plus  qu'une  chose,  qu'elle  a  renoncé 
à  sa  divinité  pour  obéir  à  l'amour.  Mais  elle 
sait  aussi  que  l'amour  est  la  seule  chose  divine  ; 
périsse  donc  la  splendeur  duWalhall,  l'Anneau 

—  (l'Amour),  —  elle  ne  le  sacrifiera  pas.  Je  te 
le  demande,  combien  ne  paraîtrait-elle  pas  mi- 
sérable, avare  et  banale,  si  elle  refusait  de 
céder  l'anneau,  parce  que  (peut-être  par  Sieg- 
fried) elle  aurait  appris  le  charme  dont  il  est 
revêtu,  elle  aurait  connu  la  puissance  de 
l'or?  C'est  un  sentiment  que  tu  ne  peux 
vraiment  supposer  à  cette  admirable  femme  ? 

—  Si  tu  frissonnes,  au  contraire,  en  voyant 
qu'elle  garde  précieusement  le  symbole  de 
l'amour  justement  dans  cet  anneau  maudit, 
alors  tu  éprouveras  tout  à  fait  d'après  mon 
sentiment  et  tu  reconnaîtras  la  puissance  de 
la  malédiction  du  Nibelung  en  ce  qu'elle 
a  de  plus  terrible  et  de  plus  tragique  ;   alors 

(i)  Allusion  à  la  scène  de  Waltraute  (acte  I)  du  Cré- 
pxtscuU  des  Dieux. 


aussi,  tu  te  rendras  compte  de  la  nécessité  de 
tout  le  dernier  drame,  «  la  mort  de  Siegfried  ». 
C'est  ce  qu'il  fallait  que  nous  vissions  pour 
comprendre  les  détresses  causées  par  l'or. 
Pourquoi  Brunnhilde  cède  si  vite  à  Siegfried, 
masqué? Parce  que  celui-ci  lui  arrache  l'anneau, 
qui  était  sa  seule  force.  En  général,  toute 
l'horreur,  tout  ce  qu'il  y  a  de  démoniaque 
dans  cette  scène,  t'a  complètement  échappé  : 
à  travers  le  feu,  que  Siegfried,  seul,  —  elle  le 
savait  et  l'a  éprouvé,  — devait  pouvoir  vaincre, 
un  «  autre  » ,  —  sans  difficulté,  —  arrive  à  elle  : 
tout  s'effondre  aux  pieds  de  Brunnhilde,  tout 
se  disjoint  ;  dans  un  combat  terrible,  elle  est 
domptée,  elle  «  est  abandonnée  de  Dieu  ».  Et, 
de  plus,  c'est  Siegfried  en  personne  qui  lui 
ordonne  de  partager  sa  couche,  —  Siegfried, 
qu'inconsciemment  —  (ce  qui  la  trouble  davan- 
tage) —  elle  reconnaît  presque,  —  malgré  son 
déguisement,  à  l'éclat  de  son  œil.  (Tu  sens,  qu'il 
se  passe  ici  une  chose  qui  «  ne  peut  s'expri- 
mer »  et  tu  as  grand  tort  de  m'interpeller  pour 
que  je  parle  !) 

Mais  voilà  que  je  me  suis  étendu  extraordi- 
nairement,  en  long  et  large  :  je  le  craignais  et 
c'est  ce  qui  a  toujours  retardé  ma  lettre.  J'ai 
éprouvé  une  terreur  de  ce  que  tu  avais  pu  mal 
comprendre  aussi  totalement  certains  traits. 
Il  est  vrai  qu'ainsi  j'ai  pu  me  convaincre  que 
seule  l'œuvre  complètement  terminée  pourrait, 
dans  des  conditions  favorables,  se  défendre  de 
l'incompréhension  ;  et  puis,  comme  je  ressen- 
tais un  véhément  désir  d'entreprendre  la  com- 
position musicale,  je  m'y  suis  mis  très  joyeu- 
sement avant  de  t'écrire.  La  composition, 
maintenant  terminée,  de  l'Or  du  Rhin,  si 
difficile  et  si  important,  m'a,  tu  le  vois,  rendu 
une  grande  sûreté.  Que  de  choses,  étant  donné 
la  nature  de  mon  plan  poétique,  ne  pouvaient 
devenir  claires  que  par  la  musique  !  c'est 
ce  dont  j'ai  pu  me  rendre  compte  de  nouveau  ;  je 
ne  puis  plus  regarder  maintenant  mon  poème 
sans  musique.  Quand  le  moment  sera  venu,  je 
pense  pouvoir  te  communiquer  aussi  la  parti- 
tion. Pour  le  moment,  je  me  borne  à  te  dire 
qu'elle  est  devenue  une  unité  fortement  consti- 
tuée :  l'orchestre  n'a,  pour  ainsi  dire,  pas  une 
mesure  qui  ne  se  développe  d'un  motif  anté- 
rieur. Mais,  sur  ce  sujet,  il  est  impossible  de 
nous  expliquer  par  écrit. 

Ce  que  tu  me  dis  au  sujet  de  l'exécution  et 


LE  GVIDE  MUSICAL 


de  la  représentation  de  l'ensemble,  a  mon  en- 
tière approbation  :  tu  sais  entièrement  de  quoi 
il  s'agit.  Certainement,  je  suivrai  tous  tes  con- 
seils. Comment  j'arriverai  à  faire  représenter 
mon  œuvre,  c'est  un  problème  extrêmement 
difficile.  Mais  je  m'en  occuperai  en  temps  et 
lieu,  sinon  je  ne  verrais  plus  de  but  à  ma  vie. 
Je  crois  avec  quelque  certitude  que  toute  la 
partie  purement  matérielle  de  l'entreprise  est 
réalisable  :  mais  —  les  interprètes?!  Quand  j'y 
pense,  je  soupire  profondément.  Naturellement, 
je  devrai  m'adresser  à  de  jeunes  artistes,  qui 
n'auront  pas  encore  été  «  ruinés  »  complète- 
ment par  nos  scènes  d'opéra  :  je  ne  songe  pas 
un  instant  à  m'adresser  à  des  «  célébrités  ». 
Il  faudra  voir  naturellement  comment  il  sera 
possible  de  faire  l'éducation  de  mon  jeune 
monde  ;  ce  que  je  préférerais,  ce  serait  d'avoir 
ma  troupe  sous  la  main  pendant  une  année, 
sans  qu'elle  paraisse  en  public  ;  je  devrais  être 
quotidiennement  en  communication  avec  mes 
artistes,  les  mettre  à  l'épreuve  comme  hommes 
et  artistes,  et  les  laisser  ainsi  mûrir  peu  à  peu 
pour  la  tâche  à  accomplir.  Bref,  en  admettant 
les  circonstances  les  plus  favorables,  je  ne  dois 
pas  compter  sur  la  première  exécution  avant 
l'été  de  i858.  Qu'importe,  au  demeurant,  ce 
que  cela  durerai  C'est  un  stimulant  qui  me 
donne  la  force  de  vivre  que  de  concentrer  de  la 
sorte  mon  activité  sur  un  projet  qui  est  à  moi 
tout  entier.  Pour  le  reste,  je  demeure  sourd  à 
tous  tes  conseils  relativement  à  l'organisation 
de  ma  vie  :  en  cette  matière,  on  ne  fait  rien  soi- 
même,  tout  se  fait.  Moi  aussi,  je  t'assure,  j'ai 
déjà  pensé  souvent  au  «  laboureur  »  :  pour 
redevenir  un  homme  sain,  je  suis  allé,  il  y  a 
deux  ans,  dans  une  station  faire  une  cure 
d'eaux;  je  voulais  abandonner  l'art  et  tout, 
pour  redevenir  un  homme  de  la  nature.  Cher, 
que  j'ai  ri  depuis  en  pensant  à  ce  naïf  propos, 
j'étais  sur  le  point  de  devenir  fou  !  Aucun  de 
nous  ne  verra  la  terre  promise  ;  nous  devons 
tous  mourir  dans  le  désert.  L'esprit,  —  comme 
l'a  dit  quelqu'un,  —  est  une  maladie  ;  et  elle  est 
incurable.  Dans  les  circonstances  actuelles  de 
la  vie,  la  nature  n'autorise  que  des  anomalies  ; 
notre  condition,  —  pour  ceux  qui  ont  le  plus 
de  chance,  —  est  d'être  martyrs  ;  qui  voudrait 
se  soustraire  à  ce  sort  se  révolterait  contre  les 
possibilités  de  l'existence.  Pour  moi,  je  ne 
peux  plus  vivie  maintenant  qu'en  artiste  :  tout 


le  reste,  —  puisque  je  ne  puis  plus  embrasser 
ni  la  vie  ni  l'amour,  —  me  dégoûte,  ou  ne 
m'intéresse  qu'au  point  de  vue  de  ses  attaches 
avec  l'art.  Cela  produit  une  vie  pleine  de  souf- 
frances, mais  c'est  tout  au  moins  la  seule  vie 
possible.  D'autre  part,  j'ai  fait  de  merveilleuses 
expériences  avec  mes  œuvres;  quand  je  subis 
l'état  de  souffrance,  qui  est  présentement  mon 
état  normal,  je  ne  peux  faire  autrement  que  de 
croire  mon  système  nerveux  complètement 
ruiné;  et  cependant,  ô  merveille,  ces  nerfs,  — 
quand  il  le  faut  et  qu'un  stimulant  approprié  se 
présente,  —  me  rendent  les  plus  inappréciables 
services  ;  je  sens  alors  une  clarté  de  vues,  une 
aise  et  une  sûreté  dans  la  production  comme 
jamais,  auparavant,  je  n'en  avais  éprouvé. 
Ai-je  raison  de  dire  que  mes  nerfs  sont  usés?  Je 
ne  le  crois  pas,  je  vois  seulement  que  l'état  nor- 
mal de  ma  nature,  telle  qu'elle  s'est  développée, 
est  l'exaltation,  tandis  que  le  repos  est  l'état 
anormal.  En  somme,  je  ne  me  sens  bien  que 
lorsque  je  suis  «  hors  de  moi  »  :  alors,  je  suis 
tout  à  fait  en  possession  de  moi-même.  — 
Gœthe  était  autre  ;  je  ne  lui  envie  pas  son 
calme  ;  et,  du  reste,  je  ne  voudrais  changer 
avec  personne;,  même  pas  avec  Humboldt,  que 
tu  tiens  pour  un  génie,  ce  que  je  ne  fais  pas. 
Au  bout  du  compte,  tu  en  es  là  peut-être 
aussi  ;  tu  ne  voudrais  changer  avec  personne, 
et  au  fond,  tu  aurais  bien  raison,  —  pour  moi, 
tout  au  moins,  je  t'admire  sincèrement. 

La  nature  n'est  pas  aussi  éloignée  de  moi 
que  tu  le  croi;;,  encore  que  je  ne  sois  plus  en 
situation  de  m  j  mettre  scientifiquement  en  rap- 
port avec  elle.  Mais  Herwegh  (i)  me  sert  de 
truchement.  Herwegh  vit  ici  et  se  livre  à  u.ie 
étude  approfondie  des  sciences  naturell  ;s  : 
par  lui,  l'ami,  j'apprends  des  choses  fort  belles 
et  très  importantes  sur  la  nature  ;  et  celle-ci  me 
guide  en  beaucoup  de  points.  Seulement,  quam 
à  la  vie  véritable,  c'est-à-dire  à  l'amour,  — je  la 
laisse  à  gauche  :  sur  ce  point,  je  fais  commi 
Brunnhilde  avec  l'anneau.  Plutôt  périr,  sans 
aucune  jouissance,  que  de  renoncer  à  ma  foi. 

Si  je  réponds  de  la  sorte  à  tes  bons  conseils, 
ce  n'est  pas  que,  veuille  le  croire,  je  ne  t'en 
sois  pas  reconnaissant  ;  comment  pourrais-je  ne 
pas  te  remercier  de  l'affection  qui  t'inspire  ces 

(i)  Herwegh,  poète  et  écrivain  politique  exilé  d'Al- 
lemagne et  réfugié  eu  Suisse,  après  1848  pour  avoir  par- 
ticipé à  l'insurrection  dans  le  grand  duché  de  Bade. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


785 


conseils  ?  Vrai,  c'est  ton  amitié  qui  me  fait  du 
bien  :  je  ne  puis  te  dire  qu'elle  impression  tou- 
chante elle  produit  sur  moi.  Mon  émotion  ne 
peut  être  égalée  que  par  l'admiration  que  j'ai 
pour  toi,  pour  la  fermeté  —  et  en  même  temps 
pour  la  tendresse  de  ton  esprit.  S'il  est  un  vœu 
dont  je  désirerais  encore  l'accomplissement, 
c'est  de  te  voir  achever  l'ouvrage  dont  tu 
parles;  je  voudrais  que  tu  l'eusses  terminé? 
Est-ce  impossible?  Que  te  manque-t-il  pour  le 
pouvoir?  Dis-moi  tout  cela  en  détail,  peut-être 
pourrai-je  t'aider.  —  N'as-tu  donc  reçu  aucune 
nouvelle  du  libraire  Avenarius  à  Leipzig  ?  il 
est  malheureusement  le  seul  sur  lequel  je  crois 
posséder  une  certaine  influence  ;  avec  tous  mes 
autres  éditeurs,  c'est  par  des  tiers  et  pas  tou- 
jours à  ma  satisfaction  que  j'ai  traité  jusqu'ici. 
Je  lui  ai  écrit  (à  Avenarius)  aussitôt  après  ré- 
ception de  ta  lettre,  et  je  l'ai  prié  de  s'adresser 
directement  à  toi,  s'il  avait  quelque  travail  à  te 
confier,  etc.  Bien  que  je  lui  aie  écrit  une  se- 
conde fois,  je  n'ai  pas  reçu  de  réponse  de  lui  (?) 

Pour  le  moment,  je  n'ai  rien  à  t'envoyer  qui 
soit  de  nature  à  t'intéresser  :  moi-même  je  suis 
actuellement  étranger  à  toute  lecture.  Mais,  dès 
que  je  trouverai  quelque  chose,  je  te  le  commu- 
niquerai. 

Mon  Tannhœiiser  se  joue  presque  par- 
tout aujourd'hui  en  Allemagne  ;  les  petits 
théâtres,  en  particulier,  l'ont  tous  monté,  tandis 
que  les  grands,  —  tu  comprends  pourquoi,  — 
se  tiennent  encore  sur  la  réserve.  Au  sujet  de 
ces  exécutions,  j'apprends  qu'elles  sont  générale- 
ment détestables,  si  bien  que  je  ne  m'explique 
pas  d'où  peut  venir  le  succès  ;  heureusement, 
je  ne  vois  rien  de  tout  cela,  si  bien  que  je  suis 
assez  insensible  à  cette  prostitution  de  mes 
œuvres  ;  récemment,  toutefois,  j'ai  éprouvé  une 
sensation  péniblement  douloureuse  à  propos 
de  la  première  exécution  de  Lohengrin,  à 
Leipzig  :  on  me  dit  qu'elle  a  été  épouvantable- 
ment  mauvaise  :  pendant  toute  la  soirée, —  sauf 
le  récit  du  Héraut,  —  on  n'a  pas  entendu  un 
mot  des  paroles  !  Aussi  j'en  arrive  à  regretter 
d'avoir  autorisé  la  représentation.  A  Boston,  on 
donne  déjà  des  WagJier-vights, des  concerts  où 
l'on  ne  joue  que  des  compositions  de  moi. 
On  me  propose  d'aller  en  Amérique  :  s'ils  pou- 
vaient là-bas  me  procurer  les  moyens  qu'il  me 
faut,  qui  sait,  j'irais  peut-être;  mais  trim- 
baller comme  donneur  de  concerts,  même  pour 


beaucoup  d'argent,  personne  franchement  ne 
l'attendra  de  moi  ! 

Et  maintenant,  cher,  il  faut  bien  que  je  ter- 
mine. Pour  un  peu  je  noircirais  encore  une 
main  de  papier  ;  la  matière  ne  manquerait  pas  ; 
mais  réservons  cela  pour  une  autre  occasion. 
J'espère  —  si  tu  le  peux,  —  que  tu  ne  me  feras 
pas  attendre  une  lettre  de  toi  aussi  longtemps 
que  je  t'ai  fait  attendre  celle-ci.  Parle-moi  aussi 
et  surtout  de  tes  travaux.  Si  j'avais  commis 
quelque  oubli,  je  me  rattraperais  une  autre 
fois.  Sur  quoi,  adieu,  cher  et  précieux  ami.  — 
Espère,  —  car  au  bout  du  compte,  moi  aussi 
j'espère  encore. 

Ton  Richard  Wagner. 

Zurich,  26janvier  1854. 
A 

Auguste  Rœckel, 

Château  de  Waldheim 
Franco .  (Royaume  de  Saxe). 

(A  suivre). 


AMBRp;iS|E   THOMAS 

ET 

GIUSEPPE  VERDI 

BiNE  reproduction  des  portraits  de  G.  Verdi 
SfciJ  hIi  ^'  *^^  ^  •  Thomas ,  réunis  l'un  à 
l'autre  sur  la  même  feuille,  et  entre- 
vue à  la  vitrine  de  l'éditeur  Ricordi, 
nous  a  fait  songer  à  certaine  ressemblance  phy- 
sique que  nous  avions  notée  de  longue  date  entre 
l'auteur  cVOUlh  et  celui  à'Hamki. 

De  haute  stature  et  droit  comme  un  I,  malgré 
ses  quatre-vingt  et  un  ans.  Verdi  porte  la  barbe 
entière,  légèrement  grisonnante,  les  cheveux  un 
peu  longs.  L'œil  profondément  enfoncé  sous 
l'arcade  sourcilière  est  vif,  plein  de  décision;  les 
rides  s'accusent  surtout  sur  les  tempes  ;  le  nez  en 
bec  d'aigle  rappelle  celui  de  Saint-Saëns.  L'en- 
semble accuse  une  rare  énergie,  une  volonté 
opiniâtre. 

Ambroisc  Thomas,  également  de  haute  taille,  a 
résisté  vaillamment  à  ses  quatre-vingt-trois  ans. 
On  devine,  cependant,  qu'il  n'a  pas  la  vitalité  de 
Verdi.  Le  dos  s'est  voûté.  La  barbe,  plus  blanche 
que  celle  du  maître  italien,  enveloppe  toute  la 
figure;  les  cheveux,  qu'il  porte  longs,  sont  rejetés 


786 


LE  GUIDE  MUSICAL 


en  arrière  ou  sur  les  côtés.  L'œil  s'enfonce  égale- 
ment sous  les  sourcils;  mais  il  n'a  pas  d'éclat,  il 
est  morne.  C'est  bien,  à  première  vue,  l'aspect  de 
Verdi  ;  mais,  en  détaillant  les  traits,  les  dififérences 
s'accusent.  Il  existe  surtout  chez  Ambroise  Tho- 
mas une  apparcn'^e  de  tristesse,  de  pessimisme 
qui  se  laissait  déjà  entrevoir  dans  le  portrait  que 
fit  de  lui  H.  Flandrin,  pendant  son  séjour  à  Rome, 
et  que  l'on  peut  voir  encore  à  la  villa  Médicis. 

Mais  s'ils  sont  frères  au  physique,  les  deux  com- 
positeurs sont  fort  dissemblables  au  point  de  vue 
musical. 

L'évolution,  chez  Verdi,  a  été  très  caractérisée, 
très  voulue,  radicale  :  Don  Carlos,  Aïda,  le  Requiem, 
Otello,  Fahiqff  sont  là  pour  l'attester.  Le  maître  a 
tourné  le  dos  à  son  passé,  reniant  les  formules  de 
l'école  italienne  moderne,  pour  se  retremper  au 
grand  art  des  Gluck,  Weber  et  R.  Wagner.  Bien 
que  resté  italien,  il  a  abandonné  la  routine  en 
cherchant  à  assimiler  à  son  tempérament  les 
grandes  théories  du  drame  musical.  Il  lit  Lohengrin 
et  crée  Atda.  Quel  chemin  parcouru  depuis  les 
œuvres  de  la  première  période  jusqu'au  jour  où  il 
rêve  l'émancipation  avec  Don  Carlos  et  l'accomplit 
opiniâtrement  dans  les  ouvrages  qui  ont  suivi  !  Les 
innovations  de  Richard  Wagner  le  séduisent;  il 
les  admire  et  se  remet  au  travail  à  un  âge  où  il 
pouvait  se  reposer  sur  les  lauriers  acquis. 

Sa  musique,  essentiellement  dramatique,  est 
puissante,  haute  en  couleur.  Si,  dans  ses  pre- 
mières œuvres,  il  était  permis  de  lui  reprocher 
les  erreurs  particulières  à  l'école  italienne  du 
xix"  siècle,  notamment  en  ce  qui  concerne  l'or- 
chestration, l'harmonie  et  la  vérité  scénique,  on 
ne  pouvait  lui  refuser  des  idées  souvent  superbes, 
d'un  jet  robuste  et  d'un  accent  très  pénétrant. 

Chez  Ambroise  Thomas,  l'évolution  musicale 
n'existe  que  de  nom.  Avec  Mignon  et  Hamlet,  il 
semble  vouloir  entrer  dans  une  voie  nouvelle; 
mais  il  reste  fermement  attaché  aux  formules  du 
passé.  Les  superbes  innovations  wagnériennes 
le  trouvent  absolument  rebelle.  Sa  musique  est 
bien  sœur  de  celle  émanant  de  tous  ces  maîtres 
légers  et  très  démodés  d'une  certaine  école  fran- 
çaise. Ambroise  Thomas,  a-t-on  dit  spirituelle- 
ment, est  le  représentant  de  «  l'ancienne  école 
moderne  ».  Après  avoir  largement  ri  dans  le  Caïd, 
il  .s'est  mis  à  pleurer  avec  Mignon  et  Hamlet.  Le 
rire  ne  lui  convenait-il  pas  mieux  que  les  larmes? 
.Nous  savons  bien  qu'on  nous  objectera  la  fameuse 
millième  de  Mîg«o«.' Voyez,  cependant,  ce  qu'écri- 
vait sur  lui  M.  René  de  Récy  dans  la  Remie  bleue, 
à  l'occasion  de  cette  millième.  «  Ce  musicien  triste 
■n'a  jamais  réussi  que  dans  la  bouffonnerie  et  ses 
airs  de  danse,  le  Caid,  Cilles  et  Gillotin,  sont  de 
petits    chefs-d'œuvre   (!),  la  fête    du    printemps 


d'Hamlet  une  fort  jolie  chose.  Cet  artiste  tout 
d'une  pièce  est  le  plus  irrésolu  des  timides  ;  cet 
indépendant  redoute  la  critique  et  défère  à  ses 
avis;  ce  chef  d'école  s'est  fait  remorquer  par  ses 
contemporains;  ce  gardien  de  la  tradition  connaît 
à  peine  les  anciens Avec  cela,  le  plus  hono- 
rable et  le  meilleur  des  hommes,  le  plus  conscien- 
cieux des  artistes.  » 

Au  moral.  Verdi  est  un  audacieux,  un  autoritaire 
qu'aucun  pouvoir  ne  pourrait  brider.  L'écorce  est 
passablement  rude;  il  reste  sous  sa  tente  et, 
lorsqu'il  en  sort,  ce  n'est  pas  pour  se  jeter  dans  les 
bras  de  ceux  qui  l'abordent.  Ne  pensez  pas  que 
l'attitude  soit  hautaine  ou  dédaigneuse  comme 
chez  un  Chateaubriand.  Sa  réserve,  éloignée  de 
toute  affectation,  n'est  pas  précisément  le  résultat 
d'un  parti  pris,  mais  bien  plutôt  la  conséquence 
de  son  tempérament.  D'une  grande  indépendance 
de  caractère,  il  en  donna  des  preuves  dans  maintes 
circonstances  de  sa  vie,  notamment  lorsqu'il 
renonça  à  siéger  au  Sénat  par  un  scrupule  d'amour- 
propre  peut  être  exagéré,  ou  qu'il  refusa  le  titre 
de  marquis  de  Busseto,  que  le  gouvernement 
italien  était,  dit-on,  prêt  à  lui  offrir  après  la  pre- 
mière de  Falstaff.  Ce  ne  fut  pas  non  plus  un  senti- 
ment de  modestie  ou  d'orgueil  qui  l'amena  à  ne 
pas  assister  à  la  première  représentation  ÔLÛtello  à 
Rome,  mais  bien  un  sentiment  de  dignité  person- 
nelle. La  critique  le  trouve  froid,  témoin  cette 
lettre  finement  ironique  adressée  par  lui  à  Hans 
de  Bulow,  pour  lui  apprendre  que  ce  qu'il  avait 
pu  écrire  autrefois  de  désobligeant  sur  ses  œuvres 
ne  l'avait  pas  blessé. 

Tout  autre  est  Ambroise  Thomas.  D'une  grande 
timidité,  irrésolu,  ménageant  quelque  peu  la 
chèvre  et  le  chou,  obéissant  facilement  aux  avis, 
aux  conseils,  il  a  très  grande  peur  de  la  critique. 
La  moindre  observation  sur  telle  ou  telle  de  ses 
œuvres  le  rend  malheureux.  Sa  bonté  et  sa  douceur 
sont  proverbiales.  On  a  dit  de  lui  qu'il  était  le 
plus  honnête  musicien  en  pays  de  langues 
latines.  Malgré  l'abord  sombre  et  triste,  l'auteur 
de  Mignon  cherche  à  plaire .  Qu'un  visiteur  vienne 
frapper  à  la  porte  de  son  appartement  du  Conser- 
vatoire, il  l'accueillera  avec  affabilité,  lui  mon- 
trera avec  une  satisfaction  visible  l'intéressante 
collection  d'objets  d'art  qu'il  a  réunie  avec  tant  de 
goût  et  de  patience,  et  cherchera  à  le  conquérir. 

Si  une  certaine  ressemblance  phj'sique  nous  a 
amené  à  établir  un  parallèle  entre  ces  deux  com 
positeurs  de  tempérament  et  de  style  si  dissem- 
blables, c'est  également  un  peu  par  amour  du  con- 
traste et  aussi  par  ce  motif  que  la  faveur  popu- 
laire s'est  plue  à  les  porter,  chacun  dans  son 
pays,  à  la  place  la  plus  élevée. 

Hugues  Imbert. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


787 


PARIS 

La  première  d'Otello  a  eu  lieu,  vendredi 
soir,  à  l'Opéra.  Nous  n'avons  que  le  temps 
d'enregister  l'éclatant  succès  de  l'œuvre.  La 
soirée  a  été  triomphale  pour  le  vieux  maître. 
Dès  le  premier  acte,  le  public  a  bissé  l'air 
d'entrée  d'Otello,  lancé  avec  vaillance  par 
M.  Saléza.  Au  deuxième,  M.  Maurel  a  dû  re- 
commencer le  récit  du  rêve  de  Cassio.  Desdé- 
mone,  c'était  M.'^^  Caron,  qui  a  été  très  tou- 
chante. Les  chœurs  et  l'orchestre  ont  été 
remarquables.  Bref,  triomphe  complet. 

Entre  le  deuxième  et  le  troisième  acte,  le 
président  de  la  République  a  remis  à  Verdi  le 
grand  cordon  de  la  Légion  d'honneur,  aux 
acclamations  du  public. 

Revêtu  de  ses  nouveaux  insignes,  le  maestro 
a  rencontré  sur  le  théâtre  le  compositeur  de 
Mignon,  et  les  deux  illustres  vieillards  se  sont 
donné  l'accolade  au  milieu  de  l'attendrissement 
général. 

Les  débuts  à  l'Opéra-Comique  continuent  de 
n'être  point  satisfaisants.  Lundi,  M.  Carvalho 
nous  a  fait  connaître  M"''  Parentani  dans  Mi- 
reille. C'est  la  deuxième  Mireille  que  l'on  nous 
présente  depuis  l'ouverture  de  la  saison,  et 
celle-ci  s'en  ira  rejoindre  la  précédente.  M"« Pa- 
rentani, qui  nous  arrive  du  Conservatoire  de 
Bruxelles  par  la  route  de  Rouen,  possède  une 
assez  jolie  voix,mais  son  style  et  son  jeu  sentent 
la  province. 

La  représentation  du  charmant  ouvrage  de 
Gounod  a  été,  du  reste,  assez  médiocre  dans 
son  ensemble. 

Comment  une  œuvre  de  cette  valeur  sert-elle 
de  lever  de  rideau  à  la  platitude  inepte  qui  a 
nom  Cavalleria  rusticana? 
•f 

On  sait  que  M.  Sonzogno,  l'imprésario 
italien,  était  à  la  recherche  d'un  théâtre  parisien 
pour  y  donner  des  représentations  d'opéras  ita- 
liens. 

M.  Sonzogno  vient  de  traiter  avec  M.  Ro- 
chard,  qui  met  à  sa  disposition  la  Porte-Saint- 
Martin  pour  une  durée  de  quatre  mois,  à  partir 
du  i5  mai  prochain. 

M.  Rochard,  d'après  un  accord  avec  les  pro- 
priétaires de  son  théâtre,  s'est  rései-vé,  en  outre, 


le  droit  de  renouveler  cette  sous-location  pen- 
dant trois  ans,  au  cas  où  M.  Sonzogno  vou- 
drait donner  plusieurs  saisons  d'opéra  italien. 
On  annonce  déjà  des  engagements  de  M. 
Sonzogno  en  vue  de  sa  saison  italienne,  entre 
autres  celui  de  M™'^  Marcella  Sembrich,  qui 
viendrait  chanter  /  Pagliacci  et  VAmico  Fritz. 

M.  Charles  Lamoureux  prépare  activement 
la  prochaine  saison  de  ses  concerts,  dont  la 
réouverture,  au  Cirque  des  Champs-Elysées, 
reste  fixée  au  dimanche  21  octobre.  Il  vient 
d'engager  M"e  Bréval,  de  l'Opéra;  M'^'^  Ma- 
terna, de  Vienne;  M™<^  Klafsky,  de  Hambourg 
et  Munich  ;  le  violoniste  Hugo  Heermann,  et 
d'autres  violonistes  célèbres.  Ces  artistes  parti- 
ciperont chacun  à  deux  des  dix  premiers  con- 
certs qui  auront  lieu  du  21  octobre  au  23  dé- 
cembre. En  outre,  plusieurs  œuvres  impor- 
tantes, nouvelles  ou  inconnues  à  Paris,  sont  à 
l'étude. 


On  sait  qu'un  généreux  bienfaiteur,  M.  Pi- 
nette,  a  légué  à  l'Académie  des  beaux-arts  une 
somme  considérable,  dont  les  revenus  sont 
destinés  à  assurer  aux  élèves  ayant  remporté  le 
grand  prix  de  composition  musicale  une  rente 
de  trois  mille  francs,  à  toucher  pendant  quatre 
ans,  après  l'expiration  de  leur  pension  de  prix 
de  Rome. 

L'Académie  des  beaux-arts  vient  d'accorder 
à  M.  Bachelet,  prix  de  Rome  de  l'année  1890, 
le  prix  de  la  fondation  Pinette. 

L'Académie  avait  à  sa  disposition  des  arré- 
rages de  la  rente  susdite  ;  elle  les  a  partagés 
entre  MM.  Charpentier  et  Erlanger,  prix  de 
Rome  des  années  antérieures  à  la  fondation. 

L'Académie  a  ensuite  décidé  que  la  Buona 
Pasqua,  morceau  symphonique  de  M.  Cour- 
raud,  ancien  pensionnaire  musicien  de  l'Ecole 
de  Rome,  sera  exécutée  à  l'ouverture  de  la 
séance  publique  annuelle  du  3  novembre. 

t 

Une  solennité  littéraire  a  eu  lieu  à  Alais,  spé- 
cialement consacrée  au  génie  espagnol. 

M.  Louis  de  Sarran  d'Allard,  dans  une  confé- 
rence faite  à  la  Société  scientifique  et  littéraire 
d' Alais,  a  étudié  la  question  du  Drame  lyrique  en 
Espagne,  son  passé,  son  avenir,  sa  révolution,  ou, 
pour  parler  plus  exactement,  son  évolution.  Il  a 
expliqué  les  théories  émises  par  Philippe  Pedrell, 
l'illustre  maestro  catalan,  qu'il  appelle  le  «  Wag- 
ner espagnol  »,  et  a  donné  lecture  de  plusieurs 
passages  de  l'ouvrage  bien  connu  de  ce  professeur  : 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Pour  noire  Musique;  il  s'est  longuement  occiipé  du 
poème  dramatique  (en  catalan),  de  Victor  Balaguer, 
que  le  même  musicien  a  récemment  mis  en  mu- 
sique, sous  le  titre  les  Pyrénées;  puis,  il  a  passé  en 
revue  les  opinions  émises  par  les  critiques  fran- 
çais, espagnols,  italiens  et  russes,  en  citant  très 
élogieusement  le  P.  Mirarte,  le  comte  de  Morphy, 
Ménendez-Pelayo,  Elias  de  Molins  (Espagnols), 
Cazaubon  et  Savine  (Français),  Bonaventura  et 
Portai  (Italiens),  Cui  et  Moskowsky  (Russes),  etc. 
Cette  conférence,  dont  la  presse  espagnole  doit 
remercier  M.  Sarrand'AUard,  a  été  très  remarquée 
et  très  applaudie. 

La  reprise  des  cours  de  l'école  d'orgue  fondée 
en  i8S5,  63fc,  rue  Jouffroy,  par  M.  E.  Gigout,  a 
eu  lieu  le  3  octobre.  Comme  tous  les  ans,  la  pre- 
mière audition  publique  scolaire  sera  donnée  à  la  fin 
de  décembre.  On  sait  que,  dans  l'école  de  l'émi- 
nent  organiste  de  Saint-Augustin,  l'harmonisation 
du  plain-chant  et  l'étude  de  l'improvisation  sont 
l'objet  d'une  attention  spéciale.  Nous  rappelons 
que  M.  Gigout  fait  bénéficier  sesélèves  les  mieux 
doues  et  les  plus  travailleurs  de  l'allocation  qu'il 
reçoit  de  l'Etat. 


M.  et  M""^  Carembat  ont  repris,  8,  rue  Martel, 
leurs  leçons  et  cours  de  violon,  piano  et  accom- 
pagnement. 

A   M.    GAUTHIER-VILLARS 

M.  Gauthier- Villars  essaye  de  répliquer  à  la 
petite  note  que  je  lui  ai  consacrée  dernièrement 
et  qui  a  porté  juste,  semble-t  il,  puisqu'il  s'en 
montre  très  touché. 

En  manière  de  représailles,  M.  Gauthier- Vil- 
lars persiste  à  m'imputer  une  traduction  de  la 
Walkyric,  que  je  n'ai  jamais  faite,  et,  triomphale- 
ment, il  la  déclare  ((  nauséabonde  »  auprès  de  celle 
deM.  Alfred  Ernst,  qui  existe  bel  et  bien,  celle-là, 
—  malheureusement  !  , 

Après  quoi,  je  suis  traité  de  Belge,  de  pédant, 
d'âne,  de  zéro  et,  finalement,  de  Kufferath-de- 
jatte... 

Ce  dernier  trait  me  désarme,  et,  l'avouerai-je  ? 
je  me  demande  même  si  je  puis,  sans  danger,  con- 
tinuer la  conversation  avec  un  adversaire  d'une 
courtoisie  et  d'une  loyauté  si  parfaitement  fran- 
çaises, un  gentilhomme,  quoi!  La  lutte  serait 
inégale  évidemment  entre  moi  et  un  écrivain  aussi 
fin,  aussi  brillant,  aussi  parisien,  surtout,  que 
M.  Gauthier-Villars. 

On  m'avait  bien  dit  qu'il  était  plein  d'esprit. 
Vrai  !  tout  l'esprit  d'un  bonnet  rose  ! 

M.   KUFFERATH. 


BRUXELLES 

t'A  été  une  joie  profonde,  une  source  de 
pures  jouissances  artistiques,  l'audition 
de  Tristan  et  Iseult,  à  la  Monnaie, 
jeudi  dernier,  après  l'impression  de  lassitude 
qu'avait  provoquée  la  série  des  sempiternelles 
et  encombrantes  reprises  qui  ont  occupé  ces 
premières  semaines  de  la  saison  théâtrale.  Non 
pas  que  l'exécution  ait  été  supérieure  à  celle  de 
la  saison  passée,  mais  l'œuvre  a  en  elle  une 
telle  puissance  de  charme,  une  telle  grandeur 
d'inspiration,  qu'elle  séduit  et  subjugue  malgré 
tous  les  défauts  d'une  interprétation  en  général 
terne  et  incolore. 

La  valeur  de  l'interprétation  ne  pouvait 
s'être  modifiée  beaucoup,  puisque  les  rôles 
essentiels  ont  conservé  les  mêmes  interprètes. 
M"«  Tanésy  fait  toujours  une  Iseult  correcte, 
mais  peu  vivante,  fournissant  une  exécution 
musicale  soignée  et  consciencieuse  de  la  parti- 
tion, mais  ne  donnant  qu'à  de  rares  moments 
la  sensation  réelle  de  l'état  d'âme  du  person- 
nage. Dans  une  œuvre  pareille,  la  passion,  tout 
interne,  n'a  pas  à  se  traduire  par  de  grands 
gestes,  d'éloquentes  exclamations,  elle  doit 
trouver  principalement  son  expression  dans  la 
physionomie  même  de  l'artiste;  or,  on  sait 
que  sous  ce  rapport,  M"<=  Tanésy  ne  dispose 
pas  de  moyens  très  variés.  En  somme,  sa 
création  du  rôle  d'Iseult  est  restée  musicale- 
ment et  vocalement  satisfaisante,  encore  que 
son  organe  n'ait  pas  paru,  cette  année,  avoir 
toute  la  fraîcheur  de  timbre  qu'on  lui  connaît. 
L'influence  de  la  musique  de  Wagner,  disent 
les  méchantes  langues. 

On  n'attendait  pas,  de  la  part  de  M.  Cossira, 
d'agréables  révélations  à  l'occasion  de  sa  réap- 
parition dans  un  rôle  où  déjà  l'an  passé,  après 
de  longues  et  méticuleuses  études,  il  avait 
donné  plus  que  ses  amis  les  plus  indulgents 
n'espéraient  de  lui;  il  ne  pouvait  que  nous 
rendre  le  Tristan  sans  profondeur,  à  l'attitude 
gauche  et  maladroite,  au  geste  conventionnel 
et  faux,  mais  à  la  voix  agréablement  timbrée, 
qu'il  réalisait  la  saison  dernière.  Si  son  exécu- 
tion musicale  a  eu  quelques  approximations, 
assez  rares  d'ailk;urs,  qui  altéraient  sans  profit 
l'écriture  du  maître,  dans  l'ensemble  M.  Cos- 
sira ne  s'est  guère  montré  inférieur  à  ce  qu'il 
avait  été  l'an  dernier,  et,  cette  fois  encore,  c'est 
le  troisième  acte,  où  la  position  couchée  dissi- 
mule si  heureusement  ses  défauts  de  comédien, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


789 


qui  lui  a  été  le  plus  favorable.  Il  y  trouve 
même  quelques  accents  d'une  émotion  vraie  et 
touchante.  Mais  combien  il  y  est  aidé  par  la 
musique,  qui  rend,  en  ces  admirables  scènes 
de  l'agonie  de  Tristan,  la  déclamation  lyrique 
si  profondément  humaine,  d'une  éloquence  si 
douloureusement  impressionnante. 

Deux  éléments  nouveaux  donnaient  un  inté- 
rêt de  curiosité  à  la  reprise  de  Tristan  et 
Iseult.  MH'=  Hendrikx  succédait  à  M''^  Wolf 
dans  le  rôle  de  Brangœne.  On  ne  saurait 
reprocher  à  la  très  jeune  artiste  de  s'y  être 
montrée  insuffisante  :  chargée  jusqu'ici  de 
rôles  d'importance  assez  secondaire,  elle  ne 
pouvait  être  préparée  à  aborder  victorieuse- 
ment une  tâche  aussi  lourde.  Le  reproche  doit 
s'adresser  à  ceux  qui  l'ont  désignée  pour 
accomplir  pareille  tâche,  alors  qu'ils  avaient 
sous  la  main  une  artiste  de  grand  talent, 
W^^  Armand,  qui  eût  pu  mettre  ce  rôle  à  son 
véritable  rang  et  qui  eût  aidé  beaucoup  au  suc- 
cès du  premier  acte,  celui  que  bien  des 
gens,  à  tort  sans  aucun  doute,  trouvent  le 
moins  assimilable.  Mais  ne  faut-il  pas  réserver 
M"«  Armand  pour  le  répertoire,  et  que  devien- 
draient le  Prophète  et  d'autres  œuvres  suran- 
nées si  le  contralto  de  la  troupe  allait  se  fatiguer 
à  chanter  cette  maudite  musique  wagnérienne, 
qui  «  casse  les  voix  et  épuise  les  artistes  !  »  Mieux 
vaut  lancer  dans  ces  aventures  périlleuses  de 
jeunes  talents  inexpérimentés,  qui  ne  sont  pas 
d'un  concours  indispensable  pour  le  placement 
de  la  marchandise  courante,  au  risque  de  com- 
promettre tout  l'effet  d'une  œuvre  de  génie. 
Tel  est,  sans  doute,  le  raisonnement  que  l'on 
tient  à  la  Monnaie  ;  il  donne  une  piètre  idée 
de  la  conception  qu'on  s'y  fait  du  rôle  artis- 
tique d'une  exploitation  théâtrale. 

Mais  pourquoi  ces  récriminations  vaines? 
N'insistons  pas,  et  bornons-nous  à  constater 
que  M"'=  Hendrikx  a  eu,  de  ci  de  là,  dans  son 
interprétation  du  rôle  de  Brangaene,  quelques 
passages  heureusement  dessinés  ;  là  où  la  pré- 
cipitation du  débit  ne  venait  pas  souligner  les 
défauts  de  son  articulation,  elle  a  eu  des  phrases 
musicalement  dites  avec  charme  et  d'une  voix 
qui  n'est  pas  sans  accent.  Dans  l'ensemble, 
une  exécution  frêle,  comme  sa  gracieuse  per- 
sonne, provenant  avant  tout  d'une  dispropor- 
tion entre  les  moyens  vocaux  et  physiques 
réclamés  par  le  rôle  et  ceux  que  la  nature  a 
donnés  à  l'artiste;  celle-ci  paraît  intelligente, 
et  l'on  a  deviné  dans  son  interprétation,  en 
bien  des  endroits,  des  intentions  habilement 
calculées,  des  nuances  de  sentiment  exacte- 
ment senties. 


Après  la  critique,  l'éloge.  Et  c'est  un  éloge 
presque  sans  restrictions  que  mérite  M.  Dinard, 
à  qui  l'on  s'est  décidé  à  confier  le  rôle  du  roi 
Marke.  Ce  rôle,  dont  les  esprits  superficiels 
trouvent  un  si  facile  plaisir  à  plaisanter  le  ridi- 
cule, est  enfin  apparu  dans  son  caractère  de 
réelle  grandeur.  La  diction  correcte,  le  geste 
net  et  mesuré,  la  physionomie  expressive  de 
M.  Dinard  ont  contribué  à  obtenir  ce  résultat; 
et  cette  réalisation  fidèle  du  personnage  a  été 
une  vraie  jouissance  pour  ceux  qu'avaient  péni- 
blement impressionnés  tous  les  éléments  que 
l'on  avait  réunis  l'an  dernier,  —  y  compris  le 
manteau  jaune  et  le  casque  cornu,  —  pour  faire 
de  ce  héros  de  second  plan  un  simple  mari 
malheureux  et...  bénévole.  M.  Dinard  a  eu 
l'esprit  d'abandonner  ces  attributs  trop  expres- 
sifs. 

Nous  ne  reprocherons  au  nouvel  interprète 
que  d'avoir  fait  vibrer  la  voix  avec  une  trop 
constante  complaisance  ;  l'exemple  lui  a  d'ail- 
leurs été  donné  par  la  clarinette  basse,  qui  a 
ronflé,  dans  ces  pages  où  elle  a  fort  à  faire, 
avec  une  sonorité  vraiment  débordante. 

Nous  n'avons  pas  parlé  de  M.  Seguin,  mais 
que  dire  de  nouveau  de  cet  admirable  artiste, 
très  en  voix  cette  année,  et  qui  fait  de  chaque 
rôle  une  saisissante  création.  Combien  son  inter- 
prétation plane  au-dessus  de  celle  de  tous  ses 
partenaires,  par  la  force  évocative  du  geste,  par 
l'expression  mesurée  mais  vivante  et  juste  de 
la  physionomie.  Et  combien  il  est  regrettable 
que  l'on  ne  fasse  pas  un  plus  fréquent  et  plus 
judicieux  emploi  de  ses  qualités  d'artiste 
lyrique,  au  sens  élevé  du  mot. 

Faut-il  parler  de  l'orchestre?  On  a  dit  ici,  la 
saison  dernière  tout  le  bien  qu'il  y  a  à  dire  de 
son  exécution.  Constatons  seulement  que  celle- 
ci  ne  s'est  pas  améliorée,  et  que  la  clarté  règne 
moins  que  jamais  dans  le  fouillis  des  compli- 
cations instrumentales,  comme  le  sens  intime 
de  la  phrase  musicale  fait  de  plus  en  plus 
défaut.  J.    Br. 

La  musique  ne  chômera  pas  à  Bruxelles,  cet 
hiver,  et  la  saison  promet  d'être  animée. 

Outre  les  quatre  concerts  du  Conservatoire, 
dont  le  premier  a  pour  programme  le  concerto 
en  «^mineur  de  Beethoven  (soliste  M.  Camille 
Gurickx),  ainsi  que  la  Neuvième  symphonie,  et 
le  second  le  RJieingold  de  Wagner,  — outre  les 
six  Concerts  populaires  sous  la  direction  de  M . 
Joseph  Dupont  (i),  ■ —  voici  qu'on  annonce  une 

(i)  Voici  les  dates  dès  à  présent  arrêtées  de  ces  six 
concerts  :  25  novembre,  9  décembre,  i3  ou  20  janvier, 
17  février,  17  mars. 


790 


LE  GUIDE  MUSICAL 


série  d'auditions  symphoniques  et  vocales  qui 
auraient  lieu  soit  à  la  Grande-Harmonie,  soit  à 
l'Alhambra,  sous  la  direction  de  chefs  d'or- 
chestre étrangers.  Ces  auditions  seraient  au 
nombre  de  six,  et  une  société  vient  de  se  cons- 
tituer, sous  le  nom  de  Société  des  Nouveaux 
Concerts,  pour  leur  organisation.  La  première 
aura  lieu  le  i6  décembre  sous  la  direction  de 
M.  Félix  Mottl  ou  de  M.  Hermann  Levi.  La 
seconde  audition  sera  consacrée  à  la  chapelle 
vocale  de  Saint-Gervais,  sous  la  direction  de 
M.  Charles  Bordes,  qui  fera  entendre  des  œu- 
vres vocales  des  grands  maîtres  du  xvi<=  siècle, 
italiens,  français,  flamands,  espagnols.  Puis 
viendront  des  concerts  symphoniques  dirigés 
par  MM.  Richard  Strauss  de  Munich,  Kes 
d'Amsterdam,  Franz  Servais  de  Bruxelles  et 
Hans  Richter  de  Vienne. 

Enfin,  la  maison  Schott  organise  trois 
soirées  de  musique  de  chambre,  qui  seront 
consacrées  l'une  à  une  audition  de  l'excellent 
quatuor  de  Hugo  Heermann  de  Francfort,  la 
seconde  à  l'audition  du  trio  vocal  d'Amster- 
dam et  à  Mlle  Clotilde  Kleeberg  de  Paris,  enfin 
la  troisième  à  un  piano-recital  de  M.  Eugène 
d'Albert  de  Dresde. 

Quant  aux  séances  déjà  annoncées  du  qua- 
tuor Crickboom,  Angenot,  Miry,  Gillet,  elles 
sont  fixées  au  mardi  23  et  vendredi  26  octobre. 
Elles  auront  lieu,  comme  l'année  dernière,  à 
la  salle  Ravenstein.  La  première  sera  consacrée 
à  la  musique  moderne  ;  on  y  entendra  le  qua- 
tuor de  M.  Lekeu,  la  sonate  (violoncelle  et 
piano)  de  Saint-Saëns,  et  le  quatuor  (cordes)  de 
E.  Grieg.  La  seconde  sera  consacrée  à  la  mu- 
sique classique.  Le  programme  comprend  le 
i3«  quatuor  de  Beethoven,  la  sonate  en  mi 
bémol  du  même  et  le  quatuor  (la)  de  Schu- 
mann. 

Un  cercle  choral  de  dames,  sous  le  titre 
«  Pro  Arte  »,  vient  de  se  fonder  à  Bruxelles. 
Les  répétitions  auront  lieu,  tous  les  jeudis  soir, 
à  la  salle  Erard,  4,  rue  Latérale.  Pour  tous 
renseignements,  s'adresser  soit  aux  directeurs, 
MM.  Ch.  Léonard,  48,  rue  des  Drapiers,  et 
E.  Closson,  82,  rue  de  la  Croix,  soit,  par  écrit, 
au  local  de  la  société. 

Le  Portrait  de  Manon  de  Massenet  passera  pro- 
chainement à  la  Monnaie.  Le  rôle  de  Manon  sera 
tenu  par  M"e  de  Roskilde. 

Samson  et  Dalila  est  également  à  l'étude  et  passera 
vraisemblablement  dans  une  quinzaine.  M.  Camille 
Saint-Saëns  est  attendu,  lundi,  à  Bruxelles,  et  il 
présidera  aux  dernières  répétitions. 


Au  théâtre  des  Galeries,  l'éternel  Tour  du 
monde  va  bientôt  céder  la  place  à  Miss  Dollar.  La 
première  aura  lieu  cette  semaine. 

M.  Maugé  a  engagé  spécialement  pour  cette 
pièce  M"'^  de  Bériot,  des  Bouffes,  qui  obtint  un 
succès  reconnu  dans  Miss  Helyeti,  M"=  Leriche  et 
M.  Leroux,  dont  on  se  rappelle  le  joyeux  et  bril- 
lant succès  dans  Cousin  et  Cousine,  aux  Galeries,  à  la 
fin  de  l'hiver  dernier. 

L'Empire  Palace  annonce  les  dernières  repré- 
sentations du  ballet  miniature,  rappelé  en  Angle- 
terre par  d'autres  engagements. 

A  partir  de  dimanche  prochain,  matinée  tous  les 
dimanches,  de  trois  à  cinq  heures  et  demie,  à  prix 
réduit. 


CORRESPOND  A  NCES 

AMSTERDAM.  — L'ouverture  du  Théâtre- 
Français  de  La  Haye  a  eu  lieu  avec  le  Faust 
de  Gounod,  et  Ton  a  fait  un  accueil  des  plus  sympa- 
thiques aux  deux  anciens  pensionnaires  :  MM.  Sa- 
maty,  le  charmant  ténorino,  qui  est  un  des  enfants 
chéris  du  public  néerlandais,  et  Darras.  On  a  reçu 
aussi  avec  une  extrême  bienveillance  les  débutants 
nouveaux  :  la  dugazon  M™"  Paulin,  une  transfuge  de 
la  Monnaie  de  Bruxelles,  et  M.  Andra,  bary- 
ton qui  vient  d'Anvers.  Quant  à  M"''  Perdrelli,  qui 
remplissait  le  rôle  de  Marguerite,  malgré  ses  qua- 
lités incontestables  elle  n'a  pas  fait  la  conquête 
du  public  à  son  premier  début,  peut-être  parce  que 
la  nature  ne  l'avait  pas  prédestinée  à  pouvoir  per- 
sonnifier la  figure  poétique  rêvée  par  Gœthe. 

M'"''  Perdrelli  chante  avec  expression  et  vocalise 
avec  une  grande  facilité  ;  elle  a  une  jolie  meszo-voce, 
mais  la  force  fait  souvent  défaut  et  l'on  sent  du 
temps  l'irréparable  outrage.  Mais  avant  d'émettre 
une  opinion  définitive,  il  vaut  mieux  attendre  ses 
prochains  débuts  et  faire  la  part  de  ses  qualités. 
Elle  a  fort  bien  chanté  l'air  des  Bijoux  et  a  fait 
bisser  I'k  Anges  radieux  ».  Les  chœurs  et  l'orchestre 
surtout,  sous  la  direction  de  M.  Jahn,  ont  fort 
bien  marché. 

Les  débuts  de  la  troupe  de  grand  opéra  ont  été 
heureux  aussi.  Les  Huguenots  et  Aida  ont  été 
donnés  dans  d'excellentes  conditions.  M™=  Barety 
a  été  l'objet  de  nombreuses  ovations  et  la  direction 
a  eu  l'heureuse  chance  d'avoir  su  mettre  la  main  sur 
un  fort  ténor  exceptionnellement  doué,  dont  la  voix_ 
est  magnifique,  qui  a  été  acclamé  dès  son  premier 
début  ;  si  le  comédien  égalait  le  chanteur,  si  le  phy- 
sique de  M.  Renault  se  prêtait  davantage  aux  rôles 
qu'il  doit  remplir,  La  Haye  n'aurait  certes  pas  le 
bonheur  de  posséder  un  chanteur  pareil  à  l'heure 
qu'il  est.  Quand  il  se  sera  acclimaté,  quand  il  ne 


LE  GUIDE  MUSICAL 


791 


sera  plus  sous  l'impression  de  l'enrouement  dont 
il  a  été  atteint,  dès  qu'il  eu  passé  le  Moerdyck, 
il  deviendra  sans  doute  l'enfant  chéri  du  public 
néerlandais. 

La  direction  a  pleinement  réussi  aussi  dans  le 
choix  de  son  baryton,  M.  Chais,  un  chanteur  sym- 
pathique dont  la  voix  n'est  pas  forte,  mais  agréable 
et  qui  sait  chanter. 

Le  contralto  M""  Bayer  a  fait  aussi  une  bonne 
impression  à  son  premier  début,  sans  égaler 
cependant  M"'"  Andral  de  l'année  dernière,  et  la 
toute  jeune  chanteuse  légère  de  grand  opéra, 
M""  Van  Emeleyn,  a  été  accueillie  avec  beaucoup 
de  bienveillance. 

Au  théâtre  de  l'Opéra-Néerlandais,  dirigé  par 
M.  Van  der  Linden,  il  est  question  de  monter  un 
opéra  de  l'éminent  directeur  du  Conservatoire 
royal  de  Bruxelles,  M.  Gevaert,  Quentin  Durward 
ou  le  Capitaine  Henrioî.  Ed.  de  H. 


ANVERS.  —  Euryanthe  au  Théâtre-Lyrique 
iîamand.  —  Cette  première  de  l'œuvre  de 
Weber  peut  être  enregistrée  comme  un  véritable 
événement  artistique.  L'intérêt  qui  s'attache  géné- 
ralement aux  premières  représentations  de  la 
saison  dans  nos  théâtres  lyriques,  c'est  simplement 
l'apparition  d'une  nouvelle  cantatrice  dont  les 
qualités  ou  les  défauts  seront  passés  en  revue  par 
le  public  blasé.  L'œuvre  est  une  question  toute 
secondaire  dans  ces  séances  peu  artistiques.  Il 
fallait  la  conviction  d'un  artiste  de  la  trempe  de 
M.  H.  Fontaine  pour  rompre  avec  ces  regrettables 
traditions,  et  concentrer  l'intérêt  sur  l'œuvre 
représentée.  Aussi,  malgré  les  difficultés  d'exécu- 
tion qu'offrait  Euryanthe,  on  ne  s'est  pas  aperçu  de 
la  présence  d'une  débutante  dans  le  rôle  d'Eglan- 
tine.  Le  public  s'est  laissé  entraîner  par  les  beautés 
musicales  que  renferme  cette  partition,  par  trop 
ignorée  chez  nous. 

L'exécution  a  été  bonne.  Il  serait  puéril  de 
relever  quelques  défaillances  de  la  part  de  l'orches- 
tre et  des  chœurs,  celles-ci  étant  certainement  dues 
à  l'énervement  causé  par  les  nombreuses  répéti- 
tions. 

M.  Van  Langermeersch,  qui  remplissait  le  rôle 
d'Adolar,  est  le  nouveau  ténor  qui  remplace 
M.  Leysen.  Malgré  les  qualités  réelles  que  nous 
avons  souvent  reconnues  chez  ce  dernier,  il  faut 
admettre  que  le  rôle  d'Adolar  eût  été  au-dessus  de 
ses  moyens. 

M.  Van  Langermeersch  est  un  habile  comédien, 
et  si  sa  voix  manque  un  peu  de  fraîcheur,  de 
moelleux,  il  s'en  sert  néanmoins  avec  adresse, 
réussissant  particulièrement  bien  les  passages  en 
mezzo  voce. 

M""  Leroy,  une  élève  de  l'Ecole  de  musique  de 
Malines,  abordait  la  scène  pour  la  première  fois. 
Si  nous  ajoutons  à  cela  que  le  rôle  d'Eglantine  est 
généralement  tenu,  en  Allemagne,  par  les  pre- 
mières cantatrices,  nous  pouvons,  dès  à  présent. 


reconnaître  à  la  jeune  artiste  certaines  qualités 
sans  lesquelles  il  lui  eût  été  impossible  de  réussir. 

Le  rôle  d'Euryanthe  compte  également  parmi 
les  plus  écrasants  du  répertoire  allemand,  d'une 
étendue  peu  commune  pour  la  voix  et  exigeant  de 
la  comédienne  une  expérience  à  toute  épreuve. 
Félicitons  M"°  Levering  de  s'en  être  tirée  avec 
honneur. 

On  pouvait  prédire  à  M.  Fontaine  une  pleine 
réussite  dans  le  rôle  de  Lysiart.  Comme  comédien 
et  comme  chanteur,  l'artiste  a  été  parfait. 

M.  CoUignon  débutait  dans  le  rôle  un  peu  effacé 
du  Roi.  La  voix  n'est  point  mauvaise,  et  il  nous 
semble  que  c'est  là  une  bonne  acquisition  comme 
complément  de  la  troupe. 

On  a  fait  une  ovation  à  M.  Keurvels,  lorsque 
celui-ci  est  monté  au  pupitre.  C'était  là  une  mani- 
festation naturelle,  car  on  ne  peut  assez  louer  l'in- 
cessante activité  de  cet  intelligent  artiste. 

A  l'Exposition,  nous  avons  eu  quelques  auditions 
de  piano.  Chez  Erard,  nous  avons  entendu 
M.  Sauvage,  un  jeune  Verviétois  qui  complète,  en 
ce  moment,  ses  études  musicales  à  Paris  Le  jeune 
pianiste  a  déjà  un  doigté  remarquable,  et  la  flexi- 
bilité de  son  poignet  lui  permet  de  réussir  parti- 
culièrement bien  les  staccati.  On  a  beaucoup 
applaudi  une  étude  que  M.  Sauvage  a  écrite  dans 
le  but  de  faire  ressortir  cette  qualité. 

M.  Bossiers  a  donné  une  audition  sur  les  pianos 
Blûthner,  interprétant  avec  autorité  diverses 
œuvres  de  Beethoven,  Chopin  et  Dupont.  Le 
sympathique  professeur  de  notre  Ecole  de  mu- 
sique a  été  vivement  applaudi.  A.  W. 

—  Le  iestival  wagnérien,  sous  la  direction  de 
M.  Félix  Mottl  et  avec  le  concours  de  M.  Ernest 
Van  Dyck,  «  ténor  des  festivités  wagnériennes  de 
Bayreuth  »,  ainsi  que  le  désignait  anversoisement 
le  programme,  a  été  très  brillant.  La  grande  salle 
des  fêtes  était  bondée,  et  les  ovations  n'ont  fait 
défaut  ni  à  M.  Van  Dyck  —  qui  était  admirable- 
ment en  voix  et  qui  a  chanté  avec  une  ampleur 
superbe  de  style  le  récit  du  Graal,  le  premier  lied 
de  Walther  des  Maîtres  Chanteurs  et  le  lied  du  Prin- 
temps de  la  Walkyrie,  —  ni  à  M.  Félix  Mottl  qui  a 
réussi  à  donner  beaucoup  de  cohésion  à  son  or- 
chestre, lequel  n'en  a  guère  d'ordinaire,  et  à  en 
obtenir  des  nuances  et  une  ampleur  saisissante  de 
sonorité,  surtout  dans  le  prélude  àe  Parsifal,  les 
ouvertures  des  Maîtres-Chanteurs  et  de  Tannhauser. 
Le  Siegfried  Idyll  et  le  Charme  du  Vendredi-Saint  ont 
moins  porté  dans  cette  immense  salle.  En  somme, 
le  succès  a  été  très  vif  et  il  a  prouvé  une  fois  de 
plus  qu'un  vrai  chef  d'orchestre  peut  transformer 
en  peu  de  jours  un  orchestre  de  qualité  médiocre. 

Les  fêtes  musicales  de  l'Exposition  se  termine- 
ront par  un  festival  belge,  dont  le  programme 
toutefois  n'est  pas  encore  arrêté  définitivement. 


G  AND   —   La    représentation,   au    Grand- 
Théâtre,  de  Phryné,  opéra  comique  en  deux 
actes,  poème  de  M.  Auge  de  Lassus,  musique  de 


792 


LE  GUIDE  MUSICAL 


M.  Camille  Saint-Saëns,  fut  Veveni  de  la  semaine. 
Cet  ouvrage,  donné  ici  le  5  octobre,  n'avait  jamais 
été  joué  en  Belgique.  Il  fut  créé  à  l'Opéra-Comi- 
que,  le  24  mai  1893.  M.  Hugues  Imbert  a  donné 
ici  même  'i)  l'analyse  du  poème  et  une  apprécia- 
tion de  la  partition.  Aussi  n'insisterai-je  pas,  ren- 
voyant le  lecteur  curieux  de  détails  à  l'article  de 
notre  éminent  confrère. 

Php'ynéa.  une  qualité  maîtresse,  qui  est  d'être  un 
véritable  opéra  comique,  et  non  un  drame  lyrique. 
Le  livret  est  honnête  et  fort  supportable,  encore 
que  la  versification  soit,  çà  et  là,  un  peu  gauche. 
La  partition  est  exquise  :  le  prélude;  un  air  de 
Dicéphile,  dont  l'ironique  accompagnement  par  le 
basson  rappelle,  du  WalUnsUin  de  Vincent  d'Indy, 
le  prêche  du  moine;  un  air  de  Lampito;  enfin  un 
hymne  à  Vénus  suivi  d'un  trio,  sont  les  plus  belles 
pages  de  cette  œuvre  toute  de  grâce  fine  et  de 
charme  délicat.  C'est  une  esquisse  lestement  enle- 
vée de  l'Hellas  lumineuse,  artiste,  sceptique,  où 
les  esprits  sont  subtils  et  pleins  d'ironie  légère.  La 
musique  si  expressive  de  M.  Saint  Saëns  rappelle 
à  chaque  instant  la  verve  malicieuse  d'Aristo- 
phane. 

L'interprétation  est  très  satisfaisante.  M.  Duver- 
net  (Dicéphile),  M.  Coumont  (Nicias)  et  M"''  Le- 
cuyer  (Phryné)  ont  droit  à  tous  nos  éloges. 

Lundi  8,  répétition  générale  de  l'Africaine,  qui, 
sans  doute,  sera  au  point  dimanche. 

Une  représentation  de  Lucie,  dimanche  7,  a 
porté  malheur  à  M.  Dupuy,  deuxième  fort  ténor, 
qui  s'est  vu  forcé  de  résilier  son  engagement. 
M""  Tachel,  de  même,  doit  nous  quitter,  ainsi  que 
la  basse  de  grand  opéra,  M.  Vallobra.  M""'  Le- 
cuyer,  chanteuse  légère,  ne  contente  point,  paraît- 
il,  les  habitués  du  théâtre.  Enfin  la  direction 
négocie  l'engagement  d'un  ténor  de  demi-carac- 
tère, en  remplacement  de  M.   Dupuy,  remercié. 

Dimitri,  opéra  de  V.  Joncières,  est  à  l'étude  et 
passera  probablement  au  début  de  novembre. 

L.   D.   B. 

*^ 

LILLE.  —  Rompant  avec  les  traditions  du 
théâtre  en  province,  où,  sous  prétexte  de 
débuts,  les  premiers  mois  de  l'exploitation  sont 
exclusivement  consacrés  au  vieux  répertoire, 
M.  Viguier,  le  directeur  de  notre  scène  munici- 
pale, a  ouvert,  le  jeudi  4  octobre,  sa  campagne 
lyrique  par  la  première  représentation  à  Lille  de 
Samsou  et  Dalila,  le  chef-d'œuvre  dramatique  de 
C.  Saint-Saëns,  une  des  plus  complètes  partitions 
dont  puisse  justement  s'enorgueillir  notre  école 
française  moderne. 

Ce  n'est  certes  pas  le  public  qui  se  plaindra  de 
cette  dérogation  à  une  coutume  surannée,  puis- 
qu'elle lui  vaut  le  double  plaisir  de  pouvoir  enten- 
dre avant  décembre  ou  janvier  un  ouvrage  nou- 
veau et  d'interrompre  heureusement,  par  l'audition 
d'une  œuvre  d'art  véritable,  l'insupportable  défilé 

(i)  Voir  le  Guide  Musical  1893,  pages  25i  et  262. 


de  tous  les  opéras-concerts  qui  sévissent  avec  une 
déplorable  intensité  au  commencement  de  chaque 
saison.  Quand  cela  ne  ferait  que  lui  épargner, 
chaque  fois  qu'on  jouera  Samson  et  Dalila,  des 
représentations  de  la  Dame  Blanche,  de  Si  j'étais 
Roi,  de  Mignon,  de  la  Traviata  ou  autres  platitudes 
italiennes,  ce  serait  toujours  autant  de  gagné  ! 

La  magistrale  analyse  qui  a  été  faite  de  cette 
partition,  dans  le  Giiide  Musical,  par  votre  savant 
collaborateur  M.  Etienne  Destranges,  me  permet 
de  ne  plus  vous  parler  ici  que  de  l'interprétation. 

Je  m'empresse  de  constater  que,  dans  son 
ensemble,  elle  a  été  très  satisfaisante, 

M"^  Lise  d'Ajac  conduit  avec  talent  une  assez 
jolie  voix  de  mezzo,  manquant  peut-être  un  peu 
d'homogénéité,  mais  d'un  timbre  fort  agréable. 
Elle  a  nuancé  avec  beaucoup  d'art  ce  rôle  com- 
plexe de  Dalila,  et  en  a  fait  pleinement  ressortir 
toutes  les  beautés.  Aussi  a-t-elle  été  très  justement 
applaudie,  surtout  après  le  fameux  duo  du 
second  acte  avec  Samson,  que  le  public  a  rede- 
mandé. 

La  voix  souple  et  chaude  de  M.  Gogny  convient 
admirablement  au  rôle  de  Samson,  dont  il  a 
chanté  les  phrases  si  larges  en  véritable  artiste. 
Energique  dans  les  récits  du  premier  acte,  il  a  dit 
avec  un  charme  exquis  le  deuxième,  et  avec  une 
émotion  communicative  la  scène  de  la  prison. 
Doublé  d'un  excellent  comédien,  il  a  fait  preuve, 
dans  ce  rôle  important,  d'un  ensemble  de  qualités 
— assez  rares,  hélas!  chez  messieurs  les  ténors,— 
qui  lui  ont  valu  un  succès  très  vif  et  très  mérité. 

Dans  des  rôles  de  second  plan,  M.  Bars  (le  Grand 
Prêtre),  et  M.  Hourdin  (le  Vieillard  hébreu)  se 
sont  fait  également  applaudir. 

Je  ne  dirai  rien  du  ballet,  qui  n'a  guère  d'autre 
mérite  que  celui  de  nous  permettre  d'entendre 
l'exquise  musique  que  Saint-Saëns  a  écrite  pour 
les  Prêtresses  de  Dagon . 

Malgré  un  trop  petit  nombre  de  répétitions, 
l'orchestre,  très  habilement  dirigé  par  son  chef, 
M.  Bromet,  a  convenablement  rendu  cette  diffi- 
cile partition,  si  savante  dans  son  apparente  sim 
plicité. 

En  résumé,  excellente  soirée  dont  il  n'est  que 
juste  de  féliciter  la  direction  de  notre  Grand- 
Théâtre.  .  E.  M. 

I'  UXEMBOURG.  -  Il  est  peu  de  villes 
^  qui  puissent  se  vanter  d'avoir  eu,  dans  l'in- 
tervalle de  deux  ans,  la  visite  des  incomparables 
orphéons  belges  qui  ont  noms  «  Légia  »  et  «  les  Dis- 
ciples de  Grétry  11, 

Cet  honneur  nous  avait  été  réservé,  et  c'est 
dimanche  dernier  que  les  «  Disciples  »  ont  donné 
leur  concert  pour  couronner  les  deux  que  la 
(I  Légia  11  avait  ofterts  auparavant. 

Comme  les  deux  auditions  précédentes  donnée; 
par  la  Légia,  celle-ci  a  également  eu  lieu  a\ 
Cirque,  la  salle  la  plus  vaste  de  la  ville.  Depui: 
le    commencement   jusqu'à  la  fin   du  concert,  le 


ï| 


LE  GUIDE  MUSICAL 


793 


mateurs    ont   été  sous    le    charme    de    ces    voix 
lerveilleusement  stylées. 

Après  VInvocation  de  Jouret,  l'orpliéon  a  entonné 
i  page  délicate  Chant  d'amour,  qui  a  pour  auteur 
/[.Joseph  Delsemme,  directeur  des  «  Disciples  »  et 
)rofesseur  au  Conservatoire  de  Liège.  Cette  com- 
losition  d'un  charme  pénétrant  a  fait  vibrer  tout 
s  monde;  de  plus,  elle  a  permis  au  baryton 
il.  Henrotte,  professeur  de  chant,  de  faire  admirer 
on  brillant  organe,  chaud  et  coloré. 

La  Chanson  espagnole  de  Jouret  était  merveilleuse 
vec  ses  beautés  pittoresques,  ses  effets  captivants 
lu  solo  de  ténor  et  des  reprises  du  chœur  a  bocca 
hitisa.  M.  Albert  Moussoux,  qui  était  chargé  du 
■olo,  mérite  une  mention  particulière  ;  voix  cris- 
'alline,  diction  nette;  M.  Moussoux  comprend  ce 
[u'il  chante,  il  y  met  de  l'âme. 

On  a  fini  par  le  chœur  de  Gevaert,  les  Emigrants 
rlandais,  qui  a  véritablement  soulevé  tout  l'audi- 
oire.  Le  coloris  chatoyant  dont  cette  composition 
ist  empreinte,  le  souci  des  nuances  avec  lequel 
;lle  a  été  inierprétée  sont  indescriptibles;  M.  Jo- 
;eph  Delsemme,  le  directeur,  est  un  artiste  !  N'ou- 
)lions  pas  de  remercier  M.  Kepenne,  notaire  à 
!^iége  et  président  des  «  Disciples  i),  qui  nous 
Lvait  amené  son  admirable  phalange. 

Au  moment  où  j'écris,  j'entends  encore  les 
ormidables  accords  du  finale  des  Emigrants. 
iourra  !!  Salut  à  toii  et  les  applaudissements  fré- 
létiques  de  la  foule  qui  manquaient  de  faire  crou- 
er  la  toiture  du  Cirque.  N.  L. 


NOUVELLES  DIVERSES 

Demain  lundi,  le  célèbre  maestro  Johann 
Itrauss,  l'auteur  du  Danube  bleu  et  de  tant 
.'autres  jolies  valses,  sans  parler  d'une  longue 
érie  d'opérettes  finement  et  spirituellement 
crites,  célébrera  le  cinquantième  anniversaire  de 
es  débuts  comme  chef  d'orchestre.  C'était  en 
844;  il  avait  alors  dix-huit  ans.  Il  avait  fait  ses 
lasses,  étudié  l'harmonie  et  le  contrepoint,  jouait 
u  violon  et  composait  des  danses  ainsi  qu'avait 
lit  son  père,  populaire  lui  aussi  comme  composi- 
3ur  de  danses.  Avec  un  orchestre  de  quatorze 
iusiciens  rassemblés  et  stylés  par  lui,  il  débuta 
n  beau  soir  avec  sa  chapelle  dans  un  établisse- 
lent  suburbain  de  Vienne,  à  Hietzing,  qui,  bientôt 
près,  grâce  à  la  musique  entraînante  de  Strauss, 
tait  devenu  le  plus  fréquenté  de  la  banlieue.  Une 
)is  lancé,  Johann  Strauss  devint  rapidement  le 
ompositeur  à  la  mode.  Choyé  dans  les  salons 
ristocratiques,  aimé  du  populaire,  il  n'est  pas  de 
;te  publique  ou  privée  qu'il  n'ait  contribué  à 
gayer  des  inventions  piquantes  de  sa  muse  légère 
t  gracieuse.  Ce  qui  fait  le  mérite  très  réel  et  peu 
ommun  des  compositions  de  Strauss,  c'est  le 
harme  ingénieux  de  son  harmonie,  qui  souligne 


agréablement  des  mélodies  dont  le  contour  gra- 
cieux est  marqué  en  arêtes  vives  par  des  rythmes 
d'une  vivacité  et  d'une  verve  entraînantes. 

Un  fait  peu  connu,  c'est  que  Johann  Strauss  fut 
un  des  premiers  et  plus  ardents  admirateurs  de 
Richard  Wagner  qui,  lorsqu'il  s'installa  à  Vienne  en 
i863,  eut  des  relations  très  cordiales  avec  le  «  roi 
de  la  valse  11.  Le  maître  de  Bayreuth  n'a  pas 
dédaigné  de  parler  avec  éloge  dans  ses  écrits  des 
charmantes  compositions  de  Strauss. 

Ce  qui  est  certain,  c'est  que  Strauss,  dans  le 
genre  léger,  est  une  personnalité,  et  qu'il  laissera 
une  trace  dans  l'histoire  de  l'art  contemporain. 

Depuis  quelques  années,  Johann  Strauss  avait 
abandonné  son  orchestre,  laissant  à  Edouard,  le 
survivant  de  ses  deux  frères,  le  soin  de  continuer 
la  tradition  de  famille.  Il  a  employé  ses  loisirs  à 
composer  de  charmantes  opérettes.  Il  a  même,  on 
se  le  rappelle,  fait  représenter  un  opéra,  le  Cheva- 
lier Pazman,  il  y  a  deux  ou  trois  ans,  à  l'Opéra  de 
Vienne  ;  mais  il  n'a  pas  tardé  â  revenir  au  genre 
aimable  et  léger  où  il  excelle. 

Le  jubilé  durera  trois  jours.  Il  sera  couronné 
par  un  banquet  solennel  auquel  assistera  la  jeune 
et  jolie  femme  du  vigoureu.x  vieillard. 

On  dit  que  l'Empereur  conférera,  à  cette  occa- 
sion, à  l'éminent  artiste,  la  récompense  suprême, 
c'est-â-dire  le  Ehrmzeichen,  la  croix  d'honneur  des 
Autrichiens. 

Et  le  12  octobre,  afin  de  prouver  qu'il  n'a  pas 
déchu,  le  maestro  a  dirigé,  à  VAn  der  Wien,  la  pre- 
mière d'une  opérette  nouvelle,  sur  un  sujet  bos- 
niaque : labuka. 

Si  les  conservatoires  ont  du  bon,  ils  ont  aussi 
leurs  côtés  fâcheux.  Un  musicologue  allemand 
vient  de  dresser,  à  ce  propos,  une  statistique 
curieuse.  Il  constate  qu'en  moyenne  soixante- dix 
théâtres  lyriques  de  .l'Allemagne  n'engagent 
guère  plus  de  sept  ou  huit  cantatrices  nouvelles 
par  an.  Or,  pour  chaque  place  vacante  il  n'y 
aurait  pas  moins  de  trente  candidates  fraîchement 
émoulues  des  conservatoires,  munies  de  tous 
leurs  diplômes.  En  moyenne,  on  paie  aux  débu- 
tantes un  cachet  de  120  marcs  par  mois,  sous 
réserve  toutefois  de  résiliation  en  cas  d'insuffi- 
sance. Or,  il  n'est  pas  une  nouvelle  «  recrue  » 
qui  ne  soit  exposée  à  se  voir  résilier  après  les 
premières  représentations.  Ce  n'est  généralement 
qu'un  truc  de  l'imprésario.  Il  menace  de  renvoyer 
la  jeune  artiste  à  moins  qu'elle  ne  consente  à 
une  diminution  d'appointements,  la  moitié  par 
exemple,  c'est-à-dire  60  marks,  soit  à  peine 
7S  francs. 

En  moyenne,  une  cantatrice  déjà  routinée  ne 
reçoit  pas  plus  de  3oo  marks  par  mois. 

Pour  les  cantatrices  de  concert,  c'est  pis  encore. 
Il  est  rare  qu'elles  ne  doivent  pas  payer  les  pre- 
miers concerts  où  elles  se  font  entendre.  Si  la 
débutante  a  quelque  succès,  elle  devient  aussitôt 
la  proie  des  agents,  si  nombreux  en  Allemagne. 
Ceux-ci   ont  bien  soin  do  ne  pas  stipuler  de  pris 


794 


LE  GUIDE   MUSICAL 


fixe  par  audition,  de  sorte  que  la  malheureuse 
est  obligée  souvent  de  chanter  à  des  prix  déri- 
soires. Il  arrive  même  fréquemment  que,  déduction 
faite  de  la  commission  de  l'agent,  il  ne  lui  reste 
qu'un  louis,  tout  au  plus,  par  concert 

Faut  il  s'étonner  que  tant  de  cantatrices  qui 
eussent  fait  des  artistes  de  talent  préfèrent  aller 
au  café-chantant,  où  Ton  paie  convenablement  ! 

Le  3oo°  anniversaire  de  la  mort  de  Palestrina 
va  être  célébré  à  Vienne  par  un  grand  concert  où 
l'on  entendra  sa  messe  Ecce  ego  Johannes 

Un  journal  de  Berlin  confirme  que  l'empereur 
Guillaume  II  vient  de  terminer  son  opéra  comique 
en  un  acte  et  que  cette  œuvre  sera  bientôt  repré- 
sentée dans  l'intimité  de  la  cuur.  L'empereur  déci- 
dera ensuite  s'il  la  fera  jouer  publiquement  sous 
un  pseudonyme. 

Le  héros  des  Maitres-Chanteiirs  de  Richard  Wag- 
ner, le  poète-cordonnier  Hans  Sachs,  qui  eut  une 
si  grande  part  dans  l'œuvre  de  la  Réforme,  va  être 
solennellement  fêté  à  Nuremberg,  à  l'occasion  du 
quatrième  centenaire  de  sa  naissance, 

Le  3  novembre,  on  donnera  une  comédie  inédite 
en  trois  actes,  de  M.  R.  Gênée,  traitant  de  diffé- 
rents épisodes  de  la  vie  de  l'ouvrier-écrivain. 

Le  lendemain,  après  une  cérémonie  à  l'hôtel  de 


ville,  un  cortège  rappellera  les  principaux  faits  • 
historiques  auxquels  fut  mêlé  Hans  Sachs  ;   puis, 
devant  sa  statue,  qui  se  dresse  sur  une  des  places 
publiques  de  la  vielle  cité,  on  jouera  deux  farces 
de  carnaval  de  sa  composiiion. 

Le  tout  se  terminera,  comme  de  juste,  par  une 
représentation  des  Maiïres-ChanUurs. 

Nuremberg  ne  sera  pas  la  seule  ville  d'Allema- 
gne à  célébrer  la  mémoire  de  Sachs.  A  Berlin,  on 
doit  jouer  une  pièce  de  circonstance.  Et  Munich 
organise  des  fêtes  qui  dureront  trois  jours. 

Toutes  ces  commémorations  seront  sans  doute 
très  brillantes,  car  Hans  Sachs  est  une  des  figures 
les  plus  populaires  de  la  vieille  Allemagne. 
Durant  ses  dernières  années,  on  a  publié  sur  lui 
d'innombrables  études,  et  il  est  le  héros  d'un  grand 
nombre  de  pièces  de  théâtre. 

L'Opéra  de  Vienne,  après  avoir  donné  une 
reprise  de  VIphigénie  eu  Aulide  de  Gluck,  qui  ne 
paraît  pas  avoir  impressionné  beaucoup  le  public 
viennois,  a  donné,  la  semaine  dernière,  sa  première 
nouveauté,  Mara,  un  acte,  musique  de  M.  F.  Hum- 
mel,dôjà  joué  à  Berlin.  M.  Hummel  est  violoncel- 
liste à  l'orchestre  de  Berlin.  De  là,  sans  doute, 
l'accueil  très  favorable  fait  à  son  œuvre  dans  la 
capitale  allemande.  A  Vienne,  le  succès  a  été 
moins  vif,  bien  que  la  critique  soit  assez  favorable 
à  la  partition  de  M.  Hummel.  Mais  on  commence 


BREITKOPF  &  H^RTEL,  BRUXELLES 

Editeurs,    46,    Monta§^ne    de  la    Cour,   46 


VIENT  DE  PARAITRE 


DVORAK.  Op.  96,  Quatuor  à  cordes,  en /o.     .     .     .     Partition     net  5  65 

Parties          «  7  5o) 

—  Op.  90,  Dumka,  Trio  pour  piano,  violon  et  violoncelle     «  11  25) 

VAN  DAM.    Les  Clochettes  bleues.  Mélodie  pour  chant     ...       "  2  — 

—  Pour  un  seul  Mot,  chanson  pour  une  voix  ....       »  ^  l'^ 

VASTERSAVENDTS.Op.  9,  Deux  Etudes  de  concert,  pour  piano    «  3  — 


PIANOS  BECHSTEIN. 


PIANOS  BLUTHNER 


HARMONIUMS     ESTEY 
PIANOS     D'OCCASION     —     PIANOS     EN     LOCATION 


LE  GUIDE  MUSICAL 


795 


à  être  lassé  par  toutes  ces  petites  pièces  en  un 
acte  écloses  à  la  suite  de  Cavalkria  rusticana  et  qui 
en  imitent  la  brutalité  et  les  gros  effets. 

PIANOS  ET  HARPE 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  i3,  rue  du  Mail 

RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 


Berlin 

Opéra.  —  Du  7  au  14  octobre  :  Le  Prophète.  La  Fille 
du  régiment  et   Carnaval.  Tannhaeuser.  Mara   et   I 


Pagliacci.  Czar  et  Charpentier.  Cavalleria  rusticana 
et  le  Barbier  de  Séville.  Hasnsel  et  Gretel  'de  Hum- 
perdinck)et  Puppenfee.  Lohengrin.  Haenselet  Gretel. 
Les  Saisons. 

Bruxelles 
Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  7  au  14  octobre  : 

Roméo  et  Juliette.    Le  Prophète.  Relâche.  Mireille. 

Farfalla   Tristan  et  Iseult.  Traviata.  Relâche. 
Jeudi   18  :  Tris'an  et  Iseult.    Reprise  du   Barbier  de 

Séville.  —  Prochainement  :  Samson  et  Dalila. 
Alcazar  royal.  —  Spectacle-concert. 
Empire-Palace  —  Spectacle-concert. 

Paris 

Théâtre  du  Chatelet  (Concerts-Colonne),  dimanche 
14  octobre  1894,  à  2  1/4  très  précises.  —  Première 
partie  ;  Symphonie  fantastique  de  H.  Berlioz,  ballet 
de  Promè'.hèe  de  Beethoven.  Violoncelle  :  M.  Ba- 
retti;  flûte  :  M.  Cantié;  clarinette:  M.  Terrier; 
basson  :  M.  Hamburg  ;  harpe  :  M^e  Provinciali-Cel- 
mer  Prélude  du  Déluge  de  C  Saint-Saëns.  Violon 
M    G.  Remy. 

Deuxième  partie  :  Impressions  d'Italie  de  G.  Charpen- 
tier, prélude  de  Tristan  et  Iseult  de  Rich.  Wagner. 
Cor  anglais  :  M.  Longy.  La  Chevauchée  des  Valky- 
ries  de  Richard  Wagner . 

Opéra  —  Du  8  au  i5  octobre  :  Samson  et  Dalila,  la 
Korrigane.  La  Walkyrie.  Otello.   Roméo  et  Juliette. 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 
OUYEAGES   THÉOEIQUES    ET  D'EI^SEIGÎTEITENT 

TRAITÉ  PRATIQUE 

D'INSTRUMENTATION 

PAR 

ERNEST   GUIRAUD 

MEMBRE  DE  L'INSTITUT 

Professeur  de  composition  au  Conservatoire  'Mational  de  musique  et  de  déclamation 

Cet  o.'/  c^p  contie^it  90  exemples  des  grands  maîtres  anciens  et  modernes 

de  toutes  les  écoles  et  de  tous  les  pays 

PRIX  NET  :    6  FRANCS 

PRINCr^ES  oTTaTeCtFrE  MUSICALE 


LÉO  NT  ROQUES 


Ouvrage  reconiinande  pour  la  première  éducation  musicale 

Par  MM.  GOUNOD,  MASSENET,  DELIEES,  GUIRAUD,  DUBOIS,  GODARD,  DIÉMER,  etc 

PRIX   NET    :    50  CENTIMES 

(Il  est  fait  de  grands  avantages  aux  Maisons  d'éducation  pour  cet  ouvrage  pris  par  nombre) 


796 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Opéra-Comique.  —  Du  8  au  i5  octobre  :  Mireille,  Ca- 
valleria  rusticana.  Falstafï.  Manon.  Mignon 


Vienne 

Du  7  au   14   octobre 


Siegfried.     Mars 


Mara.  A  Santa  Lucia  (avec  M™''  Bellincioni  et  Sta- 
gne). Mignon    La  Traviata.  Roméo  et  Juliette. 
An  der  Wien.  —  Du  7  au   14  octobre  :  Le  Baron  des 
Tsiganes  Jabuka,  opérette  nouvelle  de  Strauss   Fle- 
dermaus. 


r  LEOPOLD  MURAILLE,  éditeur  a  liege  (Belgique) 

Dépositaire  unique  de  l'Kdition  l'ayne 

(partitions  de  poche  poue  la  musique  de   chambre) 
DETHIER,  Gaston.  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue.  .     net  fr.     3   — 

—  Prélude  sur  le  Dies  IrcB  pour  grand  orgue      .         .         .         »  i   — 

—  Romance  pour  violon  et  piano       ......  3   — 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano.  .         .         »  3   — 
LEKEU,  G"^.  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties, 

partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano  .  ..         m  8   — 

—  Trois  pièces  pour  piano  .........  3  — 

RAWAY  Erasme.  Scènes  Hindoues,   poème  symphonique  en  quatre  parties, 

réduction  à  quatre  mains       .......  4  — 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  d'après  Hasndel,  pour  violon  et  piano         .         »  3   i5 

—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano       ...»  2  5o 

£iiTOi     franco     des     catalosrues 


MACKAR  et  NOËL ,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

PARIS 

Propriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKOWSKY,  GOTTSCHALK,  PRUDENT,  ALLARD 
des   ARCHIVES  DU  PIANO  et  de  la  CÉLÈBRE  MÉTHODE  DE  PIANO  A.  LE  CARPENTIER 
Seuls  dépositaires  de  l'^DITION  CHARNOT, spécialement  consacrée  à  la  MUSIQUE  DE  VIOLON 


DERNIÈRES  PUBLICATIONS: 

CHANT  ET  PIANO 

Prix 
O'Kelly  G.  Ave  Maria,  solo- 

mezzo 5     )) 

Tsctiaïkowsky ,  P .  La 
Dame  de  Pique,  opéra  no  7, 
duetto,  deux  femmes.     Net     2     « 

—  No  8,  Rom.  de  Pauline, 
contralto    ....      Net     i   5o 

Pour  paraître  prochainement  ; 

—  Onéguine,  drame  lyrique 
intime,  paroles  françaises 
de  M.  C.  Delines,  d'après  : 

A.  Pouchkine.      .      .     Net  20  « 
Marietti.  Réponse  à  la  Pro- 
mise, Chansonnette  .      .      .     3  » 
Petit  format     i  « 

MORCEAUX  DE  PIANO  SEUL 

Chabrier,  Em.  Marche  des 

Cypages 7  5o 

Hily,  F.  Op.  i58.  L'Oiseau- 

mouche,  caprice.      .      .      .     5     ): 

Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Ch.  Lenepveu,  avec  par- 
tie d'harmonium  adlib.  Net     2     r. 

Misaler,    B.  T.    Chanson 

Suisse Net     5     r. 

—  Chanson  Havanaise        »       5     > 

—  »        Napolitaine      »      5     >: 
Thuillier,    E.    Fête    Alsa- 
cienne  5     >: 

Vincent,   Aug     Op.    64 

Scherzo 5  r 

—  Op.  65.  Gavotte      .      .      .  5  r. 

—  Op.  66.  Valse  Espagnole  .  6  r. 


PIANO  A  4  MAINS 

Pr 

Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Lenepveu,  avec  harmo- 
nium adlib.      .      .      .       Net     3 

Thomé,  F.  Marche    triom- 
phale d' Aug.  Vincent,  op.  44  10 
DEUX  PIANOS  A  4  MAINS 

Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Ch.  Lenepveu,  avec  har- 
monium adlib  .      .      .      Net     4 

Ttiomé,  F.  Marche  triom- 
phale d' Aug.  Vincent,  op.  44  12 

MUSIQUE  DE  DANSE 
Dessaux,   Louis.   Quatre 
danses  faciles  : 

No  I.   Quadrille.     ...     5 
No  2 .   Valse  .....     3 

No  3.   Polka 3 

No  4.   Polka-Mazurka.      .     3 

GRAND  ORGUE 
Salomé,  Tli.  Op.  21.  Trois 
Canons     

—  Op.  25.  Première  grande 
sonate 

VIOLON  ET  PIANO 
Danbé,  Jules.  Op.  3o,  n"  4. 
Petite  Valse 5 

—  Op.  21,  no  4.  Canzonetta  .     6 

MUSIQUE  MILITAIRE 
■Wittmann.  Amour  et  prin- 
temps,   harmonie   ou    fan- 
fare  Net     3 

—  Placet,  Patins  et  fourrières. 
Polka-Mazurka ,  harmonie 
ou  fanfare ....     Net    3 


Wittmann.  Favarges.  Op.  i 
Boléro,  harmonie  ou  fan- 
fare  Net     4    n 

—  Le  même  pour  orchestre 
(sous  presse) 

ŒUVRES  DE  P.  TSCHAIKOWSKY 

Cent  vingt  morceaux  de  piano. 

Trois  concertos,  piano  et  orchestre. 

Cent  mélodies,  chant  et  piano. 

Six  duos  à  deux  voix. 

Trois  quatuors  à  cordes . 

Trio  pour  piano,  violon  et  violon- 
celle . 

Quatre  poèmes  symphoniques . 

Cinq  suites  d'orchestre. 

Six  symphonies  à  grand  orchestre. 

Trois  ballets  :  le  Lac  des  Cygnes,  la 
Belle  au  bois  dormant,  le  Casse- 
noisette. 

Neuf  opéras  :  le  Caprice  d'Oksàne, 
Snegourotschka  ou  la  Fille  de 
Neige,  Vakoula  le  Forgeron,  Oné- 
guine, la  Dame  de  pique,  Jeanne 
d'Arc,  Mazeppa,  la  Tscharodeika, 
Yolande. 

OUVRAGES  POUR  SOLI  CHŒURS 
ET  ORCHESTRE 

Eecmnmmidés  aux  sociétés phillianraniques 
Bernard,  E.  Op.  8.  La  Captivité  de 

Babylone. 
Bourgault-Ducoudray.  Op.  5. 

Stabat  Mater. 
Lefebvre,  Ch..  Judith.  —  Eloa. 
Lenepveu,  Cti.  Jeanne  d'Arc. 
Maréciial,    H.   Le    Miracle    de 

Naïm.  —  La  Nativité. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


797 


NOUVEAUTÉS     MUSICALES 

PUBLIÉES  PAR  LA  MAISON 

SCHOTT  FRÈRES,  ÉDITEURS.  82,  MONTAGNE  DE  Lft  COUR,  BRUXELLES 

OTTO  lUNNE,   Thalstrasse,  21,  Leipzig^ 


POUR  PIANO 

Dreyscbock,   Félix,   An- 
dante  Religioso   .  .      .      i   , 

Le   Pas,   A.  Aul)ade    à    la 
fiancée i  . 

Lunssens,  M.  Marche  so- 
lennelle (Fest-Marsch)  .      .3 

Raif,   O     Op.    4    Suite  des 
Valses  à  4  mains.     ...     3 

Streabbog,  L.  Albums  (à 
4  mains)  :  Le  Collier  de 
Perles  La  Corbeille  de 
Roses.  Fleur  de  Mai.  Les 
Oiseaux  de  Paradis.  Le 
Petit  Carnaval.  Les  Papil- 
lons. Les  Etoiles  d'Or 
Chaque  album,  six  danses 
faciles 4 

VIOLON  ET  PIANO 

Accolay,  J.  B.  Au  bord  du 

ruisseau,  idylle  ....  2 

— La  Taglioni,  scène  de  ballet  2 

— Ruines  et  Souvenirs, ballade  2 

—  Rêverie  mélancolique  .      .  2 

" — Légende  écossaise   ...  2 

— Polonaise 2 


Gabriel-Marie.   «   Impres- 
sions. «  6  morceaux  ; 

N"  I .  Simplicité.      ...  i  75 

N"  2.  Insouciance   .      .      .  2  — 

N"  3    Quiétude  ....  i  75 
N°  4 .  Souvenir   ....175 

N"  5.  Mélancolie     ...  i  75 

N06.  Allégresse.      ...  2  — 
Hermann,    Rob.     Petites 
Variations  pour  rire,  com 

posées  sur  sept  notes     .      .  i  90 

Jehin-Prume.  Romance   .  i  75 

Thallon,  R.  Romance         .  i  75 
Ventti,  G.  Trois  morceaux  : 

N"  I.  Chanson  sans  paroles  i  35 

N"  2.  Chanson  du  soir  .      .  i  35 

N"  3.  La  Sérénata    .      .      .2  — 

—  Deux  Rhapsodies  : 

Noi  Sur  des  motifs  écossais  i  90 
No  2.   Sur    des   motifs   sué- 

doix 3  75 

VIOLONCELLE   ET  PIANO 

Pangaert    d'Opdorp,   L. 

Mélodie i   35 

—  Souvenir  de  Spa  (Annette 
et  Lubin),  pour  violoncelle 

et  hautbois 2  — 


DIVERS  INSTRUMENTS 

Gilis,  A.  Symphonie  d'en- 
fants. Piano,  violons  I,  II, 
ornitoph'  ne  et  triangles     . 

Gobbaerts.  Op  33.  Concert 
dans  le  feuillage,  pour  flûte 
et  piano 

Pietrapertosa,    12  Trans- 
criptiL.ns    pour    mandoline 
et  piano  : 
No     I.  Battmann,  L.,  Babil 

de  fauvet'.e. 
No    2    Csibulha.A-.Ga.vo\.is 

Stéphanie   . 
No    3.  »     de  la  Princesse  . 


No  n,  Dupont,  A.,  Chanson 
No  5.  Faucheux,  Nocturne. 
No    6.         "  Rêverie   . 

No    7.  FUn,  P.,  Le  Temps 

des  roses     . 
No    8. H ollman,jf., Chanson 

d'amour. 
No    9.  Ludovic,  Marguerite 
No  10.        »         Rêve  d'un 

ange 


1  75 

2  5o 

1  75 

2  00 
I  75 
I  75 

I  75 

I  75 
1  75 

I  75 


Paris,  ALPHONSE  LEDUC,  Editeur,  3,  rue  de  Grammont. 


ÉCOLE  MODERNE  DU  PIANISTE 


Prix  Net      fr. 


BERNARD  RIE.  Op.  32    Exercices  des  cinq  doigts 

—  Op.  33.  Le  Début,  25  études  faciles 

—  Op.  35.  Le  Progrès,  25  études  préparatoires 

—  Op.  35    L'Indépendance  des  doigts,  25  études  pour  délier  les  doigts 

—  Op.  39    Exercices  journaliers 


CH.  DE  BERIOT. 

La  Lecture  au  piano,  i" 
La  Lecture  au  piano,  2" 

volume 
volume 

5     0 

S    » 

H.  RAVINA,  Op. 
Op. 

5o.  Etudes  harmonieuses 
60.  Etudes  mignonnes 

.      .      .           .         6  65 

6  65 

J.  ARNOUD 


CENT  LEÇONS  DE  SOLFÈGE  A  DEUX  VOIX  ÉGALES 

Sans  accompagnement i   25 

Les  mêmes  avec  accompagnement 7     " 


J.  ARNOUD 


1,600  Exercices  gradués  de  lecture  et  de  dictées 

musicales 

A  l'usage  des  écoles  normales,   écoles   municipales. 

cours  d'adultes 

l'e  partie,  1000  Exercices i  5o 

2'        »  600  Exercices i  5o 


412 


L'ART  DE  TRAVAILLER  LES  ÉTUDES  DE  KREUTZER 

Exemples   de    doigtés    et   de   coups    d'archet,    recueillis    d'après   les   notes   de 

L.   MASSART 

pyofesseur  au  Conservatoire  Naiional  de  Musique 

Prix  net i   fr, 

E.   DURAND 

EX-PROFESSEUR  AU  CONSERVATOIRE  NATIONAL  DE  MUSIQUE 

complet  d'harmonie  :  Partie  de  l'élève,  i'^^''  volume 25 

allons  des  leçons  d'harmonie  :  Partie  du  professeur,  2«  volume     ...      ; I2 

d'accompagnement   pratique  au  piano.     . 18 


798 


LF.  GUIDE  MUSICAL 


Le  Théâtre  de  Richard  Wagner 

Essais   de   Critique   LUtéraire,  Esihétiquc  et  Musicale 

Par  Maurice    KUFFERATH 

PARSIFAL,   I  vol.  de  3o2  p.,  2°  édit.  Ir .  3  5 

TRISTAN  et  ISEULT,  i  vol.  de  375  p.,  2=  éd. .,     5  00 
LOHENGRIN.   i  vol.   de  218  p.,  3"  édit  »     3  5o 

LA  WALKYRIE,  i  vol.  de  i5o  p.,  2"  »  «     3  5o 

SIEGFRIED,  I  vol.  de  i3op.  2'  édit.  «    2  5o 

Paris  :  à  la  librairie  Fischbacher,  33,  rue  de  Seine 
Bruxelles  :  Schott  frères,  éditeurs,  Mont,  de  la  Cour  82. 
Leipzig  :  Otto  Junne,  Thalstrasse,  21. 


JULES  PAINPARE 

Inspecteur    des    musiques   de    l'armée    belge 

Ex-chef  de  musique  du  6»  de  ligne 

REPRÉSENTANT  SPÉCIAL 

DES 

Pianos  ÉRARD.  KAPS  et  BORD 

ET  DES 

Instruments  BESSON  de  Paris 

ARTISTIQUE       MAISOBT       DE       CONFIAKCE 

Rue  Edeling,  2,  ANVERS 


COMMISSION    ET    EXPORTATION    DE   MUSIQUE   BELGE   ET   ÉTRANGÈRE 

J.-B.  KATTO,  éditeur  de  musique,  52,  rue  de  l'Ecuyer,  Bruxelles 

ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 

CONTES   &  BALLADES 


POUR    PIANO 


PAE  PETER  BENOIT 

N»  I.   Conte,  i"  suite  5  oo  N°  i.  Ballade,  a"" suite  5  oo 

2.  Ballade,    »  .    .  5  oo        2.   Conte,        »     .   6  00 

3.  Conte,       »  .    .  4  00        3.   Ballade,     »     .   5  00 
Complet  9  00 


(OP.   34) 


Complet  9  00 


N"  I.  Conte,  3=  suite  6  00 

2.  Ballade,      »    .   5  00 

3.  Conte,        »    .  5  00 
Complet  9  00 


N"  I.  Ballade,  4"  suite  6  00 

2.  Conte,         »     .   6  00 

3.  Ballade,      »     .  4  00 

Complet  9  00 


L'OUYEAGE  COMPLET,  Î^ET  10  FE. 


TELEPHONE    I902 


PIANOS    ET    HARMONIUMS 

H.  BALTHASAH-PLOUEirCE,  ITAMUR 

Fournisseur  de  la  Cour,  Membre  des  Jurys  Anvers  1885,  Bruxelles  1888 


Etablissement  Photographi(iue 

Place  du  Congrès.  65,  rue  Eoyale 

Cartes  de  Visite  :  12  fr.  la  douzaine 

Les  ateliers  sont  au  rez-de-chaussée 
ENGLISH  SPOKEN  MAN  SPRICHT  DEUTSCH 

Maison  G.  GONTHIER 

Fournisseur  des  musées 

Rue  DE  l'Empereur,  3i,  Bruxelles 

MAISON    SPÉCIALE 
pour    eiicadrcineiitH    artistiques 


VIOLONS    ITALIENS 


GEORGES  M0U6EN0T 

luthier    FABRICANT 

Fournisseur  et  conservateur  des  instruments  de  concert 
du  Coyiservatoire  royal  de  Bruxelles 

23,    Montagne  de  la   Cour,   23 

(au  premier) 

BRUXELLES 

Succursale  à  Londres  :  23,  Berners  Street 


SEUL   DEPOT 

DES   CÉLÈBRES 
Vente,  liocalioii,  e<e. 

PIANOS  D'OCCASION 


PIANOS  HENRI  HERZ 

Boulevard  Anspach,  37,  Bruxelles 


LE  GUIDE  MUSICAL 


799 


Les  Maisons 

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40"  année  21  Octobre  1894  numéro  43 


SOMMAIRE 


Hugues  Imbert.  —  Othello  de  G.  Verdi. 
—  La  première  à  l'Opéra  de  Paris. 

Richard  Wagner.  —  Lettres  à  Auguste 
Rœckel  (Traduction  de  M.  Maurice  KufFeratli). 

M.  Kufferath.  —  Notes  de  voyages  (suite 
et  iîn). 

ifftjroiitquc  ôc  la  Semaine  :  Paris  :   Revue  des  Con- 

certs-Colonne.  —Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  Nouvelles  diverses. 

Corrceponbrtiues  :  Anvers  :  Première  de  Czar  et 
Charptntier  au  Théâtre-Flamand.  —  Dresde.  — 
Liège.  —  Londres.  -—  Saint-Pétersbourg  :  Le 
monument  à  Chopin;  la  saison  musicale.  —  Ver- 
viers. 

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40°  ANNÉE.  —  Numéro  43. 


21  Octobre  1894. 


OTHELLO 

Dratoe  lyrique  en  quatre  actes,  poème  d'ARRiGO  BoïTO, 
musique  de  G.  Verdi 


De  dernier  né  des  ouvrages  de 
Verdi,  Falstaff,  aura  vu  le  jour  à 
][  Paris  avant  Othello,  qui  est  son 
aîné.  Lorsque  ce  drame  lyrique 
fut  exécuté  pour  la  première  fois,  en  Tannée 
1887,  au  théâtre  de  la  Scala  à  Milan,  on 
fut  unanime  à  reconnaître  que  le  maître 
italien,  continuant  son  évolution,  avait 
inauguré  pour  ainsi  dire  sa  troisième  ma- 
nière. Certain  critique,  dont  nous  aimons 
à  reconnaître  la  valeur,  affirma  hautement 
qu'Othello  était  le  meilleur  drame  lyrique 
qui  eût  vu  le  jour  en  pays  de  langues 
latines  depuis  la  mort  de  Spontini.  L'affir- 
mation est  peut-être  audacieuse  ;  mais  elle 
indique  bien  dans  sa  brièveté  la  haute  opi- 
nion que  la  critique  sincère  et  éclairée  a  de 
l'illustre  maître. 

Et  lorsque  M.  le  commandeur  Negri, 
après  la  première  de  Milan,  prononça,  au 
banquet  offert  à  la  presse  par  les  éditeurs 
Ricordi,  les  belles  paroles  que  nous  tenons 
à  reproduire,  elles  furent  couvertes  de 
frénétiques  applaudissements  :  «  Messieurs, 
vous  admirez  le  génie  de  Verdi,  mais  vous 
ne  pouvez  pas  savoir  de  quel  amour  respec- 
tueux l'Italie  entoure  son  nom.  L'Italie 
honore  en  lui  le  grand  artiste  qui,  dans  les 
jours  de  la  douleur  et  de  l'oppression,  a  su, 
par  ses  chants  sublimes,  adoucir  sa  tris- 
tesse et  soutenir  son  courage;  l'homme  qui 
n'a  jamais  courbé  la  tête  ni  devant  les 
menaces,  ni  devant  les  flatteries;  l'homme 
qui,  dans  les  temps  les  plus  difficiles,  a  fait 


toujours  respecter  la  dignité  de  l'art  italien; 
l'homme  enfin  dont  la  vie  irréprochable, 
laborieuse  et  modeste  est  pour  tous,  grands 
et  petits,  le  plus  noble  des  exemples.  »  Il 
aurait  pu  ajouter  :  l'artiste  peut-être  unique 
qui,  après  une  période  de  gloire  et  d'eni- 
vrement, est  entré  résolument  dans  une 
voie  nouvelle,  répudiant  pour  ainsi  dire  son 
passé  et  tournant  le  dos  à  une  école  qui 
avait  eu  son  temps  de  vogue. 

A  ce  propos,  on  a  été  amené  à  établir  une 
comparaison  entre  VOthello  de  Verdi  et 
celui  de  Rossini;  nous  n'en  voyons  pas 
la  nécessité,  puisque  les  tendances  des 
deux  compositeurs  sont  diamétralement 
opposées.  Dire,  à  la  décharge  de  Rossini, 
qu'il  faut  tenir  compte  du  milieu  et  de 
l'époque  où  a  eu  lieu  la  production,  nous 
semble  un  argument  de  force  médiocre, 
puisqu'au  moment  où  Rossini  a  écrit  son 
Othello,  il  aurait  pu,  s'il  avait  été  touché  par 
la  grâce,  prendre  exemple  sur  des  devan- 
ciers illustres,  Gluck  et  Weber,  qui  avaient 
déjà  et  magnifiquement  tracé  la  voie  à 
suivre  en  matière  de  drame  l3Tique. 

La  mise  à  la  scène  de  VOthello  de  Verdi 
à  l'Opéra  de  Paris  s'imposait;  on  se 
demande  même  comment  un  temps  aussi 
long  a  pu  s'écouler  entre  l'exécution  de  ce 
beau  drame  lyrique  à  Milan  en  1887  et  son 
acceptation  à  l'Académie  nationale  de 
musique  en  1894.  La  direction  a  tenu  à 
réparer  le  temps  perdu  en  donnant  à 
l'œuvre  le  plus  brillant  éclat  et  en  en  con- 
fiant l'interprétation  aux  artistes  les  plus  en 
vue. 

Tout  le  monde  sait  que  le  libretto,  comme 
celui  de  Falstaff,  est  l'œuvre  de  M.  Arrigo 
Boïto,  musicien  et  poète  dont  l'opéra  Mefis- 
tofcle  révéla  un  tempérament  original.  Dans 
Othello,  le  librettiste  a  inculqué  au  rôle 
d'Iago  une  telle  prépondérance  qu'il  fut 
question,  dans  le  principe,  de  donner  au 
nouveau  drame  le  nom  à!Iago.  La  puis- 
sance et  l'originalité  avec  lesquelles  a  été 
présenté  le  personnage  n'a  pas  été  sans 
influencer  le  tempérament  excessivement 


804 


LE  GUIDE  MUSICAL 


dramatique  de  Verdi.  Dans  le  but  de 
resserrer  l'action  du  drame,  M.  Boïto  a 
négligé  le  premier  acte  de  Shakespeare  :  et 
cependant,  c'est  dans  ce  premier  acte  que 
se  trouve  la  fameuse  apostrophe  du  séna- 
teur Brabantio,  père  de  Desdémone,  à 
Othello  :  «Veille  sur  elle,  More;  aie  l'œil 
ouvert  sur  elle;  elle  a  trompé  son  père  et 
pourra  te  tromper.  » 

Eclair,  tonnerre,  ouragan,  tel  est  le  début 
du  premier  acte  de  M.  Boïto,  le  deuxième 
de  Shakespeare.  Au  loin,  la  mer,  dont  les 
flots  sont  déchaînés  ;  sur  la  plage,  les  Cy- 
priotes attendant  avec  anxiété  la  galère  du 
More,  qui  vient  de  vaincre  les  Turcs  et 
aborde  bientôt  à  la  plage,  suivi  de  marins 
et  de  soldats.  Othello  entre  dans  la  forte- 
resse, alors  que  le  peuple  proclame  la  vic- 
toire et  qu'un  feu  de  joie  s'allume.  lago, 
préméditant  déjà  son  œuvre  de  haine, 
engage  Rodrigue  à  ne  pas  désespérer  de 
son  amour  pour  Desdémone;  souvent 
femme  varie.  Quant  à  lui,  il  a  toujours 
détesté  ce  More  qui  a  injustement  donné  à 
Cassiole  grade  qu'il  convoitait  et...  «  il  ne 
voudrait  pas  voir,  dit-il,  rôder  autour  de 
lui  un  lago  ».  Attablé  sous  une  treille  avec 
ses  compagnons,  lago  invite  Cassio  à  boire, 
l'enivre  et  provoque  bientôt  une  querelle 
qui  dégénère  en  un  combat  furieux.  Au 
bruit  du  tocsin  que  fait  sonner  le  traître, 
Othello  accourt,  suivi  de  Desdémone.  A 
son  arrivée,  le  combat  cesse,  tout  s'apaise. 
Il  enlève  à  Cassio  son  grade  de  capitaine. 
Restés  seuls,  Othello  et  Desdémone,  dans 
le  ealme  de  la  nuit,  sous  un  ciel  qui  a  repris 
sa  pureté,  se  remémorent  les  premiers 
enchantements  de  la  passion  qui  les  lia 
l'un  à  l'autre  :  ce  sera  le  seul  et  unique  duo 
d'amour  de  la  partition. 

Le  second  acte  nous  conduit  à  un  pavil- 
lon vitré  donnant  sur  les  jardins  du  palais, 
lago  persuade  à  Cassio  de  prier  Desdé- 
mone d'intercéder  en  sa  faveur  auprès 
d'Othello,  afin  d'obtenir  sa  grâce.  Cassio 
s'éloigne;  mais  lago,  donnant  cours  à  la 
haine  qui  l'anime  dans  un  terrible  credo  (i), 
surveille  l'entrevue  de  Cassio  et  de  Desdé- 
mone dans  les  jardins  du  palais.  Et  lors- 
qu'Othello  vient  à  lui,  il  insinue  à  ce  dernier 
les  premiers  germes  de  la  jalousie,  en  lui 
laissant  pressentir  les  relations  de  Cassio 
et  de  Desdémone. 


(i)  Ce  creio  a  été  ajouté  par  M.   Boïto   au  texte   de 
Shakespeare.  _ 


Par  la  large  ouverture  du  pavillon, 
Desdémone  apparaît,  entourée  d'une  foule 
de  femmes,  d'enfants,  de  marins  qui  lui 
offrent  des  fleurs  et  d'autres  présents.  Les 
mandolines  et  les  guitares  résonnent  et 
accompagnent  les  chants.  Puis  Desdé- 
mone, suivie  d'Emilia,  s'avance  au-devant 
de  son  époux  et  lui  demande  la  grâce  de 
Cassio.  «  Pas  maintenant  »,  lui  répond 
Othello.  Etonnée  de  ce  refus,  elle  cherche 
à  calmer  le  malaise  qu'il  ressent  en  entou- 
rant son  front  brûlant  du  tissu  soyeux  de 
ce  mouchoir  qu'il  lui  a  donné,  souvenir 
précieux  venant  de  sa  mère.  Il  le  jette 
violemment  à  terre;  mais  lago,  tramant  sa 
perfide  intrigue,  l'enlève  à  sa  femme  Emilia, 
qui  s'était  empressée  de  le  ramasser. 
L'acte  se  termine  par  les  insinuations 
d'Iago  à  Othello,  le  rêve  de  Cassio  et  le 
terrible  serment  d'extermination.  «  Soyez 
témoins,  s'écrie  lago,  vous  flambeaux  tou- 
jours brûlants  sur  nos  tètes,  vous  éléments 
qui  nous  enfermez  de  toutes  parts,  soyez 
témoins  qu'ici  lago  dévoue  son  esprit,  son 
bras  et  son  cœur  au  service  d'Othello  ou- 
tragé. Qu'il  commande  et  quelque  san- 
glants que  soient  ses  ordres,  l'obéissance 
m'affranchira  de  tout  repentir  !  » 

Superbe  décor  au  troisième  acte,  don- 
nant l'aspect  d'une  grande  salle  du  palais 
avec  ses  colonnes,  rappelant  les  belles 
mosquées  d'Espagne  ou  le  palais  Ducal  de 
Venise;  au  loin,  la  mer  bleue.  Ici,  l'action 
reste  un  peu  la  même  jusqu'à  l'arrivée  de 
l'ambassadeur  de  Venise.  Othello  demande 
à  Desdémone  ce  qu'est  devenu  le  fameux 
mouchoir;  mais  celle-ci,  ne  soupçonnant 
pas  l'importance  que  son  mari  attache  à 
ce  gage  d'amour,  continue  à  le  supplier  de 
faire  grâce  à  Cassio.  «  Jure,  lui  dit-il,  que 
tu  es  une  épouse  fidèle  et  damne  toi»  ;  puis 
il  la  chasse. 

Après  un  douloureux  monologue  d'O- 
thello, lago  lui  persuade  d'écouter,  caché 
sur  le  balcon,  la  conversation  qu'il  va  avoir 
avec  Cassio.  Celui-ci  racontera  ses  amours 
avec  Bianca  et  Othello  s'imaginera  qu'il 
s'agit  de  Desdémone;  ses  soupçons  seront 
confirmés  par  la  vue  du  mouchoir  que  le 
jeune  officier  trouva  chez  lui  l'autre  soir, 
qu'il  présente  à  lago  et  qu'Othello  con- 
temple avec  fureur,  trouvant  là  une  preuve 
éclatante  de  la  trahison  de  Desdémone. 

Les  trompettes  sonnent  :  l'ambassadeur 
de  Venise  est  annoncé,  et  son  arrivée  est 
fêtée  par  des  danses  d'un  caractère  orien- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


805 


tal.  Ce  ballet  n'existait  pas  dans  la  partition 
italienne  ;  il  a  été  ajouté  par  l'auteur  pour 
complaire  à  certains  abonnés  de  l'Opéra, 
qui  ne  peuvent  comprendre  une  œuvre  scé- 
nique  quelconque  sans  l'adjonction  du 
ballet  traditionnel.  Aussi,  disons  tout  de 
suite  que  ces  danses  sont  la  partie  la  moins 
réussie  de  la  partition  de  Verdi.  L'ambas- 
sadeur annonce  à  Othello  que  la  république 
vénitienne  le  rappelle  et  qu'il  devra  remettre 
le  commandement  à  Cassio.  Scène  lort 
dramatique,  dans  laquelle  Othello  préci- 
pitera Desdémone  à  terre,  chassera  la  foule 
qui  l'entoure  et  tombera  lui-même  comme 
foudroyé.  Debout,  avec  un  geste  de 
triomphe  et  mettant  le  pied  sur  la  poitrine 
d'Othello,  lago  s'écrie  :  u  Le  lion  est  à 
terre  !  » 

Le  dernier  acte,  le  plus  émotionnant  des 
quatre,  est  court.  La  scène  représente  la 
chambre  de  Desdémone  ;  une  lampe  brûle 
suspendue  près  de  l'image  de  la  Madone. 
Il  fait  nuit.  Desdémone  chante  à  Emilia  la 
triste  romance  du  Saule.  Puis,  restée  seule 
à  son  prie -dieu,  prosternée  devant  la 
Vierge,  elle  murmure  un  :  «  Je  vous  salue, 
Marie,  pleine  de  grâce,  le  Seigneur  est  avec 
vous»,  —  et  s'étend  sur  son  lit  où  elle 
s'endort.  Par  une  porte  secrète  apparaît 
Othello  :  furtivement,  il  éteint  la  lumière, 
écarte  les  rideaux,  contemple  longtemps 
Desdémone  endormie,  lui  donne  plusieurs 
baisers.  «Qui  vient?»  murmure  Desdémone 
s'éveillant.  —  «  Othello».  Alors  s'engage 
entre  lui  et  elle  le  court  et  fiévreux  dialogue 
débutant  par  cette  demande  d'Othello  : 
«  Avez-vous  dit,  ce  soir,  votre  prière  ?  » 
Sourd  à  ses  supplications,  à  ses  plaintes,  il 
la  prend  dans  ses  bras  et  l'étouffé.  Du 
dehors,  des  cris  se  font  entendre  :  c'est 
Emilia  qui  annonce  la  mort  de  ■  Rodrigue 
tué  par  Cassio.  Elle  entend  gémir  Desdé- 
mone, assiste  à  son  dernier  soupir,  prouve 
à  Othello  l'innocence  de  l'infortunée  et 
appelle  à  l'aide.  La  chambre  de  Desdé- 
mone est  bientôt  envahie  par  Lodovico, 
Cassio,  lago,  puis  Montano  et  des  soldats, 
lago,  démasqué  par  Emilia,  s'élance  l'épée 
à  la  main,  puis  s'enfuit,  alors  qu'Othello  se 
perce  la  poitrine  de  son  poignard,  après 
avoir   donné  un  dernier  baiser  à  Desdé- 


Musicalement,  nous  ne  sommes  en  pré- 
sence ni  d'un  drame  lyrique,  comme  l'en- 
tendait Richard  Wagner,  ni  d'un  opéra  avec 


les  formules  conventionnelles.  Remontant 
aux  belles  traditions  de  l'école  de  Gluck, 
Verdi  s'est  évertué  à  respecter  la  vérité 
dramatique,  à  donner  aux  paroles  qu'il 
avait  à  traduire  en  langue  musicale  une 
justesse  d'expression  étonnante.  Mais,  en 
renonçant  aux  errements  d'autrefois,  le 
maître  n'a  nullement  abdiqué  sa  personna- 
lité, et,  dans  sa  belle  partition,  on  trouve 
maintes  pages  dans  lesquelles  le  tempéra- 
ment italien  domine.  Nous  lui  savons  gré 
de  ne  pas  avoir  cherché  à  introduire  dans 
son  œuvre  des  procédés  qui  ont  fait  la 
maîtrise  d'un  Richard  Wagner  par  la  ma- 
nière géniale  dont  ils  ont  été  mis  en  œuvre, 
mais  qui,  en  une  nature  absolument  autre, 
auraient  pu  troubler  son  originalité.  Dans 
Othello,  la  musique  est  la  résultante  du 
poème,  le  suit  pas  à  pas,  et  aucun  élément 
parasite,  c'est-à-dire  emprunté  à  d'autres 
compositeurs,  ne  s'y  découvre. 

Dans  le  premier  acte,  il  faut  admirer  les 
effets  par  lesquels  le  compositeur  a  donné 
à  la  tempête  une  intensité  grande,  le  grou- 
pement des  voix  du  chœur,  le  dessin  léger 
de  l'orchestre  accompagnant  la  chanson  à 
boire  d'Iago,  qui  nous  rappelle  telle  page 
de  Falstaff,  et  surtout  l'unique  scène 
d'amour  d'Othello  et  de  Desdémone.  «  Mé- 
lodie douce,  insinuante,  voluptueuse  et 
chaste  pourtant,  qui,  toujours  inspirée  par 
la  poésie  dont  elle  n'entrave  jamais  le  cours, 
renaît  sans  cesse,  et,  au  moment  où  elle 
semblait  prête  à  expirer,  dévoile  ses  plus 
délicieux  trésors!  Harmonies  voilées,  mais 
lumineuses,  diaphanes,  féeriques  et  qui 
feraient  croire  que  le  musicien  poète  a 
trempé  son  pinceau  dans  le  rayon  de  lune 
tombant  par  une  belle  nuit  d'été  sur  le  col 
gonflé  d'une  tourterelle  amoureuse  (i)  ». 

Chaque  acte  est  précédé  d'un  court  pré- 
lude; celui  du  deuxième  acte,  qui  n'a  que 
seize  mesures,  est  gracieux.  Comme  l'or- 
chestration est  caressante,  avec  ses  noires 
pointées  et  ses  trois  croches  liées,  lorsque 
lago  insinue  à  Cassio  que  Desdémone  est 
le  chef  de  leur  chef  (!)  (entre  parenthèses, 
signalons  la  faiblesse  de  la  traduction  fran- 
çaise), —  et  qu'il  doit  la  prier  de  demander 
sa  grâce  à  Othello  !  Mais  voici  le  credo, 
page  superbe  de  la  partition,  avec  les 
vigoureux  appels  de  trombone,  les  trilles 
sataniques  des  cordes,  les  progressions 
chaleureuses  des  imprécations  d'Iago  sur 

(i)  Otdlo  di  Virdi  et  U  drame  lyrique,  par  Georges  Nouf- 
flard. 


806 


LjE  guide  musical 


les  mots  «  Je  crois...  »,  puis  les  suspensions 
voulues,  les  sonorités  graves  de  l'orchestre 
et  la  phrase  finale,  si  émouvante,  s'étei- 
gnant  pianissimo  :  «  La  mort,  c'est  le 
néant  !  »  A  citer  encore  le  basson  doublant 
la  voix  d'Iago,  quand  il  narre  les  terribles 
eftets  de  la  jalousie  :  «  C'est  un  monstre 
horrible  aux  yeux  verts  ».  Le  chœur,  ac- 
compagné par  les  mandolines  et  les  gui- 
tares placées  sur  le  théâtre,  nous  a  paru 
fort  élégant  et  bien  en  situation.  Dans  la 
scène  du  mouchoir,  il  ne  faut  point  passer 
sous  silence  la  phrase  de  Desdémone  si 
empreinte  de  résignation  :  «  Si,  par  mé- 
garde...  »  Mais  il  y  aurait  peut-être  à  cri- 
tiquer le  mauvais  accouplement  des  voix 
dans  le  trio  qui  suit  entre  Desdémone, 
Emilia  et  Othello.  La  strette  «  Tout 
m'abandonne  !  adieu,  rêve  de  gloire  !  » 
chantée  par  Othello,  est  du  plus  pur  style 
italien  et  rappelle  un  peu  telle  page  du 
troisième  acte  d'Aida;  le  public  l'a  couverte 
de  ses  applaudissements  et  l'a  bissée. 
Nous  lui  préférons  de  beaucoup  la  scène 
dans  laquelle  lago  raconte  à  voix  basse  à 
Othello  le  rêve  de  Cassio.  L'orchestre  sou- 
ligne délicieusement  en  sourdine  cette 
mélopée  caressante  :  «  Desdémone  suave! 
Ah  !  ton  baiser  m'embrase  !  »  —  Le  serment 
«Parle  ciel  ardent,  je  jure  »,  dans  lequel 
s'unissent  les  voix  d'Othello  et  d'Iago,  em- 
prunte encore  son  efièt  à  la  chaude  couleur 
italienne  et  se  termine  sur  ces  mots  à  la 
tierce  :  «  Dieu  terrible  et  vengeur  ». 

Le  troisième  acte  est  le  moins  bien  venu 
de  la  partition.  Nous  ne  voyons  presque  à 
signaler  que  le  caiitabile  de  Desdémone, 
empreint  d'un  grand  sentiment  :  «  Et  vois 
mon  ame  »,puis  le  curieux  air  d'Othello,  se 
développant  sur  deux  notes,  la  et  uii.  Nous 
ne  goûtons  pas  extrêmement  les  airs  de 
ballet  [Danse  turque,  Chanson  arabe,  Chan- 
son grecque,  la  MiLranese,  le  Chant  de 
guerre)  :  ils  n'ont  ni  la  saveur,  ni  l'origina- 
lité que  comportent  leurs  titres.  Quant  à 
l'ensemble  hnal,  nous  regrettons  de  n'être 
pas  d'accord  à  ce  sujet  avec  l'illustre  aca- 
démicien iVL  £.  Reyer,  qui  affirme  que 
c'est  «  le  morceau  le  plus  grandiose  et  le 
plus  habilement  traité  qu'ait  écrit  la  plume 
magistrale  de  l'illustre  compositeur  » .  Nous 
trouvons,  au  contraire,  que  l'agencement 
des  voix  n'est  pas  toujours  heureux.  Le 
travail  paraît  avoir  été  pénible,et  l'efiétrêvé 
par  le  compositeur  n'a  pas  donné  le  résultat 
attendu. 


Mais  voici  le  dernier  acte,  qui  est  le 
couronnement  de  l'œuvre.  Un  court  pré- 
lude à  quatre  temps,  d'une  tristesse  indici- 
ble, laisse  pressentir  la  triste  fin  de  Desdé- 
mone. Lorsque  le  rideau  se  lève,  l'infortunée 
recommande  à  Emilia,  si  elle  vient  à  mou- 
rir, de  l'ensevelir  dans  les  plis  de  sa  robe 
nuptiale,  et  les  violoncelles  soulignent  la 
voix  de  Desdémone.  Quel  sentiment  de  vic- 
time résignée  en  cette  Chanson  du  Saule, 
dans  laquelle  se  perçoivent  l'angoisse  et  la 
détresse!  Comme  ce  mot  «  Saule!  »  répété 
trois  fois  et  de  plus  en  plus  pianissimo,  sur 
deux  notes,  avec  un  écho  à  l'orchestre, laisse 
une  impression  d'ineffable  douceur  et  de 
poignante  émotion!  Et  comme  cet  adieu 
à  Emilia  est  déchirant!  Restée  seule,  elle 
prie,  et  VAve  Maria,  dont  les  premiers 
versets  ne  sont  que  la  reproduction  de  la 
psalmoldie  liturgique,  se  transforme  en  une 
ardente  supplication.  Othello  paraît  et  l'or- 
chestre donne  immédiatement  la  sensation 
de  la  soufi'rance  qu'endure  le  malheureux. 
Le  drame  se  précipite  avec  une  rare  inten- 
sité, peignant  avec  une  vérité  saisissante  le 
cri  de  Desdémone  demandant  grâce,  sa 
mort  et  celle  d'Othello. 

M.  Maurel  est  l'incarnation  même  d'Iago, 
de  ce  scélérat,  de  ce  critique  imaginé  par 
Shakespeare,  amplifié  par  M.Boïto.Comme 
acteur  et  comme  chanteur,  cet  incompara- 
ble artiste  s'est  élevé  à  une  hauteur  qu'il 
est  impossible  de  dépasser.  Dans  le  «  récit 
du  songe  »,il  a  remporté,  par  la  puissance 
d'expression  de  sa  diction,  un  succès  qui 
est  unique  dans  la  vie  d'un  acteur.  Le  rôle 
de  Desdémone  ne  pouvait  trouver  une 
interprète  plus  émouvante,  plus  pénétrée 
de  sa  mission  que  M™<=  Caron,  qui  ne  fut 
jamais  plus  en  voix  et  qui  compte  un 
triomphe  nouveau  à  son  actif.  M.  Saléza 
s'est  révélé  un  Othello  nerveux,  passionné, 
terrible;  sa  réussite  a  été  grande.  Parmi 
les  autres  rôles,  nous  mettrons  en  première 
ligne  M™«  Héglon,  qui  est  appelée  dans  un 
avenir  prochain  à  tenir  les  premiers  rôles  à 
l'Académie  nationale  de  musique;  enfin, 
nous  citerons  avec  éloge  MM.  Vaguet, 
Laurent,  Gresse  et  DouaiUer. 

Les  décors  sont  superbes;  les  chœurs 
ont  fait  des  efforts,  et  l'orchestre  s'est  sur- 
passé sous  la  direction  de  M.  Paul  Taffa- 
nel.  Hugues  Imbert. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


807 


LETTRES  DE  RICHARD  WAGNER 

A 

AUGUSTE  RŒCKEL 

(Traduites    par    M.    Kufferath) 
(Suite).   -  Voir  les  nos  38,  39,  40,  41  et  42. 


Très  cher  ami, 
A  l'instant  je  reçois  ta  lettre  et  je  m'empresse 
d'abandonner  mon  travail  pour  y  répondre, 
afin  que  s'accomplisse  finalement  l'intention 
de  t'écrire  que  j'ai  dû  ajourner  pendant 
toute  une  année.  Cette  lettre  due  n'a  pas 
cessé  de  me  peser  sur  le  cœur,  et  je  ne  parviens 
pas  à  m'expliquer  comment  j'ai  pu  tant  tarder; 
c'est  vraisemblableinent  que  je  n'aurai  pu  me 
trouver  un  seul  instant  dans  la  disposition 
d'esprit  favorable  pour  écrire.  Que  de  fois,  au 
cours  de  mes  promenades  solitaires,  je  t'ai  écrit 
en  pensée  !  Mais  je  suis  devenu  un  véritable 
pédant  à  cet  égard,  et  une  mélancolie  qui  me 
tient  avec  persistance  arrête  en  moi  toute 
expansion,  état  d'esprit  dont  je  cherche  à  me 
délivrer  par  un  travail  régulier.  Mais  je  ne 
veux  pas  perdre  de  temps  en  ces  vaines  expli- 
cations! —  En  dernier  lieu,  la  visite  que  ma 
femme  t'a  faite  et  les  nouvelles  de  toi  qu'elle  m'a 
données  m'ont  singulièrement  rassuré  à  ton 
égard;  il  me  semblait  que  je  n'aurais  pu  faire 
rien  de  plus  oiseux  que  de  m'inquiéter  sur  ton 
sort.  Entends-moi  bien  !  Ton  père  aussi,  qui 
est  venu  me  voir  ici,  m'a  presque  mis  de 
joyeuse  humeur  à  ton  sujet;  son  esprit  clair, 
réfléchi,  hautement  net,  s'est  prononcé  en  ce 
qui  te  concerne  d'une  façon  si  singulière  que, 
plusieurs  fois,  —  en  toute  sincérité,  —  nous 
nous  mîmes  à  rire.  Si  bien  qu'à  la  fin  il  ne 
me  reste  que  moi-même  pour  sujet  d'une  lettre 
à  toi  ;  malheureusement,  avec  moi,  il  y  a  bien 
des  anicroches. 

Mais,  trêve  de  digressions  !  D'abord  les 
circonstances  extérieures.  Je  continue  à  vivre 
dans  la  plus  absolue  retraite,  uniquement  et 
tout  entier  à  mon  grand  travail,  la  composition 


de  mes  Nibcluiigen.  En  Allemagne,  mes  opéras 
marchent  bien,  quoique  un  peu  lentement. 
Le  Tannhœuser  se  joue  à  peu  près  partout, 
sauf  à  Berlin,  Brunsv/ick,  Vienne,  Munich, 
Stuttgart  et  sur  quelques  petites  scènes  de  Ba- 
vière et  d'Autriche,  —  cependant  on  le  donne 
à  Gratz  et  Prague.  Lohengrin  vient  à  la  suite, 
et  se  maintient  sur  le  Rhin  et  à  Breslau;  ça  et 
là,  on  monte  aussi  le  Hollandais  volant.  En 
ce  qui  concerne  l'exécution,  je  me  rends  bien 
compte  qu'elle  est  généralement  mauvaise  et  que 
j'en  éprouverais  du  chagrin  si  j'y  assistais.  No- 
tamment Lohengrin  (que  je  n'ai  jamais  pu  faire 
représenter  moi-même)  m'inquiète  beaucoup. 
Ce  qu'on  t'a  dit  d'une  représentation  à  Paris 
était  un  canard  :  je  ne  sais  pas  un  mot  de  cette 
affaire  et  ne  voudrais  vraisemblablement  rien 
en  savoir  s'il  en  était  vraiment  question.  —  En 
revanche,  il  s'est  passé  quelque  chose  de  nou- 
veau :  la  vieille  Société  philharmonique  de 
Londres  m'a  invité  à  aller  diriger  ses  concerts 
pendant  cette  saison.  Lorsque  cette  invitation 
m'est  parvenue,  je  suis  tombé  des  nues  :  jamais 
je  ne  m'étais  soucié  de  Londres  le  moins  du 
monde,  et  j'avais  tranquillement  assisté  à  la 
mésaventure  de  mon  ouverture  de  Tannhceuser 
jouée  là-bas,  —  aux  mêmes  concerts,  —  et 
sifflée  il  y  a  un  an.  Comme  j'hésitais  à  accepter, 
on  dépêcha  spécialement  à  Zurich  l'un  des 
directeurs  de  la  société  pour  s'assurer  de  moi. 
J'acceptai  finalement,  parce  que  j'avais  com- 
pris qu'il  s'agissait,  cette  fois^  de  renoncer  pour 
jamais  à  tout  contact  avec  notre  public  artis- 
tique ou  d'accepter  la  main  qui  s'offrait  à  moi. 
Ils  ne  paient  pas  beaucoup.  Mais,  comme  je 
n'ai  aucune  idée  de  spéculation  dans  cette 
affaire,  j'irai  plutôt  en  curieux,  pour  voir  ce 
que  font  les  gens  là-bas.  Si  je  pouvais  projeter 
autre  chose,  ce  serait  de  réunir  une  fois  à 
Londres  une  troupe  allemande  d'opéra  triée 
sur  le  volet  et  d'y  exécuter  mes  ouvrages 
et  enfin  le  Lohengrin.  —  Ma  foi,  on  verra  !  — 
A  la  fin  du  mois,  je  me  mets  en  route  :  le 
12  mars  a  lieu  le  premier  concert,  le  25  juin  le 
dernier.  Je  pense  être  rentré  ici  à  la  fin  de 
juillet,  pour  aller  sur  le  Seelisberg,  au  lac  des 
Quatre-Cantons,  mon  séjour  favori  en  Suisse  ; 
là  j'espère  me  remettre  des  brouillards  de 
Londres  et  composer  la  partition  du  Jeune 
Siegfried.  —  Quant  à  la  composition  de  la 
Walkyrie,  elle  est  enfin  terminée,  —  au  milieu 


LE  OVIDE  MUSICAL 


de  grandes  douleurs  intérieures  dont  personne 
ne  sait  rien,  et  moins  que  personne  mon  excel- 
lente femme.  Mais,  silence  1  Je  me  propose  de 
terminer  l'instrumentation  à  Londres  ;  pour  le 
moment,  elle  est  seulement  commencée. 

La  mise  au  net  de  l'Or  du  Rhin  n'a  été 
terminée  qu'à  la  fin  de  l'automne  dernier  : 
j'ai  envoyé  d'abord  la  partition  à  Dresde,  afin 
d'en  faire  faire  une  copie  par  mon  vieux 
copiste.  Mais  Liszt  m'a  si  instamment  et  si 
délicatement  prié  que  j'ai  dû  interrompre  le 
copiste  pour  lui  envoyer  l'original  en  lecture. 
Liszt  vient  seulement  de  le  renvoyer  à  Dresde  : 
dès  que  la  copie  sera  terminée,  tu  recevras 
provisoirement  l'un  ou  l'autre  exemplaire  pour 
quelque  temps.  —  Tu  es  bien  capable  de 
mettre  à  ton  tour  le  tout  en  musique,  à  mon  nez 
et  à  ma  barbe?  Vas-y,  je  me  rejouirais  de  voir 
des  preuves  de  ta  composition!  Qui  sait?  tu  t'en 
tireras  peut-être  mieux  que  moi. 

Passons  maintenant  à  l'intérieur  !  Je  ne 
parlerai  pas,  cette  fois,  philosophie  avec  toi  ; 
un  autre  le  fera  pour  moi.  A  l'instant,  j'envoie  à 
Leipzig  l'ordre  de  t'expédier  de  là  un  exem- 
plaire du  livre  d'Arthur  Schopenhauer  :  le 
Monde  comme  volonté  et  représentation.  J'es- 
père que  l'autorisation  de  lire  ce  livre  ne  te  sera 
pas  refusée,  car  il  ne  contient  rien  qui  puisse  se 
rapporter  à  ta  situation.  Puisque  tu  vas  con- 
naître ce  livre  par  toi-même,  je  ne  t'en  diiai 
rien;  voici  seulement  quelques  notes  sur  son 
auteur.  Schopenhauer  est  actuellement  âgé  de 
soixante-deux  ans,  il  vit  depuis  longtemps  tout 
à  fait  dans  la  retraite  à  Francfort,  et  voici  quel 
a  été  son  sort.  Déjà,  en  1819,  a  paru  cet 
ouvrage,  son  œuvre  capitale,  dont  il  a  donné 
en  1844  une  nouvelle  édition,  augmentée  d'un 
volume.  Il  s'annonça  d'abord  comme  l'héritier 
direct  de  Kant,  et  cela  au  même  moment  que 
Hegel.  Sa  philosophie,  qui  abat  complètement 
les  insanités  et  le  charlatanisme  de  Fichte- 
Schelling-Hegel,  demeura  pendant  quarante 
années  ignorée  des  professeurs  de  philoso 
phie,  et  cela  par  calcul  et  par  prudence;  per- 
sonne n'en  entendit  parler.  Il  a  fallu  qu'enfin 
un  critique  anglais  le  découvrît  véritablement, 
et  le  présentât  au  monde  dans  un  long  article 
de  la  Westminster Review.  Ce  critique  s'étonne 
de  ce  qu'un  esprit  aussi  éminent  a  pu  de- 
meurer méconnu  pendant  près  d'un  demi- 
siècle  :  naturellement,  lui  aussi  a  compris  que 


c'est  en  raison  du  caractère  de  cette  philosophie 
que  les  professeurs,  —  sous  peine  de  ne  plus 
avoir  de  raison  d'être,  —  n'ont  pu  faire  autre- 
ment que  de  séparer  hermétiquement  ce  Scho- 
penhauer du  monde.  L'article  en  question  fut 
reproduit,  qtx  allemand,  dans  une  revue  de 
Berlin,  et,  depuis  lors,  on  ne  peut  plus  passer 
Schopenhauer  sous  silence,  et  la  misère  de  la 
philosophie  allemande  depuis  Kant  est  mise  à 
nu  et  expliquée.  —  Ce  livre  est  d'une  inappré- 
ciable portée  :  mais  dans  un  sens  qui  paraîtra 
incommode  à  beaucoup. 

J'avoue  que,  par  l'expérience  de  la  vie,  j'en 
étais  arrivé  juste  aussi  loin  que  Schopenhauer 
et  que  sa  philosophie  seule  pouvait  encore 
paraître  conforme  à  mes  idées  et  décisive  pour 
moi.  C'est  parce  que  j'ai  pu  absorber  en  moi 
sans  réserve  ses  très  très  graves  vérités  que  j'ai 
trouvé  en  lui  la  plus  décisive  satisfaction  de  mes 
aspirations  intérieures,  et,  bien  qu'il  m'ait  donné 
une  tendance  assez  divergente  de  mes  vues 
antérieures,  cette  évolution  n'en  a  pas  moins 
répondu  à  mon  sentiment  profondément  endo- 
lori sur  l'essence  du  monde.  Sur  toi  aussi,  ce 
livre  exercera  une  grande  et  décisive  influence  : 
peut-être  même  y  puiseras-tu,  si  tu  en  as  le 
besoin,  cette  consolation  unique  qu'il  faut  pré- 
cisément aux  esprits  les  plus  forts.  —  Mais  je 
ne  veux  pas  m'étendre  davantage  sur  ce  sujet. 
En  revanche,  nous  aurons  ainsi  trouvé  un  nou- 
veau sujet  de  l'ordre  le  plus  élevé  pour  l'échange 
ultérieur  de  nos  idées  ;  en  le  lisant,  je  n'ai  cessé 
de  penser  à  toi,  et  je  t'envoie  maintenant,  avec 
une  émotion  vraiment  profonde,  ce  livre  qui, 
dans  un  moment  très  important  de  ma  vie  in- 
térieure, m'a  donné  la  force  de  la  résignation 
et  du  renoncement. 

Lis-le  donc  :  je  ne  puis  te  procurer  un  plus 
grand  bienfait  !  Aussitôt  que  tu  auras  fini, 
écris-moi,  et  nous  causerons  alors  de  ce  sujet. 
—  Adresse  ta  lettre  à  Ferdinand  Prseger, 
3i,  Milton  Street,  Dorset  square,  à  Londres. 
Ton  père,  qui  a  été  extrêmement  obligeant  pour 
moi,  m'a  recommandé  Prseger;  je  descendrai 
d'abord  chez  celui-ci.  Je  suis  très  curieux  de  ta 
prochaine  lettre.  Pour  aujourd'hui,  contente- 
toi  de  ces  quelques  feuillets.  Je  n'ai  pas  grand' 
chose  à  te  dire  au  sujet  de  l'extérieur,  et,  pour 
ce  qui  regarde  l'intérieur,  je  t'envoie  Shopen- 
hauer. 

De  Londres  tu  recevras  davantage  et  beau- 


LE  GUIDE  MVSICAL 


coup!  Adieu,  très  cher  ami  !   Ne  doute  jamais 
de  moi  ni  de  mon  amitié. 

Les  meilleures  salutations  de  la  part  de  ma 
femme. 

Ton 
EicHARD  Wagner. 
Zurich,  5  février  i855. 

(A  suivre). 


Je  dois  à  mes  lecteurs  une  rectification  à 
propos  de  la  première  lettre  de  Wagner  à 
Rœckel.  A  la  fin  de  cette  lettre,  parlant  de  son 
poème  du  Jeune  Siegfried,  Wagner  rappelle  à 
son  ami  des  conversations  d'autrefois,  qu'il 
rapporte  maintenant  à  Brunnhilde  et  Siegfried  ; 
et  il  ajoute  :  «  Nous  ne  sommes  pas  ce  que 
nous  pouvons  et  devons  être  tant  que  la  femme 
n'a  pas  été  éveillée.  » 

Dans  le  Guide  (numéro  du  23  septembre), 
par  suite  d'une  correction  sur  épreuves  mal 
interprétée, on  a  imprimé  qtC autant  que,  et  ainsi 
tout  le  sens  de  la  phrase  a  été  bouleversé.  On 
m'a  fait  dire  tout  le  contraire  de  ce  que 
Wagner  pensait.  Mes  lecteurs  auront  rectifié 
d'eux-mêmes,  sans  doute,  en  lisant  la  dernière 
lettre  (IV),  où  Wagner  dit  clairement  que 
l'homme  ne  devient  «  l'être  humain  intégral 
qu'après  l'éveil  de  la  femme  » . 

M.  Gauthier- Villars, relevant  cette  erreur,  dans 
le  Monde  Artiste  et  la  Cocarde,  et  prétend  me 
donner,  à  ce  propos  une  leçon  d'allemand. 
Dans  ce  rôle,  il  est  comique.  J'admettrais  qu'il 
voulût  m'enseigner  l'argot  des  sous-sols  et  des 
vestiaires.  Mais  je  ne  lui  en  demande  pas  tant. 

J'attends  simplement  de  lui  qu'il  ne  traves- 
tisse pas  le  sens  des  lettres  qu'on  lui  adresse  et 
qu'il  ne  tronque  pas  les  citations  qu'il  fait. 
Dans  ces  conditions,  la  lutte  cesse  d'être  cour- 
toise et  je  récuse  cet  adversaire  dont  les  pro- 
cédés sont  douteux  et  la  loyauté  suspecte. 

M.    KUFFERATH. 


NOTES   DE  VOYAGE 

(Suite  et  fin.)  —  Voir  les  nos  33,  3g  et  40. 

Leipzig  est  demeuré  jusqu'aujourd'hui  le 
grand  entrepôt  de  la  librairie.  C'est  le  centre 
où  viennent  s'approvisionner  d'ouvrages  de 
science  et  de  littérature  non  seulement  tous  les 
pays  d'Europe,  mais  les  deux  Amériques, 
l'Asie  et  l'Australie.   Pour  la  littérature  musi- 


cale en  particulier,  la  vieille  ville  saxonne  pos- 
sède tout  un  ensemble  de  grands  établisse- 
ments, qui  sont  pour  le  musicien  ou  le  simple 
dilettante  une  curiosité  digne  d'intérêt.  Il  faut 
citer  tout  d'abord  la  vénérable  maison  Breitkopf 
et  Hœrtel,  à  laquelle  nous  devons  les  belles 
éditions  classiques  de  Bach,  Mozart,  Ha3'dn, 
Beethoven,  Mendelssohn,Schumann,  Palestri- 
na,etc. Fondée  en  1719,  cette  célèbre  maison  est 
encore  la  première  du  monde.  Par  la  beauté  de 
ses  caractères  typographiques,  la  qualité  de  ses 
papiers,  le  soin  extrême  de  ses  tirages,  le  goût 
de  ses  éditions,  elle  n'a  de  rivale  nulle  part. 
Elle  est  dirigée  aujourd'hui  par  M.  le  Dr 
Haase,  un  homme  d'affaires  remarquable,  dou- 
blé d'un  lettré  d'une  rare  distinction.  C'est  à 
Leipzig  également  qu'est  la  grande  maison 
d'édition  de  Peters,  dont  les  travaux  à  bon 
marché,  répandus  dans  l'univers  entier,  sont 
remarquables  à  tous  égards,  si  l'on  tient  compte 
de  leur  extraordinaire  modicité  de  prix.  Dans  l'in- 
térieur de  la  ville,  on  ne  peut  faire  trois  pas  sans 
se  trouver  devant  une  librairie,  un  magasin  de 
musique  ou  un  luthier.  Dans  les  faubourgs,  la 
vue  s'arrête,  presque  dans  chaque  rue,  sur 
d'énormes  bâtiments  à  cinq  ou  six  étages, 
massifs  et  lourds,  qu'on  prendrait  pour  des 
filatures,  des  ateliers  de  tissage  ou  de  quelque 
autre  industrie  moderne.  Ce  sont,  pour  la  plu- 
part, des  ateliers  de  typographie,  de  xylogra- 
phie, de  lithographie,  ou  bien  des  manufactures 
de  pianos. 

J'ai  visité,  entre  autres,  le  fameux  Institut 
lithographique  de  C.-G.  Rœder,  le  plus  vaste 
établissement  de  gravure  musicale  qui  soit  en 
Europe.  Il  n'occupe  pas  moins  de  1,200 
ouvriers.  Dans  cet  énorme  bâtiment,  qui  a 
environ  mille  mètres  carrés  de  surface,  tout 
ce  qui  a  trait  à  la  confection  du  livre  ou  de  la 
partition  est  réuni.  Dans  lès  sous-sols,  se  trou- 
vent les  puissantes  machines  à  vapeur  activant 
toutes  les  machines-outils  employées  dans  cette 
industrie,  car  le  travail  se  fait  presque  exclu- 
sivement par  les  procédés  mécaniques.  Le  bro- 
chage, le  coupage,  le  pliage,  voire  la  reliure 
s'opèrent  au  moyen  d'ingénieux  appareils  qui 
apprêtent  les  grandes  feuilles  couvertes  de 
notes  de  musique  ou  de  texte  impiimé.  La 
gravure  musicale  se  fait  exclusivement  par  le 
procédé  lithographique,  invention  du  fondateur 
de  la  maison,  qui,  tout  en  l'enrichissant,  a 
rendu  de  grands  services  à  l'art.  Dans  les 
étages  supérieurs,  sont  répartis  les  ateliers  des 
graveurs  de  musique,  dessinateurs,  typogra- 
phes, zincographes.  Il  y  a  même  un  atelier  de 
photographie,  pour  la  reproduction  des  plan- 
ches gravées  ou  des  dessins  de  titres,  apprêtés 
pour  la  typographie  d'après  les  procédés  les 
plus  nouveaux  de  la  zincographie.  En  un  mot, 
toutes  les  branches  de  l'industrie  du  livre  de 
musique  sont  représentées  dans  le  même  éta- 
blissement, et  de  cette  réunion  résulte  à  la  fois 


810 


LE  GUIDE  MUSICAL 


une  grande  économie  de  temps  et  une  sérieuse 
économie  de  travail  matériel.  En  deux  jours, 
la  maison  Rœder  pourrait  graver,  tirer, 
brocher,  livrer,  en  un  mot  complètement  ter- 
minée une  partition  de  3oo  pages.  On  cite 
encore  comme  un  véritable  tour  de  force  l'im- 
pression de  la  partition  allemande  de  Savisoii 
et  Dalila  de  Saint-Saëns,  qui  fut  achevée  en 
quelques  jours,  à  l'époque  où  cette  partition, 
dédaignée  et  incomprise  en  France,  voyait  le 
jour  à  Weimar,  grâce  à  ce  grand  et  généreux 
artiste  qui  avait  nom  Franz  Liszt  (1877). 

Mais  Leipzig  n'est  pas  seulement  un  grand 
centre  industriel,  c'est  aussi  un  centre  intellec- 
tuel de  tout  premier  ordre.  Son  université  est 
la  seconde  de  l'Allemagne  ;  elle  vient  immédia- 
tement après  Berlin  pour  le  nombre  de  ses  étu- 
diants, la  richesse  de  ses  installations,  le  nombre 
de  ses  cours  et  l'illustration  des  maîtres  qui  y 
professent. 

Les  institutions  musicales  de  Leipzig  ne 
sont  pas  moins  remarquables.  Son  conserva- 
toire est  le  premier  de  l'Allemagne.  Il  fut  fondé, 
on  le  sait,  par  Mendelssohn,  et  acquit  rapide- 
ment, grâce  à  la  direction  de  ce  grand  maître, 
une  renommée  universelle,  qui  lui  vaut  encore 
aujourd'hui  une  clientèle  de  disciples  de  tous 
pays  et  de  toute  couleur.  J'y  ai  vu  naguère  un 
quatuor,  parfaitement  authentique,  de  nègres 
venant  de  l'Inde  ou  de  l'Amérique  et  qui  sui- 
vaient les  cours  de  violon,  violoncelle  et  piano, 
avec  une  assiduité  et  un  succès  que  bien  des 
blancs  auraient  enviés  à  ces  moricauds. 

Le  Conservatoire  est  installé,  depuis  peu, 
dans  un  monument  nouvellement  construit, 
qui  contient  une  belle  salle  de  concert  destinée 
exclusivement  aux  auditions  des  élèves. Chaque 
semaine,  il  y  a  un  exercice  pi  blic,  où  se  font 
entendre  ceux  qui  sont  as:ez  avancés  dans 
leurs  études  pour  se  présenter  au  public. 
Aussi,  quand  ils  sortent  de  l'école,  sont-ils  déjà 
aguerris  et  n'ont-ils  plus  à  redouter  l'épreuve 
des  débuts,  si  fatale  souvent  aux  natures 
timides. 

Tout  à  côté  du  Conservatoire,  est  le  remar- 
quable monumei.'t  du  «  Nouveau  Gevi^and- 
haus  »,  où  se  donnent  aujourd'hui  les  concerts 
célèbres  de  l'orchestre  de  Leipzig.  Ces  concerts 
sont  au  nombre  de  vingt-deux.  Ils  ont  lieu,  le 
jeudi  de  chaque  semaine,  du  i^r  octobre  à  la 
fin  de  mars.  Ils  avalent  lieu  autrefois  dans  la 
salle  de  la  «  Halle-aux-Draps  »  (Gewandhaus), 
qui  était  l'une  des  plus  merveilleuses  de  l'Eu- 
rope au  point  de  vue  de  l'acoustique.  Déjà,  au 
siècle  dernier,  on  y  donnait  régulièrement  des 
concerts.  Rien  de  plus  curieux  que  d'en  par- 
courir les  programmes  et  les  comptes,  conservés 
dans  la  bibliothèque  du  Nouveau  Gewandhaus. 
On  y  voit  figurer  les  noms  de  Mozart  et  de  Bee- 
thoven, à  côté  de  ceux  des  chanteurs  et  vir- 
tuoses célèbres  du  commencement  de  ce  siècle. 
Une  très  intéressante  collection  de  portraits  des 


artistes  ayant  participé  aux  concerts   du  Ge- 
vi^andhaus  complète  celle  des  programmes. 

La  nouvelle  salle  du  Gewandhaus,  construite 
d'après  les  plans  de  Gropius  et  Schmieden,  a 
été  inaugurée  il  y  a  quelques  années.  C'est  une 
merveille  de  goût.  En  y  pénétrant,  on  a  une 
singulière  impression  d'harmonie,  tant  les  pro- 
portions semblent  justes.  Il  y  a  au  rez-de- 
chaussée  environ  gSo  places;  au  premier  étage 
s'ouvrent  de  chaque  côté  et  dans  le  fond,  d'élé- 
gantes arcades  en  plein  ceintre  qui  conduisent 
à  un  balcon  peu  en  saillie,  contournant  toute 
la  salle,  et  contenant  5oo  places  dites  de  galerie. 
Le  plafond  est  plat,  et  seulement  légèrement 
arrondi  dans  les  angles.  Au  fond  de  l'orchestre, 
un  bel  orgue  devant  lequel  s'étàgent  sur  des 
gradins  peu  élevés  les  instrumentistes  de  l'or- 
chestre, au  nombre  de  80.  La  salle  est  un  paral- 
lélogramme parfait  dont  la  longueur  est  double 
de  la  largeur  et  la  hauteur  égale  à  la  largeur. 
Peut-être  est-ce  cette  proportion  juste  qui  favo- 
rise l'acoustique,  laquelle  ne  le  cède  en  rien  à 
celle  de  l'ancien  Gewandhaus.  A  côté  de 
la  grande  salle  pour  les  concerts  à  orchestre, 
s'en  trouve  une  plus  petite  (900  places)  pour  les 
séances  de  musique  de  chambre.  Elles  sont 
toutes  les  deux  à  signaler  comme  des  modèles 
aux  architectes  chargés  de  construire  des  salles 
pour  les  exécutions  musicales,  salles  qu'ils  ont 
si  rarement  le  talent  d'approprier  à  leur  but.  On 
ne  fera  jamais  mieux. 

L'esprit  qui  règne  dans  ces  établissements 
n'est,  malheureusement,  pas  très  large.  Leip- 
zig est  demeuré  la  citadelle  du  classicisme.  On 
y  a  l'horreur  de  l'art  nouveau.  Berlioz  et  Wag- 
ner y  sont  encore  traités  en  révolutionnaires, 
qu'il  faut  abominer.  Défense  de  prononcer  le 
nom  de  Liszt;  il  fait  hausser  les  épaules. 
Jugez  par  là  en  quelle  estime  on  doit  tenir 
les  jeunes  qui  se  réclament  de  Bayreuth! 
Brahms  est  le  seul  maître  contemporain 
qui  soit  reconnu  et  admis.  Quant  à  la  mu- 
sique étrangère,  on  l'ignore  ;  César  Cui,  Gla- 
zounow,  Rimsky-Korsakoflf,  Napravnik  sont 
dédaignés.  La  musique  russe  commence  pour 
Leipzig  à  Rubinstein  et  finit  à  Tschaïkowsky. 
Le  nom  de  César  Franck  est  inconnu  totale- 
ment. Saint-Saëns  est  tout  juste  toléré;  Lalo, 
Vincent  d'Indy,  Gabriel  Fauré  ne  comptent 
pas.  C'est  M.  Gouvy  qui  représente,  à  Leip- 
zig, toute  la  musique  française.  Pour  la 
musique  Scandinave,  elle  se  résume  dans 
Edouard  Grieg,  dont  les  moindres  fadaises 
harmoniques  sont  accueillies  avec  des  trans- 
ports d'enthousiasme.  Bref,  Leipzig  est  un  mi- 
lieu artistiquement  très  arriéré  et  qui  s'en  fait 
accroire  sur  sa  renommée  et  son  passé.  Mais 
son  classicisme  est  de  qualité  telle  qu'il  ne  Fa 
pas  empêché  d'acclamer  Mascagni  follement. 
C'est,  du  reste,  une  chose  curieuse  que  l'Al- 
lemagne musicale  d'aujourd'hui.  Du  Nord  au 
Sud,    elle   est    divisée    en    petites    chapelles, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


811 


j'allais  dire  en  garnisons  musicales.  On  n'a  pas 
d'opinion  indépendante,  on  obéit  à  un  mot 
d'ordre.  Si  vous  êtes  wagnérien,  défense  de  rien 
admirer  en  dehors  du  maître  de  Bayreuth.  Si 
vous  êtes  brahmsiste,  il  vous  est  interdit  de 
trouver  aucune  idée  musicale  dans  les  parti- 
tions de  Wagner.  J'ai  entendu  un  illustre  chef 
d'orchestre  wagnérien  me  dire  avec  un  accent 
de  sincérité  absolue  que  Brahms  n'était  pas  un 
musicien  et  que  Schumann  n'avait  pas  laissé 
une  œuvre.  De  l'autre  côté,  un  distingué  violo- 
niste, professeur  de  musique  dans  une  univer- 
sité, m'a  déclaré,  un  jour,  que  dans  la  moindre 
danse  hongroise  de  Brahms  il  y  avait  plus  de 
musique  que  dans  tout  Parsifal!  Je  n'exagère 
rien,  je  vous  prie  de  le  croire,  et  je  ne  rapporte 
pas  là  des  propos  de  table  :  ce  sont  des  opinions 
que  j'ai  entendu  émettre  à  jeun,  et  le  plus  sé- 
rieusement du  monde.  Si  des  artistes  parlent 
ainsi,  que  doit  être  l'âme  musicale  d'un  simple 
amateur  ! 

Avec  cela,  ils  produisent  énormément.  On  a 
fait  récemment  la  statistique  des  morceaux  de 
musique  et  des  partitions  qui  se  sont  publiées, 
l'année  dernière,  de  l'autre  côté  du  Rhin.  Leur 
chiffre  s'élevait  à  plus  de  6,000.  Mais  quelle 
musique  !  Que  de  platitudes  !  Les  moins  mau- 
vaises de  ces  compositions,  si  elles  sont  conve- 
nablement écrites,  sont  vides  de  sentiment  et 
d'idées.  C'est  ce  qu'on  appelle,  en  Allemagne, 
une  œuvre  solide,  Gediegenes  Werk!  Méûez- 
vous  de  ces  choses  gediegen.  Elles  sont  géné- 
ralement assommantes.  Bien  entendu,  je  mets 
hors  de  cause  le  grand  et  admirable  maître 
Johannes  Brahms,  comme  aussi  quelques  ta- 
lents saillants,  tels  que  Briickner,  Goldmarck 
et  le  jeune  Richard  Strauss.  Ce  dernier  est  le 
seul,  avec  Briickner  et  Engelbert  Humper- 
dinck,  l'auteur  de  -Hœnsel  et  Gretel,  qui  ait 
donné  une  impression  de  personnalité.  Tous 
les  autres  copient  ou  bien  Brahms,  ou  bien 
Wagner,  à  moins  qu'ils  ne  ressassent  Grieg, 
Chopin  et  Schumann. 

Combien  plus  originaux,  plus  libres  dans 
leurs  mouvements,  plus  dégagés  de  préoccupa- 
tions d'écoles  et  de  partis,  les  symphonistes 
français  Saint-Saëns,  César  Franck,  Fauré, 
d'Indy,  Lalo,  Chabrier,  Delibes,  Duparc, 
Chausson  et  nos  compositeurs  belges,  si  savou- 
reux en  leur  robustesse  un  peu  massive  mais 
saine.  Peter  Benoit,  Gustave  Huberti,  Jan 
Blockx,  Emile  Mathieu,  Gilson,  etc.  C'est  à 
peine  si,  en  Allemagne,  on  en  connaît  les  noms 
et  les  partitions!  Quelques  chefs  d'orchestre 
ont  lu  peut-être  ces  dernières,  mais  tout  de  tra- 
vers, en  y  cherchant  inconsciemment  la  fac- 
ture allemande,  car  ils  sont  très  étroits,  ces 
bons  chefs  d'orchestre,  et  ne  saisissent  pas  aisé- 
ment le  sens  de  ce  qui  n'est  pas  écrit  selon 
leurs  conventions  et  leurs  traditions.  Il  ne  faut 
pas  chercher  ailleurs  l'explication  du  succès  en 
Allemagne   du  Franciscus  de  ïinel,  qui  est. 


certes,  l'œuvre  la  moins  nationale  que  la  Bel- 
gique ait  produite  depuis  trente  ans.  Mais  elle 
est  écrite  correctement  dans  le  style  convenu 
de  l'oratorio  allemand  ;  et  cela  a  suffi  pour  lui 
ouvrir  toutes  les  portes,  alors  que  des  ouvrages 
d'une  portée  artistique  plus  profonde,  d'une 
puissance  incomparablement  supérieure, comme 
le  Sclieldc  ou  le  Lucifer  de  Benoit,  n'ont  pu 
jusqu'ici  se  frayer  un  chemin  de  l'autre  côté 
du  Rhin.  Autrefois,  on  y  montrait  une  curio- 
sité universelle  ;  aujourd'hui,  on  y  affecte,  pour 
lus  écoles  française  et  belge,  un  dédain  d'au- 
tant plus  déplacé,  que  la  production  actuelle 
est  d'une  insignifiance  rare  et  que  la  décadence 
est,  en  somme,  manifeste,  en  dépit  des  quel- 
ques maîtres  qui  sauvent  la  réputation  du 
«  pays  de  la  musique  ».  Les  circonstances  qui 
ont,  pendant  si  longtemps,  éloigné  d'Allemagne 
les  artistes  français,  sont  sans  doute  pour  beau- 
coup dans  cette  méconnaissance  de  leur  art  de 
l'autre  côté  du  Rhin.  Le  jour  où  un  quatuor 
français  bien  composé  se  mettrait  en  peine 
d'aller  initier  les  Allemands  aux  belles  œuvres 
de  Franck,  de  Fauré  et  de  Saint-Saëns,  la  situa- 
tion changerait  sans  doute  ;  et  si  nos  chanteurs 
belges  disaient  là-bas  nos  Lieder  et  les  airs  des 
oratorios  de  Benoit,  d'Huberti,  de  Mathieu, 
bien  des  préventions  tomberaient.  En  Belgique, 
nous  avons,  du  reste,  ce  très  vilain  défaut  de 
nous  débiner  les  uns  les  autres,  même  vis-à-vis 
de  l'étranger,  et  de  nous  tenir  à  un  rang  mo- 
deste, qui  semble  convenir  à  notre  neutralité 
politique.  Si  nous  y  mettions  un  peu  de  l'entre- 
gent actif  des  Français  et  de  l'impudence  récla- 
mière  des  Allemands,  nous  arriverions  vite 
plus  loin  que  nous  ne  sommes. 

Je  n'entends  pas,  bien  entendu,  méconnaître 
les  qualités  très  remarquables  qui  distinguent, 
encore  aujourd'hui,  l'art  musical  allemand, 
qu'il  s'agisse  de  composition  ou  d'exécution; 
un  pays  qui  a  de  si  longues  et  de  si  glorieuses 
traditions  ne  saurait  déchoir  complètement  et 
il  conserve,  sur  bien  des  points,  des  supériorités 
qu'il  serait  puéril  de  vouloir  nier.  N'empêche 
que  le  recul  est  manifeste.  S'il  n'y  avait  pas 
Bayreuth,  on  se  demande  ce  qu'on  pourrait 
aller  entendre  en  Allemagne,  tout  au  plus,  ça  et 
là,  un  bel  orchestre  et  des  chœurs  bien  stylés, 
comme  à  Cologne  et  à  Francfort. 

Cette  dernière  ville,  grâce  à  son  beau  théâtre, 
qui  vaut,  certes,  celui  de  Munich  pour  le  soin 
donné  aux  exécutions  wagnériennes,  et  qui  lui 
serait  supérieur,  s'il  y  avait  Levi  à  l'orchestre, 
est  en  ce  moment  l'une  des  villes  les  mieux 
dotées  au  point  de  vue  musical.  Ses  concerts  du 
Muséum,  qui,  depuis  longtemps,  étaient  excel- 
lents, sont  devenus  tout  à  fait  remarquables 
depuis  qu'ils  sont  placés  sous  la  direction  de 
M.  Kogel,  un  disciple  de  Hans  de  Bulow,  qui 
fit  ses  premières  armes,  sous  ce  maître,  à  la 
Philharmonie  de  Berlin.  C'est  un  artiste  intelli- 
gent,   plein,    d'ardeur   et   aux    vues    larges;    il 


812 


LE  GUIDE  MUSICAL 


suffit  de  jeter  un  coup  d'œil  sur  le  programme 
des  concerts  du  Muséum  pour  s'en  convaincre. 
Les  noms  de  Cherubini,  Berlioz,  César  Franck, 
Lalo,  Saint-Saëns  y  figurent  à  côté  de  ceux  des 
grands  classiques  et  des  contemporains  russes, 
tchèques  et  allemands,  Glazounow,  Borodine, 
Arensky,  Tschaïkowsky,  Richard  Strauss, 
Brahms,  Volkmann,  Goldmark,  Grieg,  etc. 
Outre  les  concerts  du  vendredi,  -réservés  aux 
abonnés  riches  de  la  Société  du  Muséum, 
M.  Kogel  vient  d'organiser  une  série  de  dix 
concerts  populaires  à  prix  réduits,  où  il  exécute 
les  mêmes  programmes  à  peu  près,  avec  le 
même  orchestre.  L'abonnement  aux  dix  con- 
certs n'est  que  de  vingt-cinq  francs.  Avec  les 
douze  concerts  du  vendredi,  cela  fait  vingt-deux 
concerts  par  saison.  Un  joli  chiffre! 

Il  y  a  aussi,  à  Francfort,  l'excellent  quatuor 
de  M.  Hugo  Heermann,  qui  donne,  chaque 
semaine,  des  séances  de  musique  de  chambre 
très  suivies  et  justement  réputées.Enfin,  les  deux 
Consei-vatoires  de  Raffetde  Scholz,  qui  se  dis- 
putent la  faveur  des  familles,  organisent  tous 
deux  des  auditions  qui  sont  quelquefois  très 
artistiques  et  très  intéressantes. 

On  aime,  du  reste,  beaucoup  la  musique  à 
Francfort,  et  la  riche  aristocratie  financière  de 
cette  place  de  commerce  si  importante  n'est  pas 
en  peine,  on  le  comprend,  pour  s'assurer  le 
concours  d'artistes  de  talent  et  de  virtuoses 
illustres.  L'argent  reste  toujours  le  nerf  de  la 
bonne  musique,  comme  il  est  celui  de  la  guerre. 
Et  à  Francfort,  on  préfère  la  première  à  la 
seconde,  et  l'on  a  raison. 

Le  hasard  aimable  des  relations  personnelles 
m'y  a  fait  découvrir  l'intéressante  collection  de 
curiosités  musicales  recueillies  par  M.  Nicolas 
Mannskopf,  qui,  tout  récemment,  faisait  don, 
à  la  bibliothèque  du  Conservatoire  de  Bruxelles, 
d'un  portrait  rarissime  de  Grétry.  M.  Manns- 
kopf possède  la  série  presque  complète  des 
effigies  connues  du  maître  liégeois,  et  cela  en 
plusieurs  exemplaires  souvent  et  même  cer- 
taines gravures  en  plusieurs  états,  que  ne  pos- 
sède pas  jusqu'ici  le  Musée  Grétry,  à  Liège.  Il 
y  a  aussi  toute  une  série  de  lettres  et  de  souve- 
nirs d'artistes  célèbres,  par  exemple  la  mèche 
de  cheveux  donnée  par  Beethoven  à  la  fan- 
tasque Bettina  Brentano;  le  manuscrit  original 
du  Chant  du  combat  de  Rouget  de  Lisle  ;  une 
série  de  reçus  signés  de  la  Malibran,  qui  nous 
apprennent  que  la  grande,  l'incomparable 
artiste  se  contentait  du  modeste  cachet  de  200 
ou  de  3oo  francs  par  concert;  l'engagement  de 
la  Grisi,  au  Théâtre-Italien  à  Paris,  au  prix 
de  2,000  francs  par  mois,  en  i833;  des  lettres 
de  Wagner  datant  de  la  période  des  folies  de 
Vienne,  adressées  à  une  petite  ballerine;  des 
lettres  de  Méhul,  dont  une  datée  du  5  décem- 
bre i8i3  et  qui  nous  révèle  le  goût  tout  parti- 
culier du  maître  pour  les  fleurs  : 

(I  II  faudrait  que  vous  puissiez  concevoir  le 


prix  que  j'attache  aux  belles  tulipes,  écrit-il  à 
Datys,  et  le  calme  heureux  que  la  culture  des 
fleurs  répand  depuis  quelques  années  sur  ma 
vie,  pour  avoir  une  idée  de  ma  gratitude...  Ma 
fortune  étant  médiocre,  je  suis  contraint  de 
limiter  mes  désirs  et  de  renoncer  à  la  culture 
dispendieuse  de  fleurs  étrangères,  mais  cette 
contrainte  m'attache  encore  plus  fortement  aux 
indigènes  que  je  puis  posséder.  » 

Je  mentionnerai  enfin  la  partition  manus- 
crite complète  d'un  grand  opéra  romantique 
en  trois  actes  de  Charles  Nuitter,  texte  allemand 
de  vonWolzogen,  «  musique  de  Jacques  Offen- 
bach  ».  L'opéra  est  intitulé  die  Rheinnixen 
(les  Nixes  du  Rhin).  Cet  ouvrage  du  maître 
de  l'opérette  fut  joué,  le  4  février  1864,  à 
l'Opéra-Impérial  de  Vienne.  Mais  le  plus  plai- 
sant, c'est  que  cette  partition,  dont  le  succès 
fut  d'ailleurs  éphémère,  balança  dans  la  faveur 
des  directeurs  de  l'Opéra-Impérial  l'admirable 
partition  de  Tristan  et  Iseult.  C'est  à  ces 
Rheinnixen  que  Wagner  fait  allusion  dans  son 
Epilogischer  Bericht  sur  V Anneau  du  Nibe- 
lung  {Gesammelte  Schriften.Vl,  383),  lorsqu'il 
rapporte  «  que  la  direction  de  l'Opéra  de 
Vienne,  à  l'offre  d'une  nouvelle  œuvré  [Tristan], 
lui  répondit,  par  écrit,  qu'elle  croyait  avoir  fait 
suffisamment  pour  le  nom  de  Wagner,  et  qu'il 
fallait  laisser  la  parole  à  un  autre  compositeur». 
Je  crois  que  ce  détail  était  jusqu'ici  peu  connu. 
Ce  qui  n'est  pas  moins  curieux,  c'est  que 
l'adaptateur  allemand  du  texte  de  Nuitter  est, 
si  je  ne  me  trompe,  le  père  de  Hans  von  Wol- 
zogen,  qui  devait  devenir  un  si  fervent  com- 
mentateur et  ami  du  maître  de  Bayreuth  ! 

Les  quelques  heures  que  j'ai  passées  dans  la 
bibliothèque  et  dans  l'hospitalière  maison  de 
M.  Mannskopf  sont  parmi  les  plus  agréables 
que  j'aie  goûtées  en  Allemagne. 

M.  KUFFERATH. 


PARIS 

RÉOUVERTURE  des  CONCERTS-COLONNE 


'est  fort  probablement  pour  fêter  la 
présence  de  G.  Verdi  au  premier 
concert  du  Châtelet  (dimanche  14  oc- 
tobre), que  M.  E.  Colonne  avait 
inscrit  sur  son  programme  les  Impressions 
d'Italie  de  M.  G.  Charpentier.  Le  maître 
italien,  installé  dans  une  loge  de  face,  a  suivi 
avec  le  plus  vif  intérêt  l'exécution  des  œuvres 


LE  GUIDE  MUSICAL 


813 


par  l'orchestre  de  l'Association  artistique;  il 
paraissait  prêter  une  oreille  plus  attentive  à  la 
musique  qu'aux  observations  que  lui  faisait 
peut-être  avec  un  peu  trop  d'insistance  son  très 
vénérable  confrère  Ambroise  Thomas.  Il  est 
fort  probable  que  c'est  également  à  la  visite  de 
Verdi  aux  Concerts-Colonne  qu'il  faut  attri- 
buer la  nombreuse  et  élégante  chambrée  que 
nous  avons  pu  constater. 

Au  programme  :  la  Symphonie  Fantastique, 
le  Ballet  de  Prométhée,  le  Prélude  du  Déluge, 
—  puis,  dans  la  deuxième  partie,  les  Impres- 
sions d'Italie  de  M.  G.  Charpentier,  le  Pré- 
lude de  Tristan  et  Iseult  et  la  Chevauchée  des 
Walkyries.  Certes,  nous  n'avons  rien  à  dire 
contre  les  œuvres  choisies  par  M.  Colonne 
pour  la  réouverture  de  ses  concerts  ;  mais  ne 
pense-t-il  pas  qu'il  aurait  dû  nous  faire  enten- 
dre, dès  le  début,  une  composition  inédite? 
N'a-t-il  pas  dans  ses  cartons  quelques  jolies  et 
intéressantes  études  de  compositeurs  français 
et,  à  défaut  de  celles-ci,  ne  pourrait-il  com- 
prendre dans  son  répertoire  des  œuvres,  non 
encore  entendues  à  ses  concerts,  les  symphonies 
dejohannes  Brahms,  par  exemple,  les  dignes 
sœurs  des  pages  symphoniques  de  Robert 
Schumann  ? 

L'orchestre  de  M.  Colonne  triomphe  dans 
l'exécution  des  partitions  de  Berlioz;  aussi  la 
Symphonie  Fantastique,  malgré  ses  dévelop- 
pements un  peu  trop  prolongés,  a-t-elle  re- 
trouvé son  succès  habituel.  Dans  la  Scène  aux 
champs,  digne  pendant  de  la  Symphonie 
pastorale,  le  dialogue  des  deux  pâtres,  le  léger 
bruissement  des  arbres  doucement  agités  par 
le  vent,  le  bruit  éloigné  de  l'orage,  puis  les 
effets  de  solitude  ont  été  fort  bien  rendus. 
Dans  le  Ballet  de  Prométhée,  qui  rappelle 
l'époque  du  fameux  septuor,  MM.  Baretti 
(violoncelle),  Cantié  (fltite),  Terrier  (clarinette), 
Hamburg  (basson),  et  Mn»^  Provinciali-Celmer 
(harpe)  ont  donné  à  leurs  parties  tout  le 
charme  qu'elles  comportaient.  Quant  à  M.  Ré- 
my,  qui  faisait  sa  rentrée  en  qualité  de  violon 
solo,  il  a  été  très  justement  applaudi  dans  le 
solo  du  Prélude  du  Déluge,  qu'il  a  joué  avec 
une  grande  distinction. 

Les  Impressions  d'Italie, de  M.  G.  Charpen- 
tier, sont  inférieures,  nous  l'avons  déjà  écrit,  à 
sa  Vie  du  poète  ;  ce  n'est  pas  mal  pour  un 
débutant  ;  mais  l'originalité  fait  défaut,  malgré 
toute  la  peine  que  le  compositeur  s'est  donnée. 
Les  morceaux  sont  beaucoup  trop  longs,  sur- 
tout le  dernier,  le  moins  réussi  des  cinq,  dans 
lequel  les  traits  persistants  et  sans  intérêt  des 
violons  et  un  solo  de  violoncelle,  véritable  para- 


phrase du  Carnaval  de  Venise,  ne  rendent, 
selon  nous,  que  d'une  manière  absolument 
imparfaite  le  texte  poétique  du  compositeur. 
Une  des  pages  que  nous  préférons  est  la 
seconde  partie  :  A  la  fontaine.  Ici  l'auteur 
s'est  souvenu  très  à  propos  de  Schumann  et, 
sans  le  copier,  nous  a  donné  une  note  émue  : 
nous  pouvions  nous  figurer  cette  longue  théo- 
rie de  jeunes  filles  «  graves,  paisibles,  sans 
voix,  sans  pensées,  allant,  en  un  rythme  calme 
et  presque  religieux,  la  cruche  de  bronze  sur 
la  tête,  avec  un  balancement  des  hanches  sous 
la  rigidité  du  buste  » . 

Le  concert  se  terminait  par  deux  superbes 
pages  de  Richard  Wagner  :  le  Prélude  de 
Tristan  et  Iseult,  (troisième  acte)  dans  lequel 
M.  Longy  a  joué  le  solo  de  cor  anglais, 
absolument  en  maître,  et  la  Chevauchée  des 
Walkyries.  Hugues  Imbert. 

•^ 

A  propos  du  théâtre  d'application  qu'il  est 
question  de  créer  à  Paris,  au  Conservatoire,  le 
Gil  Blas  nous  apporte  quelques  renseignements 
assez  intéressants  qu'il  est  allé  demander  à 
M.  Martinet,  l'auteur  du  projet.  Le  point  de 
départ  de  ce  projet,  c'est  l'observation  déjà  faite 
maintes  fois  qu'au  lieu  de  créer  des  artistes 
capables,  à  leur  sortie,  de  jouer  de  façon  bril- 
lante sur  n'importe  quelle  scène,  le  Conserva- 
toire n'est  parvenu  jusqu'aujourd'hui  qu'à 
façonner  d'excellents  élèves,  auxquels  la  pra- 
tique du  public  manque  absolument. 

«  Je  veux  attacher  au  Conservatoire  de  mu- 
sique et  de  déclamation  un  théâtre  pratique,  a 
dit  le  vieil  imprésario  au  reporter  du  Gil  Blas. 
Les  artistes  ne  se  forment  que  devant  le  public. 
Aussi  arrive-til  souvent  que  de  très  bons  élèves 
deviennent  d'exécrables  cabotins,  et  ce  n'est 
qu'au  détriment  des  pièces  et  des  directeurs,  la 
première  année  de  l'engagement,  que  se  for- 
ment les  artistes.  Mon  théâtre  remplira  cette 
lacune. 

»  Le  public,  convié  à  des  spectacles  toujours 
renouvelés,  aux  programmes  variés  (opéra, 
opéra-comique,  comédie,  ancien  et  nouveau 
répertoire),  verra  se  former  devant  lui  les 
jeunes  artistes  et  les  suivra  avec  plus  de  plaisir 
dans  les  grands  théâtres.  Aussi  les  prix  de  fin 
d'année  auront-ils  une  portée  tout  autre  que 
celle  qu'ils  ont,  leur  distribution  étant  basée 
sur  des  commencements  d'états  de  services. 

»  Chaque  rôle  sera  distribué  en  double,  en 
triple,  et  il  y  aura  certainement  une  lutte  poru: 
attirer  la  faveur  publique  dont  l'art  profitera. 

»   Les  frais   seront  réduits  autant  que  pog- 


814 


LE  a  VIDE  MUSICAL 


sible  :  trente  choristes,  trente  musiciens,  dont 
un  chef  d'orchestre,  qui,  eux  aussi,  se  forme- 
raient sous  la  direction  de  professeurs  éminents. 
La  presque  totalité  des  recettes  sera  répartie 
entre  les  élèves...  » 

Telle  est  l'idée  de  M.  Martinet, ancien  inspec- 
teur des  Beaux-Arts,  directeur  heureux  de 
plusieurs  scènes  parisiennes  et  notamment 
du  Théâtre-Lyrique  qui  fut  bmlé  sous  la  Com- 
mune. 

A  rOpéra-Comique,  on  répète  le  Domino  noir, 
HaydéeeXPaulet  Virginie.  Il  n'est  question  d'aucune 
œuvre  nouvelle.  La  Femme  de  Claude  n'est  pas 
encore  distribuée,  et  Giiermca,  dont  le  directeur  de 
rOpéra-Comique  ne  connaît  pas  encore  la  parti- 
tion, ne  verra  pas  de  si  tôt  le  feu  de  la  rampe, 
pour  des  raisons  que  nous  avons  exposées. 

La  nouvelle  d'une  reprise  d'iï«VoAWe  paraît  tout 
à  fait  prématurée. 

MM.  Antony  Mars  et  Edouard  Noël  pour  les 
paroles,  Victor  Roger  pour  la  musique,  viennent 
de  faire  recevoir  par  M.  Carvalho  un  acte  intitulé 
la  Chambre  bleue. 

M"»^  Tiphaine,  engagée  par  M.  Carvalho,  à  la 
suite  des  derniers  concours  du  Conservatoire, 
étudie  en  ce  moment  le  rôle  de  Caroline  du  Toréa- 
dor d'Adolphe  Adam. 

M.  J.  Audan,  le  distingué  professeur  de  chant, 
a  repris  ses  cours  et  leçons  de  chant  à  son  nou- 
veau domicile,  i,  place  Wagram  (à  l'entresol), 
ainsi  que  les  cours  et  leçons  de  solfège  (théorie, 
dictée,  lecture  des  clés,  etc.).  Piano  et  harmonie 
professés  par  M"»''  Marie-Louise  et  Marguerite 
Audan. 

Les  lauriers  de  M.  Antonin  Proust  empêchent 
de  dormir  M.  L.  Carvalho.  On  dit  que  le  direc- 
teur de  l'Opéra-Comique  entrerait  comme  rédacteur 
au  uMaiin»  et  qu'il  y  rédigerait  une  chronique  où 
seraient  narrés  ses  souvenirs  de  théâtre. 

M.  Théodore  Dubois  a  terminé  à  Rosnay,  près 
Reims,  la  partition  de  Xavière,  dont  le  livret  a  été 
tiré  par  M.  L.  Gallet  de  l'idylle  charmante  de 
M.  F.  Fabre.  L'orchestration  seule  reste  à  termi- 
ner. L'œuvre,  qui  est  en  trois  actes,  pourrait  être 
représentée  à  l'Opéra  Comique  dans  les  derniers 
jours  de  l'année  i! 


BRUXELLES 

Au  théâtre  de  la  Monnaie,  Samson  ei  Dalila  est 
annoncé  pour  jeudi  prochain,  aS  octobre.  M.  Saint- 
Saëns,  qui  est  à  Bruxelles  depuis  lundi  dernier,  a 
dirigé  les   dernière.s  répétitions.  Des  deux  princi- 


paux rôles,  celui  de  Samson  sera  tenu  par  M.  Cos- 
sira,  celui  de  Dalila  par  M"''  Armand. 

Aussitôt  après  Samson,  aura  lieu  la  reprise  du 
Barbier  de  Séville  pour  le  second  début,  si  l'on  peut 
ainsi  parler,  de  M""  Merey. 

Enfin,  l'on  prépare  une  reprise  de  PhiUmon  et 
Baucis  pour  M"*  Simonet. 

La  prochaine  nouveauté  sera  la  Navarraise  de 
M.  Massenet,  qui  est  déjà  à  l'étude.  Le  principal 
rôle  de  cette  œuvre  sera  joué  par  M"^  Leblanc, 
de  rOpéra-Comique. 


CORRESPOND  A  NCES 

AN'VERS.  —  Csar  ei  Charpentier ,  au  Théâtre- 
Lyrique  flamand.  —  La  première  repré- 
sentation de  l'opéra  comique  de  Lortzing  a 
obtenu  un  joli  succès,  dû  principalement  à  une 
interprétation  soignée.  Non  pas  que  nous  mé- 
prisions la  muse  légère  de  l'auteur;  si  l'œuvre 
n'a  pas  des  tendances  artistiques  très  élevées,  elle 
est  pourtant  bien  écrite.  Les  chœurs  sont  brillants 
et  le  sextuor  du  deuxième  acte  est  vraiment  bien 
conçu. 

Il  était  surtout  intéressant  de  voir  nos  jeunes 
artistes  se  produire  dans  une  œuvre  de  caractère 
moins  dramatique  et  où  leur  talent  de  comédiens 
pouvait  se  mouvoir  plus  à  l'aise. 

M.  Tokkie,  sous  les  traits  de  Van  Belt,  le  bourg- 
mestre de  Saardam,  a  étonné  tout  le  monde  par 
sa  mimique  enjouée;  sa  belle  voix  de  basse  qui, 
dans  les  rôles  dramatiques,  péchait  souvent  parla 
dureté,  s'est  admirablement  pliée  à  ce  nouveau 
genre.  M.  Tokkie  sera  désormais  une  excellente 
acquisition  sur  le  terrain  de  l'opéra  comique. 

Nous  pouvons  en  dire  autant  de  M.  Berkmanns, 
dont  la  voix  claire  et  un  peu  blanche  convenait 
peu  pour  le  rôle  d'Erik  du  Vaisseau-Fantôme.  Dans 
l'opéra  qui  nous  occupe,  l'artiste  a  chanté  avec 
beaucoup  de  talent  le  rôle  de  l'ambassadeur  de 
France.  Au  deuxième  acte,  sa  jolie  romance  a  été 
très  applaudie  et  on  a  généralement  remarqué  la 
souplesse  de  sa  voix  dans  les  passages  difficiles  du 
sextuor.  M.  Derickx  est  un  comédien  expérimenté; 
sa  personnification  du  jeune  russe  Ivanow  est  très 
réussie.  La  voix  n'est  pas  mauvaise,  mais  le  côté 
musical  nous  paraît  faire  défaut.  Nous  regrettons 
de  devoir  le  dire,  c'est  bien  à  lui  qu'il  faut 
attribuer  les  petites  défaillances  survenues  dans  le 
sextuor. 

M.  Baets  a  eu  de  bons  moments,  quoique  cet 
excellent  artiste  ne  fût  pas  très  en  voix  au  début 
de  la  soirée.  Du  reste,  le  rôle  de  Pierre  le  Grand 
n'est  point  parmi  les  meilleurs  de  la  pièce  et 
n'offre  guère  de  ressources  à  l'artiste.  M.  Baels  a 
détaillé  avec  beaucoup  de  finesse  les  jolis  couplets 
du  troisième  acte. 

M"°  Saphir  a  été  très  applaudie  dans  le  rôle  de 
Marie.  La  jeune  cantatrice  a  beavicoup  gagné 
depuis  l'an  dernier,  et  complète  d'une  façon  satis- 
faisante la  troupe  d'opéra  comique. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


815 


Les  afiSches  nous  font  espérer  sous  peu  BergUst, 
le  drame  lyrique  de  Grieg,  ainsi  que  le  charmant 
opéra  de  Kreutzer  :  Une  Nuit  à  Grenade. 

A  l'Exposition,  nous  avons  eu  quelques  auditions 
de  piano  :  chez  Blûthner,  Ml'''  R.  Hoffmann  s'est 
fait  entendre  avec  succès.  M""  Leytens  Vanden 
Bergh,  de  retour  d'Allemagne,  a  joué  chez  Pleyel, 
se  faisant  applaudir  dans  un  morceau  de  Mos- 
kowsky,  Etincelle,  et  'des  œuvres  de  Liszt  et  Men- 
delssohn.  M"«'  L.  Parcus,  dont  le  toucher  élégant 
est  très  apprécié,  a  donné  une  audition  chez 
Herz;  au  programme  :  la  Ballade  de  Gritg, Polonaise 
de  Liszt  et  des  morceaux  de  A.  Dupont. 

On  parle  sérieusement  de  deux  concerts  belges 
qui  auraient  lieu  le  24  et  le  29  de  ce  mois  La 
commission  de  fêtes  voudrait,  paraît-il,  inviter 
les  compositeurs  à  venir  diriger  leurs  oeuvres. 

A.  W. 

"^ 

DRESDE.  —  Les  pasquins  se  sont  donné  le 
mot.  A  son  tour,  Lilli  Lehmann  est  vilipen- 
dée. Un  Gauthier-Garguille  s'est  rencontré  en  la 
personne  ancestrale  d'un  aristarque  saxon,  pour 
reprocher  à  l'éminente  interprète  de  Schubert  son 
incompréhension  du  Rvi des  Aulnes. L,a.  galerie,  qui 
s'en  égaie  d'avance,  ne  désespère  pas  d'entendre 
le  porteférule  exécuter  le  fameux  Lied  à  sa  manière, 
c'est-à-dire  clas-si-que-ment.  On  voit  qu'à  l'instar  de 
son  confrère,  si  étonnamment  parisien, le  journaliste 
allemand  est  né  coiffé  du  bonnet  rose.  Quel  dom- 
mage que  d'aussi  spirituelles  gentillesses  soient 
dédaignées  par  les  connaisseurs  !  Pour  chacun, 
Lilli  Lehmann  demeure  l'artiste  de  haut  vol,  dont 
la  noblesse  d'attitude,  de  conception  et  d'exécution 
console  du  cabotinage  lyrique  et  du  reportage 
d'hippodrome. 

A  propos  des  conservatoires,  on  pourrait  signa- 
ler l'influence  néfaste  de  leur  enseignement  sur  le 
caractère  des  élèves  du  sexe  féminin.  Sans  nier  les 
exceptions,  il  est  à  remarquer  que  les  natures  les 
plus  sérieuses  ou  les  plus  aimables  y  perdent 
rapidement  leurs  qualités.  Une  brutalité  d'allures, 
une  sécheresse  de  parole,  un  égoïsme  cynique 
apparaissent  chez  les  premières.  Pour  les  autres, 
c'est  la  frivolité  irrémédiable,  l'impuissance  défi- 
nitive d'étudier  avec  persévérance,  un  demi-savoir, 
fait  de  lectures  hâtives,  de  bribes  pédantesques 
débitées    par    les  forts    en   thèmes. 

Fraîchement  sortie  du  Conservatoire  de  Dresde, 
M"«  Wedekind  s'essaie  dans  tous  les  genres.  Par 
la  retraite  de  M"'"  Schuch,  elle  a  hérité  des 
Pagliacci,  mais  ne  fait  pas  oublier  sa  devancière. 
Animée  d'un  beau  zèle,  la  jeune  cantatrice  se 
lance  dans  le  dramatique;  mais  il  se  pourrait  que 
le  public  ne  la  suivît  pas  dans  celte  voie-là. 

Deux  nouveaux  opéras,  trois  actes  en  tout,  du 
compositeur  Grammann,  Ingrid,  Irrlicht,  inter- 
prétés par  nos  meilleurs  artistes  ont  vu  le  feu  de 
la  rampe  la  semaine  dernière.  Sous  peu,  Falstaf, 
puis  Hansel  et  Gretel. 


Pour  son  concert  d'adieu,  M™'  Camil  a  composé 
un  magnifique  programme.  Pagliacci,  Traviata, 
Faust  en  feront  les  frais.  La  sympathique,  mais 
craintive  artiste  est  engagée  pour  cinq  ans  à  Buda- 
pest, où  son  talent  sera  sans  doute  apprécié. 

Les  conférenciers  ne  se  découragent  pas.  Un 
ex-acteur  du  Hoftheater,  M.  Drach,  nous  a 
gratifiés  d'une  lecture  de  deux  heures,  où  la 
monotonie  le  disputait  à  l'affectation.  Qui  sou- 
tenait que  les  acteurs  lisent  très  mal?  L'im- 
pression soporifique  a  été  atténuée  par  les 
excentricités  d'outre- Manche  d'une  troupe  fémi- 
nine qui  avait  oublié  la  signification  du  mot 
«  cant  ».  Aux  séances  en  français  annoncées  par 
un  agrégé  de  passage  à  Dresde,  la  tenue  du  public 
étaitdu  moins  convenable.  Le  «  lecturer  »,  d'origine 
anglaise,  s'exprime  volontiers  en  allemand.  Il  en 
résulte,  pour  la  prononciation  française,  des  alté- 
rations qui  n'ont  pas  échappé  aux  professeurs 
dresdois.  Ce  n'est  pas,  affirmaient-ils,  l'acoustique 
de  la  salle  qui  laisse  à  désirer,  mais  la  faiblesse  de 
la  voix  et  l'uniformité  de  la  parole.  De  vieilles 
pièces  aussi  connues  à  Dresde  qu'à  Paris,  super- 
ficiellement commentées  et  coupées  sans  art  par 
des  citations  tronquées...  Maigre  régal! 

Alton. 


LIEGE.  —  Après  le  long  silence  qui  succède 
aux  concours  du  Conservatoire,  voici  qu'en- 
fin les  projets  artistiques  caressés  pour  la  saison 
qui  s'ouvre  se  dessinent  et  prennent  forme. 

M.  Th.  Radoux,  dans  un  de  ses  concerts  du 
Conservatoire,  nous  promet  l'épisode  dernier  du 
Crépuscule  des  dieux  de  R.  Wagner.  La  grande 
scène  de  la  mort  de  Brunnhilde  sur  le  bûcher 
serait  confiée  à  M"''  Ternina,  la  jeune  artiste  qui 
a  montré  de  si  brillantes  qualités  dramatiques  dans 
le  dernier  cycle  des  représentations  wagnériennes 
à  Munich. 

La  troisième  symphonie  de  Beethoven  {Hé- 
roïque),  à  côté  d'autres  pièces  orchestrales,  nous 
ramènerait  dans  le  domaine  purement  classique 
instrumental. 

La  Damnation  de  Faust  de  Berlioz  occuperait 
une  soirée  romantique. 

Aux  quatre  auditions  du  dimanche  après-midi 
seraient  inscrits  :  Beethoven  et  Haydn,  pour  deux 
auditions;  les  Russes  et  certains  auteurs  du  xvii" 
siècle,  pour  les  deux  dernières. 

Les  NouveauxConcerts  paraissent  aussi  résolus 
à  ne  pas  s'endormir  sur  leurs  lauriers.  M.  S3'lvain 
Dupuis  a  déjà  entrepris  les  études  vocales  de  la 
périlleuse  Messe  eu  ré  de  Beethoven.  Secondé 
par  les  chanteurs  aguerris  de  la  Légia,  entouré 
d'un  contingent  de  dames  amateurs  dévouées,  des 
artistes  habiles  et  confiants  de  son  orchestre,  la 
tentative  hardie  de  Sylvain  Dupuis,  qui  ne  connaît 
que  des  victoires,  est  appelée  à  une  victoire  nou- 
velle. 

Avec  non  moins  de  résolution,  M,  Delsemme, 
le  sympathique  directeur  des   Disciples  de  Grétry, 


816 


LE  GUIDE  MUSICAL 


s'attaque  au  grandiose  Magnificat  de  J.-S.  Bach, 
complètement  ignoré  ici.  Ce  sera,  pour  les  audi- 
teurs de  nos  concerts,  une  révélation. 

Le  quatuor  fondé  par  M.  Geminich,  entièrement 
renouvelé,  reprendra  ses  instructives  et  intéres- 
santes séances  au  cours  de  l'hiver.  A  côté  de  Ge- 
minich, s'essayeront  les  lauréats  de  notre  Conser- 
vatoire :  MM.  Robert,  deuxième  violon;  Gillard, 
violoncelliste  ;  Englebert,  altiste.  S'adjoindront  à 
ceux-ci  :  le  ténor  Demest,  le  baryton  Henrotte  et 
le  professeur  Haseneier,  l'extraordinaire  virtuose 
clarinettiste.  M.  César  Thomson  a  promis  sa  par- 
ticipation à  la  dernière  séance;  c'est  là  un  précieux 
encouragement  pour  le  quatuor  liégeois.  Seront 
exécutées  les  œuvres  suivantes  :  XV=  quatuor 
de  Beethoven,  quatuor  de  Stanford,  quatuor  de 
Tschaïkovirsky, quintetteavec  clarinette  de  Brahms, 
quintette  avec  deux  altos  de  Brahms,  trio  diverti- 
mento  pour  cordes,  de   Mozart. 

Il  faut  signaler  la  fondation  d'un  second  qua- 
tuor, composé  également  de  lauréats  du  Conser- 
vatoire :  MM.  L.  Charlier,  violoniste;  J.  Harzé, 
violoniste;  Falla, violoncelliste;  Léop.Herremans, 
altiste,  qui  se  produiraient  dans  quatre  soirées 
consacrées  aux  classiques  proprement  dits  et  aux 
principaux  auteurs  contemporains  allemands, 
français  et  russes. 

Un  seul  élève  formé  par  M.  E.  Radoux  a  af- 
fronté, cette  année,  les  redoutables  épreuves  de 
la  fugue  et  du  contrepoint.  C'est  le  jeune  Léon 
Henry,  qui  enlève  le  prix  par  acclamation,  avec 
un  travail  remarquable  de  tous  points,  dit-on. 
C'est  cet  excellent  musicien  qui,  déjà,  avait  pro- 
duit une  vive  sensation,  comme  pianiste,  aux 
derniers  concours,  et  avait  obtenu  une  médaille 
décernée  par  acclamation.  A.  B.  O. 


^ttfir 


LONDRES.  —  Au  Saint-James,  FranzRum- 
mel  nous  a  donné,  mercredi,  un  récital  qui 
lui  a  valu  un  très  grand  succès.  Au  programme, 
trois  concertos  d'auteurs  bien  difierents  :  le 
quatrième  en  sol  majeur  op.  58  de  Beethoven, 
celui  de  Schumann  en  h  mineur  op.  54,  enfin  celui 
de  Saint-Saëns  en  sol  mineur  op.  22. 

Ecrites  à  des  époques  suffisamment  distantes, 
chacune  de  ces  œuvres  avait  un  caractère  bien 
différent  M.  Rummel  s'est  joué  des  difficultés 
sans  efforts  apparents.  Son  jeu  coloré  est  d'un 
mécanisme  irréprochable.  Peut-être  traite-t-il  un 
peu  à  la  légère  certains  mouvements  qui  doivent 
être  rigoureusement  observés.  Le  tempérament 
n'exclut  pas  la  mesure.  En  somme,  succès. 

Samedi,  matinée  interminable  au  Queen's  Hall, 
donnée  par  M.  Notcutt.  Public  accouru  en  foule, 
attiré  en  partie  par  la  présence  de  S.  A.  la  du- 
chesse de  Teck.  A  côté  de  débutants,  quelques 
artistes  connus,  M""^  Fanny  Davies,  Palliser, 
Trebelli,  MM.  Andrew  Black,  Ben  Davies,  Eugène 


Oudin.  Concert  long,  long,  interminable  et  fran- 
chement ennuyeux.  Quatre  heures  de  musique  ! 
M.  Notcutt  ne  m'y  prendra  plus!...  A.  L. 


SAINT-PETERSBOURG.  —Hier  diman- 
che, a  eu  lieu,  à  Zelazovi^a-Wola,  un  petit  vil- 
lage aux  environs  de  Varsovie,  l'inauguration  du 
monument  de  Chopin,  érigé  par  les  soins  de  la 
Société  musicale  de  l'ancienne  capitale  de  la  Po- 
logne. Ce  n'est  qu'un  petit  obélisque  orné  d'un  bas- 
relief  à  l'effigie  du  maître.  Chopin  aurait  mérité 
mieux  sans  doute,  étant  non  seulement  l'un  des 
compositeurs  les  plus  inspirés  du  siècle,  mais 
encore  un  initiateur  dans  le  domaine  musical.  La 
tendance  nationaliste  a  été  l'une  des  conquêtes  du 
xix"^  siècle,  et  Chopin  est  incontestablement  l'un 
des  maîtres  qui  ont  le  mieux  réalisé  cette  tendance, 
non  seulement  par  l'emploi  et  l'harmonisation  des 
thèmes  populaires  de  son  pays,  mais,  ce  qui  est 
plus  important,  par  l'évocation  du  génie  national, 
du  caractère,  voire  de  l'histoire  de  son  peuple,  La 
sonate  en  5î  bémol  mineur  n'est-elle  pas  tout  un 
poème  épique,  comme  le  sont  quelques-unes  de 
ses  polonaises  et  mazurkas?  C'est  en  restant  dans 
les  limites  de  l'expression  purement  musicale  qu'il 
a  pu  exprimer  tout  le  passé,  les  joies  et  les  peines 
de  son  peuple,  mieux  que  ne  l'aurait  pu  faire 
aucune  musique  à  programme.  Quel  sens  clair  et 
profond  à  la  fois  se  dégage  d'un  grand  nombre  de 
ses  morceaux  d'un  caractère  plus  intime  et  qui  lui 
ont  valu  le  surnom  de  «  poète  du  piano  n  1 

Cet  instrument  aussi  lui  doit,  en  grande  partie,  sa 
prodigieuse  divulgation.  Les  virtuoses  tels  que 
Liszt  et  Rubinstein  y  ont  contribué,  sans  doute, 
en  première  ligne,  mais  c'est  en  jouant  Chopin 
surtout  qu'ils  ont  séduit  et  enivré  les  âmes  sensi- 
bles, celles  qui  possèdent  l'enthousiasme  commu- 
nicatif. 

Chopin,  qui,  au  Père-Lachaise,  à  Paris,  a  reposé 
auprès  de  Bellini  jusqu'au  moment  où  les  restes 
de  celui-ci  ont  été  transportés  à  Catane,  sa  pairie, 
a,  comme  inspiration,  beaucoup  de  parenté  avec  le 
chantre  de  la  Norma  et  de  la  Somnambule  ;  seulement, 
à  la  séduction  mélodique  de  celui-ci  il  joignait  une 
richesse  harmonique  et  une  variété  de  formes  qui 
étaient  absolument  inconnues  au  compositeur  sici- 
lien. 

Si  le  comité  chargé  d'ériger  un  monument  à 
Chopin  avait  ouvert  une  souscription  universelle, 
il  est  certain  que  les  offrandes  seraient  venues  de 
tous  les  pays  du  monde  civilisé,  et  l'on  aurait  pu 
élever  au  grand  musicien  un  monument  digne  de 
sa  gloire.  Le  centenaire  de  sa  naissance  aura  lieu 
dans  quinze  ans.  On  a  le  temps,  on  le  voit,  de  se 
préparer  dignement  à  sa  célébration  et  de  réparer 
la  faute  qui  vient  d'être  commise.  Le  monument 
de  Zelazowa-Wola  n'en  est  pas  moins  un  témoi- 
gnage touchant  de  l'amour  des  compatriotes  du 
maître. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


817 


La  Société  musicale  russe  prépare  une  saison 
musicale  intéressante,  qui  s'ouvrira  le  i5  octobre. 
A  cette  première  soirée,  on  exécutera  le  Paradis 
et  la  Péri  deSchumann,  dirigé  par  M.  Krouschevsky. 
Les  autres  neuf  concerts,  fixés  aux  22  octobre, 
12,  19  et  26  novembre,  10  et  17  décembre,  7,  21  et 
28  janvier,  seront  conduits  par  MM.  Auer  et  Na- 
pravnik,  ainsi  que  par  MM.  Safonow  et  Vino- 
gradsky,  les  habiles  chefs  d'orchestre  des  sections 
de  la  même  Société  à  Moscou  et  à  Kiew. 

Parmi  les  oeuvres  annoncées  figurent  des  poèmes 
symphoniques  de  César  Frank  et  de  M.  Naprav- 
nik,  des  Suiiis  de  ce  dernier  compositeur,  de 
MM.  Saint-Saëns  et  Kazatchenko,  ime  ouverture 
de  M.  Arensky,  le  Carnaval  des  artistes  norvégiens,  et 
la  deuxième  symphonie  de  M.  Svendsen.  Les 
autres  symphonies  seront  :  la  troisième  de  Haydn, 
la  quatrième  de  Beethoven,  la  troisième  de  Rubin- 
stein  et  la  deuxième  de  Tschaïkowsky,  sans  comp- 
ter la  Symphonie  fantastique  de  Berlioz. 

On  entendra  aussi  beaucoup  de  Wagner,  pour 
l'interprétation  des  œuvres  duquel  on  a  engagé 
M.  Scheidemantl,  de  Dresde.  Citons  notamment 
des  fragments  tirés  des  M eister singer,  de  Tristan  et 
Iseult  et  de  Parsifal. 

A  Moscou  aussi,  les  concerts  symphoniques  de 
la  même  Société  seront  dirigés  par  plusieurs  chefs 
d'orchestre  —  dix  par  M.  Safonow,  et  deux  autres, 
pendant  que  celui-ci  ira  à  Prague  diriger  un  ou 
deux  concerts,  par  MM.  Mottl  et  Nikisch. 

P.  V. 


YERVIERS. —  Premier  concert  de  l'Har- 
monie, 17  octobre.  —  Un  concert  qui  révèle 
l'état  des  choses  musicales  dans  une  ville  :  trois 
solistes  et  trois  morceaux  d'orchestre,  —  le  grand 
public  et  la  petite  classe  des  lettrés  de  l'art,  sou- 
tenus par  le  talent  et  l'inépuisable  volonté  du 
directeur  de  l'Ecole  de  musique,  M.  Kéfer.  Pour 
l'orchestre,  l'ouverture  des  Francs  Juges,  le  Prin- 
temps (Grieg)  et  des  parties  de  ÏArlésienne.  Les 
qualités  d'exécution  sont  celles  de  beaucoup 
d'orchestres  d'Outre-Rhin  :  absorption  dans  la 
pensée  du  chef,  qui  inspire  tous  les  exécutants,  et 
de  là  unité  complète  de  l'interprétation.  La  valeur 
des  éléments  isolés  se  décuple  dans  cette  disci- 
pline bienfaisante.  —  M.  Guidé  a  fait  entendre 
son  excellent  hautbois  dans  un  fastidieux  solo  de 
concert  de  Vogt.  J'ai  dû  quitter  la  séance  avant 
Idylle  et  A  travers  champs  de  J.  Jacob  (sous  la  direc- 
tion de  l'auteur),  qui  eussent  été  sans  doute  de 
plus  d'intérêt.  M.  Henrotte  (de  Liège)  remplaçait 
au  pied  levé  M.  Demest,  empêché.  Il  s'en  est  tiré 
fort  à  son  honneur  ;  mais  le  remplacement  de  L\ 
Procession  de  Franck  par  un  air  de  Giralda  a,  certes, 
été  regretté  par  la  petite  partie  du  public  dont  je 
parlais  tantôt.  M''«  Margerie,  dans  les  variations 
de  Proch,  s'est  montrée  bonne  chanteuse  légère  ; 
voix  bien  travaillée  et  jolie,  faite  pour  chanter 
ramages  et  bocages.  Dr.  D.   D. 


NOUVELLES  DIVERSES 

Ainsi  que  nous  l'avons  déjà  dit,  il  est  tout  à  fait 
décidé  que  la  Tétralogie  complète  sera  représen- 
tée au  cours  de  la  saison  de  i8g6  sur  la  scène  du 
théâtre  de  Bayreuth.  Le  Journal  des  Débats  annonce, 
à  ce  propos,  que  M™"  Cosima  Wagner  a,  dès  à  pré* 
sent,  engagé  MM.  Jean  et  Edouard  de  Reszké 
pour  ces  représentations.  Malgré  les  plaintes  qui 
s'étaient  élevées  au  sujet  d'engagements  d'artistes 
habitués  au  répertoire  français,  la  veuve  du  maître 
a  été  obligée  de  prendre  cette  détermination  en 
présence  de  la  pénurie  absolue  de  chanteurs  alle- 
mands. 

Les  frères  de  Reszké  se  perfectionnent  en  ce 
moment  dans  la  langue  allemande,  qu'ils  ne  par- 
laient jusqu'à  présent  qu'avec  difficulté. 

Ajoutons  que  Brunnhilde,ce  sera  plus  que  pro- 
bablement M""'  Sucher.  Le  chef  d'orchestre  n'est 
pas  encore  désigné.  Mais  ce  sera  très  vraisembla- 
blement Hans  Richter,  qui  fut  le  collaborateur 
artistique  de  Wagner  en  1876. 

M.  J.  HoUmann,  le  célèbre  violoncelliste  néer- 
landais, fait  en  ce  moment  une  tournée  de  concerts 
en  Angleterre,  en  compagnie  de  Miss  Tudichum, 
élève  de  M™"  Viardot.  La  jeune  et  charmante 
cantatrice  obtient  de  très  vifs  succès  dans  la 
Chanson  d'amour  de  M.  HoUmann,  qu'elle  chante 
tous  les  soirs. 

M.  Louis  Nicole  vient  de  publier  dans  V Avenir 
Musical  de  Genève  la  conférence  sur  la  musique 
grecque  dont  il  avait  accompagné  la  première  exé- 
cution, à  Athènes,  de  VHymne  à  Apollon  retrouvée 
l'année  dernière  à  Delphes.  Cette  conférence  est 
accompagnée  d'un  tableau  synoptique  des  signes 
d'Alipius  qui  a  donné  la  clef  de  la  notation  musi- 
cale des  anciens  Grecs.  Ce  tableau  est,  croyons- 
nous,  appelé  à  rendre  de  grands  services  et  simpli- 
fiera singulièrement  la  tâche  des  traducteurs  des 
tables  de  marbre  nouvellement  découvertes  à  Del- 
phes. 

Le  jubilé  de  Johann  Strauss,  à  Vienne,  a  pris 
des  proportions  épiques.  Après  une  manifestation 
enthousiaste  au  théâtre  An  der  IVien  qui  donnait 
en  même  temps  la  première  de  sa  nouvelle  opé- 
rette, Jabuka,  Strauss  a  été  ovationné  comme 
jamais  peut-être  artiste  ne  l'a  été.  Le  lendemain, 
à  l'Opéra  impérial,  on  a  joué  à  son  intention  un 
ballet,  représentant  les  diverses  localités  de 
Vienne  où  Strauss  avait  dirigé  son  orchestre.  Le 
jubilaire  assistait  au  spectacle  dans  une  loge  en 
compagnie  de  sa  femme  et  de  sa  fille.  Là  aussi, 
où  était  réuni  tout  Vienne,  comme  au  théâtre  An 
der  Wien,  les  airs  si  connus  du  beau  Danube 
bleu,  etc.,  ont  électrisé  le  public;  on  voyait  le 
grave   ministre    comte    Kalnoky   applaudir  avec 


818 


LE  GUIDE   MUSICAL 


frénésie  tout  comme  les  gens  de  la  galerie.  Force 
a  été  au  jubilaire  de  paraître  devant  la  rampe  pour 
recevoir  les  ovations  enthousiastes  du  public,  qui 
l'a  couvert  littéralement  d'une  montagne  de  cou- 
ronnes et  de  fleurs 

Une  députation  est  même  venue  d'Amérique  pour 
lui  remettre  une  statuette  en  argent,  représentant 
l'Apollon  victorieux!  Parmi  les  offrandes,  la  plus 
originale  est  celle  d'un  Hongrois  qui  envoie  dans 
un  grand  bahut,  orné  de  peintures  tirées  des  diffé- 
rentes scènes  des  opéras  de  Strauss,  des  échan- 
tillons des  produits  du  sol  hongrois,  vins  de 
Tokay,  liqueurs,  paprika,  saucisses,  etc.  La  com- 
mune de  Vienne  a  envoyé  aussi  une  députation  au 
jubilaire  pour  le  féliciter  au  nom  de  la  ville.  Si 
Vienne  peut  être  fière  de  compter  Strauss  au 
nombre  de  ses  citoyens,  celui-ci  de  son  côté  peut 
être  satisfait  de  voir  de  quelle  popularité  il  jouit 
dans  sa  ville  natale. 

BIBLIOGRAPHIE 

M.  Sidney  Van  Tyn,  professeur  de  piano  au 
Conservatoire  de  Liège,  vient  de  publier  chez 
Muraille  un  recueil  d'études  pour  la  main  gauche. 
Bien  écrites,  bien  doigtées  et  d'une  ligne   mélo- 


dique intéressante,  ces  études  ne  peuvent  man- 
quer de  prendre  place  parmi  les  ouvrages  d'en- 
seignement les  plus  appréciés  de  la  technique 
pianislique.  E  C. 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRAKD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  i3,  rue  du  Mail 

RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET^  CONCERTS 


Berlin 

Opéra.  —  Du  14  au  22  octobre  :  Haensel  et  Gretel  et 
Puppenfee.  Hsensel  et  Gretel  et  les  Saisons.  Lohen- 
grin.  Mara  et  Haensel  et  Gretel.  Djamilé  et  Haensel  et 
Gretel .  Freyschûtz  Le  Prophète.  Concert  de  la  Cha- 
pelle royale. 


BREITKOPF  &  H^RTEL,  BRUXELLES 

Editeurs,    45,    Montagne    de  la    Cour,   4$ 


VIENT  DE  PAEAITEE  : 

DVORAK.  Op.  96,  Quatuor  à  cordes,  en/o.     .     .     .     Partition     net  5  65 

Parties  n  7  5o 

—  Op.  90,  Dumka,  Trio  pour  piano,  violon  et  violoncelle  «  11  25  / 

VAN  DAM,    Les  Clochettes  bleues,  Mélodie  pour  chant     ...  »  2  — 

—  Pour  un  seul  Mot,  chanson  pour  une  voix  ....  «  -C  7^ 

VASTERSAVENDTS.Op.  g.  Deux  Etudes  de  concert,  pour  piano  «  3  — 


PIANOS  BECHSTEIN. 


PIANOS  BLUTHNER 


HARMONIUMS     ESTEY 
PIANOS     D'OCCASION     —    PIANOS     EN     LOCATION 


LE  GUIDE  MUSICAL 


819 


Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.— Du  14  au  21  octobre  : 
Orphée  et  Farfal  la.  Mireille.  Relâche.  Faust.  Werther. 
La  Traviata.  Relâche.  Werther. 

Jeudi  25  ;  Première  de  Samson  et  Dalila. 

Alcazar  royal.  —  Spectacle-concert. 

Empire-Palace  —  Spectacle-concert. 

Dresde 
Opéra   —  Du  14  octobre  au  21  :  Mignon.  Tannhœuser. 
La  Poupée  de  Nuremberg.  Das  Irrlicht.  La  Fille  du 
Régiment. Freyschùtz    Pagliacci.  Puppenfee. 

Paris 

Opéra.  —  Du  i5  au  22  octobre  :  Othello.  Salammbô. 

Opéra-Comique.    —  Du   i5  au  22  octobre  :  Mireille. 

Cavalleria  Rusticana.  Falstaff.   Carmen.  Mignon. 

Concerts-Lamoureux.  —  Dimanche  21  octobre,  à 
2  h,  1/2.  Symphonieen  sol  majeur,  n"  11  (J  Haydn); 
Fantaisie  symphonique,  première  audition  (C.  Che- 
villard);  PallasAthéné,  hymne,  première  audition, 
chanté  par  M"e  L.  Bréval  (C.  Saint-Saëns)  ;  Fantaisie 


pour  piano  et  orchestre,  exécutée  par  M.  I.  Philipp. 
Air  d'Obéron,  chanté  par  M'ie  L.  Bréval  (Weber); 
deux  Danses  hongroises  (Brahms). 
Concerts-Colonne.  —  Dimanche  21  octobre,  à  2  h.  1/4 
très  précises,  avec  le  concours  de  M.  Sarasate. 
Première  partie  ;  Symphonie  fantastique  (H.  Ber- 
lioz); Suite  écossaise,  première  audition,  M,  Sarasate 
(Mackenzie).  Deuxième  partie  :  Scènes  Alsaciennes, 
septième  suite  d'orchestre  (Massenet)  ;  Introduction 
et  rondo  capriccioso,  M.  Sarasate  (C.  Saint-Saëns); 
Lohengrin(R,  Wagner). 

Marseille 

Association  artistique  de  Marseille.  —  Programme 
du  concert  du  21  octobre,  sous  la  direction  de 
M.  Jules  Lecocq  :  Ouverture  de  Fidelio  (no  i),  en  mi 
majeur,  de  Beethoven.  Sarabande  et  Rigaudon,  op.  93 
de  Saint-Saëns.  Fête  polonaise,  tirée  du  «  Roi  malgré 
lui  »,  de  Chabrier.  RéformationSymphonie,  op.  107 
de  Mendelssohn.  Prélude  de  Lohengrin  de  Richard 
Wagner.  Marche  troyenne,  de  l'opéra  les  Troyens  à 
Carthage,  de  Berlioz. 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 
OUYEAGES   THÉORIQUES   ET   D'E]^SEIGITEÎ^EN"T 

TRAITÉ  PRATIQUE 

D'INSTRUMENTATION 


ERNEST   GUIRAUD 

MEMBRE  DE  L'INSTITUT 

Professeur  de  composition  au  Conservatoire  National  de  musique  et  de  déclamation 

Cet  ouvrage  contient  go  exemples  des  grands  maîtres  anciens  et  modernes 
de  toutes  les  écoles  et  de  tous  les  pays 

PRIX  NET  :    6  FRANCS 

PRINCIPES  DE  LA  LECTURE  MUSICALE 


LÉON  ROQUES 

Ouvrage  recommandé  pour  la  première  éducation  musicale 
.Par  MM.  GOUNOD,  MASSENET,  DELIEES,  GUIRAUD,  DUBOIS,  GODARD,  DIÉMER,  etc 

PRIX  NET    :   50  CENTIMES 
1^      (Il  est  fait  de  grands  avantages  aux  Maisons  d'éducation  pour  cet  ouvrage  pris  par  nombre) 


^0 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Opéra.  —  Du  i6  au  22  octobre  :  Gotterdaemmerung. 
L'Ami  Fritz  et  Cavalleria  rusticana.  I  Pagliacci  et  la 


Noce  chez  le  coiffeur.  La  Vaisseau-Fantôme.  Autour 
de  Vienne.  La  Traviata.  Le  Baiser  et  Mara. 
An  der   Wien.    —  Du  14  au  22  octobre  :   Jakuba  et 
Simplicius. 


r  LÉOPOLD  MURAILLE,  Editeur  a  liège  (Belgique) 


I><!pasitaire  unique  de  l'Kdilion  Fayne 

(partitions  de  poche  poue  la  musique  de  chambre) 
DETHIER,  Gaston,  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue. 

—  Prélude  sur  le  Dies  Irœ  pour  grand  orgue 

—  Romance  pour  violon  et  piano       .... 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano. 
LEKEU,  G™^.  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties 

partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano 
—  Trois  pièces  pour  piano  ....... 

RAWAY  Erasme.  Scènes  Hindoues,  poème  symphonique  en  quatre  parties 
réduction  à  quatre  mains       ..... 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  d'après  Hsendel,  pour  violon  et  piano 
—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano 

Knvol     franco     des     catalogues 


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»  I  — 

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3  — 


MÂCKÀR  et  NOËL,  éditeurs,  22.  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

PARIS 

Propriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKOWSKY,  GOTTSCHALK,  PRUDENT,  ALARD 
des   ARCHIVES  DU  PIANO  et  de  la  CÉLÈBRE  METHODE  DE  PIANO  A.  LE  CARPENTIER 
Seuls  dépositaires  de  l'EDITION  CHARNOT, spécialement  consacrée  à  la  MUSIQUE  DE  VIOLON 


OUVRAGES  D  Ë^SKIGKËIIiËM 

MÉTHODES,  TRAITÉS,  SOLFÈGES 
ET  EXERCICES  DIVERS 

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Andrade,  A.  Méthode  de 
chant  et  de  vocalisation 
adoptée  dans  tous  les  Con- 
servatoires [2'^  édition)  .      .   25     » 

Aulagnler,  A.  A  B.  C.  de 
l'harmonie,  méthode  très 
élémentaire  (2"  édition)       .     3     » 

—  Traité  des  intonations,  mé- 
thode théorique  et  pratique 
pour  prendre,  avec  la  même 
lacilité,  toutes  les  intona- 
tions,même  les  plus  bizarres 
ei  les  plus  étranges;  com- 
plément indispensable  de 
tous  les  solfèges  qui  existent 

(2"  édition) 2     » 

Ba:s  (Saint  Yves),  professeur 
au  Conservatoire .  Exercices 
journaliers  pour  la  voi.\,  em- 
ployés dans  tous  les  Conser- 
vatoires (20''  édition)  .  20  » 
Bussine,  R.  Professeur  au 
Conservatoire.  Pages  d'exer- 
cice pour  la  voix  (5=  édi- 
tion)     20     » 

—  Pages   de  vocalises  pour 

la  voix  (2«  édition)    .     .     .   10    » 
Cob.en,  L.  Solfège     .     .     .   i5    » 
Cuelenaere,    P.    Méthode 
pour  apprendre    à    solfier 
simultanément  dans  toutes 

les  clés n  7.1 

Donne,  L.  Professeur  au 
Conservatoire.  Théoris  mu- 
sicale (Cours  élémentaire). 


Net 
Questionnaire     .... 

Réponses 

Durand,  E.  Professeur  au 
Conservatoire.  Solfège  élé- 
mentaire et  progressif,  théo- 
rique et  pratique,  avec 
accompagnement  de  piano, 
inscrit  sur  la  liste  des  ou- 
vrages fournis  gratuitement 
par  la  Ville  de  Paris  à  ses 
écoles  communales,  2'^  édi- 
tion       

Cartonnage 

Le  même,  sans   accompa- 
gnement, 5e  édition. 
Cartonnage 

—  Questionnaire,  marchant 
parallèlement  avec  le  sol- 
fège précédent    .... 

—  Leçons  de  solfège,  pour 
les  voix  graves  d'enfant,  cor- 
respondant aux  exercices 
du  même  solfège .... 

—  Solfège  à  deu.x  voix  égales 
(clé  de  sol),  élémentaire  et 
progressif,  avec  accompa- 
gnement de  piano,  inscrit 
sur  la  liste  des  ouvrages 
fournis  gratuitement  par  la 
Ville  de  Paris  à  ses  écoles 
communales,  2'  édition. 
Cartonnage 

—  Le  même,  sans  accompa- 
gnement, 3"^  édition.      . 
Cartonnage 

—  Solfège  mélodique  et  pro- 
gressif, pour  l'étude  des 
trois  clés  à'ut  usitées,  avec 
accompagnement  de  piano, 
faisant  suite  au  solfège  élé- 
mentaire, 2°  édition.     . 


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»  75 
«75 


6     >> 
»  3o 


«  25 
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2  5o 
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I  5o 


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Cartonnée »  3o 

Le  même,   sans  accompa- 
gnement, 3*  édition  .      .      .     2    » 
Cartonnage »  25 

—  Traité  de  transposition  au 
piano(théoriqueetpratique)    5    » 

Duvernoy,  H  Professeur 
au  Conservatoire.  36  leçons 
de  solfège  à  changement  de 
clés  (ouvrage  couronné  par 
l'Institut) 3o    » 

Maury- Renaud  Profes- 
seur au  Conservatoire.  Le- 
çons de  solfège  à  change- 
ments de  clés,  composées 
pourjles  examens  supérieurs 
de  chant  de  la  Ville  de 
Paris 

—  Solfège  manuscrit  à  chan- 
gements de  clés  ....     6 

Simon,  M.  Cours  complet, 
théorique  et  pratique,  des 
principes  de  la  musique 
(ouvrage  adopté  au  Conser- 
vatoire)      5 

^  Réponses  au  Questionnaire 
Application  du  cours  com- 
plet  

—  Cours  élémentaire,  théo- 
rique et  pratique,  des  prin- 
cipes de  musique     . 

—  Corrigé  des  devoirs  du 
cours  élémentaire    . 

—  Exercices  d'articulation 
vocale  pour  arriver  à  solfier 
avec  clarté  et  rapidité  .      . 

—  Principes  de  la  musique, 
1"'  livre,  format  in  16  . 

—  Corrigé  des  devoirs,  2"= 
livre,  in-i6 


2  5c 


»  5c 


I  5c 


»  5( 


II 


LE  GUIDE  MUSICAL  821 


Salle  de  la  Société  royale  «  LA  GRANDE-HARMONIE  »,  rue  de  la  Madeleine 

TROIS   CONCERTS   CLASSIQUES 


ORGANISES    l'AR 

SCH0  7T FRÈRES,  éditeurs,  8-2,  Montag-ne  de  la  Cour 


Ces  Séances  Musicales,  au  nombre  de  trois,  se  donneront, comme  de  coutume,  dans  la  Salle  de  la  Société 
Royale  «  La  Grande-Harmonie  »,  rue  de  la  Madeleine,  aux  dates  suivantes  : 

PREMIERE  SÉANCE,  jeudi,  8   novembre  1894,  à   8   heures   du    soir,  avec   le  concours   du   célèbre 
Quatuor  à  archets  de  Francfort,  composé  de 

MM.  Hugo  Heermann  (violon  I|  1  MM   Narel  Koning  falto) 

F.  Bassermann  (violon  II)  I  Hugo  Becker  (violoncelle) 

DEUXIÈME  SÉANCE,  samedi,   24  novembre,  à  8  heures  du  soir,  avec  le  concours  de 
M"''  Clotilde  Kleeberg,  pianiste, 
et  du  trio  vocal  des  Dames  hollandaises 

lAnnette  de  Jong,  Anna  Corver  et  Marie  Snyders). 
TROISIÈME  SÉANCE,  samedi,  i5  décembre,  à  8  heures  du  soir,  avec  le  concours  de 
MM.  Eug.  d'Albert,  pianiste  et 

Ed.  Jacobs,  violoncelliste,  professeur  au  Conservatoire  royal. 
Les  souscriptions   aux  trois  Concerts  seront  reçues   dès  ce  jour  dans  nos  Magasins,  Montagne  de  la 
Cour,  82,  aux  conditions  suivantes  : 

Prix  des  places  pour    l'abonnement  des  trois  Concerts  ; 
Places  numérotées  (nef  centrale).      .      .     fr.   18  —  1   Places  non  numérotées  (fond  de  la  salle),     fr.   12  — 
Galeries  numérotées  et  estrade    ...       »    18  —   '   Galeries  de  côté  (non  numérotées)     .      .      »     7  5o 

Prix  des  places  pour  chaque  Concert  : 
Places  numérotées  (nef  centrale)   .     ,     .     fr.  7  —  1   Places  non  numérotées  (fond  de  la  salle) .     fr.  4  — 
Galeries  numérotées  et  estrade.     .      .      .      »    7  —   I   Galeries  de  côté  (non  numérotées).     .      .      »    3  — 

ÉCOLE  MODERNE  DU  PIANISTE 

Prix  Net      £r. 

BERNARD  RIE.  Op.  32.  Exercices  des  cinq  doigts 4     " 

—  Op.  33.  Le  Début,  25  études  faciles 4    >' 

—  Op.  35.  Le  Progrès,  25  études  préparatoires 5     » 

—  Op.  36.  L'Indépendance  des  doigts,  25  études  pour  délier  les  doigts 6     » 

—  Op.  39    E.\ercices  journaliers 5     » 


CH.  DE  BERIOT.  La  Lecture  au  piano,  i"  volume  :  86  exercices 5     » 

—  La  Lecture  au  piano,  2'^    volume  :  76  exercices    . 5     » 

H.  RAVINA.  Op.  5o.  Etudes  harmonieuses .  6  65 

—  Op.  60.  Etudes  mignonnes 6  65 


J.  ARNOUD 

cent  leçons  de  solfège  a  deux  voix  égales 

Sans  accompagnement i   25 

Les  mêmes  avec  accompagnement 7     " 


J.  ARNOUD 

1,600  Exercices  gradués  de  lecture  et  de  dictées 

musicales 

A  l'usage  des  écoles  normales,   écoles   municipales. 

cours  d'adultes 

ir»  partie,  1000  Exercices i  5o 

2"        »  600  Exercices i  5o 


L'ART  DE  TRAVAILLER  LES  ÉTUDES  DE  KREUTZER 
412   Exemples   de   doigtés    et   de   coups   d'archet,    recueillis    d'après   les   notes   de 

L.  MASSART 

Pyofesseur  au  Conservatoire  National  de  Musique 

Prix  net i  fr. 

E.  DURAND 

EX-PROFESSEUR  AU  CONSERVATOIRE  NATIONAL  DE  MUSIQUE 

Traité  complet  d'harmonie  :  Partie  de  l'élève,  i''"'  volume 25 

Réalisations  des  leçons  d'harmonie  ;  Partie  du  professeur,  %<'  volume 12 

Traité  d'accompagnement  pratique  au  piano 18 


822 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Le  Théâtre  de  Richard  Wagner 

Essais   de   CrUique   Littéraire,  Esthétique  et  Musicale 

Par   Maurice    KTJFFERATH 

PARSIFAL,  I  vol.   de  3o2  p.,  2"  édit.  Ir .    3  5 

TRISTAN  et  ISEULT,  i  vol .  de  375  p . ,  2=  éd  »     5  00 
LOHENGRIN.  1  vol.   de  218  p  ,  3«  édit  »     3  5o 

LA  WALKYRIE,  i  vol.  de  i5o  p.,  2»  «  »     3  5o 

SIEGFRIED,  I  vol.  de  i3op.  2'  édit.  »     2  5o 

Paris  :  à  la  librairie  Fischbacher,  33,  rue  de  Seine 
Bruxelles  :  Schott  frères,  éditeurs,  Mont,  de  la  Cour,  82. 
Leipzig  :  Otto  Junne,  Tbalstrasse,  21. 


JULES   PAINPARE 

Inspecteur   des    musiques   de    l'armée    belge 

Ex-chef  de  musique  du  6=  de  ligne 

REPRÉSENTANT  SPÉCIAL 

DES 

Pianos  ÉRARD,  KAPS  et  BORD 

ET  DES 

Inslroments  BESSON  de  Paris 

ARTISTIQUE       alAISOUr       DE       CONFIANCE 

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COMMISSION    ET    EXPORTATION    DE   MUSIQUE   BELGE   ET   ÉTRANGÈRE 

J.-B.  EATTO,  éditeur  de  musique,  52,  rue  de  l'Ecuyer,  Bruxelles» 

ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 

CONTES   &  BALLADES 

POUR    PIANO 

PAE  PETER  BENOIT  (Op.  34) 


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2.  Ballade,    ».    .   5  oo 

3.  Conte,       ».    .  4  oo 

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N°  I.  Ballade,  2"  suite  5  00 

2.  Conte,         »     .   5  00 

3.  Ballade,     »     .  5  00 
Complet  9  00 


N°  I.   Conte,  3"  suite  6  00 

2.  Ballade,      »    .   5  00 

3.  Conte,         »     .  5  00 
Complet  9  00 


N°  I.   Ballade,  4=  suite  6  00 

2.  Conte.         »     .   6  00 

3.  Ballade,      »     .  4  00 
Complet  g  00 


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Fournisseur  de  la  Cour,  Membre  des  Jurys  Anvers  1885,  Bruxelles  1888 


Etablissement  Photographique 

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Place  du  Congrès.  65,  rue  Eoyale 

Cartes  de  Visite  :  12  fr.  la  douzaine 

Les  ateliers  sont  au  rez-de-chaussée 
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Rue  de  l'Empereur,  3i,  Bruxelles 

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Fournisseur  et  conservateur  des  instru7nents  de  concert 

du  Conservatoire  royal  de  Bruxelles 

23,    Montagne  de  la   Cour,  23 

(au  premier) 

BRUXELLES 

Succursale  à  Londres  :  23, Berners  Street 


SEUL    DEPOT 
DES   CÉLÈBRES 

wcute, i.oea««„,  etc-.         Boulevard  Anspach,  37,  Bruselles 

PIANOS  B' OCCASION     ■"«"***"'*^  """^^     '        ' 


HENRI  HERZ 


LE  GUIDE  MUSICAL 


823 


Les  Maisons 

H.  DARCHE  Aîné 

ET 

J.  DARCHE  Jeune 

sont  fusionnées  et  transférées 

Rue  de  la  Montagne,  49 

BRUXELLES 

sous  la  firme  sociale 

DARCHE  Frères 


GANTERIE 

LLECHEIIT 

53,  rue  de  la  Madeleine 

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Articles  de  premier  choix 
GANTS  SURIVIESURE 

Les  gants  sont  garantis  et  peuvent  être 
essayés 

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Ménage,  Couvertures,  Couvre-lits  et  Edredons 

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BRUXELLES 

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Bruxelles,  6,  me  Thérésienne 
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aux  expositions  nuiverselies 

Fournisseur  des  Conservatoires 
et  Ecoles  de   musique   de  Belgique 


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824 


LE  G  VIDE  MUSICAL 


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Robes  de  dîner  et  de  réception 
Robes  de  bal 

Sorties  de  bal  et  de  théâtre 
Boas  en  plumes,  tour  de  cou 
Châles  et  écharpes 
Soieries  et  velours 


laine, 


Tissus    légers,    soie, 

laine  et  soie 
Mousseline  de  laine  imprimée 
Tarlatanes  couleurs 
Lingerie  fine,  dentelles 
Rubans  et  plumes 
Bas  de  soirée  soie  et  fil 
La  plus  grande  complaisance  est  recommandée   au  personnel 
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Envoi  franco  en  province  du  catalogue  qui  vient  de  paraître,  ainsi  que  des  éciianlilions  et  commandes  excédant  20  /r 


Chapeaux  et  coiffures 
Parfumerie  et  mercerie 
Ganterie  et  fichus 
Eventails  et  fleurs 
Chaussures  et  souliers  de  bal 
Chemises  et  cravates 


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ROUGEURS 

BOUTONS 

RIDES  PRÉCOCES. 


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applications  de  cette 
détcieuse  crème  font 
disparaître  toutes  les 
imperfecuons  delà  peau 
el  donnent  au  visage,  aux 
mams.  aux  épaules  cet  éclat 
tant  admire  cnez  les  daines. 
élégaTites 


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DIRECTEUR-RÉDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE    KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

Rue  Beaurepaire.  33.  Paris 

N    LEKIME,  SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  /2,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

,  J.  Houston  Chamberlain 

Ed.Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

1.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

D'  Victor  Joss.—  N.  Liez.  —  I.  Will 

Dr  F.-V.  Dwelshauwers-Dery 

Ernest  Closson  —  Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

J.   BrUNET  —   A.  WiLFORD,  ETC.   ETC. 

HbOnnementS  :  aux  Bureaux  du 
journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
à  Paris,  à  la  Librairie  Fischbacher, 
33,  rue  de  Seine, 

France  ET  Belgique  .  .  .      12  francs. 
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Pays  d'outre-mer   ....     18    — 


40'  année  28  Octobre  1894  .numéro  . 


SOMMAIRE 


H.  Alvin  et  R.  Prieur.  —  Métronomie 
expérimentale. 

Richard  Wagner.  —  Lettres  à  Auguste 
Rœckel  (Traduction  de  M.  Maurice  Kufferath). 

(£i)roniqur  ùc  la  dcmainc  :  Paris  :  Concerts-Lamou- 
reux,  E.  Thomas;  Concerts-Colonne,  H.  Lvibert. 
—  Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  Samsoit  ctDalila  au  théâtre  de  la  Monnaie. 
—  Concerts.   —  Nouvelles  diverses. 

<£orree(ion«)iuuc0  :  Amsterdam.  —  Anvers.  —  Gand. 
--  Londres.  —  Prague. 

Nouvelles  diverses.   —  Nécrologie. 

Répertoire  des  théâtres. 


EN  VENTE,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  l'Ecuyer; 
et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  a  Paris  :  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de  Seine;  M.  Brasseur,  Galerie 
de  rodéon.  —  Luxembourg,  G.-E^^iraonis.  libraire.  — 
A  Londres  :  MM.  Breitkoptet  Hœrtef.Great  Malborought 
Street;  Schottet  C»,  Régent  street,  157-159. —  A  Leipzig  : 
Otto  Junne. — A  Munich  :  Josef  Seiling,  fourn""  de  la  cour, 
Perusastrasse.  —  A  Prague  :  F.  A.  Urbanek.  —  A  Stras- 
bourg :  librairie  Ammel.  —  A  Amsterdam,  Algemeene 
Musikhandel,  Spui,   2.   —  A  La  Haye,  Belinfante  frères. 

—  A  Liège  :  M™"  veuve  Muraille,  rue  de  l'Université.  — 
A  Anvers  :  M  Forst,  place  de  Meir. — A  Gand  :  M™"  Beyer. 

—  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit.  —  A  Genève  :  Ad.  Henn, 
6,  rue  Grenus.  —  a  Madrid  :  Ruiz  y  C°,    Principe,  14. 

—  A  Saint-Pétersbourg  :  MM.  E.  Mellier  et  &'",  Pers 
pective  Newski.— A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A'Mexico: 
N.  Budin;  —  A  Montréal  :  La  Montagne,  éditeur  rue 
Saint-Maurice,  14g.  —  A  New- York  :  G.-E.  Stechert, 
810,  Broadway. 

Le  numéro  :  40  centimes. 


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826 


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40"  ANNÉE.  —  Numéro  44. 


28  Octobre  1894. 


METRONOMIE  EXPERIMEMTALE 

ÉTUDE  SUR  LES  MOUVEMENTS 

constatés  dans 

QUELQUES    EXÉCUTIONS  MUSICALES 

EN    FRANCE    ET    EN    ALLEMAGNE 

lous  commençons  aujourd'hui  la  publica- 
des  très  curieuses  observations  de  métro- 
nomie  musicale  recueillies  par  MM.  H.  Al  via 
et  R.  Prieur  au  cours  d'un  grand  nombre 
d'expériences  et  dont  l'ensemble  constitue  un 
travail  d'une  nouveauté  absolue,  d'une  portée 
esthétique  inappréciable.  Les  auteurs  ont  bien 
voulu  réserver  au  Guide  musical  la  primeur  de 
quelques-uns  des  plus  importants  chapitres  de 
leur  livre  actuellement  sous  presse.  Afin  de 
permettre  à  nos  lecteurs  d'embrasser  l'ensemble 
de  leur  travail,  nous  reproduisons  ici  la  table 
des  matières  du  volume;  elle  permettra  d'ap- 
précier l'intérêt  et  la  variété  des  expériences 
métronomiques  de  MM.  H.  Al  vin  et  R.  Prieur. 

TABLE  DES  MATIERES 

I.  Introduction. 
II.  Choix  des  œuvres  étudiées  a  l'exécution. 

m.  Le  Quatuor. 

-Exemples  spéciaux  (X.le  et  XlVe  quatuors  à  cordes  de 
Beethoven).  —  Exécutions  des  Sociétés  Maurin  et 
A..  Geloso  (Paris).  —  XVe  quatuor  de  Beethoven, 
^p.  i32.  —  XVI«  quatuor  de  Beethoven,  op.  i35.  — 
XIII^  quatuor  de  Beethoven,  op.  i3o.  XlVe  quatuor 
de  Beethoven,  op.  i3i.  —  Résumé. 

IV.  L'orchestre  seul.  —  i"  Exécutions  isolées  :  Bee- 
thoven, deuxième  symphonie  (Conservatoire  de  Paris; 
M.  Garcin).  -  Beethoven,  quatrième  symphonie  (Con- 
servatoire de  Paris;  M.  Taffanel).  —  Beethoven,  cin- 
quième symphonie(Conservatoire  de  Paris;  M. Garcin). 
— Beethoven,  huitième  symphonie(Paris,  orchestre  des 
Concerts  Colonne,  sous  la  direction  de  M.  Hermann 
Levi);  Beethoven,  ouverture  A'Egmoni  (Conservatoire 
de  Paris,  M.  Garcin;  Munich). — Berlioz,  les  Treyens 


(Opéra-Comique  de  Paris,  M,  Danbé);  2»  Exécutions 
comparées  :  la  Walkyrie,  prélude  du  premier  acte(Mu- 
nich,  M.  Hermann  Levi);  \a.Walkyrir,  prélude  du  pre- 
mier acte  (Opéra  de  Paris,  M.  Colonne);  la  Walhyri/, 
préludes  des  deuxième  et  troisième  actes  (Munich, 
M.  Hermann  Levi  ;  Opéra  de  Paris).  —  Siegfried.  Pré- 
lude du  premier  acte  (Munich,  M.  Hermann  Levi).  — 
VOr  du  Rhin.  Prélude  (Munich,  M.  Hermann  Levi). 

—  Les  Maîtres  Chanteurs.  Ouverture  et  fragments  (Bay- 
reuth  et  Munich,  M.  Mottl).  —  Parsijal.  Prélude 
(Bayreuth,  M.  Hermann  Levi;  Paris,  orchestre  des 
Concerts  Colonne,  sous  la  direction  de  M.  H.  Levi). — 
Tristan  et  Iseult.  Prélude  (Bayreuth  et  Munich, 
M.  Mottl;  Paris,  M.  Lamoureux;  Conservatoire  de 
Paris,  M.  Taffanel). 

V.  Orchestre  et  chant.  —  VOr  du  Rhin  (Munich, 
M.  Hermann  Levi'.—  he  Créfitscule  des  dieux  (Munich, 
M.  Hermann  Levi).  -  Siegfried  (Munich,  M.  Hermann 
Levi.  La  Walkyrie  (Munich,  M.  Hermann  Levi; 
Opéra  de  Paris,  MM.  Colonne  et  Madier  de  Montjau). 

—  Prii si/ai.  Deuxième  tableau  du  premier  acte  (Bay- 
reuth, M.  Hermann  Levi;  Paris,  orchestre  des  Con- 
certs Colonne,  sous  la  direction  de  M.  H.  Levi; 
Conservatoire  de  Paris,  M.  Danbé).  —  Les  Maîtres 
Chanteurs  (Bayreuth  et  Munich,  M.  Mottl).  -  Tristan 
et  Iseult  (Bayreuth  et  Munich,  M.  Mottl  ;  chant  de  mort 
d'Iseult  :  Bayreuth  et  Munich,  Mme  Sucher  et 
M.  Mottl;  Paris,  Mme  Materna  et  M.  Lamoureux). 

VI.  Résumé  et  Conclusions. 


INTRODUCTION 

ALGRÉ  la  diversité  des  formes  de 
l'art,  il  y  a  deux  éléments  essentiels 
qui  ne  sauraient  manquer  dans 
l'œuvre  esthétique  :  l'ordre  et  la  proportion. 
Tout  artiste  choisissant  librement  son  sujet 
en  définit  les  limites,  et,  dans  le  cadre  vaste 
ou  restreint  qu'il  s'est  tracé,  rassemble, 
ordonne  et  proportionne  les  matériaux 
qui  serviront  à  traduire  sa  pensée.  Quels 
que  soient  ces  moyens  sensibles  d'expres- 
sion, lignes,  surfaces,  reliefs  ou  couleurs 
dans  les  arts  du  dessin,  sons  successifs 
ou  simultanés,  de  hauteur,  d'intensité  et 
de  timbre  variables  dans  l'art  musical, 
leur  édifice  doit  être  ordonné  dans  l'espace 
ou  dans  le  temps.  Son  eurythmie,  dans  la 
partie  purement  physique  ou   mécanique 


1.1  GUIDE  MUSICAL 


des  moyens  d'expression,  se  prête  à  la  me- 
sure et  l'on  a  pu  y  découvrir  des  lois. 

A  ce  point  de  vue,  l'étendue  et  la  durée 
jouent  respectivement  dans  les  arts  du 
dessin  et  dans  l'art  musical  des  rôles  com- 
parables. On  a  dit,  non  sans  raison,  que 
les  mesures  de  l'étendue  et  de  la  durée,  dèg 
que  le  sentiment  les  anime,  conduisent  aux 
deux  grands  arts  de  l'Architecture  et  de  la 
Musique;  et  que  si  l'architecture  est  la  mu- 
sique de  l'étendue,  inversement  la  musique 
est  l'architecture  des  sons  et  de  la  durée.     , 

Mais  si  la  genèse  de  l'œuvre  d'art  en  mu- 
sique, en  architecture,  en  sculpture  est 
soumise  à  des  lois  analogues,  il  n'en  est 
plus  de  même  pour  les  moyens  d'expres- 
sion qui  diffèrent  totalement. 

Un  monument,  un  tableau,  un  buste  aux-| 
quels  l'artiste  a  mis  la  dernière  main  n'ont 
plus  besoin  d'auxiliaire  pour  agir  sur 
l'esprit  de  celui  qui  les  contemple  :  ils  se 
suffisent  à  eux-mêmes,  et,  tant  qu'ils  ne 
seront  par  altérés  ou  détruits,  ils  donneront 
fidèlement  de  la  pensée  du  créateur  l'ex- 
pression même  qu'il  a  voulue. 

Il  en  est  autrement  pour  le  compositeur,- 
qui  ne  peut  trouver  pour  son  idée  la  forme 
immédiatement  vivante  sous  laquelle  l'au- 
diteur devra  la  saisir,  car  il  est  contraint  de 
la  traduire  tout  d'abord  dans  une  écriture 
conventionnelle  et  malheureusement  peu 
précise.  Sans  doute,  il  réglera  la  série  des  . 
successions  mélodiques,  les  concomitances 
harmoniques  de  ses  matériaux  sonores  ;  il 
dessinera  les  contours  généraux  et  les 
détails  ;  il  assignera  sa  couleur  à  chacune 
des  parties  par  la  distribution  précise  des 
timbres  et  l'indication  du  sentiment  géné- 
ral qui  doit  présider  à  l'exécution.  Mais  il 
reculera  devant  la  complication  énorme 
qu'entraînerait  la  notation  exacte  du  mou- 
vement pour  chaque  groupe  de  mesures 
correspondant  à  une  idée  distincte  ou  à  une 
nuance  différente  de  la  même  idée.  Il  se 
bornera  le  plus  souvent  à  de  rares  indica- 
tions, verbales  ou  chiffrées,  sur  les  vitesses 
des  successions  sonores. 

C'est  ce  symbole  imparfait,  cette  incom- 
plète traduction  de  la  pensée  de  l'auteur,  , 
que  l'interprète  doit  traduire  à   son  tour 
pour  rendre   sensible   l'œuvre   d'art  elle- 


même.  Combien  d'infidélités  à  craindre 
dans  cette  double  traduction!  L'œuvre  du 
peintre,  du  sculpteur  se  passe  d'intermé- 
diaire; elle  parle  elle-même  et  parlera 
toujours  le  même  langage.  Celui  de  l'œuvre 
musicale  paraît  subordonné  aux  fluctua- 
tions d'un  perpétuel  devenir,  car  l'exécution 
introduit  un  élément  parfois  perturbateur  : 
à  savoir  l'interprète  même.  Ainsi,  pour  les 
arts  plastiques,  l'ordonnance  dans  l'espace, 
une  fois  fixée,  se  maintiendra  sans  peine, 
tandis  que  la  musique,  qui  ordonne  dans  lé 
temps  les  phénomènes  sonores,  ne  saurait 
prétendre  à  la  même  rigueur. 

Signalons  une  autre  différence  non  moins 
importante.  L'exacte  et  scrupuleuse  réduc- 
tion d'une  statue,  la  copie  à  échelle  diffé- 
rente d'un  tableau,  d'un  monument,  n'éveil- 
leront peut-être  pas  chez  le  spectateur  des 
émotions  de  nature  et  d'intensité  compa- 
rables à  celles  que  provoquerait  l'original 
lui-même;  mais  on  ne  songera  point,  par 
exemple,  à  traiter  de  caricature  une  réduc- 
tion au  cinquantième  de  l'Apollon  du  Bel- 
védère ou  du  Parthénon.  Or,  les  durées  ne 
se  prêtent  pas  en  musique  aux  variations 
d'échelles  que  peuvent  subir  les  distances 
et  les  surfaces.  Le  respect  absolu  de  ces 
durées  est  un  élément  esthétique  d'ordre 
capital  :  c'est  un  fait  d'expérience  courante 
que  les  impressions  provoquées  à  l'audition 
ont  pour  facteur  essentiel  l'observation 
stricte  des  rythmes  et  des  mouvements. 
Une  exécution  à  mouvements  serrés  ou 
élargis  ne  ressemble  pas  à  l'exécution  nor- 
male comme  la  réduction  ou  l'amplification 
d'un  tableau  ou  d'une  statue  ressemble  à 
l'original  :  elle  éveille,  au  contraire,  des  im- 
pressions différentes,  parfois  des  impres- 
sions inverses,  si  les  altérations  des  mouve- 
ments sont  importantes.  C'est  une  véritable 
anamorphose  rythmique.  Que  penser  d'une 
exécution  où  la  Cavatine  du  XIII^  quatuor 
à  cordes  de  Beethoven  serait  jouée  prestis- 
simo? Elle  en  donnerait  non  point  une 
copie  (un  tel  mot  serait  ici  un  non-sens),  pas 
même  une  réduction,  mais  une  caricature. 

Ainsi,  pour  produire  l'effet  voulu  par 
l'auteur,  l'exécution  d'une  œuvre  musicale 
doit  être  comprise  entre  des  limites  déter- 
minées et  fort  étroites.  Il  serait,  par  contre, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


829 


I  inexact  de  dire  que  l'effet  sera  sensiblement 
altéré  si  les  mouvements  généraux  ou  lo- 
caux ne  sont  pas  reproduits  avec  une 
rigueur  absolument  mathématique.  Nos 
sens  sont  incapables,  en  effet,  d'apprécier 
les  différences  au  delà  d'un  certain  degré 
de  petitesse;  deux  mouvements,  acousti- 
quement  équivalents  au  point  de  vue  des 
impressions  produites,  pourront  n'être  pas 
rigoureusement  égaux.  Mais,  comme  nous 
le  verrons  par  la  suite,  on  ne  relève  que  de 
très  légères  différences  chez  les  artistes  qui 
ont  un  bon  sentiment  du  rythme  et  de  la 
mesure. 

L'indication  et  la  réalisation  des  mouve- 
ments convenables  ont  donc  toutes  deux 
une  importance  de  premier  ordre,  résultant 
à  la  fois  de  l'essence  même  des  matériaux 
mis  en  œuvre  et  des  conditions  pratiques 
auxquelles  la  création  et  l'interprétation  de 
l'œuvre  sont  subordonnées.  Aussi  cette  im- 
portance n'a-t-elle  échappé  ni  aux  théori- 
ciens ni  aux  compositeurs.  On  s'est  efforcé, 
par  des  moyens  divers,  de  définir  et  d'as- 
surer la  reproduction  correcte  des  mouve- 
ments d'ensemble  et  de  détail.  On  a  généra- 
lement emprunté  à  la  langue  italienne  des 
inots  qui  ont  pour  fonction  de  donner  une 
idée  du  mouvement.  Mais  cette  idée  n'est 
pas  précise;  s'il  est  facile  d'établir  les  diffé- 
rences entre  un  presto,  un  moderato  et  un 
lettto,  la  terminologie  usuelle  est  impuis- 
sante d'abord  à  fixer  les  valeurs  absolues 
correspondantes,  ensuite  à  établir  un  ordre 
invariable  dans  les  nuances  intermédiaires. 
Ce  qui  rend  cette  terminologie  plus  vi- 
cieuse et  plus  incertaine  encore,  c'est 
qu'en  raison  du  choix  des  termes,  elle 
mélange  deux  ordres  d'indications  tout 
différents  :  l'ordre  de  la  vitesse  et  du  mou- 
vement proprement  dits  {presto,  moderato, 
lento),  et  l'ordre  dynamique,  affectif,  pas- 
sionnel {allegro,  maé'stoso,  appassionato,  etc.). 
Il  y  a  là  une  cause  d'incertitude,  de  confu- 
sion et  d'erreurs  non  seulement  pour  les 
exécutants,  mais  pour  le  compositeur  lui- 
même.  On  connaît  l'incident  relatif  au 
douzième  quatuor,  op.  127,  de  Beethoven. 
Dans  ce  quatuor,  le  maître  avait  écrit  en 
un  endroit  :  andante.  A  l'exécution  devant 
■  lui  par  le  célèbre  Bœhm,  qui  pensait  obte- 


nir un  effet  plus  considérable  en  continuant 
le  mouvement  précédent,  Beethoven  se 
leva  et,  prenant  un  crayon,  il  effaça  sur  les 
quatre  parties  le  mot  andante;  et,  après 
avoir  serré  la  main  à  chacun  des  exécu- 
tants, il  leur  dit  :  Merci  !  (l)  Il  est  bien  per- 
fhis  de  penser  que  Beethoven  avait  été 
victime  d'une  terminologie  vicieuse  plutôt 
que  coupable  d'une  fausse  appréciation 
sur  le  degré  du  mouvement. 

Le  vague  de  cette  terminologie  résulte 
d'ailleurs,  en  pratique,  des  discordances 
entre  les  estimations  d'un  même  terme  par 
les  compositeurs,  et  surtout  d'un  même 
terme  par  le  même  compositeur  dans  ses 
œuvres  différentes. 

Il  semblait  que  l'invention  du  métronome, 
permettant  de  mesurer,  de  chiffrer  et  de 
reproduire  avec  exactitude  les  vitesses 
attribuées  à  l'œuvre  musicale, dût  faire  table 
rase  des  désignations  vagues  ou  impropres 
usitées  auparavant.  Mais  il  n'en  a  rien  été, 
ou  presque  rien.  Quelques  compositeurs 
seulement  ont  muni  leurs  œuvres  d'indica- 
tions métronomiques  ;  d'autres,  après  avoir 
adopté  ces  indications,  les  ont  abandonnées 
ou  condamnées  dans  la  pratique  comme 
insuffisantes  ou  trompeuses. 

Cependant  le  métronome  avait  été  ac- 
cueilli avec  faveur.  Weber  reconnaissait 
son  utilité  pour  garantir  de  fautes  gros- 
sières. Beethoven  lui  rendit  justice,  mais 
renonça  plus  tard  à  son  emploi;  Wagner 
fit  de  même. 

Il  est  intéressant  de  rechercher  quels 
sont  les  motifs  pour  lesquels  les  composi- 
teurs ont  ainsi  réduit  ou  relégué  au  second 
plan  l'usage  des  indications  métronomiques 
qui,  a  priori,  paraissaient  si  favorables  à 
l'interprétation  correcte  de  leurs  œuvres. 

Pour  ne  pas  multiplier  inutilement  les 
exemples,  nous  choisirons  les  deux  plus 
remarquables  :  celui  de  Beethoven  et  celui 
de  Wagner. 

Déterminons  tout  d'abord  les  services 
que  peuvent  rendre  les  indications  métro- 
nomiques pour  traduire,  à  l'exécution,  la 
pensée  de  l'auteur.  Elles  sont  susceptibles 
de  caractériser  les  mouvements  généraux 
pour  les  morceaux  dont  l'allure  doit  rester 

U)Mathis  Lussy,  Traité  d'expression  musicali. 


8S0 


LE  GUIDE  MXJSWAL 


à  peu  près  uniforme;  de  fixer,  à  chaque; 
changement  important  d'allure,  la  relation 
entre  les  vitesses  antécédente  et  suivante. 
Mais,  à  moins  de  compliquer  énormément , 
l'écriture,  à  moins  de  hérisser  la  parti- 
tion d'une  accumulation  de  chiffres  prati- 
quement illisibles,  elles  ne  sauraient  repré- 
senter mesure  par  mesure,  note  par  note, 
les  altérations  infiniment  nombreuses,  lé- 
gères, mais  indispensables  pourtant  à 
l'expression,  qui  se  succèdent  à  chaque 
instant.  Comme  le  disait  Weber,  la  mesure 
ne  doit  être  ni  un  tyran  ni  une  enrayure.  Il 
n'y  a  point  de  mesure  lente  dans  laquelle 
certains  endroits  n'exigent  un  mouvement 
plus  vif  pour  empêcher  qu'il  ne  soit  traî- 
nant; il  n'y  a  guère  de  presto  dans  lequel 
l'oreille  n'exige  parfois  un  mouvement  plus 
calme.  Ces  modifications,  ces  flexions  de 
détail,  seraient  sans  doute  théoriquement 
traduisibles  en  chiffres;  mais  demander  au 
compositeur  de  les  noter  comme  un  physi- 
cien, ou  à  l'exécutant  de  les  rendre  comme 
un  appareil  mécanique,  c'est  assurément 
demander  l'impossible. 

C'est  donc  à  la  notation  des  mouvements 
fondamentaux,  de  leurs  altérations  ou  modi- 
fications importantes  qu'il  faut  réduire  le 
rôle  pratique  de  l'échelle  métronomique. 

[A  suivre.)  H.  Alvin  et  R.  Prieur. 


LETTRES  DE  RICHARD  WAGNER 

A 

AUGUSTE  RŒCKEL 

(Traduites    par    M.    Kufferath) 
■  -uita).  —  Voir  les  nos  38,  39,  40,  41,  42  et  43. 

VI 
32,  Portland  Terrace.  Regent's  Park,  Londres. 
Cher  ami, 
Je  viens  de  lire  ta  lettre  et  ne  trouve  rien  de 
mieux  que  d'y   répondre  séance  tenante,  bu 
plutôt  de  t'écrire  ce  qui  me  vient  pour  le  mo- 
ment à  l'esprit  à  l'encontre  de  ce  que  tu  me  dis  ; 
car,  pour  une  réplique  détaillée,  il  ne  faut  pas 
y  compter  ;  je  craindrais  de  me  laisser  entraî- 
ner à  remuer  un  tas  de  futilités.  Je  vois  que  tu 
es  demeuré  un  optimiste  obstiné  et  notamment 


que  le  judaïsme  est  encore  profondément 
ancré  en  toi  ainsi  qu'en  ton  ami  Paulus.  Pour 
moi,  voilà  longtemps  que  je  luttais  pour  me 
maintenir  sur  le  pied  de  l'optimisme  en  face  des 
impressions  qui  m'assaillaient  ;  l'ami  Schopen- 
hauer  n'aura  eu,  avec  toute  son  énorme  puis- 
sance, qu'à  chasser  tout  juste  ma  dernière 
superstition  judaïque  ;  et  voici  qu'au  milieu  de 
grandes  souffrances,  il  est  vrai,  mais  aussi 
avec  la  consolation  de  m'être  débarrassé  de  la 
dernière  illusion  de  ma  fantaisie,  il  m'a  fait 
aussi  libre  qu'on  peut  l'être. 

Ce  qu'il  y  a  de  plus  profond  dans  la  doctrine 
de  Schopenhauer  et  ce  que  les  têtes  les  plus 
éminentes  peuvent,  seules,  saisir,  découle  de  la 
grande  découverte  faite  par  Kant  de  l'idéalité 
de  toutes  les  apparences  ;  c'est  là  ce  qu'il  faut 
avant  tout  avoir  compris  pour  pouvoir  faire  un 
pas  en  avant  et  saisir  la  chose  en  soi  que 
Kant,  —  tu  le  sais,  —  considérait  comme 
totalement  exclue  de  nos  perceptions  et  que 
Schopenhauer,  d'une  façon  si  décisive  et  si 
frappante,  désigne  comme  étant  la  Volonté  [i). 
Je  ne  me  flatte  pas  d'être,  à  tout  moment,  en  me- 
sure de  procéder  en  moi-même  à  la  solution  de 
ce  problème  capital,  à  plus  forte  raison  de 
pouvoir,  avec  clarté,  m'expliquer  à  ce  sujet  ;  la 
compréhension  intégrale  de  l'idéalité  du  temps, 
de  l'espace  et  de  la  causalité,  comme  formes 
de  la  connaissance,  est  une  opération  si  supé- 
rieure de  notre  cerveau,  qu'elle  ne  peut  se  pro- 
duire, —  ainsi  que  Schopenhauer  le  démontre, 
—  que  dans  un  cerveau  organisé  d'une  façon 

(i)  Pour  comprendre  cette  lettre,  il  faut  se  reporter 
naturellement  à  la  terminologie  philosophique  de  Scho- 
penhauer, dont  Wagner  résume  en  quelques  mots, 
tcute  la  théorie.  Volonté  est  pris  ici  dans  le  sens  de 
force  première.  Schopenhauer  l'identifie  avec  la  chou  en 
soi,  que  Kant  oppose  au  phénomène,  quand  il  anal5'se  le 
sujet  et  Vobjet  de  nos  intuitions.  Pour  Schopenhauer,  la 
Volonté  est  donc  l'objet;  seulement,  au  lieu  d'en  faire, 
comme  Kant,  le  corrélatif  du  sujet,  Schopenhauer  lui 
accorde  la  première  place.  La  Volonté  est  le  principe 
même  de  la  vie,  la  substance  toujours  identique  à  elle- 
même,  qui  se  manifeste  en  des  appannces  infiniment 
variées  sans  changer  de  nature,  qui  n'a  ni  limite  ni 
durée,  car  V Espace  et  le  T««/^  n'ont  point  de  réalité  et  ne 
sont  que  des  idées  de  notre  cerveau  et  non  pas  des  pro- 
priétés, des  choses.  De  là,  toute  sa  théorie  morale.  La 
Volonté,  c'est-à-dirt,  le  principe  de  vie,  ne  pouvant 
s'exercer  qu'au  détriment  d'elle-même  dans  autrui,  sa 
suprême  conquête  est  de  se  nier  elle-même,  de  cesser  de 
se  manifester  individuellement;  d'où  la  négation  du  Moi, 
auquel  se  substitue  la  sympathie  universelle,  la  charité 
pour  tout  ce  qui  vit. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


831 


anormale,  et  seulement  lorsque  ce  cerveau  se 
trouve  dans  un  état  exceptionnel  de  surexcita- 
tion. Mais,  cette  compréhension  une  fois 
acquise,  toutes  les  illusions  dont  notre  enten- 
dement était  jusqu'alors  obscurci  se  dissipent 
comme  par  enchantement,  et,  du  même  coup, 
les  paroles  nous  font  défaut  pour  nous  expli- 
quer clairement  ;  car  notre  langue  a  été  formée 
au  service  de  notions  tout  à  fait  différentes  de 
celle  que  nous  venons  d'acquérir.  La  difficulté, 
c'est  de  nous  faire  comprendre,  au  moyen  du 
langage  très  incomplet  des  images,  sans  pro- 
voquer à  tout  propos  des  malentendus.  Le 
mieux  est  de  commencer  avec  les  phénomènes 
les  plus  simples,  qui  sont  le  plus  voisins  de 
notre  intuition  ordinaire;  l'immense  mérite  de 
Schopenhauer  est  d'avoir  été  clair  dans  ce  sens; 
il  ne  peut,  toutefois,  éviter  de  provoquer  des 
malentendus  qu'en  s'adressant  à  celui  qui  a 
fait,  avec  lui,  cette  première  et  indispensable 
opération;  et  le  difficile,  c'est  justement  elle. 
Néanmoins,  il  n'y  aura  pas  d'hésitation  sur 
l'exposé  qui  va  suivre  pour  tout  penseur 
au-dessus  du  commun,  parce  qu'il  s'agit  ici  de 
principes  irréfutables,  même  comme  point  de 
départ  des  sciences  naturelles  modernes.  L'être 
humain  met  tous  ses  organes,  et  notamment  le 
cerveau,  organe  de  la  connaissance,  au  service 
de  la  Volonté  ;  détacher  la  connaissance  du  ser- 
vice de  la  Volonté  est,  au  contraire,  un  acte 
anormal,  qui  n'a  lieu  que  dans  des  organismes 
d'exception  (à  l'état  de  phénomène  monstrueux, 
en  quelque  sorte).  Or,  dans  cet  état  anormal, 
qui  se  révèle  en  sa  plus  haute  puissance  chez 
l'homme  de  génie,  l'intuition  ne  reconnaît 
comme  possible  que  la  faculté  normale  y  c'est-à- 
di"e  elle  reconnaît  cet  organe,  —  libre  seule- 
ment en  lui  seul  (i),  —  asservi  partout  ailleurs 
à  la  Volonté,  et  elle  se  demande  alors  comment 
cette  Volonté,  dominatrice  et  qui  forme  tout,  se 
comporte  jusqu'au  moment  où  elle  se  tait,  — 
dans  l'état  anormal  de  l'intuition,  devenue  indé- 
pendante de  lui?  Alors  nous  voyons,  à  notre 
honte,  que  cette  Volonté  ne  tend  à  rien  de  plus 
qu'à  vivre  toujours,  c'est-à-dire  à  dévorer  (par 
l'anéantissement  d'autrui)  et  à  se  perpétuer.  En 
dehors  de  cette  activité,  nous  ne  pouT'ons  abso- 
lument rien  connaître.  Dans  l'état  anormal,  qui 
nous  permet  de  reconnaître  cette  vérité,  nous 
en  arrivons  à  devoir  nous  demander  si  ce  n'est 

(i)  Dans  l'homme  de  génie. 


pas  une  chose  inquiétante  de  nous  mettre  au 
service  de  la  Volonté  ainsi  constituée,  et  nous 
cherchons  à  approfondir  les  manifestations  de 
ce  phénomène.  Nous  reconnaissons  alors  que, 
dans  toutes  les  apparences  perceptibles,  cette 
Volonté  reste,  au  fond,  toujours  identique 
à  elle-même,  qu'en  conséquence  toutes  les 
apparences  individuelles  ne  sont  que  celles  de 
notre  aperception,  qu'elles  ne  sont,  suivant  les 
procédés  de  notre  connaissance,  que  des  indivi- 
dualisations reconnaissables  de  cette  même 
Volonté,  c'est-à-dire  d'un  principe  qui  se  dévore 
constamment  lui-même  pour  se  reproduire  tou- 
jours lui-même;  par  conséquent,  d'un  principe 
toujours  en  lutte  avec  lui-même,  en  contradic- 
tion 'avec  lui-même,  et  qui  ne  peut  nous  mon- 
trer que  la  douleur  et  la  souffrance  comme 
uniques  moments  sensibles  de  ses  contradic- 
tions. Jusqu'à  quelle  hauteur  maintenant  cette 
Volonté  peut-elle  s'élever,  dans  les  cas  les  plus 
favorables?  Jusqu'au  point  où  nous  nous  trou- 
vions tout  à  l'heure,  jusqu'à  la  libération  d'un 
de  ses  organes,  de  l'organe  de  la  connaissance 
dégagée  de  sa  servitude  (phénomène,  bien 
entendu,  anormal),  en  un  mot,  jusqu'à  la  con- 
science de   sa  nature.  Et  que  percevons-nous, 

—  dans  ce  cas  exceptionnel,  —  au  moyen  de 
notre  conscience?  Evidemment,  l'importance, 
disons  même  le  côté  terrible  de  cette  Volonté, 

—  et,  finalement,  —  la  Compassion,  —  la 
Pitié.  (N'est-il  pas  caractéristique  que  nous 
ne  possédions  pas  le  mot  opposé  :  Conjouis- 
sance)  ?  (i)  Par  là,  notre  connaissance  reçoit 
sa  portée  morale,  jusqu'alors  ignorée  :  dans 
l'état  le  plus  heureux,  le  plus  élevé,  s'éveille 
en  nous  la  compassion  à  tous  les  êtres 
vivants  qui  se  trouvent  dans  la  servitude 
inconsciente  de  la  Volonlé;  voilà  la  source 
des  plus  hautes  vertus,  de  toute  rédemption  : 
communion  complète  avec  tous  ceux  c  j  sont 
séparés  de  nous  par  l'illusion  de  1  mdividua- 
tion  ;  de  tous  temps,  c'est  de  là  que  sont  parties 

(i)  Wagner  oppose  à  Compassion  :  Miileidm  (de  mil  = 
avec  et  leiden  =  souffrance)  à  Mitfreuit  (de  mit  =  avec 
et  Friude  =  joie,  allégresse)  pour  lequel  le  vieux 
français  nous  donne  les  mots  :  conjouir  et  conjouissance, 
qui  n'expriment  toutefois  qu'imparfaitement  l'idée  de 
Wagner.  Il  veut  dire  tout  simplement  que  nous  a-'  ons 
bien  un  mot  pour  exprimer  la  sympathie  dans  la  souf- 
france, mais  aucun  mot  pour  exprimer  la  sympathie 
dans  la  joie,  ce  qui  caractérise,  ajoute-t-il,  notre  çt^t  de 
misère. 


832 


LE  GUIDE  MUSICAL 


les  religions.  Mais  comment,  à  la  fin,  se 
résout  l'effroyable  douleur  de  cette  compas- 
sion? Est-ce  dans  le  souci  de  rendre  la  chose 
plus  agréable,  d'atténuer,  au  moyen  d'institu- 
tions humaines,  l'éternelle  contradiction  de  la 
Volonté  avec  elle-même,  son  besoin  de  se 
dévorer  toujours  et  de  se  reproduire?  Celui  qui 
pourrait  le  croire  et  le  désirer  avouerait,  par  là 
même,  qu'il  n'a  pas  encore  la  connaissance  de 
la  Volonté  ;  il  se  trouverait  encore  complète- 
ment dans  la  servitude  de  la  Volonté,  qui,  —  au 
moyen  du  mensonge  de  l'individuation,  — 
nous  trompe  sur  sa  propre  nature.  Nous  ne  la 
connaissons,  vraiment  (et  c'est  ce  qui  est  si  dif- 
ficile à  comprendre),  qu'après  avoir,  —  dans 
l'état  anormal,  —  nié  notre  volonté  individuelle, 
qu'après  nous  être  soustraits  à  la  servitude  de 
la  volonté,  après  l'avoir  rejetée.  Ainsi,  il  ne 
reste  qu'une  rédemption  possible  à  cette 
suprême  conséquence  de  notre  connaissance  de 
la  Volonté,  la  compassion;  et  cette  rédemption, 
c'est  :  la  négation  consciente  de  cette  volonté, 
c'est-à-dire  l'intuition  de  ce  qu'elle  a  de  con- 
damnable, le  refus  de  participer  à  ce  qu'elle 
ordonne  ;  et  cela,  nous  ne  pouvons  le  com- 
prendre et  l'exécuter  qu'en  renonçant  la 
Volonté  individuelle  dans  la  compassion.  C'est 
cela  précisément  qui  est  la  négation  absolue  de 
la  Volonté,  son  anéantissement. 

Eh  bien,  je  dois  l'avouer,  cette  doctrine  me 
va  profondément  au  cœur  et  à  la  tête,  et  il 
me  semble  qu'il  ne  peut  y  en  avoir  de  plus 
noble,  de  plus  juste.  —  Tous  les  malentendus 
sur  les  résistances  de  la  Volonté  individuelle 
contre  la  Volonté  de  tout  ce  qui  vit  en  dehors 
de  moi  reposent  uniquement  sur  l'incomplète 
compréhension  de  l'idéalité  de  nos  perceptions, 
en  tant  qu'elles  sont  conditionnées  par  les 
formes  de  notre  connaissance  (temps,  espace, 
causalité);  celui  qui  aura  compris  clairement 
ce  plus  profond  des  problèmes,  celui  pour  qui 
le  Temps,  l'Espace  et  la  Causalité  ne  sont  plus 
des  réalités,  pour  celui-là  aussi  son  individua- 
lité, qui  n'existe  que  dans  son  intuition  (au 
moyen  des  formes  de  celle-ci),  ne  sera  plus  une 
réalité;  il  considérera  comme  l'acte  suprême 
de  sa  Volonté,  la  négation  d'elle-même,  il  ne 
demandera  plus  ni  temps,  ni  espace,  ni  causa- 
lité. 

Il  n'entre  pas  d'ailleurs  dans  la  pensée  de 
Schopenhauer  de  nous  conduire  à  un  résultat 


utilitaire,  pratique,  de  formuler  un  postulat  ;  car 
il  sait  que  la  philosophie  lie  peut  pas  avoir  à 
s'occuper  de  nouveaux  fantômes,  que  sa  mis- 
sion, au  contraire,  autant  que  le  permet  notre 
connaissance,  est  de  troubler  les  créations  men- 
songères de  la  connaissance  encore  asservie.  Il 
ne  songe  pas  à  gâter  le  plaisir  de  celui  qui, pour 
garder  quand  même  le  goût  de  la  vie,  se  crée 
mille  fantômes  nouveaux  ;  il  s'adresse  exclusi- 
vement à  ceux  qui  veulent  connaître.  Ainsi  la 
philosophie,  somme  de  toutes  les  sciences,  ne 
peut  aboutir  qu'à  la  négation;  au  contraire, 
toute  spéculation  soumise  à  la  Volonté  cher- 
chera toujours  l'affirmation. 

Cette  affirmation,  poursuivie  à  tout  prix,  est 
tout  simplement  le  Judaïsme,  redevenu  si  puis- 
sant aujourd'hui  et  dans  lequel  se  manifeste  la 
plus  mesquine  conception  du  monde  qui  jamais 
se  soit  manifestée.  De  tout  temps,  l'entende- 
ment devenu  indépendant  par  l'organisation 
anormale  a  éprouvé  le  besoin  de  se  commu- 
niquer à  l'entendement  normal,  asservi  à  la 
Volonté,  en  s'adressant  au  peuple  ;  ceux  qui 
ont  obéi  à  ce  besoin  de  la  façon  la  plus  élevée, 
ce  sont  les  fondateurs  de  religions;  mais  il  y  a 
ceci  de  tragique  dans  leur  cas,  qu'ils  n'ont 
jamais  pu  s'exprimer  autrement  que  par  le 
langage  et  par  des  images  accessibles  à  la 
fausse  interprétation  du  monde.  Celui  qui  a 
parlé  la  langue  correspondant  le  mieux  à  la  con- 
naissance absolue,  —  dans  ce  sens,  —  c'est,  en 
tous  cas,  Bouddha  ;  les  plus  récentes  études  sur 
l'Orient  nous  ont  fait  tomber  les  écailles  des 
yeux  au  sujet  de  cette  apparition  que  nous  ne 
connaissions  auparavant  que  soi. s  l'odieux  tra- 
vestissement des  religions  populaires  actuelles 
de  l'Inde. 

On  ne  saurait  formuler  en  images  popu-  ; 
laires  la  connaissance  suprême  mieux  que  • 
ne  l'a  fait  la  doctrine  primitive  et  pure  de 
Bouddha,  notamment  la  doctrine  de  la  transmi- 
gration des  âmes,  qui  conduit  à  une  vie  vrai- 
ment humaine,  faite  de  sympathie,  même  à 
l'égard  du  monde  inconscient  des  plantes  et 
des  animaux  ;  c'est  certainement  l'invention  la 
plus  heureuse  d'un  esprit  élevé  obéissant  à  son 
besoin  d'expansion.  Les  plus  récentes  investi- 
gations scientifiques  ont,  du  reste,  démontré 
d'une  façon  irréfutable  que  la  pensée  fondamen- 
tale du  christianisme  a  son  origine  dans  l'Inde  : 
la  difficulté  de  greÉfer  le  mépris  de  la  vie  et  de 


LE  GUIDE  MUSICAL 


833 


la  Volonté  de  vivre  qui  en  est  l'essence,  sur  le 
tronc  stérile  du  Judaïsme,  voilà  ce  qui  a  causé 
tous  les  malentendus  qui,  jusqu'aujourd'hui, 
ont  si  déplorablement  travesti  le  christianisme, 
au  point  de  le  rendre  presque  méconnaissable. 
Le  fond  essentiel  du  judaïsme,  c'est  cet  opti- 
misme inepte  et  glacé  à  qui  tout  est  indifférent, 
pourvu  que  le  ventre  et  la  bourse  soient  remplis, 
ce  qui  est  toujours  possible  si  l'on  s'y  prend 
adroitement  et  si  l'on  sait  organiser  le  monde 
tel  qu'il  existe  et  en  tirer  parti.  Combien  divine, 
au  contraire,  la  conscience  claire  du  néant  du 
monde  dans  la  doctrine  chrétienne  primitive, 
et  combien  merveilleuses  les  doctrines  de 
Bouddha,  qui,  par  la  pitié,  nous  unissent  à  tout 
ce  qui  vit! 

Si,  par  la  suite,  tu  étudies  la  philosophie  du 
droit  pénal  chez  Schopenhauer,  n'oublie  pas, 
comme  je  l'ai  déjà  fait  remarquer,  qu'il  ne  for- 
mule jamais  ni  postulats  ni  approbations,  mais 
qu'il  se  borne  à  analyser  l'essence  de  ce  que 
nous  voyons.  Il  montre,  par  exemple,  ce  que 
sont  l'Etat,  la  Justice, etc., mais  il  ne  dit  pas  qu'ils 
doivent  être  tels;  tout  au  contraire,  si  ce  qu'il 
t'en  montre  te  déplaît,  tu  partageras  complète- 
ment le  sentiment  de  Schopenhauer,  qui  tourne 
le  dos  simplement  à  tout  ce  fatras  et  se  borne 
à  nous  dire  :  «  Voyez,  voilà  où  vous  pouvez  en 
arriver,  voilà  les  moyens  auxquels  vous  devez 
avoir  recours  pour  affirmer  votre  volonté  de 
vivre  ;  c'est  sur  de  pareils  sophismes  que 
repose  ce  que  vous  appelez  les  institutions 
humaines  en  vue  de  la  pénible  conservation  de 
l'espèce  et  dont  vous  savez  parfaitement  la 
valeur  :  mais  n'essayez  pas  de  m'en  faire 
accroire,  et  surtout  ne  me  parlez  pas  d'une  phi- 
losophie d'Etat  et  d'autres  insanités  analogues.  » 
En  résumé,  tout  devrait  donc  tendre  à  la  satis- 
faction de  la  profonde  pitié  éveillée  en  nous 
dans  l'état  suprême  ;  mais  cette  satisfaction,  ce 
n'est  pas  dans  toutes  les  institutions  bour- 
geoises et  sociales  imaginables  que  vous  la 
trouverez. 

A  l'occasion,  il  faut  que  je  t'envoie  encore  les 
petits  écrits  de  Schopenhauer,  parmi  lesquels 
il  y  a  un  traité  très  explicite  sur  le  somnambu- 
lisme, etc.  Tu  verras  avec  quelle  profondeur 
unique  le  philosophe  a  étudié  ce  problème  et 
comment,  dans  ce  phénomène,  où  paraît  l'acti- 
vité d'une  seconde  faculté  intuitive,  il  trouve 
les  preuves  les  plus  décisives   de  l'idéalité  de 


tout  notre  système  de  connaissance,  de  l'unité 
de  la  Volonté  dans  tous  les  êtres  vivants,  et  du 
néant,  —  ici  bien  tangible,  —  de  la  réalité  de 
l'individualité;  le  problème  de  la  négation  du 
Vouloir  te  deviendra  par  là  très  saisissable. 

Mais  assez  de  tout  cela  !  Ma  démonstration 
avait  pour  but  moins  de  t'instruire  (tu  le  feras 
bien  mieux  toi-même)  que  de  m'éclairer  de 
nouveau  une  bonne  fois  moi-même.  Car  je 
dois  te  dire  que  je  fais  chaque  jour  dans  ce  que 
j'éprouve  l'application  de  cette  profonde  philo- 
sophie; je  considère  maintenant  le  monde  d'un 
regard  qui  me  fait  connaître  des  choses  qui,  — 
dans  leurs  impressions  sur  moi,  —  me  saisis- 
sent profondément  et  d'une  façon  irrésistible, 
alors  qu'autrefois  je  cherchais  consciencieu- 
sement à  me  faire  illusion  au  sujet  d'elles  dans 
une  sorte  de  rêve  optimiste.  Je  suis  particuliè- 
rement ému  de  plus  en  plus  profondément  de 
nos  rapports  avec  les  animaux,  si  odieusement 
maltraités  et  torturés  par  nous;  je  suis  on  ne 
peut  plus  heureux  de  pouvoir,  aujourd'hui, 
m'abandonner  sans  honte  à  la  forte  compassion 
que  j'ai  de  tout  temps  éprouvée  pour  eux  et  de 
n'avoir  plus  à  recourir  à  des  sophismes  pour 
essayer  d'embellir  la  méchanceté  des  hommes 
à  ce  point  de  vue. 

Si,  au  demeurant,  une  chose  avait  pu  accroî- 
tre mon  mépris  du  monde,  ce  serait  mon  expé- 
dition de  Londres.  Laisse-moi  te  dire  seulement, 
en  peu  de  mots,  que  je  paie  cruellement  la 
sottise  que  j'ai  commise  en  acceptant  cet  enga- 
gement ici,  entraîné  que  j'étais,  malgré  toutes 
les  expériences  déjà  faites,  par  un  fol  accès  de 
curiosité.  Qu'est-il  besoin  de  t'en  dire  davan- 
tage? Je  ne  pouvais,  même  dans  les  conditions 
les  plus  favorables,  rien  trouver  ici  ;  et  ma  pré- 
sence, mes  concerts  ne  peuvent  que  provoquer 
de  nouveaux  malentendus.  Je  n'ai  même  pas  eu 
la  joie  d'avoir  pu  préparer  des  exécutions  par- 
faites d'oeuvres  de  Beethoven,  etc.  Car  on  ne 
me  donnait  pour  chaque  concert  qu'une  seule 
répétition,  et  cela  ne  suffisait  pas  pour  me 
mettre  en  complet  unisson  avec  l'orchestre, 
même  s'il  avait  été  meilleur.  Que  la  presse  juive 
me  déchire,  cela  ne  me  fait  naturellement  rien; 
mais  je  suis  d'autant  plus  heureux  que  d'autres 
journalistes  et  aussi  mon  auditoire  ne  se  laissent 
pas  troubler  et  me  rendent  justice  dans  la  me- 
sure où  ils  peuvent  me  connaître.  Mais  je  sens 
parfaitement,  qu'ils  ne  peuvent  me  comprendre 


834 


LE  GUIDE  MUSICAL 


entièrement  et  je  dois  ainsi  regretter  profondé- 
ment d'être  venu.  J'en  ai  encore  jusqu'à  la 
fin  de  juin  ;  il  ne  faut  pas  songer  à  réunir  ici  une 
troupe  (bonne)  d'opéra  allemand;  même  si 
c'était  possible,  je  ne  voudrais  plus  penser  à 
une  exécution  de  mes  opéras  à  Londres.  Cela 
n'irait  pas  —  et  puis  à  quoi  bon  ?  Il  n'y  a  plus 
que  la  chose  même,  non  le  succès,  qui  puisse 
m'jntéresser.  D'autre  part,  je  suis  toujours  de 
méciiante  humeur  ici  et  le  travail  n'avance  que 
très  lentement. 

Je  suis  beaucoup  avec  Prseger,  cet  homme 
bon  et  extravagant  ;  récemment  aussi,  Edouard 
nous  a  rendu  visite  :  j'irai  demain  le  voir  à 
Bath  et  m'amuser  avec  lui  pendant  quelques 
jours. Si  nous  avons  parlé  beaucoup  de  toi!?  — 
Pour  le  reste,  je  fuis  les  nouvelles  relations  : 
j'irai  cependant  voir  M.Tulk.  A  ce  propos,  tous 
mes  remercîments  ! 

On  parle  tout  de  même  maintenant  à  Berlin 
de  monter  Tamihdtiser,  mais  sans  Liszt  ;  je  n'ai 
pu  l'imposer  (i),  et  puis,  à  la  fin,  je  ne  pouvais 
plus  me  passer  des  recettes  de  là-bas.  Le  bruit 
que  je  le  dirigerais  moi-même  est  un  canard; 
je  ne  sais  rien  à  ce  sujet,  et  il  n'y  a  pas  proba- 
bilité que  j'en  sache  jamais  rien.  L'été,  je  retour- 
nerai, —  en  passant  par  Paris,  —  dans  ma 
chère  Suisse,  que  je  pense  ne  plus  jamais 
quitter  ;  solitude,  belle  nature  et  —  travail,  ce 
sont  les  uniques  éléments  de  ma  vie  et  je  ne 
veux  plus  m'en  laisser  détacher.—  Contente-toi 
pour  aujourd'hui  de  ces  pages  ;  bientôt,  proba- 
blement, je  t'écrirai  de  nouveau.  Il  est  possible 
que  j'aie  à  revenir  sur  différents  points. 

Adieu!  continue  à  montrer  toujours  pareille 
vaillance. 

Ton 
RicH.  Wagner. 


Chronique  &e  la  Semaine 

PARIS 

EÉOUVERTURE  DES  CONCERTS-LAMOUREUX 

M.  Lamoureux  aurait-il  été  sensible  au 
juste  reproche  qui  lui  a  été  maintes  fois 
adressé  de  consacrer,  dans  la  composition 

(i)  Wagner  avait  posé  comme  condition  à  l'exécution 
à  Berlin,  que  Liszt  dirigerait  et  monterait  l'ouvrage. 


de  ses  programmes,  trois  ou  quatre  numé- 
gramme  un^  fragment  des  œuvres  de  Wag- 
ner. 

Les  intransigeants,  ceux  qui  n'admettent 
pas  que  le  nom  du  maître  figure  dans  un 
concert,  vont  peut-être  applaudir;  mais 
n'oublions  pas  que  le  système  réprouvé  par 
les  purs,  et  qui  consiste,  comme  ils  disent, 
à  servir  Wagner  par  tranches,  a  permis  au 
public  de  se  familiariser  peu  à  peu  avec  un 
art  merveilleux,  et  à  rendre  possible  sur  la 
scène  de  l'Opéra  la  représentation  de  Lo- 
kengrin  et  de  la  Walkyrie,  en  attendant  le 
reste. 

Mais  passons.  M.  Lamoureux  compren- 
dra facilement  que  la  disette  est  d'autant 
moins  supportable  qu'il  nous  avait  jus- 
qu'alors donné  la  surabondance.  Il  saura 
d'autre  part,  espérons-le,  contrairement  à 
son  habitude,  faire  preuve  d'un  peu  plus 
d'éclectisme  et  d'impartialité  dans  la  com- 
position de  ses  programmes. 

Ces  derniers  mots  ne  s'appliquent  pas  au 
concert  d'ouverture,  qui  se  recommandait 
par  la  variété  tant  des  œuvres  que  des 
noms  d'auteurs.  Sans  l'éclipsé  totale  du 
nom  de  Wagner,  on  eiit  pu  se  déclarer 
satisfait. 

La  séance  s'ouvrait  par  l'exécution  vrai- 
ment remarquable  de  la  Symphonie  en  sol 
rnajeur  de  Haydn,  œuvre  qui,  pourrait-on 
dire,  ne  porte  point  son  âge,  tant  certains 
effets  d'orchestre  paraissent  modernes. 

La  Fantaisie  symphonique  de  M.  Che- 
villard  a  reçu  un  bon  accueil  de  l'auditoire. 
Les  idées  qu'elle  renferme  ne  sont  pas 
d'une  distinction  remarquable;  elles  man- 
quent un  peu  de  suite  et  de  cohésion  ;  mais 
l'auteur  a  su  faire  montre  d'une  certaine 
habileté  dans  l'art  de  manier  l'orchestre.  A 
cet  égard,  son  succès  nous  paraît  assez 
légitime. 

Ceux  qui,  en  très  grand  nombre,  n'assis- 
taient pas  aux  fêtes  d'Orange,  connaissaient 
seulement  par  les  comptes  rendus  qui  en 
furent  donnés  l'hymne  de  M.  Saint-Saëns 
composé  sur  une  poésie  de  M.  Croze  et 
intitulé  Pallas-Athèné.  Dans  cette  œuvre, 
le  musicien  a  fait  tous  ses  efforts  pour  se 
hausser  jusqu'à  Gluck.  S'il  n'y  a  pas  réussi, 
on  doit  au  moins  lui  savoir  gré  de  cette 
noble  tentative.  L'orchestration,  d'ailleurs, 
nous  paraît  de  beaucoup  supérieure  à  la 
déclamation. 

Le  public  a  vigoureusement  applaudi; 
mais  ses  applaudissements,  croyons-nous, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


835 


s'adressaient  surtout  à  l'interprète  de  l'œu- 
res  sur  cinq  ou  six  à  la  musique  de 
Wagner?  Se  serait-il  aperçu  qu'il  faisait 
en  général  la  part  trop  belle  au  maître  de 
Bayreuth?  S'il  en  était  ainsi,  on  ne  saurait 
que  le  féliciter  ;  mais,  pour  réparer  une 
faute,  il  n'était  point  nécessaire  d'en  com- 
mettre une  autre,  car  c'est  une  faute 
d'avoir  fait  la  réouverture  des  concerts  du 
Cirque  d'Eté  sans  introduire  dans  le  pro- 
vre  de  M.  Saint-Saëns,  à  M"'=  Bréval,  la 
vaillante  Valkyrie,  dont  la  voix  chaude  et 
vibrante  a  ravi  tous  les  auditeurs.  Mais 
c'est  principalement  dans  l'air  A'Obéron  que 
la  charmante  cantatrice  a  su  déployer  tout 
son  talent  et  fait  valoir  ses  grandes  qualités 
de  tragédienne  lyrique.  Aussi  a-t-elle  été 
l'objet  d'une  véritable  ovation. 

La  fantaisie  pour  piano  et  orchestre  de 
M.  Widor  a  été  exécutée,  pour  la  première 
fois,  au  Conservatoire,  où  elle  fut  très 
goûtée;  c'est  l'œuvre  d'un  maître  en  pos- 
session de  tout  son  talent.  Contrairement  à 
ce  qui  se  passe  d'ordinaire,  le  piano  n'y 
tient  pas  une  place  trop  prépondérante  et 
l'orchestre  n'y  est  pas  réduit  au  simple 
rôle  d'accompagnateur.  Le  thème  princi- 
pal, que  le  piano  et  l'orchestre  font  en- 
tendre alternativement,  est  mis  en  relief 
par  des  motifs  incidents  confiés  à  chaque 
classe  d'instruments.  Tout  s'unit,  tout  s'en- 
chaîne admirablement  dans  cette  composi- 
tion, et  l'auditeur  suit  sans  effort  et  avec 
intérêt  la  pensée  du  musicien.  Le  début  de 
l'œuvre  semble  peut-être  un  peu  froid  ; 
mais  bientôt,  l'orchestre  s'anime,  s'échauffe 
et  arrive  à  l'explosion  finale  de  toutes  ses 
sonorités  par  un  crescendo  habilement 
ménagé.  Grâce  au  précieux  concours  de 
M.  Philipp,  le  célèbre  pianiste,  l'exécution 
a  été  de  tous  points  excellente. 

Pour  terminer,  M.  Lamoureux  a  fait 
entendre  deux  Danses  hongroises  de  Brahms, 
que  l'orchestre  a  su  rendre  avec  toute  la 
maestria  d'une  troupe  de  Tziganes. 

Ernest  Thomas. 

•t* 
Le  deuxième  Concert-Colonne  a  eu  lieu 
dimanche  dernier  avec  le  concours  du  presti- 
gieux violoniste  Sarasate.  Il  suffit  que  son  nom 
soit  inscrit  en  vedette  sur  une  affiche  pour  que 
le  public  vienne  en  foule  applaudir  celui  qui 
est  aujourd'hui  un  des  maîtres  incontestés  du 
violon.  Au  Châtelet,  son  talent  a  été  beaucoup 
plus  apprécié  dans  l'Introduction  et  Rondo 
capriccioso  de  Saint-Saëns,  qui  est  une  œuvre 


intéressante  et  distinguée,  que  dans  la  Suite 
écossaise  de  Mackensie,  composition  incolore 
et  inégale.  La  grande  difficulté  pour  un  violo- 
niste, aujourd'hui,  est  de  trouver,  pour  les  exé- 
cuter, des  morceaux  remarquables  non  seule- 
ment par  les  qualités  de  virtuosité,  mais  encore 
par  le  haut  sentiment  musical.  Rari  nantes  ! 
Aussi  Sarasate  doit  être  reconnaissant  à  des 
compositeurs  modernes  comme  J.  Brahms, 
Saint-Saëns,  Lalo,  Max  Bruch  et  d'autres 
d'avoir  écrit  pour  le  violon  des  œuvres  qui 
sont  à  même  de  faire  valoir  son  étonnante 
virtuosité  et  qui,  en  raison  de  leur  valeur 
musicale,  resteront.  Le  public  qui  fréquente 
les  grandes  salles  de  concert  a  fait  son  éduca- 
tion ;  il  ne  pourrait  plus  entendre  aujourd'hui, 
sans  protester,  des  élucubrations  qui  faisaient 
le  bonheur  de  la  génération  de  i83o. 

Le  grand  succès  obtenu  dimanche  par 
Sarasate  l'a  engagé  à  retarder  son  départ  pour 
l'étranger  et  à  se  faire  entendre  encore  aux 
Concerts-Colonne. 

Dans  la  mêmeséance,on  a  exécuté  à  nouveau 
la  Symphonie  fantastique  de  H.  Berlioz;  puis 
les  Scènes  alsaciennes,  septième  suite  d'orches- 
tre de  J.  Massenet,  et  une  page  de  Lohengrifi. 

Pu  if  que  nous  sommes  sur  le  chapitre  de 
M.  Colonne,  annonçons  que  l'habile  chef 
d'orchestre  ne  retournera  pas  diriger,  l'année 
prochaine,  les  concerts  symphoniques  du 
Cercle  d'Aix-les-Bains. 

Voici  la  lettre  adressée  par  lui  au  président 
du  cercle  : 

Aix-les-Bains,  le  3o  septembre  1894. 
Monsieur  le  Président, 
Malgré  l'entente  survenue  au  sujet  de  la  pro- 
chaine campagne  artistique  du  Cercle,  entre  les 
membres  de  la  sous-commission,  M.  le  directeur 
général  et  moi,  en  votre  présence,  à  la  séance  du 
28  septembre,  j'ai  le  regret  de  vous  informer  que, 
toute  réflexion  faite,  il  me  serait  impossible  de 
collaborer  avec  M.  Gandrey,  le  directeur  général 
que  vous  avez  cependant  accepté  de  mes  mains. 

Je  me  retire  sous  l'impression  de  l'adieu  cha- 
leureux et  enthousiaste  qu'un  public  d'élite  a  bien 
voulu  me  faire  au  dernier  concert  de  la  saison,  et 
je  remercie  le  conseil  d'administration  du  Cercle 
qui,  par  l'envoi  de  sa  carte  et  de  ses  fleurs,  s'est 
associé  à  une  manifestation  dont  je  suis  fier. 
Recevez,  Mensieur  le  Président,  etc.. 

Signé  :   Ed.  Colonne. 
Toutes  les  personnes  qui,  passionnées  pour 
l'art  musical,  prennent  leur  villégiature  à  Aix- 
lesBains  seront  au  regret  de  sa  détermination  ; 
on  assure  qu'il  serait  remplacé  par  M.  Jehin. 
Hugues  Imbert. 


836 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Les  «  Chanteurs  de  Saint-Gervais  »  prêteront 
leur  concours  aux  offices  de  l'église  Saint-Gervais 
le  jour  de  la  Toussaint  et  le  jour  des  Morts. 

Le  jour  de  la  Toussaint,  on  entendera  pour  la 
première  fois  la  messe  :  le  Bien  quej'ay,  du  vieux 
musicien  français  Goudmel,  le  maître  de  Pales- 
trina,  messe  spécialement  remise  en  partition 
d'après  la  notation  ancienne.  Le  jour  des  Morts, 
M.  Bordes  fera  exécuter  la  messe  :  Douce  Mémoire^ 
de  Roland  de  Lassus. 

Aux  vêpres  de  la  Toussaint,  on  entendra  des 
faux-bourdons  à  deux  chœurs,  plain-chant  et  mu- 
sique polyphone  alternes,  et  des  motets  fort 
beaux,  propres  à  la  fête  du  jour. 

La  Société  nationale  de  musique,  qui  a  fait 
connaître  au  public  tant  d'oeuvres  intéressantes  de 
la  jeune  école  française,  annonce  qu'elle  va  multi- 
plier ses  concerts  d'orchestre.  Elle  en  donnera 
quatre  cette  année  dans  la  salle  d'Harcourt.  Deux 
séances  données  salle  Pleyel  demeurent  consa- 
crées à  la  musique  de  chambre.  En  outre,  comme 
on  a  souvent  reproché  aux  musiciens  de  la  Société 
nationale  de  former  une  église  un  peu  fermée,  ils 
ont  résolu  d'admettre  le  public  à  leurs  concerts. 

Il  est  à  souhaiter  que  les  compositeurs  et  le 
public  répondent  à  l'appel  qui  leur  est  adressé,  et 
que  la  transformation  projetée  rende  un  peu 
d'éclat  et  un  peu  de  vie  à  celte  Société,  qui,  depuis 
quelques  années,  était  singulièrement  languis- 
sante. 


BRUXELLES 

joiLA  dix  ans  que  le  Théâtre  de  la  Mon- 
naie nous  devait  Samson  et  Dalila  de 

M.  Camille  Saint-Saëns.  Il  vient  de 

s'acquitter  de  sa  dette.  Malheureusement,  en 
matière  d'art  aussi,  les  dettes  arriérées  portent 
des  intérêts  composés.  Généralement,  l'œuvre 
ajournée  qui,  dans  sa  nouveauté,  eût  répondu 
entièrement  aux  aspirations  du  public,  a  déjà 
perdu,  au  bout  de  dix  ans,  quelque  chose  de  sa 
puissance  d'impression  ;  et  il  arrive  que  ce  qui 
eut  été  inscrit  alors  à  l'actif  de  MM.  Stoumon 
et  Calabresi  comme  une  action  d'éclat,  ne  leur 
sera  plus  compté,  aujourd'hui,  que  comme  un 
acte  d'élémentaire  probité  directoriale. 

Ils  paraissent,  du  reste,  s'y  être  attendus,  car 
ils  ont  fait  tout  juste  le  nécessaire  pour  donner 
à  l'œuvre  le  cadre  convenable.  Des  décors 
rapiécés,  un  décor  neuf  (celui  du  temple),  des 
costumes  quelconques,  sans  style  ni  caractère, 
et  une  exécution  musicale  adéquate,  voilà  tout  ! 


C'est  payer  correctement,  mais  sans  largesse  ni 
grandeur. 

L'œuvre,  pour  ses  hautes  qualités,  méritait 
mieux  cependant.  Elle  est,    certes,  par  la  no- 
blesse du  style,  par  la  sûreté  de  sa  facture,  par 
l'unité  de  l'inspiration,  la  partition  dramatique 
la  plus  parfaite  qui  ait  paru  depuis  les  grands 
drames  wagnériens.  Sans  doute,  elle  n'en  a  pas 
la  richesse  de  coloration,   ni    l'extraordinaire 
puissance    expansive;  et    même,    dans   l'école 
française,  on  pourrait  citer  à  côté  d'elle  mainte 
partition   ayant  des  envolées  plus  généreuses. 
Mais  aucune  n'a  cette  pureté  absolue  de  lignes 
et  cette  netteté  d'accent  qui  font  à  Safttsott  et 
Dalila  une  place   à  part  dans  la   littérature 
dramatique  contemporaine.    C'est  une  de  ces 
œuvres    auxquelles    il    faut    revenir    et    qui 
n'enveloppe  entièrement  que  lorsqu'on  l'a  bien 
pénétrée.   Alors,   elle  vous   charme   profondé- 
ment par  la  sincérité  du   sentiment,  elle  vous 
séduit  de  plus  en  plus  par  mille  ingéniosités 
artistiqr.es  de  détail,    sans  que  disparaisse  le 
relief  saillant  des  oppositions  que  le  composi- 
teur a  su  marquer  si  heureusement  entre  les 
deux  éléments  de  son  sujet  :  d'un  côté,  le  culte 
matériel  de  Dagon;  de  l'autre,  la  foi  spiritua- 
liste  du  peujile  juif.  Ce  contraste  s'accuse  par- 
ticulièrement dans  les  deux  tableaux  du  pre- 
mier acte,    si    tranchés    d'allure,  de   rythme, 
d'harmonies  et  de  couleurs,  et  plus  encore  dans 
la  grande  et  belle  scène  de  la  déploration  de 
Samson  tournant  la  meule,  —  la  page  maîtresse 
de  l'œuvre,  selon  moi,  —  succédant  aux  har- 
monies voluptueuses  de  la  scène  de  séduction 
et  précédant  l'orgie  fuguée  des  prêtres  et  prê- 
tresses  de    Dagon.    D'un   bout   à    l'autre   de 
l'œuvre,   il   y  a  une   force  et    une  variété  de 
rythmes,  s'associant  à  une  richesse  expressive 
de  mélodies  et  d'harmonies, qui  sont  d'un  grand 
maître,  —  cela  ea  dépit   des  quelques  pages 
banales  du  début  ou  du  développement  conven- 
tionnel  de  certains  morceaux.  Je  touche  là  à 
l'éternelle  misère  des  poèmes  français  d'opéra, 
car  les  pages  disparates  auxquelles  je  fais  allu- 
sion sont  l'œuvre  du  poète  plutôt  que  du  mu- 
sicien. Ce  qui  manque  dans  Samson  et  Dalila, 
c'est    le   poète  dramatique.    Samson,    comme 
personnage,  existe  à  peine  ;  ce  que  le  poète  lui 
fait  dire,  n'a  rien  de  caractéristique,  et,  sauf  la 
scène  de  la  captivité,  toute  l'action,  —  comme 
s'il  était    besoin  d'une  action!    —  est    coulée 
dans   le  moule    traditionnel    de   l'opéra  d'his- 
toire :    et  c'est  ce  qui   nous  vaut   ces   appels 
guerriers  et  ces  chœurs  de  gens  qui  implorent 
le  Seigneur,  sur  le  mode  ordinaire  de  ces  sortes 
de  morceaux  ;  et  ces  scènes  de  séduction  qui  se 


LE  GUIDE  MUSICAL 


837 


jouent  cor am  populo  ;  et  ces  déplorations  de 
prêtres  qui  se  souviennent  du  vieil  opéra,  en 
dépit  des  modalités  anciennes  au  moyen  des- 
quelles le  compositeur  croit  nous  donner  le 
change  ;  et  ces  formules  de  cavatine  où  abou- 
tissent les  confidences  de  la  courtisane  poli- 
tique et  de  l'Hercule  patriote.  Il  est  vraiment 
intéressant  d'observer  que  la  musique  s'élève, 
que  l'inspiration  grandit,  qu'elle  prend  le  véri- 
table accent  dramatique  partout  où  l'élément 
lyrique  et  dramatique  de  la  légende  est  bien 
exposé,  et  qu'elle  tombe  au  contraire  chaque 
fois  qu'elle  s'applique  à  une  scène  où  à  des 
paroles  non  nécessaires  et  de  remplissage. 

En  réalité  rien  n'a  vieilli  dans  la  partition  que 
ce  qui  était  déjà  vieux  dès  le  premier  jour. Tant 
il  est  vrai  que  poème  et  musique  doivent  être 
issus  d'une  même  compréhension  supérieure 
des  conditions  du  drame  musical. 

De  l'exécution,  je  ne  dirai  pas  grand  chose. 
La  mise  en  scène  est  inexistante.  L'orchestre 
a  des  mérites  d'exactitude  avec  une  tendance 
à  précipiter  les  rythmes  au  détriment  de  l'accent. 
C'est  une  nuance  qui  a  toujours  échappé  à 
M.  Flon.  Les  chœurs  ont  été  excellents,  irré- 
prochables. Mme  Armand,  en  Dalila,  joue  intel- 
ligemment, mais  la  voix  est  bien  inégale. 
M.  Cossira  n'a  rien  du  personnage  qu'il  repré- 
sente. Il  entre,  bêle,  sourit  et  sort.  Sa  jolie  voix 
dolente  et  son  chant  fade,  qui  efface  tous  les 
rythmes,  arrivent  cependant  à  donner  un  cer- 
tain charme  triste  à  l'admirable  scène  de  la 
meule.  Je  ne  crois  pas  indispensable  de  citer 
les  autres  interprètes.  Les  uns  ont  chanté  trop 
bas,  les  autres  trop  haut.  Cela  ne  fait  pas 
compensation. 

A  la  fin,  une  longue  ovation  a  été  faite  à 
M.  Saint-Saëns.Justice  lui  a  été  enfin  rendue(i). 

M.    KUFFERATH. 


Voici  la  saison  musicale  ouverte.  Rendons 
grâce  aux  jeunes.  Ce  sont  eux  qui,  cette  fois, 
ont  attaché  le  grelot.  Le  quatuor  Crickboom, 
avant  de  partir  pour  Paris,  a  donné,  cette 
semaine,  à  la  salle  Ravenstein,  deux  séances 
de  musique  de  chambre  qui  ont  été  justement 
applaudies. 

La  première  séance  comprenait  le  quatuor 
avec  piano  de  Guillaume  Lekeu,  ce  jeune  Ver- 
viétois,  second  lauréat  du  prix  de  Rome,  mort 
l'année  dernière  à  vingt-trois  ans  ;  un  quatuor 

(i)  A  propos  de  Samson  et  Dalila,  recommandons  à  nos 
lecteurs  l'exellente  analyse  de  l'œuvre  publiée  par  notre 
collaborateur  Etienne  Destranges.  Paris,  librairie  Fisch- 
bacher. 


d'Edward  Grieg  ;  et  la  sonate  pour  violoncelle 
de  M.Camille  Saint-Saëns.  On  a  applaudi  par- 
ticulièrement cette  belle  œuvre,  que  M.  Gillet 
et  M"<=  L.  Merckx  (piano)  ont  jouée  avec  infi- 
niment de  goût  et  dans  un  excellent  style. 
Gbinbien  cette  composition,  si  sûreriient  écrite 
et  si  clairement  conçue,  a  paru  simple  auprès 
du  quatuor  de  Lekeu  ! 

La  polyphonie  de  celui-ci  est  exaspérée, 
quelquefois  exaspérante  ;  mais  il  y  a,  çà  et  là, 
notamment  dans  l'adagio,  des  idées  et  des  so- 
ntjrités  d'un  charme  vraiment  pénétrant  et 
d'une  profondeur  de  sentiment  rare.  Quel  re- 
gret que  cet  artiste  si  poétiquement  doué  n'ait 
pu  donner  sa  mesure!  M"'=  Louisa  Merckx 
a  tenu  la  partie  de  piano  avec  une  vaillance 
peu  commune  et  une  sûreté  rare  de  musi- 
cienne. Quant  au  quatuor  pour  cordes  de 
Grieg,  s'il  intéresse  par  la  nouveauté  des  sono- 
rités, il  est  bien  insignifiant  comme  idées,  et 
l'uniformité  des  rythmes  de  danses  qu'affec- 
tionne si  particulièrement  le  maître  norvégien 
finit  même  par  être  lassante.  En  somme,  cela 
rappelle  les  fantaisies  sur  des  airs  norvégiens 
ou  suédois  du  vieux  Romberg,  violoncelliste 
éminent.  Seulement,  ici  c'est  du  Romberg 
pour  quatre  instruments  !  Dieu  nous  en  pré- 
serve! Louons  la  vaillante  exécution  par  le 
quatuor  de  M.  Crickboom. 

La  seconde  séance  comprenait  leXIII"^  qua- 
tuor de  Beethoven,  la  Sonate  en  mi  mineur  du 
même  pour  piano  (M""  Merckx)  et  violon 
(M.  Crickboom);  enfin,  le  Quatuor  en  la,  de 
Schumann. 

Il  nous  a  semblé  qu'en  cette  dernière  soirée, 
soirée  d'adieux,  M.  Crickboom  et  ses  parte- 
naires ont  mis  particulièrement  toute  leur  âme. 
Leur  exécution  a  été  vivante,  pleine  de  nerf, 
par  moments  pleine  d'éclat,  et  animée  d'un 
bout  à  l'autre  d'un  généreux  souffle  de  jeunesse 
et  d'enthousiasme.  Et  voici  que  ce  jeune  qua- 
tuor si  intéressant  nous  quitte  au  moment  où 
il  arrive  à  maturité,  non  pas  pour  aller  tenter  la 
fortune  à  Paris,  mais  pour  l'y  goûter.  M.  Crick- 
boom devient  violon  solo  des  concerts  d'Har- 
court,  et  avec  ses  compatriotes  Miry  (alto),  et 
Gillet  (violoncelle),  il  va  former  le  quatuor  de 
la  Société  Nationale  de  Paris.  Le  départ  de 
ces  jeunes  sera  vivement  regretté.  Avec  la  belle 
fougue  de  leur  âge,  avec  leur  virtuosité  élevée 
à  la  sévère  école  de  notre  Conservatoire,  et  déjà 
très  sûre,  ils  auraient  pu  contribuer  largement 
à  nos  plaisirs  intellectuels  et  artistiques.  Les 
voilà  engagés  à  l'étranger,  où  ils  sont  certains 
de  faire  leur  chemin,  comme  tant  d'autres  qui 
les  ont  précédés  dans  les  sentiers  fleuris  de  la 
gloire. 

Cohue  habituelle  pour  la  première  de  la 
revue  de  l'Alcazar,  qui  s'appelle,  cette  année, 
Bruxelles    sans  gêne  et  qui  a  pour  auteur 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Théo  Hannon.  Les  Bruxellois  aiment  les 
revues  et  on  leur  en  donnera  cette  année  pour 
leirr  argent,  car  Bruxelles  savs  ge'tie  est  des- 
tiné à  tenir  l'affiche,  grâce  aux  clous  nombreux 
et  à  la  mise  en  scène  luxueuse  dont  M.  Mal- 
pertuis  a  voulu  l'entourer  :  décors  de  M.  Du- 
bos;  costumes  dessinés  par  MM.  Duyck  et 
Crespin. 

Le  sujet  des  revues  ne  se  raconte  pas,  et  celui 
de  Bruxelles  savs  gêne  moins  que  tout  autre. 
M.  Hannon  a  fait  ses  preuves  de  bon  revuiste 
et  il  est  inutile  d'insister  sur  les  drôleries  et  les 
mots  spirituels  de  sa  dernière  création. 

Les  artistes  de  la  maison,  de  leur  côté, 
mettent  tout  en  œuvre  pour  l'égaler  et  ils  y 
arrivent  étrangement.  La  scène  de  l'Exposition 
d'Anvers  et  l'imitation  des  sœurs  Barrison, 
telles  qu'elles  sont  comprises  par  MM.  Ambre- 
ville  et  Crommelynck,  dérideront  les  Bruxellois 
que  la  situation  politique  afflige  ou  exaspère.  Il 
y  a  aussi  dans  la  revue  un  trio  de  congressistes 
mené  par  M.  Lejeune,  qui  a  su  se  faire,  d'une 
manière  frappante,  la  tête  du  rédacteur  en  chef 
d'un  journal  théâtral  bruxellois. 

La  commère  est  M™e  Aciana,  la  diseuse  que 
nous  avons  applaudie  l'hiver  dernier,  aux  Gale- 
ries; le  compère,  M.  Gaillard,  du  Vaudeville. 

M.  Nazy  a  agrémenté  les  vers  de  M.  Han- 
non d'une  musique  très  gaie  qui  remémore 
les  refrains  connus  et  les  derniers  succès  des 
cafés-concerts.  Chose  méritoire,  les  allusions 
politiques  et  la  Brabançontie  font  défaut  dans 
cette  revue.  N.  L. 


La  séance  publique  annuelle  de  la  classe  des 
Beaux-Arts  de  l'Académie  royale  de  Belgique, 
aura  lieu  le  jeudi  i*''  novembre,  à  i  1/2  heure,  au 
Palais  des  Académies,  dans  la  grande  salle  des 
séances  solennelles. 

Le  programme  de  la  séance  comporte  outre  le 
discours  par  M.  Stallaert,  directeur  de  la  classe, 
et  la  proclamation  des  résultats  du  concours  de  la 
classe,  l'exécution  de  la  cantate  Lady  Macbeth, 
poème  couronné  de  M.  J.-B  De  Snerckx  ;  musique 
de  M.  J.-M.  Lunssens,  premier  second  prix  du 
grand  concours  de  composition  musicale  de  i8g3. 


M.  A.  Massau,  l'excellent  professeur  de  violon- 
celle à  l'École  de  musique  de  Verviers,  vient  de 
recevoir  la  médaille  d'or  à  l'Exposition  d'Anvers 
pour  sa  belle  Méthode  de  violoncelle.  Ajoutons  que 
cette  méthode  vient  d'être  adoptée  par  les  conser 
vatoires  de  Florence  et  de  Saint- Omer. 


Le  Moniteur  publie  l'arrêté  royal  autorisant  le 
Conservatoire  à  accepter  une  somme  de  34,000 
francs,  léguée  par  M.  Henri  Van  Cufsem,  à  l'effet 
de  fonder  un  prix  annuel  de  1,000  francs,  sous  le 
nom  de  «  Prix  Aline  Van  Cutsem  n  ;  ce  prix  sera 
attribué  à  une  élève  ou  ancienne  élève  de  la 
classe  de  piano  pour  jeunes  filles  qui,  ayant  ob- 
tenu le  diplôme  de  capacité,  satisfera  aux  épreuves 


imposées  aux  élèves  qui  se  présentent  pour  l'ob- 
tention du  diplôme  de  virtuosité. 

.  Le  prix  n'est  pas  divisible.  Dans  le  cas  où  il  ne 
serait  pas  décerné,  la  somme  restée  sans  emploi 
sera  jointe  au  prix  du  concours  suivant;  alors  seu- 
lement, la  somme  totale  pourra  être  partagée  par 
moitié,  s'il  se  présente  plusieurs  concurrentes. 

Les  trois  concerts  Schott  sont  fixés  aux  jeudi 
8  novembre,  samedi  24  novembre  et  samedi 
i5  décembre  On  trouvera  le  programme  plus  loin, 
au  Répertoire. 


CORRESPONDA  NCES 

AMSTERDAM.  —La  direction  du  Théâtre- 
Royal  de  La  Haye  nons  a  donné  une  soirée 
fort  intéressante,  en  nous  faisant  entendre,  dans 
le  Barbier  de  Séville,  une  toute  jeune  chanteuse, 
M""  Bertelly,  douée  d'une  toute  petite  voix,  mais 
vocalisant  dans  la  perfection,  une  véritable  étoile  ^ 
d'avenir,  qui  a  transporté  d'autant  plus  le  nom4 
breux  auditoire  qu'elle  n'était  précédée  d'aucune 
réputation  et  absolument  inconnue.  Après  le 
Variations  de  Proch,  intercalées  dans  le  troisième 
acte,  le  public  était  en  délire,  trépignant  d'enthoul 
siasme  et  faisant  trisser  les  Variations,  un  succé 
comme  on  en  voit  rarement  à  La  Haj'e.  Jamais! 
ni  par  la  Patti,  ni  par  l'Arnoldson  ou  la  Sembrichl 
je  n'ai  entendu  des  staccati  plus  parfaits  et  plii§ 
cristallins,  même  dans  les  registres  les  plus  élevés^ 
Si  la  comédienne  était  plus  expérimentée,  si  elle 
avait  l'habitude  du  théâtre  et  possédait  un  réper- 
toire, ce  serait  une  inappréciable  acquisition  pour 
la  direction. 

Le  baryton  Andra  a  fait  un  bon  Figaro; 
M.  Darras  était  bien  disposé  comme  Bazile,  mais 
M.  Samaty  était  un  Almaviva  impossible,  et  j'ai 
été  navré  de  voir  un  chanteur  de  tant  de  qualités 
se  fourvoyer  ainsi,  en  se  chargeant  d'un  rôle 
absolument  contraire  à  ses  moyens.  Il  a  pri»  une 
éclatante  revanche  dans  le  Wilhelm  Meister  de 
Mignon,  où  M™''  Paulia  a  fait  une  Mignon  remar- 
quable, surtout  comme  comédienne.  Ensuite, nous 
avons  eu  d'excellentes  reprises  à^Aïda,  où  le  suc- 
cès du  ténor  Renault  s'est  accentué,  et  de  Caval- 
leria  rusticana,  le  grand  succès  de  M"'°  Barety,  une 
Santuzza  très  dramatique. 

Ces  deux  reprises  ont  été  dirigées  par  M.  Joseph 
Mertens,qui  a  prouvé  de  nouveau  qu'il  est  un  chef 
d'orchestre  di primo  cartelb,  qu'on  a  été  heureux  de 
retouver  au  pupitre. 

Au  premier  jour,  débuts  de  la  chanteuse  légère 
d'opéra  comique,  qui  va  remplacer  M""  Perdrelli. 

A  La  Haye,  le  succès  des  deux  opéras  néerlan- 
dais est  très  modéré,  pour  ne  pas  dire  plus,  et,  à 
Amsterdam  même,  on  a  beau  battre  le  caisse,  le 
public  boude. 

La  direction  du  Concertgebouw  a  fait  connaître 
les  noms  des  artistes  qui  se  feront  entendre,  cet 
hiver,  dans  les  concerts  philharmoniques.  Comme 


LE  GUIDE  MUSICAL 


839 


chanteuses,  nous  aurons  M""''  Lillian  Sanderson, 
Henschel,  Antonine  Trebelli,  Nathan  et  peut-être 
aussi  M"«  Jeanne  Flament;  comme  pianistes,  tout 
d'abord  votre  éminent  compatriote  Arthur  De  Greef, 
puis  d'Albert,  Siloti,  M""  Rappaldi;  comme  vio- 
loniste, MM.Joachim,  Léopold  Auer  et  Undricek. 

M.  Willem  Kes  continuera  à  nous  faire  entendre 
tous  les  ouvrages  sj'mphonipues  importants  de  la 
littérature  musicale  moderne,  entre  autres  la  sym- 
phonie de  César  Franck  et  une  reprise  de  la  Mer 
de  Paul  Gilson.  Au  dernier  concert,  nous  avons 
déjà  écouté  deux  ouvrages  nouveaux  :  le  poème 
symphonique  Macbeth  de  Richard  Strauss,  que  le 
•public  a  accueilli  avec  une  froideur  extrême,  et 
l'ouverture  du  Prince  Igor  de  Borodine,  qui  a  fait 
grand  plaisir.  Regrettons  que  M.  Kes  soit  peu 
sympathique  aux  compositions  néerlandaises,  qui 
n'obtiennent  presque  jamais  l'honneur  de  figurer 
sur  ses  programmes  et  parmi  lesquelles  se  trouve 
une  minorité  douée  d'un  incontestable  talent  et 
qui  sait  même  se  faire  valoir  en  Allemagne. 

Le  baryton  Messchaert  poursuit  une  tournée 
triomphale  dans  les  principales  villes  de  la  Hol- 
lande, avec  le  pianiste  Julius  Rôntgen,  l'infati- 
gable  travailleur,   qui  ne   se  repose  jamais. 

Le  3i  octobre,  nous  aurons, au Concertgebouw, 
un  concert  dirigé  par  M.  Siegfried  Wagner 

Il  est  question,  dit-on,  d'organiser,  si  possible, 
pour  la  fin  de  la  saison  d'hiver,  à  Amsterdam  et  à 
La  Haye,  un  festival  Gevaert.  On  exécuterait,  au 
Théâtre-Royal  de  La  Haye,  un  opéra  de  l'illustre 
directeur  du  Conservatoire  de  Bruxelles,  et  les 
meilleures  sociétés  chorales  de  La  Haye  et  d'Am- 
sterdam donneraient  un  concert  dans  les  deux 
villes,  composé  d'oeuvres  du  maître  belge. 

Ed.  de   h. 

ANVERS.  —  Grand  Festival  belge,  à  PExposi- 
tion.  Première  journée.  Voici  enfin  une  véri- 
table manifestation  de  notre  art  national;  après 
les  Russes,  les  Français,  les  Allemands,  nos  com 
patriotes  sont  venus  démontrer,  par  une  longue 
série  d'œuvres,  que  les  Belges  pouvaient,  à  bon 
droit,  prétendre  aux  mêmes  honneurs 

Cette  première  audition  était  consacrée  aux  com- 
positeurs de  race  vi^allonne;  M.E.  Mathieu  nous  a 
fait  entendre  des  fragments  de  son  opéra  Rickilde, 
dont  la  prière,  dite  par  M.  Demest.  a  produit 
grand  effet.  M.  Demest  a  encore  chanté  un  Chant 
d'amour  de  M.Léon  Dubois,  l'auteur  dumimodrame 
le  Mort,  dont  on  a  exécuté  un  fragment.  Nous 
n'aimons  pas  beaucoup  la  déclamation,  un  peu 
emphatique,  de  cette  composition  qui,  pour  méri- 
ter son  titre,  devrait  nous  communiquer  une  sen- 
sation plus  intense,  plus  vraie.  Du  reste,  il  faut 
bien  le  dire,  M.  Demest  a  une  diction  parfaite, 
mais  un  peu  froide. 

M.  Balthazar- Florence  nous  était  peu  familier 
comme  compositeur.  Sa  rêverie  pour  instruments 
à  cordes,  Au  soir,  est  d'un  effet  délicieux,  le  sujet 
a  été  parfaitement  traité  par  l'auteur.  Sa  Polonaise 


héroïque  est  d'une  orchestration  brillante  et  pro- 
duit grand  effet. 

Les  mêmes  qualités  se  retrouvent  dans  la  para- 
phrase symphonique  Macbeth  de  M.  Sylvain  Du- 
puis  Nous  reprocherons  pourtant  à  cet  excellent 
artiste  d'avoir  un  peu  abusé  des  effets  de  cym- 
bales. Il  nous  semble  qu'une  description  moins 
extérieure,  et  par  là  même  plus  profonde,  aurait 
mieux  dépeint  les  remords  du  héros  de  Shakes- 
peare. 

La  symphonie  de  M.  L.  Kéfer,  dont  on  a  exé- 
cuté Vandante  et  le  finale,  a  produit  une  impression 
profonde.  C'est  de  belle  musique,  dans  toute 
l'acception  du  mot.  M.  Kéfer  connaît  son  art  à 
fond;  c'est  une  nature  d'élite. 

Arrivons  à  M"»  Folville,  la  virtuose  étonnante, 
qui  manie  d'une  façon  également  heureuse  le  cla- 
vier et  Tarchet.  La  sympathique  artiste  a  exécuté, 
au  piano, un  concerto  de  M.Ch.  Smulders,  actuel- 
lement professeur  au  Conservatoire  de  Liège. 
L'œuvre  est  conçue  dans  un  style  tout  moderne,  l'au 
leur  y  consacrant  une  part  importante  à  l'orchestre. 
M"'  Folville  nous  a  fait  entendre  également  une 
partie  d'un  concerto,  pour  violon,  de  Vieuxtemps, 
morceau  qui  a  été  très  applaudi.  N'oublions  pas 
un  charmant  morceau  pour  piano  Légende  du  rouet 
de  M.  Th.  Radoux,  que  M^^  Folville  a  brillamment 
enlevé. 

L'orchestre  a  exécuté  aussi  une  fugue  du  même 
auteur,  œuvre  savante  et  d'un  effet  superbe.  La 
fête  s'est  terminée  par  deux  danses,  extraites 
à'Atala,  l'opéra  de  M"''  Folville,  la  jeune  artiste 
conduisant  elle  même  l'orchestre. 

Il  convient  de  féliciter  nos  musiciens  exécutants, 
ainsi  que  leur  chef  M.  Bonzon.  à  qui  était  échue 
une  grosse  part  des  repétitions.  La  deuxième  jour- 
née aura  lieu  lundi  prochain,  avec  le  concours  de 
Ml'«  Levering  de  MM.  De  Greef  et  Anthoni. 

Nous  avons  eu  dernièrement  deux  auditions  de 
piano  d'un  intérêt  peu  commun.  M"'  E.  Dietz, 
dont  nous  avions  pu  précédemment  apprécier  les 
qualités  sérieuses,  est  venue  toucher  les  pianos 
Erard.  L'artiste  s'applique  à  interpréter  d'une 
façon  exacte  les  œuvres  qu'elle  nous  fait  enten- 
dre. C'est  ainsi  que  nous  avons  pu  savourer  les 
beautés  contenues  dans  cette  simple  page  de 
Schumann,  Des  Abends,  souvent  dénaturée  par  le 
mouvement  vif  que  lui  impriment  nos  virtuoses. 
M""'  Dietz  a  rendu  avec  délicatesse  le  ravissant 
Alhumblatt,  de  Grieg,  et  a  brillamment  enlevé  une 
valse  de  Rubinstein, 

M""^  Depret-Cousin,  une  pianiste  liégeoise,  est 
venue  se  faire  entendre  chez  Pleyel.  Jeu  brillant 
et  perlé,  qui  a  servi  à  mettre  en  relief  une  belle 
cadence  introduite  dans  la  Rhapsodie  de  Liszt.  La 
jeune  pianiste  a  rendu  Au  printemps,  cette  délicate 
pensée  de  Grieg,  avec  une  parfaite  compréhension 
du  style.  Ce  morceau  subit  souvent  le  même  sort 
que  l'œuvre  de  Schumann;  un  mouvement  trop 
accentué  lui  imprime  un  cachet  de  banalité. 

A.  W. 
La  fnaison  Henri  Herz,  de  Paris,  a  clôturé  ses 


840 


LE  GUIDE  MUSICAL 


auditions  à  l'Exposition  d'Anvers  par  un  récital  de 
M"'^  Juliette  Voué,  élève  de  M.  Wauters,  profes- 
seur au  Conservatoire  ro)'al  de  Bruxelles.  L'inté- 
ressante pianiste  a  fait  entendre  le  prélude  et  la 
fugue  en  sol  de  Bach,  les  pièces  pour  piano  op.  55 
de  Kufferath,  la  valse  de  Wieniawski  et  la  bal; 
lade  en  sol  mineur  de  Chopin.  Le  nombreux  public 
qui  remplissait  le  compartiment  réservé  à  la 
maison  Herz,  a  vivement  applaudi  la  gracieuse  et 
intelligente  interprète  et  a  aussi  admiré  l'excel- 
lence des  instruments  grand  format  qui  ont  servi  à 
l'exécution. 


("^  AND  —  Il  est  maintenant  permis  déjuger 
^  notre  troupe  d'opérette,  qui  parut  à  diverses 
reprises,  cette  quinzaine,  devant  le  public. 

M"''  Dupont,  dugazon,  a  de  l'habileté  et  de  la 
grâce  espiègle.  Elle  sait  les  planches  et  ne  manque 
ni  de  tact  ni  de  goût.  La  renommée  aux  cent 
bouches  l'avait  annoncée  comme  un  rare  oiseau 
idéal,  une  manière  de  petit  merle  blanc.  La 
renommée  avait  exagéré,  et  tout  d'abord  le  public 
en  prit  de  l'humeur.  Quoique  notre  brumeuse 
contrée  semble  avoir  joué  à  la  chanteuse  plus  d'un 
tour,  on  apprécie  aujourd'hui  la  comédienne,  et  la 
reprise  de  la  Pérklwk  fut  presque  un  succès. 

M.  Duvernet  est  l'adroit  acteur  et  le  musicien 
expérimenté  que  j'avais  deviné  en  lui  dès  l'abord. 
MM.  Coumont,  Ranté,  Milbert  et  Roussel  sont 
bien  à  leur  place  et  constituent,  pour  le  côté  des 
hommes,  un  ensemble  cohérent,  un  tout  homogène. 

Du  côté  des  femmes,  M""^^  Pourret  et  Valdy, 
pour  leur  conscience  et  leurs  efforts,  méritent  des 
éloges. 

Pour  la  troupe  de  grand  opéra,  les  reprises  de 
l'Africaine,  du  Trouvère,  et  le  gros  succès  de  Faust 
confirment  pleinement  mes  antérieures  apprécia- 
tions. MM.  Gauthier,  Carroul  et  M°"  Kériva-se 
disputent  les  faveurs  du  public  ;  M""'  Fremeau  s'est 
tirée  fort  à  son  honneur  de  l'emploi  d'Azucéna. 
A  signaler  la  reprise  de  Faust,  où  M.  Pourret 
donna,  de  Méphistophélès,  une  incarnation  ample 
et  intelligente,  comme  rarement  on  en  vit  en  pro- 
vince. 

Si  je  mentionne  le  départ  de  M"»  Lecuyer, 
chanteuse  légère,  de  M.  Vallobra,  basse  noble, 
enfin  la  première  et  dernière  apparition  de  M.  Gro- 
zel,  un  de  ces  astres  qui  filent,  filent  et  disparais- 
sent, j'aurai  donné  une  figure  assez  exacte  du 
mouvement  musical  gantois,  en  ces  quinze  derniers 
jours. 

Le  public,  semble-t-il.  boude  un  peu  notre  pre- 
mière scène.  Les  cabrioles  et  les  calembours  de 
certains  mimes,  sans  doute,  l'auront  ébloui.  Des 
gaudrioles  et  des  coups  de  pied,  c'est  évi- 
demment délicieux!  En  matière  de  goûts  artis- 
tiques, l'humilité  et  la  bassesse  sont  proches 
voisines,  et,  pour  certains  esprits,  des  planches  ou 
des  tréteaux,  c'est  tout  un.  L.  D.  B. 


LONDRES.  —  Aux  deux  concerts  des  8  et 
i5  courant,  à  Saint-James  Hall,  Hans 
Richter  a  vu  se  renouveler  l'empressement  du 
public.  Salles  combles  et  enthousiastes. Mais  aussi 
quelle  exécution,  quel  fini  dans  les  moindres  traits! 
Sous  la  magistrale  direction  de  l'illustre  kapell- 
meister,  les  musiciens  de  l'orchestre  se  sont  sur- 
passés. 

Les  programmes  de  ces  deux  concerts  compor- 
taient les  œuvres  suivantes  : 

Première  soirée  :  Ouverture  d'£'!«'ji'ff«ft«,Weber; 
Siegfried  Idyll;  Monologue  de  Sachs  de  l'acte  III 
des  Maîtres  Chanteurs;  Scherzo  capriccioso,  op.  66,  de 
Dvorak;  Adieux  de  Wotan,  de  la  Walhyrie  ;  enfin 
la  Symphonie  en  la  (op  42)  de  Beethoven. 

Seconde  soirée  :  Ouverture  du  Hollandais  volant; 
Symphonie  en  si  mineur  de  Schubert;  L'Invi- 
tation à  la  valse,  op.  65,  Weber-Berlioz  ;  Lustspiel 
Ouverture  de  Smetana;  Suite  pour  orchestre,  n°  i, 
op.  46.  de  Peter  Gynt  d'E.  Grieg;  Symphonie 
en  si  bémol,  op.  60,  de  Beethoven. 

Peut-on  imaginer  plus  beaux  programmes? 
Cependant,  certains  critiques  anglais  ont  trouvé  à 
y  redire.  C'est  toujours  le  même  Hans  Richter, 
c'est  sa  même  phalange,  c'est  surtout  son  même 
programme,  disent-ils,  et,  de  cet  ensemble,  à  notre 
avis  irréprochable,  est  née  pour  eux  la  monotonie. 
Combien  notre  confrère  et  ami  F.  Remo,  dans  ses 
notes  :  la  Musique  au  pays  des  brouillards,  a  raison, 
lorsqu'il  dit  :  «  L'Anglais  n'aime  pas,  mais  subit  1^ 
musique  ».  Il  aurait  peut-être  pu  ajouter  :  en  pre- 
mière audition  seulement. 

M.  David  Bispham,  pas  plus  dans  le  monologue 
de  Sachs  que  dans  le  récit  de  Wotan,  n'a  pu  bien  « 
émouvoir  l'auditoire. 

Les  ovations  n'en  ont  pas  moins  été  nombreuses 
en  l'honneur  de  Richter,  qui  a  depuis  longtemps 
acquis  droit  de  cité  à  Londres. 

La  saison  d'automne  des  concerts  Richter  s'est 
terminée,  samedi  dernier.  Outre  l'ouverture  des 
Maîtres  Chanteurs,  il  comportait  les  fameuses  Va- 
riations pour  orchestre,  de  Brahms,  sur  un  thème 
de  Haydn,  Choral  de  Saint- Antoine,  le  finale  du 
premier  acte  de  Siegfried,  enfin  la  neuvième  sym- 
phonie avec  chœurs  de  Beethoven. 

M.  Edward  Lloyd  est  maître  d'une  jolie  voix 
aux  tonalités  chaudes,  d'un  timbre  irréprochable, 
qu'il  a  su  mettre  à  profit  dans  les  récitatifs  deii 
Siegfried  ;  mais  il  se  trouvait  mal  secondé  par  un  1 
Mime,  M.  W.  Nicholl,  qui  avait  peine  à  se  faire 
entendre.  A  la  place  que  nous  occupions,  son 
chant  se  trouvait  étouffé  par  la  masse  orchestrale. 

C'est  à  M"^  Antoinette  Trebelli,  M""  Clara 
Poole,  M.  Edward  Lloyd,  M.  Watkins  Mills, 
qu'étaient  confiés  les  soli  dans  la  neuvième 
symphonie.  Composée  naguère  pour  la  London 
Symphonie  Society  et  payée  par  elle  5o  livres 
sterling,  cette  œuvre  a  été  exécutée  à  la  perfec- 
tion et  a  valu  à  Richter  de  nombreuses  ovations. 

Prochainement,  le  premier  concert  dirigé  ici  pa: 
Siegfried  Wagner.  Il  conduira  deux  compositions 
de  son  grand-père  Fr.  Liszt,  l'ouverture  de  Tarn 


LE  GUIDE  MUSICAL 


841 


hmtser,  Siegfried  Idyll,  le  prélude  et  le  finale  de 
Tristan,  ce  dernier  chanté  par  M™"  Marie  Brema, 
qui  dira  également  deux  lieder  de  Wagner,  Tfàuinc 
et  Schmerzen,  enfin  l'ouverture  du  Vaisseau  Fantôme. 
Jeudi  dernier,  une  foule  énorme  se  pressait  au 
Queens'  Hall;  il  s'agissait  de  l'exécution  de  la 
Création,  toujours  jeune,  de  Haj'dn.  La  Choral 
Society  n'en  est  ni  à  son  premier  concert,  ni 
à  son  dernier  succès.  Elle  compte  quatre 
cents  membres  triés  et  capables.  Les  voix  sont 
fraîches  et  travaillées  par  un  chef  qui  s'y  entend, 
M.  W.  Carter.  On  pourrait  cependant  reprocher 
à  une  partie  de  ces  chanteurs  une  certaine  non- 
chalance qui  se  trahit  pendant  l'exécution.  A.  L. 

^^ 

PRAGUE.  —  Théâtre  national  tchèque,  B««- 
venuto  Cellini  d'Hector  Berlioz.  —  Le  lo  oc- 
tobre, notre  théâtre  national  a  donné,  pour  la  pre- 
mière fois,  le  Benvenuto  Cellini  de  Berlioz,  représenté 
à  Paris  déjà  en  i838.  Mais,  à  cette  époque,  le 
grand  maître  français  ne  pouvait  être  compris.  Il 
lallut  que  Liszt,  à  Weimar,  et  Bulow,  à  Hanovre, 
eussent  monté  cette  partition,  pour  que  l'on  s'avisât 
qu'elle  n'était  pas  seulement  une  compilation 
d'harmonies  et  de  mélodies,  qu'elle  renfermait 
aussi  une  abondance  de  traits  caractéristiques  que 
la  musique  ne  connaissait  pas  auparavant.  Berlioz, 
il  est  vrai,  n'est  pas  un  compositeur  d'opéra, 
aii  sens  propre,  mais  quelle  supériorité  partout 
dans  son  orchestre  et  particulièrement  dans  l'ou- 
verture. A  ce  point  de  vue,  le  second  et  le  troisième 
actes  valent  mieux  que  le  premier,  qui  est  plutôt 
vocal.  Nos  chanteurs  ont  fait  tous  leurs  efforts 
pour  rendre  avec  tout  le  respect  voulu  l'ouvrage 
du  grand  maître,  et  le  directeur,  M.  Subert,  n'a 
rien  négligé  pour  en  augmenter  l'effet.  Benvenuto 
Cellini  était  représenté  par  M.  Lasek,  un  chanteur 
doué  d'une  très  grande  voix  ;  les  autres  rôles 
étaient  aussi  tenus  par  nos  meilleurs  artistes  : 
MM.  Polak  (Giacomo  Balducci),  Krôssing  (Féra- 
mosca),  Siehr  (Pompeo)  et  Kliment  (Salviati); 
M""  Weiss-Cavalar,  en  particulier,  a  joué  Ascanio 
d'une  manière  tout  à  fait  charmante,  et  M""  Sitt- 
Petzold  (Thérèse)  lui  a  donné  la  réplique  très  heu- 
reusement. L'orchestre,  sous  la  direction  de 
M.  Cech,  s'est  tiré  de  sa  tâche  avec  intelligence, 
et  il  a  montré  une  grande  bravoure  dans  l'ouver- 
ture du  Carnaval  romain,  intercalée  entre  le  second 
et  le  troisième  acte.  Victor  Joss. 


NOUVEI.LES  DIVERSES 

Dès  à  présent,  le  Théâtre  Royal  de  Munich 
aniionce  qu'il  donnera,  aux  mois  d'août  et  sep- 
tembre de  l'année  prochaine,  tous  les  opéras  de 
Wagner  dans  leur  ordre  chronologique,  excepté 
Parsifal,  réservé  par  M"^  Cosima  Wagner  au  seul 
théâtre  de  Bayreuth. 


Il  y  aura  deux  séries  de  douze  représentations 
chacune.  Voici  l'ordre  des  spectacles  :  les  Fées, 
la  Novice  de  Païenne,  Riemi,  le  Vaisseau  Fantôme, 
Tannhduser,  Lohengrin,  VOr  du  Rhin,  la  Walkyrie, 
Siegfried,  le  Crépuscule  des  Dieux,  Tristan  et  Iseult 
et  les  Maitres-Chanteurs . 

Le  seul  intérêt  de  cette  série,  c'est  la  représen- 
tation de  la  Novice  de  Palerme  qui,  depuis  l'unique 
représentation  qui  eut  lieu  naguère  à  Magdebourg, 
sous  la  direction  de  Wagner  même,  n'a  plus  été 
représentée. 

La  Novice  de  Palerme  est  antérieure,  on  le  ;sait, 
aux  Fées.  On  se  rappelle  que  Wagner  a  lui-même 
raconté  très  plaisamment  l'unique  représentation 
de  cette  œuvre  de  jeunesse. 

M.  Camille  Benoit  a  naguère  traduit  pour  le 
Guide  Musical  cet  amusant  récit  qu'on  retrouve  dans 
le  volume  qu'il  a  publié  sous  le  titre  de  Richard 
Wagner  :  Souvenirs. 

Imprudente,  la  petite  note  ironique  que  voici, 
coupée  dans  le  Ménestrel  de  dimanche  dernier  : 

«  Il  est  question  de  modifier,  ou  plutôt  d'aug- 
menter d'un  mot  l'inscription  qui  est  actuellement 
au  frontispice  de  notre  Opéra  :  Académie  nationale 
de  musique.  On  y  ajouterait  simplement  le  mot 
«  étrangère  »,  ce  qui  ferait  :  Académie  nationale 
de  musique  étrangère.  Comme  on  y  joue  trois  fois 
par  semaine  Othello,  et  que  les  autres  jours  seront 
vraisemblablement  réservés  à  Lohengrin,  à  la  Wal- 
kyrie ou  à  la  reprise  (ÏAïda  qu'on  prépare  en  toute 
hâte,  en  attendant  les  représentations  de  Tristan  et 
Isèillt,  il  faut  convenir  que  la  nouvelle  appellation 
donnerait  une  idée  plus  exacte  de  la  destination 
nouvelle  de  notre  premier  établissement  lyrique. 
On  dirigerait  les  ouvrages  des  compositeurs 
français  vers  les  Institutions  des  jeunes  aveugles 
ou  des  sourds  muets.  » 

Le  fait  est  que  des  oeuvres  comme  Thaïs  et  le 
Mage  (Heugel,  éditeur),  seraient  très  bien  à  leur 
placé  dans  ces  refuges;  si  elles  ont  disparu  du 
répertoire  de  l'Opéra,  c'est  qu'elles  n'j'  avaient 
obtenu  aucun  succès.  Nous  comprenons  que  le 
Ménestrel  en  soit  attristé,  mais  il  ne  peut  vraiment 
pas  vouloir  qu'on  les  impose  au  public,  pour 
l'unique  satisfaction  de  M.  Heugel.  C'est  égal,  il 
n'a  pas  eu  de  chance  avec  ses  grands  opéras  ! 

'Depuis Françoise  de  RUnini,  quelle  suite  de  fours! 

M.  Jules  Lecocq,  l'excellent  chef  d'orchestre, 
des  concerts  de  l'Association  artistique  de  Mar- 
seille et  du  Casino  de  Spa,  nous  annonce  qu'il  va 
faire  exécuter  prochainement,  pour  la  première 
fois,  à  Marseille,  la  Mer  de  Paul  Gilson,  et  les 
Scènes  rustiques  (suite  d'orchestre)  de  Louis  Van 
Dam,  deux  Belges. 

Viendront  ensuite  un  concert  exclusivement 
d'œuvres  russes,  une  reprise  d'Orphée  de  Gluck  et 
l'Enchantement  du  Vendredi-Saint  de  Parsifal. 

Voilà  qui  est  faire  d'excellente  besogne. 

Au  prochain  Concert  symphonique  à  Utrecht, 
M.  Hutschenruyter  fera  exécuter  une  nouvelle 
Suite  pour  orchestre,  Waldscenen,  et  trois  esquisses 
caractéristiques,  Im  Garten,  Ein  Mdhrchen  et  Gno  • 
mentanz,  de  notre  distingué  correspondant  néer- 
landais, M.  Edouard  de  Hartog. 


842 


LE  GUIDE    MUSICAL 


Est  décédée  : 

A  Wurzbourg,  le  i6  octobre,  à  l'âge  de  soixante- 
six  ans,  M™*  Jachmann- Wagner,  nièce  du  maitre 
de  Bayreuth,  célèbre  artiste  lyrique  et  comé- 
dienne qui,  de  1840  à  1862,  occupa  avec  éclat  les 
rôles  de  première  forte  chanteuse  à  l'Opéra  de 
Dresde,  puis  à  l'Opéra  de  Berlin  et  qui  fut  la 
créatrice  du  rôle  d'Elisabeth  du  Tannlwuscr,  en 
1843,  à  Dresde.  Elle  fut  aussi  la  première  Ortrude 
lorsque  Lohengrin  fut  joué  pour  la  première  fois  à 
Berlin,  et  elle  y  créa  le  rôle  de  Fidès  du  Prophèfe 
de  Meyerbeer.  Douée  d'une  voix  remarquable  par 
sa  puissance,  elle  dut  le  meilleur  de  ses  succès  à 
l'énergie  de  sa  diction  et  au  caractère  de  son  jeu. 
Lorsqu'en  1862  elle  dut  se  retirer  de  la  scène  lyri- 
que, elle  n'en  continua  pas  moins  d'appartenir  au 
théâtre  :  pendant  dix  années  eijcore,  elle  fit 
figure  dans  les  drames  classiques  au  Schauspiel- 
haus  de  Berlin,  et  excella  dans  les  grands  rôles 
tragiques,  tels  que  Clytemnestre,  Anligone,  Lady 
Macbeth.  Elle  avait  pris  sa  retraite  en  1872  dans 
le  rôle  d'Antigone.  Depuis,  elle  ne  reparut  plus  à 
la  scène  qu'une  seule  fois  :  en  1876, à  Bayreuth,  où 
elle  consentit  à  se  charger  du  rôle  de  Waltraute 
dans  Y  Anneau  du  Nihelung.  Johanna  Wagner,  qui 
avait  épousé  M.  Jachmann,  artiste  estimé  et  régis- 
seur du  Schauspiehaus,  de  Berlin,  était  la  fille 
d'Albert  Wagner,  le  Irère  de  Richard  Wagner,  qui 
fut  régisseur  aux  opéras  de  Wurzburg,  de  Hano- 
vre et  de  Berlin. 

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tuors, trios,  duos,  solos. 

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nette avec  orchestre  et  d'autres  instruments, 
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quintettes,  etc.  avec  piano,  piano  et  vio- 
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tetti,  quatuors,  trios  avec  piano,  piano 
et  violon,  piano  et  violoncelle,  flûte,  etc. 

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Livres,  etc. 

Vol.  21.  Orchestre. 

Vol.  22.  Instruments  à  cordes. 

Vol.  23.  Piano  à  ï  et  à  4  main.s,  orgue,  harmo- 
nium. Livres. 

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Parties  ■» 

—  Op.  90,  Dumka,  Trio  pour  piano,  violon  et  violoncelle     » 
VAN  DAM.    Les  Clochettes  bleues,  Mélodie  pour  chant     ...» 

—  Pour  un  seul  Mot,  chanson  pour  une  voix  ....       » 
VASTERSAVENDTS.  Op.  9,  Deux  Etudes  de  concert,  pour  piano    7> 


PIANOS  BECHSTEIN. 


PIANOS  BLUTHNER 


5 

65 

7 

5o 

[I 

25 

2 

— 

I 

75 

3 

— 

HARMONIUMS     ESTEY 
PIANOS     D'OCCASION     —    PIANOS     EN     LOCATION 


LE  GUIDE  MUSICAL 


843 


Berlin 

Opéra.  —  Du  21  au  29  octobre  :  Le  Prophète,  deu- 
xième Concert  de  la  Chapelle  royale.  Haensel  et  Gre- 
tel.  Les  Saisons.  Tristan  et  Isolde.  Le  petit  Haydn. 

.     Haensel  et  Gretel.  Tannhaeuser.  Don  Juan,  Le  petit 

.     Haydn  et  Ha2nsel  et  Gretel. 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  21  au  29  octobre  : 
Aïda.  Romèo  et  Juliette  Relâche.  Mireille  et  Farfalla. 
Sam^n  et  Dalila.  Relâche.  Samson  et  Dalila.LaTra- 
viata.  Samson  et  Dalila. 

A  l'étude  :  le  Barbier  de  Séville.  La  Navarraise.  Les 
Noces  de  Jeannette.  Philémon  et  Baucis  et  l'Enfance 
de  Roland . 

Galeries.  —  Miss  Dollar. 

Alcazar  royal.  —  Bruxelles  sans-gène. 

CoNCERTs-ScHOTT.  —  Jeudi  8  novembre,  à  8  heures  du 
soir,  séance  du  Quatuor  à  archets  de  Francfort,  com- 
posé de  MM.  Hugo  Heermann  (premier  violon)  ; 
F.  Bassermann  (deuxième  violon) ;  Koning  (alto)  ;  Hugo 
Becker  (violoncelle).  Programme  :  Quatuor,  op  5i, 
n»  2,  la  mineur  (J.  Brahms);  Sonate  pour  violoncelle 
solo,  M.  H.ugo  Becker  (Locatelli);  Adagio,  mi  majeur 
(Mozart)  ;  Deux  danses  hongroises,  M.  Hugo  Heer- 
mann (Brahms  Joachim)  ;  Quatuor,  op.  59,  n"  2,  mi 
mineur  (Beethoven) . 

Dresde 

Opéra  —  Du  22  octobre  au  28  :  Le  Czar  et  le  Char- 
pentier. Les  Noces  de  Figaro.  Le  Trompette  de  Saek- 
kingen.  Sinfonie-Concert  (Eugène  d'Albert).  Fidelio. 
Le  Preneur  de  rats. 


Munich 

Du  21  au  28  octobre  :  Obéron.  Tannhaeuser.  Gwendo- 
line    Haensel  et  Gretel.  Bajorra.  Cavalleria  rusticana. 

Marseille 

Association  artistique  de  Marseille,  chef  d'orchestre 
M.  Jules  Lecocq.  Programme  du  concert  du  î8  octo- 
bre :  Ouverture  d'Athalie  (Mendeissohn  ;  Symphonie 
.  en  il  bémol,  n"  i  (Schumann;  Ouverture  des  Maîtres 

"  Chanteurs  (Wagneri;  Adagio  du  44''  quatuor(Haydn); 
Gavotte  en  rouleau  (Lully);  Kermesse  flamande, 
extraite  du  ballet  Milenka  (Jan  Blockx). 

Paris 

Opéra  —Du  23  au  3q  octobre  :  Othello.  Faust.  Othello. 

OpÉRA-CoMiQUE.  —  Du  23  au  3o  octobre  :  Manon. 
Carmen.  Falstaff.  Mignon. 

Concerts-Colonne.  —  Dimanche  28  octobre,  à  2  h.  1/4 
très  précises,  avec  le  concours  de  M.  Sarasate.  Pre- 
mière partie  :  Symphonie  en  at  mineur,  n"  5  (Beetho- 
ven); Premier  concerto  pour  violon,  M.  Sarasate 
(Max  Bruch):  Scènes  alsaciennes,  septième  suite 
d'orchestre  (Massenet). 

Deuxième  partie  ;  Impressions  d'Italie  (G  Charpentier); 
Fantaisie  norvégienne  pour  violon,  première  audition, 
M.  Sarasate  (Ed.  Lalo)  ;  Samson  et  Dalila  (C.  Saint- 
Saëns). 

Concerts-Lamoureux.  —  Dimanche  28  octobre,  à 
2  h.  1/2  Symphonie  en  til  mineur,  n""  4X  (Mozart)  ; 
Ouverture  de  Sapho  (Goldmark);  Pallas-Athèné, 
hymne  chanté  par  M""  L.  Bréval,  de  l'Opéra 
(C.  Saint  Saëns);  Ouverture  des  Maîtres  Chanteurs 
(Wagner);  Air  dObéron.  chanté  par  M""  L.  Bréval 
(Weber)  ;  Chevauchée  des  'Walkyries  (Wagner). 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  pla.ce  de  la  Madeleine 
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844 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Vienne 

Opéra.  —  Du  23  au  29   octobre  :  Autour   de   Vienne 

(ballet).  Crépuscule  des  Dieux.    Manon.    Autour   de 


Vienne.    I  Pagliacçi  et  la  Noce  chez  le  coiffeur.  Car- 
men. L'Africaine. 
An  der   Wien.   —  Du  23  au  29  octobre  :  Jakuba  et 
la  Fête  des  pommes.  Le  pauvre  Jonathan 


V"  LÉOPOLD  MURAILLE.  Editeur  a  liège  (Belgique) 

D<<po.sllaire  unique  de  l'Fditinn  l'ayiie 

(PAETITIONS    DE    POCHE    POUR    LA    MUSIQUE    DE    CHAMBEE)  ' 

DETHIER,  Gaston.  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue.         .         .  net  fr.     3   — 

—  Prélude  sur  le  Dies  Irce  pour  grand  orgue      .         .         .  »  i   — 

—  Romance  pour  violon  et  piano       .          .          .          .          .  »  3   — 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano.         .         .  »  3   — 
LEKEU,  G"^.  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties, 

partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano         .         .         »  8  — 

—  Trois  pièces  pour  piano  .........  3  — 

RAWAY  Erasme.  Scènes  Hindoues,  poème  symphonique  en  quatre  parties, 

réduction  à  quatre  mains       .......  4  — 

THOMSON,  César.  Pfl5.îacfl^/m,  d'après  Haendel,  pour  violon  et  piano         .         »  3   i5 

—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano       .         .         .         »  2  5o 

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intime,  paroles  françaises 
de  M.  C.  Delines,  d'après  : 

A.  Pouchkine.      .      .     Net  20  « 
Marietti.  Réponse  à  la  Pro- 
mise, chansonnette  .      .      .     3  >i 
Petit  format     i  » 

MORCEAUX  DE  PIANO  SEUL 

Chabrier,  Em.  Marche  des 
Cypages 

Hitz,  F.  Op.  i38.  L'oiseau- 
mouche,  caprice.      ...     5 

Lavlgnae,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Ch.  Lejiepveu,  avec  par- 
tie d'harmonium  adlib.  Net     2 

Missier,  B.  T.  Chanson 
Suisse Net     5 

—  Chanson  Havanaise        »      5 

—  »        Napolitaine      »      5 
Thuillier,    E.    Fête    Alsa- 
cienne  5 

Vincent,    Aug,    Op.    64. 

Scherzo 5 

—  Op.  65.  Gavotte      ...  5 
'-  Op.  66.  Valse  Espagnole  .  6 


7  5o 


PIANO  A  4  MAINS 

Prix 

Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Lenepveu,  avec  harmo- 
nium adlib.      .      .      .      Net     3     » 

Thomé,  F.  Marche  triom- 

l'hale  d'Aug.Vincent,  op.44  10    » 
DEUX  PIANOS  A  4  MAINS 

Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Ch.  Lenepveu,  avec  har- 
monium adlib  .     .     .     Net    4     » 

Thomé,  F.  Marche  triom- 
phale d'Aug.  Vincent,  op.  44  12     » 

MUSIQUE  DE  DANSE 
Dessaux,    Louis.   Quatre 
danses  faciles  ; 
No  I.  Quadrille.     .     .      .     5     » 

No  2.  Valse 3    » 

No  3.   Polka 3     » 

N»  4.  Polka-Mazurka  .      .     3    » 

GRAND  ORGUE 
Salomé,  Tti.  Op.  21.  Trois 
Canons     

—  Op.  25.  Première  grande 
sonate 

VIOLON  ET  PIANO 
Danbé,  Jules.  Op.  3o,  n»  4. 

Petite  Valse 5     » 

—  Op.  21,  no  4.  Canzonetta  .     6    » 

MUSIQUE  MILITAIRE 
■Wittmann.  Amour  et  prin- 
temps,   harmonie   ou    fan- 
fare.     .      .      .      .      .     Net     3     n 

—  Placet,PatinS'etfourrières. 
Polka-Mazurka,    harmonie 

ou  fanfare .     .     .'     .     Net     2    » 


Prix 
Wittmann.Favarges.Op.  I 
Boléro,   harmonie   ou  fan- 
fare  Net     4    » 

—  Le  même  pour  orchestre 
(sous  presse). 

ŒUVRES  DE  P.  TSCHAIKOWSKY 

Cent  vingt  morceaux  de  piano. 

Trois  concertos,  piano  et  orchestre. 

Cent  mélodies,  chant  et  piano. 

Six  duos  à  deux  voix. 

Trois  quatuors  à  cordes. 

Trio  pour  piano,  violon  et  violon- 
celle. 

Quatre  poèmes  symphoniques . 

Cinq  suites  d'orchestre. 

Six  symphonies  à  grand  orchestre. 

Trois  ballets  :  le  Lac  des  Cygnes,  la 
Belle  au  bois  dormant,  le  Casse- 
noisette. 

Neuf  opéras  :  le  Caprice  d'Oksàne, 
Snegourotschka  ou  la  Fille  de 
Neige,  Vakoula  le  Forgeron,  Oné- 
guine, la  Dame  de  pique,  Jeanne 
d'Arc,  Mazeppa,  la  Tscharodeïka, 
Yolande. 

OUVRAGES  POUR  SOLI  CHŒURS 
ET  ORCHESTRE 

Recommandés  aux  sociétés  philharmoniques 

Bernard,  E.  Op.  8.  La  Captivité  de 

Babylone 
Bourgault-Duooudray.  Op.  5. 

Stabat  Mater. 
Lefeb-vre,  Ch.  Judith.  —  Eloa. 
Lenepveu,  Cti.  Jeanne  d'Arc. 
Maréchal,    H.    Le    Miracle    de 

—  Naîm.  La  Nativité. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


845 


Salle  de  la  Société  royale  «  LA  GRANDE-HARMONIE  »,  rue  de  la  Madeleine 

TROIS   CONCERTS   CLASSIQUES 

ORGANISÉS    PAR 

SCHO  7 T FRÈRES,  éditeurs,  82,  Monta§rne  de  la  Cou. 


MM    NareL  Koning  (altj) 

Hugo  Becker  (violoncelle) 
heures  du   soir,  avec  le  concours  de 


Ces  Séances  Musicales,  au  nombre  de  trois,  se  donneront, comme  de  coutume,  dans  la  Salle  de  la  Société 
Royale  «  La  Grande- Harmonie  n,  rue  de  la  Madeleine,  aux  dates  suivantes  : 

PREMIERE  SÉANCE,  jeudi,  8   novembre  1894,  à   8   heures    dj    soir,  avec   le  concours   du   célèbre 
Quatuor  à  archets  de  Francfort,  composé  de 

MM.  Hugo  Heermann  (violon  I|  i 

F.  Bassermann  (violon  II)  I 

DEUXIÈME  SÉANCE,  samedi,   24  novembre,  à 
M"''  Clotilde  Kleeberg,  pianiste, 
et  du  trio  vocal  des  Dames  hollandaises 

(Annette  de  Jong,  Anna  Corver  et  Marie  Snyders). 
TROISIÈME  SÉANCE,  samedi,  i5  décembre,  à  S  heures  du  soir,  avec  le  concours  de 
MM.  Eug.  d'Albert,  pianiste  et 

Ed.  Jacobs,  violoncelliste,  professeur  au  Conservatoire  royal. 
Les  souscriptions   aux  trois  Concerts  seront  reçues   dès   ce  jour  dans  nos  Magasins,   Montagne  de  la 
Cour,  82,  aux  conditions  suivantes  : 


Prix  des  places  pour   l'abonnement  des  trois  Concerts  : 
Places  numérotées  (nef  centrale).      .      .     fr.   18  —  1   Places  non  numérotées  (fond  de  la  salle). 
Galeries  numérotées  et  estrade    .     .      .      »    18  —   I   Galeries  de  côté  (non  numérotées) 

Prix  des  places  pour  chaque  Concert  : 
Places  numérotées  (nef  centrale)   .      .     .     fr.  7  —  i   Places  non  numérotées  (fond  de  la  salle). 
Galeries  numérotées  et  estrade.     .      .      .      «    7  —   '   Galeries  de  côté  (non  numérotées). 


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NOUVEAUTÉS    MUSICALES 


MUSIQUE  POUR  PIANO 

Prix  Nets 

ANTHIOME  (E.)  Elégance,  valse 2  — 

DESLANDRES  (Ad.)  Air  de  ballet 2  — 

DIÉMER  (L.)  Op.  43   Pièce  en  forme  de  menuet  i  35 
—            Op.  44.  Réveil  sous  bois,  étude  de 

concert 3  — 

GALEOTTI  (C.)  Op   89.  Hallucination.     ...  i  65 
HUE  (G.)  Sérénade  (jouée  au  2"  acte  des  Roma- 
nesques)         in 

RATEZ  (E.)  Op.  27.  Sept  canons  à  tous  les  inter- 
valles.    ...          2  — 

MUSIQUE    INSTRUMENTALE 

DALLIER  (H.)  Messe  nuptiale,  six  pièces  pour 

orgue-harmonium 2   — 

SALOMÉ  (Th.)  Douze  pièces  pour  grand  orgue  .     8   — 
SCHVARTZ  (E.)  Aubade,  trio  pour  piano,  violon 

et  violoncelle   . 2  5o 


CHANT  ET  PIANO 

Prix  nets 
(Chaque  mélodie  existe  en  deux  tons) 
DUBOIS  i,Th.)  Chanson  de  Printemps,  mélodie  .     i   35 

—  Extase,  mélodie i  65 

Galop,  mélodie 2  — 

—  Rondel,  mélodie 1  35 

LEROUX  (X  )  A  un  Enfant,  mélodie     ....     i   — 

—  Chrysanthème,  mélodie  ....     i  65 

—  Sérénade i  35 

MISSA  (Ed.)  Le  Marchand  de  sable,  petit  chœur 

à  une  ou  deux  voix  {ad  lih.)     . 
Le  même,  sans  accomp'  (f  in-8") 
—  Les  Petits  Loups,  petit  chœur  à  une 

ou  deux  voix  {ad  lib.) 

Le  même,  sans  accomp'  (f*  in-80) 
VIDAL  (P.)  Lou   Metjoun   (Le    Midi),   chœur   à 

quatre  voix  d'hommes.  La  partition     2  5o 
Les  parties  de  voix  en  partition  .     .     »  5o 


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»  25 


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^  (REVUE  INTERNATIONALE  HEBDOMADAIRE.  ^ 


DIRECTEUR-RÉDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE     KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IM  BERT 

Rue  Beaurepatre,  33,  Paris 

N,  LE  KIME,  SECRÉTAIRE- ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  I2,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Eu.  ScHURÉ  -  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  René  de  Récy 

Camille  Benoit  -  Etienne  Destranges 

Alfred  Ernst  —  Guy  Ropartz 

Van  Santen  Kolff 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

D"'  Victor  Joss.  -^  N.  Liez.  —  I.  Will 

Df  F.-V.  Dwelsh.^uwkrs-Dery 

Ernest  Closson  —  Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

J.  Brunet  —  A.  Wilford,  etc,  etc. 

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journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès; 
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expérimentale  (suite). 

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Rceckel  (Traduction  de  M.  Maurice  Kufferath). 

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H.  Imbert;   ConcertsLaino'.ireiix,   E    Thomas. 
—  Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  Lady  Macbeth  de  M.  Lunssens,  à  l'Aca- 
démie des  Beaux-Arts.    —  Nouvelles  diverses. 

Corrcaponbnncee  :  Anvers.  —  Dresde.  —  Saint-Péters- 
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Fischbacher,  33,  rue  de  Seine;  M.  Brasseur,  Galerie 
de  rOdéon.  —  Luxembourg,  G.-D.  Simonis,  libraire.  — 
A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Haertel  .Great  Malborought 
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850 


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40"  ANNÉE.  —  Numéro  45. 


4  Novembre  1894. 


METRONOMIE  EXPÉRIMENTALE 

ÉTUDE  SUR  LES  MOUVEMENTS 

constatés  dans 

QUELQUES    EXÉCUTIONS  MUSICALES 

EN    FRANCE    ET    EN    ALLEMAGNE 

(  Suite) .  —  Voir  le  no  44 
(Reproduction    interdite) 

Examinons  maintenant  pourquoi,  même 
dans  cette  limite  raisonnable,  le  métronome 
n'a  point  donné  à  Beethoven  et  à  Wagner 
la  satisfaction  qu'ils  en  avaient 'attendue 
d'abord. 

On  sait  que  Beethoven  portait  sur  les 
mouvements  d'exécution  une  attention  toute 
spéciale.  Lorsqu'un  de  ses  ouvrages  venait 
d'être  exécuté,  sa  première  question  était  ; 
Comment  a-t-on  pris  les  mouvements?  Le 
reste  lui  semblait  de  peu  d'importance. 
Aussi  n'est-on  pas  surpris  des  apprécia- 
tions hautement  favorables  à  l'usage  du 
métronome,  conservées  dans  sa  lettre  à 
Ignace  de  Mozel  (i)  : 

«  Je  me  réjouis  cordialement  de  vous  voir 
partager  mes  vues  relativement  aux  termes 
de  musique,  qui  sont  encore  dans  un  état 
barbare.  Y  a-t-il  quelque  chose  de  plus  con- 
traire à  la  raison  que  le  terme  allegro,  qui 
veut  dire  gaiement,  lorsque  souvent  un 
morceau  portant  cette  indication  renferme 
des  passages  qui  expriment  le  contraire?... 


(i)  A.  SCHINDLEK,  Hisloiy 
tien  A.  Sowinsky),  p.  337. 


de  Ui  vie  et  (h:  Vieitvve  (traJuc- 


Les  paroles  (désignant  le  caractère  du 
morceau)  ne  peuvent  être  jetées  légèrement 
sans  un  grave  préjudice  pour  l'esprit  et 
pour  la  nature  du  morceau,  attendu  que 
la  mesure  est  à  la  musique  ce  que  l'àme 
est  au  corps.  Ce  qui  me  passe  et  ce  à  quoi 
je  pense  souvent,  ce  sont  ces  absurdes 
dénominations  :  allegro,  andante,  adagio, 
presto.  Le  métronome  de  Maelzel  en  fait 
justice;  aussi  je  vous  donne  ma  parole  que 
je  ne  les  emploierai  plus  dans  mes  com- 
positions     Arriverons-nous,    par    là,    à 

généraliser  le  métronome,  dont  l'usage  est 
si  commode  et  si  nécessaire?  Je  le  crois 
à   peine!    On   ne  manquera   pas   de  nous 

dénoncer  comme  tyrans! Je  crois  donc 

que  ce  sera  pour  le  mieux  (surtout  pour 
notre  pays,  où  la  musique  est  un  besoin 
national)  qu'on  exige  que  chaque  maître  de 
musique  ait  un  métronome,  même  dans  les 

écoles  de  village » 

Voilà,  certes,  une  profession  de  foi  caté- 
gorique !  Elle  est  d'autant  plus  significative 
qu'elle  suivait  le  long  désaccord  et  le  pro- 
cès survenus  entre  le  Maître  et  l'inventeur 
du  métronome.  Mais  on  lui  oppose  l'apos- 
trophe que  Beethoven  lança  plus  tard  : 

«  Pas  de  métronome  !  Celui  qui  a  un  sen- 
timent juste  n'en  a  pas  besoin;  quant  à  celui 
qui  en  est  dépourvu,  le  métronome  ne  lui 
sera  d'aucune  utilité,  il  s'enfuit  tout  de 
même  avec  tout  l'orchestre!  »  A.-B.  Marx 
estime  que  cette  seconde  opinion  est  la 
plus  digne  de  confiance,  sans  se  préoccuper 
d'ailleurs  de  la  concilier  avec  la  précé- 
dente. 

Cependant  la  contradiction  est  plus  appa- 
rente que  réelle  et  les  renseignements 
mêmes  rapportés  par  Schindler  suffisent  à 
l'expliquer  facilement.  Il  y  a  eu,  en  effet, 
deux  modèles  difi"érents  du  métronome  de 
Mœlzel  :  l'un  datant  de  i8i3,  gradué  de  5o  à 
100  divisions;  l'autre  de  1820,  gradué  de 


852 


LE  GUIDE  MUSICAL 


40  à  208.  C'est  d'après  le  premier  modèle 
que  Beethoven  marqua  les  mouvements 
de  ses  symphonies.  Mais  les  valeurs  numé- 
riques d'un  même  mouvement  étant  diffé- 
rentes sur  les  deux  modèles,  les  chiffres 
des  premières  indications  devenaient  inuti- 
lisables avec  le  second  instrument.  Il  en 
est  résulté  une  confusion  presque  inextri- 
cable dans  la  métronomie  chiff"rée  des 
œuvres  de  Beethoven.  Moschelès  et  Czern}', 
souvent  chargés  de  marquer  les  mouve- 
ments au  métronome  dans  les  diff'érentes 
éditions,  donnèrent  des  chiffres  tout  à  fait 
discordants.  C'est,  dit  Schindier,  une  véri- 
table tour  de  Babel.  On  comprend  aisément 
que  Beethoven,  témoin  et  même  victime  de 
pareilles  confusions,  ait  abandonné  peu  à 
peu  l'usage  du  métronome,  et  qu'à  propos 
de  la  Neuvième  Symphonie  il  ait  lancé 
contre  cet  instrument  l'apostrophe  citée 
plus  haut.  Son  usage  n'était  possible  que 
si  l'on  pouvait  compter  sur  l'uniformité  et 
la  permanence  de  ses  indications  ;  or,  au 
lieu  d'un  modèle  unique,  on  en  trouvait 
deux  fort  différents,  auxquels  venaient  se 
joindre,  dans  tous  les  pays,  de  nombreuses 
contrefaçons  (i). 

Beethoven  a  donc  bien  plutôt  condamné, 
et  à  juste  titre,  la  confusion  des  métro- 
nomes que  le  principe  même  du  métronome. 
Quoi  qu'il  en  soit,  nous  retiendrons  que  le 
Maître  voyait  dans  la  mesure  rame  même 
de  la  musique,  et  dans  l'exactitude  des  mou- 
vements généraux  l'élément  capital  d'une 
bonne  exécution. 

Les  idées  de  Wagner  sur  ce  point  ne 
sont  pas  moins  nettes;  elles  s'accordent 
pleinement  avec  celles  de  Beethoven;  il 
attachait  aussi  aux  mouvements  exacts  la 
plus -haute  importance.  Mais  ce  grand 
créateur  était  doublé  d'un  théoricien  de 
premier  ordre;  il  est  nécessaire  de  montrer, 
par  une  courte  analyse,  quelle  place  il  assi- 
gnait aux  mouvements  dans  l'ensemble  des 
moyens  expressifs.  Aussi  bien,  c'est  dans 


(i)  Voir  les  intéressants  détails  rapportés  par  Schind- 
ier et  Moschelès  dans  The  Life  of  Beethoven,  edited  by 
Ignace  Moschelès,  London,  H,  Colburn,  1841. 


ses  ouvrages  que  nous  avons  trouvé  le 
véritable  point  de  départ  et  comme  l'idée 
directrice  de  nos  études  (i). 

Parlant  de  la  Neuvième  Symphonie, 
dont  il  n'avait  entendu  d'abord  que  des 
exécutions  très  imparfaites,  Wagner  relate 
l'excellente  audition  qu'en  donna  l'orches- 
tre du  Conservatoire  de  Paris,  en  iSSg, 
sous  la  direction  de  Habeneck.  Cette  fois, 
explique  le  Maître,  l'orchestre  avait  appris 
à  discerner  ce  que  d'autres  n'avaient  pas  su 
reconnaître  :  dans  chaque  mesure,  la  mélo- 
die de  Beethoven  ;  grâce  à  cette  reconnais- 
sance du  ;«c/o.?, l'orchestre  c/m7?/flz7  vraiment 
la  symphonie.  Mais,  et  c'est  là  le  second 
point  que  Wagner  signale  comme  l'a3'ant 
frappé  :  pour  bien  chanter  la  symphonie,  il 
fallait  aussi  avoir  trouvé  partotct  le  mouve- 
ment exact.  Inversement,  à  la  suite  d'un 
travail  soutenu,  le  discernement  du  melos 
avait  amené  la  découverte  du  mouvement 
exact.  Ces  deux  termes  :  exacte  compréhen- 
sion du  melos,  et  connaissance  du  mouvement 
exact,  sont  pour  Wagner  inséparables  : 
l'un  des  deux  conditionne  l'autre.  Pour  lui, 
le  mauvais  chef  d'orchestre  n'entend  rien 
au  mouvement  exact,  parce  qu'il  n'entend 
rien  à  la  mélodie;  réciproquement, le  mou- 
vement exact  permet  presque  à  lui  seul  au 
bon  musicien  de  trouver  l'exécution  exacte 
avec  l'étude  détaillée  de  l'œuvre. 

Aussi,  pour  indiquer  en  abrégé  tout  ce 
qui,  dans  l'exécution  exacte,  dépend  du 
chef  d'orchestre,  Wagner  se  sert-il  de  cette 
simple  formule  :  donner  toujours  le  mouve- 
ment exact.  Car,  dit-il,  le  choix  et  la  défini- 
tion du  mouvement  nous  font  reconnaître 
aussitôt  si  le  chef  d'orchestre  a  compris  ou 
n'a  pas  compris  le  morceau  (2).  C'est  donc 
bien,  comme  Beethoven,  la  première  place 
que  Wagner  assigne  aux  mouvements 
exacts  parmi  les  moyens  d'exécution  ;  il 
éclaire  singulièrement  la  question  en  mon- 


(i)  GesammeUe  Schriften  uni  Dichtungen,  tome  VIII  :  Ueber 
das  Dirigiren. 

(2)  Cf.  Màttheson,  Der  volltommeiie  Capellmeister  (Ham- 
burg,  1739),  Ile  partie,  chapitre  7  (Vo7t  der  Zeit-maasse), 
et  sa  citation  de  Jean  Rousseau  :  «  Les  mouvements 
différents  sont  le  pur  esprit  de  la  musique,  quand  on  y 
sait  bien  entrer.  » 


LÉ  ntriDE  MUSICAL 


853 


trant  que,  par  ces  mouvements  exacts,  et 
par  eux  seuls,  on  peut  reconnaître  et  expri- 
mer les  idées  essentielles,  le  melos. 

On  pensera  peut-être  qu'attachant  avec 
tant  de  raison  une  si  haute  importance  aux 
mouvements  exacts,  prenant,  comme  on  le 
sait,  tant  de  soins  pour  en  donner  la  tradi- 
tion à  ses  interprètes,  Wagner  aurait  dû 
munir  toutes  ses  partitions  d'indications 
métronomiques  précises.  Il  n'en  est  pas 
ainsi  pourtant.  Etait-il  donc  indifférent  aux 
mauvaises  exécutions  de  ses  œuvres?  Nul- 
lement; faire  durer  le  Rheingold  trois 
heures,  au  lieu  de  deux  heures  et  demie,  ou 
l'ouverture  de  Tanuhœuser  vingt  minutes 
au  lieu  de  douze,  étaient  de  lourdes  fautes 
d'interprétation  qu'il  relevait  avec  une 
•juste  sévérité  [Ueber  das  Dirigiren).  Mais  il 
prend  soin  de  nous  expliquer,  dans  le  même 
opuscule,  les  motifs,  ou  plutôt  l'unique 
motif  pour  lequel  il  n'a  pas  cru  devoir  se 
servir  du  métronome.  Ses  premières  œuvres 
données  aux  théâtres  étaient  pourvues 
d'indications  métronomiques.  Cependant, 
au  lieu  de  constater  entre  les  mouvements 
d'exécution  et  les  mouvements  prescrits  la 
conformité  rigoureuse  qu'il  avait  espérée, 
Wagner  releva  d'importants  écarts  ;  malgré 
les  chiffres,  on  prenait  parfois  des  mouve- 
ments ridicules,  et  l'on  se  défendait  inva- 
riablement contre  ses  récriminations  en 
prétendant  avoir  suivi  les  indications  mé- 
tronomiques le  plus  consciencieusement 
du  monde.  Je  reconnus  ainsi,  dit  le  Maître, 
combien  est  peu  sûr  l'emploi  des  mathéma- 
tiques dans  la  musique,  et  depuis  lors,  non 
seulement  je  supprimai  le  métronome,  mais 
je  me  bornai  même  à  indiquer  le  mouve- 
ment principal  par  des  désignations  très 
générales;  j'appliquai  exclusivement  mes 
soins  aux  modifications  de  ce  mouvement, 
auxquelles  nos  chefs  d'orchestre  n'enten- 
dent pour  ainsi  dire  rien. 

Cela  revient  à  dire  que  Wagner  s'est  fait 
un  peu  une  métronomie  spéciale  :  en  effet, 
ses  partitions  sont  remplies  d'indications 
de  ce  genre  :  Ji  =  J.,  J  =  J  J  J,  etc.  Si  Wag- 
ner ne  donne  point  de  chiffres  absolus  pour 
chaque  mouvement  pris  en  lui-même,  il 
indique  ainsi  avec  une  précision  rare  les 
rapports  numériques  entre  les  mouvements 


consécutifs.  Nous  aurons  à  revenir  sur  ce 
point. 

Le  métronome  n'était  pas  responsable 
des  erreurs  relevées  par  Wagner.  On  peut 
admettre  qu'il  a  accueilli  avec  trop  de 
complaisance  l'excuse  de  ses  infidèles 
interprètes,  et  rejeté  sur  l'emploi  des  ma- 
thématiques, qui  n'en  peuvent  mais,  les 
erreurs  dues  exclusivement  à  la  négligence 
ou  à  l'incapacité.  Est-il  admissible,  par 
exemple,  qu'un  chef  d'orchestre  conscien- 
cieux prenne  à  J  =  3o  un  andante  marqué 
J  =  5o,  ou  à  J  =  48  un  allegro  marqué 
J  ^  80?  Evidemment  non;  et  ce  sont  là 
pourtant  les  énormes  écarts  dont,  en 
moyenne,  se  rendait  coupable  le  chef  incri- 
miné, pour  que  la  durée  de  l'ouverture  de 
Tanuhœuser  s'étendît  de  douze  à  vingt  mi- 
nutes. Ce  ne  sont  ni  les  mathématiques,  ni 
le  métronome  qui  sont  peu  sûrs  ;  le  vrai 
coupable  est  le  chef  d'orchestre,  et  les 
mesurages  les  plus  rudimentaires  pendant 
l'exécution  suffiraient  à  constater  son  fla- 
grant délit. 

Nous  n'avons  pas  à  insister  sur  ce  point, 
car  le  but  de  notre  travail  n'est  pas  de  dis- 
cuter les  avantages  que  le  compositeur 
peut  trouver  à  mettre  sur  sa  partition  des 
indications  chiffrées  plus  ou  moins  nom- 
breuses, ni  l'influence  plus  ou  moins  heu- 
reuse que  celles-ci  exerceront  sur  la  cor- 
recte interprétation  de  l'œuvre.  Il  nous 
suffit,  quant  à  présent,  d'avoir  rappelé  :  que 
l'exactitude  scrupuleuse  des  mouvements, 
chiffrés  ou  non  par  l'auteur,  pris  par  les 
interprètes  dans  la  tradition  ou  découverts 
grâce  à  l'étude  personnelle,  est  la  condition 
primordiale,  indispensable  à  la  traduction 
de  l'œuvre  musicale  ;  que  cela  résulte  de  la 
nature  même  de  ses  éléments  constitutifs 
dont  les  proportions  ne  souffrent  ni  ampli- 
fication ni  réduction  ;  et  qu'enfin  le  témoi- 
gnage de  maîtres  incontestés  comme  Bee- 
thoven et  Wagner  prouve  combien  il-  est 
important  d'atteindre  dans  la  pratique 
cette  exactitude  scrupuleuse. 

Nous  ne  nous  occuperons  guère,  dans  ce 
qui  va  suivre,  des  œuvres  pour  lesquelles 
l'auteur  a  donné  lui-même,  sans  erreurs,  la 
métronomie  chiffrée  des  principaux  mou- 


854 


LE  GUIDE  MUSICAL 


vements.  Sans  erreurs,  disons-nous  ;  car  il 
est  arrivé  que  des  compositeurs  ont  inexac- 
tement chiffré,  faute  de  repérer  correcte- 
ment au  métronome  l'allure  répondant  à 
leurs  intentions  réelles  ;  il  n'est  pas  sans 
exemple  non  plus  que  la  fantaisie  des  édi- 
teurs ait  marqué  sur  la  partition  les  chiffres 
les  plus  invraisemblables.  Si  nous  écartons 
les  œuvres  métronomisées  sans  erreurs, 
c'est  que  Tétude  comparative  de  leurs 
exécutions  ne  servirait  qu'à  constater  le 
plus  ou  moins  d'écart  entre  les  allures  réa- 
lisées et  les  allures  prescrites;  elle  serait 
utile  sans  doute  pour  la  critique  de  chaque 
exécution  en  particulier,  mais  elle  n'ap- 
prendrait rien  qu'on  ne  sût  déjà  sur  les 
intentions  de  l'auteur;  le  problème  de  l'in- 
terprétation métronomique  serait  réduit  à 
sa  plus  simple  et  à  sa  moins  intéressante 
expression. 

Il  en  est  tout  autrement  pour  les  œuvres 
dont  la  métronomie  chiffrée  n'a  pas  été 
donnée  par  l'auteur.  Tout  semble  livré  à 
l'arbitraire  ;  on  n'a  pour  se  guider  que  des 
traditions  plus  ou  moins  vagues,  parfois 
discordantes,  et  l'examen  de  l'œuvre  elle- 
même  où  le  sentiment  individuel,  bon  ou 
mauvais,  pourra  se  donner  librement  car- 
rière. Le  problème  devient  complexe  et 
intéressant  ;  comment  sera-t-il  résolu  dans 
la  pratique  ?  Comment  comparera-t-on  les 
solutions  et  distinguera-t-on  la  valeur  rela- 
tive de  chacune  d'elles  ? 

Evidemment,  a  dit  Reicha,  il  y  a  une 
manière  d'exécuter  qui,  si  elle  était  connue 
des  musiciens,  exclurait  toute  autre  exécu- 
tion (i).  Mais  cette  manière  ne  sera  proba- 
blement jamais  susceptible  d'être  fixée  par 
des  signes,  ni  contrôlée  par  des  moyens 
rigoureux.  Trop  d'éléments  divers  influent 
sur  l'exécution  :  variations  d'intensité  des 
sons,  nuances  expressives  de  toute  sorte 
pour  chaque  voix  et  chaque  instrument 
isolé,  importance  respective  des  divers 
groupes  sonores  à  chaque  instant,  etc.  ; 
enfin  les  mouvements.  A  part  ceux-ci,  tous 
ces  éléments  sont  difficilement  mesurables  ; 
aussi,  quoique  facteurs  essentiels  de  l'ex- 
pression, échappent-ils  souvent  à  l'analyse  ; 


(i)  Epigraphe   du    Traité 
Mathis  Lussy. 


l'Expression    musicale,  par 


la  critique  exercée  sur  eux  paraît  générale- 
ment pauvre  et  arbitraire,  parce  qu'elle 
n'est  pas  et  ne  peut  pas  être  documentée. 
Ou  discutera,  par  exemple,  longuement  les 
mérites  comparatifs  de  deux  orchestres  au 
point  de  vue  de  l'exécution  des  nuances  et 
du  bon  équilibre  des  groupes  d'instruments  ; 
la  supériorité  de  chacun  d'eux  trouvera  ses 
défenseurs;  mais  ceux-ci  donneront  des 
impressions  et  non  des  preuves  ;  etl'on  sera 
fort  embarrassé  pour  choisir  entre  de  pures 
affirmations  contradictoires  dont  l'exacti- 
tude est  invérifiable  et  l'impartialité  parfois 
suspecte. 

Si  les  mouvements  ne  sont  qu'un  élément 
dans  l'ensemble  de  l'exécution,  ils  sont  du 
moins  le  plus  important,  puisqu'ils  consti- 
tuent un  véritable  critérium  de  la  com- 
préhension de  l'œuvre  et  qu'ils  en  condi- 
tionnent l'expression;  ils  sont,  de  plus,  faci- 
lement mesurables  dans  la  plupart  des.  cas. 

C'est  ce  qui  nous  a  conduits  à  rechercher 
comment  on  observe  les  mouvements  dans 
les  exécutions,  bien  qu'ils  ne  soient  que  le 
signe  partiel  d'une  bonne  interprétation. 
Après  les  avoir  recueillis  pendant  l'audi- 
tion, et  rapportés  au  métronome,  nous 
étudions  s'ils  sont  on  non  conformes  aux 
indications  générales  fournies  par  le  com- 
positeur, et  nous  discutons  les  résultats 
ainsi  obtenus. 

Mais  on  a  fait  à  cette  méthode  l'objection 
suivante  :  Oui,  il  faut  admettre  avec  Wagner 
que  les  mouvements  exacts  conditionnent 
et  caractérisent  la  bonne  exécution  ;  il  est 
certain  que,  sans  rien  savoir  à  priori  de  la 
métronomie  voulue  par  l'auteur,  l'auditeur, 
le  musicien,  le  critique  peuvent  quelquefois 
reconnaître  que  les  mouvements  généraux 
et  même  locaux  sont  mauvais  à  l'exécution. 
Sans  doute,  il  existe  théoriquement  pour 
toute  œuvre  un  ensemble  d'allures  meilleu- 
res que  les  autres  et  sur  lesquelles  on 
devrait  se  régler  pour  diriger  ou  critiquer 
chaque  interprétation.  Mais  cet  idéal  ma- 
thématique, vous  ne  le  connaissez  pas,  car 
l'auteur  ne  l'a  fixé  ni  dans  ses  détails  infinis, 
ni  même  souvent  dans  ses  grandes  lignes. 
Vous  serez  donc  dans  vos  constatations, 
quelque  précises  et  documentées  qu'elles 
soient,  sans  guide  et  sans  boussole;  votre 


LE  GUIDE  MUSICAL 


855 


accumulation  de  relevés  chiffrés,  loin  de 
rien  éclaircir,  ne  sera  qu'un  chaos  obscur 
et  discordant.  Est-ce  que  le  sentiment 
variable  et  quotidien  des  mêmes  interprètes, 
dans  les  exécutions  successives  d'une 
même  œuvre,  et  à  fortiori  d'interprètes 
différents,  n'exercera  pas  sur  les  allures 
générales  ou  locales  une  influence  person- 
nelle prépondérante?  Est-ce  que  les  mou- 
vements ne  pourront  pas  être  notablement 
divergents  dans  deux  exécutions  produi- 
sant des  impressions  esthétiques  également 
bonnes? 

Si  cette  grave  objection  est  fondée,  il 
devient  évident  que  les  constatations  chro- 
nométriques  les  plus  précises  ne  serviront 
pas  à  grand'chose;  car  le  but,  l'impression 
esthétique,  étant  également  atteint,  qu'im- 
porte la  différence  des  moyens?  Mais  alors 
il  faudrait  donc  admettre  que  les  mouve- 
ments ne  conditionnent  pas  la  bonne 
exécution,  et  qu'il  y  a  une  inconciliable  con- 
tradiction entre  des  principes  théoriques 
qui  s'imposent  impérieusement  à  l'esprit  et 
des  faits  qui  les  démentent. 

C'est  l'observation,  l'observation  seule, 
qui  peut  trancher  la  question.  Considérons 
un  assez  grand  nombre  d'exécutions  des 
mêmes  œuvres,  en  des  temps,  en  des  lieux 
et  par  des  interprètes  divers  ;  notons,  à 
l'aide  d'appareils  précis,  les  mouvements 
métronomiques  de  chacune  d'elles.  Puis, 
classons  dans  un  premier  groupe  celles  qui 
nous  ont  paru  confuses,  peu  conformes  au 
caractère  de  l'œuvre,  en  un  mot  défec- 
tueuses ;  et  dans  un  second  groupe,  celles 
qui,  nous  ayant  causé  les  impressions  les 
plus  vives  et  les  plus  claires,  nous  ont  paru 
bonnes.  Interrogeons  enfin  les  chiffres 
représentant  les  allures  générales  et  locales 
dans  les  deux  groupes.  Voici  ce  que  cette 
expérience  nous  apprendra  dans  l'immense 
majorité  des  cas  :  les  mouvements  des  exé- 
cutions du  premier  groupe,  que  d'instinct 
nous  jugions  mauvaises,  sont  variables  et 
bizarrement  discordants  de  l'une  à  l'autre; 
ceux  du  second  groupe,  au  contraire, 
malgré  la  différence  des  époques,  des  lieux 
et  des  interprètes,  restent  d'une  fixité 
souvent  surprenante.  Sans  doute,  c'est  le 
sentiment  du  chef  et  des  exécutants  qui, 


en  fait,  inspire  l'allure,  qui  règle  à  chaque 
instant  ses  altérations  et  ses  flexions  expres- 
sives ;  mais  toutes  les  fois  que  l'œuvre  est 
bien  rendue,  il  semblerait  qu'un  invisible 
métronome,  souple  autant  que  précis,  et 
toujours  d'accord  avec  lui-même,  commande 
les  mouvements  point  par  point. 

Tel  est  le  fait  qui  se  dégage  avec  la 
netteté  la  plus  saisissante  de  nos  nombreux 
mesurages.  Ici  l'expérience  se  joint  à  la 
théorie  pour  affirmer  avec  Wagner  que  les 
mouvements  exacts  conditionnent  la  bonne 
exécution.  Il  est  donc  bien  vrai  de  dire 
qu'à  de  rares  exceptions  près,  la  constata- 
tion détaillée  des  mouvements  permet 
d'apprécier  la  manière  dont  le  chef  d'or- 
chestre entend  sa  partition,  le  soin  avec 
lequel  il  l'a  étudiée,  le  degré  d'assimilation 
qu'il  a  atteint,  l'efficacité  et  la  fixité  de 
l'action  qu'il  exerce  sur  ses  collaborateurs. 

Mais,  dira-t-on  encore,  n'est-il  pas  inu- 
tile d'introduire  dans  nos  salles  de  concert 
ou  de  théâtre  des  appareils  de  précision 
pour  enregistrer  mesure  par  mesure,  et  en 
chifiVes,  les  mouvements  suivis?  L'auditeur 
ne  peut-il  pas  discerner  les  allures,  an  sen- 
tiineut,  les  observer  ou  les  comparer  sans 
cet  encombrant  attirail  de  chronomètres 
et  de  métronomes?  Nous  n'hésitons  pas  à 
répondre  négativement.  Il  est  certain  qu'un 
auditeur  exercé  reconnaîtra  par  l'oreille 
seule  l'imperfection  notable  des  mouve- 
ments; mais  cette  appréciation,  peut-être 
juste  dans  l'ensemble,  sera  vague,  sinon 
erronée  dans  le  détail,  si  elle  n'est  pas 
accompagnée  de  mesurages  convenables. 
Diverses  défectuosités  contribuant  à  l'effet 
défavorable  d'ensemble,  l'auditeur  n'aura 
les  moyens  d'indiquer  ni  la  nature  exacte 
des  fautes  métronomiques  commises,  ni 
l'importance  des  modifications  à  faire  pour 
les  corriger. 

Nous  donnerons  immédiatement  un 
exemple  montrant  l'impuissance  relative 
de  l'étude  métronomique  «  au  sentiment  ». 
L'année  dernière,  le  critique  musical  d'un 
journal  français  comparait  les  exécutions 
de  la  Walkyrie  données  au  Théâtre- Ro3'al 
de  Munich,  et  à  l'Opéra  de  Paris.  Il  cons- 
tatait qu'à  Munich,  abstraction  faite  de 
l'interprétation  individuelle,  le  premier  acte 


856 


LE  GUIDE  MUSÏCAl 


produisait  une  impression  plus  grande,  plus 
intense,  et  il  attribuait,  avec  raison,  cet  effet 
à  la  justesse  des  mouvements.  L'œuvre, 
disait-il,  est  jouée  à  Munich  dans  un  mou- 
vement tout  différent  du  nôtre  ;  le  premier 
acte  surtout  est,  d'un  bout  à  l'autre,  pris 
plus  lent,  beaucoup  plus  lent.  La  critique 
était  fondée,  en  ce  sens  que  la  plupart  des 
mouvements  suivis  à  Paris  étaient  moins 
satisfaisants  que  ceux  de  Munich.  Mais  il 
résulte  de  nos  mesurages  sur  quatre  repré- 
sentations de  l'œuvre  à  Paris  et  à  Munich, 
que  les  durées  totales  du  premier  acte  dif- 
féraient extrêmement  peu  ;  des  altérations 
métronomiques  proportionnées  aux  diffé- 
rences de  ces  durées  auraient  été  difficile- 
ment saisissables  à  l'oreille.  Les  durées 
totales  auraient  bien  autrement  différé  si  le 
premier  acte  avait  été,  d'un  bout  à  l'autre, 
pris  à  Munich  beaucoup  plus  lent  qu'à  Paris. 
La  vérité  est  que  les  mouvements  avaient 
entre  eux  de  grosses  différences,  mais  tantôt 
en  plus,  tantôt  en  moins,  de  telle  sorte  que 
les  durées  totales  restaient  néanmoins  à 
peu  près  pareilles.  D'aussi  multiples  écarts 
ne  pouvaient  être  constatés,  ni  surtout 
rapportés,  sans  instruments  de  mesure; 
aussi  le  critique  n'avait-il  retenu  que  les 
écarts  particulièrement  choquants  et  avait- 
il  ensuite  généralisé  à  tort  leur  sens  et  leur 
caractère. 

Il  nous  sera  permis  de  conclure  des  con- 
sidérations et  de  l'exemple  précédents,  que 
si  l'on  veut  chercher  dans  les  mouvements 
le  critérium  (critérium  partiel,  bien  entendu) 
d'une  bonne  exécution,  et  si  l'on  veut  tirer 
de  leur  étude  expérimentale  les  fruits  qu'elle 
doit  donner,  il  faut  procéder  par  mesurages 
précis  et  détaillés.  Il  est  impossible  de 
remplacer  ces  mesurages  par  des  appré- 
ciations «  au  sentiment  »  dont  le  caractère 
vague  et  contestable  est  le  moindre  défaut. 
Il  ne  faut  pas  songer  non  plus  à  les  suppléer 
par  les  renseignements  recueillis  auprès 
des  exécutants  et  des  chefs  d'orchestre  en 
dehors  de  l'exécution.  C'est  un  fait  bien 
connu,  et  dont  nous  avons  rencontré  pour 
notre  part  plusieurs  exemples,  que  des 
artistes  interrogés  sur  les  mouvements 
métronomiques  des  œuvres  exécutées  ou 
dirigées  par  eux  hésitent  à  répondre,  ou 
fournissent  avec  la  plus  parfaite  bonne  foi 


des  chiffres  erronés.  Et  cela  s'explique  fort 
bien  ;  ils  ont  pu  sans  aucun  chiffre  s'assi- 
miler l'œuvre,  il  la  sentent  avec  la  plus 
grande  netteté,  ils  sont  capables  de  la  dire 
et  de  la  redire  sans  varier  d'une  unité  dans 
ses  diverses  allures  :  tels  ces  acteurs  de 
premier  rang  qui,  ayant  étudié  minutieuse- 
ment leur  débit,  leurs  accents,  leurs  jeux  de 
scène,  une  fois  en  pleine  possession  du  rôle, 
reproduisent  sans  incertitude  et  sans  écart 
l'unique  et  parfaite  interprétation  qu'ils  ont 
réglée.  Mais  les  interprètes  de  l'œuvre 
musicale  sont  arrivés  le  plus  souvent  à  un 
résultat  de  même  ordre  sans  se  préoccuper 
le  moins  du  monde  des  chiffres  du  métro- 
nome; la  justesse,  la  fixité  de  ces  chiffres 
sont,  en  général,  la  conséquence  et  non  le 
point  de  départ  de  leur  travail  et  de  raffine- 
ment de  leur  sens  musical  ;  ils  rendent 
l'allure  convenable  avec  la  précision  d'un 
instrument,  mais  ils  n'ont  que  faire  de  la 
mesurer  pour  la  suivre.  «  Vous  me  demandez 
quel  est  le  degré  métronomique  convenant 
à  ce  morceau  de  quatuor,  nous  disait,  il  y  a 
quelques  années,  un  éminent  violoniste; 
mais  je  ne  connais  pas  ce  degré  et  ne  puis 
vous  le  dire.  Je  sens  le  morceau,  et  je  le 
joue  comme  je  le  sens.  Je  vais  jouer  ma 
partie  devant  vous  ;  écoutez-moi  et  notez 
les  chiffres  qui  vous  intéressent.»  Oserons- 
nous  ajouter  que  cet  artiste  jouant  isolé- 
ment sa  partie  ne  sentait  plus  l'œuvre  de  la 
même  manière  que  quand  il  l'interprétait 
en  public_avec  ses  trois  coexécutants,  et 
que  les  degrés  métronomiques  recueillis 
dans  les  deux  cas  différaient  notablement? 
Discordance  étrange,  en  apparence,  facile- 
ment explicable  cependant.  Car  le  -senti- 
ment de  l'œuvre  dirigeait  seul  l'allure; 
exact  et  sûr  pour  l'interprétation  en  com- 
mun, il  était  un  peu  désorienté  et  faussé  par  r 
l'isolement  ;  dans  l'œuvre  mutilée,  l'artiste 
avait  peine  à  retrouver  sa  rythmique  habi-  ■ 
tuelle. 

On  fera  donc  sagement  de  n'accepter 
que  sous  bénéfice  d'inventaire  les  rensei- 
gnements fournis  par  les  artistes  sur  les 
mouvements  qu'ils  croient  suivre  dans 
l'exécution.  C'est  en  action,  dans  l'ensemble 
complet,  dans  le  milieu  normal  qu'il  faut 
les  saisir  et  les  observer. 

Si  nous  avons  réussi,  par  cette  courte 


LE  GUIDE  Ml)  SIC  AL 


857 


introduction,  à  faire  comprendre  le  prin- 
cipe, les  conditions  et  la  portée  de  nos 
études,  le  lecteur  nous  suivra  volontiers 
dans  l'analyse  et  les  commentaires  de 
quelques  fragments  extraits  de  nos  volumi- 
neuses statistiques.  Il  nous  demandera  de 
lui  montrer,  avec  chiffres  à  l'appui  : 

Dans  quelles  limites  varient  les  métro- 
nomies  effectives  des  bonnes  exécutions 
d'une  même  œuvre  ; 

Si  la  précision  est  la  même  pour  les 
œuvres  de  nature  différente  :  musique  de 
chambre,  œuvre  d'orchestre,  opéra  ou 
drame  lyrique  ; 

Si  le  même  orchestre,  sous  la  même 
direction,  exécutant  la  même  œuvre  à  plu- 
sieurs reprises,  réussit  à  suivre  identique- 
ment les  mêmes  mouvements  ; 

Si  le  même  chef,  conduisant  deux  orches- 
tres différents,  parvient  à  maintenir  effec- 
tivement ses  intentions  et  dans  quelle 
limite  ; 

Si  le  chronomètre  révèle  une  influence 
personnelle  et  perturbatrice  des  solistes, 
instrumentistes  ou  chanteurs,  ou  si,  dans 
certains  cas,  cette  influence  est  annihilée, 
au  bénéfice  de  la  rectitude  métronomique, 
par  l'autorité  prépondérante  du  chef  d'or- 
chestre. 

Telles  sont,  pour  nous  borner  à  une  énu- 
mération  partielle,  les  questions  dont  nos 
documents  chiffrés  permettent  d'aborder 
l'étude.  Bien  que  nos  recherches  s'étendent 
déjà  sur  plusieurs  années,  nous  n'avons  pas 
la  prétention  de  présenter  ici  un  exposé 
complet  ni  des  solutions  définitives.  Nous 
espérons  toutefois  dégager  dès  maintenant 
quelques  résultats  intéressants,  attirer 
l'attention  sur  les  fautes  et  les  contre-sens 
qu'une  critique  insuffisante  couvre  trop 
souvent  de  son  silence.  Notre  travail  n'eût- 
il  d'autre  résultat  que  de  contribuer  à  la 
découverte  et  au  redressement  de  ces 
erreurs,  nous  nous  estimerions  ample- 
ment récompensés  de  l'avoir  entrepris. 

(Astdvre.)  H.  Alvin  et  R.  Prieur. 


LETTRES  DE  RICHARD  WAGNER 


AUGUSTE  RŒCKEL 

(Tradvf'ites    par    M.    Kufferath) 
(Suite).  —  Voir  les  nos  33,  39,  40,  41,  42,  43  et  44. 

VII 

Zurich,  23  août  i856. 
Ta  lettre,  très  cher  ami,  ne  m'a  nullement 
rendu  d'humeur  batailleuse,  elle  m'a,  au  con- 
traire, confirmé  dans  cette  opinion  que  les  dis- 
cussions ne  mènent  à  rien  dans  le  inonde.  Ce 
qui  nous  appartient  le  plus  en  propre,  ce  ne 
sont  pas  les  idées,  mais  les  intuitions  ;  mais 
celles-ci  nous  sont  si  particulières  que  nous 
n'arrivons  jamais  à  les  exprimer  intégralement, 
que  nous  ne  parvenons  pas  à  les  communiquer 
d'une  façon  entièrement  analogue;  même 
l'effort  le  plus  complet  dans  ce  sens,  l'acte  de 
l'artiste,  l'œuvre  d'art,  n'est  comprise  après 
tout,  par  les  autres,  que  d'après  le  point  de  vue 
propre  à  chacun.  Combien  est  vain  l'espoir 
de  l'artiste  de  voir  son  sentiment  reproduit 
parfaitement  dans  celui  d'autrui,  alors  que 
lui-même,  devant  son  œuvre,  si  c'est  véri- 
tablement une  œuvre  d'art,  il  doit  se  trouver 
comme  devant  une  énigme  au  sujet  de  laquelle 
il  peut  s'égarer  dans  les  mêmes  illusions  que  les 
autres  !  Comment,  d'autre  part,  nous  expliquer 
ce  singulier  mystère,  si  ce  n'est  en  nous 
interrogeant  de  nouveau  nous-mêmes  ?  Je  puis 
parler  de  cette  question,  car  j'ai  fait,  à  ce  sujet, 
les  plus  surprenantes  expériences.  Bien  rare- 
ment, un  homme  aura  été  autant  que  moi 
contradictoire  dans  ses  idées  et  son  sentiment, 
aussi  étranger  à  lui-même  ;  car  je  dois  avouer 
que  mes  propres  œuvres  d'art  ne  sont  devenues 
compréhensibles  pour  moi-même,  c'est-à  dire 
qu'elles  n'auront  été  embrassées  par  mon  intelli- 
gence et  expliquées  à  ma  raison  que  mainte- 
nant, grâce  à  un  tiers,  qui  m'a  livré  les  notions 
absolument  adéquates  à  ce  que  j'éprouve.  La 
période  dans  laquelle  j'ai  commencé  à  créer, 
d'après  mon  propre  sentiment,  s'ouvre  avec  le 
Hollandais  volant;  Tannhœuser  et  Lohengrin 
ont  suivi;    si,     dans    ces    œuvres,    se   trouve 


858 


LE  GUIDE  MUSICAL 


exprimé  un  trait  poétique  fondamental,  c'est 
bien  le  tragique  élevé  de  la  Résignation,  du 
Renoncement  motivé,  devenant  à  la  fin  néces- 
saire et  seul  rédempteur,  à  la  Volonté.  Ce 
trait  profond  est  ce  qui  a  imprimé  à  mes 
poèmes,  à  ma  musique,  la  gravité  sans  laquelle 
mes  œuvres  n'auraient  pu  émouvoir,  comme 
elles  l'ont  fait.  Or,  ce  qu'il  y  a  de  plus 
remarquable,  c'est  qu'avec  toutes  les  forces 
intellectuelles  consacrées  par  moi  à  la  réflexion 
et  à  la  compréhension  des  conditions  de  la  vie, 
je  travaillais,  en  réalité,  dans  un  sens  radicale- 
ment opposé  à  cette  vue  fondamentale.  Alors 
que  l'artiste,  en  moi,  voyait  clair  avec  une  sûreté 
si  impérieuse  qu'il  imposait  cette  impression  à 
toutes  mes  créations,  le  philosophe,  en  moi,  cher- 
chait à  se  créer  une  explication  du  monde  abso- 
lument contraire;  et  cette  explication,  mainte- 
nue avec  la  dernière  obstination,  mes  intuitions 
d'artiste  toutes  spontanées,  purement  objec- 
tives, la  renversaient,  à  tout  propos,  à  mon  grand 
étonnement.  Le  plus  étrange  à  cet  égard  est 
ce  que  j'ai  éprouvé  avec  mon  poème  des  Nibe- 
lungen  :  je  le  conçus  à  l'époque  où  je  m'étais 
forgé  un  monde  optimiste,  suivant  l'esprit  de 
l'hellénisme,  croyant  sa  réalisation  absolument 
possible,  à  la  condition  de  la  vouloir,  et,  à  ce 
propos,  je  m'efforçais  assez  ingénieusement  de 
m'expliquer  pourquoi,  en  somme,  nous  ne  vou- 
lions jamais.  Je  me  rappelle  maintenant  que, 
dans  ce  dessein  conscient  de  création,  j'avais 
mis  à  part  l'individualité  de  mon  Siegfried, 
avec  la  ferme  volonté  d'en  faire  le  représentant 
d'une  vie  sans  souffrance;  mais,  plus  encore, 
je  croyais  m'être  exprimé  distinctement  en  met- 
tant à  nu  le  mal  premier  d'où  découle  la  suite 
d'iniquités  auxquelles  succombe  tout  un  monde  ; 
ce  devait  être  une  leçon  nous  invitant  à  mettre 
à  la  place  un  monde  plus  équitable.  Eh  bien,  dès 
que  j'entrepris  de  développer  mon  projet,  déjà 
même  en  élaborant  le  plan,  je  dus  me  rendre 
compte  qu'inconsciemment  j'obéissais  à  une 
intuition  bien  plus  profonde  ;  qu'en  réalité,  au 
lieu  d'embrasser  seulement  une  phase  du  déve- 
loppement du  monde,  j'avais  reconnu  le  monde 
dans  l'essence  même  de  toutes  ses  phases  pos- 
sibles et  dans  tout  son  néant;  d'où  il  résulta, 
naturellement,  que,  demeurant  fidèle  à  mes 
intuitions  et  âmes  idées,  je  mis  au  jour  quelque 
chose  qui  différait  totalement  de  ce  que  je 
m'étais  proposé.   Je    me    souviens    cependant 


qu'une  fois,  à  la  fin,  j'ai  arbitrairement  fait 
prévaloir  mes  intentions  premières,  —  mais 
c'est  la  seule  fois,  —  dans  la  phrase  à  ten- 
dance que  Brunnhilde  adresse,  à  ceux  qui 
l'entourent  loisque,  les  prémunissant  contre 
les  iniquités  de  la  Possession,  elle  leur  montre 
l'Amour,  seul  rédempteur  (i),  sans  que  (mal- 
heureusement!) cela  soit  bien  clairement  ex- 
pliqué, puisque,  dans  tout  le  cours  du  mythe, 
nous  voyons  l'Amour  comme  agent  essentielle- 
ment destructeur.  Voilà  à  quel  point  l'interven- 
tion de  mon  intention  préconçue  a  pu  m'aveu- 
gler  dans  cet  unique  passage  !  Chose  curieuse, 
cet  endroit  n'avait  cessé  de  me  torturer,  mais  il 
fallut  le  bouleversement  complet  des  représen- 
tations de  ma  raison,  provoqué  finalement  par 
Schopenhauer,  pour  me  faire  découvrir  le 
motif  de  ma  peine  et  m'apporter  la  pierre 
terminale  correspondant  à  l'esprit  de  mon 
poème,  la  sincère  constatation  du  véritable  et 
profond  état  des  choses,  sans  la  moindre  allu- 
sion à  une  tendance. 

Je  te  raconte  ce  détail  assurément  intéres- 
sant, pour  te  montrer  bien  clairement  comment 
la  différence  entre  les  Intuitions  et  les  Concepts 
si  profondément  et  si  heureusement  dégagée  par 
Schopenhauer,  a  été  comprise  par  moi  non  pas 
comme  une  idée,  mais  comme  une  vérité  d'ex- 
périence ;  celle-ci  s'impose  à  moi  avec  une 
certitude  si  impérieuse  qu'après  avoir  reconnu 
par  moi-même  l'exactitude  des  rapports  établis, 
je  me  borne  à  la  cultiver  en  moi  sans  avoir 
la  prétention  de  la  faire  partager  à  d'autres 
par  le  chemin  de  la  dialectique.  Moi  même,  je 
sens  trop  profondément  que,  de  cette  manière, 
elle  n'aurait  jamais  pu  m'être  inculquée,  si 
elle  n'avait  déjà  répondu  entièrement  à  ce  que 
j'avais  éprouvé;  je  reconnais  encore  qu'il  est 
impossible  de  la  faire  saisir  à  quiconque  ne  la 
posséderait  pas  déjà  en  soi,  par  l'intuition 
propre,  avant  la  compréhension  raisonnée. 
Comme  nous  n'embrassons  rien  au  moyen  des 
idées  si  nous  ne  le  connaissons  auparavant 
par  l'intuition,  il  est  clair  qu'un  homme 
qui    a   reconnu  tout   cela  nettement,    à   plus 

(i)  Allusion  à  la  scène  finale  du  Crépuscule  des  Dieux . 
Dans  les  Œuvres  complètes,  on  trouvera  la  version  pri- 
mitive du  poème  où  se  trouve  développée  l'idée  de  la 
Rédemption  par  l'Amour,  à  côté  de  la  version  défini- 
tive qui  supprime  complètement  toute  allusion  de  ce 
genre.  V.  Gesam.  Schriften,  toui  VI,  rages  36i  63. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


859 


forte  raison  quand  il  se  sent  aussi  peu 
philosophe  que  moi,  ne  peut  avoir  l'envie  de 
s'exposer  à  être  mis  en  défaut  comme  dialec- 
ticien. Je  ne  puis  m'exprimer  que  dans  les 
œuvres  d'art.  —  Cependant,  et  pour  en  finir, 
je  te  demande  encore  ceci  :  —  Peux-tu  t'ima- 
giner  une  action  morale  qui  ne  soit  inspirée 
de  l'idée  de  Renoncement?  Et  qu'est-ce  que  le 
plus  haut  degré  de  sainteté,  c'est-à-dire  la 
rédemption  la  plus  complète,  si  ce  n'est  le 
Renoncement  pris  comme  base  de  toutes  nos 
actions?  —  Mais,  ces  simples  questions  me 
mènent  déjà  trop  loin,  et  je  me  lance  là  dans 
l'abstraction  plus  qu'il  ne  m'est  favorable. 
Aussi,  laisse-moi  t'entretenir  encore  de  ma  per- 
sonne concrète. 

Je  suis  artiste  et  rien  que  cela  :  —  ce  qui 
fait  mon  bonheur  et  mon  malheur  ;  sinon,  je 
voudrais  bien  être  saint  et  savoir  que  je  n'ai 
plus  rien  de  commun  avec  la  vie;  seulement, 
fou  que  je  suis,  je  cours  et  m'éreinte  pour  me 
procurer  le  repos,  ce  repos  artificiel  d'une  vie 
tranquille,  suffisamment  agréable,  —  pour  pou- 
voir travailler  et  n'être  qu'artiste.  C'est  si  diffi- 
cile à  atteindre  que  souvent  je  dois  rire  de  ma 
course  éternelle  après  le  repos.  Depuis  que  je 
ne  t'ai  plus  écrit,  je  me  suis  trouvé  assez  misé- 
rable; l'expédition  de  Londres  a  été  une  folle 
inconséquence  de  ma  part,  et  j'en  ai  supporté 
avec  humilité  la  punition,  notamment  en  rem- 
plissant jusqu'au  bout  mon  engagement.  Là- 
bas,  j'ai  perdu  tout  goût  à  mon  travail  ;  je  vou- 
lais y  terminer  ma  partition  de  la  Walkyrie, 
mais  j'avais  perdu  la  mémoire  intérieure  et  je 
revins  malade  à  Zurich;  ici,  j'ai  terminé  péni- 
blement (mais,  entre  nous,  superbement)  la 
Walkyrie,  dans  le  courant  de  l'hiver,  au  milieu 
de  fréquents  accès  de  l'érysipèle  facial  ;  puis, 
au  début  de  cet  été,  je  suis  allé  à  Genève,  où 
j'ai  fait,  sous  la  direction  d'un  excellent  méde- 
cin, une  cure  d'hydrothérapie  très  efficace  ; 
c'est  en  rentrant  de  là  que  j'ai  trouvé  ta  lettre. 
Je  n'ai  pu  songer  encore  à  commencer  la  com- 
position du  Jeune  Siegfried;  à  la  fin  de  sep- 
tembre, Liszt  me  rendra  visite,  je  repasserai 
avec  lui  les  deux  partitions  terminées;  ainsi 
ranimé  et  encouragé,  j'espère  pouvoir  alors 
entreprendre  Siegfried,  pour  l'offrir  terminé 
au  monde  l'année  prochaine.  Voilà  tout  ce  que 
je  sais  à  mon  sujet.  —  A  grand'  peine,  j'ai 
encore  reçu,  l'année  dernière,  à  Londres,  une 


copie  complète  de  VOr  'du  Rhin;  jfe  l'ai  laissée 
là-bas  à  un  jeune  ami,  l'excellent  pianiste 
Klindworth,  afin  qu'il  en  fasse  une  belle  réduc- 
tion. Mais  le  malheureux  a,  lui  aussi,  été  gra- 
vement malade  pendant  longtemps  et  il  vient 
seulement  de  me  renvoyer  la  partition  avec  la 
réduction  pour  piano  :  celle-ci  doit  être  mise 
au  net  ici  et  le  copiste  aura  besoin  de  la  parti- 
tion pour  les  indications  de  scène  ;  ce  ne  sera 
donc  que  lorsque  ce  travail  sera  terminé  que 
je  pourrai  de  nouveau  disposer  de  la  partition, 
mais  je  te  promets  alors  de  te  l'envoyer,  après 
la  visite  de  Liszt.  Il  n'existe  pas  encore  de 
copie  de  la  Walkyrie,  car  je  n'ai  ici  qu'un  seul 
bon  copiste,  et  il  dispose  de  peu  de  temps.  Je 
déteste  de  me  séparer  du  manuscrit  de  mes 
partitions  ;  c'est  pourquoi  je  n'ai  pas  fait  copier 
la  Walkyrie  à  Dresde.  Ce  n'est  pas  tant  que 
je  craigne  la  perte  de  l'original,  —  ce  qui  serait 
assurément  bien  fâcheux,  —  mais  j'ai  besoin 
du  manuscrit  pour  pouvoir  continuer  mon 
travail.  Toutes  ces  circonstances  t'expliqueront 
le  retard  dans  l'envoi  de  mon  œuvre. 

Quant  aux  petits  écrits  de  Schopenhauer,  je 
vais  te  les  faire  envoyer.  Il  s'y  trouve  tant  de 
choses  nouvelles  et  importantes,  que  je  t'en 
promets  une  grande  jouissance  malgré  les 
indéniables  duretés  et  les  partis  pris  du  soli- 
taire, devenu  trop  absolu,  qui  te  froisseront 
ça  et  là.  Tu  recevras  en  même  temps  la  parti- 
tion de  mon  Ouverture  de  Faust,  que  je  viens 
de  retravailler,  dans  une  occasion  récente,  et 
qui  ne  me  paraît  pas  indigne  de  moi  dans  sa 
nouvelle  forme.  Les  livres,  je  devrai  d'abord 
les  faire  venir  de  Leipzig. 

Pour  ce  qui  est  de  mon  sort  extérieur,  on 
continue  à  donner  mes  opéras  en  Allemagne, 
mal,  mais  avec  un  succès  durable,  ce  qui 
m'étonne,  tout  en  me  faisant  sourire.  On  s'oc- 
cupe aussi  de  me  procurer  l'autorisation  de 
rentrer  en  Allemagne,  le  grand  duc  de  Saxe- 
Weimar  s'est  intéressé  très  activement  à  ces 
démarches,  sans  avoir  pu  aboutir  jusqu'ici  à  un 
résultat  favorable.  Pour  moi,  je  me  souhaite 
surtout  la  santé,  afin  de  pouvoir  développer 
tous  les  projets  dont  je  suis  encore  plein;  mal- 
heureusement, j'en  suis  plus  plein  qu'il  ne  fau- 
drait, car,  outre  mes  Nibelungcn,  j'ai  encore 
en  tète  un  Tristan  et  Iseult  (l'Amour  comme 
supplice  effroyable)  et  un  nouveau  sujet,  les 
Vainqueurs   (Suprême  Rédemption,    légende 


860 


LE  GUIDE  MUSICAL 


bouddhique),  qui,  tous  deux,  me  harcèlent  de 
si  près  que,  par  considération  pour  les  Nibe- 
lungen,  je  dois  lutter  énergiquement  pour  les 
aujourner. 

Voilà,  cher  Auguste,  tu  as  maintenant  noir 
sur  blanc,  ce  que  je  puis  lâcher  en  une  fois,  moi 
qui  ai  encore  grand  besoin  de  repos.  Conserve 
la  gaîté  et  la  clarté  de  ton  intelligence,  et 
arrange-toi  une  philosophie  selon  tes  besoins  ; 
au  bout  du  compte,  nous  ne  saurons  jamais 
que  ce  que  nous  voulons  savoir,  car  tu  m'accor- 
deras bien  qu'en  dépit  de  tout  notre  savoir, 
nous  sommes  et  demeurons  toujours  toute 
Volonté  et  que,  par  là,  si  nous  sommes  les  plus 
puissants,  nous  sommes  loin  d'être  les  plus 
sages. 

Adieu  et  garde  en  affection 

ton  Richard  Wagner. 
(A  suivre). 

Cbtonique  oe  la  Semaine 

PARIS 

CONCERT-COLONNE 

I  OMBiEN  douce  et  reconfortante  est  cette 
admiration  que  professe  la  jeunesse 
^1  actuelle  pour  les  belles  œuvres  de 
Beethoven!  Avec  quelle  frénésie  elle  a  ap- 
plaudi, dimanche  dernier,  au  Concert-Colonne, 
la  plus  connue  des  symphonies  du  maître, 
celle  en  ut  mineur,  dans  laquelle  Beethoven 
a  inauguré  la  série  des  grandes  pages  orches- 
trales où  son  génie,  s'inquiétant  moins  des 
formes  déjà  employées,  a  ouvert  un  si  vaste 
champ  à  l'art  musical  !  Comme  cette  jeunesse 
soulignait  avec  passion  toutes  les  beautés 
de  cette  œuvre,  l'allégro  du  début  avec  ses 
fougues  et  ses  véhémences,  l'andante  avec 
son  thème  gracieux,  présenté  par  les  violon- 
celles et  les  altos,  le  scherzo  suivi  du  trio  dans 
lequel  les  conlrebasses  et  les  violoncelles  exé- 
cutent un  trait  que  Berlioz  comparait  aux 
ébats  d'un  éléphant  en  gaieté!  Comme  elle 
était  haletante  en  suivant  les  péripéties  de  ce 
mystère  d'harmonie  qui  sépare  le  scherzo  du 
finale,  véritable  chant  de  victoire.  Le  succès 
fut  considérable.  Lorsque  nous  assistions  à  ces 
explosions  de  joie  et  d'enthousiasme,  nous 
nous  reportions  malgré  nous  aux  premières 
exécutions  des  symphonies  de  Beethoven  au 


Conservatoire,  et  nous  ne  pouvions  oublier 
qu'Habeneck  fut  forcé  d'y  pratiquer  des  cou- 
pures, pour  les  faire  accepter  du  public.  Que  les 
temps  sont  changés  ! 

Le  premier  concerto  de  Max  Bruch  qu'a 
exécuté  Sarasate  n'est  pas  un  nouveau-venu 
pour  nous.  C'est  une  œuvre  qui,  sans  être  com- 
parable aux  concertos  de  Beethoven  et  de  Men- 
delssohn,  offre  un  vif  intérêt  tant  au  point  de 
vue  mélodique  que  sous  le  rapport  de  l'harmo- 
nie. L'expression  dramatique  y  est  très  intense, 
et  l'orchestre,  fort  bien  écrit,  vient  admirable- 
ment en  dehors.  Après  un  prélude  chaleureux 
où  les  doubles  cordes  sont  heureusement, 
employées  et  dans  lequel  un  motif  principal 
d'un  tour  fort  gracieux  et  distingué,  puis  une 
phrase  d'orchestre  très  lumineuse  se  dessinent, 
l'adagio,  un  peu  mendelssohnien,  est  d'un 
sentiment  contemplatif.  Quant  au  finale,  il 
débute  par  une  attaque  vigoureuse  en  doubles 
cordes,  que  l'auteur  affectionne,  et  se  développe 
très  magistralement;  nous  y  avons  noté  un 
trait  rapide  en  forme  d'arpèges,  d'une  grande 
difficulté,  que  Sarasate  a  enlevé  avec  sa  facilité 
ordinaire. 

Dans  la  seconde  partie  du  concert,  le  vir- 
tuose impeccable  a  fait  entendre,  pour  la  pre- 
mière fois  à  Paris,  la  Fantaisie  norvégienne 
de  Lalo.  Cette  œuvre,  plus  connue  sous  le  titre 
de  Rapsodie  norvégienne,  fut  écrite  primitive- 
ment pour  violon  et  orchestre  (1878)  et  dédiée  à 
Sarasate,  qui  la  fit  entendre  à  Berlin,  sous  la 
direction  de  Max  Bruch,  le  29  novembre  1878. 
Plus  tard,  l'auteur  en  fit  une  Suite  d'orchestre 
qu'il  dénomma  Rapsodie  norvégienne  et  dédia 
à  M.  Ed.  Colonne;  la  première  audition  en  fut 
donnée  le  26  octobre  1879  aux  Concerts  du 
Châtelet.  Des  trois  parties  qui  composent  la 
Fantaisie  norvégienne  (allegretto,  andante, 
finale),  c'est  la  première  qui  nous  semble  la 
mieux  venue.  Les  motifs  sont  intéressants, 
pleins  de  poésie,  et  leur  interprétation,  confiée 
tantôt  au  violon  solo,  tantôt  à  l'orchestre,  est 
fort  habilement  rendue.  L'andante  est  d'un 
joli  sentiment,  peut-être  légèrement  incolore, 
—  et  le  finale  donne  au  soliste  l'occasion  de 
déployer  toute  sa  virtuosité.  Le  triomphe  de 
Sarasate  a  été  complet. 

Le  concert  du  28  octobre  avait  encore  à  son 
programme  les  Impressions  d'Italie  de  M.  G. 
Charpentier,  les  Scènes  alsaciennes  de  Masse- 
net  et  des  fragments  de  ballet  tirés  de  Sanison 
et  Dalila.  Nous  avons  déjà  dit  ce  que  nous 
pensons  des  Impressions  d'Italie,  et  nous 
croyons  inutile  d'y  revenir.  Des  Scènes  alsa- 
ciennes, nous  ne  retiendjons,  si  vous  le  voulez 


LE  GUIDE  MUSICAL 


861 


bien,  que   la  troisième  partie  «  Sous  les    til- 
leuls ».  Tout  Massenet  est  là.  Sur  le  quatuor 
en    sourdines,    avec  quelques    tintements   de 
cloche   au   loin,    se   détache   le    dialogue    du 
couple  amoureux.   «    Doucement  penchée  vers 
:   lui,  elle  murmure  :  «  M'aimeras-tu  toujours?  » 
!    Le   violoncelle   (M.    Baretti)   et    la    clarinette 
I    (M.  Terrier),  reprenant  tour  à  tour    la  phrase 
'   émue,  sœur  de  telle  page  de  Gounod,  se  réu- 
nissent à  la  tierce,  enveloppés   l'un  et    l'autre 
par  les  traits  caressants  des  violons,  puis  mur- 
murent une  dernière  fois  leur  litanie  d'amour. 
Mais  quelle    chute    avec    le    Dimanche  soir! 
Toutes  les  vieilles  ficelles  en  jeu,   le  bruit  des 
tambours,  les  clairons  sonnent  la  retraite  der- 
rière   la  coulisse   —   et   cela    maladroitement 
présenté,  —  bruyant,  manquant  de  distinction 
et  sans  valeur  aucune  ! 

La  Danse  des  prétresses   de  Dagoii  et  le 
Réveil   des   prétresses,    tirés   de    Samson   et 
Dalila,  ont  retrouvé  le  succès  qui  leur  est  dû. 
Hugues  Imbert. 

Wagner  a  fait  sa  réapparition,  dimanche 
dernier,  aux  concerts  du  Cirque  d'Eté,  avec  la 
Chevauchée  des  Walkyries  et  l'ouverture  des 
Maîtres  Chanteurs  ;  l'exil  du  maître,  que  nous 
signalions  l'autre  jour,  aura  donc  été  de  courte 
durée. 

Ne  trouvez-vous  pas  qu'il  serait  bon  de  laisser 
de  côté,  pour  un  certain  temps,  du  moins,  cette 
pauvre  Chevauchée  des  Walkyries,  une  page 
assurément  fort  belle,  mais  dont  on  abuse  un 
peu  partout,  et  qui  commence  à  touiner  au 
pâté  d'anguille?  Les  farouches  guerrières  ne 
chevauchent-elles  pas  d'ailleurs  depuis  long- 
temps à  l'Opéra,  où  elles  sont  à  leur  place?  La 
mission  des  chefs  d'orchestre  de  concerts  est 
terminée  en  ce  qui  les  concerne;  ils  doivent 
désormais  les  rayer  de  leurs  programmes. 

Pour  débuter,  on  nous  donnait  la  symphonie 
en  ut  mineur  de  Mozart,  fort  bien  rendue,  fine- 
ment détaillée  ;  mais  que  le  public  a  écoutée, 
ce  semble,  d'une  oreille  un  peu  distraite,  réser- 
vant sans  doute  son  attention  tout  entière  pour 
l'œuvre  importante  qu'il  allait  entendre,  nous 
voulons  dire  l'ouverture  deSapho  de  Goldmarck, 
véritable  symphonie,  composition  de  haut  style, 
d'une  grande  envergure,  puissamment  conçue 
et  dans  l'exécution  de  laquelle  l'auteur  ne  paraît 
pas  avoir  été,  à  aucun  moment,  trahi  par  ses 
moyens.  Nous  aurons  l'occasion  de  revenir  sur 
cette  œuvre  toute  débordante  de  13'risme,  car 
on  ne  s'en  tiendia  pas,  espérons-le,  à  une  pre- 
mière audition. 

M.  Lamoureux  ne  perdra-t-il  donc  jamais  la 


détestable  habitude,  —  qui  est  devenue  chez  lui 
un  véritable  tic,  —  de  faire  entendre  à  tout 
bout  de  champ,  au  beau  milieu  d'une  exécution, 
des  sifflements  aigus,  pour  imposer  silence  au 
public  et  prouver  qu'il  a  le  droit  de  faire  lui- 
même  la  police  chez  lui  ?  Ces  manifestations 
intempestives  et  antimusicales,  accompagnées 
le  plus  souvent  d'un  geste  de  mauvaise  humeur 
et  d'un  regard  qui  voudrait  être  imposant  et 
qui  n'est  que  ridicule,  sont  d'autant  plus  incon- 
venantes qu'elles  s'adressent  en  général  à 
quelque  dame  assez  infortunée  pour  n'avoir  pu 
gagner  à  temps  la  place  qui  lui  est  réservée. 
Ce  crime  passerait  la  plupart  du  temps  innperçu, 
et  l'exécution  n'en  serait  point  troublée  ;  mais 
M.  Lamoureux  ne  manque  jamais,  avec  un 
tact  merveilleux,  de  mettre,  comme  on  dit,  les 
pieds  dans  le  plat.  Alors  les  auditeurs  sont 
distraits;  ils  perdent  le  fil  de  l'idée  musicale 
qu'ils  suivaient  et  portent  instinctivement  à 
leur  tour  les  yeux  sur  la  pauvre  délinquante, 
qui  s'assied  en  rougissant.  Et  quand  bien  même 
on  n'aurait  pas  à  déplorer  tous  ces  inconvé- 
nients, on  préférerait,  j'imagine,  le  léger  frou- 
frou d'une  robe  qui  passe  aux  sifflets  perçants 
du  maître  de  céans. 

N'oublions  pas,  en  terminant,  d'enregistrer 
le  nouveau  succès  remporté  par  la  charmante 
M'i<^  Bréval  dans  l'air  à'Obéron  de  Weber  et 
dans  Pallas-Athèiié de  M.  Saint-Saëns. 

Ernest  Thomas. 

p. -S.  —  Le  metteur  en  pages  a  quelque  peu  boule- 
versé l'article  que  je  consacrais,  dans  le  dernier  numéro 
du  Gtiide  Musical,  à  la  réouverture  des  Concerts-Lamou- 
reux.  Mais  le  lecteur  aura  sans  doute  rectifié  de  lui- 
même  cette  erreur  typographique. 

Il  s'agit  de  transposer  à  la  deuxième  colonne  de  la 
page  834,  après  la  première  ligne,  les  lignes  2,  3,  4,  5,  6, 
7,  8,  9  et  10  de  la  première  colonne  de  la  page  835, 


Le  Joiirval  des  Débats  assure  que  Tristan 
et  Iseiilt  ne  sera  pas  donné  au  printemps  pro- 
chain à  l'Opéra  de  Paris.  Et  il  ajoute  à  ce  pro- 
pos : 

«  Il  faudrait  être  un  wagnérophobe  forcené 
pour  ne  pas  se  réjouir  de  cette  excellente  nou- 
velle. Le  massacre  de  la  Walkyrie  ne  pouvait 
laisser  aucun  doute  sur  le  sort  réservé  à  Tris- 
tan. A  la  vérité,  il  y  aurait  peut-être  un  moyen 
de  donner,  même  à  l'Opéra,  des  représenta- 
tions intéressantes  de  Tristan.  M^^  Wagner 
l'avait  fait  proposer  aux  directeurs  du  théâtre  : 
c'était  de  confier  à  M.  Félix  Mottl  le  soin  de 
diriger  les  répétitions.  Naturellement,  les  trois 
chefs  d'orchestre  de  l'Opéra  ont  déclaré  qu'ils 
donneraient  leur  démission,  si  Ton  appelait  un 
étranger  au  pupitre.  La  perspective  de  cet  heu- 
reux événement  n'a  pas  suffi  à  décider  les 
directeurs   à    accepter  l'offre  de  M"<^  Wagner. 


862 


LE  GVIDE  MUSICAL 


C'est,  dit-on,  Tannhàuser  qui  pâtira  à  la  place 
de  Tristan.  Le  fait  est  que  si  l'orchestre  est 
somnolent  dans  Tamikànser,  les  chiens  seront 
nombreux,  et  si  les  pèlerins  crient  trop  fort,  le 
ballet  sera  brillant  ». 

M.  Siegfried  Wagner  vient  de  passer  par 
Paris,  venant  de  Carlsruhe,  où  il  était  allé  voir 
son  ami  Félix  Mottl.  Le  fils  du  maître  de  Bay- 
reuth  a  eu  une  entrevue  avec  M.  Lamoureux, 
au  sujet  a-t-on  dit  d'un  concert  qu'il  dirigerait 
à  Paris.  Mais  M.  Lamoureux  fait  démentir 
cette  information.  M.  Siegfried  Wagner  aurait 
aimé  voir  la  Walkyrie,  mais  obligé  de  partir 
pour  Amsterdam  où  l'appelle  un  engagement, 
il  a  dû  se  borner  à  une  répétition  de  la  Chevau- 
chée, organisée  à  son  intention  par  les  direc- 
teurs de  rOpéra.  M.  Siegfried  Wagner  tenait 
à  se  rendre  compte  de  l'effet  du  truc  inventé 
par  M.  Lapissida  pour  réaliser  la  chevauchée, 
truc  qu'il  est  question  d'appliquer  à  Bayreuth, 
lors  de  la  reprise  du  Ring. 

L'Opéra  donnera,  l'année  prochaine,  au  com- 
mencement de  l'hiver,  l'ouvrage  en  quatre  actes 
d'Ernest  Guiraud  que  M.  Camille  Saint-Saëns 
termine  en  ce  moment  et  qui  a  pour  titre  :  Fré- 
dégonde  et  Brmiehaut.  La  chose  est  absolu- 
ment décidée.  Les  deux  premiers  actes  étaient 
presque  complètement  achevés  par  Guiraud,  et 
le  travail  d'orchestration  en  était  très  avancé. 
On  sait  que  M.  Saint-Saëns  doit  se  rendre  en 
Algérie  pour  achever  cette  œuvre,  que  la  direc- 
tion de  rOpéra  vient  d'inscrire  à  son  pro- 
gramme. 

Liste  des  élèves  admis  dans  les  classes  de 
chant  du  Conservatoire  : 

Hommes  :  MM.  Beyle,  Vialas,  Wilson, 
Gatimel,  Rothier,  Sizes,  Béchard,  Laffitte  et 
Duthier. 

Femmes  :  M""  Achté.Bontoux,  Jeanne  Petit, 
Fouchier,  Varney,  Truck,  Aubocq,  d'Hervillée, 
Gottraud,  Deville  et  Marciale. 

•!• 

On  répète  à  l'Opéra-Comique  un  petit  acte 
de  M.  Armand  Silvestre,  dont  Lalo  avait 
commencé  la  partition  et  qui  a  été  achevé  par 
l'infatigable  Massenet. 

Répélition  également  au  même  théâtre  de 
Pris  au  piège,  ouvrage  de  M.  Gedalge. 

t 

Verdi  a  adressé  de  Gênes,  aux  directeurs  de 
1  Opéra,  la  dépêche  suivante  : 

«  Arrivé  à  Gênes,  j'ai  trouvé  sur  mon  écri- 
toire  deux  télégrammes,  l'un  de  vous,  l'autre 
de  Taffanel.  J'ai  cru  un  instant  être  encore  au 
milieu  de  vous,  pendant  ces  bonnes  répétitions 
avec  mes  vaillants  artistes,   avec  ce   superbe 


orchestre,  avec  ces  chceurs  et  tout  ce  monde  de 
l'Opéra,  si  intelligent,  si  bienveillant,  si  cordial 
envers  moi. 

»  Dites,  je  vous  en  prie,  ma  reconnaissance  à 
tous,  maintenant  et  toujours,  —  et  dites  à  ma 
poétique  Desdémone  que  je  garde  sa  lettre  et 
compte  sur  sa  promesse.  «Verdi.  » 


Théodore   Dubois  a  lu  à  M.  Carvalho  et  à  ■ 
M.    Louis    Gallet    la    partition    de  Xavier e. 
L'œuvre  a  plu  beaucoup  à  M.  Carvalho,  qui  va 
s'occuper  immédiatement  de  l'interprétation. 


BRUXELLES 

Jeudi,  à  la  séance  annuelle  de  l'Académie 
des  beaux-arts,  a  eu  lieu  l'exécution  publique 
de  la  cantsiteLady Macbeth,  poème  de  M.  J.-B. 
de  Snerck,  musique  de  M.  Martin  Lunssens, 
premier  second  prix  du  grand  concours  de  com- 
position musicale  de  iSgS. 

A  ces  compositions  académiques,  avec  leur 
poème  imposé,  ne  sortant  guère  plus  que  les 
précédents  du  moule  réglementaire,  ne  permet- 
tant  pas  à  la  personnalité  de  se  dégager,  on  ne 
demande  que  de  fournir  la  preuve  du  savoir- 
faire  acquis  par  le  concurrent  en  de  labo- 
rieuses études.  A  ce  point  de  vue,  l'œuvre  de 
M.  Lunssens  dénote  une  excellente  instruction 
musicale  et  une  connaissance  peu  commune 
des  ressources  de  l'instrumentation.  Sa  cantate 
est  orchestralement  bien  conçue.  Malheureuse- 
ment, la  personnalité  du  style  fait  défaut, 
autant  que  la  rigueur  des  formes.  Les  sonorités 
sont  abruptes,  forcées;  l'indécision  est  parfois 
flagrante  ;  et  les  sources  les  plus  pures  du  wag- 
nérisme,  Tristan,  la  Walkyrie,  Tannhœuser, 
sont  utilisées  avec  abondance.  Terrible  in- 
fluence, que  peu  de  musiciens  actuels  parvien- 
nent à  éluder! 

La  seconde  partie  de  la  cantate  —  Fête  chez 
Macbeth  — est  la  meilleure,  et  la  seule  aussi  où  le 
champ  est  laissé  libre  à  l'inspiration.  M.  Luns- 
sens a  bien  développé  cette  partie;  les  danses 
ont  du  rythme  et  le  chœur  des  soldats  est  d'une 
belle  venue. 

Félicitations,  applaudissements,  rappels, 
rien  n'a  manqué  au  jeune  auteur,  qui  a  dirigé 
son  œuvre  avec  énergie  et  vigueur.       N.  L. 


Le  théâtre  des  Galeries  vient  de  monter,  avec 
le  goût  intelligent  et  le  soin  qui  lui  sont  habi- 
tuels. Miss  Dollar  àe  MM.Clairvilleet  Vallin, 
musique  d'André  Messager.  Ce  n'est  point  une 
opérette,  ce  n'est  pas  un  vaudeville  et  c'est 
moins  encore  une  féerie.  C'est  les  trois  tout 
ensemble,  les  auteurs  ayant  eu  soin  de   faire 


LE  GUIDE  MUSICAL 


863 


intervenir  les  fées  du  pays  de  l'or  et  de  l'argent 
au  moment  où  l'esprit  achevait  de  leur  faire 
défaut.  M .  André  Messager  a  brodé  quel- 
ques couplets  de  bonne  facture,  d'aimables 
romances  et  duos  et  plusieurs  numéros  de  mu- 
sique de  danse  d'un  rythme  entraînant,  sur  le 
livret  de  ce  vaudeville-opérette-féerie  sans  pré- 
tention. L'essentiel  est  que  la  fantasque  aven- 
ture de  Miss  Dollar,  mariée  à  l'américaine, 
c'est-à-dire  à  la  vapeur,  séparée  de  force  de  son 
mari,  puis  réunie  de  nouveau  à  lui,  soit  jouée 
avec  verve  et  entrain,  et  c'est  ce  qui  a  lieu  aux 
Galeries,  grâce  à  la  mignonne  M"<=  de  Bério,  à 
la  fantaisiste  M^i^  Leriche,à  l'excellent  Leroux, 
au  sublime  Décori,  phénoménal  de  yankisme  ! 
Et  puis,  il  y  a  un  ballet  aérien,  le  dernier  mot 
du  truc  chorégraphique!  M.  K. 

M.  Massenet  vient  de  passer  quelques  jours 
à  Bnixelles,  où  il  a  donné  les  premières  indica- 
tions pour  les  dernières  études  de  la  Navar- 
raise  et  du  Portrait  de  Manon,  qui  passeront 
prochainement  au  Théâtre  de  la  Monnaie. 

U Enfance  de  Roland,  de  M.  Emile  Mathieu, 
passera  vraisemblablement  vers  le  i5  décembre 
à  la  Monnaie. 


CORRESPOND  A  NCES 

ANVERS.  —  Grand  festival  belge.  Deuxième 
journée.  —  Le  public  a-t-il  voulu  protester 
contre  l'attitude  hostile  qu'avait  prise  nos  jour- 
naux à  l'égard  de  ces  auditions  d'œuvres  natio- 
nales, qui,  pour  arriver  tard  n'en  offraient  pas 
moins  d'intérêt?  Toujours  est-il  qu'il  est  arrivé  en 
foule,  cette  fois,  prouver  d'une  façon  éclatante  que 
la  prose  malveillante  que  répandent  des  gens, 
souvent  incompétents  ne  pourra  jamais  nuire  à 
l'art. 

La  présence,  au  pupitre,  de  Peter  Benoit,  l'âme 
du  mouvement  artistique  flamand,  donnait  un 
lustre  incontestable  à  cette  seconde  journée. 
Aussi,  des  applaudissements  nounis  ont  salué 
l'éminent  artiste  lorsqu'il  est  venu  diriger  son  con- 
certo pour  flûte,  qu'interprète  d'une  façon  si  remar- 
quable M.  Anthoni,  le  virtuose  bien  connu.  L'ou- 
verture du  Roi  des  Aulnes,  quoique  classée  parmi 
ses  œuvres  de  jeunesse,  n'en  est  pas  moins  remar- 
quable par  la  pureté  de  la  forme  et  la  richesse 
mélodique. 

Mentionnons  ensuite  M.  Edg.  Tinel,  l'heureux 
auteur  de  Francisais,  qui  nous  a  fait  entendre  son 
Polyeucfe.  Les  œuvres  de  M.  Tinel  sont  orchestrées 
avec  un  art  infini  et,  ce  qui  est  rare  chez  nos 
jeunes,  les  effets  ne  nous  paraissent  point  cher- 
chés. La  Fêie  dans  le  temple  est  d'une  inspiration 
élevée  ;  les  airs  de  danse  même  y  ont  un  cachet 
de  grandeur.  Sous  la  direction  du  jeune  maître,  ces 


tableaux  symphoniques  ont  obtenu   un  grand   et 
légitime  succès. 

M.  G.  Huberti  a  dirigé  des  fragments  de  sa 
Symphonie  funèbre.  L'œuvre  conçue  dans  un  esprit 
tout  moderne,  parle,  avant  tout,  à  nos  sens.  Le 
scherzo  original  que  l'autetir  intitule  Tableau  fantas- 
fique  est  des  plus  réussis. L'andante  nous  transporte 
dans  les  sphères  où  nous  attend  la  «  consolation  ». 
M.  Mestdagh,  le  compositeur  brugeois,  nous 
offrait  une  œuvre  d'un  caractère  bien  opposé  Sa 
Suite  a  des  allures  franchement  gaies.  On  se 
demande  comment  le  compositeur,  flânant  dans 
les  rues  désertes  de  l'antique  cité  flamande,  a  pu 
trouver  pareilles  inspirations.  Dans  le  passé,  peut- 
être?  La  Sérénade  s'éloigne  de  la  forme  habituelle; 
c'est  distingué  et  personnel  à  la  fois  Le  Rêve  est 
un  charmant  morceau  pour  instruments  à  archets, 
et  la  Ronde,  avec  ses  rythmes  de  danse  flamande, 
termine  d'une  heureuse  façon  cette  composition 
méritante. 

Nous  regrettons  vivement  que  le  fragment  de 
VApollonidede  M.  Fr.  Servais  n'ait  pu  nous  donner 
une  idée  de  l'ensemble  de  l'œuvre  entière.  L'en- 
tr'acte  en  question  émane  incontestablement  d'un 
symphoniste  expérimenté,  et  contient  des  effets 
vraiment  délicieux. 

Les  tableaux  symphoniques  de  M.  Van  den 
Eeden  nous  transportent  en  pleine  révolution  fla- 
mande. Ces  morceaux  descriptifs  ont,  parfois,  une 
réelle  intensité  d'expression;  la  marche  funèbre, 
par  exemple,  qui  est  très  réussie.  C'est  le  travail 
d'un  musicien  consciencieux. 

Mai  est  le  titre  d'un  délicieux  morceau  d'orches- 
tre, que  l'auteur,  M.  L.  Mortelmans,  faisait  enten- 
dre pour  la  première  fois.  Nous  n'avons  qu'un 
reproche  à  formuler  ici,  c'est  que,  d'après  nous, 
l'orchestre  est  par  moment  trop  exubérant,  vu  le 
sujet  fin  et  poétique  que  le  compositeur  avait  à 
traiter. 

M.  A.  De  Greef  reste  toujours  le  virtuose  impec- 
cable que  l'on  sait.  Cette  fois,  l'artiste  interprétait 
une  composition  sortie  de  sa  plume.  Sa  Fantaisie 
sur  des  airs  flamands  était  parfaitement  à  sa  place 
dans  ce  programme  essentiellement  flamand.  Elle 
n'a  pas  obtenu  moins  de  succès  que  son  excellent 
interprète. 

M""'  Levering  a  dit,  de  sa  voix  cristalline,  deux 
lieder  de  M.  F.  Van  der  Stûcken,  et  le  concert  s'est 
terminé  par  la  Marche  nuptiale  de  M.  A.  Wilford, 
morceau  qui  avait  été  très  applaudi,  quelque  temps 
auparavant,  â  l'Harmonie. 

En  somme,  ce  concert  national  a  dignement 
clôturé  la  série  des  grandes  auditions  musicales  de 
notre  Exposition. 

MM.  Joseph  Mariën  et  Jules  Roelants  annoncent 
qu'il  reprendront,  l'hiver  prochain,  leurs  séances 
de  musique  de  chambre,  qui  ont  eu  tant  de  succès 
les  années  précédentes  dans  la  petite  salle  de 
l'Harmonie. 

La  première  séance  aura  lieu  en  novembre  avec 
le  concours  de  M.  Arthur  De  Greef,  professeur  de 
piano   au  Conservatoire  royal  de  Bruxelles.  Elle 


864: 


LE  GUIDE  MUSICAL 


a  pour  programme  le  quatuor  en  mi  bémol  de 
Schubert,  la  sonate  pour  piano  et  violon  de  César 
Franck,  les  études  syraphoniques  de  Schumann  et 
le  quintette  pour  piano  et  iustruments  à  vent  de 
Rubinstein.  La  deuxième,  au  mois  de  décembre 
avec  le  concours  de  M.  A.  Eibenschûtz,  profes- 
seur   de  piano   au  Conservatoire  de  Cologne, 

DRESDE.  —  Ce  ne  sont  pas  les  pianistes 
qui  nous  manquent  :  un  par  jour.  Ceux-ci 
doués  d'une  poigne  sous  laquelle  gémit  le  rude 
instrument  Bechstein  ;  ceux-là  tout  simplement 
bouffons.  Le  public  les  acclame  quand  même,  et 
la  critique  leur  réserve  ses  tendresses.  M.  d'Albert 
nous  a  compensé  ces  déceptions  vendredi  dernier, 
au  Sinfonie-Conceri  du  théâtre.  Le  cinquième  con- 
certo de  Beethoven  a  été  interprété  par  lui  avec 
une  perfection  que,  seuls,  les  connaisseurs  peuvent 
apprécier.  D'ailleurs,  le  génial  artiste  ne  s'inquiète 
guère  de  cette  classe  d'auditeurs  qui,  ennemis 
d'un  art  qu'ils  avouent  ne  pas  connaître,  se  per- 
mettent déjuger  les  œuvres  et  les  hommes. 

Le  concert-tournée  Ben  Davies,  Tivadar  Na- 
chez,  Algernon  Ashton  n'a  fait  qu'un  quart  de  salle 
[Geiaerbehans).  Des  élèves  de  musique  ont  égayé  la 
soirée  par  leurs  éclats  de  rire  et  leurs  sifflets.  Il 
faut  avouer  qu'en  dépit  de  ses  violons  de  rechange, 
M.  Nachez  n'a  point  séduit  son  petit  auditoire. 
Le  non  moins  comique  Comettant  n'aurait  pas 
baptisé  «compositeur-né»  M.  Ashton.  Quant  au 
ténor  Ben  Davies,  il  a  causé  un  vif  plaisir  par 
l'originale  distinction  de  son  chant,  la  souplesse, 
le  fini  et  la  clarté  de  son  exécution  des  morceaux 
de  Haendel,  Schumann,  Gounod.  Il  est  rare  d'en- 
tendre une  voix  d'un  volume  aussi  considérable  et 
d'un  timbre  aussi  sympathique. 

Le  19,  grand  concert  jubilaire  de  l'Association 
générale  des  mtisiciens,  au  bénéfice  de  la  caisse 
des  malades.  A  la  grande  satisfaction  de  l'or- 
chestre et  du  public,  l'éminent  directeur,  M. Schuch, 
a  conduit  toute  la  soirée.  C'est  dire  que  la  partie 
symphonlque  et  lyrique  a  réussi  de  tous  points, 
malgré  l'agglomération  des  cent  trente  instru- 
mentistes. L'acoustique  de  la  salle  n'est  pas  favo- 
rable à  un  personnel  orchestral  aussi  nombreux. 
Une  ex-élève  du  Conservatoire  de  Dresde  a  chanté 
agréablement  ses  deux  morceaux  accoutumés  : 
l'arioso  du  Prophète  et  Ich  liehe  dich  de  Grieg.  Au 
point  de  vue  de  la  technique,  la  pianiste  russe 
M"°  Sudarska  est  remarquable  :  une  réelle  puis- 
sance, mais  de  l'afféterie  et  peu  de  charme.  Nous 
voici  loin  des  Steru,  des  Roger-Miclos  etdesKlee- 
berg 

Première  soirée  de  musique  de  chambre  du 
quintette  Rappoldi.  Musique  sérieuse,  sérieuse- 
ment interprétée  par  des  instrumentistes  dignes  de 
ce  nom  :  M.  et  M™"  Rappoldi,  MM.  Grutzmacher, 
Frohberg,  Remmele.  Quartette  de  Mozart  en  sol 
majeur;  quartette  en  mi  mineur  de  Beethoven;  en 
passant  par  le  superbe  quintette  de  Dvorak,  exé- 
cuté pour  la  première  fois  à  Dresde. 

fflfa^a^  subira  huit  jours  de  retard,  par  suite  de 


l'indisposition  de  M  Schuch.  On  attendra  du 
reste  volontiers.  Ce  n'est  pas  la  direction  impas- 
sible de  M.  Hagen  qui  conviendrait  à  l'opéra  de 
Verdi,  pas  plus  qu'elle  n'était  susceptible,  dans  le 
dernier  Sinfonie-Concertj  de  mettre  en  valeur  les 
beautés  de  la  symphonie  en  td  majeur  de  Schu- 
mann. Alton. 


SAINT-PETERSBOURG.  -  Le  Théâtre 
Michel  vient  de  reprendre  la  Nuit  de  Mai.  le 
second  en  date  des  opéras  de  M.  Rimsky-Korsa- 
koff,  qui  avait  déjà  été  donné  ici  il  y  a  treize  ans, 
en  1881.  L'impression  produite  à  la  reprise 
actuelle  n'a  guère  différé  de  celle  que  nous  avions 
éprouvée  dans  le  temps.  Le  premier  acte,  lyrique 
par  excellence,  fait  songer  aux  mélodies  mélanco- 
liques d'un  Moniuszko,  un  peu  uniformes  sans 
doute,  mais  plus  finement  traitées  que  celles  de 
l'auteur  de  la  Hatkai  ;  le  second  acte  est  empreint 
d'humour  populaire,  en  dépit  des  formes  contre- 
pointiques  dont  le  compositeur  y  a  usé  avec  une 
habileté  consommée  ;  enfin,  le  troisième  n'est  joli 
que  dans  sa  berceuse  du  commencement,  suivie  par 
une  interminable  scène  de  naïades  [roiissalkas), 
sèche,  aride,  dépourvue  de  tout  caractère  fantas- 
tique. Ce  troisième  acte  fait  du  tort  à  l'œuvre,  qui, 
sans  lui,  compterait  parmi  les  plus  agréables  de 
notre  répertoire  national 

En  écoutant  la  Nuit  de  Mai,  on  est  frappé  surtout 
de  la  veine  mélodique  d'un  compositeur  qui  aime 
généralement  à  varier  de  mille  façons  des  thèmes 
élémentaires  et  courts,  comme  c'est  le  cas  aussi 
cette  fois  dans  le  malencontreux  acte  des  naïades. 
Ensuite,  on  y  acquiert  la  conviction  que  le  genre 
comique  convient  mieux  au  talent  de  M.  Rimsky- 
Korsakoff  que  le  genre  sérieux  ou  fantastique, 
comme  le  prouvent  sa  Snégouvotcltka  (la  scène  du  roi 
Bérendéi  notamment)  et  le  premier  tableau  du 
deuxième  acte  de  la  Nuit  de  Mai.  Le  compositeur 
russe  y  a  devancé  Verdi  dans  le  genre  de  la 
comédie  lyrique  à  la  Falstaff. 

Comme  chez  son  émule  italien,  et,  à  vrai  dire,  ' 
même  plus  que  chez  lui,  l'orchestre  donne  une 
illustration  à  la  fois  spirituelle  et  pittoresque,  non 
dénuée  de  sens  comique,  des  situations  et  des 
personnages.  Voir  les  traits  pleins  d'humour  des 
bassons  dans  la  ballade  du  distillateur  ou  l'ensenble  ' 
martial,  on  ne  peut  plus  bizarre,  àufiigato  destiné 
à  célébrer  les  vertus  du  pouvoir.  Malheureusement, 
l'orchestre  enfoncé  du  Théâtre-Michel  a  fait,  cette 
fois,  manquer  cet  effet  d'orchestration,  le  son  du 
cor  surtout  se  perdant  dans  les  bas-fonds. 

Parmi  les  interprètes,  le  héros  de  la  soirée  a  été 
le  ténor  comique,  M.  Ougrinovitch,  dont  chaque 
rôle  de  répertoire  populaire  constitue  un  progrès. 
Il  est  tout  à  fait  remarquable  dans  la  personnifica- 
tion des  types  populaires,  à  la  façon  de  M.  Stra- 
vinsky,    passé  maître    dans   cette   spécialité.  ^ 

La  Nuit  de  Mai  restera,  croyons-nous,  au  réper-  ' 
toire,  les  deux  premiers  actes  ayant  obtenu  à  cette 
reprise  bien  plus  de  succès  qu'à  l'origine. 

V.  P. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


865 


STRASBOURG.  —  La  saison  des  concerts 
d'abonnement  de  notre  orchestre  municipal  a 
été  ouverte  mercredi  dernier.  Sous  la  direction  de 
M.  F.  Stockhausen,  l'orchestre  a  exécuté  l'ouver- 
ture de  la  Braut  von  Messina  de  Schumann  et  la 
symphonie  en  si  bémol  de  Haydn.  M.  Charles 
Prohaska,  de  Vienne,  un  excellent  virtuose  du 
piano,  qui  vient  d'être  nommé  professeur  à  notre 
Conservatoire  municipal,  s'est  fait  entendre  à 
cette  séance.  Il  a  joué  le  concerto  en  mi  bémol  de 
Beethoven,  la  fantaisie  en  fa  mineur  de  Chopin, 
une  Passacaglia  de  Haendel  et  la  tarentelle  de 
Vcnezia  et  NapoU  de  Liszt. 

M.  Prohaska,  qui  est  élève  d'Eugène  d'Albert, 
possède  un  brillant  mécanisme,  remarquable  sur- 
tout par  une  giande  sensibilité  de  toucher.  Son 
style  laisse  quelque  peu  à  désirer;  l'expérience 
et  la  pratique  sauront  le  développer.  M.  Prohaska 
n'a  que  vingt- quatre  ans;  il  a  un  bel  avenir  devant 
lui. 

La  Société  de  chant  sacré  vient  de  choisir  pour 
son  directeur  M.  Alfred  Lorentz,  remplaçant 
M.  Ernest  Mûnch,  démissionnaire.  M.  Lorentz 
est  directeur  des  chœurs  et  troisième  chef  d'or- 
chestre à  notre  Théâtre-Municipal. 

Prochainement,  on  donnera,  au  théâtre,  \esDeux 
Philosophes,  opéra  comique  en  un  acte  de  M.  A. 
Krantz,  de  Mulhouse,  ancien  premier  prix  de  flûte 
au  Conservatoire  de  Paris,  qui  avait  étudié  la 
composition  sous  la  direction  de  feu  Victor  Massé . 
On  dit  grand  bien  de  l'œuvre  de  M.  Krantz.  Au 
théâtre  également,  le  public  s'est  intéressé  tout 
récemment  aux  débuts  d'un  jeune  chanteur  stras- 
bourgeois,  M.  Gérold,  baryton,  qui  a  été  l'élève, 
à  Paris,  de  M.  Giraudet.  M.  Gérold,  qui  a  fait  de 
sérieuses  études  musicales,  a  bien  réussi  dans  dif- 
férents rôles  de  second  plan. 

Le  20  novembre,  M.  Raoul  Pugno  se  fera  en- 
tendre, à  Mulhouse,  dans  un  concert  organisé  pat 
M.  Stiehlé,  violoniste. 

Joachim  se  produira  à  Strasbourg,  le  21  no- 
vembre, au  troisième  concert  d'abonnement  de 
notre  orchestre  municipal.  Au  second  concert,  le 
7  novembre,  on  entendra  M"''  Meyer,  pianiste, 
élève  de   B.  Scholtz. 

N'oublions  pas  de  mentionner  le  succès  éclatant 
remporté,  au  premier  concert  d'abonnement,  par 
le  ténor  von  Zur  Miihlen,  un  chanteur  d'origine 
russe,  qui  comprend  bien  Wagner,  dont  il  a  phrasé 
avec  goût  le  Preislied  des  Meistersinger,  et  qui  dit 
à  ravir  les  vieilles  mélodies  françaises  de  LuUy  et 
Rameau.  A.  O. 


NOUVELLES  DIVERSES 

La  première  audition  du  Chant  à  JEgir,  compo- 
sition de  l'empereur  Guillaume,  a  eu  lieu  lundi  à 
l'Opéra  de  Berlin,  dans  une  matinée  au  profit  de  la 
fondation  Guillaume  I".  Le  théâtre  était  rempli. 
L'empereur,  l'Impératrice  et  toute  la  cour  étaient 
présents. 


L'œuvre,  transcrite  pour  chœur  et  orchestre,  a 
été  applaudie  et  redemandée  en  entier. 

Naturellement!  Mais  la  critique  se  montre  assez 
réservée  quand  à  la  valeur  de  la  composition. 
Celle-ci  trahit  l'amateur,  ce  qui  tendrait  à  prouver 
que  Guillaume  en  est  bien  l'auteur. 

Contrairement  à  ce  que  l'on  croit  généralement, 
l'empereur  a  fait  d'excellentes  études  musicales 
comme  la  plupart  des  membres  de  la  famille  impé- 
riale, d'ailleurs.  Il  joue  parfaitement  du  violon;  il 
apprit  cet  instrument  pendant  son  temps  d'uni- 
versité à  Bonn,  pour  faire  une  surprise  à  ses 
parents,  et  son  père  lui  fit  même  ce  compliment 
flatteur  :  «  Guillaume,  tu  deviendras  maître  de 
chapelle.  » 

Le  prince  Henri  de  Prusse,  son  frère,  joue  fort 
bien  du  violon  également  et  a  composé  une  marche 
militaire  qui  est  devenue  vite  populaire.  La  prin- 
cesse Charlotte  de  Saxe-Meiningen,  sœur  de  l'em- 
pereur, est  pianiste  ;  et  son  autre  sœur,  la  prin- 
cesse Victoria,  touche  de  l'orgue.  La  princesse 
Louise  de  Prusse,  grande-duchesse  de  Bade,  leur 
tante,  est  également  musicienne. 

Dans  la  collection  d'autographes  de  M.  Fritz 
Donebauer,  de  Prague,  dont  on  vient  de  publier  le 
catalogue,  il  y  a  une  curieuse  lettre  de  Liszt  au 
docteur  Benfey,  auteur  d'une  brochure  intitulée  : 
Beethoven  et  Liszt.  «  Il  y  a  cinquante  ans,  écrit  Liszt, 
je  voyais  souvent  au  Jardin  des  Plantes,  à  Paris, 
un  inoffensif  petit  épagneul  enfermé  dans  la  même 
cage  qu'un  grand  lion  de  l'Atlas.  Et  je  me  suis 
rappelé  ce  souvenir  de  mon  enfance  en  voj'ant 
mon  nom  accouplé  sur  la  couverture  de  votre  livre 
à  celui  de  Beethoven.  J'ai  revu  l'épagneul  tenant 
compagnie  au  roi  des  forêts.  » 

L'Opéra  de  Munich  prépare  une  reprise  d'Utltal 
de  Méhul.  C'est  dans  cet  ouvrage  que,  voulant 
donner  à  son  orchestre  le  caractère  grave  et 
mélancolique  que  comporte  le  sujet,  Méhul 
imagina  de  supprimer  les  violons  comme  trop 
brillants  et  d'un  trop  riche  éclat.  Deux  parties 
d'altos  divisés  tiennent  lieu  dans  tout  le  cours  de 
l'ouvrage  des  parties  de  premiers  et  seconds 
violons.  Uthal, ]OMé  en  1S06  au  ThéâtreFeydeau, 
n'a  plus  guère  été  joué  depuis  lors  qu'en  i823,  où 
l'on  en  donna  quelques  représentations  à  l'Opéra- 
Comique. 

M.  Nestor  Massart,  l'ancien  premier  ténor  delà 
Monnnie,  vient  de  quitter  Bruxelles  pour  se 
rendre  au  Caire,  où  l'appelle  un  brillant  engage- 
ment au  Théàtre-Khédival.  Il  aura  pour  chef  d'or- 
chestre un  autre  de  nos  compatriotes,  M.  Alexan- 
dre Lagye,  qui  conduisait  naguère  l'orchestre  de 
rAlcazar,à  l'époque  déjà  lointaine  de  la  direction 
Humbert. 

Par  testament  mystique  en  date  du  27  juillet  1887, 
M"ie  Elisabeth-Barbe  Lamarche,  veuve  de  M.  F. 
J.  B.  Dumont,  rentière  à  Liège,  dispose  notam- 
ment comme  suit  : 

Art  4.  «  Je  lègue  à  la  ville  de  Liège  la  somme 
de  cent  mille  francs,  à  charge  par  elle,  à  l'aide  des 
revenus  de  cette  somme,  de  faire  exécuter  de  la 
musique  dite  de  chambre  (trio,  quatuor,  quintette), 
des  meilleurs  auteurs,  dans  le  but  de  propager  le 
goût  pour  te  genre  de  musique. 

»  Ces  concerts,  dont  l'entrée  devra  être  gratuite, 


866 


LE  GUIDE    MUSICAL 


seront  organisés  au  moyen  de  l'Intégralité  desdits 
revenus,  par  les  soins  de  la  commission  adminis- 
trative et  du  directeur  du  Conservatoire.  » 

Un  arrêté  royal  en  date  du  8  octobre  1894 
autorise  le  conseil  communal  de  Liège  à  accepter 
le  legs  repris  ci-dessus. 

Considérant,  toutefois,  qu'il  ne  s'agit  pas,  dans 
l'espèce,  d'une  fondation  en  faveur  de  l'enseigne- 
ment artistique  qui  se  donne  au  Conservatoire  de 
musique,  mais  seulement  de  l'institution  de  con- 
certs gratuits  ayant  pour  objet  d'encourager  la 
pratique  de  l'art  musical  et  de  développer  le  goût 
pour  cet  art,  institution  répondant  aux  besoins 
d'une  grande  ville  et  pouvant,  à  ce  point  de  vue, 
être  considérée  comme  rentrant  dans  la  sphère 
d'activité  de  l'administration  communale,  l'arrêté 
décide  qu'il  appartiendra  à  l'autorité  communale 
de  régler  tout  ce  qui  est  d'intérêt  purement  local, 
l'intervention  du  personnel  du  Conservatoire 
dans  l'organisation  desdits  concerts  ne  pouvant 
être  prescrite  à  titre  obligatoire, mais  seulement  sous 
la  forme  d'un  simple  désir  auquel  il  sera  loisible  à 
l'administration  compétente  de  se  conformer. 

Voilà  une  bonne  aubaine  pour  la  très  musicale 
ville  de  Liège. 

Souhaitons  que  ce  généreux  exemple  trouve  des 
imitateurs  ailleurs  qu'à  Liège. 

Le  nombre  des  élèves  s'accroissant  très  sen- 
siblement au  Conservatoire  de  Genève,  la  création 
d'une  nouvelle  classe  de  piano,  du  degré  supérieur, 
a  été  décidée.  Jusqu'ici,  cet  établissement  n'en 
avait  qu'une,  dirigée  par  Willy  Rehberg,  le  brillant 
pianiste  et  savant  chef  d'orchestre.  Pour  cette 
nouvelle  classe,  le  comité  directeur  a  choisi 
M"^  Janiszewska,  qui,  au  concert  classique,  en 
novembre  dernier,  avait  été  très  remarquée,  pro- 
duisant une  impression  très  vive  et  très  profonde. 
Elle  commencera  son  professorat  le  !"■  février 
prochain,  au  début  du  second  semestre. 


NÉCROLO  GIE 

Est  décédé  : 

A  Vienne,  samedi  dernier,  Alphonse  Czibulka, 
le  chef  d'orchestre  et  compositeur,  dont  la  musique 
de  danse  surtout  était  populaire  en  Autriche- 
Hongrie  et  en  Allemagne.  Une  de  ses  œuvres, 
Stéphanie-Gavotte,  composée  lors  du  mariage  de  l'ar- 
chiduc Rodolphe  avec  la  princesse  Stéphanie  de 
Belgique,  a  fait  son  tour  d'Europe. 

Après  avoir  conduit  les  orchestres  de  divers 
théâtres  en  Autriche  et  celui  du  Carltheater  à 
Vienne,  Czibulka  avait  été  appelé  à  diriger  la 
musique  militaire  du  19"  régiment  d'infanterie,  à 
la  tète  de  laquelle  il  fit  plusieurs  tournées  artisti- 
ques à  l'étranger. 

Czibulka  était  Hongrois  de  naissance.  Il  meurt 
à  cinquante-deux  ans,  laissant  plus  de  trois  cents 
pièces  de  musique  et  quelques  opérettes  dont  plu- 
sieurs se  sont  maintenues  au  répertoire  des 
théâtres  de  Vienne,  mais  n'ont  point  passé  à 
l'étranger. 

—  On  nous  prie  d'annoncer  aux  amis  et  con- 
naissances de  la  famille  Schott,  que  la  translation 
des  restes  de  M.  Pierre  Schott  de  Paris  au  caveau 
de  la  famille  à  Ixelles,  aura  lieu  mardi  6  novembre. 
On  se  réunira  à  la  gare  du  Midi,  sans  autre   avis. 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  i3,  rue  du  Mail 


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Editeurs,    48,    Montagne    de  la    Cour,   45 


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DVORAK.  Op.  96,  Quatuor  à  cordes,  en /a.     .     .     .     Partition     net 

Parties  « 

—  Op.  go,  Dumka,  Trio  pour  piano,  violon  et  violoncelle     » 
VAN  DAM.    Les  Clochettes  bleues,  Mélodie  pour  chant     ...» 

—  Pour  un  seul  Mot,  chanson  pour  une  voix  ....       » 
VASTERSAVENDTS.  Op.  g,  Deux  Etudes  de  concert,  pour  piano    » 


PIANOS  BECHSTEIN. 


PIANOS  BLUTHNER 


HARMONIUMS     ESTEY 
PIANOS    D'OCCASION    —    PIANOS     EN     LOCATION 


LE  GUIDE  MUSICAL 


867 


Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  28  octobre  au 
5  novembre  :  La  Traviata.  Coppelia.  Samson  et 
Dalila.  Werther  et  Farfalla.  Samson  et  Dalila  Roméo 
et  Juliette.  Le  Barbier  de  Séville. 

Dimanche,  Faust  ;  lundi,  Samson  et  Dalila.  Au  premier 
jour,  Philémon  et  Baucis.  A  l'étude  :  le  Portrait  de 
Manon.  La  Navarraise.  L'Enfance  de  Roland. 

Galeries  —  Miss  Dollar. 

Alcazar  royal.  —  Bruxelles  sans-gène 

CoNCERTS-ScHOTT.  —  Jeudi  8  novembre,  à  8  heures  du 
soir,  séance  du  Quatuor  à  archets  de  Francfort,  com- 
posé de  MM.  Hugo  Heermann  (premier  violon)  ; 
F.Bassermann  (deuxième  violon);  Koning  (alto)  ;  Hugo 
Becker  (violoncelle).  Programme  :  Quatuor,  op  5i, 
n"  2, /a  mineur  (J.  Brahms);  Sonate  pour  violoncelle 
solo,  M.  Hugo  Becker  (Locatelli);  Adagio,  mi  majeur 
(Mozart)  ;  Deux  danses  hongroises,  M.  Hugo  Heer- 
mann (Brahms  Joachim)  ;  Quatuor,  op,  59,  n"  2,  mi 
mineur  (Beethoven) . 

Berlin 

Opéra.  —  Du  28  octobre  au  5  novembre  :  Le  petit 
Haydn.  Hsensel  et  Gretel  Lohengrin.  Falstaff.  Le 
petit  Haydn.  Hsensel  et  Gretel  Don  Juan  Le  petit 
Haydn.  Hsensel  et  Gretel  Le  Prophète.  Haensel  et 
Gretel.  Les  Saisons.  Les  Maîtres  Chanteurs  de 
Nuremberg. 

Dresde 

Opéra  —  Du  3o  octobre  au  4  novembre  :  Les  Fol- 
kunger.  Freischûtz.  Tannhéeuter.  Rienzi,  Fidelio. 


Marseille 

Association  artistique  de  Marseille,  chef  d'orchestre 
M.  Jules  Lecocq.  Programme  du  concert  du  4  no- 
vembre :  I.  Ouverture  de  Freischûtz  (Weber):  2. 
Concerto  de  Beethoven  pour  violon  (M"'-  Roussillon 
Milliet);  3.  La  Chevauchée  des  Walkyries  (Wagner); 
4.  Rapsodie  Norvvégienne  (Lalo);  5  Phaéton,  pour 
symphonique  (Saint  Saëns);  6  Mazurka,  Wieniiwski 
(Mi'«  Roussillon-Millieti;  7  Danse  slave  (Chabrier). 
Paris 

Opéra  —  Du  3o  octobre  au  4  novembre  :  La  Walkyrie 
Othello.  Faust.  Othello. 

Opéra-Comique.  —  Du  3o  octobre  au  4  novembre  : 
Manon.  Carmen.  Falstaff  Mignon. 

Concerts-Lamoureux.  —  Dimanche  4  novembre,  à 
I  h.  1/2  Symphonie  en  ul  de  Mozart;  Air  d'Adria- 
no  I Rienzi),  de  R.  Wagner,  chanté  par  Mme  Materna; 
Prélude d'Hasnsel  et  Crepel.de  Humperdinck;  Ouver- 
ture de  Sapho,  de  Goldmark  ;  Fragments  de  Tristan 
et  Iseult,  prélude  et  mort  d'Iseult  (M^e  Materna); 
Huldigunge  Marsch  iR.  Wagner). 

Concerts-Colonne  — Dimanche  4  novembre,  à  2  h.  1/4 
très  précises  Première  partie  :  Symphonie' pastorale 
(Beethoven);  la  Marguerite  au  rouet  (Schubert);  Mélo- 
die orchestrée  par  M.  Ambroise  Thomas  :  M'i'e  Mar- 
cella  Pregi;  Peer  Gynt,  suite  d'orchestre  (Ed.  Grieg). 

Deuxième  partie  :  Wallenstein.  trilogie  (V.  d'Indyi  : 
Caprice  arabe,  première  audition;  Scherzo  (C.  Saint- 
Saëns,  pour  deux  pianos,  par  MM.  Louis  Diémer  et 
Edouard  Risler;  Lamento  (G,  Fauré);  Procession 
(C.  Franck I,  par  MUe  Marcella  Pregi;  Deuxième 
rapsodie  hongroise  (F.  Liszt),  orchestrée  par  M  Mul- 
1er  Berghaus. 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 
OUYEAGES   THÉORIQUES    ET  D'Eî^SEIGjSTEÎTENT 

TRAITÉ  PRATIQUE 

D'INSTRUMENTATION 

PAR 

ERNEST   GUIRAUD 

MEMBRE  DE  L'INSTITUT 

Professeur  de  composition  au  Conservatoire  National  de  musique  et  de  déclamation 

Cet  ouvrage  contient  go  exemples  des  grands  maîtres  anciens  et  modernes 

de  toutes  les  écoles  et  de  tous  les  pays 

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PRINCIPES  dY~uIeCTURE  MUSICALE 


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Ouvrage  recommandé  pour  la  première  éducation  musicale 

Par  MM.  GOUNOD,  MASSENET,  DELIEES,  GUIRAUD,  DUBOIS,  GODARD,   DIÉMER,  etc 

PRIX   NET   :   50  CENTIMES 

(II  est  fait  de  grands  avantages  aux  Maisons  d'éducation  pour  cet  ouvrage  pris  par  nombre) 


ses 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Vienne 
Opéra.  —  Du  29  octobre  au  5  novembre  :  L'Africaine. 
I  Pagliacci  et  Puppenfee.  Werther.  Robert  le  Diable. 
Fra  Diavolo.  Le  Barbier  de  Séville  et  Valse  Viennoise. 


Les    Maîtres    Chanteurs  de    Nuremberg.  Autour    de 
Vienne  (ballet). 
An   der    Wien.    —  Du   29   octobre    au    5    novembre  ; 
Jakuba.  Les  Cloches  de  Corneville  et  la  belle  Hélène. 


V'^  LÉOPOLD  MURAILLE,  éditeur  a  liege  (Belgique) 


D^'posïlaire  unique  de  l'Fditïon  l'ayne 

(partitions  dk  poche  pour  la  musique  de  chambre) 
DETHIER,  Gaston.  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue. 

—  Prélude  sur  le  Dies  Irœ  pour  grand  orgue 

—  Romance  pour  violon  et  piano       ..... 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano. 
LEKEU,  G""^.  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties 

partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano 
—  Trois  pièces  pour  piano  ....... 

RAWAY  Erasme.  Scènes  HindotLCS,  poème  symphonique  en  quatre  parties 
réduction  à  quatre  mains       ..... 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  d'après  Hsendel,  pour  violon  et  piano 
—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano 

Kiivoi     franco     des     catalogues 


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MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

PARIS 

Propriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKOWSKY,  GOTTSCHALK,  PRUDENT,  ALARD 
des    ARCHIVES  DU  PIANO  et  de  la  CÉLÈBRE  METHODE  DE  PIANO  A.  LE  CARPENTIER 
Seuls  dépositaires  de  l'EDlTION  CHARNOT,  spécialement  consacrée  à  la  MUSIQUE  DE  VIOLON 


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MÉTHOOES,  TRMTÉS,  îOLFÈGEi 
ET  EXERCICES  DIVERS 

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chant  et  de  vocalisation 
adoptée  dans  tous  les  Con- 
servatoires (2=  édition)  .      .   25     >) 

Aulagnier,  A.  A  B.  C.  de 
l'harmonie,  méthode  très 
élémentaire  (2''  édition)       .     3     » 

—  Traité  des  intonations,  mé- 
thode théorique  et  pratique 
pour  prendre,  avec  la  même 
lacilité,  toutes  les  intona- 
tions,même  les  plus  bizarres 
ei  les  plus  étranges;  com- 
plément indispensable  de 
tous  les  solfèges  qui  existent 

(2"  édition) 2     » 

Bax  (Saint  Yves),  professeur 
au  Conservatoire  Exercices 
journaliers  pour  la  voix,  em- 
ployés dans  tous  les  Conser- 
vatoires (20''  édition)  .  20  » 
Bussine,  R.  Professeur  au 
Conservatoire.  Pages  d'exer- 
cice pour  la  voix  (5<i  édi- 
tion)     20     » 

—  Pages   de   vocalises  pour 

la  voix  (2*  édition)    .      .      .    10     » 
Coh.en,  L..  Solfège     .      .     .   i5     » 
Cuelenaere,    P.    Méthode 
pour   apprendre    à    soltier 
simultanément  dans  toutes 

■    les  clés n  "j'i 

Donne,  L.  Professeur  au 
Conservatoire.  Théoris  mu- 
sicale (Cours  élémentaire). 


Net 
Questionnaire     .... 

Réponses 

Dtirand,  E.  Professeur  au 
Conservatoire,  Solfège  élé- 
mentaire et  progressif,  théo- 
rique et  pratique,  avec 
accompagnement  de  piano, 
inscrit  sur  la  liste  des  ou- 
vrages fournis  gratuitement 
par  la  Ville  de  Paris  à  ses 
écoles  communales,  2°  édi- 
tion       

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Le   même,   sans    accompa- 
gnement, 5<'  édition. 
Cartonnage 

—  Questionnaire,  marchant 
parallèlement  avec  le  sol- 
fège précédent     .... 

—  Leçons  de  solfège,  pour 
les  voix  graves  d'enfant,  cor- 
respondant aux  exercices 
du  même  solfège .... 

—  Solfège  à  deux  voix  égales 
(clé  de  sol),  élémentaire  et 
progressif,  avec  accompa- 
gnement de  piano,  inscrit 
sur  la  liste  des  ouvrages 
fournis  gratuitement  par  la 
Ville  de  Paris  à  ses  écoles 
communales,  2^  édition. 
Cartonnage   .... 

—  Le  même,   sans  accompa 
gnement,  3"  édition. 
Cartonnage    .... 

—  Solfège  mélodique  et  pro 
gressif,  pour  l'étude  des 
trois  clés  à'ut  usitées,  avec 
accompagnement  de  piano, 
faisant  suite  au  solfège  élé- 
mentaire, 2°  édition. 


fr, 
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»  75 


6     » 
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2  5o 
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Cartonnage    .     .           .      .     »  3) 
Le   même,   sans  accompa- 
gnement, y  édition  ...21 
Cartonnage »  2: 

—  Traité  de  transposition  au 
piano(théorique  et  pratique)     5     ) 

Duvernoy,  H.  Professeur 
au  Conservatoire,  36  leçons 
de  solfège  à  changement  de 
clés  (ouvrage  couronné  par 
l'Institut) 3o     ) 

Maury- Renaud  Profes- 
seur au  Conservatoire.  Le- 
çons de  solfège  à  change- 
ments de  clés,  composées 
pourpes  e.xamens  supérieurs 
de  chant  de  la  Ville  de 
Paris I  5c 

—  Solfège  manuscrit  à  chan- 
gements de  clés  .      .      .      .     6     > 

Rougnon  Paul, professeur 
au  Conservatoire.  Solfèges 
manuscrits  à  changements 
de  clefs(enseignement  supé- 
rieur)suivis  dans  les  classes 
du  Conservatoire  de  Paris. 

IT  volume,  40  leçons,  moyen- 
nes, difficiles  et  assez  diffi- 
ciles, dédiées  à  M.  J.  Mas- 
senet. 

2'=  volume,  27  leçons,  dédiées 
à  M.  Ambroise  Thomas, 

3"  volume,  29  leçons,  dédiées 
à  Théodore  Dubois  (diffi- 
ciles), , 

4«  volume,  3o  leçons,  dédiées  à 
M.  Ambroise  Thomas  (diffi- 
ciles et  très  difficiles). 

Chaque  volume  grand  f,  net    5    « 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Salle  de  la  Société  royale  «  LA  GRANDE-HARMONIE  »,  rue  de  la  Madeleine 

TROIS   CONCERTS   CLASSIQUES 

ORGANISÉS    PAR 

SCH07T TRÈRES,  éditeurs,  82,  Montagne  de  la  Cour 


Ces  Séances  Musicales,  au  nombre  de  trois,  se  donneront, comme  de  coutume,  dans  la  Salle  de  la  Société 
Royale  n  La  Grande- Harmonie  »,  rue  de  la  Madeleine,  aux  dates  suivantes  ; 

PREMIÈRE  SÉANCE,  jeudi,  8   novembre  1894,  à   8   heures    du    soir,  avec   le  concours   du   célèbre 
Quatuor  à  archets  de  Francfort,  composé  de 

MM.  Hugo  Heermann  (violon  J)  .  MM   Naret,  Koning  l'ait  A 

F.  Bassermann  (violon  II)  I  Hugo  Becker  (violoncelle) 

DEUXIEME  SÉANCE,  samedi,   24  novembre,  à  8  heures  du  soir,  avec  le  concours  de 
M'ii'  Clotilde  Kleeberg,  pianiste, 
et  du  trio  vocal  des  Dames  hollandaises 

(Annette  de  Jong,  Anna  Corver  et  Marie  Snyders). 
TROISIÈME  SÉANCE,  samedi,  i5  décembre,  à  8  heures  du  soir,  avec  le  concours  de 
MM.   Eug.   d'Albert,   pianiste  et 

Ed.  Jacobs,  violoncelliste,  professeur  au  Conservatoire  royal. 
Les  souscriptions   aux  trois  Concerts  seront  reçues    dès   ce   jour  dans  nos  Magasins,   Montagne  de  !a 
Cour,  82,  aux  conditions  suivantes  : 

Prix  des  places  pour   l'abonnement  des  trois  Concerts  ; 
Places  numérotées  (nef  centrale).      .      .     fr.   18  —  1   Places  non  numérotées  (fond  de  la  salle),     fr.  12  — 
Galeries  numérotées  et  estrade    ...      »    18  —   I   Galeries  de  côté  (non  numérotées)     .     .       »     7  5o 

Prix  des  places  pour  chaque  Concert  : 
Places  numérotées  (nef  centrale)  .      .     .     fr.  7  —  1   Places  non  numérotées  (fond  de  la  salle),     fr.  4  — 
Galeries  numérotées  et  estrade.     .      .      .      »    7  —   I   Galeries  de  côté  (non  numérotées).     .      .      »    3  — 


Paris,  ALPHONSE  LEDUC,  Editeur,  3,  rue  de  Grammont. 

NOUVEAUTÉS    MUSICALES 


MUSIQUE  POUR  PIANO 

Prix  Nets 

ANTHIOME  (E.)  Elégance,  valse 2  — 

DESLANDRES  (Ad.)  Air  de  ballet 2  — 

DIÉMER(L.)  Op.  43.  Pièce  en  forme  de  menuet  i  35 
—             Op.  44.  Réveil  sous  bois,  étude  de 

concert 3   — 

GALEOTTI  (C.)  Op.  89.  Hallucination.     ...  i  65 
HUE  (G.)  Sérénade  (jouée  au  i"  acte  des  Roma- 
nesques)   I     » 

RATEZ  (E.)  Op.  27.  Sept  canons  à  tous  les  inter- 
valles.    ...  2  — 

MUSIQUE    INSTRUMENTALE 
DALLIER  (H.)  Messe  nuptiale,  six  pièces  pour 

orgue-harmonium 2  — 

SALOMÉ  (Th.)  Douze  pièces  pour  grand  orgue  .     S  — 
SCHVARTZ  (E.)  Aubade,  trio  pour  piano,  violon 

et  violoncelle   . 2  5o 


CHANT  ET  PIANO 

Prix  nets 

(Chaque  mélodie  existe  en  deux  ions) 

DUBOIS  (Th.)  Chanson  de  Printemps,  mélodie  .  i  35 

—  Extase,  mélodie i  65 

Galop,  mélodie 2  — 

—  Rondel,  mélodie i  35 

LEROUX  (X  )  A  un  Enfant,  mélodie     .      .     .     .  i  — 

—  Chrysanthème,  mélodie  ....  i  65 

—  Sérénade i  35 

MISSA  (Ed.)  Le  Marchand  de  sable,  petit  chœur 

à  une  ou  deux  voix  (ad  lib.)    ...  i  25 

Le  même,  sans  accomp'  (f  in-8")     .  »  25 
—           Les  Petits  Loups,  petit  chœur  à  une 

ou  deux  voi-x  (ad  lib.) I   25 

Le  même,  sans  accomp'  (ft  in-80)      .  »  25 
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Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Guy  Ropartz  —  J.  Manskopf 
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Maurice  Kufferath 

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SOMMAIjRB 

H.  Alvin   et  R.   Prieur.    —    Métronomie 
expérimentale  (suite). 

Richard    Wagner.  —   Lettres   à  Auguste 
Rœckel  (Traduction  de  M.  Maurice  Kufferath). 

€l)roniqut  ôe  la  Semaine  :  Paris  :  Concerts-Colonne, 
H.  Imbert;  Concerts-Lamoureux,  E.  Thomas. 

—  Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  Reprise  du  Barbier  de  Séville,  J.  Br. 

-  Quatuor  Hugo  Heermann.  —Nouvelles  diverses. 
Corrrsponâaucce  :  Amsterdam.  —  Anvers.   —  Gand, 

première  de  Dimitri.    -  Leipzig.  —  Liège.  —  Mar- 
seille. 

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A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Haertel  ,Great  Malborought 
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40"  ANNÉE.  —  Numéro  46. 


II  Novembre  18 


MÉTRONOMIE  EXPERIMENTALE 

(Suite).  —  Voir  les  nos  4^  et  45 

(Reproduction    interdite) 

*^ 

LE  QUATUOR 

Depuis  le  solo  non  accompagné  jusqu'à 
l'œuvre  lyrique  avec  orchestre,  soli  et 
chœurs,  la  composition  musicale  revêt  des 
formes  très  diverses,  toutes  sujettes  à 
l'ordre  dans  leur  durée  et  susceptibles,  par 
suite,  de  faire  l'objet  d'une  étude  métrono- 
mique  expérimentale.  Mais  il  est  une  de 
ces  formes  dont  l'examen  nous  a  paru  le 
moins  intéressant  et  que  nous  avons  exclue 
à  peu  près  complètement  de  nos  investi- 
gations; c'est  la  plus  simple,  celle  du  solo. 
Sans  doute,  il  peut  être  curieux  de  noter  et 
d'indiquer  comment  tel  ou  tel  grand  vir- 
tuose comprend  et  nuance  les  allures  de  tel 
ou  tel  morceau;  si,  dans  des  exécutions 
successives,  il  reste  toujours  constant  avec 
lui-même,  ou  si,  au  contraire,  il  a  plusieurs 
manières  métronomiques.  Il  ne  serait  pas 
indifférent  non  plus  de  comparer,  au  même 
point  de  vue,  les  exécutions  d'un  même  solo 
par  deux  virtuoses  différents.  Toutefois,  il 
semble  difficile  de  tirer  de  là  autre  chose 
que  la  constatation  de  faits  individuels  se 
prêtant  peu  à  la  généralisation. 

Il  n'en  est  pas  de  même  pour  les  œuvres 
d'ensemble  et  particulièrement  pour  les 
œuvres  classiques.  Ici,  nous  devenons 
d'autant  plus  sévères  que  notre  culture 
musicale  est  plus  avancée.  Nous  ne  tolérons 
pas  aisément  les  altérations  expressives  et 
rythmiques  du  texte.  Nous  aimons  que  l'in- 


terprète soit  chaleureux  et  communicatif  ; 
mais  nous  lui  demandons  avant  tout  une 
fidélité  rigoureuse.  Son  individualité,  par- 
fois dominante  dans  le  solo,  doit  ici  s'effacer 
à  l'arrière-plan.  Ses  efforts  et  ceux  de  ses 
collaborateurs  convergent  vers  un  but 
commun,  l'œuvre  elle-même,  situé  en  de- 
hors et  au-dessus  de  chacun  d'eux.  On  doit 
donc  attendre,  dans  ce  cas,  de  l'étude 
expérimentale  quelque  chose  de  mieux  que 
la  constatation  pure  et  simple  de  faits  indi- 
viduels; on  peut  espérer  y  découvrir  des 
phénomènes  d'ordre  et  d'intérêt  généraux. 

Tels  sont  les  motifs  qui  nous  ont  con- 
duits à  étudier  spécialement,  au  point  de 
vue  de  la  métronomie  d'exécution  :  1°  les 
œuvres  classiques  de  musique  de  chambre; 
2°  les  œuvres  symphoniques  ;  3''  les  œuvres 
13'riques. 

Il  nous  paraît  utile  d'indiquer  tout  d'abord 
au  lecteur,  par  un  exemple  isolé,  la  forme 
sous  laquelle  nous  présenterons  les  résul- 
tats de  nos  constatations.  Nous  choisirons 
le  premier  temps  du  Quatuor  à  cordes  de 
Beethoven  n°  XI,  op.  gS,  sans  nous  préoc- 
cuper, quant  à  présent,  d'aucune  compa- 
raison entre  différentes  exécutions  du 
morceau.  Il  a  une  étendue  totale  de  i5o 
mesures  à  4  temps.  Allegro  cou  brio.  Il 
débute  par  un  thème  vigoureux,  posé 
parallèlement  aux  quatre  instruments  : 


Après  le  forte  du  début  (5  mesures),  se 
succèdent  des  contrastes  très  accusés  de 
douceur  et  d'énergie,  jusqu'à  la  dernière 
rentrée  du  thème  initial  page  8  (i).  Le  fortis- 
simo suivant,scandé  parles  croches  figurées 
au  premier  violon  et  au  violoncelle,  et 
grandiosement  accentué  sur  les  temps  fai- 
bles par  le  second  violon   et  l'alto,  cons- 


(i)  Partition,  édition  Peters,  no  io23  c. 


876 


LE  GUIDE  MUSICAL 


titue  le  point  culminant  du  morceau;  la 
coda  s'éteint  dans  le  pp  après  un  dimi- 
nuendo  sur  le  thème  initial. 

Malgré  les  alternatives  des  nuances  sono- 
res qui  correspondent  aux  différents  motifs, 
le  travail  thématique  est  tellement  continu 
qu'on  est  porté  à  assigner  d'avance  à  l'allure 
métronomique  une  assez  grande  fixité. 
Nous  aurons  probablement  à  constater, 
dans  une  bonne  exécution,  des  écarts  assez 
faibles  du  mouvement  autour  d'une  valeur 
moyenne. 

Définissons,  sur  cet  exemple,  ce  que  nous 
entendons  par  mouvement  métronomique 
général  d'exécution.  L'allégro  dont  il  s'agit 
ici  comprend  i5o  mesures  à  4  temps  (sans 
compter  l'accord  final),  et  l'exécution  que 
nous  allons  citer  a  duré  deux  cent  quatre- 
vingt-six  secondes.  Il  passe  donc  600  noires 
en  deux  cent  quatre-vingt-six  secondes  ;  d'où 
l'on  déduit,  par  un  calcul  simple,  que  le 
mouvement  métronomique  général  de  cette 
exécution  a  été  J  =  126.  Cela  veut  dire 
que  l'allure  moyenne  126  à  la  noire  étant 
mathématiquement  observée  d'un  bout  à 
l'autre  du  morceau,  sa  durée  totale  serait 
précisément  de  deux  cent  quatre-vingt-six 
secondes. 

Mais,  de  même  que  l'indication  J  =  126 
inscrite  en  tête  d'un  morceau  n'obligerait 
pas  fatalement  l'exécutant  à  s'y  conformer 
d'une  manière  rigoureuse  à  chaque  mesure, 
de  même  cette  allure  ainsi  calculée  ne 
donne  qu'une  idée  d'ensemble  des  vitesses 
observées  dans  l'exécution.  Si  donc,  au  lieu 
de  nous  borner  à  la  durée  totale,  nous 
observons  les  durées  partielles  de  divers 
fragments  de  l'œuvre  et  que  nous  calculions 
isolément  leurs  allures  locales,  nous  devons 
nous  attendre  à  trouver  des  degrés  mé- 
tronomiques  variables,  tantôt  supérieurs, 
tantôt  inférieurs  à  126. 

Ce  seront  là  des  mouvements  métronomi- 
ques  locaux,  s'écartant  plus  ou  moins  de  la 
moyenne  générale. 

Comme  il  serait  impossible,  —  ou  du 
moins  fort  difficile,  et  d'ailleurs  peu  utile, — 
de  constater  la  durée  de  chaque  note  ou 
même  parfois  de  chaque  mesure  isolée,  on 
comprend  que  ces  mouvements  locaux 
calculés  sont  eux-mêmes  des  moyennes  ; 


mais  chacun  d'eux  s'applique  à  un  nombre 
de  mesures  relativement  peu  considérable 
et  caractérise  ainsi,  exclusivement,  l'allure 
d'un  fragment  et  non  du  morceau  tout 
entier. 

Ainsi,  par  exemple,  dans  l'exécution  qui 
nous  occupe,  nous  avons  mesuré,  à  l'aide 
d'instruments  assez  précis,  le  temps  qui 
s'écoule  depuis  l'attaque  jusqu'au  troisième 
temps  de  la  cinquième  mesure  (A)  : 


(A)         cf= 

Cette  durée  a  été  de  huit  secondes.  Le 
mouvement  local  du  début  a  donc  été 
J=  i35,  tandis  que  le  mouvement  général 
n'a  été  que  126. 

Le  tableau  ci-après  donne  les  mouve- 
ments moyens  observés  pour  quatorze 
fragments  différents  du  premier  temps  du 
m^  Quatuor.  Nous  espérons  qu'après  les 
explications  précédentes  la  lecture  du  ta- 
bleau sera  facile. 


PARTITION 

Pages 

lignes  et 

nos  des 

mesures 

MORCEAUX 

(Beethoven,  Xle  Quatuor, 
op.  95) 

Mouvements 

métrono- 

miques 

observés  à 

l'exécution 

Allegro  con  brio,  4  temps 

Noire  = 

Attaque  et  5  mesures  forte 
fer  fragment 

i35 

2—3—1 

sf  puis  p 
2"  fragment 

120 

2—4—1 
3 — I     3 

3e  fragment 

120 

4e  fragment 

120 

3-4-3 
4—4—2 
5—2—1 

5e  fragment 

120 

6e  fragment 

126 

7e  fragment 

125 

5—5—1 

S"  fragment 

127 

6-2-4 

7—2—1 
7—4—1 

8-5-4 
8—5 

ge  fragment 

125 

loe  fragment 

129 

ne  fragment 

III 

12e  fragment 

128 

i3e  fragment 
p,  sf  et  grand  forte 

i36 

14e  fragment 

120 

LE  GUIDE  MUSICAL 


877 


Comme  il  était  facile  de  le  prévoir,  les 
mouvements  locaux  sont  restés  à  l'exécu- 
tion peu  différents  du  mouvement  général 
J  =126.  Le  maximum  est  J  =  i36,  pour  le 
l3">«  fragment,  le  minimum  J  =  1 1 1  pour 
le  li™«  (écarts  respectifs  10  en  plus  et  i5  en 
moins).  On  remarquera  particulièrement  : 

I»  L'allure  de  l'attaque  J  =  i35,  à  laquelle 
succède  le  mouvement  très  légèrement 
plus  lent  J=  120.  Cette  nuance  n'est  point 
prescrite  par  une  indication  formelle  (telle 
que  piîl  lento,  rallent.,  etc.),  mais,  dans  de 
pareilles  limites,  elle  est  bonne,  ration- 
nelle, satisfaisante  à  l'audition  (bien  que 
l'oreille  seule  s'en  rende  difficilement 
compte).  Il  est,  en  effet,  naturel  et  comme 
instinctif  (nous  aurons  d'ailleurs  l'occasion 
de  le  constater  souvent)  que  le  mouvement 
se  précipite  légèrement  sur  l'attaque  pas- 
sionnée et  forte,  puis  qu'il  se  modère 
légèrement  aussi,  mais  sans  grande  altéra- 
tion de  la  carrure  générale,  sur  les  mesures 
calmes  et  piano  qui  suivent. 

La  concomitance  d'une  petite  accéléra- 
tion effective  avec  les  indications  dyna- 
miques cresc,  sfz.,  etc.,  et  d'un  petit 
ralentissement  avec  les  dépressions  de 
sonorité  p,  pp,  dolce,  etc.,  est  un  phéno- 
mène très  fréquent. 

2°  Le  point  culminant  métronomique, 
J=i36,  pendant  le  i3^  fragment.  Le  simple 
examen  de  la  partition  permettait  de  con- 
jecturer que  ce  point  correspondrait  bien 
au  grand  forte  de  la  page  8. 

Rien  n'est  plus  simple  que  de  mettre  en 
évidence,  par  des  mesurages  détaillés,  la 
permanence  ou  Tirrégularité  accidentelle 
de  l'allure  à  des  passages  spéciaux  de  la 
partition,  par  exemple  :  lorsqu'un  instru- 
ment prend  momentanément  la  direction 
du  quatuor,  soit  comme  soliste  absolu,  soit 
sur  un  très  simple  accompagnement  des 
autres;  lorsque,  après  une  altération  mar- 
quée du  mouvement,  on  doit  revenir  à 
l'allure  primitive;  lorsqu'une  ou  plusieurs 
parties  entrent  successivement  dans  l'en- 
semble, etc.  C'est  dans  ces  fragments  spé- 
ciaux que  se  trahissent  surtout  les  incor- 
rections ou  que  se  manifestent, au  contraire, 
la  carrure,  la  sécurité  de  l'ensemble,  ainsi 


que  les  qualités,  les  tendances  individuelles 
des  exécutants. 

Nous  citerons  immédiatement  quelques 
exemples  de  ces  points  spéciaux  pour  bien 
fixer  les  idées  du  lecteur.  Les  deux  pre- 
miers sont  tirés  des  résultats  constatés  lors 
d'une  exécution  du  XP  quatuor  de  Bee- 
thoven, op.  95  (celle  qui  nous  a  déjà  servi 
pour  le  tableau  précédent)  ;  ils  sont  relatifs 
à  l'influence  exercée  sur  l'allure  générale 
par  l'arrivée  d'un  solo  de  quelques  me- 
sures. 

1"  Exemple.  —  Allegretto  ma  non  trop- 
po  2/4  de  l'op.  g5  (partition  Peters,  page  g, 
ligne  5).  Pendant  environ  quatre  mesures, 
l'alto  dit  en  solo  le  thème  suivant,  qui  entre 
successivement  aux  autres  parties  : 


Nous  avons  mesuré  isolément  les  durées 
d'exécution  :  i"  de  quelques  mesures  précé- 
dant le  solo  d'alto,  fragment  (i)  ;  2°  du  solo 
lui-même,  fragment  (2)  ;  3°  de  quelques 
mesures  suivant  le  solo,  fragment  (3).  Nous 
avons  ensuite  calculé,  comme  il  a  été  expli- 
qué, les  mouvements  métronomiques  qui  se 
déduisent  de  ces  durées  pour  les  fragments 
(i),  (2)  et  (3);  nous  avons  ainsi  trouvé  les 
allures  suivantes  : 

Fragment  (i) J  =  65 

Fragment  (2)  solo   .     .     .     .     J  =  60 
Fragment  (3) J  =  63 

Ces  trois  nombres  sont  tellement  voisins 
que  les  différences  d'allures  qu'ils  caracté- 
risent sont,  en  pratique,  à  peu  près  insai- 
sissables. Ainsi,  dans  ce  cas,  l'alto  a  chanté 
librement  son  thème  sans  pour  cela  modifier 
d'une  manière  appréciable  la  carrure  anté- 
rieure. 

2'  Exemple.  —  Que  le  lecteur  veuille  bien 
maintenant  se  reporter  à  V Allegro  assai 
vivace  ma  serioso  3/4  du  même  quatuor  (par- 
tition Peters,  page  16,  lignes  2  et  3).  Le 
premier  violon  parle  seul,  pendant  la  durée 
de  deux  noires  et  trois  mesures  : 


878 


LE  QUIDU  MUSICAL 


Vlonno  I.  (1) 


^Nous  avons  mesuré  les  durées  :  i"  d'un 
court  fragment  (i)  précédant  le  solo  ;  2"  du 
solo  du  i^"'  violon  (2);  3°  d'un  court  frag- 
ment (3)  suivant  ce  solo.  Et  nous  avons 
obtenu  : 

Fragment  (i) ,1=164 

Fragment  (2)  solo   .     .     .     .    J=i8o 

Fragment  (3) J  =  167 

Entre  le  premier  et  le  dernier  de  ces 
résultats  la  différence  est  insaisissable  à 
l'oreille  et  les  instruments  de  mesure  peu- 
vent seuls  la  révéler.  Au  contraire,  l'allure 
du  I"  violon  devenu  momentanément  soliste 
passe  de  164  à  180.  L'effet,  déjà  sensible 
pour  l'auditeur  exercé,  est  bien  mis  en 
relief  par  le  mesurage.  Nous  nous  bornons 
ici  à  le  constater,  laissant  au  lecteur  le  soin 
d'apprécier  s'il  se  justifie  par  le  caractère 
du  morceau  ou  par  les  indications  de 
l'auteur. 

3^  Exemple.  —  Il  est  tiré,  ainsi  que  le 
suivant,  d'une  exécution  du  XIV'=  quatuor 
de  Beethoven  op.  i3i  (v.  Partition  Peters, 
vol.  I023  d).  Le  morceau  n^  i  de  ce  qua- 
tuor. Adagio  ma  non  troppo  e  molto  espres- 
sivo (Alla  brève),  fugué  avec  intermèdes 
libres,  débute  par  un  thème  douloureux  de 
quatre  mesures  exposé  tout  d'abord  par  le 
premier  violon  seul.  Aux  intervalles  nor- 
maux de  quatre  mesures  entrent  successi- 
vement le  deuxième  violon,  l'alto  et  le 
violoncelle  (nous  nous  bornons  à  trans- 
crire ici  quelques  mesures  des  parties  des 
violons)  : 


Nous  avons  noté  d'abord,  pendant  l'exé- 
cution, la  durée  occupée  par  le  solo  entre 
les  points  A  et  B.  Nous  avons  trouvé  que 
cette  valeur  de  seize  noires  durant  douze 
secondes,  il  en  résultait  que  le  premier 
violon  dessinait  l'allure  à  J  =  80.  Comment 
au  delà  de  B,  cette  allure   allait-elle  être 


respectée  par  le  deuxième  violon?  Il  suffisait, 
pour  s'en  rendre  compte,  de  noter  le  mou- 
vement local  après  son  entrée.  Or,  ce  nou- 
veau mesurage  à  donné  non  plus  J  =  80, 
mais  J  =  58.  L'arrivée  de  la  deuxième 
partie  a  donc  occasionné  un  ralentissement 
sensible,  mais  à  vrai  dire,  pour  bien  peu  de 
temps.  En  effet,  après  l'attaque  de  l'alto, 
un  troisième  mesurage  du  mouvement  local 
nous  donne  J  =  80,  c'est-à-dire  l'allure 
même  du  début;  et, à  partir  de  ce  moment, 
l'exécution  se  maintient  au  voisinage  de  80, 
sans  qu'on  y  rencontre  aucun  ralentisse- 
ment au-dessous  de  J  =  76. 

4==  Exemple.  —  Celui-ci  s'applique  à  la 
fin  de  V Adagio  ma  non  Iroppo  e  seuiplice  QI4 
du  XIV'=  quatuor  (pages  20  et  21  de  la  par- 
tition). Les  nuances  marquées  pour  les 
deux  fragments  que  nous  considérons  sont  : 
cresc,  diin.,  p.,  più  p.,  inoreiido,  p.  p.  p. 


Violino  I. 

t    ? 

îtt  #      \ 

-P•^^.-  ,. 

-,              ~-^ 

51 

^ 

\iifti-i\Hi^n-i\^  "irprrfrrrrrrrrrri 

*J 

cresa. 

cresc; 

cfesc. 

dira. 

p  àolce 


Considérons  isolément  les  mouvements 
locaux  suivis  dans  l'exécution,  d'abord  pour 
les  trois  premières  mesures  de  l'extrait  ci- 
dessus,  de  A  à  B,  puis  pour  les  quatre  sui-" 
vantes,  de  B  à  C  (trilles  du  premier  violon). 
Nous  avons  constaté  que  le  fragment  A  B; 
a  duré  treize  secondes,  et  le  fragment  B  C. 
en  a  duré  onze;  on  en  déduit  que  les  mou-' 
vements    locaux    ont    été    respectivement; 
J  ^  124  pour  le  premier  et  J  =   196   pour' 
le  second.  Il  y  a  donc  eu  accélération  très 
considérable,  alors  que  les  indications  de 
la  partition  sembleraient  plutôt  conseiller 
un  léger  apaisement  de  l'allure.  '\ 


(A  sxd'orc) 


H.  Alvin  et  R.  Prieur. 


LE.  GUIDE  MUSICAL 


879 


LETTRES  DE  RICHARD  WAGNER 

A 

AUGUSTE  RŒCKEL 

(Traduites    par    M.    Kufferath) 
(Suite).  —  Voir  les  nos  33,  39,  40,  41,  42,  43  44,  et  45. 

VIII 

A  Monsietir  Auguste  Rœckel, 
directeur  de  musique, 

à  Wcimar. 

Biebrich,  6  mars  1862. 

Tu  peux  penser,  cher  ami,  que  des  im- 
pressions nombreuses  et  variées  m'assaillent 
chaque  fois  que  je  pense  à  notre  passé,  à  ta 
captivité  et,  enfin,  à  ta  libération!  Reçois  mes 
félicitations  à  propos  de  cette  dernière  et  laisse- 
moi  te  souhaiter  avant  tout  de  pouvoir  bien 
jouir  de  ta  liberté.  Ce  que  j'entends  par  là 
n'est  pas  si  facile  à  dire!  En  tous  cas,  te 
voilà  dans  une  situation  enviable  :  tu  reviens 
à  toi  comme  après  un  long  sommeil  d'hiver; 
tes  forces  sont  reconfortées  et  conservées  dans 
toute  leur  fraîcheur,  grâce  à  ta  nature  si  mer- 
veilleusement vigoureuse  ;  tu  as  beaucoup 
souffert,  mais  tes  souffrances  peuvent  te 
paraître  des  rêves;  ils  n'ont  rien  modifié  en  toi, 
non  seulement  tu  es  resté  semblable  à  toi- 
même,  ainsi  que  me  l'apprend  ton  exposé  im- 
primé, mais  encore  tu  as  conservé  le  désir  ren- 
forcé de  reprendre  les  choses  au  point  où  tu  les 
avais  laissées.  C'est  là  un  véritable  prodige,  et 
il  ne  peut  me  venir  à  l'esprit  de  te  plaindre, 
parce  que  je  ne  saurais  pas  par  où  commencer. 
Puisque  tu  as  choisi  ouvertement  l'agitation 
politique  comme  le  champ  de  ta  nouvelle 
activité,  tu  dois  être,  —  logiquement,  —  plein 
d'espérance  au  regard  du  dehors  et  de  la  tour- 
nure des  choses  dans  le  monde  :  dans  de  telles 
conditions,  les  soucis  de  famille  et  de  situation 
doivent  te  paraître  secondaires;  tu  as  besoin 
de  relations  nombreuses  avec  les  hommes  et 
tu  peux  en  avoir  autant  que  tu  voudras  : 
bref,  tout  ce  qui  m'est  à  charge  à  moi,  tout  ce 
que  je  fuis  par  principe,  tu  dois  le  rechercher  ; 
la  fraîcheur  de  sentiment   que  tu  as  pu   con- 


server par  de  si  longues  privations  te  sauvera 
d'un  dégoût  trop  prompt.  Je  te  suivrai  donc 
avec  un  vif  intérêt  et  je  me  réjouirai  de  ce 
qu'un  cerveau  aussi  éclairé,  un  caractère  aussi 
entier  que  le  tien  se  mettent  aussi  vigoureuse- 
ment au  service  d'une  action  que  je  crois  très 
nécessaire,  seulement  je  ne  me  sens  pas  la 
moindre  vocation  d'y  prendre  part  moi-même. 
Quand  j'aurai  ajouté  que  je  ne  demande  plus 
rien  au  monde  que  de  me  laisser  en  repos,  de 
me  donner  le  seul  bonheur  qui  me  convienne, 
la  tranquillité  et  le  calme  intellectuel  indis- 
pensables pour  pouvoir  travailler,  que  je 
renonce  à  toutes  relations  quelconques  avec 
les  hommes,  qu'un  domestique  dévoué  et  un 
chien  sont  mes  seuls  compagnons  et  que  leur 
compagnie  me  suffit,  que  je  puis  —  à  l'excep- 
tion d'un  ami  véritablement  intelligent  (que  je 
fête  comme  un  ange)  —  vivre  ainsi  très  bien 
sans  demander  ni  devoir  rien  à  personne,  —  tu 
comprendras  à  peu  près  quel  sentiment  étrange 
j'éprouve  en  te  voyant  entrer  de  nouveau 
dans  les  rangs  d'un  parti  politique  et  t'enrégi- 
menttr  d'humeur  joyeuse  avec  un  tas  de 
cerveaux  creux  et  de  goujats  de  toute  espèce. 
Mais    —    c'est   ton  affaire  ! 

Afin  de  te  donner  quelques  renseignements 
à  mon  sujet,  sache  que  je  viens,  au  prix 
de  mille  peines,  de  m'installer  ici  pour  quel- 
ques mois,  pendant  lesquels,  dans  la  tran- 
quilité  et  la  plus  absolue  retraite,  je  veux  ter- 
miner un  nouveau  travail  (i).  Ma  femme, 
venant  de  Dresde,  m'a  fait  la  surprise  de  venir 
aider  à  mon  installation;  elle  est  restée  dix 
jours;  ta  lettre  m'est  arrivée  au  début  de  son 
séjour  ici.  Au  demeurant,  je  compte  ne  plus 
entrer  qu'aussi  rarement  que  possible  en  rela- 
tions avec  notre  monde  artistique  et  nos 
théâtres;  peut-être  réussirai-je  ainsi  à  obtenir 
ce  que  tu  devais  à  ta  captivité  et  ce  qu'une 
visite  au  théâtre  de  Weimar  t'a  si  promptement 
enlevé,  à  savoir  :  d'avoir  du  monde  et  de  ce 
qu'il  produit  une  idée  meilleure  qu'il  ne  mérite. 
En  un  mot,  je  cherche  à  me  créer  une  sorte 
de  prison,  à  m'enfermer  dans  une  sorte  de 
système  cellulaire;  tu  peux  croire  que  ma 
captivité  ne  sera  pas  plus  volontaire  que  la 
tienne  ne  l'a  été  ;  il  n'y  a  pas  grande  diffé- 
rence dans  la  contrainte.  Une  contrainte 
brutale,  comme  celle  que  tu  as  subie,  peut 
même  être  plus  favorable  à  un  tempérament 
musculaire  que  ce  qui  m'impose  cette  claustra- 
tion. Je  ne  nie  pas,  d'ailleurs,  que,  vraisembla- 


(i)  Wagner  fait  allusion  évidemment  aux  Maîtres  Chan- 
teurs,qyà  furent  composés,  en  majeure  partie,  à  Biebrich. 


880 


LE  GVIDE  MUSICAL 


blement,  je  me  Serais  soumis  d'aussi  mauvais 
gré  que  toi  à  la  contrainte  que  tu  as  eue 
à  subir;  plus  d'une  fois,  il  est  vrai,  j'avais  le 
désir  de  te  voir  te  délivrera  tout  prix,  et  j'ai 
conseillé  ouvertement  aux  tiens  de  remplir 
toutes  les  formalités  nécessaires  à  cet  effet.  Je 
vois,  aujourd'hui,  que  tu  ne  l'aurais  pas  pu  et 
je  t'avoue  mon  entière  admiration  pour  ta 
vaillance  vis-à-vis  de  tes  bourreaux.  Evidem- 
ment, la  conscience  suffit  à  ta  récompense. 
Mais  si  tu  veux  faire  désormais  de  la  poli- 
tique, je  suis  curieux  de  voir  comment  tu  t'y 
prendras.  Ce  qui  me  semblerait  le  plus  intel- 
ligent, ce  serait  de  te  voir  chercher  à  entrer 
quelque  part  au  service  d'un  Etat  libéral ,  parce 
que  j'en  suis  arrivé  à  croire  qu'il  n'est  pas  pos- 
sible d'être  utile  dans  le  domaine  de  la  politique 
autrement  que  par  des  voies  essentiellement 
pratiques,  c'est-à-dire  en  ayant  le  pouvoir  en 
main.  Finalement,  c'est  à  cela  que  tout 
aboutit,  puisqu'on  apparence  tout  au  moins 
il  s'agit  uniquement,  en  s'attachant  aux  be- 
soins les  plus  urgents,  de  procéder  de  temps 
à  autre  aux  améliorations  nécessaires  sans 
lesquelles  il  ne  peut  y  avoir  que  confusion  et 
arrêt  total.  Etre  politique,  suivant  ce  que  m'a 
appris  l'expérience,  c'est  se  borner  à  n'envisager 
toujours  que  ce  qui  est  possible,  car  c'est  la 
seule  façon  de  réussir;  toute  action  politique 
qui  ne  réussit  pas  est  un  pur  non-sens.  Les 
«  idées  »  appartiennent  au  domaine  de  la  phi- 
losophie et  non  pas  au  gros  de  l'humanité,  pour 
qui  toute  pensée  élevée  devient  aussitôt  une 
superstition  ou  une  folie. 

Maintenant,  j'espère  que  nous  aurons  bien- 
tôt l'occasion  de  nous  revoir  enfin  :  une  excur- 
sion vers  l'Est  n'est  pas  pour  moi  inimagi- 
nable, et  volontiers  je  m'arrêterais  alors  à  Wei- 
mar.  Je  souhaite  qu'à  cette  occasion  tu  me 
trouves  entièrement  semblable  à  ce  que  j'étais 
autrefois,  et  même  plus  accessible  à  l'Espé- 
rance et  à  la  Foi  au  progrès  que  je  ne  vou- 
drais me  le  souhaiter  :  c'est  qu'après  tout,  on 
reste  toujours  un  âne.  —  Pour  le  moment,  je 
suis  heureux  d'avoir  devant  moi  un  travail  qui 
me  procure  un  peu  de  joie.  —  Dieu  !  si  j'étais 
seulement  en  plein  cœur  de  l'ouvrage!  Sois 
encore  une  fois  remercié  pour  ton  aimable 
lettre  et  ne  te  méprends  pas  sur  mes  sentiments. 
Je  suis  un  être  souffrant,  rien  de  plus.  Adieu! 
Je  te  souhaite  cordialement  la  bienvenue  parmi 
les  bipèdes,  et  je  te  prie  de  croire  à  l'envie  sin- 
cère avec  laquelle  je  te  contemple!  Mes  meil- 
leures salutations  aux  tiens  ! 

Ton  Richard  Wagner. 


IX 

Monsieur  Auguste  Rœckel, 
directeur  de  musique 

(au  théâtre  de  la  Cour), 
à  Weiniar. 

Biebrich  s/Rh.,  le  5  avril  1862. 
Très  cher  ami, 

J'ai  chez  moi  un  jeune  musicien  très  bien- 
doué,  dont  j'attends  quelque  chose  et  qui  m'est 
attaché  avec  un  dévouement  touchant  :  il  serait 
heureux  pour  la  vie,  s'il  avait  un  vrai  et  bon 
poème  d'opéra.  Je  lui  ai  parlé  de  Wieland  (i) 
Dis-moi, grand  politique,  songes- tu  sérieusement 
à  redevenir  jamais  un  compositeur  d'opéra  ? 
Franchement,  je  n'en  crois  rien  !  Tu  ne  m'as, 
du  reste,  plus  rien  dit  de  ce  projet  de  poème. 
J'en  conclus  que  tu  ne  le  composeras  pas,  que 
quelque  chose  t'arrête.  En  tous  cas,  il  suffirait 
à  mon  jeune  ami  de  pouvoir  s'essayer  comme 
musicien  sur  un  sujet  poétique.  Donc,  le  cœur 
sur  la  main,  si  ^u  ne  penses  plus  à  composer 
Wieland,  je  te  prie  de  me  renvoyer  ici  le  ma- 
nuscrit le  plus  tôt  possible.  Tu  m'obligerais 
infiniment,  si  mes  suppositions  sont  exactes. 
Penses-y,  réfléchis  et  décide-toi. 

J'ai  l'impression  que  tu  as  dû  prendre  mal 
ma  dernière  lettre.  Tu  aurais  tort.  J'étais  juste- 
ment à  ce  moment  d'une  humeur  atroce.  Main- 
tenant, cela  s'éclaircit  peu  à  peu.  Je  souffre 
d'un  mal  ancien,  qui  dévore  inutilement  la 
moitié  de  mes  forces. 

Mais  assez  de  cela.  Ma  femme  vient  de 
m'obtenir  amnistie  pleine  et  entière  à  Dresde. 
Je  n'en  reste  pas  moins  ici,  je  m'y  suis  installé 
très  agréablement  et  je  jouis  —  pour  le  moment 
—  d'un  repos  admirable  pour  le  travail.  Le 
travail  est  pour  le  moment  le  despote  de  ma 
vie  ;  à  tous  les  points  de  vue,  intérieur  et  exté- 
rieur, il  est  pour  moi  la  chose  la  plus  néces- 
saire, sans  laquelle  je  ne  saurais  subsister.  Je 
ne  sais  véritablement  pas  où  décrocher  un 
thaler,  si,  l'hiver  prochain,  je  ne  suis  pas  prêt 
avec  quelque  chose  de  nouveau  «  pour  les* 
théâtres  ».  Ne  me  juge  actuellement  que  d'aprèSf 
cette  nécessité! 

Ecris-moi  ou  plutôt  viens  toi-même  jusqu'ici. 
De  tout  l'été,  je  ne  bougerai  pas  d'une  semelle, 
je  le  dois! 

Porte-toi  bien  !  Salue  les  tiens  de  ma  part  e1 
fais  que  j'apprenne  bientôt  de  bonnes  nouvelles 
de  toi  ! 

De  cœur  Ton  R.  Wagner. 

(i)  Il  s'agit  de  Wieland  le  Forgeron,  esquisse  -poat  ûl 
drame  que  Wagner  avait  écrite  en  1847  et  qu'il  ne  déve 
loppa  jamais.  L'exquisse  a  été  réimprimée  dans  lei 
Gcsammelte  Schriflen,  tome  III,  page  211 . 


LE  GUIDE  MVSICAL 


Cbvonique  oe  la  Semaine 

PARIS 

Beethoven,  Schubert,  Ed.  Grieg,  Vincent 
d'Indy,  C.  Saint-Saëns,  G.  Fauré,  César  Franck, 
F.  Liszt,  tels  étaient  les  compositeurs  figurant 
I  sur  le  programme  du  quatrième  Concert- 
Colonne  du  dimanche  4  novembre  !  Concert 
éclectique  s'il  en  fut  et  rendu  encore  plus  inté- 
i  ressant  par  la  première  audition  du  Caprice 
!  arabe  pour  deux  pianos,  de  C.  Saint-Saëns  ! 
1  Cette  admirable  scène  de  la  vie  rustique  que 
!  Beethoven  a  mise  en  musique  sous  le  titre  de 
Symphonie  pastorale  est  une  réponse  triom- 
phante à  ceux  qui  se  déclarent  ennemis  de 
toute  musique  descriptive  ou  à  programme. 
Qui  pourrait  trouver  à  redire  à  cette  peinture 
émouvante  des  sensations  à  l'aspect  d'un  riant 
paysage,  du  murmure  du  ruisseau  qui  jase  en 
courant  sur  les  cailloux,  du  chant  des  oiseaux, 
de  ces  ébats  campagnards,  sorte  d'imitation 
de  la  danse  nationale  du  peuple  autrichien  et 
rappelant  la  tumultueuse  kermesse  de  Rubens 
au  musée  du  Louvre,  de  cet  orage,  véritable 
chef-d'œuvre  de  musique  pittoresque,  et  enfin 
de  l'hymne  de  reconnaissance  des  paysans 
après  le  retour  du  beau  temps.  «  Voilez-vous  la 
face,  —  s'écriait  Berlioz  dans  son  beau  volume 
A  travers  chants,  —  pauvres  grands  poètes 
anciens,  pauvres  immortels;  votre  langage 
conventionnel  si  pur,  si  harmonieux,  ne  saurait 
lutter  contre  l'art  des  sons  !  » 

L'orchestre  Colonne  n'a  peut-être  pas  détaillé 
avec  toute  la  précision  nécessaire  les  beautés 
de  ce  poème  champêtre.  Il  a  pris  largement  sa 
revanche  dans  la  Suite  d'orchestre,  Peer  Gyitt, 
écrite  par  Edouard  Grieg  pour  le  drame 
d'Ibsen.  Les  quatre  parties  de  cette  suite  sont 
peu  développées  ;  mais  elles  sont  absolument 
charmantes  dans  leur  concision.  Voici  encore 
de  la  musique  descriptive  et  de  la  bonne  !  Le 
Matin  débute  par  un  motif  dessiné  par  les 
instruments  à  vent  et  repris  fortissimo  par  les 
cordes;  les  sonorités  en  sont  délicieuses.  Dans 
la  Mort  d'Aase,  c'est  le  même  thème,  sorte  de 
marche  funèbre  avec  les  cordes  en  sourdine, 
qui  passe  par  toutes  les  nuances  du  piano  et 
au  forte  et  dans  lequel  on  distingue  à  la  péro- 
raison de  curieuses  harmonies  :  épisode  réelle- 
ment émouvant  du  drame  d'Ibsen.  La  Danse 


d'Ânitra  débute  par  un  bruissement  de  trian- 
gle; puis  une  partie  des  cordes  en  piszicati 
accompagne  le  motif  de  ballet  fort  gracieux, 
exécuté  par  les  premiers  violons.  Enfin,  les 
Kobolds  poursuivent  Peer  Gynt  dans  un  mou- 
vement vertigineux  et  l'auteur  a  rendu  cette 
poursuite  avec  un  véritable  bonheur.  Grand 
succès  pour  l'œuvre  et  pour  l'interprétation.  La 
Mort  d'Aase  a  été  bissée. 

La  Trilogie  de  Wallcnstein  de  Vincent 
d'Indy  n'a  pas  été  moins  goûtée,  et  le  public  a 
su  reconnaître  une  fois  de  plus  la  maîtrise  du 
jeune  compositeur;  nous  n'avons  pas  à  rappeler 
les  qualités  de  cette  œuvre,  qui  ont  été  déjà 
longuement  énumérées  dans  le  Guide  musical. 

Bien  qu'indisposée,  la  charmante  cantatrice 
M"'^  Marcella  Pregi  a  donné  une  expression 
charmante  à  la  Marguerite  au  rouet  de  Schu- 
bert, au  Lamento  de  G.  Fauré  et  à  la  Proces- 
sion de  César  Franck.  Elle  devrait  nous  faire 
entendre  plus  souvent  les  lieder  si  personnels 
de  G.  Fauré,  de  Brahms,  de  Schumann,  de 
Franck.  Il  y  a  là  une  mine  inépuisable  de 
trésors  à  exploiter  ;  —  le  public  lui  en  serait 
reconnaissant. 

MM.  Diemer  et  Risler  ont  enlevé  magistra- 
lement le  Caprice  arabe  de  C.  Saint-Saëns, 
qu'on  entendait  pour  la  première  fois,  et  le 
scherzo  du  même  compositeur,  que  les  deux 
virtuoses  avaient  déjà  exécuté  aux  Concerts- 
Colonne.  On  a  retrouvé  toute  la  science  et  la 
fantaisie  de  l'auteur  des  Poèmes  symphoniqiies . 
dans  la  manière  de  traiter  les  sujets  recueillis 
par  lui  dans  la  blanche  Alger  ou  dans  la  vallée 
de  la  Mitidja.  Sans  avoir  peut-être  la  valeur  de 
certaines  pages  antérieures,  le  Caprice  arabe 
a  plu;  on  a  reconnu  tels  motifs  langoureux, 
rappelant  la  danse  des  aimées,  que  le  composi- 
teur a  su  varier  sans  lasser  l'attention  des 
auditeurs  ;  et  les  virtuoses  ont  fait  valoir  leur 
talent,  notamment  dans  un  passage  à  contre- 
temps, qui  ne  semble  pas  avoir  été  écrit  pour 
des  élèves  de  première  année. 

Le  concert  se  terminait  par  la  Deuxième 
rhapsodie  hongroise duF.  Liszt,  orchestrée  par 
M.  MuUer-Berghaus,  C'est  presque  toujours, 
selon  nous,  une  grave  erreur  de  transporter  à 
l'orchestre  des  œuvres  écrites  spécialement 
pour  le  clavier.  Ainsi,  dans  la  Deuxième  rhap- 
sodie, certaines  brutalités  qui  pouvaient,  à  la 
rigueur,  s'expliquer  au  piano,  deviennent 
insupportables  à  l'orchestre.  Le  public  a  paru 
partager  cet  avis,  en  se  pressant  de  quitter  la 
salle  avant  la  conclusion  de  cette  débauche  de 
sons,  qui  rappelle  les  danses  échevelées  en 
honneur     dans    plusieurs    établissements    qui 


S82 


LE  GUIDE  MUSICAL 


n'ont  lien  de  commun  avec  l'Académie   natio- 
nale de  musique.  Hugues  Imbert. 

Dimanche  dernier,  concert  extraordinaire  au 
Cirque  d'Eté,  avec  le  concours  deM°"=  Materna. 

La  célèbre  cantatrice  viennoise  a  débuté  par 
l'air  d'Adriano  de  Rienzi,  morceau  de  facture 
italienne,  peu  intéressant,  que  le  public  a 
écouté  sans  trop  d'impatience,  parce  qu'il  est 
signé  :  Wagner,  mais  que  M.  Lamoureux  fera 
bien  de  laisser  dormir  définitivement  au  fond 
de  ses  cartons.  Il  a  mieux,  beaucoup  mieux  à 
nous  offrir,  surtout  dans  un  concert  spécial 
avec  tarif  extraordinaire. 

]y[me  Materna  s'est  fait  entendre  une  seconde 
fois  dans  Tristan  et  Iseult.  Après  une  excel- 
lente exécution  du  prélude  par  l'orchestre,  elle 
a  interprété  la  magnifique  scène  de  la  mort 
d'Iseult  avec  un  sentiment  profond  des  nuan- 
ces, une  diction  parfaite  et  une  intelligence 
supérieure  du  drame  w^agnérien. 

Malheureusement,  ces  qualités  n'ont  fait  que 
rendre  plus  sensibles  encore  la  faiblesse  de  sa 
voix,  les  défaillances  de  son  organe.  M™f^  Ma- 
terna fut  une  tragédienne  lyrique  remarquable; 
aujourd'hui,  ses  moyens  l'abandonnent,  et  il 
ne  reste  plus  guère  en  elle  que  l'âme  d'une 
grande  artiste.  Le  public  a  néanmoins  ap- 
plaudi avec  frénésie;  ses  applaudissements, 
toutefois,  semblaient  être  plutôt  les  marques 
d'une  admiration  rétrospective. 

C'est  avec  un  nouveau  plaisir  que  nous 
avons  entendu  l'ouverture  de  Sapho,  de  Gold- 
marck.  Ce  plaisir,  cependant,  n'a  pas  été 
sans  mélange.  Comme  à  la  première  audition, 
nous  avons  reconnu  dans  cette  page  la  griffe 
puissante  d'un  musicien  supérieur,  doué  d'une 
haute  inspiration,  en  même  temps  que  rompu 
à  toutes  les  difficultés  de  la  science  musicale. 
Cette  fois,  mieux  familiarisé  avec  l'œuvre,  nous 
avons  pu  nous  rendre  un  compte  plus  exact 
de  la  façon  dont  elle  a  été  interprétée.  Si  l'or- 
chestre, dans  son  ensemble,  mérite  de  grands 
éloges,  on  ne  saurait  en  dire  autant  des  deux 
solistes,  le  cor  anglais  et  le  violon,  qui  tous 
deux,  le  premier  surtout,  ont  joué  sans  netteté, 
sans  précision  et  parfois  sans  justesse.  Voilà 
deux  artistes  qui  ne  font  guère  honneur  à  leur 
chef. 

M.  Lamoureux  a  eu  l'heureuse  idée  de  nous 
faire  entendre  un  fragment  de  Hdnsel  et  Gre- 
iel,  de  M.  Engelbert  Humperdinck;  il  en  a 
choisi  le  prélude.  C'est  im  morceau  très  inté- 
ressant, quoique  d'un  caractère  très  diflicile.à 
définir,  qui  tient  le  milieu  entre  l'opéra  et  l'opb- 


rette  et  qu'on  dirait  écrit  par  Wagner  avec  la 
plume  d'Offenbach  ou  vice-versa. 

Le  concert  avait  débuté  par  la  Symphonie 
en  ut  majeur  de  Mozart  que  M.  Lamoureux,  à 
notre  humble  avis,  dirige  d'une  façon  trop 
carrée,  trop  métronomique.  On  désirerait  un 
peu  plus  d'abandon,  de  laisser-aller  dans  l'in- 
terprétation de  la  musique  de  Mozart. 

Enfin,  pour  terminer  la  séance  musicale,  on 
nous  a  fait  entendre  une  marche  de  Wagner, 
Hiildiguiîgs  Marsch,  au  rythme  martial,  et 
que  M.  Lamoureux  a  fait  exécuter  —  cette  fois 
à  juste  titre  —  avec  une  précision,  une  correc- 
tion  mathématiques.  Ernest  Thomas. 

Ayant  engagé,  pour  son  dernier  concert, 
Mme  Materna,  chanteuse  à  la  voix  ruinée, 
M.  Lamoureux  en  a  profité  pour  élever  le  priX: 
de  ses  places  à  un  diapason  extraordinaire  (les 
moins  chères  étaient  de  3  francs  !)  et  pour  refu- 
ser à  un  certain  nombre  de  nos  confrères  de  la 
presse  parisienne  et  à  l'un  de  nos  collabora- 
teurs de  modestes  entrées  de  promenoir.  Est-ce 
que  les  bêtises  de  l'année  dernière  vont  recom- 
mencer, et  M.  Lamoureux  veut-il  se  brouiller 
avec  ceux  qui  ont  fait  le  succès  de  ses  con- 
certs ? 

D'ailleurs,  son  calcul  mercantile  a  été  déçu. 
Ee  beau  soleil,  la  douceur  de  la  température 
avaient  détourné  beaucoup  de  personnes  d'aller 
subir  un  bain  de  vapeur  au  Cirque  d'Eté.  Nous 
avons  compté  aux  premières  un  certain  nom- 
bre de  places  vides,  et  l'on  aurait  pu  caser  sans 
peine  au  promenoir  tous  ceux  à  qui  M.  Lamou- 
reux en  avait  refusé  l'entrée. 

Au  cours  de  la  séance  annuelle  de  l'Acadé- 
mie des  beaux-arts,  qui  a  eu  lieu   le  samedi 
3  novembre  et  dans  laquelle  a  été  exécutée  la 
cantate  Dapliné,  de    M.    Rabaud   (poème  de  ' 
M.  Raffalli),  qui  a  remporté  le  premier  grand  I 
prix   de  composition   musicale,    M.   le    comte 
Delaborde  a  fait  la  lecture  d'une  notice  sur  la  . 
vie  et  les  œuvres  de  Charles  Gounod. 

On  n'attache  pas  d'ordinaire  une  grande  im-  ■ 
portance  à  ces   sortes    de    panégyriques,     où  i; 
l'éloge  du  défunt  est  de  règle  absolue,  où  là  : 
moindre  critique  à  son  adresse  est  rigoureuse- 
ment prohibée.  Cette  notice  satisfait  en  tous  i 
points  aux  conditions  du  genre,  mais  elle  ren- 
ferme un  passage   qui  vaut  la  peine  d'être  si- 
gnalé ;  le  voici  : 

La  sincérité!  Elle  est,  je  l'ai  dit  déjà,  l'essence 
même  du  génie  de  Gounod,  comme  elle  était  en 
principe  aux  yeux  du  maître  la  condition  nécessaire 
de  toute  œuvre  d'art,  la  loi  primordiale  imposée  à 
tout  artiste.  De  là  sa  profonde  aversion,  en  matière- 
musicale,  pour  les  artifices  de  l'esprit  de  s)'Stème, 
pour  les  pêdantesques  ruses  tendant  à   déguiser 


LE  GUIDE  MUSICAL 


883 


l'indigence  de  l'invention  sous  des  formes  surchar- 
gées et  ne  réussissant  en  réalité  qu'à  rendre,  comme 
il  disait,  la  musique  «  irrespirable  ».  En  face  de 
certaines  entreprises  tentées  de  nos  jours,  en  ce 
sens, —  si  contrairement  d'ailleurs  aux  inclinations 
mêmes  et  au  passé  de  notre  art  national,  —  il  ne 
se  tenait  pas,  surtout  quand  les  coujiables  étaient 
au  début  de  leur  carrière,  de  donner  à  ceux-ci  ou 
à  leurs  dupes  de  sévères  avertissements.  Lui, 
d'ordinaire  si  bienveillant  pour  tous,  si  prompt  à 
reconnaître  le  talent  même  à  l'état  de  lueur  et  à 
l'encourager,  quelque  novice  qu'il  fût  encore,  il  se 
montrait  en  pareil  cas  sans  pitié,  «Ah!  jeunes  gens, 
s'écriait-il  naguère  en  s'adressant  à  ceu.x  qui,  sous 
couleur  de  progrès  scientifique,  essayent  de  faire 
prévaloir  cette  religion  du  néant,  jeunes  gens  qui 
repoussez  la  doctrine  des  maîtres  comme  un  joug 
humiliant  pour  votre  individualité  ombrageuse  et 
qui  vous  jetez  à  la  remorque  du  premier  charlatan 
venu!  je  vous  connais  et  je  sais  ce  que  vous  vou- 
lez :  vous  ne  visez  qu'à  l'efiet  personnel.  Ce  n'est 
pas  votre  art  qui  vous  possède,  c'est  votre  moi. 
Vous  vous  souciez  bien  moins  d'être  que  de  paraî- 
tre, et  la  passion  qui  vous  anime  n'est  rien  de  plus 
que  le  caiichemar  de  votre  propre  succès. 

Cette  citation,  que  M.  Del  aborde  approuve 
et  admire,  est  extraite  de  l'étude  sur  Mozart 
écrite  par  Gounod  et  lue  par  lui  à  la  séance  des 
cinq  académies,  en  octobre  1882. 

Le  charlatan  dont  il  est  ici  question  n'est 
autre  que  Richard  Wagner.  Gounod  se  sentait 
vieillir;  l'échec  successif  de  ses  derniers  opéras 
avait  aigri  son  caractère;  il  comprenait  que 
Faust  n'avait  plus  le  pouvoir  de  satisfaire  les 
générations  futures  et  disparaîtrait  peu  à  peu 
devant  l'idéal  nouveau.  C'est  alors  que  dans  un 
moment  de  dépit  il  lança  l'épithète  de  charlatan 
à  celui  dont  les  œuvres  commençaient  à  con- 
quérir la  faveur  du  public  français.  Il  n'eut  pas 
la  franchise  de  citer  le  nom  de  Wagner.  Mais  la 
phrase  tout  entière,  à  n'en  pas  douter,  s'ap- 
plique à  lui  ;  autrement  elle  n'aurait  pas  de 
sens,  et  le  panégyriste  de  Gounod,  qui  la  con- 
sidère comme  un  véritable  manifeste,  ne  l'aurait 
point  citée. 

En  prononçant  ces  mots,  le  maître  a  com- 
mis une  maladresse,  expliquable  après  tout,  de 
la  part  d'un  auteur  sur  son  déclin  et  qui  recon- 
naît son  impuissance  à  lutter  contre  la  nou- 
velle école.  Mais  M.  Delaborde,  qui  n'avait 
point  les  mêmes  motifs  pour  rééditer  ces 
paroles,  eiit  agi  prudemment  et  fait  preuve  de 
bon  goût  en  les  passant  sous  silence.      E.  Th. 


A  l'Opéra,  l'ajournement  de  Tristan  et  Iseiilt 
est  bien  définitivement  décidé,  et  c'est  Taiiii- 
hœiiser  qui  sera  repris  au  printemps  prochain. 
La  nouvelle  est  confirmée  d'une  façon  offi- 
cielle. 

Les  admirateurs  autorisés  du  maître  alle- 
mand ainsi  que  la  presse  ont  influencé  la 
direction  dans  son   choix  définitif  et  fait  re- 


mettre à  plus  tard    l'épreuve  de    Tristan    et 
Iseult. 

MM.  Bertrand  et  Gailhard  étaient,  du  reste, 
d'avis  qu'il  était  plus  rationnel  de  monter 
d'abord  Taniihœuscr,  auquel  ils  avaient  pri- 
mitivement songé. 

«$1 

La  Société  chorale  d'amateurs,  fondée  par 
M.  A.  Guillot  de  Sainbris  et  dont  le  président 
est  aujourd'hui  M.  Ed.  Guinant,  va  reprendre 
ses  séances  hebdomadaires,  20,  rue  Saint- La- 
zare, à  partir  du  mercredi  14  novembre.  Les 
études  seront,  comme  par  le  passé,  dirigées 
par  M.  A.  Maton. 

»$• 

M.  Charles  Lefebvre  vient  d'être  nommé 
professeur  de  la  classe  d'accompagnement  du 
Conservatoire,  en  remplacement  de  M.  Benja- 
min Godard,  que  sa  santé  a  forcé  à  s'éloigner 
de  Paris. 

A  rOpéra-Comique  :  Mii«  Nikita,  qui  a  fait 
une  récente  apparition  dans  Mignon.,  vient  de 
renouveler  son  engagement  avec  M.  Carvalho. 
Elle  doit  faire  prochainement  une  tournée  en 
Russij  et  en  Allemagne,  après  quoi  elle  fera  sa 
rentrée  à  l'Opéra-Comique  dans  Lakmé. 


BRUXELLES 

EU    brillante   reprise    du    Barbier  de 
Séville,   à  la  Monnaie,   il  y   a  huit 

^  jours.  Décidément,  nos  chanteurs  ne 

sont  plus  formés  pour  exécuter  cette  légère  et 
spirituelle  musique,  dont  les  ans  n'ont  pu 
éteindre  la  jeunesse  et  la  vie.  M.  Bonnard, 
dans  le  rôle  d'Almaviva,  ne  s'est  pas  montré 
meilleur  que  son  prédécesseur,  M.  Leprestre; 
l'on  ne  s'attendait  pas,  d'ailleurs,  à  l'y  voir 
réussir,  sa  voix  n'ayant  aucunement  la  sou- 
plesse que  réclame  la  musique  rossinienne. 
M.  Ghasne,  en  Figaro,  a  manqué,  ainsi  que 
la  saison  dernière,  de  légèreté  comme  chanteur 
et  comme  comédien.  M.  Sentein  fait  un 
Basile  bien  sombre,  d'exécution  bien  appuyée. 
M.  Gilibert  a  paru  en  progrès  dans  le  rôle  de 
Bartolo  ;  il  y  a  mis  plus  de  naturel  que  précé- 
demment, et,  bien  en  voix,  il  s'est  réellement 
distingué  dans  la  partie  musicale  de  sa  tâche. 
Mlle  Mérey,  qui  eut  de  si  remarqués  débuts 
dans  Mireille,  n'a  pas  réussi  au  même  degré 
dans  le  rôle  de  Rosine.  Elle  n'a  pas  toujours 
fourni  une  exécution  très  siire  des  vocalises, 
souvent  de  mauvais  goilt,  que,  sous  prétexte 
de  virtuosité,  on  lui  a  fait  introduire  dans  la 


884 


LE  GUIDE  MUSICAL 


partition  du  maître  italien;  comme  si  les  inévi- 
tables Variations  de  Rode,  intercalées  dans  la 
leçon  de  chant,  ne  devaient  pas  suffire  à  don- 
ner satisfaction  aux  amateurs  —  en  est-il 
encore?  —  des  roulades  à  jet  continu.  Cela 
manquait  d'assurance  et  de  netteté  dans  le 
rythme;  tantôt  les  notes  se  succédaient  avec  une 
précipitation  exagérée,  tantôt  mettaient  à  se 
suivre  un  retard  qui  témoignait  d'une  certaine 
timidité  à  vaincre  des  difficultés  d'ailleurs  bien 
inutiles.  En  somme,  si  Mi'c  Mérey  ne  possède 
pas  encore  toutes  les  qualités  que  réclame  la  vir- 
tuosité transcendante,  elle  a  plus  et  mieux 
que  cela  :  elle  nous  l'a  prouvé  dans  Mireille, 
et  nous  l'attendons  dans  un  rôle  qui  soit' 
comme  celui  ci,  approprié  à  son  jeune  et  très 
réel  talent.  j,   -q^^ 

A  la  cinquième  représentation  de  Samson  et 
Da'lila,  M.  Casset  a  repris  le  rôle  de  M.  Cos- 
sira.  M.  Casset  n'a,  certes,  pas  l'habitude  des 
planches  comme  M.  Cossira,  mais  son  phy- 
sique vigoureux,  sa  voix  puissante  et  énergique 
lui  ont  permis  de  réaliser  aussi  bien,  si  pas 
mieux,  que  son  prédécesseur  la  figure  du  héros 
hébreu.    M.   Casset  a  été  très  bien  accueilli. 

La  Navarraise  et  le  Portrait  de  Manon 
passeront  cette  semaine. 

Le  quatuor  Heermann,  de  Francfort,  a  reçu, 
aux  concerts  Schott  et  au  Cercle  artistique,  un 
accueil  extrêmement  chaleureux,  qu'il  doit  à 
ses  belles  qualités  d'ensemble  et  de  sonorité. 
Ce  n'est  pas  la  haute  noblesse  et  l'énergie  ryth- 
mique du  quatuor  Joachim,  —  priniiis  inter 
pares,  —  ni  la  virtuosité  enflammée  du  quatuor 
Ysaye,  mais  une  distinttion  étudiée,  correcte, 
un  peu  froide,  sans  qu'elle  manque  pour  cela 
de  charme,  une  perfection  de  détail  indiquant 
l'intelligence  des  matérialités  de  l'œuvre,  sans 
aller  jusqu'à  la  compréhension  supérieure,  spi- 
ntuelle  et  profonde.  Aussi  M.  Hugo  Heermann 
etsespartenaiies,  MM.  Bassermann (2=  violon), 
Naret  Konigin  (alto,  excellent!)  et  Hugo  Bec- 
ker,  ont-ils  surtout  réussi  dans  les  œuvres  de 
demi-caractère,  comme  le  quatuor  de  Schubert 
en  ré  mineur  (posthume),  avec  ses  séduisantes 
variations,  et  le  quatuor  en  la  mineur  de 
Brahms,  dont  les  rythmes  berceurs  et  les  har- 
monies chatoyantes  ont,  du  reste,  un  air  de 
parenté  très  marqué  avec  Schubert.  Poui'  Bee- 
thoven, leur  interprétation,  sans  laisser  rien  à 
désirer  au  regard  de  la  correction  et  du  fini  des 
nuances,  manque  cependant  d'accent  et  d'en- 
volée. Les  artistes  francfortois  ont  fait  entendre 
en  outre,  au  Cercle,  un  curieux  quatuor  de 
Verdi,  étude  intéressante,  plutôt  qu'œuvre  de 
maître. 

Les  deux  protagonistes  principaux  du  qua- 
tuor, M.  Hugo  Heermann  et  M.  liugo  Becker 

I 


se  sont  produits  aussi  comme  solistes.  M.  Heer- 
mann, qui  n'est  du  reste  pas  un  inconnu  pour 
Bruxelles,  puisqu'il  est  un  disciple  de  son  école 
de  violon  et  qu'il  débuta  jadis  aux  Concerts 
populaires,  sous  la  direction  de  Vieuxlemps  (i),  a 
été  très  applaudi  dans  la  romance  en  sol  de 
Beethoven  qu'il  a  jouée  (au  Cercle)  avec  un 
très  beau  son,  un  style  large  et  pénétrant.  Il  a 
été  moins  heureux  au  concert  Schott  dans  un 
adagio  de  Mozart  et  les  Danses  hongroises  à& 
Brahms-Joachim.  M.  Hugo  Becker  a  fait  ad- 
mirer, dans  une  sonate  de  Locatelli  et  de 
petites  pièces  d'auteurs  divers,  l'ampleur  du 
son  qu'il  tire  de  son  Stradivarius,  la  merveil- 
leuse siireté  de  son  mécanisme,  la  pureté  et  la  ; 
clarté  de  ses  intonations  dans  les  traits  les  plus' 
difficiles.  C'est  un  violoncelliste  tout  à  fait 
remarquable,  puissant  et  délicat  tout  ensemble,  ■ 
dont  la  virtuosité  pleine  de  finesse  et  de  goût 
n'a  qu'un  défaut  si  c'en  est  un  :  celui  d'être  un 
peu  timide  et  réservée. 

En  somme,  ces  deux  soirées  ont  vivement 
intéressé  les  vrais  amateurs  de  musique. 

La  Classe  des  Beaux-Arts  de  l'Académie 
royale  a  rendu  son  arrêt  dans  le  concours  de 
quatuor.  Le  prix  de  mille  francs  a  été  accordé 
à  M.  J.  Jongen,  répétiteur  au  Conservatoire 
royal  de  Liège. 

Aujourd'hui  dimanche,  au  Conservatoire, 
distribution  des  prix,  suivie  du  concert  tradi- 
tionnel des  élèves  lauréats  et  des  classes  d'en- 
semble instrumental  et  vocal. 

Au  concert  du  25  novembre,  M.  Joachim  ■ 
jouera  avec  M.  Max  Pauer  la  sonate  en  sol\ 
majeur  de  Brahms,  l'Adagio  de  son  propre' 
concerto  pour  violon,  la  Barcarolle  de  Spohr, , 
et  comme  dernier  numéro,la  suite  en  mmajeur.i 

Le  pianiste  P.  Litta  donnera  prochainement 
trois  séances  de  musique  de  piano.  La  pre- 
mière sera  consacrée  à  Schumann,  la  seconde 
à  Beethoven,  et  la  troisième  aux  œuvres  roman- 
tiques et  modernes. 

Ces    trois  auditions  sont  fixées   au    3o  no- 
vembre,   i3   décembre  et  10   janvier,  et  elles' 
auront  lieu  le  soir  à  8  heures  et  quart,  à  la 
.salle  Ravenstein. 

M.  Demest,  professeur  de  chant  au  Con- 
servatoire royal  de  Bruxelles,  vient  d'être 
nommé,  en  la  même  qualité,  à  l'Ecole  de  mu- 

(i)  Rappelons  à  ce  propos  la  notice  que  notre  colla- 
borateur Hugues  Imbert  a  consacrée  à  Hugo  Heermann, 
dans  le  Guide  musical,  n"  5i  du  17  décembre  1893. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


885 


sique     de     Saint-Josse-ten-Noode-Schaerbeek. 
Les  cours   de  chant  se  donnent  à   l'Ecole 
moyenne,  rue  Traversière,    i5,   les  mardis    et 
vendredis,  de  7  h.  1/2  à  9  heures  du  soir. 

Un  arrêté  ministériel  vient  de  prescrire  à 
dater  du  1"  janvier  prochain,  la  réduction  à 
quarante-deux  du  nombre  des  musiciens  gagis- 
tes élèves  et  soldats  dans  les  régiments  d'infan- 
terie. 

Pour  la  cavalerie,  les  musiques,  à  l'exception 
toutefois  de  celle  du  premier  régiment  des 
guides,  seront  réduites  au  chiffre  de  trente- 
quatre  exécutants,  y  compris  les  trompettes  et 
élèves- trompettes  et  non  compris  le  trompette- 
major. 

Les  généraux  d'infanterie  et  de  cavalerie 
sont  chargés  de  veiller  à  ce  que  ce  nombre  ne 
soit  dépassé  sous  aucun  prétexte. 


CORRESPOND  A  NCES 

AMSTERDAM.  —  A  LaHayc,  le  Théâtre- 
Royal  français  nous  a  donné  une  excellente 
représentation  de  la  Juive,  où  M""'  Barety  a  été 
remarquable  et  où  le  ténor  M.  Renault  a  eu  un 
très  grand  et  très  légitime  succès.  Avec  sa  belle 
voix,  il  nous  a  donné  un  des  meilleurs  Eléazars 
que  nous  ayons  entendus  depuis  de  longues  années 
et  c'est  un  chanteur  qui  a  de  grandes  et  rares  qua- 
lités. Pas  de  chevrotement,  pas  d'exagération  de 
sentiment,  pas  d'efforts.  Il  chante  avec  goût,  pro- 
nonce clairement;  son  succès  grandit  à  cha<iue 
représentation,  et  la  direction  a  eu  la  main  heu- 
reuse en  s'attachant  un  artiste  de  pareille  valeur. 
Nous  avons  eu  les  débuts  de  M'''^  Duval-Erard, 
dans  Faust  et  Mireille,  qui,  sans  égaler  ni  M"  '  Mar- 
colUni,  ni  surtout  M™  Cognault,  a  reçu  un  accueil 
très  sympathique, 

A  Amsterdam,  l'Opéra-Français  de  La  Haye  n'a 
encore  attiré  jusqu'ici  qu'un  public  très  restreint, 
à  cause  de  la  concurrence  des  deux  Opéras-Néer- 
landais, qui  non  seulement  se  dévorent  entre  eux, 
mais  qui  remuent  ciel  et  terre  pour  arriver  à 
rendre  impossible  dans  la  capitale  les  représenta 
tiens  «  françaises  ».  Le  plus  fâcheux,  c'est  que  ces 
trois  entreprises  vivent  sur  le  même  répertoire. 
Les  directeurs  des  deux  Opéras-Néerlandais,  au 
lieu  de  donner  des  ouvrages  allemands,  flamands 
ou  néerlandais,  s'obstinent  à  ne  d  onner  que  des 
ouvrages  français,  avec  des  traductions  impos- 
sibles. 

Au  Concertgebouw,  M.  Kes  nous  a  fait  entendre 
une  chanteuse  de  Dresde,  M'"^  Schmidt-Czyani, 
une  Liedei'sàiigeyiu  qui  a  du  talent,  une  jolie  voix,  et 
qui  dit  bien.  Le  choix  des  Liedev  qu'elle  a  chantés 


et  qui  appartenaient  presque  tous  à  la  nouvelle  école 
allemande,  n'a  point  paru  du  goût  du  public  néer- 
landais. En  revanche,  M.  Timner,  le  concert- 
meister  de  l'orchestre  dirigé  par  M.  Kes,  a  été 
acclamé,  après  une  exécution  magnifique  du  con- 
certo de  Mendelssohn.  C'est  un  violoniste  de  pre- 
mier ordre.  Dans^l'ouveiture  d'Eg-ozo/îMe Beethoven 
et  les  autres  ouvrages  symphoniques,  l'orchestre 
s'est  surpassé. 

Le  concert  donné  par  M  Siegfried  Wagner, 
dans  la  grande  salle  du  Concertgebouw,  n'avait 
attiré  qu'un  public  très  restreint,  mais  le  jeune 
capellmeister  a  été  accueilli  avec  une  sympathie 
extrême  et  a  reçu  un  accueil  on  ne  peut  plus  en- 
courageant. Il  a  eu  la  bonne  fortune  de  diriger 
l'orchestre  formé  par  M.  Willem  Kes,  un  orchestre 
do  premier  ordre,  qui  connaît  et  possède  à  fond 
les  œuvres  de  Wagner  et  de  Liszt.  Pour  pouvoir 
apprécier  plus  complètement  les  dispositions  direc- 
toriales de  M.  Siegfried  Wagner,  nous  aurions 
voulu  qu'il  dirigeât  un  ouvrage  nouveau,  joué  par 
l'orchestre  pour  la  première  fois.  Ce  n'est  évidem- 
ment que  partie  remise. 

La  Société  Excelsior  a  organisé  un  concert  à  la 
mémoire  des  victimes  de  Lombock  et  au  profit 
de  leurs  familles,  sous  la  direction  de  M.  Henri 
Viotta.  Il  nous  a  donné  une  très  bonne  exécution 
du  Requiem  de  Berlioz  et  une  exécution  superbe 
de  l'admirable  marche  funèbre  du  Crépuscule  des 
dieux  de  Richard  Wagner,  une  des  marches  funè- 
bres les  plus  imposantes  qui  ait  jamais  été  com- 
posées, et  qui  a  produit,  comme  toujours,  la  plus 
vive  impression. 

Il  me  reste  à  vous  parler  d'une  séance  vocale 
donnée  par  M"''^  Corner,  de  Jong  et  Snyders,  qui 
se  sont  constituées,  depuis  quelque  temps,  en  trio 
vocal,  sous  le  nom  de  Trio  hollandais,  et  se  sont  fait 
entendre  dans  plusieurs  villes  allemandes.  Vous 
pourrez  les  juger  prochainement  à  Bruxelles, 
dans  un  des  concerts  Schott.  La  voix  de  M"'  Cor- 
ner et  sa  manière  de  dire  m'ont  fait  grand  plaisir; 
M'I"  Snyders  a  un  joli  timbre  de  contralto;  j'aime 
moins  M}^^  de  Jong,  dont  l'éducation  vocale  n'est 
pas  encore  mûre.  Dans  les  ensembles,  dans  les 
trios  et  duos  chantés  par  ces  trois  artistes,  il  y  a 
beaucoup  d'unité,  les  nuances  sont  heureusement 
fondues,  la  justesse  laisse  peu  à  désirer.  Un  chant 
populaire  a  capejla  d'Otto  Grimm  a  été  particuliè- 
rement bien  rendu,  ainsi  que  le  duo  de  Brahms, 
les  Sœurs.  Ces  trois  jeunes  artistes  néerlandaises 
méritent  d'être  entendues. 

Le  Wagner-Verein  nous  promet,  pour  la  fin  de 
novembre,  une  représentation  de  la  Walliyrie,  au 
Nouveau  Théâtre  Communal,  avec  le  concours  de 
Mlles  Termina  (Brunnhilde),  Wittich  (Sieglindc), 
MM  Georges  Anthes  (Siegmund)  et  Cari  Perron 
(Wotan).  L'orchestre  sera  dirigé  par  M.  Henri 
Viotta  et  les  décors  doivent  venir  de  Vienne.  Un 
véritable  événement  artistique  !  La  seconde  audi- 
tion du  Wagner-Verein  se  composera  de  Siegfried 
ou  de  Tristan  et  Iseult. 

M.  VauderLinden  a  l'intention  de  monter,  cet 


LE  GUIDE:  MUSICAL 


hiver,  Hansel  et  Greiel  de  Humperdinck;  pourvu 
que  la  traduction  soit  plus  «  écoutable  »  que  celle 
des  opéras  français!  Ed.  de  H. 

ANVERS.  —  La  direction  du  Théâtre 
lyrique  flamand  se  montre  d'une  activité 
qui  mériterait  d'être  mieux  secondée  par  notre 
public.  Depuis  le  début  de  la  campagne  théâtrale, 
nous  avons  eu  deux  nouveautés  :  Euryanihe,  de 
Weber,  et  Czar  et  Charpeidier,  de  Lortzing. 

Pendant  que  se  poursuivent  les  études  de  l'opéra 
de  Kreutzer,  Une  Nuit  à  Grenade,  on  a  repris  les 
deux  succès  de  l'hiver  dernier  :  Freyscliûtz-  et  le 
Vaisseau-Fantôme.  C&  dernier  opéra  paraît  spéciale- 
ment convenir  à  nos  jeunes  artistes,  qui  y  ont  été 
tous  excellents,  ainsi  que  les  chœurs  et  l'orchestre. 
Celui-ci,  dans  Czar  et  Charpentier,  a  une  tendance 
à  trop  dominer.  La  musique  de  Lortzing  exige, 
avant  tout,  une  extrême  délicatesse  d'exécution. 
En  ce  qui  concerne  le  drame  lyrique,  plusieurs 
nouveautés  nationales  sont  annoncées.  On  parle, 
en  attendant,  d'une  reprise  de  Preciosa. 

M""  veuve  Rummel  fait  annoncer  une  série  de 
concerts,  qui  se  donneront  à  l'Harmonie  et  pour 
lesquels  elle  s'est  entendue  avec  plusieurs  artistes 
de  mérite. 

Le  jour  de  la  clôture  de  l'Exposition,  M™^  Dietz, 
la  gracieuse  pianiste  bruxelloise,  donnait  une  troi- 
sième et  dernière  audition  chez  Pleyel.  L'excel- 
lente artiste  s'est  fait  écouter  et  applaudir,  malgré 
les  rumeurs  de  la  foule  qui  avait  envahi  les  salles 
de  l'Exposition. 

Au  Théâtre  royal  (Opéra  français)  après  des 
débuts  lamentables,  la  direction  vient  de  déposer 
son  bilan!  A.  W. 

« 

Un  de  nos  abonnés  d'Anvers,  qui  signe  C.  D.  B., 
nous  adresse  une  longue  lettre,  pour  protester 
qu'il  n'est  pas  de  ceux  qui  ont  pris  dans  la  presse 
une  attitude  hostile  aux  concerts  d'oeuvres  natio 
nales  â  l'Exposition  d'Anvers.  Dont  acte!  En 
même  temps,  il  exprime  le  regret  que  «  le  comité 
exécutif  n'ait  pas  confié  les  destinées  de  la  mu- 
sique à  un  groupe  d'individualités  plus  compé- 
tentes, plus  soucieuses  des  grands  intérêts  de 
l'art  ». 

Ce  regret,  nous  le  partageons.  Mais  il  nous  im- 
porte fort  peu  que  les  petits  clans  artistiques  de 
la  «  Nécropole  des  Arts  »  se  chamaillent  aujour- 
d'hui à  ce  propos.  Nous  ne  nous  occupons  pas  de 
questions  de  boutique. 


(~^  AND  —  DIMITRI,  grand  opéra  en  cinq  actes 
J[  et  six  tableaux,  paroles  de  MM-  Henri  de  Bornier^ 
et  Armand  Silvestre,  musique  de  M-  Victorin  de  Jon^ 
CIÈRES,  représenté  pour  la  première  fois  en  Belgique,  an 
Théâtre  royal  de  Gand,  le  y  novembre  1SÇ4.  ,      'i 

Commençons  par  rendre  justice  aux  efforts  et  4 
la   bonne-  volonté  de  la   direction  Martini,  qui  4 


monté  l'opéra  de  M.  de  Joncières  avec  le  plus 
grand  soin  et  est  parvenue  à  nous  donner  une  inter- 
prétation d'une  homogénéité  et  d'un  fini  remar- 
quables. Avec  la  même  franchise,  disons  tout  de 
suite  qu'il  est  triste  de  voir  tant  de  travail  et  de 
temps  dépensés  pour  atteindre  un  résultat  infime, 
nous  allions  dire  négatif,  au  point  de  vue  de  l'art 
musical  pur,  Dimitri  étant  une  œuvre  de  cinquième 
ordre.  Si  nous  étions  chargés  de  la  chronique 
théâtrale  de  l'un  des  quotidiens  gantois,  peut-être, 
ayant  â  ménager  l'intérêt  de  la  caisse  directoriale, 
ne  dirions-nous  qu'à  moitié  notre  pensée.  Ecrivant 
dans  une  revue  d'art,  nous  pouvons  négliger  cette 
considération,  et  nous  nous  sentons  à  l'aise  pour 
dire  simplement  toute  la  vérité. 

Le  livret  de  MM.  de  Bornier  et  Silvestre  met 
en  œuvre  le  canevas  d'une  tragédie,  Démétrius,  que 
Schiller  laissa  inachevée,  et  que  l'on  trouva  à 
l'état  d'ébauche  dans  les  papiers  du  poète  alle- 
mand, après  sa  mort.  L'action  est  touffue  et  l'intri- 
gue compliquée.  Les  librettistes  ont  suivi  de  près 
l'histoire,  et  celle-ci,  parfois,  c'est  ici  le  cas,  est 
plus  invraisemblable  qu'un  roman.  Ce  poème 
offre  une  incontestable  qualité  :  il  présente  de 
fortes  et  nombreuses  «situations». 

Quant  à  la  partitionn  elle  est  dans  son  ensemble, 
d'un  technicien  habile  et  exercé.  L'auteur  sait  son 
métier,  il  s'entend  à  composer  de  fragments  peu 
originaux,  de  cantabiles  de  valeur  inégale,  cette 
chosehybride  et  amorphe  qu'est  presque  tout  grand 
opéra  :  indéfinissable  bouillabaisse,  défroque  d'ar- 
lequin assemblant  des  morceaux  de  bure  et  de 
vagues  loques  de  velours  fripé.  M.  de  Joncières 
est  à  un  musicien  ce  qu'un  versificateur  est  à  un 
poète.  Il  lui  mcinque  ce  qu'on  nomme  parfois 
l'inspiration,  cette  vertu  cachée,  ce  souffle  secret 
qui  fait  qu'une  œuvre  émeut,  qu'elle  touche  ou 
qu'elle  indigne. 

L'écriture  de  M.  de  Joncières  est  compliquée  et 
recherchée;  c'est  ce  qui  explique  que  son  ouvrage 
ait  pu,  en  1876,  donner  à  un  certain  public  français 
l'illusion  d'une  œuvre  de  maître.  Harmonie  tortu- 
rée, altérations  et  tonalités  brisées  innombrables, 
emploi,  pour  les  passages  chromatiques,  du  mou 
vement  contraire,  tels  sont  ses  principaux  carac- 
tères. 

Dimitri  est  une  œuvre  d'artisan,  non  de  créa- 
teur, et  fort  inégale,  abondant  en  passages  com- 
muns et  en  mélodies  insipides.  Parmi  les  parties 
qui  méritent  d'être  appréciées,  on  peut  citer;  l'invo- 
cation :  Exauce-nous,  Seigneur  ;  la  rêverie  de  Marina  : 
Pâles  étoiUs;  l'air  de  Marpha  :  Mon  fils!  il  est  /non  fils, 
d'une  belle  expression  dramatique;  et,  au  cin- 
quième acte,  le  trio  de  Marina,  Dimitri  et  Vanda. 
La  Marche  du  couronnement,  au  cinquième  acte 
également,  est  la  meilleure  page. 

Qu'a  pensé  le  nombreux  public  qui  assista  à 
celte  première?  Le  public  était  bien  froid,  et  nous 
sommes  éloigné  de  croire  que  Dimitri  soit  jamais 
un  succès  d'argent.  M.  Martini  avait  inauguré  par 
Pliryné  la.  série  des  nouveautés  promises  :  cela  ne 
faisait  pas    précisément    présager    ce    qu'il   nous 


LE  GUIDE  MUSICAL 


887 


donne  aujourd'hui.  S'il  désire  attirer  et  intéresser 
même  le  public  gantois,  il  n'y  parviendra  point 
avec  des  Dimitri  et  autres  Benvenuio.  Qu'il 
reconnaise  son  erreur  et  se  hâte  de  pousser  l'étude 
de  TannhtBHser  et  de  Sainsoii  et  Dalila,  qui  nous  sont 
promis  dès  longtemps.  Alors,  il  fera  œuvre  tout 
ensemble  artistique  et  (il  le  faut  bien)  profitable 
pour  lui. 

A  signaler,  au  Grand-Théâtre,  les  bons  débuts 
de  MM.  Paul  Gautier,  ténor  léger,  doué  d'une 
voix  agréable,  acteur  inexpérimenté,  et  Montfort, 
basse  noble,  aussi  bon  chanteur  que  comédien  de 
goût. 

Prochainement,  concert  donné  par  la  section 
chorale  du  Cercle  artistique  et  littéraire  Au  pro- 
gramme :  quelques  pages  A'Alcesti,  et  fragments 
de  le  Paradis  et  la  Péri  avec  M™''  SoetensFlament 
et  M.    Demest. 

La  section  symphonique  des  Artistes-Musiciens 
inaugurera  bientôt,  dans  la  salle  des  bains  Van 
Eyck,  une  série  de  concerts  hebdomadaires,  qui 
auront  lieu  chaque  dimanche.  Plusieurs  soirées 
extraordinaires  seront  données  avec  le  concours 
d'artistes  éminents. 

L'entreprise  du  vaillant  orchestre  dirigé  par 
M.  Van  der  Gracht  mérite  les  encouragements  et 
la  sympathie  de  tous  les  amis  de  l'art  musical. 
Enfin,  on  aura  à  Gand  quelques  concerts  de 
bonne  et  belle  musique  !  Cela  console  un  peu  des 
beuglements  de  telles  fanfares  provinciales  et  des 
flonflons  idiots  dont  on  ne  saurait  nier  la  vogue 
déplorable.  L.  D.  B. 

LEIPZIG.  —  Dès  la  réouverture  du  théâtre, 
la  direction  a  eu  à  cœur  de  nous  faire  con- 
naître quelques  nouveautés.  La  première  a  été  la 
féerie -légende  [MârcJimspiel]  Hœiisel  und  Greiet, 
paroles  d'Adélaïde  Wess,  née  Humperdinck,  mu- 
sique d'Engelberti  Humperdinck. 

L'ouvrage  a  obtenu  ici  un  succès  énorme.  De- 
puis la  première,  qui  a  eu  lieu  le  21  septembre, 
on  l'a  redonné  une  dizaine  de  fois,  sans  que  la 
faveur  du  public  se  soit  un  seul  instant  refroidie. 
C'est,  sans  conteste,  l'œuvre  la  plus  réussie  que 
le  théâtre  lyrique  allemand  ait  vu  paraître  depuis 
la  mort  de  Richard  Wagner,  et,  en  même  temps, 
elle  signifie  un  triomphe  de  l'art  wagnérien.  Le 
sujet,  seul,  fournit  matière  à  la  critique;  il  y  a  un 
contraste  trop  frappant  enlre  la  naïveté  de  la  fable 
et  la  richesse  de  la  musique.  Mais  ce  contraste 
n'est,  à  ce  qu'il  nous  paraît,  qu'extérieur  et  spé- 
cieux, car,  pour  éviter  le  péril  de  tomber  dans  le 
vulgaire  ou  de  donner  prétexte  au  ridicule,  le 
compositeur  devait  chercher  à  donner,  par  une: 
forme  riche  et  châtiée,  une  vie  artistique  à  un 
pareil  sujet;  pour  relever  l'intérêt  de  celui-ci,  il 
fallait  bien  doubler  celle  là  d'éléments  polypho- 
niques et  symphoniques.  M.  Humperdinck  y  a 
réussi  à  merveille;  en  tous  sens,  il  paraît  un  maître 
accompli.  Sa  partition  est  parfaite  par  la  pureté'  e\ 
la  noblesse  du  style,  par  la  sûreté  de  la  facture 


et  l'unité  de  l'inspiration.  Toute  l'œuvre  répand 
un  charme  séduisant.  En  maint  endroit,  la  parti- 
tion respire  l'esprit  de  Wagner,  et  particulière- 
ment des  Maîtres  Chanteurs,  mais  il  n'y  a  point  pla- 
giat, et,  en  somme,  elle  triomphe  par  l'aimable 
ingénuité  et  la  simplicité  ingénieuse  de  l'inspi- 
ration. 

Cette  première  de  Hœnsel  und  Gretel  a  été,  je  le 
répète,  un  éc'atant  succès.  La  salle  entière  a  ap- 
plaudi avec  enthousiasme. 

L'ouvrage  a,  du  reste,  été  donné  dans  d'excel- 
lentes conditions  :  Gretel,  c'était  M""  Béatrice 
Kernir,  qui  est  incomparable  dans  ce  rôle;  et 
M""  Osborne  (Hsensel)  ne  lui  a  pas  été  inférieure- 
M""  Doxas  a  fait  de  la  sorcière  une  incarnation 
intelligente;  dans  le  rôle  du  père  Pierre,  M.Schel- 
per  a  réalisé  un  type  naturel  et  caractéristique. 
L'orchestre,  sous  la  direction  de  M.  Panzner,  a 
été  remarquable.  Edm.   Rochlich. 

'^^^^ 

LIÈGE.  —  Indépendamment  des  quatuors 
Géminich  et  L.  Charlier,  dont  nous  avons 
cité  les  exécutants  et  exposé  les  projets  très  inté- 
ressants, une  troisième  société  sollicite,  cet  hiver, 
les  suffrages  de  nos  dilettantes.  La  nouvelle  asso- 
ciation prend  le  titre  de  :  «  Cercle  de  musique  de 
chambre,  piano  et  archets  ».  Elle  est  composée 
de  MM.Jaspar,  pianiste;  Marris  et  Bauwens,  vio- 
lonistes; Foidart,  altiste,  et  Péclers,  violoncel- 
liste, auxquels  s'adjoindront  des  chanteurs  distin- 
gués, comme  M.  Eugène  Henrotte,  M""  Irma 
Weyns,  et  des  instrumentistes  réputés,  comme 
M.  Wilmet,  l'habile  clarinettiste,  chef  de  la  mu- 
sique du  2"  lanciers. 

La  première  audition  sera  consacrée  à  l'exécu- 
tion du  quintette  de  Dvorack,  de  la  sonate  pour 
violoncelle  et  piano  de  Grieg  et  du  quatuor  avec 
piano  de  V.  d'Indy. 

Dimanche  dernier  a  eu  lieu  la  première  audition 
au  Conservatoire  royal.  M.  J.  Jongen,  médaille  en 
vermeil  de  la  classe  de  M.  J.  Ghymers,  premier 
prix  d'orgue  chez  M  Danneels,  s'est  d'abord 
afiirmé  comme  parfait  organiste,  dans  une  exécu- 
tion nerveuse,  précise  et  colorée  de  la  deuxième 
symphonie  de  Ch.-M.  Widor.  Remarquable  élève 
de  la  classe  de  composition  de  M.  Th.  Radoux,  où 
il  a,  l'an  dernier,  remporté  par  acclamation  le 
prix  de  fugue  et  de  contrepoint,  M,  J.  Jongen  figu- 
rait comme  compositeur  à  cette  audition,  par  une 
Marche  solennelle.  Cette  marche,  qui  a  obtenu  la 
mention  honorable  au  concours  de  l'Exposition 
d'Anvers,  est  d'excellente  allure,  intéressante  dans 
ses  développements  et  d'une  mise  au  point  parfaite. 
A  peine  dans  sa  vingt  et  unième  année,  ce  très 
intéressant  artiste  vient  de  remporter  le  premier 
prix  de  quatuor  au  concours  institué  par  l'Aca- 
démie  de    Belgique. 

]y[iies  J  Looze,  premier  prix  de  chant  de  la  classe 
de  M.  Verrken,  dans  l'air  du  Freyschûts,  et  H  Wei- 
ihar,  médaille  en  vermeil,  classe  de  M.  Donis, 
dans  le  conceito  en  «u  mineur  de   Chopin,    sans 


LE  GUIDE  MUSICAL 


révéler  des  qualités  transcendantes,  se  sont  ac- 
quittées avec  goût  et  sentiment  de  leur  partie. 

Sous  la  direction  de  M.  O.  Dossin,  les  élèves  de 
la  classe  d'orchestre  se  sont  montrés  très  en  pro- 
grès dans  la  majestueuse  symphonie  dite  JiipHer 
de  Mozart  et  une  ouverture  très  vétilleuse  de  Men- 
delssohn. 

Les  journaux  de  notre  ville  sont  unanimes  à 
décerner  des  éloges  aux  artistes  engagés  par  le 
nouveau  directeur  de  notre  théâtre,  M.  Brunet- 
Rivière.  Les  trois  premières  représentations,  de  la 
Jitive,\a.  Fille  du  régiment  et  de  Mignon,  ont  attiré  la 
foule  et  provoqué,  par  leur  ensemble  et  les  qualités 
des  exécutants,  des  manifestations  répétées  et 
très  flatteuses.  A.  B.  O. 


MARSEILLE.  —  Et  il  y  a  des  gens  qui  mé- 
disent de  la  vie!...  Mais  il  faudrait  la  faire 
exprès,  cette  vie,  si  elle  était  différemment  !  Quelle 
agréable  variété  d'effets  et  de  plaisirs  nous  ap- 
porte, par  exemple,  le  cours  naturel  des  saisons, 
entretenant  de  leur  contraste  nos  appétits  et 
égayant  notre  humeur!  L'automne  vient;  c'est  la 
fin  des  beaux  jours,  la  rentrée  des  champs,  l'at- 
trait renouvelé  des  plaisirs  de  la  ville  et  du  foyer. 
Le  théâtre  de  la  nature  a  revêtu  des  teintes  som- 
bres, le  Conservatoire  du  bon  Dieu  s'est  fermé  et 
a  renvoyé  ses  pensionnaires;  mais  voici  que  ceux, 
bien  autrement  intéressants,  de  nos  théâtres  repa- 
raissent et  nous  convient  à  leurs  chants  bien 
autrement  merveilleux   et   séducteurs  ? 

Une  fois  de  plus,  tout  s'est  passé  chez  nous  sui- 
vant l'ordre  établi.  Notre  municipalité  qui,  dans 
un  but  louable  de  vulgarisation  populaire,  mais 
par  des  moyens  peu  pratiques,  avait  voulu,  l'an 
dernier,  imposer  à  la  direction  des  tarifs  ruineux, 
est  revenue,  cette  année,  aux  anciens  errements. 
Et,  après  une  lutte  ardente  entre  le  titulaire  pré- 
cédent, M.Dufour,  et  un  nouveau-venu,  M.  Mo- 
bisson,  c'est  celui-ci  qui  a  été  nommé  directeur  de 
notre  première  scène.  Ce  choix  a  tout  d'abord 
surpris.  Le  privilégié  était  un  inconnu,  sans  pré- 
cédents, sans  répondants  autres  que  sa  parenté, 
dit-on,  avec  le  directeur  de  l'Opéra;  bref,  il 
n'inspirait  aucune  confiance  et  on  pronostiquait 
déjà  sa  chute  pour  tout  à  l'heure.  Mais  depuis, 
l'opinion  a  changé.  M.  Mobisson  nous  a  présenté, 
en  effet,  une  troupe  très  convenable,  d'ensemble 
solide  et  homogène;  ses  représentations  d'ouver- 
ture ont  relativement  montré  une  tenue  avanta- 
geuse; si  bien  que,  chose  sans  précédent  ici  et 
probablement  aussi  ailleurs,  le  personnel  tout 
entier  est  en  passe  d'être  reçu  d'emblée,  sans 
échec  ni  désagrément  pour  personne.  Si  des  con- 
venances d'ordre  spécial,  financier,  dit-on,  ont 
obligé  M.  Mobisson  à  inscrire  en  tête  de  la  troupe 
M.  et  M''"'  Escalaïs,  dont  les  services  me  parais- 
sent avoir  donné  tout  ce  qu'ils  pouvaient,  l'an 
dernier,  nous  avons  des  sujets  qui,  aux  points  de 
vue  de  l'art  et  de  la  nature,  peuvent  constituer  des 
cadres  solides  et  méritants  et  nous  promettre  pour 


cette  saison  des  services  profitables  à  nos  plaisirs. 
Ce  sont  les  ténors  Cornubert,  Searemberg, 
Jouanne  et  Baroche,  les  barytons  Layolle,  Bégué 
et  Cadio,  les  basses  Sylvestre,  Javid  et  Bello.  Du 
côté  féminin,  nous  ne  sommes  pas  mal  partagés 
non  plus,  avec  M""  Martini  (de  l'Opéra),  M'""  An- 
dral,  Demours,  Vauthrin  etSavine.  Pour  la  danse, 
c'est  Mlle  Rivolta  et  M.  Natta;  et  enfin,  comme 
maître  d'orchestre,  on  a  fait  choix  de  M.  Barwolf, 
déjà  avantageusement  connu  ici.  Vous  trouverez 
dans  cette  liste  plusieurs  noms  à  vous  familiers; 
cela  vous  donne  une  idée  de  la  valeur  d'ensemble 
de  notre  troupe  et  de  ce  qu'on  peut  attendre  d'elle 
dans  la  mesure  du  fonctionnement  habituel  à  nos 
théâtres  lyriques. 

Il  ne  faudrait  pas  s'illusionner,  en  effet,  et  croire 
que  nous  allons  voir  enfin  quelque  réforme  apportée 
à  la  vieille  machine  lyrique,  quelque  pas  en 
avant  fait  dans  la  voie  d'un  art  un  peu  plus  effec- 
tif, ou  quelque  nouveauté  piquante,  tranchant  sur 
l'insupportable  routine  du  système  en  vigueur. 
Non,  rien  ne  s'annonce  dans  ce  sens  du  côté  de  la 
direction  et  rien  ne  paraît  être  désiré  non  plus  du 
côté  du  public.  Ce  sont  encore,  comme  ce  seront 
toujours,  les  débuts  dans  le  répertoire  consacré, 
avec  leurs  attractions  banales  des  nouveau- 
venus,  plus  ou  moins  favorisés  en  poumons  infa- 
tigables, en  notes  retentissantes,  plus  ou  moins 
habiles  à  se  tirer  des  mauvais  pas  de  la  partition, 
où,  comme  un  chasseur,  le  fusil  en  arrêt,  les 
guette  l'auditeur,  de  l'orchestre  au  paradis.  Ce  sont 
les  mêmes  exécutions  immuables  d'un  répertoire 
suranné,  où  rien  ni  personne  ne  vient  introduire 
une  innovation,  un  effort,  une  pensée  nouvelle. 
Cependant,  â  en  croire  les  interviews  préalables, 
qui  sont  maintenant  de  règle  pour  les  gens  en  vue, 
M.  Mobisson  aurait  le  projet  de  presser  le  plus 
possible  la  période  de  piétinement  sur  place,  qui 
dure  toujours  quatre  ou  cinq  mois,  pour  arriver 
bien  vite  à  celle  des  travaux  utiles  et  intéres- 
sants. 

Ces  travaux  utiles  seraient  constitués  par 
l'étude  des  six  ouvrages  que  voici  :  Werther  et  la 
Navarraise  de  M.  Massenet;  l'Attaque  du  7iwuKn  de 
M.  Bruneau;  Cyptis  de  M.  Desjoyaux,  Othello,  «  si 
le  succès  de  cet  ouvrage  sa  dessine  à  Paris  »,  et 
enfin,  vous  l'avez  deviné.  Paillasse  de  M.  Leon- 
cavallo.  Quoique  aucun  de  ces  six  ouvrages  ne  me 
fasse  battre  le  cœur,  sauf  peut-être  Othello,  je  tien- 
drais pour  singulièrement  précieuse  et  glorieuse 
la  gestion  de  M.  Mobisson,  si  elle  arrivait,  cette 
année,  à  retrancher  un  peu  sur  la  ration  immo- 
dérée de  Juive,  de  Huguenots  et  de  Guillaume  qui 
nous  est  dévolue  régulièrement  par  nos  directeurs 
depuis  cinquante  ans.  Ce  serait  peut-être  un  ache- 
minement pour  notre  public  à  une  conception  un 
peu  plus  intelligente  du  théâtre  lyrique  et  du 
genre  d'intérêt  qu'il  comporte. 

Maintenant,  vous  n'attendez  pas  de  moi,  je  sup- 
pose, que  je  vous  montre  le  défilé  de  nos  artistes 
dans  chaque  rôle  en  vous  donnant  le  menu  de  leurs 
qualités  et    de    kuis  défauts.  Ce  sont  là  jeux  de 


LE  GUIDE  MUSICAL 


plume  d'une  trop  complète  inanité  pour  nous  inté- 
resser, vous  et  moi,  ainsi  que  vos  lecteurs.  Il  est 
entendu,  n'est-ce  pas?  que  M.  X...  a  été  un 
superbe  Raoul  et  M"«Y...  une  non  moins  belle 
Valentine,  que  si  l'un  a  plus  de  voix,  l'autre  a 
moins  de  jeu,  et  que,  l'un  portant  l'autre,  ils  vont 
de  succès  en  succès,  pour  le  plus  grand  proiit  de 
l'art  et  de  la  direction  du  public   et  d'eux-mêmes. 

J'aime  mieux  vous  annoncer  la  création  d'une 
nouvelle  société  de  musique  de  chambre,  com- 
posée de  MM.  A.  JoUy,  jeune  musicien  d'avenir, 
dont  je  vous  ai  déjà  parlé;  L.  Pellene,  violoniste, 
tous  deux  premiers  prix  du  Conservatoire  de 
Paris  ;  et  Wein.statter,  violoncelliste.  Cette  société, 
principalement  formée  pour  l'exécution  des  trios 
de  piano  des  compositeurs  anciens  et  modernes, 
ne  fera  pas  double  emploi  ni  rivalité  avec  les 
deuxsociétés  de  quatuor  que  nous  possédons  déjà; 
elle  constituera  seulement  un  précieux  élément 
de  plus  dans  notre  existence  intellectuelle  et  mu- 
sicale. 

Il  me  faut  aussi  signaler  la  reprise  des  concerts 
classiques,  faite  avec  succès,  le  21  octobre,  sous 
le  direction  de  M.  Lecocq  (vous  en  avez  donné 
le  programme),  et  aussi  la  réouverture  de  nos  deux 
théâtres  de  genre,  le  Gymnase  et  les  Variétés, 
sous  la  direction  l'un  de  M.  Galabert,  l'autre  do 
M.  E.  Simon,  ayant  tous  deux  même  programme 
de  comédie  et  d'opérette,  et  sans  doute  aussi  iiiême 
promesse"  de  difficulté  pour  leur  existence  respec- 
tive E   M. 


iVO  i/  V ELLES  DI  VERSES 

Le  directeur  de  l'Ecole  de  musique  d'Anvers 
met  la  dernière  main,  en  ce  moment,  à  un  nouveau 
drame  lyrique  en  trois  actes  :  les  Derniers  jours  de 
Pompét,  dont  le  livret  est  tiré  du  roman  de  sir  Ed 
Bulwer-Lytton  :  The  lasi  days  of  Pompeï.  Il  est 
question,  parait-il,  de  monter  cet  ouvrage,  en  tra- 
duction française,  au  théâtre  de  la  Monnaie.  La 
ville  d'Anvers  compte,  à  l'occasion  des  fêtes  do 
l'affranchissement  de  l'Escaut,  donner  des  repré- 
sentations populaires  de  cette  œuvre  nouvelle  de 
Peter  Benoit. 

Rappelons,  à  ce  propos,  que  le  même  sujet  a 
inspiré,  il  y  a  vingt-cinq  ans,  MM.  Vintler  et  Beau- 
mont  qui  ont  écrit  un  opéra  en  quatre  actes  et 
cinq  tableaux,  le  Dernier  jour  de  Pompeï,  musique 
de  M.  Victorien  Joncières,  qui  fut  représenté,  le 
21  septembre  1869,  au  Théâtre  Lyrique  de  Paris. 
Ajoutons  que  le  nouveau  drame  de  Peter  Benoit 
ne  sera  pas  un  opéra,  mais  un  drame  parlé,  où  le 
texte  sera  incessamment  commenté  par  l'orchestre. 
Le  maître  anversois  a  déjà  donné  deux  œuvres 
dans  cette  forme,  Karl  van  Gelderhxnd  et  Meylief, 

Les  journaux  de  Londres  et  de  la  province 
anglaise  font  le  plus  vif  éloge  de  M""  Thérésa  Gé- 
rardy,  qui  accompagne,  cette  année,  son  frère,  le 
jeune  et  déjà  illustre  violoncelliste  Jean  Gérardy, 


dans  sa  tournée  actuelle  en  Angleterre.  M'I»  Thé- 
résa Gérardy  est  pianiste,  elle  est  élève  du  Con- 
servatoire de  Liège  et  l'on  vante  son  joli  toucher 
et  son  intelligence  musicale. 

Après  leur  tournée  en  Angleterre,  le  petit  vio- 
loncelliste et  sa  sœur  feront  une  tournée  en 
Ecosse,  qui  sera  suivie  d'une  tournée  en  Amé- 
rique. 

ly'Allgemeine  Muzik  Zeitung  de  Berlin  annonce  que 
le  Musée  Wagner  de  M.  Oeslerlein  de  Vienne  que 
son  propriétaire  avait  proposé  de  céder  à  la  ville 
de  Leipzig  et  qui  n'avait  pas  trouvé  jusqu'ici 
acquéreur  en  Allemagne,  va  passer  en  Amérique. 
Une  maison  de  New- York  —  on  ne  dit  pas 
laquelle,  —  lui  a  fait  offrir  la  somme  de  i25,ooofr.. 
Le  marché  serait  conclu  et  le  i''  avril  iSgS  les  très 
curieuses  collections  de  M.  Oesterlein  passeraient 
entre  les  mains  des  Américains. 

Dans  les  papiers  laissés  par  Chopin,  à  Varsovie, 
on  a  trouvé  le  manuscrit  d'un  nocturne  inconnu 
jusqu'à  ce  jour  et  composé  pour  sa  sœur  avant  le 
départ  du  maître  pour  Paris.  Ce  nocturne  a  été 
exécuté  à  Varsovie  par  M.  Balakirew,  maître  de 
chapelle  de  la  cour  impériale,  d'après  le  manus- 
crit, à  un  concert  donné  le  jour  de  l'anniversaire 
de  la  mort  de  Chopin. 

NÉCROLOGIE 


RENE    DE   RECY 

Nous  avons  le  regret  d'annoncer  à  nos  lecteurs 
la  mort  de  notre  collaborateur  M.  René  Bauny  de 
Récy,  attaché  au  ministère  des  finances,  à  la 
direction  de  l'enregistrement,  des  domaines  et  du 
timbre,  avec  le  grade  de  chef  de  bureau. 

M.  René  de  Récy  avait  publié  dans  la  Revue  des 
Deux-Mondes,  de  remarquables  études  sur  des  ques- 
tions de  législation  et  d'administration.  C'était  un 
juriste  éminent  et  on  a  de  lui  un  ouvrage  considé- 
rable et  très  apprécié  :  Traité  du  domaine  public. 

Mais  il  était  aussi  un  écrivain  de  rare  talent  et, 
dans  la  Revue  Bleue,  il  s'était  signalé  au  premier 
rang  des  critiques  musicaux  de  Paris.  Le  Gui<le 
musical  perd  en  lui  un  de  ses  plus  précieux  colla- 
borateurs. Nos  lecteurs  n'auront  certainement  pas 
oublié  la  très  intéressante  et  très  neuve  étude  que 
M.  de  Récy  publiait  ici  même,  il  y  a  deux  ans 
(février  1892),  sur  la  Critique  musicale  au  siècle  dernier, 
ni  les  fines  et  frappantes  observations  que  nous 
avons  fréquemment  empruntées  à  ses  articles  de 
la  Revue  Bleue.  Ayant  fait  de  très  sérieuses  études 
musicales  et  travaillé  la  composition  sous  le  même 
maître  que  S.iint-Saëns,  il  avait  continué,  quoique 
attaché  au  ministère,  à  s'occuper  passionnément 
de  musique.  Il  était  lié  d'une  amitié  particulière 
avec  l'auteur  de  Samson  et  Dalila,  qui  appréciait 
hautement  son  talent  et  son  sens  critique.  Ce  qui 
est  certain,  c'est  que  sa  critique  n'était  pas  celle 
de  tout  le  monde,  et  l'on  peut  dire  qu'il  descen- 
dait, à  certains  égards,  des  grands  critiques  du 
xviii"  siècle,  par  l'allure  mordante,  vive,  alerte  de 
ses  écrits.  C'était,  au  total,  un  esprit  tout  à  fait 
supérieur  et  un  homme  d'une  rare  délicatesse  de 
goût  et  de  sentiment.  Nous  ne  pouvons  assez  dé- 
plorer sa  perte. 


LE  GUIDE    MUSICAL 


Sont  décédés  : 

A  Londres,  dimanche  dernier,  le  baryton  Eugène 
Oudin,  dont,  tout  récemment  encore,  notre  correspon- 
dant nous  disait  l'éclatant  succès  aux  concerts  Richter. 
Il  a  été  emporté  en  quelques  jours  par  une  maladie 
contractée  au  chevet  d'un  ami  malade,  qu'il  avait  soigné 
et  qu'il  avait  eu  le  regret  de  voir  mourir.  Il  n'a  pas  tardé 
à  le  suivre. 

Eugène  Oudin  était  un  chanteur  remarquable,  un 
véritable  artiste.  D'origine  française,  mais  né  à  New 
York,  en  i858,  il  avait  d'abord  été  destiné  au  droit.  Il 
fit  ses  études  de  chant  sous  la  direction  d'un  maître  ita 
lien,  Moderati,  et  débuta  dans  les  églises  de  New- York 
En  1886,  il  vint  à  Londres,  où  il  ne  fut  guère  remarqué 
s'en  retourna  en  Amérique,  où  il  joua  dans  la  troupe  de 
la  Compagnie  MacCaul,  puis  fut  engagé,  par  sir  Arthur 
Sullivan,  pour  créer  le  rôle  du  templier  dans  Ivanhoe 
C'est  de  là  que  date  son  succès  à  Londres,  dont  il  devint 
du  jour  au  lendemain,  le  chanteur  le  plus  recherché 
Parmi  ses  créations,  il  faut  encore  rappeler  le  rôle 
d'Eugène  Oneguin,  dans  l'opéra  de  ce  nom  de  Tschaï 
kowsky,  qu'il  chanta  à  l'Olympic-Theater.  L'année  der- 
nière, il  avait  fait  une  tournée  très  applaudie  en  Russie 

Il  meurt  à  peine  âgé  de  trente-cinq  ans  I 

—  A  Florence,  Luigi  Chiastri,  violoniste,  qui  a  été 
pendant  longtemps  le  second  violon  du  quatuor  florentin 
de  Jean  Becker. 

COMMUNICATIONS  ET  AVIS 
Une  bourse  de  1,200  francs,  instituée  par  le  gouver 
nement,  pour  encourager  l'étude  du  chant  au  Con- 
servatoire royal  de  Gand,  sera  conférée  à  la  suite  d'un 
concours  auquel  sont  admissibles  les  Belges  des  deux 
sexes  qui  n'ont  pas  dépassé  l'âge  de  26  ans  pour  les 
hommes  et  de  22  ans  pour  les  femmes. 

Le  concours  aura  lieu  le  samedi,  i"  décembre  1894, 
à  2  heures  de  relevée. 


Les  inscriptions  seront  reçues  au  secrétariat  du  Con- 
servatoire jusqu'au  26  novembre  1894 

Les  demandes  doivent  être  accompagnées  de  l'extrait 
de  naissance  de  l'aspirant  et  dun  certificat  émanant  du 
directeur  d'une  école  de  musique  ou  d'un  professeur  de 
chant,  constatant  que  le  postulant  possède  les  connais- 
sances nécessaires  et  les  dispositions  requises  pour  se 
présenter  au  concours. 

Les  bourses  sont  conférées  pour  un  an.  Elles  peuvent 
être  renouvelées,  d'année  en  année,  pendant  trois  ans, 
sur  l'avis  du  président  du  jury  chargé  de  la  collation, 

PIANOS  El  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  i3,  rue  du  Mail 


_MRT0IRE^ÏÏ1ÉATRES^U0N^^ 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  5  au  ii  no- 
vembre r  Faust.  Samson  et  Dalila.  Le  Barbier  de 
Séville.  Samson  et  Dalila.  Aida.  Samson  et  Dalila. 
Philémon  et  Bauris.  Samson  et  Dalila 
Lundi  ;  Tristan  et  Iseult.  Prochainement  La  Navar- 
raise  Le  Portrait  de  Manon.  En  répétition,  L'Enfance 
de  Roland . 

Galeries.  —  Miss  Dollar.    Au    S'   acte  ballet  aérien. 
Matinée  le  dimanche  à  i  heure. 

Alcazar  royal.  —  Bruxelles  sans  gène. 


SALLE  DE  LA  SOCIÉTÉ  ROYALE  DE  LA  GRANDE  HARMONIE 
Dimanche  25  novembre  1894,  à  2  heures 

(3ranb   Concert  Classique 

DONNÉ   PAR    LE    CÉLÈBRE    VIOLONISTE 

^/L  .     J.     J  O -A.  G  H  I  35^1 

ET    LE    RENOMMÉ    PIANISTE 


M.  MAX  PAUER 


AVEC    LE    CONCOURS    DE 


M'''^''   JULIA   MiLCAMPS,   CANTATRICE 


PROGRAMME 


1.  Sonate  en  iW Brahms 

MM.  JOÀCHIM  ET  PAUER 

2.  Arioso  de  Quentin  Durward Gevaert 

M'i«  MILCAMPS 

3.  Grande  Sonate  en  ut  majeur     ....     Weber 

M.  PAUER 

4.  aj  Adagio  du  Concerto  en  sol  ....     Joachim 
bj  Barcarole Spohr 

M.  JOACHIM 


5.  a)  Pour  un  seul  mot Van  Dam 

bJ  Les  Clochettes  bleues Van  Dam 

cj  l'Etoile  cachée  (Violoncelle  MUe  Rueg- 

ger) Van  Dam 

Mlle  MILCAMPS 

6.  Suite  en  mi  majeur  pour  violon  seul .     .     Bach 

M.  JOACHIM 


On  peut  se  procurer  les  places  chez  MM.  BEEITKOPF  &  HJERTEL,  éditeurs,  46,  Montagne  de  la  Cour. 


LE  GUIDÉ  MUSICAL 


891 


Berlin 

Opéra.  —  Du  4  au  ii  novembre  :  Haensel  et  Gretel. 
Les  Saisons.  Les  Maîtres  Chanteurs  de  Nurem- 
berg. Djamilé  Hœnsel  et  Gretel,  Faust.  Haensel  et 
Gretel  Mara.  Troisième  concert  symphonie.  Hasnsel 
et  Gretel.  Les  Saisons.  Le  Prophète. 
Dresde 

Opéra    —  Du  5  au  n  novembre  :  La  Flùle  enchantée. 
Faust.   La  Croix  d'or.  Sang  an  Aegir.  Sinfonie-Con- 
cert.  La  Fille  du  Régiment.  Rienzi. 
Paris 

Opéra  —  Du  4  au  11  novembre  ;  Othello.  Thaïs.  Gwen- 
doline   Othello.  La  Walkyrie. 

Opéra-Comique.  —  Du  4  au  11  novembre  :  Falstafï. 

Manon.  Carmen.    Mignon. 

Concerts-Lamoureux.  —  Dimanche  11  novembre,  à 
2  h.  1/2  Quatrième  concert  avec  le  concours  de 
M""=  Materna  et  de  M.  Gibert.  Programme  :  Prélude 
de  Haînsel  et  Gretel,  (Humperdinck);  Air  d'entrée 
d'Elisabeth,  Tannhœuser  (Wagner),  chanté  par  M'"^ 
Materra;  Fantaisie  symphonique,  deu.xième  audition 
(C.  Chevillard)  ;  Fragmentsde  le  Crépuscule  des  dieux 
de  Wagner,  a)  Duo  du  Prologue  (adieux  de  Siegfried 
à  Brunnhilde),  chanté  par  M'"=  Materna  et  M.  Gi- 
bert; b)  Marche  funèbre;  c)  Scène  finale,  chantée  par 
Mme  Marterna  ;  Huldi  gungs  Marsch   (Wagner). 

CoNCERTS-CoLONNE  —  Dimanche  11  novembre,  à 
2  h.  1/4  très  précises.  Première  partie  :  Symphonie  en 
a<  mineur,  n"  5  (Beethoven);  i  Allegro,  2.  Andante, 
3.  Scherzo  et  Finale;  Fantaisie  persane  pour  piano 
première  audition,  M.  L.  Diémer  (B.  Godard).  Deu- 
xième partie  :  Parsifal.  paroles  françaises  de  V.  Wil- 
der  (Richard  Wagner),  deuxième  tableau  du  premier 
acte,  grande  scène  religieuse,  i  Introduction-Marche 
(Orchestre);  2  Entrée  des  Chevaliers  (Chœurs);  3. 
Consécration  du  Graal.  ;  4.  L'Agape  (Chants  alternés)  ; 


5.  Marche  finale.  5'-  Concerto,  pour  piano,  flûte  et 
violon  (].  S.  Bach),  piano  :  M.  Louis  Diémer,  flûte  : 
M.  Cantié,  violon  :  M.  G.  Remy;  Deuxième  rhapsodie 
hongroise  (F.  Liszt),  orchestrée  par  M  MuUer  Berg- 
haus. 

Liège 

Premier  concert  annuel  du  Conservatoire  royal. 
Samedi  17  novembre  1894,  à  8  heures  du  soir,  avec  le 
concours  de  M'I"  Clotilde  Kleeberg,  pianiste.  Pre- 
mière partie  :  1.  Symphonie  héroïque,  n"  3  (Beetho- 
ven) ;  2.  A.  G.  omnes,  raottet,  1540  (T  L.  da  Vit- 
toria)  ;  B  Le  vœu,  i52o  1594  (Roland  de  Lassus). 
Chœurs  A  capella,  par  les  élèves  de  la  classe  de 
chant;  3  Cinquième  concerto  en  mi  bémol  (Beetho- 
ven), Mil»  c.  Kleeberg.  Deuxième  partie  :  4.  Entr- 
acte du  troisième  acte  de  Tristan  et  Iseult  iR.  Wag- 
ner), cor  anglais,  M.  Fleyssens.  5.  MU"  C  Kleeberg. 
a)  Minuetio  de  la  suite  op.  72  (J.  Rafï);  b)  Rêve  ange- 
lique,  op.  10,  n°  22(Rubinstein);  c)  Valse  en  la  bémol, 
op.  34,  n"  I  (Chopin).  6.  Kaiser  Marsch  (R.  Wagner). 
Marseille 

Association  artistique  de  Marseille,  chef  d'orchestre 
M.  Jules  Lecocq.  Programme  du  concert  du  11  no- 
vembre :  I.  Scènes  et  impressions  rustiques  (L.  Van 
Dam)  première  audition;  2.  Concerto  pour  violon- 
celle, exécuté  par  M.  Merck  (Saint-Saëas);  3.  Ouver- 
ture du  Carnaval  romain  (Berlioz);  4.  Le  Rouet 
d'Omphale  (Saint-Saën,-);  5.  Kol  Nidrei,  M  Merck 
(Max  Bruch)  ;  6.  Marche  militaire  française  (Saint- 
Saëns). 

Munich 

Opéra.  —  Du  3o  octobre  au  11  novembre  :  Uthal 
(Mehul)  Saint  Foix  de  Hans  Sommer  (première  repré- 
.sentation).  Franciscus  d'Edgar  Tinel  ;  Hôensel  et 
Gretel.  Tannhseuser.  Les  Maîtres  Chanteurs.  Uthal. 
Saint  Foix.  Lohengrin.  Fidelio. 


Paris,  A.  DURAND    et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 


NOUVEAUTÉS  POUR  PIANO  SEUL 


Dolmetsch  (V.)  Gavotte  Im 
promptu. 

—  4^  Mazurka.     .     .    '\ 

—  Promenade  champêtre 
Durand  (Aug.i  6^  Valse    . 
Diorand  (Jac.)  Air  à  danser 

—  Promenade 

Galeotti  (C.)  Au  bord  du  Nil 
—  En  songe  . 


5  — 

5  — 

5  — 

6  — 
6  — 
6  — 
6  — 
4  - 


Halphen  (F.)  Vase  lente  .     .  5 

Lutz  (H.)  Aragonaise     ...  5 

—  Pavane 5 

—  Valse  .....  4 
Magnard(A.)  Promenades,  net  5 
Meyer  (G.)  Gavotte  ....  6 
Pierné  [G.)  Pastorale  variée, net  2 

—  Sérénade  à  Izéyl  .  5 
Saint-Saëns  Thème  varié,  net  3 


892 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Vienne  Tristan  et  Isolde.    Le   Baiser  et   Mara.    Autour  de 

,^   ,              ^                                ,  Vienne  (balletj.  Fidelio.  Hauss  Heiling 

OPERA.  —  Du  6  au  12  novembre  :  La  Juive.  Amours  |  An   der   Wien.   —    Du   6  au    12  novembre   •  Takuba 

d'Etudiant  et  la  Rose  de  Pontevedra.  Terre  et  Soleil  Le  Postillon  de  Lonjumeau                             ' 


V"  LEOPOLD  MURAILLE,  éditeur  a  liege  (Belgique) 


D(!positaIrc  unique  de  l'Edition  Pnyne 

(partitions  de  poche  pour  la  musique  de  chambre) 
DETHIER,  Gaston.  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue. 

—  Prélude  sur  le  Dies  Irœ  pour  grand  orgue      . 

—  Romance  pour  violon  et  piano       .... 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano. 
LEKEU,  G"^  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties 

partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano 
—  Trois  pièces  pour  piano  ....... 

RAWAY  Erasme.  Scènes  Hindoues,  poème  symphonique  en  quatre  parties 
réduction  à  quatre  mains       ..... 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  d'après  Hœndel,  pour  violon  et  piano 
—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano 

KuToi     franco     des     catalog^nes 


net  fr,     3   - 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22.  passag^e  des  Panoramas  (grande  galerie) 

PARIS 

Propriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKOWSKY,  GOTTSCHALK    PRUDENT   AT  ARn 
des   ARCHIVES  DU  PIANO  et  de  la  CELEBRE  METHODE  DE  PIANO  A   LE  CARPENTIER  ■ 
^5^£iP°!!î?!£Si£5£5Hîïi2îl5!S^5^i2LlL®^  consacrée  à  la  MUSIQUE  DE  VIOLON 


DERNIÈRES  PUBLICATIONS.' 

CHANT  ET  PIANO 

Prix 
O'Kelly  G.  Ave  Maria,  solo- 

mezzo 5     » 

Tschaïkowsky ,  P .  La 
Dame  de  Pique, opéra  n»  7, 
duetto,  deux  femmes.     Net     2     » 

—  No  8,  Rom.  de  Pauline, 
contralto    ....     Net     i  5o 

Potir para itie  fiochainement  ; 

—  Onéguine,  drame  lyrique 
intime,  paroles  irançaises 
de  M.  C.  Delines,  d'après  : 

A.  Pouchkine.      .      .     Net  20  » 
Marietti.  Réponse  à  la  Pro- 
mise, chansonnette  ...     3  » 
Petit  format     i  » 

MORCEAUX  DE  PIANO  SEUL 

Chabrier,  Em.  Marche  des 

Cypages 7  5o 

Hitz,  F.  Op.  i38  L'oiseau- 
mouche,  caprice.      ...     5     » 

Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Ch.  Lenepveu,  avec  par- 
tie d'harmonium  ailib.  Net    2    » 

Missler,  B.  T.  Chanson 
Suisse Net     5     » 

—  Chanson  Havanaise        »      5     » 

—  »        Napolitaine      »      5     « 
Thuillier,    E.    Fêle    Alsa- 
cienne  5     » 

Vincent,   Aug.    Op.    64. 

Scherzo 5  » 

—  Op.  65.  Gavotte      ...  5  « 

—  Op.  66.  Valse  Espagnole  .  6  » 


Prix 


PIANO  A  4  MAINS 

Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Lenepveu,  avec  harmo- 
nium adlib.     .     .     .      Net     3 

Thomé.  F.  Marche  triom- 
phale d'Aug.  Vincent,  op.  44  10 

DEUX  PIANOS  A  4  MAINS 
Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Ch.  Lenepveu,  avec  har- 
monium adltb  .  .  .  Net  4 
Tliomé,  F.  Marche  triom- 
phale d'Aug.  Vincent,  op.  44  12 

MUSIQUE  DE  DANSE 
Dessaux,    Louis.   Quatre 
danses  faciles  t 
No  I.  Quadrille.     ...     5 

No  2.   Valse 3 

No  3.   Polka 3 

No  4.   Polka-Mazurka.      .     3 

GRAND  ORGUE 
Salomé,  Th.  Op.  21.  Trois 
Canons 

—  Op  25.  Première  grande 
sonate 

VIOLON  ET  PIANO 
Danbé,  Jules.  Op.  3o,  n"  4. 
Petite  Valse 5 

—  Op.  21,  no  4.  Canzonetta  .     6 

MUSIQUE  MILITAIRE 
■Wittmann.  Amour  et  prin- 
temps,   harmonie   ou    fan- 
fare  Net     3 

—  Pla  cet,  Patins  et  fourrières. 
Polka-Mazurka,  harmonie 
ou  fanfare ....     Net     2 


Prix 


Wittmann.  Favarges.  Op.  i 
Boléro,  harmonie  ou  fan- 
fare.     .....     Net 

—  Le  même  pour  orchestre 
(sous  presse) 


ŒUVRES  OE  P.  TSCHAIKOWSKY 

Cent  vingt  morceaux  de  piano. 

Trois  concertos,  piano  et  orchestre. 

Cent  mélodies,  chant  et  piano. 

Six  duos  à  deux  voix. 

Trois  quatuors  à  cordes. 

Trio  pour  piano,  violon  et  violon- 
celle. 

Quatre  poèmes  symphoniques. 

Cinq  suites  d'orchestre. 

Six  symphonies  à  grand  orchestre. 

Trois  ballets  :  le  Lac  des  Cygnes,  la 
Belle  au  bois  dormant,  le  Casse- 
noisette. 

Neuf  opéras  :  le  Caprice  d'Oksàne, 
Snegourolschka  ou  la  Fille  de 
Neige,  Vakoula  le  Forgeron,  Oné- 
guine, la  Dame  de  pique,  Jeanne 
d'Arc,  Mazeppa,la  Tscharodeika, 
Yolande. 


OUVRAGES  POUR  SOLI  CHŒURS 
ET  ORCHESTRi 

Recommandés  aux  sociétésphUharmoniiues 

Bernard,  E.  Op.  8.  La  Captivité  de 

Babylone. 
Bourgault-Ducoudray.  Op.  5. 

Stabat  Mater. 
Lefebvre,  Chl.  Judith.  —  Eloa. 
Lenepveu,  Cti.  Jeanne  d'Arc. 
Maréctial,    H.    Le     Miracle    de 

—  Na'im,  La  Nativité. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Salle  de  la  Société  royale  «  LA  GRANDE-HARMONIE  »,  rue  de  la  Madeleine 

TROIS   CONCERTS   CLASSIQUES 

ORGANISÉS   PAR 

SCH0  7T FRÈRES,  éditeurs,  82,  Montag-ne  de  la  Cour 

Les  prochaines  Séances  se  donneront,  dans  la  Salle  de  la  Société  Royale  «  La  Grande-Harmonie  »,  rue 
de  la  Madeleine,  aux  dates  suivantes  ; 

DEUXIÈME  SÉANCE,  samedi,  24  novembre,  à  8  heures  du  soir,  avec  le   concours  de 

W''  Clotilde  KleeTjerg,  pianiste, 

et  du  trio  vocal  des  Dames  hollandaises 

(Ai3 nette  de  Jong-,  Anna  Corver  et  Marie  Snyders). 

TROISIÈME  SÉANCE,  samedi,  i5  décembre,  à  8  heures  du  soir,  avec  le  concours  de 

MlV.   Eug.   d'Albert,   pianiste  et 

Ed.   JaOOTbs,   vio  oncelliste,  professeï  r  au  Conservatoire  royal 

S'adresser  pour  les    places  à  MM.  SCHOTT  FRÈRES 
82,  Montagne  de   la  Cour,  82 


Paris,  ALPHONSE  LEDUC,  Editeur,  3,  rue  de  Grammont. 

NOUVEAUTÉS    MUSICALES 


MUSIQUE  POUR  PIANO 

Prix  Nets 

ANTHIOME  (E.)  Elégance,  valse.     .....  2  — 

DESLANDRES  (Ad.)  Air  de  ballet 2  — 

DIÉMER(L.)  Op.  43   Pièce  en  forme  de  menuet  i  35 
—            Op.  44.  Réveil  sous  bois,  étude  de 

concert 3  — 

GALEOTTI  fC.)  Op   89.  Hallucination.     ...  i  65 
HUE  (G.)  Sérénade  (jouée  au  2"  acte  des  Roma- 
nesques)         in 

RATEZ  (E.)  Op.  27.  Sept  canons  à  tous  les  inter- 
valles.    ...  ......  2  — 

MUSIQUE   INSTRUMENTALE 
DALLIER  (H.)  Messe  nuptiale,  six  pièces  pour 

orgue-harmonium 2  — 

SALOMÉ  iTh.)  Douze  pièces  pour  grand  orgue  .     8  — 
SCHVARTZ  (E.)  Aubade,  trio  pour  piano,  violon 

et  violoncelle 2  5o 


CHANT  ET  PIANO 

Prix  nets 

(Chaque  mélodie  existe  m  deux  tons) 
DUBOIS  (Th.)  Chanson  de  Printemps,  mélodie 

—  Extase,  mélodie    . 

—  Galop,  mélodie. 

—  Rondel,  mélodie   .     .     . 
LEROUX  (X  )  A  un  Enfant,  mélodie     . 

—  Chrysanthème,  mélodie  . 

—  Sérénade  

MISSA  (Ed.)  Le  Marchand  de  sable,  petit 

à  une  ou  deux  voix  (ad  lib.) 
Le  même,  sans  accomp'  (f  in 
—  Les  Petits  Loups,  petit  chœur 

ou  deux  voix  (ad  lib.).     .     . 
Le  même,  sans  accomp'  (ft  in 
VIDAL  (P.)  Lou   Metjoun   (Le    Midi),   chœur   à 

quatre  voix  d'hommes.  La  partition     2  5o 
Les  parties  de  voix  en  partition 


chœur 


I  35 

1  65 

2  — 
1  35 
I  — 
I  65 
I  35 

I  25 
»   25 

I  25 
»   25 


5o 


L'ORGUE  MODERNE,  publication  spéciale  de  musique  pour  grand  orgue 

Paraissant  quatre  fois  par  an,  sous  la  direction  de  Ch.  M.   WIDOR 

.     Allegretto  1 

.     Prière  2''  livrais( 


I       Louis  ViERNE  . 
ir<=  livraison   j      H.  Libert  .     . 

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L.  BOËLLMANN. 
J.  GUV  ROPARTZ 
A.  ViVET  .      .      . 


Prélude  pastoral 
Offertoire  pascal 
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LE  GUIDE  MUSICAL 


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Revue  pour  les  musiciens  et  les  amis  de  la  musigue 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  :  E.-W.  FRITZSCH' 

Parait  une  fois  par  semaine  en  12-16  pages  in  40 
Prix  de  l'abonnement  :  12  mois,  8  marks;  3  mois,  2  marks 

Le  Musilialisches  WochenbUtt  est  une  revue  spéciale  de 

premier  ordre  et  la  seule  à  côté  des  Bayrnither  Blatter,  à 

laquelle  Richard  Wagner  ait  collaboré  activement  dans 

les  douze  dernières  années  de  sa  vie 

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Inspecteur    des    musiques    de    l'armée    belge 

Ex-chef  de  musique  du  C' de  ligne 

REPRÉSENTANT  SPÉCIAL, 

DES 

Pianos  ÉR  ARD,  KAPS  et  BORD 

ET  DES 

Instruments  BESSON  de  Paris 

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ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 

contes"  &  BALLADES 

POUR    PIANO 


N"  I.   Conte,  i^"  suite  5  oo 

2.  Ballade,    >i  .    .   5  oo 

3.  Conte,       ».    .   4  oo 

Complet  9  00 


PAE  PETER  BENOIT  (op.  34) 

N"  I.   Conte,  3e  suite  6  oo  N°  i.  Ballade,  4" suite  6  00 

2.  Ballade,      ».   5  00        2.  Conte.        »     .  6  00 

3.  Conte,         ».   5  00        3.  Ballade.      »     .  4  00 
Complet  9  00  Complet  9  00 


N"  I.  Ballade,  2<!suite  5  00 

2.  Conte,         »     .   6  00 

3.  Ballade,     »     .   5  00 

Complet  9  00 


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Etablissement  Photographique 
de  J.  GrAJSI^ 

Place  du  Congrès.  65,  me  Eoyale 

Cartes  de  Visite  :  12  fr.  la  douzaine 

Les  ateliers  sont  au  rez-de-chaussée 
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Maison  G.  GONTHIER 

Fournisseur  des  musées 

Rue  de  l'Empereur,  3i,  Bruxelles 

MAISON    SPÉCIALE 
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40'' ANNÉE  18  Novembre  1894  numéro  47 

SOMMAIJ^B 

H.  Alvin   et  R.    Prieur.    —    Métronomie 

expérimentale  (suite). 
Richard    Wagner.  —  Lettres   à  Auguste 

Rœckel  (Traduction  de  M.  Maurice  Kuflferath) 

(suite  et  fin). 
X.  —  Le  Czar  Alexandre  III. 
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40"  ANNÉE,  —  Numéro  47. 


18  Novembre  1894. 


MÉTRONOMIE  EXPERIMENTALE 

(Suite).  —  Voir  les  nos  44,  45  et  46 


(Reproduction    interdite) 

.  Dans  la  suite  de  leur  travail,  MM.  Al  vin 

et  Prieur  donnent  quelques  comparaisons 

!  métronomiques  entre  diverses  exécutions 

i  de    la   même  œuvre   soit  par  les    mêmes 

I  artistes  à  différentes  époques,  soit  par  des 

artistes  différents. 

Pour  ne  pas  allonger  inutilement  les 
citations,  nous  leur  emprunterons  la  com- 
paraison entre  les  exécutions  de  deux 
groupes  de  quartettistes,  tous  deux  de 
Paris,  que  nous  désignerons  sous  les  noms 
de  leurs  premiers  A'iolons  :  M.  Maurin, 
professeur  au  Conservatoire  de  Paris, 
récemment  décédé  (Société  des  derniers 
grands  quatuors  de  Beethoven);  et  M.  A. 
Geloso  (Fondation  Beethoven);  on  verra 
combien  sont  intéressantes  les  observa- 
tions de  MM.  Alvin  et  Prieur.  Ceci  dit, 
nous  leur  rendons  la  parole  : 

Nous  prendrons  comme  exemple  deux 
interprétations  du  XII I«  quatuor  à  cordes 
de  Beethoven,  op.  i3o,  l'une  du  26  fé- 
vrier 1892  par  le  Quatuor  Maurin,  l'autre 
du  II  mai  1892  par  le  Quatuor  Geloso.  Le 
tableau  suivant  fait  connaître,  pour  les 
différentes  parties  de  l'œuvre,  quelques- 
uns  des  chiffres  résultant  de  nos  constata- 
tions chronométriques. 


Pages 
et  lignes 


Xllle  QUATUOR 

DE      BEETHOVEN 
OP.   l3o 


Mouvem's  métrono- 
miques observés 
aux    exécutions   des 
quatuors 

Maurin  |    Geloso 

le  26  févr.   le  II  mai 

1892      I      1893 


67 — I  et  2 
67 — 3  et  4 
68—1  et  2 

69- 

74—4  et  5 

75 — 4  et  5 

76—5 

77- 

78- 
78- 

81- 
Si — 4  et  5 
85— I  à  3 


89—1 

93 — I 

93-2 

95 — 1-2 


A  dagio  ma  non  trofpo  3/4 

Allegro  t 

Id.  (apr.  le  Tempoio3l^) 
Solo  du  violoncelle... 
Solo  de  l'alto 


p.  et  ditn 

A  dagio  ma  non  troppo  3/4 
Presto  Sp 


PP- 

L'istesso  tempo  6/4. . .  . 
Anianle  con  moto 

ma  non  troppo  \^ 


Trille  du  ler  violon. 
Tempo  /o 


cresc     cresc 

A  lia  dama  ledesca 
A  Ihgro  assai  3/8 


Cavatina. —  Adagio 
mollo  espressivo  3/4 


Finale.  — Allegro  2I4 


•  =  l32 

•  =  l32 

J=  112 
J^  112 
J=  120 
•'=96 

I  =  90 


s =96 

o.  =--  96 

»  =  96 

;=... 

•  =  104 
durée  :  4" 

0    =  120 

I 
•■  =  60 

J  ■  =  66 
J  =  66 
i=6o 


^ 
•  =77 


I 
•=120 

I 
•= III 

I 

•  =  ii6 

•  =  127 

I 

•  ^  120 

»  =72 


0  = 
S>.= 

^ 


durée  :  3" 
.^  =  96 


^  120 
54 


r  =58 
»  ^  60 
^=68 


L'introduction,   tendre  et   douloureuse, 

Adagio  ma  non  troppo  3/4  : 


Adagio  ma  non  troppo. 

Violino  I.    


est  attaquée,  ^rdans  les]  deuxjcas,  à  des 
allures  absolument  pareilles  J  =  76  et 
#  ==  77  !  différence  insignifiante,  acousti- 
quement  insaisissable,  et  qui  est  presque 


900 


LE  GUIDE  MUSICAL 


de  l'ordre  des  erreurs  possibles  de  l'obser- 
vation chronométrique.  Ne  dirait-on  pas 
vraiment  qu'il  y  avait  là  identité  des  senti- 
ments rythmiques,  équivalence  exacte  des 
impressions,  perfection  égale  dans  leurs 
traductions? 

l.'A  llegro,  4  temps,  débute  par  le  double 
thème  : 


introduit  aux  violons.  On  voit  que,  pour 
les  deux  exécutions,  les  allures  réalisées 
sont,  comme  celles  de  l'introduction,  tout 
à  fait  semblables  J  =  i32,  J=  i33. 

Les  cinq  mesures  d'allegro  sont  suivies 
d'un  retour  de  l'introduction,  tempo  1°,  avec 
mélodie  principale  au  violoncelle  et  imita- 
tions aux  autres  parties.  Puis  VA  llegro 
reprend,  frais  et  joyeux,  avec  son  double 
thème. 

Les  allures  constatées  à  ce  retour  de 
Yallegro  diffèrent  assez  sensiblement  pour 
les  deux  exécutions  :  J  =  i32,  c'est-à-dire 
exactement  celle  du  début,  pour  le  Quatuor 
Maurin;  et  J=  I20  (au  lieu  de  l33  au 
début)  pour  le  Quatuor  Geloso.  Cette  der- 
nière version,  comportant  un  ralentissement 
relatif  sur  la  reprise  de  V allegro,  n'est  peut- 
être  pas  formellement  contraire  au  texte  ; 
il  n'est  pas  écrit  qu'on  doit  retomber  sur  le 
tempo  1°  de  V Allegro.  Néanmoins, on  préfé- 
rera sans  doute  au  ralentissement  le  retour 
scrupuleux  de  l'allure  initiale,  comme  l'a 
réalisé  le  Quatuor  Maurin. 

Arrêtons-nous  un  instant,  page  6g,  qua- 
trième ligne,  de  la  partition,  au  petit  solo 
du  violoncelle  sur  la  corde  ut: 


Après  le  ré  b,  pris  comme  dominante  de 
sol  bémol  majeur,  le  violoncelle  expose  seul 
un  motif  tiré  de  la  figure  par  doubles- 
croches  du  thème  principal  ;  c'est  un  motif 
pour  ainsi  dire  interrogateur,  auquel  les 
trois   autres  instruments   répondent    avec 


une  admirable  douceur.  Sur  un  motif  de  ce 
genre,  amené  dans  le  diminuendo  et  sotto 
voce,  on  attend  tout  naturellement  une 
réduction  d'allure.  Elle  ne  manque,  comme 
on  le  voit  au  tableau,  dans  aucune  des  deux 
exécutions.  Ce  qui  est  digne  de  remarque, 
c'est  que  ce  ralentissement  est  chiffré  dans 
les  deux  cas  par  le  même  degré  métrono- 
mique  J=li2  0Uiii.  Ainsi,  malgré  l'indé- 
pendance relative  qui  leur  est  laissée  pen- 
dant ce  solo, les  deux  violoncellistes  se  con- 
forment instinctivement  à  la  même  allure. 

Et  si  les  concordances  de  ce  genre  souf- 
frent accidentellement  des  exceptions,  elles 
n'en  ont  pas  moins  un  curieux  caractère  de 
permanence.  Voyez,  par  exemple,  à  la 
page  74,  ligne  4,  un  épisode  analogue  avec 
solo  d'alto;  nous  retombons  encore,  aux 
deux  exécutions,  à  des  allures  tout  à  fait, 
pareilles  J  =  112  et  J  =  116. 

Deux  différences  quelque  peu  impor- 
tantes sont  à  noter  parmi  les  autres  chiffres 
du  tableau.  Elles  portent  sur  les  mouve- 
ments suivis  au  diminuendo  de  la  page  76, 
ligne  5, et  de  V Adagio  ma  non  troppo  de  trois 
mesures  à  3/4  qui  lui  succède  : 

-Adagio  ma  non  frqppa 


Le    Quatuor    Maurin,    qui     antérieure- 
ment jouait  à  J  =    120,   tombe   à  J=  96, 
beaucoup  plus  lent,  sur  le  diminuendo  pour 
pvenàv&VAdagio  k  J"  =  90;   le    Quatuor 
Geloso,  antérieurement  à  J  =  127,  ralentit, 
au  contraire,  très  peu  sur  le  diminuendo, 
J  =  120, tandis  qu'il  aborde  l'Adagio  à  unei' 
allure   relativement  beaucoup  plus  lente, , 
j^=  72.  Voilà  une  des  rares  exceptions  oùa 
ce  que  l'on  peut  appeler  la  compréhension  1 
métronomique  est  sensiblement  différentec 
dans   l'une    et    l'autre   interprétation.    Let 
Quatuor  Maurin  a  considéré  le  diminuendO' 
comme  devant  servir  à  réaliser  une  transi- 
tion suivie  et  complète  entre  la  noire  de 
V  Allegro  et  la  croche  àeVAdagio;\e  Quatuor 
Geloso,    au   contraire,    tout    en    apaisant 
très  légèrement  l'allure  sur  le  diminuendo, 
conserve  entre  les  deux  valeurs  métrono- 
miques,  noire  et  croche,  une  chute  brusque 
et    très    accusée;     les    uns    ont    cherché 


LE  GUI  DR  MUSICAL 


901 


[il'enchaînement  métronomique   progressif; 
'les  autres  ont  laissé  subsister  plus  de  con- 
traste entre  les   deux  allures.  Il  est   bien 
difficile,  dans   ce  cas,   d'approuver  plutôt 
l'une  que  l'autre  des  deux  manières  ;  aucune 
d'elles  ne  viole  le  texte  ;  notre  avis  n'aurait 
ici  que  la  valeur  d'une  impression  person- 
nelle. Le  cas  ne  serait  pas  le  même  si  le 
;  Maître  avait  indiqué,   comme  Wagner  l'a 
i  fait  si  fréquemment,  le  rapport  numérique 
\  entre  le  mouvement  antérieur  et  le  mouve- 
ment suivant. 
;     Dans  le  second  morceau  du  XIII=  Qua- 
[  tuor,  Presto  %,  à  la  fois  si  mystérieux  dans 
i  son  effet,  si  serré  dans  sa  coupe  et  si  précis 
I  dans  son  rythme,    nous   remarquons,  aux 
'  deux  exécutions  qui  nous   occupent,  des 
■  attaques  d'allures  identiques,  exactement 
;  g5  à  la  ronde  dans  les  deux  cas.    Mais,   au 
'  passage  dans  le  6/4,  Yistesso  tempo,   nous 
constatons    une    divergence    sensible  :  le 
Quatuor  M aurin  maintient  imperturbable- 
ment la  valeur  d'origine  g5;   le  Quatuor 
Geloso  tombe  à  88. 

Le  morceau  suiv a.nt,  A 11  dante  cou  moto  ma 
non  troppo,  à  quatre  temps,  est  attaqué  un 
peu  plus  lentement  dans  la  seconde  inter- 
prétation que  dans  la  première,  sans  que 
les  différences  aient  toutefois  rien  de  cho- 
quant. Le  parallélisme  se  retrouve,  du 
reste,  d'une  manière  frappante  au  retour 
'du  tempo  j°,  page  87.  Dans  cette  coda  pas- 
sionnée, les  allures  montent  respectivement 
de  92  ou  96  à  120  à  la  croche. 

L'.4  llegro  assai  3/8  {À  Ha  dansa  tedesca),  à 
motifs  simples  et  simplement  développés, 
très  uniformément  rythmé,  ne  se  prête  pas, 
on  le  devine,  à  de  grandes  variations  de 
mouvements.  Aussi  n'en  constate-t-on,  pour 
-.  ainsi  dire,  aucune  dans  les  deux  exécutions 
comparées;  nous  pouvons  nous  borner  à 
citer  deux  chiffres  seulement,  extrêmement 
voisins,  5o  et  54  à  la  noire  pointée,  pour 
'chacune  d'elles.  Si  l'on  était  curieux  de 
savoir  avec  quelle  fixité  l'allure  peut  être 
maintenue  d'un  bout  à  l'autre  du  morceau, 
nous  citerions,  pour  le  Quatuor  Maurin, 
les  chiffres  suivants  : 

Page  89.     .     .     .     .     .     J.  =  60 

90 J.  =  60 

92—3  et  4  .     .     .     J.  =  60 
92-5      .     .     .     .     J.  =  60 


C'est,  comme  on  voit,  la  permanence 
mathématique  absolue.  On  se  contenterait 
facilement  d'une  moindre  approximation, 
mais  elle  est  bien  dans  le  caractère  de 
l'œuvre. 

Arrivons  à  la  célèbre  Cavatine,  Adagio 
molto  espressivo  3/4,  que  Beethoven  ne 
pouvait  relire  sans  verser  une  larme.  La 
trame  thématique  en  est  simple  :  deux  mélo- 
dies principales  plaintives  et  suppliantes. 
L'émotion  mélancolique  et  douloureuse  y 
est  portée  à  sa  plus  haute  expression;  il 
faut  sentir  cet  Adagio,  mieux  et  plus  que 
tout  autre  morceau,  pour  le  bien  dire. 
Malgré  ce  caractère  qui  tendrait  à  rendre 
l'interprétation  plus  personnelle,  plus  arbi- 
traire, nous  voyons  que  les  allures  conve- 
nables sont  jugées  à  peu  près  pareilles  par 
les  deux  quatuors  :  66  à  la  noire  d'un  côté, 
58  et  60  de  l'autre. 

Le  finale,  Allegro  2/4,  est  attaqué  aussi 
dans  des  vitesses  très  voisines  l'une  de 
l'autre  :  60  et  58  à  la  blanche.  Nous  avons 
affaire,  dans  ce  finale,  comme  dans  VA  llegro 
assai,  à  un  morceau  de  rj'thme  uniforme. 
Ici,  non  seulement  la  coupe  rythmique  se 
continue,  d'un  bout  à  l'autre  du  morceau, 
par  quatre  mesures,  mais  en  outre  tous  les 
développements  thématiques,  généralement 
fort  simples,  sont  tirés  du  motif  principal, 
de  quatre  mesures  aussi,  exposé  au  début 
par  le  premier  violon  : 

Violii 


On  peut  inférer  de  là  que,  dans  une  exécu- 
tion satisfaisante, les  mouvements  métrono- 
miques  locaux  resteront,  sinon  tout  à  fait 
fixes,  du  moins  peu  variables  d'un  bout  à 
l'autre.  C'est  ce  que  Texpérience  constate. 
Ainsi,  pour  le  Quatuor  Maurin,  la  fixité  de 
l'allure  a  été  merveilleuse.  Les  mesurages 
chronométriques  effectués  sur  différents 
fragments  des  pages  gS,  96,-  97,  gS,  ici, 
io3,  104  de  la  partition,  ont  donné  rigou- 
reusement, à  huit  reprises  différentes,  la 
valeur  constante  J  =  60.  Tout  au  plus,  à 
la  page  Ï08,  sous  la  poussée  grandiose  et 
irrésistible  des  sf.,  le  mouvement  s'est-il 
accéléré  jusqu'à  J  =  66. 

Nous  terminerons  cette  série  de  résumés 
comparatifs    par    quelques    extraits     des 


90â 


LE  GUIDE  MUSICAL 


résultats  constatés  dans  trois  exécutions 
différentes  de  la  même  œuvre,  du  XIV<=  qua- 
tuor de  Beethoven  op.  i3i  (partition  Pe- 
ters,  vol.  I023  d). 


XlVe  QUATUOR 

DE      BEETHOVEN 
OP.    l3l 


Mouvements  métronomiques 

observés  aux 

exécutions  des  quatuors 

Geloso 


Maurin 

le  25  mars 

1892 


Geloso 
le  12  mai   Ile  25  mai 
1892  1894 


4-2 
5-4 
6-3 

7-2 
11-3 
11-4 

12-1 
i3-i 
l3-4 
14-1 
i5-i 


i5-5 
16-1 
16-3 

17-1 

18-1 

18-3 

18-4 
20-1 
21-1 

82-2 

22-3 
23-1 
27-2 

33-1 

33-3 
33-4 


No    I.    Adagio  ma  non 
troffo  ïp 


cresc.   crssc  

No    2.    Alligi'o  mollo 
vivace  6/8   

cresc.   crjsc 

No 3.  Allegro  moderato  E 

A dagio etpiùvivace  (tripl . 
croches  du  1er  violon) 

No  4.   Andante  ma   non 
troppo  e  mollo  cantabiU  2/4 


=  120 
^126 


IJ 


=  108 
=  112 


Più  mosso  ! 


cresc  et  sf 

Anda7ite  moderato 

e  lusingkiero  fc 

Violonclle  et  alto  seuls 

doke 


Id.,  cresc    cresc. 

Adagio  6/8 

cnsc. .  . 

A  llegrelto  2/4 ,  . . 
cresc. 


Adagio  ma  non  iroppo 
e  semplice  9/4   


Allegretto  2/4 

Id.          (au    sempre 
più  allegro). 


trait  ht  tempo  du  i^rviol. 
No  5.   l'r.slo  ^2     


:   120 
:l85 


No  6.    Adagio   quasi    un\    p 
poco  luidante  3/4  .  . 


No  7.   AHegro  ip  ■ 


184 


=  63 
=  69 
=  76 
=  80 
=  69 
=  72 

.=  l52 
=  i38 
=  92 

=  i38 

=  60 

=  114 

I 
=  112  ■  /Q-- 

^ 

'   =88 

^ 
'  =  90 

I  I 

144;    =i==i44 


'=87 
.    ». . .  . 

»  =  i35 
1=  i35 

I 

F  =  l32 

J.--?5 


:  IIO 
:  IIO 


:  109 
:  III 
:  112 
^171 
-180 


=  67 
=  96 

:  ro3 
:  io3 


=  i5o 
=  120 

=  108 

=  go 
=  io5 
=  120 

:  104 

=  94 

=  144 


Nous  n'insisterons  pas  sur  les  deux  pre- 
miers morceaux  Adagio  tna  non  troppo  ^ 
et  Allegro  molto  vivace  6/8.  Les  allures 
suivies  aux  trois  exécutions  sont  rigoureu- 
sement égales  pour  les  attaques  (J  =  80 
pour  l'Adagio  et  J  =  120  pour  V Allegro 
molto  vivace),  et  très  semblables  pour  le 
reste.  Cependant,  on  notera  ce  fait,  répété 
pour  les  deux  morceaux,  que,  dans  l'exécu- 
tion n°  3,  les  nuances  cresc.  cresc.  des  pages  5 
et  7  entraînent,  au  delà  du  mouvement  ini- 
tial, des  accélérations  sensiblement  plus 
grandes  ;  on  passe  de  80  à  90  au  lieu  de 
80  à  84;  de  120  à  137  au  lieu  de  120  à  12S. 
Au  point  de  vue  métronomique,  on  dirait 
donc  que  le  Quatuor  Geloso,  dans  sa 
deuxième  exécution,  vise  à  accentuer  ses 
effets  (I). 

Pour  le  morceau  n°  3  Allegro  mode- 
rato B,  constatons  encore  la  grande  simi- 
litude des  allures;  elle  s'étend  même  à  la 
cadence  en  triples  croches  du  i^''  violon 
(J  =84  et  J  =  83j.  Il  est  curieux  de  voir 
ce  passage  de  bravoure  phrasé  avec  des 
vitesses  si  exactement  pareilles  par  deux 
instrumentistes  différents. 

Le  n°  4,  Andante  ma  non  troppo  e  molto 
Cantabile  2/4,  auquel  le  précédent  sert  d'in- 
troduction, se.  compose,  comme  on  sait, 
d'un  thème  fort  étendu  (mélodie  à  long 
souffle,  de  32  mesures),  développé  ensuite 
en  six  merveilleuses  variations.  La  profonde 
et  inépuisable  imagination  du  Maître  s'est 
donné  là  libre  carrière.  Non  seulement, 
les  caractères  de  ces  variations  sont  d'une 
grande  diversité  :  successivement  héroïque, 
caressant  et  humoristique,  dramatique,  re- 
ligieux,   suppliant;    mais,    en    outre,    les 


(i)  Dans  l'opuscule  Uebcr  das  Dirigiren  (p.  294),  Wag- 
ner fait  une  très  importante  remarque  sur  les  allures  4 
choisir  pour  le  début  ieV Allegro  molto  vivace  6/8.  D'après 
lui,  la  nuance  molto  vivace  ne  doit  pas  être  prise  dès  l'at- 
taque, mais  seulement  sur  les  Crescendo  suivants.  Il  faut, 
dit-il,  que  le  mouvement  plus  rapide  prescrit  par  le 
Maître  ressorte  comme  une  conséquence  rythmique  corres- 
pondant à  la  signification  dynamique  du  Crescendo.  Cette 
condition  est  à  peu  près  remplie.  daBS  les  trois  exécu- 
tions comparées. 

Nous  avons  déjà  rencontré  et  nous  rencontrerons  dans  - 
la  suite  beaucoup  d'exemples  de  la  correspondance 
générale  (mais  non  sans  exception)  des  nuances  sonores 
et  des  modifications  d'allure. 


LE  GVIDE  MUSICAL 


903 


rythmes  changent,  la  mesure  passe  du  2/4 
au  4/4,  puis  au  6/8,  au  2/4,  au  g/4,  pour  reve- 
nir au  2/4  Allegretto  dans  la  Coda.  Il  n'y  a 
donc  de  commun  dans  ces  variations  que 
leur  origine  thématique  ;  tout  le  reste  dif- 
fère. En  conséquence,  même  en  l'absence 
des  indications  générales  Andante,  Adagio, 
Allegretto,  qui  les  accompagnent,  nous 
devions  nous  attendre  à  trouver  dans  leurs 
allures  respectives  de  très  grosses  diffé- 
rences. 

Exception  doit  être  faite  cependant 
pour  la  première,  qui  commence  dès  la 
page  12  de  la  partition  (ligne  4)  : 


^ 


^S 


^ 


celle-ci,  en  effet,  dans  la  même  mesure  que 
le  thème,  ne  comporte  que  des  modifica- 
tions d'accents  relativement  faibles.  Aussi 
trouvons-nous  encore  dans  la  page  i3  les 
valeurs  de  112  et  120  à  la  croche,  peu  diffé- 
rentes de  celle  du  début. 

Dès  la  seconde  variation,  Più  mosso  Ë 
(page  14),  l'allure  change  brusquement. 
Malgré  le  pp.,  l'énergie  s'est  accrue;  la 
figure  mélodique  par  croches  s'élargit  de 
plus  en  plus  ;  la  force  sonore  subit  un  cres- 
cendo continu.  La  nuance  métronomique 
s'accuse  parallèlement  dans  les  exécutions 
comparées  à  notre  tableau  ;  l'allure  passe 
de  i58  à  184,  ou  de  171  à  180. 

U Andante  moderato  E  (page  i5),  qui 
constitue  la  troisième  variation,  est,  au  con- 
traire, d'une  nuance  douce  et  tendre,  con- 
trastant avec  la  précédente.  Les  mouve- 
ments constatés  aux  attaques  (J  =  63, 68  et 
67)  pour  les  trois  interprétations  sont  d'une 
remarquable  concordance.  Mais  le  contre- 
coup métronomique  des  accroissements 
de  sonorité  dus  aux  crescendo  n'est  pas  tout 
à  fait  semblable  dans  les  trois  cas.  Moins 
sensible  dans  le  premier  (63  à  69),  beau- 
coup plus  accusé  dans  le  second  (68  à  80), 
il  devient,  dans  le  troisième,  d'une  énergie 
un  peu  outrée  (67  à  g6).  On  est  en  droit  de 
se  demander  si  le  Quatuor  Geloso  n'aurait 
pas  mieux  fait  de  conserver  sa  première 
manière  et  s'il  n'y  a  pas,  dans  la  seconde, 
quelque  exagération  plutôt  défavorable  à 
l'impression. 


"L'Adagio  6/8,  page  16,  où  la  mélodie 
principale  est  heurtée  par  les  pizzicati  du 
deuxième  violon  et  du  violoncelle,  présente 
un  accent  dramatique.  C'est  la  quatrième 
variation.  Les  mouvements  d'attaque  sont 
acoustiquement  identiques  dans  les  deux 
premières  exécutions  (76  et  77  à  la  croche); 
dans  la  troisième,  au  contraire,  on  attaque 
beaucoup  plus  vite:,'*  =  io3.  A  la  page  17, 
nous  retrouvons  la  parité  approximative 
pour  les  deux  premiers  cas  :  l'allure  s'est 
accélérée  de  76  à  80,  ou  de  77  à  90;  dans 
la  troisième  interprétation,  autre  diver- 
gence :  le  mouvement  était  relativement 
très  vif  au  début,  mais  il  ne  s'est  pas  accru; 
il  est  resté  à  io3.  Où  est  la  meilleure 
version  :  JJ  puis  90,  ou  lo3  et  encore  lo3  ? 
Anotre  avis,  il  n'y  a  pas  de  doute;  même  en 
l'absence  d'indication  formelle,  la  chaleur 
plus  dramatique  de  la  seconde  moitié  de 
V Adagio,  figurée  par  la  répétition  fréquente 
des  crescendo,  s'accommode  mieux  d'une 
légère  accélération  de  l'allure. 

U Allegretto  2/4  (page  18)  {5^  variation), 
syncopé  et  d'accent  religieux,  nous  conduit 
à  une  remarque  analogue.  Il  paraît  plus 
conforme  au  texte  d'observer  dans  l'allure 
locale  du  petit  crescendo,  à  la  ligne  3,  une 
légère  accélération,  comme  dans  la  pre- 
mière interprétation,  qu'un  ralentissement 
comme  dans  la  troisième. 

Ne  nous  arrêtons  pas  à  la  5'"^  variation, 
Adagio  ma  non  troppo  e  simplice  ÇI4,  dont 
les  mouvements  ne  donnent  lieu  à  aucune 
remarque  spéciale  (i),  et  arrivons  à  la 
coda  [Allegretto  2/4)  (page  21),  où  revient  le 
thème  principal,  mais  plus  rapide  et  pres- 
que dansant.  Nous  trouvons  là  une  discor- 
dance exceptionnelle  dans  les  mouvements 

(i)  Cependant  nos  mesurages  ont  donné  lieu  à  une 
constatation  curieuse.  L'exécution  de  l'Adagio  a  été 
interrompue  :  rupture  de  la  chanterelle  du  premier 
violon  et  changement  d'instrument.  L'allure  locale 
observée  était  à  ce  moment  J  =  154.  Le  quatuor 
reprend  ensuite  l'exécution  sur  le  passage  même  de 
l'arrêt.  Il  était  intéressant  de  savoir  si,  à  cette  nouvelle 
attaque  in  médias  res,  sous  l'iniluence  un  peu  énervante 
de  l'incident,  l'allure  ne  serait  pas  modifiée.  Or,  un  nou- 
veau mesurage  a  donné  J  =  i5o.  La  différence  est 
insaisissable.  Les  exécutants,  et  en  particulier  le  premier 
\'iolon,  étaient  donc  assez  sûrs  d'eux-mêmes  pour  rentrer 
tout  de  suite  et  rigoureusement  dans  leur  interprétation 
primitive. 


904 


LB  GVIDE  MUSICAL 


d'attaque  :  Quatuor  Maurin  J  =  92,  Qua- 
tuor Geloso  J  =  i32  et  120.  Le  retour  du 
thème  ne  suffit  pas,  certes,  pour  indiquer 
dans  quelle  limite  le  mouvement  de  cette 
coda  doit  ressembler  à  celui  du  début 
(page  12).  Seulement,  il  y  a  peut-être  un 
écueil  dans  la  seconde  interprétation;  nous 
constatons,  en  effet,  que  le  mouvement  local 
dn  Sempre  più  allegro  a  été  accéléré,  pour 
la  première  version,  de  92  à  i38,  tandis  que 
dans  la  seconde  il  est  resté  à  sa  valeur 
ancienne  (i32  à  i35)  ou  même  s'est  ralenti 
de  120  à  108.  Pour  ce  dernier  cas  surtout, 
l'indication  de  la  partition  n'est  pas  suivie 
et  il  y  a  faute. 

Le  morceau  numéro  5  du  XIV'^  quatuor 
(page  3)  Presto  ^ 

a  des  motifs  principaux  clairs  et  bien  ryth- 
més. Aussi,  à  part  les  passages  adagio  et 
ritardando,  les  allures  oscillent-elles  fort 
peu  autour  de  leur  valeur  moyenne.  Conune 
le  montre  notre  tableau,  les  trois  interpré- 
tations répondent  à  très  peu  près  aux 
mêmes  degrés  métronomiques  (de  io5  à 
120  à  la  ronde.) 

Les  comparaisons  relatives  aux  deux 
derniers  morceaux  (n°"  6  et  7)  résultent  suffi- 
samment des  chiffres  du  tableau.  On  serait 
tenté  de  relever  cette  différence  :  tandis 
que  le  mouvement  s'accélère  un  peu,  dans 
la  seconde  interprétation,  en  passant  du 
début  à  la  fin  de  Y  Adagio  (page  33  de  la 
partition),  de  /  =  88  à  ,1^  =  go,  il  ralentit 
au  contraire  dans  la  troisième  de  J  ^  104  à 
^  ==  94.  Mais  ici,  la  succession  rapide  des 
indications  cresc.  et  dim.  ne  permet  guère 
de  rattacher  les  nuances  de  la  sonorité  à 
celles  de  l'allure,  car  les  influences  inverses 
de  ces  indications  peuvent  troubler  le 
résultat  final. 

Quant  à  V Allegro  %,  qui  termine  le  qua- 
tuor, ses  allures  locales  sont,  pour  une 
même  exécution,  passablement  variables 
d'un  bouta  l'autre.  Nous  nous  bornons  à 
constater  l'identité  des  mouvements  ini- 
tiaux dans  les  interprétations  comparées  : 
144  à  la  blanche  pour  les  trois  cas.  C'est, 


une  fois  de  plus,  la   concordance   rigou- 
reuse. 

Malgré  le  petit  nombre  des  comparaisons 
que  nous  avons  citées  et  le  caractère  réduit 
de  nos  tableaux  chiffrés,  nous  espérons 
avoir  fait  passer  sous  les  yeux  du  lecteur 
assez  de  résultats  documentaires  pour  bien 
fixer  son  opinion.  Il  reconnaîtra  dès  à  pré- 
sent que  la  méthode  métronomique  expéri- 
mentale, ainsi  pratiquée,  permet  de  contrô- 
ler, d'expliquer  et  d'analyser  avec  précision 
les  impressions  purement  auditives.  Cette 
méthode  révèle  un  certain  nombre  d'imper- 
fections de  détail  dont  l'oreille  perçoit 
vaguement  l'effet  sans  en  discerner  la 
nature  etle  remède  ;  saisissant,  avec  preuves 
à  l'appui,  la  fixité  ou  l'incertitude  des 
allures,  elle  prend  pour  ainsi  dire  sur  le  vif, 
chiffre  et  compare  les  sentiments  rythmiques 
des  interprètes. 

Notre  étude  actuelle  n'est  qu'une  mo- 
deste ébauche;  des  constatations  plus  éten- 
dues et  plus  prolongées  pourraient  avoir 
pour  résultat  de  modifier  nos  '  appré- 
ciations sur  tel  ou  tel  point.  Mais  les 
erreurs  de  détail,  toujours  possibles  en 
matière  d'observation,  ne  sauraient  com- 
promettre la  valeur  générale  de  la  méthode. 
Notre  but  est  moins  d'apporter  à  l'étude 
des  interprétations  musicales  une  contribu- 
tion statistique  que  d'appeler  l'attention 
sur  certains  faits  intéressants,  impoitants, 
déjà  vaguement  connus  sans  doute,  mais 
dont  l'analyse  n'a  jamais  été  faite,  croyons- 
nous,  avec  la  précision  désirable. 

Si  ces  faits  paraissent,  au  premier  abord, 
d'ordre  exclusivement  métronomique,  ils 
se  rattachent  néanmoins  d'une  façon  très 
directe,  comme  on  l'a  déjà  vu,  à  l'ensemble 
des  moyens  expressifs.  A  ce  titre,  ils  intéres- 
seront non  seulement  les  musiciens  —  et  le 
nombre  en  est  grand  —  qui,  à  l'exemple  de 
Beethoven  et  Wagner,  attachent  une  im- 
portance capitale  aux  mouvements;  mais 
encore  tous  ceux  qui,  sans  porter  particu- 
lièrement leur  attention  de  ce  côté,  aiment 
à  étudier  avec  soin  et  à  comparer  les 
interprétations  des  grandes  œuvres. 
(.4  suivre.)  H.  Alvin  et  R.  Prieur. 


LE  GUIDE  MTJSIGAL 


905 


LETTRES  DE  RICHARD  WAGNER 


AUGUSTE  RŒCKEL 

(Traduites    par    M.    Kufferath) 

(Suite  et  fini.  —  Voir  les  nos  33,  3g,  40,  41,  42,  43, 
45  et  46 


X 

Monsieur  le  directeur  de  musique  Rœckel, 
^-  Weimar. 

■f-'  Biebrith,  23  avril  1862. 

Cher  ami, 

Ta  lettre  m'a  vivement  rappelé  lo  meilleur 
de  l'ancien  temps.  Tout  de  même,  quand  nous 
étions  réunis,  ça  promettait  quelque  chose. 
Moi  aussi,  je  désire  de  tout  cœur  me  retrou- 
ver quelque  jour  avec  toi.  Dis-moi,  ne  pour- 
rions-nous pas,  l'été,  quand  ton  frère  aura 
ses  vacances,  l'appeler  à  comparoir  ici  avec  toi, 
afin  de  faire  le  veau  une  bonne  fois,  pendant 
une  huitaine!  Nous  serions  ici  tout  à  fait  sans 
dérangement  aucun,  ce  qui,  —  pour  moi  tout 
au  moins,  —  ne  serait  pas  facilement  le  cas 
ailleurs.  Je  crois  qu'à  la  fin  de  mai,  je  pourrais 
bien  passer  par  Weimar  et  te  rendre  visite  pour 
un  jour.  Fais-moi  savoir  où  tu  seras  vers  cette 
époque.  Si,  toutefois,  tu  avais  auparavant 
l'envie  de  me  venir  voir  ici  pour  quelques 
temps,  n'hésite  pas  :  je  suis  justement  en 
mesure  en  ce  moment  de  te  payer  ton  voyage  ! 

Durant  l'été,  — juin  et  juillet,  — ■  les  Bulow^ 
viendront  ici.  —  C'est  encore  la  seule  chose 
que  l'on  ait,  et  je  voudrais,  pour  tout  au 
monde,  être  en  situation  d'avoir  toujours  un 
ami  auprès  de  moi.  Quand  on  est  ensemble 
dans  une  grande  ville,  «  sa  vie  durant  »,  il  n'en 
sort  rien  :  il  y  a  des  choses  dont  il  faut  jouir  à 
la  dérobée. 

Ainsi  ! 

Décide-toi  vite.  Je  n'aimerais  pas  aller  te  voir 
à  Weimar. 

Forte-toi  bien  et  sois  intelligent. 

Ton  W. 


XI 


Monsieur  Auguste  Rœckel 
(demander  au  théâtre) 

à  Weimar. 

Biebrich,   17  juin  1862. 
Très  cher  ami, 

Je  suis  bien  heureux  d'avoir  de  nouveau  de 
tes  nouvelles.  Exécute  ton  projet  de  venir  me 
voir.  Je  ne  m'en  irai  pas  d'ici  de  tout  l'été.  Si 
cette  combinaison  te  va,  je  préférerais  te  voir 
arriver  au  commencement  de  juillet.  A  cette 
époque,  les  Bulow  seront  ici  pour  quelque 
temps.  Je  songe  maintenant  à  leur  faire  bientôt 
une  lecture  des  Maîtres  Chanteurs  ,■  et  je  vou- 
drais te  les  lire  aussi.  J'ai  déjà  fait  souvent  des 
lectures,  mais  je  perds  à  la  fin  toute  vigueur  pour 
ces  sortes  d'actions,  et  puis,  cela  me  fatigue 
toujours  un  peu.  J'aimerais  donc  beaucoup  que 
tu  te  mettes  en  relation  avec  Bulow  (Hans  de 
Bulovi^,  12,  Shœnebergerstrasse,  Berlin),  afin 
de  convenir,  si  possible,  avec  lui,  du  jour  de 
votre  arrivée  à  Biebrich.  Bulow  pourrait  éga- 
lement faire  connaître  ce  jour  à  Schnorr 
(Dresde),  qui,  lui  aussi,  se  propose  de  venir  me 
voir  vers  le  même  temps  pour  une  exécu- 
tion (i). 

Je  vis  d'ordinaire  dans  une  si  complète  soli- 
tude et  une  si  absolue  retraite  que  j'aime  quel- 
quefois me  préparer  ainsi  une  explosion  com- 
binée ;  et  cela  me  fait  du  bien.  Choisis,  du 
reste,  ce  moment,  parce  que  je  serai  alors  le 
mieux  pourvu  pour  vous  régaler  de  fragments 
de  mes  nouvelles  œuvres  :  Hans  (de  Biilow) 
tiendra  le  piano  et  Schnorr  (très  bon  musi- 
cien) aidera  au  chant,  qui  ne  me  réussit  plus 
guère.  ■ —  S'entend  qu'Edouard  (2)  sera  le  très 
bien  venu. 

Te  revoir  est  un  de  mes  plus  vifs  et  plus 
ardents  désirs.  Souvent,  je  m'étonne  d'être 
encore  en  vie,  alors  que  tant  de  choses  autour 
de  moi  et  en  moi  se  sont  survécu  et  qu'en 
somme,  —  hélas!  —  je  me  sens  toujours  le 
même,  si  bien  que  je  me  fais  l'effet  d'un 
fantôme.  Dieu  me  pardonne,  mais  en  ce  qui 
te  concerne,  il  m'arrive  souvent  de  ne  plus 
penser  du  tout  à  ta  carrière  de  prisonnier,  si 
incroyablement  longue,  et  de  m'entretenir  en 
pensée  avec  toi  tout  à  fait  comme  au  temps  de 
nos  promenades  à  Dresde  ! 

Ta  physionomie  doit  cependant  s'être   mo- 

(i)  Il  s'agit  du  ténor  Schnorr  de  Carolsfeld,  qui  vint, 
en  effet,  dans  l'été  de  1862,  visiter  Wagner,  à  Biebrich, 
et  chanta,  avec  sa  femme,  toute  la  partition  de  Trislait. 

(2)  Edouard  Rœckel,  le  frère  d'Auguste. 


906 


LE  GUIDE  2WSICAL 


difiée.  Quelle  était  la  mienne,  il  y  a  deux  ans, 
tu  le  verras  par  le  portaait  ci-inclus. 

Mais,  nous  verrons  bien! 

Hier,  je  me  suis  surpris  de  nouveau  un  accès 
de  fureur  politique.  J'avais  une  fière  envie 
d'écrire  aux  Suisses  de  ne  pas  se  rendre  au  tir 
de  Francfort,  ces  ânes  s'étant  si  profondément 
compromis  vis-à-vis  des  Italiens;  c'eût  été  une 
leçon  admirable  et  bien  méritée.  Peut-être 
l'écriras-tu,  cette  lettre?  Et,  cependant,  tu 
as  une  situation  politique  et  des  convenances  à 
prendre  en  considération;  il  se  comprend  que, 
de  temps  à  autre,  on  soit  malin.  Que  le  diable 
vous  emporte  tous  ! 

Donc,  au  revoir!  Arrange  tout  au  mieux! 

Salut  cordial 

de  ton 
R.  W. 

XII 

Monsicvr  A.  Rœckel, 

Rédadettr  de  la  Réforme  de  Francfort, 
à  Francfort  sjMew. 
Mon  cher  vieil  ami  ! 

Ton  livre  est  tenible!  (i) 

Tout  cela  raconté  avec  cette  modestie,  ce 
calme,  cet  inaltérable  amour  de  l'humanité, 
c'est  une  lecture  à  vous  remuer  vraiment  d'une 
façon  incendiaire  ! 

Tout  de  même,  tu  es  un  des  êtres  les  plus 
étranges,  et  Dieu  sait  à  quoi  tu  es  encore  des- 
tiné. Avec  la  foi  qui  t'anime,  tu  dois  pouvoir 
soulever  des  montagnes;  il  n'en  peut  être 
autrement  ! 

Discuter  avec  toi  serait  mal,  —  aussi  je  n'y 
songe  pas. 

J'ai  littéralement  dévoré  ton  livre  ! 

En  ce  moment,  j'éprouve  les  impressions  que 
tu  avais  dans  ta  prison  !  Comment  me  délivrer? 
—  Je  demande  le  calme,  la  concentration,  — 
pour  pouvoir  remplir  ma  mission,  que  personne 
ne  peut  accomplir  à  ma  place.  Oui,  —  du 
calme!  — et  voilà  que  du  ciel  me  tombe  un  jeune 
homme  (2),  que  les  étoiles  me  destinaient  :  Il 
me  sait  et  me  connaît,  —  par  révélation,  — 
comme  personne  :  il  bénit  le  sort  qui  l'a  fait  roi 
si  jeune,  afin  —  de  me  rendre  heureux,  de  réa- 
liser mon  idéal,  —  rien  autre  n'a  pour  lui 
sens  ni  but!  — Voilà!  —  Imagine-toi  la  Ba- 
vière, Munich  —  et  ajoute  le  reste!  —  je  n'as- 


(1)  Il  s'agit  du  livre  d'Auguste  Rœckel,  la  Révnhdîon 
de  Saxe  et  la  prison  de  Waldheim,  qui  venait  de  paraître  à 
Francfort. 

(2)  Allusion  au  roi  Louis  II  de  Bavière. 


pire  qu'au  repos,  parce  que  je  ne  peux  plus 
rien  supporter  et  que  le  dégoût  en  moi  domine 
trop  tout  le  reste  ! 

Que  faire  maintenant?  —  J'aspire  à  m'en 
aller  —  dans  un  beau  coin  de  l'Italie,  —  étran- 
ger à  tous  —  en  lazzarone  —  pour  soigner 
mes  pauvres  nerfs  :  —  mais  comment  aban- 
donner de  nouveau  ce  jeune  roi  à  son  abomi- 
nable entourage,  avec  son  cœur  si  merveilleu- 
sement enchaîné  à  m.oi  ?  —  Voilà  où  j'en  suis  ! 

—  Que  vais-je  devoir,  que  vais-je  pouvoir  faire? 

—  Je  me  le  demande,  et  ne  peux  trouver  la 
réponse  ;  —  personne  ne  peut  me  la  donner  ! 
Je  suis  trop  las  !  Quant  à  toi,  —  je  n'ai  pas 
peur.  Tu  as  ta  vocation  et  tu  raccompliras.  Tu 
as  la  force  de  supporter  même  le  journal  de 
Francfort.  —  Sois  remercié  cordialement  :  tu 
as  de  nouveau  bien  fait  ce  que  tu  as  fait  et  ton 
livre  vaut  au  moins  autant  que  ta  captivité  ! 

Adieu,  garde-moi  ton  affection  comme  je  te 
reste  fidèle  et  proche. 

Ton 
R.  W. 
Munich,  le  7  mars  i865. 


LE  CZAR  ALEXANDRE  III 


'a  saison  musicale  d'hiver,  à  peine  inau- 
gurée, a  été  brusquement  interrompue, 
celte  année,  à  Saint-Pétersbourg,  et  pour 
longtemps,  par  le  décès  de  l'empereur  Alexan- 
dre III,  qui  a  succombé,  le  i"  novembre  dernier, 
des  suites  d'une  terrible  maladie  des  reins,  dans 
sa  villa  de  Livadia,  en  Crimée.  On  sait  l'impres- 
sion profonde  produite  par  cette  mort  prématurée, 
le  monarque  russe  ayant  été  universellement  con- 
sidéré, et  à  juste  titre,  comme  le  plus  puissant 
soutien  de  la  paix  européenne. 

On  a  beaucoup  écrit,  ces  derniers  temps,  sur 
son  caractère  droit  et  loyal,  sur  son  amour  de  la 
vérité  et  les  qualités  éminentes  de  l'homme  privé, 
de  l'époux  et  du  père  de  famille  ;  mais  on  a 
presque  perdu  de  vue  le  mécène  qui,  dans  le  do- 
maine de  l'art  surtout,  s'est  affirmé  d'une  façon 
incontestable.  Comme  en  toute  chose,  il  y  agissait 
avec  modestie,  sans  pose  ni  tapage,  mais  il  com- 
prenait que  la  protection  de  l'art  national  était  un 
devoir  pour  un  souverain  et  n'a  cessé  de  la  prati- 
quer. 

Dans  le  domaine  des  arts  plastiques,  il  méditait 
la  fondation  d'un  musée  national  des  beaux-arts, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


907 


en  vue  duquel  il  ne  cessait  de  faire  d'impor- 
tantes acquisitions,  de  tableaux  surtout,  choisis 
parmi  les  plus  belles  œuvres  de  tendances  di- 
verses, mettant  à  côté  de  la  Phryné  de  Siemiradzki 
les  Zaporogues  de  Répine. 

En  musique,  il  a  su  subordonner  ses  goûts  par- 
ticuliers à  ce  qui  était  son  devoir  de  souverain. 
Doué  personnellement  d'une  oreille  excellente,  il 
à  appris  dans  sa  jeunesse  à  jouer  du  cornet  et  du 
bourdon  (i)  et  a  formé,  dans  son  palais  d'Anitch- 
kow,  un  orchestre  d'instruments  à  vent,  composé 
d'amateurs  (d'officiers  surtout)  et  dirigé  par 
M  Wurm;  il  y  jouait  lui  même  sa  partie.  Cet  or 
chestre  d'amateurs  s'est  produit  plus  d'une  fois  en 
public  (sans  le  concours  de  l'Empereur,  bien 
entendu),  dans  des  concerts  au  profit  de  la  Croix- 
Rouge,  qui,  dans  les  premières  années  du  règne, 
se  donnaient  au  Théâtre  Marie,  pendant  le  carême. 
La  cour  y  assistait  toujours,  comme  à  d'autres 
concerts  et  spectacles  d'amateurs  que  l'Empereur 
semblait  affectionner  particulièrement,  ne  voyant 
rien  à  redire  à  ce  que  les  personnes  de  son  entou- 
rage, voire  les  membres  de  la  famille  impé- 
riale, y  prissent  part. 

C'est  parmi  ces  amateurs  de  haute  volée  qu'il 
a  choisi  les  directeurs  des  théâtres  impériaux  et  de 
sa  musique  particulière,  dont  ilfituncorps  spécial, 
composé  de  deux  orchestres,  l'un  d'instruments  à 
vent,  l'autre  mixte,  avec  instruments  à  cordes, 
dirigés  tous  deux  par  des  musiciens  allemands. 
Ces  orchestres,  destinés  à  jouer  aux  dîners  et  aux 
bals  de  la  cour,  cultivent  princijialement  la  mu- 
sique légère.  En  été,  ils  se  font  entendre,  chaque 
semaine,  au  parc  de  la  résidence  impériale  de 
Peterhof. 

La  chapelle  des  chantres  de  la  cour,  celle  que 
Berlioz  déjà  avait  proclamée  la  première  du  monde 
et  qui,  sous  l'action  des  Bortniansky  et  des  Lvow, 
s'était  créé  un  genre  d'exécution  [a  capella)  qui  lui 
était  propre  —  toute  vaporeuse  et  en  demi- 
teinte,  comme  un  tableau  de  Murillo,  —  cette  cha- 
pelle a  été  confiée,  sous  le  règne  de  l'empereur 
Alexandre  III,  à  MM.  Balakirew  et  Rimsky-Kor- 
sakow,  deux  musiciens  sérieux,  qui  eurent  le  tort 
cependant  de  viser  à  une  exécution  chorale  sévère 
à  l'allemande,  ce  qui  fit  perdre,  en  partie  du 
moins,  les  traditions  de  la  maison.  Quoiqu'on  ait 
doté,  dans  ces  derniers  temps,  l'édifice  de  la  cha- 
pelle impériale  d'une  magnifique  salle  de  con- 
certs, construite  un  peu  dans  le  genre  de  la  nou- 
velle salle  philharmonique  de  Berlin,  les  concerts 
publics  s'y  donnent  très  rarement,  tandis  qu'aux 
temps  de  Lvow  et  de  Bakhmétew  (le  prédécesseur 
de  M.  Balakirew;,  les  concerts  symphoniques  de 
la  chapelle  et  ses  auditions  publiques  de  musique 
sacrée  a  capella  étaient  réputés.  Il  y  a  trois  ou 
quatre  semaines,  la  nouvelle  salle  a  été  détruite 
par  un  incendie. 


(Il  Le  bourdon  dont  Sa  Majesté  s'est  servie  se  con- 
serve au  musée  de  l'Amirauté,  à  Saint-Pétersbourg. 


M  Balakirew,  on  le  sait,  est  considéré  comme 
le  chef  de  la  jeune  école  russe,  dont  on  connaît 
les  tendances  avancées  Avant  de  devenir  direc- 
teur de  la  chapelle  impériale,  il  s'était  trouvé  à  la 
tête  de  l'Ecole  gratuite  de  musique,  créée 
naguère  pour  réagir  contre  les  tendances  clas- 
siques du  Conservatoire  fondé  par  Rubinstein. 
Cette  école  gratuite  a  fini  par  n'exister  que  sur  le 
papier  et  son  souvenir  ne  se  perpétuait  que  par 
un  ou  deux  concerts,  composés  dans  leur  majeure 
partie  d'oeuvres  de  compositeurs  novateurs,  tant 
russes  qu'étrangers,  donnés  dans  le  courant  de  la 
saison  d'hiver.  A  l'un  d'eux,  organisé  au  profit  du 
fonds  de  la  statue  de  Glinka,  érigée  en  i885  à 
Smolensk,  et  dirigé  par  M.  Balakirew,  nous  avons 
vu  apparaître  l'empereur  Alexandre  III,  qui,  étant 
encore  césarévitch,  avait  porté  le  titre  de  protec- 
teur de  la  dite  école  gratuite. 

En  général,  le  monarque  russe  n'aimait  pas  les 
concerts  de  musique  classique  et  n'affectionnait 
pas  davantage  l'opéra  italien.  Dans  ces  dernières 
années,  même  les  brillants  concerts  de  virtuoses, 
dits  «  patriotiques  «.  et  auxquels  naguère  assistait 
toute  la  famille  impériale,  sont  tombés  en  désué- 
tude, et  l'Opéra  Italien  «  subventionné  »  fut  sup- 
primé dès  i885.  L'Empereur  n'est  jamais  venu 
non  plus  à  l'Opéra-Italien  privé,  qui,  depuis  quel- 
ques années,  jouit  d'une  si  grande  popularité.  Au 
palais  d'Anitchkow  aussi,  les  soirées  musicales 
en  petit  comité  n'eurent  lieu  que  bien  rarement,  — 
celle  à  laquelle  furent  conviées  Rubinstein  et  le 
vieux  baryton  Cotogni,  datant  déjà  de  plusieurs 
année. 

Par  contre,  l'Empereur  allait  assez  souvent  à 
l'Opéra  Russe,  tout  en  se  plaignant  de  l'absence, 
à  ce  théâtre,  de  voix  et  de  chanteurs  de  premier 
ordre.  C'est  à  lui  cependant  que  l'Eugène  Onéguine 
de  Tschaïkowsky  a  dû  une  grande  partie  de  sa 
vogue.  Le  public  élégant  ne  s'est  porté  aux  repré- 
sentations de  cet  opéra  si  original  qu'après  s'être 
aperçu  à\i  goût  du  Czar  pour  cette  partition.  A 
partir  de  ce  moment,  le  succès  en  fut  inépuisable 
et  a  rejailli  aussi  sur  les  partitions  subséquentes 
du  maître,  montées  avec  un  luxe  féerique  et  une 
exécution  admirable  pour  ce  qui  concerne  du 
moins  le  ballet,  les  chœurs  et  l'orchestre,  ce  der- 
nier, à  l'Opéra,  étant  porté  aujourd'hui  à  cent  trois 
musiciens  (douze  contrebasses) 

Les  compositions  de  Rubinstein  n'étaient  pas 
du  genre  qui  pouvait  plaire  à  l'Empereur;  néan- 
moins, tant  lui  que  l'Impératrice,  voyant  en  ce 
grand  artiste  une  gloire  nationale,  ne  lui  ména- 
geaient pas  leurs  attentions.  Le  jour  du  couron- 
nement, le  Czar  lui  conféra,  en  même  temps  qu'au 
peintre  Siemiradzki  et  au  sculpteur  Antokolsky, 
la  commanderie  de  l'ordre  de  Saint-Vladimir  ;  le 
jour  du  jubilé  du  virtuose,  les  télégrammes  des 
augustes  époux  furent  les  premiers  qui  lui  par- 
vinrent à  Peterhof;  enfin,  outre  la  qualité  d'E.x- 
cellence  qui  lui  fut  décernée,  Rubinstein  se  vit 
décorer  d'un  grand  cordon,  tout  en  obtenant  une 


LE  GUIDE  MUSICAL 


pension  viagère,  servie  par  la  cassette  impériale, 
avantage  dont  a  joui  aussi  Tschaïkowsky. 

Citons  encore  le  don  roj'al  fait  par  le  défunt 
monarque  à  l'œuvre  de  Rubinstein  —  le  Conser- 
vatoire de  Saint  Pétersbourg  Sa  Mnjesté  lui 
offrit  l'édifice  du  Grand -Théâtre,  abandonné 
par  le  ministère  de  la  cour,  et  accorda  les  fonds 
nécessaires  —  deux  millions  de  roubles  environ 
—  pour  les  frais  de  reconstruction.  Cet  hôtel  du 
Cons~ervatoire  renfermera  une  église,  recouverte 
de  fresques,  et  deux  grandes  salles  de  concert 
avec  orgue  et  une  scène,  salles  dont  la  plus  grande 
ne  comptera  pas  moins  de  deux  mille  places. 
L'inauguration  aura  lieu  dans  un  an.  Grâce  à 
la  munificence  de  feu  l'Empereur,  aucun  conser- 
vatoire du  inonde  ne  sera  installé  comme  celui-ci. 

Quel  qu'ait  été  le  goût  musical  personnel 
d'Alexandre  III,  il  a  su  honorer  les  maîtres  qui 
ont  mérité  de  la  patrie,  et  on  peut  dire  hardiment 
que  les  deux  hommages  publics  les  plus  éclatants 
rendus  pendant  son  règne  à  des  illustrations 
nationales  furent  décernés  à  deux  musiciens,  — 
Antoine  Rubinstein,  à  l'occasion  de  son  jubilé, 
dont  les  fêtes  ont  duré,eniS89,  toute  une  semaine, 
et  Pierre  Tschaïkowsky,  lors  de  ses  obsèques 
solennelles,  qui  eurent  lieu  il  y  a  juste  un  an. 

X. 

Cbronique  &c  la  Semaine 

PARIS 

ous  ne  nous  plaindrons  jamais  de  voir 
exécutées,  à  des  intervalles  très  rap- 
prochés les  mêmes  œuvres  du  grand 
maître  Beethoven  :  ce  sont  des  pages  qui  res- 
tent tellement  immuables  dans  leur  beauté 
qu'on  peut  les  entendre  indéfiniment  sans 
lassitude  et  les  admirer  toujours.  Telles  cer- 
taines toiles  des  grands  peintres,  \a.Joconde  du 
divin  Léonard,  les  Pèlerins  d'Emiuaits  du 
colosse   Rembrandt,  le  Printemps   de   Botti- 

celli toujours  nouvelles  et  adorables  pour 

ceux  qui  les  revoient.  M.  E.  Colonne,  en 
nous  donnant,  aux  concerts  des  28  octobre  et 
II  novembre  1894,  la  symplionie  en  ///mineur, 
n'a  donc  à  encourir  aucun  reproche  ;  cette 
seconde  audition  l'avait  même  amené,  aux 
répétitions,  à  soigner  davantage  les  détails,  et 
l'exécution  n'en  a  été  que  meilleure.  Toutefois, 
il  nous  sera  permis  de  lui  signaler,  ainsi  qu'à 
ses  confrères,  certaines  comporitions  sympho- 
niques  du  maître  de  Bonn  qui  n'apparaissent 
jamais  sur  les  programmes  des  grands  con- 
certs. On  se  demande  le  pourquoi  de  cet 
ostracisme.   L'ouverture  du    prologue  le  Roi 


Etienne  [o-p.  117),  composée  pour  l'inaugura- 
tion du  théâtre  de  Pesth,  en  1812;  la  Grande 
Ouverture  en  z// majeur  (op.  ii5),  dédiée  au 
prince  Radziwil,  composée  et  exécutée  en 
i8i5  ;  l'Ouverture  de  fête  en  ?//  majeur  (op.  124), 
dédiée  au  prince  Nicolas  Galitzin,  avec  la 
fugue  double  ;  VOuvertiire  pour  «  la  Consécra- 
tion du  théâtre  » ,  dont  la  première  exécution 
eut  lieu  en  1822,  à  l'occasion  de  l'ouverture  du 
théâtre  Josephstadt,  à  Vienne,  et  enfin,  la  F/c- 
toire  de  Wellington  ou  Bataille  de  Vittoria 
(op.  91),  dédiée  au  prince  régent  d'Angleterre 
Georges  IV,  exécutée  pour  la  première  fois 
en  i8i3,  toutes  ces  œuvres  sont  totalement 
négligées  par  les  directeurs  des  grands  con- 
certs et  sont  inconnues,  par  suite,  de'la  géné- 
ration actuelle.  Et  nous  ne  citons  ici  que  les 
œuvres  poilr  orchestre  seul  ;  nous  pourrions 
joindre  à  notre  liste  les  belles  pages  pour 
chœur,  soli  et  orchestre,  qui  sont  aussi  négli- 
gées, notamment  l'op.  118,  Calme  de  la  mer  et 
hejireuse  traversée;  l'op.  i36,  le  Moment  glo- 
rieux, cantate  sur  un  poème  d'A.  Wcissen- 
bach,  poiu'  quatre  voix  et  orchestre,  exécutée 
au  congrès  de  Vienne,  en  1814,  etc 

Pasdeloup,  que  l'on  ne  saurait  jamais 
oublier  et  auquel  M.  E.  Reyer  a  rendu  un  si 
juste  hommage  dans  son  dernier  article  des 
Débats,  avait  eu  l'heureuse  idée  de  faire  enten- 
dre dans  la  même  séance  les  quatre  ouvertures 
composées  par  Beethoven  pour  l'opéra  de 
Fidelio.  Pourquoi  M.  E.  Colonne  ne  renou- 
vellerait-il pas  cette  tentative? 

Le  succès  qu'avait  obtenu  le  directeur  des 
concerts  du  Chàtelet  en  donnant  déjà  la  grande 
scène  religieuse  de  Parsifal  (deuxième  tableau 
du  premier  acte),  l'a  engagé  à  la  comprendre 
dans  le  programme  du  concert  extraordinaire 
du  II  novembre  1S94. 

Cette  page  majestueuse  et  séraphique  du 
drame  qui  a  été  si  justement  appelé  le  Cantique 
des  cantiques  de  l'amour  divin,  perd,  comme 
toutes  les  œuvres  dramatiques  de  R.  Wagner,  [ 
a  être  séparée  de  la  scène  et,  par  suite,  est; 
privée  d'une  partie  de  son  prestige. 

Il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  la  musique  est 
si  belle  par  elle-même,  si  suggestive,  que 
l'impression  au  Chàtelet  a  été  très  grande,  et 
que  le  public  a  fait  un  accueil  enthousiaste  aux 
beautés  de  l'œuvre. 

"A  part  un  manque  de  décision  ou  d'énergie 
dans  l'attaque  de  la  marche,  l'exécution  a  été 
bonne  et  les  chœurs  étaient  bien  espacés  der- 
rière la  coulisse. 

Le  cinquième  concerto  pour  piano,  flûte  et 
violon  de  J. -Sébastien  Bach  a  été,  pour  les  vir- 


IK  GUIDE  MUSICAL 


909 


tuoses  MM.  Louis  Diémer,  Cantié  et  G.  Rémy, 
l'occasion  d'un  véritable  triomphe.  Ils  ont  fait 
valoir  les  beautés  si  particulières  de  l'œuvre 
du  vieux  maître,  en  ont  rendu  les  nuances 
multiples  et  ont  fait  preuve  d'une  rare  virtuo- 
sité dans  les  traits  vertigineux  dont  le  concerto 
est  parsemé.  Le  dialogue  entre  la  flûte  et  le 
violon  a  été  plein  de  discrétion  et  de  charme. 
M.  Louis  Diémer  est  un  pianiste  admirable- 
ment versé  dans  la  langue  de  Bach  ;  il  l'a  bien 
prouvé,  surtout  dans  ce  passage  en  notes 
rapides  du  premier  morceau,  dans  lequel  le 
clavier  joue  seul  :  il  est  impossible  de  rêver  une 
exécution  plus  parfaite. 

Nous  avons  peu  de  chose  à  dire  de  la  Fan- 
taisie persane  pour  piano  de  Benjamin  Godard 
(première  audition),  si  non  qu'elle  est  fort 
habilement  écrite  pour  l'instrument  et  que 
M.  L.  Diémer  lui  a  donné  tout  le  relief  désiré. 
Hugues  Imbert. 


Les  compositeurs  français  ont  eu,  pour 
ainsi  dire,  cette  année,  les  honneurs  de  la  pre- 
mière séance  des  concerts  du  Cirque  d'Eté  ; 
trois  d'entre  eux,  en  effet,  figuraient  au  pro- 
gramme. Mais  M.  Lamoureux  semble  mainte- 
nant les  laisser  de  côté,  persuadé  sans  doute 
qu'après  un  pareil  effort  il  est  désormais  quitte 
envers  eux . 

Un  seul  pourtant  a  trouvé  grâce  auprès  de 
lui  à  la  matinée  musicale  de  dimanche  dernier, 
c'est  M.  Chevillard.  Ce  choix  prouve  que  le 
chef  de  nos  concerts  connaît  les  devoirs  d'un 
bon  père  de  famille  ;  mais  au  point  de  vue 
artistique,  il  nous  paraît  discutable.  Non  pas 
que  nous  contestions  le  talent  de  M.  Chevillard, 
qui  est  très  réel,  mais  ce  compositeur  n'est  pas 
de  taille  à  personnifier  notre  musique  nationale, 
surtout  dans  le  voisinage  du  titan  Wagner. 
Nous  parlons  uniquement  ici  de  la  Fantaisie 
symphonique,  dont  la  première  audition  avait 
suffi  pour  y  constater,  à  côté  d'une  certaine 
habileté  d'orchestration, la  pauvreté  et  l'incohé- 
rence des  idées. 

Après  les  compositeurs,  viennent  les  artistes 
français,  chanteurs  et  chanteuses,  pour  qui 
M.  Lamoureux  paraît  avoir  un  égal  dédain. 
M.  Gibert,  il  est  vrai,  chantait  aux  côtés  de 
Mme  Materna  ;  mais  il  avait  du  pour  la  circons- 
tance oublier  la  langue  de  son  pays  et  dire 
le  texte  même  de  Wagner,  car  M'd'=  Materna, 
sa  partenaire,  n'entend  point  le  français. 

Ce  qui  n'a  pas  empêché  l'auditoire,  dans 
lequel  on  n'aurait  peut-être  pas  trouvé  vingt 
personnes   sachant    l'allemand,  d'applaudir  à 


tout  rompre.  C'est  donc  la  musique  qu'on 
applaudissait.  Mais  eût-elle  été  moins  admi- 
rable sur  des  paroles  françaises?  Pourquoi  se 
faire  illusion  ?  Il  faut  savoir  l'allemand  pour 
jouir  pleinement  des  beautés  de  l'œuvre  wagné- 
rienne.  Quant  à  ceux  qui  l'ignorent,  ils  doivent 
se  contenter  d'une  jouissance  imparfaite,  qui, 
néanmoins,  a  bien  son  mérite  ;  mais  ce  n'est 
certes  pas  en  faisant  sonner  à  leurs  oreilles 
vocables  incompréhensibles  qu'on  leur  rendra 
cette  œuvre  plus  accessible,  plus  limpide  et 
plus  belle. 

Cela  dit,  sans  aucuhe  arrière-pensée  de 
chauvinisme  et  en  ne  considérant  que  notre 
goût  et  nos  aptitudes  artistiques  et  httéraires, 
nous  devons  reconnaître  que  le  duo  du  pro- 
logue du  Crépuscule  des  Dieux,  duo  d'une 
poésie  sublime  et  tout  brûlant  d'amour,  a  été 
interprété  par  les  deux  artistes  avec  une  inten- 
sité, une  justesse  de  sentiment  remarquables, 
et  a  provoqué  dans  l'auditoire  une  profonde 
émotion.  Nous  avons  indiqué,  il  y  a  huit  jours, 
les  qualités  et  les  défauts  de  M">=  Materna; 
inutile  d'y  revenir.  Disons,  toutefois,  que 
M.  Lamoureux  avait  la  délicate  attention 
d'atténuer  la  sonorité  de  son  orchestre,  dès  que 
la  célèbre  cantatrice  se  faisait  entendre.  Quant 
à  M.  Gibert,  qui  va,  dit-on,  se  consacrer  à 
l'interprétation  des  œuvres  de  Wagner,  son 
début  est  de  bon  augure  ;  et  si  le  public  pari- 
sien doit  être  bientôt  privé  du  plaisir  de 
l'applaudir,  le  théâtre  de  Bayreuth  fera  en  lui, 
croyons-nous,  une  excellente  recrue. 

Deux  autres  fragments  du  Crépuscule  des 
Dieux  nous  ont  été  donnés  :  la  marche  funèbre, 
dans  laquelle  Wagner  a  su  peindre  en  touches 
si  puissantes  la  tristesse,  la  désolation,  et  que 
l'orchestre  a  merveilleusement  rendue;  puis  la 
scène  finale,  beau  et  pathétique  monologue 
interprété  par  M™'^  Materna. 

La  cantatrice  viennoise  nous  avait  fait  enten- 
dre auparavant  l'air  d'Elisabeth  du  deuxième 
acte  de  Tannhànser,  chant  de  triomphe  et 
d'allégresse,  qui  exige,  pour  être  mis  en  valeur, 
ce  que  Mn"=  Materna  ne  possède  plus  ;  une  voix 
fraîche,  sonore  et  vibrante. 

Le  concert,  qui  débutait  par  une  nouvelle 
audition  du  prélude  de  Hdnsel  et  Grctcl 
d'Humperdinck,  s'est  terminé  avec  Huldi- 
gungs-Marsch  de  Wagner,  exécutée  déjà  à  la 
matinée  précédente.  Ernest  Thomas. 

M.  d'Harcourt  a  repris  ses  concerts.  Après 
Pasdeloup,  Lamoureux,  Colonne,  M.  d'Har^ 
court  se  pose,  lui  aussi,  en  initiateur  de  l'art 


910 


LE  GVIDE  MUSICAL 


wagnérien,  et  ses  efforts,  quoique  un  peu 
gauches,  n'en  sont  pas  moins  couronnés  de 
succès.  A  la  seule  annonce  de  Tannhœuser,  la 
foule,  —  recueillie  et  sympathique,  —  est  ac- 
courue. 

Nous  voudrions  pouvoir  nous  en  tenir  à 
l'appréciation  de  l'intelligente  initiative  de 
M.  d'Harcourt  et  n'avoir  point  à  faire  œuvre 
de  critique...  Cette  partie  de  notre  tâche  n'est 
pas  la  moins  délicate,  si  nous  voulons  garder  la 
franchise  à  laquelle  sont  accoutumés  les  lec- 
teurs du  Guide Eh  bien,  disons-le  tout  de 

suite,  l'interprétation  de  ces  fragments  de 
Tannhœuser  a  été  faible  :  et,  ce  qui  est  plus 
grave,  le  chef  d'orchestre  seul  doit  en  être 
tenu  responsable.  L'orchestre  a  été  mou,  les 
chœurs  médiocres  et  les  solistes  s'en  sont  res- 
sentis. Quels  que  soient  les  dons  que  vous 
ait  départis  la  nature,  on  ne  s'improvise  pas 
chef  d'orchestre.  M.  d'Harcourt  manque  évi- 
demment d'expérience.  Sous  son  bâton,  le 
quatuor  reste  froid  et  les  cuivres,  au  lieu  de  se 
fondre  harmonieusement  dans  l'ensemble,  se 
détachent  violemment  de  l'orchestre,  sonnant  à 
briser  les  vitres...  et  les  tympans.  La  salle  est 
troj)  petite,  dira-t-on,  et  l'acoustique  en  est 
défectueuse,  —  mais  le  chef  d'orchestre  doit 
tenir  compte  de  ces  défauts  et  y  obvier  autant 
que  possible.  M.  d'Harcourt  devrait  aussi  se 
faire  renseigner  fidèlement  sur  les  mouvements 
de  la  musique  qu'il  exécute  :  le  début  de 
l'ouverture  de  Tannhœuser  a  été  joué  avec  une 
lenteur  désespérante,  tandis  que  l'exposition  de 
la  marche  fut  prise  beaucoup  trop  vite.  Je  cite 
seulement  ces  deux  exemples,  mais  ce  ne  serait 
pas  les  seuls  passages  à  incriminer  au  point  de 
vue  métronomique. 

A  part  ces  inconvénients,  rendons  justice  au 
choix  judicieux  des  fragments,  à  la  bonne 
tenue  des  chœurs  d'hommes,  —  ceux  de 
femmes  étaient  moins  bons,  —  à  la  parfaite 
justesse  des  cors  et  aux  qualités  des  solistes. 
Mme  Fierens  a  su  donner  au  rôle  de  Vénus  tout 
le  relief  musical  dont  il  est  susceptible  ; 
Mlle  Blanc  possède  une  excellente  voix  et 
chante  avec  correction,  mais  elle  ignore  l'art 
des  nuances  expressives.  M.  Auguez,  tout  au 
contraire,  malgré  la  pauvreté  de  son  organe,  a 
trouvé  des  accents  profonds  et  touchants. 
M.  Vergnet  et  les  autres  solistes  ont  été  suffi- 
sants. 

En  somme,  si  l'idéal  artistique  n'a  pas  été 
atteint,  applaudissons  aux  louables  efforts 
lentes.  Une  telle  audition  est  d'un  effet  un  peu 
pénible  pour  les  vrais  artistes  ;  mais  le  nombre 
en  est  rare  ;   et  telle  est  la  puissance  de  cette 


musique  de  Wagner  que  la  masse  des  auditeurs 
a  été  transportée.  Sous  ce  rapport,  du  moins, 
la  courageuse  tentative  de  M.  d'Harcourt  a 
pleinement  réussi  et  portera  ses  fruits. 

Reyval. 
•f" 

M.  Maure!  a  chanté  jeudi  soir,  pour  la  der- 
nière rois,  le  rôle  d'Iago  dans  Othello,  à  l'Opéra, 

Samedi,  le  célèbre  baryton  s'est  embarqué  au 
Havre,  sur  le  transatlantique  la  Bretagne,  à 
destination  de  New-York. 

Il  ne  reviendra  à  Paris  qu'au  mois  de  mai 
et  reparaîtra  dans  Othello,  puis  dans  Hamlet. 

C'est  probablement  lui  qui  chantera  le  rôle 
de  Wolfram  d'Eisenbach  du  Tan7ihduser, qu'il 
a  déjà  interprété  à  Londres,  jadis,  sous  la  direc- 
tion de  Richard  Wagner  lui-même. 

Le  comité  de  la  Société  nationale  de  mu- 
sique a  pris  la  résolution  de  donner,  cette 
année,  à  la  salle  d'Harcourt,  quatre  grands 
concerts  avec  orchestre.  A  côté  des  œuvres 
symphoniques,  figureront  les  compositions 
dites  musique  de  chambre,  dont  l'interprétation 
sera  confiée  au  quatuor  belge  Crickboom,  An- 
genot,  Miry  et  Henri  Gillet.  Le  premier  con- 
cert aura  très  probablement  lieu  le  23  dé- 
cembre, à  2  h.  1/2. 

t 
Résultat    du    concours     d'admission    pour 
les  classes  de  piano  au  Conservatoire  : 

.  Classes  des  hommes.  —  29  aspirants.  — 
Admis  dans  les  classes  supérieures  :  MM.  Ber- 
nard, Grosvlez,  Imberti,  Levy  et  Salomon.  — 
Dans  les  classes  préparatoires  :  MM.Bromner, 
Cœur,  Debert,  de  Lausnay,  Moreau,  Nérini  et 
Pesse. 

Classes  des  femmes.  —  187  aspirantes.  — 
Admises  dans  les  classes  supérieures  :  M"'  Ep- 
stein,  Forest,  Herth,  Percheron,  Vergounet  et 
Weil.  —  Classes  préparatoires  :  résultat  non 
encore  connu. 


Au  Conservatoire  de  Paris  : 

M.  Franquin,  de  l'orchestre  de  l'Opéra,  est 
nommé  professeur  de  trompette,  en  rempla- 
cement de  M.  Cerclier,  atteint  par  la  limite 
d'âge. 

L'état  de  santé  de  M.Alfred  Turban,  profes- 
seur d'une  classe  préparatoire  de  violon,  ne  lui 
permettant  pas  de  continuer  son  cours,  a  dû 
être  placé  en  congé  illimité  ;  il  est  remplacé  par 
M.  Hayot,  chargé  du  cours. 

M.  Benjamin  Godard,  professeur  de  la 
classe  d'en  emble  pour  la  musique  de  chambre, 
atteint  d'une  maladie  qui  le  forcera  à  passer 
une  partie  de  l'hiver  dans  le  Midi,  sera  sup- 
pléé pendant  son  absence  par  M.  Charles  Le- 
febvre. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


911 


Le  concours  d'admission  pour  la  classe 
d  alto  a  eu  lieu.  Cette  classe,  de  création  nou- 
velle, et  dont  M.  Laforge  a  été  nommé  profes- 
seur, a  ouvert  jeudi. 

Le  cours  d'histoire  et  de  littérature  drama- 
tique de  M.  Marcel  Fouquier  rouvrira  le  mer- 
credi 21  novembre,  à  4  heures. 

Le  cours  d'histoire  de  la  musique  fait  par 
M.  Bourgault-Ducoudray  rouvrira  le  jeudi 
22  novembre,  à  la  même  heure. 


BRUXELLES 

f'p-^A  direction    du  Théâtre  de   la  Monnaie 
Y^  fait,  dans  le  répertoire  de  cette  année, 
;^=A,  une  large,  très  large  part  à  deux  auteurs 
français  d'un  incontestable  talent,    mais    dont 
les  œuvres  ne  gagnent  pas  à  se  suivre  à  de  trop 
courts   intervalles  :  Charles   Gounod  et  Jules 
Massenet. 
I       Du  premier,  on  nous  a  servi,  en  ces  deux 
\  premiers  mois  d'exploitation,    Faust,  Roméo 
V  et  Juliette,  Mireille,  et  tout  récemment  Philé- 
■■  mon  etBaticis;  c'est  beaucoup,  surtout  lorsque 
I  le    niveau  de  l'interprétation   ne    dépasse  pas 
î.  une  honnête  mo3'enne.   Du  second,  après  une 
',  reprise  tout  éphémère  de   Werther,  on  nous 
\  annonce  comme  très  prochaine  l'exécution  de 
la  Navarraise  et  du  Portrait  de  Manon,    et 
l'on   nous   promet  ensuite  la   lascive    Thaïs; 
donc,  les  trois  dernières  productions  du  maître, 
lesquelles  ne  sont  pas  précisément    ses  meil- 
leures. Ce  n'est  pas  là,  pensons-nous,  le  réper- 
toire qu'il  faudrait  pour  attirer  à  la  Monnaie  un 
public  qui,  jusqu'ici,   ne  s'y  est  pas  porté  en 
foule. 

Les  spectateurs  n'étaient  pas  cohue  à  la 
reprise  de  Pliiléinon  et  BaiiciSy  et  nous  ne 
dirons  pas  que  les  absents  ont  eu  tort.  Non  que 
l'interprétation  ait  été  mauvaise,  mais  elle  n'a 
eu,  pour  aucun  des  rôles,  la  touche  légère  qui 
convient  à  cette  œuvre  gracieuse,  mais  un  peu 
vieillie,  en  son  second  acte  surtout.  M"<=  Simon- 
net  y  a  donné  des  éclats  de  voix  bien  intem- 
pestifs, et  sa  vocalisation  n'a  pas  eu  la  netteté 
habituelle;  ses  partenaires  masculins,  MM. 
Isouard,  Sentein  et  Gilibert,—  ce  dernier  rem- 
plaçant, non  sans  succès,  M,  Ghasne  indisposé, 
—  se  sont,  eux  aussi,  trop  fréquemment 
préoccupés  de  faire  valoir  la  puissance  de  leur 
organe,  ce  qui  nous  a  valu  des  ensembles  bien 
lourds,  d'une  solennité  bien  déplacée.  L'or- 
chestre, par  contre,  a  mis  des  soins  remarqués 
à  détailler  la  fine  orchestration  de  Gounod,  une 
orchestration  où  l'esprit  s'allie  souvent  à  la 
grâce  et  qui  rachète  parfois  ce  que  le  dessin 
mélodique  a  de  banal. 

Dans  la  même  soirée,  Coppélia,  le  toujours 


jeune  ballet  de  Delibes,  a  été  revu  avec  plaisir, 
encore  que  la  partie  chorégraphique  n'eût  pas 
été  réglée  avec  un  goût  parfait.  J.   Br. 

Le  Conservatoire  a  ouvert,  dimanche,  sa 
saison  concertante  par  la  traditionnelle  distri- 
bution des  prix  et  le  concert  des  lauréats. 
Après  le  discours  d'usage,  prononcé  par  M.  Ed. 
Fétis,  membre  de  la  commission  de  surveillance, 
et  la  lecture  du  palmarès,  les  classes  d'en- 
semble vocal  et  instrumental,  sous  la  direction 
de  MM.  Colyns,  Agniez  et  Léon  Soubre,  ont 
exécuté  successivement  l'ouverture  de  Roméo 
et  Jiiliette,  la  suite  en  si  mineur  de  Bach  et  la 
Pâle  étoile  dit  soir  d'Alfred  de  Musset,  mise  en 
chœur  par  M.  Franz  Servais.  Le  Conservatoire 
continue  ainsi  de  mettre  à  la  disposition  de 
nos  compositeurs  la  troupe  déjà  aguerrie  de 
ses  chœurs  et  de  son  jeune  orchestre.  Voilà 
qui  est  très  bien  !  La  composition  de  M.  Franz 
Servais,  instrumentée  récemment,  est  de  très 
fine  et  délicate  sonorité,  avec,  ça  et  là,  cepen- 
dant, quelques  modulations  harmoniques  mala- 
droites et  une  uniformisé  dans  la  disposition 
des  voix  du  chœur  qui  nuit  à  l'intérêt.  Le 
public  n'en  a  pas  moins  fait  un  accueil  très 
chaleureux  à  l'œuvre  de  l'auteur  de  VApollo- 
iiide.  Parmi  les  jeunes  solistes  qui  se  sont  fait 
entendre,  on  a  particulièrement  applaudi 
M'i'  Kufferath,  lauréate  de  la  classe  de  violon- 
celle de  M.  Jacobs,  dans  un  fragment  de  con- 
certo de  Servais.  Elle  a  du  charme  et  du  nerf. 
Très  bien  accueillie  aussi  M'i^Smith,  une  jeune 
violoniste,  dont  le  mécanisme  est  remarquable. 
Mi'e  Goulancourt,  lauréate  du  chant  théâtral, 
a  dit  les  stances  de  Don  Carlos  de  Verdi.  Très 
belle  voix, et  puissante;  diction  suffisante.  Mais 
le  registre  de  tête  laisse  beaucoup  à  désirer  et 
l'émission  est  souvent  défectueuse.  Enfin, 
M"e  Delmotte  a  clos  cette  intéressante  audition 
par  l'exécution  de  fragments  de  Bach  et  Hagn- 
del  sur  l'orgue,  qu'elle  a  vaillamment  joués. 
Une  femme  à  l'orgue,  le  cas  est  assez  rare 
pour  être  signalé  spécialement. 

A  propos  de  la  classe  d'ensemble  orchestral, 
nous  devons  faire  remarquer  aux  honorables 
professeurs  qui  la  dirigent  qu'ils  ne  semblent 
pas  se  préoccuper  beaucoup  d'inculquer  à  leur 
jeune  orchestre  l'art  de  nuancer.  L'ensemble 
est  excellent  de  sonorité,  mais  on  n'entend 
jamais  de/orfc  véritable,  parce  qu'on  n'obtient 
jamais  de  véritable  piano.  C'est  un  point  sur 
lequel  il  y  aurait  lieu  de  veiller  sérieusement. 
Remarqué,  dans  la  suite  de  Bach,  un  excellent 
fîùtiste. 

Dimanche,  au  Conservatoire,  second  concert 
des  élèves  lauréats'  des  derniers  concours. 
M.  Jean  Ten  Hâve,  premier  prix  avec  la  plus 
grande  distinction  de  la  classe  do  M.  Ysaye,  y 
fera  entendre  le  concerto  de  violon  de  Lalo. 


912 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Le  premier  concert  de  la  Société  des  Nou- 
veaux-Concerts, dont  nous  avons  annoncé 
récemment  la  constitution,  est  fixé  au  3o  dé- 
cembie.  Il  aura  lieu  sous  la  direction  de 
M.  Franz  Servais,  qui  dirigera  les  Idéals  de 
Liszt,  les  airs  de  ballet  de  son  propre  opéra, 
VApoUonidc,  et  probablement  le  finale  du  Cré- 
puscule dfS  dieux,  qui  sera  chanté  par  M^e  Marie 
Brema,  la  belle  Ortrude  des  dernières  fêtes 
théâtrales  de  Bayreuth. 

Le  second  concert  aura  lieu  en  janvier.  On 
y  entendra  les  Chanteurs  deSaint-Gervais. 

Lundi  19,  à  3  h.  1/2  aura  lieu  à  l'église  de 
N.-D.  du  Sablon,  l'inauguration  des  nouvelles 
orgues  de  cette  église.  Elles  seront  jouées  par 
M.  Ch.  Danneels,  professeur  au  Conservatoire 
de  Liège  et  M.  J.  de  Decker,  organiste  titulaire 
de  l'église. 

Vendredi  23  novembre,  la  troupe  d'opéra 
du  Théâtre-Flamand  d'Anvers  viendra  donner, 
au  Théâtre-Flamand  de  Bruxelles,  une  repré- 
sentation du  Vaisseau-Fantôme  de  Richard 
Wagner. 

Au  concert  qu'il  donnera,  le  mardi  27  cou- 
rant, à  la  Grande-Harmonie,  l'Octuor  vocal, 
sous  la  direction  de  M.  Léon  Soubre,  exécu- 
tera des  œuvres  de  Ph.  de  Mons,  de  Benevoli 
et  de  J.-H.  Bernabei,  des  chansons  flamandes 
recueillies  et  harmonisées  par  M.  FI.  Van 
Duyse,  des  chansons  florentines  et  napolitaines 
recueillies  et  haimonisées  par  M.  Gevaert  et 
des  chansons  françaises  recueillies  et  harmo- 
nisées par  MM.  Béon  et  Soubre.  M.  Gustave 
Kefer  jouera  i'allegro  du  concerto  en  re'mineur 
de  J.-S.  Bach,  pour  clavecin,  avec  accompa- 
gnement de  quatuor,  et  trois  pièces  de  clavici- 
nistes  flamands.  M.Emile  Agniez  fera  entendre 
sur  la  viole  d'amour  une  Sarabande  de  Bach 
et  une  Cadenza  et  rouiauza  de  Locatelli,  puis 
un  adagio  de  Corelli  et  un  menuet  de  Mi- 
landre.  Enfin,  MM.  Agniez  et  Kefer  exécute- 
ront un  menuet  de  Boccherini,  pour  viole 
d'amour  et  clavecin.  Le  clavecin  a  été  mis  gra- 
cieusement à  la  disposition  de  l'Octuor  pai'  la 
maison  Erard. 

Samedi  24  novembre  1894,  ^  ^  heures  du 
soir,  deuxième  séance  des  concerts  Schott, 
avec  le  concours  de  M'I'J  Clotilde  Kleeberg, 
pianiste,etduTrio  vocal  des  dames  hollandaises, 
Mmes  Annette  de  Jong,  Anna  Corver,  Marie 
Snyders. 

Pour  les  billets  et  le  programme,  s'adresser 
à  MM.  Schott  frères,  éditeurs, 82,  Montagne  de 
la  Cour, 


CORRESPONDANCES 

ANVERS.  —  On  vient  de  reprendre,  au 
Théâtre  Lyrique  flamand,  les  représenta-  ■ 
tiens  du  drame  lyrique  avec  la  Prcciosa,  de  VVeber. 
M"e  J.  Cuypers  a  reparu  à  cette  occasion,  dans  le 
rôlederhéroïne.  On  lui  a  fait  fête;  quant  à  la  parti- 
tion, sous  la  conduite  nerveuse  de  M.  E.  Keurvels, 
l'orchestre  Ta  jouée  avec  un  ensemble  parfait.  Les 
chœurs  ont  contribué  à  la  réussite  de  l'ensemble. 

On  annonce,  pour  mardi,  la  'pxem.ièïeàe.Bergliot, 
le  petit  drame  lyrique  de  Grieg.  Cette  œuvre,  qui 
ne  comporte  qu'un  acte,  sera  jouée  avec  l'opéra  de 
Kreutzer  :  Une  nuit  à  Grenade. 

Après  l'installation  définitive  des  concerts  popu- 
laires au  Théâtre-Ro5'al,  voici  nos  quartettistes  qui 
émigrent  vers  l'Harmonie.  M.  J.  Mariën  annonce 
sa  première  séance  pour  le  19  courant.  Quelques 
jours  plus  tard,  ce  sera  le  tour  de  la  Kwartet-Ka- 
pel,  qui  s'est  assuré  le  concours  du  pianiste  alle- 
mand, M.  Max  Pauer.  Au  programme  figurent  : 
Quatuor  de  Rheinberger;  une  Suite  pour  violon  et 
piano  de  Schtiff;  puis,  en  fait  de  soli,  Andante  de 
Beethoven  et  Etude  de  concert  de  Moskowsky. 

Le  premier  concert  populaire  a  lieu  dimanche, 
avec  le  concours  de  M™°  Falk-Mehlig  et  de  Mi'e  J. 
Flament.  Le  programme  sera  entièrement  consa- 
cré aux  œuvres  de  Beethoven. 

M.  Horace  Martini,  directeur  du  GraridThéà- 
tre  de  Gand  reprend  — -  moyennant  une  subven- 
tion mensuelle  de  12,000  francs  —  la  direction  du 
théâtre  Royal  d'Anvers,  rendue  vacante  tout 
récemment  par  suite  de  la  déconfiture  de  M.  de 
Biemme;  M  Martini  exploitera  simultanément 
les  deux  scènes  avec,  bien  entendu,  deux  troupes 
absolument  distinctes.  A.  W. 

LONDRES.  —  Le  Concert  Siegfried 
W.\GNER.  —  Devant  un  public  qui  com- 
prenait au  bas  mot  trois  mille  auditeurs,  M.  Sieg- 
fried Wagner  a  fait  sa  première  apparition  en 
Angleterre  en  la  nouvelle  salle  de  Queen's  Hall. Le 
programme  ne  comprenait  que  des  œuvres  de  son 
père  et  de  son  grand-père  Liszt.  Ce  concert  était 
attendu  avec  d'autant  plus  de  curiosité  qu'indé- 
pendamment de  son  intérêt  musical,  il  avait  en 
quelque  sorte  un  intérêt  historique.  En  effet,  bon 
nombre  des  auditeurs  d'aujourd'hui,  étaient  de 
ceux  qui,  en  7877,  avaient  assisté  aux  concerts 
dirigés  par  Richard  Wagner  à  l'Albert  Hall  et  en 
avaient  gardé  un  très  vif  souvenir;  d'autres  étaient 
curieux  d'entendre  le  Siegfried  Idyll  sous  la  direc- 
tion de  celui-là  même  que  cette  œuvre  touche  de 
plus  près.  Enfin,  beaucoup  d'artistes  de  l'orchestre 
sont  encore  les  mêmes  qui,  en  1S77,  avaient  joué 
sous  la  direction  du  maître  de  Bayreuth. 

Je  citerai  notamment  la  première  harpiste,  alors 
une  toute  jeune  fille,  maintenant  une  respectable 
matrone,  qui  rappelait  au  jeune  Siegfried  Wag- 
ner que  le  maître  l'avait  embrassée  sur  le 
front  après  l'exécution  d'un  morceau  où  la  harpe 
joue  un  rôle  important.  Bref,  soit  curiosité,  soit 
intérêt  musical,  le  public  était  très  nombreux,  et  il 
est  sorti  de  ce  concert  enchanté  du  plaisir  artis- 
tique éprouvé,  ravi  non  seulement  d'avoir  vu  le 
fils  du  maître  illustre,  mais  encore  d'avoir  dé- 
couvert dans  ce  jeune  homme  un  musicien  doué 


LE  GUIDE  MUSICAL 


ôiâ 


d'éminentes  facultés  directoriales.  Accueilli  à  son 
arrivée  au  pu_pitre  tout  enguirlandé,  par  des  accla- 
mations chaleureuses,  M.  Siegfried  Wagner  a  été 
applaudi  après  les  Préludes  et  le  Mcphistovaher  de 
Liszt,  et  véritablement  acclamé  à  la  fin  de  chacun 
des  fragments  d'oeuvres  de  son  père,  —  Siegfried 
Idyll,  ouverture  du  Vaisseau  b'aniôme,  Prélude  et 
chant  final  de  Tristan  et  Iseiilt,  scène  finale  du  Cré- 
puscule des  Dieux.  A  la  fin  du  concert,  c'a  été  une 
véritable  ovation.  En  général,  on  a  beaucoup 
admiré  l'interprétation  finement  nuancée,  la  fer- 
meté du  rythme  et  la  sûreté  de  direction  vraiment 
remarquable  chez  un  aussi  jeune  chef.  Les  appré- 
ciations de  la  presse  de  Londres  —  Le  Times  en 
tête  —  sont  toutes  très  élogieuses,  encore  que  l'un 
ou  l'autre  des  critiques  trouve  à  redire  sur  tel  ou 
tel  détail;  tous  sont,  en  tous  cas,  unanimes  sur  un 
point  à  savoir  :  que  les  débuts  du  jeune  artiste  sont 
pleins  de  promesses  pour  l'avenir.  Je  dois  ajouter 
que  l'orchestre  de  Queen's  Hall,  qui  est,  au  regard 
de  la  beauté,  la  sonorité  et  de  la  perfection  du 
rendu,  l'un  des  premiers  du  monde,  a  joué  avec 
ardeur  et  enthousiasme  dans  son  jeune  chef, 
jyfme  Marie  Brema,  dans  la  scène  finale  du  Crépus- 
cule et  le  Chant  de  mort  d'Iseult,  a  vivement  impres- 
sionné le  public  par  sa  diction  et  sa  voi.K  profon- 
dément dramatiques.  E.  S. 


PRAGUE.  —  Le  Théâtre  national  tchèque, 
vient  de  reprendre  les  Deux  Veuves  de  Frédé- 
ric Smetana  —  dont  le  sujet  est  emprunté  à  une 
comédie  de  MallefiUe.  C'est  la  plaisante  histoire 
de  deu.\  femmes  qui  ont  perdu  leurs  maris.  L'une, 
Caroline,  se  console  vite,  mais  se  refuse  à  convo- 
ler une  seconde  fois.  L'autre,  Anne,  porte  con- 
sciencieusement le  deuil  de  son  éj'ioux,  qui  était 
très  vieux,  —  mais  elle  ne  veut  à  aucun  prix 
rester  veuve.  Elle  aime  secrètement  un  jeune 
homme,  Ladislav,  qu'elle  a  connu  jadis  avant  son 
mariage.  Caroline  s'est  bientôt  aperçue  de  cet 
,  amour  et  elle  s'ingénie  à  la  rendre  jalouse,  afin 
qu'elle  quitte  plutôt  le  deuil  et  n'écoute  que  son 
cœur.  Elle  réussit  et  Anne  devient  bientôt  l'épouse 
de  Ladislav. 

La  partition  de  Smetana  est  d'une  distinction 
spirituelle  charmante.  C'est,  si  l'on  peut  ainsi  dire, 
une  vraie  musique  de  conversation  où  s'expriment 
les  malices  de  la  piquante  intrigue  qui  se  déroule 
à  la  scène.  L'ouverture  et  les  interludes  sont  des 
perles  musicales,  et,  dans  toute  l'œuvre,  il  faut 
admirer  la  force  du  rythme,  l'instrumentation, 
l'abondance  de  mélodies,  celles-ci  pas  du  tout 
nationales,  mais  libres  et  caractéristiques,  con- 
formes au  sujet  français,  que  traite  le  poème.  Au 
second  acte,  cependant  il  y  a  une  scène  des 
paysans  qui  contient  des  motifs  tchèques.  A  citer 
particulièrement  le  trio  du  premier  acte,  l'entrée 
.  de  Ladislav  et  le  duo  du  second  acte  (Lidka,  An- 
toine). 

Smetana  a  commencé  cet  opéra  en  1S73  et  le 
termina  en  1874.  La  première  représentation  eut 
lieu  la  même  année.  Mais  il  revit  la  partition 
en  1877;  Is-  première  représentation  dans  cette 
nouvelle  forme  eut  lieu  en  r878.  Hors  de  Prague, 
les  Deux  Veuves  n'ont  été  jouées,  jusqu'ici,  qu'à 
Hambourg,  avec  une  traduction  de  Roderich  Fels 
et  sous  la  direction  de  M.  Jos.  Sucher,  en  iSSi. 
La  dernière  rcprèscntaliou  à  notre  théâtre  était 


presque  parfaite;  tous  les  chanteurs  et  cantatrices, 
les  MM.  Lasek  (Ladislav),  Folak  (Mumbal;, 
■yesely  (Antoine)  et  les  dames  Matura  (Anne)  et,  en 
particulier,  Weis-Cavallar  (Caroline),  ont  produit 
grand  effet  dans  leurs  rôles  respectifs.  L'orchestre, 
sous  la  direction  de  M.  Cech,  a,  comme  toujours, 
été  excellent.  Victor  Joss. 

VIENNE,  —  Jeudi  dernier,  Tristan  avec  le 
concours  de  M'""  Doxat,  de  Leipzig,  dans  le 
rôle  d'Isolde.  Je  me  suis  rendu  à  l'Opéra  sans  le 
moindre  enthousiasme,  les  musiciens  viennois 
m'ayant  fait  un  épouvantail  des  représentations 
wagnériennes  à  l'Opéra.  Dans  la  Gotterddnimerung, 
me  dit-on,  on  retranche  la  scène  des  Nornes  pour 
arriver  au  duo  d'amour  de  Siegfried  et  de  Bnmn- 
hilde,  tout  eu  commençant  par  le  sombre  prélude 
en  mi  bémol  mineur  !  La  plupart  du  temps,  la 
scène  entre  Brunnhilde  et  Waltraute  est  aussi 
coupée.  Un  musicien  m'a  même  affirmé  avoir  vu, 
l'année  dernière,  couper  la  scène  d'Alberich  et  de 
Hagen.  Quant  au  Rhcingold,  on  a  trouvé  bon  d'in- 
troduire une  pause  de  vingt  minutes  entre  les 
second  et  troisième  tableaux,  excellente  habitude 
contractée  également  par  l'Opéra  de  Berlin.  Dans 
Tristan,  le  deuxième  acte  est  réduit  de  moitié.  Inu- 
tile de  dire  que  le  troisième  subit  aussi  des  cou- 
pures. La  seule  chose  qui  eîit  pu  m'attirer  était 
d'entendre  l'orchestre  sous  la  direction  de  Hans 
Richter.  Mais  je  n'ai  pas  même  pu  avoir  cette 
dernière  satisfaction,  le  bruit  de  portes  ouvertes  et 
fermées,  et  le  bavardage  du  public  (en  majeure 
partie  composé  de  boursiers)  m'ont  mis  en  fuite 
après  le  prélude.  Je  me  suis  juré  de  ne  plus 
remettre  les  pieds  dans  pareille  basse-cour.  Quand 
verrons-nous  reparaître  un  second  Biilow,  venant 
imposer  silence  à  cet  écœurant  public  qui  remplit 
actuellement  nos  théâtres  et  nos  salles  de  con- 
cert? 

La  Société  philharmonique  dirigée  par  Hans 
Richter  vient  de  publier  le  programme  du  premier 
concert  :  Ouverture  d'Obéron;  Sérénade  de  Fuchs  ; 
Sarka,  poème  symphunique  de  Smetana;  et  la  Hui- 
tième Symphonie  de  Beethoven 

Les  programmes  des  prochains  concerts  com- 
porteront des  œuvres  de  Berlioz,  Brahms,  Bruck- 
ner,  Dvorak,  Mozart,  Haydn,  Schubert,  Tschaï- 
kowsky,  Grieg,  Wagner,  Hasndel,  etc.,  etc. 

E.  B. 


NOUVELLES  DIVERSES 

Samedi  dernier  a  eu  lieu  au  théâtre  de  Pesth, 
la  première  représentation  du  Luthier  de  Crémone., 
la  pièce  en  un  acte  de  M  Jeno  Hubay  que  devait 
donner  le  théâtre  de  la  Monnaie  à  Bruxelles.  Le 
livret,  tiré  de  la  pièce  de  Coppée  que  créa  jadis 
Coquelin,  a  été  habilement  coupé  pour  la  musique 
par  M.  Beauclair.  Il  a  été  naturellement  chanté 
au  théâtre  de  Pesth  dans  une  traduction  hon- 
groise. L'exécution  a  été  très  soignée  sous  la 
direction  de  .M.  Nikisch.  Le  compositeur,  dissi- 
mulé derrière  un  paravent,  jouait  lui  même  le  solo 
de  violon  mimé  par  le  luihior.  L'aveu  de  Filippo, 
une  des   pages  les  plus  senties  de  la  partition,  a 


914 


X£  (}Un>E    MUSICAL 


vivement  ému  l'auditoire,  fort  nombreux.  Succès 
très  vif.  Ovations  répétées  à  l'auteur  et  à  ses 
interprètes. 

M.  Saint-Saëns  vient  de  partir  pour  le  Caire.  Il 
compte  faire  un  séjour  prolongé  en  Egypte,  où 
il  espère  terminer  l'opéra  laissé  inachevé  par 
Ernest  Guiiaud.  Cet  opéra  ne  s'appelle  pas  comme 
on  l'a  annoncé  :  Frcdégonde  et  Brnnehaut,  mais  bien 
Bninhilda  Deu.x  tableaux  de  Brunhilda  sont  écrits 
par  Guiraud.  M.  Saint  Saëns  fera  les  deux  autres. 

Nous  apprenons  que  M.  Philippe  Ruffer  vient 
de  terminer  un  nouvel  opéra  :  Ingo.  La  première 
aura  probablement  lieu  en  février,  à  l'Opéra  de 
Berlin.  ^ 

Le  célèbre  violoniste  belge   M.  César  Thomson 
a  fait  ses  débuts  à  New-York  le  3o  octobre,  à  Car-  . 
neggie-Hall,  assisté  jiar  M"»  Marie  Louise  Bailey, 
jeune  pianiste,  qui  s'est  fait  aussi  entendre  pour 
la  première  fois. 

Les  journaux  sont  dithyrambiques  à  son  égard. 

Il  y  a  bien  longtemps  que  le  public  de  New- 
York  n'avait  entendu  un  tel  artiste.  M.  Thomson 
a  joué  Y  Air  vayié  «  Non  piu  Mesta  »,  de  Paganiui. 
et  le  Concerto  n°  i,  de  Bruch.  Le  public  lui  a  fait 
une  vraie  ovation;  acclamé  et  rappelé,  il  a  joué 
la  Danse  espagnole  de  Sarasate  et  la  Berceuse  de 
Lamoureux. 

Encore  une  pièce  française  qui  verra  le  jour 
hors  de  France.  Il  s'agit  du  Drac,  opéra  roman- 
tique, poème  tiré  de  George  Sand  et  PaulMeurice 
par  M.  Louis  Gallet,  musique  des  frères  Hille- 
macher. 

Le  nouvel  ouvrage  des  auteurs  de  Saint-Mégrin 
a  été  inutilement  présenté  à  l'Opéra-Comique  de 


Paris  et  au  théâtre  de  la  Monnaie  ce  Bruxelles. 
M.  Félix  Mottl  a.yant  lu  la  partition  d'orchestre', 
s'est  empressé  d'accepter  l'œuvre,  qui,  terminée 
au  printemps  dernier,  a  été  depuis  traduite  en 
allemand.  C'est  dans  le  courant  de  décembre  que 
le  Drac  sera  joué  au  théâtre  grand- ducal  de  Carls- 
ruhe,   sous  la  direction  de  M.  Mottl. 


PIANOS  ET  HARPES 


BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  i3,  rue  du  Mail 

iÉPERTOi«S  ŒTRK^^CONCERTS  ^ 

Anvers 

Salle  de  la  Société  royale  d'Harmonie  -  Lundi 
19  novembre  1894,  à  8  heures  du  soir,  première  séance 
de  musique  de  chambre  organisée  par  Joseph  Mariën 
avec  le  concours  de  M  De  Greef,  professeur  de  piauô 
au  Conservatoire,  et  de  MM.  G  Verbeeck  (second 
violon),  Ed  Lemoine(alto),  J  Roelants  (cello),  Quitin 
(flûte),  Billet  (clarinette).  Bal  (cor)  et  Verdonck  (bas- 
son). Programme  :  i.  Quatuor  pour  cordes  en  mi 
bémol  (Fr.  Schubert);  2.  Sonate  pour  violon  et  piano 
en /«majeur (César  Franck);  3  Etudes  symphoniques 
pour  piano  (Robert  Schumaun);  4.  Quintette  pour 
piano  et  instruments  à  vent  (Ant.  Rubinstein). 
Berlin 

Opéra,  —   Du   11   au    18    novembre    :  Le  Prophète 


™™™^i::£i?£i:^2£i^£.i^^^^^^  ^^  ^^  grande  harmonie 

Dimanche  25  novembre  1894,  à  2  heures 

(Branb   Concert  ClassiQue 

DONNÉ    PAR    LE   CÉLÈBRE    VIOLONISTE 
ET    LE    RENOMMÉ    PIANISTE 

M.  MAX  PAUER 

AVEC    LE   CONCOURS    DE 

M"'    JULIA   MiLCAMPS,    GANTAT] 


.^EIOE 


PRO  GRAM  M  E 


1.  Sonate  en  sW. Brahms 

MM.  JOACHIM  ET  PAUER 

2.  Arioso  de  Quentin  Dutwaid Gevaert 

M"«  MILCAMPS 

3.  Grande  Sonate  en  ut  majeur     ....     Weber 

M.  PAUER 

4.  a)  Adagio  du  Concerto  en  sol  .     .     .     .     Jqachim 
.    b)  Barcarole Spohr 

M. JOACHIM 


5.  a)  Pour  un  seul  mot  . Van  Dam 

b)  Les  Clochettes  bleues Van  Dam 

c)  l'Etoile  cachée  (Violoncelle  M'ie  Rueg- 
GER) Van  Dam 

Mlle  MILCAMPS 

6.  Suite  en  mi  majeur  pour  violon  seul  .     .     Bach 
M.  JOACHIM 

On  peut  se  procurer  les  places  chtez  MM.  BREITKOPF  Si  HJEETEL,  éditeurs,  45,  Montagne  de  la  Cour. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


915 


Djamilé  Hœnsel  et  Gretel.  L'Ami  Fritz  et  Cavalleria 
rusticana.  Hœnsel  et  Gretel  Les  Saisons.  Le  Frey- 
schutz.  Haensel  et  Gretel.  Mara.  Tannhasuser.  Hîeii- 
sel  et  Gretel.  Carnaval. 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  ii  au  i8  no- 
vembre :  Tristan  et  Iseult.  Mireille.  Samson  et  Dali- 
la,  Barbier  de  Séville.  Samson  et  Dalila.  Dimanche, 
Le  Barbier  de  Séville.  Lundi,  reprise  des  Huguenots. 
Mardi  'abonnement  suspendu),  le  Prophète.  Mercredi 
première  représentation  du  Portrait  de  Manon  et  Phi- 
lémon  et  Baucis.  Incessamment  La  Navarraise. 

Galeries  —  Miss  Dollar.  Au  3"=  acte  ballet  aérien. 
Matinée  le  dimanche  à  i  heure. 

Alcazar  royal.  —  Bru.xelles  sans  gène. 

Concerts-Schott.  —  Samedi  24  novembre,  à  8  heures 
du  soir,  deuxième  séance  avec  le  concours  de 
M"e  Clotilde  Kleeberg,  pianiste,  et  le  trio  vocal  des 
dames  hollandaises  (M"»»*  Annette  de  Jong,  Anna 
Corver,  Marie  Snyders).  Programme  :  i.  Sonate 
op.  109,  mi  majeur  (Beethoven);  2.  a)  Belooning,  b) 
Kerstnacht,  A  capella,  3  voi.x  (Cath.  van  Rennesl  Trio 
vocal  des  dames  ;  3.  Les  Poèmes  sylvestres  (Th.  Du- 
bois) M}'"  Clotilde  Kleeberg  ;  4.  a)  Ich  fahrl  dahin 
(Grimm).  b)  Es  muss  ein  wunderbares  sein  (Kret- 
schmann),  c)  Dà  unten  im  Thaïe  (J  Brahms),  A 
capella,  3  voix.  Trio  vocal  des  dames;  5.  a)  Minuetto 
de  la  suite  op.  72  (Raff);  b)  Rêve  angèlique  (Rubin- 
stein);  Cj  Valse,  op.  84  n"  i  (Moszkowski).'M"=  Clo- 
tilde Kleeberg;  6.  a)  Per  piëta  (Martini',  b)  Blanche 
de  Provence  (Chérubinij.  Trio  vocal  des  dames. 

Marseille 
Association  artistique  de  Marseille,  sous  la  direction 
de  M.  Jules  Lecocq.  —  Programme  du  iS  novembre  ; 
I.  Symphonie  en  i!  bémol  (Schumann);  2.  Air  du  Pro- 
phète (Meyerbeer),  chanté  par  Mlle  Passama;  3.  Deu- 
xième Rapsodie  hongroise  (Liszt)  ;  4.  Prélude  du  deu- 
xième acte  de  Gwendoline  (Chabrier);  5.  Air  de  Sam  ■ 


son  et  Dalila  (Saint  Saëns).  chanté  par  Mlle  Passama; 
6,  a)  Souvenir  d'Hapsal  (Tschaïkovvski),  b}  Entracte 
de  Galante,  Ouverture  (Guiraud.;  7  Air  classique 
(Gluck),  chanté  par  Ml'e  Passama  ;  8.  Danse  hon- 
groise (Brahms). 

Nancy 
Salle  Victor  Poirel.  —  Diraancl.e  18  novembre  1894, 
à  4  heures,  sixième  concert  du  Conservatoire,   Pro- 
gramme :  I    L'Arlésienne,  première  suite  (G.  Bizet); 
2    Les  Djinns  (première  audition)  (C    Franck),  piano 
I       M'ie  Louisa  CoUin;  3.  Axel  (preirière  audition)  (M.  A. 
I       Georges);   4    Rhapsodie   hongroise,   n»  12  iF.  Liszt) 
j       Ml'eCollin;   5    Symphonie  en  ul  mineur,  n"  5  (Beet- 
'       hoven).  Le  concert  sera  dirigé  par  M.  J.  Guy  Ropartz 
I  Pans 

!  OrÉRA,  —  Du  18  au  24  novembre  :  Othello.  Ciwendoline, 

Samson  et  Dalila   Thaïs.  La  Maladetta. 
j  Opéra-Comique.  —  Du  18  au  24  novembre  :  Mignon 
Le  Domino  noir  et  le  Chalet.   Falstaff  Les  Pêcheurs 
i       de  perles.  Manon. 

,  CoNCERTS-CoLONNE  —  Dimanche  18  novembre, 
i  2  h.  1/4  très  précises  Symphonie  pastorale  (BeethO' 
ven);  le  Rouet  d'Omphale  (Saint-Saëns);  Peer  Gynt 
(Grieg);  fragments  de  Parsifal(R.  Wagner),  deuxième 
tableau  du  premier  acte;  prélude  du  troisième  acte  de 
Tristan  et  Iseult;  marche  de  Lohengrin 
Concerts-Lamoureux.  —  Dimanche  18  novembre,  à 
2  h.  1/2,  avec  le  concours  de  M°"'  Materna  et  de 
M.  Gibert.  Ouverture  d'Iphigénie  en  Aulide  (Gluck)  ; 
Concerto  pour  violoncelle,  joué  par  M.  Salmon  (Saint- 
Saëns);  air  d'entrée  d'Elisabeth  du  Tannhaeuser 
(Wagner),  chanté  par  M"'"  Materna  ;  fragments  du 
Crépuscule  des  Dieux  (Wagner)  :  M'""  Materna  et  M. 
Gibert;  Marche  hongroise  de  la  Damnation  de  Faust. 
Concerts  d'Harcourt.  —  Dimanche  18  novembre,  à 
2  h.  1/2,  Fragments  des  i",  2"  et  3"  actes  du  Tann- 
hasuser,  de  R  Wagner,  traduction  française  de 
M-Ch  Nuitter.  Distribution;  Vénus,  M'""  Fierens; 
Elisabeth,  Mlle  Eléonore  Blanc;  un  pâtre,  N.  ;  Tann- 
hasuser,  M.  Vergnet;  Wolfram,  M.  Auguez;  le  Land- 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 


NOUVEAUTÉS  POUR  PIANO  SEUL 


Dolmetsch  (V.)  Gavotte  Im- 
promptu   5 

—  4^  Mazurka 5 

—  Promenade  champêtre  .  5 
Durand  (Aug.)  6«  Valse  .  .  6 
Durand  (Jac.)  Air  à  danser   .  6 

—  Promenade      .  6 

Galeotti  (C.)  Au  bord  du  Nil .  6 


En  songe 


4  - 


Halphen  (F.)  Vase  lente  .  .  5 
LiUtz  (H.)  Aragonaise     ...     5 

—  Pavane 5 

—  Valse 4 

Magnard(A.)  Promenades,  net  5 
Meyer  (G.)  Gavotte  ....  6 
Pierné^G.)  Pastorale  variée, net  2 

—  Sérénade  à  Izéyl    .      5 
Saint-Saëns  Thème  varié,  net   3 


Ô16 


LE  GUIDE  MUSICAL 


grave,   M.   Challet    Orchestre  sous  la  direction   de 
M.  Eugène  d'Harcourt. 


Vienne 

Du   12   au    19  novembre 


Hans   Heiling. 


I  Carmen   Les  Huguenots.  Tannhœuser.  Aida.  Autour 

i  de  Vienne    (balietj.  La  Flûte   enchantée.    Cornélius 

I  Schutt  (première  représentation). 

I  An  der  Wien  .  —  Jakuba.  L'Enfant  du  Dimanche.  La 

!  Belle  Hélène.  Le  Postillon  de  Lonjumeau. 


V'^  LÉOPOLD  MURAILLE,  éditeur  a  liege  (Belgique) 


l>4^poKitairc  tiiiii|iic  de  l'K<U<i4^ii   Fayiie 

(partitions  de  poche  pour  la  musique  de   chambre) 
DETHIER,  Gaston.  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue. 

—  Prélude  sur  le  Dies  Irœ  pour  grand  orgue 

—  Romance  pour  violon  et  piano       .... 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano. 
LEKEU,  G"'^.  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties 

partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano 
—  Trois  pièces  pour  piano  .  . 

RAWAY  Erasme.  Scènes   Hindoues,  poème  symphonique  en  quatre  parties 

réduction  à  quatre  mains       ..... 
THOMSON,  César.  Passacaglia,  d'après  Hsendel,  pour  violon  et  piano 
—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano 

llnvoi     franco     des     calalu^iies 


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MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

PARIS 

Propriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKOWSKY,  GOTTSCHALK,  PRUDENT,  ALARD 
des    ARCHIVES  DU  PIANO  et  de   la  CÉLÈBRE  METHODE  DE  PIANO  A.  LE  CARPENTIER 
Seuls  dépositaires  de  l'EDITION  CHARNOT, spécialement  consacrée  à  la  MUSIQUE  DE  VIOLOiM 


OIVIUGES  D  El\8FIG^EME^T 

MÉTHODES,  TRAITÉS,  SOLFÈGES 
ET  EXERCICES  DIVERS 

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Andrade,  A.  Méthode  de 
chant  et  de  vocalisation 
adoptée  dans  tous  les  Con- 
servatoires (2"  édition)  .      .    25     » 

Aulagnier,  A.  A  B.  C.  de 
l'harmonie,  méthode  très 
élémentaire  (2''  édition)       .     3     » 

—  Traité  desmionations,  mé- 
thode théorique  et  pratique 
pour  prendre,  avec  la  iLéine 
lacilité,  toutes  les  int  na- 
tions,même  les  plus  bizarres 
e  1  les  plus  éiranges  ;  com- 
plément indispensable  de 
tous  les  solfèges  qui  existent 
(2"  édition) 2     n 

Bax  (Saint  Yves;,  professeur 
^uConservaioire  Exercices 
journalierspour  la  voix,  em- 
ployés dans  tous  les  Conser- 
vatoires (20''  édition)  .    20     » 

Bussine,  R.  Professeur  au 
Conservatoire.  Pages  d'exer- 
cice pour  la  voix  (5"=  édi- 
tion)     20     » 

—  Pages  de  vocalises  pour 
la  voix  (2"  édition)     .      .      .    10     » 

Cotien,  L.  Solfège     .      .     .   i5     » 

Cuelenaere,  P.  Méthode 
pour  apprendre  à  sollier 
simultanément  dans  toutes 
les  clés »  7.1 

Donne,  L.  Professeur  au 
Conservatoire.  Théoris mu- 
sicale ^Cours  élémentaire). 


Net     fr. 
Questionnaire     .      .      .      .     »  75 

Réponses »  75 

Durand,  E.  Professeur  au 
Conservatoire.  Solfège  élé- 
mentaire et  progressif,  théo- 
rique et  pratique,  avec 
accompagnement  de  piano, 
inscrit  sur  la  liste  des  ou- 
vrages fournis  gratuitement 
par  la  Ville  de  Paris  à  ses 
écoles  communales,  z"  édi- 
tion       6     » 

Cartonnage »  3o 

Le   même,   sans    accompa- 
gnement, 5"  édition.      .      .     2     » 
Cartonnage »  25 

—  Questionnaire,  marchant 
parallèlement   avec  le    sol- 

iège  précédent     .      .      .      .      »  5o 

—  Leçons  de  solfège,  pour 
les  voix  graves  d'enfant,  cor- 
respondant   aux    exercices 

du  même  solfège ....      i     » 

—  Solfège  à  deux  voix  égales 
(clé  de  sol),  élémentaire  et 
progressif,  avec  accompa- 
gnement de  piano,  inscrit 
sur  la  liste  des  ouvrages 
fournis  gratuitement  par  la 
Ville  de  Paris  à  ses  écoles 
communales,  2"  édition.  .  6  » 
Cartonnage »  3o 

—  Le  même,  sans  accompa- 
gnement, 3'  édition.      .      .     2  5o 
Cartonnage  '.      .      .      .     »  25 

—  Solfège  mélodique  et  pro- 
gressif, pour  l'étude  des 
trois  clés  à'ut  usitées,  avec 
accompagnement  de  piano, 
faisant  suite  au  solfège  élé- 
mentaire, 2'  édition.     .     .     6    « 


Net 
Cartonnage    ,     .      .      .      . 
Le    même,   sans  accompa- 
gnement, 3' édition  .■ 
Cartonnage 

—  Traité  de  transposition  au 
piano(théorique  et  pratique) 

Duvernoy,  H.  Professeur 
au  Conservatoire.  36  leçons 
de  solfège  à  changement  de 
clés  (ouvrage  couronné  par 
l'Institut)  ......    3 

Maury- Renaud  Profes- 
seur au  Conservatoire.  Le- 
çons de  solfège  à  change-  - 
ments  de  clés,  composées 
pour|les  examens  supérieurs 
de  chant  de  la  Ville  de 
Paris 

—  Solfège  manuscrit  à  chan- 
gements de  clés  .... 

Rougnon  Paul, professeur 
au  Conservatoire.  Solfèges 
manuscrits  à  changements 
de  clefs(enseignement  supé- 
rieur)suivis  dans  les  classes 
du  Conservatoire  de  Paris. 

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nes, difficiles  et  assez  diffi- 
ciles, dédiées  à  M.  J.  Mas- 
senet. 

2"  volume,  27  leçons,  dédiées 
à  M.  Ambroise  Thomas. 

3*^  volume,  29  leçons,  dédiées 
à  Théodore  Dubois  (diffi- 
ciles). 

4"  volume,  3o  leçons,  dédiées  à 
M.  Ambroise  Thomas  (diffi- 
ciles et  très  difficiles). 

Chaque  volume  grand  f,  net 


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LE  GVIDK  MUSICAL 


917 


Salle  de  la  Société  royale  «  LA  GRANDE-HARMONIE  »,  rue  de  la  Madeleine 


TROIS   CONCERTS   CLASSIQUES 

ORGANISÉS    PAR 

SCHOrTI^RÈRES,  éditeurs,  82,  Montag-ne  de  la  Cour 


Les  prochaines  Séances  se  donneront,  dans  la  Salle  delà  Sociélé  Royale  «  La  Grande-Harmonie  »,  rue 
de  la  Madeleine,  aux  dates  suivantes  : 

DEUXIÈME  SÉANCE,  samedi,   24  novembre,  à  8  heures  du  soir,  avec  le   concours  de 

Mlle  Clotilde  KleeTserg,  pianiste, 

et  du  trio  vocal  des  Dames  hollandaises 

(Annette  de  Jong-,  Anna  Corver  et  Marie  Snyders). 

TROISIÈME  SÉANCE,  samedi,  i5  décembre,  à  S  heures  du  soir,  avec  le  concours  de 

MM.   Eug.    d'Albert,   pianiste  et 

Ed.   JaCObS,    violoncelliste,  professeur  au  Conservatoire  royal 

S'adresser  pour  les    places  à  MM.  SCHOTT  FRÈRES 
82,  Montagne  de  la  Cour,  82 


Paris,  ALPHONSE  LEDUC,  Editeur,  3,  rue  de  Grammont. 

NOUVEAUTÉS    MUSICALES 


MUSIQUE  POUR  PIANO 

Prix  Nets 

ANTHIOME  (E.)  Elégance,  valse 2  — 

DESLANDRES  (Ad.)  Air  de  ballet 2  — 

DIÉMER(L.)  Op.  43  .Pièce  en  forme  de  menuet  i  35 
—            Op.  44.  Réveil  sous  bois,  étude  de 

concert.     .  3    - 

GALEOTTI  lO  Op   89.  Halluc  nation.     .  .  i  53 

HUE  (G.)  Sérénade  (jouée  au  2^  acte  des  Roma 

nesques) !•   » 

RATEZ  (E.)  Op.  27.  Sept  canons  à  tous  les  inter- 
valles.     ...  2  — 

MUSIQUE    INSTRUMENTALE 
DALLIER  (H.)  Messe  nuptiale,  six  pièces  pour 

orgue-harmonium 2   — 

SALOMÉ   Th.)  Douze  pièces  pour  grand  orgue  .     S   — 
SCHVARTZ  (E.)  Aubade,  trio  pour  piano,  violon 

et  violoncelle 2  5o 


CHANT  ET  PIANO 

Prix  nets 

(Chaque  mélodie  existe  en  deux  tons) 
DUBOIS   Th.)  Chanson  de  ['rintemps,  mélodie 

—  Extase,  mélodie    . 
Galop,  mélodie. 

—  Rondel,  mélodie    . 
LEROUX  (X  )  A  un  Enfant,  mélodie     . 

—  Chrj'santhème,  mélodie 

—  Sérénade  

MISSA  (Ed.)  Le  Marchand  de  sable,  petit 

à  une  ou  deux  voix  (ad  lib.) 
Le  même,  sans  accomp'  (f  in 
—  Les  Petits  Loups,  petit  chœur  à  une 

ou  deux  voix  (ad  lib.) 

Le  même,  sans  accomp'  (ft  in-S") 
VIDAL  (P. 1   Lou   Metjoun   (Le    Midi),   chœur   à 

quatre  voix  d'hommes.  La  partition     2  5o 
Les  parties  de  voix  en  partition  .     .     »  5o 


chœur 


S") 


I  35 
I  65 


I   35 


I  65 
I   35 


I   25 
»    25 


I  25 
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Paraissant  quatre  fois  par  an,  sons  la  direction  de  Ch.  M.   WIDOR 


,      Louis  ViEKNE  .....     Allegretto 

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'      Ch.  Tlurnemire  ....     Sortie 


L     BolïLLMANN. 

J.  Guy  Ropartz 
A.  ViVET  .      .      . 


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918 


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RÉDACTEUR  EN  CHEF  :  E.-W.  FRITZSCH 

Parait  une  fois  par  semaine  en  12-16  pages  in  40 

Prix  de  l'abonnement  :  12  mois,  S^marks;  3  mois.  2  marks 

Le  Musihalisches  Wochenblall  est  une  revue  spéciale  de 

premier  ordre  et  la  seule  à  côté  des  Bayreuther  Blaller,  à 

laquelle  Richard  Wagner  ait  collaboré  activemcnl  dans 

les  douze  dernières  années  de  sa  vie 

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Ex-chef  de  niusique  du  C*^  do  ligne 

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J.-B.  EATTO,  éditeur  de  musique,  52,  rue  de  l'Ecuyer,  Bruxelles 

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RÉPERTOIRE  DES" lîÂiONS  DU  CHAT  NOIR 


Chansons  de  MARCEL  LEFEVRE 

(DEUXIÈME  SÉRIE) 


Enterrement  gai     ....     5 
Mélanie  à  la  représentation 

de  la  grande  opéra  ...     3 

Valse  des  bonnets  ....     3 

Paris,  Colombier. 


4- 


dis- 


Recette   pour  faire 
cours  électoral  . 
5    Le  petit  employé  ....     3 

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E.  Gallet,  successeur 


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Robes  de  bal 

Sorties  de  bal  et  de  théâtre 
Boas  en  plumes,  tour  de  cou 
Châles  et  ëcharpes 
Soieries  et  velours 


soie,    laine, 


Tissus    légers, 
laine  et  soie 
Mousseline  de  laine  imprimée 
Tarlatanes  couleurs 
Lingerie  fine,  dentelles. 
Rubans  et  plumes 
Bas  de  soirce  soie  et  fll 
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Parfumerie  et  mercerie 
G-anterie  et  fichus 
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Chaussures  et  souliers  de  bal 
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Hugues  Imbert  —  Alfred  ErNst 

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Guy  Ropartz  —  J.  Manskopf 
Van  Santen  Kolff— D''  Edm.  Rochlich 

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Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

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Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

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Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

D'  Victor  Joss.  —  N.  Liez.  —  I.  Wxll 

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40'  ANNÉE  25  Novembre  1894  muméro  48 

SOMMAIRji 

Hugues  Imbert.  -  Antoine  Rubinstein. 
H.  Alvin  et  R.   Prieur.    —    Métronomie 

expérimentale  (suite). 
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922 


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40°  ANNÉE.  —  Numéro  48. 


35  Novembre  1894. 


Antoine   RUBINSTEIN 

|;E  compositeur  russe  qui  vient  de 
s'éteindre  dans  sa  villa  de  Peter- 
hof,  près  Saint-Pétersbourg,  fut 
un  grand  artiste,  le  plus  remarqtiable, 
certes,  des  pianistes  de  ce  siècle  avec 
F.  Liszt.  Son  talent  était  incomparable  ; 
nous  ne  croj'ons  pas  qu'il  soit  possible  d'in- 
terpréter avec  plus  de  grandeur,  avec  une 
compréhension  plus  parfaite,  les  œuvres 
des  Olympiens,  notamment  celles  de  Bee- 
thoven et  de  Schumann.  La  puissance  du 
jeu  était  portée  à  son  apogée  ;  les  passages 
de  vigueur  étaient  rendus  avec  une  inten- 
sité, une  fougue  et  une  autorité  qui  subju- 
guaient absolument  l'auditeur.  Les  épi- 
sodes dans  lesquels  dominent  le  charme,  la 
délicatesse,  la  grâce  atteignaient  sous  ses 
doigts  un  degré  d'idéale  perfection.  Du  cla- 
vier il  tirait  des  effets  de  sonorité,  de  sou- 
plesse, d'imprévu  que  nul  autre  avant  lui,  si 
ce  n'est  Liszt,  n'avait  trouvés.  Peut-être  au- 
rait-on à  signaler  quelques  incorrections, 
certaines  notes  accrochées;  mais  elles  dis- 
paraissaient dans  l'ensemble  absolument 
merveilleux.  C'était  en  compositeur  et  non 
en  virtuose  qu'il  jouait  :  Beethoven  devait 
comprendre  ainsi  le  piano.  Lorsqu'il  se 
fit  entendre  à  l'étranger,  surtout  lorsqu'il 
donna  à  Paris  ses  concerts  historiques,  il 
souleva  un  véritable  enthousiasme.  La  salle 
Erard  était  trop  étroite  pour  contenir  le 
nombre  de  ses  admirateurs.  Séances  inou- 
bliables, dans  lesquelles  le  merveilleux 
artiste  donna  à  tous  les  sensations  les  plus 
intenses   qu'il    soit   possible   de   rêver  !  Il 


jouait  également  de  l'orchestre  en  maître  ; 
et  nous  nous  souvenons  de  certain  concert 
où,  sous  sa  direction,  l'orchestre  fut,  pour 
ainsi  dire,  transformé. 

Comme  compositeur,  Antoine  Rubinstein 
aura  été  moins  heureux.  Ce  fut,  selon  nous, 
principalement  dans  la  musique  de  chambre 
qu'il  cueillit  des  lauriers  souvent  mérités. 
Lorsque  l'on  jette  un  coup  d'œil  sur  le 
catalogue  assez  volumineux  de  ses  œuvres, 
on  découvre  à  son  actif,  en  ce  genre  spé- 
cial de  musique  :  un  octuor  pour  piano, 
violon,  alto,  violoncelle,  contrebasse,  flûte, 
clarinette  et  cor  ;  un  quintette  pour  piano, 
flûte,  clarinette,  cor  et  basson  ;  un  quin- 
tette pour  deux  violons,  deux  altos  et  vio- 
loncelle; un  quintette  pour  piano,  deux 
violons,  alto  et  violoncelle;  dix  quatuors 
pour  cordes  ;  un  quatuor  pour  piano,  vio- 
lon, alto  et  violoncelle  ;  cinq  trios  pour 
piano,  violon  et  violoncelle  ;  trois  sonates 
pour  piano  et  violon  ;  deux  sonates  pour 
piano  et  violoncelle;  une  sonate  pour  piano 
et  alto,  et  enfin  divers  morceaux  :  romances, 
caprices  pour  piano  et  violon,  ou  pour  piano 
et  violoncelle.  Que  distinguons-nous  dans 
ces  compositions?  Un  grand  respect  du 
classique,  uni  à  un  sentiment  mélodrama- 
tique très  marqué,  une  belle  sonorité,  une 
réelle  habileté  dans  l'écriture,  un  profond 
savoir  et  une  tendance  visible  pour  l'école 
allemande,  surtout  pour  Mendelssohn. 
Dans  toutes  les  œuvres  que  nous  venons 
d'énumérer,  les  qualités  et  les  défauts  de 
notre  auteur  se  laissent  entrevoir  en  pleine 
clarté.  La  mélodie  coule  de  source,  facile, 
abondante;  la  chaleur  est  souvent  commu- 
nicative;  il  s'y  rencontre  même  de  fort 
belles  idées.  Malheureusement,  à  côté  de 
pages  hors  ligne,  il  faut  souvent  subir  des 
longueurs,  des  lieux  communs,  des  hors- 
d'œuvre  absolument  inutiles  :  tel  ce  déluge 
de  notes  confiées  au  violon  dans  le  finale 


924 


LE  GUIDE  MUSICAL 


de  la  sonate  pour  piano  et  violon  (op.  19), — 
véritable  trait  à  la  Paganini,  qui  dure  plus 
d'une  page,  et  qui  est  si  mauvais  (disons-le 
franchement)  que  nous  avons  vu  plusieurs 
artistes  le  supprimer  à  l'exécution. 

On  a  comparé  le  talent  de  Rubinstein.en 
tant  que  compositeur,  à  celui  de  Brahms 
et  de  Raff.  En  ce  qui  est  du  dernier,  l'as- 
sertion  peut  être  vraie.  Joachim  Rafï  a 
souvent,  comme  Rubinstein,  procédé  par  un 
travail  hâtif,  pas  assez  mûri.  Aussi  trouve- 
t-on  dans  son  œuvre  des  pages  fort  iné- 
gales, quelquefois  même  dénuées  d'intérêt, 
des  développements  beaucoup  trop  longs. 
Quant  à  l'assimilation  de  Brahms  avec 
Rubinstein,  elle  nous  semble  impossible. 
Johannes  Brahms  est  un  compositeur  de 
premier  ordre  qui,  à  l'inverse  de  Rubin- 
stein, n'a  jamais  livré  au  public  que  des 
œuvres  absolument  réfléchies  et  concises. 
C'est  un  maître  dans  l'acception  la  plus 
haute  du  mot.  Il  est  un  descendant  direct 
de  Beethoven  :  sa  musique  de  chambre,  ses 
symphonies,  son  Requiem  portent  les  em- 
preintes de  son  grand  devancier.  Après 
Robert  Schumann,  il  a  su  donner  éclosion 
à  une  foule  de  Lieder  qui  sont  aussi  remar- 
quables par  la  distinction  de  la  forme  que 
par  la  profondeur  du  sentiment. 

Dans  les  symphonies  de  Rubinstein 
(elles  sont  au  nombre  de  six,  dont  la  plus 
connue  est  YOcéan),  dans  ses  Lieder,  dans 
ses  compositions  pour  clavier,  il  y  a  certes 
de  belles  pages;  mais  elles  sont  déparées 
par  les  défauts  que  nous  avons  cru  devoir 
signaler  dans  sa  musique  de  chambre; 
puis  elles  manquent,  le  plus  souvent,  d'ori- 
ginalité. 

De  tous  ses  opéras,  qui  portent  les  titres 
de  Dimitri-Donskoi,  Fonika  donratcJiok,  les 
Chasseurs  de  Sibérie,  laBataille  de  Konlikoff, 
Féramors,  Néron,  Kalaschnikow,  le  Démon, 
les  Machabées,  etc.,  celui  qui  paraît  avoir  le 
plus  réussi  est  le  Démon,  qui  n'est  cepen- 
dant pas  la  meilleure  de  ses  partitions.  Le 
succès  fut  dû,  en  majeure  partie,  au  poème 
de  Lermontoff.  Les  pages  les  mieux  venues 
sont  celles  qui  sont  purement  symphoni- 
ques,  telles  que  les  Danses  orientales,  très 
riches  en  couleur,  —  et  quelques  beaux 
chœurs.    Dans    cet    opéra,    comme   dans 


toutes  les  autres  œuvres  écrites  pour  là 
scène,  les  parties  dramatiques  laissent  à 
désirer.  Les  opéras  de  Rubinstein,  à  l'ex- 
ception de  Néron,  qui  fut  représenté  à 
Anvers,  il  y  a  une  dizaine  d'années,  et  plus 
récemment  au  théâtre  de  Rouen  en  fé- 
vrier 1894,  n'ont  jamais  vu  le  feu  de  la 
rampe  en  France. 

Ses  oratorios,  la  Tour  de  Babel,le  Paradis 
perdu,  ont  eu  peu  de  succès,  même  en  Alle- 
magne, où  ils  ont  figuré  de  temps  à  autre 
dans  les  grands  festivals  rhénans. 

Nous  préférons  ne  pas  rappeler  ici  les 
critiques  qu'a  soulevées  dans  la  presse 
l'apparition  du  volume  publié  par  Rubins- 
tein, en  1892,  et  qui  a  pour  titre  la  Musique 
et  ses  maîtres.  Nous  croyons  qu'il  aurait  été 
plus  sage  pour  le  maître  russe  de  s'abstenir 
de  prendre  la  plume  de  critique. 

Né  le  3o  novembre  1829  à  Berditcheff 
(gouvernement  de  Kiew),  Rubinstein  allait 
donc  atteindre  bientôt  sa  soixante-cin- 
quième année  !  L'acte  le  plus  important  de 
sa  vie  artistique  fut  la  création,  en  1862,  du 
Conservatoire  de  Saint-Pétersbourg. 

On  a  dit  de  Rubinstein  pianiste  :  «  Le 
maître,  un  vrai  lion!  »  Il  avait  bien  la  somp- 
tueuse crinière  du  fauve  ;  elle  encadrait  un 
masque  d'une  grande  énergie,  fortement 
musclé,  où  se  percevaient  les  indices  très 
caractéristiques  de  la  race  slave  :  front, 
bombé,  envahi  par  la  chevelure  abondante 
rejetée  en  arrière,  sourcils  très  accusés 
protégeant  les  yeux  légèrement  bridés, 
d'une  expression  vague,  étrange  et  portés 
quelquefois  vers  le  ciel,  nez  un  peu  épaté, 
bouche  large  avec  les  lèvres  charnues  et  i 
relevées.  La  figure  était  complètement  im-  ■ 
berbe. 

Au  premier  aspect,  bien  que  dans  les 
détails  les  différences  s'accusent  très  nette- 
ment, on  songe  à  la  tète  de  Beethoven. 
Comme  devant  celle  du  grand  maître  de 
Bonn,  la  pensée  fait  un  temps  d'arrêt;  elle 
se  complaît  à  scruter,  à  deviner  sous  ce 
masque  énergique  et  étrange  les  passions 
qui  l'agitèrent;  elle  s'évertuera  à  saisir  le 
moral.  Ce  sont  de  ces  visages  qui,  une  fois 
vus,  ne  s'oublient  pas;  ils  pensent,  agissent 
et  se  livrent.  Hugues  Imbert.   „ 


T,n  amoE  misTOAt 


925 


METRONOMIE  EXPÉRIMENTALE 

Suite  .   —  Voir  les  nos  ^^^  ^s,  ^g  et  47 


Reproduction    interdite) 

L'ORCHESTRE  SEUL 

Dans  la  suite  de  leur  travail,  MM.  Alvin 
et  Prieur  examinent  les  conditions  dans 
lesquelles  ont  lieu  les-  exécutions  orches- 
trales. Les  principes  qu'ils  ont  exposés  à 
propos  de  l'interprétation  de  la  musique 
en  général  et  du  quatuor  en  particulier, 
s'appliquentnaturellementà  celles-ci.  Leurs 
observations  portent  sur  les  œuvres  les 
plus  diverses^  symphonies  de  Beethoven, 
de  Berlioz,  fra.gnients  symphoniques  des 
opéras  de  Wagner,  etc.  Nous  allons  repro- 
duire celles  qui  ont  trait  à  des  pages  uni- 
versellement connues  et  présentes  à  la 
mémoire  de  tous,  en  raison  de  leur  fré- 
quente exécution  dans  nos  concerts  :  l'in- 
troduction de  la  Walkyrie,  celle  de  Parsifal 
et  celle  de  Tristan  et  Iseult. 


Dans  cette  seconde  partie  de  notre  tra- 
vail, nous  procéderons,  comme  dans  la 
première,  par  extraits  peu  nombreux  et 
très  succincts  de  nos  notes  statistiques. 
Nous  irons  encore  du  simple  au  composé  ; 
après  avoir  cité  quelques  constatations 
relatives  à  des  exécutions  isolées,  nous 
mettrons  en  regard  les  résultats  de  deux, 
trois  ou  même  quatre  exécutions  diffé- 
rentes de  la  même  œuvre. 

Prélude  du   i<"'   acte   de   la   Walkj'rie. 

Exécutions  des  4  et  2S  septembre  iSçS,  au  Théâtre  royal 

de  Munich  (M.  Hermaun  Levi). 

Nous  considérons  spécialement  les  141 
premières  mesures  de  l'œuvre,  depuis  le 
début  3/2  Stûrmisch,  Tempestoso,  jusqu'à 
l'entrée  de  Siegmund  : 


Wess^    Herd  diess  audisei. 

Les  durées  totales  de  ces  141  mesures  ont 


été  respectivement  23o  secondes  pour  la 
première  exécution  et  23 1  secondes  pour 
la  deuxième.  Il  est  impossible,  comme  on 
voit:  de  demander  une  permanence  plus 
rigoureuse  dans  les  mouvements  d'ensem- 
ble; ceux-ci  ressortent,  en  effet,  tous  deux  au 
degré  J  =  1 10,  à  une  fraction  de  degré  près. 

Les  mouvements  locaux  restent  égale- 
ment très  comparables.  L'allure  à  l'attaque, 
d'environ  ^  =  112,  subit  une  assez  impor- 
tante accélération  vers  les  mesures  27  et 
suivantes,  dans  le  crescendo;  elle  atteint  en 
ce  point  la  valeur  J=i36;  puis,  après 
quelques  oscillations,  elle  s'abaisse  progres- 
sivement, surtout  au  grand  diminiiendo  qui 
suit  la  centième  mesure,  où  elle  atteint 
J  =  io3.  On  retrouve,  en  somme,  dans  les 
nuances  métronomiques,  la  traduction  fidèle 
des  indications  du  texte. 

Ajoutons  qu'à  l'arrivée  de  Sieglinde, 
l'allure  tombe,  pour  la  mesure  à  quatre 
temps,  à  J  =  80  (dans  les  deux  cas),  et  pour 
la  mesure  à  trois  temps  à  J  =  60  (ou  72),  le 
tout  en  parfaite  concordance  avec  les  indi- 
cations :  Mdssig  {moderato)  et  Etwas  lang- 
sam  (unpoco  lento). 

Prélude   du  i^'-   acte   de  la   Walkyrie. 

Exécutions  des  s  2  mai  iSç3(M.  Colonne)  et  12  mars  iSg^. 

à   V Opéra  de  Paris. 

Au  point  de  vue  des  durées  totales  des 
141  premières  mesures,  ces  deux  exécu- 
tions diffèrent  peu  entre  elles  :  l'une  a  occupé 
2o5  secondes,  l'autre  212.  Mais,  comme  on 
voit,  ces  durées  s'écartent  légèrement  des 
temps  observés  à  Munich  (23o  et  23 1  se- 
condes). Le  mouvement  général  est  un 
peu  plus  rapide  à  Paris;  au  lieu  de  1 10  à  la 
blanche,  nous  trouvons  J  =  124  et  J  =  120. 

La  différence  de.  iio  à  124  n'est  pas 
extrêmement  sensible  au  point  de  vue 
acoustique;  à  elle  seule,  et  si  les  mouve- 
ments locaux  restaient  réglés  proportion- 
nellement, elle  n'entraînerait  pas  une  varia- 
tion bien  notable  dans  les  effets  produits. 
Mais  si  les  durées  totales  sont  comparables 
à  Paris  et  à  Munich  pour  les  exécutions 
citées,  il  n'en  est  plus  du  tout  de  même 
pour  leurs  parties  élémentaires  correspon- 
dantes; le   parallélisme  des  nuances  d'al- 


926 


LE  GUIDE  MUSICAL 


lures  n'existe  pas,  et  c'est  là  un  des  princi- 
paux motifs  de  la  différence  des  effets. 

Nous  citerons  un  seul  exemple,  mais 
caractéristique,  de  ce  défaut  de  parallé- 
lisme des  allures  locales.  Considérons  le 
crescendo  des  mesures  27  et  suivantes.  A 
Munich,  nous  l'avons  dit  tout  à  l'heure,  le 
mouvement  initial  J=  iio  s'accélère  sen- 
siblement sur  ce  crescendo  et  y  atteint,  peut- 
être  sans  que  l'auditeur  s'en  rende  bien 
compte,  le  degré  J  =  i36.  A  Paris,  au 
contraire,  le  mouvement  initial  (exécution 
du  12  mars  1894)  est  pris  à  J  =  i33;  et,  au 
lieu  d'une  légère  accélération  sur  le  cres- 
cendo dont  il  s'agit,  nous  trouvons  un  ralen- 
tissement à  J=  122.  Les  nuances  métrono- 
miques  sont  donc,  dans  les  deux  cas,  en 
complet  désaccord;  nous  laissons  au  lec- 
teur le  soin  de  décider  quelle  est  la  bonne. 

Prélude  de  Parsifal. 
Exécutions  du  S  août  iSç2,  à  Bayreuth  (M.  Hermann 

Levi)  et  du  23  mars  iSç4,  à  Paris,  par  V orchestre  des 

Concerts  Colonne,  sous  la  direction  de  M.  Hermann 

Levi. 

Sans  entrer  dans  le  détail  de  toutes  les 
nuances  métronomiques  suivies  à  ces  deux 
exécutions,  nous  considérerons  spéciale- 
ment trois  fragments  successifs  du  prélude. 
Le  premier  de  ces  fragments  s'étend  du 
début,  thème  de  la  Cène  : 


jusqu'à  l'an-ivée  du  thème  de  la  Foi  attaqué 
par  les  cuivres  (page  4  de  la  réduction 
Kleinmichel),  après  le  changement  de  me- 
sure de  4/4  en  6/4  : 

(J   J  J;  J  J)  Mesure  45 


L'étendue  de  ce  premier  fragment  est  de 
44  mesures.  Le  second  fragment  s'étend 
de  la  mesure  ci-dessus  à  la  mesure  80,  où 
le  thème  de  la  Cène  revient  aux  bois  et  aux 
violoncelles  : 

JJ.JJJ), 


Le  second  fragment  comprend  35  mesures 
environ,  mais  de  natures  diverses  :  6/4,  4/4 
et  9/4.  Le  troisième  et  dernier  des  fragments 
considérés  s'étend  de  la  mesure  80  précitée 
à  la  mesure  106  : 


Voyons  quelles  ont  été  les  durées  de  ces 
trois  fragments  dans  les  deux  exécutions 
que  nous  comparons.  Malgré  la  différence 
des  orchestres,  M.  Hermann  Levi  va-t-il 
rester  maître  des  vitesses,  et  dans  quelles 
limites  de  précision?  La  réponse  est  celle- 
ci  :-Oui,  à  deux  années  de  distance,  sous  la 
direction  du  même  chef,  les  deux  orchestres 
différents  ont  exécuté  l'œuvre  avec  des 
mouvements  pareils;  leurs  écarts,  que 
l'oreille  seule  serait  incapable  d'apprécier-, 
varient  seulement  de  un  à  trois  degrés  du 
métronome.  Voici,  en  effet,  les  durées 
constatées  aux  exécutions  de  Bayreuth  et 
de  Paris  pour  les  trois  fragments  définis 
plus  haut  : 

BAYREUTH  PARIS 

ler  fragment  (mesures  i  à  45)  840  secondes  3o6  sec. 
2^    fragment  (mesures  45  à    80)  240         »  224     » 

3^    fragment  (mesures  80  à  106)  217         »  206     » 

Durées  totales  (mesures  i  à  io5)  797         »  736     » 

La  différence  relative  des  durées  totales 
est  d'environ  8  pour  cent;  celles  des  durées 
partielles  sont  respectivement  lopour  cent, 
7  pour  cent,  5  pour  cent.  L'exécution  de 
Paris  est  donc  très  légèrement  plus  rapide 
que  celle  de  Bayreuth;  mais  l'accroisse- 
ment de  vitesse,  réparti  sur  tous  les  frag- 
ments, est  pour  ainsi  dire  purement  théo- 
rique ;  il  est  saisissable  au  chronomètre, 
mais  non  à  l'oreille. 

Car,  si  l'on  calcule  les  degrés  métro- 
nomiques moyens  correspondant  au  pre» 
mier  fragment,  on  trouve  :  J  =  3i  pour 
Bayreuth  et  J  =  34  pour  Paris.  Si  l'on  fait 
de  même  pour  le  troisième  fragment,  on 
obtient  :  J  =  29  à  Bayreuth,  J  =  3o  pour 
Paris  (l). 

(1)  Le  calcul  donnerait  des  résultats  analogues  pour 
le  deuxième  fragment  ;  mais  il  faudrait  le  faire  en  détail 
et  non  en  bloc,  à  cause  de  la  diversité  des  mesures  4/4,  ■ 
6/4,  etc.,  qui  le  composent. 

On  constate  que  les  allures,  parties  de  j  =  3o  environ, 


LE  GUTDE  MUSTCAl 


&27 


Voilà  donc  un  magnifique  exemple  de 
permanence  acoustique  dans  les  allures;  le 
sentiment  du  directeur  est  resté  fixe  et  il  a 
eu  l'autorité  sufilisante  pour  se  traduire  de 
même,  dans  les  deux  cas,  avec  une  exacti- 
tude presque  mathématique. 

Mais  ce  n'est  pas  tout.  Le  lecteur  a 
remarqué,  sur  deux  des  extraits  notés  ci- 
dessus,  les  indications  : 

I  I  I  =   I  : 
•  •  •  —  •  • 

au  passage  de  la  mesure  à  4/4  à  la  mesure  à 
6/4,  et  inversement  : 

J   I  =    I   I   I 

au  passage  de  la  mesure  à  6/4  à  la  mesure 
à  4/4.  ^ 

Voilà  le  premier  exemple  que  nous  ren- 
controns des  nombreux  problèmes  métrono- 
miques  que  les  partitions  de  Wagner  posent 
à  leurs  interprètes.  Si  les  degrés  du  métro- 
nome ne  sont  pas  indiqués  en  valeur 
absolue,  le  Maître  indique  néanmoins  rigou- 
reusement le  rapport  numérique  qu'il  entend 
faire  observer  entre  les  mouvements  consé- 
cutifs. Nous  avons  déjà  rappelé  quelle 
importance  Wagner  attachait  à  la  fidèle 
observation  des  modifications  de  mouve- 
ment ;  il  y  insiste  à  maintes  reprises  dans 
son  opuscule  Ueber  das  Dirigiren. 

Examinons  donc  si  les  intentions  du 
Maître  sont  exactement  suivies  sur  ce 
point,  c'est-à-dire  si,  lorsque  l'on  passe  de 
la  mesure  à  4/4  à  la  mesure  à  6/4,  trois 
noires  de  la  seconde  équivalent  bien  à  deux 
noires  de  la  première.  Pour  que  cette  équi- 

subissent  des  accélérations  à  peu  près  progressives 
jusqu'à  un  point  culminant,  pour  décroître  ensuite  dans 
la  fin  du  prélude  et  revenir  à  leur  vitesse  primitive. 

Du  reste,  les  nuances  sonores  et  expressives  de  ce 
prélude  se  succèdent  suivant  la  même  ordonnance  ; 
douces  et  veloutées  au  début,  elles  s'accroissent  succes- 
sivement jusqu'à  la  plainte  la  plus  poignante,  puis 
s'éteignent  peu  à  peu  jusqu'au /ia«îsi('»»i;.  Ces  gTadations 
ont  été  parfaitement  saisies  par  M.  Maurice  Kufferath 
(Parsijal  de  Richard  Wagner,  p.  22^),  qui  en  donne  une 
idée  fort  nette  par  la  figure  suivante  : 


On  voit  par  ce  qui  précède  que  les  nuances  d'allures 
sont  pour  ainsi  dire  parallèles  aux  nuances  de  sonorité 
et  d'expression;  la  même  figure  pourrait  servir  à  repré- 
senter graphiquement  les  unes  et  les  autres. 


valence  soit  réalisée,  il  faut  évidemment 
que  si  l'on  rapporte  dans  les  deux  cas  la 
noire  au  métronome,  le  degré  de  la  noire 
du  6/4  soit  les  3/2  de  celle  du  4/4 précédent; 
par  exemple,  lorsque  la  noire  du  4/4  aura 
été  prise  à  40,  celle  du  6/4  devra  être  prise 
à  5o.  En  est-il  bien  ainsi  dans  l'exécution 
dirigée  par  M.  Hermann  Levi?  Voici  la 
réponse  des  chiffres  :  le  mouvement  local 
saisi  dans  le  4/4  un  peu  avant  le  change- 
ment de  mesure  nous  donne  J  du  4/4  =  40; 
puis  le  mouvement  local  saisi  immédiate- 
ment après  le  changement  de  mesure  nous 
donne  J  du  6/4  =  62.  Au  lieu  de  62,  nous 
devrions  avoir  60;  l'indication  est  donc  par- 
faitement réalisée  au  point  de  vue  acous- 
tique. 

Il  en  est  de  même  au  passage  du  6/4  au 
4/4  à  la  78^  mesure.  Le  mouvement  local 
constaté  immédiatement  avant  la  mesure  78 
est  J  du  6/4  =  60;  théoriquement,  nous 
devrions  avoir  J  du  4/4  suivant  =  40;  or, 
notre  mesurage  du  mouvement  local  immé- 
diatement après  la  mesure  78  nous  a  donné 
J  du  4/4  =  3g.  C'est  donc  encore  l'exacti- 
tude acoustique  parfaite. 

En  résumé,  non  seulement  les  mouve- 
ments des  deux  exécutions  comparées  ont 
été  de  la  plus  remarquable  concordance, 
mais  en  outre  les  modifications  d'allure 
voulues  par  Wagner  ont  été  réalisées  avec 
une  rigueur  presque  mathématique. 

Nous  terminerons  la  partie  purement 
symphonique  de  nos  exemples  par  une 
comparaison  quadruple  relative  au  prélude 
de  Tristan  et  Iseiilt.  Elle  mettra  en  regard 
quatre  interprétations,  par  quatre  orches- 
tres et  trois  chefs  d'orchestre  différents. 


Prélude  de  Tristan  et  Iseult. 
Exécutions  :  du  S  août  iSps  à  Bayreuth  et  dui']  sep- 
tembre i8g3  au  Théâtre  royal  de  Munich  (  M.  Motil); 
du  12  mars  iSg3  à  Paris  (M.  Lamoureux);  du  10  dé- 
cembre jSç3  au  Conservatoire  de  Paris  [M.  Taffanel). 

Bien  que  ce  prélude  soit  relativement 
peu  étendu,  il  comporte,  comme  on  sait, 
des  nuances  de  sonorité  et  d'expression 
extrêmement  variées.  Outre  les  indications 
formelles,  rallentando,  ritenuto,  a  tempo, 
relatives    aux   mouvements,    les    nuances 


928 


LE  GTJIDE  MUSICAL 


sonores  et  expressives  doivent,  en  général, 
se  traduire  et  se  traduisent  effectivement 
par  des  altérations  métronomiques  plus  ou 
moins  notables  et  très  nombreuses.  Nos 
comparaisons  ne  suivront  donc  pas  dans 
toutes  leurs  flexions  les  allures  constatées 
et  nous  citerons  seulement  les  chiffres  prin- 
cipaux. 

Pour  ne  pas  trop  embrouiller  les  éléments 
des  quatre  interprétations,  comparons 
d'abord  l'une  à  l'autre  celle  de  Bayreuth  et 
celle  de  Munich,  laissant  momentanément 
de  côté  celles  de  Paris. 

Les  durées  totales  du  prélude  ont  été  : 
700  secondes  à  Bayreuth  et  616  secondes 
à  Munich.  La  différence  ne  dépassant  guère 
un  dixième  est  peu  sensible  ;  elle  corres- 
pond à  la  différence  des  degrés  métrono- 
miques moyens  J  ^  57  à  Bayreuth  et 
^p  =  65  à  Munich.  Nous  insistons  sur  le 
caractère  moyen  de  ces  indications  ;  comme 
nous  l'avons  dit,  les  nuances  métrono- 
miques locales  sont  assez  importantes  et 
les  chiffres  ci-dessus  ne  donnent  qu'une 
idée  d'ensemble. 

La  petite  différence  des  mouvements 
moyens  provient  surtout    de    la    seconde 


moitié  du  prélude.  Si,  par  exemple,  nous 
considérions  isolément  les  64  premières 
mesures,  jusqu'à  l'arrivée  des  quintolets 
de  la  Bravade  : 


nous  trouverions  des  durées  de  400  se- 
condes à  Bayreuth  et  37g  secondes  à  Mu- 
nich, correspondant  à  des  mouvements 
moyens  de  ,1^  =  57  et  J'  =  60.  Dans  cette 
première  partie,  la  différence  d'allure  qui, 
pour  l'ensemble,  était  de  huit  degrés  mé- 
tronomiques, se  trouve  réduite  à  trois 
degrés  c'est-à-dire  qu'elle  est  tout  à  fait 
insensible. 

Prenons  maintenant  l'une  des  deux  exé- 
cutions précédentes,  dirigées  par  M.Mottl, 
et  comparons  quelques-uns  de  ses  mouve- 
ments locaux  avec  ceux  que  nous  avons 
mesurés  aux  exécutions  de  Paris  conduites 
par  MM.  Lamoureux  et  Taffanel.  Voici  un 
tableau  d'ensemble  faisant  connaître  les 
allures  correspondantes  en  divers  endroits 
du  prélude  pour  les  interprétations  de  Mu- 
nich et  de  Pari§  : 


Mouvements 
locaux 


A  l'attaque 

•  •  — 

Vers  la 

Mesui 

e    17 

f^~fl- 

mesure  17 

4 

m^ 

r  T^r 

1'           ^ 

#• 

piùf 

jSr^-p 

Mesures 
24  et  25 


Au  crescendo 

des  mesures  55 

et  suivantes 


Exécutions  de Munich 

Dirigées  par  MM Mottl 


'  jioco  ratl. 


(puis  -f,  più  f   et  ff) 


Après  le  molto  dii 

Les  quelques  chiffres  ci-dessus  ne  suffisent 
pas  sans  doute  pour  rapporter  fidèlement 
les  très  multiples  nuances  d'allures  obser- 


64 


Paris       I    Paris 
Lamoureux  Taffanel 


64 


78 


vées  dans  les  exécutions.  Cependant,  ils  en 
dessinent  la  physionomie  générale.  Abs- 
traction  faite  des   légères    variations   qui 


LE  GUIDE  MUSICAL 


929 


accompagnent  les  accroissements  de  sono- 
rité, comme  par  exemple  à  la  mesure  17, 
ou  les  rallentando  passagers,  comme  aux 
mesures  24  et  25,  le  mouvement  s'accroît 
notablement  du  début  jusque  vers  la  qua- 
tre-vingtième mesure.  C'est  le  caractère 
commun  des  trois  exécutions  comparées; 
l'allure  s'élève  de  5o  à  88,  de  53  à  96,  de 
58  à  85.  Toutes  les  trois  observent  du  reste 
nettement  les  indications  poco  rail,  et  riten. 
des  mesures  24-25. 

Mais  il  y  a  entre  les  deux  premières  et 
la  troisième  une  différence  extrêmement 
importante.  Dans  les  deux  premières,  l'ac- 
célération du  mouvement  est  ménagée 
jusqu'au  grand^des  mesures  81  à  83;  nous 
trouvons  les  séries  d'allures  60-72-88,  53- 
75-96  et  le  point  culminant  correspond, 
pour  toutes  deux,  aux  mesures  81  à  83. 
Pour  la  troisième  exécution,  au  contraire, 
un  mouvement  ^  =  86  qui,  d'après  le 
tableau,  paraît  être  le  maximum,  est  cons- 
taté dès  le  crescendo  qui  suit  la  cinquante- 
cinquième  mesure.  En  réalité  (c'est  là  un 
détail  que  le  tableau  ne  donne  pas),  le  point 
culminant  métronomique  est  atteint,  dans 
l'exécution  dirigée  par  M.  Taffancl,  vers  la 
mesure  72  et  il  correspond  à  ^  valeur 
^  =  93. 11  arrive  donc  environ  dix  mesures 
plus  tôt  que  dans  les  deux  premières  inter- 
prétations et  entraîne  un  ralentissement,  de 
J"  =  g3  à  ^  =  85,  entre  la  mesure  72  et  la 
mesure  82.  De  plus,  la  différence  d'allure 
que  les  deux  premières  exécutions  établis- 
saient entre  le  crescendo  des  mesures  55  et 
suivantes  et  le^des  mesures  81,82  n'existe 
plus  dans  la  troisième;  on  y  trouve  l'égalité 
au  lieu  d'une  accélération  d'environ  vingt 
degrés  métronomiques. 

On  remarquera  également  la  vigueur  de 
la  nuance  d'allure  qui,  dans  les  deux  pre- 
mières exécutions,  succède  au  Molto  dimi- 
iniendo  de  la  mesure  85;  on  tombe  de 
^^  =  88  ou  96  à  ,1*  =  64  ou  6g.  La  nuance 
est  observée,  il  est  vrai,  dans  la  troisième 
interprétation,  puisqu'il  y  a  chute  de  J  =85 
k  ^  =  78,  mais  elle  est  beaucoup  moins 
accusée.  S'il  en  est  ainsi,  cela  tient  proba- 
blement à  ce  que  le  point  culminant  métro- 
nomique se  trouvait,  pour  les  deux  pre- 
mières, aux  mesures  81-82,  tandis  que  pour 


la  troisième  il  était  arrivé  plus  tôt;  l'effet 
de  ralentissement,  commencé  d'avance, 
perdait  un  peu  de  son  énergie. 

En  résumé,  les  versions  métronomiques 
de  MM.  Mottl  et  Lamoureux  nous  parais- 
sent de  nature  à  mieux  ménager  l'effet 
d'ensemble  du  prélude;  elles  sont  pour 
ainsi  dire  plus  enchaînées  et  plus  claires. 
Comme  auditeurs,  nous  avions  trouvé  que 
l'exécution  dirigée  par  M.  Taffanel  n'avait 
pas  tout  à  fait  éveillé  chez  nous  une  impres- 
sion aussi  vivante  et  aussi  large  que  les 
précédentes.  L'analyse  et  les  chiffres  dont 
nous  venons  de  donner  quelques  extraits 
nous  ont  permis  d'en  saisir  et  d'en  préciser 
les  motifs. 

[A  suivre.)  H.  Alvin  et  R.   Prieur. 


CROQUIS  D'ARTISTES 

MADAME  ROSE  CARON 

RÈs  grande  et  admirablement  prise, 
fivec  une  distinction  pleine  de  simpli- 
cité et  de  charme,  une  extrême  pureté 
de  lignes  et,  par  dessus  tout,  un  air  de 
noblesse  calme  et  souveraine,  nulle  jamais  ne 
fut  mieux  faite  que  M"^  R.  Caron  pour  repré- 
senter et  douer  d'une  vraie  vie  ces  personnages 
de  légende  et  de  mythe,  ces  déesses,  ces  héroï- 
nes d'un  monde  étrange  et  poétique,  dont  nous 
sommes  aujourd'hui  si  friands,  et  qui  peuvent 
bien  être  les  seuls  dignes  d'inspirer  vraiment  le 
musicien. 

Nous  vous  donnerons  peu  d;  détails  sur  sa 
biographie  :  les  campagnes  de  Beauce  ont  vu 
s'écouler  son  enfance  au  grand  air  et  au  grand 
soleil.  Elle  y  a  puisé  sans  doute  quelque  chose 
de  cette  sérénité  grave  et  de  cette  vérité  d'ex- 
pression qui  comptent  parmi  ses  qualités  ordi- 
naires; et  aussi  ce  dédain  des  procédés  et  des 
viituosismes,  qu'on  ne  trouve  que  trop  rare- 
ment à  louer  sur  la  scène.  Pour  des  dates, 
bornons-nous  à  dire  que  M.'°<^  Caron  était  au 
Conservatoire  en  1S80  (déjà  mariée),  et  que 
c'est  en  1882  qu'elle  quitta  ces  murs  trop  étroits 
pour  elle,  avec  un  modeste  prix  de  chant,  un 
simple  accessit  d'opéra.  Son  tempérament 
exceptionnel  et  peu  fait  aux  petites  habiletés,  à 
la  convention  des  «  airs  de  concours  »,  avait 
besoin  de  la  scène  pour  se  révéler  tout  à  fait;  il 
lui  fallait  une  figure  complète  à  incarner,  un 
caractère  à  développer,  à  vivre... 


930 


LE  GUIDE  MUSICAL 


C'est  à  Bruxelles  qu'elle  fut  engagée,  après 
des  leçons  plus  sérieuses  de  M™«  Marie  Sasse, 
et  quelques  apparitions  discrètes  dans  les  con- 
certs de  Paris  ou  de  la  province.  On  sait  que 
généralement  ce  n'est  pas  chez  nous  que  se 
révèlent  d'abord  les  artistes,  comme  les  œuvres, 
de  premier  ordre,  quand  ils  ne  sont  pas  pré- 
cédés d'une  série  bien  établie  de  triomphes. 

Elle  chanta  pour  ses  débuts  les  rôles  d'Alice 
dans  Robert  le  Diable,  de  Marguerite  dans 
Faust,  puis  de  Valentine  dans  les  Hugtieiwts. 
Ici,  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de 
reprendre,  après  tant  d'autres,  ce  qu'a  dit 
M.  Rayer  de  cette  «  révélation  »  soudaine  de 
l'extraordinaire  tempérament  dramatique  de 
M""'  Caron  ;  l'impression  est  frappante  d'exacti- 
tude, et  définitive. 

«  Je  partis  pour  Bruxelles,  dit  l'éminent 
auteur  de  Sigîird;  j'arrivai  au  théâtre  :  elle 
était  en  scène  et  chantait  la  chanson  du  Roi  de 
Thulé.  Et  avec  quel  sentiment,  avec  quel  style, 
avec  quel  charmel  Et  qu'elle  me  parut  belle  et 
gracieuse  la  Marguerite  au  rouet  !  La  voix  avait 
pris  en  quelques  mois  une  ampleur  surprenante 
et  le  timbre  en  était  délicieux.  Et  ce  qui  me 
frappa  surtout,  dans  les  passages  dramatiques 
du  rôle,  ce  fut  la  simplicité  des  moyens  avec 
lesquels  la  cantatrice  obtenait  les  plus  grands 
effets.  Son  geste  était  noble  autant  que  son 
chant  était  classique  et  pur.  C'était  une  appari- 
tion, c'était  une  révélation...  » 

Tout  ceci,  on  peut  le  dire  encore,  et  avec 
plus  de  raison  que  jamais,  aujourd'hui  et 
depuis  longtemps  déjà,  que  la  maturité  du 
talent  est  venu  ajouter  à  tant  de  qualités  une 
sûreté,  une  autorité  souveraines.  Ce  rôle  de 
Marguerite,  en  particulier,  qu'elle  a  si  souvent 
chanté  à  Bruxelles,  et  qu'on  a  semblé  hésiter  à 
lui  laisser  à  Paris,  on  sait  quel  relief  M">e  Caron 
lui  donne.  Quelle  grâce  aimable  dans  son 
entrée  au  milieu  de  la  foule  en  fête,  quelle 
chaste  sérénité  dans  les  scènes  du  jardin,  quel 
foudroyant  effet  de  terreur  dans  la  mort  de 
Valentin  ! 

Et  puis  toujours,  la  simplicité  dans  les 
moyens,  la  sobriété  dans  les  gestes  :  ainsi 
Rachel  obtenait  ses  plus  tragiques  effets...  Au 
surplus,  c'est  proprement  ce  qu'on  appelle  le 
style  :  et  peu  d'artistes  en  ont  montré  autant 
que  celles-là. 

Chez  M™<=  Caron,  il  n'y  a  d'ailleurs  jamais  de 
convention,  de  procédé  :  il  n'y  a  qu'une 
recherche,  celle  de  la  vérité,  et  celle-là,  el!e  la 
poursuit  toujours,  à  chaque  représentation 
nouvelle,  constamment  attentive  à  ce  qui  peut 
y  contribuer.  Dans  certains  rôles,  elle  a  atteint 
ainsi  à  une  hauteur,  à  une  perfection,  qui  dé- 
passait tout  ce  qu'on  avait  d'abord  espéré.  Elle 
chante  avec  son  âme,  a-t-on  dit  bien  des  fois, 
et  c'est  ce  qui  rend  sa  voix  si  pénétrante  dans 
sa  moelleuse  douceur  ;  elle  joue  aussi  avec  son 
âme  et  son  intelligence,  et  c'est  ce  qui  donne 


tant  de  relief  à  ses  rôles,  tant  de  personnalité 
à  leur  action. 

Tenez,  sans  aller  chercher  ses  plus  éclatantes 
héroïnes,  prenons  cette  Sieglinde  pour  laquelle 
on  a  été  généralement  si  injuste.  Le  rôle  est 
ingrat,  difficile,  parce  qu'il  n'a  pas  été  très 
poussé  par  Wagner,  malgré  sa  grande  impor- 
tance :  M™^  Caron  a  commencé  par  dérouter 
tout  le  monde.  Nous  ne  savons  ce  qu'on 
attendait,  mais  on  a  trouvé  que  ce  n'était  pas 
cela.  Eh  bien,  en  fait,  nul  parmi  les  vaillants 
interprètes  de  la  Walkyrie  n'en  a  aussi  com- 
plètement donné  l'impression,  la  couleur  Vfag- 
nériennes.  On  s'en  est  bien  aperçu  plus  tard, 
quand  M™|=  Caron  a  été  remplacée  par  telle  ou 
telle  :  on  a  eu  ainsi  la  bonne  banalité  d'opéra, 
mais  non  cette  intense  vérité  d'expression  qui 
donne  la  vie  et  qui  émeut.  —  Des  critiques  l'ont 
trouvée  trop  déesse,  sous  ses  vêtements  de 
peau  :  ils  ignoraient  donc  que  Sieglinde  est 
fille  de  Wotan  :  ce  contraste  avec  la  brute  Hun- 
ding  est  essentiel  ici,  et  M""^  Caron  le  rendait 
avec  une  noblesse  incomparable.  Jamais,  d'aiU 
leurs,  elle  n'a  fait  preuve  de  plus  hautes  quali- 
tés de  diction  que  dans  le  premier  acte,  où  il 
faut  avant  tout  du  grand  style,  un  sentiment 
plus  profond  qu'au  dernier...  Telle,  par  exem- 
ple, au  moment  où  Brunnhilde  l'amène  après 
l'avoir  sauvée,  la  phrase  :  «  N'ayez  nul  souci 
de  mon  sort  »,  qui,  à  elle  seule,  montrait  à 
quel  point  l'artiste  avait  compris  le  rôle  et 
combien  son  art  dominait  tous  les  autres. 

Ces  phrases-là,  ces  révélations  soudaines, 
elle  en  a  dans  toutes  ses  créations.  La  place 
nous  manque  pour  raconter  en  détail  cette  bril- 
lante carrière  ;  et  qu'en  dire,  en  somme,  qui  iie 
soit  bien  connu  ?  De  combien  de  triomphes 
n'est-elle  pas  semée? — A  Bruxelles,  où  elle  est 
si  aimée,  M""=  Caron  a  eu  deux  engagements 
ide  i883  à  i885  et  de  1887  à  1890),  et  a  créé 
Sigurd,  Salammbô,  Jocelyn,  la  gracieuse  et 
coquette  Eva  des  Maîtres  Chanteurs,  la  fière 
Richilde  ;  outre  le  répertoire,  elle  a  chanté 
Norma,  Fidelio  (combien  gracieuse  en  tra- 
vesti, et  qu'on  devrait  donc  nous  la  montrer 
ainsi  à  Paris!),  puis  l'étrange  Salomé,et  pour 
finir,  la  poétique,  la  rêveuse  Eisa  de  Loken- 
grin . 

A  Paris,  c'est  en  i885  que  nous  l'avons 
entendue  d'abord  :  elle  nous  a  apporté  Sigurd, 
dont  lasublime  héroïne  restera  toujours  sa  plus 
essentielle  incarnation.  Quelle  grandeur  dans 
son  réveil,  quel  style,  quelle  émotion  contenue 
aux  derniers  actes!  Incomparable  en  toutes  ses 
créations,  au  point  qu'il  faut  un  effort  de  justice 
pour  reconnaître  les  mérites  de  celles  qui  lui 
succèdent,  où  l'est-elle  davantage  que  dans  la 
fière  et  pure  walkyrie,  poétique  évocation  que 
le  génie  du  compositeur  a  si  splendidement 
parée?  —  Mais  l'est-elle  moins  dans  sa  mys- 
tique et  étrange  sœur  Salammbô,  toute  en- 
fiévrée par  les  jaloux  effluves  de  Tanit,  toute 


LE  GUIDE  MUSICAL 


931 


fascinée  par  l'amour  insensé  de  Mathô?  —  ou 
dans  cette  rêveuse  et  timide  Eisa,  plus  délicate 
en  ses  chastes  visions,  plus  humaine  en  sa 
fatale  curiosité  qui  trahit  Lohengrin  ? 

M'"^  Caron,  à  Paris,  n'est  jamais  beaucoup 
sortie  du  cercle  radieux  de  ces  trois  figures, 
auxquelles  il  faut  joindre  celle  de  Marguerite, 
dont  nous  avons  parlé  plus  haut.  Elle  a  cepen- 
dant imprimé  de  son  originalité  habituelle  plu- 
sieurs autres  rôles  du  répertoire,  pour  lesquels 
son  talent  précieux  était  tout  indiqué  :  Rachel 
de  la  Juive,  où  elle  fut  exquise,  Valentine  des 
Huguenots,  Agathe  du  Freischiltz,  où  il  faut 
tant  de  grâce  et  de  style  à  la  fois  ;  sans  compter, 
par  occasion,  Chimène  du  Cid  et  Catherine 
à' Henry  VIII,  où  elle  se  montra  si  fière  et  si 
touchante.  Dernièrement,  elle  a  animé  de  son 
charme  si  pur  la  figure  gracieuse,  mais  un  peu 
pâle  de  Djelnia. 

Enfin  nous  venons  de  la  voir  dans  Othello, 
et  son  triomphe  a  été  complet.  Quelle  Desdé- 
mone  idéale  n'estelle  pas  en  effet,  fière  et 
enjouée,  passionnée  et  déchirante!  Pleine  de 
grâce  aimable  dans  les  premiers  actes,  on  la 
voit  peu  à  peu  fléchir  sous  le  poids  de  l'incom- 
préhensible fatalité,  et  les  dernières  scènes  la 
montrent  comme  détachée  de  la  terre,  aussi 
touchante  que  belle,  avec  une  exquise  simpli- 
cité d'effets.  C'est  bien  la  digne  héritière  des 
Pasta,  des  Malibran,  des  Viardot,  des  Krauss... 

Mais  elle  a  encore  une  longue  carrière  devant 
elle,  nous  y  comptons  bien,  et  la  liste  de  ses 
créations  superbes  est  loin  d'être  épuisée.  Heu- 
reux le  théâtre  qui  possède  une  artiste  aussi 
accomplie,  aussi  sérieusement  éprise  de  son 
art,  et  qui  en  comprend  si  bien,  jusqu'en  sa  vie 
privée,  toute  la  dignité. 

Mme  Rose  Caron  vit  entre  sa  jeune  sœur  et  sa 
jeune  fille,  entourée  du  respect  et  de  la  sym- 
pathie de  tous  ceux  qui  l'approchent. 


Voici   le  tableau  complet  de  sa  carrière 

lo  BRUXELLES 

1884.  DÉBUT  :  Robert  le  Diabie  {A\ice) 
Hérodiade  (Salomé) 
Faust  (Marguerite) 
Les  Huguenots  'Valentine) 
Sigurd  (Brunehildei  cr. 

i885.  Les  Maittes  Chanteurs  lEva)  cr. 

La  Juive  'Rachel) 
Norma  iNormaj 

20  OPÉRA  DE  PARIS 

i885.  DÉBUT  :  Sigurd  ^Brunehilde) 
La  Juive  (Rachel) 

1886.  Le  Cid  (Chimènel 

Les  Huguenots  (Valentine) 
Henry  VIII  (Catherine; 
Faust  (Marguerite) 
Le  Freischiltz  (Agathe) 


30  BRUXELLES 

1888.  yo«/)/n  (Laurence)  cr. 

i88g.  RichiUe  (Richilde)  cr. 

Fidelio  (Fidelio) 

Lohengrin  (Eisa)  •: 

1890.  Salammbô  (Salammbô)  cr. 

40  OPERA  DE  PARIS 

Sigurd  (Brunehilde) 
Lohengrin  (Eisa) 
Salammbô  (Salammbô) 

1893.  La  Walkyrie  (Sieglinde) 
Djelma  (Djelma)cr. 
Othello  (Desdémone)  cr. 

So  MONTE-CARLO 
i88g,  La  Statue  {Ma.rgy3.ne) 

60  CONCERTS 
1881.     (Paris)   Les  Argonautes 
i883.  La  Damnation  de  Faust 

i885.     (Brux.)  Eve 

Scènes  des  Horaces 

1894.  (Paris)  lor  acte  d'Alceste 

H.  DE  CURZON 


MAX   PAUER 

Max  P;iuer  naquit  à  Londres  le  3i  octobre  1866. 
Il  fit  ses  études  de  piano  en  même  temps  qu'Eu- 
gène d'Albert  sous  la  direction  de  son  père,  le 
pianiste  bien  connu  Ernest  Pauer. 

Dès  l'âge  de  quatorze  ans,  il  paraissait  en  pu- 
blic à  Londres  et  à  Darmstadt,  sans  pour  cela 
interrompre  ses  études  musicales. 

En  i833,  nous  le  retrouvons  à  Carlsruhe,  où  il 
fait,  sous  la  direction  de  Vincent  Lachner,  des 
études  théoriques.  En  même  temps,  il  professe 
le  piano  au  Conservatoire  de  la  capitale  du  Grand- 
Duché. 

L'année  suivante,  il  retourne  à  Londres  et  entre- 
prend une  tournée  dans  les  villes  jouissant  d'une 
réputation  musicale.  En  1886,  il  est  nommé  membre 
du  Royal  Collège  of  Music  de  Londres.  Peu  de 
temps  après,  M.  Max  Pauer  entreprend  une  tour- 
née en  Allemagne  et  en  Hollande,  et  y  fait  ample 
moisson  de  succès.  La  direction  du  Conservatoire 
de  Strasbourg  offre  au  jeune  pianiste  la  place  de 
premier  professeur  de  piano,  mais  il  préfère  celle 
de  professeur  au  Conservatoire  de  Cologne,  que 
lui  offre  le  D''  Wûllner. 

Depuis  lors,  M.  Max  Pauer  a  fait  de  nom- 
breuses tournées  artistiques  en  Angleterre,  en 
Hollande,  en  Belgique,  en  Allemagne,  en  Autri- 
che-Hongrie et  même  en  Russie. 

En  entendant  jouer  cet  artiste,  on  n'a  pas  l'im- 
pression de  se  trouver  en  présence  d'un  simple 


932 


LE  G  VIDE  MUSICAL 


virtuose  du  clavier;  le  musicien  domine  le  vir- 
tuose. Son inlerprctation témoigne  en  même  temps 
d'un  mécanisme  rare,  joint  à  une  intelligence  déli- 
cate et  à  un  excellent  sentiment  musical. 

M.  MaxPauer  s'est  aussi  essayé  dans  la  compo- 
sition. Il  a  publié  : 

Op.  I.  Deuxgavottes  pour  piano,  à  deux  mains; 
op.  2,  Presto  à  la  Tarentelle,  pour  piano  à 
•4  mains  ;  op.  3,  Rapsodie  pour  piano  à  2  mains; 
op.  4,  Valse  pour  piano  à  2  mains;  op.  7,  Minia- 
tures (8  peti'.s  morceaux)  ;  op.  5,  Sept  morceaux 
de  piano  à  4  mains,  en  forme  de  valse;  op.  5, 
Trois  morceaux  caractéristiques  :  Rire  de  fan- 
tômes, Mazurka,  Petite  valse. 

Fr. -Nicolas  Manskopf. 

Chronique  &e  la  Semaine 


PARIS 

OpÉRA-CoMiguE.  —  Reprise  des  Pêcheurs  de  Perles,  de 
MM.  E.  CoRMON  et  Michel  Carré,  musique  de 
BizET.  —  Débuts  de  M.  Jérôme.  —  Concerts-Co- 
lonne :  Cycle  Berlioz. 

Dans  une  lettre  datée  du  11  mars  1867  et 
adressée  au  compositeur  Paul  Lacombe, 
Georges  Bizet  écrivait  :  «  Je  suis  allemand  de 
conviction,  de  cœur  et  d'âme...  mais  je 
m'égare  quelquefois  dans  les  mauvais  lieux 
artistiques...  Et,  je  vous  l'avoue  tout  bas,  j'y 
trouve  un  plaisir  infini.  En  un  mot,  j'aime  la 
musique  italienne  comme  on  aime  une  cour- 
tisane; mais  il  faut  qu'elle  soit  charmante.  » 
On  devine  cette  tendresse  pour  l'école  ita- 
lienne dans  les  Pécheurs  de  Perles;  elle  s'y 
épanouit  largement.  Avec  la  Jolie  Fille  de 
Perth  et  Djaiiiileh,  elle  tend  à  disparaître  in- 
sensiblement. Dans  Y Arlésienne  et  Carmen, 
elle  s'est  éclipsée  totalement;  l'école  des  rou- 
lades, des  flonflons  aura  disparu  !  Aussi  est-il 
permis  de  se  demander  pourquoi  la  direction  de 
l'Opéra-Comique,  au  lieu  de  reprendre  les 
Pêcheurs  de  Perles,  l'œuvre  la  moins  person- 
nelle de  G.  Bizet,  dont  les  exécutions  récentes 
ont  révélé  à  nouveau  les  faiblesses,  ne  nous  a 
pas  donné  la  Jolie  Fille  de  Perth  ou  Djamileh, 
qui  sont  des  étapes  successives  vers  un  but  plus 
élevé  et  qui  sont  beaucoup  moins  connues. 
Lorsque  ces  deux  œuvres  furent  exécutées,  la 
première  le  26  décembre  1867,  la  seconde  le 
22  mai  1872,  le  public  n'était  pas  à  même  d'ap- 
précier les  qualités  qui,  déjà,  laissaient  entre- 
voir et  pressentir  les  beautés  de  V Arlésienne 
et  de  Carmen  ;  aujourd'hui,  les  temps  sont  bien 
changés  et  nous  sommes   convaincu   que    la 


Jolie  Fille  de  Perth   et   Djamileh    seraient 
mieux  appréciées  que  les  Pécheurs  de  Perles. 

Quoi  qu'il  en  soit,  l'interprétation  de  l'ou- 
vrage a  été  bonne.  M.  Jérôme,  un  transfuge 
de  l'Opéra,  qui  était  allé  recueillir  des  lauriers 
sur  les  bords  de  la  Gironde,  a  eu  un  début  très 
heureux.  La  voix  est  bien  timbrée,  d'un  assez 
joli  volume;  en  outre,  le  chanteur  est  doublé 
d'un  musicien,  ce  qui  ne  gâte  rien,  bien  au 
contraire.  M"'=  Calvé  a  été  également  très 
appréciée  dans  le  rôle  de  Leïla. 

Aux  concerts  Colonne,  les  œuvres  exécutées 
étaient  les  mêmes  que  celles  inscrites  aux  pro- 
grammes des  concerts  précédents  ;  nous  en 
avons  déjà  rendu  compte;  il  est  donc  inutile 
d'y  revenir.  A  partir  du  dimanche  25  novem- 
bre, nous  aurons  les  séances  consacrées  au 
Cycle  Berlioz  :  25  novembre  et  2  décembre, 
Roméo  et  Juliette;  g  et  i6  décembre,  le  Re- 
quiem  ;  23  et  3o  décembre,  V Enfance  du 
Christ;  i3  et  20  janvier,  la  Damnation  de 
Faust;  27  janvier  et  3  février,  Lelia  et  le  Te 
Deum.  Nous  ne  pouvons  que  féliciter  haute- 
ment M.  E.  Colonne  de  célébrer  la  21"  année 
d'existence  de  l'Association  artistique  par  une 
grande  et  superbe  manifestation  en  l'honneur 
de  Berlioz,  le  maître  français  dont  le  vaillant 
chef  d'orchestre  a  été  l'un  des  premiers  à  révé- 
ler les  œuvres  au  public  français. 

Hugues  Imbert. 

w 
CONCERTS  D'HARCOURT 

Félicitons  M.  d'Harcourt  d'avoir  fait  enten- 
dre de  nouveau  les  fragments  de  Taniihcriiser. 
Grâce  au  surcroît  de  répétitions,  sans  doute, 
l'exécution  a  été,  cette  fois,  sensiblement 
meilleure.  La  bacchanale  du  Venusberg  a  été 
assez  bien  enlevée  par  l'orchestre,  et  le  septuor 
vocal  s'est  fait  justement  applaudir.  Nous  avons 
déjà  fait  l'éloge  de  M™!^  Fierens  et  de  M.  Au- 
guez  ;  mais  pourquoi  ce  dernier  observe-t-il  si 
mal  les  croches  et  les  doubles  croches  de  la 
partition  ?  La  mesure  n'en  souffre  pas,  soit, 
mais  la  ligne  s'empâte  et  perd  la  vivacité  de 
de  ses  contours.  Ce  défaut,  malheureusement 
commun  à  la  plupart  des  chanteurs,  n'est  point 
imputable  à  M"^  Blanc,  dont  il  faut  décidément 
louer  le  style  juste  et  précis  ;  un  tel  chant  serait 
excellent  s'il  n'était  un  peu  froid. 

La  troupe  chorale  d'hommes  a  fort  bien 
rendu  le  magnifique  chceur  des  Pèlerins,  dans 
sa  sonore  plénitude.  Pour  ce  qui  est  du  chef 
d'orchestre,  nous  sommes  heureux  de  lui 
adresser,  cette  fois-ci,  plus  de  compliments 
que  de  reproches.  Qu'il  nous  permette  cepen- 
dant de  lui  demander  à  (ju'elle  tradition  il 
croit  obéir  en  précipitant  à  tel  point  les  sonne- 
ries de  trompettes  et  les  triolets  qui  se  trouvent 
dans  la  marche?  Cette  fantaisie  est  tout  à  fait 
bizarre  et  incompréhensible.  Reyval. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


933 


A  rOpéra-Comique,  mercredi,  Phryné  de 
Saint-Saëns,  pour  le  début  tant  de  fois  an- 
noncé de  M^<'  Lyse  Gelda,  de  son  vrai  nom  la 
baronne  de  Gimel. 

C'est  la  -troisième  artiste  que  nous  voyons 
dans  ce  rôle.  M'i'^  Sanderson,  la  créatrice,  y 
remporta  un  joli  succès  de  femme  et  de  chan- 
teuse; M"'=  Jane  Harding,  qui  lui  succéda,  y 
gagna  quelques  applaudissemsnts  —  et  un 
lapin,  entre  autres  comestibles  ! 

Après  cette  algarade,  l'accueil  fait  à  M™»  Gelda 
a  pu  paraître  d'une  courtoisie  un  peu  sèche  et 
d'une  correction  froide. 

M'°'=  Gelda  est  une  blonde,  très  mince,  qui 
porte  gracieusement  le  déshabillé  de  Phryné. 
Mais  sa  voix  n'est  pas  posée  ;  et  elle  en  a  peu, 
•très  peu,  trop  peu.  Son  inexpérience  de  l'art 
du  chant  et  de  l'art  de  la  scène  a  désarmé 
toutes  les  critiques. 

En  somme,  un  début  que  M.  Carvalho  au- 
rait aussi  bien  fait  d'épargner  à  la  jeune  artiste 
—  et  au  public.  -Z. 

<$• 

L'Association  des  artistes  musiciens  a  célé- 
bré le  jeudi  22  novembre,  à  l'église  Saint- 
Eustache,  la  fête  de  Sainte-Cécile  en  faisant 
exécuter  la  Messe  solennelle  de  Sainte-Cécile 
avec  soli,  chœur,  orchestre  et  orgue,  de  Chailes 
Gounod,  sous  la  direction  de  M.  P.  Taffanel. 
Les  soli  avaient  été  confiés  à  MM.  Auguez  et 
Vergnet.  A  l'offertoire,  les  violons  ont  exécu- 
té V Hymne  à  Sainte-Cécile  du  même  maître. 
A  l'issue  de  la  messe,  on  a  entendu  la  Marche 
religieuse  de  Gounod.  C'était  un  hommage 
Tendu  à  la  mémoire  du  maître  français.  Le 
grand  orgue  était  tenu  par  M.  A.  Dallier  et 
l'orgue  d'accompagnement  par  M.  Gauchin. 


Le  quatuor  belge  engagé  par  M.  d'Harcourt 
€n  vue  des  séances  de  musique  de  chambre 
qu'il  se  propose  de  donner  tous  les  quinze 
jours,  a  fait  jeudi  ses  débuts.  Ce  quatuor,  ainsi 
que  nous  l'avons  annoncé,  se  compose  de 
MM.  Crickboom  et  Gillet,  un  violoniste  et  un 
violoncelliste  de  grand  talent,  qui  firent  partie 
du  fameux  quatuor  Ysaye,  et  de  MM.  Angenot 
et  Miry,  tous  deux  premiers  prix  du  Conserva- 
toire de  Bruxelles.  Ces  jeunes  artistes  ont 
exécuté,  avec  une  correction  parfaite  et  un 
rare  sentiment,  deux  quatuors  de  Beethoven  et 
de  Schumann.  Dans  ces  deux  œuvres  de  fac- 
ture et  d'esprit  si  différents,  ils  ont  pu  faire 
apprécier  leur  jeu  fondu  et  probe,  leur  noble 
'  souci  de  respecter  les  rythmes,  les  nuances  et 
le  style  des  maîtres.  Leur  succès  a  été  complet 
et  nul  doute  que  les  fervents  de  belle  et  bonne 
musique  ne  se  rendent  désormais  deux  fois  par 
mois,  le  jeudi  soir,  chez  M.  d'Harcourt,  afin  de 
les  applaudir. 


Au  cours  de  la  soirée  de  jeudi,  on  a  entendu 
également  M.  Deschamps  et  Mme  Lovano, 
une  cantatrice  dont  nous  avons  eu  souvent 
l'occasion  de  dire  grand  bien. 


Pour  une  fois,  la  direction  de  l'Opéra  de 
Paris  s'est  montrée  bien  inspirée  en  inscrivant 
au  programme  d'une  même  soirée  Samsoii  et 
Dalila  et  Gwcndoline.  Les  rares  esprits  qui 
goûtent  l'art  sérieux  ont  dii  se  réjouir  d'avance 
de  cette  aubaine...  et  passer  au  bureau  de 
location.  Mais,  hélas!  la  promesse  était  trop 
belle  pour  être  tenue!  Le  16  novembre,  au 
matin,  les  affiches,  brusquement  métamorpho- 
sées, annonçaient  Faust!  Les  places  ont  été 
remboursées  sans  difficultés  aux  mécontents  ; 
mais  ajoutons  que,  depuis,  la  direction  de 
l'Opéra  s'est  bien  gardée  de  reprendre  ce  beau 
programme,  ayant  sans  doute  le  défaut  d'être 
un  peu  long  pour  les  fantoches  mondains 
qui  font  la  causette  en  grignotant  des  bonbons 
dans  leurs  loges. 

Avant  de  s'embarquer  pour  l'Egypte  où  il 
doit  passer  l'hiver  et  terminer  Bninnhilde. 
M.  Saint-Saëns  s'est  arrêté  quelques  jours  à 
Toulouse,  pour  surveiller  les  répétitions  de  son 
opéra  Proserpine,  qui  doit  passer  prochaine- 
ment au  théâtre  du  Capitole. 


Nous  recevons  d'un  de  nos  abonnés  la  lettre 
suivante  : 

L'Académie  des  Beaux- Arts  de  Paris  vient  de 
mettre  au  concours,  pour  le  prix  Kastner-Bour- 
sault,  le  sujet  de  Vinfltisitce  rêciproqHe  des  écoks fran- 
çaise et  étrangères  dans  les  diverses  branches  de  la  mu- 
sique dejyuis  LtiUi  jusqu'à  720s  jours.  Ne  pensez -vous 
pas  qu'il  serait  bon  de  protester  dans  le  Giude 
Musical  contre  le  caractère  banal  et  trop  général 
de  ce  sujet?  Au  moment  où  l'esthétique  et  l'his- 
toire de  la  musique  suscitent  des  travaux  origi- 
naux et  fouillés  qui  s'imposent  même  à  l'attention 
du  grand  public,  il  est  triste  de  voir  l'Institut 
réserver  un  prix  musical  important  à  un  exercice 
littéraire  basé  sur  des  matériaux  d'érudition  de 
seconde  main;  car  on  ne  peut  prévoir  un  autre 
caractère  à  l'ouvrage  qui  sera  couronné,  et  qui, 
du  reste,  se  trouvera  naturellement  placé  à  côté 
de  productions  similaires  déjà  honorées  des  mêmes 
encouragements,  mais  sévèrement  appréciées  par 
les  musicographes  français  et  étrangers. 

Nous  partageons  entièrement  l'avis  de  notre 
correspondant. 


934 


LE  GUIDE  MUSICAL 


-  BRUXELLES 

THÉÂTRE  ROYAL  DE  LA  MONNNAIE 
Le  Portrait  de  Manon,  opéra-comique  en  un  acte,  de 
M.   Georges  Boyer,  musique  de    M.   Jules   Masse- 
net  (i). 

M.  Jules  Massenet,  dont  la  facilité  de  travail 
est  proverbiale,  n'a  pas  dû  consacrer  grand 
temps  à  écrire  la  partition  de  la  piécette  que  Je 
théâtre  de  la  Monnaie  a  représentée  cette  se- 
maine. On  sait  qu'il  lui  arrive  de  composer  ses 
œuvres  les  plus  sérieuses  au  milieu  de  ses  invi- 
tés, et  tout  en  prenant  part  à  la  conversation  ; 
nous  ne  serions  pas  surpris  que  le  Portrait  de 
Manon  eût  été  écrit  au  cours  des  repas  de  ce 
musicien  consommé,  si  préoccupé  de  produire, 
et  qui  produit  tant;  cette  circonstance  —  atté- 
nuante —  expliquerait  d'ailleurs  comment 
l'inspiration  y  est  si  courte,  d'un  souffle  aussi 
fréquemment  interrompu,  les  «  idées  m  si  me- 
nues, si  hachées  et...  si  rares.  Car  elle  est  d'une 
indigence  peu  ordinaire,  cette  partitionnette, 
si  l'on  en  retranche  les  emprunts  faits  à  Manon, 
emprunts  naturellement  intentionnels  et  pré-^ 
sentes  d'ailleurs  avec  une  adresse  et  une  légè- 
reté de  touche  vraiment  heureuses.  Ces  rappels 
des  principaux  motifs  d'une  œuvre  aimée  et 
considérée  aujourd'hui  avec  raison  comme  la 
plus  réussie  des  productions  du  maître,  ont 
servi  à  composer  le  meilleur  morceau  de  la 
partition,  l'air  où  Des  Grieux,  contemplant  les 
traits  de  l'héroïne,  se  remémore  les  principaux 
épisodes  de  sa  vie  amoureuse;  il  est  piquant  et 
habilement  présenté.  Dans  le  reste  de  la 
partition,  on  cherche  en  vain  une  page  qui 
charme  ou  qui  intéresse  :  mélodiquement, 
M.  Massenet  ne  fut  jamais  aussi  mal  ou  aussi 
peu  inspiré. 

Mais  n'est-ce  pas  faire  injure  au  compositeur 
français  que  d'examiner  de  près  la  valeur  d'une 
œuvre  dont  il  n'a  entendu  faire,  sans  doute, 
qu'un  spectacle  d'été  pour  casinos  de  villes 
d'eaux?  Si  tel  a  été  son  but,  on  peut  considérer 
sa  partition  comme  réussie,  car,  avec  ses  qua- 
lités de  grâce  et  de  fi  aîcheur,  elle  est  d'une 
audition  assurément  reposante,  et  ne  doit  rien 
perdre  à  être  écoutée  d'une  oreille  peu  atten- 
tive. 

Encore  pour  plaire,  l'œuvre  devrait-elle  rece- 
voir une  exécution  meilleure  que  celle  qu'en  a 
donnée  la  Monnaie.  Nous  faisons  exception 
pour  M.  Gilibert,  qui  a  chanté  avec  goût  et 
dune  fort  johe  voix,  bien  que  sur  un  ton  un 
peu  larmoyant,  toutes  les  pages  où  Des  Grieux 
évoque  le  souvenir  de  sa  regrettée  Manon; 
nous  rendons  hommage  aussi  au  jeu  intellil 
gent  de  MUe  de  Roskilde,  très  gracieuse  dans 
le  jole  du  vicomte  Jean.    Mais   M"=  Lejeune 

(i)  Représenté  pour  la  première  fois  à  l'Opéra-Comi- 
que  de  Pans,  en  mai  1S94  ^voir  le  Guide  mmiccl  des 
27  mai-3  juin  1S94,  P-  479-480 


pouvait-elle,  malgré  sa  jeunesse,  qui  existe 
ailleurs  qu'en  son  nom,  réussir  dans  le  rôle 
d'Aurore  ;  et  comment  ne  s'est-on  pas  aperçu 
aux  répétitions  que,  surtout  à  côté  du  mignon 
amoureux  que  fait  M"«=  de  Roskilde,  elle  ne 
pouvait  donner,  physiquement,  l'illusion  du 
personnage  ?  M"e  Lejeune  a  dépensé,  pour 
donner  cette  illusion,  de  visibles  efforts,  qui 
ont  constamment  dépassé  le  but,  et,  mal  dis- 
posée sans  doute,  elle  n'a  pas  mieux  chanté  son 
rôle  qu'elle  n'en  a  fourni  la  réalisation  scé- 
nique.  Vrai,  il  y  avait  là  de  quoi  compromettre 
le  succès  d'une  œuvre  qui  eût  même  offert- 
quelque  intérêt  musical.  On  ne  saurait,  d'ail- 
leurs, rendre  M"e  Lejeune  responsable  de  cette 
erreur  de  distribution,  mais  comment  M.  Mas- 
senet s'y  est-il  prêté?  M.  Depère,  le  nouveau 
trial,  débutait,  en  quelque  sorte,  dans  le  rôle 
de  Tiberge  :  un  début  qui  n'a  été  favorable  ni 
au  chanteur,  ni  au  comédien  ! 

Le  rideau  s'est  baissé  au  milieu  de  chuts 
nombreux,  accompagnés  de  rares  et  timides 
applaudissements. 

Espérons  que  la  Navarraise,  annoncée 
pour  le  26,  constituera  pour  M.  Massenet,  qui 
a  dû  être  à  tous  égards  peu  satisfait  de  la  soirée 
de  jeudi,  à  la  fois  une  revanche  et...  une  répa- 
ration. 

—  Les  Huguenots  ont  été  repris  cette  se- 
maine— seulement!  Meyerbeer serait-il  délaissé 
au  profit  de...  Gounod? 

Distribution  peu  nouvelle.  M™^  Tanesy, 
MM.  Cossira,  Dinard  et  Sentein  sont  connus 
dans  les  rôles  de  Valentine,  de  Raoul,  de  Mar- 
cel et  de  Saint-Bris.  M"eSimonnet,  quiabordait 
pour  la  première  fois  celui  de  la  reine  de  Na- 
varre, l'a  détaillé  avec  un  zèle,  une  conviction 
qui  lui  ont  fait  mettre  du  sentiment,  de  l'ex- 
pression jusque  dans  les  vocalises,  rendues 
par  suite,  souvent,  dans  un  mouvement  fort 
ralenti  ;  malgré  toute  la  virtuosité  de  l'artiste, 
cette  exécution  trop  soignée,  appuyée,  -méticu- 
leuse, a  paru  allonger  encore  un  acte  —  le 
deuxième  —  qui  pour  beaucoup,  sinon  pour 
tous,  fait  longueur  dans  le  chef-d'œuvre  de 
Meyerbeer.  Les  deux  autres  nouveaux  inter- 
prètes, M.  Beyle  (Nevers)  et  M'i<=  Girard 
(Urbain),  ont  eu  des  intonations  bien  fantai- 
sistes, et  les  chœurs  ont  maintes  fois  imité 
leur  très  mauvais  exemple.  J.   Br. 

Dimanche  après-midi  ,  au  Conservatoire, 
deuxième  audition  d'élèves  lauréats  des  con- 
cours de  1894.  Ils  sont  si  nombreux  qu'une 
seule  audition  ne  suffit  plus.  Ne  nous  plaignons 
pas  de  cette  abondance.  Elle  est  le  meilleur  - 
indice  de  l'activité  et  de  l'émulation  qui  régnent 
dans  cette  pépinière  des  virtuoses  du  clavier,  de 
l'archet  et  du  gosier. 

Les  triomphateurs   ont  été,  cette  fois,  deux 
instrumentistes  :  M.  Jean  Ten  Hâve,  un  bril- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


935 


lant  violoniste,  élève  de  M.  Ysaye,  et  M.  Cluy- 
tens,  un  tout  jeune  pianiste,  issu  de  l'école  de 
M.  De  Greef.  Tous  deux  ont  été  chaleureuse- 
ment et  très  légitimement  applaudis. 

M.  Ten  Hâve  a  joué  avec  une  remarquable 
sûreté  d'archet  et  de  doigté  le  concerto  pour 
violon  de  Lalo,  œuvre  intéressante,  de  style  un 
peu  composite,  mais  pleine  de  jolies  idées  et  de 
combinaisons  ingénieuses,  amenant  entre  l'or- 
chestre et  l'instrument  solo  des  dialogues  vrai- 
ment gracieux.  M.  Ten  Hâve  a  interprété  cette 
œuvre  avec  l'autorité  d'un  artiste  déjà  maître 
de  son  art.  Il  a  du  lythme,  de  la  verve,  un  en- 
train servis  à  souhait  par  un  archet  d'une 
remarquable  souplesse  et  une  intelligence 
musicale  exceptionnelle.  Le  début  de  ce  jeune 
altiste  est  plein  de  promesses. 

M.  Cluytens,  a  joué  avec  un  mécanisme 
partait  et  d'intelligentes  nuances  de  rythme 
et  d'expression  une  Fantaisie  espagnole  rare- 
ment  exécutée,  mais  bien    amusante  de  Liszt. 

Le  chœur  de  femmes  et  l'orchestre  ont  redit 
avec  un  succès  plus  vif  encore  qu'à  la  première 
audition,  la  Pâle  Etoile  de  M.  Franz  Servais. 
L'auteur  dirigeait  en  personne,  et  il  a  été,  de  la 
part  du  public,  à  son  arrivée,  l'objet  d'un 
accueil  particulièrement  S3'mpathique. 

Notons  encore  un  motet  ancien  et  des  Noëlsà 
quatre  voix  harmonisés  par  M.  Gevaert  et  chan- 
tés irréprochablement  par  la  classe  préparatoire 
de  chant  choral  sous  la  direction  de  M.  Jouret  ; 
le  duo  de  Freyscliiltz  chanté  par  M""  Bolle  et 
Duchâtelet;  enfin, la  s)'mphonie  n"  i3de  Haydn, 
exécutée  intelligemment  sous  la  direction  de 
M.  Van  Dam,  par  la  classe  préparatoiie  d'or- 
chestre. 

En  somme,  cette  deuxième  audition  de  lau- 
réats a  constitué  un  concert  varié,  d'un  intérêt 
soutenu,  et  certes  aussi  agréable  que  mainte 
audition  d'artistes  cotés  et  célèbres.      M.  K. 

L'inauguration  des  nouvelles  orgues  de 
l'église  Notre-Dame  du  Sablon  a  eu  lieu  lundi, 
devant  un  auditoire  nombreux  et  choisi. 

La  cérémonie  s'est  ouverte  par  un  morceau 
de  circonstance  :  Ecce  Sacerdos,  de  la  compo- 
sition de  M.  le  curé  J.  Gras,  exécuté  par  la 
maîtrise  de  l'église,  sous  la  direction  de  M.  Co- 
manne  ;  après  quoi  a  eu  lieu  la  bénédiction 
solennelle  de  l'orgue,  par  S.  E.  le  cardinal  Goos- 
sens,  archevêque  de  Malines. 

M.  Charles  Danneels,  professeur  d'orgue  au 
Conservatoire  de  Liège,  était  chargé  du  récital 
réglementaire.  Il  a  exécuté  avec  une  correction 
très  admirée,  la  grande  fugue  en  50/ de  J. -S. 
Bach;  deux  pièces  anciennes  d'une  belle 
pureté  de  formes,  l'Elcvatio}!,  de  Frescobaldi 
(i5S']-ib5^)et\e Prélude, àe  Clarambault  (1676- 
1749)  et  diverses  pièces  modernes  souvent  inté- 
ressantes ipfls/orfl/t',  deGuilmant;  Invocation, 
de  Mailly  ;  Cantilène,àe  Th. Dubois;  Sclierzo, 
Adagio,  Toccata,  de  Widor. 


M.  J.  De  Decker,  organiste  titulaire,  a  exé- 
cuté avec  brio  la  Toccata  de  Dubois  et  la 
Bénédiction,  nuptiale  de  Renaud  de  Vilbac, 
deux  œuvres  qui  tout  en  n'étant  pas  de  forme 
élevée  ont  très  bien  fait  valoir  les  qualités  du 
nouvel  instrument. 

Pendant  l'absence  de  M.  Eugène  Ysaye, 
c'est  M.  Jean  Ten  Hâve  qui  est  chargé  de  don- 
ner le  cours  de  violon  au  Conservatoire  royal. 

Par  suite  du  deuil  qui  vient  de  frapper 
M.  Fontaine,  en  la  personne  de  son  père,  la 
représentation  du  Vaisseau-Fantôme  qui  de- 
vait avoir  lieu  vendredi  dernier,  au  Théâtre 
Flamand,  est  remise  à  huitaine. 

La  Société  des  Nouveaux  Concerts  vient  de 
lancer  les  circulaires  qui  annoncent  sa  consti- 
tution et  le  programme  des  auditions  qu'elle 
organise  pour  la  saison.  Ainsi  que  nous  l'avons 
déjà  dit,  la  première  aura  lieu  le  3o  dé- 
cembre à  deux  heures,  sous  la  direction  de 
M.  Franz  Servais,  et  avec  le  concours  de 
Mme  Marie  Brema. 

Puis  viendront  :  le  27  janvier  iSgS,  l'audi- 
tion des  Chanteurs  de  Saint-Gervais,  dirigés 
par  M.  Charles  Bordes,  avec  le  concours  de 
M"^  Blanc,  des  Concerts  d'Harcourt  ,  et  un 
intermède  de  clavecin  de  M.  L.  Diémer  ;  le 
3i  mars,  l'orchestre  d'Amsterdam,  conduit  par 
M.  Wilhelm  Kes;  le  21  avril,  un  concert  Ri- 
chard Strauss;  le  5  mai,  un  concert  Mottl. 

En  outre,  on  annonce  un  concert  Siegfried 
Wagner,  provisoirement  fixé  au  10  février;  et 
pour  finir,  un  concert  H  ans  Richter,  probable- 
ment le  12  mai. 

Tous  ces  concerts  auront  lieu  à  l'Alhambra. 

Le  premier  Concert  populaire,  sous  la  direc- 
tion de  M.  Joseph  Dupont,  est  fixé  au  9  dé- 
cembre prochain.  Le  programme  est  ainsi 
arrêté  :  Ouverture  du  Songe  d'une  nuit  d'été 
de  Mendelssohn;  Symphonie  sur  un  air  mon- 
tagnard français  (piano  et  orchestre)  de  M.  Vin- 
cent d'Indy,  joué  par  M.  I.  Philipp ;  Conte 
féerique  de  Rimsky-Korsakoff  (première  exécu- 
tion à  Bruxelles)  ;  Fantaisie  pour  .piano  et 
orchestre  de  Charles  Bernard  (exécutant, 
M.  PhilippJ;  Introduction  du  deuxième  acte 
de  Gwendoline  d'E.  Chabrier;  enfin  l'ouver- 
ture de  Tannhœuser. 

Les  séances  de  musique  classique  pour 
instruments  à  vent  et  piano  vont  reprendre  au 
Conservatoire.  La  première  de  ces  séances, 
données  annuellement  par  MM.  Anthoni, 
Guidé,  Poncelet,  Merck,  Neumans  et  De 
Greef,  aura  lieu  cette  année  le  dimanche  2  dé- 
cembre  à  deux  heures  précises,  dans  la  grande 


936 


LE  GUIDE  MUSICAL 


salle  du   Conservatoire,   avec  le  concours    de 
Mme  Lagneau-Nachtsheim,  cantatrice. 

•Uf» 

Le  Cercle  artistique  et  littéraire  annonce, 
pour  le  27  iiovembre,  une  conférence  de 
M.  Théodore  de  Wyzewa,  suivie  d'une  audition 
musicale.  Dans  le  courant  de  décembre,  un 
concert  de  M.  Eugène  d'Albert. 

M"e  J.  Decré.que  l'on  a  souvent  applaudie 
dans  les  concerts  de  Bruxelles,  est  engagée  au 
Théâtre- Royal  d'Anvers.  Elle  débutera,  jeudi 
29  courant  dans  le  rôle  de  Fidès  du  Prophète. 
Les  dilettanti  anversois  l'entendront  d'abord  à 
l'Harmonie,  où  elle  chantera  aujourd'hui  25  no- 
vembre. 

M.  E.  Uuray,  l'artiste  dramatique  bien 
connu,  lauréat  des  Conservatoires  de  Bruxelles 
et  de  Paris  et  élève  de  Got,  ouvre  à  Bruxelles 
un  cours  de  déclamation,  de  diction  et  de  lec- 
ture à  haute  voix,  ainsi  qu'un  cours  spécial  de 
mise  en  scène  pour  l'opéra,  l'opéra-comique, 
l'opérette  et  la  comédie.  Ces  cours  nous  sem- 
blent appelés  à  combler  une  lacune  à  Bruxelles, 
et  par  là  même  à  obtenir  du  succès.  Ajoutons 
que  M.  Duray  a  été  chargé  de  l'organisation 
des  soirées  dramatiques  de  la  Grande-Har- 
monie. 


CORRESPOND  A  NCES 

AMSTERDAM.  —  Au  dernier  concert  de 
l'Association  des  artistes  musiciens,  dirigé 
par  M.  Viotta,  on  a  exécuté  la  Symfhonie  de  César 
Franck,  les  ouvertures  cTEgmont  de  Beethoven  et 
d'Obéron  do  Weber,  le  prologue  sj-mphonique  des 
Maîtres  Chanteurs  de  Wagner,  et  les  Préludes  de 
Liszt.  La  Symphonie  de  César  Franck,  exécutée 
ici  pour  la  première  fois,  trahit  la  main  du  maître; 
elle  accuse  un  travail  polyphonique  de  premier 
ordre,  mais  elle  n'est  point  parvenue  à  réchauffer 
l'auditoire.  Bien  qu'elle  ait  été  fort  honorablement 
exécutée,  elle  n'a  obtenu  qu'un  succès  d'estime. 
En  revanche,  l'ouverture  à'Obéron  et  le  prologue 
des  Maitres  Chanteurs  ont  été  chaudement  accueil- 
lis. L'exécution  était  fort  bonne,  tout  en  man- 
quant un  peu  d'homogénéité. 

M.  Kes  se  propose  de  donner,  cet  hiver,  une 
série  de  concertshistoriques,  présentant  un  aperçu 
du  développement  de  la  musique  instrumentale 
depuis  le  commencement  du  xvn"  siècle  jusqu'à 
nos  jours.  Il  fera  même  entendre  les  instruments 
anciens,  clavecin,  viola  di  gamba,  viola  d'amore 
et  d'autres.  Le  programme  de  ce  cj-cle  de  huit 
concerts  comprend  des  ouvrages  de  Montevende, 
Carelli,  Schenk,  Scarlatti,  Haendel,  Bach,  Gluck, 
Phil.- Emmanuel  Bach,  Haydn,  Chérubini,  Mozart, 
Beethoven,  Eberl,  Spohr,  Schubert,  Weber, 
Schumann,  Mendelssohn,  Brahms,  Wagner,  Ber- 


lioz, Liszt,  et  se  terminera  par  l'ode  sympho- 
niquela  Mer  de  Nicodé,pour  chœurs  et  orchestre. 
La  première  séance  sera  donnée  le  9  décembre 
et  la  dernière  le  3r  mars  iSgS. 

Au  dernier  concert  philharmonique,  s'est  fait 
entendre  votre  éminent  compatriote,  le  pianiste 
Arthur  De  Greef,  qui  a  joué  le  second  Concerto  de 
Saint-Saëns  et  la  Fantaisie  hongroise  de  Liszt  dans 
la  plus  complète  perfection.  Le  jeune  artiste,  déjà 
célèbre,  a  été  acclamé  par  une  salle  bondée  et 
rappelé  trois  fois  après  la  Fantaisie  de  Liszt,  admi- 
rablement accompagnée  par  l'orchestre  ;  il  a 
encore  joué  une  Marche  de  Grieg.  C'était,  je  crois, 
la  première  apparition  deM.DeGreef  en  Hollande. 

M.  De  Greef  ne  se  contente  pas  d'être  un  des 
meilleurs  pianistes  contemporains  :  il  tient  aussi  à 
se  faire  connaître  comme  compositeur;  le  mois 
prochain,  M.  Stutschenruyter  exécutera  à  Utrecht, 
àl'un  de  ses  concerts  symphoniques,uneSî(îYisdelui, 

M.  Henri  Viotta  annonce  une  série  de  confé- 
rences musicales,  accompagnées  de  musique,  qui 
aura  certes  sa  part  d'intérêt.  Le  Wagner  Verein 
annonce  la  reprise  de  la  T'F«?A_)'n'«,  au  Théâtre-Com- 
munal. 

Les  deux  Opéras-Néerlandais  continuent  à  lutter 
contre  l'indifférence  générale. 

Dans  les  villes  de  province,  grands  succès, 
salles  pleines;  mais,  à  Amsterdam,  Rotterdam  et 
surtout  à  La  Haye,  cela  ne  va  guère. 

En  revanche,  le  Théâtre- Royal  français  fait  de 
bonnes  affaires  à  La  Haye.  La  plupart  des 
artistes,  M°>"  Barety,  Paulin,  MM.  Renault, 
Samaty,  Chais  ont  été  bien  accueillis. 

Au  premier  jour,  on  annonce  les  reprises  de 
Pagïiacci  de  Leoncavallo  et  de  Samson  et  Dalila 
de  Saint-Saëns;  la  direction  nous  promet  aussi  la 
Navarraise  et  Werther  de  Massenet,  Georgetie  de 
Gevaert  et  Hulda  de  César  Franck. 

La  Société  chorale  Caecilia,  à  La  Haye,  une  des 
meilleures  des  Pays-Bas,  dirigée  par  M.  Richard 
Hol,  a  donné  un  grand  concert  jubilaire  avec 
orchestre  et  chœurs.  Au  programme,  la  Neuvième 
de  Beethoven,  le  Liehesmahl  des  Aposfel  de  Richard 
Wagner  et  Frùhlingshoischaft  de  Niels  Gade.  En 
général,  l'exécution  n'a  pas  été  à  la  hauteur  de  ce 
que  l'on  avait  le  droit  d'attendre  d'une  société 
chorale  aussi  importante  et  de  son  excellent  direc- 
teur. Parmi  les  solistes,  Messchaert  seul  mérite 
des  éloges.  Ed.  de  H. 

AN'VERS.  —  La  Société  des  Concerts  po- 
pulaires vient  d'inaugurer  sa  saison  par  un 
concert  Beethoven.  La  séance  de  dimanche,  qui  a 
débuté  par  l'ouverture  Zur  Weihe  des  Hanses  et  qui 
s'est  terminée  avec  la  Huitième  Symphonie,  après 
avoir  passé  par  le  merveilleux  concerto  en  mi 
bémol,  a  produit  l'eÉfet  d'un  immense  crescendo. 

yime  Falk-Mehlig  interprète  les  œuvres  clas- 
siques avec  sobriété,  trouvant  dans  la  délicatesse 
du  toucher  des  eSets  délicieux.  Le  piano  Blilthner 
que  touchait  l'artiste  avait  des  sonorités  exquises. 
L'orchestre  a  bien  rendu  la  partie  symphonique 


LE  GUIDE  MUSICAL 


087 


de  ce  chef-d'œuvre.  M""  J.  Flament  nous  a  fait 
entendre  deux  Lieder  assez  peu  connus,  notamment 
Abendlied,  dont  la  note  religieuse  convenait  tort 
bien   à  la  voix  moelleuse  de  la  jeune  cantatrice. 

La  symphonie,  sous  la  direction  de  M  C.  Lee- 
naerts,  a  fort  bien  marché.  Certains  mouvements, 
par  trop  précipités,  en  ont  par  moment  trahi  le 
véritable  caractère  ;  ceci  pour  le  premier  allegro 
surtout. 

M.  J.  Mariën  a  donné,  lundi,  sa  première  séance 
de  musique  de  chambre,  avec  le  concours  de 
M.  A.  De  Greef.  Au  programme,  le  Quatuor  de 
Schubert,  que  l'on  avait  déjà  entendu  à  ces 
séances.  MM.  De  Greef  et  Marïen  ont  joué  ensuite 
la  sonate  pour  violon  et  piano  de  César  Franck, 
un  véritable  chef-d'œuvre,  où  l'auteur  unit  à  une 
science  profonde  une  riche  et  brillante  fantaisie. 
Rendue  avec  une  conviction  absolue,  cette  sonate 
à  été  le  clou  de  la  soirée;  car,  il  faut  bien  le  dire, 
le  Quintette  de  Rubinctein  pour  piano  et  instru- 
ments à  vent  qui  la  terminait  a  beaucoup  perdu 
à  ce  voisinage  éblouissant.  D'une  inspiration 
faible,  les  quatre  parties  dont  se  compose  l'œuvre 
sont  d'une  longueur  désespérante. 

Nous  étions  heureux  de  trouver  au  programme 
les  belles  études  symphoniques  de  Schumann. 
Interprétées  avec  une  rare  maestria,  nous  n'y 
avons  pourtant  pas  retrouvé  le  sentiment  de  gran- 
deur qui  plane  sur  toute  l'œuvre.  L'immense  piano 
.  de  concert  avait,  du  reste,  dans  la  petite  salle  de 
l'Harmonie,  des  sonorités  excessives. 

Au  Théâtre  lyrique  flamand,  deux  nouveautés 
BeygUot  d'Edouard  Grieg,  un  fragment,  un  mono- 
logue plutôt,  dont  la  musique  s'élève  par  moment 
à  une  haute  expression  dramatique;  et  le  vieil 
opéra  de  C.  Kreutzer,  Vue  unit  à  Grenade.  On 
s'explique  difficilement  que  cette  œuvre  se  soit 
maintenue  au  répertoire  des  théâtres  allemands, 
malgré  la  pauvreté  du  sujet.  Mais  la  musique  est 
si  ingénument  mélodique  qu'elle  plaît  toujours. 
Les  chœurs  du  premier  acte,  notamment,  comptent 
parmi  les  meilleurs  du  genre.  M.  Baets  a  été  parti- 
culièrement heureux  dans  le  rôle  du  chasseur  ; 
chœurs  et  orchestre  se  sont  vaillamment  com- 
portés. 

A  l'occasion  de  la  Sainte-Cécile,  M.  E.  Wam- 
bach,  le  nouveau  maître  de  chapelle  de  la  cathé- 
drale, a  fait  exécuter  la  belle  messe  de  Beethoven. 
L'œuvre  a  fait  une  profonde  impression,  grâce  à 
l'excellente  façon  dont  elle  à  été  rendue.  M.  Cal- 
laerts,  l'organiste  bien  connu,  a  ensuite  exécuté 
la  première  partie  de  son  concerto  pour  orgue,  qui 
contient  des  pages  remarquables.  A.  W. 

AVIS.  -  ]'ai  reçu  depuis  quelque  temps,  à  diffé- 
rentes reprises, des  lettres  anonymes  ou  signées  d'initiales 
à  propos  des  correspondances  d'Anvers,  parues  dans  le 
Guide  Musical,  Je  n'ignore  pas  d'où  elles  émanent  et 
quelles  basses  rancunes  les  ont  inspirées.  Je  tiens  à 
prévenir  les  personnages  qui  me  les  adressent  qu'ils 
font  fausse  route.  Toute  lettre  anonyme  constitue  une 
lâcheté  de  la  part  de  son  auteur,  et  je  la  méprise  par 


cela  même.  Quant  aux  artistes  qui  donnent  des  concerts  • 
à  Anvers  et  qui  désirent  qu'il  soit  rendu  compte  de  leurs 
auditions,  je  les  prie  d'adresser  les  invitations,  non  pas. 
à  Bruxelles  à  la  direction  du  journal,  mais  au  corres-' 
pondant  du  Guide  Musical  à  Anvers,  M.  Arthur  Wil- 
ford.  M.  K. 

^^^^ 

DRESDK.  —  Les  premières  auditions  pour 
1894-1895  de  la  «  musique  de  chambre  » 
Margarethc  Stern-Petri-Liliencron,  ont  fait  salle 
comble  au  Mnsenhaus.  Programmes  superbes,  très 
harmonieusement  exécutés.  Parmi  les  œuvres 
exécutées,  signalons  la  sonate  pour  piano  et 
violon,  n°  5  de  Bach,  interprétée  magistraleme'nt 
par  le  violoniste  hollandais  Pétri,  concerimeister  de 
l'Opéra.  Les  fervents  de  Bach  ont  reconnu  que  cet 
artiste  s'était  identifié  au  génie  du  compositeur. 
A  signaler  aussi  la  première  exécution  â  Dresde  du 
quintette,  op.  Si  de  Dvorak.  L'œuvre  tchèque, 
d'une  ^écriture  si  imprévue,  a  été  mise  en  pleine 
lumière  par  l'exécution  radieuse  des  quintettistes. 
Margarethe  Stern,  Pétri,  Liliencron,  Gunkel  et 
Wilhelm  ont  interprété,  sans  aucune  préoccupa- 
tion de  pure  virtuosité,  cette  composition  d'une 
grâce  entraînante. 

La  dernière  semaine  a  été  des  plus  brillantes  : 
Concert  du  quatuor  de  Prague,  concert  Mary 
Krebs,  concert  Sarasate,  deuxième  soirée  de  mu- 
sique de  chambre  de  M.  Rappoldi,  et  première  de 
Falstaff. 

A  propos  du  dernier  opéra  de  l'illustre  maître 
italien,  constatons,  une  fois  de  plus,  que  le  gros 
du  public  veut  éprouver  au  théâtre  de  fortes  émo- 
tions Ou  les  œuvres  héroïques  de  Wagner  qui 
s'imposent  par  leur  grandeur,  ou  les  partitions 
nouvelles  :  Cavalkria,  Pagliacci  dont  les  scènes 
brutales  laissent  dans  l'esprit  de  la  jeunesse  les 
impressions  violentes  qu'elle  recherche.  Les  jeux 
d'esprit,  les  finesses  de  composition  ne  peuvent 
être  appréciés  que  d'un  petit  nombre  de  connais- 
seurs. C'est  ce  qui  d'emblée  a  inspiré  cette  pré- 
diction :  Falstaff  ne  tiendra  pas  longtemps  l'affiche 
à  Dresde.  Les  interprètes  :  MM.  Scheidemantel, 
Perron,  Erl,  HoflmtiUer,  M™""^  von  Cha vanne. 
Teleky,  Bossenberger,  Zerny  sont  très  bons; 
M.  Schuch  et  son  orchestre,  excellents,  mais  on 
ne  sont  pas  dans  l'auditoire  cette  correspondance 
qui  consacre  un  succès.  Le  soir  même  de  cette 
première,  M.  Sarasate  donnait  un  concert  au 
Geii'ei'bi'liaus.  Salle  bondée,  enthousiasme  toujours 
égal,  bruyamment  exprimé.  On  a  infiniment  re- 
gretté l'absence  de  M.  Goldschmidt,  que  l'accom- 
pagnateur Pittrich   n'a    pu    remplacer. 

En  fait  de  musique  d'ensemble,  il  faut  décerner 
la  palme  au  quatuor  tchèque,  qid  a  joué  avec  une 
perfection  rare  le  quatuor  en  mi  mineur  de  Sme- 
tana,  celui  de  Dvorak  en  ut  majeur  et  le  Kaiser 
Quartclt  de  Haydn.  Ce  sera  une  réelle  jouissance 
que  d'entendre  â  nouveau,  le  mois  prochain,  ces 
artistes  accomplis  :  MM.  Cari  Hoffmann,  Joseph 
Suk,  Oskar  Nedbal,  Hans  Wilian.  Alton. 


LE  GVWE  MUSICAL 


LKIPZIG.  —  La  deuxième  nouveauté  de 
cette  saison,  au  théâtre,  a  été  le  Fifre  de 
Hardi,  opéra  populaire  en  cinq  actes,  de  Ferdi- 
naVid  Langer.  Le  sujet,  se  rattachant  à  l'histoire  de 
Souabe,  est  tiré  d'un  roman,  Lichienstein,  de  Guil- 
laume Haufi.  Le  librettiste,  M.  Hermann  Haas, 
en  a  pris  quelques  épisodes, lesquels,  jolimentver- 
sifiés,  forment  un  tableau  plein  de  vie  et  de  cou- 
leur, mais  qui,  d'un  côté,  manque  d'unité,  de  l'autre 
n'offre  pas  de  progression  dramatique.  L'auteur 
de  la  musique,  M.  Ferd.  Langer,  n'est  ni  le  pre 
mier,  ni  le  seul  qui  ait  été  séduit  par  ce  roman, 
autrefois  très  en  vogue;  il  a  été  devancé  par  Lind- 
paintner  (i856),  et  plus  récemment  par  Fr.  Schil- 
ling. L'ouvrage  de  Lindpaintner  n'a  guère  franchi 
les  frontières  du  Wurtemberg,  où  vivait  l'auteur; 
celui  de  Schilling  a  paru  chez  L.-F.  Kahnt,  à 
Leipzig,  mais  n'a  pas  encore  été  mis  à  la  scène. 
Quant  à  la  partition  de  M.  Langer,  elle  est  d'un 
artiste  routine,  mais  le  savoir  n'a  jamais  pu 
remplacer  le  génie,  ni  le  talent. 

Les  concerts  du  Gewandhaus  ont  repris  le 
II  octobre  L'orchestre  est  toujours  digne  de  sa 
grande  réputation,  sous  la  direction  de  M.  Reinecke. 
Au  deuxième  concert,  on  nous  a  donné  la  Sym- 
fhonie  en  mi  mineur  de  J.  Brahms,  qui,  dans  sa 
facture  savante,  répand  un  nouveau  charme  à 
chaque  nouvelle  audition.  En  outre,  on  a  entendu 
le  prélude  de  Lohengriii,  de  Wagner,  et  des  frag 
ments  du  ballet  de  Prométhée,  de  Beethoven. 

M""  Sophie  de  Sakomowski,  une  très  jeune 
élève  de  Rubinstein,  a  fait  grand  honneur  à  son 
illustre  maître.  Elle  a  joué  avec  une  sûreté  et  une 
bravoure  presque  parfaites  le  concerto  en  la  mi- 
neur de  Schumann,  et  avec  beaucoup  de  senti 
ment  deux  morceaux  de  Rubinstein  et  Berceuse,  de 
Chopin,  pièce  qui  aurait  exigé  un  peu  plus  de 
berçante  douceur. 

Au  troisième  concert,  M.  Eugène  Ysaye  a  fait 
sensation  par  l'infaillibilité  absolue  de  son  méca- 
nisme, qui  défie  toute  description,  autant  que  par 
la  beauté  brillante  du  son  et  l'élégance  de  son 
exécution  II  a  joué  la  Fantaisie  écossaise  de  Max 
Bruch,  et  nous  a  fait  connaître  le  concerto  en  si 
mineur  de  Saint-Saëns,  qui,  sans  être  d'une  origi- 
nalité frappante,  nous  apporte,  dans  une  forme 
parfaite,  des  pensées  nobles  et  des  combinaisons 
séduisantes. 

L'orchestre  a  joué  à  ce  concert  la  troisième 
symphonie  (la  Rhénane)  de  Schumann,  l'ouverture 
du  Printemps,  de  Goldmark,  un  joli  poème  printa- 
nier,  et  un  Te  Deum  laudanms  pour  orchestre  à 
cordes  et  orgue  du  maître  italien  G.  Sgambati, 
qui  a  vivement  impressionné  l'auditoire. 

Edm.  Rochlich. 


LIÈGE.  —  Le  premier  concert  annuel  du 
Conservatoire  royal,  donné  le  samedi  17  no- 
vembre, nous  a  valu  la  sérieuse  et  rare  satisfaction 
musicale  d'entendre    M'"  Clotilde  Kleeberg. 

M"»  Kleeberg  a  joué  le  concerto  en  mi  bémol  de 
Beethoven,  dans  lequel  d'illustres  devaiiciers  nous 


avaient  laissé  de  profonds  souvenirs.  Cependant, 
la  charmante  virtuose  a  su  donner  à  cette  œuvre 
magistrale  une  interprétation  vivante  et  person- 
nelle. 

Dans  la  seconde  partie  du  concert,  l'aimable 
artiste  a  conquis  définitivement  tout  l'auditoire  par 
ses  qualités  de  grâce  caressante  et  de  douce  inti- 
mité, dans  le  Rêve  angélique  de  A.  Rubinstein  et  les 
Myrtilles,  pièce  extraite  des  poèmes  sylvestres  de 
Th.  Dubois,  et  par  son  mécanisme  éclatant  dans 
les  Valses  et  Étude  en  la  bémol  de  Chopin. 

Deux  chœurs  A  capella  de  Da  Vittoria  et  de  Roland 
de  Lassus,  exécutés  avec  d'excellentes  nuances- 
par  les  élèves  de  la  classe  de  chant,  ont  inspiré 
un  véritable  intérêt. 

Enfin,  sous  la  direction  ferme  et  convaincue  de 
Th.  Radoux,  l'orchestre  nous  a  fait  entendre 
VHéroïque  de  Beethoven,  et  de  Wagner,  dont  le 
nom  rayonne  maintenant  au  progiamme  de  tous 
nos  concerts,  l'introduction,  avec  solo  de  cor 
anglais,  du  troisième  acte  de  Tristan  et  IseuU, 
déclamé  avec  une  touchante  simplicité  par  M.  G. 
Flyssens,  et  la  Kaiser  Marsh,  pompeusement 
enlevée.  A.  B.  O. 


IILLE.  —  Concerts  populaires.  —  La  So- 
J  ciété  des  Concerts  populaires  inaugurait 
dimanche^  dernier  sa  18"  année  d'existence  par  une 
fort  intéressante  matinée,  avec  le  concours  de 
M"'  Merguillier,  de  l'Opéra-Comique,  remplaçant 
au  dernier  moment  M'"*  Deschamps-Jehin,  primi- 
tivement engagée,  mais  retenue  à  Paris  par  une 
indisposition. 

Après  une  bonne  exécution  de  la  Symphonie 
italienne,  de  Mendelssohn  et  de  la  Rapsodie  norvé- 
gienne, de  notre  illustre  concitoyen  Lalo,  nous 
avons  eu  la  première  audition  de  deux  œuvres 
nouvelles  :  le  Prélude  d'Axel,  écrit  par  M.  Alexan- 
dre Georges  pour  le  drame  de  Villiers  de  ITsle^ 
Adam,  et  l'ouverture  de  Lyderic,  le  drame  lyrique 
de  M.  E.  Ratez,  dont  la  première  représentation 
aura  Heu  prochainement  â  notre  Grand-Théâtre. 

Le  Prélude  d'Axel  est  une  simple  introduction, 
dans  laquelle  on  remarque  une  superbe  phrase 
d'un  beau  sentiment  religieux,  qui,  après  un  court 
passage  apassionato,  revient  agrémentée  d'un  con- 
trepoint de  harpes  et  de  flûtes  à  l'unisson.  Peut- 
être  pourrait-on  reprocher  au  compositeur  quelques 
harmonies  et  même  des  phrases  trop  fortement 
inspirées  de  Wagner,  mais  l'œuvre,  dans  son  , 
ensemble,  est  très  expressive  et  d'une  remarquable 
sonorité.  Quant  à  l'orchestration,  elle  est  fort 
habile  et  dénote,  chez  son  auteur,  une  excellente 
technique  musicale. 

Il  est  assez  malaisé  de  juger,  comme  elle  le 
mérite,  l'ouverture  d'un  opéra  encore  inédit  et 
qu'on  ne  connaît  pas,  surtout  quand  il  s'agit  de 
celle  d'un  drame  lyrique,  faite  avec  les  principaux 
thèmes  de  l'œuvre  qu'elle  précède.  Dès  qu'on  la 
sépare  de  l'ouvrage  pour  lequel  elle  a  été  écrite, 
dont  elle  est,  en  quelle  sorte,  la  préface  ou,  pour 


LE  GUIDE  MUSICAL 


939 


mieux  dire,  la  synthèse,  on  s'expose  à  lui  faire 
perdre  une  partie  de  sa  valeur  réelle,  puisqu'on 
brise  ses  rapports  avec  le  drame  dont  elle  a  pour 
but  d'indiq\ier  le  caractère  général,  et  il  n'est  plus 
guère  possible  de  l'apprécier  qu'au  seul  point  de 
vue  purement  symphonique. 

Cependant,  malgré  ces  conditions  défavorables, 
l'ouverture  de  Lydcric  nous  a  paru  être  une  p^g^ 
musicale,  écrite  par  un  compositeur  qui  connaît  à 
fond  toutes  les  ressources  de  nos  orchestres  mo- 
dernes, et  à  travers  laquelle  on  sent  passer  un 
véritable  souffle  lyrique. 

Elle  débute  par  une  large  phrase  fuguée,  d'un 
beaiicaractère,  entrecoupée  d'appels  de  trompettes, 
qui  rappellent  probablement  un  combat.  Puis,  pro- 
gressivement, le  mouvement  s'accélère  et  devient 
un  alUgro,  dans  lequel  on  devine  aussi  d'autres 
liiotifs  de  l'ouvrage  —  nous  aurons  l'occasion  de 
compléter  cette  analyse  lorsque  nous  étudierons 
l'opéra  tout  entier.  La  fugue  du  début  reparait  alors 
pour  former  le  milieu  de  cet  allegro  —  traité,  du 
reste,  comme  un  premier  morceau  de  sj-^mphonie, 
avec  la  première  partie  à  la  quinte  du  ton  prin- 
cipal —  et  c'est  dans  ce  milieu  que  se  fait  entendre 
un  thème  expressif,  d'une  inspiration  élevée  et 
d'un  profond  sentiment  dramatique.  C'est  aussi 
avec  ce  même  thème,  qui  éclate  aux  trombones, 
que  se  termine  cette  remarquable  ouverture,  très 
personnelle,  quoique  conçue  dans  le  style  wagné- 
rien,  et  dans  laquelle  une  science  consommée  de 
l'orchestration  est  mise  au  service  d'idées  origi- 
nales et  de  motifs  d'un  charme  pénétrant. 

L'accueil  chaleureux  qu'elle  a  reçu,  hier,  du 
public  des  Concerts  populaires  nous  est  un  sur 
garant  du  succès  que  Temportera,  sur  notre  scène 
lyrique,  l'ouvrage  de  l'éminent  directeur  de  notre 
Conservatoire. 

M"°  Merguillier,  l'excellente  artiste  de  l'Opéra- 
Comique,  que  nous  avons  déjà  eu  le  plaisir  d'ap- 
plaudir plusieurs  fois  à  Lille,  nous  a  fait  entendre 
le  grand  air  de  la  folie  d^Hamlet  qu'elle  a  chanté 
avec  son  talent  habituel,  la  romance  àe  PhiUmon  et 
Baucis,  une  gracieuse  mélodie  de  M'""  Chaminadc, 
Amour  capUf,q\\' on  lui  a  redemandée, et,  hélas!  pour 
finir,  les  sempiternelles  Variations  de  Proch.  Quand 
donc  nos  meilleures  cantatrices  voudront-elles  bien 
renoncer  à  nous  infliger  ces  insupportables  gar- 
gouillades,  de  nature  à  faire  briller  leur  virtuosité 
et  à  raccrocher  les  applaudisserr.ents,  je  le  veux 
bien,  mais  combien  démodées  et  prodigieusement 
agaçantes.  C'est  admirablement  exécuté,  je  le  re- 
connais volontiers,  mais,  même  comme  cela,  quelle 
pitoyable  musique  !  Et  qu'est  ce  que  cela  peut  bien 
avoir  de  commun  avec  l'art?  E.  M. 

LONDRES.  —  Les  Monday  and  Saturday 
Popular  Concerts  en  sont  à  leur  trente- 
septième  saison.  Fondés  par  l'importante  maison 
d'édition  Chapell  et  C°,  ils  n'occuperont  pas  moins 
d'une  quarantaine  de  soirées,  d'octobre  1894  aux 
premiers  jours  d'avril  189S.  Si  cette  institution  est 


aussi  florissante,  c'est  à  son  intelligente  organisa- 
tion qu'elle  le  doit.  Les  artistes  de  cette  année 
sont  Fcnsiblement  les  mêmes  que  ceux  de  la  der- 
nière saison.  Le  quatuor  se  compose  de  M""  Wie- 
lrowel7.,  MM  Ries,  Gibson  et  Whitehousc.  Outre 
M.  Joachim,  on  annonce  M.  Schônberger,  le  clari- 
nettiste Mûhlfeld,  M.  Popper,  signor  Piatti,  lady 
Halle,  M.  Arbos,  tandis  que  miss  Fanny  Davies, 
MM.  Joseph  Slivinski,  Hugo  Beçker,  Léonard 
Borwick  ont  déjà  payé  de  leur  personne  aux" 
premières  soirées. 

Au  premier  de  ces  concerts,  nous  noterons 
particulièrement  l'excellente  interprétation  du 
quatuor  en  mi  bémol  op.  74  de  Beethoven:  de  la 
sonate  en  mi  mineur  op.  3,  jouée  avec  une  déli- 
catesse et  une  justesse  d'expression  impression- 
nantes pnr  M.  Borwick,  et  enfin  du  dramatique 
trio  en  ré  mineur  op.  63,  piano  (Borwick),  vio- 
lon (Wietrowetz),  violoncelle  (Whitehouse)  Pro- 
gramme exclusivement  beethovenien,  comme  vous 
voyez.  M"'  Helen  Trust  a  chanté  d'une  voix 
ravissante,  en  demi-teinte  surtout,  deux  romances 
de  Max  Stange. 

Au  Saturday,  avec  la  très  loyable  intention  de 
commémorer  l'anniversaire  de  la  mort  de  Men- 
deissohn,  une  place  prépondérante  avait  été 
réservée  au  programme  à  son  quatuor  en  ré  ma- 
jeur op.  44,  n"  i;  à  ses  Variations  sérieuses,  très 
bien  jouées  par  M.  Slivinski;  enfin,  à  son  trio  en 
ut  mineur  (op.  65),  piano  (Slivinski),  violon 
^Wietrowetz",  violoncelle  (Whitehouse). 

M""  Dale  a  chanté  à  cette  séance,  avec  quel- 
ques trilles  d'une  très  belle  pureté,  Première  ren 
contre  àa  Grieg  et  Quand  tu  dors  de  Kjerulf. 

M.  Henschel  est  entêté.  Pourquoi  fixer  ses 
Symphonie  Concerts  aux  mêmes  dates  que  celles 
choisies  pour  les  grandes  auditions,  à  l'Albert  Hall, 
de  la  Royal  Choral  Society  ?  C'est  imprudent  et 
téméraire.  Une  salle  aussi  peu  fournie  que  l'était, 
jeudi  dernier,  le  Queen's  Hall,  ne  fera  certaine- 
ment pas  l'affaire  de  la  London  Symphonie  So- 
ciety Au  surplus,  programme  intéressant,  com- 
prenant le  prélude  de  HànseletGretel,  la  symphonie 
cnréàe  Brahms  et  l'ouverture  des  Maîtres  Chan- 
teurs. M""^  Henschel  a  été  vivement  applaudie  dans 
les  romances  de  Claire  de  VEgmont  de  Beethoven. 

Au  Queen's  i. ail, la  London  Choral  Union,  qui 
compte,  chœurs  et  orchestre,  environ  quatre  cents 
exécutants,  sous  la  direction  de  M.  J.-W.  Lewis, 
a  donné  VEltc  de  Mendelssohn. 

Une  même  ardeur  animait  tous  les  chanteurs,  qui 
se  sont  distingués  par  une  justesse  de  nuances 
irréprochable,  avec  une  précision,  un  ensemble, 
qu'il  serait  difficile  ailleurs  d'obtenir  de  masses 
aussi  importantes.  Les  soli  ont  été  chantés  par 
Miss  Kate  Cove,  voix  sympathique  d'une  belle 
étendue  ;  Miss  Meredyth  Elliott  ;  M.  Harper  Kear- 
lon;  et  l'excellente  basse  M.  Andrew  Black. 

Au  même  Hall,  M.  W.  Carter  nous  a  fait  enten- 
dre, il  y  a  quelques  jours,  une  cantate  sacrée  de  sa 
composition,  Placida  (Novello  Ewer  et  C").  C'est 
une  œiivrciqui  contient  de  bonnes  pages,  mais  l'en- 


940 


LE  GUIDE  MUSICAL 


semble  est  monotone.  Du  Haendel  contrefait. 
M.  Carter,  en  tous  cas.  manie  habilement  les 
masses  chorales;  c'est  déjà  un  mérite.         A.  L. 


NANCY  —  Lé  résultat  d\i  premier  effort  de 
Mi  Guy  Roparfz.^en  arrivant  à  la  direction 
du  Conservatoire  de  Nancy,  a  été  la  création  de 
séances  de  musique  de  chambre.  Elles  seront  au 
nombre  de  quatre  et  seront  données,  au  salon  carré 
de  l'hôtel  de  ville,  les  premiers  mercredis  des 
mois  de  décembre,  janvier,  février  et  mars,  à 
8  1/2  heures  du  soir.  On  y  entendra  les  œuvres 
de  Beethoven,  C.  Saint-Saëns,  César  Franck, 
G.  Fauré,  A.  Glazounoff,  Vincent  d'Ind)',  Guy 
Ropartz,  Lekeu  et  E.  Chausson.  Le  quatuor 
d'archets  est  composé  de  MM.  Hekking,  Schwartz, 
David  et  Dupuis.  M"'*  Hélène  Moulins,  Margue- 
rite Moulins,  Suzanne  Hekking  et  M.Emile  Mou- 
lins prêteront  leur  concours  à  ces  intéressantes 
séances. .  -, 

Quant  aux,  grands  concerts  ,  çymphoniques,,  ils 
seront  au  nombre  de  huit. 


rj'^OURNAY.  —  M.  Maurice  Leenders,  di- 
j_  recteur  de  l'Académie  de  musique  de  Tour- 
na)', organise  trois  séances  de  musique  de  cham- 
bre, qui  auront  lieu  en  novembre,  décembre  et 
janvier,  avec  le  concours  de  M.  Félix  Pardon, 
pianiste  et  ancien  grand  pri.x  de  Rome;  de  M  Pa- 
ternosler,  violoncelliste,  professeur  à  l'Académie 
de  Tournay;  et  de  M™'  Félix  Pardon,  cantatrice. 
Ces  trois  séances  comprendront  une  série  d'œuvres 
du  répertoire  classique  et  moderne  du  chant,  de 
Bach,  Beethoven  et  Schumann  à  Brahms,  Ge- 
vaert,  Massenet,  Emile  Mathieu,  etc.,  la  suite 
pour  piano,  violon  et  violoncelle  de  Widor,  le 
trio  en  nii  de  M.  Ferd.  Kufferath,  le  trio  en  wi  mi- 
neur de  Wiernsberger,.  des  soli  de  violon  et  de 
violoncelle,  et  une  série  de  compositions  pour 
piano  classiques  et  modernes,  qu'exécutera  M.  Fé- 
lix Pardon,  lequel  fut,  on  se  le  rappelle,  un  élève 
d'Auguste  Dupont  et  de  Brassin.Ces  trois  séances 
auront  lieu  le  quatrième  dimanche  de  chaque 
mois,  à  midi,  dans  la  salle  des  concerts,  place  du 
Parc. 


YIENNE.  —  Dimanche  dernier,  premier 
Concert  philharmonique.  Cet  orchestre  se 
compose  exclusivement  des  musiciens  de  l'Opéra, 
au  nombre  de  110,  et  est  dirigé  par  Hans  Rich- 
ter.  On  donnait,  pour  la  première  fois  à  ces  con- 
certs, le  poème  sj'mphonique  Sarka  de  Smetana, 
le  compositeur  tchèque  bien  connu.  Ce  morceau 
fait  partie  du  cycle  Ma  Patrie.  Sarka  est  une 
jeune  fille  qui,  trompée  par  son  amant,  jure  de  se 
venger  de  lui,  et  même  de  l'homme.  Le  prince  Chi- 
rad,  jiarcourant  avec  ses  guerriers  la  forêt,  ren- 
contre Sarka  et  en  devient  amoureux.  On  fait 
halte,  on  fête  l'heureuse  rencontre,  et  Saïka,  profi- 


tant du  sommeil  de  Chirad  et  de  ses  hommes, 
appelle  ses  compagnes,  qui  fondent  sur  l'armée  et 
l'anéantissent. 

La  musique  de  Smetana  est  presque  exclusive- 
ment «  extérieure  11.  Si  nous  exceptons  quelques 
récitatifs  de  la  clarinette  exprimant  tantôt  l'amour 
de  Sarka,  tantôt  celui  de  Chirad,  il  ne  reste  que 
de  la  musique  purement  descriptive,  sans  la 
moindre  profondeur.  La  marche  des  guerriers 
dans  la  forêt  est  d'une  allure  tout  à  fait  vulgaire. 
Nous  n'avons  pas  reconnu  là  le  spirituel  auteur 
de  la  Fiancée  vendue  et  du  beau  quatuor  Aus  meinem 
Lehen. 

Comme  seconde  nouveauté,  une  sérénade  de 
Fuchs,,  composée  pour  le  jubilé  de  Johann 
Strauss.  A  l'entendre,  on  se  serait  figuré  qu'elle 
l'erit  été  pour  celui  de  Johannes  Urahms,  tant  le 
compositeur  se  sert  de  thèmes  et  de  formules  de 
son  illustre  modèle.  La  sérénade  porte  le  n"  5; 
1  auteur  y  emploie  pour  la  première  fois  les  cors. 
Espérons  les  trombones  pour  la  trentième. 

Inutile  de  parler  de  la  musique.  On  a  droit  à  de 
meilleure  dans  des  concerts  qui  ne  durent  qu'une 
heure  et  demie  et  qui  coûtent  fort  cher. 

Les  classiques  étaient  représentés  par  Weber 
et  Beethoven.  L'ouverture  à^Ohéron  a  été  enlevée 
avec  beaucoup  de  brio,  surtout  par  les  cuivres, 
qui  l'ont  de  temps  en  temps  exagérée. 

La  huitième  symphonie  de  Beethoven  terminait 
le  concert.  Elle  a  été  rendue  dans  la  perfection.  Le 
menuet  assez  lent,  contrairement  à  la  mauvaisa 
tradition  de  Mendelssohn.  Quant  à  l'allégretto 
scherzando,  jamais,  jamais  je  ne  l'ai  entendu  in- 
terpréter avec  agitant  d'esprit,  autant  de  délica- 
tesse. C'est  incroyable  la  finesse  qu'obtient 
Richter  de  ce  formidable  orchestre.  Pour  la  pre- 
mière fois,  j'ai  songé  aux  deux  enfants  dont  parle 
Berlioz,  cueillant  des  fleurs  par  une  belle  matinée 
de  juin. 

M.  Fuchs,  de  l'Opéra,  vient  d'être  nommé  défi- 
nitivement directeur  du  Conservatoire,  en  rempla- 
cement de  Hellmesberger,  décédé. 

On  nous  donne  les  nouvelles  les  plus  inquié- 
tantes de  la  santé  d'Antoine  Bruckner.  Le  maitre 
souffre  d'une  hydropisie  malheureusement  fort 
avancée.  Bruckner  travaillait  depuis  quatre  ans  à 
la  composition  de  sa  neuvième  symphonie  (aussi  en 
yt"  mineur,  comme  celle  de  Beethoven),  On  craint 
qu'il  ne  puisse  y  mettre  la  dernière  main.  E.  B. 


iVO  U  V EL  LES  DI  VERSES 


—  Il  y  a  quelques  années,  on  avait  ouvert  un 
concours  pour  l'érection,  à  Berlin,  d'un  monument 
commémoratif  à  Beethoven,  Haydn  et  Mozart. 
Aucun  projet  n'ayant  été  adopté,  l'idée  avait  été 
momentanément  abandonnée,  sur  L'avis  de  l'Empe- 
reur lui-même  Aujourd'hui,  on  y  revient;  l'empla- 


^_  iMWiBh  MsiàiL  "' 


941^' 


cément  du  monument  est  déjà  désigné;  des  projets 
ont  été  demandés  aux  premiers  sculpteurs  alle- 
mands. 

—  M""  Materna,  après  l'éclatant  triomphe  qu'elle 
a'Tè'Ap'oïté-  au  Concert'-Lamoureux  à  Paris,  est 
rentrée  lundi  à  Vienne.  L'illustre  créatrice  de 
Brunnhilde  va  abandonner  le  théâtre,  auquel  elle 
appartient  depuis  vingt-cinq  ans.  Elle  va  donner 
ses  représentations  d'adieux,  à  l'Opéra  de  Vienne, 
où  elle  ne  jouera  plus  que  quatre  fois. 

Au  mois  de  janvier,  la  grairde  cantatrice  doit 
s'embarquer  pour  l'Amérique,  où  elle  doit  faire 
une  tournée  au  cours  de  laquelle  elle  donnera 
trente-six  concerts. 

—  On  se  souvient  que  les  journaux  parisiens 
annoncèrent,  il  y  a  qiielque  temps,  que  la  Patti 
avait  une  jeune  nièce  douée  d'une  voix  extraordi- 
naire, comparable  par  sa  flexibilité  et  son  étendue 
à  celle  que  possédait  la  Patti  elle-même  à  l'âge  de 
ses  débuts.  Paris  entendra  bientôt  cette  enfant 
prodige.  M.  Strakosch,  l'irapressario  ordinaire  de 
toute  la  dynastie  des  Patti,  vient  de  traiter  avec 
M.  Marchand,  directeur  de  l'Eldorado  et  de  la 
Scala  de  Paris,  qui  produira  la  jeune  cantatrice 
sur  l'une  de  ces  deux  scènes.  La  nièce  de  la  Patti 
a  tout  juste  quatorze  ans.  Elle  débutera,  au  com- 
mencement du  mois  de  janvier. 

—  L'Opéra  de  Paris  continue  de  faire  de  superbes 
recettes,  depuis  qu'on  y  est  résolument  entré  dans 
la  voie  des  nouveautés.  Les  recettes  réalisées  par 
les  huit  premières  d'Olello,  dans  le  mois  d'octobre, 
se  sont  élevées  au  chiffre  global  de  158,496  francs. 
La  plus  forte  recette  a  été  celle  de  la  troisième 
qui  a  fait  22,844  francs.  Pendant  le  même  mois, 
les  plus  fortes  recettes  ont  été  réalisées  ensuite 
par  Faust,  qui  a  fait  successivement  20,706  francs 
et  19,35s  francs,  et  la  Walkyrie  qui  a  fait 
18,469  francs. 

Pendant  le  mois  d'octobre,  TOpér.a  a  joué 
dix  huit  fois  et  encaissé  327,3x0  francs,  ce  qui 
donne  le  chiffre  de  i8,i83  francs  par  représen- 
tation. 

Pendant  le  mois  correspondant  de  l'année  iSgS, 
l'Opéra  avait  joué  seize  fois  et  encaissé  290,125  fr., 
ce  qui  donnait  une  moyenne  de  i8,i32  francs  par 
représentation. 

—  C'était  le  6  novembre  l'anniversaire  de  la  mort 
tant  regrettée  de  Pierre  Tschaïkovsrsky. 

Pour  honorer  la  mémoire  du  maître  favori  de  la 
Russie,  les  sociétés  musicales  de  Saint-Péters- 
bourg, de  Moscou,  de  Kieff  et  d'Odessa  avaient 
projeté  des  concerts  symphoniques  composés  exclu- 
sivement d'oeuvres  de  Tschaïkowsky  ;  mais,  à  cause 
du  deuil  national  de  la  Russie,  ces  concerts  ont  du 
être  ajournés. 

A  Nice,  l'Opéra  honorera,  cette  année,  la  mé- 
moire de  Tschatkowskv  en  faisant  représenter  son 
meilleur  drame  lyrique,  Onéguiue,  traduit,  sous  la 
direction  du  maître,  par  M.  Delines. 


Tschaïkowsky  a  beaucoup  d'admirateurs  à  Paris. 
M.  Carvalho  ne  suivra-t-il  pas  l'exemple  du  diiec- 
teur  du  théâtre  de  Nice  ? 

—  Le  Figiiro'viéiit  de  iious  l'cvélér  en  quatrième 
page  le  Chant  à  ^Egir  de  l'empereur  GuillHurae  H, 
composition  dont  la  réclame  nous  a  rebattu  les 
oreilles  depuis  plusieurs  semaines  Nous  ignorons 
les  qualités  que  peut  posséder  Sa  Majesté  l'Empe- 
reur, en  tant  que  souverain;  mais  ce  que  nous 
savons  bien,  c'est  que  ses  aptitudes  musicales  sont 
plus  que  médiocres.  Il  est  impossible  d'écrire  une 
page  plus  banale  que  ce  Chant  à  JEgir.  Le  composi- 
teur n'a  pas  trouvé  d'autre  début  à  son  œuvre  que 
les  premières  notes  de  la  Marseillaise;  il  s'en  est 
tenu  là...  malheureusement,  et  son  inspiration  n'a 
pas  été  à  la  hauteur  de  sa  bonne  volonté.  C'est  un 
rossignol  impérial  qu'il  nous  a  servi,  très  mal 
accommodé,  sous  la  forme  d'une  marche  quelcon- 
que, qu'il  pourra  imposer  à  ses  régiments,  mais 
non  au  public  artiste. 

—  Le  Métropole  Opéra  House  de  New-York, 
annonce  une  saison  d'opéra  allemand, qiii  s'ouvrira 
le  25  février,  sous  la  direction  de  M.  Walter 
Damrosch.  Parmi  les  artistes  engagés,  citons  : 
yimea  Rosa  Sucher,  Kutschera,  du  Théâtre  royal 
de  Berlin;  Brema,  du  Covent-Garden,  Londres; 
MM.  Max  Alvary,  Nicola  Rothmûhl,  du  Théâtre 
royal  de  Berlin;  Theod.  Schwarz,  du  Théâtre  do 
Weimar;  Auguste  Oberhauser,  du  Théâtre  royal 
de  Carlsruhe;  Fischer  et  Conrad  Behrens,  du 
Metropolitan  Opéra  House  de  New-York. 

Le  répertoire  comprendra  ;  Tannhàuscr,  Lohen- 
grin,  Meistcrsinger,  Tristan  et  Iseiilt,  la  Walkiire,  Sieg- 
fried et  Gôtterdammerung. 

Le  mercredi  28  novembre  et  le  samedi  2  dé- 
cembre, auront  lieu  à  Genève,  les  deux  séances 
solennelles  d'inauguration  de  la  nouvelle  salle  de 
concert  Victoria  Hall,  construite,  pour  la  Société 
d'Harmonie  nautique,  par  le  consul  de  S.  M.  Bri- 
tannique, Sir  Daniel  Barton,  son  président. 

La  salle,  qui  contient  trois  mille  personnes,  est 
un  vaste  rectangle,  au  fond  duquel  se  trouvent 
placés  l'orchestre  et  le  grand  orgue,  sortant  d'un 
atelier  de  Zurich. 

M.  Ch.-M.  'Widor  dirigera  sa  nouvelle  œuvre 
(symphonie  pour  orgue  et  orchestre).  Le  directeur 
de  l'Harmonie  nautique,  M.  Bonade,  fera  exécuter 
une  ouverture  de  Smetana  ;  la  Symphonie  funèbre 
et  triomphale  de  Berlioz  ;  le  Chant  des  Bohémiens  de 
Schumann  et  le  finale  de  Noé,  opéra  d'Halèv}', 
achevé  par  Bizet. 

—  Le  Conservatoire  de  Paris  célébrera  son  cen- 
tenaire l'année  prochaine.  A  ce  sujet,  un  travail 
important  a  été  entrepris,  qui  comprendra  un 
aperçu  de  l'enseignement  musical  dans  le  passé, 
l'histoire  administrative  de  l'institution,  la  liste  et 
la  biographie  de  tous  ses  professeurs  avec  les 
récompenses  annuelles. 

Ce  travail  a  pour  auteur  M.  Constant  Pierre. 


942 


LE  GUIDE   mJSIGAL 


A  VENDRE 

PORTRAIT    EN    PLATINOTYPIE   GRANDEUR    NATURE    DE 

ANTOINE   RUBINSTEIN 

s'adresser,  65,  rue  Royale,   Bruxelles. 

NÉCROLOGIE 

Sont  décédés  : 

Aux  bains  de  la  Poretta  (Halie),  M""'  Rosine  Penco, 
cantatrice,  qui  eut  son  heure  de  célébrité  et  qui  brilla 
notamment  au  Théâtre  Italien  de  Paris,  sous  les  direc- 
tions successives  de  Calzado  et  de  Bagier. 

Née  à  Naples,  de  parents  génois.  Rosine  Penco  débuta 
à  Copenhague,  puis  se  fit  applaudir  successivement  à 
Stockholm,  à  Berlin,  à  Constantinople,  avant  devoir  sa 
réputation  consacrée  par  ses  compatriotes  à  Florence,  à 
Trieste,  à  Naples,  à  Rome  et  à  Gênes,  où  elle  se  maria, 
piiis  à  Madrid,  doù  elle  vint  à  Paris  ;  elle  y  débuta  à 
la  salle  Ventadour,  en  i855. 

Sa  superbe  voix  de  soprano  dramatique,  sa  diction 
expressive,  sa  chaleur  d'accent  et  sa  beauté  plastique  lui 
valurent  tout  de  suite  un  brillant  succès  auprès  du  pu- 
blic parisien.  Elle  était  également  remarquable  dans  le 
genre  sérieux  et  dans  le  genre  bouffe,  jouant  alternati- 
vement Noraia  et /i  Matrimonio  segreio,  Don  Giovanni  et 
Don  Pasquate,  Semiramide  et  les  Nosze  di  Figaro. 

D'après  Francesco  Regli,  son  biographe,  elle  serait 
née  en  i83o. 


—  A  Paris  M  Floury,  directeur  du  Châtelet,  ancien 
peintre  de  l'Opéra,  où  il  avait  comme  élève  de  Desplé- 
chin  collaboré  à  de  nombreux  et  remarquables  décors, 
non  seulement  pour  l'Opéra,  mais  aussi  pour  le  Châtelet 
et  d'autres  théâtres. 

Associé  de  Castellano  lorsque  celui-ci  dirigea  le  Châ- 
telet et  le  Théâtre- Historique,  Floury  df  vint,  en  1881, 
adjudicataire  du  droit  au  bail  du  théâtre  du  Châtelet 
et,  successivement,  monta  :  Madame  Thérèse,  la  Gutrre, 
d'Erckmann-Chatrian  ;  ie  Bossu  la.  Queue  du  chat,  Peau- 
d'Ane,  le  Tour  du  Monde,  la  Poule  aux  œufs  d'or,  le  Mariage 
au  tambour,  l'Assommoir,  les  Aventures  de  M .  de  Çrac, 
Germinal,  Cendiillon,  la  Chatte  blanche,  Michel  Strogoff,  le 
Prince  Soleil,  Orient- Express,  Madame  l'Amirale,  Jeanne 
d'Arc,  les  Environs  de  Paris,  etc  ,  etc. 

Dans  sa  jeunesse,  Floury  a  composé  un  cours  de 
perspective  théâtrale  dont  on  se  sert  encore  au  Conser- 
vatoire des  Arts  et  Métiers  H  était  officier  d'Académie. 
Il  est  mort  à  làge  de  soixante  ans. 


PIANOS  n  HARPES 

É  R  A  R  D 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  i3,  rue  du  Mail 


SALLE  DE  LA  SOCIÉTÉ  ROYALE  DE  LA  GRANDE  HARMONIE 
Dimanche  25  novembre  1894,  à  2  heures 

(Branb   Concert  Classique 

DONNÉ    PAR    LE   CÉLÈBRE    VIOLONISTE 

H/L  .     J  .     J  O  -A.  G  n  I  Iwl 

ET  LE   RENOMMÉ    PIANISTE 

M.  MAX  PAUER 

AVEC    LE   CONCOURS    DE 

M"'^''    JULIA   MiLCAMPS,   OANTAÏRIOE 
PRO  GR AM  ME  : 


1.  Sonate  en  m; Brahms 

MM.  JOACHIM  ET  PAUER 

2.  Arioso  de  Quentin  Durward Gevaert 

M''=  MILCAMPS 

3.  Grande  Sonate  en  ut  majeur     ....     Weber 

M.  PAUER 

4.  a)  Adagio  du  Concerto  en  sol   .     .     .     .    Joachim 
*;  Barcarole Spohr 

M. JOACHIM 

On  peut  se  procurer  les  places  chez  MM.  BREITKOPF  &  HSIIITEL,  éditeurs,  46,  Montagne  de  la  Cour 


5.  a)  Pour  un  seul  mot Van  Dam 

bj  Les  Clochettes  bleues Van  Dam 

c)  l'Etoile  cachée  CVioloncelle  MUe  Rueg- 

ger) Van  Dam 

MUe  MILCAMPS 

6.  Suite  en  mi  majeur  pour  violon  seul  .     .     Bach 

M.  JOACHIM 


I 


LE  GUIDE  MUSICAL 


943 


RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 


Berlin 

Opéra.  —  Du  i8  au  25  novembre  :  Hasnsel  et  Gretel. 
Carnaval.  Relâche.  Haensel  et  Gretel  Mara.  Concert 
des  chœurs  de  l'Opéra  Hasnsel  et  Gretel.  Les  Saisons. 
La  Walkyrie  Haensel  et  Gretel.  Carnaval.  L'Afri- 
caine. 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  i8  au  26  no- 
vembre :  Le  Barbier  de  Séville  et  Farfalla  Les  Hu- 
guenots.Le  Prophète. Faust.  Philémon  et  Baucis  et  le 
Portrait  de  Manon.  Samson  et  Dalila.  Aida,  Samson 
et  Dalila  et  le  Portrait  de  Manon.  Lundi  La  Navar- 
râise  (première  représentation) 

Galeries.  —  Lundi  irrévocablement  dernière  de  Miss 
Dollar.   Jeudi  reprise  de  la  Fille  de  M""  Angot. 

Alcazar  royal.  —  Bru.\elles  sans  gène. 

Empire  Palace.  —  Ungarista,  ballet  de  M.  Graziani. 
Paris 

Opéra.  —  Du  25  novembre  au  i^r  décembre  ;  Othello. 
Thaïs   Gwendoline   Lohengrin. 

Opéra-Comique.  —  Du  25  novembre  au  1=''  décembre  : 
Les  Pêcheurs  de  perles.  Pré  aux  Clercs  Phryné.  Le 
Domino  noir.  Le  Chalet. 

Concerts-Lamoureux.  —  Dimanche  25  novembre,  à 
2  h.  1/4,  avec  le  concours  de  M"""'  Héglon,  de 
l'Opéra,  Le  Roux-Corso,  Tarquini  d'Or,  MM  Noté, 
de  l'Opéra,  et  de  M.  Hugo  Hermann. 

Ouverture  d'Iphigénie  en  Aulide  (Gluck);  Scène  d'Ho- 
race de  Corneille,  musique  de  C.  Saint-Saëns.  chantée 
par  M™«  Héglon  et  M.  Noté;  Concerto  pour  violon, 
exécuté  par  M.  Hugo  Hermann  (Beethoven);  premier 


tableau  de  l'Or  du  Rhin,  chanté  par  M'""  Le  Roux- 
Corso,  Tarquini  d'Or,  Héglon  et  M  Noté;  Marche 
hongroise  de  la  Damnation  de  Faust  (Berlioz). 

Concerts-Colonne.    —    Dimanche    25    novembre,    à 

2  h.  1/4  très  précises.  Septième  concert  :  Roméo  et 
Juliette,  drame  lyrique,  d  après  la  tratjédie  de  Sha- 
kespeare, paroles  d'Emile  Deschamps,  musique  de 
Hector  Berlioz,  soli  chantés  par  M'""  Auguez,  de 
Montalant,  MM  Emile  Ent;el  et  Fournets,  de  l'Opé- 
ra 

Concerts  d'Harcourt.  —  Dimanche   25  novembre,  à 

3  h,  1/2,  troisième  audition  de  Tannhaeuser  (Richard 
Wagner). 


Opéra  —  Du  20  au  25  novembre  :  Falstaff.  Frei- 
schûlz.  Sinfonie-Concert.  Le  Preneur  de  rats. 

Marseille 

Association  artistique  de  Marseille,  sous  la  direction 
de  M.  Jules  Lecocq.  —  Programme  du  25  novembre  : 
I.  Manfred,  fragment  (Schumann),  a)  Ouverture, 
b)  Entr'acte,  c)  Ranz  des  vaches,  cor  anglais,  M.  Jean, 
d)  Apparition  de  la  fée  des  Alpes;  2.  Namouna.  suite 
d'orchestre  (Lalo);  5  Les  Maîtres  Chanteurs,  frag- 
ments (Wagner),  a)  Prélude  du  troisième  acte,  b)  Danse 
des  apprentis,  c)  Défilé  du  corporations;  4.  Gavotte  en 
ré  mineur  (Bach);  5  Walther's  preslied  des  Maîtres 
Chanteurs  (Wagner),  violon,  M.  Audoli  ;  6.  Ouverture 
de  Tannhaeuser  (Wagner). 

Municti 

Du  II  au  25  novembre  ;  Obéron.  Lohengrin.  Traviata. 
Manfred  Lucia  de  Limmermoor.  Barbier  de  Séville. 
Tristan    Haensel  et  Gretel.  Tanuhœuser. 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 

SCÈNE     D'HORACE 

DE       OOïlISri£:iLILjE 

(iV^     ACTE,     SCÈNE     v) 

mtse  en  mtistque  par 

C.   SAINT-SAËNS 

OP.   lo 

ÉDITION  ORIGINALE  ÉDITION  TRANSPOSÉE 

Soprano   et  Baryton  Mezza-Soprano   et   Baryton 

PRIX  NET  :   »   Francs 


Partition   eti^  Parties  d'orchestre   en   location 


944: 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Opéra.    —   Du     12   au    19    novembre    ;    L'Ami    Fritz 
Cavalleria  Rusticana.  Autour  de  Vienne.  Le  Vaisseau 


Fantôme.  Le  Baiser.  Puppenfee.  Cornélius  Schutt,  de 
Smareg  ia  'première  représentation).    La    Walkyrie^ 
Mignon.  Cornélius  Schutt. 
An  DER  WIÈ^  .   -   Jakuba.  L«  Postillon  de  Lonjumeau. 


V'^  LEOPOLD  MURAILLE,  éditeur  a  liege  (Belgique) 


I>épo!>ilairè  unique  de  i'i'.ditiou  Vayne 

(partitions  dk  poche  pour  la  musique  de   chambre) 
DETHIER,  Gaston.  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue. 

—  Prélude  sur  le  Dies  Irœ  pour  grand  orgue 

—  Romance  pour  violon  et  piano       . 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano.  .  . 
.LEK-EU,  G"^.  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties, 

partition  réduite  par  l'auteur,-  pour  chant  et  piano 
—  Trois  pièces  pour  piano  .  .  .  . 

RAWAY  Erasme.  Scènes   Hindoues,   poème  symphonique  en  quatre  parties, 

réduction  à -quatie  mains       ... 
THOMSON,  César.  Passacaglia,  d'après  Hœndel,  pour  violon  et  piano 
—  Bercense  Scandinave  "poMx  \'\o\on  et.  \)\a.no 

.  -JbiLVOi     franco     des     catalug^iies 


net  fr. 


des   Panoramas  (grande   galerie) 


MAGKAR  et  NQEL,  éditeurs,  22.  passage 

PARIS 

Propriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKOWSKY,  GOTTSCHALK,  PRUDENT,  ALARD 
des   ARCHIVES  DU  PIANO  et  de  la  CÉLÈBRE  METHODE  DE  PIANO  A.  LE  CARPENTIER 
Seuls  dépositaires  de  l'EDITION  CHARNOT,  spécialement  consacrée  à  la  MUSIQUE  DE  VIOLON 


DERNIÈRES  PUBLICATIONS! 

CHANT  ET  PIANO 

Prix 
O'Kelly  G.  Ave  Maria.'  solo- 

mezzo 5     » 

Tschaikowsky ,  P.  La 
Dame  de  Pique,  opéra  n"  7, 
duetto,  deux  femmes.     Net     2     » 

—  No  8,  Rom.  de  Pauline, 
contralto    ...      ;     Net     i   5o 

Pour  paraître  prochai!ie7iféiit  : 

—  Onéguine,  drame  lyrique 
intime,  paroles  Irançaises 
de  M.  C.  Delmes,  d  après  : 

A.  Pouchkine.      .      .      Net  20  » 
Marietti.  Réponse  à  la  Pro- 
mise, chansonnette  ...      3  » 
Petit  format     i  » 

MORCEAUX  DE  PIANO  SEUL 

Chabrier,  Em.  Marche  des 

Cypages    .      .      .      .      .      .     7  5o 

Hitz,  F.  Op.  i38  L'oiseau- 
mouche,  caprice.      .      .      .     5     » 

Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Ch.  Lenepveu,  avec  par- 
tie d'harmonium  adlib    Net     2     » 

Missier,  B.  T.  Chanson 
Suisse Net     5     » 

—  Chanson  Havanaise        »       5 

—  »         Napolitaine      »       5     « 
Tiiuillier,     E.     Fèe    Alsa- 
cienne  5      rt 

Vincent,    Aug.    Op     64. 

Scherzo 5  » 

—  Op.  65.  Gavotte      ...  5  » 
'-   Op.  65.  Valse  Espagnole  .  6  » 


PIANO  A  4  MAINS 

Pr 
Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Lenepveu,  avec  harmo- 
nium adlib.  .  .  .  Net  3 
Thomé.  F.  Marche  triom- 
phale d'Aug. Vincent,  op.44   10 

DEUX  PIANOS  A  4  MAINS 
Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Ch.  Lenepveu,  avec  har- 
monium adlib  .  .  .  Net  4 
Ttromé,  F.  Marche  triom- 
phale d'Aug.  Vincent,  op.  44   12 

MUSIQUE  DE  DANSE 
Dessaux,    Louis.   Quatre 
danses  faciles  ■ 

No  I.   Quadrille.      ...      5 
No  2 .   Valse 3 


No  3 
No  4. 


Polka.      .      .      . 
Polka-Mazurka  . 


GRAND  ORGUE 
Salomé,  Th.  Op.  21.  Trois 

Canons      

-—  Op    25.  Première  grande 

sonate.      .^ 

VIOLON  ET  PIANO 
Danbé,  Jules.  Op.  3o,  n"  4. 
Petite  Valse 5 

—  Op.  21,  no  4.  Canzonetta  .     6 

MUSIQUE  MILITAIRE 
Wittmann.  Amour  et  prin- 
temps,   harmonie    ou    fan- 
fare  Net     3 

—  Placet,Patinsetfourriéres. 
Polka-Mazurka,  harmonie 
ou  fanfare ....     Net     2 


Prix 
Wittmann. Favarges. Op.  i 
Boléro,    harmonie   ou   fan- 
fare  Net     4     » 

^  Le  même  pour  orchestre 
(sous  presse) 

ŒUVRES  DE  P.  TSCHAIKOWSKY] 

Cent  vingt  morceaux  de  piano. 

Trois  concertos,  piano  et  orchestre. 

Cent  mélodies,  chant  et  piano. 

Six  duos  à  deux  voi.x. 

Trois  quatuors  à  cordes. 

Trio   pour  piano,  violon   et  violon- j 
celle. 

Quatre  pot'mes  symphoniques. 

Cinq  suites  d'orchestre 

Six  symphonies  à  grand  orchestre.. 

Trois  ballets  ;  le  Lac  des  Cygnes,  Il 
Belle  au  bois  dormant,  le  Cassq 
noisette. 

Neuf  opéras  :  le  Caprice  d'Oksàn^ 
Snegourotschka  ou  la  Fille  M 
Neige,  Vakoula  le  Forgeron,  On^ 
Ruine,  la  Dame  de  pique,  Jeann 
d'Arc,  Mazeppa,  la  "rscharodeik^ 
Yolande. 

OUVRAGES  POUR  SOL!  CHŒURS 
ET  ORCHESTRE 

Eecommandésaux  sociétés  pliUharmoni^ues  " 

Bernard,  E.  Op.  8.  La  Captivité  de 

Babylone 
Bourgault-Ducoudray.  Op.  5. 

Stabat  Mater. 
Lefebvre,  Cb.  Judith.  —  Eloa. 
Lenepveu,  Cb.  Jeanne  d'Arc. 
Marécbal,    H.   Le    Miracle    de 

—  Naïm.  La  Nativité, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


945 


NOUVEAUTES    MUSICALES 


PUBLIEES  PAR  LA  MAISON 


SCHOTT  FRÈRES.  ÉDITEURS,  82,  MONTAGNE  DE  LA  COUR,  BRUXELLES 

OTTO  /UNNE,   Thalstrasse,  21,  Leipzig- 


POUR  PIANO 

Dreyschock,   Félix,  An- 
dante  Religioso  .  .      .     i  35 

Le   Pas,  A.  Auliade    à    la 

fiancée i  35 

Lunssens,  M.   Marche  so- 
lennelle (FestMarsch)  .      .3  — 

Raif,   O     Op.    4    Suite  des 

Valses  à  4  mains.      .      .      .      3   — 

Streabbog,  L.  Albums  (à 
4  mains)  :  Le  Collier  de 
Perles  La  Corbeille  de 
Roses.  Fleur  de  Mai.  Les 
Oiseaux  de  Paradis.  Le 
Petit  Carnaval.  Les  Papil- 
lons. Les  Ktoiles  d'Or 
Chaque  album,  six  danses 
faciles 4  — 

VIOLON  ET  PIANO 

Accolay.J.  B.  Au  bord  du 

ruisseau,  idylle  .      .      .      .  3  5o 

—  La  Taglioni,  scène  de  ballet  2  — 
— Ruines  etSouvenirs, ballade  2  — 
— Rêverie  mélancolique  .  .  2  — 
— Légende  écossaise    ...  2  — 

—  Polonaise 2  — 


I  go 
I  75 
I   75 


Gabriel-Marie.   «   Impies 

sions,  »  6  morceaux 

N»  I .  Simplicité. 

N°  2.  Insouciance 

N"  3    Quiétude  . 

N°  4.  Souvenir   , 

N°  5.  Mélancolie 

N°  6.  Allégresse. 
Hermann,    Rob.    Petites 

Variations  pour  rire,  com 

posées  sur  sept  notes     . 
Jebin-Prume.  Romance   . 
Tball on,  R.  Romance 
Ventb,  C.  Trois  morceaux  : 

N"  I.  Chanson  sans  paKiles     i   35 

N"  2.  Chanson  du  soir  .      .      i   35 

N'  3.  La  Sérénala    ...     2  — 

—  Deux  Rhapsodies  : 

N"!  Sur  des  motifs  écossnis     i  go 
No  2.   Sur    des   motifs  sué-  " 

doix 3  75 

VIOLONCELLE   ET  PIANO 

Pangaert    d'Opdorp,   L. 

Mélodie    ......      I 

—  Souvenir  de  Spa  Annette 
et  Lnbinl.  pour  violoncelle 
et  hautbois 2 


35 


DIVERS  INSTRUMENTS 

Gilis,  A.  Symphonie  d'en- 
fants. Piano,  violons  I.  Il, 
ornitophone  et  triangles     .      ; 

Gobbaerts.  Op  33.  Concert 
dans  le  feuillage, pour  flûte 
et  piano 

Pietrapertosa.    12  Trans- 
criptions   pour    mandoline 
et  piano  : 
No     I.  Battmann,  L.,   Babil 

de  fauvette. 
No    2   Czibiilka.  A.,  Ga.votte 

Stéphanie  . 
No    3.  »     de  la  Princesse  . 
No    4.  Dupont,  A  ,  Chanson 
No    5.  Faucheux,  Nocturne. 
No    6.         ■•  RêveriQ   . 

No    7.  Flon,  P  ,  Le  Temps 

des  roses     . 
No    8.Ho//j«ff«,y  .Chanson 

d'amour. 
9.  Ludovic,  Marguerite 


No 
No  10. 


Rêve   d'un 


ange. 


1  75 

2  5o 

1  75 

2  00 
I  75 
I   75 

I  75 

I  75 
I   75 

I  75 


Paris,  ALPHONSE  LEDUC,  Editeur,  3,  rue  de  Grammont. 


NOUVEAUTÉS    MUSICALES 


MUSIQUE  POUR  PIANO 

Prix  Nets 

AXTHIOME  (E.)  Elégance,  valse 2  — 

DESLANDRES  (Ad.)  Air  de  ballet 2  — 

DIÉMER  (L.l  Op.  43   Pièce  en  forme  de  menuet  i  35 
—            Op.  44.  Réveil  sous  bois,  étude  de 

concert.     .           3    — 

GALEOTTl  (C.)  Op   89.  Hallucination.     .           .  i   55 
HUE  (G.)  Sérénade  (jouée  au  2»  acte  des  Roma- 
nesques)      ....     i     ....  I     » 
RATEZ  (E.)  Op.  27.  Sept  canons  à  tous  les  inter- 
valles.    ...          ......  2  — 

MUSIQUE   INSTRUMENTALE 
PALLIER  (H.)  Messe  nuptiale,  six  pièces  pour 

orgue-harmonium 2   — 

SALOMÉ   Th)  Douze  pièces  pour  grand  orgue  .     S  — 
SCHVARTZ  (E.)  Aubade,  trio  pour  piano,  violon 

et  violoncelle 2  5o 


CHANT  ET  PIANO 

Prix  nets 
(Chaque  mélodie  existe  en  deux  tons) 
DUBOIS  ;Th.)  Chanson  de  Printemps,  mélodie 

—  Extase,  mélodie    . 
Galop,  mélodie. 

—  Rondel,  mélodie    . 
LEROUX  (X  )  A  un  Enfant,  mélodie     . 

—  Chrysanthème,  mélodie 

—  Sérénade  

MlSSA-(Ed.)  Le  Marchand  de  sable,  petit 

à  une  ou  deux  voix  (ad  lib.) 
Le  même,  sans  accomp'  (f  in 
—  Les  Petits  Loups,  petit  chœur 

ou  deux  voix  (ad  lib.). 
Le  même,  sans  accomp'  (f*  in 
VIDAL  (P. I  Lou  Metjoun  (Le   Midi),  chœur  à 
quatre  voix  d'hommes.  La  partition 
Les  parties  de  voix  en  partition  , 


chœur 


à  une 


80) 


I   35 
I  65 


35 


I    25 
»   25 


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Paraissant  quatre  fois  par  an,   sous  la  direction  de  Ck.  M.    WIDOR 


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Ch.  TcUKNEMiRE  .     .  .     Sortie 


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Prélude  pastoral 
Offertoire  pascal 
Absoute 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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semaine 


JULES   PAINPARÉ 

Inspecteur    dos    musiques    do    l'arméo    belge 

Ex-chef  de  musique  du  6«-do  ligne 

REPRÉSENTANT  SPÉCIAL 

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Pianos  ÉRARD.  KAPS  et  BORD 

ET  DES 

Instruniciils  BESSON  de  Paris 

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J.-B.  KATTO,  éditeur  de  musique,  52,  rue  de  l'Ecu^er,  Bruxelles 

ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 

RÉPERTOIRE  DESIhANSÔNS  DU  CHAT  NOIR 

Chansons  de  MARCEL  LEFEVRE 

(DEUXIÈME  SÉRIE) 

r.  Enterrement  gai     ....     5  _     4.   Recette   pour  faire    un    dis- 

2.  Mélanie  à  la  représentation  cours  électoral  ....     3  — 

de  la  grande  opéra  .      .      .      3   —     5     Le  petit  employé  ....     3  — 

3.  Valse  des  bonnets  .      .     .     .     3  —     6.   L'Ouvreuse  ......     5   — 

Paris,  Colombier.  —  E.  Gallet,  successeur 

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du  Conservatoire  royal  de  Bruxelles 

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La  plus  grande  complaisance  est  recommandée   au  personnel 
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EiiVoi  franco  en  provi7ice  du  cnlatogiie  qui  vunl  de  paraître,  ainsi  que  des  écHanliUons  el  commandes  excédant  29  Ir 


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Robes  de  bal 

Sorties  de  bal  et  de  théâtre 
Boas  en  plumes,  tour  de  cou 
Châles  et  écharpes 
Soieries  et  velours 


Chapeaux  et  coiffures 
Parfumerie  et  mercerie 
G-anterie  et  fichils 
Eventails  et  fleurs 
Chaussures  et  souliers  de  bal 
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DIRECTEUR-RÉDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE     KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  HritxeVes 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IMBERT 

Rue  Btaurefajie.  33,  Paris 

N    LE  Kl  ME,  SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Serviêres 

Hugues  Imbert  —  H.  de  Curzon 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Guy  Ropartz  —  J.  Manskopf 
Van  Santen  Kolff— D''  Edm.  Rochlich 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten — Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

I.  Ragghianti  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

D''  Victor  Joss.  —  N.  Liez.  —  I.  Will 

Df  F.-V.  Dwelshauwers-Dery 

Ernest  Closson  ^  Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

J.   BrUNET   -   A.  WiLFORD,  ETC,   ETC. 


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40"  année  2  Décembre  1S94  .vuméro  , 


SOMMAIRE 


H.   Alvin    et   R.    Prieur.    —    Métronomie 
expérimentale  (suite). 

ttljrontquf  ftc  tu  Scm,iinc  :  Paris  :   Concert  Colonne, 
H.  Imbert:  Concert  Lamoureux,  Ernest  Thom.^s. 

—  Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :    Première   de  la  Navayyaise,  J.   Br.    — 
Concert  Joachim.  K.  M.  —  Octuor  vocal, 
Nouvelles  diverses. 

CorresponbillUfe  :  Anvers.   -    Gand.  —  Genève.   — 
Lille.-  Londres.  —  Nice.  —  Prague.   -  Tournai. 

—  Vienne. 
Nouvelles  diverses 
Bibliographie. 

Nécrologie  :  Ippolito  Ragghianti. 
Répertoire  des  théâtres. 


EN  VENTE,  à  Bruxelles  :  OfiSce  central,  rue  de  i'Ecuyer; 
et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de  Seine  ;  M  Çrasseur,  Galerie 
de  roiéon.  —  Luxembourg,  G.-D.  Simonis.  libraire.  — 
A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Hasrtel  ,Great  Malborought 
Street  ;  Schott  et  C,  Régent  street,  157  iSg.  —  A  Leipzig  ; 
Otto  Junne. — A  Munich  :  Josef  Seiling,  fournr  de  la  cour, 
Perusastrasse.  —  A  Prague  :  F.  A.  Urbanek.  -  A  Stras- 
bourg :  librairie  Aininel.  —  A  Amsterdam,  Algemeene 
Musikhandel,  Spui,  2.   —  A  La  Haye,  Belinfante  frères. 

—  A  Liège  ;  M"><"  veuve  Muraille,  rue  de  l'Université.  - 
A  Anvers:  M  Forst, place  de  Meir. — A  Gand  :  M'^  Beyer. 

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6,  rue  Grenus    —  a  Madrid  :  Ruiz  y  G",    Principe,  14. 

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pective  Newski.— A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Mexico; 
N.  Budin.  —  A  Montréal  :  La  Monta.;ne,  éditeur  rue 
Siint-Maurice,  149.  —  A  New- York  :  G.-E.  Stechert, 
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Le  numéro  :  40  centimes. 


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9&0 


LE  GUIDÉ  MUSICAL 


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PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


40"  ANNÉE.  —  Numéro  4g. 


2  Décembre  1894. 


MÉTRONOMIE  EXPÉRIMENTALE 

(Suite^  —  Voir  les  nos  44,  45,  ^6  47,  et  48 


Reproduction    interdite) 

ORCHESTRE  ET  CHANT 

Quelle  que  soit  la  façon  dont  les  voix 
sont  traitées  par  le  compositeur,  la  juxta- 
position à  l'orchestre  de  l'élément  vocal 
.présente,  au  point  de  vue  qui  nous  occupe, 
une  importance  très  considérable.  Ce  ne 
sont  pas  seulement  quelques  parties  nou- 
velles qui  s'introduisent  dans  l'édifice  sym- 
phonique  pour  le  compléter,  l'enrichir,  en 
fixer  le  sens  par  la  parole  ;  il  y  a  là  autre 
chose  qu'une  simple  addition,  car  l'élé- 
ment nouveau  diffère  de  ceux  auxquels  il 
s'ajoute.  L'ensemble  orchestre  et  chant  est 
moins  homogène  et  la  correction  des 
allures  métronomiques  devient  beaucoup 
plus  difficile  à  réaliser. 

Au  théâtre,  dans  l'opéra  ou  le  drame 
lyrique,  l'artiste  chargé  d'une  partie  vocale 
ne  doit  pas  se  borner  à  la  chanter;  il  doit 
en  outre  représenter  un  personnage.  Tan- 
dis que  le  musicien  de  l'orchestre  n'a  qu'à 
lire  sa  partie  et  à  jouer  de  son  instrument, 
le  chanteur,  au  contraire,  sans  texte  sous 
les  yeux,  doit  employer  en  même  temps  des 
moyens  d'expression  musicaux  et  scé- 
niques.  On  ne  saurait  demander  à  l'un  et  à 
l'autre  la  même  perfection  métronomique. 

La  réalisation  des  meilleurs  mouvements 
est  donc  rendue  plus  malaisée  par  l'hétéro- 
généité de  l'ensemble  et  par  les  obligations 
spéciales  des  chanteurs;  pour  obtenir   la 


même  rigueur  que  dans  les  œuvres  pure- 
ment symphoniques,  les  chanteurs  de- 
vraient avoir,  plus  développées  encore,  les 
qualités  «  musicales  »  des  instrumentistes 
de  l'orchestre. 

Or,  il  n'en  est  pas  souvent  ainsi,  surtout 
en  France.  Les  bons  instrumentistes  ne  sont 
pas  rares  ;  on  trouve  beaucoup  d'orchestres 
dont  les  éléinents  constitutifs  ne  laissent 
pour  ainsi  dire  rien  à  désirer.  Mais  sur 
quelle  scène  trouvera-t-on  un  ensemble 
d'artistes  chanteurs  dont  la  valeur  musi- 
cale soit  équivalente?  Sur  aucune,  peut- 
être.  D'une  part,  quelques  individualités 
distinguées,  très  en  vue,  que  nous  appelons 
«  étoiles  »,  sans  doute  parce  qu'elles  sont 
entourées  d'obscurités;  d'autre  part,  une 
réunion  d'artistes  dont  la  culture  musicale 
est  trop  souvent  rudimentaire,  aussi  peu 
respectueux  des  intentions  de  l'auteur  que 
de  l'autorité  du  chef.  Cette  différence  entre 
les  valeurs  respectives  des  instrumentistes 
et  des  chanteurs  ne  provient  pas  seulement 
d'études  plus  ou  moins  complètes  ;  elle 
tient  aussi  à  une  cause  plus  profonde.  C'est 
qu'en  effet,  outre  les  aptitudes  musicales, 
le  chanteur  doit  trouver  en  lui,  par  grâce 
de  nature,  son  propre  instrument.  Cette 
condition  essentielle  limite  les  choix;  la 
rare  qualité  d'une  voix  peut  assurer  à  l'ar- 
tiste qui  la  possède  des  engagements  et 
même  des  succès  que  l'infériorité  de  sa 
culture  et  la  médiocrité  de  son  style  sem- 
bleraient lui  interdire.  On  assure  même 
qu'en  certains  pays  des  motifs  étrangers  à 
l'art  musical  facilitent  à  des  artistes  de 
second  ordre  l'accès  des  scènes  les  plus 
importantes. 

Les  instrumentistes  et  les  chanteurs 
fussent-ils  même  d'égale  qualité,  l'œuvre 
lyrique  resterait  néanmoins  plus  exposée 
que  l'œuvre  purement  orchestrale  à  l'arbi- 
traire   et    au     désordre     métronomiques. 


952 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Incarnant  un  personnage  sous  les  yeux  du 
public,  le  chanteur,  même  instruit  et  capa- 
ble, se  permettra  des  altérations  de  mesure 
plus  facilement  qu'un  soliste  de  l'or- 
chestre. Si  sa  conscience  artistique,  son 
respect  du  texte,  sa  soumission  au  chef  ne 
le  retiennent  pas,  il  visera  l'effet  individuel 
au  détriment  du  bon  ensemble  ;  il  altérera 
les  nuances  métronomiques  aussi  bien  que 
les  nuances  sonores.  N'arrive-t-il  pas  trop 
souvent  que  ces  infidèles  interprètes  se 
taillent  un  succès  de  mauvais  aloi  aux 
dépens  de  l'œuvre,  imposant  leurs  ridicules 
exigences  à  leurs  camarades  et  à  leurs 
chefs,  habiles  courtisans  du  public,  mais 
traîtres  à  leurs  rôles?  Que  devient  la  métro- 
nomie  en  pareil  cas?  Hélas  !  on  le  devine  : 
une  caricature  incohérente,  une  outrageante 
insulte  aux  intentions  de  l'auteur  ! 

Ce  n'est  encore  que  demi-mal  lorsque 
l'orchestre  remplit  Je  modeste  rôle  d'une 
«  grande  guitare  »  d'accompagnement  sous 
la  mélodie  prépondérante  des  voix.  De 
maître  qu'il  doit  être,  le  chef  devient 
esclave;  mais  du  moins,  dans  ce  monde 
renversé,  l'orchestre  peut  encore  suivre  les 
parties  vocales  directrices  et  s'accommoder 
à  leurs  fantaisies.  Mais  quand  il  est  vrai- 
ment symphonique,  qu'il  a  de  son  côté  des 
idées  à  formuler  et  à  développer,  une  trame 
thématique  à  dérouler  régulièrement,  sa 
soumission  à  l'arbitraire  des  parties  vocales 
n'est  plus  possible.  Non  seulement  l'altéra- 
tion des  mouvements  s'oppose  alors  à  la 
bonne  et  claire  expression  de  la  partie 
orchestrale,  mais  même,  pour  peu  que  les 
discordances  s'accentuent,  il  y  a  rupture, 
dislocation  momentanée  ou  définitive  entre 
l'orchestre  et  les  voix.  Il  ne  faut  malheu- 
reusement pas  remonter  bien  haut  dans 
l'histoire  de  la  première  scène  parisienne 
pour  en  trouver  un  très  regrettable  exem- 
ple. Les  allures  incorrectes  dans  les  œuvres 
où  l'orchestre  joue  un  rôle  symphonique 
sont  extrêmement  fâcheuses,  puisqu'elles 
ne  sauraient  manquer  de  rendre  obscures 
ou  méconnaissables  les  idées  maîtresses  de 
l'œuvre;  et  c'est  à  cette  cause  que  nous 
attribuons  pour  une  large  part  l'infériorité 
relative  de  certaines  représentations  vs^agné- 
riennes  à  Paris. 


La  rectitude  métronomique  des  exécu- 
tions d'Allemagne  dont  nous  aurons  à  nous 
occuper  ici  est,  au  contraire,  des  plus  satis- 
faisantes, et  nous  en  rapporterons  plus 
loin,  dans  nos  comparaisons  chiffrées,  des 
preuves  nombreuses  et  irrécusables.  Satis- 
faisante, disons-nous,  mais  non  point,  bien 
entendu,  mathématiquement  parfaite  :  cette 
perfection  n'est  réalisée  ni  en  deçà  ni  au- 
delà  du  Rhin.  Elle  n'est  du  reste  pas  indis- 
pensable en  matière  musicale;  la  perfection 
acoustique  suffit. 

En  comparant  nos  extraits  relatifs  aux 
exécutions  d'œuvres  lyriques  avec  ceux 
qui  se  rapportent  aux  œuvres  purement 
orchestrales  et  surtout  au  quatuor,  le 
lecteur  appréciera  l'influence  perturbatrice 
exercée  dans  certains  cas  par  l'élément 
vocal.  Mais  il  ne  faut  jamais  oublier  que 
les  chiffres  cités  donnent  les  mouvements 
moyens  de  fragments  plus  ou  moins  éten- 
dus, quelquefois  très  courts,  mais  présen- 
tant toujours  une  certaine  durée.  Il  nous 
est  impossible  de  reproduire  ici  m  extenso 
tous  nos  documents  élémentaires;  mais 
ceux-ci  eux-mêmes  ne  représenteraient  pas 
encore  dans  toute  leur  variété  les  allures 
successives  d'instant  en  instant.  Cela  n'est 
pas  nécessaire,  il  est  vrai,  pour  définir  et 
comparer  les  vitesses  et  leurs  principales 
nuances  ;  mais  il  importe  que  le  lecteur  ne 
s'y  trompe  pas  et  assigne  à  nos  mesurages, 
généralement  résumés  ici,  leur  véritable 
caractère.  Un  exemple  le  fera  mieux  com- 
prendre encore. 

Prenons  quelques  lignes  d'une  partition 
quelconque  placées  d'un  bout  à  l'autre  sous 
la  même  nuance  métronomique  :  Accele- 
raiido.  —  Partageons  ce  passage  en  deux 
parties  et  mesurons  les  durées  d'exécution 
de  l'une  et  de  l'autre.  Le  calcul  des  mouve- 
ments locaux  correspondants  donnera,  je 
suppose,  J  =  60  pour  la  première  et  J  =  70 
pour  la  seconde.  Ces  deux  chiffres  suffisent 
à  nous  révéler  que  la  nuance  a  été  faite  (si 
nous  trouvions  l'inverse,  70  d'abord,  60  en- 
suite, nous  affirmerions  à  bon  droit  qu'elle 
a  été  violée).  Mais  ces  chiffres  sont  des 
moyennes,  et  l'allure  n'a  probablement  pas 
passé  brusquement,  de  la  fin  du  premier 
fragment  au  commencement  du  second,  de 


LE  aVWE  MUSICAL 


9o3 


60  à  70;  il  est  à  supposer,  au  contraire, 
qu'il  y  a  eu  entre  ces  deux  mouvements  une 
transition  progressive  que  les  chiffres  bruts 
n'indiquent  pas.  Pour  saisir  cette  transi- 
tion, il  faudrait  scinder  les  fragments  en 
intervalles  plus  petits  dont  on  mesurerait  à 
part  les  durées  élémentaires.  En  pratique, 
la  subdivision  n'est  possible  que  jusqu'à  un 
certain  degré  qui  dépend  à  la  fois  de  la 
précision  des  appareils  chronométriques 
employés  et  de  la  rapidité  des  modes  d'ins- 
cription dont  on  dispose  (i). 

Les  avantages  des  observations  multi- 
pliées ont  été  signalés  déjà,  et  nous  n'avons 
pas  à  y  revenir.  Disons  seulement  que  la 
plupart  des  nuances  raétronomiques  inté- 
ressantes sont  saisies  avec  exactitude  sans 
que  la  multiplicité  des  fragments  néces- 
saires pour  les  mettre  en  relief  devienne 
trop  gênante  pour  l'observateur. 

Ainsi,  on  ne  perdra  pas  de  vue  que  les 
chiflres  de  nos  tableaux  sont  des  moyennes, 
aussi  bien  pour  les  oeuvres  dont  nous  allons 
nous  occuper  que  pour  les  précédentes. 
Mais  ici,  ils  s'appliqueront  parfois  à  des 
fragments  plus  petits,  car  l'analyse  doit 
devenir  plus  pénétrante  pour  démêler  cer- 
taines influences  spéciales  plus  complexes. 

Après  ce  que  nous  avons  dit  plus  haut 
sur  le  rôle  de  l'élément  vocal,  si  facilement 
perturbateur,  on  ne  sera  pas  surpris  des 
quelques  discordances  métronomiques  re- 
ie.vées  dans  nos  comparaisons.  Mais,  pour 
les  bonnes  exécutions,  elles  restent  tou- 
jours peu  importantes  en  valeur  absolue, 
et  généralement  négligeables  au  point  de 
vue  acoustique.  La  loi  générale  :  condi- 
tionnement de  la  bonne  exécution  par  les 
mouvements,  recevra  donc  une  nouvelle 
confirmation.  Toutefois,  pour  les  oeuvres 

(i)  Il  serait  trop  long  d'expliquer  ici  en  détail  les 
moyens  qui  nous  ont  servi.  On  devine  sans  peine  qu'il 
'  faut  certaines  précautions  pour  obtenir  des  mesurages 
exacts  :  les  indications  chronométriques  doivent  être 
contrôlées  de  très  près  ;  des  instruments  ad  hoc  sont  par- 
fois indispensables  pour  lire  et  inscrire  les  durées  (par 
exemple  dans  la  salle  obscure  de  Bayreuth),  etc. 

Une  fois  les  observations  recueillies,  il  s'agit  de  les 
rapporter  au  métronome.  Les  calculs  nécessaires,  por- 
tant sur  des  milliers  de  nombres,  ont  été  faits  avec 
autant  de  célérité  que  d'exactitude  grâce  à  la  machine 
imaginée  spécialement  pour  cet  objet  par  M.  le  docteur 
J.  Alvin. 


lyriques,  la  tolérance  auditive  est  un  peu 
plus  large,  et  cela  compense,  dans  une  cer- 
taine mesure,  la  moindre  précision  réalisée 
par  les  interprètes.  De  légères  irrégularités 
d'allures,  sensibles  au  quatuor,  passent 
inaperçues  dans  l'œuvre  lyrique.  Car  l'audi- 
teur est  devenu  en  même  temps  specta- 
teur ;  son  oreille  est  sollicitée  à  la  fois  par 
le  texte  chanté  et  la  musique  ;  son  œil  est 
attiré  par  le  décor,  l'action  scénique,  etc. 
Une  imperfection  d'allure  ne  sera  nette- 
ment discernée  dans  ces  conditions  que  s'il 
y  a  faute  assez  grave. 

Pour  la  commodité  de  nos.  explications, 
nous  distinguerons  deux  genres  de  fautes 
métronomiques  :  l'erreur  et  le  contresens. 
Nous  appellerons  erreur  la  non-conformité 
suffisante  de  l'allure  avec  les  indications 
de  la  partition.  Il  y  aura  erreur  quand  on 
prendra  prestissimo  un  Allegro  comodo  ; 
quand  on  triplera  une  mesure  antérieure, 
alors  qu'il  est  écrit  de  la  doubler  ;  quand 
on  passera  de  J  -=  i5o  à  J  =  149  sur  un 
Molto  rallentando,  etc.  Ainsi,  en  cas  à'er- 
reiir,  les  interprètes  ne  serrent  pas  d'assez 
près  les  intentions  de  l'auteur,  et  l'inexacti- 
tude est  sensible  à  l'audition. 

Nous  réserverons  le  nom  de  contresens 
métronomique  au  fait  d'exécuter  contrai- 
rement à  l'indication  ;  par  exemple  :  ralen- 
tir sur  un  piii  allegro,  presser  sur  un  rallen- 
tando, altérer  très  sensiblement  l'allure  en 
l'absence  de  nuance  indiquée  ou  justifiée 
par  le  texte,  etc.  Dans  ces  divers  cas,  la 
faute  est  particulièrement  grave;  il  ne. 
s'agit  plus  seulement  d'une  insuffisante 
conformité  avec  le  sens,  mais  de  sa  viola- 
tion formelle. 

Il  est  clair  que  dans  toute  bonne  exécu- 
tion, et  c'est  le  cas  pour  nos  exemples 
d'Allemagne,  il  y  a  peu  d'erreurs  et,,  pour 
ainsi  dire,  pas  de  contresens  métrono- 
miques; la  concordance  est  très  grande. 
Quand,  au  contraire,  deux  exécutions  de  la 
même  œuvre  présentent  de  grands  écarts 
métronomiques,  on  peut,  en  général,  affir- 
mer que  l'une  d'elles  au  moins  fourmille 
d'erreurs  et  de  contresens.  Nous  aurons 
occasion  de  le  montrer. 

La  limite  de  tolérance  des  erreurs  est 
assez  large,  nous  l'avons  dit,  pour  l'œuvre 


951= 


LE  GUIDE  MUSICAL 


lyrique.  Il  est  telle  erreur,  même  fort  grave 
en  valeur  absolue,  qui  peut,  en  certaines 
circonstances,  échapper  à  l'auditeur.  En 
voici  un  exemple  entre  mille.  Nous  calcu- 
lions les  mouvements  de  la  Walkyrie 
{2"  acte),  d'après  deux  exécutions  suivies  à 
Munich,  et,  à  chacun  de  nos  petits  frag- 
ments, nous  comparions  les  allures  locales 
dans  les  deux  cas.  Nous  trouvions,  depuis 
longtemps  déjà  et  régulièrement,  des  nom- 
bres très  voisins.  Tout  à  coup,  à  notre 
grande  surprise,  le  calcul  nous  donne, 
pour  un  même  intervalle,  des  allures  abso- 
lument discordantes  :  environ  J  =  5o  pour 
l'une  des  exécutions,  J  =  80  pour  l'autre  ; 
puis,  dans  les  fragments  suivants,  l'accord 
presque  parfait  reparaît.  Aucun  doute, 
d'ailleurs,  sur  l'exécution  fautive  :  ce  de- 
vait être  la  première,  car,  dans  toutes  les 
deux,  les  allures  des  fragments  voisins  se 
rapprochaient  de  80  et  non  pas  de  5o.  Il 
était  vraiment  étrange  de  rencontrer  cette 
chute  brusque  de  80  à  5o  dans  la  série 
régulière  des  allures  de  la  première  inter- 
prétation ;  cette  anomalie  devait  être  expli- 
quée. Laissant  là  nos  tableaux  de  calcul, 
nous  avons  repris  la  partie  de  nos  notes 
relative  aux  observations  non  métrono- 
miques;  la  clef  du  mystère  s'y  trouvait, 
sous  la  forme  de  cette  brève  mention  : 
(1  Grane  se  fait  prier  pour  rentrer  ».  Et,  en 
effet,  le  coursier  de  Brunnhilde,  trop  peu 
docile,  avait  dû  retarder  de  quelques 
secondes  l'aparté  de  la  Walkyrie,  au  début 
de  la  scène  II.  Mais,  au  moment  de  ce 
petit  incident,  il  eût  été  bien  difficile  de 
saisir  par  l'oreille  seule  le  retard  métrono- 
mique,  et,  pour  ce  qui  nous  concerne,  nous 
ne  l'avions  pas  discerné.  Cependant,  pour 
une  symphonie,  une  œuvre  de  musique  de 
chambre,  l'intercalation  d'un  fragment  à 
J  =  5o  entre  deux  autres  à  J  =  80  ne  man- 
querait pas  de  frapper  un  auditeur  même 
peu  attentif. 

Si  l'intervention  des  parties  vocales  et 
des  exigences  scéniques  tend  à  diminuer 
la  rectitude  des  allures,  elle  rend,  en 
revanche  plus  vaste  et  plus  intéressant  le 
champ  des  investigations  possibles.  Voici 
quelques-uns  des  points  sur  lesquels  peut 
porter  l'analyse  : 


1°  Allures  de  l'orchestre  lorsqu'il  est 
momentanément  seul,  ou  presque  exclusif" 
vement  conducteur,  par  exemple  lorsque 
les  parties  vocales  sont  interrompues  par 
de  fréquents  tacet.  Retrouve-t-on  alors 
dans  chaque  représentation  la  rectitude 
et,  d'une  représentation  à  l'autre,  la  per- 
manence des  mouvements  constatés  dans 
les  œuvres  purement  instrumentales  ?Com- 
nie  on  le  verra,  la  réponse  est  affirmative 
pour  les  bonnes  exécutions. 

2°  Les  nuances  métronomiques  réalisées 
par  l'orchestre  restent-elles  bien  compa- 
rables pour  différentes  exécutions  de  la 
même  œuvre?  Oui  encore,  dans  les  bonnes 
exécutions  et  en  général  ;  mais  il  y  aura  des 
exceptions,  car  les  parties  vocales  pour- 
ront parfois  troubler  l'orchestre.  Dans 
l'immense  majorité  des  cas,  sous  la  direc- 
tion d'un  chef  énergique  et  expérimenté, 
l'orchestre  servira  pour  ainsi  dire  de  pivot; 
si,  par  exemple,  la  carrure  et  la  perma- 
nence des  allures  viennent  à  être  altérées 
par  les  chanteurs,  elles  reparaîtront  presque 
imraanquableiuent  dès  que  l'orchestre  sera 
seul  et  libre  ;  celui-ci,  à  travers  les  petites 
incorrections  qu'il  devra  subir,  retombera 
victorieusement  sur  les  mouvements  cor- 
rects dès  que  l'influence  perturbatrice 
aura  cessé.  Il  créera  de  la  sorte,  pour  ainsi 
dire  de  page  en  page,  des  repères  métrono- 
miques inébranlables,  limitant  les  écarts 
des  parties  vocales  qu'ils  encadrent  et 
assurant  la  rectitude  des  allures  dans  l'eii- 
semble  de  l'œuvre. 

3"  Lorsque  deux  chanteurs  différents 
sont  successivement  chargés,  avec  le  même 
orchestre  et  le  même  chef,  de  la  même 
partie  vocale,  les  mouvements  restent-ils  ; 
néanmoins  comparables?  Oui,  en  général, 
si  le  rôle  est  bien  compris  par  tous  lesi 
deux  ;  mais  les  nuances  métronomiques  de 
détail  comporteront  des  écarts  d'autant 
plus  nombreux  et  sensibles  que  le  rôle 
vocal  sera  plus  «  en  dehors  » . 

4°  Il  est  intéressant  de  rechercher  si, 
considéré  isolément  cette  fois,  quand  il  est 
presque  sohste,  le  bon  chanteur  nuance 
métronomiquement  avec  la  même  exacti- 
tude que  le  bon  orchestre.  On  pourra,  grâce 
aux  inesurages,  comparer  la  variation  des 


LE  GUIDE  MUSICAL 


955 


allures  ,du  chanteur  soit  avec  les  indica- 
tions formelles  de  la  partition,  soit  avec  le 
sens  du  texte  chanté  ;  reconnaître  comment 
tel  ou  tel  artiste  comprend  la  succession 
des  idées  exprimées  par  la  mélodie  ou  par 
le  livret,  comment  il  met  en  relief  certaines 
d'entre  elles  par  l'accélération  ou  le  ralen- 
tissement de  son  débit. 

Dans  les  œuvres  de  Wagner,  les  phéno- 
mènes de  ce  genre  ne  seront  révélés,  si 
Fexécution  est  bonne,  que  par  des  mesu- 
rages  précis  et  multipliés.  Les  écarts  cons- 
tatés entre  les  interprétations  vocales 
seront  faibles,  en  effet,  et  l'influence  indivi- 
duelle de  l'artiste  sera  quelquefois  insensi- 
ble, souvent  difficile  à  saisir. 

5°  On  pourra  se  proposer  d'étudier  les 
caractéristiques  métronomiques,  non  plus 
d'un  ou  plusieurs  artistes  chargés  du  même 
rôle,  mais  des  rôles  eux-mêmes  indépen- 
damment des  artistes  qui  les  tiennent. 
Dans  une  même  scène  entre  plusieurs  per- 
sonnages, sous  la  même  rubrique  générale 
de  mouvement  (Moderato,  par  exemple), 
tous  les  personnages  suivront-ils  indistinc- 
tement la  même  allure?  ou  bien  chacun 
d'eux  imprimera-t-il  tour  à  tour  à  la  car- 
rure générale  une  flexion  délicate,  mais 
sensible?  La  noblesse  sérieuse  de  Wotan, 
la  barbare  lourdeur  de  Fafner,  la  franchise 
primesautière  de  Siegfried,  la  pétulance 
rusée  de  Loge,  dans  un  même  morceau 
sous  une  même  rubrique,  ne  seront-elles 
pas  souvent  caractérisées,  si  les  artistes 
comprennent  bien  leurs  rôles,  par  de  petites 
nuances  métronomiques? 

6°  Existe-t-il  quelque  relation,  directe  ou 
éloignée,  entre  les  leit-motive  mélodiques 
ou  harmoniques  et  les  mouvements  des 
passages  qui  les  rappellent?  Dans  quelles 
circonstances  et  dans  quelles  limites  con- 
servent-ils avec  leurs  formes  d'origine  une 
parenté  métronomique  reconnaissable? 

7°  Dans  les  bonnes  exécutions,  comment 
sont  résolus  les  problèmes  métronomiques 
si  fréquents  :  j  =  J,  J.  =  ^,  etc.  ?  Wagner, 
nous  l'avons  dit,  attachait  une  importance 
capitale  aux  modifications  des  mouve- 
ments; mais  en  fait,  pour  le  drame  lyrique, 
peut-on  satisfaire  avec  une  exactitude  suffi- 
sante aux  exigences  impératives  du  Maître? 


Nous  sommes  obligés  d'écourter  notre 
énumération.  Mais  nous  en  avons  dit  assez 
pour  montrer  que  le  champ  des  recherches 
est  aussi  vaste  qu'intéressant  ;  son  explora- 
tion complète  dépasserait  de  beaucoup  le 
cadre  de  la  présente  étude. 

[A  suivre.)  H.  Alvin  et  R.   Prieur. 


Chronique  oe  la  Semaine 


PARIS 

CONCERT  COLONNE 

Cycle  Berlioz.  —  Roméo  et  Juliette,  symphonie  drama- 
tique, d'après  la  tragédie  de  Shakespeare,  paroles  de 
Emile  Deschamps,  musique  de  Hector  Berlioz. 

A  une  époque  où  les  œuvres  du  rénovateur  du 
drame  lyrique,  Richard  Wagner,  sont  exécutées 
en  France  au  théâtre  et  au  concert,  il  n'était  que 
juste  de  voir  une  manifestation  s'organiser  en 
faveur  du  créateur  de  la  symphonie  drama- 
tique, Hector  Berlioz.  N'oublions  jamais  que, 
dans  rhistoire  de  la  musique  française,  la  pre- 
mière place  lui  revient. 

Il  appartenait  à  celui  qui  a  dii  sa  fortune  au 
maître  de  la  Côte  Saint- André  d'être  le  promo- 
teur de  cet  hommage  rendu  à  sa  mémoire. 
M.  Edouard  Colonne  s'est  dit  que,  si  Félix 
Mottl,  à  Carlsruhe,  avait  présenté  au  public 
allemand  les  œuvres  de  notre  illustre  compa- 
triote, il  était  nécessaire  qu'à  Paris  un  cycle  de 
ses  maîtresses  pages  fût  donné  dans  la  salle 
même  où  leur  première  apparition  fut  saluée 
par  les  applaudissements  enthousiastes  de  la 
foule. 

M.  Ed.  Colonne  a  débuté,  le  dimanche 
25  novembre,  par  l'exécution  de  Roméo  et 
Juliette,  symphonie  dramatique  dont  la  belle 
Henriette  Smithson  inspira,  en  1829,  les  pre- 
mières ébauches,  mais  qui  ne  fut  terminée 
qu'en  i838  et  dédiée  à  Nicolo  Paganini.  Hector 
Berlioz,  dans  ses  Mémoires,  si  pleins  d'intérêt, 
mais  souvent  sujets  à  caution,  s'est  bien  défendu 
d'avoir  prononcé,  après  la  représentation  de 
Roméo  et  Juliette,  de  Shakespeare  à  l'Odéon, 
(avec  Henriette  Smithson  dans  le  rôle  de  Ju- 
liette), la  phrase  suivante  :  «  Cette  femme,  je 
l'épouserai,  et  sur  ce  drame  j'écrirai  ma  plus 
vaste  symphonie.  »  M.  E.  Hippeau,  dans  son 
beau  livre  sur  Berlioz,  a  prouvé  par  des  cita- 
tions tirées  de  divers  documents  et,  notam- 
ment, d'une  lettre  même  du  compositeur 
adressée  en  1S29  à  Humbert  Ferrand,  que  les 


LE  GUIDE  MVSICAL 


paroles  relatées  ci-dessus  ont  dû  être  prononcées 
par  Berlioz,  "et  qu'en  tout  cas,  les  premières 
tentatives  de  composition  remontent  bien  à 
l'année  1829.  On  sait  également  que,  s'il  ter- 
mina en  i838  Roméo  et  Juliette  et  la  dédia  à 
Paganini,  ce  tut  pour  témoigner  toute  sa  recon- 
naissance au  grand  virtuose  qui,  après  avoir 
entendu  au  Conservatoire,  le  16  décembre  i838, 
la  symphonie  à'Harold  en  Italie,  fut  si  enthou- 
siasmé qu'il  lui  fit  remettre  une  somme  de 
vingt  mille  francs. 

Nous  serions  tenté  d'adresser  un  léger 
reproche  à  M.  Ed.  Colonne.  Pourquoi,  sur  le 
programme,  donner  à  Roméo  et  Juliette  le  titre 
de  drame  lyrique,  alors  que  l'auteur  lui-même 
a  eu  le  soin  de  désigner  l'œuvre,  et  cela  très 
justement,  sous  le  nom  de  Symphonie  drama- 
tique? Les  Nibelungen,  Tristan  et  Jseult, 
l'arsifal voilà  les  véritables  drames  lyri- 
ques !  Harold  en  Italie,  Roméo  et  Juliette,  la 

Damnation  de  Faust sont,  au  contiaire, 

des  légendes  ou  symphonies  dramatiques  avec 
soli  et  chœurs,  écrites  non  pour  la  scène,  mais 
pour  le  concert.  Berlioz  a,  du  reste,  expliqué, 
dans  les  lignes  placées  en  tête  du  livret  (i83g) 
et  de  la  grande  partition,  le  but  qu'il  a  pour- 
suivi. Nous  croyons  devoir  en  donner  le  para- 
graphe final  :  «  Si,  dans  les  scènes  célèbres  du 
jardin  et  du  cimetière,  le  dialogue  des  deux 
amants,  les  a  parte  de  Juliette  et  les  élans  pas- 
sionnés de  Roméo  ne  sont  pas  chantés,  si  enfin 
les  duos  d'amour  et  de  désespoir  sont  confiés  à 
l'orchestre,  les  raisons  en  sont  nombreuses  et 
faciles  à  saisir.  C'est  d'abord  ^et  ce  motif  seul 
suffirait  à  la  justification  de  l'auteur)  parce  qu'il 
s'agit  d'une  symphonie  et  non  d'un  opéra.  En- 
suite, les  duos  de  cette  nature  ayant  été  traités 
mille  fois  vocalement  et  par  les  plus  grands 
maîtres,  il  était  prudent  autant  que  curieux  de 
tenter  un  autre  mode  d'expression.  C'est  aussi 
parce  que  la  sublimité  même  de  cet  amour  en 
rendait  la  peinture  si  dangereuse  pour  le  musi- 
cien qu'il  a  dti  donner  à  sa  fantaisie  une  lati- 
tude que  le  sens  positif  des  paroles  chantées 
ne  lui  eût  pas  laissée,  et  recourir  à  la  langue 
instrumentale,  langue  plus  riche,  plus  variée, 
irioins  arrêtée  et,  par  son  vague  même,  incom- 
parablement plus  puissante  en  pareil  cas.  » 

Qui  ne  connaît  les  belles  pages  de  cette 
œuvre  !  L'introduction  orchestrale  dans  la- 
quelle les  altos,  violoncelles  et  violons  dessi- 
nent successivement  un  motif  plein  d'agitation, 
donnant  l'impression  du  tumulte  et  du  combat 
entre  les  Capulets  et  les  Montaigus,  l'interven- 
tion du  prince  confiée  aux  cuivres,  puis  le 
retour  du  premier  motif  s'éteignant  insensible- 


ment, —  l'émouvant  Prologue,  où  les  voix 
entrent  à  l'unisson  et  qui  a  dû  inspirer  à  Gou- 
nod  la  belle  page  initiale  de  son  opéra,  les 
Strophes  pour  contralto  avec  accompagne- 
ment des  harpes,  et  la  jolie  phrase  de  violon- 
celle au  deuxième  couplet,  fort  bien  dites  par 
Mme  Auguez  de  Montalant,  —  hommage  rendu 
par  Berlioz  au  génie  de  Shakespeare,  —  et 
enfin  le  fin  et  original  scherzo  de  la  Reine 
Mab,  que  M.  Engel  a  bien  détaillé. 

On  a  tout  dit  sur  ces  merveilleux  morceaux 
d'orchestre  de  la  première  partie,  dépeignant 
la  tristesse  de  Roméo,  la  fête  chez  Capulet,  la 
Nuit  sereine  avec  les  voix  des  Capulets  se  fai- 
sant entendre  au  loin,  la  scène  d'amour,  puis 
la  reine  Mab  ou  la  Fée  des  songes.  On  pour- 
rait s'arrêter,  en  dehors  des  pages  souvent 
signalées,  sur  le  chant  du  hautbois,  fort  bien 
soupiré  par  M.  Longy,  sur  de  curieux  effets 
de  basson  qui  laissent  entrevoir  l'étude  qu'en  a  ■ 
faite  Vincent  d'Indy,  le  mouvement  descen- 
dant et  persistant  des  contrebasses  et  des  vio- 
loncelles. Tout  en  admirant  les  caressantes  et 
troublantes  harmonies  de  la  Nuit  sereine  et  de 
la  scène  d'amour,  il  serait  peut-être  permis  de 
regretter  que  Berlioz  leur  ait  donné  un  peu 
trop  de  développement .  Mais  cette  scène 
d'amour  n'en  est  pas  moins,  comme  l'exprime 
si  bien  M.  Ad.  JuUien  dans  son  bel  ouvrage 
sur  Berlioz,  «  une  création  unique  dans  l'art 
musical,  par  l'intensité,  le  rayonnement  de 
l'expression  orchestrale,  par  la  transfiguration 
de  simples  instruments,  qui  semblent  avoir 
une  âme,  une  voix,  et  s'animer  presque  au 
souffle  de  Berlioz  ». 

La  seconde  et  dernière  partie  est  non  moins 
belle.  Le  convoi  funèbre  de  Juliette,  dans 
lequel  les  chœurs  psalmodient  sur  la  note  mi 
ces  mots  :  «  Jetez  des  fleurs  »,  alors  que  l'or- 
chestre exhale  un  chant  éploré,  la  superbe 
entrée  du  chœur  dans  la  scène  du  cimetière, 
l'intervention  magistrale  du  père  Laurence, 
qu'a  fait  valoir  la  belle  diction  de  M.  Fournets, 
et,  enfin,  le  serment  de  réconciliation,  sont  t 
une  magnifique  péroraison  à  une  œuvre  qui  est  t 
peut-être,  avec  la  Damnation  de  Faust,  la 
plus  puissante  et  la  plus  géniale  création  d'Hec- 
tor Berlioz.  Le  public  du  Chàtelet  lui  a  fait  un 
accueil  des  plus  chaleureux. 

Hugues  Imbert. 

concerts-lamoureux 
La  conduite  de  M.  Lamoureux  à  l'égard  dés 
compositeurs  français  nous  semble  de  plus  en, 
plus    étrange,    de  plus    en  plus  énigmatique. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


957 


Pêche-t-il  par  ignorance  ?  Est-ce  chez  lui  incons- 
cionce  absolue?  Ou  bien  cherche-t-il  à  jeter  la 
défaveur  sur  la  musique  de  notre  pays  et  à  la 
sacrifier  au  profit  exclusif  des  œuvres  étran- 
gères ? 

Nous  ne  savions  vraiment  pas  à  laquelle  de 
ces  trois  hypothèses  nous  arrêter,  en  assistant, 
dimanche  dernier,  à  l'exécution  d'une  œuvre 
qui  figurait  sur  le  programme  entre  une  ouver- 
ture de  Gluck  et  un  concerto  de  Beethoven.  Il 
s'agit  de  la  scène  à'HoT  ace  que  M .  Camille  Saint- 
Saëns  écrivit,  il  y  a  une  quarantaine  d'années, 
sur  le  texte  même  de  Corneille.  C'est  un  péché 
de  jeunesse,  soit  ;  on  pardonne  tout  à  la  jeu- 
nesse, même  la  profanation  des  œuvres  de 
génie.  Mais  les  reproches  violents  qui  furent 
adressés  à  M.  Massenet  pour  avoir,  dans  son 
opéra  du  Cicî,  mis  en  musique  quelques  vers 
du  grand  auteur  tragique,  auraient  dtà  servir  de 
leçon  à  M.  Saint-Saëns  et  l'engager  à  enfouir 
d'une  façon  définitive,  au  fond  de  ses  tiroirs, 
cette  méchante  partitionnette.  Et  puis,  est-il 
donc  indispensable,  quand  on  a  écrit  la  sympho- 
nie en  ut  mineur,  de  faire  savoir  au  public  qu'on 
a  été  capable,  jadis,  de  pasticher  le  style  de 
Meyerbeer?  M.  Lamoureux  n'a  d'ailleurs  point 
fait  violence  à  l'auteur,  comme  on  aurait  pu  le 
croire,  pour  obtenir  de  lui  qu'il  exhumât  cette 
composition,  puisque  tout  récemment  M.  Saint- 
Saëns  transposait  pour  mezzo-soprano  la  par- 
tie de  Camille,  dans  le  but  de  la  faire  interpréter 
par  M™e  Iléglon  au  concert  du  Cirque  d'Eté. 
Mais  une  partie  du  public  se  refusant  à  jouer 
le  rôle  de  dupe,  a  manifesté  d'une  façon  très 
nette,  quoique  peut-être  un  peu  brutale,  son 
mécontentement  bien  légitime,  car  des  sifflets 
ou  tout  au  moins  des  chut  très  significatifs  se 
sont  fait  entendre  à  la  fin  du  morceau.  Quant 
aux  interprètes,  M™^  Héglon  et  M.  Noté,  ils  ont 
fait  de  louables  efforts  pour  donner  un  peu  de 
relief  à  cette  musique  vieillotte,  plate  et  préten- 
tieuse. Voilà  donc,  sans  aucun  doute,  la  scène 
d'Horace  définitivement  enterrée.  Que  M.  La- 
moureux profite  de  cette  mésaventure,  et  qu'il 
répare  sa  bévue  en  nous  donnant  le  plus  tôt 
possible  une  œuvre  de  Saint-Saëns...  dernière 
manière,  et  nous  continuerons,  comme  par  le 
passé,  à  couv7'ir  de  fleurs  l'illustre  composi- 
teur (i). 

C'est  par  une  bonne  exécution  de  l'ouverture 
à'Iphigénie  en  Aulide  que  la  séance  musicale 
a  commencé.  On  souhaiterait  entendre  plus  sou- 
vent dans  nos  concerts  quelques  pages  impor- 
tantes de  Gluck,  puisqu'il  nous  faut  renoncer 

(i)  Voir  la  lettre  de  M.  Saint-Saëns  (Echo  de  Paris,  zS 
novembre  1894). 


à  l'espoir  de  voir  jamais  représenter  sur  la 
scène  de  l'Opéra  une  œuvre  entière  de  celui  qui 
personnifie  la  révolution  musicale  du  siècle 
dernier. 

M.  Hugo  Heermann,  grand  ami  de  Brahms, 
dont  la  réputation  est  universelle  en  Alle- 
magne, et  qui  dirige,  à  Francfort,  le  remar- 
quable quatuor  qui  porte  son  nom  a  interprété 
d'une  façon  merveilleuse  le  concerto  pour 
violon  de  Beethoven.  Cet  artiste  n'est  point 
un  virtuose,  au  sens  que  nous  attachons  à  ce 
mot,  car  il  joue  sans  pose,  sans  contorsions, 
sans  grands  gestes;  et  son  style  sévère,  d'une 
pureté  remarquable,  est  exempt  de  cette 
mièvrerie  que  nous  prisons  tant,  que  certains 
considèrent  même  comme  la  caractéristique  du 
talent.  Il  n'est  pas  atteint  non  plus  de  cette 
détestable  manie  des  nuances,  si  fort  en  hon- 
neur chez  nous,  et  grâce  à  laquelle  la  plupart 
de  nos  artistes,  chanteurs  ou  instrumentistes, 
arrivent  à  dénaturer  les  œuvres  qu'ils  inter- 
prètent, en  cherchant  à  découvrir  dans  chaque 
mesure,  dans  chaque  note  même,  une  intention 
particulière  de  l'auteur  ;  ce  qui  faisait  dire  à  un 
personnage  qui  occupe  une  très  haute  position 
au  Conservatoire  de  Paris  :  «  Quel  ministre 
nous  donnera  donc  un  professeur  d'anti- 
miaitces!  »  M.Hugo  Heermann  s'est  imposé  au 
public  par  l'excellence  de  sa  méthode  et  l'a 
bientôt  charmé  par  la  finesse  et  la  sûreté  de 
son  jeu.  Aussi  son  succès  a-til  été  complet. 

Nous  voudrions  pouvoir  en  dire  autant  des 
interprètes  du  premier  tableau  de  V Or  du  Rhin. 
C'est,  bien  au  contraire,  un  échec  qu'il  nous 
faut  enregistrer,  échec  pour  les  artistes  du 
chant,  pour  les  musiciens  de  l'orchestre  et 
pour  le  chef  lui-même,  M.  Lamoureux;  enfin 
échec  pour  tous,  excepté  cependant  pour 
Mme  Héglon,  qui  jusqu'au  bout  a  su  tenir  son 
rôle  avec  beaucoup  de  vaillance  et  de  talent,  et 
sans  laquelle  nous  aurions  assisté  aune  déroute 
complète.  Après  une  paieille  audition,  il  est 
bien  difficile  d'avoir  une  idée  exacte  des 
beautés  que  renferment  ces  pages  pleines  de 
lumière,  de  couleur  et  de  vie,  dans  lesquelles 
Wagner  a  rendu  avec  une  vérité  saisissante  et 
un  charme  merveilleux  le  calme  qui  règne  au 
fond  des  eaux,  le  doux  bercement  des  vagues, 
les  joyeux  ébats  des  filles  du  Rhin,  ^préposées 
à  la  garde  du  trésor  dont  l'éclat  fascine  le 
regard  d'Alberich,  la  rage  impuissante  de  ce 
dernier,  objet  de  la  raillerie  des  coquettes 
ondines,  puis  la  victoire  du  Nibelung  qui  finit 
par  s'emparer  de  l'éblouissant  et  précieux 
métal. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Seule,  avons-nous  dit,  M™e  Région  (Floss- 
hilde)  s'est  montrée  à  la  hauteur  de  sa  tâche. 
Quant  à  ses  compagnes,  M"«s  Tarquini  d'Or 
(Welgunde)  et  Le  Roux- Corso  (Woglinde),  la 
dernière  surtout,  elles  ont  été  d'une  médiocrité 
désespérante.  Après  un  pareil  essai,  elles 
doivent  renoncer  bien  vite  et  pour  toujours  à 
interpréter  la  musique  de  Wagner.  M.  Noté  est 
très  capable  de  chanter  Alberich,  mais  il  avait 
eu  le  grand  tort  de  ne  pas  étudier  suffisamment 
son  rôle. 

De  son  côté,  l'orchestre  n'a  pas  donné  ce 
qu'on  était  en  droit  d'attendre  de  lui  ;  nous 
n'étions  pas,  en  effet,  habitué  de  sa  part  à 
autant  d'incertitude  et  d'indécision.  Partout  on 
sentait  l'hésitation,  aussi  bien  chez  le  chef  que 
parmi  les  musiciens. 

M.  Lamoureux  a  donc  à  prendre  une 
revanche,  car,  il  nous  faut  bien  l'avouer, 
depuis  des  années  que  nous  suivons  ses  con- 
certs, nous  n'avions  jamais  assisté  à  une  aussi 
pitoyable  exécution.  Ernest  Thomas. 

Nous  avons  assisté,  le  24  novembre,  à  un 
concert  donné  par  la  Société  chorale  l'Euterpe, 
dans  la  salle  de  l'Union  chrétienne,  rue  de 
Trévise.  L'auditoire,  fort  nombreux,  a  écouté 
avec  une  attention  mêlée  d'un  respect  religieux, 
la  cantate  de  Bach,  Actus  tragicus,  dont  l'in- 
terprétation mérite  tous  les  éloges.  Signalons 
parmi  les  solistes  M.  Drouville,  à  qui  était 
confiée  la  partie  de  ténor. 

Venait  ensuite  l'éxjithalame  de  Gwevdoline, 
dont  le  style  moderne  faisait  un  piquant  con- 
traste avec  l'œuvre  précédente.  Pour  répondre 
au  désir  du  public,  on  a  redit  une  bonne  partie 
de  cette  belle  page  du  pauvre  Chabrier. 

Une  jeune  violoncelliste  détalent,  MH=  Mar- 
guerite Chaigneau,  s'est  fait  applaudir  en  exé- 
cutant le  Cygne,  de  Saint-Saëns;  elle  a  été 
moins  heureuse  dans  la  Tarentelle,  de  Pop- 
per. 

Un  chœur  de  Gounod,  Près  du  fleuve 
étranger,  admirablement  écrit  pour  les  masses 
chorales,  terminait  cette  charmante  soirée  musi- 
cale. E.  Th. 


Il  est  question  de  reprendre  cette  année,  à 
rOpéra-Comique,  un  grand  ouvrage  de  M. 
Saint-Saëns,  mais  la  direction  hésite  entre 
Proserpine  et  la  Timbale  d'argent. 

La  Timbale  d'argent,  qui  fut  représentée 
pour  la  première  fois  le  22  février  1877  sur  le 
Théâtre  national  lyrique  (Gaîté),  et  qui  eut  un 
très   vif  succès  à  Bruxelles,  est  un  opéra  fan- 


tastique en  quatre    actes  de   MM.  Barbier  et 
Carré. 

Proserpine  fut  jouée  dix  ans  plus  tard,  en 
1887,  sur  le  théâtre  de  l'Opéra-Comique.  Elle  a 
subi  quelques  remaniements  et  va  être  donnée 
sous  sa  nouvelle  forme  au  théâtre  du  Capitole 
de  Toulouse. 

Nous  avons  annoncé  que  le  Tannhœtcser  ■ 
serait  donné  en  avril  prochain  à  l'Opéra  de 
Paris  à  la  place  de  Tristan  etiseult.  Le  Jour- 
nal des  Débats  donne  la  distribution  suivante 
de  l'œuvre  :  MM.  Van  Dyck  (Tannhasuser), 
Renaud  (Wolfram),  Delmas  (le  Landgrave); 
Mn"î  Caron  (Elisabeth),  et  Bréval  (VénusJ. 

•f 

Les  chanteurs  de  Saint-Gervais  exécuteront,  le 
lundi  3  décembre,  à  Saint  Gervais,  à  dix  heures, 
la  célèbre  Messe  du  Pape  Marcel  de  Palestrina,  et 
divers  motets. 

Une   quête  sera  faite    au  bénéfice  de  la  Schola  . 
caniorum,     société    fondée    par    MM.     Guilmaut, 
prince    de  Polignac,    Bourgault-Ducoudiay,  Vin- 
cent dindy,  de  Boisjoslin,  Ch.  Bordes,  etc.,  pour  ■ 
la  restauration  du  chant  grégorien  et  de  la  musique 
palestrinienne  dans  les  églises. 


BRUXELLES 

THÉÂTRE    ROYAL    DE    LA    MONNAIE 

La  Navarraise,  épisode  lyrique  en  2  actes,  poème  de 
Jules  Claretie  et  Henri  Caïn,  musique  de  Jules  Mas- 
senet  (i). 

1.3. Navarraise  est  une  Cavalleriarusticana 
dont  l'action  se  passe  en  Biscaye,  sans  que  la 
musique  en  soit  espagnole.  Elle  n'est  même 
pas  française.  C'est  du  sous-Mascagni. 

Comment  un  musicien  de  talent  comme 
M.  Massenet  a-t-il  pu  en  arriver  là  ?  Les  lau- 
riers glanés  par  le  jeune  maestro  dans  la  plu- 
part des  capitales  européeiines  —  et  même 
d'outre-mer  —  portaient-ils  ombrage  à  sa 
gloire  ?  A-t-il  voulu  donner  une  preuve  de  plus 
de  son  étonnante  facilité  à...  s'assimiler  la  ma-' 
nière  des  autres?  Ou  plutôt  le  succès,  très 
lucratif,  du  compositeur  italien  ne  lui  a-t-il  pas 
fait  croire  qu'il  y  avait,  dans  ce  genre  nouveau, 
—  un  très  mauvais  genre,  — une  veine  «  produc- 
tive I)  à  exploiter?  De  toutes  ces  hypothèses, 
c'est  —  hélas  !  —  la  dernière  qui  paraît  la  plus 
vraisemblable.  Elle  ne  saurait  suffire  à  excuser 

(i)  Représenté  pour  la  première  fois  en  juin  1894  sur 
le  théâtre  de  Covent  Garden,  à  Londres. 


LE  GUIDE  MVSIGAL 


959 


la  peu  artistique  tentative  du  compositeur 
français.  Et  quelle  que  soit  la  valeur  relative 
des  deux  opéras  dont  le  parallèle  s'établit  fata- 
lement, M.  Mascagni  aura, en  tous  cas,  sur  son 
concurrent,  l'avantage  d'avoir  été  le  premier  en 
date,  et  surtout  celui  d'avoir  écrit  son  œuvre 
en  toute  sincérité,  suivant  son  propre  tempé- 
rament :  ce  n'est  pas  lui  qu'on  accusera  d'imi- 
tation, de  plagiat  ! 

Le  sujet  de  la  Navarraise  a  été  tiré  par 
M.  Caïn  d'une  nouvelle  de  Jules  Claretie,  la 
Cigarette,  ayant  pour  cadre  un  épisode  de  la 
guerre  carliste.  Le  voici  en  deux,  mots  :  la 
Navarraise,  une  bohémienne  sans  nom,  sans 
famille,  aime  éperdument  un  soldat  de  l'armée 
libérale  et  en  est  aimé.  Mais  le  père  du  soldat, 
pour  faire  obstacle  à  ces  amours,  déclare  qu'il 
n'acceptera  la  jeune  fille  pour  bru  que  le  jour 
où  elle  lui  appoitera  comme  dot  une  somme  de 
2,000  dourosl  La  pauvre  fille  va  se  retirer,  lors- 
qu'elle entend  le  général  espagnol,  dont  les 
troupes  viennent  d'essu5'er  un  échec  de  la  part 
f  des  carlistes,  promettre  une  fortune  à  celui  qui 
tuerait  leur  chef.  La  Navarraise,  inspirée  par 
l'amour,  n'hésite  pas  à  tuer  le  général  carliste. 
Elle  touche  la  récompense  promise,  —  les 
2,000  douros  de  sa  dot.  Araquil,  le  jeune  sol- 
dat, qu'on  ramène  mortellement  blessé,  la 
voyant  en  possession  de  cet  argent,  croit  à  son 
déshonneur  ;  mais  bientôt  la  nouvelle  de  la 
mort  du  chef  carliste  lui  fait  deviner  la  vérité. 
Il  meurt  en  maudissant  la  criminelle,  qui,  folle 
de  douleur,  se  précipite  sur  le  cadavre  du  bien- 
aimé. 

Les  points  de  contact  entre  les  deux  œuvres 
que  nous  rapprochons  plus  haut  sont  nom- 
breux et  frappants  ;  ils  existent  à  la  fois  dans  la 
manière  dont  le  livret  et  la  partie  musicale  ont 
été  traités. 

Des  deux  côtés,  un  fait  divers  sombre  et 
brutal,  tout  imprégné  de  la  fougue  des  carac- 
tères méridionaux;  une  action  peu  complexe, 
découpée  en  une  série  de  scènes  à  arêtes  vives, 
se  succédant  en  oppositions  violentes  et  vou- 
lues, mettant  les  passions  brusquement  aux 
prises,  ne  faisant  qu'esquisser  les  personnages 
en  traits  rapides,  sans  analyser  leur  étatd'àme, 
et  ne  nous  montrant  de  celui-ci  que  les  mani- 
festations matérielles,  tout  extérieures.  En  un 
mot,  une  suite  de  tableaux  animés,  traités  à 
l'emporte-pièce,  et  impressionnant  plus  les  sens 
que  l'esprit  :  du  mélodrame-express,  plus  ou 
moins  mis  en  musique. 

Détail  piquant  :  les  deux  œuvres  ont  abso- 
lument la  même  coupe;  et,  dans  la  Navarraise 
comme  dans  Cfl^fl/Zma, l'action  est  unmoment 
interrompue  pour  faire  place  à  un  intermède 


musical  qui  s'exécute  le  rideau  levé,  et  que 
motive  ici  le  repos  des  soldats,  accompagné  par 
une  page  symphonique  en  forme  de  nocturne, 
d'un  dessin  bien  banal  ;  malgré  l'intérêt  d'une 
instrumentation  d'ailleurs  assez  alambiquée 
et  prétentieuse,  nous  ne  serions  pas  loin 
de  lui  préférer  le  coupable  intermède  de 
Mascagni  ;  pour  les  spectateurs  auxquels 
s'adressent  ces  sortes  de  morceaux,  il  ne  sau- 
rait y  avoir  d'hésitation,  et  M.  Massenet  doit 
être,  à  leurs  yeux,  piteusement  battu. 

Sur  le  poème,  en  somme  brutal  et  certes  de 
moins  de  couleur  que  celui  de  Cavalleria, 
dont  nous  avons  donné  l'analyse,  M.  Massenet 
a  composé  une  musique  qui  n'ajoute  pas  grand' 
chose  aux  impressions  essentiellement  ner- 
veuses que  ces  scènes  tragiques  sont  appelées 
à  produire.  La  grosse  caisse  yjoue  le  rôle  essen- 
tiel ;  elle  intervient  fréquemment  pour  corser 
de  coups  de  canon  la  fusillade,  très  nourrie, 
qui  se  tire  dans  la  coulisse.  On  sait,  d'ail- 
leurs, si  M.  Massenet  affectionne  cet  instru- 
ment de  percussion.  Au  moins,  cette  fois,  l'em- 
ploie-t-il  à  propos  ;  —  pas  toujours,  toutefois, 
car  il  lui  sert  encore  à  marquer,  selon  son  habi- 
tude, l'apogée  des  situations  pathétiques,  ce 
qui  déroute  ici  parfois  le  spectateur,  qui  croit 
tout  d'abord  à  l'intervention  de  l'artillerie,  ce- 
pendjnt  inactive.  En  somme,  le  compositeur  a 
compris  son  rôle  d'une  façon  fort  modeste,  et 
la  musique  de  la  Navarraise,  la  vraie,  celle  où 
l'on  trouve  autre  chose  que  des  formules,  tien- 
drait en  quelques  pages.  Aussi,  et  ceci  caracté- 
rise nettement  l'impression  que  laisse  cette 
production  bizarre,  les  spectateurs  de  la  pre- 
mière représentation,  profondément  secoués  par 
les  horreurs  du  drame  et  le  tragique  de  sa 
principale  interprète,  semblaient  avoir  oublié 
qu'ils  venaient  d'assister  à  l'audition  d'une 
œuvre  lyrique. 

Les  rares  pages  où  M.  Massenet  se  soit 
mis  en  peine  d'écrire  une  musique  quelque  peu 
personnelle  sont  d'une  banalité  déconcertante; 
chose  étrange  et  dont  on  cherche  en  vain 
le  pourquoi,  il  semble  s'y  être  efforcé  d'imiter 
les  formes  italiennes  de  son  émule  Mas- 
cagni. Tel  est,  par  exemple,  le  leitmotiv  —  la 
partition  n'en  est  pas  riche  et  ils  sont  eux- 
mêmes  des  plus  pauvres  —  par  lequel  débute 
l'œuvre  et  qui  paraît  caractériser  la  lutte  entre 
l'armée  libérale  et  les  troupes  carlistes  ;  il  y  a 
là  des  répétitions  de  notes  avec  accents  qui  sont 
un  des  moyens  à  effets  chers  au  jeune  compo- 
siteur italien.  Encore  une  fois,  qu'a  donc  voulu 
prouver  M.   Massenet  ? 

Si  la  valeur  musicale  de  sa  tâche  est  à  peu 
près  nulle,  le  compositeur  s'est  du  moins  mon- 


960 


IF  GUIDE  MUSICAL 


tré  homme  de  théâtre,  et  il  a  eu  l'adresse,  pré- 
cieuse dans  une  œuvre  comme  celle-ci,  de  ne 
jamais  arrêter  l'action  par  le  désir  de  dévelop- 
pements musicaux  excessifs  —  ce  qui  ne 
l'excuse  pas,  d'ailleurs,  d'y  avoir  mis  si  peu  de 
vraie  et  d'intéressante  musique. 

On  peut  affirmer  que  la  partition  de  M .  Masse- 
net  ne  compte  pour  rien  dans  le  succès  qu'a 
obtenu  la  Navarraise  au  théâtre  de  la  Mon- 
naie, et  le  compositeur  n'y  a  certes  pas  trouvé 
sa  revanche  de  l'insuccès  du  Portrait  de 
Manoti.  Par  contre,  nos  directeurs  lui  ont 
fourni  une  éclatante  réparation  de  ce  même 
insuccès,  dont  ils  étaient  un  peu  responsables, 
en  donnant  pour  principale  interprète  à  son 
œuvre  une  artiste  d'un  tempérament  qui  paraît 
surtout  parfaitement  adéquat  au  caractère 
de  l'héroïne  qu'elle  avait  à  personnifier;  on 
la  dit  cependant  préparée  à  aborder  avec 
autant  de  bonheur  des  rôles  d'une  allure  plus 
«  classique  »,  la  Vestale  par  exemple,  qu'il  est 
dans  ses  vœux  de  pouvoir  interpréter  sur  la 
scène  de  la  Monnaie.  Si  Mlle  Leblanc  a  incar- 
né le  rôle  d'Anita  avec  une  passion,  une 
vigueur  de  sentiment  extraordinaires,  elle  n'a 
peut  être  pas  recherché  dans  son  interprétation 
la  variété  de  nuances  qui  aurait  accentué 
encore  l'effet  des  passages  pathétiques  du  rôle  ; 
elle  s'est  ainsi  vue  amenée  à  dépasser  parfois 
la  mesure,  et  de  même  que  plastiquement 
elle  a  eu  des  attitudes  aux  lignes  trop  cons- 
tamment tourmentées  et  brisées,  elle  n'a  pas 
suffisamment  mis  à  profit  les  moments  où 
une  diction  simple  et  reposante  eût  été  en 
situation.  Elle  a,  en  un  mot,  trop  perdu  de 
vue  la  loi  des  contrastes. 

M.  Bonnard,  qui,  sous  cet  irrésistible  exem- 
ple, s'est  laissé  parfois  entraîner  à  ^des  éclats 
de  voix  qui  nuisaient  à  la  qualité  du  timbre,  a 
bien  composé  le  rôle  du  soldat  Araquil.  M.  Se- 
guin, parfait  d'allure  et  de  tenue  dans  le 
général  Garrido,  MM.  Journet  (Remigio), 
Isouard  (Ramon)  et  Gilibert  (Bustamente) 
complètent  une  1res  bonne  exécution  d'ensem- 
ble. La  mise  en  scène,  encadrée  d'un  des 
décors  les  plus  réussis  et  les  plus  pittoresques 
qu'aient  brossés  MM.  Devis  et  Lynen,  est 
réglée  avec  un  souci  de  réalisme,  avec  un  art 
de  composition  qui  ne  laissent  aucun  doute 
sur  la  part  active  qu'y  a  prise  l'un  des  auteurs, 
M.  Caïn.  Voilà  une  excellente  leçon  pour  nos 
régisseurs  ordinaires,  —  très  ordinaires  ;  espé- 
rons qu'elle  leur  profitera.  J.  Br. 

Profonde  a  été  l'impression  produite  par 
Joachim  à  la  matinée  organisée  par  la  maison 


Breitkopf  et  Haertel,  dimanche  dernier.  Il  a 
joué  la  belle  sonate  en  sol  de  Brahms  avec  une 
noblesse  incomparable  de  sentiment  et  une 
simplicité  qui  avait  je  ne  sais  quel  charme  doux 
et  pénétrant.  Le  plus  souvent,  on  interprète 
Brahms  en  violence,  les  particularités  de  sa 
technique  pianistique  font  qu'on  le  joue  d'une 
façon  tourmentée,  et,  par  là,  sa  musique  paraît 
souvent  pénible  ou  cherchée.  Quand  on  le  pos- 
sédera mieux,  on  reviendra  de  ces  erreurs  d'in- 
terprétation. Brahms  est  un  vrai  lyrique,  un 
poète  de  l'intimité  et  des  rêveries  intérieures, 
profond  souvent,  exubérant  quelquefois,  mais 
dont  les  accents  passionnés  ont  une  expression 
contenue  qui  fut  l'éclat.  Joachim  —  d'ailleurs, 
admirablement  secondé  par  M.  Pauer  —  a 
joué  de  la  sorte  toute  la  sonate,  dans  un  mou- 
vement relativement  lent,  avec  une  expression 
tout  intime,  sans  nuances  fortement  marquées, 
mais  avec  une  exquise  et  profonde  tendresse 
d'accent.  C'a  été  une  inoubliable  jouissance 
d'art.  L'illustre  maître  a  joué  ensuite  des  frag- 
ments de  Spohr,  quelques-unes  des  danses 
hongroises  de  Brahms  et  la  suite  en  mi  de 
Bach,  avec  cette  ampleur  et  cette  pureté  de 
style  qui  lui  sont  personnelles.  Mais  la  sonate 
de  Brahms  est,  malgré  tout,  demeurée  la  chose 
parfaite,  absolue  de  cette  audition. 

Le  pianiste,  M.  Max  Pauer,  n'a  point  paru  im- 
pressionner extraordinairement  l'auditoire. C'est 
un  artiste  de  talent,  un  virtuose  du  clavier  doublé 
d'un  excellent  musicien  ;  mais  la  sonate  de 
Weber,  qui  eût  été  à  sa  place  dans  un  récital 
de  piano,  ne  lui  a  pas  été  favorable  ici  :  il  a  pu 
y  faire  valoir  des  qualités  assez  exception- 
nelles, un  joli  son,  une  égalité  remarquable 
de  doigté,  un  perlé  plein  de  finesse  et  de  légè- 
reté, mais  l'œuvre  ne  prêtait  pas,  et  la  person- 
nalité du  pianiste  n'a  pu  s'y  marquer. 

Entre  les  diverses  pièces  instrumentales 
jouées  par  Joachim  et  M.  Pauer,  M'i^  Mil-, 
camps  a  roucoulé  agréablement  l'arioso  du' 
Quentin  Durward  de  Gevaert ,  des  mélo- 
dies de  Van  Dam  et  la  Sérénade  inutile  de 
Brahms,  dite  beaucoup  trop  vite.  La  voix  de 
M'iiî  Milcamps  a  de  très  jolies  qualités  ;  elle  a 
de  la  distinction,  mais  la  diction  est  souvent 
affectée. 

La  veille,  en  la  même  salle,  avait  eu  lieu  la 
deuxième  des  séances  organisées  par  la  maison 
Schott.  On  devait  y  entendre  le  trio  des  dames 
hollandaises.  Au  dernier  moment,  ce  trio  a 
fait  défaut.  Le  jeune  violoniste  Ten  Hâve  l'a 
remplacé,  avec  talent  d'ailleurs.  Mais  le  prin- 
cipal attrait  de  la  soirée  était  M'i^Kleeberg.  La 
gracieuse  artiste  nous  est  revenue  sans  nous 
faire  éprouver  des  impressions  nouvelles.  Son 
joli  toucher,  la  clarté  de  son  jeu,  la  vivacité 
aimable  de  son  interprétation  n'ont  pu  donner 
le  change  sur  la  valeur  de  son  exécution  de  la 
sonate  log  de  Beethoven,  le  morceau  capital' 
du  programme.  Involontairement,  la  mémoire 


LE  GUIDE  MUSICAL 


961 


se  reportait  sur  Rubinstein,  qui,  dans  cette 
même  salle,  il  y  a  quelques  années,  interpré- 
tait, comme'  seul  il  le  pouvait,  cette  œuvre 
d'un  sentiment  si  poétique.  J'ai  bien  peur 
qu'avec  lui  le  piano  même  ne  soit  mort.  Il  n'3' 
a  personne  qui  puisse  lui  être  comparé  aujour- 
d'hui. Nous  avons  d'excellents,  de  remarqua- 
bles virtuoses,  qui  jouent  très  bien  du  piano.  ' 
Lui  il  jouait  Beethoven,  Schumann,  Chopin. 
Et  voilà  justement  ce  qui  nous  manque,  l'ar 
tiste  capable  de  se  faire  oublier  lui-même  et  de 
donner  l'impression  toute  pure  de  l'œuvre 
par  la  supériorité  de  son  interprétation. 

Mais  je  n'ai  garde  de  vouloir  ensevelir 
M"«  Kleeberg  sous  de  si  grands  souvenirs.  Son 
aimable  talent  peut  nous  donner  d'autres  im- 
pressions, et  cela  suffit.  Dans  les  petites  pièceK 
de  genre,  même  celles  d'un  goiit  douteux,  la 
grâce  a  les  séductions  de  son  jeu  justifient 
les  succès  qu'elle  obtient  et  qui  ne  lui  ont  pas 
fait  défaut,  cette  fois,  dans  les  Poèmes  syl- 
vestres de  Dubois  et  la  Valse  de  Moskowski. 

M.  K. 

Mardi,  réouverture  de  la  saison  musicale  du 
Cercle  artistique  et  littéraire.  Conférence  de 
M.  de  Wyzewa  sur  Smetana,  le  maître 
tchèque,  et  exécution  du  quatuor  de  celui-ci  : 
Ans  meinem  Leben  (De  ma  vie). 

La  conférence  a  paru  un  peu  superficielle. 
Le  sujet  était  cependant  des  plus  intéressants. 
Smetana  est  une  figure  digne  d'être  étudiée  de 
près.  Ses  débuts  quelconques  dans  la  musique 
de  salon,  ses  hésitations  entre  le  wagnérisme  et 
l'école  classique  allemande,  l'irrésistible  atti- 
rance que  finalement  exerça  sur  lui  la  mélodie 
populaire  du  pays  natal,  le  rôle  qu'il  joua  dès 
son  retour  à  Prague,  où  il  devint  le  centre  et 
l'âme  du  mouvement  de  régénération  artistique 
et  littéraire  du  peuple  tchèque,  tout  cela,  indé- 
pendamment des  notes  proprement  biogra- 
phiques, eût  fourni  ample  matière  à  une  causerie 
instructive  et  révélatrice.  M.  de  Wyzewa  a 
passé  à  côté  du  sujet.  Il  nous  a  parlé  abondam- 
ment de  Beethoven,  qui  n'a  rien  à  voir  avec 
Smetana,  si  ce  n'est  que  le  maître  tchèque  fut 
atteint  de  surdité  comme  le  maître  de  Bonn  ; 
et  ces  considérations,  inspirées  d'un  amateu- 
risme dont  peuvent  s'accommoder  la  critique 
musicale  à  la  Revue  des  Deux  Mondes  et  la 
causerie  dans  les  salons  de  Paris,  ont  paru 
bien  minces  au  public  musical  du  Cercle  artis- 
tique. 

Cette  conférence  de  carême  a  été  suivie  d'une 
exécution  très  inégale  du  quatuor  A  US  meinem 
Leben.  Il  n'avait  été  ni  suffisamment  étudié,  ni 
suffisamment  pénétré  dans  son  essence  par  les 
exécutants,  MM.  Colyns,  Fiévez,  Enderlô  et 
Jacobs. 

On  n'en  a  pas  moins  deviné  qu'il  y  avait 
dans  cette  œuvre  de  belles  pages,  d'une  inspi- 


ration poétique  véritable  et  de  sonorité  capti- 
vante. Le  Cercle  artistique  voudra  certainement 
nous  faire  entendre,  un  jour,  cette  œuvre  exé- 
cutée par  le  «  quatuor  de  Prague  »  qui  est  en 
train  de  prendre  une  place  tout  à  fait  hors  de 
pair,  en  Autriche  et  en  Allemagne.        M.  K. 

L'audition  de  musique  ancienne  donnée  par 
l'Octuor  vocal,  mardi  dernier,  a  été  fort  intéres- 
sante et  elle  a  obtenu  un  joli  succès.  Si  l'Octuor 
n'a  pas  atteint  encore  à  la  perfection  de  l'A  Capella 
Koor  d'Amsterdam,  il  est  en  bonne  voie,  et  sous  la 
direction  de  son  nouveau  chef,  M.  Léon  Soubre, 
il  ne  tardera  pas  à  acquérir  l'homogénéité  et  le 
fondu  qui  sont  si  nécessaires  dans  toute  musique 
d'ensemble.  Le  programme  de  cette  intéressante 
soirée  réunissait  un  choix  intelligent  d'ceuvres 
curieuses,  d'origine  et  de  caractère  variés;  la 
mieux  venue,  la  plus  captivante,  était  un  Chnste 
deisoii  de  Benevoli  (xvn=  siècle),  d'inspiration  se- 
reine. Dans  les  chansons  flamandes,  harmonisées 
par  M.  Florent  Van  Duyse,  on  a  goûté  le  charme 
gracieux  du  Chani  de  mai,  et  l'allure  désolée,  la 
ligne  mélancolique  de  Crudh  Islande;  grand  succès 
aussi  pour  le  joli  caquetage  de  la  Chansoii  napoli- 
taine, la  tendresse  pénétrante  d'une  chanson  d'amour 
de  Maiiduit  (1557-1627,  transcription  de  M.  Béon) 
et  le  babil  animé  de  la  Chanson  du  Gril,  de  Ron- 
sard, inise  en  musique  par  N.  de  la  Grotte  (xvi^) 
et  harmonisée  par  M.  Soubre. 

Avec  ces  chants  anciens  ont  alterné  des  pièces 
de  musique  instrumentale  pour  clavecin  (M.  Gus- 
tave Kefer)  et  Viole  d'amour(M.  Agniez),  M.  Kefer 
a  joué  notamment,  sur  un  clavecin  de  la  maison 
Erard,  le  concerto  exiré  mineur  de  Bach.  M.  Agniez 
des  fragments  des  sonates  de  Locatelli  et  Corelli. 
Malheureusement,  le  programme  était  trop  chargé. 
Il  faut  de  la  mesure  en  tout,  —  particulièrement 
en  matière  de  musique  ancienne. 

Le  conseil  communal  vient  par  décision  en  co- 
mité secret,  de  renouveler  pour  trois  ans  la  con- 
cession du  théâtre  de  la  Monnaie  à  MM.  Stoumon 
et  Calabresi. 

Cette  décision  'a  fait  la  plus  pénible  impression 
dans  les  cercles  artistiques  de  la  capitale. 

Les  conférences  de  M.  Léopold  Wallner,  dans 
les  salons  de  M'''^  Desmedt,  sur  la  Uttérature  du- 
piano,  reprendront  le  12  décembre. 


CORRESPOND  A  NCES 

ANVERS.  —  Pleine  réussite  pour  la  pre- 
mière séance  de  musique  de  chambre, 
organisée  par  la  Kwartet-Kapel  dans  la  petite  salle 
de  l'Harrhonie.Non  seulement  cette  jeune  associa- 
tion s'est  attiré  bien  des  sympathies,  mais  encore 
la  présence  au  piano  de  M.  Max  Pauer  offrait 
un  attrait  sérieux.  L'excellent  artiste,  si  fêté  en 
Allemagne,  s'est  immédiatement  imposé  à  nous 
comme  une  nature  d'éhte,  M.  Pauer  se  joue  des 
difficultés;    et,   pourtant,    loin   de   nous    éblouir 


962 


Li:  GUIDE  MUSICAL 


par  sa  merveilleuse  technique,  il  nous  transmet 
d'une  façon  pénétrante  les  intentions  du  compo- 
siteur. En  un  mot,  on  oublie  l'exécutant  en  écou- 
tant l'œuvre,  ce  qui  est  le  but  vers  lequel  doit 
aspirer  tout  véritable  artiste.  Sachons  gré  à 
M.  Pauer  de  nous  avoir  fait  connaître  la  suite  de 
Edm.  Schutt,  une  œuvre  de  valeur  dont  les  diffé- 
rentes parties  ont  leur  cachet  particulier,  bien 
distinct.  M.  Pauer  a  été  bien  secondé  par  M.  Edm. 
Dé  Herdt  dans  l'interprétation  de  cette  œuvre 
originale.  Dans  l'exécution  des  soli,  andante  de 
Beethoven  et  étude  Us  Vagties  de  Moskovi^ski, 
M.  Pauer  s'est  révélé  virtuose  de  tout  premier 
ordre.  Aussi  le  public  a-t  il  salué  l'artiste  par  des 
applaudissements  prolongés.  Le  joli  quatuor  de 
Rheinberger  terminait  cette  belle  séance.  L'exé- 
cution en  a  été  irréprochable. 

M.  Jos.Marïen  annonce  pour  lundi,  3  décembre, 
sa  deuxième  séance  demusique  de  chambre  avec  le 
concours  de  Ml'"  Levering  et  de  M.  Eibenschûtz, 
qui,  ainsi  que  M.  Pauer,  est  professeur  au  Con- 
servatoire de  Cologne. 

M,  Gustave  Walther,  un  jeune  violoniste  qui 
se  distingua  aux  derniers  concours  du  Conserva- 
toire royal  de  Bruxelles,  vient  de  donner  une 
soirée  musicale  à  l'Harmonie.  La  Chaconnede  Bach 
et  la  Tarentelle  deWieniawski  ont  été  fort  bien  ren- 
dues par  le  jeune  artiste,  qui  paraît  exception- 
lement  bien  doué.  Nous  regrettons  de  ne  pouvoir 
en  dire  autant  de  son  partenaire,  M"'  J.  Van  Dael. 

L'inexpérience  de  cette  jeune  pianiste  s'est  fait 
jour  d'une  façon  flagrante  et  il  est  à  regretter  que 
les  morceaux  d'ensemble  tels  que  la  sonate  en  fa 
de  Beethoven,  pour  ne  pas  parler  de  l'accompa- 
gnement de  la  Tavenielle  de  Wieniawski,  aient  eu 
à  en  souffrir. 

Au  Théâtre  lyrique  flamand  on  répète  active- 
ment Fidelio.  En  attendant  cette  intéressante 
première,  Bergliot  de  Grieg  et  les  opéras  le  Czar 
et  le  Charpentier  et  Une  Nuit  à  Grenade  obtiennent 
encore  un  joli  succès. 

On  annonce  pour  le  g  décembre  un  nouveau 
concert  spirituel  au  temple  évangélique  allemand, 
avec  le  concours  de  M""  Soetens-Flament,  M.  J. 
Callaerts,  organiste,  et  M.  J.  Seghers,  violon- 
celliste. A.   W. 

P.-S.  —  Jeudi,  au  Grand  Théâtre,  reprise  du 
Prophète,  avec  M"«  Julia  Decré  dans  le  rôle  de 
Fidès.  M"""  Decré  a  obtenu  un  éclatant  succès. 


G  AND.  —  Par  une  audition  de  la  section 
chorale,  le  Cercle  artistique  et  littéraire  a 
repris,  lundi  dernier,  la  série  de  ses  concerts 
d'hiver.  Au  programme,  Grieg,  Max  Bruch  et  sur- 
tout Gluck  et  Schumann,  chœur  et  air  à''Alceste,  frag- 
ments de  le  Paradis  et  la  Péri,  soli  par  M™"  Soetens- 
Flament  et  M.  Demest.  L'interprétation  fut  plus 
que  satisfaisante  de  ces  pages  si  éminemment 
caractéristiques,  l'une  montrant  le  Gluck  savant 
peintre  de  l'âme  humaine,  l'autre  révélant  le  par- 
fait lyrique  Schumann,  celui  des  musiciens  con- 


temporains dont  la  mélodie  rappelle  le  plus  celle 
de  'Wagner,  —  Berlioz  faisant  songer  aux  opuleiv- 
dcs  polyphoniques  du  maître  de  Bayreuth.  Ajoutez 
â  cela  le  superbe  contralto  de  M^e  Soetens-Fla- 
ment et  l'irréprochable  diction  de  M.  Demest.  Un 
mot  de  reproche  pourtant  à  ce  dernier,  qui  a 
trouvé  bon  de  dire  deux  romances  assez  vulgaires, 
ces  morceaux  de  salon,  parfaitement  convenables 
â  bercer  la  digestion  de  tels  Prud'hommes. 
Quelques  éloges  aussi  aux  anonymes  solistes  de  la 
section  chorale.  En  somme,  une  vraie  soirée  artis- 
tique, dont  l'honneur  revient  surtout  à  M.  Neve- 
jans,  directeur,  et  à  M"'  Dutry-Bruneel,la  dévouée 
présidente  de  la  section. 

Au  Grand-Théâtre,  les  heureux  débuts  de  M™= 
Olivier,  une  apparition  de  M""  Bouland,  l'excel- 
lente chanteuse  d'opérettes,  artiste  aimée  du  public 
gantois,  et  la  reprise  de  Samson  et  Dalila.  L'œuvre 
de  l'habile  maître  français  semble  avoir  quelque 
difficulté  â  conquérir  les  suffrages  des  habitués  de 
notre  théâtre.  Lesdits  habitués  ont  tort.  Peut-être 
le  motif  de  leur  indifférence  est-il  celui-ci  ;  le  bel 
opéra  de  M.  Saint-Saëns  ne  leur  ayant  été  joué 
que  deux  ou  trois  fois,  et  n'ayant  pas  encore  été  res- 
sassé, ces  Messieurs  sont  déconcertés.  Ils  ne  peuvent 
aller  au  théâtre  pour  juger  seulement  si  tel  ténor 
ou  telle  contralto  lance  telle  note,  chante  tel 
air  de  la  même  façon  que  tels  artistes  autrefois 
fêtés.  Est-ce  là,  me  dira-t-on,  tout  ce  qui  pousse 
les  Gantois  au  théâtre?  La  plupart  au  moins,  j'en 
ai  peur.  Pour  la  grande  majorité,  mettons,  si  l'on 
préfère,  pour  le  grrrand ptcUic,  une  œuvre  est  d'au- 
tant plus  belle  et  plus  goûtée  qu'elle  dérange 
moins  les  habitudes...  O  progrès  de  l'esthétique! 

Je  rends  justice  au  directeur  M.  Martini,  qui  sait 
varier  ses  spectacles,  et  faire  travailler  les  fort 
bons  artistes  composant  sa  troupe.  Il  vient  de 
donner  Samson  et  Dalila  et  déjà  Lohengrin  est  à 
l'étude.  Au  Grand  Théâtre  de  Gand,  Wagner  n'est 
pas  encore  tout  à  fait  oublié!  L.  D.  B. 


GENÈVE.  —  La  première  séance  d'inaugu- 
ration de  la  nouvelle  salle  de  concert  'Vic- 
toria Hall,  due  à  la  munificence  de  sir  Daniel 
Barton,  consul  d'Angleterre,  a  eu  lieu,  avec  le 
plus  vif  éclat,  le  mercredi  28  novembre.  Dans 
cette  séance,  a  été  exécutée,  pourla  première  fois, 
sous  la  direction  du  compositeur,  une  Symphonie 
pour  orgue  et  orchestre  de  M.  Ch  -M.  Widor. 
Quelques  lignes  sur  cette  symphonie  permettront 
au  lecteur  de  s'en  rendre  com})te. 

Dès  le  début,  introduction  en  mi  mineur,  se  pré- 
sente un  large  thème  imposé  par  les  cors,  puis 
repris,  fortissitno,  après  quelques  modulations,  par 
les  cuivres.  Un  allegro  nerveux  et  agité  (6/8)  sur- 
vient brusquement  dont  le  deu.xième  thème  est 
exposé  par  l'orgue  seul,  choral  pianissimo  (3/4). 
L'andante  en  rc  bémol  se  lie  à  l'allégro  par  un 
court  prélude  d'orgue.  Puis,  le  quatuor,  à  l'unis- 
son, reprend  le  choral  de  l'allégro,  qui  est  savam- 
ment développé.  Le  scherzo  en  mi  mineur  à  6/8, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


963 


très  mouvementé,  dérive  du  premier  thème  orches- 
tral de  l'allégro,  à  l'exceptionde  l'épisode  original 
de  la  partie  médiane,  qui  tient  lieu  de  trio.  Un 
crescendo  chromatique  lie  le  scherzo  au  finale  (8/4), 
qui  débute  par  le  choral  de  l'orgue,  exposé  dans 
l'allégro,  répondant  aux  thèmes  de  l'introduction. 
Sauf  un  nouveau  thème  rythmique  qui  servira  de 
contresujet  dans  l'ensemble  final,  tout  ce  dernier 
morceau  est  construit  sur  les  thèmes  déjà  enten- 
dus. Puis,  comme  conclusion,  après  quelques  me- 
sures à  2/4,  une  préparation,  et,  enfin,  l'explosion 
en  mi  majeur  :  le  choral  de  l'orgue  est  repris  par 
tous  les  cuivres  à  l'unisson  ;  le  quatuor  est  aux 
prises  avec  le  thème  rythmique  du  finale  en  con- 
tresujet, l'orgue  seul,  dans  toute  sa  puissance, 
soutenant  le  choc  de  l'orchestre,  remplissant  l'har- 
monie, ses  pédales  se  mêlant  aux  grandes  basses 
de  l'orchestre  dans  un  continiio  non  interrompu 
jusqu'au  point  d'orgue  final. 

Les  habitants  de  Genève,  qui  s'étaient  présen- 
tés en  foule  au  Victoria  Hall,  ont  fait  un  accueil 
des  plus  chaleureux  à  l'œuvre  de  M  Ch.  Widor. 
L'orchestre  a  été  au-dessus  de  tout  éloge. 


^^ 


IILLE.  —  Grand-Théatre  —  Après  Samson 
J  et  Dalila,  Phryné  !  Après  le  drame  lyrique  aux 
grandes  lignes  sévères,  le  pimpant  opéra-comique, 
—  j'allais  dire  l'opérette  !  Le  contraste  ne  laisse 
pas  d'être  piquant  entre  ces  deux  ouvrages,  d'un 
caractère  si  différent,  du  même  compositeur. 

Le  mot  d'opérette  est  peut-être  irrévérencieux, 
appliqué  à  une  oeuvre  de  M.  Camille  Saint-Saëns; 
mais  s'il  vient  naturellement  au  bout  de  la  plume, 
c'est  qu'on  est  tout  d"abord  un  peu  désorienté  par 
les  apparentes  allures  d'opéra-bouffe  qui  singula- 
risent certaines  parties  de  cette  curieuse  partition 
Heureusement,  on  est  bien  vite  reconquis  par  la 
maîtrise  avec  laquelle  elle  est  écrite,  et  on  ne 
tarde  pas  à  reconnaître  que  si  l'auteur  n'a  voulu 
que  s'amuser  en  poussant  une  pointe  fantaisiste 
dans  l'antiquité  grecque,  il  n'a  pu  s'empêcher  d'y 
rester  le  merveilleux  harmoniste  et  le  musicien 
érudit  que  nous  connaissons. 

En  réalité,  Phryné  est  bien  un  opéra-comique, 
avec  airs,  duos,  couplets,  chœurs,  finales  etc 
C'est  frais  et  surtout  spirituel,  plutôt  que  vraiment 
gai.  C'est  une  œuvre  conçue  dans  le  style  des 
opéras  comiques  du  siècle  dernier,  mais  écrite  avec 
tous  les  raffinements  de  l'orchestration  moderne, 
et,  qui  malgré  les  allures  volotairement  rétrogrades, 
n'en  est  pas  moins  singulièrement  avancée  du  côté 
de  la  comédie  lyrique,  tant  par  l'art  avec  lequel 
les  scènes  sont  fibres  que  par  la  consistance  du 
fond  symphonique  sur  lequel  évoluent  les  person- 
nages 

Faut-il  voir  dans  celte  partitionuette,  que  l'on 
sent  t  lès  voulue,  malgré  son  apjiarente  simi)licilc,  la 
manifestation  d'un  art  nouveau,  ou  bien,  tout  bon 
nement,  le  délassement  d'un  maître  qui,  sous  une 
forme  originale,  a  voulu  nous  faire  admirer,  une 
fois  de  plus,  l'incomparable  souplesse  de  son  beau 


talent?  Je  n'en  sais  rien;  mais  ce  que  je  sais,  c'est 
que  PlD'yné  est  une  œuvre  très  originale,  fort  cu- 
rieuse à  examiner  de  près,  d'une  extrême  élégance, 
d'une  délicatesse  de  touche  infiniment  précieuse  et 
rare  et  d'autant  plus  intéressante  qu'elle  a  pour 
auteur  le  plus  savant  des  musiciens  français,  le 
puissant  et  sévère  compositeur  de  Samson  et  Dalila, 
du  Déluge  et  de  l'admirable  symphonie  en  ut  mineur. 

L'interprétation  a  été,  en  général,  assez  terne. 
Faute  de  répétitions  suf&santes,  les  artistes 
n'étaient  pas  complètement  en  possession  de  leurs 
rôles. 

Quant  à  la  mise  en  scène,  elle  est  quelconque 
et  sans  aucun  caractère  artistique. 

Ou  annonce  comme  prochaine,  la  première 
représentation  de  V Attaque  du  Moulin.  E.  M. 


LONDRES.  —  M.  Gabriel  Fauré  vient  de 
passer  quelques  jours  ici  et  d'y  être  l'objet, 
lui  et  ses  œuvres,  du  plus  sympathique  et  du  plus 
chaleureux  acctieil  II  a  fait  entendre  notamment, 
dans  l'atelier  de  M.  Pargent,  le  célèbre  peintre, 
plusieurs  de  ses  compositions  de  musique  de 
chambre  et  un  lieder  qui  ont  vivement  impres- 
sionné le  public  hautement  seleci  qui  assistait  à 
cette  réunion  intime.  M.  Gabriel  Fauré  s'est  fait 
entendre  aussi  dans  un  concert  au  Saint-James 
Hall,  avec  le  violoniste  Johannes  Woliï,  quia  joué 
sa  sonate  en  la,  qu'Ysaye  nous  avait  déjà  révélée, 
il  y  a  deux  ou  trois  ans,  dans  un  des  Popular  con- 
certs. Son  quatuor  en  2it  mineur  (exécutants  : 
Joh.  "Wolff,  von  "Wœfelgem,  L.  Sternet  l'auteur)  a 
obtenu  un  succès  du  meilleur  aloi,  surtout  parmi 
les  musiciens,  qui  y  ont  reconnu  une  composition 
de  belle  facture  et  de  noble  inspiration.  M"'= Jeanne 
Remacle,  enfin,  a  fait  applaudir  plusieurs  morceaux 
du  maître  français,  r'.otamment  sa  Lydia,  qui  a  plu 
énormément.  Au  même  concert,  Francis  Thomè  a 
fait  entendre  différentes  pièces  instrumentales  et 
vocales  de  sa  composition  .  On  a  particulièrement 
eoùté  les  Perles  d'or  et  la  Fiancée  du  Timballier. 
^  ES. 


"X  TICE. Pendant  que  le  Casino  inaugure  ses 

__[^  représentations  d'opéra  comique  avec  Ma- 
non, et  que  la  Jetée-Promenade,  avec  M.  Thaon 
pour  chef  d'orchestre,  se  dispose  à  remonter  cette 
année  ses  concerts  classiques  de  l'an  passé,  le 
Grand-Théâtre  de  Nice  a  rouvert  ses  portes  jeudi 
dernier,  22  novembre,  avec  Lohengrin.  Le  choix 
était  heureux,  puisqu'il  a  permis  de  distinguer, 
dès  le  premier  soir,  les  parties  fortes  et  faibles  de 
la  troupe  recrutée  par  le  nouveau  directeur, 
M.  Olive  Lafon,  qui  nous  vient  d'Anvers.  La  par- 
tie forte,  ce  sont  les  chanteurs  :  depuis  deux  ans, 
on  n'était  plus  habitué  à  entendre  à  Nice  un  en- 
semble d'artistes  tels  que  M.  Bucognani,  remar- 
quable dans  le  rôle  principal,  M"'  Borg  (Eisa), 
MM.  Labis  (Frédéric)  et  Cobalet  (le  roi);  la  partie 
faible,  c'est  l'orchestre,  mou,  hésitant,  assez  mal 
recruté   et  dirigé   sans  énergie.  La   faiblesse   en 


964 


LE  GVIDE  MUSICAL 


était  plus  sensible  encore  pour  qui  avait  assisté 
le  même  jour  au  premier  concert  classique  de 
Monte-Carlo,  dirigé  par  M.  Léon  Jehin.  Sous  un 
Ici  chef,  l'orchestre  du  Casinoaretrouvéla vigueur 
et  le  souci  des  nuances  qu'il  avait  tant  soit  peu 
perdus  dans  les  concerts  de  l'an  dernier,  et  l'exé- 
cution de  la  symphonie  en  ut  mineur  (n"  8)  de 
Beethoven,  de  l'ouverture  du  Carnaval  romain,  du 
Phacfon,  de  l'ouverture  de  Tannhœuser  a  satisfait  les 
plus  difficiles;  le  violoniste  Casanego  lui-même, 
d'ordinaire  froid  dans  son  jeu,  a  su  joindre,  sous 
une  telle  impulsion,  à  sa  virtuosité  incontestable 
un  sentiment  plus  pénétrant  dans  l'exécution  du 
concerto  en  sol  mineur  de  Bruch. 

En  somme,  des  deux  côtés,  à  Monte  Carlo 
comme  à  Nice,  premier  et  réel  succès,  qui  sera 
suivi  de  bien  d'autres;  les  amateurs  de  bonne  mu- 
sique l'espèrent  du  moins.  L.  Alekan. 

•^■^^^^ 

PRAGUE.  —  Antoine  Dvorak  a  refondu  son 
DimUri.  opéra  en  quatre  actes.  Cet  ouvrage 
était  déjà  terminé  en  i883,  mais  le  maître  tchèque 
le  remania  presque  aussitôt,  sans  pourtant  que 
cette  revision  l'etit  satisfait.  Il  vient  de  le  rema- 
nier pour  la  troisième  fois.  De  cette  dernière  ver- 
sion, il  ressort  que  le  compositeur  a  changé 
d'avis  sur  la  forme  de  l'opéra.  Son  premier  ou- 
vrage dramatique  était  l'opéra  Wanda.  Lorsqu'il 
l'écrivit,  Dvorak  plaidait  encore  la  cause  de  Ri- 
chard Wagner.  C'est  pourquoi  il  donnait  à  son 
opéra  la  forme  de  Lohengrin.  Depuis,  il  tourna  le 
dos  au  réformateur  allemand,  persuadé  que  la 
musique  nationale  tchèque  ne  pourrait  s'adapter 
aux  nouvelles  formes  sans  perdre  tout  son  carac- 
tère. Zdenko  Fibich  est  le  seul  wagnérien  parmi 
les  compositeurs  tchèques,  et  ses  ouvrages  ont 
fait  un  plus  grand  effet  que  ceux  de  Dvorak,  parce 
qu'ils,  ont  à  leur  actif  la  vérité  de  l'expression 
musicale.  La  déclamation  naturelle  est,  depuis 
Richard  Wagner,  une  des  conditions  essentielles 
de  l'opéra.  Pour  ne  pas  s'y  être  conformé,  M.  Dvo- 
rak n'a  guère  réussi  jusqu'ici  dans  le  genre  drama- 
tique. Il  a  quelque  similitude,  à  ce  point  de  vue, 
avec  Antoine  Rubinstein,  dont  les  opéras  souffrent 
presque  du  même  défaut.  Dans  la  dernière  version 
de  DimUri,  l'auteur  revient  à  son  premier  point  de 
vue  sans  avoir  pu  écarter  toutes  les  défaillances 
de  sa  seconde  manière;  mais,  du  moins,  voit-on 
qu'il  a  trouvé  son  chemin  de  Damas  et  qu'il  revient 
au  système  wagnérien. 

Dimiiri  vient  d'être  donné  au  Théâtre  national 
de  Prague,  et  l'œuvre,  cette  fois,  a  réussi.  Elle  a 
été,  du  reste,  montée  avec  beaucoup  de  soin  et 
exécutée  avec  un  ensemble  excellent  par  les  ar- 
tistes de  la  troupe.  Citons  MM.  Florjansky  (Dimi- 
iri), Hynek  (Basmanow),  Victorin  (Schujskey), 
Kliment  (Jow)  et  M'"»'  Vykoukal  (Marfa),  Vesely 
(Xénia)  et  Matura  (Harina).  L'orchestre,  sous  la 
direction  de  M.  Anger,  s'est  acquitté  de  sa  tâche 
avec  la  plus  grande  précision. 

Au  Théâtre  allemand,  nous  avons  entendu  un 


Requiem,  oeuvre  de  M.  E.-N.  de  Reznicek.  Ce 
compositeur  a  déjà  écrit  quatre  opéras,  qui  ont 
été  donnés  tous  les  quatre  à  Prague,  la  Piicelle 
d'Orléans,  Satanella,  Emerich  FortunatelDonna Diana. 
La  nouvelle  composition,  qui  a  été  terminée  en 
deux  mois,  témoigne  que  l'artiste  a  beaucoup  de 
talent,  son  Dies  ira  en  particulier.  On  trouve  ici 
toutes  les  couleurs  qui  peuvent  peindre  la  terreur 
et  le  désespoir  du  Jugement  dernier.  I^e  Eex  tre- 
mendœ  majestatis  est  aussi  un  morceau  de  vigueur  et 
de  profonde  beauté.  Dans  la  première  partie,  Re- 
quiem œiernam,  jusqu'au  Confittatis,  domine  un  sen- 
timent très  sombre,  qui,  dans  la  seconde  partie, 
s'éclaire  peu  à  peu.  L'instrumentation  est  digne 
d'attention.  C'est,  à  tous  égards,  une  œuvre  mar- 
quante. Victor  Joss. 


VIENNE.  —  M.  Joseph  Weiss,  de  Saint- 
Pétersbourg,  a  donné  dernièrement  une  soi- 
rée consacrée  tout  entière  à  Brahms.  Ce  pianiste 
a  un  culte  tout  particulier  pour  la  musique  de 
Brahms,  qu'il  interprète,  du  reste,  fort  bien.  Mal- 
heureusement, et  si  nous  exceptons  la  gigantesque 
variation  sur  les  thèmes  de  Paganini  et  de  Haen- 
del,  une  soirée  entière  consacrée  aux  sonates, 
intermezzi  et  valses  de  Brahms  ne  laisse  pas  de 
provoquer  la  fatigue  chez  l'auditeur.  La  sonate  en 
fa  mineur  est  la  plus  célèbre  des  trois;  elle  n'offre 
que  le  premier  allegro  de  très  nouveau.  L'adagio 
rappelle  mainte  page  de  Beethoven,  le  thème  du 
scherzo  est  la  reproduction  fidèle  de  celui  du  finale 
du  trio  en  ut  mineur  de  Mendelssohn  (pris  lui- 
même  dans  la  sonate  en  ré  mineur  de  Beethoven). 
Les  intermezzi  op.  117  sont  bien,  surtout  le  pre- 
mier en  mi  bémol  et  le  dernier  en  ut  mineur.  A 
remarquer  chez  Brahms  cette  façon  de  former 
une  mélodie  :  prendre  un  membre  de  phrase,  en- 
suite le  répéter  en  changeant  certain  intervalle  en 
un  autre  plus  grand,  par  exemple  dans  les  thèmes 
de  cet  intermezzo  en  ut  mineur,  du  finale  de  la 
sonate  en^a  pour  violoncelle,  de  l'allégretto  de  la 
troisième  symphonie,  de  l'adagio  du  quintette  en 
sol,  etc.  (César  Franck  en  offre  aussi  des  exemples, 
l'allegrettode  la  symphonie).  Les  intermezzi  op. 119 
sont  moins  heureux;  les  valses  op.  Sg  sonnent  très 
bien;  elles  sont  inspirées  de  valses  de  Schubert. 
Enregistrons,  pour  finir,  le  grand  succès  remporté 
par  M.  Weiss,  qui  est  un  pianiste  très  remar- 
quable. 

A  propos  de  Brahms,  nous  aurons  prochaine- 
ment l'occasion  d'entendre  de  nouvelles  sonates 
pour  piano  et  clarinette.  Le  maître  tiendra  lui- 
même  le  piano  ;  il  aura  comme  partenaire  M.  Milhl- 
feld,  le  célèbre  clarinettiste  de  Meiningen. 

Cette  semaine,  foule  de  récitals  :  de  D'Andrade, 
le  chanteur  portugais,  de  Rossi,  des  quatuors 
Rosé  et  tchèque,  de  Vladimir  de  Pachmann,  de 
Rummel,  etc.,  etc.  Prochainement,  celui  de  d'Al- 
bert, qui  vient  d'achever  un  nouvel  opéra,  Ghis- 
monda.  C'est  le  théâtre  de  Dresde  qui  en  donnera 
la  première  représentation.  E.  B. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


NO U VEJLLES  DIVERSES 

—  Les  funérailles  d'Antoine  Rubinstein  ont 
été  célébrées  jeudi,  à  Saint-Pétersbourg,  aux 
frais  de  l'Etat.  La  mort  du  grand  artiste  a  pro- 
voqué, comme  celle  de  Tschaïkowsky,  un  véri- 
table deuil  national.  Les  théâtres  de  musique 
ont  fermé,  les  concerts  ont  été  suspendus.  Dans 
toutes  les  classes  de  la  société,  des  témoi- 
gnages touchants  de  regrets  se  sont  manifestés. 
Aussi  la  cérémonie  des  funérailles  a-t-elle  été 
très  imposante.  Au  service  funèbre  en  la  cathé- 
drale de  la  Trinité,  on  remarquait,  outre  les 
représentants  du  Conservatoire  et  de  la  société 
musicale  russe,  des  députations  du  théâtre 
impérial  et  de  la  Société  philharmonique  de 
Moscou  et  les  délégués  de  quatre-vingt-douze 
associations  musicales. 

Aux  premiers  rangs  étaient  ;  la  grande-du- 
chesse Alexandra-Josephow^na,  la  duchesse 
Vera  de  Wurtemberg,  les  ducs  de  Mecklem- 
bourg-Strelitz,  un  grand  nombre  de  dignitaires 
de  la  Cour  et  .de  hauts  fonctionnaires,  etles 
représentants  municipaux  de  Saint-Pétersbourg 
et  Moscou.  L'Empereur  et  l'Impératrice  ont 
envoyé  des  couronnes. 

Les  chœurs  se  composaient  de  deux  cents 
voix. 

Une  foule  immense  se  trouvait  massée  sur  la 
place  de  l'Eglise,  dans  les  rues  adjacentes, 
notamment  sur  la  perspective  Newsky,  pour 
voir  le  passage  du  cortège. 

Quatre  chars  immenses  portant  les  cou- 
ronnes innombrables  suivaient  le  corbillard, 
devant  lequel  marchaient  les  élèves  du  Conser- 
vatoire, le  clergé  et  les  personnes  qui  portaient 
les  insignes  honorifiques  du  défunt. 

Le  cortège  s'est  arrêté  devant  le  Conserva- 
toire, fondé  par  Rubinstein,  et  devant  l'église 
de  Saint-Vladimir,  où  des  prières  ont  été  dites. 

Les  restes  mortels  de  Rubinstein  ont  été 
inhumés  au  couvent  de  St-Alexandre  Newsky. 

—  Samedi  dernier  a  eu  lieu  à  l'Opéra  de  Vienne, 
la  première  représentation  de  Cornélius  Sclmt,  opéra 
en  trois  actes  du  compositeur  austro  italien 
Antoine  Smareglia. 

Cornélius  Sclmt  avait  déjà  été  joué  à  Dresde  et  à 
Prague,  sans  grand  succès.  A  l'Opéra  de  Vienne, 
le  succès  a  été  plus  franc,  grâce  à  l'interprétation 
sans  doute.  Les  deux  rôles  principaux  étaient 
joués  par  M""  Lola  Beeth  et  le  ténor  Van  Dyck 
Ils  ont  été  rappelés  une  vingtaine  de  fois  dans  le 
cours  de  la  soirée. 


BIBLIOGRAPHIE 

Verdi  et  son  œuvre  par  le  prince  de  Valori  (librai- 
rie Calmann-Lévy).  —  C'est  un  livre  de  combat. 
L'auteur  exaile  Verdi  pour  dénigrer  Richard 
Wagner  :  il  nous  semble  que  l'occasion  était  mal 


choisie,  puisque  le  maitre  italien  a  su  prouver 
maintes  fois  qu'il  était  loin  de  repousser  le  sys- 
tème wagnérier.  Depuis  Don  Carlos  jusqu'à  Fal- 
staff,  il  a  donné  des  gages  à  l'école  nouvelle  en 
écrivant  des  oeuvres  se  rapprochant  de  plus  en 
plus  du  drame  lyrique  et  s'éloignant  très  sensible- 
ment des  compositions  scéniques  de  la  première 
période  de  sa  vie  artistique.  Aussi  M.  le  prince  de 
Valori  est-il  embarrassé  pour  dire  ce  qu'il  pense 
d'Othello  et  de  Falstaff  surtout.  De  cette  dernière 
création  il  ne  dit  qu'un  mot;  «  car  il  se  déclare  in- 
compétent «.C'est  qu'à  l'exemple  de  Stendhal  qui, 
dans  l'œuvre  de  Rossini,  mettait  les  premiers 
opéras  bien  au-dessus  des  derniers,  le  prince  de 
Valori  déclare  qu'après  Tair  du  Ballo  in  maschera 
cri  tu  cite,  Verdi  aurait  dû  écrire  au  bas  de  la  par- 
tition :  Finis  imperii  Veydiani!  II  fait  cependant 
une  exceptiou  pour  le  duo  final  à'' Aida. 

Les  sujets  sont  très  variés  dans  ce  livre  écrit 
admajorem  Verdi  gloriam  :  le  lecteur  y  trouvera  une 
critique  du  poème  des  trois  Othello  :  celui  de  Sha- 
kespeare, puis  ceux  du  marquis  de  Berio  et  d'Ar- 
rigo  Boïto,une  revue  de  certaines  partitions  orien- 
tales à  propos  A''Aïda,  notamment  de  Samson  et 
Dalila,  qui  n'a  pas  le  don  de  plaire  à  l'auteur,  et  de 
Salammbô,  qui  lui  sourit,  etc..  On  découvre  aussi 
que  la  Passion  de  Bach  n'atteint  pas  dans  sa  subli- 
mité l'élégie  des  Ténèbres  de  la  Messe  de  Requiem  de 
Verdi... 

Dans  ce  livre  écrit  facilement  par  un  amateur 
passionné  pour  la  musique  italienne,  il  n'existe 
aucune  analyse  sérieuse  des  œuvres  du  maître, 
ni  même  la  biographie  détaillée.  C'est  plutôt  mie 
série  d'anecdotes  ou  d'impressions  suggérées  au 
littérateur  par  ses  tendances  ou  celles  de  sou 
entourage  et  également  par  le  rapprochement  qu'il 
fait  des  œuvres  de  Verdi  avec  celles  de  ses  com- 
temporains. 

L'opinion  du  prince  de  Valori  se  résume'  dans 
les  lignes  qui  terminent  le  préambule  de  son 
livre  : 

«  Depuis  la  mort  de  Rossini,  Joseph  Verdi  est 
le  plus  grand  musicien  comtemporain  :  j'essaye  le 
portrait  de  son  génie.  »  H    I. 

On  annonce  la  prochaine  publication  d'une  traduction 
française  des  Quinze  lettres  de  Wagner,  adressées,  de  1S64 
à  1870,  à  M""=  Eliza  Wille,  femti  e  de  l'un  des  promo- 
teurs de  la  Révolution  de  1848,  que  la  chute  du  libéra- 
lisme avait  chassé  comme  Wagner  sur  la  terre  hospita- 
lière de  la  Suisse. 

Ces  lettres,  qui  n'avaient  été  jusqu'ici  traduites  qu'eu 
partie,  ont  été  tiaduites  par  M"e  Augusta  Staps. 

L'ouvrage  formera  un  volume  in-8"  sur  papier  de 
Hollande.  Prix  ;  3  francs.  S.adresser,  pour  les  souscrip- 
tions, à  M""  Augusta  Staps,  43,  rue  Saint-Bernard,  à 
Bruxelles. 


IPPOLITO  RAGGHIANTI 

Ce  nom,  qui,  pour  la  plupart,  n'expliquera  rien 
et  que  la  gloire  n'aura  pas  proclamé  encore,  est 
pourtant  celui  d'un  très  noble  musicien  qui  meurt 
en  pleine  jeunesse,  après  une  vie  tout  entière 
consacrée  aux  idées  les  plus  purement  artistes, 
celui  d'un  compositeur  et  violoniste  d'une  matu- 
rité précoce,  comme  s'il  eût  pressenti  les  'délais 
écourtés  que  lui  laisserait  le  sort. 


966 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Notre  ami  et  collaborateur  Ippolito  Ragghianti 
est  mort  la  semaine  dernière  clans  sa  ville  natale, 
Viareggio,  près  de  Pise,  après  une  très  longue  et 
pénible  maladie,  que  de  douloureuses  opérations 
n'ont  pu  enrayer. 

Les  lecteurs  du  Guide  ont  vu,  en  ces  colonnes, 
les  notes  intéressantes  prises  au  cours  de  ses 
voyages  ;  mais  le  tempérament  de  Ragghianti  le 
portait,  plutôt  qu'à  la  critique,  vers  la  musique 
active. 

Il  avait  fait  des  études  complètes  de  violon  et 
de  composition  au  Conservatoire  de  Florence, 
puis  était  allé  à  Liège  s'initier  à  l'art  magistral  de 
Thomson.  En  1888,  il  obtenait  la  médaille  supé- 
rieure de  violon  en  présentant  'au  concours  un 
Concerto  de  sa  composition.  Et  je  me  souviens  qu'à 
l'issue  de  cette  séance  inoubliable,  où  il  avait  été 
ovationné  comme  un  maître  futur  de  l'archet,  il 
me  dit  en  se  scrutant  .■  «  Non,  je  ne  veux  pas 
être  virtuose,  mais  musicien  »,  parole  qui,  dans 
une  circonstance  pareille,  accusait  l'ambition  pure 
et  haute  d'une  àme  vraiment  artistique. 

Dès  lors,  il  se  mit  au  travail  autant  que  le  per- 
mirent les  nécessités  de  l'existence  au  jour  le 
jour.  Déjà  sa  santé,  dès  longtemps  médiocre,  exi- 
geait des  ménagements  qu'il  dédaigna.  L'été  à 
Londres,  l'hiver  à  Nice,  il  employa  ses  rares  loi- 
sirs à  la  composition  et  produisit,  outre  une  Sym- 
phonie thématique  et  son  Concerto  de  violon,  plusieurs 
pièces  d'orchestre,  de  piano  et  de  violon,  dans 
lesquelles  s'affirme  une  personnalité  inquiète  et 
chercheuse    Ces  derniers  temps,  il  avait  terminé 


la  partition  d'un  court  opéra,  qui  fut  reçu  au 
théâtre  de  Nice,  mais  dont  l'orchestration  n'a  pu 
être  achevée;  ce  fut  la  préoccupation  constante 
de  ses  dernières  heures,  si  tourmentées^  par  la 
maladie. 

La  mort  de  Ragghianti  est  une  perte  pour  l'art 
jeune  et  sincère  ;  les  plus  beaux  dons  lui  étaient 
dévolus,  et  l'avenir  l'assurait  d'une  gloire  indé- 
niable. 

Et  ce  qui  ne  se  peut  dépeindre  ici,  ce  sont  les 
qualités  intimes  de  cordialité,  de  finesse,  de 
charme  communicatif  qui  lui  avaient  concilié 
toutes  les  sympathies,  acquis  de  précieuses  ami- 
tiés et  en  faisaient  pour  nous  un  frère  d'élection. 

Avec  ce  dernier  adieu  —  auquel  s'associeront 
tous  les  collaborateurs  du  Guide  —  à  un  bel  artiste 
fauché  au  début  de  sa  vie  consciente,  à  vingt-sept 
ans,  nous  envoyons  aux  vieux  parents  désolés 
l'expression  de  notre  solidarité  dans  leur  douleur. 

M.  R. 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  i3,  rue  du  Mail 


BKEITKOPF  &  H^Rl  EL,  BRUXELLES 

Editeurs,    45,    Montagne    de  la    Cour,   45 

NOUVELLES  COMPOSITIONS  POUR 


T7"ioloxi.    et 


±^,xxo 


No  I.  Arioso 
N"  4.  Maerchen 


No  I. 
NO  4. 


No  I, 
NO  4. 


Liedbeslied 
Cantilène 


Praeludium 
Gondellied 


No     I.  Larghetto 
No    4.  Sérénade 
No    7.  Fugato 
No  10.  Gigue 


No  I. 
No  4, 
No    7. 


Madrigal 

Italienische  Weise 
Spiccato 


No  10.  Spinnlied 


No  I.  Intrada 
No  4.  Gavotte 


PAR  Charles  BOHM 

BUNTE  REIHE  (six  petits  morceaux) 

No  2.  Menuetto  No  3.  A  la  Polka 

No  S.  A  la  Valse  No  g.  Lœndler    .....     à 

MINIATURES  (six  mélodies) 

No  2    Kleine  Romanze  No  3.  Sérénade 

No  5.  Mazurka  N»  6.  Tyrolienne     ....     à 

SIX  MORCEAUX  DE  SALON 

No  2.  Cazonetta                      No  3.  Italienische  Romanze 
No  5.  Intermezzo  No  6.  Léendler à 

BAGATELLES  (douze  petits  morceaux) 

No     2.  Scherzoso  No     3.  Intermezzo 

No    5.  Zigeuner  Weise  No     6.  Polonaise 

No    8.  Siciliano  No     g    Berceuse 

No  II.  Menuet  No  12.  Walzer à 

FEUILLES  D'ALBUM 

No    2.  Canzone  No     3,   Sarabande 

No     5.  Courante  No    6.  Mazurka 

No    8.  Lœndler  No     g.  Boléro 

No  II.  Adagietto  No  12.  Spanisches  Stœndchen     à 

PETITE  SUITE 

No  2    Loure  No  3.  Aria 

No  5.  Intermezzo  No  6.  Perpetuo  mobile  ...     à 


ABENDLIED  (Berceuse) 

PIANOS   BECHSTEIN 


fr. 


fr.     I  35 


fr.     I  35 


fr.     I  35 


ET 


BLUTHNER 


HARMONIUMS     ESTEY        téléphone  2409 


LE  aUIDE  MUSICAL 


907 


^   REPERTOIREJDES  THÉATRES^ET  CONCERTS 

Berlin 

Opéra.  —  Du  25  novembre  au  2  décembre  :  L'Afri- 
caine. Hasnsel  et  Gretel.  Les  Saisons.  Cavalleria  rus- 
ticana  et  la  Croix  d'Or.  Hasnsel  et  Gretel  Carnaval. 
Oberon  Hsensel  et  Gretel.  Carnaval.  Les  Maîtres 
Chanteurs  de  Nurenberg  (centième  représentation  à 
Berlin).  Hasnsel  et  Gretel.  Puppenfee. 
Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  22  novembre 
au  2  décembre  :  Samson  et  Dalila.  Le  Portrait  de 
Manon.  La  Navarraise.  Le  Portrait  de  Manon  et  Cop- 
pelia  (deuxième  acte),  Philémon  et  Baucis  et  le  Por- 
trait de  Manon  Faust  La  Navarraise.  Le  Portrait 
de  Manon.  Coppelia.  Samson  et  Dalila.  Philémon  et 
Baucis.  Coppelia. 

Galeries.  —    La  Fille  de  M""  Angot. 

Alcazar  royal.  —  Bruxelles  sans  gène. 
Dresde 

Opéra  —  Du  27  novembre  au  2  décembre  :  Agliacci. 
Cavalleria  rusticana.  Rienzi.  Falstaff.  Mignon.  Fal- 
staff. 

Marseille 

Association  artistique  de  Marseille,  sous  la  direction 
de  M.  Jules  Lecocq.  —  Programme  du  2  décembre  ; 
I.  Symphonie  en  B(  mineur  (no  5)  (Beethoven);  2  Air 
de  l'oratorio,  Tobie  (Gounod),  chanté  par  M.  Warm- 
brodt  ;  3.  Prélude  de  Gwendoline  (Chabrier);  4  Ou- 
verture de  Sapho,  première  audition  (Goldmark)  ;  5.  a) 
Rêverie  (Saint  Saëns);  bj  Air  des  pécheurs  de  perles 
(Bizet),  Warrabrodt;  6.  a)  Largo  (Ha^ndel),  hautbois, 
M.  Jean;  b)  Danse  des  prêtresses  de  Dagon  (Saint- 
Saëns)  ;  7.  Air  de  l'enfance  du  Christ  (Berlioz),  M. 
Warmbrodt;  8.  Marche  tzigane  (Reyer) 
Nancy 

Concerts  du  Conservatoire  —  Le  dimanche  2  décem- 


bre, à  4  heures.  Programme  :  i.  Hermann  et  Doro- 
thée (R.  Schumann);  2.  Symphonie  en  fa  majeur 
(R  Boellmann);  3.  Harold  en  Italie  (H.  Berlioz); 
4.  Sérénade  (A.  Glazounow);  5.  Ouverture  des  Maî- 
tres Chanteurs  (R.  Wagner)  Le  concert  sera  dirigé 
par  M.  J.  Guy  Ropartz. 

Paris 

Opéra.  —  Du  25  novembre  au  le''  décembre  ;  Othello. 
Thaïs    Gwendoline.  Lohengrin. 

Opéra-Comique.  —  Du  25  novembre  au  1"''  décembre  : 
Les  Pécheurs  de  perles.  Pré  aux  Clercs  Phryné.  Le 
Domino  noir.  Le  Chalet. 

Concerts  -  Colonne  —  Dimanche  2  décembre,  à 
2  h.  1/4  très  précises  Dernière  audition  de  Roméo  et 
Juliette,  drame  lyrique,  d'après  la  tragédie  de  Sha- 
kespeare, paroles  d'Emile  Deschamps,  musique  de 
Hector  Berlioz,  soli  chantés  par  M""'  Auguez,  de 
Montalant,  MM.  Emile  Engelet  Fournets,  de  l'Opéra 

Concerts-Lamoureux.  —  Dimanche  2  décembre,  à 
2  h.  1/2.  Programme  ;  Ouverture  du  Carnaval  Ro- 
main (Berlioz);  Esquisse  sur  les  Steppes  de  l'Asie  cen- 
trale (Borodine);  Concerto  en  ré  majeur,  pour  violon, 
exécuté  par  M.  Hugo  Heermann  (J.  Brahms);  La 
Fiancée  du  Timbalier,  chantée  par  Mn>=  Iléglon 
(Saint-Saëns);  Chasse  et  Orage,  les  Troyens  (Berlioz)  ; 
Scènes  de  la  Czarda,  exécutées  par  M.  Hugo  Heer- 
mann (J.  Hubayj;  Ouverture  des  Maîtres  Chanteurs 
(■Wagner). 

Reims 

Premier  concert  de  la  Société  philharmonique  (28  no- 
vembre). —  Programme  ;  i.  Troisième  symphonie  en 
mi  bémol  (Schumann);  2.  Air  d'Hérodiade(Massene;); 
3.  A)  Pannychis,  idylle  antique.  Mi'=  Baldo,  B)  Féli- 
cité vaine  (J.  Bordier);  4  Adieu  suprême,  poème 
symphonique  (J.  Bordier,;  5.  La  Nativité  (H.  Alaré- 
chalj;  6.  A)  Ch!>nt  florentine  d'Ascanio  (Saint-Saëns), 
B)  Pastorale  (Bizet),  par  M'"=  Baldo;  7.  Déidamie, 
Entr'acte  et  ballet  (H.  Maréchalj.  Sous  la  direction 
de  M.  E.  Lefèvre. 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,   éditeurs,   4,  place  de  la  Madeleine 


SCÈNE     D'HORACE 


IDE       COK,3Srj£;iILiLE 

(iV^     ACTE,     SCÈNE     v) 

mue  en  musique  par 

C.   SAINT-SAËNS 

OP.    lo 

ÉDITION  ORIGINALE  ÉDITION  TRANSPOSÉE 

Soprano   et  Baryton  Mezzo-Soprano   et  Baryton 

PRIX  NET  :   3   Francs 

Partition   et|^  Parties  d'orchestro   en   location 


9Ô8 


LE  GUIDE    MUSICAL 


Opéra.  —  Du  23  novembre  au   3  décembre:  Cornélius 
Schutt,  Autour  de  Vienne,  Carmen,  Cornélius  Schutt. 


Otello,  L'Armurier,  Cornélius  Schutt,  Le  Trouvère. 
An  der  Wien  .  —   Le  pauvre  Jonathan.   Le  Marchand 
d'Oiseau.  Czar  et  Charpentier. 


r  LÉOPOLD  MURAILLE,  éditeur  a  li£ge  (Belgique) 


net  Ir.     3    — 


3^ 

4  — 
3  i5 
2   5o 


D«!posi<nirc  niiiqiie  do  l'i:dition  Paj  uc 

(PARTITIONS    DE    POCHE    POUR    LA    MUSIQUE    DE    CHAMBRE) 

DETHIER,  Gaston.  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue. 

—  Prélude  sur  le  Dies  Irez  pour  grand  orgue 

—  Romance  pour  violon  et  piano       .... 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano. 
LEKEU,  G""^.  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties 

partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano 
—  Trois  pièces  pour  piano  ....... 

RAWAY  Erasme.  Scènes  Hindoues,  poème  symphonique  en  quatre  parties 
réduction  à  quatre  mains       ..... 

THOMSON  j  César.  Passacaglia,  d'après  Haendel,  pour  violon  et  piano 
—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano 

JLiivoi     franco     des     culalugues 

MÂCKAE  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

PARIS 

Propriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKOWSKY,  GOTTSCHALK,  PRUDENT,  ALARD 
des   ARCHIVES  DU  PIANO  et  de  la  CELEBRE  METHODE  DE  PIANO  A.  LE  CARPENTIER 
Seuls  dépositaires  de  l'EDITION  CHA^R^WT^spécialeinent  consacrée  à  la  MUSIQUE  DE  VIOLON 

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Donne,  L.  Professeur  au 
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sicale (Cours  élémentaire). 


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de  solfège  à  changement  de 

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clés (ouvrage  couronné  par 

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Le  même,   sans    accompa- 

seur au  Conservatoire,   Le- 

gnement, 5",  édition.      .      . 

2      n 

çons  de  solfège  à  change- 
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Cartonnage 

»  25 

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pour|les  examens  supérieurs 

parallèlement   avec  le    sol- 

de  chant   de    la     Ville    de 

fège  précédent     .... 

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Paris 

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les  voix  graves  d'enfant,  cor- 
respondant   aux    exercices 

—  Solfège  manuscrit  à  chan- 
gements de  clés  .... 

du  même  solfège .      .      .      . 

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de clefs  (enseignement  supé- 

gnement   de  piano,  inscrit 

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LE  GUIDE  MUSICAL 


969 


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dante  Religioso   .  .      .      i   35 

Le  Pas,   A.  Aubade    à    la 
fiancée i  35 

IjUnssens,tM.  Marche  so- 
lennelle (Fest-Marsch)  .      .3  — 

Raif,   O     Op.    4    Suite   des 

Valses  à  4  mains.      .      .      .      3   — 

Streabbog,  L.  Albums  (à 
4  mains)  :  Le  Collier  de 
Perles  La  Corbeille  de 
Roses.  Fleur  de  Mai.  Les 
Oiseaux  de  Paradis.  Le 
Petit  Carnaval.  Les  Papil- 
lons. Les  Etoiles  d'Or. 
Chaque  album,  si.x  danses 
faciles 4   — 

VIOLON  ET  PIANO 

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—  La  Taglioni,  scène  de  ballet  2  — 
— Ruines  et  Souvenirs, ballade  2  — 
— Rêverie  mélancolique  .  .2  — 
— Légende  écossaise   .      .      .  2  — 

—  Polonaise 2  — 


Gabriel-Marie.   «   Impies-  | 

siens.  »  6  morceaux  :  1 

N"  I.  Simplicité.      ...  i  75 

N"  2.  Insouciance    .      .      .  3    —    j 

N"  3    Quiétude  .      .      .      .  i  yS    j 

N°4.  Souvenir  .      .      .      .  i  yS 

N"  5.  Mélancolie     .      .      .  i   yS 

N°  6.  Allégresse.      ...  2  — 
Hermann,    Rob.    Petites 
Variations  pour  rire,  com 

posées  sur  sept  notes     .      .  i  go 

Jebin-Prume.  Romance  .  i  y5 

Thallon,  R.  Romance        .  i  y5 
Ventti,  G.  Trois  morceaux  ; 

N"  I.  Chanson  sans  paroles  i  35 

N"  2.  Chanson  du  soir  .      .  i   35 

N"  3.  La  Sérénata    ...  2  — 

—  Deux  Rhapsodies  : 

No  I.  Sur  des  motifs  écossais  i  90 
No  2.   Sur   des   motifs  sué- 

doix 3  75 

VIOLONCELLE  ET  PIANO 

Pangaert    d'Opdorp,   L. 

Mélodie I   35 

—  Souvenir  de  Spa  lAnnette 
et  Lubin).  pour  violoncelle 

et  hautbois 2  — 


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fants. Piano,  violons  L  IL 
ornitophone  et  triangles     . 

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dans  le  feuillage,  pour  fîùte 
et  piano 

Pietrapertosa,  12  Trans- 
criptions pour  mandoline 
et  piano  : 

No 


..  Battmaitn,  L.,  Babil 

de  fauvette.      .      .  i  yS 
2    Czihdha,  A . .  Gavotte 

Stéphanie  .      .      .  2  5o 

3.  n     de  la  Princesse  .  i  75 

No    ^.  Dupont,  A.,  Chanson  2  00 

No    5.  Faucheux,  Nocturne,  i   ^5 

No    6.         "           Rêverie    .  I   75 
No    7.  FJon,  P.,  Le  Temps 

des  roses     .      .  i  75 
S.HoUman,J  .Chanson 

d'amour.     .      .      .  i  75 

9.  Ludovic,  Marguerite  i  75 
»         Rêve   d'un 

ange i  75 


No 


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Paris,  ALPHONSE  LEDUC,  Editeur,  3,  rue  de  Grammont. 


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N"  I.  Au  Couvent  N"  5.  Sérénade 

»  2.  Intermezzo  »     6    Nocturne 

))  3  Mazurka  (en  ut)  »    7.  Rêverie 

»  4.  Mazurka  (en  ré)  »     8.  Scherzo 

Edition  pour  Piano,  réduite  par  l'Auteur  fr.     4     » 

MORCEAUX  PUBLIÉS  SÉPARÉMENT  : 

N°  4.  Mazurka  en  ré .     .  fr      i  65 

Nos  6.  et  7.  Nocturne  et  Rêverie i   35 

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ties séparées) 32    » 

La  partition  seule 12    » 

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DEUXIÈME  SYMPHONIE 


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970 


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Chansons  de  MARCEL  LEFEVRE 

(DEUXIÈME  SÉRIE) 

1.  Enterrement  gai     .      .  .     5   —  I  4.    Recette   pour   faire    un    dis- 

2.  Mélanie  à  la  représentation  cours  électoral  ....     3  — 

de  la  grande  opéra  ...     3   —     5     Le  petit  employé  ....     3  — 

3.  Valse  des  bonnets  ....     3  —     5.   L'Ouvreuse '.  '  5  — 

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DIRECTEUR-RÉDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE    KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES    IM  BERT 

Rue  Beaurepaire,  33,  Paris 

N    LE  KIME,  SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  Z2,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

JIuGUES  Imbert  —  h.  de  Curzon 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Guy  Ropartz  —  J.  Manskopf 
Van  Santen  Kolff— D"'  Edm.  Rochlich 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

Ernest  Thomas  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

D"'  Victor  Joss.  —  N.  Liez.  —  I.  Will 

Dr  F.-V.  Dwelshauwers-Dery 

Ernest  Closson  —  Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer   —  Jean  Marlin 

J.  Brunet  -  A.  Wilford,  etc,  etc. 

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expérimentale  (suite). 
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du  Conservatoire,- H.  Imbert;  Concert  Lamoureux, 

Ernest  Thomas. 

—  Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  Reprise  de  la  Fille  de  Af'««  Angot,  M.  K. 

Nouvelles  diverses. 
Qlorreaponllancce  :  Amsterdam.  —  Anvers.  —  Leipzig. 

—  Liège.  —   Londres.  —  Nancy.  —  Tournai.  — 
Verviers.  —  Vienne. 

Nouvelles  diverses. 

Bibliographie. 

Nécrologie. 

Répertoire  des  théâtres. 


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et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  a  Paris  :  librairie 
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de  rodéon.  —  Luxembourg,  G.-D.  Simonis.  libraire.  — 
A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Hasrtel ,  Great  Malborough 
Street,  54;  Schott  et  C,  Régent  street,  157.  —  A  Leipzig  : 
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974 


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PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


40"  ANNÉE.  —  Numéro  5o. 


9  Décembre  1894. 


PARSIFAL 

Dans  quelques  jours  va  paraître  à  Paris, la  troi- 
sième édition  du  beau  livre  de  M.  Ed.  Schuré  sur 
le  drame  musical  et  l'œuvre  de  Richard  Wagner  (i). 
L'auteur  y  a  fait  d'assez  notables  changements  et 
remaniements.  Il  veut  bien  nous  com.muniquer  et 
nous  autoriser  à  reproduire  l'introduction  et  la 
conclusion  de  son  étude  sur  Parsifal  : 

luoiQUE  les  drames  de  Richard 
Wagner  s'expliquent  suffisamment, 
par  eux-mêmes,  nous  compren- 
drons mieux  le  sens  et  la  portée  de  sa  der- 
nière œuvre  en  donnant  un  coup  d'œil  à  sa 
nature  d'homme  et  à  tout  son  développe- 
ment. 

R.  Wagner  impose  à  la  psychologie  un 
des  problèmes  les  plus  curieux  et  les  plus 
difficiles  par  le  grand  contraste  entre  son 
caractère  et  son  génie,  entre  son  tempéra- 
ment d'homme  et  ses  aspirations  d'artiste. 
Ce  contraste  est,  à  vrai  dire,  la  clef  de  sa 
nature  et  de  son  évolution.  Mais  il  a  donné 
lieu  à  tous  les  faux  jugements  portés  par 
des  amis  et  par  des  ennemis  également 
aveugles.  —  Au  premier  abord,  on  sentait 
en  lui  comme  un  insaisissable  mélange  de 
■  tous  ses  héros  :  la  profondeur  et  la  gran- 
deur de  Wotan  ;  la  spontanéité  ravissante 
et  l'égoïsme  naïf  d'un  Siegfried,  parfois  la 
bonhomie  familière  de  Hans  Sachs,  un 
humour  étincelant,  des  tendresses  d'enfant, 
des   élans   de  générosité,   de  silencieuses 

(i).  Richard  Wagner,  son  œuvre  et  son  idée.  Un  vol. 
in-i6  chez  Perrin,  librairie  acadétaique,  à  Paris.  —  3" 
édition,  augmentée  et  remaniée. 

Un  mois  après,  en  janvier,  paraîtra  V Histoire  du  Drame 
musical,  3"  édition,  revue  et  corrigée.  —  Les  deux  vo- 
lumes se  vendent  séparément. 


mélancolies,  suivies  de  violences  superbes, 
de  fiertés  tyranniques,  pareilles  aux  éclairs 
d'un  Lucifer  indompté. 

Essayons  maintenant  de  résumer  les 
deux  traits  essentiels  de  cette  nature  unique 
en  son  genre.  — D'une  part,  un  fond  iUimité 
de  désir,  d'orgueil  et  de  domination;  de 
l'autre,  un  vaste  intellect,  doué  des  plus 
merveilleuses  facultés  esthétiques  et  d'un 
idéalisme  transcendant.  —  Entre  ces  deux 
extrêmes  se  débattait,  incertaine,  la  divine 
Psyché,  ce  que  nous  appelons  l'âme;  et 
avec  elle  cette  aspiration  de  l'être  spirituel 
à  la  pureté,  à  la  bonté,  à  la  perfection,  qui 
seule  peut  ennoblir  la  nature  inférieure,  l'at- 
tirer peu  à  peu  vers  les  hauteurs  de  la  spiri- 
tualité et  de  l'intelligence  divine. 

L'homme  avec  ses  passions  déchaînées 
et  l'intellect  avec  ses  pouvoirs  supérieurs 
furent  donc  en  Wagner  comme  deux  natures 
diverses  cherchant  leur  trait  d'union.  Ses 
œuvres  furent  ainsi  une  série  de  tentatives 
pour  joindre  et  réconcilier  ces  deux  élé- 
ments contraires.  Comme  artiste,  Wagner 
ressemblait  à  un  puissant  magicien  capa- 
ble d'évoquer  toutes  les  passions  humaines 
par  les  incantations  de  la  musique  et  le  res- 
sort du  drame.  Comme  penseur,  il  avait 
quelque  chose  du  démon  qui  cherche  à 
concevoir  l'ange  par  la  force  de  l'intellect, 
et  qui,  malgré  ses  étonnantes  facultés, souf- 
fre sous  le  poids  de  sa  nature  et  aspire  à  la 
délivrance.  Ce  désir  est  le  fil  qui  relie  ses 
œuvres. 

Le  premier  type  qu'il  invente  est  celui  du 
Hollandais,  du  marin  désespéré,  maudit 
par  son  orgueil  et  que  sauve  le  dévouement 
d'une  femme.  —  Tannhaiiser  aspire  des 
profondeurs  de  la  sensualité  à  l'amour  vrai, 
et  c'est  encore  l'amour  et  le  sacrifice  d'une 
femme  qui  le  sauve  de  la  damnation  du  Ve- 
misberg. — Dans  Lo/;éH^rz«,  inspiration  mer- 
veilleuse, le  monde  divin  apparaît,  l'ange 


976 


LE  GUIDE  MUSICAL 


se  révèle  dans  le  hérOs.  Mais  il  n'est  pas 
compris  de  celle-là  même  qui  l'avait  pres- 
senti et  appelé.  L'ange  se  retire  dans  son 
inaccessible  solitude;  Eisa,  l'âme  malheu- 
reuse,expire  ;  et  nous  restons  sous  l'impres- 
sion navrante  que  l'idéal  n'est  qu'un  rêve. 
■ —  Après  avoir  achevé  cette  œuvre,  Wag- 
ner tomba  sous  l'influence  de  la  philosophie 
pessimiste  de  Schopenhauer,  et  cette  in- 
fluence se  combine  curieusement  avec  la 
phase  la  plus  païenne  de  sa  vie  et  de  sa 
pensée.  Malgré  la  splendeur  des  œuvres 
que  créa  sa  forte  virilité,  on  trouve  au 
fond  de  ces  tableaux  débordants  de  vie  et 
ruisselants  de  lumière,  les  teintes  crépuscu- 
laires d'un  pessimisme  assombrissant.  Tris- 
tan et  Isetilt  est  une  peinture  admirable  de 
l'amour-passion;  mais  c'est  un  amour  qui 
aspire  à  l'anéantissement  plus  qu'à  la  re- 
naissance. —  La  tétralogie  des  Nibelungen 
est  un  essai  de  cosmogonie;  mais  ce  qu'il 
y  a  de  caractéristique,  c'est  que  le  dieu 
Wotan,  qui  a  conçu  le  monde,  abdique  de 
guerre  lasse  et  que  le  génie  de  l'Amour, 
représenté  par  Brunnhilde,  meurt  trahi  et 
sans  espoir. 

Après  avoir  parcouru  ainsi  sa  phase 
païenne,  Wagner,  parvenu  au  seuil  de  la 
vieillesse,  changea  une  fois  encore  de 
direction  et  résolut  d'aborder  face  à  lace  le 
problème  du  christianisme  par  la  légende 
du  Saint-Graal.  Ce  n'est  pas  qu'il  eût 
changé  le  fond  pessimiste  assez  noir  de  sa 
philosophie.  Mais  en  lui  l'Inspiré,  le  génie 
intuitif  et  créateur,  qui  est  le  moi  occulte  et 
divin,  surpassait  de  beaucoup  le  philosophe 
spéculatif.  Parvenu  à  la  vieillesse,  au  seuil 
solennel  du  mystérieux  Au  delà,  il  prêta 
une  oreille  plus  attentive  à  la  Psyché  pro- 
fonde de  son  être.  Son  esprit  se  tourna  de 
plus  en  plus  vers  cette  régénération  spiri- 
tuelle, tourment  secret  de  sa  vie,  but 
suprême  de  l'homme  et  de  l'humanité.  C'est 
sous  l'empire  de  cette  pensée  qu'il  écrivit 
le  poème  et  la  musique  de  Parsifal.  Il 
donna  ses  dernières  forces  à  cette  compo- 
sition qui  couronne  noblement  et  magnifi- 
quement son  œuvre.... 

...Parsifal  n'est  pas  seulement  le  plus 
beau  drame  religieux  des  temps  modernes. 
Comme  le  dit  à  merveille  M">«  Emilie  de 


Morsier  dans  sa  belle  étude  (i)  :  «  C'est 
une  œuvre  qui  atteint  jusqu'au  fond  de 
l'âme  et  de  l'esprit.  »  La  Religion  et  l'Art 
sont  d'essence  diverse.  Dans  une  société 
idéale,  ils  marcheraient  d'accord,  mais 
jamais  l'un  ne  pourra  remplacer  l'autre. 
Car  la  vraie  Religion  est  la  mise  en  œuvre 
du  Divin  au  cœur  des  hommes  comme 
dans  l'organisme  social;  l'Art  véritable  est 
la  réprésentation  vivante  de  cette  même 
vérité  divine  par  la  splendeur  du  Beau.  Le 
Parsifal  de  Wagner  réalise  le  rêve  du  Mys- 
tère moderne.  Il  est  \efiat  lux  de  l'Art  élevé 
à  la  hauteur  de  la  Religion  universelle. 
Essayons  d'en  résumer  les  caractères  do- 
minants. 

Le  drame  de  la  rédemption  se  joue  au- 
tour de  quatre  personnages  qui  vont  du 
fond  du  mal  au  sommet  du  bien.  Klingsor, 
le  luxurieux  et  l'ambitieux,  a  cru  mériter 
le  Saint-Graal  en  se  mutilant.  Repoussé 
par  le  Temple,  il  devient  le  mauvais  magi- 
cien, le  type  de  la  perversité  intellectuelle, 
qui  cherche  la  jouissance  dans  la  corrup- 
tion des  autres.  C'est  l'être  humain,  mutilé 
non  seulement  au  physique,  mais  encore 
au  moral  de  toute  compréhension  du  bien 
et  voué  par  avance  à  l'infaillible  destruc- 
tion, parce  qu'il  ne  sait  que  détruire  les 
autres.  Kimdry  représente  la  Femme  en  sa 
double  phase  de  Séductrice  et  de  Repentie, 
ardente  et    faible,  passionnée  et  passive, 

(i)  Parsifal  et  l'idée  de  la  Rédemption  par  Emilie  de  Mor- 
sier (chez  Fischbacher,  iSgSi. — Je  ne  saurais  trop  re- 
commander ce  travail  captivant  à  ceux  qui  veulent 
pénétrer  dans  les  arcanes  les  plus  profonds  de  Parsifal. 
Ce  drame  religieux  y  est  étudié  dans  i.  sa  signification 
ésotérique  'i  et  le  Mystère  chrétien  y  est  mis  en  rapport 
avec  la  philosophie  hindoue.  Les  beautés  spirituelles  de  'c 
l'œuvre  sont  pénétrées  et  mises  en  lumièredans  ces  pages 
vibrantes  d'émotion  par  une  àme  voyante,  qui  a  tra- 
versé elle  même  les  vérités  transcendantes,  grâce  à  cette  ' 
intuition  de  la  sympathie  qu'on  ajustement  nommée  la 
Religion  de  la  souffrance.  A  peine  est-il  besoin  de 
rappeler  ici  le  beau  livre  de  M.  Kufferath,  où  Parsifal  est 
étudié  an  triple  point  de  vue  légendaire,  poétique  et  mu- 
sical —  M  Alfred  Ernst  lui  a  aussi  consacré  un  chapi- 
tre remarquable  dans  son  savant  livre  :  Y  Œuvre  poétique  de 
Richard  "Wagner.  —  Je  citerai  encore  l'intéressante  bro- 
chure :  Trois  moments  de  la  pensée  de  Richard  Wagner; 
l'Anneau  du  Nibelung,  Tristan  et  Iseult,  Parsifal,  par  tiîar- 
cel  Hébert.  Cette  étude  contient  quelques  aperçus  neufs 
et  d'une  grande  justesse  sur  le  développement  philoso- 
phique du  maître. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


977 


mais  aspirant  à  l'Amour  divin  du  fond  de 
ses  amours  décevants.  ^7;z/or/fl5estrhomme 
qui  a  compris  le  Divin  et  qui  aspire  à  la 
sainteté,  mais  qui  demeure  esclave  de  ses 
passions.  «Je  souffre  de  mon  désir,  et  dans 
ma  souffrance  je  désire  toujours.  »  —  Par- 
.-sifal,  le  simple  et  le  pur,  raconte  l'histoire 
de  l'Ame  depuis  l'ignorance  jusqu'à  la  toute 
science.  Il  illustre  cette  vérité  que  la  sym- 
pathie consciente  et  active  conduit  à  l'in- 
telligence des  derniers  mystères  et  à  la 
perfection.  La  mort  du  cygne  lui  a  fait 
comprendre  la  souffrance  universelle  et  la 
loi  de  solidarité  qui  unit  tous  les  êtres.  La 
vue  d'Amfortas  lui  a  révélé  la  souffrance 
humaine  en  ce  qu'elle  a  de  plus  aigu,  l'as- 
piration impuissante  à  la  délivrance.  La 
tentation  de  Kundry  lui  fait  saisir  la  source 
même  de  ce  mal,  en  son  propre  cœur  et  en 
celui  des  autres,  dans  le  désir.  L'ayant  ter- 
rassé par  la  grandeur  de  sa  pitié,  il  recon- 
quiert la  lance,  la  volonté  souveraine,  et 
revient  en  vainqueur  à  Montsalvat,  pour 
être  couronné  roi  du  Graal. 

Voici,  sur  ce  drame,  la  conclusion  lumi- 
neuse de  M"e  Emilie  de  Morsier  :  «  Le 
mystère  du  salut  s'est  accompli  à  un  triple 
point  de  vue.  Parsifal  a  sauvé  Amfortas 
parce  que,  en  prenant  sur  lui  la  douleur  du 
roi  pécheur,  il  a  conquis  le  pouvoir  que 
confère  l'Amour  parfait  de  guérir  et  de  con- 
soler. En  cherchant  à  retrouver  le  Graal, 
il  ne  poursuivait  pas  le  rêve  d'un  bonheur 
personnel,  mais  il  répondait  à  l'appel  de  la 
douleur  humaine  qui  avait  retenti  jusqu'au 
fond  de  son  cœur.  Il  a  sauvé  Kundry  par 
le  rayonnement  de  sa  pureté,  qui,  rencon- 
trant l'aspiration  d'une  âme  égarée,  l'en- 
traîne dans  la  sphère  de  la  vérité  et  du 
grand  Amour.  Ainsi  le  pur  et  le  simple  se 
sauve  lui-même  en  devenant  le  sauveur  des 
autres.  Par  la  sainte  Pitié,  il  s'est  élevé  au 
foyer  de  l'Amour  divin,  il  s'est  uni  à  la 
source  de  toute  vie,  à  l'Esprit  pur  et  devenu 
UN  avec  lui,  il  participe  à  sa  force,  à  ses 
vertus,  à  son  pouvoir  créateur.  Tel  le  sens 
profond  des  paroles  ultimes  :  «  Rédemption 
au  Rédempteur  (i)  /  » 

Un  mot   encore  sur  la  musique  de  ce 

(i)  Parsifal  et  l'idée  delà  Rcdemptiou,  par  Emilie  de  Mor- 
sier. IFischbacher,  iSg3.) 


drame  merveilleux.  Les  harmonies  de  Par- 
sifal ont  une  beauté  d'outre-tombe,  voilées 
d'une  lumière  astrale,  et  en  quelque  sorte 
surnaturelle.  Le  tissu  harmonique  y  est 
d'une  transparence  et  d'une  fluidité,  le 
coloris  instrumental  d'un  fondu  et  d'une 
morbidesse  qui  tiennent  du  rêve  et  de  la 
vision.  «  On  ne  sait  avec  quoi  cela  est  fait, 
me  disait  un  jour  un  illustre  compositeur 
français  ;  c'est  du  Corrège  orchestré.  »  En 
effet,  l'harmonisation  et  l'instrumentation 
deviennent  ici  le  dernier  mot  de  l'alchimie 
des  timbres  et  des  sons.  Cette  musique 
nous  fait  vivre  dans  une  région  intermé- 
diaire entre  la  terre  et  le  ciel,  où  l'âme  à 
demi  dégagée  du  corps  est  devenue  moins 
opaque  et  pour  ainsi  dire  translucide.  Les 
passions  infernales  et  les  célestes  ardeurs  y 
vibrent  avec  des  nuances  subtiles  et  une 
intensité  douloureuse.  L'innocence  naïve 
du  héros  vierge,  du  chaste  fou,  sa  sympa- 
thie poignante  pour  tout  ce  qui  souffre;  la 
rudesse  grondeuse  et  loyale  du  vieux  Gur- 
nemanz  ;  les  séductions,  les  rires  démonia- 
ques, les  repentirs  et  les  sanglots  de  la 
pécheresse,  les  râles  de  son  âme  mourante 
et  de  son  désir  submergeant  ;  les  enchan- 
tements diaboliques  du  mauvais  magicien 
qui  ressemblent  à  des  mouvements  gira- 
toires d'esprits  élémentaires  et  de  sala- 
mandres en  des  flammes  agiles  ;  les  remords 
lancinants  d'Amfortas,  dont  tous  les  efforts 
pour  s'élever  à  la  pui-eté  spirituelle  n'abou- 
tissent qu'à  le  faire  retomber  sous  le  joug 
du  désir;  la  montée  laborieuse  vers  Mont- 
salvat à  travers  les  entrailles  du  rocher,  où 
l'orchestre,  en  son  rythm.e  tragique  de 
marche  funèbre,  semble  soulever  comme 
une  montagne  la  douleur  du  monde  entier  ; 
enfin  les  splendeurs  de  la  foi,  les  cantiques 
ravissants,  les  extases  du  temple,  où  le 
sang  vivant  du  Rédempteur  reluit  et  ful- 
gure  sur  les  Initiés  dans  la  coupe  divine  du 
sacrifice  et  fait  descendre  par  son  immense 
amour  la  Colombe  du  Saint-Esprit  sur  les 
âmes  adorantes  et  palpitantes;  tous  ces 
sentiments  sont  figurés  par  des  motifs  aux 
traits  suaves  et  précis  comme  les  peintures 
mystiques  de  Memling.  Ils  traversent  tout 
le  drame  en  des  formes  presque  invaria- 
bles, mais  ils  se  colorent  et  s'embrasent 


978 


LE  GUIDE  MUSICAL 


d'harmonies  de  plus  en  plus  ardentes  jus- 
qu'à la  transfiguration  suprême.  Et  sur 
l'ensemble  plane,  avec  une  mélancolie  dou- 
loureuse, une  douceur  attendrie,  la  Plainte 
du  Sauveur,  qui  se  résout  à  la  fin  en  un 
hymne  céleste. 

Quand  j'entendis  pour  la  première  fois 
Parsifal,  —  c'était  en  i883,  peu  après  la 
mort  du  maître, — j'eus  l'impression  d'écou- 
ter un  Requiem  que  Wagner  se  chantait  à 
lui-même.  Et,  dans  le  chant  du  cygne  de  ce 
génie  prodigieux,  il  y  avait  une  tristesse 
infinie,  mais  aussi  une  délivrance,  une  paix 
suprême.  On  y  sentait  comme  l'ombre 
envahissante  du  tombeau,  mais  traversée 
par  une  grande  lumière  d'au  delà,  par  une 
blancheur  sublime  de  résurrection. 

Ed.  Schuré. 


MÉTRONOMIE  EXPÉRIMENTALE 

(Suite).  —  Voir  les  nos  ^^^  ^5,  ^5,  47,  48  et  49   • 


(Reproduction    interdite) 

"^ 

Nous  allons  reproduire  maintenant  quelques- 
unes  des  observations  métronomiques  faites  par 
MM.  Alvin  et  Prieur  en  Allemagne  et  en  France, 
à  l'appui  des  principes  énoncés  dans  le  précédent 
chapitre  de  leur  travail.  Nous  regrettons  vivement 
de  ne  pouvoir  les  donner  toutes  et  de  devoir  nous 
en  tenir  à  celles  qui  nous  paraissent  les  plus 
frappantes  au  point  de  vue  des  conclusions  géné- 
rales qu'on  en  peut  tirer.  Ceux  que  les  résultats 
esthétiques  et  critiques  de  cette  méthode  si  origi- 
nale et  si  nouvelle  intéressent  plus  particulière- 
ment devront  nécessairement  recourir  au  travail 
intégral  de  MM.  Alvin  et  Prieur,  qui  paraîtra  sous 
peu  et  qui  formera  un  volume  de  3oo  pages.  Par 
ce  qui  suit,  nos  lecteurs  pourront  juger  de  l'intérêt 
et  de  la  portée  de  ce  travail.  Nous  choisissons 
pour  aujourd'hui,  dans  les  notations  de  nos 
auteurs,  celles  qui  ont  trait  à  quelques-uns  des 
^rohUmes  métronomiques  qui  se  posent  dans  les 
œuvres  de  Wagner  que  MM.  Alvin  et  Prieur 
examinent  toutes  en  détail.  Nous  nous  bornerons 
à  quelques  exemples  tirés  du  Crépuscule  des  Dieux  et 
de  Siegfried. 


LE    CREPUSCULE    DES    DIEUX 

Parmi  nos  observations  relatives  au  Cré- 
puscule des  Dieux,  nous  choisirons  celles 
qui  se  rattachent  aux  problèmes  métroyio- 
miques,  fréquemment  posés  dans  cette  par- 
tition. 

Bien  que  le  lecteur  sache  déjà  ce  que 
nous  entendons  par  problème  métrono- 
mique,  il  ne  sera  pas  inutile  de  bien  pré- 
ciser l'objet  du  présent  chapitre. 

Wagner,  nous  l'avons  dit,  attachait  une 
extrême  importance  aux  tnodifications  suc- 
cessives des  mouvements,  et,  dans  beau- 
coup de  cas,  il  a  pris  soin  d'indiquer 
expressément  le  rapport  entre  les  allures 
antécédente  et  suivante.  Sans  fixer,  au 
métronome,  les  valeurs  absolues  des  vi- 
tesses, il  leur  impose  certaines  relations 
définies  par  des  symboles,  tels  que  : 

^-^  J.-J.  J.  =«?,  etc.. 
Il  y  a  là  autant  de  problèmes  posés  aux 
exécutants,  et  ceux-ci  doivent  les  résoudre 
en  pratique  avec  une  suffisante  exactitude, 
sous  peine  de  violer  non  seulement  les 
intentions,  mais  les  prescriptions  formelles 
de  l'auteur.  Car  il  ne  s'agit  plus  seulement 
alors,  comme  dans  un  Rallentando  un  Acce- 
lerando,  etc.,  de  réaliser  une  nuance  mé- 
tronomique  dont  le  sens  est  seul  donné 
et  dont  la  grandeur  dépend  un  peu  du  sen- 
timent et  du  goiit  de  chacun  ;  il  faut,  en 
outre,  être  précis;  une  fois  le  premier: 
mouvement  choisi,  le  suivant  doit  êtrei 
avec  lui  dans  un  rapport  métronomique 
déterminé. 

Prenons  un  exemple.  Voici  une  mesure  à; 
quatre  temps  dont  l'allui'e  au  métronomeij 
n'est  pas  indiquée  ;  elle  est  suivie  d'une  j 
mesure  à  trois  temps  dont  le  mouvement 
absolu  n'est  pas  indiqué  davantage.  Mais 
au  changement  de  mesure,  le  compositeur 
a  formulé  la  prescription  suivante  :  }=0', 
c'est-à-dire,  une  mesure  du  3/4  doit  avoir  la 
même  durée  qu'une  mesure  du  4/4  précé- 
dent ;  ou  encore  :  la  noire  du  3/4  et  celle  du 
4/4  seront  entre  elles  dans  le  rapport  métro- 
nomique de  3  à  4.  Supposons  que  le  chef 
d'orchestre     conduise    le    4/4   à   l'allure 


LE  GUIDE  MUSICAL 


979 


J  =  80;  celle-ci  sera  bonne  ou  fautive, 
là  n'est  pas  la  question  pour  le  moment. 
Mais  ayant  choisi  J  =  80  au  4/4,  le  chef 
d'orchestre  n'est  plus  libre  du  degré  du  3/4 
qui  suit;  car,  pour  se  conformer  à  la  pres- 
cription de  l'auteur,  il  doit  battre  le  3/4  à 
J  =  60.  Si  donc,  nous  constatons  que  ce 
3/4  est  conduit  à  J  =  40,  nous  dirons  qu'il 
est  trop  lent;  à  J  =  80,  qu'il  est  trop  vif; 
dans  l'un  et  l'autre  cas,  il  y  aura  erreur 
métronomique  ;  si,  au  contraire  (le  4/4  ayant 
toujours  été  pris  à  J  "=  80),  le  3/4  est  pris  à 
J  =  60,  ou  à  un  degré  très  voisin,  nous 
dirons  que  la  prescription  de  l'auteur  est 
suivie,  que  le  problème  est  bien  résolu. 

Il  va  sans  dire  que  le  problème  métrono- 
mique sera  plus  ou  moins  difficile,  suivant 
la  relation  plus  complexe  ou  plus  simple 
entre  les  mouvements,  suivant  la  nature 
des  mesures,  binaires,  ternaires,  ou  celle 
de  leurs  unités  constitutives,  etc. 

Il  y  a  encore  problème  métronomique, 
dans  le  sens  où  nous  l'entendons  ici, 
lorsque  le  retour  à  un  Tempo  I"  est  formel- 
lement indiqué.  Il  faut  parfois  se  reporter 
assez  loin  en  arrière  pour  retrouver  le 
Tempo  I"  auquel  on  doit  revenir,  et  la 
reproduction  exacte  de  ce  mouvement, 
après  des  alternatives  de  ralentissement  et 
d'accélération,  ne  paraît  pas  des  plus 
faciles. 

Nous  avons  déjà  vu  certains  exemples  de 
ces  différents  problèmes.  Relevons  mainte- 
nant sur  une  exécution  du  Crépuscule  des 
Dieux,  la  façon  bonne  ou  mauvaise  dont 
quelques-uns  des  problèmes  ont  été  ré- 
solus. L'exécution  qui  nous  servira  est 
celle  du  8  septembre  1893,  au  Théâtre 
royal  de  Munich,  sous  la  direction  de 
M.  Hermann  Levi. 

!'■'  Exemple.  —  Passage  d'une  mesure  à  6J4  à  une 
mesure  à  3J4  avec  l'indication  J  =  J  —  • 

Cet  exemple  est  tiré  du  prologue,  scène 
des  Nomes  [page  5  de  la  réduction  alle- 
mande, page  4  de  la  réduction  française  (,1)]: 

J=  J      .  .Mesure  64 


Eln  kiili-ncr      Gott 
Un  Dieu  vail  -  lant 


Le  mouvement  local  du  6/4  constaté  une 
dizaine  de  mesures  avant  l'arrivée  du  3/4 
(vers  les  paroles  :  Aeste  IVald,  frondaison 
géante),  est  J  =  74.  Immédiatement  avant 
la  soixante-quatrième  mesure,  citée  ci- 
dessus,  il  atteint  J  =  76.  Puis,  le  3/4  est 
réglé  sur  ses  six  premières  mesures  à 
J  =  72.  Théoriquement,  nous  devrions 
avoir  la  valeur  ancienne,  76,  puisque 
J  =  J  .  Mais  on  voit  que  la  différence  est 
insaisissable  à  l'oreille.  L'accélération  très 
minime  qui  précède  le  3/4  et  le  ralentisse- 
ment qui  l'accompagne  sont,  du  reste, 
très  explicables  par  la  succession  des 
nuances  sonores  cresc.,più  cresc.,/.,  dim.,p. 
Même  sans  tenir  compte  de  cette  consi- 
dération, nous  dirons  que  le  problème  a 
été  très  bien  résolu  ;  car,  étant  donnée  la 
valeur  du  premier  mouvement,  le  second 
n'a  différé  dé  ce  qu'il  devait  être  que  d'en- 
viron 5  pour  cent. 

2"  Exemple.  —  Mesure  à  4J4;  etwas  zuriickhaltend, 
un  poco  rallentando;  vorigesZeitmaas,  tempo  1°; 
mesure  à  3/4  J  =  J',  mesure  à  6J4. 

Cet  exemple  est  encore  tiré  de  la  scène 
des  Nornes.  Le  4/4  dont  nous  partons 
succède  à  une  mesure  à  3/2  (A.  8,  F.  8)  : 


(i)   Pour  abréger,  nous    donnerons   dorénavant  ces 
indications  sous  la  forme  :  A.  5,  F.  4. 


Nous  constatons  qu'il  a  été  conduit,  dans 
les  quelques  mesures  qui  suivent,  à  l'allure 
J  =  80;  c'est  là  le  Tempo  I"  auquel  il  fau- 
dra revenir.  Vient  ensuite  (A.  10,  F.  10)  une 
mesure  de  rallentando  : 

Voriges  Zeitmaass. 
"     '  Tevtpa  I. 


dam  -  mert    o    -     wig      dar       -        auf 
Vans  le  crépuscule      é   -  '  ter       -        net 

Le  mouvement  local,  constaté  dans  cette 
mesure,  est  de  J  =  40;  la  nuance  métrono- 
mique est  donc  faite  (elle  est  même  très 
accusée).  Puis,  après  le  retour  du  Tempo  I", 
nous  constatons  J  =  80  ;  la  reproduction  de 
l'allure  initiale  est  donc  absolument  exacte. 
Cinq  mesures  plus  loin,  arrive  le  3/4  succé- 
dant au  4/4  avec  l'indication  J  =  J  : 


LE  GXJIDE  MUSICAL 


L'allure  de  ce  3/4,  mesuré  avant  le  point 
d'ofgue,  a  été  J  =  84.  Théoriquement,  elle 
aurait  dû  être  J  =  80.  La  différence  est 
insignifiante;  ici  encore,  elle  s'explique  par 
les  nuances  p.,  poco  cresc,  poco  /.,  qui 
régnent  sur  le  3/4  ;  et,  à  ne  considérer  que 
les  chiffres  bruts,  elle  n'est  que  de  5  pour 
cent.  Enfin,  dans  le  6/4  : 


la  très  légère  accélération  se  maintient  et 
s'accentue  insensiblement  à  J  =  go. 

En  résumé,  les  deux  problèmes  du  retour 
au  Tempo  1°  et  du  changement  de  mesure, 
4/4  en  3/4  avec  J  =  J  ,  sont  l'un  et  l'autre 
parfaitement  résolus. 

3°  Exemple.  —  Passage   d'une  mesure   à  6jS  à  une 
mesure  à  3i4  avec  l'indication  J    =  J    — . 

Il  est  tiré  de  la  deuxième  scène  du  pro 
logue  (A.  40,  F.  3g).  Siegfried  vient  de 
quitter  Brùnnhilde;  le  son  du  cor  se  fait 
entendre  du  fond  de  la  vallée  (mesure  6/8 
Schnell,  Vivace)  ;  l'orchestre  passe  en  3/4, 
Rascli,  A  llegro  : 

.    1    Rasûi.  Allegro. 


Voici  les  résultats  de  nos  constatations  : 
dans  le  6/8,  immédiatement  avant  le  chan- 
gement de  mesure,  le  cor  allait  à  J.  =  j5,  soit 
,1^  =  225;  puis,  dans  le  3/4,  l'allure  était 
j  =  ig8,  soit  ,1^  =  3g6.  Les  valeurs  des 
croches  qui  devraient  être  égales  ne  le  sont 
donc  pas,  tant  s'en  faut  ;  l'allure  antérieure 
est  relativement  trop  lente  d'environ  40 
pour  cent.  Le  problème  est  mal  résolu, 
et  nous  ne  sommes  pas  habitués  à  reù- 
contrer  dans  les  bonnes  exécutions  de 
pareils  écarts.  C'est  un  fait  exceptionnel, 
évidemment  dû  à  l'influence  perturbatrice 
du  soliste.  Malgré  le  caractère  un  peu  ad 
libitum  du  solo,  la  relation  des  allures 
successives  constatées  viole  tellement  l'in- 


dication formelle  ^  =  ^  qu'on  doit  qua- 
lifier l'interprétation  de  fautive. 

4'  Exemple.  —  Mesure  à  4J4;  fréquentes  modifications 
de  Lento  à  Animato  J  =  J  et  de  Animato  à  Lento 

Le  commencement  du  second  acte  est 
extrêmement  riche  en  contrastes  d'allures. 
Alberich  et  Hagen,  dans  leur  dialogue, 
sont  merveilleusement  caractérisés  par  les 
nuances  niétronomiques  ;  les  appels  et  les 
conseils  passionnés  d'Alberich  sont  menés 
dans  l'allure  fiévreuse  de  l'Anitnato  ;  mais, 
à  chacune  de  ses  répliques,  Hagen,  impas- 
sible et  dédaigneux,  revient  au  calme  du 
Lento.  D'après  les  indications  du  texte, 
l'allure  se  double  et  se  dédouble  successi- 
vement. 

Le  prélude  orchestral  4/4  Sehr  mdssig 
bewegt,  Moderato  molto,  a  été  conduit  à  une 
vitesse  à  peu'près  constante,  J  =  60  environ, 
sauf  sur  la  nuance  locale  Alhndhlig  noch 
langsamer,  poco  a  poco  più  lento  (A.  140, 
F.  i3i),  où  une  diminution  d'environ  5  de- 
grés métronomiques  a  été  constatée.  La 
première  modification  de  mouvement,  effec- 
tuée par  l'orchestre  seul,  prépare  l'entrée 
vocale  d'Alberich  (A.  140,  F.  i3i)  : 


L'indication  a  été  exactement  suivie,  car 
nous  trouvons  J  =  60,  valeur  initiale  de  la 
noire.  Nous  revenons  peu  après  au  Tempo  I", 
deux  mesures  avant  la  réplique  de  Hagen  : 


(Erstes  Zeitmaass. 


Tempo  /.) 


Aussitôt,  et  conformément  à  l'indication, 
nous  retrouvons  J  ^  60  par  nos  mesurages 
d'exécution.  Exactitude  mathématique. 

Alberich  reprend  la  parole  (A.  141, 
F.  i32)  Wieder  lebhaft,  Animato  J  =  J;  le 
mouvement  d'exécution  constaté  n'est  plus 
exactement  J  =  60,  mais  J  =  54  ;  différence 
acoustiquement  insignifiante. 

Puis,  retour  du  Langsam,  Lento  J  =  J 
sur  la  réplique  de  Hagen  ;  l'allure  revient, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


981 


rigoureusement  cette  fois,  à  J  =  60.  Au 
Wieder  lebkaft  suivant,  le  mouvement  cons- 
taté est  J  -=  54  (A.  142,  F.  i33).  Nouveau 
Lento  (A.  144,  F.  l35)  : 


Schl'dfst  du         Ha-  gen 
Dors     tu        Ha-g&n 

et  nouvelle  constatation  J  =  60.  Enfin  sur 
le  dernier  Lebhaft  portant  toujours  la  men- 
tion J  =  J  (A.  144,  F.  i35),  nous  trouvons  à 
l'exécution  I  =  56,  valeur  exacte  à  moins 
de  7  pour  cent  près. 

Ainsi,  à  sept  reprises  différentes  dans  ces 
quelques  pages,  la  mesure  a  été  doublée  ou 
dédoublée  avec  une  très  grande  précision, 
conformément  au  texte.  On  s'explique  aisé- 
ment la  netteté  et  la  vigueur  des  contrastes 
que  produit  à  l'audition  une  aussi  remar- 
quable rectitude. 

S'  Exemple.  —  Passage  d'une  mesure  à  3J4  à  une 
tnesure  à  2I4,  avec  l'indication  :  2  mesures  à  2J4  équi- 
valent à  une  mesure  à  3J4,  —  Passage  d'une  mesure  à 
2I4  à  une  mesure  à  3/4  avec  égalité  des  noires. 

Le  fragment  considéré  ici  comprend  une 
partie  du  chœur  des  hommes  accourus  à 
l'appel  de  Hagen  ;  il  commence  à  ces 
paroles  de  Hagen  :  «  Starke  Wa^en  !  Des 
haches  tranchantes  !  »  (A.  162,  F.  i5i).  Nous 
sommes  là  dans  une  mesure  à  3  temps  ;  elle 
était  conduite,  dans  l'exécution  qui  nous 
occupe,  à  J  =  go  (ou  3  J  =  3o).  A  l'entrée 
du  chœur,  la  mesure  passe  à  2/4  (A.  164, 
F.  i53): 

Zwei  Takte  so  schnel!,  wie  zuvor  ein  Takt  3/4 

(La  réduction  française  porte  simplement  :  Più  vivo.) 


L'indication  métronomique  de  la  réduction 
allemande  est  des  plus  nettes  :  deux  me- 
sures du  2/4  doivent  valoir  une  mesure  du 
3/4  précédent.  (L'auteur  de  la  réduction 
française  croit  sans  doute  inutile  de  s'em- 
barrasser d'un  aussi  mince  détail  ;  il  écrit 
tout  bonnement  :  più  vivo!).  Or,  à  l'arrivée 
du  chœur,  dans  le  2/4,  nous  constatons  le 
mouvement  d'exécution  J  =  Ii5;  il  en 
résulte  que  4  J  ou  deux  mesures  du  2/4 


=  2g,  et  nous  avons  dit  plus  haut  que  3  J 
ou  une  mesure  du  3/4  précédent  =  3o.  Il 
s'en  faut  donc  d'un  seul  degré  du  métro- 
nome (environ  3  pour  cent)  que  l'indication 
du  texte  soit  mathématiquement  suivie. 

On  revient  ensuite  à  la  mesure  à  3/4,  mais 
point  dans  l'allure  du  3/4  antérieur  ;  ici,  la 
nouvelle  noire  doit  être  égale  à  celle  du  2/4 
immédiatement  précédent.  (A.  i6g,  F.  l58): 

In  diesem  3/4  Takt  werden  die  Viertel  so  schnell 
genommen,  wie  im  2/4,  Takt,  somit  schneller  als  im 
vorangehenden  3/4  Takt. 

Dans  ce  3/4,  les  noires  ont  la  même  valeur  que 
celles  du  2/4,  le  mouvement  est  donc  plus  rapide 
que  dans  le  3/4  du  passage  qui  précède. 
1  I 


wohl 
tard 


Le  mouvement  constaté  à  l'exécution  pour 
ce  3/4  est  J  =  io3.  On  aurait  dû  avoir 
J  =  116,  puisque  telle  était  l'allure  du  2/4; 
la  différence  absolue  est  de  i3  degrés 
métronomiques  ;  mais  elle  est  relativement 
bien  faible,  11  pour  cent  environ.  Les  deux 
problèmes  métronomiques  de  cet  exemple 
sont  donc  bien  résolus,  quoique  le  premier 
soit  singulièrement  compliqué. 

Dans  les  exemples  qui  précèdent,  dont 
quelques-uns  comprennent  plusieurs  cons- 
tatations différentes,  nous  avons  passé  en 
revue  plus  de  vingt  problèmes  métrono- 
miques posés  dans  le  Crépuscule  des  Dieux  ; 
ces  problèmes  ne  sont  pas  les  seuls,  mais 
les  principaux  de  la  partition.  En  mettant 
sous  les  yeux  du  lecteur,  au  risque  peut- 
être  de  lasser  sa  patience,  une  aussi  impor- 
tante collection  de  mesurages,  nous  avons 
voulu  l'amener  à  en  tirer  lui-même  cette 
conclusion  :  Malgré  leur  complexité,  les 
modifications  précises  des  mouvements 
imposées  par  Wagner  à  ses  interprètes  sont 
réalisables  à  l'exécution  ;  quand  on  dispose 
de  bons  éléments,  elles  sont  réalisées 
presque  mathématiquement,  au  grand  avan- 
tage de  la  clarté  et  de  l'expression. 

Est-on  curieux  de  savoir  avec  quelle 
approximation  moyenne  les  principaux 
problèmes  métronomiques  du  Crépuscule 
des  Dieux  ont  été  résolus  à  l'exécution  du 
8  septembre  i8g3?  Abstraction  faite  de 
l'écart  accidentel  dû  au  solo  de  cor  (voir  le 


982 


LE  GUIDE  MUSICAL 


3«  exemple)  l'écart  moyen  est  de  4  pour  cent  ; 
c'est,  si  l'on  veut,  la  différence  qui  existe 
entre  les  allures  J  =  96  et  J  =  100  ;  nous  ne 
croyons  pas  qu'il  existe  d'oreille  assez  déli- 
cate pour  la  saisir  dans  l'exécution. 
[A  suivre.)  H.  Alvin  et  R.  Prieur. 


Cbronique  ^  la  Semaine 


PARIS 

CONSERVATOIRE  NATIONAL  DE  MUSIQUE 

PREMIER    CONCERT    DE   LA    SOCIÉTÉ   DES    CONCERTS 

La  mort  du  grand  artiste  russe  Antoine  Ru- 
binstein  imposait  l'exécution  d'une  de  ses 
œuvres  symphoniques  dans  l'un  des  grands 
concerts  que  Paris  possède.  Nul  n'y  a  songé, 
et  la  Société  des  concerts  donnait  sa  première 
séance  de  l'année  1894-1895,  sans  inscrire  sur 
son  programme  une  page  de  celui  que  nous 
n'entendrons  plus  interpréter  si  génialement 
les  œuvres  des  maîtres.  Ce  programme  était 
voulu,  et  la  Société  a  choisi  de  préférence  une 
série  de  compositions  les  plus  connues,  pour 
inaugurer  la  nouvelle  saison  musicale.  Ne 
soyons  pas  trop  difficiles;  espérons  cependant 
que,  dans  ses  prochains  concerts,  elle  s'éver- 
tuera à  nous  faire  entendre  certaines  œuvres 
des  grands  maîtres,  notamment  de  Beethoven, 
que  l'on  ne  joue  que  rarement,  ou,  pour  mieux 
dire,  jamais  :  nous  avons  cité  quelques-unes 
d'entre  elles  dans  l'une  de  nos  dernières  chro- 
niques. Ajoutons  à  cette  liste,  déjà  donnée,  les 
symphonies  de  Johannès  Brahms,  que  l'Alle- 
magne considère  à  juste  titre  comme  le  plus 
grand  symphoniste  contemporain  après  Ro- 
bert Schumann.  Insistons  également  sur  l'exé- 
cution des  œuvres  des  compositeurs  modernes 
français,  qui  les  gardent  en  portefeuille,  faute 
de  pouvoir  trouver  un  chef  d'orchestre  assez 
avisé  pour  les  produire  au  grand  jour. 

La  Symphonie  en  ut  mineur  est,  avec  la 
Symphonie  pastorale,  la  plus  jouée,  et,  par 
suite,  la  plus  répandue  du  cycle  beethovénien. 
Depuis  la  réouverture  des  grands  concerts  de 
la  saison,  c'est  la  troisième  fois  qu'elle  est  don- 
née, deux  fois  chez  Colonne  et,  dimanche 
dernier,  au  Conservatoire.  N'eût-il  pas  été  plus 
rationnel  de  choisir  une  page  moins  connue 
dans  l'œuvre  du  maître  ?  L'interprétation  a  été 
superbe  ;  on  ne  trouve,  décidément,  qu'au  Con- 
servatoire cette  perfection   dans  les  attaques. 


cette  plénitude  du  son,  cette  finesse  des  nuan- 
ces, qui  donnent  un  si  haut  relief  aux  œuvres 
exécutées.  Le  premier  morceau  a  été,  toutefois, 
pris  un  peu  trop  rapidement.  M .  Taffanel  a 
dirigé  la  symphonie  avec  beaucoup  de  feu  et 
de  nervosité.  Aussitôt  après  l'audition,  l'intelli- 
gent chef  d'orchestre  a  été  mandé  dans  la  loge 
du  Président  de  la  République,  auquel  il  a  été 
présenté  par  M.  Ambroise  Thomas. 

Comme  VAve  verum  de  Mozart,  une  des  der- 
nières œuvres  du  maître  de  Salzbourg,  daté  du 
17  juin  i7çr,  est  magistralement  écrit  pour  les 
voix  I  Quelles  douces  harmonies  et  quelle  plé- 
nitude de  l'orchestre  et  du  grand  orgue  ! 

Dans  l'ouverture  de  Mélusine,  que  la  Société 
des  concerts  n'avait  pas  donnée  depuis  long- 
temps, nous  retrouvons  toute  la  grâce  si  parti- 
culière à  Mendelssohn  et  la  couleur  propre  au 
sujet  légendaire.  On  peut  noter  les  traits  Ués 
des  cordes,  au  début,  donnant  la  sensation  de 
la  transformation  de  Mélusine  en  serpent,  puis 
la  cantilène  si  enveloppante  des  violons. 

Le  concert  se  terminait  par  le  Gloria  patri, 
double  chœur  sans  accompagnement  de  Pales- 
trina  et  par  la  cinquante-deuxième  symphonie 
ensi  bémol  de  J.  Haydn. 

M.  Berthelier,  violon  solo  de  la  Société  des 
concerts,  a  donné  sa  démission  et  a  été  rem- 
placé au  premier  pupitre  par  M.  Nadaud. 

H  UGUES  Imbert. 

CONCERTS-LAMOUREUX 
Moins  heureux  que  Wagner  qui,  grâce  à  la 
courageuse  initiative  de  nos  chefs  de  concerts, 
a  pu  enfin  forcer  les  portes  de  l'Opéra,  où  le 
public,  naguère  hostile,  l'applaudit  et  l'acclame, 
Berlioz,  fêté  sur  les  scènes  étrangères,  n'a  pas 
encore  vaincu  l'indifférence  et  le  dédain  des 
directeurs  de  nos  théâtres  subventionnés  ;  car 
il  faut  citer  seulement  pour  mémoire  cette 
reprise  des  Troyens  à  l'Opéra-Comique,  reprise 
qui,  après  quelques  représentations,  fut,  sans 
motifs  plausibles,  brusquement  interrompue. 
Il  nous  reste  heureusement  les  concerts;  et  l'on 
ne  doit  ménager  à  ceux  qui  les  dirigent  ni  les 
éloges  ni  les  encouragements  toutes  les  fois 
qu'ils  nous  font  entendre  les  œuvres  du  plus 
grand  musicien  français  du  xix^  siècle. 

Notre  excellent  collaborateur  et  ami  M.  Im- 
bert vous  raconte  ce  qui  se  passe  au  Châtelet, 
où  Berlioz  va  tenir  l'affiche  pendant  presque 
tout  le  reste  de  la  saison.  De  son  côté,  M.  La- 
moureux  a  eu  la  bonne  idée  de  donner  à  sa 
dernière  matinée  musicale  deux  fragments 
du  même  compositeur  :  l'ouverture  du  Carna- 
val Romain,  cette  page   pittoresque  et  enso- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


983 


leillée,  que  l'on  entend  toujours  avec  le  plus 
vif  plaisir  ;  puis  l'épisode  symphonique  des 
Troyens  intitulé  «  Chasse  et  Orage  «,  curieux 
exemple  de  musique  descriptive  qui  fut  jadis 
l'objet  des  cruels  sarcasmes  d'une  certaine 
presse  musicale  à  la  têto  de  laquelle  figuraient 
les  Scudo,  les  Jouvin,  et  que  le  public  d'aujour- 
d'hui applaudit  et  admire. 

Nous  avons  peu  goûté  VEsqiiisse  sur  les 
steppes  de  l'Asie  centrale  de  Borodine.  Cette 
composition,  dans  laquelle  l'auteur  ressasse 
d'un  bout  à  l'autre  un  chant  populaire  de 
médiocre  intérêt,  pêche  par  la  monotonie,  que 
viennent  encore  augmenter  la  sobriété  des 
développements  et  l'insuffisance  de  l'orches- 
tration. L'interprétation,  du  reste,  laissait  à 
désirer  ;  les  cors  surtout  n'ont  pas  épargné  les 
fausses  notes. 

Le  grand  succès  a  été,  comme  le  dimanche 
précédent,  pour  M.  Hugo  Heermann,  qui  a 
exécuté  avec  un  rare  talent  le  concerto  en  rê 
majeur  de  Brahms,  dont  l'adagio,  construit  sur 
un  thème  empreint  d'une  douce  mélancolie, 
lui  a  permis  de  faire  valoir  le  charme  de  son 
jeu  expressif.  Le  maître  violoniste  a  rendu 
ensuite  avec  une  maestria  incomparable  les 
Scènes  de  la  Czarda  du  compositeur  hongrois 
Hubay,  page  très  brillante  que  le  public  enthou- 
siasmé a  voulu  entendre  une  seconde  fois. 
M.  Lamoureux,  —  le  cas  est  assez  rare  pour 
qu'on  le  signale,  —  n'a  pas  cru  devoir  opposer 
son  veto. 

Bien  que  la  Fiancée  du  timbalier  n'ait  pas 
été  destinée,  par  Victor  Hugo,  à  être  mise  en 
musique,  ce  genre  de  poésie  se  prête  assuré- 
ment mieux  à  l'adjonction  de  notes  que  les 
alexandrins  de  Corneille.  Aussi,  tout  en  désap- 
prouvant en  général  ces  tentatives  artistiques, 
consistant  à  illustrer  musicalement  des  poèmes 
qui  se  suffisent  à  eux-mêmes  et  n'ont  nul  besoin 
d'une  parure  dont  ils  ne  tirent,  la  plupart  du 
temps,  aucune  force  expressive  nouvelle,  M. 
Saint-Saëns  ne  mérite  pas,  dans  le  cas  présent, 
tous  les  reproches  que  nous  lui  avons  adressés, 
l'autre  jour,  à  propos  de  la  scène  d'Horace.  La 
musique  de  la  Fiancée  du  timbalier  est  d'ail- 
leurs très  intéressante,  et  quelques  strophes  de 
la  ballade,  les  deux  dernières  surtout,  sont  fort 
bien  traitées.  Et  avec  une  interprète  comme 
M™"  Héglon,  le  succès  ne  pouvait  être  douteux. 

Mais  M.  Saint-Saëns  devrait  s'abstenir  de 
chercher  des  collaborateurs,  non  seulement 
parmi  les  maîtres  de  la  poésie,  mais  même 
parmi  les  fabricants  de  livrets.  N'est-il  pas,  lui 
aussi,  un  poète  ou,  tout  au  moins,  ne  tourne-t-il 
pas  les  vers  avec  une  certaine  habileté?  Pour- 


quoi n'essaierait-il  pas  d'être  lui-même  son 
propre  librettiste  ?  Ce  serait,  en  effist,  de  sa 
part  une  tentative  très  artistique  et  du  plus 
grand  intérêt,  s'il  consentait  à  mettre  au  jour 
une  œuvre  lyrique  dont  il  aurait  écrit,  tout  à  la 
fois,  les  paroles  et  la  musique.  Lui  seul,  parmi 
nos  compositeurs,  serait  capable  de  faire  cesser 
ce  dualisme,  cet  antagonisme,  ces  tiraillements 
qui  existent  toujours  entre  les  deux  collabora- 
teurs d'un  opéra  et  produisent  trop  souvent 
l'œuvre  hybride  que  l'on  connaît  si  bien.  Telle 
est  la  tâche  noble  et  féconde  que  nous  nous 
permettons  de  signaler  à  M.  Saint-Saëns,  et  à 
laquelle  il  devrait  se  consacrer,  non  seulement 
en  vue  de  sa  propre  gloire  ;  mais  encore  dans 
l'intérêt  et  pour  l'honneur  de  l'art  musical  fran- 
çais. Ernest  Thomas. 

La  Société  d'Art  a  donné  sa  première  séance 
de  la  saison  1894-1895,4  la  salle  Pleyel,  le  2  dé- 
cembre. Programme  des  plus  intéressants,  où 
figuraient  des  œuvres  nouvelles  non  sans  mérite. 
Nous  avons  surtout  remarqué  la  belle  Sonate  pour 
piano  et  violon  (première  audition)  de  M.  Anselme 
Vlnée;  c'est  l'œuvre  d'un  parfait  musicien,  abso- 
lument versé  dans  la  connaissance  des  classiques, 
mais  qui  suit  avec  Intérêt  le  mouvement  contem- 
porain. Le  Menuet,  surtout,  est  charmant  et  a  été 
fort  applaudi.  Exécution  parfaite  par  MM.  Lucles 
Wurmser  et  Armand  Parent.  La  Sérénade  espagnole 
de  M.  I.  Phillpp,  composition  fort  bien  inspirée 
des  cantilènes  indigènes,  a  obtenu  également  un 
fort  joli  succès,  et  l'interprète.  M""  Louise  Rùc- 
kert,  a  eu  sa  part  dans  les  applaudissements.  Pour 
n'oublier  personne,  nous  citerons  une  Mazurka 
originale  de  M.  A.  Parent,  exécutée  par  l'auteur, 
de  jolies  pièces  pour  le  piano  de  M.  Ch.  René,  des 
mélodies  très  suggestives  de  M.  H.  Letocart,  des 
morceaux  pour  violoncelle  de  M.  Daniel  Van 
Goens  et  de  Max  Bruch,  admirablement  présentés 
par  M.  Jules  Loeb  et  enfin  la  Marche  militaire  de 
Beethoven,  brillamment  enlevée  par  MM.  L  Phi- 
llpp. et  H.  Frêne. 

M"'  Clotilde  Kleeberg  a  donné  une  soirée  qui 
laissera  de  durables  souvenirs  à  tous  ceux  qui  y 
ont  assisté.  Au  programme,  quatuors  de  G.  Fauré 
et  de  R.  Schumann,  fort  bien  interprétés  par  la 
charmante  artiste  avec,  pour  partenaires,  MM.  Na- 
daud.  Van  Waefelghem  et  Salmon,  des  Lieder  de 
Schumann  dits  avec  un  art  parfait  par  M™°  Hel- 
mann,  les  Scènes  sylvestres  de  Th.  Dubois,  qui  sont 
en  train  de  faire  le  tour  de  l'Europe  et  que 
M"«  Kleeberg  joue  à  ravir,  etc.... 

A  l'occasion  de  la  millième  de  Faust,  le  Journal 
publiera  un  numéro  exceptionnellement  consacré 
à  l'opéra  du  maître  français. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


On  sait  que  M.  Ambroise  Thomas  a  écrit  pour 
cette  millième,  une  cantate,  que  les  aïtistes  répè- 
tent actuellement,  sous  la  direction  de  M.  Vidal. 

•$• 
C'est  par  suite  d'une  erreur  de  typographie  que 
nous  avons  annoncé  dans  le  dernier  numéro  du 
Guide  Musical  (page  gSS)  la  reprise  probable  à 
rOpéra-Comique  de  la  Timbale  d'argent.  C'est  le 
Timbre  d'argent  qu'il  faut  lire. 


BRUXELLES 

M.  Maugé  vient  de  nous  donner,  au  Théâtre 
des  Galeries  une  excellente  reprise  de  la  Fille 
de  Madavte  Angot.  La  piquante  opérette  plu- 
sieurs fois  centenaire  de  Siraudin,  Clairville  et 
Charles  Lecocq  a  fait  un  très  vif  plaisir,  bien 
que  la  dernière  reprise  à  Bruxelles,  au  Théâtre 
de  la  Bourse,  ne  remonte  guère  à  plus  de  six 
ou  sept  années.  Mais  là  le  cadre  était  un  peu 
vaste  pour  le  tableau;  au  Théâtre  des  Galeries, 
l'œuvre  est  tout  à  fait  à  sa  place  et  sa  reprise  a 
été  bruyamment  accueillie.  C'est  qu'elle  est 
restée  alerte,  entraînante,  gaie,  colorée  avec  ses 
types  si  amusants  et  si  bien  campés  de 
l'époque  du  Directoire,  ses  couplets  et  ses 
ensembles  d'un  rythme  si  franc  et  d'une  fac- 
ture si  délicate  en  leur  apparent  abandon.  La 
partition  tout  entière  a  gardé  sa  fraîcheur,  et  si 
l'on  ne  chante  plus  guère  aujourd'hui  sur  ce 
ton  aimable,  facile  et  gouailleur,  c'est  que  per- 
sonne, vraiment,  depuis  Lecocq,  n'a  retrouvé  la 
veine  mélodique  et  l'aisance  d'écriture,  qui, 
d'un  bout  à  l'autre,  distinguent  cette  œuvre 
charmante,  et  en  ont  fait,  malgré  la  mode 
changeante  et  l'esthétique  bouleversée,  un  des 
ouvrages  les  plus  parfaits  du  théâtre  contem- 
porain. Tout  au  plus,  çà  et  là,  se  marque  une 
légère  ride,  mais  plutôt  dans  le  dialogue  et  dans 
l'agencement  convenu  de  certaines  scènes.  Il  y 
aura  bientôt  un  siècle  que  le  type  populaire  de 
Mme  Angot  aura  paru  à  la  scène  :  la  première 
pièce  de  théâtre  où  il  figure,  c'est  Madame  An- 
got ou  la  Poissarde  parvejnie,  de  Maillot,  qui 
fut  jouée,avec  un  succès  prodigieux,  en  1796,  au 
Théâtre  d'Emulation,  depuis  le  Théâtre  de  la 
Gaîté,  à  Paris.  C'était  une  satire  qui  amusait 
profondément  la  foule,  aux  dépens  des  trafi- 
quants, des  agioteurs,  des  mayolets  du  Perron 
de  la  rue  Vi vienne,  des  fournisseurs  tranchant 
du  hobereau,  de  tout  ce  monde  interlope  de 
parvenus  et  d'intrigants  né  de  l'orage  de  la 
Révolution.  Depuis  lors,  il  ne  disparut  plus  de 
la  scène  pendant  une  dizaine  d'années,  et  s'y 


maintint,  sous  les  formes  les  plus  diverses,  jus- 
qu'après le  premier  Empire.  C'est,  assurément, 
une  coïncidence  bizarre  qu'il  y  ait  reparu,  — 
après  une  éclipse  d'un  demi-siècle,  —  au  len- 
demain de  la  chute  du  second  Empire. 

M.  Maugé  a  eu,  nous  semble-t-il  une  heu- 
reuse idée  en  reprenant  la  Fille  de  M"°«  An- 
got, au  moment  où  la  curiosité  se  reporte  vers 
cette  étrange  et  pittoresque  époque,  grâce  à  la 
publication  de  mémoires  jusqu'ici  inédits,  qui 
l'ont  fait  revivre  à  nos  yeux  dans  ces  derniers 
temps.  Ce  n'est  plus  naturellement  l'exécution 
de  la  nouveauté,  de  l'inoubliable  première  bru- 
xelloise à  l'Alcazar,  sous  la  direction  de  Hum- 
bert,  avec  Luigini,  Desclauzas,  Mario  Widmer 
et  Jolly.  Mlle  Lafontaine  (Clairette)  était,  le  soir 
de  la  reprise,  grippée  affreusement;  la  vaillante 
artiste  a  dû,  le  lendemain,  renoncer  à  tenir  le 
rôle  où  elle  avait  marqué,  malgré  son  indisposi- 
tion, de  la  verve  et  de  la  gaîté  ;  et  l'Ange  Pitou 
de  M .  Servais  a  paru  bien  morose  et  dénué  de 
comique;  mais  la  belle  M^^  Lesœur  est  très 
séduisante  dans  le  rôle  de  M'ie  Lange.  Leroux 
fait  un  Larivaudière  suffisamment  comique, 
l'excellent  Lespinasse  est  un  Pomponnet  à  la 
fois  naïf  et  malicieux,  les  chœurs  sont  bons, 
l'orchestre  discret  et  de  sonorité  distinguée,  les 
costumes  en  partie  ravissants,  les  décors  ingé- 
nieux et  pittoresques.  Bref,  la  pièce  a  fait  rire 
et  la  musique  a  charmé  comme  autrefois. 

M.  K. 

Dimanche,  au  théâtre  de  la  Monnaie,  dans 
les  Huguenots,  débuts  de  M"e  J.  Milcamps, 
l'élégante  cantatrice,  si  souvent  applaudie  dans 
nos  concerts.  M''^  Milcamps,  dont  on  connaît 
la  voix  bien  timbrée  et  la  jolie  diction,  a  été 
bien  accueillie  dans  le  rôle  du  Page  qui  lui  a 
été  confié.  Il  y  aurait,  naturellement,  foule  de 
critiques  à  formuler,  manque  de  crânerie,  atti- 
tudes défectueuses,  accointances  continues  avec 
la  rampe  (gravierisme  aigu).  Mais  ces  défauts,' 
inhérents  à  l'émotion  d'une  première  appari- 
tion, se  corrigeront  évidemment  par  l'habitude 
des  planches.  N.  L. 

Très  intéressante,  la  première  séance  popu- 
laire de  musiquedu  piano  à  lasalleRavenstein. 
Ce  premier  récital  était  consacré  à  Schumann. 
M.  Litta,  très  en  progrès,  a  interprété  avec  ■ 
charme  et  distinction,  les  première  et  troisième 
partie  de  la  Fantaisie,  op.  17,  la  première  par- 
tie du  Carnaval  de  Vienne  et  les  l'apillons  - 
(12  pièces).  Mais  à  ces  œuvres,  qui  exigent  de- 
l'exécutant,  comme  de  l'auditeur  une  connais- 
sance approfondie  de  la  vie  du  maître  de 
Swickau,  de  cette  vie  si  intellectuelle,  dont  ses 
œuvres  sont  le  reflet,  le  public  a  généralement 


LE  GUIDE  MUSICAL 


préféré  les  Papillons  noirs,  l'Oiseau  prophète, 
Chanson  triste.  Nocturne  en  fa  majeur  et  les 
autres  pièces  détachées  que  M.  Litta  a  dé- 
taillées à  ravir,  en  mettant  à  profit  les  sonorités 
si  chaudes  du  piano  Steinway.Au  l3  décembre, 
seconde  séance  Beethoven. 

Rappelons  qu'aujourd'hui,  dimanche,  a  lieu 
la  réouverture  des  Concerts  populaires,  sous 
la  direction  de  M.  Joseph  Dupont.  On  trou- 
vera le  programme  au  répertoire  des  concerts. 
M.  Vincent  d'Indy  est  arrivé  vendredi  à 
Bruxelles,  pour  assister  à  l'exécution  de  sa 
symphonie  Cévenole,  dont  M.  I.  Philipp  jouera 
la  partie  de  piano.  Rappelons,  à  ce  propos,  la 
notice  que  le  Guide  Musical  a  publiée  sur  ce 
remarquable  et  fin  pianiste  dans  son  numéro 
12,  du  ig  mars  1893. 

Voici  le  programme  complet  de  la  première 
des  cinq  auditions  organisées  par  la  Société 
des  Nouveaux  Concerts,  qui  a  lieu  avec  le 
concours  de  M™'^  Marie  Brema  et  sous  la  direc- 
tion de  Franz  Servais  (3o  décembre)  : 

I.  Ouverture  du  Barbier  de  Bagdad  (Peter 
Cornélius);  2.  Die  Idéale,  poèmesymphonique, 
d'après  Schiller  (Liszt);  3.  Deux  poèmes  : 
a)  Trduine,  h)  Schmerze7i  (R.  Wagner),  chan- 
tés par  M'1'2   Brema,  instrumentés  par   Mottl  ; 

4.  Ouverture   de  Leonore,   n»  3  (Beethoven); 

5.  Deux  fragments  de  V Apollonide  :  a)  Elégie, 
h)  Scène  dans  la  tente  :  festin,  hymne,  danse 
sacrée  (F.  Servais)  ;  5.  Scène  finale  de  la  Gœt- 
terdàmmerung  (R.  Wagner).  Brunnhilde  : 
M">e  Brema. 

Pour  les  places  et  pour  toute  demande  rela- 
tive à  l'abonnement,  s'adresser  chez  Breitkopf 
et  Hsertel,  46,  Montagne  de  la  Cour,  où  se 
trouve  déposé  le  plan  de  la  salle. 

Nous  apprenons  que  l'Ecole  de  musique 
d'Anvers  va  être  prochainement  élevée  au  rang 
de  Conservatoire  ro3'al.  En  réponse  à  une  de- 
mande qui  lui  a  été  adressée  récemment,  à  ce 
sujet,  par  le  gouverneur  de  la  province,  M.  le 
baron  Osy,  M.  de  Burlet,  ministre  de  l'inté- 
rieur, vient  de  répondre  n  qu'il  était  disposé, 
en  principe,  à  accorder  à  l'Ecole  de  musique 
d'Anvers  le  titre  de  Conservatoire  royal,  et  à 
consacrer  ainsi  la  renommée  artistique  de  cette 
institution,  à  la  condition  que  l'augmentation 
de  dépenses  qui  pourrait  en  résulter  pour  le 
Trésor  public,  ne  soit  pas  importante  ».  M.  de 
Burlet  a  demandé,  à  ce  sujet,  à  M.  le  baron 
Osy,  quelques  renseignements  complémen- 
taires, d'où  dépendra  sa  décision. 

Nous  rappelons  que  la  troisième  séance  musi- 
cale organisée  par  la  Maison  Schott  se  donnera 


le  samedi  i5  décembre,  à  8  heures  du  soir,  dans 
la  salle  de  la  Grande-Harmonie,  avec  le  concours 
de  MM.  Eug  d'Albert,  pianiste,  et  Ed.  Jacobs, 
violoncelliste.  Voir  le  programme  plus  loin. 


CORRESPOND  A  NCES 

AMSTERDAM.  —  La  représentation  mo- 
dèle de  la  Walkyrie,  donnée  par  le  Wagner- 
Vereiii,  sous  la  direction  de  M.  Henri  Viotta,  au 
nouveau  Théâtre-Communal  d'Amsterdam,  a  été 
un  très  grand  succès.  En  trois  répétitions  seule- 
ment, l'émiuent  chef  d'orchestre  est  parvenu  à 
réaliser  une  exécution  vraiment  parfaite.  Il  est 
vrai  qu'il  avait  sous  sa  direction  le  superbe 
orchestre  de  M.  Kes  et  des  chanteurs  wagnériens, 
venus  tout  e.xprès  d'Allemagne  et  connaissant  la 
WalhyrieA'wn  bout  à  l'autre  :  M"'"Ternina(Brunn- 
hilde),  Wittich  (Sieglinde),  Gisela  Staudigl 
(Fricka),  MM.  Anthes  (Siegmundj  et  Perron 
(Wotan). 

La  seule  tache  de  cette  exécution  a  été  M.  De- 
carli,  de  Dresde  (Hunding),  qui  a  laissé  beaucoup 
à  désirer  comme  pureté  d'intonation.  Le  chœur 
des  Walkyries,  chanté  par  des  artistes  allemandes, 
avait  été  beaucoup  mieux  rendu  l'année  dernière 
par  les  dames  du  Wagner- Verein,  toutes  dikttantt. 

Le  premier  et  le  troisième  actes  surtout  de 
l'œuvre  ont  provoqué  le  plus  grand  enthousiasme. 
Le  second  acte  continue  à  produire  sur  le  public 
une  impression  beaucoup  plus  froide.  A  la  fin  de 
l'ouvrage,  on  a  acclamé  M.  Viotta,  auquel  on  vou- 
lait faire  une  ovation  bien  méritée,  mais  il  s'était 
déjà  esquivé  pour  se  dérober  à  toute  manifesta- 
tion. 

La  seconde  audition  du  Wagner- Verein  se  com- 
posera probablement  de  Siegfried  ou  de  Tristan  et 
IseitH. 

Il  est  jiossible  qu'au  Théâtre- Royal  français 
de  la  Haye,  on  monte  prochainement  Hansel  et 
Gretel  de  Huraperdinck.  Le  directeur  va  partir 
pour  Dusseldorf,  afin  d'assister  à  une  exécution  de 
cet  ouvrage,  déjà  si  populaire  en  Allemagne. 
Nous  avons  eu  une  excellente  reprise  âesPagiiacci 
de  Leoncavallo,  en  attendant,  au  premier  jour, 
celle  de  Samson  et  Dalila. 

La  Société  pour  l'encouragement  de  l'art  musi- 
cal nous  a  fait  entendre  l'oratorio  Pmdns  de  Men- 
delssohu,  sous  la  direction,  de  plus  en  plus 
nerveuse,  de  M.  Rôntgen,  et  avec  le  concours  de 
M""'  Reddingius,  MM.  Litzinger,  de  Dusseldorf, 
et  Sistermans,  de  Francfort.  L'ouvrage,  malgré 
ses  nombreuses  beautés,  a  paru  un  peu  suranné, 
et  l'exécution  n'a  pas  dépassé  la  médiocrité.  Les 
chœurs  ont  manqué  de  rythme  et  d'unité,  et  la 
justesse  d'intonation  a  laissé  beaucoup  à  désirer, 
surtout  du  côté  des  soprani.  M""  Reddingius,  dont 
la  diction  est  excellente,  qui  chante  juste  et  ne 
chevrote  jamais,  deux  grandes  qualités,  a,  mal- 
heureusement, la  voix  faible  et  manque  de  tempe- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


rament.  Sa  froideur  est  extrême.  Le  ténor  Litzinger 
est  un  chanteur  de  haute  école,  et  sa  manière  de 
dire  le  récitatif,  surtout,  trahit  l'artiste  expéri- 
menté. M.  Sistermans  n'était  pas  très  bien  dis- 
posé; il  a,  néanmoins,  fort  bien  rendu  l'arioso 
GoU.,sci  mir gnâdig,  une  des  plus  belles  pages  de  la 
partition. 

Au  prochain  concert  de  la  même  société,  on 
exécutera  les  Béatitudes  de  César  Franck,  de  même 
qu'à  la  Haye,  sous  la  direction  de  Willem  Kes. 

Au  premier  concert  de  la  Haj'e,  on  doit  exécu- 
ter l'oratorio  de  Noèl  de  Jean-Sébastien  Bach. 

En  attendant,  nous  sommes  menncés  d'une  in- 
vasion de  grands  pianistes  :  après  De  Greef, Eugène 
d'Albert;  après  d'Albert,  Paderewsky,  Siloti  et 
M"°«  Rappoldi. 

Au  premier  concert  historique  qui  sera  donné 
par  M.  Kes,  le  9  décembre,  nous  aurons  la  bonne 
fortune  d'entendre  une  Sonata  de  Monteverde,  un 
'Concerto grosso  de  Corelli,pour  instruments  à  cordes 
avec  violon-solo  et  viola  di  gamba,  un  Menuet  de 
Nilander,  Plaisir  d'amour  de  Martini  pour  viola 
d'amore  et  clavecin,  la  sonate  Horttis  musica  de 
Reintœn,  un  air  à'Hippolyte  et  Aride  de  Rameau,  le 
concerto  pour  hautbois  de  Hasndel,  une  suite  pour 
viola  di  gamba  et  clavecin  de  Schenk,une  cantate 
de  Scarlatti  et  le  Concerto  grosso  n°  6  de  Hœndel, 
pour  instruments  à  cordes,  deux  violons  et  violon- 
celle-solo.  C'est  M.  Kes  en  personne  qui  tiendra 
le  clavecin  dans  cette  séance  si  pleine  d'intérêt. 

Ed.  de  h. 


ANVERS.  —  La  maison  Fréd.  Rummel 
vient  d'inaugurer  très  heureusement  la  série 
des  séances  de  musique  de  chambre  qu'elle  compte 
donner,  cet  hiver,  dans  la  salle  de  l'Harmonie.  La 
"première  soirée  avait  réuni  trois  artistes  M""'  Falk 
Mehlig,  MM.  Joh.  Smit  et  Ed.  Jacobs.  Ils  ont 
rivalisé  de  talent  dans  l'exécution  du  grand  Trio 
en  si  bémol  de  Beethoven  ainsi  que  dans  celui  de 
Schumann  en  ré  mineur.  Ces  œuvres  capitales, 
interprétées  avec  un  ensemble  parfait,  ont  été  un 
vrai  régal  pour  les  dilettanti.  Et  la  sonate  en  ut 
mineur  de  Grieg,"qui  traduit  si  bien  le  sentiment 
rêveur  du;maitre  norwégien,  a  fait  un  délicieux 
intermède  entre  les  chefs-d'œuvre  que  je  viens 
de  citer.  Le  violoniste,  M.  J.  Smit,  s'y  est  fait 
remarquer  autant  par  sa  correction  que  par  son 
phraser  élégant  et  d'une  pureté  exceptionnelle. 
La  deuxième  séance  est  annoncée  pour  le  i5  de 
ce  mois,  avec  le  concours  de  Mi'=  R.  Hoffmann, 
pianiste,  de  M"»  Irma  Sethe,  violoniste,  et  de 
M.  Demest,  ténor. 

La  deuxième  séance  de  musique  de  chambre  que 
nous  a  offerte,  lundi,  M.  J.  Marïen,  a  été  loin  de 
valoir  la  première.  La  composition  du  programme 
n'était  pas  heureuse,  et  le  pianiste,  M.  Eibenschûtz, 
de  Cologne,  n'a  guère  su  en  relever  l'intérêt.  Son 
jeu  est  bien  sec  et  les  gestes  maniérés  de  l'exécu- 
tant n'y  adjointent  point  de  relief.  Dans  la  sonate 
de  Brahms,  op.  78,  et  dans  le  quintette  de  Schu- 


mann, l'artiste  a  été  absolument  incolore.  La 
Polonaise  de  Liszt,  qu'il  a  jouée  seul,  n'était  guère 
à  sa  place,  avec  ses  cadences  brillantes,  dans  ce 
milieu  classique.  Enfin,  M'I'^  Levering,au  lieu  d'in- 
terpréter quelques  unes  des  délicieuses  mélodies 
de  Schubert  ou  de  Schumann,  a  préféré  chanter  le 
grand  air  (TObéron.  Cet  air  est  très  beau,  mais  il 
n'était  point  à  sa  place  et  ne  se  supporte  guère 
avec  un  simple  accompagnement  de  piano.  Men- 
tionnons l'exécution  d'un  quintette  de  Mozart, 
comme  particulièrement  réussie.  Un  jeune  clari- 
nettiste, M.  Cootmans,  s'y  est  fait  remarquer.  Le 
célèbre  larghetto  a  été  fort  goûté. 

La  première  de  Ondine  au  Théâtre  Lyrique  fla- 
mand, a  obtenu  un  franc  succès  ;  l'ouvrage  a  été 
monté  avec  goût  et  nous  y  voyons  figurer  les  meil- 
leurs éléments  de  la  troupe  lyrique. 

M''"  Levering,  sous  les  traits  d'Ondine,  a  été 
charmante  et  a  partagé  les  honneurs  de  la  soirée 
avec  MM.  Fontaine  et  Berckmans.  N'oublions 
pas  M  Dierickx  qui  a  beaucoup  gagné  comme 
chanteur  et  qui  a  été,  comme  comédien,  d'une 
gaîté  communicative. 

Quant  à  la  partition  de  Lortzing,  elle  est  d'une 
assez  mince  valeur.  Incontestablement  inférieure 
à  celle  de  Czar  et  Charpentier,  elle  offre  également 
moins  d'intérêt  pour  la  partie  symphonique. 

A.  W. 

LEIPZIG.  —  Pendant  les  deux  derniers  mois 
le  répertoire  du  théâtre  n'a  pas  manqué  de 
variété.  Des  œuvres  de  Richard  Wagner,  nous 
avons  entendu  Tristan  et  Iseult,  les  Maîtres  Chanteurs, 
Tamihœiiser ;  de  Mozart,  Cosi  fan  tutte,  Bastien  et 
Bastienne,  les  Noces  de  Figaro;  de  Lortzing,  Csar 
et  Charpentier,  Ondine;  de  Schumann,  Geneviève;  de 
Meyerbeer,  V Africaine  ;  de  Smetana,  la  Fiancée 
vendue.  L'école  française  a  été  représentée  par  Ha- 
\évy {la.  Juive  etl'Eclair),  Ambroise  Thomas  [Mignon], 
Bizet  (Carmen);  celle  des  Italiens,  par  Verdi  (la 
Traviata,  avec  leconcours  de  M""'Lillian  Nordica, 
et  Faktaff);  Rossini  [Tell)  etLeoncavallo(Pa^/mm). 
L'œuvre  qui  a  eu  le  plus  grand  nombre  de  repré- 
sentations dans  ces  deux  mois  est  Hansel  et  Gretel. 

Nous  avons  eu  aussi  le  26  novembre,  au  théâtre, 
une  exécution  du  Chajd  à  ASgir,  de  l'empereur 
Guillaume  II.  Cette  composition  innocente,  pro- 
duit d'un  caprice  de  souverain,  sur  la  valeur 
musicale  de  laquelle  il  ne  vaut  pas  la  peine  d'in- 
sister, a  reçu  ici  l'accueil  qu'on  lui  doit;  —  elle  a 
été  sifflée  énergiquement,  fait  qu'une  partie  de  la 
presse  n'a  pas  eu  le  courage  de  mentionner. 

Le  12  novembre,  la  Singakademie,  sous  la  di- 
rection de  M.  le  docteur  Paul  Klengel,  nous  a 
donné  une  exécution  très  réussie  du  Franciscus 
d'Edgar  Tinel.  Si  remarquable  que  soit  l'ouvrage, 
il  a  paru,  en  raison  du  sujet,  trop  mondain  pour 
porter  le  titre  d'oratorio;  en  général,  l'orchestra- 
tion est  un  peu  trop  exubérante.  L'auditoire  n'en 
a  pas  moins  fait  l'accueil  le  plus  sympathique  à 
l'œuvre     et   accablé    le  compositeur,   présent  à 


LE  GUIDE  MUSICAL 


987 


l'exécution,  d'ovations  on  ne  peut  plus  flatteuses. 

Les  concerts  du  Liszt-Verein,  qui  complètent 
heureusement  les  concerts  du  Gewandhaus,  en 
nous  fai-sant  connaître,  avant  tout,  l'art  musical 
contemporain  sous  ladirection  dechefs  d'orchestre 
renommés,  ont  repris  le  21  octobre  et  retrouvé 
leur  vogue  d'antan.  Ils  réunissent  un  auditoire 
presque  cosmopolite  d'environ  trois  mille  per- 
sonnes. Le  premier  des  cinq  concerts  annoncés  a 
été  conduit  par  M.  le  kapellmeister  Emile  Stein- 
bach,  de  Mayence.  Le  programme  comprenait, 
comme  œuvres  orchestrales,  les  Préludes  et  Fest- 
Mange  de  Liszt  et  V Apparition  de  Vénus  de  Stein- 
bach.  C'est  une  composition  de  valeur  ;  l'auteur 
s'entend  parfaitement  à  manier  l'orchestre  ;  sa 
traduction  musicale  du  sujet  est  à  la  fois  spiri- 
tuelle, pittoresque  et  colorée,  encore  que  l'in- 
fluence de  Wagner  se  fasse  trop  sensiblement  sen- 
tir. 

Le  pianiste  Lamond,  de  Francfort-sur-Mein, 
a  exécuté  avec  succès  le  concerto  en  si  mi- 
neur de  Tschaïkowski.  A  côté  de  lui,  M"^  Lil- 
lian  Sanderson  n'a  obtenu  qu'un  accueil  assez 
jnpdeste. 

Au  deuxième  concert,  le  24  novembre,  c'est  le 
kapellmeister  Zumpe,  de  Stuttgart,  qui  dirigeait. 
Il  a  fait  jouer  la  Faust-Symphonie  de  Liszt  et  VEs- 
pana  de  Chabrier.  Les  deux  pièces  ont  été  applau- 
dies 'avec  enthousiasme.  Le  pianiste  Feruccio 
Busoni,  de  Berlin,  a  joué  le  concerto  en  la  majeur 
de  Liszt,  et  M.  le  professeur  Brodsky,  une  suite 
pour  violon  de  Novarck,  dont  la  troisième  partie 
perpétua  mobile),  seule,  a  pu  nous  intéresser. 
.  Pour  donner  un  aperçu  du  développement  do  la 
musique  instrumentale,  M.  Hermann  Krelz- 
schmar,  professeur  à  l'Université,  a  institué  des 
concerts  académiques,  dont  le  premier  compre- 
nait des  compositions  du  xvui^  siècle  de  Gluck 
(ballet  tiré  de  Don  Juan),  Bach,  Hœndel,  Rameau 
(suite  de  l'opéra  Platée),  Mozart  et  Haydn 

Ledeu.xiéme  concert  a  été  consacré  à  des  com- 
positions de  Beethoven.  Edm.  Rorhuch. 


LIEGE.  —  Le  quatuor  liégeois  fondé,  l'an 
dernier,  par  M.  Geminich,  a  ouvert,  le 
23  novembre  dernier,  la  série  de  ses  séances  de 
musique  de  chambre.  M.  Geminich,  et  ses  jeunes 
partenaires,  MM.  J.  Robert,  O,  Englebert  et  Gil- 
lard,  se  sont  efforcés  de  nous  convaincre  du  tra- 
vail accompli  par  eux  et  de  leurs  nobles  intentions, 
d'abord  dans  le  célèbre  dixième  quatuor  de  Bee- 
thoven ;  ils  en  ont  rendu  les  difîérents  mouve- 
ments avec  style  et  sentiment.  Mais  ils  ont  mieux 
réussi  dans  le  Quintette  en  fa  mineur  pour  piano  et 
archets  de  C.  Franck,  dont  les  allures  toutes  mo- 
dernes s'identifient  mieux,  stmble-til,  avec  leur 
compréhension  musicale.  La  partie  de  piano  dans 
le  Ç)ï(î;ife</(;  était  tenue  par  M.  S.  Vantyn,  profes- 
seur à  notre  Conservatoire,  qui,  entre  les  deux 
pièces  concertantes,  avait  joué,  non  sans  qualités, 
les  études -symphoniques  de  Schumann. 


La  Société  de  musique  de  chambre  rivale  du 
quatuor  Geminich  a  inauguré  ses  séances  le  28  no- 
vembre, à  la  Salle  Orientale.  Le  quatuor  en  la 
majeur  de  Mozart,  exécuté  par  MM.  L.  Charlier, 
J.  Harzé,  L.  Hermans  et  J.  Falla,  lauréats  de 
notre  Conservatoire,  servait  d'ouverture.  Adorable 
composition  musicale,  caressée  avec  délicatesse  et 
esprit. 

Les  mêmes  soins  ont  été  donnés  par  les  jeunes 
quintettistes  au  quatuor  n°  10  de  Beethoven.  Enfin, 
l'admirable  sonate  en  la  majeur  de  C.  Franck, 
pour  piano  et  violon,  a  été  interprétée  d'une 
façon  inspirée  par  le  fondateur  de  la  nouvelle 
société,  M.  Léon  Charlier  et  M''"  H.  Donnay, 
musicienne  parfaite,  médaille  de  la  classe  de 
M.  J.  Ghymers 

Au  Conservatoire,  le  dimanche  2  décembre, 
seconde  audition  consacrée  à  Beethoven.  Pièce 
principale,  Egmont,  avec  texte  explicatif  de  Jules 
Guilliaume;  l'ouverture  seule,  jusqu'ici,  avait  été 
entendue  à  Liège.  Exécution  très  soignée  et  ani- 
mée. 

La  partie  récitée  à'Egmont  a  été  déclamée  par 
M.  E.  Sigogne,  chargé  du  cours  d'éloquence  à 
l'Université,  et  qui  s'en  est  acquitté  avec  un  art 
sincère  et  avec  des  effets  gradués  et  très  émou- 
vants. A  ses  côtés,  charmante  dans  les  chansons 
de  Claire,  M""  M.  Lignière.une  de  nos  meilleures 
cantatrices,  très  communicative  aussidans  l'admi- 
rable élégie  Adélaïde. 

On  espérait  beaucoup  de  M.  Max  Maaz,  sorti 
récemment,  avec  la  médaille  en  vermeil,  de  la 
classe  de  M.  Thomson,  et  qui  se  produisait  dans  la 
première  partie  du  concerto  en  ré  majeur  de  Bee- 
thoven. En  très  remarquable  artiste,  le  jeune  vio- 
loniste a  fait,  en  effet,  briller  les  qualités  rares  qui 
caractérisent  l'école  de  son  illustre  maître  :  inter- 
prétation convaincue  et  raisonnée,  justesse  im- 
peccable, sonorité  flatteuse  et  sentiment  musical 
intense,  servi  par  une  maîtresse  technique. 

M.  Max  Maaz,  qui  nous  quitte,  ira  augmenter 
avec  éclat,  à  l'étranger,  la  pléiade  des  virtuoses 
sortis  de  notre  Conservatoire. 

La  Victoire  de  Wellington,  symphonie  militaire 
écrite,  en  i8i3,  par  le  maître,  à  l'occasion  de  la 
bataille  de  Hanau,  clôturait  bruyamment,  et  à 
l'étonnement  del'auditoire,  cetteseconde  audition. 

Le  soin  de  régler  cette  attachante  séance  avait 
été  confiée  à  M.  Jules  Debefve,  qui,  comme  précé- 
demment, s'est  acquitté  de  sa  tâche  avec  compé- 
tence et  dévouement.  A.  B.  O. 

LONDRES.  —  Semaine  très  mouvementée. 
Je  n'ai  pu  assister  qu'au  dernier  des  trois 
concerts  donnés  par  M.  Félix  Mottl  à  Saint-James 
Hall.  L'illustre  capellmeister  y  a  été  accueilli  avec 
le  même  enthousiasme  que  l'année  dernière.  Mais 
aussi  quelle  maîtrise  !  C'est  plaisir  à  voir  comme 
nos  musiciens  se  surpassent  sous  la  baguette  d'un 
Richterou  d'un  Mottl.  Au  programme,  du  Berlioz, 
du  Liszt,  du  Wagner,  entre  autres,  l'ouverture  des 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Fées,  œuvre  de  jeunesse  où  se  révèle  déjà  la  puis- 
sance de  celui  qui  devait  devenir  le  maître  de  Bay- 
reuth.  Mottl  a  aussi  dirigé  admirablement  le 
Maseppa  de  Liszt,  qui,  rendu  d'une  manière  saisis- 
sante, a  produit  une  profonde  impression. 

Public  moins  clairsemé  au  dernier  Symphonie 
Concert.  M.  Henschel  nous  a  fait  entendre  à 
nouveau  le  prélude  de  Hansel  et  Cretel  d'Humper- 
dinck;  numéro  redemandé,  disait  le  programme. 
Il  figurait  également  la  veille  au  concert  de  Royal 
Amateur  orchestral  Society  !  C'est,  décidément,  le 
succès  du  jour. 

L'ouvrage  de  M.  Humperdincknous  sera  donné 
sous  peu  par  la  Cari  Rosa  Company.  En  vue  de  son 
exécution,  de  nombreux  engagements  ont  été 
faits;  dans  le  nombre,  nous  sommes  heureux  de 
inentionner  M""  Jeanne  Douste. 

L'éminentvioloncellisteDavidPopperajouéchez 
Henschel  une  nouvelle  composition  de  sa  façon, 
Im  Walde,  suite  pour  violoncelle  et  orchestre  dont 
on  a  bissé  et  redemandé  l'adagio  et  l'allégro  mo- 
derato. 

Le  concert  de  la  London  Amateur  orchestral 
Society  était  peu  intéressant,  à  part  la  quatrième 
symphonie  de  Beethoven.  A  côté  du  prélude  de 
Hansel  ti  Greiel,  on  y  a  entendu  une  Mandoline-Séré- 
nade de  M.  Eilenberg,  pizzicato  pour  instruments  à 
cordes!  Œuvre  très  banale,  mais  elle  est  à  la  por- 
tée d'amateurs  vis-à-vis  desquels  on  ne  peut  se 
montrer  exigeant.  Comme  précédemment,  le  duc 
d'Edimbourg  occupait  sa  place  parmi  les  exécu- 
tants. 

Au  Savoy-Theatre,  une  bonne  petite  opérette, 
Mirette,  livret  de  Michel  Carré,  musique  d'André 
Messager,  a  fait  une  assez  heureuse  carrière.  Miss 
Florence  Saint-John  fait  une  bohémienne  se  res- 
sentant un  peu  trop  du  West-End.  M.  Passmore 
et  miss  Emmie  Olden,  pleins  de  bonne  humeur, 
ont  été  bissés  dans  un  duo  chorégraphique  étour- 
dissant. A.  L. 

NANCY.  —  La  saison  des  concerts  du  Con- 
servatoire s'est  ouverte,  le  i8  novembre, 
avec  un  éclat  inaccoutumé,  un  succès  sans  analo- 
gue dans  l'histoire  de  la  musique  à  Nancy.  La 
vaste  salle  Victor  Poirel  s'est  trouvée  trop  petite 
pour  recevoir  toutes  les  personnes  qui  tenaient  à 
saluer  la  première  apparition  au  pupitre  de  chef 
d'orchestre  de  M.  J.  Guy  Ropartz,  le  nouveau 
directeur  de  notre  Conservatoire. 

Il  a  fait  un  début  vraiment  triomphal.  Le  très 
distingué  compositeur  des  Landes  et  de  Pêcheur 
d'Islande  est  assez  connu  :  mais  il  s'est  révélé,  ce 
jour-là,  comme  un  guide  très  sîlr,  très  énergique, 
capable  de  faire  accomplir  à  ses  musiciens  des 
miracles.  De  fait,  aucun  auditeur  n'a  reconnu 
l'orchestre  de  l'année  dernière,  absolument  méta- 
morphosé. 

Le  programme,  composé  avec  beaucoup  de  bon- 
heur, comprenait  la  première  suite  de  VArUsienne, 
Jes  Djinns  de  César  Franck,  où  M"''  Louisa  CoUin, 


professeur  au  Conservatoire,  a  tenu' l'importante 
partie  de  piano  avec  sa  virtuosité  habituelle, 
l'Axel  de  M.  Alexandre  Georges,  et  la  symphonie 
en  ut  mineur  de  Beethoven  ;  tous  morceaux 
accueillis  par  de  chaleureux  applaudissements. 

Le  deuxième  concert,  donné  le  2  décembre,  a 
confirmé  ce  succès  d'une  manière  décisive  Une 
brillant  Symphonie,  entièrement  inédite,  de  M. 
Léon  Boëllmann,  organiste  à  Saint- Vincent  de 
Paul  de  Paris,  constituait  la  pièce  de  résistance. 
Cette  œuvre,  à  la  fois  d'une  orchestration  très 
riche  et  d'une  belle  clarté,  a  été  acclamée  longue- 
ment ainsi  que  son  auteurj  lequel  s'est  dérobé  par 
excès  de  modestie. 

Venaient  ensuite  la  Marche  des  Pèlerins,  à'Harold 
en  Italie  de  Berlioz,  une  jolie  sérénade  inédite  de 
M.  Glazounow,  et  l'ouverture  des  Maîtres  Chan- 
teurs, que  l'orchestre  a  interprétée  avec  une 
maestria  également  «  inédite  »  et  qui  a  produit 
une  grande  impression. 

D'ailleurs,  le  public  nancéen  semble  s'intéres- 
ser de  plus  en  plus  aux  belles  œuvres  de  musique  : 
c'est  ainsi  qu'il  s'est  porté  en  foule  à  la  première 
des  quatre  séances  de  musique  de  chambre  orga- 
nisées par  notre  confrère  la  Lorraine-Artiste, 
malgré  l'austérité  voulue  du  programme. 

Le  superbe  quatuor  de  Franck  pour  archets  a 
été  interprété  dans  un  sens  artistique,  avec  un 
souci  scrupuleux  des  intentions  du  maître  et  avec 
une  telle  intensité  d'émotion  que  plus  d'un 
essuyait  furtivement  une  larme.  MM.  Hecking, 
Schwartz,  David  et  Dupuy  ont  été  vivement 
applaudis,  et  c'était  justice.  M.  David  a  joué  ÏElégie 
pour  alto  de  Glazounow  en  véritable  artiste  et 
a  été  fort  bien  accompagné  par  M"'  M.  Moulins.  Et 
pour  terminer,  le  quatrième  quatuor  en  ui  mineur 
de  Beethoven  a  été  très  soigneusement  détaillé 
par  les  quartettistes  déjà  nommés.  Excellente 
soirée  en  somme,  dont  le  succès  est  bien  fait  pour 
encourager  notre  jeune  société  de  quatuors. 

Adolphe  Garnier. 

ryiOURNAI.  —  Le  dernier  concert  de  la 
|_  Société  de  musique  était  consacré  aux  deux 
premiers  actes  des  Pêcheurs  de  Perles  de  Bizet  et  à 
la  musique  de  VArlésienue,  du  même  auteur.  Les 
solistes  engagés  étaient  M""  Aubecq,  du  Conser- 
vatoire de  Paris,  M.  Tondeur,  professeur  au  Con- 
servatoire de  Mons,  et  Gogny,  du  théâtre  de  Lille. 
Le  prochain  concert,  fixé  au  22  décembre,  aura 
un  programme  composé  presque  entièrement  des 
œuvres  de  M.  Th.  Dubois,  de  Paris.  On  exécutera 
de  cet  auteur  Hylas  et  VEnlèvement  de  Proserpine, 
pour  soli,  chœur  et  orchestre.  De  plus,  l'orchestre 
interprétera  sa  Marche  de  Jeanne  d'Arc&t  son  ballet 
la  Farandole.  Les  artistes  qui  prêteront  leur  con- 
cours à  cette  soirée  musicale  sont  :  M"^  Milcamps, 
M.  Tondeur,  baryton,  M.  Colonne,  de  Paris,  pia- 
niste-compositeur, et  M.  Lilier,  violoniste.  Le 
comité  de  la  Société  de  musique  a  eu  l'heureuse 


LE  GUIDE  MUSICAL 


inspiration  de  s'adjoindre  un  orchestre  complet 
pour  chacun  de  ses   concerts. 

YERVIERS.  —  Quatorzième  grand   con- 
cert ANNUEL  DE  LA  SOCIÉTÉ  ROYALE  l'ÉmULA- 

TION.  —  Concert  composé  principalement  d'œuvres 
pour  chœurs  mixtes  :  parmi  les  plus  intéressants 
était  la  Nuit  Persane  de  Saint-Saëns,  dont  la  jolie 
voix  de  ténor  de  M.  A.  Moussoux,  de  Liège,  faisait 
ressortir  le  principal  charme  ;  puis  deux  petits 
chœurs  du  xvi«  siècle  arrangés  par  Gevaert.  Les 
belles  voix  de  l'Emulation  et  toutes  les  peines 
que  se  donne  son  chef  dévoué  M.  Voncken,  ont 
fait  écouter  avec  sérénité  deux  chœurs  de 
Th.  Dubois,  où,  soit  myopie  musicale,  soit  défaut 
d'enthousiasme,  je  n'ai  découvert  ni  intense  person- 
nalité, ni  grande  nouveauté. 

Entendu  un  jeune  violoniste  verviétois  qui  est 
allé  apprendre  le  violon  et  désapprendre  l'art  au 
Conservatoire  de  Liège,  où  les  leçons  d'un  excel- 
lent et  grand  artiste  ne  parviennent  pas  (ce  serait 
miraculeusement  impossible)  à  réagir  contre  le 
niveau  esthétique  général  de  Liège  (Conservatoire), 
très  à  l'abri  du  courant  moderne.  Peu  d'idée  de 
l'ensemble  d'une  œuvre,  de  ses  creux  et  de  ses 
reliefs.  Du  reste,  succès  très  grand  pour  M.  Ch. 
Herman  auprès  du  public,  moins  grincheux  que 
votre  chroniqueur.  On  a  beaucoup  applaudi  aussi 
deux  élèves  de  notre  école,  M.  Longtain  et 
M"s  Henrotay  —  jolie  voix  claire,  —  dans  le  duo 
d'Aben  Hamet  et  les  solos  de  Hylas  de  Th.  Dubois. 

Le  concert  s'ouvrait  par  une  œuvre  du  pauvre 
Guillaume  Lekeu  dont  le  souvenir  semble  grandir 
dans  nos  mémoires  à  mesure  que  s'éloigne  le 
temps  où  nous  l'avons  connu. Son  «chant  lyrique  » 
pour  chœur  et  orchestre  avait  «té  composé  pour 
l'Emulation  elle-même,  et  on  sait  gré  à  celle-ci  de 
le  redire.  Ce  n'était  cependant  pas  une  des  meil- 
leures compositions  de  Lekeu;  elle  avait  été 
écrite  hâtivement.  Mais  on  y  retrouve  son  faire 
si  personnel  et  des  associations  de  notes  et  d'ac- 
cords qui  semblent  le  caractériser,  et  qui  rappel- 
lent qu'il  était  déjà  tout  entier  une  nature 
exceptionnellement  une. 

VIENNE.  —  Si  le  manque  de  respect  du 
public  envers  les  grandes  créations  drama- 
tiques (en  particulier  envers  celles  de  R.  Wagner) 
nous  éloigne  de  l'opéra,  combien,  en  revanche, 
nous  réjouissons-nous  de  pénétrer  dans  la  salle  du 
Conservatoire,  où  se  donnent  les  concerts  phil- 
harmoniques !  Ici  règne  le  plus  grand  recueille- 
ment, puis,  dès  que  Richter  apparaît  au  pupitre, 
toute  porte  se  trouve  à  l'instant  fermée,  et  le 
gardien  se  convertit  en  cerbère.  Quant  au  parterre, 
composé  des  fervents,  il  est  d'une  «  férocité  » 
qui  vous  met  toute  la  salle  au  pas. 

Le  second  concert  commençait  par  l'ouverture 
à'Egmmil  de  Beethoven,  A  propos  du  silence  qui 


précède  la  seconde  partie  de  cette  ouverture,  le 
Programm-Buch  nous  apprend  que  Beethoven 
écrivit,  en  certain  endroit,  de  ses  esquisses  (1810)  : 
«  La  mort  pourrait  être  exprimée  par  une  pause.  » 

Faut-il  dire  que  l'exécution  a  été  merveilleuse? 
La  marche  triomphale  a  transpoité  d'enthou- 
siasme tout  l'auditoire,  qui'  a  rappelé  Richter 
quatre  fois.  Quiconque  a  vu  diriger  un  Bûlow,  un 
Weingartner,  s'étonne  du  résultat  obtenu  chez 
Richter  avec  une  telle  sobriété  de  gestes.  Tout  au 
plus  voit-on  s'élever  son  bras  gauche  pour  un 
forte  des  timbales  ou  des  cuivres.  Et,  cependant, 
quelle  vie  au  sein  de  cet  orchestre,  quelle  chaleur, 
quel  enthousiasme  ! 

Le  concerto  en  mi  bémol  de  Liszt,  interprété 
par  M.  Epstein,  fils  du  professeur  au  Conserva- 
toire, m'a  laissé  froid.  Le  jeu  du  pianiste  manque 
d'énergie  et  d'accent,  et  son  phrasé  dans  le  piano 
est  trop  caoutchouc. 

Le  concert  se  terminait  par  la  seconde  sympho- 
nie en  «1!  mineur  d'Anton  Bruckner.  L'œuvre  est 
une  des  plus  faibles  de  Bruckner.  Dans  la  pre- 
mière partie,  le  thème  de  la  prière  de  Rienzi  s'y 
développe  longuement.  L'adagio  est  écrit  dans  le 
style  raendelssohnien,  c'est-à-dire  avec  du  miel  à 
la  clef.  Le  scherzo  est  la  partie  la  mieux  venue, 
encore  que  le  trio  en  forme  de  Lendler  ne  soit 
pas  très  symphonique.  La  septième  symphonie  de 
Bruckner  (il  y  en  a  huit)  est,  décidément,  la  meil- 
leure. Celles  qui  la  précèdent  peuvent  être  consi- 
dérées comme  de  grandes  esquisses  préparatoires. 
Dans  chacune  d'elles  perce  le  «  système  »  de  l'au- 
teur :  le  renversement  des  thèmes  (parfois  très 
malheureux!)  le  trémolo,  l'abus  du  contrepoint  et 
des  accords  sans  tierce  et  de  tierce  et  quarte,  ces 
derniers  dans  la  composition  des  canlilènes,  une 
pédale  ramenant  la  troisième  partie  après  le  tra- 
vail thématique,  etc.,  etc. 

La  seconde  symphonie  est  dédiée  à  Liszt,  qui, 
nous  le  savons,  ne  professait  pas  pour  elle  de  l'ad- 
miration. 

L'auteur,  un  vieillard  de  soixante-et-onze  ans 
est  en  ce  moment  très  souÉfrant;  il  assistait  néan- 
moins au  concert.  Le  public,  électrisé  plutôt  par 
sa  présence  que  par  la  valeur  de  l'œuvre,  l'a  rap- 
pelé plusieurs  fois  après  chaque  partie  sturmisch. 

E.  B. 


JSrO  U  V ELLES  DI  VERSES 

Sainte-Foix,  l'opéra  en  un  acte,  paroles  de 
M.  Hans  Wolzogen,  le  wagnériste  fameux,  mu- 
sique de  M,  Hans  Somme,  n'a  pas  réussi  à 
l'Opéra  de  Munich. 

En  revanche,  la  reprise  de  VU  thaï  de  Méhul  se 
maintient  et  obtient  un  vif  succès  de  curiosité. 

Le  théâtre  de  Munich  vient  également  de 
reprendre  Vlphigénie  en  Aulide  de  Gluck.  Princi- 
paux interprètes  :  M"'  Wekerlen,  M.  Vogl  «t  le 
baryton  Gura. 


990 


LE  aUIDE  MUSICAL 


—  L'opéra  de  Berlin  s'italianise  de  plus  en  plus. 
Cette  semaine  —  le  8  décembre  —  y  a  com- 
mencé une  série  de  représentations  italiennes 
données  par  trois  artistes  célèbres  :  M™"  Albani, 
le  baryton  Francesco  d'Andrade  et  le  ténor  Ra- 
velli.  La  représentation  de  début  se  composait  de 
la  Traviaia. 

—  Dans  un  grand  nombre  de  villes  d'Allemagne, 
la  mort  de  Rubinstein  a  été  commémorée  par 
l'exécution  de  l'une  ou  l'autre  de  ses  œuvres  sym- 
phoniques,  créées  à  Brème,  à  Hambourg,  à  Colo- 
gne et  à  Dresde.  A  Vienne,  la  Société  des  Amis 
de  la  musique  a  fait  exécuter,  à  son  concert  du 
2  décembre,  des  chœurs  de  son  oratorio  la  Tour 
de  Babel. 

—  Une  communication  intéressante  arrive  de 
Gènes  au  Ménestrel,  Verdi  a  consacré  les  dernières 
semaines  qui  viennent  de  s'écouler  à  la  rédaction 
définitive  de  son  testament.  Sa  fortune,  évaluée  à 
plus  de  dix  millions  de  francs,  sera  entièrement 
consacrée  à  une  œuvre  grandiose  de  bienfaisance. 
Après  avoir  exposé  qu'il  ne  laisse  pas  d'enfant  et 
qu'il  ne  croit  pas  devoir  enrichir  des  parents  éloi- 
gnés, le  vieux  maître  déclare  dans  son  testament 
que  sa  fortune  doit  faire  le  bonheur  de  ceux  qui 
ont  contribué  à  la  lui  faire  gagner,  c'est-à-dire  des 
musiciens  et  des  artistes  lyriques.  Il  fera  cons- 
truire sur  ses  terres,  dans  un  paysage  charmant, 
un  splendide  palais,  en  forme  de  croix  latine,   qui 


pourra  abriter  jusqu'à  deux  cents  personnes  des 
deux  sexes,  et  ce  palais  servira  d'asile  aux  musi- 
ciens et  artistes  lyriques  italiens  qui  se  trouveront 
sans  fortune  à  la  fin  de  leur  carrière. 

L'installation  sera  des  plus  confortables  :  la 
lumière  électrique,  l'hydrothérapie  et  le  chauffage 
perfectionné  n'y  manqueront  pas.  Tous  les  instru- 
ments de  musique  s'y  trouveront  à  profusion  ;  on 
y  comptera  jusqu'à  cinquante  pianos  et  plusieurs 
orgues.  Une  salle  de  musique  avec  une  petite 
scène  et  une  grande  bibliothèque  seront  à  la  dis- 
position des  heureux  habitants.  Aux  grandes  réu- 
nions servira  la  salle  principale,  qui  sera  décorée 
de  fresques  représentant  des  scènes  tirées  de 
l'œuvre  de  Verdi.  Tous  les  plans  sont  terminés,  et 
Verdi  espère  assister  à  l'ouverture  de  son  asile, 
ayant  l'intention  de  mener  activement  les  travaux, 
qui  commenceront  sous  peu.  «  Ce  sera  ma  der- 
nière œuvre  »,  aurait-il  dit  aux  jurisconsultes  et 
notaires  qui  l'ont  assisté  dans  l'élaboration  très 
compliquée  de  son  testament. 

BIBLIOGRAPHIE 

Chez  les  éditeurs  A.  Durand  et  fils  à  Paris,  a 
paru  récemment  un  cahier  d'exercices  journaliers 
pour  le  piano,  suivis  d'exercices  tirés  d'auteurs 
anciens  et  modernes  par  M.  L  Philipp.  Il  s'agit 
d'exercices  pour   les    élèves    déjà    avancés    dans 


BREITKOPF  &  H^RTEL,  BRUXELLES 

Editeurs,    45,    Montagne    de  la    Cour,   4$ 

NOUVELLES  COMPOSITIONS  POUR 


TriolorL    et 


x^.no 


PAE  Charles  BOHM 

BUNTE  REIHE  (six  petits  morceaux) 

No  2.  Menuetto  No  3.  A,  la  Polka 

No  5.  A  la  Valse  No  g.  Laendler à     fr,     2    » 

MINIATURES  (six  mélodies) 

No  2.  Kleine  Romanze  No  3.  Sérénade 

No  5.  Mazurka  N»  6.  Tyrolienne     .     .     .     .     à    fr.     i  35 

SIX  MORCEAUX  DE  SALON 

No  2.  Cazonetta  No  3.  Italienische  Romanze 

No  5.  Intermezzo  No  6.  Laendler à    fr.     i  35 

BACîATELLES  (douze  petits  morceaux) 

No     2.  Scherzoso  No     3.  Intermezzo 

No    5.  Zigeuner  Weise  No     6.  Polonaise 

No    8.  Siciliano  No    9.  Berceuse 

No  II.  Menuet  No  12.  Walzer à    fr.     i  35 

FEUILLES  D'ALBUM 

No     2.  Canzone  No     3.  Sarabande 

eise      No    5.  Courante  No     6.  Mazurka 

No     8.  Lœndler  No     g.   Boléro 

No  II.  Adagietto  No  1-2.  Spanisches  Staendchen     à    fr.     1  35 

PETITE  SUITE 

No  2.  Loure  No  3.  Aria 

No  5.  Intermezzo  No  6.  Perpetuo  mobile  .     .     .     à     fr.     i  35 

ABENDLIED  (Berceuse) à    fr.    i  35 

PIANOS   BEOHSTEIN    ET    BLUTHNER 

HARMONIUMS    ESTEY        téléphone  2409 


No 
No 

1.  Arioso 
4.  Maercheu 

No 
No 

I.  Liedbeslied 
4.  Cantilène 

No 
No 

1.  Praeludium 
4.  Gondellied 

No 
No 
No 

No 

I.  Larghetto 
4.  Sérénade 
7.  Fugato 
10.  Gigue 

No 
No 
No 
No 

I.  Madrigal 
4.  Italienische 
7.  Spiccato 
10.  Spinnlied 

No 
No 

I.  Intrada 
4.  Gavotte 

LE  &UIDE  MUSICAL 


991 


leurs  études  et  intéressant  même  les  pianistes 
déjà  arrivés.  Nous  appelons  à  ce  double  titre 
Tattention  sur  ce  recueil  magnifiquement  gravé 
par  les  grands  éditeurs  parisiens.  L'ouvrage  se 
présente  à  nous  sous  le  haut  patronage  de 
M.  Camille  Saint-Saëns,  qui  est  lui-même  un  des 
maîtres  du  clavier.  Dans  cette  préface,  M.  Saint- 
Saëns  loue  surtout  Tingénieuse  idée  qu'a  eue 
M.  Philipp  d'ajouter  à  ses  exercices  originaux  un 
choix  de  passages  scabreux,  pris  dans  des  œuvres 
que  l'exécutant  est  exposé  à  rencontrer  sur  sa 
route,  de  façon  qu'il  ne  soit  pas  arrêté  par  ces 
casse-cou  redoutables  quand  l'occasion  de  les 
affronter  se  présentera;  ils  sont  fort  bien  doigtés, 
de  la  façon  la  plus  moderne  et  la  plus  pratique.  Il 
en  résulte  une  sorte  de  vade  mecum  d'exécution 
transcendante,  où  l'intérêt  musical  se  joint  à 
l'utilité. 

Chez  les  éditeurs  Mack.a.r  et  Noël,  à  Paris, 
vient  de  paraître  la  Marche  funèbre  de  P.  Tschaï- 
kowsky,  exécutée  par  l'orchestre  de  la  cour  de 
Russie  aux  funérailles  de  l'empereur  Alexan- 
dre III. 

Chez  les  mêmes  éditeurs,  va  paraître  sous  peu 
une  partition  française  d^Eugéne  Onégttine,  le  chef- 
d'œuvre  dramatique  de  Tschaïkowsky.  La  version 
française  du  poème  est  de  M.  C.  Delines,  qui  a 
traduit  le  livre  de  Rubinstein  sur  la  Musique  et  les 
musiciens. 

NÉCROLOGIE 


Est  décédée  : 

A  Schaerbeek,  dans  le  courant  de  novembre.M™^  Léon 


Tilmont,  née  Fanny  Debas,  ancien  premier  prix  de 
piano  au  Conservatoire  de  Bruxelles  (classe  de  M'"" 
Pleyel),  et  fille  de  feu  Salomon  Debas,  qui  fut  long- 
temps alto  solo  au  théâtre  de  la  Monnaie. 

M">6  Tilmont  avait  vu  le  jour  à  La  Haye  (le  26  dé- 
cembre i835)  et  s'était  mariée  à  Bruxelles,  où,  tant 
comme  femme  que  comme  pianiste  enseignante,  elle 
occupait  une  situation  des  plus  honorables.  Edouard 
Gregoir,  dans  ses  Arlistes  musiciens  néerlandais,  Anvers. 
1864,  lui  a  consacré  une  notice,  page  6g 


PIANOS  ET  HARPB 

ÉEARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  i3,  rue  du  Mail 

RÉPERTOIRE  DK JHÈATRESJKONCERTS  ^ 

Berlin 

Opéra.  —  Du  25  novembre  au  2  décembre  :  L'Afri- 
caine. Haensel  et  Gretel.  Les  Saisons.  Cavalleria  1  us- 
ticana  et  la  Croix  d'Or.  Haensel  et  Gretel  Carnaval. 
Oberon,  Hîensel  et  Gretel.  Carnaval.  Les  Maîtres 
Chanteurs  de  Nurenberg  (centième  représentation  à 
Berlin).  Haensel  et  Gretel.  Puppenfee. 
Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  2  au  g  décem- 
bre :  Samson  et  Dalila.  Le   Portrait  de  Manon.  La 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 

SCÈNE     D'HORACE 

IDE       OOl^3Sri£;iI-iIjE 

(iV^    ACTE,     SCÈNE     v) 

mise  en  musique  par 

C.   SAINT-SAËNS 

OP.    lo    - 

ÉDITION  ORIGINALE  ÉDITION  TRANSPOSÉE 

Soprano   et   Baryton  M ezzo- Soprano   et    Baryton 

PRIX   NET   :   S   Francs 
Partition   et^^  Parties  d'orchestri;   en   location 


992 


LE  GUIDE   MUSICAL 


Navarraise.  Coppelia  (deuxième  acte),  Philémon  et 
Baucis,  Les  Noces  de  Jeannette.  —  Prochainement  le 
Rêve. 

Galeries  —  La  Fille  de  M"""  Angot.  Dimanche,  mati- 
née à  I  h.  1/2. 

Alcazar  royal.  —  Bru.Nelles  sans  gène 

Concerts  Populaires  sous  la  direction  de  M.  Joseph 
Dupont.  Dimanche  9  décembre,  premier  concert  avec 
le  concours  de  M..  1.  Philipp.  —  i.  Ouverture  du 
Songe  d'une  nuit  d'été  (Mendelshonn)  ;  2.  Symphonie 
pour  piano  et  orchestre,  sur  un  chant  montagnard 
français  (Vincent  d'Indy);  3  Conte  féerique,  première 
exécution  (Runsky  Korsakow);  4  Fantaisie  pour  piano 
et  orchestre,  première  exécution  (Bernard)  ;  5  Intro- 
duction du  deuxième  acte  de  Gwendoline  (Chabrier)  ; 
6.  Ouverture  de  Tannhœuser. 
Dresde 

Opéra  —  Du  4  au  10  décembre  :  La  Reine  de  Saba. 
Obéron  Freischûtz  Sinfonie-Concert.  Falstaff.  Mi- 
gnon. 

Marseille 

Association  artistique  de  Marseille,  sous  la  direction 
de  M.  Jules  Lecocq,  avec  le  concours  de  M.  Raoul 
Pugno.  —  Programme  du  9  décembre  1894  : 
I.  Symphonie,  no  11,  en  si  bémol  (Haydn),  la  reine  de 
France;    2.   Concerto   pour  piano,   op.    16  (Grieg), 


M.  Raoul  Pugno;  3.  Les  Landes,  paysage  breton, 
première  audition  (Guy.Ropartzi  ;  4.  o)  Air  varié  en 
sol  (Hasndel);  b)  Sérénade  à  la  lune  (R.  Puguo), 
M.  Raoul  Puguo:  5,  Siegfried,  murmures  de  la  forêt 
(Wagner)  ;  5.  ai  Nocturne  en  fa  dièze  (Chopin)  ;  b)  La 
chasse  (Mendelssohn),  M.  Raoul  Pugno;  7.  Introduc- 
tion du  troisième  acte  de  Lohengrin  (Wagner». 
Liège 
Salle  du  Conservatoire  royal.  —  Nouveaux  Concerts, 
sous  la  direction  de  M.  S  Dupuis  Premier  concert, 
dimanche  9  décembre  1894,  à  3  1/2  heures,  avec  le 
concours  de  M.  Ferruccio  Busoni.  Prot,Tamme  :  i. 
Première  symphonie  en  m/ mineur,  op.  68  (J.  Brahms)  ; 
2.  Concerto  pour  piano  et  orchestre  (F.  Busoni), 
Ferruccio  Busoni  ;  3.  Prélude  de  Haensel  et  Gretel, 
légende  en  trois  tableaux  (E.  Kumperdinck)  ;  4  Rap- 
sodie  espagnole,  orchestration  F.  Busoni  (J  Liszt), 
F.  Busoni;  5.  Moldau,  poème  symphonique(B.  Sme- 
tana),  du  Cycle  «  Ma  Patrie».  Deuxième  concert, 
dimanche  i3  janvier  iSgS,  à  3  1/2  heures,  avec  le  con- 
cours de  M.  Franz  Ondricek,  violoniste.  Troisième 
concert,  dimanche  3  mars  1895,  à  3  1/2  heures,  avec 
le  concours  de  M'^"  Fanny  Bloomfield-Zeisler,  pia- 
niste. Quatrième  concert,  dimanche  7  avril  1895,  à 
3  1/2  heures,  avec  le  concours  de  M,  J.-M.  Orelio. 


MÀCKÂE  et  NOËL,  éditeurs,  22.  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

PARIS 

Propriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKOWSKY,  GOTTSCHALK,  PRUDENT,  ALARD 
des   ARCHIVES  DU  PIANO  et  de  la  CELEBRE  METHODE  DE  PIANO  A.  LE  CARPENTIER 
Seuls  dépositaires  de  l'EDITION  CHARNOT,  spécialement  consacrée  à  la  MUSIQUE  DE  VIOLON 


DERNIÈRES  PUBLICATIONS: 


CHANT  ET  PIANO 


Prix 


O'Kelly  G.  Ave  Maria,  solo- 
mezzo. 5     » 

Tsctiaïko-wsky ,  P .  L  a 
Dame  de  Pique,  opéra  no  7, 
duetto,  deux  femmes.     Net     2     « 

—  No  8,  Rom.  de  Pauline, 
contralto    ....     Net     i  5o 

Pour  paraître  frochaùiemcnt  ; 

—  Onéguine,  drame  lyrique 
intime,  paroles  françaises 
de  M.  C.  Delines,  d'après  ; 

A.  Pouchkine.     .      .     Net  20  n 
Marietti.  Réponse  à  la  Pro- 
mise, chansonnette  .      .      .     3  » 
Petit  format     i  « 

MORCEAUX  DE  PIANO  SEUL 

Ctiabrier,  Em.  Marche  des 
Cypages 

Hitz,  F.  Op.  i38.  L'Oiseau- 
mouche,  caprice 

Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Ch.  Lenepveu,  avec  par- 
tie d'harmonium  adlib.  Net 

Misaler,  B.  T.  Chanson 
Suisse Net 

—  Chanson  Havanaise        » 

—  »        Napolitaine      » 
Thuillier,    E.    Fête    Alsa- 
cienne  


64. 


7  5o 


Vincent,    Aug.    Op 
Scherzo    

—  Op.  65.  Gavotte      .      . 

—  Op.  65.  Valse  Espagnole 

PIANO  A  4  MAINS 


Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Lenepveu,  avec  harmo- 
nium adlib.     .      .      .      Net     3 

Ttiomé,  F.  Marche   triom- 
phale d'Aug.  Vincent,  op.  44  10 
DEUX  PIANOS  A  4  MAINS 

Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Ch. Lenepveu,  avec  har- 
monium adlib  .      .      .     Net     4 

Ttiomé,  F.  Marche  triom- 
phale d'Aug.  Vincent,  op.  44   12 

MUSIQUE  DE  DANSE 
Dessaux,   Louis.   Quatre 
danses  faciles  ; 

No  I.  Quadrille.  5 

No  2.  Valse  3 

No  3.  Polka  3 

No  4.  Polka-Mazurka  3 

GRAND  ORGUE 
Salomé,  Tti.  Op.  21.  Trois 
Canons     

—  Op.  25.  Première  grande 
sonate 

VIOLON  ET  PIANO 
Danbé,  Jules.  Op.  3o,  n"  4. 
Petite  Valse 5 

—  Op.  21,  no  4.  Canzonetta  .     6 


ŒUVRES  DE  P.  TSCHAIKOWSKY 

Cent  vingt  morceaux  de  piano. 

Trois  concertos,  piano  et  orchestre. 

Cent  mélodies,  chant  et  piano. 

Six  duos  à  deux  voix. 

Trois  quatuors  à  cordes. 

Trio  pour  piano,  violon  et  violon- 
celle . 

Quatre  poèmes  symphoniques. 

Cinq  suites  d'orchestre 

Six  symphonies  à  grand  orchestre. 

Trois  ballets  :  le  Lac  des  Cygnes,  la 
Belle  au  bois  dormant,  le  Casse- 
noisette. 

Neuf  opéras  :  le  Caprice  d'Oksàne, 
Snegourotschka  ou  la  Fille  de 
Neige,  Vakoula  le  Forgeron,  Oné- 
guine, la  Dame  de  pique,  Jeanne 
d'Arc,  Mazeppa,  la  Tscharodeïka, 
Yolande. 


OUVRAGES  POUR  SOLI  CHŒURS 
ET  ORCHESTRE 

Recommandésauxsociétésphilluxrmoniques 

Bernard,  E.  Op.  S.  La  Captivité  de 

Babylone. 
Bourgault-Ducoudray.  Op.  5. 

Stabat  Mater. 
Lefebvre,  CJa.  Judith.  —  Eloa. 
Lenepveu,  Cti.  Jeanne  d'Arc. 
Maréclaal,    H.   Le    Miracle    de 

—  Na'im.  La  Nativité. 


Pr>^r\pTj  «  TI//^117'CM/\/'      Marche  funèbre  exécutée  par  l'orchestre  de  la  cour  impériale  aux  fénérailles 
,    1  oLrl  AlivU  W  oiv  ï    ',  des.  m.  l'Empereur  Ale.xandreIII,  d'aprèssonop.  676^. 


No  I.  Piano  solo net  fr.  i  5o    j    No  2.  Piano  à  quatre  mains 


net  ic.  a  5o 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Mons 

Société  de,  musique.  —  Soirée  intime  le  3  décembre. 
Programme  :  i.  Vieilles  chansons  néerlandaises 
(F.  Van  Duyse).  a)  Si  douce  chanson  (xiv"  siècle)  ; 
b)  Voici  lejour  (xv«  siècle);  c)  C'était  une  nuit  (xvi<^sié- 
cle).  2  Quatrième  Sonate  en  ré  majeur  pour  violon 
(G -F.  Hasndel),  M.  R  Josz  ;  3.  Air  d'Iphigénie  en 
Aulide  (Gluck),  M.  Dufrasne;  4.  Alceste,  tragédie- 
opéra,  premier  acte  (Gluck)  Alceste,  M""  Houzeau 
de  Lehaie;  le  Grand-Prêtre,  M  Tondeur;  l'Oracle, 
M  Kainsccipp;  Evander,  M.  Dequesne  5  Chaconne 
pour  violon  (J.-S  Bachi,  M.  R  Josz;  6.  Air  du  Mare 
chai  ferrant  (Philidor),  M.  Dufrasne;  7.  Vieilles  chan- 
sons néerlandaises  (F  Van  Duyse).  di  Dans  la  Cité 
ixvii"  siècle);  sj  Or,  dans  la  Nuit  (xviii"  siècle). 
Nancy 

Soirées  de  la  Lorraine-Artiste.  —  Première  séance 
de  musique  de  chambre,  classique  et  moderne,  par 
le  quatuor  d'archets,  MM  Hekking,  Schwartz,  David, 
Dupuis.  Mercredi  5  décembre  1894,  à  2  1/2  heures  du 
soir,  avec  le  concours  de  M""  Marguerite  Moulins 
Programme  :  i  Quatuor  en  ré  majeur  (César  Franck); 
2.  Elégie  (A.  Glazounow),  alto,  M  David;  piano, 
M"=  Marguerite  Moulins;  3.  Quatuor  en  «(  mineur, 
op.  18   no  4  (Beethoven). 

Paris 

OrÉRA  —  Du  2  au  9  décembre  :  mercredi,  Salammbô; 
vendredi.  Othello;  samedi,  laValkyrie. 

Opéra-Comique.  —  Du  2  au  9  décembre  :  mercredi. 
Mignon;  jeudi  et  samedi,  Carmen;  vendredi,  le  Do- 
mino noir  et  le  Chalet 

Concerts  du  Conservatoire  —  Le  dimanche  g  décem- 
bre, à  2  heures.  Programme  :  i.  Symphonie  en  ut 
mineur  (Beethoven);  2.  Ave  verum  (Mozart);  3.  Ou- 
verture de  Mélusine  (Mendelssohn) ;  4  Gloria  patri. 
double  choeur  sans  accompagnement  iPalestrina);  5, 
52"=  Symphonie  en  jî  bémol  (Haydn'.  Le  concert  sera 
dirigé  par  M.  Paul  Taffanel. 


Concerts  -  Colonne  —  Dimanche  9  décembre,  à 
2  h.  1/4  très  précises  Ouverture  des  Francs-Juges. 
Le  jeune  pâtre  breton  Rêverie  et  caprice  La  Cap- 
tive. Requiem  :  i  Requiem  et  Kyrie;  2  Dies  iroe; 
Tuba  rairum  ;  3.  Quid  sum  miser;  4  Rex  tremendœ; 
5.  Quœrens  me;  6  Lacrymosa  ;  7.  Offertoire;  8.  Hos- 
tias  etpreces;  g.  Sanctus  Deus  Sabaoth  ;  10.  Agnus 
Dei  (Berlioz  .  Interprètes  :  M"e  Planes,  MM  'Warm- 
brodt.  G.  Rémy. 

Concerts-Lamoureux.  —  Dimanche  9  décembre,  à 
2  h.  1/2.  Programme  ;  Symphonie  en  si  bémol  (Schu- 
manni;  2,  Air  d'entrée  d'Elisabeth,  Tannhaeuser 
(Wagner),  par  M™"  Klafsky;  3  Chasse  et  Orage,  les 
Troyens  (Berlioz);  4  Air  de  Fidelio  (Beethoven),  par 
M""  Klafsky;  5  Les  Murmures  de  la  forêt,  Siegfried 
CWagner);  6.  Tristan  et  Iseult,  fragments;  Prélude, 
Mort  d'Iseult  (Wagner),  Iseult  :  Mra=  Klafsky;  7.  Le 
Rouet  d'Omphale,  poème  symphonique  (Saint-Saéns). 

Concerts  d'Harcourt.  —  Dimanche  9  décembre,  à 
2  i|2  heures  Dernière  audition  du  Tannhasuser.  Ou- 
verture premier  acte  :  Venusberg,  duo;  Scène  du 
Pâtre.  Septuor.  Deuxième  acte  :  Introduction,  Récit 
de  Wolfram,  Chœurs  des  Pèlerins,  Prière  d'Elisabeth, 
Romance  de  l'Etoile,  Air  de  Tannhaeuser,  Finale. 
Solistes  ;  M'ie  Eléonore  Blanc,  MM.  Vergnet,  Auguez, 
Challet,  Commène,  etc  450  exécutants,  sous  la  direc- 
tion de  M.  Eugène  d'Harcourt. 
Vienne 

Opéra.  —  Du  23  novembre  au  3  décembre:  Coméliu 
Schutt,  Autour  de  Vienne,  Carmen,  Cornélius  Schutt. 
Otello,  L'Armurier,  Cornélius  Schutt,  Le  Trouvère. 

An  der  Wien  .  —  Le  pauvre  Jonathan.  Le  Marchand 
d'Oiseau.  Czar  et  Charpentier. 


LES  ETRENNES  DES  PETITS  PAUVRES 
Une  heureuse  idée,  à  laquelle  nous  nous  associons  de 


Paris,  ALPHONSE  LEDUC,  Editeur,  3,  rue  de  Grammont. 


A.   BORODINE 


PETITE  SUITE 

N"  I,  Au  Couvent  N°  5.  Sérénade 

»     2.  Intermezzo  »     6    Nocturne 
»     3  Mazurka  (en  ut)  >'     7.  Rêverie 

»     4.  Mazurka  (en  ré)  »     8.  Scherzo 

Edition  pour  Piano,  réduite  par  l'Auteur  fr.     4     >> 

MORCEAUX  P'QBLIÉS  SÉPARÉMENT  ; 

N"  4.  Mazurka  en  ré .     .  fr      i  65 

N»^  6.  et  7.  Nocturne  et  Rêverie i   35 

Pour  ORCHESTRE  (partition  et  par- 
ties séparées) 32    » 

La  partition  seule .     .   12    « 

Chaque  partie  supplémentaire   .     .  .     .     .     2  5o 


PREMIERE  SYMPHONIE 

Pour  piano  à  quatre  mains fr-     7 

L'orchestre  en  location 


DEUXIEME  SYMPHONIE 

Pour  piano  à  quatre  mains fr. 

L'orchestre  en  location 


MÉLODIES  POUR  CHANT  ET  PIANO 


Fleur  d'Amour  (2  tons) fr.     i     •• 

La  Reine  de  la  Mer  (2  tons) i  65 


994 


LE  GUIDE  MUSICAL 


tout  cœur,  a  été  lancée  cette  semaine  par  notre  confrère 
le  Petit  Bleu.  Le  Petit  Bleu  rappelle  la  généreuse  et  ingé- 
nieuse initiative  de  M.Labouchere, le  député  et  écrivain 
libéral  anglais,  qui,  par  l'intermédiaire  de  son  journal 
The  TrittJi,  ouvre,  chaque  année,  en  décembre,  une  sorte 
de  vaste  concours  de  charité  destiné  à  assurer  à  la  plus 
chétive  partie  de  l'humanité  les  charmantes  et  innocen- 
tes ivresses  de  \3.  Christnuis ,  —  la  Noël,  la  grande  fête 
des  Anglo-Saxons,  A  cette  époque  de  l'année,  M.  La- 
bouchere  recueille,  pendant  trois  semaines,  toutes  les 
poupées,  tous  les  jouets  que  veulent  bien  lui  adresser 
des  milliers  de  braves  gens.  Et  quand  M.  Labouchere  a 
réuni  tout  son  butin  de  Père  Noël,  il  en  fait  une  exposi- 
tion publique;  il  décerne  des  prix  aux  dames  dont  les 
mains  de  fée  lui  ont  habillé  les  plus  belles  poupées  ou 


envoyé  le  plus  gros  tas  de  cadeaux  pour  ses  humbles 
protégés. 

t'  Pourquoi,  dit  le  Petit  BIru,  ne  tenterions  nous  pas 
quelque  chose  de  ce  genre  en  Belgique,  en  appliquant 
celte  tentative  au  premier  de  l'an,  à  la  date  des  étrennes, 
à  la  journée  qui  devrait  s'ouvrir  pour  tous,  et  surtout 
pour  les  petits  pauvres,  comme  une  aube  souriante 
d'ère  nouvelle?  Le  Petit  Bleu  est  persuadé  que  ses  lec- 
teurs et  ses  lectrices  l'y  aideront,  » 

Les  nôtres  se  joindront  certainement  à  ceux  du  Ptiit 
Bleu  qui  fera  connaître  ultérieurement  les  détails 
d'exécution  de  l'œuvre  charitable  entreprise  par  lui. 
Bornons-nous  à  ajouter  que  les  dons  et  envois  sont 
reçus  à  l'administration  de  l'Office  central,  du  5  au  20 . 
décembre. 


Salle  de  la  Société  royale  «  LA  GRANDE-HARMONIE  »,  rue  de  la  Madeleine 


CONCERT   CI.ASSIQUE 

ORGANISÉ   PAR 

SCHOTT  FRÈRES,  éditeurs,   82,    Monta§rne  de  la    Cour 


Samedi    i5    décembre,    avec    le    concours    de 
I.   Eug.   d'Albert,   pianiste 

Ed.   JaCObs,   violoncelliste,  professeur  au  Conservatoire  ro7al 


1.  Sonate,  op.  32,  pour  violoncelle  .     .     .     Saint-Saëns 

d'Albert  et  J»cobs. 

2.  a)  Prélude Bach 

S)  Sonate,  op  57 Beethoven 

d'Albert. 

3.  a)  Aria Bach 

h)  Air  Ungarde Schubert 

Kd.  Jacobs. 

4.  «)  Nocturne,  op.  g,  n°  3.  i)  Polonaise  53     Chopin 

d'Albert. 


5.  a)    Invocation    d'Elektra,    tirée    des 

Erinnyes. Massenet 

V)  Menuet Becker 

Ed.  Jacobs. 

6.  a)  Rondo,  la  bémol Mozart 

i)  Rapsodie,  op.  79,  no  2 J.Brahms 

c)  Impromptu,  op.  go,  no  3 Schubert 

i)  Valse-Impromptu  , Liszt 

e)  Tarantelle  (Napoli) Liszt 

d'Albert. 


S'adresser  pour  les    places  à  MM.  SCHOTT  FRÈRES 
82,  Montagne  de  la  Cour,  82 


V'^  LÉOPOLD  MURAILLE,  éditeur  h  liege  (Belgique) 


Dépositaire  unique  de  l'Edition  Payne 

(partitions  de  poche  pour  la  musique  de   chambre) 
DETHIER,  Gaston.  Thème,  variations  et  finale  pour  grand  orgue. 

—  Prélude  sur  le  Dies  Irœ  pour  grand  orgue 

—  Romance  pour  violon  et  piano       .... 

—  La  même  transcrite  pour  violoncelle  et  piano. 
LEKEU,  G™^.  Andromède,  poème  lyrique  et  symphonique  en  deux  parties 

partition  réduite  par  l'auteur,  pour  chant  et  piano 
—  Trois  pièces  pour  piano  ....... 

RAWAY  Erasme.  Scènes  Hindoues,  poème  symphonique  en  quatre  parties 
réduction  à  quatre  mains       ..... 

THOMSON,  César.  Passacaglia,  d'après  Haendel,  pour  violon  et  piano 
—  Berceuse  Scandinave  pour  violon  et  piano 

Envoi     franco     des     catalogues 


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LE  aUIDE  MUSICAL 


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Jules  painparé 

Inspecteur    dos    musiques    de    l'armée    belge 

Ex-chef  do  musique  du  C'  de  ligne 

REPRÉSENTANT  SPÉCIAL 


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et  d' Allemagne 

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J.-B.  KATTO,  éditeur  de  musique,  52,  rue  de  l'Ecuyer,  Bruxelles 

ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 

.  RÉPERTOIRE  DES  CHANSONS  DU  CHAT  NOIR 

Chansons  de  MARCEL  LEFEVRE 

(DEUXIÈME  SÉRIE)  '■ 

r.  Enterrement  gai     ....     5  —     4     Recette   pour  faire    un    dis- 

2.  Mélanie  à  la  représentation  cours  électoral  ....     3  

de  la  grande  opéra  .      .      .      3    —     5     Le  petit  employé.      .      .      .     3  _ 

3.  Valse  des  bonnets  ,      .     .     .     3  _     5.    L'Ouvreuse  .    '.      .      .  '  .     .     5   _ 

Paris,  Colombier.  —  E.  Gallet,  successeur 

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LE  GUIDE  MUSICAL 


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Le  Théâtre  de  Richard  Wagner 

Essais   de    Critique   Littéraire,  Esthétique  et  Musicale 
Par  Maurice    KUFFERATH 


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PARSIFAL,   I  vol.  de  3o2  p.,  2"  édit.  Ir 

TRISTAN  et  ISEULT,  i  vol.  de  375  p.,  2'  éd.  » 
LOHENGRIN,   i  vol.   de  218  p.,  3"  édit.  » 

LA  WALKYRIE,  i  vol.  de  i5o  p. ,  2»  »  » 

SIEGFRIED,  I  vol.  de  i3op.  2*  édit.  « 

Paris  :  à  la  librairie  Fischbacher,  33,  rue  de  Seine. 
Bruxelles  :  Schott  frères,  éditeurs,  Mont,  de  la  Cour,  82 
Leipzig  :  Otto  Junne,  Tbalstrasse,  21. 


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^ (REVUE  INTERNATIONALE  HEBDOMADAIRE.  (^ 


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DIRECTEUR-RÉDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE    KUFFERATH 

Rue  du  Congrès.  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IM  BERT 

Rue  Beaurepaire,  33,  Paris 

N  .  LE  KIME,  SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  H.  de  Curzon 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Guy  Ropartz  —  J.  Manskopf 
Van  Santen  Kolff— D'  Edm.  Rochlich 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  -  Marcel  Remy 

Ernest  Thomas  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

D"'  Victor  Joss.  —  N.  Liez.  —  I.  Will 

Dr  F.-V.  Dwelshauwers-Dery 

Ernest  Closson  —  Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer  —  Jean  Marlin 

J.   BrUNET   -   A,  WiLFORD,  ETC,  ETC. 

abonnements  :  aux  Bureaux  du 
journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
à  Paris,  à  la  Librairie  Fischbacher, 
33,  rue  de  Seine, 

■  France  ET  Belgique  .  .  .     12  francs. 

Union  postale 14    — 

Pays  d'outre-mer   ....     18    — 


40''  année  16  Décembre  1894  numéro  Si 

SOMMAIRE 

H.  Alvin  et  R.  Prieur.  —  Métronomie 
expérimentale  (suite). 

d)rontque  ôt  la  Semaine  :  Paris  :  Concert-Colonne, 
Cycle  -  Berlioz,    H.  Imbert;  Concert -Lamoureux, 
Ernest  Thomas. 
—  Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :  Concerts  populaires,  M.  K.  ;  M.  d'Al- 
bert au  Cercle,  E.  E.  ;  Les  Noces  de  Jeannette,  J.  Br. 
Nouvelles  diverses. 

<ttorresponbancf6  :  Anvers.  —  Berlin  —  Gand.  — 
Liège. 

Simple  explication.  —  M.  K. 

Nouvelles  diverses.  —  Bibliographie.  —  Réper- 
toire des  théâtres. 


EN  VENTE,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  l'Ecuyer; 
et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de  Seine  ;  M  Brasseur,  Galerie 
de  rOdéon.  —  Luxembourg,  G.-D.  Simonis.  libraire.  — 
A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Haertel ,  Great  Malborough 
Street,  54;  Schottet  C°,  Régent  street,  157.  —  A  Leipzig  : 
Otto  Junne. — A  Munich  :  Josef  Seiling,  fourn"'  de  la  cour, 
Perusastrasse.  —  A  Prague  ;  F.  A.  Urbanek.  —  A  Stras- 
bourg :  librairie  Ammel.  —  A  Amsterdam,  Algemeene 
Musikhandel,  Spui,  2.   —  A  La  Haye,  Belinfante  frères. 

—  A  Liège  :  M™^  veuve  Muraille,  rue  de  l'Université.  — 
A  Anvers  :  M  Forst,  place  de  Meir. — A  Gand  :  M™"  Beyer. 

—  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit.  —  A  Genève  :  Ad.  Henn, 
6,  rue  Grenus    —  A  Madrid  :  Ruiz  y  G",    Principe,   14. 

—  A  Saint-Pétersbourg  :  MM.  E.  Mellier  et  C'",  Pers 
pective  Newski. — A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Me.xico; 
N.  Budin.  —  A  Montréal  :  La  Montagne,  éditeur  rue 
Saint-Maurice,  149.  —  A  New- York  :  G.-E.  Stechert, 
810,  Broadway. 

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16  Décembre  1894. 


MÉTRONOMIE  EXPÉRIMENTALE 

I Suite  .   —  Voir  les  nos  4^^  ^5,  ^6,  47,  48,  49  et  5o 
(Reproduction    interdite) 

SIEGFRIED 

Nous  donnons  aujourd'hui  un  important 
fragment  de  l'étude  métronomique  sur  Sieg- 
fried. Elle  se  rapporte  aux  exécutions  du 
6  et  du  27  septembre  1893,  données  au 
Théâtre  royal  de  Munich,  sous  la  direction 
de  M.  Hermann  Levi.La  distribution  était 
la  même,  sauf  pour  les  rôles  de  Siegfried, 
le  Voyageur,  Brûnnhilde  et  l'Oiseau,  tenus 
respectivement  par  MM.  Alvary,  Brucks, 
Mmes  Sucher  et  Borchers  pour  la  première 
représentation,  et  par  MM.  Vogl,  Grengg, 
M""Terninaet  Abendroth  pour  la  seconde. 
Ces  détails  sont  utiles  à  retenir  ;  MM.  Aivin 
et  Prieur  recherchent,  en  effet,  quelle  in- 
fluence peut  exercer  sur  les  mouvements  le 
changement  des  artistes  chargés  des  parties 
vocales  et  quelles  différences  résultent  du 
rôle  même. 


L'exemple  suivant  va  nous  faire  saisir 
quelques  faits  nouveaux  relatifs  non  plus  à 
l'influence  métronomique  de  tel  ou  tel  inter- 
prète, mais  à  celle  du  rôle  lui-même;  il 
comprendra,  dans  toute  son  étendue,  le 
combat  de  Siegfried  contre  le  dragon  Faf- 
ner.  Siegfried  aperçoit  le  monstre,  éveillé 
par  les  appels  du  cor  (A.  162.  F.  i85)  : 
Massig  \angssim.-  ifoderato. 


Le  4/4  Moderato  s'étend  pendant  toute  la 
durée  du  dialogue  entre  les  deux  adver- 
saires ;  au  moment  du  combat,  la  mesure 
passe  au  6/8  ou  2/4  Animato;  après  la  vic- 
toire de  Siegfried  arrive  le  4/4  Lento  (A.  167, 
F.  190)  : 


Me5urel096  Langsam.  _  Zen^o. 


hung  tragst    du    im    He 

De  Ires-sf  est   dans  ton     cœur 

Voici  comment  les  allures  ont  été  réglées 
aux  deux  exécutions  pour  quatorze  frag- 
ments successifs.  Sans  entrer  dans  tous 
les  détails,  nous  avons  isolé  divers  inter- 
valles correspondant  au  rôle  de  Siegfried, 
au  rôle  de  Fafner,  et  à  l'orchestre  seul  : 


TEXTE    CHANTE 


Mouvemts 
constatés 
aux  exécu- 
tions 

I     I    2 


167 


167 


Ha  Ha  da  hâtte. . 
Ma  sérénade 
Mâssig  langsam  4/4 
Moderato 

Was  ist  da 

Qu'es-tu 

Von  dir  erfahren  . . 
Bien  l'apprendre 

Was  weiss  ich   .    . . 
Est  certaine 

Trinken  woUt'  ich  . 
Je  cherche  à  boire 

Auch  Frass 

A  manger 

Lachende  Zâhne  . . 
Jamaisje  n'en  vis 

Sich  zu  weit 

Gouffre  béant 

FrommtderSchlund 
Trouve  parfaite 
Cresc, 

Râthlichundfromm 
Pour  me  dévorer 

Prahlendes  Kind  !  . 
Jeune  vantard  ! 

Der  Prahler  naht  ! , 
Affreux  braillard  ! 
8  et  2/4  Leb/taft 
Animalo 

Nothung— Im  Herzn 

Détrese— dans  ton  cr 

4/4  Langsam 

Lento 

Kiihner  Knabe  .... 
Fils  intrépide 


OBSERVATIONS 


Siegfried 


Siegfried 

Siegfr.  et  Fafn. 

Siegfried 


Fafner 
Siegfried 
Siegfried 

Fafner 


Siegfried 
Fafner 


Siegfried 


Orchestre 
.  Siegfried . 

Orchestre 


Fafner 


1000 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Notons  d'abord  l'excellente  concordance 
acoustique  des  mouvements  pour  les  pas- 
sages :  1°  où  l'orchestre  est  seul;  2°  où  la 
voix  de  Fafner  s'ajoute  à  l'orchestre  (le 
rôle  de  Fafner  était  tenu  dans  les  deux 
exécutions  par  le  même  artiste,  M.  Bau- 
sewein).  La  concordance  est  encore  satis- 
faisante, quoique  un  peu  moindre,  pour  les 
intervalles  correspondant  à  la  partie  de 
Siegfried  (M.  Alvary  à  la  première  repré- 
sentation, M.  Vogl  à  la  seconde).  Il  n'y  a  là 
qu'une  confirmation  de  nombreuses  consta- 
tations antérieures.  Mais  un  autre  fait 
important  résulte  du  tableau  :  c'est  que, 
régulièrement,  à  chaque  entrée  de  Fafner, 
l'allure  tombe  notablement,  durant  tout  le 
dialogue  précédant  le  combat,  bien  que  ce 
fragment  soit  situé  d'un  bout  à  l'autre  dans 
le  même  4/4,  Mdssig  langsam,  Moderato  :  le 
mouvement  général  est  nuancé  suivant 
qu'il  s'applique  à  Siegfried  ou  à  Fafner. 
C'est  ainsi  que  l'allure  tombe  de  68  ou  64 
à  60;  de  65  à  48  ;  de  72  ou  80  à  56  ;  de  80  à 
65  à  chacune  des  répliques  du  monstre. 
Nous  avions  rencontré  déjà  quelque  chose 
d'analogue  dans  la  scène  du  Crépuscule 
des  Dieux  entre  Alberich  et  Hagen  (voir 
8'=  exemple  du  Crépuscule  des  Dieux, 
page  173  ci-dessus)  ;  mais  là,  les  contrastes 
métronomiques  étaient  formellement  pres- 
crits par  les  indications  successives  Ani- 
mato  et  Lento.  Ici,  les  deux  rôles  ne  sont 
pas  moins  caractérisés  métronomiquement, 
mais  cela  ne  résulte  pas  d'une  indication 
formelle  du  texte.  Les  effets  de  contraste 
ainsi  produits  sont,  on  le  devine,  excellents 
à  l'audition,  parce  qu'ils  sont  en  parfait 
accord  avec  l'esprit  de  l'œuvre  et  les  carac- 
tères des  personnages. 

Du  reste,  le  lourd  Fafner,  toujours  plus 
lent  que  l'intrépide  Siegfried,  s'échauffe 
cependant  au  cours  de  la  querelle  ;  voyez 
l'allure  de  ses  répHques  s'élever  de  48  à  56, 
puis  à  65  immédiatement  avant  le  combat  ! 
Ces  contrastes  si  intelligemment  réglés  et 
cette  progression  si  logique  méritent  d'être 
signalés  parmi  les  plus  remarquables. 

Après  le  combat,  après  les  avertisse- 
ments et  la  mort  de  Fafner,  Siegfried, 
ayant  porté  à  sa  bouche  ses  doigts  tachés 
de  sang,  va  comprendre  le  langage  de  l'Oi- 
seau (A.  171,  F.  igS)  : 


Notons  les  allures  suivies  pendant  ce  pre- 
mier dialogue  entre  Siegfried  et  l'Oiseau 
(nous  avons  dit  que  la  voix  de  l'Oiseau  était 
chantée  par  M'>e  Borchers  à  la  première 
exécution  et  par  M'i^  Abendroth  à  la  se- 
conde). Isolons  diverses  parties  correspon- 
dant à  Siegfried  et  à  l'Oiseau  : 


TEXTE    CHANTE 


Mouvemts 
constatés 
aux  exécu- 
tions 


Ist  mir  doch  fast. , . 
Des  oiseaux 
3/4  et  9/8 

Das  selt'ne  Vôglein. 
Voyons  un  peu 

Hei  !  Siegfried. .    . 
Tio!  Tio!  Siegfried 

Den  Tarnhelm  gewn 
Heaume  magique 

Walter  der  Welt . . . 
Le  fera  souverain 


Folg'  ich  demRuf . 
Sera  suivie 


78 


OBSERVATIONS 


Siegfried 


Siegfried 
L'Oiseau 


L'Oiseau 
Siegfried 


Dans  les  intervalles  chantés  par  Siegfried 
(sauf  le  dernier),  il  n'y  a  aucun  écart  métro- 
nomique  d'une  exécution  à  l'autre,  malgré 
le  changement  d'interprète.  Les  intervalles 
chantés  par  l'Oiseau  sont,  au  contraire, 
conduits  plus  lentement,  tous  deux,  à  la 
seconde  exécution. 

Mais  n'est-ce  pas  un  simple  hasard  qui 
a  produit  ces  deux  discordances  légères 
et  de  même  sens?  C'est  bien  possible,  et 
il  serait  prématuré  d'en  conclure  que 
M'ii^  Abendroth  chante  le  rôle,  en  général, 
moins  vite  que  M"»:  Borchers.  Pour  vérifier 
s'il  en  est  bien  ainsi,  comparons  les  allures 
locales  suivies  à  la  fin  de  la  scène  troisième, 
lorsque  Siegfried  interroge  l'Oiseau  après 
avoir  tué  Mime  (A.  igg,  F.  229),  depuis  la 
première 


LE  aVlDE  MUSICAL 


1001 


jusqu'à  la  dernière  question  de  Siegfried 
A.  2o5,  F.  235) : 


Wi)  find'  ich  zum     Fel  -  sen    den 


Weg? 


Main    le    chf-min  qui      me      lin-digue      -       ra 

Nous  diviserons  ces  quelques  pages  en 
treize  fragments  successifs,  dont  huit  cor- 
respondant au  rôle  de  Siegfried  et  cinq  à 
la  voix  de  l'Oiseau.  Pour  rendre  la  com- 
paraison plus  simple  et  plus  frappante, 
nous  indiquerons  dans  le  tableau  suivant 
non  plus  les  mouvements  calculés  comme 
de  coutume,  mais  les  durées  brutes  des 
fragments,  relevées  au  chronographe  pour 
chacune  des  deux  exécutions  : 


— 

Durée  des  fragments  en  secondes  pour 

jl 

CHANT 

M.                  M. 
Alvary              Vogl 

m».            Mil. 

Borchcrs      Abendrolh 

I 

Siegfried 

17 

i8 

Oiseau 

17 

19 

1 

l5 

17 

4 

Siegfried 

20 

20 

5 

Siegfried 

7 

4 

fi 

20 

26 

7 
8 

12 

i5 

Siegfr.  et  Orch. 

i3 

i3 

9 

Siegfried 

9 

9 

lO 

Siegfried 

i6 

16 

i3 

16 

12 

Siegfried 

21 

21 

i3 

Siegfried   

7 

7 

Durées  totales 

iio" 

io8" 

77" 

93" 

Mo 

uvemts  moyens. 

»=  io5 

#=  107 

•  =75 

;,62 

et  II  (l'Oiseau),  il  en  est  tout  autrement; 
celles  de  la  seconde  exécution  sont  toutes 
supérieures  à  celles  de  la  première;  aussi 
les  totaux  correspondants,  TJ  et  93  se- 
condes, diffèrent-ils  notablement,  de  19  pour 
cent  environ.  Nous  trouvons  donc  bien  là 
les  caractéristiques  personnelles  que  nous 
avions  soupçonnées  chez  les  deux  inter- 
prètes :  avec  M"e  Abendroth,  la  voix  de 
l'Oiseau  a  été  menée  toujours  plus  lente- 
ment qu'avec  M"«  Borchers. 

On  pourrait  se  proposer  d'établir  quelle 
est  la  meilleure  version  métronomique. 
Mais  il  faudrait  pour  cela  procéder  à  une 
analyse  détaillée  qui  nous  entraînerait  trop 
loin.  Il  nous  suffit,  quant  à  présent,  d'avoir 
nettement  montré  une  influence  légère, 
mais  saisissable,  de  la  partie  vocale. 

Nous  n'avons  pas  pu  discerner  cette  in- 
fluence pour  les  passages  correspondant  au 
rôle  du  Voyageur  (MM.  Brucks  et  Grengg). 
Voici,  par  exemple,  un  fragment  de  la  pre- 
mière scène  du  troisième  acte  (Wotan, 
Erda)  depuis  cette  réponse  du  Voyageur 
(A.  214,  F.  245)  : 

143 


Or,  voici  ce  que  révèle  immédiatement 
l'examen  des  chiffres  :  les  durées  d'exécu- 
tion pour  les  fragments  i,  4,  5,  8,  9,  10,  12 
et  i3  (Siegfried)  sont  d'une  remarquable 
concordance;  elles  présentent  de;ux  écarts 
seulement,  l'un  en  plus  pour  le  premier 
fragment,  l'autre  en  moins  pour  le  cin- 
quième. Leurs  totaux,  1 10  et  108  secondes, 
sont  égaux  à  deux  pour  cent  près. 
Pour  les  durées  des  fragments  2,  3,6,  7 


Bcr 

Wcck  -  ru 

-   ter 

tin               Ich 

C'est 

moi     qui 

t'ar  - 

ra-  che  au  sommeil 

sur  le  4/4  Erstes  Zeitmaass,  Tempo  1°  jus- 
qu'au Langsamer,  Pitllento  (A.  2i5,  F.  247): 


Pages    des 
réductions 

TEXTE    CHANTÉ 

Mouvemts 
constatés 

i 

1 

tio 

I 

ns 
2 

OBSERVATIONS 

214 
214 

2l5 
2l5 
7  16 

245 
246 

246 

247 
247 
247 

247 

C'est  moi  quit'arrace 
Erstes  Zeitmaass 
Tempo  frimo  4/4 

139 

•  = 
126 

Wotan 

Puisant  la  science 

Was  Berg  und  Thaï 
Tu  sais 

Sei  dir  bekannt  .  .  . 
Tout  est  tributaire 

126 
120 
i33 

126 
124 
120 

Wotan 
Wotan 
Wotan 

216 

2l5 

Femme,  je  suis 

Aus  dem  Schlaf .  .  . . 
Venu  te  voir 
Ritard. 

Mein  Schlaf  ist.  .  .  . 
Mon  sommeil 
Langsamer- Più  lento 

96 
fS 
62 

120 
68 
63 

Wotan 

Orchestre 

Erda 

1002 


LE  GUIDE  MUSICAL 


A  partla  nuance  métronomique prématurée 
de  la  première  exécution,  avant  le  Ritar- 
dando,  les  allures  sont  tout  à  fait  compa- 
rables aussi  bien  pour  Wotan  que  pour 
Erda  (M'i'=  Blank  dans  lesdeuxcas).  Comme 
d'habitude  l'orchestre,  dans  le  Ritardaiido 
où  il  est  seul,  reste  identique  d'une  exécu- 
tion à  l'autre. 

Comme  dernière  citation,  nous  prendrons 
la  fin  de  la  troisième  scène  du  troisième 
acte  (Siegfried  et  Brùnnhilde)  depuis  le 
dernier  fragment  chanté  par  Brùnnhilde 
seule  (A.  294,  F.  332)  : 


Kin  -  di-scher  Heldl 


jusqu'à  la  fin  du  duo.  Voici  les  allui-es  ob- 
servées : 


l'âge 
rédu 

-  des 
lions 

â 

s 

294 

332 

295 

333 

295 

333 

296 

333 

296 

334 

296 

335 

297 

335 

298 

336 

299-2 

337-2 

TEXTE    CHANTE 


3/4  gISEtwasmâssige; 
Più  moderato 

O  kindischer  Held 
O  cœur  sublime 


Thôriger  Hort  .  .  .  . 
Nobles  exploits 

Lachend  lass  uns  .  . 
L'âme  joyeuse 

2/2  Lcbhaft ,  doc/i 
hrâftig  und  ohrie  zti 
eiUn.   Allegro  risoluto 

Du  wonnige  mir   .  . 
Ineffable  et  divine 

Deine  stolze  Burg  . 
Monumt  orgueilleux 


Zerreist  ihr  Nornen. 
Rompez  le  câble 

Sie  ist  mir  ewig  . 
Mon  âme  entière 


Ein  und  AU'.  .  .  . 
Qu'un  seul  désir 


Lachender  Tod 
Vivre  et  mourir 


Mouvemts 
constatés 
aux  exécu- 
tions 


OBSERVATIONS 


176 


Brûnnh.-Siegfr. 


On  voit  que,  métronamiquement,  les 
deux  premiers  intervalles  sont  d'une  rigou- 
reuse concordance.  A  partir  du  2/2,  dans 


l'ensemble,  il  en  est  autrement;  les  allures 
de  la  seconde  exécution  (M"'=  Ternina  et 
M.  Vogl)  sont  plus  rapides  pour  tous  les 
intervalles,  que  celles  de  la  première 
[M.^^  Sucher  et  M.  Alvary).  Constatons 
néanmoins  que,  pour  la  succession  des  in- 
tervalles, les  nuances  métronomiques  sont 
pratiquées  dans  les  mêmes  sens  :  accélé- 
ration (120  à  i53,  ou  iioà  186),  puis  ralen- 
tissement (i53  à  144,  ou  i85  à  i5o),  puis 
accélérations  (144  à  i55,  puis  lyS,  ou  160 
à  176,  puis  192),  et  enfin  ralentissement 
(175  à  i5o,  ou  192  à  i63).  Le  point  culmi- 
nant (175  ou  192)  correspond  bien,  dans 
les  deux  cas,  au  même  fragment.  On  peut 
donc  dire  que  le  phrasé  métronomique  est 
semblablement  nuancé  dans  ce  duo  par  les 
deux  groupes  d'interprètes;  seulement,  il 
est  moins  précipité^ avec  M"<=  Sucher  et 
M.  Alvary  qu'avec  M'i^  Ternina  et  M.  Vogl. 

C'est  en  partie  pour  cela,  sans  doute, 
que  la  première  intei-prétation  nous  a  pro- 
duit l'effet  de  grandeur  et  de  largeur  le  plus 
saisissant. 

[A  suivre.)  H.  Alvin  et  R.   Prieur. 

Chronique  be  la  Semaine 

PARIS 

Concerts-Colonne  .  ■ — •  Cycle  Berlioz.  —  Le  Requiem 
(op.  5)  et  œuvres  diverses. — Notice  sur  Charles  Gounod 
par  Théodore  Dubois. 

Le  rapprochement, sur  le  dernier  programme 
des  Concerts-Colonne,  du  Requiem  de  Berlioz 
et  de  plusieurs  compositions  de  petite  dimen- 
sion du  même  maître  a  laissé  entrevoir  plus 
que  jamais  la  distance  qui  les  sépare.  Berlioz 
était  l'homme  des  grandes  œuvres  sympho- 
niques  et  chorales,  des  belles  pages  lyriques  où 
sa  fantaisie  géniale  trouvait  un  libre  et  magni- 
fique essor,  où  son  exaspération  vers  le  Beau 
l'amenait  à  écrire  des  pages  vraiment  flam- 
boyantes. Tels  la  Damnation  de  Faust, 
Roméo  et  Juliette,   le  Requiem,    Harold  en 

Italie  ! Dans    les    morceaux    de     courte 

haleine,  au  contraire,  comme  Rêverie  et 
caprice  pour  violon  (op.  8),  le  Jeune  Pâtre 
breton  (op.  i3),  la  Captive  (op.  12),  tous  ses 
défauts  de  style  se  laissent  facilement  entre- 
voir. La  pensée  du  maître  s'élance  trop  haut 
pour    pouvoir    se    complaire     à    des    œuvres 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1003 


restreintes.  Etant  plus  littéraire  que  musical,  il 
lui  faut  les  giandes  manifestations  descriptives 
et  lyriques.  Berlioz  comprit  lui-même  que  des 
morceaux  fragmentés  ne  pouvaient  entière- 
ment lui  donner  satisfaction,  puisqu'il  en 
rassembla  un  nombre  assez  considérable  pour 
les  réunir,  les  coordonner,  les  remanier  et  en 
former  des  poèmes  qui,  seuls,  répondaient  à  sa 
conception  de  la  Beauté.  Voyez  ce  que  sont 
devenus  les  nombreux  fragments  écrits  avant 
i832,  lorsqu'ils  formèrent  l'Episode  de  la  vie 
d'un  artiste!  Voyez  également  quelle  transfor- 
mation subit  cette  Captive  que  nous  entendions, 
dimanche  dernier,  interprétée  parle  beau  con- 
tralto de  M'iis  Planés,  lorsque  Berlioz  la  déve- 
loppa et  l'arrangea  pour  l'orchestre!  Il  en  fut 
de  même  pour  5araA  la  Baigneuse  et  d'autres 
pages  entièrement  refondues  et  amplifiées. 

Nous  ne  pouvons  donc  considérer  les  pages 
détachées  qui  ont  été  conservées  en  leur  forme 
primitive  qu'à  l'égal  d'ébauches  dans  lesquelles 
se  perçoivent  les  tendances  d'un  génie  aspirant 
à  trouver  sa  voie  définitive.  Ne  reconnaissait-il 
pas, du  reste,  «  qu'il  avait  besoin  de  beaucoup  de 
moyens  pour  produire  quelque_e£fet  (i)  »?  Cet 
aveu  fait  à  un  des  grands  maîtres  d'outre- Rhin, 
qui,  lui,  n'avait  nulle  nécessité  de  recourir  à 
des  moyens  extraordinaires  pour  soulever 
l'émotion  la  plus  intense,  était  rigoureusement 
vrai.  Dans  toutes  ces  pages  que  nous  citons 
plus  haut,  d'ordre  et  de  mérites  inférieurs, 
Rêverie  et  Caprice  pour  violon,  qui  fait  songer 
à  une  Elégie  d'Ernst,  hachée  et  morcelée,  ou 
le  Pâtre  breton,  sorte  de  complainte  avec 
l'abus  du  couplet,  on  pourrait  dire  qu'elles 
sont  curieuses,  mais  peu  musicales  dans  le  sens 
le  plus  intime  du  mot.  Si  vous  voulez  un  terme 
de  comparaison,  prenez  tel  Lied  ou  tel  morceau 
instrumental  de  Schumann,  et  vous  décou- 
vrirez ce  qui  différencie  un  artiste  essentielle- 
ment musical  d'un  artiste  avant  tout  littéraire. 

Le  Requiem,  arrivant  après  ces  œuvres 
légèrement  ternes,  a  soulevé  la  plus  vive 
émotion.  Le  Dies  irœ,  le  Tuba  niiruni,  avec 
ses  foudroyantes  sonorités  des  cuivres,  ses 
batteries  de  timbales,  ses  explosions  chorales, 
le  Sancliis,  avec  son  chant  séraphique  confié 
au  ténor  et  repris  par  le  chœur,  ont  enthou- 
siasmé l'auditoire.  Nous  n'avons  plus  à  pré- 
senter l'analyse  de  cette  belle  création  de 
Berlioz,  l'ayant  déjà  faite  dans  le  numéro  du 
Guide  Musical,  en  date  du  ii  mars  1894,  et 
nous  prions  nos  lecteurs  de  vouloir  bien  s'y 
reporter.   La  jolie  voix  blanche  de  M.  Warm- 


(i)  Lettre  à  Robert  Schumann.  iSSy. 


brodt  a  donné  au  Sanctus  toute  l'intensité  poé- 
tique rêvée  par  le  compositeur  ;  aussi  son  succès 
a-t-il  été  grand. 

Il  fallait  le  talent  de  M.  G.  Rémy  pour  im- 
primer le  relief  nécessaire  à  Rêverie  et  caprice. 

M.  Ed.  Colonne  a  conduit  vaillamment  ses 
troupes,  chœur  et  orchestre,  dont  le  nombre 
avait  été  considérablement  augmenté. 

Nous  ne  terminerons  pas  cette  chronique 
sans  signaler  la  n  Notice  »  écrite  sur  Charles 
Gounod  par  son  successeur  à  l'Académie, 
M.  Théodore  Dubois,  et  lue  dans  la  séance  du 
24  novembre  1894.  L'étude  est  admirablement 
écrite,  remplie  de  renseignements  puisés  à 
bonne  source;  elle  donne,  dans  la  mesure  qui 
convient  à  un  panégyrique,  la  physionomie 
morale  et  physique  de  l'auteur  de  Faust.  Elle 
glisse  forcément  sur  les  ombres,  pour  ne  laisser 
entrevoir  que  les  côtés  lumineux  de  la  vie  d'un 
artiste  auquel  Th.  Dubois  applique  le  vers  du 
poète,  en  le  modifiant  :  «  Son  verre  éi&ïi grand, 
et  il  buvait  dans  son  verre  »  !  Cette  notice  com- 
plète heureusement  les  travaux  qu'ont  suscité 
jusqu'à  ce  jour  la  vie  et  les  œuvres  du  maître 
français.  Tout  aura  été  dit  sur  lui,  lorsque  la 
famille  se  sera  décidée  à  publier  sa  nombreuse 
correspondance  qui  révélera  plus  complètement 
son  esprit  littéraire,  ses  théories,  ses  apoph- 
tegmes, empreints  d'un  sentiment  poétique  et 
mystique.  Hugues  Imbert. 

CONCERTS-LAMOUREUX 

Un  concours  semble  ouvert,  au  Cirque  d'Eté, 
entre  les  chanteuses  étrangères.  Les  morceaux 
imposés  sont  l'air  d'entrée  d'Elisabeth,  du 
TannhcBUser,  et  la  scène  de  la  mort  de  l'héroïne 
de  Tristan  etiseult.  Ajoutons  qu'il  est  interdit 
de  chanter  en  français  ;  l'allemand  seul  est 
toléré.  Deux  artistes  ont  déjà  concouru  : 
Mme  Materna  et  M""^  Klafsky,  toutes  deux 
chaudement  applaudies  et  trois  fois  rappelées 
par  un  public  d'autant  plus  enthousiaste  qu'il 
payait  ses  places  plus  cher  et  qu'on  lui  faisait 
entendre  une  langue  à  laquelle  il  ne  compre- 
nait rien.  Et,  maintenant,  à  qui  le  tour?  Nous 
promettons  aux  nouvelles  cantatrices  qui  se 
produiront  un  succès  au  moins  égal  à  celui  de 
leurs  devancières,  et  cela  surtout  pour  les  mo- 
tifs que  nous  venons  de  signaler. 

Mais,  trêve  de  plaisanterie  ?  Il  est  vraiment 
regrettable,  —  pour  ne  pas  dire  plus,  —  devoir 
M.  Lamoureux  se  faire  ainsi  le  barnum  des 
chanteuses  exotiques,  au  lieu  de  puiser,  comme 
autrefois,  l'élément  de  son  succès  dans  la  va- 
riété et  l'intelligente  composition  de   ses  pro- 


lOOé 


LE  GUIDE  MUSICAL 


grammes.  Il  est  non  moins  fâcheux  de  voir  le 
public,  dont  on  aurait  pu  croire  l'éducation 
musicale  plus  complète  et  le  goût  plus  épuré, 
non  seulement  ne  manifester  à  ce  sujet  aucun 
signe  de  mécontentement,  mais,  au  contraire, 
encourager  un  pareil  système,  en  réservant  ses 
plus  frénétiques  applaudissements  pour  des 
chanteuses  dont  la  principale  supériorité  sur 
les  nôtres  consiste  à  venir  de  loin  et  à  parler 
une  langue  inconnue  à  la  grande  majorité  des 
auditeurs. 

Quant  au  mérite  de  M°<=  Klafsky,  on  peut 
dire,  si  on  la  compare  à  M™^  Materna,  qu'elle 
a  les  défauts  des  qualités  de  celle-ci,  comme 
elle  a  aussi  les  qualités  de  ses  défauts.  En  efifet, 
la  cantatrice  hongroise  qui  s'est  fait  entendre, 
dimanche  dernier,  possède  une  voix  fraîche, 
d'un  éclat  et  d'une  puissance  remarquables  ; 
mais  le  débit  est  chez  elle  un  peu  monotone, 
et  son  chant  manque,  en  général,  de  charme 
et  d'expression.  Disons  pourtant,  pour  être 
juste,  qu'elle  a  interprété  l'air  de  Fidelio  de 
Beethoven  avec  beaucoup  plus  d'âme  et  de  sen- 
timent que  les  deux  morceaux  de  Richard 
Wagner. 

Le  concert  débutait  par  la  Symphonie  en  si 
bémol  de  Schumann,  œuvre  attrayante,  sédui- 
sante même,  mais  dans  laquelle,  cependant,  ne 
se  révèlent  pas  encore  le  génie  original,  la 
complète  personnalité  du  maître.  Schumann 
occupe  une  place  trop  minime  dans  le  réper- 
toire de  nos  concerts  ;  et  l'on  s'explique  mal 
cette  sorte  d'indifférence  que  manifestent  nos 
chefs  d'orchestre  à  son  égard.  Quelle  mine 
pourtant  à  exploiter!  Quelles  richesses  à  mettre 
au  jour!  Mais,  que  voulez -vous,  Schumann 
n'est  pas  encore  à  la  mode. 

On  nous  a  fait  entendre,  de  nouveau,  Chasse 
et  Orage  des  Troyens.  L'exécution  de  cette 
admirable  page  a  été  de  beaucoup  supérieure  à 
celle  du  dimanche  précédent. 

Enfin,  après  les  Murmures  de  la  Forêt  de 
Siegfried  et  le  prélude  de  Tristan  et  Iseult, 
deux  morceaux  parfaitement  rendus  et  sur  les- 
quels il  ne  reste  plus  rien  à  dire  d'niléressant 
pour  le  lecteur,  l'orchestre  a  interprété,  pour 
terminer,  le  Rouet  d' Omphale  de  Saint-Saëns. 
Combien  notre  grand  maître  symphoniste  se 
meut  plus  à  l'aise  ;  comme  son  allure  est  plus 
libre  et  plus  dégagée,  lorsqu'il  reste  dans  l'élé- 
ment musical  pur  et  qu'il  n'a  pas  à  subir  sur- 
tout la  tyrannie  des  Corneille  et  des  Victor 
Hugo!  Ernest  Thomas. 

A  l'Opéra,  M.  Renaud  a  pris  possession,  ces 


jours  derniers,  du  rôle  de  lago,  laissé  il  y  a 
quelques  semaines  par  Maurel,  dans  Othello. 
Il  y  a  été  en  tous  points  remarquable  et  a 
presque  dépassé  les  espérances  que  l'on  fondait 
sur  lui.  Il  faut  dire  que  le  rôle  faisail  valoir 
admirablement,  outre  la  beauté  et  la  souplesse 
de  sa  voix,  son  art  de  diseur  et  son  goût  plas- 
tique. Il  est  impossible  de  donner  plus  d'ex- 
pression aux  ténébreuses  insinuations  du  per- 
sonnage, et  M.  Renaud  y  joignait  parfois  un 
rire  sinistre,  comme  intérieur,  qui  les  relevait 
singulièrement.  Son  succès,  comme  acteur  et 
comme  chanteur,  a  été  très  vif,  surtout  au 
second  acte,  où  on  a  bissé  d'enthousiasme  le 
fameux  songe,  qu'il  a  dit  avec  un  style  exquis. 

M.  Ernest  Reyer,  qui  est  un  disciple  passionné 
de  Berlioz,  annonce  dans  son  feuilleton  du 
Journal  des  Débats  que  l'Opéra  va  monter  la 
Prise  de  Troie  de  Berlioz.  Cette  partition  est, 
on  le  sait,  la  première  partie  des  Troyens  qui 
comprennent  deux  partitions  distinctes  et  qui 
devaient  se  jouer  en  deux  roirées  successives. 
La  Prise  de  Troie  n'a  jamais  été  jouée  inté- 
gralement en  France.  Lors  de  la  première  des 
Troyens  au  Théâtre-Lyrique  de  Paris  en  1861, 
sous  la  direction  Carvalho,  Berlioz  avait  réduit 
la  Prise  de  Troie  en  un  simple  prologue.  La 
partition  originale  telle  qu'elle  fut  écrite  par  le 
maître  n'a  été  exécutée  pour  la  première  fois 
qu'en  décembre  1890  au  théâtre  grand-ducal 
de  Carisruhe,  sous  la  direction  de  M.  Félix 
Mottl.  Le  Guide  Musical  rendit  compte  de 
cette  première  exécution, qui  a  eu  de  nombreux 
lendemains  à  Carisruhe  et  détermina,  il  y  a 
deux  ans,  la  reprise  de  Troyens  à  Carthage 
à  rOpéra-Comique,  par  les  soins  de  la  Société 
des  grandes  auditions  de  France. 

Vendredi  soir,  à  l'Opéra,  la  millième  de  Faust. 
La  représentation  a  été  brillante,  et  rapothéose 
finale,  —  chœurs  d'Ambroise  Thomas,  sur  des 
vers  de  Jules  Barbier,  avec  couronnement  d'un 
monument  allégorique  de  Falguières,  —  a  été  un 
émouvant  hommage  à  la  mémoire  de  Gounod. 


f 

Voici  la  distribution  définitive  de  Tannhâuser  à' 
l'Opéra  : 

Tannhâuser  (M.  Van  Dyck),  Wolfram  (Re- 
naud), Le  landgrave  (Delmas»,  Walter  (Vaguet), 
Henry  iLaurent),  Biterolf  (Ballard),  Reinnar  (Du- 
bulle),  Elisabeth  (M°"=  Rose  Caron),  Vénus  (M"° 
Bréval),  Le  pâtre  (M""  Agussol). 

C'est  la  Zucchi  qui  viendra  mettre  en  scène  le  î 
ballet  de  la  Bacchanale  qu'elle  avait  déjà  monté  àî 


1 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1005 


Bayreuth.   La  première  représentation  aura   lieu 
dans  la  seconde  quinzaine  d'avril. 

On  annonce  que  M.  Paul  Vidal  a  complètement 
terminé  sa  partition  de  Gaultier  d'Aquitaine,  opéra 
en  quatre  actes,  sur  un  poème  de  MM.  Emile 
Bergerat  et  Camille  de  Sainte-Croix.  Par  traité, 
cet  ouvrage  doit  être  donné  à  l'Opéra,  dans  le 
courant  de  l'hiver  189S-96. 

•$• 
Une  intéressante  audition  des  élèves  de  M'"»  L. 
Carembat  a  eu  lieu  le  jeudi  i3  décembre  à  la  petite 
salle  Pleyel,  avec  le  concours  de  M.  et  M™"  Ron- 
chini.  Les  élèves  de  M'""  Carembat  ont  su  faire 
preuve  dans  les  divers  morceaux  qu'elles  ont  inter- 
prétés, des  qualités  qui  leur  ont  été  inculquées  par 
leur  excellent  professeur. 


BRUXELLES 

Les  Concerts  populaires  ont  rouvert,  diman- 
che, leur  saison.  Salle  absolument  comble. 
Quelle  joie,  après  la  longue  privation  des  mois 
d'été,  que  ces  fêtes  de  l'art  !  Quel  régal,  pour 
l'oreille  et  l'intelligence,  que  ces  vivantes  et 
colorées  séances,  où  le  bel  orchestre  de  Joseph 
Dupont  vous  enveloppe  des  sonorités  pro- 
fondes et  éclatantes  de  sa  symphonie  !  L'em- 
pressement du  public  témoigne  de  l'intérêt 
croissant  avec  lequel  il  les  suit.  Le  programme 
comprenait  trois  œuvres  nouvelles  pour  Bruxel- 
les :  le  Conte  féerique  de  Rimsky-Korsakofï,  la 
Symphonie  sur  un  thème  montagnard  de 
Vincentd'Indy,etune  F  an  tai  si  e,'çouv  or  chesire. 
et  piano,  d'Emile  Bernard,  dans  lesquelles 
M.  L  Philipp  a  tenu,  avec  sa  finesse  de  toucher 
et  son  élégance  d'interprétation,  la  partie  de 
piano. 

I>a  symphonie  montagnarde  de  M.  d'Indy 
est  une  œuvre  charmante,  remarquable  par  la 
variété  et  la  richesse  des  développements  que 
l'auteur  a  su  tirer  de  l'agreste  mélopée  qui  lui 
sert  de  point  de  départ.  Il  la  varie,  la  trans- 
forme, l'amplifie  avec  un  art  qui  s'élève  à  la 
poésie  la  plus  captivante.  C'est  tout  un  tableau 
de  vie  champêtre,  sans  aucune  recherche  vaine 
d'effets  imitatifs,  hâtons-nous  de  le  dire,  et 
■reproduisant,  néanmoins,  les  impressions  ca- 
ractéristiques de  la  montagne.  Des  rythmes" 
vigoureux  et  heurtés  donnent  l'impression  de 
rochers  lourdement  entassés  ;  de  larges  harmo- 
nies soutenues,  traversées  par  la  mélopée  ini- 
tiale, donnent  la  vision  de  vastes  horizons  où 


se  perdent  dans  l'infini  les  bruits  de  la  terre  ; 
et  le  carillon,  sur  lequel  se  développe  tout  le 
finale,  évoque  le  spectacle  pittoresque  et  animé 
de  quelque  joyeuse  réunion  de  montagnards. 
C'est  un  poème  musical  haut  en  couleur,  vi- 
vant, merveilleusement  instrumenté,  d'allure 
très  moderne,  où  le  piano  mêle  ingénieusement 
ses  gammes,  ses  dessins  et  ses  traits  brillants. 

La  Fantaisie  de  M.  Bernard  est  un  morceau 
plus  concertant.  C'est,  à  vrai  dire,  un  concerto 
de  piano,  mais  un  concerto  où  l'orchestre  joue 
un  rôle  important  et  traité  symphoniquement 
par  un  musicien  nourri  des  classiques  et  ayant 
le  respect  des  formes  consacrées.  L'œuvre  est 
habilement  conçue  en  ses  développements, 
très  châtiée  de  forme  et  d'un  intérêt  soutenu. 
On  a  particulièrement  goûté  le  joli  allegretto, 
qui,  sans  viser  à  l'originalité,  péché  mignon  de 
la  jeune  école,  séduit  par  sa  grâce  facile. 

Il  en  va  tout  autrement  du  Conte  féerique 
de  Rimsky-Korsakoff.  Poème  symphonique 
essentiellement  pittoresque.  Illustration  musi- 
cale, musique  littéraire  plutôt  que  symphoni- 
que. Mais  c'est  exquis,  une  fois  le  genre 
admis. ..  et  connu  le  sujet  du  poème.  En  réalité, 
c'est  une  préface  au  conte  de  Ruslane  et 
Ludmilla  de  Pouchkine,  que  tout  enfant  con- 
naît en  Russie.  Imaginez  la  Belle  au  Bois 
dormant  ou  le  Chat  botté  mis  en  mu- 
sique :  tout  le  monde  comprendrait  et  suivrait 
avec  intérêt  la  traduction  musicale  de  tous  les 
épisodes.  Malheureusement,  notre  public  occi- 
dental ne  connaît  guère  Ruslane  et  Ludmilla, 
et  il  n'a  pas  compris.  C'est  le  danger  de 
ces  musiques  exotiques.  Il  eût  été  prudent 
de  donner  au  programme  quelques  indications 
à  ce  sujet,  et  on  les  eût  obtenues  très  com- 
plètes et  très  intéressantes  en  s'adressant  à 
M.  Léopold  Wallner,  qui  n'est  pas  seulement 
un  excellent  musicien,  mais  un  lettré  très  au 
courant  de  toutes  les  littératures,  et  particuliè- 
rement de  la  littérature  russe.  Ainsi,  toutes  les 
intentions  de  l'auteur  fussent  devenues  claires. 
Il  a  fallu  se  contenter  d'admirer  son  incompa- 
rable maîtrise  orchestrale,  absolument  admi- 
rable dans  cette  jolie  pièce. 

Le  concert  s'était  ouvert  par  l'ouverture  du 
Sofige  d'une  nuit  d'été,  et  il  s'est  terminé  par 
l'ouverture  de  Tannhceuser,  où  les  nouveaux 
trombones  à  coulisse,  rétablis  par  M.  Joseph 
Dupont,  ont  sonné  à  merveille.  Et  par  un 
délicat  hommage  à  la  mémoire  de  Chabrier,  le 
poétique  prélude  du  deuxième  acte  de  Gwen- 
doline  prenait  place  entre  ces  deux  grandes 
pages  symphoniques. 

Faut-il  ajouter  que  M.  Joseph  Dupont  a  été 


1006 


LE  GUIDE  MUSICAL 


véritablement  acclamé  à  la  fin  du  concert  ?  Il 
semble  que  le  public  saisisse  chaque  occasion 
de  lui  témoigner  le  regret  qu'il  éprouve  de  ne 
plus  le  voir  à  la  tête  de  l'orchestre  du  théâtre 
de  la  Monnaie.  Et  il  a  raison,  lepubhc  ! 

M.  KUFFERATH. 

Eugène  d'Albert,  engagé  pour  le  troisième 
concert  Schott^  a  profité  de  son  séjour  à 
Bruxelles  pour  se  faire  entendre  la  veille  au 
Cercle  artistique  et  littéraire.  Soirée  du  plus 
haut  intérêt,  cela  va  sans  dire,  d'Albert  suffi- 
sant, à  lui  tout  seul,  pour  exciter  une  vive 
curiosité  ;  mais  soirée  intéressante  surtout  par 
le  choix  du  programme  et  par  l'étonnante 
variété  d'interprétation  qu'y  a  su  déployer  le 
célèbre  artiste,  comme  musicien  et  comme  vir- 
tuose. 

Avec  la  Passacaglia  en  «/  mineur  de  Bach 
(arrangement  d'Albert),  on  a  eu  l'impression 
des  orgues,  aux  basses  puissantes,  au  positif 
moelleux  et  soutenu,  aurécit  clairet  strident,  le 
tout  fondu  dans  l'inffexible'développement  du 
sujet,  dans  les  retours  constants  et  toujours 
variés  des  mêmes  figures  mélodiques  tourbil-, 
lonnant  'dans  un  grandissement  continu.  La 
sonate  op.  loi,  en  la  majeur,  de  Beethoven, 
œuvre  de  méditation,  de  tendresse  contenue, 
d'éclats  subits  et  de  luttes  intérieures,  a  trouvé 
sous  les  doigts  du  pianiste  une  exécution  telle 
qu'on  doit  l'attendre  de  celui  qui  s'est  pénétré 
de  la  pensée  du  maître  ;  exécution  sobre,  sans 
recherches  exagérées  d'accents  et  de  nuances  ; 
exécution  sévère,  élevée  de  ton,  rappelant,  dans 
sa  réserve  même,  le  style  de  Biilow. 

D'Albert  a  compris  la  transition  qui  existe  du 
style  de  Beethoven  à  celui  de  Schumann.  Il 
s'est  fait  romantique  dans  l'interprétation  de 
cette  grandiose  et  altière  fantaisie,  op.  17,  en 
ut  majeur,  du  maître  de  Zwickau  ;  il  en  a 
chanté  merveilleusement  l'idéale  poésie,  assou- 
plissant l'instrument  quelque  peu  rebelle  qu'il 
s'était  choisi,  aux  phrases  les  plus  expressives, 
aux  sonorités lesplus chatoyantes;  etsonsuccès, 
après  l'adorable  Andante  final,  a  été  triomphal. 

Bach,  Schumann  et  Beethoven  existent  par 
eux-mêmes.  La  sonate  en  si  mineur  de  F.  Liszt 
n'existe  pas,  à  tout  dire,  sans  le  concours  d'une 
virtuosité  transcendante.  Ici  la  collaboration 
s'impose,  c'est  l'exécutant  qui  fait  le  morceau. 
D'Albert  s'est  surpassé  dans  l'énorme  difiîculté 
qu'il  y  avait  pour  lui,  nouvel  Atlas,  à  soutenir 
à  hauteur  voulue  ce  ciel  quelque  peu  vide  de 
soleils,  où  lés  comètes  et  le  clair  de  lune  pro- 
jettent seuls  des  liieurs  fantastiques  dépourvues 


de  chaleur.  Il  a  été  prodigieux  d'invention  dans 
la  combinaison  des  effets  de  timbres  et  dans 
l'assemblage  de  ce  chaos  qui  au  surplus  n'est 
pas  une  chose  banale,  et  dans  lequel  il  y  aurait 
à  glaner  des  détails  et  des  effets  qu'une  grande 
imagination  seule  peut  concevoir.  Mais  voilà, 
il  n'y  a  dans  cette  sonate  que  de  l'imagination, 
tandis  que  chez  les  autres 

D'Albert  s'est  fait  longuement  applaudir 
tout  de  même;  il  a  terminé  par  l'impromptu  en 
fa  dièze.  majeur  de  Chopin,  et  par  une  valse 
{Mail  lebt  nur  einmal)  de  Strauss-Tausig.  Je 
me  trompe,  on  l'a  rappelé  et  il  s'est  encore  assis 
au  piano  pour  jouer  un  Nocturne  de  Chopin 
en  guise  de  remerciement. 

Rubinstein  et  de  Bûlow,  morts  tous  deux 
cette  année,  laissent  vacante  une  succession 
qui  pourrait  bien  revenir  un  jour  à  Eugène 
d'Albert.  Il  a  tout  ce  qui  caractérise  le  grand 
virtuose  et  son  répertoire  n'est  pas  quelconque. 

E.  E. 

Les  Noces  de  Jeannette  ont  pris  place  à 
côté  du  P  or  tirait  de  Manon,  dans  le  spectacle 
qui  encadre  à  la  Monnaie  la  tapageuse  A'az^flr- 
raise.  M"^  Mérey  et  M.  Gilibert  fournissent 
une  exécution  très  satisfaisante  du  petit  acte  de 
Victor  Massé  ;  tous  deux  y  font  apprécier  leur 
jolie  voix,  et  si  M''^^  Mérey  montre  toujours  une 
certaine  inexpérience  de  la  scène,  encore  met- 
elle  dans  ses  naïvetés  de  débutante  un  charme 
qui  les  rend  presque  S3'mpathiques. 

Quant  à  la  Navarraise,  elle  obtient,  grâce 
au  concours  de  M)^^  Leblanc,  un  succès  que 
l'on  est  de  moins  en  moins  porté  à  attribuer  à 
la  musique  ;  car  l'impression  en  quelque  sorte 
négative  que  celle-ci  avait  laissée,  le  premier 
soir,  chez  de  nombreux  spectateurs,  s'est  trans- 
formée, àuneseconde  audition,  en  une  impres- 
sion plus  nette,  mieux  définie,  mais  qui  n'est 
guère  favorable  au  compositeur  !  M'if^  Legrand 
a  introduit  dans  son  jeu  certaines  nuance.'; 
délicates  qui,  au  début,  faisaient  défaut,  et  son 
interprétation  n'en  est  que  plus  appréciée  et 
plus  applaudie.  A  M.  Bonnard.qui  se  prépare 
à  jouer  le  Rêve,  annoncé  pour  lundi,  a  suc- 
cédé, dans  le  rôle  d'Araquil,  M.  Isouard,  qui 
s'est  acquitté  de  sa  tâche  d'une  façon  vrai- 
ment distinguée.  On  n'en  pourrait  dire  autant 
de  M.  Depère.  qui  le  remplace  .dans  le  petit 
lôle  de  Ramon:  à  une  allure  peu  militaire,  il 
joint  des  intonations  d'une  justesse  fort  dou- 
teuse, qui  déchirent  le  tympan  au  même  point 
que  les  rudesses  de  l'orchestration  de  M.  Mas- 
vsenet.  ]•  Br. 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1007 


Il  y  avait  quelque  audace,  de  lapartde  la  troupe 
du  Théâtre-Flamand  d'Anvers,  à  venir  exécuter,  à 
Bruxelles,  le  Vaisseau-Fanlâme  de  Wagner.  Il  y  a 
quatre  ans,  le  théâtre  de  la  Monnaie  en  avait 
donné  une  interprétation  relativement  artistique, 
sous  la  direction  de  M.  Franz  Servais.  Et  il  était 
à  craindre  que  le  public  ne  fît  des  comparaisons. 
Il  a  eu  le  bon  esprit  de  ne  pas  les  faire  et  de  pas- 
ser condamnation  sur  la  naïveté  d'une  mise  en 
scène  à  rendre  jaloux  les  incomparables  metteurs 
en  scène  du  théâtre  de  la  Monnaie.  On  a  pris  plai- 
sir à  la  sincérité  et  à  la  conviction  communicative 
des  artistes  flamands.  M.  Fontaine,  en  particulier, 
a  été  excellent  d'attitude  et  de  diction  dans  le  rôle 
de  Daland.  Et  M""  Levering  a  chanté  très  agréa- 
blement le  rôle  assez  lourd  de  Senta.  Le  Hollan- 
dais et  l'amoureux  Erick  ont  paru  de  voix  un  peu 
cotonneuse  et  d'allure  trop  compassée.  A  louer, 
particulièrement,  les  chœurs,  qui  ont  été  tout  à 
fait  excellents  dans  la  grande  scène  du  deuxième 
acte.  L'orchestre,  sous  l'intelligente  direction  de 
M.  Keurvels,  a  eu  du  rythme  et  du  caractère.  Le 
quatuordes  cordes  laisse,  malheureusement,  beau- 
coup à  désirer. 

Il  serait  à  souhaiter  que  le  Théâtre-Flamand 
d'Anvers  renouvelât  son  excursion  à  Bruxelles. 
L'année  dernière,  il  y  avait  déjà  paru  avec  Chay- 
lotie  Corday  de  Benoit.  Il  y  pourrait  faire  d'heureux 
lendemains  aux  soirées  de  drames  avec  les  ouvra- 
ges lyriques  qu'il  joue  à  Anvers.  Et  la  question  du 
théâtre  lyrique  flamand,  si  souvent  discutée  et 
mise  à  l'essai,  se  trouverait  par  là  même  résolue. 
M.  Buis  est,  dit-on,  très  favorable  à  ce  projet.  Il 
est  certain  qu'il  y  a  place,  à  Bruxelles,  pour  un 
théâtre  de  ce  genre,  à  côté  du  théâtre  flamand  de 
comédie  et  de  drame. 

L'abondance  des  matières  nous  a  obligés  â  re- 
mettre à  huitaine  le  compte  rendu  de  la  première 
audition  de  la  Société  des  instruments  â  vent  au 
Conservatoire  royal.  Elles  sont  toujours  bien  inté- 
ressantes, ces  séances,  et  méritent  d'être  suivies 
avec  attention,  tant  en  raison  de  la  composition  du 
programme,  qu'en  raison  de  la  supériorité  de  l'in- 
terprétation. Quelle  admirable  pièce  que  les  Etudes 
symphonicjiies  de  Schumann!  On  les  joue  rarement, 
à  cause  de  leur  difficulté,  sans  doute.  M.  De  Greef 
les  a  merveilleusement  exécutées,  avec,  toutefois, 
une  recherche  de  l'effet  que  ne  comportent  pas 
les  grandes  œuvres  des  classiques  allemands, 
écrites  tout  d'une  haleine,  et  d'une  inspiration  si 
large  et  si  claire  que  c'est  un  peu  les  diminuer 
que  de  vouloir  y  mettre  trop  d'intentions. 

'L.e,  iyio  en  si  bémol,  pour  piano,  violon  et  cor,  de 
Brahms,  l'une  des  plus  intenses  compositions  du 
maître,  a  été  exécuté  avec  beaucoup  de  soin  par 
MM.  De  Greef,  Enderlé  et  Merck.  M.  Enderlé, 
seul,  semblait  un  peu  jeune  dans  son  interpréta- 
tion. 


Bien  applaudie,  et  à  juste  titre.  M""  Lagneau- 
Nachstheim,  qui  a  chanté,  de  sa  jolie  voix  et  avec 
une  excellente  diction,  des  Lieder  de  Brahms, 
César  Franck,  Grieg  et  Schumann. 

La  seconde  séance  des  instruments  à  vent  a  lieu 
cet  après-midi. 

On  y  entendra,  outre  une  Sonate  pour  piano  et 
flîite  et  le  célèbre  septuor  de  Hummel, qui  n'a  plus 
été  exécuté  à  Bruxelles  depuis  de  nombreuses 
années,  et  une  cantatrice  suédoise. 

L'audition  annuelle  que  donne  M™'-  Marguerite 
Lallemand,  pianiste,  aura  lieu  dans  la  salle  de  la 
Société  royale  de  la  Grande-Harmonie,  le  mardi 
i8  décembre  prochain,  â  huit  heures  très  précises 
du  soir.  M""  Lallemand  a  obtenu,  pour  cette 
séance,  le  gracieux  concours  de  M""=  Denefve-van 
Daele,  cantatrice,  et  de  M.  ten  Hâve,  violoniste. 

Trois  excellents  artistes,  MM.  Sevenants,  pia- 
niste, Deru,  violoniste,  et  Bouserez,  violoncelliste, 
donneront  deux  séances  de  musique  de  chambre, 
dont  la  première  aura  lieu  le  vendredi  28  décembre, 
â  8  heures  1/4.  Comme  œuvres  modernes ,  on 
entendra  le  deuxième  trio  d'Alexis  de  Castillon  et 
la  Son  ue  pour  piano  et  violon  d'Emil  Sjôgen. 

Au  mariage  de  M"'=  Van  den  Corput  avec 
M.  Félix  De  Bruyn,  fils  du  ministre,  le  jubé  de 
Saiut-Boniface,  dirigé  par  M.  Carpay,  a  exécuté, 
avec  infiniment  de  soin  et  de  charme,  une  Bêné- 
diciion  nuptiale  de  M.  Camille  Gurirkx  et  un  Motet 
de  M  Edgard  Tinel.  L'organiste,  M.  De  Boeck, 
adjoint  de  M.  Mailly  au  Conservatoire,  a  touché 
les  orgues  d'une  façon  remarquable. 

Coupé  dans  le  Gaulois  : 

C'est  chose  absolument  décidée.  Hiilda,  l'opéra 
posthume  de  César  Franck,  sera  donné,  cet  hiver, 
au  théâtre  royal  de  la  Monnaie,  à  Bruxelles. 
MM.  Stoumon  et  Calabrési  viennent  de  mettre 
l'ouvrage  à  l'étude. 

Jeudi  20  décembre,  à  8  1/2  heures,  aura  lieu,  au 
Palais  de  la  Bourse  (Salle  des  ingénieurs),  la  pre- 
mière des  séances  de  musique  de  chambre  don- 
nées par  M. M.  Alfred  Marchot,  J.  ten  Hâve,  L. 
"Van  Hout,  J.  Jacob  et  Th.  Ysaye.  Le  programme 
se  compose  du  Quatuor  n"  2  de  Beethoven,  du  Pré- 
lude, Choral  et  Fugue  de  César  Franck  pourpîano,  et 
du  Quintette  pour  piano  et  cordes  du  même  com- 
positeur. _  '  ' 
-Le  prix  d'abonnement  est  de  12  francs  pour  les 


1008 


LE  GUIDE  MUSICAL 


quatre  séances.  L'entrée  pour  chacune  d'elles  est 
de  5  francs.  S'adresser  pour  les  billets  et  abonne- 
ments à  M.  Alfred  Marchot,  6i,  rue  du  Nord,  et 
chez  les  éditeurs  de  musique. 

Vient  de  paraître  :  LETTRES  DE  RICHARD 
WAGNER  A  AUGUSTE  RŒCKEL,  traduites  par 
M.  KuFFEKATH.  Bruxelles,  Leipzig  :  Breitkopf  et 
HJertei-,  éditeurs.  Prix  :  2  fr.  5o 


CORRESPONDANCES 

ANVERS.  —  Les  concerts  spirituels  qui 
s'organisent  au  nouveau Templeévangélique 
allemand,  obtiennent  une  véritable  vogue,  grâce 
au  choix  des  programmes  etàceluides  interprètes. 
Le  temple  de  la  rueBex  est  fort  coquet  et  l'acous- 
tique y  est  excellente.  Ajoutons  à  cela  que  l'église 
possède  une  orgue  touchée  par  M.Callaerts.Dans 
l'andante  de  sa  deuxième  sonate,  l'excellent  orga- 
niste a  su  particulièrement  faire  ressortir  les  dif- 
férents timbres  de  l'instrument. 

Quant  à  M"*  Soetens-Flament,  sa  voix  résonnait 
admirablement  ;  l'artiste  a  charmé  l'auditoire  dans 
l'air  de  la  Cantate  de  Noé'làe  Bach,  et  l'air  de  Mer- 
cadante,  avec  violoncelle  obligé. 

Le  violoncelliste,  M.  J.  Seghers,  se  produit  fort 
peu.  D'une  nature  modeste,  il  se  retranche  volon- 
tiers derrière  son  titre  d'amateur  ;  et,  pourtant-, 
celui  qui  interprète  l'air  de  Bach  avec  im  senti- 
ment aussi  profond,  a  droit  à  tous  nos  éloges. 

Félicitons  les  organisateurs  de  ces  auditions, 
qui  sont  bien  faites  pour  initier  les  dilettantes  aux 
œuvres   des  grands  maîtres. 

Depuis  longtemps  déjà,  la  Liedertafel  n'avait 
plus  fait  parler  d'elle.  Voici  que  cette  société 
chorale,  dans  un  concert  donné  à  l'Harmonie, 
sous  la  direction  de  son  nouveau  chef,  M.  Welc- 
ker,  vient  d'obtenir  un  franc  succès.  Plusieurs 
chœurs,  notamment  Am  Sonntag  de  Abt  et  le  Chœur 
des  Pèlerins  de  Wagner, ont  reçu  une  exécution  très 
soignée.  Citons  aussi  les  Chansons  toscanes  de 
Weinwurm  pour  chœur  et  soli,  avec  accompagne- 
ment de  piano  à  quatre  mains.  Le  caractère  de  la 
composition,  toutefois,  est  peu  italien  et  rappelle, 
par  la  forme,  les  Liehcsioalscr  de  Brahms.  N'ou- 
blions pas  le  Chant  à  ^gir,  composition  tant  dis- 
cutée de,  l'empereur  d'Allemagne.  Franchement, 
cette  œuvrette  si  naïve  et  qui  s'éloigne  de  toute 
forme  prétentieuse,  n'est  pas  si  mauvaise  qu'on  le 
prétend. 

Comme  soliste,  citons  M'"*  Gunter,  de  Francfort, 
qui,  douée  d'une  voix  peu  volumineuse,  a  su 
plaire  par  sa  diction  très  sentie  des  Keder  de 
Brahms  et  Schumann.  On  a  également  applaudi 


M.  Honigsheim  dans  le  chant  d'amour  de  la 
Walkyrie. 

Si  nous  reconnaissons  l'autorité  avec  laquelle 
M.  Welcker  dirige  les  chœurs,  nous  ne  pouvons 
admirer  son  interprétation  extrêmement  fantaisiste 
des  œuvres  de  piano.  Des  Abends  de  Schumann  a 
été  joué  sans  nuances  et  dans  un  mouvement  peu 
en  rapport  avec  la  rêverie.  Quant  au  Scherzo  de 
Chopin,  il  est  destiné  à  devenir  bientôt  une  ronde 
infernale,  grâce  au  mouvement  précipité  que  lui 
infligent  nos  pianistes. 

Plus  heureux  dans  les  transcriptions  des  œuvres 
de  Wagner,  M.  Welcker  a  été.  très  applaudi, 
contribuant  ainsi  au  succès  de  la  soirée. 

Au  Théâtre-Lyrique  flamand,  le  succès  deOndine 
s'accentue.  Décidément,  lapièce  de  Lortzing  tien- 
dra encore  longtemps  l'affiche.  A.  W. 


BKRLIN.  —  Mercredi,  12  décembre,  a  eu 
lieu  «  Ein  belgischer  Componisten  Abend  au 
Concerthaus-Bilse»,  pour  lequel  la  direction  avait 
engagé  un  chef  d'orchestre  belge,  M.  Jules  Goe- 
tinck.  Le  programme  comprenait  :  Marche  jubilaire 
de  Jehin,  Fantaisie  espagnole  de  Gevaert,  Scène  et  ker- 
messe flamande  du  ballet  Milenha  de  Blockx,  scène  du 
Rêve  de  Stella  de  Waelput,  entr'acte  et  scène  du 
Bal  de  P.  Benoit,  Polonaise  en  ré  de  Dupont,  qua- 
trième concerto  pour  violon  et  orchestre  de  Vieux 
temps.  La  seconde  partie  du  concert  se  composait 
de  la  Mer  esquisses  symphoniques  en  quatre  par- 
ties d'après  un  poème  d'Eddy  Levis,  par  Paul 
Gilson.  Toutes  ces  œuvres  sont  connues  des 
lecteurs  du  Guide  Musical.  Il  ne  me  reste  donc  qu'à 
parler  des  interprètes.  M.  V.  Carnier,  le  concert- 
meister  du  Concerthaus,  a  joué  supérieurement  le 
quatrième  concerto  pour  violon  de  Vieuxtemps. 
Il  a  une  grande  pureté  de  style,  un  joli  son,  une 
virtuosité  irréprochable  ;  il  a  été  chaudement 
applaudi, et  c'était  mérité.  Pour  l'orchestre,  l'œuvre 
capitale  du  programme  était  la  Mer  de  Paul  Gil- 
son. Cette  œuvre  était  jouée  pour  la  première  fois 
à  Berlin;  elle  est  d'un  symphoniste  tout  à  fait 
exceptionnel:  le  public  l'a  chaleureusement  accueil- 
he. 

L'exécution,  envisagée  sous  le  quadruple  point 
de  vue  de'  la  perfection  technique,  de  l'ensemble, 
de  l'expression  des  nuances  du  coloris,  a  été  d'un 
achevé  rare.  M.  J.  Goetinck  s'entend  à  «  dégager 
le  melos  »  pour  parler  comme  Wagner;  il  h)'pno- 
tise  les  artistes  sous  sa  direction  et  a  le  don  de  faire 
passer  dans  l'orchestre  son  propre  moi  artistique. 
Le  public  et  les  artistes  de  l'orchestre  lui  ont  fait 
une  longue  ovation. 

—  I>es  deux  récitals  donnés  à  la  salle  Berhs- 
tein,  par  M"*  Clara  Janiszewska,  vers  la  fin 
du  mois  dernier,  ont  définitivement  assuré  à  la 
jeune  et  vaillante  artiste  une  place  au  premier 
rang  dans  le  monde  musical.  Les  critiques  les  plus 
compétents,  Tappert,  Taubert,   L.  Bùssler,  Eich- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1009 


berg,  Welti,  etc.,  constatent  le  succès  éclatant  de 
la  jeune  virtuose. 

Les  deux  programmes,  très  variés,  comprenant 
des  œuvres  de  Beethoven,  Mendelssohn,  Mozart, 
Scarlatti,  Chopin,  le  Carnaval  de  Vienne,  do 
petites  pièces  de  Schumann,  entre  autres  le  déli- 
cieux Oiseau-Prophète,  et  des  œuvres  plus  modernes 
.de  Schytte,  Pfeiffer,  Paderewski,  lui  ont  non  seu- 
lement valu  les  bravos,  les  rappels  les  plus  cha 
leureux,  mais  ont  encore  eu  le  pouvoir  ~  (  hose 
assez  rare,  assure  Bùssler,  —  de  retenir  les  audi- 
teurs, vivement  intéressés,  jusqu'à  la  fin  de  la 
soirée,  où  l'artiste  a  dû  ajouter  une  petite  pièce  à 
son  programme. 

Tous  les  critiques  s'accordent  pour  signaler  l'art 
exquis,  vraiment  magistral,  avec  lequel  M''"  Ja- 
niszewska  interprète  surtout  les  classiques  : 
«  Depuis  longtemps,  écrit  Taubert,  je  n'avais 
entendu  exécuter  la  Sonate  op  28  de  Beethoven 
avec  une  semblableperfection.n«M"''Janiszewska 
a  donné,  dit  Tappert,  aux  Variations  sérieuses  de 
Mendelssohn  une  nouvelle  vie,  par  les  nuances 
chaudes  et  colorées  de  l'interprétation,  la  grandeur 
poétique  et  l'élévation  de  la  pensée.  » 

M""  Janiszewska  va  également  se  faire  connaître 
dans  le  sud  de  l'Allemagne;  elle  prendra  part,  le 
29  de  ce  mois,  à  un  concert  donné  par  la  Société 
Liederkranz,   à  Mannheim. 


GAND.  —  Le  troisième  concert  d'abonne- 
ment du  Conservatoire  a  eu  lieu  le  samedi 
8  décembre,  avec  le  concours  de  MM.  les  profes- 
seurs Johan  Smit  et  Joseph  Jacob.  M.  Edouard 
Potjes,  récemment  chargé  des  cours  supérieurs  de 
piano  au  Conservatoire  de  Gand,  s'est  également 
fait  entendre. 

Disons  tout  de  suite  que  M.  Potjes  nous  a  quel- 
que peu  déçu.  Il  possède  incontestablement  un 
mécanisme  parfait.  C'est  une  qualité  sérieuse, 
mais,  au  point  de  vue  purement  artistique,  ce 
n'est  pas  la  qualité  idéale.  Son  jeu,  bien  que  tout 
à  fait  correct  en  soi,  manque  d'intellectualité. 
M.  Potjes  exécute,  il  n'interprète  pas.  Ces  obser- 
vations visent  surtout  l'exécution  du  concerto  en  mi 
bémol  de  Liszt,  et  les  pièces  pour  piano  de  Mosz- 
kowski  et  Chopin. 

M.  Potjes  a  cru  devoir  nous  faire  entendre  une 
Berceuse  et  une  Danse  hongroise  de  sa  composition, 
qui,  manquant  à  la  fois  de  souffle  et  de  nouveauté, 
ne  nous  ont  guère  plu. 

Le  trio  en  si  bémol  de  Rubinstein  a  été  très 
bien  rendu  par  MM.  Smit,  Jacob  et  Potjes.  Ici,  ce 
dernier  fut  vraiment  fort  bien,  notamment  dans  le 
très  gracieux  scherzo.  Ensemble,  cohésion,  sens 
des  nuances,  fini  des  détails,  le  tout  à  souhait. 

Très  satisfaisants  aussi,  les  ensembles,  surtout 
si  l'on  considère  que  certaines  parties  de  l'orches- 
tre dont  M.  Samuel  dispose  sont  relativement 
faibles.  C'est  ce  qui  explique  la  déroute  effarée 
des  seconds  violons,  qui  sont,  parait-il,  presque 


tous  des  élèves,  dans  les  pizzicati  de  la  jolie 
Danse  d'Anitra.  Sachons  gré  à  l'honorable  direc- 
teur de  nous  avoir  fait  entendre,  de  Smelana  l'ou- 
verture de  Fiancée  vendue,  pleine  de  couleur,  de 
science,  d'originalité  et  d'ampleur,  \m  très  inté- 
ressant Albumblait  de  R.  Wagner,  et  enfin  la  mer- 
veilleuse introduction  des  Maîtres  Chanteurs. 

Au  Grand-Théâtre,  dimanche  dernier,  Samscn  et 
Dalila,  avec  M.  Martini,  directeur,  dans  le  rôle  de 
Sarason.  M.  Martini,  qui  fait  de  la  direction  après 
plusieurs  années  de  succès  au  théâtre,  est  un  véri- 
table artiste,  sachant  composer  et  camper  un  per- 
sonnage. Il  a  fait  un  Samson  dramatique  et  pas- 
sionné, au  jeu  intelligent,  au  geste  sobre,  de  sorte 
que,  malgré  une  voix  un  peu  molle  et  usée,  le 
vaillant  imprésario  est  loin  d'avoir  déplu.  Il  inter- 
préterait excellemment  le  drame  lyrique. 

Ces  jours  derniers,  également,  bonnes  reprises 
de  Roméo  et  Juliette  et  à'Hérodiade;  enfin,  exhuma- 
tion assez  lugubre  et  inopportune  d'une  partition- 
nette  de  Suppé  :  Juanita. 

M.  Martini,  qui  s'est  engagé  à  donner  l'opéra, 
l'opérette  et  accessoirement  l'opéra-comiqiie,  ne 
ménage  ni  sa  peine  ni  ses  efforts.  De  plus,  il 
s'efforce  de  varier  le  répertoire  et  de  monter  des 
nouveautés.  Il  nous  annonce,  enti'e  utres,  Gyptis 
de  M.  Noël  Desjoyaux,  qui  fut  joué,  il  y  a  deux 
ans,  à  Bruxelles,  avec  un  certain  succès. 

L.  D.  B. 

LIÈGE.  —  Nouveaux  concerts.  --  Quand  on 
réentend  un  orchestre  après  plusieurs  années 
d'intervalle,  sa  physionomie  générale  frappe  da- 
vantage, on  sent  mieux  l'ensemble,  l'orientation 
en  bien  ou  en  mal  attire  plus  sûrement  l'attention. 
Et  il  me  faut,  ici,  consigner  l'heureux  étonnement 
ressenti  à  l'audition  du  premier  (pour  la  saison) 
des  Nouveaux  Concerts  liégeois.  L'entreprise  de 
MM.  Dupuis  et  Vanden  Schilde  n'en  est  plus  à  sa 
période  de  tâtonnement,  de  dégrossissement, 
comme  nous  l'avions  connue  jadis;  elle  entre  dans 
sa  septième  année.  Les  œuvres  les  plus  saillantes 
du  grand  répertoire  symphoniqueyont  été  jouées, 
et  les  programmes  de  cette  année  accusent  la  plus 
louable  recherche  des  productions  nouvelles  ou 
peu  connues.  Signe  des  temps,  Wagner  n'y  figure 
plus  ;  tous  les  extraits  possibles  au  concert  ayant 
été, maintes  fois,  exécutés  ces  années  précédentes. 
On  peut  donc  organiser  des  concerts  purement 
symphoniques  sans  recourir  encore  aux  sélections, 
heureuses  ou  non,  des  œuvres  lyriques  de  Wagner. 
Il  est  devenu  trop  commode,  vraiment,  de  se 
donner  l'air  pionnier,  explorateur  ou  apôtre  intré- 
pide, en  faisant  servir  à  satiété  l'ouverture  de 
Rienzi. 

Le  temps  est  venu  peut-être  de  démarrer,  — 
après  cette  halte  très  explicable,  sinon  nécessaire, 
—  et  d'aller  de  l'avant  en  laissant  aux  attardés 
volontaires  le  soin  fastidieux  de  découvrir  à  non- 


1010 


LE  GUIDE  MUSICAL 


veau  l'œuvre  wagnérien  avec  l'amoureux  conten- 
tement qu'il  leur  suggère  encore. 

M.  Dupuis  tient  maintenant  son  orchestre  en 
main;  il  on  a  le  doigté  et  il  manœuvre  en  terrain 
conquis  avec  la  sécurité  et  la  désinvolture  désira- 
bles. La  notion  intime  de  cet  organisme  complexe, 
il  se  l'est  assimilée  patiemment  ;  son  toucher  s'est 
affirmé  jusqu'à  savoir  distinguer,  dans  la  mosaïque 
d'une  partition,  le  relief  imperceptible  dés  détails 
qu'il  faut  traduire  à  leur  place.  C'est  l'éclosion  du 
sens  propre  au  chef  d'orchestre.  Cette  maturité 
s'affirme  par  des  signes  probants,  comme  l'allure 
vivante,  onduleuse  et  continue  imprimée  à  la 
première  symphonie  de  Brahms,  en  délaissant  de 
faciles  alternatives  de  nuances  extrêmes  qui  cons- 
tituent tout  le  coloris  de  certains  conducteurs.  Au 
contraire,  des  gradations  sans  boursufflures,  des 
v:ezzoforfe, des  tnezso  piano  affeclior^nés  despolypho- 
ristes,  si  épineux  à  obtenir  et  surtout  à  prolonger. 

Sans  doute,  il  subsiste  encore  parfois  certaine 
lourdeur  dans  les  passages  de  tendresse,  —  ça, 
c'est  un  défaut  de  terroir,  —  surtout  chez  les  ins- 
truments à  vent.  Mais  le  quatuor  s'est  singulière- 
ment assoupli  ;  je  ne  parle  pas  de  la  sonorité  inci- 
sive des  violons,  c'est  une  chose  qu'on  ne  trouve 
qu'à  Liège  ou  que  les  Liégeois  exportent. 

Nous  voilà  loin  de  la  vie  végétale  quelconque 
de  jadis;  à  présent,  on  devine  une  vitalité  cpij- 
sriente.  Quelques  défauts  d'acoustique  de  la  salle 
sont  aussi  à  pallier. 

J'apprécie  ici  la  phalange  des  Nouveaux  Concerts, 
non  sous  un  angle  local,  mais  sur  le  pied  des 
orchestres  des  grandes  capitales.  Et  si  les  musi- 
ciens de  M  Dupuis  avaient  des  doutes  ou  des 
hésitations  sur  eux-mêmes  et  sur  le  résultat  pos- 
sible de  leuis  efforts,  je  conseillerais  à  M.  Dupuis 
d'inviter  undes  fameux  chefs  d'orchestre  allemands 
à  conduire  un  des  Nouveaux  Concerts.  Le  rayon- 
nement de  Richter,  l'enthousiasme  de  Mottl,  ou 
U-  paroxisme  expressif  de  Levy  confirmeraient  les 
bons  instrumentistes  hégeois  dans  la  marche  à 
suivre  L'autorité  de  ces  maîtres  est  hors  de  dis- 
cussion, et  le  talent  désormais  g,ppréciô  de  M.  Du- 
puis ne  s'en  trouverait  pas  diminué.  Une  fois  ces 
magiciens  partis,  les  exécutants,  ayant  touché  au 
but,  ayant  constaté  à  quel  degré  de  perfection  on 
pi  ut  atteindre  avec  un  chef  convaincu  et  éclairé, 
se  remettraient  au  travail  avec  plus  d'ardeur  en- 
core, sachant  où  ils  vont. 

Avec  la  première  Symphonie  de  Brahms  figuraient 
au  programme  le  prélude  de  Haiisel etGreteld'Hnnx- 
perdinck,  dont  la  grâce  a  été  déjà  dite  en  ces  co^ 
lonnes,  el  Moldau,  poème  symphonique  deSmetana 
(extrait  du  cycle  :  Ma  patrie).  C'est  une  œuvre  fort 
intéressante,  d'un  aspect  national  bien  caractérisé 
par  des  thèmes  populaires.  Le  faire  n'est  pas  très 
sciré  ni  même  ingénieux  parfois,  mais  les  idées 
sont  séduisantes. 

Le  soliste  du  concert,  M.  Ferruccio  Busoni, 
])ianiste,  est  un  jeune  homme  de  vingt  sept  any,  né 
à  Florence,  élève  de  sa  mère,  artiste  renommée, 
puis  de  Rubinstein,  mais  surtout  de  lui-même,  car 


il  a  une  façon  bien  personnelle  de  jouer  de  son 
instrument.  Dans  le  genre  de  Paderewsky,  d'un 
style  plus  modéré  que  celui-ci,  qu'il  dépasse  par- 
fois, même  dans  les  passages  les  plus  périlleux, 
M.  Busoni  a  un  toucher  d'une  grâce  extrême,  fait 
les  tierces  rapides  en  demi-teinte  avec  une  facilité 
prodigieuse,  se  maintenant  volontiers  dans  des 
sonorités  atténuées,  mais  sans  affectation.  Ce  vir- 
tuose, peu  connu  en  Europe,  car  il  vient  dépasser 
une  période  assez  longue  en  Amérique,  va  certai- 
nement faire  parler  de  lui  Son  Concertstûch,  qui  lui 
a  valu  le  prix  Rubinstein,  à  Saint-Pétersbourg,  est 
beaucoup  plus  symphonique  qu'on  aurait  pu 
attendre  de  la  part  d'un  virtuose.  Les  idées  sont 
bien  courtes  et  parfois  peu  claires,  mais  l'aspect 
général  est  distingué.  Il  a  ensuitejoué  la  Rhapsodie 
espagnole  de  Liszt,  dont  l'orchestration,  joliment 
colorée,  est  de  son  cru,  et,  sur  rappel,  la  Campa- 
nella.  d'une  façon  vraiment  étonnante  de  finesse. 

M.  R. 

Le  comité  de  la  Société  d'Emulation  a  eu  l'heu- 
reuse idée  de  faire  entendre,  à  sa  première  soirée, 
la  Société  bruxelloise  de  musique  de  chambre 
pour  instruments  à  vent,  qui  est  si  appréciée  par 
les  amateurs  de  la  capitale. 

Les  excellents  artistes  ont  fait  sensation.  Le 
Quintette  en  mi  bémol  de  Mozart  est  apparu  dans 
toute  sa  grâce,  sa  fraîcheur,  par  l'interprétation 
si  bien  pondérée  des  exécutants.  Il  faut,  surtout, 
admirer  cet  ensemble,  et  la  discrétion  de  chacun 
concourant  à  l'unité  harmonieuse.  La  musique  de 
Mozart,  sans  remplissage,  toujours  concertante, 
exige  vraiment  cette  mise  au  point  si  difficile  d'ob- 
tenir avec  des  instruments  de  timbre  et  de  djma- 
mique  différents.  C'était  plaisir  de  les  entendre 
dialoguer  ou  se  joindre  sans  se  nuire  et,  à  la 
chute  des  phrases,  rentrer  avec  aisance  dans  la 
sonorité  du  piano,  et  réciproquement.  Jamais  un 
fortissimo,  qui  serait  un  contresens  et  ferait  songer 
à  un  orchestre  incomplet,  mais  des  nuances  en 
demi-teinte  d'une  suprême  distinction. 

Il  sied  donc  de  louer  ces  artistes,  en  tant  que 
groupe  d'une  homogénéité  rare;  sans  qu'on  veuille 
méconnaître  leur  talent  personnel,  le  lyrisme 
ingénu  du  hautbois  de  M.  Guidé,  le  phrasé  cares- 
sant de  M  Poncelet,  clarinettiste,  l'embouchure 
aussi  impeccable  que  véloce  du  corniste,  M.  Merk, 
et  la  discrétion  intelligente  dubassoniste,  M.  Neu- 
mans.  Quant  à  M.  De  Greef,  il  soutenait  ses  par- 
tenairer  avec  tant  d'à-propos  et  de  modération, 
que  jamais  la  prédominance  du  clavier  ne  s'éta- 
blit, ce  qui  eût  rompu  le  charme. 

Les  mêmes  qualités  d'exécution  se  sont  retrou 
vées  dans  le  Sextetie  de  Ludwig  Thuile,une  œuvre 
d'écriture  habile,  quoique  de  style  assez  peu  per: 
sonnel,  où  des  souvenirs  classiques  s'allient  à  des 
velléités  modernes. 

M.  Anthoni,  flûtiste,  a  joué  avec  goût  une  Sonate 
de  Frédéric  le  Grand,  et  M.  Guidé  a  soupiré,  avec 
une  o-râce  infinie^  un  Nocturne  de.  Roslçowy.        ,  _ 

Des  mélodies  de  Brahms,  Grieg,  De  Greef.  et- 


LE  GUIDE  MUSICAL' 


1011 


Franck  ont  été  chantées  par  M"'  Lagneau-Nachs- 
teim,  dont  la  rigueur  de  la  température  altérait 
les  moyens.  Néanmoins,  on  a  pu  apprécier  à  sa 
valeur  un  style  agréable  et  un  organe,  si  pas 
volumineux,  du  moins  d'un  moelleux  sympathique. 
Le  Théâtre-Royal  a  donné,  jeudi,  la  première 
représeritation  de  Benvenuto,  opéra  de  Diaz.  Succès 
d'estime.  M.  R. 


^^ 


LONDRES.  —  Deux  mois  seulement  pour 
m  entionner  la  charmante  soirée  donnée,  sa- 
medi dernier,  au  Savoy  Hotcl,  qui  réunissait,  en 
une  agape  joyeuse  et  cordiale,  les  membres  de  la 
Foreign  Press  Association  et  bon  nombre  de  nos 
confrères  anglais  Deux  mots  seulement  aussi  pour 
faire  part  à  mes  lecteurs  des  avantages  qu'offre  le 
service  des  paquebots  du  Great  Eastern  Railway 
et  des  angoisses  que  j'ai  éprouvées  à  bord  de  la 
malle  belge  Marie-Henriette,  lors  de  son  dernier 
accident.  J'ai  juré,  depuis  lors,  de  ne  plus  me 
servir  que  de  la  ligne  Anvers-Harwich,  qui  est  la 
plus  agréable  de  toutes  et  que  je  recommande  à 
tous  les  artistes  se  rendant  à  Londres. 

M.  Moberly  est  un  musicien  consciencieux,  doué 
des  aptitudes  nécessaires  pour  devenir  un  excel 
lent  chef.  Son  dernier  concert,  au  Princcss  Hall, 
était  intéressant  à  plus  d'un  titre.  Son  orchesire 
d'instruments  à  cordes,  confié  à  des  dames,  éveille 
de  prime  abord  des  inquiétudes  par  sa  composi- 
tion même  ;  mais  cet  orchestre  est  vraiment  excel- 
lent, et  cela  suffit  pour  expliquer  l'énorme  succès 
de  ces  concerts. 

Le  dernier  programme  comprenait  la  Sérénade 
descriptive, ,  op.  48,  de  Tschaïkowsky;  Mélancolie, 
une  page  de  la  plume  toute  gracieuse  de  Naprav- 
nik;  de  Borodine,  un  Nocturne,  et  une  Danse  chorale 
de  Rimsky-Korsakoff. 

Au  même  concert,  M"^"  Hutchinson  a  remis  en 
lumière  quelques  sonnets  anciens.  Dans  le  nom- 
bre, deux  romances  de  Jean-Jacques  Rousseau,  le 
Rosier  et  Se  tu  m'ami. 

Par  sa  remarquable  exécution  do  la  sonate  en 
.■;/  mineur  de  Chopin,  M.  Emile  Sauer  a  obtenu,  au 
dernier  Popular  concert,  un  succès  extraordinaire. 
Dès  son  arrivée  ici,  le  pianiste  dresdois  s'est 
ac<]uis  la  faveur  du  public.  Il  s'est  montré  impec- 
cable dans  le  trio  en  si  majeur  de  Brahms,  op.  S, 
avant  à  ses  côtés  lady  Halle  et  M.  Hould. 

Le  Crystal  Palace  est,  malheureusement,  situé 
au  bout  du  monde,  ou  tout  au  moins  à  Sydenham. 
C'est  regrettable,  car  on  y  fait  de  bonne  besogne. 
Au  dernier  récital,  à  noter  la  sj'mphonie  de  Haydn, 
Reine  de  France,  et  M""  Clotilde  Kleeberg,  très  bien 
accueillie. 

Un    public     nombreux    a    donné,    hier    soir,  à 
M"''  Douste,  de    nouvelles    preuves  de  sympathie 
et  d'cnlicresatisfaction.  C'était,  au  Steinway  Hall, 
.  leur  concert  annuel.    M'''  Jeanne  Douste,  notam- 
ment, a   dit,    avec   grâce  et  finesse,  /i/we-WOT  de 


Bemberg,   Uniîl  we  met  de  Pizzi,  et  Bonjour  Suzo» 
de  P.  Tosti.  A.  L;.  ;, 


SIMPLE    EXPLICATION 

^^  ■ 

Un  confrère  néerlandais,  le  W eelihlad  voor  Musiek, 
de  Rotterdam,  faisant  allusion  à  différents  articles - 
où;  M.  Gauthier-'Villars  critique,  avec  la  trivialité 
quïlui  est  habituelle,  ma  version  des  Lettre&ide 
Wagner  à  RcBckel,  ne  s'explique  pas  mon  silence  et 
sçrnble  en  conclure  que  je  n'ai  rien  à  répondre. 

Use  trompe.  Si  je  n'ai  pas  relevé  les  critiques 
de'M.  Gauthier-'Villars,  c'est  qu'il  ne  me  convient 
pas  de  discuter  avec  ce  pitre.  En  m'invectivant 
comme  il  le  fait,  il  sert  tout  uniment  les  rancunes 
d'une  vairité  blessée,  et,  dans  ce  rôle,  il  est  plus 
dangereux  pour  celui  qu'il  veut  défendre  que  pour 
celui  qu'il  croit  pourfendre. 

Quant  aux  contresens  qu'il  prétend  découvrir  dans 
ma  traduction,  puisque  le  Weekhlad  paraît  y  atta- 
cher quelque  importance,  il  me  suffira  de  citer 
deux  exemples,  pour  donner  une  idée  de  ce  que 
valent  les  observations  de  M.  Gauthier-'Villar.s. 

Il  me  reproche,  par  exemple,  de  r  prendre  le 
mot  Unwillkiir  pour  celui  de  Wilkûr,  de  significa- 
tion diamétralement  opposée,  et  de  bafouiller  au 
sujet  de  l'arbitraire  voulu  au  plus  haut  point  dans  le. 
dàrelappement  de  l'action  des  Nibelungen,  phrase  qu'une 
vache  espagnole  ne  meuglerait  qu'avec  une  cer- 
taine timidité  ». 

11  s'agit  du  passage  où 'Wagner  parle  de  l'appa- 
rition de  'Wotan  dans  Siegfried.  «  Tu  voudrais, 
dit-il  à  Rœckel,  que  je  marque  plus  nettement 
que  je  ne  l'ai  fait  les  intentions  de  'Wotan  »,  et  il 
ajoute  :  So  schadest  Du  der  von  mir  cù  hôchst  heab- 
sichiigten  Ummllh'ir  in  der  EntwicMung  des  Ganzen. 
schy  enipjindlich,  ce  que  je  traduis  :  «  Ainsi,  tu 
nuirais  à  l'arbitraire  voulu  au  plus  haut  point 
dans  le  développement  de  l'action.  » 

N'étant  pas  très  fort,  M.  Gauthier-'Villars  ouvre 
son  dictionnaire  au  mot  Willlmr  et  y  trouve  la 
traduction  suivante  :  Choix,  libre  arbitre,  volonté, 
arbitraire.  Unwillhilr,  se  dit-il,  c'est  donc  le  con- 
traire, c'est-à-dire  l'absence  de  volonté,  tout 
l'opposé,  croit-il,  de  l'arbitraire.  C'est  en  quoi  il 
se  blouse  lamentablement. 

Dans  le  texte  de  'Wagner,  le  mot  Unwillkiir 
veut  dire  Varbiirairc  dans  son  sens  le  plus  étendu,' 
tel  que  le  définit  le  Dictionnaire  encyclopédique  : 
c'est  le  contraire  de  finalité,  d'ordre,  de  raison, 
de  détermination,  de  choix.  Arbitraire  est  bien  le 
mot  qui  exprime  toute  la  pensée  de  'Wagner. 
En  effet,  le  maître  nous  montre  'Wotan  sans 
(Volonté,  laissant  les  événements  s'accomplir 
1' sairs  y    ifitervenir,   au  gré  de  leur  caprice,  sans 


J012 


LE  GUIDE  MUSICAL 


direction,  c'est-à-dire  arbitrairement.  Wotan, 
nous  dit-il,  a  abdiqué  :  Er  hann  nur  noch  gewâkyen 
hssen,  il  laisse  aller  les  choses,  il  est  le  jouet  des 
événements  qu'il  ne  peut  plus  diriger  et  ceux-ci  se 
développent  d'une  façon  arhitraire  par  rapport  à 
hii.  Voilà  le  sens  de  Unwillkur.  VoWkVarhitraire  (^yxe. 
Wagner  a  voulu  que  l'on  sentit  dans  le  dévelop- 
pement de  l'action.  Si  quelqu'un,  en  cette  affaire, 
«  meugle  comme  une  vache  espagnole  »,  c'est, 
on  le  voit,  l'imprudent  animal  qui  veut  m'en  remon- 
trer. 

L'autre  exemple  des  facultés  interprétatives  de 
M.  Gauthier- Villars  est  plus  plaisant  encore.  Je 
cite  textuellement  : 

ce  Wagner  emploie  le  mot  Werlizeug  (instrument, 
outil)  pour  désigner  notre  faculté  d'abstraction  : 
la  possibilité  de  former  des  concepts  abstraits  est 
im  des  outils  de  l'intelligence,  mais  la  joie  de  les 
postcder  ne  doit  pas  nous  faire  oublier  l'œuvre  (la 
vie),  et  Wagner  semble  nous  comparera  un  sculp- 
teur qui,  tout  occupé  d'aiguiser  son  ciseau,  ou- 
blierait de  tailler  le  marbre,  de  créer.  Hélas-i-le 
penseur  Kufferath  se  blouse  et  traduit  :  «  Nous 
1)  prenons  plaisir  à  notre  création  »,  exactement 
le  contraire  de  ce  qu'a  écrit  Wagner.  » 

Je  demande  pardon  à  mes  lecteurs  de  devoir 
leur  infliger  la  lecture  de  ce  fatras,  qui  n'est 
même  pas  français  (la  «  possibilité  de  former 
des  concepts  »,  qui  est  ii  un  outil  «!).  Wag- 
ner ne  parle  ni  d'œuvre,  ni  de  vie,  ni  de  sculp- 
teur, ni  de  marbre,  ni  de  ciseau.  Après  avoir 
opposé  le  sentiment,  l'intuition,  das  Gejûhl,  comme 
seul  moyen  de  la  connaissance  du  monde, à.  Begi'îffe, 
les  idées,  les  concepts  qui  nous  permettent  de  nous 
donner  à  nous-mêmes  une  représentation  du 
monde  dans  sa  totalité,  il  oppose  ensuite  la  réalité 
du  monde,  die  Wirkhchkeit  der  Welt,  c'est-à-dire  la 
réalité  contingente  et  essentiellement  variable 
comme  il  vient  de  l'expliquer,  —  à  la  réalité 
abstraite,  ce  grand  ensemble  iramuablCj  ce  Tout 
imaginaire  construit  au  moyen  de  nos  idées.  Sa 
phrase  est  d'une  limpidité  absolue  :  Unwillkurlkh 
vergessen  wir  dass  wir  nur  einen  Begriff  haben,  ako 
eigeiitlich  nui'  an  unsrem  Werhzeuge  uns  eyfreuen.'LMé- 
ralement  ;  «  Nous  oublions  que  nous  n'avons  qu'un 
concept  (de  la  totalité  du  monde),  qu'ainsi  nous  ne 
prenons  plaisir  en  vérité  qu'à  notre  organe,  ii 

Je  dis  organe.  Car  tel  est  le  sens  propre  du  mot 
Werkzeug,  qui,  dans  la  pensée  de  Wagner,  il  le 
dit  quelques  lignes  plus  haut,  correspond  à 
Begriff.  concept,  idée,  comme  u  organe  de  la 
connaissance  ».  Le  mot  Werkeeug  ne  doit  donc 
pas  être  traduit  ici  platement,  comme  on  le  pro- 
pose, par  outil  ;  il  a  un  sens  beaucoup  plus  étendu, 
qui  ressort  de  tout  le  contexte;  sich  an  seinen  Werk- 
seuge  erfreueu,  veut  dire  :  pi'endre  plaisir  à  l'œuvre 
qu'accomplit  l'organe,  c'est-à-dire,  dans  le  passage 
qui  nous  occupe,  à  cette  notion  abstraite  du 
Monde  et  de  l'Amour  opposée  par  Wagner  dans 
toute   sa  lettre    (IV)  à  la  Réalité  vraie,  sensible, 


à  la  Vérité  concrète.  C'est  pourquoi  j'ai  traduit 
Werkieug  par  «  création  »,  qui  rend  clairement  et 
exactement  en  français  l'idée  de  l'auteur,  mieux, 
en  tous  cas.  que  ne  l'aurait  fait  outil,  instrument  ou 
organe. 

Je  défie  le  lecteur  le  plus  perspicace  de  décou- 
vrir dans  la  lettre  en  question  rien  qui,  deprès  ou 
de  loin,  puisse  se  rapporter  à  ce  «  sculpteur,  tout 
occupé  d'aiguiser  son  ciseau,  qui  oublierait  de 
tailler  le  marbre,   de  créer  ». 

Je  n'insiste  pas  sur  les  autres  «  gaffes  »  que 
M.  Gaulhier-Villars  prétend  avoir  découvertes.  Il 
oppose  quelque  part  la  Science  à  la  Vie,  attri- 
buant ainsi  une  banalité  à  Wagner,  qui,  en  réa- 
lité, oppose  la  Nature  à  la  Vie,  c'est-à-dire 
les  satisfactions,  les  jouissances  matérielles  à  cette 
vie  d'amour  et  d'union  morale,  dont  il  vient  de 
parler  siéloquemment.  Ailleurs.  M.  Gauthier- Vil- 
lars fait  intervenir  la  fatalité,  idée  que  Wagner, 
dans  ses  explications  sur  les  Nibelungen,  écarte 
systématiquement,  parce  qu'il  n'a  pas  voulu  que 
la  fatalité  y  fût.  Le  mot  Schicksal,  fatalité,  n'y  appa- 
raît pas  une  seule  fois. 

Et  ainsi  de  suite  ! 

Franchement,  on  ne  peut  demander  que  je  ré- 
ponde à  toutes  les  niaiseries  de  ce  furnambulesque 
étournèau. 

Quant  aux  invectives  de  M.  Gauthier- Villars, 
elles  ne  peuvent  me  toucher,  elles  partent  de  trop 
bas. 

Voilà  pour  calmer  les   confraternelles,  mais  un 
peu  naïves  inquiétudes  du  Weehhlad  voor  Musieh. 
M.  Kufferath 


iVO  U  V ELLES  DI  VERSES 

Il  est  question  de  l'érection,  à  Weimar,  d'une 
statue  à  la  mémoire  de  Franz  Liszt.  Un  comité 
vient  de  se  former  à  cet  effet,  à  la  tête  duquel  se 
trouvent  M.  Edouard  Lassen,  maître  de  chapelle, 
du  grand  duc  de  Saxe- Weimar,  et  le  baron  de  Bras- 
sar!,  intendant  du  théâtre  grand  ducal. 

Les  admirateurs  du  maître  sont  invités  à  lui 
envoyer  leurs  souscriptions,  s'ils  désirent  parti- 
ciper à  un  témoignage  d'admiration  qu'on  voudrait 
rendre,  à  Weimar,  international. 

-  Le  Ménestrel  a  été  bien  mystifié  par  le  corres- 
pondant de  Turin  (?j  qui  lui  a  annoncé  la  fondation 
du  magnifique  établissement  de  refuge  que  Verdi 
se  proposait  de  faire  par  son  testament. 

L'illustre  maître  adresse  au  Caffaro,  de  Gênes, 
la  lettre  rectificative  que  voici  : 

»  Jusqu'à  mon  testament!  Ah!  mais  il  n'y  a  donc 
pas  moyen  de  vivre  un  peu  tranquille  ! 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1013 


»  Avant  tout,  personne  n'a  lu  mon  testament  :  et 
en  supposant,  après  tout,  qu'il  fût  dans  mes  inten- 
tions de  faire  quelque  chose  pour  les  vieux  musi- 
ciens pauvres,  ce  serait  dans  des  proportions  bien 
modestes,  car  ma  fortune  non  seulement  n'arrive 
pas  à  dix  millions,  comme  on  l'a  dit,  mais  même 
pas  à  la  moitié  de  la  moitié  de  ce  qu'on  a  pré- 
tendu. » 

«  GiusEPPE  Vkrdi  >) 


—  On  se  propose  d'élever  à  Vykhvatintsj',  sur 
l'emplacement  de  la  maison  où  est  né,  en  1829, 
Antoine  Rubinstein,une  école  qui  sera  placéesous 
l'invocation  du  grand  artiste  tant  regretté. 

Jusqu'ici,  les  biographes  de  Rubinstein  ne  parve- 
naient pas  à  indiquer  exactement  la  province  dans 
laquelle  se  trouve  la  localité  où  il  était  né;  on  a 
commencé  par  dire  qu'elle  était  en  Moldavie,  près 
de  Yassy,  depuis  on  a  parlé  de  la  Bessarabie,  de 
la  Volhynie,  voire  même  du  gouvernement  de 
Kherson,  à  trente  verstes  de  Doubassan  et  à  cin- 
quante de  Balta.  Il  se  trouve  maintenant  que  la 
bourgade  de  Vykhvatintsy  est  en  Podolie,  dans  le 
district  de  Balta. 

D'après  M.  Yartsew,  les  années  d'enfance  de 
Rubinstein,  de  l'âge  de  cinq  à  onze  ans,  se  sont 
passées  à  Moscou,  à  la  Grande  Ordynka,  maison 
Koslylew.  Ce  n'est  qu'en  décembre  1840  qu'il 
partit  avec  son  maître  Villoing  pour  l'étranger,  en 
prenant  la  voie  de  Saint-Pétersbourg. 

—  Des  prières  des  morts  pour  Rubinstein  ont 
été  dites,  le  18  novembre,  à  Kiew,  par  les  soins 
de  la  Société  musicale  russe. 

—  M.  Paderewski  travaille  à  un  opéra  en  quatre 
actes  dont  le  livret,  en  langue  polonaise,  lui  a  été 
fourni  par  un  jeune  auteur  dramatique,  bien  connu 
dans  son  pays.  Le  sujet  est  moderne  et  l'action 
se  déroule  dans  les  Carpathes,  à  la  frontière,  entre 
la  Galicie  et  la  Hongrie.  Sir  Augustus  Harris  s'est 
assuré,  par  traité,  le  droit  de  jouer  cet  opéra  au 
théâtre  de  Covent-Garden,  en  langue  française. 
Une  traduction  en  allemand  est  également  pré- 
parée pour  l'Opéra  royal  de  Dresde,  et  l'Opéra 
royal  de  Budapesth  va  jouer  celte  œuvre  en  même 
temps  en  langue  hongroise.  MM.  Grau  et  Abbey 
ont  le  droit  exclusif  de  la  jouer  en  Amérique. 

Le  pianiste  chevelu,  cher  aux  dames,  s'entend, 
on  le  voit,  aux  affaires  Ce  n'est  pas  pour  rien  qu'il 
est  allé  au  pays  des  Yankees. 

Reste  â  savoir  ce  que  vaudra  cet  opéra  si  savam- 
ment annoncé  et  déjà  si  disputé  partout,  bien  qu'il 
ne  soit  même  pas  terminé 

—  Les  journaux  de  Paris  publient  une  curieuse 
lettre  de  Rubinstein  à  son  éditeur  parisien,  M. 
Philippe  Maquet,  au  sujet  de  son  opéra  les  Mac- 
chabées,  qu'il  aurait  voulu  voir  accueilli  sur  une 
scène  parisienne  : 


Mon  cher  ami. 

Je  lis  dans  les  journaux  que  l'Opéra-Comiquo 
possède,  en  ce  moment,  une  des  plus  belles  voix 
de  contralto  qu'on  ait  jamais  entendues,  celle  de 
M"«  Delna.  Pourriez-vous  demander  à  cette  jeune 
artiste  de  vouloir  bien  prendre  connaissance  du 
rôle  de  Leah,  dans  les  Macchabées? 

Il  l'intéresserait  peut-être  et  elle  pourrait  alors 
décider  son  directeur  à  mettre  en  scène  l'ouvrage, 
pour  qu'elle  puisse  créer  le  rôle  à  Paris.  J'en 
garantis  le  succès  avec  une  bonne  exécution.  Je 
tiendrais  tant  à  l'exécution  d'un  ouvrage  de  moi  à 
Paris,  surtout  des  Macchabées!  N'est-il  vraiment 
pas  possible  de  voir  cet  ouvrage  arriver  devant  le 
public  parisien?  Je  ne  puis  vraiment  m'expHquer 
le  boycoiage  qu'on  me  fait  subir  comme  composi- 
teur, quand  toutes  mes  aspirations  tendent  vers 
cette  ville,  surtout,  je  vous  le  répète,  pour  les 
Macchabées...  Enfin,  prenons  patience,  peut-être 
qu'après  ma  mort  tout  cela  changera. 

Tout  â  vous.  Antoine  Rubinstein. 

Cette  lettre  est  tout  à  fait  caractéristique.  Le 
grand  artiste  s'imaginait  être  l'objet  d'un  boycoiage 
et  ne  se  rendait  pas  compte  des  véritables  raisons 
de  ses  insuccès  dramatiques  Ne  trouve-t-on  point 
là  l'explication  de  plus  d'une  page  de  son  livre  : 
la  Musique  et  les  Musiciens  ? 

—  Lu  dans  le  Journal  des  Débais  cette  histoire  : 
((  M.  HansRichter,  le  grand  chef  d'orchestre  de 

Vienne,  a  des  affections  et  des  haines  éternelles. 
Sa  plus  chaude  affection  en  musique  appartient  à 
Richard  Wagner,  et  sa  haine  est  acquise  à  qui- 
conque n'a  point  pour  l'auteur  de  Tristan  le  culte 
qu'il  a  lui-même.  Or,  les  admirateurs  viennois  de 
Rubinstein  organisent,  en  ce  moment,  un  grand 
festival  pour  honorer  la  mémoire  de  l'illustre  pia- 
niste. Ils  ont  demandé  à  M.  Richter  de  prêter, 
pour  la  circonstance,  les  musiciens  de  l'orchestre 
qu'il  dirige,  —  celui  de  la  Société  philharmonique. 
Mais  Rubinstein  avait  souvent  attaqué  Wagner, 
en  paroles  comme  en  écrits,  et  M.  Richter  ne  l'a 
pas  oublié.  Il  a  impitoyablement  refusé  d'accorder 
un  seul  de  ses  musiciens,  et  il  a  juré  ses  grands 
dieux  que  la  Philharmonique  ne  jouerait  jamais  le 
moindre  morceau  de  Rubinstein.  Ce  beau  cas  de 
rancune  artistique  fait  grand  bruit  à  Vienne  en  ce 
moment.  Tant  de  fiel  entre-t-il  dans  l'âme  des 
Kapellmeister?  » 

11  n'y  a  qu'un  défaut  à  ce  récit.  C'est  qu'il  attribue 
à  M.  Hans  Richter  un  pouvoir  qu'il  n'a  pas  .  celui 
de  disposer  de  l'orchestre  philharmonique.  Il  y  a 
là  une  erreur  matérielle  qu'il  importe  de  rectifier. 
Si  l'orchestre  philharmonique  a  été  refusé  à  la 
fête  Rubinstein,  c'est  en  vertu  d'une  décision  du 
comité  de  cette  Société.  M.  Richter  n'y  est  pour 
rien,  et  nous  le  savons  trop  artiste  pour  le  croire 
capable  d'une  attitude  aussi  regrettable  que  celle 
quiluiest  attribuée.  On  peut  être  certain  qu'ilya  au 
fond  de  cette  histoire  une  petite  perfidie  à  la 
Hanslick. 

—  Les  journaux  de  Londres  annoncent  que  sir 
George  Grove,   l'illustre  auteur  du  Dictionnary  of 


1014 


'm  amDE  MUSICAL 


Music  and  Musicians,  l'ouvrage  le  plus  important,  et 
le  plus  sérieux  de  la  musicographie  contemporaine, 
vient  de  donner  sa  démission  de  président-direc- 
teur de  la  Royal  Acaàemy  of  Music,  autrement  dit  le 
Conservatoire  de  Londres.  C'est  M.  Hubert  Parry 
qui  lui  succède.  Le  nouveau  président-directeur 
est  l'un  des  compositeurs  les  plus  distingués  de 
l'Angleterre,  et  il  fut  le  collaborateur  de  sir 
George  Grove  pour  le  Didionnary  dont  nous  venoris 
de  parler. 

—  A  New- York  la  saison  d'opéra  s'est  ouverte  le 
19  novembre,  au  Metropolitan  Opéra  House.  On 
a  donné  en  français,  les  chœurs  chantant  en  ita- 
lien, Roméo  et  Juliette.  La  distribution  était  remar- 
quable :  M™'  Melba  faisait  Juliette  ;  les  rôles  de 
Roméo,  de  frère  Laurent  et  de  Capulet  étaient 
tenus  par  Jean  et  Edouard  de  Reszké  et  par  Pol 
Plançon .  La  seconde  pièce  a  été  Carmen  avec  les 
frères  de  Reszké  dans  les  rôles  de  José  et  d'Es- 
camillo.  Pour  le  rôle  de  Carmen,  il  avait  été  confié 
à  une  Française  de  New- York,  qui  quitta  la  ville 
il  y  a  quelques  années  pour  aller  chanter  à  Lon- 
dres avec  beaucoup  de  succès,  Zélie  de  Lussan. 

—  Voici  une  amusante  anecdote  sur  le  célèbre 
compositeur  Johannes  Brahms,   rapportée  par   le 

Berliner  Taeehlatt. 


Brahms  dînait  chez  un  de  ses  admirateurs,  qui,/ 
connaissant  le  faible  de  l'artiste  pour  ses  vins,  ût-j 
apporter,  vers  la  fin  du  repas,  une  marque  spé-; 
cialement  savoureuse,  en  lui  disant  :  «  Voici  le 
Brahms  de  mes  vins  n.  -  Le  convive  dégusta  lé 
fin  breuvage  et  répondit  :  «Excellent,  merveilleux^ 
exquis!  —  Et,  maintenant,  apportez-moi  votrel 
Beethoven  !  » 

BIBLIOGRAPHIE 


M.  Albert  Soubies,  qui  est  un  travailleur  infati-l 
gable,  vient  de  publier  chez  Fischbacher,33,  rue  de| 
So'ine,  à  Paris,  une  étude  ayant  pour  titre  :  Mzisiqui-, 
russe  et   musique  espagnole.    11    a  voulu   faire    poufl 
l'école  espagnole  ce  qu'il  avaU  fait  précédemment 
pour  l'école  russe,  c'est-à-dire  tracer  rapidement 
l'historique  de  l'art  musical  en  Espagne,  qui  est 
encore  bien  peu  connu  en  France.  Nous  espérons 
que   M.    Soubies  no  s'en  tiendra  pas   là    et   que, 
s'inspirant    des  travaux    récents  dus  à    la  plume 
d'un  érudit,  M.  Pedrell,  il  complétera  son  premier 


BREITKOPF  &  H^RTEL,  BRUXELLES 

Editeurs.    45,    Montagne    de  la    Cour,   46 

Vient  de  Paraître   : 

Kufferath,  M.  Lettres  de  Richard  Wagner  à  Auguste  Rœckel  .     Net       2  5o 

Mathieu,  E.      L'Enfance  de  Roland,  partition,  chant  et  piano     Net     20  — 

Samuel,  Ed.     Exercices  d'harmonisation Partie     i  — 

(Répertoire  du  Conservatoire  Royal  de  Bruxelles        »         2  — 
—              Deux  pastiches  dans  le  style  ancien  : 

N°  I.  Menuet Net     i  So  |  N"  a.  Gavotte  et  Musette  .     .     Net     i  5o 

PIANOS   BECHSTEIN    ET    BLUTHNER 


HARMONIUMS     ESTEY        téléphone  2409 


r.E  GUIDE  MUSICAL 


1015 


travail,  l'amplifiera,  et    nous   donnera  un  bel  et  i 
bon  livre  sur  l'art  musical  espagnol.  H.  1. 

—  Scherzo,  par  M""  Ernestine  André  van  j 
Hasselt.  Sous  ce  titre,  l'auteur  a  réuni  une  série 
de  nouvelles  et  d'essais  ayant  trait  à  la  musique, 
les  uns  originaux,  les  autres  traduits  de  différents 
auteurs  allemands  On  y  trouvera,  notamment,  la 
notice  d'Elise  Polko  sur  Rubinstein.  L'opuscule 
est  dédié  à  M™'-'  la  générale  Parmenlier,  qui  n'est 
autre,  on  le  sait,  que  l'artiste  célèbre  qui  s'appelait 
Teresa  MilanoUo. 

—  UOrguc  de  Jean-Sébasiim  Bach,  par  A.  Pirro. 
Paris.  Librairie  Fischbacher.  —  Voici  une  étude 
vraiment  intéressante  à  ajouter  à  celles  qui  ont 
été  déjà  écrites  sur  le  vieux  cantor  de  l'église 
Saint-Thomas  de  Leipzig.  Il  faut  lire,  d'abord,  la 
préface  écrite  par  l'habile  organiste  de  Saint-Sul- 
pice,  M.  Ch.  M.  Widor.  Il  trace  rapidement  la 
silhouette  du  u  colossal  brave  homme  »,  nous  le 
montre  étudiant  sans  jelâche  dans  sa  jeunesse  les 
célèbres  clavecinistes,  depuis  Froberger  jusqu'à 
Frescobaldi,  nous  indique  la  manière  dont  il 
jouait  du  clavecin  et  de  l'orgue  et  fait  connaître 
les  erreurs  que  devront  éviter  les  organistes  con- 
temporains dans  le  maniement  des  orgues. 

Quant  à  M.  A,  Pirro,  il  a   su   réunir   les  docu- 


ments les  plus  complets  sur  l'œuvre  pour  orgue 
de  J.  S.  Bach;  il  passe  en  revue  lus  précurseurs 
du  maître,  l'histoire  des  compositions  libres  poi  r 
orgue  de  Bach,  qu'il  divise  en  trois  périodes,  où 
se  perçoit  l'évolution  du  génie  de  Jean-Sébastien, 
étudie,  dans  des  chapitres  distincts,  le  choral, 
puis  la  registialion  et  les  ornements  des  œuvres 
d'orgue,  donne,  dans  un  appendice,  la  biographie 
succincte,  et,  enfin,  présente  le  catalogue  de 
l'œuvre  complet  de  Bach. 

L'étude  est  très  clairement  et  très  élégamment 
écrite;  elle  passionnera  tous  ceux  qui  s'intéressent 
à  cette  grande  figure  de  l'art  musical  et  à  l'étude 
de  cet  instrument  merveilleux  qui  est  l'orgue. 


PIANOS  ET  HABPES 

E  R  A  R  D 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  i3,  rue  du  Mail 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 

VIE  NI'  DE  PARAITRE  ! 

C.   SAINT-SAËNS 

OP.   99 

TROIS  PRÉLUDES  ET  FUGUES 

POUR    ORGUE 


PRIX    NET    ;    5    Francs 


1016 


LE  GUIDE  MUSICAL 


RÉPERTOIRE  DES  THÉÂTRES  ET  CONCERTS 


Berlin 

Opéra.  —  Du  9  au  16  décembre  :  Hasnsel  et  Gretel. 
Puppenfee,  Rigoletto  (Mme  Albani,  MM.  Rovelli  et 
d'Audrade).  Hasnsel  et  Gretel.  Mara.  Concert  de 
symphonie.  Le  Bal  masqué.  Hœnsel  et  Gretel  et  Les 
Saisons. 

Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.  —  Du  g  au  16  décem- 
bre :  Roméo  et  Juliette.  Le  Portrait  de  Manon  et 
les  Noces  de  Jeannette  .  La  Traviataet  Coppelia.  Le 
Prophète.  Les  Noces  de  Jeannette.  La  Navarraise  et 
Coppelia.  Les  Huguenots.  Samson  et  Dalila.  Lundi, 
reprise  du  Rêve.  Mardi,  Orphée  et  la  Navarraise. 

Galeries  —  La  Fille  de  M"»  Angot.  Dimanche,  mati- 
née à  I  h  1/2 . 


Alcazar  royal.  —  Bruxelles  sans  Gène. 

Nouveaux-concerts.  —  Dimanche  3o  décembre,  à 
2  heures  précises,  dans  la  salle  de  l'Alhambra  (Empire 
Palace)  Premier  concert  avec  le  concours  de 
Mlle  Marie  Bréma  du  théâtre  de  Bayreuth,  etc.  sous 
la  direction  de  M.  Franz  Servais  Programme  ;  i.  Le 
Barbier  de  Bagdad,  ouverture  (P.  Cornélius);  2.  Die 
Idéale,  d'après  Schiller  (Liszt)  ;  3.  Deux  poèmes  : 
(R  Wagner),  a)  die  Engel,  bi  Trasume,  chantés  par 
M'is  Bréma;  4.  Léonore,  ouverture  n"  3,  (L.  von 
Beethoven);  5.  L'Apollonide,  deux  fragments  (F.  Ser- 
vais), fl)  Elégie,  b)  Scène  sous  la  tente  du  festin.  — 
Hymne.  Danse  sacrée;  6.  Gotterdaemmerung,  scène 
finale  (R.  Wagner),  Brilnnhilde  :  M'ie  Bréma.  Loca- 
tion et  abonnement  ;  s'adresser  à  la  maison  Breitkopf 
et  Haertel,  45,  Montagne  de  la  Cour,  où  se  trouve  le 
plan  de  la  salle  La  veille  de  la  répétition,  le  jour  de 
la  répétition  générale  et  le  jour  du  concert,  on  trou- 
vera également  des  billets  au  bureau  de  la  location 
de  l'Alhambra  (Empire  Palace). 

Samedi  2g  décembre,  à  2  heures  réj  étition  générale. 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

PARIS 

Piopriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKOWSKY,  GOTTSCHALK,  PRUDENT,  ALARD 
des    ARCHIVES  DU  PIANO  et  de  la  CÉLÈBRE  METHODE  DE  PIANO  A.  LE  CARPENTIER 
Seuls  dépositaires  de  l'EDITION  CHARNOT,  spécialement  consacrée  à  la  MUSIQUE  DE  VIOLON 


OIVRAGES  «  ENSE1G^EME^T 

MÉTHODES,  TRMTÉS,  SOLFÈGEi 
ET  EXERCICES  DIVERS 
Net    fr. 
Andtrade,  A.    Méthode  de 
chant    et    de    vocalisation 
adoptée  dans  tous  les  Con- 
servatoires (2'^  édition)  .      .   25     » 
Aulagnier,  A.    A  B.  C.  de 
l'harmonie,     méthode    très 
élémentaire  (2''  édition)       .     3     " 

—  Traité  des  intonations,  mé- 
thode théorique  et  pratique 
pour  prendre,  avec  la  ir.ême 
iacilité,  toutes  les  intona- 
tions,même  les  plus  bizarres 
ei  les  plus  étranges;  com- 
plément indispensable  de 
tous  les  solfèges  qui  existent 

(2'  édition)  ......     2     » 

Bax  (Saint  Yvesi,  professeur  . 
au  Conservatoire  Exercices 
journalierspour  la  voix,  em- 
ployés dans  tous  les  Conser- 
vatoires (20''  édition)  .  20  » 
Bussine,  R.  Professeur  au 
Conservatoire.  Pages  d'exer- 
cice pour  la  voix  (5"  édi- 
tion)     20     » 

—  Pages   de  vocalises   pour 

la  voix  (2<' édition)      .     .     .  10    » 
Coh.en,  L.  Solfège       .          .  i5     » 
Cuelenaere,    P.    Méthode 
pour   apprendre    à    solfier 
simultanément  dans  toutes 
les  clés >'  7.'" 


Donne,   L.    Professeur    au 
Conservatoire.  Théoris  mu- 
sicale (Cours  élémentaire). 
Questionnaire     .     .      .      .     »  75 
Réponses »  75 

Durand,  E.  Professeur  au 
Conservatoire.  Solfège  élé- 
mentaire et  progressif,  théo- 
rique et  pratique,  avec 
accompagnement  de  piano, 
inscrit  sur  la  liste  des  ou- 
vrages fournis  gratuitement 
par  la  Ville  de  Paris  à  ses 
écoles  communales, 2^  édit.     6     » 

Cartonnage »  3o 

Le   même,   sans   accompa- 
gnement, 5"  édition  ...     2     » 
Cartonnage «  25 

—  Questionnaire,  marchant 
parallèlement  avec  le  sol- 
fège précédent       .      .     .     .     n  5o 

—  Leçons  de  solfège,  pour 
les  voix  graves  d'enfant,  cor- 
respondant   aux    exercices 

du  même  solfège   ....     i     » 

—  Solfège  à  deux  voix  égales 
(clé  de  sol),  élémentaire  et 
progressif,  avec  accompa- 
gnement de  piano,  inscrit 
sur  la  liste  des  ouvrages 
fournis  gratuitement  par  la 
Ville  de  Paris  à  ses  écoles 
communales,  2"  édition.  .  6  » 
Cartonnage »  3o 

—  Le  même,   sans  accompa- 
gnement, 3'  édition  .     .     .     2  5o 
Cartonnage »  25 


Net 
Traité  de  transposition  au 


fr. 


piano(théoriqueetpratique)     5     » 

Duvernoy,  H.  Professeur 
au  Conservatoire.  36  leçons 
de  solfège  à  changement  de 
clés  (ouvrage  couronné  par 
l'Institut) 3o     » 

Maury- Renaud  Profes- 
seur au  Conservatoire  Le- 
çons de  solfège  à  change- 
ments de  clés,  composées 
.pour|les  examens  supérieurs 
de  chant  de  la  Ville  de 
Paris ,     .      I  5o 

—  Solfège  manuscrit  à  chan- 
gements de  clés    .      .     ,     .     6     « 

Rougnon  Paul,  professeur 
au  Conservatoire.  Solfèges 
manuscrits  à  changements 
de  clefs(enseignement  supé- 
rieur)suivis  dans  les  classes 
du  Conservatoire  de  Paris. 

i"  volume,  40  leçons,  moyen- 
nes, difficiles  et  assez  diffi- 
ciles, dédiées  à  M.  J.  Mas- 
senet. 

2"  volume,  27  leçons,  dédiées 
à  M.  Ambroise  Thomas 

3'  volume,  2g  leçons,  dédiées 
à  Théodore  Dubois  (diffi- 
ciles). 

4'  volume,  3o  leçons,  dédiées  à 
M.  Ambroise  Thomas  (diffi- 
ciles et  très  difficiles). 

Chaque  volume  grand  f,  net    6     » 


POUR  PARAITRE  PROCHAINEMENT  : 
1  bCHAIKOWoKY  1  Op-  75,  troisième  Concerto  pour  piano  et  orchestre,  dédié  à  Louis  DIEMER. 


LE  GUIDE  înjSICÂL 


1017 


Marseille 

Association  artistique  de  Marseille,  sous  la  direction 
de  M.  Jules  Lecocq,  avec  le  concours  de  M.  Raoul 
Pugno.  —  Programme  du  i6  décembre  1894  : 
L'Arlésienne,  première  suite  d'orchestre  (Bizet);  Con- 
certo en  ut  mineur  pour  piano,  op.  37  (Beethoven), 
M  Raoul  Pugno  ;  Ouverture  d'Obéron  (Weber); 
Sonate  en  iil  dièze,  op.  27  (Beethoven),  M.  Raoul 
Pugno  ;  prélude  de  Tristan  et  Iseult  (Wagner)  ;  Polo- 
naise en  mi  bémol ,  op.  22  iChopin).  M.  Raoul  Pugno  ; 
la  Chevauchée  des  Walkyries  (Wagner  . 
Nancy 

Concerts  du  Ci  nservatoiee,  avec  le  concours  de 
M.  J.  Eordier  d'Angers,  compositeur,  le  dimanche 
16  décembre,  à  4  heures.  Programme  ;  ouverture  de 
Fidelio  (L.  Beethoven);  Adieu  suprême  (J     Bordier). 


Air  d'église  et  Canzonetta  (J.  Bordier),  violon  solo, 
M  Hekking.'sous  la  direction  de  l'auteur  :  Sympho- 
nie en  sol  mineur  (Mozart;  prélude  de  Tristan  et 
Iseult  (Wagner);  Marche  française  (Saint-Saëns). 
Directeur  :  Guy  Ropartz. 

Paris 

OrÉKA  —  Du  9  au  1 5  décembre  :  Roméo  et  Juliette; 
Othello;  Faust;  Bal  militaire. 

Opék.\-CoiMioue.  —  Du  9  au  i5  décembre  :  Mignon; 
Carmen;  le  Domino  noir  et  le  Chalet 

Concerts  du  Conservatoire  — Le  dimanche  16  décem- 
bre, à  2  heures  Programme  ;  Symphonie  en  ré  mineur 
(R  Schumann;;  le  Messie,  fragments  (Hœndel)  ; 
chœur,  l'Enfant  est  né;  Pastorale;  chœur.  Alléluia; 
quatrième  Concerto  en  «/  pour  piano  C.  Saint-Saëns). 
M.   Louis   Diémer;  le  Départ  (iVIendelssohn),  chœur 


Paris,  ALPHONSE  LEDUC,  Editeur,  3,  rue  de  Grammont. 


A.   BORODINE 


PETITE  SUITE 


N°  I.  Au  Couvent 
7>     2.  Intermezzo 
»     3  Mazurka  (en  ut) 
»     4.  Mazurka  (en  ré) 


N°  5.  Sérénade 
»     6   Nocturne 
»     y.  Rêverie 
»     8.  Scherzo 


Edition  pour  Piano,  réduite  par  l'Auteur           fr.  4     •> 

MORCEAUX  PUBLIÉS  SÉPARÉMENT  : 

N»  4.  Mazurka  en  ré fr.  i  65 

N°^  6.  et  7.  Nocturne  et  Rêverie.     ....  i   35 

Pour  ORCHESTRE  (partition  et  par- 
ties séparées) 32    « 

La  partition  seule      .     , .     .  12     » 

Chaque  partie  supplémentaire   .     .          .     .     .  2  5o 


PREMIERE  SYMPHONIE 

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DEUXIEME  SYMPHONIE 

Pour  piano  à  quatre  mains fr.     7 

L'orchestre  en  location 


MÉLODIES  POUR  CHANT  ET  PIANO 

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La  Reine  de  la  Mer  (2  tons) i  65 


COMMISSION    ET    EXPORTATION    DE    MUSIQUE   BELGE   ET    ÉTRANGÈRE 


J,-B.  KATTO,  éditeur  de  musique,  52,  rue  de  l'Ecuyer,  Bruselles 

ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 


RÉPERTOIRE  DES  CHANSONS  DU  CHAT  NOIR 

Chansons  de  MARCEL  LEFEVRE 

(DEUXIÈME  SÉRIE) 

1 .  Enterrement  gai     ....     5  —     4.    Recette   pour   faire    un    dis- 

2.  Mélanie  à  la  représentation 

de  la  grande  opéra  .      .      .  '    3    — 

3.  Valse  des  bonnets  ....     3  — 


cours  électoral 

5.  Le  petit  employé 

6.  L'Ouvreuse  . 


Paris,  Colombier.  —  E.  Gallet,  successeur 

TÉLÉPHONE   1902 


1018 


T.F.  GUIDE  MUSICAL 


sans  accompagnement;  Symphonie  en  wj  bémol  (Mo- 
zart). Le  concert  sera  dirigé  par  M.Paul  Taffanel. 

Concerts  -  Colonne  —  Dimanche  i5  décembre,  à 
2  h.  1/4  très  précises.  Ouverture  de  Benvenuto  Cel- 
lini  (H.  Berlioz);  Absence,  poésie  de  Th.  Gautier 
(H  Berlioz),  M°>«  Auguez  de  Montalant,  Ursule  ; 
M"«  Planés;  Requiem,  œuvre  5  (H.  Berlioz)  :  i  Re- 
quiem et  Kyrie;  2.  Dies  irœ;  Tuba  mirum;  3.  Quid 
sum  miser;  4  Re,\  tremendœ;  5.  Quœrens  me;  6  La- 
crymosa;  7.  Offertoire;  8.  Hostias  et  preces;  9.  Sanc- 
tus  Deus  Sabaolh  (Warmbrodt)  ;   10.  Agnus  Dei 

Concerts-Lamoureux.  —  Dimanche  16  décembre,  à 
2  h.  1/2.  Programme  ;  Ouverture  de  Coriolan  (Bee- 
thoven); air  de  la  comtesse.  Noces  de  Figaro  (Mozart), 
par  M™"  Klafsky;  Thàmar,  poème  syraphonique 
(Balakireff)  ;  air  d'Eglantine,  Euryanthe  (Weber),  par 


M™"  Klafsky;  Sous  Bois  (Emm.  Chabrier);  scène 
finale  du  Crépuscule  des  Dieux  (Wagneri,  Brunn- 
hilde  :  M""  Klafsky;  Rapsodie  norvégienne,  premier 
numéro  (E.  Lalo). 
Concerts  d'Harcourt.  —  Dimanche  16  décembre,  à 
2  12  heures,  première  de  Geneviève,  opéra  de  Schu- 
mann,  traduction  inédite  de  MM.  Eugène  d'Harcourt 
et  Charles  Grandmougin.  Solistes:  M'ie  Eléonore 
Blanc,  MM.  Vergnet.  Auguez  et  Challet.  i5o  exécu- 
tants sous  la   direction  de  M.   Eugène   d'Harcourt. 

Vienne 

Opéra.  —  Du  9  au  i5  décembre  :  Cornélius  Schutt, 
Guillaume  Tell,  la  Walkyrie,  Autour  de  Vienne, 
Faust,  l'Africaine,  Fidelio. 


SCHOTT  FRÈRES,  ÉDITEURS  DE  MUSIQUE,  MONTAGNE  DE  LA  COUR,  82 
•     RÉPERTOIRE  DE  MUSIQUE  POUR  NOËL 

BATTMANN,  J.-L.  Carillon  de  Noël,  mélodie  .  . Net  i  35 

—  La  Rose  de  Noël         » .      i  — 

—  Op.  339.  N°  40,  Noël o  5o 

CEUPPENS,  V.  Noël  pour  soprano  ou  ténor i  35 

DELL'ACQUA,  E.  Noël  d'enfant i  — 

DENEFVE,  J.  La  fête  de  Noël,  pastorale  à  deux  voix      . .1  — 

FAUCONIER,  B.-C.  Op.  37.  Messe  solennelle  de  Noël,  avec  accompagnement  d'orgue  .         .  Partition     S  35 

Chaque  partie  i  — 

HOUSSIAUX,  E.  Cantique  de  Noël,  avec  orgue. .  i  75 

JOURET,  L.  Noël,  solo  avec  chœur  ad  libitum  et  acccompagnement  d'orgue  ou  piano.         .         .     Partition  2  — 

Chaque  partie  séparée  o  25 

LFCLERCQ.  La  Nuit  de  Noël,  mélodie  religieuse  pour  baryton    .         .         .         .         .         .         .         .         .  i  35 

PEELAERT,  Noël,  chant  re'igieux I  35 

RIGA,  F.  Petit  oratorio  de  Noël,  chœur  à  quatre  voix  et  soli Partition  3  — 

Chaque  partie  o  40 

VANDERVORST.  Weinachtslied ' o  75 

Pour  paraître  prochainement,  chez  les  mêmes  éditeurs  Schott  Frères 
JoH.  BRAHMS,  Douze  Mélodies  (Nouvelle  édition) 
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Le  iMusikalisches  Wochenblatf  est  une  revue  spéciale  de 

premier  ordre  et  la  seule  à  côté  des  Bayreuther  Blatter,  à 

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Hugues  Imbert  —  H.  de  Curzon 

Camille  Benoit—  Etienne  Destranges 

Guy  Ropartz  —  J.  Manskopf 
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Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kufferath 

Charles  Tardieu  -  Marcel  Remy 

Ernest  Thomas  —  |.  Malherbe 

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journal,  à  Bruxelles,  2,  rue  du  Congrès  ; 
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expérimentale  (suite). 

M.    Kufferath.  —   Une  lettre   inédite   de 

Berlioz. 
Georges  Servières.  —  Lieder  Français. 
J.  D'A.  —  Jules  Busschop. 

»£.|)rontquc  Ô£  la  Semaine  :  Paris  :  Hugues  Imbert. 
La  millième  de  Faiisi;  au  Conservatoire;  reprise 
de  Paul  et  Virginie.  —  Ernest  Thomas.  Le  Concert- 
Lamoureux.—  Reyval.  La  Geneviève  de  Schumann 
aux  Concerts-d'Harcourt. 
Nouvelles  diverses. 

Bruxelles  :   J.  B.  Reprise  du  Rêve. 

M.  K.  M.  d'Albert  aux  Concerts-Schott. 
.    Nouvelles  diverses. 

Correspondances  :  Amsterdam.  —  Anvers.   —  Lille. 

—  Mons.  —  Nancy.  —  Nice.  —  Vienne. 

Nouvelles  diverses.  — Bibliographie. —Nécrologie. 

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et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de  Seine;  M.  Brasseur,  Galerie 
de  rodéon.  —  Luxembourg,  G.-D.  Simonis.  libraire.  — 
A  Londres  ;  MM.  Breitkopf  etHœrtel,  Great  Malborough 
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bourg :  librairie  Ammel.  —  A  Amsterdam,  Algemeene 
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—  A  Liège  :  M™"  veuve  Muraille,  rue  de  l'Université.  — 
A  Anvers  :  M  Forst,  place  de  Meir. — A  Gand  ;  M""  Beyer. 

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6,  rue  Grenus.  —  a  Madrid  :  Ruiz  y  C»,    Principe,  14. 

—  A  Saint-Pétersbourg  :  MM.  E.  Mellier  et  C'">,  Pers 
pective  Newski.— A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Mexico: 
N.  Budin.  —  A  Montréal  :  La  Montagne,  éditeur  rue 
Saint-Maurice,  14g.  —  A  New- York  :  G.-E.  Stechert, 
810,  Broadway. 

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PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


400  ANNÉE.  —  Numéro  52. 


23  Décembre  1894. 


A    NOS    ABONNES 

PRIMES 

Nous  prenons  la  liberté  de  prévenir 
nos  abonnés  de  Belgique  et  de  France 
dont  l'abonnement  expire  le  3i  décem- 
bre prochain  qu'en  raison  de  l'impor- 
tance de  cette  échéance,  nous  ferons 
toucher  par  la  poste  le  montant  du 
renouvellement  dans  la  dernière  se- 
maine du  mois,  afin  d'éviter  les  inter- 
ruptions dans  le  service  du  journal. 

Nous  prions  les  anciens  abonnés  de 
VArt  Musical  qui  désirent  continuer 
l'abonnement  au  Gtdde  de  vouloir  bien 
faire  parvenir  leur  renouvellement  ou 
leurs  mandats  directement  à  la  Maison 
Ledtic,  3,  me  de  Grammont,  à  Paris. 

Afin  d'éviter  les  frais  de  recouvre- 
ment nous  engageons  instamment  nos 
abonnés  des  autres  pays  à  nous  adres- 
ser le  montant  de  leur  abonnement 
(14  francs)  par  mandat  postal. 

L'augmentation  continue  de  notre 
tirage,  la  faveur  croissante  dont  jouit 
notre  revue,  nous  astreingnent  à  user 
d'un  peu  de  rigueur  dans  l'envoi 
du  journal.  Nous  considérerons  donc 
comme  réabonnée  toute  personne 
dont  la  renonciation  ne  nous  sera  pas 
parvenue  avant  le  i5  janvier. 

Comme  de  coutume  à  l'époque  des 
étrennes,  nous  offrons  à  nos  abonnés 
des  PRIMES  LITTÉRAIRES,  MU- 
SICALES et  ARTISTIQUES. 

Ces  primes  intéressantes,  dont  nos 
lecteurs  trouveront  l'énumération  dé- 
taillée à  l'avant -dernière  page,  se 
recommandent  tant  par  la  variété  du 
choix  que  par  leur  prix  exceptionnel- 
lement avantageux. 

L'Administration  . 


MÉTRONOMIE  EXPERIMENTALE 

(Suite).  —  Voir  les  nos  44,  45,  46,  47,  48,  49,  5o  et  5i 


(Reproduction    interdite) 

"^ 
LA    WALKYRIE 

Parmi  nos  observations  métronomiques 
sur  la  Walkyrie,  nous  choisirons  pour  les 
comparer  celles  qui  portent  sur  les  exécu- 
tions du  4  septembre  et  du  25  septembre 
1893  au  Théâtre  royal  de  Munich,  sous  la 
direction  de  M.Hermann  Levi,  et  celles  du 
22  mai  1893  et  du  12  mars  1894,  à  l'Opéra 
de  Paris,  dirigées  l'une  par  M.  Colonne, 
l'autre  par  M.  Madier  de  Montjau. 

Les  comparaisons  suivantes  seront  donc 
quadruples,  à  part  le  cas  où  les  nombreuses 
coupures  pratiquées  à  l'Opéra  de  Paris 
comprendront  le  fragment  considéré. 

Dans  les  deux  exécutions  de  Munich,  les 
distributions  n'étaient  que  partiellement 
semblables  ;  les  rôles  de  Sieglinde,  Brûnn- 
hilde  et  Wotan  étaient  tenus  la  première 
fois  par  M"'^^  Sucher  et  Wekerlin  et  par 
M.  Brucks;  la  seconde  fois  par  M™"  Ter- 
nina  et  Sucher  et  par  M.  Grengg. 

Pour  les  deux  exécutions  de  Paris,  la 
différence  des  distributions  était  plus  grande 
encore;  sans  parler  des  Walkyries,  dont 
quelques  rôles  étaient  confiés  à  d'autres 
interprètes,  tous  les  rôles  principaux  étaient 
autrement  tenus,  sauf  celui  de  Hunding 
(M.  Gresse  dans  les  deux  cas). 

Il  y  aurait  donc,  dans  une  comparaison 
quadruple  de  cette  espèce,  matière  à  d'in- 
téressants rapprochements  sur  les  in- 
fluences métronomiques  personnelles  des 
chanteurs  et  cantatrices.  Nous  pourrions 
entreprendre  une  recherche  analogue  à 
celle  que  nous  avons  esquissée  pour  Sieg- 
fried. Mais  il  faudrait  pour  cela  dépasser 


1024 


LE  GUIDE  MUSICAL 


de  beaucoup  les  limites  de  cette  étude; 
nous  devons  nous  borner  à  quelques  géné- 
ralités. Nous  insisterons  de  préférence  sur 
les  résultats  caractérisant,  au  point  de  vue 
de  la  justesse  des  nuances  successives,  les 
exécutions  de  Munich  et  celles  de  Paris. 

Disons  tout  d'abord  que  nous  avons  cru 
trouver  dans  celles-là  une  supériorité  très 
marquée  ;  non  pas  qu'elles  soient  tout  à  fait 
impeccables  :  la  perfection  mathématique 
n'est  ni  pratiquement  possible,  ni  acousti- 
quement  nécessaire.  Ce  n'est  pas  non  plus 
que  les  exécutions  de  Paris  soient,  d'un 
bout  à  l'autre,  mauvaises  au  point  de  vue 
métronomique  :  on  verra  des  fragments  où 
l'analyse  des  allures  suivies  ne  révèle  ni 
faute,  ni  contresens.  Mais  l'impression 
d'ensemble  qui  se  dégage  de  nos  statisti- 
ques, c'est  que  les  erreurs  de  mouvements 
sont  relativement  rares  dans  les  unes  et 
relativement  fréquentes  dans  les  autres. 
Nous  laisserons  parler  les  chiffres  et,  en 
les  comparant  à  la  partition,  le  lecteur  se 
fera  lui-même  une  opinion  qui,  nous  l'espé- 
rons, ne  différera  guère  de  la  nôtre. 

Le  premier  extrait  comparatif  sera  pris 
au  début  de  la  scène  première  du  premier 
acte  (A.  8,  F.  6)  : 


Pageb 
réduc 

dos 

1 

TEXTE   CHANTE 

Mouvement 
aux  exéci 

Munich 

I     1    2 

s  constatés 
tiens  de 

Paris 

8 

6 

6-5 
7-1 

7-2 

7-3 

3M^  = 

io3 

io3 

144 

120 

9-2 

9-3 
9-4 
9-4 

Quel  que  soit  ce 

Dans  le  3/2  ritarddo 

Ein  fremder  Mann  ? 
Un  homme  ici? 

4k  0- 
Moderato 

79 

80 

96 

93 

80 

80 

120 

120 

Envoyé  par  le  sort 

3/4  ;r 

Unpoco  lento 
Von  Weges  Mûh'n . 
L'on  dirait  qu'il  dort 

79 

60 

100 

72 

Dès  la  première  ligne,  on  constate  pour  la 
fin  du  prélude  orchestral  une  notable  diffé- 
rence entre  les  deux  exécutions  de  Munich; 
et  celles  dé  Paris  ;  !à  Munich  '  =  io3,  uni-, 
fermement;  à  Paris,  tantôt  144,  tantôt  120. ' 


La  nuance  Ritardando  est  suivie  dans  les 
quatre  cas;  mais  tandis  qu'à  Munich  elle 
constitue  pour  ainsi  dire  une  transition 
entre  les  mouvements  qui  la  précèdent  et 
ceux  qui  la  suivent,  à  Paris,  au  contraire, 
il  y  a  relèvement  considérable,  de  3o  de- 
grés métronomiques  environ,  à  l'arrivée  du 
Moderato  4/4.  Il  y  a  là  bien  autre  chose 
qu'une  appréciation  discordante  des  vi- 
tesses absolues,  sensiblement  plus  grandes 
à  Paris  ;  il  y  a  surtout  un  sentiment  tout  à 
fait  différent  des  successions  d'allures.  Sur 
le  Moderato,les  exécutions  parisiennes  ten- 
dent à  revenir  au  Stiirmiscli,  Tempestoso, 
du  prélude  ;  on  croirait  à  un  retour  offensif 
de  l'orage! 

Prenons,  dans  la  deuxième  scène,  la  pre- 
mière partie  du  récit  de  Siegmund  (A.  21, 
F.  21): 


lapa 


bite      ]3a- 


jusqu'à    la  réplique  de    Hunding   (A.   23, 
F.  25)  : 


Voici  quelques-unes  des  vitesses  locales 
observées  : 


TEXTE    CHANTÉ 


Mouvements  constatés 
aux  exécutions  de 


21 

21 

21 

22 

22 

23 

22 

23 

22 

23 

23 

24 

.23 

25 

Friedmund  darf  ich 
La  paixn'habitepas 


Je  sie  gekannt. 
Naître  l'émoi 


Das  Wolfsnest  leer . 
Le  gîte  vide 


Muthiger  Leib 
Dans  son  sang 


Harte  Schaar 

Une  indigne  race 

Das  Wolfspaar  sich 
Grandis*  en  nombre 

Vemâhm  îch  dunkle , 
Révle  en  ma  mémoir'^ , 


76 


Le  tableau  suivant  donne  un  résumé  de 
nos  mesurages  à  partir  de  la  mesure  ci-des- 
sus jusqu'à  ces  paroles  de  Hunding  (A.  3i, 
F.  34)  : 

Lebhaft  und  rasch. 
AUfg,- 


A  première  vue,  les  différences  entre  ces 
quatre  séries  de  mouvements  ne  paraissent 
pas  très  importantes;  les  accélérations 
relevées  tout  à  l'heure  dans  les  exécutions 
de  Paris  sont,  en  moyenne,  beaucoup 
moindres. 

Mais  cette  conformité  relative  n'est  pour 
ainsi  dire  qu'apparente;  un  examen  plus 
attentif  va  nous  montrer  que  si  le  phrasé 
métronomique  du  récit  de  Siegmund  reste 
comparable,  malgré  la  différence  des  inter- 
prètes, dans  les  deux  exécutions  de  Munich 
et  la  seconde  exécution  de  Paris,  il  est,  au 
contraire,  très  différent  dans  la  première 
exécution  de  Paris.  Pour  les  quatre  cas, 
nous  constatons  une  accélération  du  pre- 
mier au  second  intervalle  ;  mais  du  second 
au  troisième  il  y  a  ralentissement  en  M  i, 
M  2  et  P  2,  tandis  qu'en  P  i  on  trouve  une 
nouvelle  accélération  sensible,  de  81  à  104. 
Même  inversion  en  passant  du  troisième  au 
quatrième  intervalle  :  accélération  en  M  i, 
M  2,  P  2,  ralentissement  en  P  i.  Les  deux 
exécutions  de  Paris  ne  se  ressemblent  donc 
pas  entre  elles  quant  aux  nuances  métrono- 
miques  successives;  la  première  prend  en 
quelque  sorte  le  contrepied  des  nuances 
suivies  à  Munich.  On  comprend  que  les 
impressions  auditives  sont  bien  différentes 
en  pareil  cas. 

Il  est  assez  piquant  de  constater  que 
dans  la  représentation  P  i  le  rôle  de  Sieg- 
mund était  tenu  par  M.  Van  Dyck,  familier 
avec  les  traditions  allemandes,  et  dans  la 
représentation  P  2  par  M.  Dupeyron. 

A  la  fin  de  la  même  scène  étudions 
comment  sont  réglées  les  allures  de  la 
menace  de  Hunding,  après  que  Siegmund 
a  terminé  son  récit  (A.  3o,  F.  33)  : 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1025 


Nous  y  ajouterons  les  allures  locales,  sur 
VAniniato  et  le  Lento  3/4  qui  suivent. 


Page 
rida 

■0 

i 

lions 

TEXTE    CHANTÉ 

Mouvements  constatés 
aux  exécutions  de 

Munich           Paris 

Mi   I   M2        Pi  Î   P2 

3o 

33 

Und  Kehrte  nun  hem 
A  temps  je  reviens 

86 

88 

92 

100 

3o 

ii 

Wôlfingdichheut.. 
C'est  la  loi 

Animal  0 

96 

106 

100 

96 

3i 

3i 

34 
34 

Kies  ich  den  Tag. . . 
Sans  merci  ni  grâce 

.^ahlst  du  mir.ZoU. 

Jeveuxvengrletréps 

Animato 

90 
160 

120 
128 

81 
128 

72 
120 

3i 

34 

Harr  mein'zur  Ruh  ! 
Sors  d'ici 

3/4  ;. 

Lento 

75 

72 

68 

60 

Dans  les  représentations  M  i,  M  2  et  P  i, 
on  voit,  du  premier  au  second  intervalle, 
une  accélération  bien  marquée  ;  et  elle  se 
justifie  à  merveille  par  l'indication  du  texte  : 
Belebter,  Animato;  il  est  fort  naturel  que  le 
mouvement  soit  relativement  lent  sur  ces 
paroles  de  Hunding  : 

Fui-  die  Naolii  nahm  ich  dich  auj. 
Pour  la  nuit  te  tienne  abrité  (i) 

et  qu'il  s'anime  à  ces  mots  : 


Mit  starlier  Waffe  doch  wehre  dich 
Mais,  demain,  retiens  la  menace. 


Le  contraste  entre  l'hospitalité  consentie 
et  la  provocation  suivante  se  traduit  ainsi 
métronomiquement  ;  il  est  voulu  par  Wag- 
ner. 

Mais  voyez,  dans  la  représentation  P  2, 
comment  cette  nuance  est  violée  :  non 
seulement  l'allure  ne  s'anime  pas  sur  Y  Ani- 
mato, mais  elle  tombe  de  loo  à  96;  chute 
insignifiante,  sans  doute,  au  point  de  vue 
acoustique;  mais  c'est  une  accélération 
qu'il  faudrait  et  le  contresens  est  évident. 

(i)  Nous  suivons  la  version  de  V.  Wilder. 


1026 


LE  GXJIDE  MUSICAL 


Le  passage  n'a  pas  été  compris,  l'effet  est 
manqué. 

Cet  exemple  montre  bien  comment  des 
écarts  métronomiques  relativement  faibles 
suffisent  à  défigurer  les  intentions  de  l'au- 
teur. 

(A  suivre.)  H.  Alvin  et  R.  Prieur. 


UNE  LETTRE  INEDITE  DE  BERLIOZ 

M™«  Henriette  Fuchs  commence,  dans  le 
Temps,  la  publication  d'une  série  de  lettres 
inédites  de  Berlioz,  adressées  à  Théodore 
Ritter.  Nous  extrayons  de  ce  recueil  la  pi- 
quante missive  que  voici,  qui  date  de  l'époque 
où  Berlioz  dirigeait  à  Londres  des  concerts 
symphoniques  en  même  temps  que  Wagner. 
Londres,  mardi  matin,  i85S  (i). 
Mon  cher  Théodore, 

(Je  déteste  les  surnoms,  les  sobriquets,  les  ter- 
mes d'amitié,  de  càlineries,  de  bêtiserie,  voilà 
pourquoi  je  ne  dis  pas  :  mon  cher  Tintin...)  Votre 
lettre  m'a  fait  grand  plaisir,  et  si  j'y  réponds  un 
peu  tard,  c'est  que,  depuis  votre  départ,  j'ai  eu  très 
mauvais  temps,  force  visites,  force  dîners,  force 
trios  de  piano,  correspondance  dans  le  Musical 
World  avec  les  choristes  amateurs  que  je  n'ai  pas 
voulu  laisser  chanter  dans  Roméo  et  Juliette,  déjeuner 
chez  Beale,  répétition  au  piano  chez  Glover, 
émeutes  à  Regent's  park,  cent  hommes  arrêtés,  les 
worksmen  voulant  délivrer  leuis/yéêères,  plusieurs 
blessés,  ma  femme  rentrant  épouvantée,  la  mi- 
graine, lecture  du  Sarnson  de  Hsendel,  recrudes- 
cence de  la  migraine,  hier  une  effroyable  répétition 
à  Exeter  hall,  la  cantate  de  Glover  très  piquante 
de  style,  mais  difficile,  qui  m'a  fait  suer  jusqu'à 
grossir  le  ruisseau  du  Strand,  et  le  finale  âCHarold, 
et  un  féroce  concerto  de  Henselt,  exécuté  par 
M"''  Klindworfh  en  style  libre,  et  qui  m'a  fait  dan- 
ser sur  la  corde  lâche  pendant  une  heure,  et  Coo- 
per,  notre  premier  violon,  qui,  n'y  tenant  plus, 
s'est  écrié  :  «  Sempre  tempo  rubato!  »  et  les  cor- 
nets qui  n'ont  pu  venir  à  cause  de  la  bande  militaire 
de  l'Etoile  du  Nord,  qui  les  retenait  à  Covent-Gar- 
den...  Toujours  VEtoile  du  Nord,soirée  chez Glovei, 
où  Mej'erbeer  devait  venir, excuses  du  grand  homme 
alléguant  une  affreuse  colique,  citation  du  livre  de 
Heine,  la  Marquise  de  la  diarrée  (ou  de  la  dyhar- 
rée)  (2),  ou  quelque  autre  orthographe,  puis  enfin 
Meyerbeer  arrivant  quand  tout  le  monde  avait  fini 


(i)  Lettre  probablement  écrite  dans  la  seconde  qum- 
zaine  de  mars. 
(u)  Je  tais  très  bien  que  c'est  diarrhée  !  !  1 

(Note  de  Berlioz). 


de  se  désoler,  félicitations  sur  la  fin  de  sa  colique, 
vagabondages  dans  les  rues  de  I^ondres  au  clair 
de  lune,  je  vais  rejoindre  ma  femme  chez  Ernst, 
M""*  Ernst  me  demande  si  j'aime  Molière,  par- 
bleu !  !  et,  crac,  je  vais  vous  en  réciter  ou  déclamer 
quelque  chose  :  une  scène  du  Misantrope  [sic),  après 
quoi  on  apporte  l'échiquier  et  Ernst  s'attable  avec 
M.  Louis  Blanc  et  les  voilà  à  s'échiner  dans  ces 
stupides  combinaisons  jusqu'à  trois  heures  du 
matin,  matinée  d'Ella  où  ladite  Ella  présente  à 
soit  public  Meyerbeer  entre  deux  évêques,  départ  de 
Wagner,  après  que  le  brave  M.  Hogarth  l'a  pré- 
senté à  son  tour  à  M.  Meyerbeer,  en  demandant  à 
ces  deux  illustres  s'ils  se  connaissaient,  joie  de 
Wagner  de  quitter  Londres,  recrudescence  de 
fureur  contre  lui  parmi  tous  les  critiques  après  le 
dernier  concert  de  Hanovre  square,  il  conduit  en 
effet  en  style  libre  comme  Klindworth  joue  du 
piano,  mais  il  est  très  attachant  par  ses  idées  et 
par  sa  conversation,  mais  nous  allons  boire  du 
punch  chez  lui  après  le  concert,  il  me  renouvelle 
ses  amitiés,  il  m'embrasse  avec  fureur,  disant  qu'il 
avait  eu  sur  moi  une  foule  de  préjugés,  il  pleure, 
il  trépigne,  à  peine  est-il  parti  que  le  Musical 
World  publie  le  passage  de  son  livre  où  il  m'éreinte 
de  la  façon  la  plus  comique  et  la  plus  spirituelle, 
joie  délirante  de  Davison  en  me  traduisant  cela. 
«  Le  monde  est  un  théâtre  »,  c'est  Shakespaere  et 
Cervantes  qui  l'ont  dit.  Ella  me  fait  présent  d'un 
superbe  volume,  les  œuvres  complètes  de  ce  même 
Shakespaere,  Poète,  comme  on  a  eu  la  précaution 
d'en  instruire  les  visiteurs  du  palais  de  Cristal  : 
W.  Shakespaere, 
Poète 
(vous  étiez  bien  bon  de  m'en  informer) 
et  je  vous  serre  la  main  à  tous,  et  je  me  signe 
(locution  allemande)  votre  tout  dévoué. 

M.  Berlioz,  homme  de  lettres  sans  points,  qu'on 
lit  d'une  seule  haleine,  si  l'on  peut,  si  l'on  a  une 
bonne  haleine,  c'est-à-dire  si  l'on  n'a  pas  l'haleine 
mauvaise,  si  l'on  n'a  pas  la  laine  courte,  si  l'on  sait 
se  servir  de  son  alêne,  ceci  est  piquant  sans  être 
spirituel,  mais  il  faut  bien  se  passer  quelques 
calembours,  et  God  hless you  et  Farewell  (!) 

Pas  d'ananas  !  nous  sommes  volés  ;  mais  force 
fraises  :  nous  avons  jusqu'à  des  fraises  de  veau. 
Vile  phrase  !  Calembour  anglais. 

Ma  femme  a  trouvé  la  clef  du  casse-tête  chinois  ; 
elle  m'ordonne  de  vous  le  dire. 

I^e  «  livre  »  de  Wagner  auquel  fait  allusion 
Berlioz,  n'est  autre  que  Opéra  et  Drame  dont 
le  Musical  Wordl  publiait  à  ce  moment  un 
résumé.  M™'=  Henriette  Fuchs  ne  le  'cite  pas. 

Berlioz  parle  du  reste  à  tort  d'un  éreinte- 
ment. 

Wagner,  il  est  vrai,  se  sépare  très  nette- 
ment de  lui  au  point  de  vue  des  tendances 
esthétiques;  plus  tard,  il  revint  sur  Berlioz 
dans  sa  lettre  sur  les  poèmes  symplwniques  de 
Liszt  et  dans  un  article  sur  la  symphonie  de 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1027 


Romeo  et  Juliette;  mais  il  le  fait  en  rendant 
un  hommage  très  éclatant  aux  rares  facultés  du 
maître  français,  pour  qui  l'on  sent  au  fond  de 
sa  pensée,  une  vive  sympathie  en  dépit  d'un 
profond  dissentiment  de  tendances  et  de  con- 
ceptions artistiques. 

Berlioz,  dit-il,  est  le  plus  direct  et  le  plus  éner- 
gique descendant  de  Beethoven,  —  mais  il  le  suit 
en  prenant  justement  la  route  que  Beethoven 
avait  cru  devoir  abandonner  du  jour  où  il  passa 
de  l'esquisse  au  tableau. 

Wagner  parle  avec  admiration  de  son  excep- 
tionnelle intelligence  musicale.  «  Dans  son 
désir  de  noter  les  étranges  créations  de  son 
imagination  effroyablement  surchauffée,  Berlioz 
a  poussé  son  énorme  intelligence  musicale  jus- 
qu'à un  pouvoir  technique  jusqu'alors  insoup- 
çonné. Ce  qu'il  avait  à  dire  au  monde  était  si 
extraordinaire,  si  inaccoutumé,  si  complète- 
ment contraire  au  naturel,  qu'il  ne  pouvait  le 
dire  tout  uniment,  avec  des  mots  simples  :  il 
lui  fallait  l'appareil  considérable  des  machines 
les  plus  complicjuées  pour  exprimer  au  moyen 
d'un  mécanisme  infiniment  délicat  et  combiné 
de  la  façon  la  plus  ingénieuse,  ce  qu'un  organe 
humain  était  impuissant  à  exprimer  :  précisé- 
ment parce  qu'il  s'agissait  ici  de  choses  tout  à 
fait  in-humaines.  La  vérité  est  que  l'orchestre 
de  Berlioz  est  une  merveille  de  mécanisme.  » 

Wagner  lui  reproche,  il  est  vrai,  par  la  suite, 
d'être  tombé  dans  le  matérialisme,  mais  «  il 
le  regrette  d'autant  plus,  dit-il,  que  Berlioz  est 
aujourd'hui  encore  dévoré  parles  plus  sincères 
aspirations  artistiques.  Cela  n'empêche  qu'il  ne 
se  soit  perdu  sans  retour  dans  le  désert  de  ses 
combinaisons  mécaniques  ». 

Si  l'on  tient  compte  des  points  de  vue  diffé- 
rents des  deux  artistes,  ce  n'est  point  là  un 
éreintement,  mais  simplement  une  analyse  de 
la  personnalité  esthétique  de  Berlioz.  Et  elle 
est  d'une  justesse  absolue  pour  qui  veut  impar- 
tialement apprécier  les  choses.  M.  K. 


LIEDER  FRANÇAIS 


Ed.  Lalo  :  Recueil  de  quinze  mélodies  —  Gabriel 
Fauré  :  La  Bonne  Chanson  (poème  de  Verlaine), 
neuf  mélodies  pour  une  voix  avec  accompagne- 
ment de  piano.  Hamelle,  éditeur,  22,  boulevard 
Malesherbes,  Paris. 
Dans  l'article  que  je  publiai  en  ce  journal  au 

lendemain  de  la  mort  d'Edouard  Lalo,. je  déplo- 


rais que  son  éditeur  ne  lui  eût  pas  donné  la  satis- 
faction de  voir  rassemblées  en  un  recueil  quinze 
mélodies  égarées,  dont  plusieurs  mêmes  étaient 
épuisées.  Après  une  attente  de  sept  ou  huit  ans, 
ce  vœu,  qui  était  celui  des  admirateurs  du  maitre, 
vient  d'être,  enfin,  comblé. 

Mais  c'est  chose  surprenante  de  voir  combien  les 
commerçants  en  matière  musicale  ou  théâtrale, 
ont  peu  le  sens  du  moment  opportun  qui  convient 
à  la  publication  d'une  œuvre  ou  à  sa  représenta- 
tion. De  même  que  la  direction  Ritt  et  Gailhard 
n'a  pas  su  profiter  du  succès,  du  Roi  d'Y  s  pour 
reprendre  le  ballet  de  Lalo,  Namotina,  qui,  en  1882, 
avait  subi  à  l'Opéra  un  échec  immérité,  de  même 
l'éditeur  Hamelle,  par  nonchalance  sans  doute,  a 
laissé  passer  l'époque  où  ces  mélodies  eussent  été 
le  mieux  goûtées.  Aujourd'hui,  plusieurs  d'entre 
elles  paraîtront  peut-être  un  peu  surannées,  qui 
datent  des  débats  mêmes  du  compositeur.  Telles 
sont  les  six  mélodies  sur  des  vers  de  V.  Hugo, 
pubUées  par  Maho  en  i8S3,  la  Ballade  à  h  lune  et 
Aubade  qui  sont  à  peu  près  de  la  même  époque. 
Pour  les  juger  équitablement,  il  faut  se  reporter  à 
la  période  dans  laquelle  elles  ont  été  composées, 
les  replacer  dans  le  milieu  musical  d'un  temps  où 
Schumann  était  à  peine  connu  en  France,  où  Gou- 
nod  produisait  ses  premières  mélodies.  Alors,  si 
l'on  fait  peu  de  cas  de  certaines  de  ces  pièces  vo- 
cales, particulièrement  de  la  seconde,  très  infé- 
rieure à  la  rêverie  que  M.  Saint- Saëns  a  écrite  sur 
les  mêmes  strophes,  on  discernera  cependant  dans 
les  trois  autres  :  L'Aube  naît  (n.°3},  OhP  quand  je  dors 
{n°  5),  jolie  berceuse  d'un  sentiment  schumanien, 
et  Guitare  (n"  i),des  qualités  qui  annoncent  un  tem- 
pérament personnel.  Tous  les  dons  d'élégance 
rythmique,  qui  furent  l'originalité  de  Lalo,  sont 
en  germe  dans  l'accompagnement  de  Guitare,  avec 
ses  contretemps  et  ses  pizsicati  de  basse.  Ils  se 
manifestent  aussi,  quoique  avec  moins  de  bonheur, 
dans  la  Ballade  à  la  lune,  dont  je  goûte  particulière- 
ment l'épisode  plus  lent,  a  messa  voce.  Les  autres 
mélodies,  [Chant  breton,  Marine,  Veni  Creator  sur  un 
thème  bohème),  sont  d'une  période  beaucoup  plus 
récente  {1885-1887). 

Au  lieu  de  compléter  le  recueil  avec  divers 
arrangements  pour  la  voix  plus  ou  moins  heureux 
sur  d'autres  paroles,  de  morceaux  extraits  de 
Fiesque  ou  de  Namouna  (i),  l'éditeur  eût  infiniment 
mieux  fait  de  racheter  à  la  vente  du  fonds  Hart- 
mann les  six  ou  sept  mélodies  de  Lalo  qui  figu- 
raient dans  le  catalogue  de  la  maison  :  trois  mélo- 
dies sur  des  vers  de  Musset  ;  la  Fenaison,  le  Roicge- 
Gorge,  VEsclave,  Souvenir,  et  de  les  joindre  à  celles 
qu'il  possédait.  Les  éditeurs  de  Gounod  et  de  Mas- 


(i)  Le  duo  à  la  sixte  :  Dansotts!  est  une  adaptation 
pour  deux  voi.-c  du  Tambourin  de  Namoiina.'L'Humoresque 
est  textuellement  extraite  de  Firoque  :  couplets  du  pre- 
mier acte.  Le  duo  :  Sous  les  Halliers  est  un  arrangement 
du  finale  du  duo  du  premier  acte  entre  Fiesque  et  Julie  ; 
\'0  Salularis  à  trois  voix,  de  VaUegrefto  du  duo  avec  Léo- 
nore  au  second  acte. 


1028 


LE  GUIDE  MUSICAL 


senet  ont,  je  le  sais,  donné  l'exemple  de  ces  adap- 
tations de  paroles  religieuses  àdeschants  profanes, 
de  ces  transformations  vocales  de  compositions 
instrumentales,  de  ces  exhumations  de  pages 
enfouies  dans  des  ouvrages  oubliés.  Edouard  Lalo 
l'a  suivi  en  tirant  de  sa  partition  de  Fiesqtie  toute 
la  matière  mélodique  qu'elle  contenait.  Je  com- 
prends très  bien  d'ailleurs  que  l'artiste  l'ait  utilisée 
autrement,  mais  il  eût  peut  être  mieux  valu  ne  pas 
condamner  absolument  cet  opéra  qui  contenait 
des  parties  fort  originales,  et  récrire  celles  dont  la 
forme  était  démodée. 

,  On  voit  par  ces  explications  qu'il  ne  faut  point 
juger  Lalo  mélodiste  uniquement  sur  ce  recueil. 
Pour  avoir  une  idée  complète  de  son  talent,  il 
faut  connaître  encore,  dans  le  genre  vif  et  léger, 
la  Fenaison,  si  élégante  de  rythme  ;  dans  le  style 
chaleureux  et  passionné,  VEsclave  (paroles  de  Th. 
Gautier;  et  Souvenir  {poésie  de  V.Hugo)  et  dans  les 
cinq  Lieder  publiés  par  la  maison  Schott,  les  chants 
intitulés  :  A  celle  qui  part  et  Viens!  (paroles  de  La- 
martine) dont  la  coda  est  délicieuse.  Ce  sont  avec 
Marine  les  pages  vocales  les  plus  expressives  qu'il 
ait  écrites,  les  plus  dignes,  par  la  spontanéité,  la 
profondeur  du  sentiment  et  l'accent  musical,  d'être 
comparées  aux  lieder  de  Schumann. 


Les  poésies  qu'il  était  de  mode  de  mettre  en 
musique  à  l'époque  de  Gounod  et  d'Edouard  Lalo, 
c'étaient  celles  de  Victor  Hugo,  de  Musset,  de 
Lamartine.  Plus  tard,  les  compositeurs  cher- 
chèrent leurs  inspirations  dans  Th  Gautier; 
Gabriel  Fauré,  qui  est  un  fin  lettré,  emprunta  à 
Baudelaire,  à  Leconte  de  Lisle,  les  textes  de  plu- 
sieurs de  ses  plus  remarquables  mélodies.  Dans 
ces  dernières  années,  le  délicat  musicien  s'est 
épris  d'un  poète  plus  récent,  aujourd'hui  fort 
goûté  après  avoir  été  longtemps  méconnu.  Paul 
Verlaine.  On  sent  qu'il  aime  ces  vers  à  la  grâce 
fugace,  d'une  douceur  vague,  évanescente,  et  son 
art  exquis  des  demi-teintes  suaves  et  nuancées 
convient  merveilleusement  à  les  exprimer  musi- 
calement, si  toutefois  ce  n'est  pas  une  œuvre 
superflue  que  d'ajouter  de  la  musique  à  des  vers 
qui  sont  eux-mêmes  une  musique. 

La  tentative  a  plus  d'une  fois  réussi  à  Fauré  ;  et 
sur  des  pièces  des  Fêtes  galantes,  il  a  brodé  des 
ornements  mélodieux  d'une  touche  légère  de 
pastel.  Aujourd'hui,  c'est  sur  des  strophes  de  la 
Bonne  Chanson  qu'il  a  écrit  neuf  de  ses  plus  élé- 
gantes mélodies.  Elles  sont  tantôt  à  un  seul  mou- 
vement, le  plus  souvent  à  deux.  Vers  la  fin,  sur  la 
dernière  strophe,  de  sentiment  plus  calme  ou  plus 
rêveur,  un  alanguissement,  un  apaisement  se  pro- 
duit, que  la  musique  exprime  avec  un  charme 
délicieux. 

En  certains  de  se  Lieder,  le  thème  mélodique 
appartient  au  piano  et  se  développe  librement 
sans  être  subordonné  à  la  partie  vocale.  Dans 
cette  catégorie,  il  faut  citer  le  n°  r,  à  trois  temps  ; 
Une  sainte  eti  son  auréole,   où  le  chant  traverse  de 


délicates  harmonies;  le  n»  4,  où  revient  d'ailleurs 
le  thème  initial;  le  n"  6,  où  interviennent  de  gais 
appels  de  cailles  ;  le  n°  7  est  formé  des  deux  élé- 
ments, forme  vocale  de  la  mélodie,  intervention 
symphonique  alternées. 

Dans  la  mélodie  n°  3,  aux  mesures  notées  à  3/4, 
paraît,  au  clavier,  une  phrase  mélodique  qui 
évoque  le  chant  de  Nydia,  écrit  sur  des  vers  de 
Leconte  de  Lisle,  une  des  plus  jolies  mélodies  du 
premier  recueil  de  Fauré.  Cette  phrase  se  coupe 
en  deux  :  un  fragment  ascendant,  qui  fournil  le 
support  des  dernières  mesures,  marié  avec  le 
thème  initial,  forme  la  conclusion  de  la  mélodie 
n°  4.  Le  premier  fragment  de  la  phrase  revint  à  la 
basse,  page  21,  dans  le  cinquième  Lied. 

Comme  mélodies  plus  nettement  vocales,  et  où 
le  piano  n'a  guère  qu'un  rôle  d'accompagnement, 
se  présentent  le  n°  2,  accompagné  en  arpèges;  le 
no  S,  très  élégant  dans  ses  flexions  modulatrices  si 
harmonieusement  adaptés  aux  caprices  du  texte; 
enfin  le  n°  8. 

La  dernière  (n"  9)  est  une  sorte  de  résumé  où 
interviennent  des  rappels  des  thèmes  appartenant 
aux  précédentes.  L'appel  des  cailles  s'élève 
d'abord  du  clavier,  amène  le  rappel  du  thème 
instrumental  du  n"  7,  et  reparaît  çà  et  là,  toujours 
plus  allègre  et  plus  sonore,  comme  un  éclatement 
de  bourgeons  printaniers.  Le  rythme  ternaire  du 
n"  1  paraît  en  9/8  dans  VAndante  moderato  qui 
termine  le  n"  9,  et  expire  en  un  ressouvenir  des 
Lieder  6  et  8. 

Ce  qu'une  analyse  musicale  ne  saurait  dire, 
c'est  l'adresse  avec  laquelle  ces  idées  de  prove- 
nance diverse,  de  forme  vocale  ou  instrumentale, 
s'insèrent  dans  le  développement  de  la  mélodie  et 
se  combinent  insensiblement,  c'est  le  charme  des 
harmonies,  raffinées,  curieuses,  mais  toujours 
sans  dureté  pour  l'oreille,  la  subtile  atmosphère 
musicale  qui  enveloppe  et  pénètre  ces  poèmes  de 
grâce  tendre  et  chaste,  et  l'absence,  en  cette  suave 
imagination  lyrique,  de  toute  fadeur. 

Georges  Servières. 


Jules  BUSSCHOP 


E  doyen  des  musiciens  belges  est  né  en 
1810,  d'une  noble  famille  brugeoise. 
Musicien  des  plus  estimés  et  aussi  des 
plus  féconds,  il  a  cultivé  tous  les  genres,  composé 
des  S3-mphonies,  des  ouvertures,  un  grand  nombre 
de  chœurs,  de  mélodies,  de  scènes  dfamatiques, 
de  motets  et  autres  morceaux  religieux,  plusieurs 
messes  dont  une  écrite  pour  la  cérémonie  du 
mariage  de  Léopold  II;  il  est  l'auteur  de  la  can- 
tate exécutée  en  1846,  à  Bruges,  pour  l'inaugura- 
tion de  la  statue  de  Simon  Stévin,  et  d'un  Te  Deum 


LE  &U1DE  MUSICAL 


lœg 


exécuté  à  Sainte-Gudule,  le  21  juillet  1860,  au 
vingt-neuvième  anniversaire  de  l'avènement  de 
Léopold  I".  Citons  encore  un  opéra,  la  Toison 
d'Or,  non  représenté,  mais  dont  les  principaux 
fragments  ont  été  joués  dans  les  concerts. 

C'est  en  1834,  au  concours  qui  venait  d'être 
institué  par  le  ministre  Rogier,  que  M.  Busschop 
remporta  le  premier  prix  à  l'unanimité  sur  trente- 
six  concurrents.  Le  deuxième  échut  à  M.  Ermel, 
ancien  grand  prix  de  Rome  de  l'Institut  de 
France. 

Cette  carrière  si  longue  et  si  bien  remplie  a  été 
justement  honorée  :  en  1848,  M.  Busschop  était 
décoré  de  la  Couronne  de  Chêne  des  Pays-Bas;  en 
iS56,  de  l'ordre  de  Léopold;  il  recevait,  en  18S0 
les  insignes  d'officier,  de  la  main  du  ministre 
Rolin,  dans  une  solennité  dont  le  programme  était 
composé  exclusivement  de  ses  œuvres.  En  i883, 
on  lui  conférait  les  ordres  de  Charles  III  d'Espagne 
et  du  Christ  de  Portugal.  Il  fit  partie,  à  diverses 
reprises,  du  jury  du  grand  concours  de  composi- 
tion musicale,  et,  en  i8S3,  il  était  fait  membre  de 
l'Académie  de  Belgique. 

■  L'an  dernier,  une  manifestation  sympathique 
fut  organisée  par  les  artistes  brugeois  en  l'hon- 
neur de  leur  vénérable  doyen.  On  exécuta,  à  cette 
occasion,  une  de  ses  remarquables  compositions 
religieuses.  Peu  après,  la  municipalité  brugeoise, 
sur  l'initiative  du  bourgmestre,  fêta  le  soixan- 
tième anniversaire  du  concours  où  Jules  Busschop 
avait  remporté  son  premier  triomphe  :  une  adresse 
accompagnée  d'une  médaille  d'or  lui  fut  remise 
au  nom  de  sa  ville  natale,  en  présence  des  auto- 
rités de  la  commune  et  de  la  province. 

En  ce  moment,  le  vieux  maître,  dont  les 
années  n'ont  pas  ralenti  l'activité,  procède  aux 
répétitions  d'une  œuvre  nouvelle,  très  vibrante, 
qui  fera  les  frais  d'une  solennité  annoncée  pour  le 
27  décembre,  et  à  laquelle  prendront  part  cent 
trente  exécutants.  Ce  sera,  pour  M.  Busschop,  une 
sorte  d'apothéose. 

Il  est  à  souhaiter  que,  en  cette  circonstance, 
le  gouvernement  s'associe  à  l'hommage  rendu  au 
noble  vétéran  de  l'art  belge,  en  lui  décernant  la 
croix  de  commandeur,  qui  lui  revient  à  si  juste 
titre.  J.  d'A. 

Chronique  &e  la  Semaine 


PARIS 

La  millième  de  Faust,  à  l'Opéra  —  Conservatoire  natio- 
nal de  musique  —  Paul  et  Virginie,  opéra  en  trois 
actes  et  si.\  tableaux,  de  M  M.  Jules  Barbier  et  Michel 
Carré,  musique  de  Victor  Massé.  (Reprise  à  l'Opéra- 
Comique.) 

La  millième  de  Faust  a  eu  lieu,  à  l'Opéra,  le 
14  décembre  1894.  Exécuté,  pour  la  première 


fois,  à  l'Opéra- Comique,  le  19  mars  i85g,  cet 
opéra  aura  mis  plus  de  trente-cinq  ans  à  attein- 
dre le  respectable  chifFro  de  mille,  alors  que 
Mignon,  dont  la  première  représentation  eut 
lieu  le  17  novembre  i855  et  la  millième  en  mai 
1894,  n'aura  attendu  que  vingt-sept  ans  et  demi 
pour  arriver  au  même  résultat.  Ainsi  l'a  voulu 
la  faveur  du  public,  qui  adopta  d'emblée  une 
œuvre  dont  la  contexture  ne  s'éloignait  pas  des 
sentiers  battus  et  ne  troublait  ni  ses  habitudes, 
ni  sa  quiétude,  tandis  que  Faust,  qui,  au  mo- 
ment de  son  apparition,  était  sans  nul  doute 
une  conception  nouvelle  et  progressive,  devait 
être  accepté  plus  difficilement.  Nous  ne  rap- 
pellerons pas  ici  les  différentes  phases  par  les- 
quelles a  passé  l'œuvre  d'amour,  qui  a  fini  par 
enthousiasmer  la  génération  de  1860,  donner 
naissance  à  une  école  et  dépasser  les  frontières 
du  beau  pays  de  France,  pour  se  répandre 
dans  le  monde  entier.  Il  ne  faut  pas  l'oublier, 
—  même  lorsque  nous  aurions  des  préférences 
manifestées  ouvertement  et  en  temps  opportun, 
pour  des  traductions  musicales  du  Faust  de 
Gcethe  plus  élevées  dans  l'échelle  de  l'art  : 
nous  voulons  parler  de  celles  d'Hector  Berlioz 
et  de  Robert  Schumann. 

Mais  si  nous  ne  croyons  pas  devoir  retracer 
l'histoire,  si  connue  aujourd'hui,  du  Faust  de 
Gounod,  nous  avons  à  rappeler  à  tous  celle  qui 
fut  la  première  interprète,  l'incarnation  de 
Marguerite.  M"""  Miolan-Carvalho  n'a  jamais 
été  égalée  dans  ce  rôle.  Sa  diction  merveil- 
leuse, sa  voix  d'un  timbre  adorable,  son  style 
impeccable  en  firent  une  Marguerite  idéale. 
Heureux  ceux  qui  ont  pu  l'entendre  et  sub  le 
charme  de  son  art  ! 

Pour  la  millième,  la  direction  de  l'Opéra 
avait  commandé  au  célèbre  sculpteur  Fal- 
guière,  la  maquette  d'un  monument  représen- 
tant le  compositeur  assis,  drapé  à  l'antique, 
avec  une  Renommée  planant  au-dessus  de  lui 
et  sonnant  de  la  trompette.  La  cantate  de  cir- 
constance avait  été  écrite  par  M.  Ambroise 
Thomas,  et  l'interprétation  des  rôles  avait  été 
confiée  à  M^'s  Caron ,  Deschamps- Jehin, 
Mlle  Agussol  et  MM.  Alvarez,  Delmas  et  Re- 
naud. Le  succès  a  été  grand  ;  mais  le  chantre 
de  Marguerite  n'était  plus  là  pour  recevoir  les 
ovations  enthousiastes  des  spectateurs  ! 

—  Une  joie  bien  douce  nous  était  réservée, 
dimanche  dernier,  au  Conservatoire  :  celle  de 
voir  acclamée  une  des  belles  œuvres  symphoni- 
ques  du  maître  que  nous  aimons  tant,  la  qua- 
trième Syinphoiiie  en  ré  mineur  de  Robert 
Schumann  !  C'est  qu'elle  fut  jouée  dans  la  per- 
fection par  l'orchestre  de  la  Société  des  Concerts 


1030 


LE  GUIDE  MUSICAL 


et  qu'elle  se  montra  ainsi  dans  sa  rayonnante 
beauté.  Sans  insister  sur  cette  innovation  des 
thèmes  reproduits  dans  les  diverses  parties  de 
la  composition,  admirons  cette  introduction 
mystérieuse  avec  ces  longues  phrases  traînées 
des  violons,  se  reliant  à  l'allégro  plein  de  mou- 
vement et  affectant  le  style  pastoral,  dans  le- 
quel apparaît  ce  gracieux  passage  mélodique 
des  violons,  vision  courte  mais  charmante,  — 
puis  la  Romance,  mélodie  populaire  d'un  sen- 
timent triste,  esquissée  par  les  violoncelles  et 
le  hautbois  et  suivie  d'une  sorte  de  variation 
confiée  au  violon  solo  (M.  Nadaud)  ;  le  Scherzo 
très  rythmé,  et  surtout  le  Trio,  merveille  de 
délicatesse  et  de  sous  -  entendus  délicieux. 
Quelle  liaison  émouvante  que  celle  existant 
entre  leScherzo  et  le  Finale  d'unerare  énergie, 
renfermant  une  phrase  tendre  et  haletante  si 
particulière  au  génie  de  Schumann!  Œuvre 
remarquable  par  sa  grande  tenue,  son  unité  et 
la  poésie  intense  qui  s'en  dégage  ! 

Les  fragments  du  Messie,  summum  opus  de 
Hsendel,  ont  été  également  fort  bien  interprétés 
par  les  chœurs  et  l'orchestre.  On  sait  que  cet 
ouvrage,  composé  à  Londres  en  1741,  fut 
exécuté  pour  la  première  fois  à  Dublin,  le 
i3  avril  1742. 

Le  Concerto  en  ut  mineur  (op.  44)  de  Saint- 
Saëns  a  été  l'occasion  d'un  nouveau  triomphe 
pour  M.  Louis  Diemer.  Nous  n'avons  plus  à 
insister  sur  les  qualités  qui  distinguent  ce  vir- 
tuose et  qui  l'ont  placé  sur  le  même  rang  que 
les  artistes  les  plus  remarquables  de  la  période 
contemporaine.  Rappelons  que  le  Concerto  en 
ut  mineur  est  peut-être,  parmi  les  œuvres  pia- 
nistiques  de  Saint-Saëns,  celle  qui  porte  le 
plus.  A  titre  de  curiosité,  il  serait  permis  de 
signaler  l'emploi  du  motif  initial  de  l'ouverture 
de  Struense'e,  que  l'auteur  fait  intervenir  en  le 
modifiant  ou  en  le  paraphrasant  dans  les 
diverses  parties  du  Concerto. 

La  séance  se  terminait  par  le  Départ,  chœur 
sans  accompagnement,  de  Mcndelssohn,  et  la 
Symphonie  en  mi  bémol  de  Mozart. 

— En  septembre  1887,  à  l'inauguration  de  la 
plaque  commémorative  placée  sur  la  maison 
natale  de  Victor  Massé,  à  Lorient,  M.  Jules 
Simon  prononça  un  discours  dans  lequel  nous 
relevons  les  paroles  suivantes  : 

«  La  musique  n'est  pas  seulement  un  art, 
c'est  une  science.  On  est  un  musicien  charmant 
ou  puissant  quand  la  nature  l'a  voulu  ;  on  est 
un  musicien  savant  quand  on  a  eu  le  courage 
d'étudier  la  musique  comme  une  science 
abstraite.  J'honore  infiniment  cette  science-là 
comme  toutes  les   autres.    J'ose  dire  qu'elle 


mérite  surtout  notre  admiration  et  notre  re- 
connaissance, parce  qu'elle  donne  à  l'art  plus 
d'éclat  et  de  solidité.  Victor  Massé  était  très- 
savant,  mais  il  ne  faisait  pas  de  mu.=;ique  scien- 
tifique. Il  se  servait  de  sa  science  sans  la  mon- 
trer. Il  pensait,  l'humanité  a  toujours  pensé,  et 
elle  pensera  toujours  que  le  véritable  musicien 
est  celui  qui  chante.  » 

Oui,  certes  ;  mais  il  est  nécessaire  que  la 
mélodie  ne  soit  ni  plate  ni  banale,  qu'elle  tra- 
duise fidèlement  les  vers  du  librettiste,  lorsqu'il 
s'agit  de  théâtre,  qu'elle  naisse  de  l'ensemble 
de  l'harmonie.  Gluck,  dans  ses  immortels  opé- 
ras, Beethoven  dans  Fidelio,  Weber  dans 
Frcyschiitz,  Obéron,  Euryanthe,...  Berlioz 
dans  les  Troycns,  Reyer  dans  Sigurd,  Sa- 
lammbô, Richard  Wagner  dans  ses  admirables 
drames  lyriques,  et  tant  d'autres  n'ont-ils  pas 
reconnu  la  nécessité  d'un  théâtre  plus  vrai, 
plus  humain,  et  l'effet  obtenu  n'a-t-il  pas  été  à 
la  hauteur  de  l'effort?  Ne  sont-ils  pas  de  véri- 
tables musiciens,  qui  chantent  et  nous  enchan- 
tent? Or,  Victor  Massé  appartenait  à  une  école 
qui  se  souciait  peu  de  cette  science,  de  cette 
vérité  scénique,  dont  nous  sommes  aujourd'hui 
tous  si  profondément  pénétrés.  Aussi  son 
Paul  et  Virginie,  exécuté,  pour  la  première 
fois,  en  1876,  au  théâtre  lyrique  de  la  Gaîté, 
sous  la  direction  de  Vizentini,  n'a  pas  gagné, 
selon  nous,  avec  le  temps.  Les  rides  se  laissent 
entrevoir  trop  facilement.  Si  nous  savons  re- 
connaître la  grâce  et  le  charme  qui  se  dégagent 
de  telles  ou  telles  pages  de  la  partition,  l'en- 
semble ne  nous  émeut  pas.  Le  succès,  nous 
dira-t-on  ?  N'esl-il  pas  dû  à  l'interprétation 
hors  ligne,  plutôt  qu'à  lu  maîtrise  de  l'œuvre? 
Des  interprètes  comme  M""  Delna,  qu'il  faut 
citer  en  toute  première  ligne  dans  le  rôle  de 
l'esclave  Méala,  Fugère  (Domingue),  cet  excel- 
lent artiste,  Clément,  dont  la  voix  jeune  et 
fraîche  convient  fort  bien  au  rôle  de  Paul, 
M"^  Saville,dont  le  début  a  été  très  heureux  en 
Virginie,  M.  Mondaud,  M"es  Villefroy,  Wyns, 
Buhl  et  M.  Artusréalisent  un  ensemble  absolu- 
mentparfait.  M.  Danbé  n'a  pas  eu  grande  diffi- 
culté à  diriger  l'orchestre,  puisque  c'est  lui  qui 
avait  monté  autrefois  l'ouvrage  au  Théâtre- 
Lyrique.  Mais  le  grand  triomphe  a  été  pour 
M"<=  Delna,  qui,  dans  toutes  ses  créations,  se 
révèle  une  artiste  et  une  chanteuse  de  premier 
ordre.  Hugues  Imbert. 


CONCERTS-LAMOUREUX 

Mme  Klafsky  s'est  fait  entendre,  une  seconde 
fois,  dimanche  dernier,  au  concert  des  Champs- 


LU  GUIDE  MUSICAL 


1031 


Elysées.  Espérons  que  ce  sera  la  dernière, 
car  nous  ne  partageons  pas  du  tout  l'engoue- 
ment que  témoigne,  à  son  égard,  une  grande 
partie  du  public. 

Dans  l'air  de  la  Comtesse  des  Noces  de  Fi- 
garo, elle  a  usé  jusqu'à  l'abus  des  ports  de 
voix.  Cette  façon  de  traîner  les  notes  est,  pour 
une  chanteuse,  un  défaut  capital,  comparable 
au  glissement  exagéré  des  doigts  sur  un  instru- 
ment à  cordes.  Mais  l'auditoire  a  bien  voulu 
applaudir  chez  M™^  Klafsky  ce  qu'il  n'eût 
peut-être  pas  toléré  chez  une  chanteuse  fran- 
çaise. 

La  cantatrice  hongroise  a  mieux  rendu  l'air 
d'Eglantine  d'Eitryanthe,  abstraction  faite, 
toutefois,  des  vocalises  que  renferme  ce  mor- 
ceau, et  qu'elle  a  exécutées  sans  légèreté,  ni 
délicatesse. 

Quant  à  la  scène  finale  du  Crépîisciile  des 
Dieux,  interprétée,  il  y  a  quelques  semaines, 
par  M™«  Materna  avec  beaucoup  d'expression, 
mais  sans  voix,  elle  a  été  dite  par  M™^  Klafsky 
avec  beaucoup  de  voix,  mais  sans  expression. 
Froide  et  impassible,  l'artiste  dominait  l'or- 
chestre de  sa  voix  puissante,  mais  demeurait 
incapable,  par  contre,  de  communiquer  aux  au- 
diteurs la  moindre  émotion.  Cette  émotion,  nous 
l'avons  ressentie,  et  très  vive,  lorsque  M™^ 
Klafsky  a  cessé  de  chanter  et  que  l'orchestre  a 
fait  entendre  les  dernières  mesures  du  Crépus- 
cule des  Dieux,  cette  page  pathétique  et  sublime 
qui  termine  l'œuvre  colossale  de  Wagner. 

M.  Lamoureux  donnait  la  première  audition 
de  Thûvuir,  poème  symphonique,  écrit  par  le 
compositeur  russe  Balakireff,  d'après  la  poésie 
de  Lermontoff.  La  reine  Thâmar  est  un  ange 
et  un  démon  tout  à  la  fois  ;  elle  attire,  par  un 
appel  enchanteur,  les  passants  dans  sa  tour,  où 
des  cris  passionnés  retentissent  au  milieu  de  la 
nuit.  A  l'aube,  tout  se  tait,  on  n'entend  plus 
que  le  mugissement  du  Térek,  qui  roule  dans 
ses  eaux  un  corps  inanimé. 

Nous  craignons  peut-être  de  n'avoir  pu, 
après  une  première  audition,  apprécier  l'œuvre 
musicale  à  sa  juste  valeur.  Maislecompositeur, 
qui  s'est  attaché  à  rendre  surtout  le  côté  brutal 
du  sujet,  ne  nous  paraît  pas  avoir  été  toujours 
très  heureux  dans  le  choix  de  ses  motifs,  dont 
quelques-uns  sont  peu  intéressants  et  empreints 
parfois  d'une  certaine  trivialité.  On  voudrait 
aussi  plus  de  suite  dans  les  idées  et  plus  de 
variété  dans  le  rythme.  Mais  on  doit  reconnaître 
que  l'auteur  est  un  maître  harmoniste  et  qu'il 
sait,  de  temps  en  temps,  tirer  de  l'orchestre  des 
effets  merveilleux.  Ce  qu'il  faut  louer  et  admi- 
rer sans  aucune  réserve,  c'est  la  dernière  partie 


de  l'œuvre,  où  le  musicien  a  traduit,  avec  un 
charme  tout  poétique  et  une  justesse  d'expres- 
sion remarquable,  ces  deux  vers  du  poète  : 

A  ce  moment  suprême,  une  ombre  blanchissante 
Envoyait  un  adieu,  de  loin,  au  bien-aimé. 

Ce  finale,  trop  court  à  notre  sens,  est  vrai- 
ment d'une  grande  beauté. 

Le  concert,  qui  débutait  par  l'ouverture  de 
Coriolan  de  Beethoven,  se  terminait  avec  la 
Rapsodie  norwégienne  de  Lalo. 

Ernest  Thomas. 


CONCERTS  D'HARCOURT 

Peu  de  monde,  cette  fois-ci,  au  concert 
d'Harcourt,  et  c'est  grand  dommage,  car  l'exé- 
cution d'importants  fragments  de  Geneviève  a 
été  très  satisfaisante.  Mais  le  nom  de  Wagner 
ne  figurait  pas  au  programme,  et  ce  n'est  pas 
la  première  fois  que  nous  remarquons  le  man- 
que d'éclectisme  du  public  parisien. 

Sans  doute,  Schumann  a  mis  la  plus  grande 
part  de  son  originalité  dans  son  œuvre  de 
piano,  dans  sa  musique  de  chambre  et  ses  Lie- 
der  :  mais  de  combien  de  sublimités  se  fleuris- 
sent encore  ses  symphonies  et  ses  poèmes 
lyriques  !  Quelles  riches  guirlandes  d'idées  mé- 
lodiques, fortes  ou  gracieuses,  d'où  les  beaux 
rythmes,  et  les  puissantes  harmonies,  et  les 
heureux  mélanges  de  timbres  festonnent  à 
profusion. 

La  partition  de  Geneviève  ne  manque  point 
de  ces  inspirations.  Parmi  les  morceaux  les 
plus  applaudis,  signalons  l'ouverture,  d'abord, 
puis  le  chœur  des  guerriers,  d'un  rythme 
énergique,  magnifiquement  soutenu  par  les 
contrebasses.  Le  duo  de  Geneviève  et  de  Sieg- 
fried, dont  ce  chœur  est  encadré,  est  touchant 
et  simple,  mais  il  le  cède  en  originalité  au  duo 
du  deuxième  acte  (entre  Geneviève  et  Golo); 
une  vraie  sérénade,  délicieuse  de  fraîcheur. 
Remarquons,  ensuite,  le  bel  air  de  Siegfried  : 
Bald  blick  ich  dich  wieder  mein  Heimatschloss, 
si  lyrique  et  si  noble.  M.  Auguez  l'a  chanté 
avec  une  bravoure  superbe,  et  nous  a  donné, 
d'ailleurs,  une  fort  bonne  interprétation  de 
tout  son  rôle.  M.  Challet,  chantant  Hidulfus,  a 
révélé  de  sérieuses  qualités.  M''^  Blanc  (Gene- 
viève) ne  nous  a  pas  seulement  fait  admirer  sa 
voix  fraîche  et  bien  posée,  elle  a  nuancé  ses 
morceaux  avec  beaucoup  de  justesse  et  de 
force,  exemple  que  M.  Vergnet  (Golo)  aurait 
bien  fait  de  suivre.  Quant  à  M"«  Adèle  Rémy, 
elle  a  su  donner  du  relief  à  la  belle  scène  du 
Miroir.  Il  convient  de  louer  sa  méthode  et  son 


1032 


LE  GUIDE  MUSICAL 


style,  quoique  le  rôle  de  Maigared,  écrit  cons- 
tamment dans  le  médium,  avec  des  notes  qui 
filent  tout  à  coup  dans  le  registi'e  aigu,  ne  soit 
pas  très  bien  choisi  pour  elle. 

L'orchestre  a  bien  marché,  sauf  que,  par- 
fois, il  couvrait  un  peu  les  solistes.  Les  chœurs 
d'hommes  sont  bons,  ceux  de  femmes  laissent 
beaucoup  à  désirer  ;  ils  chuchotent,  on  les  en- 
tend fort  mal. 

La  traduction  française  de  Geneviève,  due  à 
MM.  d'Harcourt  et  Grandmougin,  a  le  mérite 
d'être  en  prose  rythmée.  Elle  ne  se  pique  pas, 
je  crois,  d'une  minutieuse  exactitude,  ce  qui 
n'est  pas  nécessaire,  d'ailleurs;  elle  se  contente 
d'être  claire,  tout  en  offrant  au  texte  allemand 
un  bon  parallélisme.  Reyval. 

'  N.  B.  -  M.  d'Harcourt  a  une  singulière  façon  de 
comprendre  la  critique  musicale,  dont  le  rôle  se  borne- 
rait, selon  lui,  à  distribuer  des  éloges.  Mes  deux  notices 
sur  le  T antihistiser ,  malgré  leur  rédaction  courtoise  et 
modérée,  ont  fort  déplu,  paraît-il,  au  chatouilleux  ca- 
pellmeister,  —  et  j'encours  l'excommunication  majeure, 
sous  forme  de  suppression  du  service  au  Gnide  Musical. 
J'entends  bien  que  cette  mesure  m'est  personnelle  et  ne 
saurait  s'étendre  à  M.  Marcel  Rémy,  dont  je  tiens  ici 
momentanément  la  place.  Mais  ne  vous  flattez  ■  pas, 
Monsieur  d'Harcourt,  de  vous  être  ainsi  débarrassé  de 
moi.  Je  reste  à  mon  poste,  et,  pendant  la  durée  de  mon 
intérim,  je  vous  loue  tout  simplement  de  mes  deniers  un 
bon  fauteuil  d'orchestre,  où  j'installe  commodément 
monfrano-parUi .  R. 


M.  L.  Breitner  organise,  avec  le  concours 
de  MM.  Rémy,  Parent,  Van  Waefelghem, 
Delsart,  Teste  et  Controne,  quatre  concerts 
de  musique  classique  et  moderne,  qui  auront 
lieu  à  la  salle  Erard  les  vendredis  2.5  janvier, 
i",  8  et  i5  février  prochains.  Le  programme  de 
ces  quatre  séances  comprend,  outre  différentes 
oeuvres  de  Beethoven,  Schumann  et  Brahms, 
le  Quintette  op.  8 1  et  le  Trio  op.  gode  Dvo- 
rak, la  Suite  pour  piano  et  violon  de  Schutt,  la 
Sonate  pour  piano  et  violoncelle  de  Goldmark, 
et  une  sonate  pour  piano  et  violoncelle  de 
Richard  Strauss,  œuvres  qui  toutes  figurent  au 
programme  en  première  audition  à  Paris.  La 
quatrième  et  dernière  séance  se  terminera  par 
le  septuor  de  la  Trompette  de  Saint-Syëns. 


L'Opéra,  s'il  faut  en  croire  le  Journal  des 
Débats,  nourrit  d'intéressants  projets...  wagné- 
riens.  Il  paraît  qu'après  Tannhceuserle  premier 
ouvrage  de  Wagner  que  l'on  montera  à  l'Aca- 
démie nationale  de  musique,  sera  les  Maîtres 
Chanteurs,  qui  passera  au  cours  de  la  saison 
1895-1896.  D'année  en  année,  la  direction 
compte  ensuite  compléter  le  répertoire  wagné- 


rien.  Il  est  probable  qu'après  les  Maîtres  Chan- 
teurs,   on    donnera    Tristan    et   Iseult.    On  ^  ; 
espère  que  pour  l'année   1900  la  plus  grande 
partie  des  œuvres  de  Wagner  seront  inscrites    ""J 
au  répertoire. Pendant  la  durée  de  l'Exposition,     ; 
les  représentations  auront  lieu  tous  les  soirs  à 
l'Opéra.    Une    troupe  sera   formée  à   chanter 
exclusivement  les  ouvrages  du  maître  allemand, 
qui    seront    donnés    deux    ou    trois    fois   par 
semaine,    sans    faire  de  tort  ainsi  aux   repré- 
sentations des  autres  œuvres  lyriques. 

Tels   sont  les   projets  que   la  direction    de 
l'Opéra  met  en  ce  moment  à  l'élude. 


BRUXELLES 

Il  y  avait  peu  de  monde  à  la  reprise  du  Rêve, 
cette  semaine,  à  la  Monnaie.  Et  cependant, 
l'œuvre  de  M.  Bruneau  reste  bien  intéressante, 
surtout  quand  on  la  rapproche  des  dernières 
productions  de  l'école  française.  Et  cependant 
aussi,  le  rôle  d'Angélique  est  l'un  des  meil- 
leurs de  M'ii^  Simonnet,  l'un  de  ceux  où  son 
talent  de  composition  s'affirme  de  la  manière  la 
plus  heureuse,  sans  que  l'étude  et  l'apprêt  s'y 
fassent  trop  sensiblement  sentir. 

La  gracieuse  artiste  a  retrouvé  dans  ce  rôle 
—  l'une  de  ses  créations  à  l'Opéra-Comique — 
le  succès  qui  l'y  accueillait  l'an  dernier,  à  sa 
première  apparition  sur  la  scène  de  la  Mon- 
naie. M.  Seguin  déploie  toujours  un  art 
sévère  et  pénétrant  dans  le  personnage  de 
l'évêque,  réalisé  par  lui  avec  une  vérité  saisis- 
sante. Et  M.  Dinard  s'efforce  également,  et 
avec  bonheur,  de  donner  au  rôle  d'Hubert  sa 
véritable  physionomie. 

Des  deux  nouveaux  interprètes,  M.  Bonnard 
et  M'ii^  Hendrickx,  le  premier  ne  fait  pas  ou- 
blier son  prédécesseur  sous  le  rapport  du  chant; 
mais  son  jeu,  étudié  avec  intelligence,  a  une 
réserve  qui  approche  plus  de  la  réalité  que  les 
grands  gestes  et  les  attitudes  mélodramatiques 
de  M.  Leprestre.  M"e  Hendrikx  n'a  pas  la 
voix  qui  convient  au  rôle  d'Hubertine;  la  jeune 
artiste  ne  pouvait  donc  réussir  dans  une  tâche 
où  elle  avait,  en  outre  à  lutter  contre  le  sou- 
venir de  Mii^  Armand,  qui  reprit  ce  rôle  l'an 
dernier  à  M"':  Wolf. 

Dans  l'ensemble  cependant,  cette  exécution 
du  Rêve  peut  compter  parmi  les  meilleures 
que  nous  ait  fournies  cette  année  la  troupe  de 
la  Monnaie.  J.  Br. 


Non  moins  intéressante  que  le  récital  du 
Cercle,  la  soirée  donnée  par  M.  d'Albert,  à  la 
Grande-Harmonie  (troisième  séance  de  musi- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1033 


que  de  chambre  organisée  par  la  maison 
Schott),  a  vivement  captivé  le  public  musical. 
Sous  les  doigts  de  l'éminent  artiste,  le  piano  se 
transforme  :  il  chante,  il  murmure,  il  pleure,  il 
rit,  il  atteint  à  la  puissance  d'un  orchestre,  et  il 
a  des  caresses  exquises  de  voix  d'enfant.  Je  ne 
sache  pas  un  pianiste  aujourd'hui  qui  possède, 
au  même  degré  que  M.  d'Albert,  l'art  de  faire 
oublier  que  le  piano  est  un  instrument.  Son 
mécanisme  est  si  prodigieux,  si  parfait,  qu'qn 
ne  songe  pas  un  instant  à  s'émerveiller  de  la 
difficulté  vaincue,  qu'on  peut  s'absorber  tout 
entier  dans  la  contemplation  de  l'œuvre  inter- 
prétée; Et  si  le  jeu  du  jeune  maître,  —  il  a  tout 
juste  trente  ans,  —  paraît  froid  à  quelques-uns 
qui  prennent  souvent  l'affectation  pour  le  sen- 
timent, il  faut  ajouter  qu'il  n'est  personne  qui 
n'admire  la  prodigieuse  variété  d'un  toucher 
qui  se  plie  à  tous  les  styles.  Avec  quel  relief, 
par  exemple,  s'est  opposée  la  fermeté  du 
rythme  et  des  dessins  dans  la  fugue  en  ré  mi- 
neur (pour  orgue)  de  Bach,  à  la  mélancolie 
tour  à  tour  passionnée  de  la  cantilène  et  à  la 
puissance  de  sonorité  dans  V Appasionata  de 
Beethoven  !  Quelle  morbidesse  dans  le  Noc- 
turne de  Chopin  (op.  9  n"  3)  alternant  avec  la 
fierté  héroïque  de  la  Polonaise,  ou  avec  la  dou- 
ceur naïve  d'un  chant  de  Mozart  ou  de  Schu- 
bert. Et  puis,  tout  à  coup,  quel  étincellement  de 
fantaisie  dans  l'exquise  tarentelle  (Napoli)  de 
Liszt  1  Bien  peu  de  virtuoses,  convenons-en, 
disposent  d'un  aussi  extraordinaire  ensemble 
de  nuances,  et,  par  là,  d'Albert  prend  rang 
tout  près  des  plus  illustres  de  ses  devanciers. 
De  telles  soirées  sont  un  régal  artistique  de 
rare  et  exceptionnelle  qualité. 

M.  Edouard  Jacobs  avait  assumé  la  tâche, 
assez  ingrate,  de  fournir  les  intermèdes  aux 
pièces  de  piano  jouées  par  M.  d'Albert.  Il  l'a 
fait  avec  son  talent  si  justement  apprécié  de 
violoncelliste,  mais  aussi  avec  les  affectations 
de  sensibilité,  avec  ce  luxe  de  vibrements  et  de 
rallentandos  que  son  goût  devrait  réprouver,  et 
qui  ne  sont  nullement  nécessaires  quand  on  a 
un  aussi  joli  son  et  une  aussi  parfaite  justesse. 

M.  K. 

La  seconde  audition  des  pianos  Steinway  a 
eu  lieu  à  la  salle  Ravenstein  le  jeudi  i3  décem- 
bre. M.  Litta  avait  consacré  cette  séance  à 
Beethoven  :  il  a  exécuté  avec  brio  les  quatre 
sonates  op.  27,  53,  m  et  57.  Il  y  avait  une 
certaine  témérité  à  interpréter  ainsi  quatre 
œuvres  de  haute  envergure.  M.  Litta  s'en  est 
■  tiré  cependant  à  son  honneur,  et  le  succès  ne 
lui  a  pas  manqué. 

A  la  Grande-Harmonie,  affluence  considé- 
rable pour  le  concert  de  M"":  Lallemand,  qui  a 


fait  entendre,  la  première  partie  partie  du 
concerto  en  mi  mineur,  la  Berceuse,  la  valse 
en  la  bémol  de  Chopin,  l'allégro  et  le  presto 
du  premier  concerto  de  Mendelssohn,  diffé- 
rentes pièces  de  Liszt,  de  B.  Godard  et  de 
G.  Bizet.  M.  Jean  ten  Hâve,  qui  est  de  tous 
les  concerts,  a  exécuté  la  sonate  op.  3o,  n»  3, 
de  Beethoven,  accompagné  par  M™<^  Lalle- 
mand, le  caprice  d'E.  Guiraud,  l'adagio  de 
Rietz,  la  mazurka  d'Ysaye  et  le  scherzo  de 
Wieniawski.  M™'^  Denefve-Van  Daele  a  chanté 
d'une  voix  bien  malade  les  Griffes  d'or  d'A, 
Holmes  et  Vieilles  Amours,  une  nouvelle 
mélodie  de  A.  Beon. 

A  la  deuxième  matinée  des  instruments  à  vent, 
dont  le  programme  était  habilement  composé,  on 
a  très  vivement  applaudi  une  cantatrice  Scandi- 
nave, M""  Sidner,  qui  ne  s'était  pas  encore  fait 
entendre  à  Bruxelles  et  qui  avait  et  6  très  bien  accueil- 
lie, récemment,  aux  Concerts-Colonne.  Elle  pos- 
sède un  très  beau  mezzo  et  dit  à  ravir  le  lied 
(Massenet,  Martini,  Grieg),  et  avec  grand  style  la 
vieille  musique  classique  de  chant  (air  de  Marcello). 
M""  Sidner  a  été  engagée  séance  tenante  pour 
chanter  la  Françoise  de  Rimini  de  M.  Gilson,  que 
les  Concerts-Populaires  nous  promettent  à  l'une 
de  leurs  prochaines  séances. 

Quant  aux  instrumentistes,  MM.  De  Greef,  An- 
thoni,  Guidé,  Merck,  Lapon, Godenne  et Danneels, 
ils  nous  ont  donné  une  très  belle  exécution  du  Sep- 
tuor de  Hummel,  éternellement  jeune  et  piquant . 
MM.  De  Greef  et  Anthoni  ont,  en  outre,  joué  une 
sonate  de  Reinecke  assez  longuette,  mais  pleine 
d'ingénieux  détails,  que  les  interprètes  ont  fait 
valoir  à  merveille. 

Notons  aussi  des  quintettes  pour  flûte,  hautbois, 
clarinette,  cor  et  basson.  Prélude  de  Pessard,  et 
Pastorale  de  Pierné,  qui  ont  été  très  goûtés 

Aujourd'hui,  dimanche,  a  lieu  le  premier 
concert  du  Conservatoire,  tout  entier  consacré  à 
Beethoven:  l'ouverture,  op.  ii5,  le  concerto 
en  lui  bémol  pour  piano  et  orchestre  (soliste  : 
M.  Gurickx),  et  la  symphonie  avec  chœurs. 

Rappelons  que  dimanche  prochain  a  lieu  la 
première  matinée  de  la  Société  des  Nouveaux- 
Concerts,  au  théâtre  de  l'Alhambra,  sous  la 
direction  de  M.  Franz  Servais  et  avec  le  con- 
cours de  M™"=  Brema.  On  en  trouvera  le  pro- 
gramme plus  loin. 

En  manière  de  rappel  à  ses  abonnés,  la 
Société  leur  adresse  une  circulaire  qui  débute 
ainsi  : 

Afin  de  couper  court  à  certaines  imputations 
relativement  à  la  composition  de  l'orchestre  de  la 
Société  des  Nouveaux  Concerts,  nous  avons 
l'honneur  de  vous  communiquer  la  liste  des 
artistes  engagés  par  nous.   Respectueux    de  leur 


1034 


LE  GUIDE  MUSICAL 


talent  et  de  notre  dignité,  nous  avons  le  devoir  de 
protester  hautement  contre  des  calomnies  in- 
ventées et  propagées  jusqu'à  l'étranger,  auprès 
des  chefs  d'orchestre  invités  par  nous,  dans  le  but» 
déloyal  de  jeter  un  discrédit  sur  notre  institution. 
Nous  avons  assez  de  tact  pour  ne  pas  confier  aux; 
chefs  d'orchestre  invités  par  la  Société  des  Nou- 
veaux Concerts  la  direction  «d'un  ramassis  de 
musiciens  raccolés  n,  mais  un  orchestre  de  premier 
ordre. 

Nous  n'ignorons  pas  à  quels  bruits  cette 
circulaire  fait  allusion.  Mais  elle  en  dit  trop  ou 
trop  peu,  et  c'est  un  manque  de  tact  de  ses 
auteurs,  quoiqu'ils  se  vantent  d'en  avoir,  de  se 
borner  à  des  attaques  aussi  vaguement  for- 
mulées et  néanrroins  aussi  perfides.  Il  importe 
que  l'on  précise. 


M.  Léopold  Wallner,  qui  a  repris,  dans  les 
salons  de  M""  De  Smet,  ses  causeries  sur  l'his- 
toire et  la  littérature  du  piano,  a  commencé,  mer- 
credi dernier,  l'examen  des  œuvres  de  Franz  Liszt, 
très  habilement  secondé  par  M"''  Hoeberechts.  Il 
consacrera,  le  g  janvier,  une  seconde  causerie 
au  grand  maître  moderne  du  piano. 

Au  théâtre  de  la  Monnaie,  on  annonce,  pour  le 
28  décembre,  la  première  de  VEnfance  de  Roland  de 
M.  Emile  Mathieu.  Mais  cette  date  n'est  pas  en- 
core définitive. 


CORRESPONDANCES 

AMSTERDAM.  -  Au  Concert  Philharmo- 
nique du  6  décembre  et  à  la  dernière  séance 
de  musique  de  chambre  de  MM.  Kes  et  consorts, 
Eugène  d'Albert  s'est  produit  comme  pianiste  et 
comme  compositeur.  Comme  pianiste,  il  a  eu, 
ainsi  que  toujours,  un  succès  énorme;  le  succès  du 
compositeur  a  été  moindre.  L'ouverture  de  son 
opéra  le  Rubis,q\i'il  a  dirigée  lui-même,  etson  qua- 
tuor pour  instruments  à  cordes  ont  intéressé  sans 
émouvoir  profondément.  L'ouverture  du  Rubis  est 
pleine  de  réminiscences  viragnériennes,  et  bruyam- 
ment orchestrée.  Le  quatuor  est  une  œuvre  plus 
élevée,  fort  estimable,  quoique  un  peu  tour- 
mentée. Comme  pianiste,  d'Albert  a  joué  le 
Concerto  en  mi  bémol  de  Beethoven,  Nocturne-Polo- 
naise de  Chopin,  Valse  impromptu  et  Tarentelle  de 
Liszt  dans  la  plus  complète  perfection,  et,  à  la 
séance  de  musique  de  chambre,  la  sonate  pour 
piano  et  violon  op.  96  de  Beethoven  (avecM.Tim- 
ner,  le  concertmeister  de  l'orchestre  de  Kesj  et  le 
deuxième  quatuor  op.  36  de  Brahms,  avec 
MM.  Timner,  Kes  et  Mossel.  Si  nous  avions  une 
restriction  à  faire,  elle  serait  du  côté  de  l'expres- 
sion, du  sentiment  intime,  que  nous  trouvons 
beaucoup    plus  développé   chez  Paderewsky   et 


chez  De  Greef,  où  la  note  du  cœur  ne  fait  jamais 
défaut. 

Le  premier  concert  historique, donnéparM.  Kes 
dans  la  jietite  salle  du  Concertgebauw,  a  été  une 
'  véritable  jouissance  pour  les  amateurs  de  musique 
rétrospective.  La  Toccata  de  Monteverde,  qui  ou- 
vrait la  séance,  a  obtenu  un  grand  succès  de 
curiosité.  Cette  Toccata  servait  d'ouverture  à  son 
opéra  Orfeo,  représenté,  pour  la  première  fois,  en 
1607.  C'est  à  Monteverde  qu'on  attribue  l'invention 
des  pizzicaH  et  du  trémolo  dans  les  instruments  à 
cordes.  Corelli,  dont  on  a  joué  le  premier  concerto 
grosso  pour  instruments  à  cordes,  était  Jin  des  plus 
grands  violonistes  et  un  des  meilleurs  composi- 
teurs du  xvn"  siècle  ;  ses  concerti  ont  même  con- 
servé une  certaine  vogue  parmi  nos  contemporains. 
L'andante  et  le  menuet  de  Milandre,  suivis  de  Plaisir 
d'amour  de  Martini,  maître  de  chapelle  à  l'église 
de  Saint-Francisque,  à  Bologne,  au  xvm=  siècle, 
pour  viola  d'amore  et  clavecin,  supérieurement 
joués  par  MM.  Kes  et  Benedictus,  ont  fait  le  plus 
grand  plaisir.  Regrettons  seulement  que  M.  Kes 
se  soit  servi  d'un  clavecin  aussi  usé  et  misérable, 
alors  que  la  maison  Pleyel  en  fabrique  de  si 
beaux;  M.   Kes   l'ignorait  sans   doute. 

Reinken,  dont  nous  avons  entendu  une  sonate, 
est  un  Néerlandais  né  à  Deventer,  en  1623,  qui 
passe  pour  avoir  donné  des  leçons  de  contrepoint 
à  Jean-Sébastien  Bach.  Un  air  charmant  d'Hippo- 
lyte  et  Aride  de  Rameau,  avec  accompagnement  de 
viola  d'amore,  viola  di  gamba,  flûte  traversière  et 
clavecin,  a  été  honorablement  chanté  par  M""'  01- 
deiiboom.  Le  plus  grand  succès  de  la  première 
partie  a  été  le  concerto  pour  hautbois,  remarqua- 
blement joué  par  M.  Kriiger,  un  artiste  éminent, 
ie  premier  hautboïste  de  l'orchestre  de  M.  Kes,  qui  a 
été  acclamé,  et  avec  raison. 

La  seconde  partie  comprenait  une  Suite  pour 
viola  di  gamba  de  Schenck,  né  à  la  fin  du 
ixvn^  siècle,  dans  le  Palatinat,  mais  qui  habita 
Amsterdam;  l'œuvre  n'est  pas  sans  monotonie. 
'M™"  Oldenboom  nous  a  chanté  ensuite  une  cantate 
■de  Scarlatti  et  deux  chansons  normandes  (iSSo), 
ideux  bijoux,  mais  qu'elle  n'a  pas  bien  fait  valoir; 
comme  morceau  final,  le  sixième  concerto  grosso  de 
Hsendel,  pour  instruments  à  cordes,  deux  violons 
et  violoncelle  solo.  En  résumé,  soirée  des  plus 
'intéressantes  et  vraiment  réussie  à  tous  égards. 

La  reprise  de  Samson  et  Dalila,  cet  admirable 
ouvrage  de  Saint-Saëns,  a  été  un  immense  succès 
au  Théâtre-Royal  de  La  Haye.  Le  ténor  Renault 
a  été  superbe  dans  le  rôle  de  Samson  et  a  été 
plusieurs  fois  rappelé  après  chaque  acte.  La  jolie 
M""'  Bayer  a  eu  de  très  beaux  moments  comme 
Dalila  ;  elle  a  donné  ce  qu'elle  a  pu,  et,  sans  avoir 
fait  oublier  sa  devancière.  Mm"  Andral,  elle  a 
droit  à  de  sincères  éloges.  L'orchestre  a  été  excel- 
lent mais  les  chœurs,  fort  difiiciles,  du  reste,  et 
d'un  caractère  polyphonique,  ont  laissé  souvent 
à  désirer. 

On  nous  promet  au  premier  jour  la  Navarraise 
de  Massenet,   qui  sera  suivie  de  son  Werther,   de 


LE  GUIDE  Mîf_èlCÂL 


1035 


Htllda  de  Franck  et  de  Joli  Gilles  de  Poise.  Comme 
reprises,  nous  aurons  le  Tannhaïuser  de  Wagner  et 
le  Tribut  de  Zamora  de  Gounod.  Hœnsel  et  Cretel 
paraît  avoir  été  écarté,  en  raison  de  l'insuffisance 
du  poème. 

La  Société  pour  l'encouragement  de  l'art  musi- 
cal, qui,  jusqu'ici,  affichait  une  préférence  exagérée 
pour  les  ouvrages  des  compositeurs  allemands  et 
n'admettait  que  bien  rarement  des  compositeurs 
français  ou  belges  sur  ses  programmes,  commence 
heureusement  à  se  départir  de  cette  partialité  per- 
sistante. Elle  annonce  les  Béatitudes  de  César 
Franck  à  Amsterdam,  La  Haye  et  Utrecht,  et,  à 
sa  prochaine  audition  à  Harlem,  le  Roméo  et  Ju- 
liette de  Berlioz  et  le  Déluge  de  Saint-Saëns,  avec  le 
concours  de  M™"  Soetens-Flament  et  de  M.  Fon- 
taine, d'Anvers.  Ed.  de  H. 


ANVERS.  —  Cette  dernière  semaine  a  été 
exceptionnellement  fructueuse  en  auditions 
musicales.  La  deuxième  soirée  de  musique,  orga- 
nisée par  la  maison  Fréd.  Rummel,  a  été  assez 
inégale  en  intérêt  artistique,  malgré  le  talent  des 
interprètes.  Nous  avons  salué  en  M""  Irma  Sethe 
une  violoniste  de  valeur;  son  interprétation  des 
œuvres  de  Bach,  ainsi  que  des  Danses  hongroises  de 
Brahms,  a  été  tour  à  tour  souple  et  sévère.  L'ar- 
tiste a  été  fort  goûtée  ici.  M"«  R.  Hoffmann  se  joue 
visiblement  des  difficultés  techniques  et  a  particu- 
lièrement bien  enlevé  une  fugue  de  Bach  et  une 
Toccata  de  Scarlatti.  Il  est  à  regretter  que  la  jeune 
pianiste  ne  se  soit  pas  davantage  pénétrée  du  style 
des  célèbres  variations  de  Haendel  Dans  la  Taren- 
telle de  Liszt,  la  délicieuse  Canzonetta  napolitana  a 
été  tellement  précipitée  que  l'on  avait  peine  à  en 
suivre  les  variations.  Le  public  est  resté  bien  froid 
devant  la  déclamation  monotone  de  M.  Demest 
dans  les  poétiques  lieder  de  Schumann.  L'artiste  a 
dit  avec  plus  de  tempérament  VAir  d'ivresse  de 
Bizet. 

Nous  avons  eu,  .aux  Concerts  populaires,  la 
Sympkoniefantastique  de  Berlioz,  cette  œuvre  si  auda- 
cieuse dans  sa  conception,  mais  si  habilement 
outillée  dans  sa  construction  symphonique.  L'ou- 
verture à'Iphigénie,  de  Gluck,  a  été  fort  goûtée  et 
nous  pouvons  en  dire  autant  du  concerto  de  Max 
Bruch.  C'est  M.  Edm.  De  Herdt  qui  nous  a  fait 
entendre,  peut-être  d'une  façon  un  peu  hésitante, 
ce  beau  solo  de  violon.  Le  jeune  violoniste  a  de 
sérieuses  qualités,  mais  on  dirait  que  son  véritable 
tempérament  ne  s'est  pas  encore  fait  jour. 

Du  Théâtre-Royal  à  l'Harmonie,  il  n'y  a  qu'un 
pas.  Icij  c'est  M.  Giani  qui  nous  invitait  à  venir 
entendre  l'ouverture  de  Coriolan  de  Beethoven,  la 
Symphonie  inachevée  de  Schubert  et  une  petite  Suite 
hongroise  de  Hoffmann.  Tous  ces  morceaux  d'or- 
chestre ont  été  vivement  applaudis,  quoique  l'an- 
dante  de  la  symphonie  eût  exigé  un  peu  plus  de 
finesse  dans  les  nuances. 

M""'  Ligniére,  une  cantatrice  liégeoise,  nous  a 
fait  entendre  l'air  de  la  Fauvette,  de  Grétry,  et  le 


Bilï^t  de  loterie,  de  N.  Isouard.  Ces  morceaux,  de 
forme  assez  vieillie,  mais  d'une  grâce  mélodique 
incontestable,  ont  permis  à  l'artiste  de  faire  valoir, 
ùnevoix  très  travaillée,  mais  dont  les  notes  aiguës,; 
sont  assez  stridentes, 

[  Au  Théâtre-Lyrique  flamand,  on  a  repris  la; 
Jeanne  d'Arc  de  Gounod,  avec  M""  Cuypers  dans 
le  rôle  de  l'héroïne  et  pour  la  continuation  des- 
représentations du  drame  lyrique.  Que  dire  de 
i'œuvre  de  Gounod?  Après  les  auditions  .d'œuvres 
Capitales  telles  que  :  Hippodamia,  de  Fibich,  et 
Karel  van  Celderland  de  Benoit,  où  le  drame  lyrique 
se  dessine  avec  un  réalisme  intense,  il  nous 
semble  que  Jeanne  d'Arc  n'esi  a.\xUe  chose  qu'un 
drame  agrémenté  d'une  musique  d'occasion.  De 
telles  productions  ne  sont  guère  faites  pour 
relever  le  niveau  intellectuel  du  public. 
;  A.  'W. 

XILLE.    —  L'audition    donnée    la   semaine 
J  dernière,  par  l'orchestre  et  le  Chœur  d'Ama- 
teurs, a  pleinement  réussi. 

Parmi  les  morceaux  les  plus  appréciés  du  public 
d'élite  qui  se  pressait  dans  l'élégante  salle  de  la 
Société  industrielle,  nous  citerons,  en  première 
îigne,  le  très  célèbre  prélude  de  Tristan  et  IseuU, 
que  peu  d'orchestres  osent  aborder,  et  qui  a  été 
Irehdu,  par  l'excellente  phalange  artistique  de 
,M.  Maquet,  avec  le  sentiment  qui  lui  convient. 
;  Une  Suite  d'orchestre  de  Borodine,  extrêmement 
'délicate  et  distinguée,  nous  a  révélé  un  musicien 
ide  race  appartenant  à  cette  jeune  école  russe 
déjà  bien  connue  chez  nous  depuis  quelques  an- 
.'nées. 

'  M""  Gallot,  que  les  habitués  des  Concerts 
d'amateurs  ont  déjà  eu  le  plaisir  d'entendre,  est 
devenue  une  cantatrice  remarquable.  Par  le 
charme  de  sa  voix,  sa  diction  parfaite  et  l'excel- 
lence de  son  style,  elle  a  produit  sur  l'auditoire 
une  impression  profonde.  Il  n'est  pas  possible  de 
dire,  avec  plus  de  sentiment  et  d'âme,  l'air  des 
Colombes  de  S(îto«»tM.  Rappelée  par  de  frénétiques 
bravos,  M""  Gallot  a  bien  voulu  chanter  un  air  du 
Roid'Ys,  qui  a  été  pour  elle  l'occasion  de  nou- 
velles ovations. 

Le  public  a  paru  aussi  prendre  grand  plaisir  à 
la  Fille  du  roi  des  Aulnes,  légende  danoise  de  N.'W. 
!Gade  Cette  œuvre,  qui  avait  déjà  été  e.xécutée  il 
y  a  quelques  années  aux  Concerts  d'amateurs,  ne 
manque  pas  d'originalité.  Elle  est  empreinte  de 
cette  poésie  rêveuse  toute  particulière  aux  peu- 
])les  du  Nord,  et  l'orchestration  en  est  riche  et 
savante.  Les  soli  ont  été  chantés  avec  beaucoup 
de  goût  par  M""'  P.  Dewilde  et  L.  Chalon  et 
M.  L.  Carpentier,  le  distingué  directeur  des 
Orphéonistes  lillois.  La  section  chorale  de  la 
Société  a  dit,  avec  ensemble  et  un  sentiment  par- 
fait des  nuances,  les  différents  chœurs  contenus 
dans  l'ouvrage. 

Le  concert  de  cette  année  nous  a  paru  marquer 
encore  un  progrès   de  l'orchestre   sur  les  années 


LE  aUlbE  MUSICAL 


précédentes.  Il  serait' injuste  de'ne  pas  en  féliciter 
les- amateurs  qui  le  composent  et  surtout,  dût  sa 
trop  grande  modestie  s'en  efifaroucher,  leur  excel- 
lent chef,  dont  la  haute  science  musicale  et  l'ar- 
tistique direction  ont  amené  cet  heureux  résultat. 
■La  Société  des  Concerts  populaires  a  donné, 
dimanche  dernier,  sa  seconde  matinée  de  l'abon- 
nement, avec  le  concours  de  M"""  Bosman,  de 
l'Opéra. 

L'excellente  cantatrice  nous  a  dit  un  air  de 
Saplîo,  l'admirable  réveil  de  la  Walkyrie  de 
Sigurd,  qu'elle  a  chanté  en  grande  artiste,  et  la 
sérénade  à'Ascjnio.  Rappelée  à  plusieurs  reprises, 
elle  a  délicieusement  détaillé  une  gracieuse  mélo- 
die de  M™"  Chaminade,  les  Oiseaux. 

Au  programme,  pour  la  partie  orchestrale,  la 
Symphonie  en  /«,  n"  7, de  Beethoven,  dont  le  célèbre 
allpgrrtto  a  été  tout  particulièrement  applaudi;  la 
Sérénade  hongroise  de  Joncières,  toujours  agréable  à 
entendre,  quoique  manquant  un  peu  d'originalité; 
la  brillante  Danse  persane  de  Guiraud,  au  rythme 
nerveux  et  entraînant,  aux  sonorités  bizarres,  que 
l'orchestre  a  enlevée  avec  un  brio  qui  en  a  fait  res- 
sortir à  merveille  l'éclatant  coloris;  et  le  superbe 
Carnaval  romain  de  Berlioz,  cette  incomparable 
fantaisie  du  maître  symphoniste,  où  passent,  à  tra- 
vers un  rêve  mélancolique  de  poète,  les  bandes  de 
la  mascarade  en  délire.  M.  Deren  en  a  dit  le  beau 
solo  de  cor  anglais  avec  une  grande  intensité  d'ex- 
pression. 

:  Au  Grand-Théâtre,  la  direction  nous  a  donné, 
la  semaine  dernière,  une  reprise  de  Lohengrin^ 
dor.t  l'exécution  a  été,  dans  son  ensemble,  au-des- 
sous du  médiocre,  les  principaux  artistes  n'ayant 
aucune  des  qualités  requises  pour  interpréter  les 
rôles  qui.  leur  étaient  échus.  N'avait-on  pas  eu 
l'idée  mirifique  de  confier  le  rôle  d'Eisa  à  une 
dugazon  qui  ne  joue  guère,  d'ordinaire,  que  l'opé- 
rette! !...  N'est-ce  pas  là  un  joli  comble? 

E.  M. 

MONS.  —  Cinq  ans  se  sont  écoulés,  depuis 
que  M.  Gurickx  fondait  la  Société  de 
musique,  et,  en  cette  période  relativement  courte, 
seize  concerts  ont  été  donnés. 

Il  y  a  là,  sans  conteste,  une  marque  de  robuste 
vitalité,  que  peu  de  groupes  musicaux  réussissent 
à  donner;  l'indication  d'un  travail  qui  se  poursuit 
avec,  persévérance,  et  —  c'est  le  point  sur  lequel 
nous  insistons  —  d'un  travail  réellement  artis- 
tique. 

Rappelons  seulement  quelques  unes  des  exécu- 
tions que  nous  lui  devons  :  les  deux  premiers 
actes  de  V Orphée  de  Gluck;  les  fragments  du  Messie 
de  Hasndel;  le  Printemps  des  Saisons  de  Haydn;  la 
Première  Nuit  du  Sahbai  de  Mendelssohn  ;  le  Hoyoux 
de  Mathieu;  le  Dernier  Rayon  de  soleil  d'Huberti  ;  le 
Démon  de  Gilson  ;  le  Van  Artevelde  de  Gevaert;  la 
Fille  du  roi  des  Aulnes  de  Niels  Gade;  et  la  troisième 
partie  du  Faust  de  Schumann. 
,  Chose  très  intéressante,  toutes  ces  œuvres,  dont 


plusieurs  ont  été  exécutées  avec  orchestre,  furent 
interprétées  par  les  seules  forces  de  la  Société,  qui 
une  fois  seulement  a  emprunté  un  soliste  étranger.  . 

Ce  court  aperçu  montre  ce  que  notre  Société  de 
musique  a  dû  réaliser  d'efforts,  et  quel  énorme 
travail  a  été  accompli. 

Son  dernier  concert  était  d'un  profond  intérêt. 

Les  vieilles  chansons  néerlandaises,  habile-  , 
ment  harmonisées,  par  F.  Van  Duyse,  et  ravis- 
santes dans  leur  tournure  archaïque,  ont  reçu  une 
interprétation  soignée  de  la  part  des  chœur.s. 
Ceux-ci,  aujourd'hui  très  3guerris,  ont  déployé 
leurs  belles  sonorités  dans'le  premier  acte  de  l'Al- 
ceste  de  Gluck,  l'une  des  plus  admirables  inspira- 
tions du  maître.  Les  solistes  :  M™"  C.  Houzeau 
(Alceste);  M.  Tondeur  (le  grand  prêtre);  M.  Kains- 
cop  (le  Héraut  et  l'Oracle);  M.  Dequesne  (Evan- 
der),  ont  très  correctement  rempli  leurs  rôles. 
Nous  devons  cependant  de  spéciales  félicitations 
à  M""  Houzeau,  qui  a  chanté  Alceste  avec  un 
grand  style  et  une  sincère  émotion.  Les  accents  de 
la  très  habile  cantatrice  ont  mis  en  clair  relief  les 
sentiments  d'épouse  et  de  mère  de  la  malheureuse 
Alceste.  Interprétation  non  d'amateur,  mais  d'ar- 
tiste. 

De  la  musique  de  Bach  et  de  Hsendel,  exécutée 
par  M.  R.  Josse,  un  jeune  violoniste  qui  promet; 
deux  airs  anciens,  pour  voix  de  basse,  chantés  par  ' 
M.  H.  Dufrasne,  avec  cet  organe  solide,  haute- 
ment apprécié  déjà  au  Conservatoire  de  Bruxelles 
complétaient  le  programme  de  cette  artistique 
soirée. 

Nos  éloges  vont  aussi  au  dévoué  directeur  D. 
Prys,  à  M"'^  Luyckx,  l'impeccable  pianiste,  et  à 
M.  Vandendriesche,  qui  tenait  l'obligée  partie 
d'harmonium  pour  leg  vieilles  chansons. 

On  annonce,  pour  le  prochain  concert,  l'Eve 
de  Massenet.  X. 

NANCY.  —  Le  succès  des  concerts  du  Con- 
servatoire, déjà  si  grand  lors  des  deux  pre- 
mières séances  de  cet  hiver,  n'a  fait  que  s'accroître 
à  la  troisième,  et,  si  vaste  que  soit  la  salle  Victor 
Poirel,  on  a  dû  refuser  plus  de  cent  entrées. 

Aussi  bien  l'orchestre,  que  son  nouveau  chef, 
M.  Guy  Ropartz,  conduit  avec  une  tout  à  fait 
remarquable  et  efficace  maîtrise,  a-t-il  trouvé 
moyen  de  progresser  encore.  C'est  ainsi  qu'il  nous 
a  joué  en  toute  perfection,  avec  une  délicatesse 
et  un  souci  des  nuances  inconnu  jusqu'ici,  la 
symphonie  en  sol  mineur  de  Mozart,  et  qu'il  a 
pu  faire,  vraiment  pour  la  première  fois,  en  toute 
connaissance  de  cause,  apprécier  à  nos  concitoyens 
le  divin  prélude  de  Tristan  et  Iseult. 

Un  des  attraits  de  ce  concert  était  la  présence  _^{ 
de  M.  Jules  Bordier,  le  très  distingué  compositeur 
et  fondateur,  avec  M.  Louis  de  Romain,  de  l'an- 
cienne Association  artistique  d'Angers,  à  qui 
cette  cité  dut  pendant  si  longtemps  un  si  beau 
rer.om  musical.  M.  J.  Bordier  a,  lui-même,  dirigé 
l'exécution  de  tiois  charmantes  œuvres  orchestrées 

I 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1037 


de  main  de  maître  :  l'Adieu  suprême,  l'Air  d'église, 
la  Canzonetta,  —  cette  dernière  unanimement  rede- 
mandée, —  toutes,  ainsi  que  leur  auteur,  accueil- 
lies avec  la  plus  grande  faveur,  la  moins  équivoque 
sympathie.  L'excellent  professeur  au  Conserva- 
toire, M.  L.  Hekking,  dans  la  partie  de  violon 
solo,  a  été  vivement  applaudi. 

On  avait  commencé  par  la  maitresse-ouverture 
de  fidelio  de  Beethoven;  on  a  fini  par  la  joyeuse 
Marche  française  de  Saint-Saëns.  Et  en  voilà  jus- 
qu'au 20  janvier,  délai  qui  semblera  long,  si  l'on 
considère  que  les  concerts  du  Conservatoire  font 
aujourd'hui  partie  intégrante  de  la  vie  nancéienne. 
Henry  Carmouche. 


NICE.  —  Les  représentations  de  Lohengrin 
restent  les  meilleures  du  Grand-Théâtre 
depuis  l'ouverture.  Ni  Guillaume  Tell,  ni  les  Hugue- 
nots, ni  Faust  ou  Roméo,  Hamlet  ou  la  Juive  ne  nous 
ont  présenté  le  même  ensemble  satisfaisant;  c'est, 
dans  iîoWo,  le  ténor  qui  est  insuf&sant;  dans  la 
7i«D<!,  Rachel  qui  est  médiocre,  et, partout  la  basse 
profonde,  M.  Fabre  (rôles  du  roi  dans  Hatnkt,  de 
Marcel  des  Huguenots,  du  cardinal  dans  l&  Juive),  se 
montre  au-dessous- de  sa  tâche.  Chaque  fois  aussi, 
l'orchestre  ne  fait  que  confirmer  la  mauvaise  im- 
pression qu'il  nous  avait  produite  dès  le  premier 
soir;  en  dépit  des  efforts  de  son  chef,  M.  Rolland, 
devenu  plus  énergique,  il  n'exécute  même  pas  cor- 
.  rectement  les  partitions  de  l'ancien  répertoire. 
M.  Lafon  a  pris  envers  la  commission  théâtrale, 
qui  a  accepté  la  plupart  de  ses  artistes,  l'engage- 
ment d'apporter  des  modifications  à  l'orchestre; 
soucieux  de  contenter  son  public,  il  ne  tardera  pas 
à  tenir  sa  promesse,  au  moment  de  donner  les 
œuvres  modernes  annoncées  [Sigurd,  Samson,  Tann- 
hauser,  Hérodiade,  V Attaque  du  Moulin),  et  le  succès 
répondra  alors  aux  efforts  de  ce  directeur  intelli- 
gent et  actif. 

Pendant  qu'à  Monte-Carlo  les  concerts  du  jeudi 
continuent  à  attirer  les  amateurs  de  musique  clas- 
sique et  les  admirateurs  de  M.  Jehin,  à  Nice  même 
les  concerts  quotidiens  de  la  Jetée-Promenade 
sont  un  vrai  régal  pour  les  dilettanti.  Virtuosité  et 
finesse  des  solistes,  homogénéité  de  l'ensemble, 
science,  vigueur  et  souci  des  nuances  dans  la 
direction,  telles  sont  les  qualités  de  l'orchestre  et 
de  son  chef.  Le  premier  concert,  consacré  en  par- 
tie à  la  mémoire  de  Chabrier  (fragments  du  Roi 
malgré  lui,  Espana)  et  composé,  en  outre,  d'œuvres 
de  LuUi,  de  Rousseau  et  du  prélude  de  Lohengrin, 
a  été  un  succès  complet  pour  M.  Thaon  et  ses 
artistes;  nul  doute  que  le  succès  ne  grandisse 
encore  aux  concerts  classiques  que  prépare  l'ex- 
cellent chef  d'orchestre  et  ne  se  poursuive  jusqu'à 
la  fin  de  la  saison.  L.  Ai.ekan. 


VIKNNE.  —  La  semaine  dernière,  récital 
d'Eugène  d'Albert.  D'Albert  qui,  cet  hiver, 
ne  se  fait  entendre  qu'une  fois  à  Vienne,  a  été 
mal  inspiré  en  donnant  son  récital  dans  la  salle 
Bôsendorfer,  quine  convient  pas  pour  des  auditions 
de  cette  importance.  Le  pianiste  a  exécuté  une 
œuvre  qu'on  a  rarement  l'occasion  d'entendre,  la 
sonate  en  si  mineur  de  Liszt,  dédiée  à  Schumann. 
Liszt  suit,  là,  la  voie  ouverte  par  Beethoven, 
c'est-à-dire  qu'il  s'affranchit  complètement  de  l'an- 
cienne forme.  Ainsi,  cette  œuvre,  bien  que  portant 
encore  le  titre  de  sonate,  ne  se  compose,  en  réa- 
lité, que  d'une  seule  partie,  dont  lus  trois  thèmes 
principaux  sont  traités  librement.  C'est  certaine- 
ment une  œuvre  superbe,  géniale,  et  qui  mérite 
d'être  plus  connue  du  public.  Elle  laisse  déjà 
pressentir  le  futur  auteur  des  symphonies  de  Faust 
et  de  Dante;  le  second  thème  n'est,  du  reste,  pas 
sans  analogie  avec  celui  qui  ouvre  cette  dernière 
symphonie.  Après  une  courte  introduction  (où 
d'Albert  a  rendu  très  heureusement  le  timbre  du 
pizzicato],  les  deux  premiers  motifs  sont  dévelop- 
pés en  strette  et  conduisent  au  Iroisièine.  une 
magnifique  penséèbienlisztienne.  Plus  loin  inter- 
vient nafugato  comme  Liszt  savait  en  brosser,  et 
où  la  basse  entonne  en  octaves  le  renversement 
du  premier  thème.  Comrne  conclusion,  uniandante 
en  5J  majeur  qui  ■  s'éteint  en  nccords  pianissimo. 
D'Albert  .-i  interprété  la  sonate  en  maître;  nous  le; 
remercions  de  nous  avoir  révélé  cette  œuvre  d'un 
compositeur  envers  lequelon  est  si  injuste  aujour- 
d'hui. 

Deux  autres  sonates  se  trouvaient  aussi  au  pro- 
gramme, V Appasionata  de  Beethoven  et  la  troi- 
sième en/(i  mineur  de  Brahms.  Dans  la  première 
partie  de  cette  dernière  sonate,  la  mémoire  a,  un 
moment,  fait  défaut  au  pianiste,  quia  su  Ireshabi- 
lement  dérober  l'accident  à  la  plus  grande  partie 
des  auditeurs.  L'interprétation  de  V Appasionata  de 
Beethoven  a  été  bonne  sans  être  profonde;  loin, 
en  tout  cas,  d'une  interprétation  bulowienne. 
Certains  thèmes  n'étaient  pas  assez  accentués, tel, 
par  exemple,  le  troisième  du  premier  allegro,  et 
certains  passages  pas  assez  clairs.  D'Albert  a  pris 
le  finale  assez  lentement  :  une  bonne  leçon  pour 
certains  élèves  et  professeurs  do  conservatoire, 
qui  le  jouent  prestissimo.  A  noter  l'effet  de  cors 
bouchés  obtenu  par  le  pianiste  dans  les  premiers 
accords  de  septième  diminuée. 

D'Albert  n'a  pas  tenu  compte  des  reprises  des 
première  et  troisième  parties,  étant  en  cela  de 
l'avis  de  Bùlow,  qui  disait,  avec  raison,  que  Bee- 
thoven écrivit  souvent  la  reprise  comme  on  écrit 
le  «  Hochachtungsvoll  »  à  la  fin  d'une  lettre. 

Etaient  encore  au  programme  le  Nocturne  [si 
majeur),  l'Impromptu  (fa  majeur;  et  la  grande 
Polonaise  de  Chopin,  ainsi  qu'un  Sonnet  de  Pétrar- 
que de  Liszt  et  la  valse  Strauss-Tausig.  Rappelé 
quatre  fois,  à  la  fin  de  la  séance,  d'Albert  a  donné 
l'Impromptu  en  sol  de  Schubert. 

Prochainement,  les  récitals  d'Emile  Sauer  et  de 
Moritz  Rosenthal.  E.  B. 


1038 


LE  Cl^LDE  MUSICAL 


NO UVELLES  DIVERSES  \ 

L'Académie  royale  philharmonique  de  Ronje 
vient  de  célébrer  le  troisième  centenaire  de  ja 
mort  de  Palestrinn  en  une  séance  solennelle  dai|s- 
laquelle,  après  une  conférence  sur  Palestrina  cju 
duc  de  Caetani,  prince  de  Sermonelta,  M.  Sgarfi- 
bati  a  fait  exécuter  une  série  d'oeuvres  du  vieux 
maître.  Citons  entre  autres  le  célèbre  mottet  Snpir 
flumina  Babyhnis,  des  madTigaux  d'une  beaujé 
remarquable,  et  deux  chansons  à  trois  voix  qiii 
sont  un  bijou  de  grâce  et  d'élégance.  M.Sgambajti 
a  eu  pour  collaborateur  dans  l'exécution  musicale 
de  ces  œuvres  les  maestri  Boezi  et  Saya,  M™"  Mp 
lilotti-Reyna,  M"<"  Degli  Abatiet  Petini,  MM.  BIiji- 
menslhiljMartinelli  et  Degli  Abati,  et  les  amateurs 
qui  font  partie  de  la  Philharmonique.  ' 

Les  principaux  instituts  artistiques  de  l'Italie, 
ainsi  que  le  Conservatoire  de  Paris,  avaient  envoyé 
de  splendides  couronnes. 

La  reine  Marguerite,  qui  assistait  à  la  fête,  .a 
félicité  vivement  le  duc  deCaetaniet  M.Sgambati 
pour  la  réussite  de  la  soirée,  qui  a  laissé  une  pro- 
fonde impression. 

—  Après  Berlin,  Francfort,  Leipzig  et  Munich, 
l'Opéra  de  Vienne  vient  à  son  tour  do  monter 
l'opéra-féerie  Hœnsd  et  Gretel  de  Humperdinck. 
Les  principaux  rôles  étaient  tenus  par  M""^  Re- 
nard, Marck  et  Marie  Lehmann  et  M.  Ritter.  Le 
succès  a  été  considérable.  ' 

—  Freyhir,  de  M.  Emile   Mathieu,  vient  d'être 


exécuté,  pour  la  première  fois,  en  Allemagne  par 
le  Flagelsche  Gesangverein  de  Breslau.  Le  char- 
mant oratorio  profane  du  directeur  de  l'Ecole  de 
musique  de  Louvain  a  obtenu  le  plus  vif  succès. 
La  Schlesische  Zeiiung  fait  de  l'œuvre  le  plus  vif 
éloge  et  en  loue  à  la  fois  la  richesse  orchestrale  et 
l'élégance  mélodique.  Les  solistes  étaient  MM.  C. 
Perron,  de  Leipzig,  Mann,  de  Dresde,  M"«  Louise 
Ottermann,  de  Dresde,  et  M"«  Peiper,  de  Breslau. 
La  Schlesische  Zeitwig  conclut  son  feuilleton  en 
demandant  une  nouvelle  audition  «  de  cette  belle 
œuvre,  si  richement  colorée.  » 

—  L'Association  artistique  de  Marseille,  sous 
la  direction  de  M.  Jules  Lecocq,  s'est  singulière- 
ment distinguée  par  la  composition  de  ses  pro- 
grammes depuis  la  réouverture  de  ses  concerts 
symphoniques.  Au  programme  de  sa  matinée  du 
dimanche  23  décembre,  figure  la  scène  du  Ven- 
dredi-Saint et  la  grande  scène  religieuse  du  pre- 
mier acte  de  Parsifal.  Après  Bruxelles  et  Paris, 
grâce  à  M.  Jules  Lecocq,  ce  sera  ainsi  Marseille 
qui  aura  été  la  première  ville  départementale  de 
France  qui  ait  monté  cet  important  fragment  de 
la  dernière  œuvre  de  Wagner.  L'orchestre  com- 
prend quatre-vingt-dix  musiciens,  les  chœurs  des 
chevaliers  du  Graal,  quarante  chanteurs,  le  chœur 
des  écuyers  et  jeunes  gens  (chœur  mixte),  qua- 
rante choristes,  enfin  le  chœur  des  enfants,  qua- 
rante fillettes  et  garçons.  Les  cloches  sont  celles 
qui  ont  servi  aux  dernières  auditions  de  M.  Co- 
lonne à  Paris. 

—  Une  bien  amusante   anecdote  que  raconte 


BREITKOPF  &  H^RTEL,  BRUXELLES 

Editeurs,    4$,    Monta§^ne    de  la    Cour,   45 

Vient  de  Paraître  : 

GODARD    Benjamin 


OP.    149 


Cahier   I.  Etudes  Enfantines      ^         .         .         .         . 

—  IL         »         Mélodiques     1  ■         .         .  » 

—  III.       »        Rythmiques » 

—  IV.        »        de  Concert      .        .  .  » 

PIANO    ET   HARMONIUMS   EN  LOCATION 


Net  fr.  4  — 
»  »  4  — 
»       »     4  — 


5  65 


PIANOS   BECHSTEIN    ET    BLUTHNER 

HARMONIUMS     ESTEY        téléi-hone  2409 


LE  ^tïbiWûSÏOAL 


1039 


M.,Fierens-Gevaert  dans  le  Journal  des  Débats  à 
propos  de  la  millième  du  Faust  de  Grounod  à 
l'Opéra. 

Pendant  un  enlr'acte,  le  directeur  du  Conserva- 
toire racontait  sur  la  scène  que  M.  Bertrand,  en 
lui  demandant  a'écrire  un  chœur  pour  la  millième 
de  Faust,  lui  avait  tenu  ce  langage  : 

«  Mon  cher  maître,  je  vous  demande  d'écrire 
cet  hymne  parce  que  je  sais  bien  que  vous  me 
ferez  «  juste  ce  qu'il  faudia  ».  Si  je  charge  un  de 
nos  jeunes  musiciens  révolutionnaires  de  cette, 
besogne,  il  aura  le  désir  de  faire  trop  bien,  et,  je: 
le  crains,  voudra  faire  mieux  que  Gounod...  » 

Le  vœu  de  M.  Bertrand  a  été  exaucé.  M.  Am- 
broise  Thomas  n'a  pas  fait  mieux  que  Gounod, 
oh  !  non  1  Mais  il  a  fait  court  :  VHymne  à  Gounod 
dure  deux  minutes  tout  juste. 

—  La  Gazzetta  Musicale  de  Milan  annonce  que, 
sur  la  proposition  de  M.  Hanotaux,  ministre  des 
affaires  étrangères,  le  président  de  la  république 
française  a  nommé  chevaliers  de  la  Légion  d'hon- 
neur MM.  Arigo  Boïto  et  Giulio  Ricordi  On  sait 
que  M.  Boïto  est  l'auteur  des  livrets  de  Falstajf  ei 
Otello,  et  M.  Ricordi  l'éditeur  de  ces  deux  ouvrages 

BIBLIOGRAPHIE 

La  troisième  livraison  de  VOrgue  moderne 
vient  lie  paraître  chez  Alphonse  Leduc,  à  Paris.'- 
Cette  publication  nouvelle  de  musique  d'orgue 
contemporaine,  placée  sous  la  direction  de  Ch.  M. 
Widor,   le    maître     organiste,   a    pour    but     de 


mettre  en  lumière  les  œuvres  les  plus  intéressantes 
de  la  pléiade  des  jeunes,  et  de  les  faire  connaître 
à  ceux  qui  s'occupent  du  grand  orgue. 

Mais  l'Orgue  moderne  nes'attachera  pas  seulement 
à  faire  connaître  les  compositions  d'une  seule 
école,  son  éclectisme  admettra  toutes  celles  qui 
présenteront  un  réel  intérêt  artistique. 

Tous  les  jeunes  organistes,  désireux  de  prendre 
contact  avec  le  public  pour  affirmer  leur  person- 
nalité, peuvent  donc  s'adresser  à  la  direction. 

Les  manuscrits  non  publiés  seront  retournés  à 
leurs  auteurs. 

NÉCROLOGIE 

Est  décédé  : 

A  Evreux,  M.  le  comte  d'Osmoy,  sénateur  et 
président  du  conseil  général  de  l'Eure.  Il  était  né 
le  19  août  1827.  Lé  comte  d'Osmoy,  qui  était  un 
musicien  amateur  distingué,  avait  publié,  en 
société  avec  M.  Alexandre  Georges,  un  recueil  de 
mélodies  orné  d'illustrations  remarquables. 

PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  i3,  rue  du  Mail 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 


MUSIQUE  POUR  DEUX  PIANOS,  HUIT  MAINS 

VIENT  DE  PARAITRE  ! 

RICHARD  WAGNER 


Bacchanale,    Venusberg-  de    Tannhseuser 

Transcription   par   C.    Chevillard    .        .        ,        .        .        .        Prix  net  :  7  fr. 

Ouverture    du    Vaisseau-Fantôme 
Transcription  par   A.  Ray  . Prix  net  :  7  fr. 


1040 


LE  GUIDE  MUSICAL 


fy  ïy-  'ip<^-s^'  f^s^  8 


■isy.syqp.-^r^.f^Jp 


REPERTOIRE  DES  THEATRES  ET  CONCERTS 


Berlin 

Opéra.  —  Du  i6  au  24  décembre  ;  Haerisel  et  Grelel. 
Les  Saisons.  Rigoletto.  Haensel  et  Gretel.  Carnaval. 
Faust  (Marguerite,  M™'  Albani).  Cavallej-ia  rusficana, 
I  Pagliacci  Orphée.  La  Walkyrie.  Haensel  et  Gretel 
et  Les  Saisons. 

Bruxelles 

"rilÉATRE  ROYAL  DE-iA  MONNAIE.  —  Du  17  au  25  décem-i 
bre  :  Le  Rêve.  Orphée  et  les  Noces  de  Jeannette. 
Lohengrin.  Le  Portrait  de  Manon  La  Navarraise 
et  Farfalla.  Samson  et  Dalila.  Le  Rêve.  La  Navar- 
raise et  la  Traviata.  Faust.  Samson  et  Dalila  et  la 
Navarraise. 

Galeries    —  La  Fille  de  M.'^ 
mardij  matinée  à  i  h.  1/2. 


Angot.    Dimanche   et 


Alcazar  royal. 
Gilibert) 


Bruxelles  sans  Gêne"   [M""  Ivette 


Conservatoire  royal.   —   Dimanche  23  décembre,  à 

1  h.  1/2,  sous  la  direction  de  M.  Gevaert.  Ouverture, 
op.  45,  de  Beethoven;  Concerto  en  mi  bémol  de  Bee- 
thoven, pour  piano  et  orchestre,  soliste  M.  Camille 
Gurickx  ;  Symphonie  avec  chœur  de  Beethoven. 

Nouveaux-concerts.    —    Dimanche   3o  décembre,   à 

2  heures  précises,  dans  la  salle  de  l'Alhambra  (Empire 
Palace)  Premier  concert  avec  le  concours  de 
Mlle  Marie  Bréma  du  théâtre  de  Bayreuth,  et  sous 
la  direction  de  M:  Franz  Servais  Programme  :  i  Le 
Barbier  de  Bagdad,  ouverture  (P.  Cornélius)  ;  2.  Die 
l'deale,  d  après  Schiller  (Liszt);  3.  Deux  poèmes; 
(R.  Wagner),  a,  Traeume,  6,  Schmerzen,  chantés  par 
Mlle  Bréma  ;  4.  Léonore,  ouverture  n"  3,  (L.  von 
Beethoven);  5.  L'ApoUonide,  deux  fragments  (F.  Ser- 
vais), 3)  Elégie,  i)  Scène  sous  la  tente  du  festin.  — 
Hymne  Danse  sacrée;  6,  Gotterdaemmerung,  scène 
finale  (R.  Wagner),  Briinnhilde  :  Mlle  Bréma. 

Samedi  29  décembre,  à  2  heures   répétition  générale. 


MACKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

PARIS 

Piopriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKOWSKY,  GOTTSCHALK,  PRUDENT,  ALARD 
des   ARCHIVES  DU  PIANO  et  de  la  CÉLÈBRE  METHODE  DE  PIANO  A.  LE  CARPENHER 
Seuls  dépositaires  de  l'EDITION  CHARNOT, spécialement  consacrée  à  la  MUSIQUE  DE  VIOLON 


DERNIÈRES  PUBLICATIONS: 


CHANT  ET  PIANO 


Prix 


O'Kelly  G.  Ave  Maria,  solo- 

mezzo .     5     » 

TsctiaïkOTTvsky ,  P .  La 
Dame  de  Pique,  opéra  n°  7, 
duetto,  deux  femmes.      Net     2     » 

—  No  8,  Rom.  de  Pauline, 
contralto Net     i  5o 

Pour  farailye  prochahiemtnt  ; 

—  Onégiiine,  drame  lyrique 
intime,  paroles  françaises 
de  M.  C.  Delines,  d'après  : 

A.  Pouchkine  .     .     .     Net  20    » 
Marietti.  Réponse  à  la  Pro- 
mise, chansonnette    .      .     .     3     » 
Petit  format     i     » 

MORCEAUX  DE  PIANO  SEUL 

Ctiabrier,  Em.  Marche  des 
Cypages       ...  .     . 

Hitz,  F.  Op  i38  L'Oiseau- 
mouche,  caprice    .     .     .     .5 

Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Ch.  Lenepveu,  avec  par- 
tie d'harmonium  adlib    Net     2 

Missler,  B.  T.  Chanson 
Suisse,-    .....     Net     5 

—  Chanson  Havanaise        »      5 

—  »        Napolitaine      »      5 
Thuillier,    E.    Fée    Alsa- 
cienne      5 


7  5o 


Vincent,  Aiig  Op.  64. 
Scherzo   5 

—  Op.  65.  Gavotte        ...     5 

—  Op.  66.  Valse  Espagnole  .     6 

PIANO  A  4  MAINS 

Pi 

Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Lenepveu,  avec  harmo- 
liium  adlib  ....      Net     3 

Thomé,  F.  Marche   triom- 
l>hale  d'Aug.  Vincent,  op.  44   10 
DEUX  PIANOS  A  4  MAINS 

Lavignac,  A.  Marche  du 
Sacre,  de  la  Jeanne  d'Arc, 
de  Ch.  Lenepveu,  avec  har- 
monium adlib    .     .     .     Net     4 

TtLOmé,  F.  Marche  triom- 
phale d'Aug.  Vincent,  op,  44  12 

MUSIQUE  DE  DANSE 
Dessaux,    Louis.   Quatre 

danses  faciles  : 

-No  I.  Quadrille,  5 

l  No  2.  Valse  3 

No  3.  Polka  3 

No  4.  Polka-Mazurka  3 

,    GRAND  ORGUE . 
Salomé,  Th.  Op.  21.  Trois 

Canons         .     .     .     .     .     • 

—  Op  25.  Première  grande 
sonate     . 

VIOLON  ET  PIANO 
Danbé,  Jules.  Op.  3o,  n"  4. 
Petite  Valse 5 

—  Op.  21,  no  4.  Canzonetta  .     6 


ŒUVRES  DE  P.  TSCHAIKOWSKY 

Cent  vingt  morceaux  de  piano. 

Trois  concertos,  piano  et  orchestre. 

Cent  mélodies,  chant  et  piano. 

Six  duos  à  deux  voix. 

Trois  quatuors  à  cordes. 

Trio  pour  piano,  violon  et  violon- 
celle. 

Quatre  poèmes  symphoniques. 

Cinq  suites  d'orchestre 

Six  symphonies  à  grand  orchestre. 

Trois  ballets  :  le  Lac  des  Cygnes,  la 
Belle  au  bois  dormant,  le  Casse- 
noisette. 

Neuf  opéras  :  le  Caprice  d'Oksàne, 
Snegourolschka  ou  la  Fille  de 
Neige,  Vakoula  le  Forgeron,  Oné- 
giiine,  la  Dame  de  pique,  Jeanne 
d'Arc,  Mazeppa,  la  Tscharodeïka, 
Yolande. 


OUVRAGES  POUR  SOLI  CHŒURS 
ET  ORCHESTRE 

Recommandés  aux  sooiétésphilliarmoniçiues 

Bernard,  E.  Op.  8.  La  Captivité  de 

Babylone 
Bourgault-Ducoudray. Op,  5. 

Stabat  Mater. 
Lefeb-cre,  Ctl.  Judith.  —  Eloa. 
.Lenepveu,  Gti.  Jeanne  d'Arc. 
Maréotial,    H.    Le     Miracle    de 

—  Naim   La  Nativité. 


T-»    n-^o/^lT  A  M/i\\\TC^\r\T      Marche  funèbre  exécutée  par  l'orchestre  de  la  cour  impériale  aux  fénérailles 
r.    1  oLll AllvU  W  OrL  Y    '.  ^e  s.  m.  l'Empereur  Ale.xandre  III,  d'après  son  op.  675». 

No  I.  Piano  solo net  fr.  i  5o    |    No  2.  Piano  à  quatre  mains     .     .     .     net  fr.  2  5o 


LF  aUIDF  MUSICAL 


1041 


Marseille 

Association  artistique  de  Marseille,  sous  la  direction 
de  M.  Jules  Lecocq.  —  Programme  du  23  dé- 
cembre 1894  •  !■  Symphonie  en  lé,  n°  4  (Schumann); 
2.  L'Adieu  des  bergers  de  l'Enfance  du  Christ  (Ber- 
lioz), chœur  et  orchestre;  3.  Danse  macabre  (Saint- 
Saëns);  4.  Parsifal,  première  audition  (Richard  Wag- 
ner) I  L'enchant  ;ment  du  Vendredi-Saint,  orchestre 
seul.  S)  Deuxième  tableau  du  premier  acte,  scène 
religieuse,  deu.x  cents  exécutants;  5.  Marche  des 
nobles  de  Tannhaeuser  (Wagner),  orchestre  et  chœurs. 

Paris 
OrÉRA.  —  Du  17  au  22  décembre  :    Faust;  Thaïs  et 

la  Korrigane. 
Opéra-Comique.  —  Du  17  au  22  décembre  ;  le  Domino 


noir  et  la  Chalet;  Paul  et  Virginie;  le  Pré  aux  Clercs 
et  Cavalleria  rusticana. 

Concerts  -  Colonne  ■ —  Dimanche  23  décembre,  à 
2  h.  1/4  très  précises.  L'Enfance  du  Christ,  trilogie 
sacrée,  paroles  et  musique  de  Berlioz.  Prem'ére 
partie  :  Le  Songe  d'Hérode;  deuxième  partie  ;  la 
Fuite  en  Egypte;  troisième  partie  ;  l'Arrivée  à  Sa'is. 
Les  solis  seront  chantés  par  M""'  Auguez  de  Monta- 
lant.  MM  Bérard.Fournets   Engel,  NivetteetCheyrat. 

Concerts-Lamoureux.  —  Dimanche  23  décembre,  à 
2  h.  1/2,  avec  le  concours  de  M.  Vianna  La  Motta  et 
M .  Delaquerrière  Programme  ;  Symphonie  pastorale 
de  Beethoven  ;  fragments  de  l'oratorio  de  Noël  (Bach), 
air  chanté  par  M.  Delaquerrière;  Concerto  en  mi 
bémol  (Beethoven),  joué  par  .M.  Vianna  La  Motta; 
Thamar,  poème  symphonique  de  M.  Balakirefî;  Kepos 


Paris,  ALPHONSE  LEDUC,  Editeur,  3,  rue  de  Gramniont. 


A.   BORODINE 


PETITE  SUITE 

N°  I.  Au  Couvent  N"  5.  Sérénade 

»  2.  Intermezzo  »     6   Nocturne 

»  3  Mazurka  (en  tit)  »     y.  Rêverie 

))  4.  Mazurka  (en  rc)  »     8.  Scherzo 

Edition  pour  Piano,  réduite  par  l'Auteur  fr.     4     <> 

MORCEAUX  PUBLIÉS  SÉPARÉMENT  : 

N"  4.  Mazurka  en  ré fr,     i  65 

N°^  6.  et  7.  Nocturne  et  Rêverie i   35 

Pour  ORCHESTRE  (partition  et  par- 
ties séparées) 32    » 

La  partition  seule .     .  12     « 

Chaque  partie  supplémentaire   .     .          .     .     .  2  5o 


PREMIERE  'SYMPHONIE 

Pour  piano  à  quatre  mains f"".     7 

L'orchestre  en  location 


DEUXIEME  SYMPHONIE 

Pour  piano  à  quatre  mains fr.     7    « 

L'orchestre  en  location 


MÉLODIES  POUR  CHANT  ET  PIANO 

Fleur  d'Amour  (2  tons) fr.     i      " 

La  Reine  de  la  Mer  (2  tons)  .     ...     .     .     .     i  65 


COMMISSION    ET    EXPORTATION    DE   MUSIQUE   BELGE   ET    ÉTRANGÈRE 


J.-B.  KATTO,  éditeur  de  musique,  52,  rue  de  l'Ecuyer,  Bruxelles 

ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 


RÉPERTOIRE  DES  CHANSONS  DU  CHAT  NOIR 

Chansons   de  MARCEL  LEFEVRE 

(DEUXIÈME  SÉRIE) 

1 .  Enterrement  gai     ....     5  —     4.   Recette   pour  faire    un    dis- 

2.  Mélanie  à  la  représentation  cours  électoral 

de  la  grande  opéra  ...     3   — 

3.  Valse  des  bonnets  .      .      .     .     3  — 


5.   Le  petit  employé  ....     3 
5.  L'Ouvreuse 5 


Paris,  Colombier.  —  E.  Gallet,  successeur- 

TÉLÉPHONE   I902 


1042 


LF  GUIDE  MUSICAL 


de  la  Sainte  Famille  (l'Enfance  du  Christ),  de  Berlioz, 
chanté  par  M.  Delaquerri ère;  Ouverture  du  Vaisseau- 
Fantôme. 
Concerts  du  Conservatoire.  —  Même  programme  que 
dimanche  dernier. 

Vienne 

Opéra.  —  Du  17  au  26  décembre  :  Fidelio.  Hansel 
et  Gretel;  Giselle;  Cornélius  Schutt;  Autour  de 
Vienne;  Hansel  et  Gretel;  Giselle;  Tannhaeuser;  Caval- 
leria  rusticana  et  I  Pagliacci;  Hansel  et  Gretel  et 
Giselle,  Otello. 

An  ber  Wien.  —  Jakuba,  Fledermaus,  Le  Marchand 
d'oiseaux,  le  Postillon  de  Lonjumeau,  le  Baiser 
d'essai. 


Jules  PAINPARÉ 

Inspecteur    dos    musiques    de    l'armés    belge 

Ex-thef  de  musique  du  G"  de  ligne 

REPRÉSENTANT  SPÉCIAL 

DES 

Pianos  ÉRARD.  KAPS  et  BORD 

ET  DES 

Instruments  BESSON  de  Paris 

ABTISTI4CE      niAISOJT       DE       CONFIANCE 

Rue  Edeling,  2,  ANVERS 


SCHOTT  FRÈRES,  ÉDITEURS  DE  MUSIQUE,  MONTAGNE  DE  LA  COUR,  82 


REPERTOIRE  DE  MUSIQUE  POUR  NOËL 

BATTMANN,  J.-L.  Carillon  de  Noël,  mélodie  .         ...=       ..'..  ...     Net  i  35 

—  La  Rose  de  Noël        ». .         .        .         .  i  — 

—  Op.  339.  No  40,  Noël o  5o 

CEUPPENS,  V.  Noël  pour  soprano  ou  ténor i  35 

DELL'ACQU  A,  E.  Noël  d'enfant        .         ,        .        .         . i  — 

DENEFVE,  J.  La  fête  de  Noël,  pastorale  à  deux  voix      . .  i  — 

FAUCONIER,  B.-C.  Op.  37.  Messe  solennelle  de  Noël,  avec  accompagnement  d'orgue  .         .  Partition  8  35 

Chaque  partie  i  — 

HOUSSIAUX,  E.  Cantique  de  Noël,  avec  orgue.          .         .         . .  i  75 

JOURET,  L.  Noël,  solo  avec  chœur  ad  libitum  et  acccompagnement  d'orgue  ou  piano.         .         ,     Partition  2  — 

Chaque  partie  séparée  o  25 

LECLERCQ.  La  Nuit  de  Noël,  mélodie  religieuse  pour  baryton    .         .         .         .         .         .         .         .         .  i  35 

PEELAERT,  Noël,  chant  religieux i  35 

RIGA,  F.  Petit  oratorio  de  Noël,  chœur  à  quatre  voix  et  soli Partition  3  — 

Chaque  partie  o  40 

VANDERVORST.  Weinachtslied .         .^ 075 

Pour  paraître  prochainement,  chez  les  mêmes  éditeurs  Schott  Frèrfs 

JoH.  BRAHMS,  Douze  Mélodies  (Nouvelle  édition) 
(Version  française  de  Maurice  Kufferath) 

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E.   BAUDOUX    et  C><'   de   Paris  (œuvres   de  Lekeu,  etc.)   ainsi  que  des   collections    populaires. 
PAYNE  {partitions  de  poche  peur   la  musique   de   chambre). 

P.    BELAIEFF,     »  »  »  »  (école   russe   moderne). 

EULENSBURRG'S,    petite   bibliothèque   populaire    et  portative   de  partitions   d'orchestre    des    symphonies, 
ouvertures,  concertos,    etc.   célèbres. 


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LE  GUIDE  MUSICAL 


1043 


LISTES    DES   PRIMES 


PRIMES  MUSICALES 

PARTITION   POUR  PIANO  ET  CHANT 
Massenet.  —  Esclarmonde  {-prix  marqué  20  fr.).    12  — 
Port  et  emballage     i   — 
Qoetz.  -  Le  Diable  à  la  maison  (prix  marqué  20  fr  )  10  — 
Port  et  emballage     i   — 
Vieux  chants  flamands  et  mélodies  popu- 
laires, recueillis  et  traduits  par  Victor  Wilder. 
Un  beau  vol.  (Marqué  5  fr.)       .         .         .  .3  — 

ETRENNES  ENFANTINES 
Miry.  —  Chants  enfantins,  sept  vol.  reliés  .         .     4  — 
Dreyschock.  —  Les  contes  de  Perrault,  douze 
morceaux  faciles.  Rel.  album     .         .         .         .3  — 

PARTITION  POUR  PIANO  SEUL 
Bizet.  —  Carmen.  Les  Pêcheurs  de  Perles 

L'ArUsienne.         ..... 

Lajolie  fille  de  Penh     .... 

Qounod.  —  Roméo  et  Juliette,  Mireille,  Philémon 
et  Baucis,  La  Reine  de  Saba.  .... 

Offenbacti.  —  Les  contes  d'Hof-mann  . 

Reyer.  —  Salammbô  ..... 

Chevalier   Van    Elcwyck.  —  Les   anciens 
clavicinistes  flamands.  Deux  forts  volumes  bro- 
chés.   Marqué  12  fr.)  ..... 

Port  et  emballage 


7  — 

5  — 

6  — 


7  — 


PRIMES    LITTÉRAIRES 

E.    Doepler.      -     Der    Ring  des   Nibelungen    von 
Richard  Wagner,  In-fol.,  nombreuses  gravures, 
gr.  format  et  en  couleurs,  d'après  les  costumes 
originaux,  texte  de  Steinitz.  (Marqué  65  fr.)      .  5o 
Port  et  emballage     2 
J.  Isnardon  —  Histoire  du  théâtre  de  la  Mon- 
naie, un  fort  volume  de  720  pages,  luxueuse- 
ment édité.  In-80,  3o  gravures  et  fac-similés. 
(Marqué  i5  fr.)  .......     7 

Port  et  emballage     i 
A.  Pougin  —  Viotti  et  l'Ecole  moderne  du  vio- 
lon, un  fort  volume,  broché,  in-8°     .  .2 
Port  et  emballage     o 

Le  stock  de  ces  d 


PRIMES  ARTISTIQUES 

EAUX-FORTES 

Beethoven.  -  Magnifique  eau  forte  de  Carel 
L.  Dake,  hauteur  47  centimètres  %,  largeur 
37  centimètres  J/^,  sans  les  marges  (prix  marqué 

3o  fr.) 20 

Port  et  emballage     i 
Richard  Wagner.  —  Magnifique  eau  forte  de 
Herkomer,  pendant  de  la  précédente         .  .   20 

Port  et  emballage     i 
Johannea  Brahms     -   Eau-forte  de  Droch- 
wer,    in-80,    hauteur  20    centimètres,    largeur 
12  centimètres,  sans  les  marges. 

Port  et  emballage 


10  — 
«  5o 


AUTRES  PORTRAITS 

Beethoven.  J.  C.  Gluck,  Haydn,  H^ndel,  superbes 
gravures  au  burin,  par  Sichting  (hauteur  12/10  sans 
les  marges). 

Prix  marqué  :  5  fr.  —  Prix  pour  nos  abonnés  :  3  fr. 

N.-B.  La  maison  G.Gonthier,  rue  de  l'Empereur,  3i, 
Bruxelles,  se  charge  de  faire  prendre  au  Guide  Musical, 
les  primes  artistiques  et  de  les  faire  parvenir  encadrées 
directement  suivant  le  désir  des  amateurs.  Prix  d'ar- 
tistes pour  les  abonnés  du  Guide  Musical. 


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convenant    pour  Editeurs,    Ecoles,   Salons  de  musique 

et  Salles  d'auditions. 

Bach  —  H^ndel  —  Haydn  ^  Mozart  — Beethoven 

R.  Wagner  —  Liszt  —  P.^ganini  —  Gevaert 
Moulages  authentiques    des    bustes    de   Leipzig 

(prix  marqué  25  fr)  Pour  nos  abonnés  .  .  i5  — 
Solide  emballage  pour  l'étranger  et  la  province  4  — 
Port  et  frais  de  douane  à  charge  de  l'acheteur. 


N.  B  —  Le  stock  de  ces  diverses  primes  étant  assez  restreint,  nous  servirons  d'abord  les  amateurs 
qui  nous  auront  adressé  le  montant  par  bon-poste  ou  mandat-postal.  Four  la  province  et  l'étranger  ne  pas 
négliger  de  joindre  les  frais  de  port  et  d'emballage. 


Adresser  les  commandes  et  mandats  à  l'Administration  du  Journal 
12,    Rue    du    Marteau,    Bruxelles  • 

Prière  d'indiquer  lisiblement  l'adresse,  avec  mention  delà  province  ou  du  département 


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du  Conservatoire  royal  de  Bruxelles 

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1044 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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Ménage,  Couvertures,  Couvre-lits  et  Edredons 

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Fournisseur  des  Conservatoires 
et  Ecoles   de    musique    de   Belgique 


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NTERNATiONALE  HEBDOMADAIRE. 


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DIRECTEUR-RÉDACTEUR  EN  CHEF 

MAURICE     KUFFERATH 

Rue  du  Congrès,  2,  Bruxelles 

RÉDACTEUR  EN  CHEF  A  PARIS 

HUGUES     IM  BERT 

Eue  Beaurepaire,  33,  Paris 

N    LE  KIME,  SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR 

Rue  du  Marteau,  12,  Bruxelles 


Collaborateurs 


Ed.  Schuré  —  Michel  Brenet 

Georges  Servières 

Hugues  Imbert  —  H.  de  Curzon 

Camille  Benoit  —  Etienne  Destranges 

Guy  RoPARTZ  —  J.  Manskopf 
Van  Santen  Kolff— D"'  Edm.  Rochlich 

J.  Houston  Chamberlain 

Ed.  Vander  Straeten— Ed.  Evenepoel 

Maurice  Kuffekath 

Charles  Tardieu  —  Marcel  Remy 

Ernest  Thomas  —  J.  Malherbe 

Henry  Maubel  —  Ed.  de  Hartog 

D"'  Victor  Joss.  —  N.  Liez.  —  l.  Will 

Dr  F.-V.  Dwelshauwecrs-Dery 

Ernest  Closson  —  Lucien  De  Busscher 

Oberdœrfer    —  Jean  Marlin 

J.    BrUNET   -   A.  WlLFORD,  ETC,   ETC. 

HbOnnementS  :  aux  Bureaux  du 

journal,  à  Bruxelles,  3,  rue  du  Cougrès  ; 

à   Paris,  à  la   Librairie    Fischbacher, 

33,   rue  de  Seine, 

France  ET  Belgique  .   .   .      12  francs. 

Union  postale 14    —^ 

Pays  d"outre-mer   ....     18    — 


3o  Décembre  1894 

SOMMAIRE 


numéro  53 


H.  Alvin  et  R.  Prieur.  —  Métronomie 
expérimentale  (suite). 

Marcel  Rémy.  —  Le  monument  César 
Franck. 

lEIjrontque  ùc  la  demaine  :  Paris  :  Hugues  Imbert. 
Concert  de  la  Nationale.  Quatuor  Crickboom  — 
Ernest  Thomas.  Concert-La moureux.— Un  dernier 
mot  à  M.  Gauthier- Villars. 

Bruxelles  :  Reprise  de  l'Attaque  du  Moulin.  J.  B.  — 
La  IX"'  Symphonie  au  Conservatoire.  M.  K. 

Nouvelles  diverses. 

€ûrrc9ponîlnni;t0  :  Amsterdam.  —  Anvers.  —  Berlin. 
—  Bruges.  —  Crefeld.  —  Gand,  le  Christus  de 
M.Samuel.  —  Leipzig.  —  Liège. —  Luxembourg.  — 
Prague.  —  Namur.  —  Nîmes.  —  Rouen.  —  Tour- 
nai. 

Nouvelles  diverses. — Bibliographie  .  Quinze  lettres 
de  Wagner  et  souvenirs  à  Mi"=  Wille,  traduits  par 
A.  Staps.  —  Nécrologie.  —  Répertoire  des  théâ- 
tres. 


EN  VENTE,  à  Bruxelles  :  Office  central,  rue  de  TEouyer; 
et  chez  les  éditeurs  de  musique.  —  A  Paris  :  librairie 
Fischbacher,  33,  rue  de  Seine;  M.  Brasseur,  Galerie 
de  l'Odéon.  —  Luxembourg,  G.-D.  Simonis,  libraire.  — 
A  Londres  :  MM.  Breitkopf  et  Hjertel ,  Great  Malborough 
Street,  54;  Schott  et  C»,  Régent  street,  157.  —  A  Leipzig  : 
!  Otto  Junne. — A  Munich  Josef  Seiling,  fourn''  delà  cour, 
Perusastrasse.  —  A  Prague  :  F.  A.  Urbanek.  -  A  Stras- 
bourg :  librairie  Ammel.  —  A  Amsterdam,  Algemeene 
Musikhaniel,  Spui,   2.   —  A  La  Haye,  Belinfante  frères. 

—  A  Liège  :  M""*  veuve  Muraille,  rue  de  l'Université.  — 
A  Anvers  :  M  Forst,  place  de  Meir. — A  Gand  :  M™"  Beyer. 

—  A  Zurich  ;  Hug  frères,  édit.  —  A  Genève  ;  Ad.  Henn, 
6,  rue  Grenus  —  A  Madrid  :  Ruiz  y  C°,  Principe,  14. 
-^  A  Saint-Pétersbourg:  MM.  E.  Mellier  et  C'»,  Pers 
pective  Newski.— A  Moscou  :  Jurgenson.  —  A  Mexico 
N  Budin.  —  A  Montréal  :  La  Montagne,  éditeur  rue 
Siint-Maurice,  149.  —  A  New-York  G.  E.  Stechéirt, 
810,  Broadway. 

Le  numéro  :  40  centim.  s. 


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1046 


LE  GUIDE  MUSICAL 


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rue  de  l'Evêque 
En  face  le  théâtre  de  la  Monnaie,  Bruxelles 

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HOTEL  DE  FLANDRE 

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PARAISSANT  LE  DIMANCHE 


40e  ANNÉE.  —  Numéro  53. 


3o  Décembre  189}, 


A    NOS    ABONNÉS 

PRIMES 

Nous  prenons  la  liberté  de  prévenir 
nos  abonnés  de  Belgique  et  de  France 
dont  l'abonnement  expire  le  3i  décem- 
bre prochain  qu'en  raison  de  l'impor- 
tance de  cette  échéance,  nous  ferons 
toucher  par  la  poste  le  montant  du 
renouvellement  dans  la  dernière  se- 
maine du  mois,  afin  d'éviter  les  inter- 
ruptions dans  le  service  du  journal. 

Nous  prions  les  anciens  abonnés  de 
VArt  Musical  qui  désirent  continuer 
l'abonnement  au  Guide  de  vouloir  bien 
faire  parvenir  leur  renouvellement  ou 
leurs  mandats  directement  à  la  Maison 
Leduc,  3,  rue  de  Grammont,  à  Paris. 

Afin  d'éviter  les  frais  de  recouvre- 
ment nous  engageons  instamment  nos 
abonnés  des  autres  pays  à  nous  adres- 
ser le  montant  de  leur  abonnement 
(14  francs)  par  mandat  postal. 

L'augmentation  continue  de  notre 
tirage,  la  faveur  croissante  dont  jouit 
notre  revue,  nous  astreingnent  à  user 
d'un  peu  de  rigueur  dans  l'envoi 
du  journal.  Nous  considérerons  donc 
comme  réabonnée  toute  personne 
dont  la  renonciation  ne  nous  sera  pas 
parvenue  avant  le  1 5  janvier. 

Comme  de  coutume  à  l'époque  des 
étrennes,  nous  offrons  à  nos  abonnés 
des  PRIMES  LITTÉRAIRES,  MU- 
SICALES et  ARTISTIQUES. 

Ces  primes  intéressantes,  dont  nos 
lecteurs  trouveront  l'énumération  dé- 
taillée à  l'avant- dernière  page,  se 
recommandent  tant  par  la  variété  du 
choix  que  par  leur  prix  exceptionnel- 
lement avantageux. 

L'Administration. 


METRONOMIE  EXPERIMENTALE 

(Suite).  —  Voir  les  nos  44,  45,  46,  47,  48,  49,  5o,  5i  et  52 
(Reproduction    interdite) 

Au  début  de  la  scène  troisième  (A.  34,  F. 
37),  introduite  par  l'orchestre  : 
Massig  langsam. 

'^oderato.        Mesure  791 


Siegmund,  resté  seul,  réfléchit  à  sa  triste 
situation;  il  adresse  à  Wàlse  ses  appels 
énergiques  ff  (A.  35,  F.  38)  ;  il  réclame  le 
glaive  promis  ;  la  fin  de  la  phrase  :  «  Was 
wiïthend  das  Herz  noch  hegt?  Vas-tu  me 
laisser  sans  secours?  »  est  lancée  en  cres- 
cendo etAccelerando  (i)  ;  puis,  retour  immé- 
diat au  Tempo  1°  sur  le  motif  de  l'Epée, 
reparaissant  à  l'orchestre.  Voici  les  allures 
d'exécution  ; 


Mouvements  constatés 

réductions 

TEXTE    CHANTÉ 

aux  exécutions  de 

1 

.1 

Munich 

Paris 

B 

° 

Mi  1  M2 

Pi      P2 

34 

37 

(Orchestre) 
Scène  3e            ;  , 
Moderato  î5 

83 

70 

82 

71 

35 

38 

Wo  ist  dein  Schwert? 

Où  donc  est  ton  glai  v 
Cresc.  Accel. 

144 

144 

io3 

III 

36 

39 
3q 

Das  Herz  nochhegt? 
Laisser  sans  secours? 

Tempo  70 
Lacht  da  der  Blick. 

36 

86 

84 

96 

110 

Ne  s'abusent-ils  pas. 

Sur   le  Moderato    initial,  les  mouvements 

difterent  peu  ;  la  nuance  Cresc.  Accel.  est 

réahsée  dans  les  quatre  cas,  mais  beaucoup 

moins  énergiquement  à  Paris  qu'à  Munich. 

Quelle  est  la  meilleure  manière?  C'est  une 

(i)  Cette  dernière  indication  manque  sur  la  réduction 
française. 


1048 


LE  GUIDE  MUSICAL 


question  de  goût  et  l'on  pourrait  discuter. 
Pour  le  retour  au  Tempo  1°,  c'est  autre 
chose  ;  la  simple  inspection  des  chiffres  du 
tableau  permet  d'assurer  que  l'orchestre 
de  Munich,  parti  de  83  ou  8o  à  la  noire, 
revient  très  bien  à  l'allure  initiale  (86  ou  84) 
après  Vaccelerando,  tandis  que  l'orchestre 
de  Paris,  conduit  à  82  ou  71  au  début,  ne 
retrouve  pas  ce  mouvement  avec  exacti- 
tude (96  ou  iio).  Dans  l'exécution  Pi,  il  y 
a  faute  légère;  dans  L'exécution  P2,  il  y  a 
faute  gravé  :  on  semble  avoir  cru  que 
l'accélération  subsistait  encore  malgré  le 
Tempo  /".  Et  comme  il  n'est  pas  possible  de 
confondre  J  =  71  avec  J=  1 10,  l'erreur  com- 
mise est  peu  excusable. 

Dans  la  seconde  partie  de  la  même  scène 
(Siegmund  et  Sieglinde),  nous  rencontrons 
le  Lied  du  Printemps  (A.  47,  F.  53).  En 
raison  de  son  caractère  nettement  mélo- 
dique, de  sa  simplicité  relative,  on  pense- 
rait qu'il  est  facile  d'en  régler  les  allures 
d'une  manière  précise  et  constante.  C'est 
bien  ce  que  nous  observons  à  Munich  ;  mais, 
à  Paris, c'est  malheureusement  le  contraire: 


Page 
rédu 

des 

TEXTE    CHANTÉ 

Mouvemen 
aux  exéc 

Munich 

ts  constatés 
utions  de 

Paris 

1 

Mi   1  M2 

Pi 

Pz 

47 
47 
48 
48 
55 

53 
53 

54 
54 
60 

61 

Orchestre  g/8  3/4  ér 

Moderato 
Winterstùrme  wich 
Plus  d'hiver 

Leichtundlieblich. 
Vers  nous  s'a-i-ance 

76 
75 

76 
81 

71 
41 

95 
69 

Ses  yeux  d'azur 
Sempre  pp  Più  p 

60 

53 

94 

72 

Fécondant  de  la  sève 

55 

Le  secret  de  mon  cr 
Poco  a  poco  anim 

Tônender  Schall. . . 
Dans  l'air  sa  fanfare 

100 

100 

9-1 

100 

Ces  quelques  chiffres  sont  singulièrement 
significatifs. 

Considérons  d'abord  les  mouvements  de 
l'orchestre  seul  dans  le  3/4  Moderato  qui 
précède  l'attaque  du  ténor.  Pour  les  exécu- 


tions Mi,  M2,  concordance  absolue;  pour 
Pi  et  P2,  71  ou  96  à  la  noire  :  il  est  pro- 
bable que  l'un  des  ëeux  est  fautif.  Voyons 
maintenant  ce  qui  se  passe  lorsque  Sieg- 
mund attaque  le  Lied;  à  Munich,  confor- 
mément du  reste  à  la  partition  qui  ne  porte 
ni  Rail,  ni  Accel.r  le  mouvement  reste  très 
exactement  ce  qu'il  était  avec  l'orchestre 
seul  :  75  ou  81,  au  lieu  de  76,  écarts  insai- 
sissables à  l'audition.  A  Paris,  au  contraire, 
qye  relevons-nous  dès  l'entrée  de  la  partie 
vocale?  Une  chute  brusque  dans  l'allure, 
réduite  de  trente  ^  degrés  métronomiques 
pour  Pi,  de  vingt-sept  degrés  pour  P2. 

On  devine  aisément  l'énorme  différence 
des  impressions  de  l'auditeur  :  à  Munich, 
le  chanteur  entre  en  se  soudant  à  l'or- 
chestre; à  Paris,  Siegmund  semblese  dé- 
gager personnellement  de  l'allure  anté- 
rieure comme  pour  forcer  l'attention  par 
un  violent  contraste  métronomique.  Il  est 
possible  que  ce  procédé  empoigne  (qu'on 
nous  permette  l'expression)  plus  facilement 
le  public  de  l'Opéra;  mais,  appliqué  à  ce 
degré,  il  n'en  semble  pas  moins  condam- 
nable. 

Ce  n'est  pas  tout  ;  reportons-nous  à  la 
page  suivante  :  «  Holde  Diifte  holt  er  ans 
remplis  d'oiseaux  chanteurs  »  (A.  48,  P.  54), 
où  nous  trouvons  lès  nuances  sonores 
sempre  pp.,  Più  p.  (i),  et  voyons  la  consé- 
quence métronomique  de  ces  nuances.  A 
Munich,  l'allure  diminue  sensiblement  :  de 
75  ou  81  à  la  noire,  elle  est  tombée  à  60 
ou  63.  A  Paris,  au  contraire,  pour  P2,  l'al- 
lure s'est  élevée  de-69  à  72;  pour  Pi,  elle 
est,  sur  le  piii p.,  plus  du  double  de  ce  qu'elle 
était  au  début  du  Lied  (94  au  lieu  de  41). 
Il  est  bien  naturel  de  ralentir  un  peu  sur  le 
più  p.  comme  on  le  fait  à  Munich  ;  mais, 
..si  ce  n'est  pas  strictement  obligatoire, 
qu'on  nous  explique  au  moins  pour  quelles 
mystérieuses  raisons  Siegmund  débite  son 
Lied  deux  fois  plus  vite  sur  cette  phrase 
qu'au  début  ! 

Nous  comprenons  fort  bien  que  le  mou- 
vement s'accélère  notablement  quelques 
pages  plus  loin  (A.  55,  F.  60  et  61)  sur  la 
réplique  de  Sieglinde  dont  l'extase  grandit, 

(i)  Cette  dernière  indication  manque  sur  la  réduction 
française.    .  - 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1049 


Allmàlig  bewegter,  poco  apoco  animato;  mais 
l'effet  de  cette  indication  est  manqué  pour 
Pi  :  V Animato  n'est  pas  plus  vif  que  le 
passage  phi  p.  chanté  tout  à  l'heure  par 
Siegmund.  C'est  amsi  qu'une  première 
erreur  peut  avoir  sa  répercussion  et  rendre 
impossible  dans  la  suite  les  oppositions 
d'allures  voulues  par  l'auteur.  Une  faute 
métronomique  va  rarement  seule  ;  elle  se 
multiplie  avec  facilité,  comme  une  mau- 
vaise graine. 

Il  arrive  parfois  cependant  que  l'écart 
reste  isolé  ;  le  cas  se  produit,  en  général, 
lorsqu'au  Heu  d'une  violation  formelle  du 
texte,  il  s'agit  simplement  d'une  divergence 
locale  sur  un  passage  dépourvu  d'indica- 
tions formelles.  On  trouvera  un  exemple  de 
cette  espèce  dans  le  tableau  suivant.  Nous 
sommes  au  deuxième  acte,  scène  première  ; 
après  avoir  reçu  l'ordre  de  Wotan  : 


Her  -   ge    gv.€r    -  -      rière 

Brûnnhilde  s'éloigne  en  poussant  ses  appels 
walkyriques 


Pages   des 

Mouvements  constatés 

ri^'Jiictions 

au.x  exécutions  de 

1 

« 

TEXTE    CHANTÉ 

Munich 

Paris 

E 

«• 

. — ^^'^—^ ^ 

— ,.   -   _. 

2 

Mi 

Ma 

Pi   ;   P2 

76 

84 

Reite  zur  Wal 

Vierge  guerrière 

9/8;.= 

78 

78 

73 

76 

84 

Heihaha 

a 
.  0) 

75 

75 

a 
0 

120 

76 

85 

Heihaha 

Ph 

{TrilU) 
-er    Cresc.  ff 

io5 

io5 

0 

97 

77 

8i 

Heihaha 

90 

87 

78 

77 

86 

Hojotoho 

3 

a 

L  istesso  tempo 

86 

86 

13 

78 

77 

86 

Sollst  du  bestehen   . 

.  "J  . 

Apportnt  la  tempête 

85 

90 

n, 

78 

■  78 

87 

Lass'  dich  im  Stich 
A  ton  destin 

Au  début  de  ce  fragment,  concordance 
très  satisfaisante  entre  les  allures  des  trois 
représentations  comparées.  Dans  le  second 
intervalle,  accélération  très  accusée  à  Paris 
(73  à  120);  aussi  la  nuance  -^^^  cresc, 
ff  du  troisième  intervalle  n'est-elle  pas  tra- 


duite métronomiquement  comme  à  Munich. 
Mais,  malgré  cela,  nous  trouvons  partout 
le  ralentissement  relatif  sur  le  quatrième 
intervalle,  et  enfin,  au  cinquième,  le  pro- 
blème métronomique  : 

Dasselbe  Zeitinaass. 

Listesso  tempo.  J  =  J. 


Ho  -  jo-to.  hol 

est  très  convenablement  résolu  dans  les 
trois  cas. 

On  remarquera  l'excellente  similitude  des 
mouvements  locaux  pour  les  deux  exécu- 
tions de  Munich,  bien  que  le  rôle  de 
Brûnnhilde  ait  été  tenu  successivement  par 
M«>«  Sucher  et  par  M"^  Ternina.  La  con- 
cordance atteint  rarement  un  aussi  haut 
degré  de  précision,  même  pour  les  exécu- 
tions allemandes  qui  nous  occupent. 

Elle  est  loin  d'être  aussi  parfaite  pour  le 
passage  suivant  de  la  scène  première  du 
second  acte  entre  Wotan  et  Fricka 
(A.  88-91,  F.  99-102).  Cette  partie  de 
l'œuvre  n'ayant  pas  été  donnée  à  Paris, 
nous  sommes  réduits  aux  mesurages  de 
Munich. 


l'âge 
réJu 

1 

s    des 

TEXTE   CHANTÉ 

Mouvements  constatés 
aux  exécutions  de 

Munich         Paris 

12          I    1     2 

88 

99 

Stets  gewohntes  . . . 
Dans  l'ordre  naturel 
3/4;.: 

100 

106 

Sg 

99 

Zu  wirken  die  That 
Accomplir  les  explts 

96 

85 

89 

100 

Wirken  verwehrt . 
Ne  peuvent  accompr 

89 

100 

89 

100 

Ihnen  nur  wirkt  . . . 
Ne  peut  entreprend^ 

77 

91 

0  . 

c3  ' 

90 
90 

100 
lOI 

Du  reizest  sie 

Que  serait-il 
Lebhaft,  Animato 

Du  mich  beliigen. . 
Mais  n'attends  pas 

60 
69 

45 
69 

1 

"S. 

•  s- 

0 

.T3  . 

G 
0 

90 

loi 

Trotzt  er  allein 

Ton  reflet 

72 

io3 

f 

.  3  . 
ri 

90 

lOI 

Schirmteihnnie. .  . 
Secondé  ta  vaillance 

112 

102 

91 

102 

Siegmund  gewann. 
Il  l'a  conquise 

95 

100 

qi 

102 

Auf  den  Fersen. . , . 

Ma  divine  sagesse 

1050 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Rappelons  qu'aux  deux  fois  le  rôle  de 
Fricka  a  été  tenu  par  M"^  Frank;  le  rôle 
de  Wotan  a  eu  successivement  pour  inter- 
prètes MM.  Brucks  et  Grengg. 

Dans  plusieurs  intervalles  apparaissent 
des  discordances  notables,  d'importance 
presque  exceptionnelle.  Elles  s'expliquent, 
en  partie,  par  le  rôle  réduit  et  intermittent 
de  l'orchestre.  En  divers  points,  on  trouve 
des  fractions  de  mesures  ou  des  mesures 
entières  durant  lesquelles  les  voix  chantent 
en  solo  absolu;  souvent  aussi  elles  sont 
soutenues  par  de  simples  accords.  Elles 
sont  donc  moins  encadrées  par  l'orchestre 
et,  comme  on  voit,  elles  usent  de  leur 
liberté.  Le  Lebhaft,  Auimato  du  cinquième 
intervalle  n'est  même  pas  observé  :  là,  ce 
n'est  plus  de  la  liberté,  c'est  de  la  licence. 

[A  suivre.)  H.  Alvin  et  R.  Pkieur. 


POUR  LE  MONUMENT 

CESAR  FRANCK 

î 'incident  surgi  naguère  à  propos  de  la 
statue  de  Balzac  n'est  pas  oublié 
encore  et  révéla  chez  des  hommes 
d'apparences  ou  même  de  professions  artis- 
tiques une  singulière  incompréhension  des 
efforts  et  des  tourments  d'un  artiste  en  gesta- 
tion de  chef-d'œuvre. 

Sans  s'associer  complètement  aux  apprécia- 
tions acerbes  «  'chauds  de  lettres  »  ou  «jean-f... 
de  lettres  »  que  s'attira  de  la  part  d'Arsène 
Alexandre  et  de  Grosclaude,  la  Société  des  gens 
de  lettres  lors  de  son  différend  avec  le  maître 
Rodin,  il  faut  pourtant  constater  une  sorte 
d'inconscience  des  comités,  commissions  et 
autres  groupes  anonymes  vis-à-vis  des  choses 
d'art.  Plis  séparément,  chaque  commissaire 
montrera  du  tact,  de  l'entendement,  de  la  récep- 
tivité intelligente  ;  réunissez  la  commission,  il 
n'y  aura  plus  qu'un  groupe  neutre,  bien  capa- 
ble de  décréter  une  mesure  odieuse  ou  com- 
mettre une  simple  «  gaffe  » . 

Voici  un  autre  exemple  qu'il  ne  faut  certes 
pas  assimiler  pleinement  au  précédent,  car  ici 
sont  en  cause  indolence  ou  négUgence,  mais 
caractéristique  tout  de  même. 

Il  y  a  deux  ans  environ,  quelques  jeunes 
gens  d'in.spiration  généreuse  résolurent,  proba- 
blement à  l'issue  d'un  concert  où  la  musique 


de  Franck  leur  avait  été  révélée,  d'élever  un 
monument  au  maîtie  qui  avait  su  leur  trans- 
mettre un  frisson  nouveau. 

En  même  temps  que  cette  noble  idée  leur 
était  suggérée,  sa  réalisation  exigeait  —  à  leur 
sentiment  unanime  —  la  participation  active  du 
sculpteur  Joseph  Rulot,  qu'ils  pensaient  pou- 
voir seul  traduire  et  amplifier  l'hommage  dont 
la  forme  indécise  s'agitait  dans  leur  esprit. 

Ce  point  est  à  noter,  que  le  monument  fut 
décidé  par  le  double  motif  de  l'admiration  pour 
le  musicien  et  du  concours  assuré  d'un  ciseau 
apte  à  la  traduire.  L'idée  fut  répandue  à  Liège 
et  au  dehors  ;  elle  rencontra  tout  de  suite  sym- 
pathie et  encouragement.  Un  comité  fut  formé, 
qui  recruta  bientôt  l'adhésion  des  jeunes  musi- 
ciens français,  la  descendance  musicale  de 
César  Franck. 

Pendant  ces  préliminaires,  avant  toute  for- 
mation régulière  de  comité  responsable,  avant 
qu'une  seule  souscription  ftit  recueillie,  le 
sculpteur  Rulot,  avec  un  beau  désintéresse- 
ment, creusait  son  cerveau,  tendait  son  esprit, 
s'abîmait  dans  son  sujet,  écoutant  des  harmo- 
nies intérieures  —  car  c'est  une  nature 
affinée,  ouverte  à  la  musique,  où  il  compte 
d'illustres  amitiés,  comme  Thomson,  Ysaye, 
'Ra.w&y  et  d'autres,  —  sans  s'inquiéter  nulle- 
ment si  son  labeur  recevrait  jamais  son  salaire. 
Abandonnant,  dès  l'abord,  tout  projet  de 
statue  ou  d'effigie,  il  s'arrêta  à  un  monument 
symbolique.  On  ne  peut  que  l'approuver. 
Quand  on  considère  l'œuvre  musicale  de  César 
Franck  dans  son  ensemble,  avec  sa  physiono- 
mie spéciale,  sa  teinte  personnelle,  invincible- 
ment on  a  la  notion  d'un  homme  doux, 
intelligent,  qui  vécut  dans  la  pénombre  mé-  | 
lancolique  des  méconnus,  dans  une  fierté  ^ 
ennemie  de  toute  réclame,  même  posthume. 

Il  n'est  peut-être  pas  de  personnalité  artis- 
tique plus  incompatible  avec  l'anecdote,  le 
trait  de  mœurs,  le  «  fond  de  tiroir  »  ou  le 
triomphe  bruyant.  S'imagine-t-on  l'hérésie  in- 
supportable d'une  redingote  de  bronze  décernée 
à  ce  sensitif  ?  Voit-on  ce  poète  des  douleurs 
intimes,  cet  élégiaque  dressé  tout  vif  à  un  car- 
refour ? 

Ce  serait  d'une  irrévérence  souveraine. 
J'en  appelle  à  ceux  qui  ont  vu,  comme  mtsi, 
le  toupet  et  le  faux-col  de  Lamartine,  à  Passy 
et  à  Màcon.  Non,  l'hommage  à  Fianck,  conçu 
par  Joseph  Rulot,  est  dans  une  note  plus  éle- 
vée. Sur  une  masse  fruste,  des  groupes  symbo- 
liques s'étagent,  qui  évoquent  le  Sermon  sur 
la  montagne.  A  mi-hauteur,  le  Christ,  assis, 
complète  ses  sublimes  paroles  d'un  geste  d'in- 


LE  GUIDE  MUSICAL 


lôol 


finie  mansuétude.  Et  ce  groupe  —  les  Béati- 
tudes —  n'est  pas  construit  dans  un  sens  exclu- 
sivement, sèchement  sculptural,  académique. 
Les  lignes  sont  amincies,  un  fluide  baigne  les 
figures,  l'harmonie  intérieure  se  devine,  de  la 
musique  plane. 

Le  projet  de  Rulot  n'existe  qu'à  l'état  d'es- 
quisse sur  cartons;  voilà  bientôt  un  an  qu'il 
est  terminé. 

L'auteur  propose  au  comité  d'en  faire  une 
maquette  en  plâtre  demi-grandeur  pour  dres- 
serenfin  son  projet  dans  sa  forme  décisive,  de 
façon,  dit-il,  «  que  s'il  mourait  avant  l'achève- 
ment du  monument,  celui-ci  pût  être  ter- 
miné selon  ses  indications  ». 

Le  comité  hésite,  tergiverse,  prétendant 
n'avoir  pas  en  caisse  assez  d'argent  pour  les 
frais  matériels  de  cette  maquette. 

Or,  il  n'y  a  aucune  raison  pour  que  cette  situa- 
tionne  se  prolonge  indéfiniment.  Les  premières 
souscriptions  sont  recueillies  depuis  un  certain 
temps  :  il  ne  faut  plus  rien  attendre  du  public, 
pour  le  moment,  si  l'on  ne  force  pas  son  atten- 
tion. Tandis  qu'en  présentant  un  projet  bien 
défini,  en  exposant  publiquement  la  maquette 
du  monument,  on  donnerait  une  impulsion 
favorable  à  la  réussite  de  la  souscription. 
L'exposition  du  projet  définitif,  coïncidant 
avec  des  concerts  organisés  en  faveur  de  l'œu- 
vre, assurerait  le  résultat  financier  de  l'entre- 
prise. 

La  réduction  des  Béatitudes  serait,  naturel- 
lement, exposée  à  Paris,  la  ville  où  toute  ini- 
tiative généreuse  et  artistique  est  certaine  d'être 
suivie. 

On  demanderait,  par  exemple,  à  M .  Colonne, 
d'exécuter  à  ses  concerts  la  partition  des  Béa- 
titudes, qui  eut  tant  de  succès  Tan  dernier  : 
en  même  temps,  le  groUj^e  de  Rulot  serait 
dressé  au  foyer  du  Châtelet.  Et  sous  l'émotion 
double  de  la  musique  et  de  la  statuaire,  les 
assistants  seraient  séduits. 

La  Nationale  ne  manquerait  pas  d'organi- 
ser de  belles  exécutions  des  œuvres  sympho- 
niques  et  instrumentales  de  son  regretté  prési- 
dent. 

Le  Conservatoire  de  Paris  offrirait  sa  salle  de 
concert  en  l'honneur,  sinon  du  compositeur 
moderne,  au  moins  de  son  ancien  professeur 
d'orgue. 

Le  groupe  sculptural  serait  exposé  dans  le 
grand  vestibule  :  autre  public  et  nouvelles 
cotisations.  On  peut  compter  sur  le  dévoue- 
ment des  fervents  :  Vincent  d'Indy,  Chausson, 
Benoit,  de  Bréville,  les  frères  Ysaye  et  d'au- 
tres. 


A  Bruxelles,  où  Hnlda  va  être  joué,  les 
XX  feraient,  certes,  quelque  chose.  Nancy, 
Liège  et  Verviers,  d'autres  villes  encore  appor- 
teraient leur  tribut. 

Mais  pour  mettre  en  mouvement  tous  ces 
bons  vouloirs  qui  ne  demandent  qu'à  agir,  il 
faut  un  but  précis,  un  commencement  de  fait 
accompli. 

C'est  pourquoi,  malgré  les  frais  nécessités,  la 
confection  immédiate  de  la  maquette  est  un 
élément  indispensable  au  succès  financier  de 
l'entreprise.  Une  fois  l'opinion  publique  saisie, 
si  même  la  somme  voulue  n'est  pas  atteinte, 
on  aura  qualité  pour  recourir  aux  pouvoirs 
publics  —  Etat,  province,  municipalité  —  et 
leur  demander  de  parfaire  la  souscription. 

Le  comité  liégeois  devrait  bien  songer  à  ces 
choses  et  faire  le  nécessaire  sans  plus  tarder. 

Car  il  ne  faut  pas  non  plus  considérer  le  sta- 
tuaire Rulot  comme  un  fournisseur  préoccupé 
de  sa  commande  ou  de  sa  gloire  et  qu'on  peut 
faire  attendre.  Nulle  impatience  vénale  ne  le 
peut  hanter  ;  on  doit  le  regarder  comme  le  pre- 
mier et  le  plus  important  des  souscripteurs  :  là 
où  nous  donnons  un  peu  de  notre  superflu,  il 
prodigue  le  plus  beau  et  le  plus  pur  de  son 
talent  en  cette  œuvre  grandiose.  A  lui  le  res- 
pect et  les  égards  dus  aux  ouvriers  de  la  pensée 
humaine. 

Ensuite,  en  traînaillant,  on  provoque  une 
impression  pénible.  Liège  a  revendiqué  César 
Franck  à  la  dernière  heure,  sinon  trop  tard. 
Quoique  la  descendance  artistique  du  maître 
soit  l'efflorescence  actuelle  du  jeune  mouve- 
ment musical  français,  on  a  reconnu  et  on  s'est 
incliné  devant  les  droits  —  d'ordre  plutôt  sen- 
timental —  des  Liégeois. 

Va-t-on  par  indifférence,  négligence,  manquer 
de  piété  à  sa  mémoire,  après  avoir  tardivement 
réclamé  ce  mort?  Non,  non,  prenez-y  garde  ! 
Sinon,  on  dira  que  sa  patrie  l'a  oublié  deux 
fois!  Marcel  Remy. 

Chronique  &e  la  ^eniatne 

PARIS 

Société  nationale  de  musique.  —  Concerts-Colonne. 
—  Séance  de  musique  de  chambre  par  le  quatuor 
Crickboom,  Angenot,  Miry  et  H.  Gillet,  à  la  Salle 
d'Harcourt. 

La  Société  nationale  de  musique  a  inaugui  é, 
le  dimanche  23  décembre,  le  premier  des 
quatre  grands  concerts  avec  orchestre  qu'elle 


1052 


LE  GUIDE  MUSICAL 


doit  donner  cette  année  à  la  Salle  d'Harcourt. 
Nous  ne  saurions  trop  féliciter  cette  société  de 
s'être  montrée  moins  fermée,  que  par  le  passé  à 
certains  compositeurs  français  qui,  bien  que 
n'appartenant  pas  à  l'école  de  César  Franck, 
n'en  ont  pas  moins  produit  des  œuvres  de 
valeur.  C'est  ainsi  que  nous  relevons  sur  ie  pro- 
gramme, à  côté  des  noms  de  MM.  Duparc, 
Debussy  et  Guy  Ropartz,  ceux  de  MM.  Bour- 
gault-Ducoudray  et  Saint-Saëns.  La  séance 
débutait  par  la  Forêt  (op.  19)  de  M.  Alex. 
Glazounow,  poème  symphonique  entendu  pour 
la  première  fois  à  Paris.  Notre  attente  a  été 
déçue;  il  nous  coûte  de  le  dire,  car  nous  nous 
souvenons  de  certaines  pages  de  musique  de 
chambre  de  M.  A.  Glazounow  qui  nous 
avaient  charmé.  Son  poème  symphonique  ne 
nous  paraît  rendre  que  bien  imparfaitement  le 
programme  littéraire  qu'il  s'est  tracé,  nous 
pouvons  ajouter  que,  si  ce  programme  n'avait 
pas  été  sous  nos  yeux,  il  eût  été  impossible  de 
songer  à  une  peinture  de  la  forêt.  Sa  traduc- 
tion musicale  manque  de  charme;  elle  est  sou- 
vent violente,  bruyante,  hachée,  beaucoup  trop 
développée.  Le  passage  où  «  les  oiseaux,  au 
matin,  gazouillent  joyeusement  »,  fait  songer  à 
lnSymphonie  pastorale,  et  la  comparaison  n'est 
pas   à   l'avantage    du   compositeur   russe. 

Glissons,  si  vous  le  voulez  bien,  sur  un  A  l- 
legretto  sans  prétention  de  M.  J.  Bordier,  pour 
parler  de  l'œuvre  d'un  musicien  de  talent,  qui 
se  retire  trop  derrière  les  saules  et  dont  on 
voudrait  connaître  davantage  les  compositions. 
En  entendant  la  Vague  et  la  Cloche  de  M.  R. 
Duparc,  sur  une  poésie  de  M.  F.  Coppée,  on 
voit  de  suite  où  vont  les  admirations  du  com- 
positeur :  l'influence  wagnérienne  se  fait  sentir 
dans  cette  page  dramatique,  mais  sans  qu'elle 
nuise  à  une  inspiration  franche  et  saine.  Nous 
avons  surtout  admiré  la  conclusion  : 

Pourquoi  n'as-tu  pas  dit,  ô  rêve,  où  Dieu  nous  mène? 
Pourquoi  n'as-tu  pas  dit  s'ils  ne  finiraient  pas, 
L'inutile  travail  et  l'éternel  fracas 
Dont  est  faite  la  vie,  hélas  !  la  vie  humaine  !  » 

M.  Auguez,  avec  sa  voix  chaude  et  bien 
timbrée,  a  fait  valoir  la  partie  de  chant,  et  le 
public  a  souligné  de  ses  bravos  l'œuvre  et  l'in- 
terprète. —  La  page,  toute  de  poésie  qu'a  écrite 
M.  Bourgault-Ducoudray  sur  l'Enterrement 
d'Ophélie,  lui  a  été  évidemment  inspirée  par  le 
tableau  qu'en  a  tracé  Shakespeare  dans  i/fl,;7;./e/ 
(acte  V).  Il  nous  a  semblé  que  l'auteur  s'était 
plutôt  évertué  à  rendre  les  passages  de  douceur 
que  ceux  de  violence.  Telles  les  paroles  placées 
dans  la  bouche  du  prêtre  :  «  On  lui  a  accordé 
ses  couronnes  de  jeune  fille,  ses  jonchées  de 


fleurs  virginales  et  l'accompagnement  des 
cloches  et  des  funérailles  »,  —  ou  encore  cette 
phrase  de  Laërtes  :  «  Placez-la  dans  la  terre  et. 
puissent  de  sa  chair  belle  et  sans  tache  naître 

ici  mille  violettes!»    etc Le  quatuor  des    ' 

cordes  en  sourdines  fait  entendre  un  cantique 
d'amour,  plein  de  douce  mélancolie,  auquel 
succèdent  les  notes  du  violoncelle  et  du  haut- 
bois. Les  pizzicati  des  cordes,  le  son  de  la 
cloche  et  quelques  accords  vigoureux  de  l'or- 
chestre complètent  un  tableau  qui  n'est  pas  sans 
valeur  et  qui  a  été  très  apprécié. 

M.  Crickboom,  le  jeune  violoniste  belge, 
élève  d'Ysaye,  a  fort  bien  exécuté  le  Concerto 
pour  violon  de  C.  Saint-Saëns,  qui  est  hérissé 
de  difficultés.  Il  a  donné  surtout  une  couleur 
charmante  à  V Andantino,  et  les  rappels  en- 
thousiastes du  public  lui  ont  montré  quel  cas 
on  faisait  de  son  talent. 

Le  reproche  que  nous  pourrions  faire  aussi 
bien  au  Prélude  à  l'après-midi  d'tm  faune 
(églogue  de  S.  Mallarmé),  mis  en  musique  par 
M.  A.  Debussy,  qu'à  la  Prière,  poème  de  Guy 
Ropartz,  est  que  l'influence  wfagnérienne  y  est , 
trop  prépondérante  et  qu'elle  enlève  ainsi  à 
l'artiste  le  style  qu'il  était  capable  d'avoir.  Ce 
sont,  néanmoins,  des  compositions  intéres- 
santes, la  première  surtout,  dénotant  chez 
leurs  auteurs  des  aspirations  vers  le  beau  et 
une  aversion  absolument  complète  pour  la 
banalité,  ce  dont  nous  ne  saurions  trop  les 
louer. 

Rédemption  de  César  Franck  clôturait  cette 
première  séance  de  la  Société  nationale  de 
musique  à  la  salle  d'Harcourt.  L'orchestre 
était  bien  dirigé  par  M.  Gustave  Doret;  mais 
on  devinait  sans  peine  que  les  répétitions 
n'avaient  pas  été  assez  nombreuses. 

—  Le  cycle  Berlioz  continue  son  évolution 
triomphale  aux  Concerts-Colonne.  Dimanche,  . 
avant-veille  de  Noël,  l'Enfance  du  Christ,  tri- 
logie sacrée,  avait  attiré  un  public  nombreux 
et  recueilli.  Ce  n'était  pas  la  première  fois  que 
M. Ed.  Colonne  faisait  exécuter  cette  partition, 
qui  occupe  une  place  à  part  dans  l'œuvre  de 
Berlioz;  et  nous  nous  souvenons  encore  du 
concert  du  9  janvier  1881,  où  M"«  Vergin  (au- 
jourd'hui M^ns  Colonne)  donnait  une  grâce  si 
louchante  à  sainte  Marie,  et  de  celui  du  4  dé- 
cembre i8g2,  dans  lequel  M"<=  Berthe  de  Mon- 
talant  (aujourd'hui  M^^  Auguez)  chantait  le 
même  rôle.  Personne  n'ignore  que  l'Enfance 
du  Christ  fut  composée  à  diverses  époques  :  le 
Chœur  des  Bergers,  qui,  le  premier,  vit  le 
jour,  fut  publié  sous  le  nom  de  Pierre  Ducré 
(Duc-ré)  en  i85o.  La  Fuite  en  Egypte  date  de 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1053 


la  même  année.  Enfin,  l'œuvre  entière  parût 
en  l'année  1854,  sous  le  titre  définitif  de  V En- 
fance du  Christ  ;  elle  comprend  trois  parties  : 
le  Songe  d'Hérode,  la  Fuite  en  Egypte,  V Ar- 
rivée à  Sais. 

«  Plusieurs  personnes,  dit  Berlioz  dans  ses 
Mémoires,  ont  cru  voir,  dans  cette  partition, 
un  changement  complet  de  mon  style  et  de 
ma  manière.  Rien  n'est  moins  fondé  que  cette 
opinion.  Le  sujet  a  amené,  naturellement, 
une  musique  naïveet  douce,  et,  par  cela  même, 
plus  en  rapport  avec  leur  goût  et  leur  intelli- 
gence, qui,  avec  le  temps,  avaient  dû  encore  se 
développer.  J'eusse  écrit  VEnfance  du  Christ 
de  la  même  façon  il  y  a  vingt  ans.  »  La  musi- 
que naïve  et  douce,  ce  sont  la  deuxième  et  la 
troisième  partie,  surtout  la  deuxième,  la  Fuite 
en  Egypte,  doux  écho  des  pages  descriptives, 
toutes  imprégnées  de  poésie  et  du  soleil  d'orient, 
do  Renan,  de  Michel  de  Vogué  et,  plus  ré- 
cemment, de  E.  Schuré,  dans  les  «  Grands  ini- 
tiés I).  Nous  sommes  forcé  d'avouer  que  le 
Songe  d'Hérode  (première  partie),  à  l'exception 
de  l'air  0  misère  des  rois,  et  de  la  scène  V 
(l'étable  de  Bethléem)  ne  nous  donne  pas  en- 
tière satisfaction.  Mais  aussi  quelles  pages 
adorables  que  la  symphonie  pastorale,  l'Adieu 
des  bergers  à  la  Sainte  Famille  et,  enfin,  le 
simple  et  tendre  récit  du  ténor,  représentant  le 
repos  de  la  Sainte  Famille  «  sous  l'ombrage  de 
trois  palmiers  au  vert  feuillage  !  »  U Arrivée  à 
Sais  n'est  pas  moins  belle,  et  on  ne  sait  que 
louer  davantage  du  beau  récit  du  début,  de  la 
scène  dramatique  où  Marie  et  Joseph,  exténués 
de  fatigue,  frappent  vainement  aux  portes  des 
habitants  pour  être  secourus,  du  célèbre  trio 
pour  deux  flûtes  et  harpe,  admirablement  exé- 
cuté par  MM.  Cantié,  Roux  et  M"''  Provin- 
ciali-Celmer,  ou  du  merveilleux  chœur  mysti- 
que. L'interprétation  a  été  fort  belle  :  chœurs 
et  orchestre  ont  brillamment  manœuvré  sous 
la  direction  de  M.  Colonne,  auquel  le  public  a 
fait  une  ovation  à  lafin  du  concert.  Lessolistes, 
M"":  Auguez  de  Montaland,  M.  Bérard,  qui  a 
été  très  applaudi  après  la  jolie  phrase  «  Elle  a 
pour  nom  Marie  »,  MM.  Fournetz,  Engel, 
Nivelte  et  Cheyrat,  ont  été  d'excellents  inter- 
prètes de  VEnfance  du  Christ. 

—  La  seconde  séance  de  musique  de 
chambre,  donnée  à  la  salle  d'Harcouvt  le  jeudi 
20  décembre,  par  le  quatuor  Crickboom,  Ange- 
not,  Miry  et  H.  Gillet,  n'a  pas  été  moms  bril- 
lante que  la  première.  Au  programme,  le  onzième 
quatuor  en  fa  mineur  de  Beethoven,  cette 
œuvre  de  démarcation  entre  les  premiers  et  les 
dernieis  quatuors  du   maître,  le  Concert  pour 


deux  violons  et  piano  de  J.  S.  Bach,  avec  son 
Largo  si  merveilleusement  beau,  et  le  second 
quatuor  à  cordes  de  Borodine,  empreint  d'une 
couleur  orientale  dont  VAndante  rappelle  cer- 
taine élégie  de  Massenet.  L'homogénéité,  si 
désirable  dans  la  musique  de  chambre,  le  qua- 
tuor Crickboom  la  possède  au  premier  chef. 
L'intention  est  la  même  dans  l'exécution  des 
traits,  des  nuances,  dans  l'interprétation  des 
sentiments  de  l'auteur.  Les  quatre  exécutants 
se  sentent  les  coudes  et  ne  forment,  pour  ainsi 
dire,  qu'un  même  instrument.  C'est  absolument 
parfait.  Nous  engageons  tous  les  amateurs  du 
grand  art  à  aller  entendre  ces  jeunes  virtuoses 
à  la  salle  d'Harcourt;  nous  leur  promettons  de 
sereines  et  complètes  jouissances. 

Hugues  Imbert. 

GONCERTS-LAMOUREUX 

Deux  œuvres  de  Beethoven  étaient  inscrites 
au  programme  du  concert  des  Champs-Elysées. 
L'une,  la  Symphonie  pastorale,  qui  tient 
toujours  l'auditoire  en  éveil,  le  charme,  le  séduit, 
et  provoque  infailliblement  des  applaudisse- 
ments frénétiques  et  prolongés  ;  l'autre,  le  con- 
certo en  nii  bémol  pour  piano,  composition 
diffuse,  incolore,  longue,  d'une  longueur  déses- 
péranlo,  —  nous  en  demandons  humblement 
pardon  aux  mânes  du  grand  maître(i), — et  qui 
a  été  exécutée  au  milieu  de  l'indifférence,  de  la 
somnolence  générale  par  un  jeune  pianiste 
étranger,  M.  Vianna  da  Motta,  dont  le  jeu  sec, 
étriqué,  d'une  correction  froide,  rendait  cette 
audition  plus  triste  et  plus  pénible  encore. 

Venaient  ensuite  deux  numéros  de  circon- 
stance :  des  fragments  de  Y  Oratorio  de  Noél 
de  Bach,  et  le  Repos  de  la  Sainte  famille, 
épisode  tiré  de  VEnfance  du  Christ  de  Berlioz. 
Ces  œuvres  si  différentes  de  style,  mais  qui  se 
rapprochent  par  un  caractère  commun  de  sim- 
plicité et  de  naïveté,  ont  fait  très  gJande  impres- 
sion sur  le  public.  La  partie  vocale  était  confiée 
à  M.  Delaquerrière  qui  s'en  est  tiré  sans  trop  de 
désavantage,  bien  que  les  habitudes  contrac- 
tées dans  la  carrière  théâtrale  semblent  inter- 
dire aux  chanteurs  dramatiques  l'interprétation 
d'une  pareille  musique. 

Une  seconde  audition  du  Thâmar,  le  poème 
symphonique  de  BalakirefF,  n'a  pas  changé 
mon  impression  première.  Cette  œuvre,  bien 
qu'elle  dénote  chez  l'auteur  un  grand  talent 
d'harmoniste,  n'a,  croyons-nous,  aucune  chance 
de  rester  au  répertoire  des  concerts.  Son  carac- 

(i)  Et  vous  faites  bien  cher  confrère  !  (N .  de  h  Réd.) 


1054 


LE  GUIDE  MUSICAL 


tère  un  peu  sauvage  et  brutal  n'est  point  pour 
déplaire,  mais  elle  est  entachée  d'un  vice  capi- 
tal, le  manque  d'unité  et  de  cohésion. 

Pour  terminer,  nous  avons  eu  une  excellente 
exécution  de  l'ouverture  du  Vaisseau-Fantôme 
de  Wagner. 

A  la  fin  de  son  programme,  M.  Lamoureux 
nous  informe  qu'il  fait  relâche  deux  dimanches 
de  suite,  le  3o  décembre  et  le  6  janvier.  La 
réouverture  des  Concerts  du  Cirque  d'été  aura 
donc  lieu  le  1 3  janvier.         Ernest  Thomas. 


Samedi  dernier,  à  la  Bodinière,  très  intéres- 
sante conférence  sur  Chopin  par  M™*  Thénard  (de 
la  Comédie-Française).  Les  œuvres  du  grand  musi- 
cien polonais  ont  été  interprétées  avec  un  charme 
pénétrant,  une  virtuosité  impeccable  et  un  talent 
tout  personnel  par  notre  éminente  pianiste,  M"' 
Roger-Miclos,  qui  a  fait  revivre  sous  ses  doigts 
merveilleux  l'âme  si  passionnée,  si  tendrement 
aimante  et  poétique  du  génial  musicien. 


UN  DERNIER  MOT 

.  Après  avoir  inutilement  usé  de  l'invective, 
M.  Gauthier- Villars  a  recours  maintenant  aux 
paroles  malsonnantes.    ■ 

Il  me  traite  de  goujat,  dans  le  M  onde- Artiste, 
parce  que  je  lui  ai  retiré,  depuis  qu'il  est  devenu 
grossier,  le  service  gracieux  du  Guide  Musical,  et 
il  m'appelle  stercoraire  belge,  probablement 
parce  que  je  me  suis  occupé  de  sa  prose  à  lui 
(c'est  du  moins  l'explication  la  plus  naturelle). 

Je  serais  vraiment  naïf  de  relever  ces  paroles, 
qui  voudraient  être  provoquantes,  et  qu'on  lance 
dans  l'espoir  de  faire  dévier  le  débat.  C'est  une 
manœuvre  dont  il  ne  me  convient  pas  d'être  la 
dupe. 

Revenons  au  point  de  départ. 

Il  a  plu  à  M.  Gauthier- Villars  de  se  constituer 
le  champion  des  versions  équirythmiques  de 
M.  Alfred  Ernst.  C'était  son  droit,  et  je  n'eusse 
pas  demandé  mieux  que  d'admirer  son  courage 
s'il  avait  apporté,  dans  le  débat  soulevé  à  ce 
propos,  des  arguments  littéraires  et  artistiques. 

Il  y  a  apporté  tout  autre  chose  :  des  attaques 
personnelles,  de  vieux  calembours,  des  affirma- 
tions inexactes,  des  citations  sciemment  tronquées, 
des  attributions  erronées,  des  rectifications  perfi- 
dement travesties  ou  faussement  reproduites. 

Et  il  cherche  aujourd'hui  à  me  faire  mettre  flam- 
berge  au  vent,  parce  qu'indépendamment  de  son 
manque  de  loyauté,. de  courtoisie  et  de  bonnes 
mœurs  littéraires,  il  m'a  mis  finalement  dans  la 
nécessité  de  constater  sa  radicale  incompétence 
dans  une  polémique  volontairement  cherchée  par 
lui. 

Cela  n'aurait  pas  de  bon  sens. 

L'aventure    est    sans    doute  déplaisante   pour 


M.  Gauthier-Villars;  mais,  franchement,  il  me'st 
impossible  de  le  regretter.  Il  n'a  qu'à  s'en  prendre 
à  lui-même  et  à  ceux  qui  lui  ont  inspiré  cette 
malencontreuse  campagne,  si  j'ai  dû  lui  rendre  la 
monnaie  de  sa  pièce  et  le  renvoyer  un  peu  dure- 
ment à  ses  calembours,  à  son  vestiaire  du  Cirque 
d'Eté. 

Il  y  est.  Qu'il  y  reste! 

M.    KUFFERATH. 


BRUXELLES 

S-^-'a  reprise  de  l'Attaque  du  Moulin,  à  la 
f:|\:^  Monnaie,  a  suivi  de  bien  près  celle  du 
J^^-{  Rêve,  —  de  trop  près  pour  qu'il  ne 
s'établît  pas,  dans  l'esprit  des  spectateurs,  entre 
les  deux  œuvres  de  M.  Bruneau,  des  rappro- 
chements qui  ne  sauraient,  pour  beaucoup  du 
moins,  être  favorables  à  la  plus  récente  de  ces 
productions.  Et  mieux  eût  valu  que  ces  reprises 
eussent  été  données  dans  un  ordre  inverse,  qui 
ne  serait  pas  venu  renforcer  l'impression  quel- 
que peu  décevante  laissée  aux  admirateurs  du 
compositeur  français  à  la  première  apparition 
àeV Attaque  du  Moulin.  Mais  M.  Bruneau 
paraît  décidé  à  travailler  avec  ardeur  pour  la 
scène,  et  puisqu'il  a  dès  à  présent  un  nouvel 
ouvrage  sur  le  métier,  ne  revenons  pas  sur 
des  erreurs  peut-être  passagères  et  espérons 
plutôt  voir  se  réaliser  prochainement  avec  éclat 
les  belles  espérances  que  nous  avait  inspirées 
son  premier  drame  lyrique. 

Dans  l'exécution  actuelle  de  l'Attaque  du 
Moulin  domine,  comme  précédemment,  l'in- 
terprétation magistrale  donnée  par  M.  Seguin 
au  rôle  du  père  Merlier  :  on  ne  saurait  rendre 
cette  touchante  figure,  d'ailleurs  fort  bien  cam- 
pée par  le  compositeur,  avec  une  plus  grande 
force  et  une  plus  grande  justesse  d'expression, 
une  vérité  d'allure  plus  intense.  M"*^  Simonnet 
a  mis  peut-être  plus  de  rustique  simplicité  que 
M™<=  de  Nuovina  dans  le  rôle  de  Françoise, 
mais,  comme  sa  devancière,  elle  le  dramatise 
à  l'excès,  et  elle  n'a  pas  toujours  réalisé 
avec  une  extrême  justesse  la  partie  vocale  de 
sa  tâche.  M.  Bonnard,  non  plus,  n'a  pas  eu 
une  constante  préoccupation  d'épargner  les 
oreilles  de  ses  auditeurs,  et  malgré  un  jeu  plus 
discret  et  plus  naturel,  il  n'a  pu  faire  oublier 
son  prédécesseur,  M.  Leprestre.'  Les  autres 
rôles  sont  restés  confiés  à  M"^s  Armand  et 
Hendrikx,  MM.   Ghasne  et  Isouard. 

Cette  reprise,  dans  l'ensemble  d'une  exécu- 
tion inférieure    à    celle   de   l'année  dernière, 


LE  GUIDE  MTJSIOAL 


1055 


semblait  avoir  été  préparée  d'une  manière  bien 
hâtive  :  l'orchestre  a,  maintes  fois,  manqué  de 
fondu  et  de  cohésion  ;  les  rythmes  étaient 
cahotés,  hésitants,  et  la  musique  de  scène 
paraissait  s'inquiéter  fort  peu  de  marcher  d'ac- 
cord avec  l'orchestre.  J.  Br. 

Tout  entier  consacré  à  Beethoven,  le  pre- 
mier concert  du  Conservatoire  a  été  profondé- 
ment impressionnant.  Jamais  on  n'avait  assisté. 
à  Bruxelles,  à  une  aussi  parfaite  exécution  de  la 
Neuvième  symphonie,  et  particulièrement  du 
glorieux  finale  sur  l'Ode  à  la  Joie. 

Les  chœurs  du  Conservatoire  ont  été  vrai- 
ment remarquables  d'entrain,  de  justesse,  de 
puissance,  et  le  quatuor  des  solistes  —  M^es 
Elly  Warnots,  Flament  et  MM.  Dequesne  et 
Maas  —  parfait  de  sûreté  et  d'ensemble.  Le 
Scherzo  aussi,  pris  dans  un  mouvement  très 
rapide,  a  marché  avec  un  ensemble  et  une 
légèreté  qui  m'ont  rappelé  les  plus  délicates 
exécutions  entendues  en  Allemagne.  Bref, 
l'œuvre  entière,  en  dépit  de  quelques  détails 
moins  heureux  dans  le  premier  mouvement  et 
dans  le  divin  Adagio,  a  resplendi  cette  fois  de 
toute  sa  radieuse  beauté.  Qu'il  est  déjà  loin  de 
nous,  le  temps  où  la  critique  rétive  s'arrêtait 
confuse  et  troublée  devant  cet  incomparable 
poème  sonore,  ne  sachant  comment  l'inter- 
préter et  finissant,  dans  son  incompréhension, 
par  le  déclarer  l'œuvre  d'un  fou,  la  création  de 
la  décadence  du  génie  de  Beethoven  !  Même  le 
chœur  final,  qui  nous  paraît  aujourd'hui  d'une 
clarté  si  limpide,  passait  alors  pour  inchantable, 
mal  écrit  pour  les  voix,  et  d'une  complication 
telle,  qu'il  valait  mieux  ne  pas  l'exécuter.  Aussi 
le  supprimait-on  généralement.  Félicitons 
M.  Gevaert  de  l'énergique  persévérance  avec 
laquelle,  depuis  une  quinzaine  d'années,  il  a 
sans  cesse  remis  l'œuvre  à  l'étude,  la  reprodui- 
sant périodiquement,  tous  les  trois  ou  quatre 
ans. 

La  Neuvième  est  au  point  aujourd'hui 
comme  ses  glorieuses  sœurs,  et  rien  ne  l'em- 
pêchera plus  désormais  de  rayonner  sur  les 
générations  présentes  et  futures. 

Avant  la-  Neuvième,  M.  Gevaert  avait  fait 
exécuter  le  merveilleux  concerto  de  piano  en  mi 
bémol,  que  M.  Camille  Gurickx  a  joué  en 
artiste  pénétré  des  beautés  poétiques  de  l'œuvre 
et  respectueux  du  génie  du  maître.  Et  le  con- 
cert s'était  ouvert  par  l'op.  ii5,  qui  n'est  pas 
une  des  grandes  ouvertures  du  maître,  mais 
encore  une  page  symphonique  de  grande 
allure,  —  dont  plus  d'un  de  nos  modernes 
pourrait  faire  sou  chef-d'œuvre.  M.  K. 


Assistance  nombreuse  et  choisie,  vendredi,  à 
la  première  des  deux  séances  de  musique  de 
chambre  organisées,  à  la  salle  Ravenstein,  par 
MM.  Sevenants,  Deru  et  Bouserez.  Le  pro- 
gramme, très  éclectique  et  composé  avec  goût, 
réunissait  les  noms  de  Beethoven,  Mendels- 
sohn,  Scarlatti,  à  côté  de  ceux  de  Moszkowski, 
Emil  Sjôgren  et  de  Castillon  ;  le  deuxième  Trio 
de  ce  dernier  formait  la  pièce  de  résistance  du 
concert,  et  les  retardataires  —  nous  en  étions 
—  ont  vivement  regretté  que  ce  morceau  fût 
inscrit  en  tête  du  programme.  De  tout  le  reste, 
les  trois  jeunes  virtuoses  ont  fourni  une  exécu- 
tion très  soignée,  sinon  toujours  impeccable, 
et  qui  témoignait  d'une  très  juste  compréhen- 
sion des  œuvres  interprétées,  —  ce  qui  vaut 
mieux  qu'une  correction  irréprochable  mais 
froide,  sans  accent  et  sans  vie.  J.  Br. 

Le  Gitide  Musical,  fermé  par  goût  et  par  principe 
à  toutes  les  productions  du  café-concert  qui  n'of- 
frent généralement  aucun  intérêt  artistique,  fait, 
cette  fois,  exxeption  en  faveur  d'Yvette  Guil- 
bert,  qui  vient  de  donner  cinq  soirées  à  l'AIcazar. 
Il  y  a  quatre  ou  cinq  années,  nous  fûmes  des 
premiers  à  la  signaler  comme  une  artiste  d'un 
rare  talent.  La  voici  universellement  célèbre, 
fêtée,  choyée  comme  elle  le  mérite;  car  il  y  a  de 
l'art  dans  sa  manière  de  dire  et  une  personnalité 
dans  son  style.  C'est  merveille  de  voir  ce  qu'elle 
fait  du  mince  filet  de  voix  dont  elle  dispose,  mais 
qu'elle  conduit  en  virtuose  du  chant,  sachant 
varier  à  l'infini  son  timbre,  tour  à  tour  incisif, 
pénétrant,  railleur  ou  ému,  maîtresse  absolue  de 
ses  nuances,  incomparable  par  la  netteté  de  la 
diction,  articulant  chaque  syllabe  sans  effort  ap- 
parent. Quel  enseignement  la  petite  diva  pourrait 
donner  à  quantité  de  chanteurs  et  de  cantatrices 
voués  au  grand  art  parla  puissancede  leurs  moyens 
vocaux,  mais  qui  ignorent  le  premier  mot  de  la 
déclamation  et  de  l'art  de  nuancer  leur  voix  ! 

N'insistons  pas  sur  le  répertoire  de  l'artiste.  II 
est,  évidemment,  d'ordre  secondaire,  assez  bas. 
Mais  il  est  sauvé  par  l'art  de  l'interprète,  qui 
s'élève  par  moments  jusqu'à  la  puissance.   L.  K. 


CORRESPOND  A  NCES 

AMSTERDAM.  —  Notre  collaborateur 
néerlandais,  M.  Edouard  de  Hartog,  nous 
prie  de  déclarer  qu'un  article  paru  dans  la  Fcdcva- 
iion  Aytistique,  de  Bruxelles,  numéro  du  i6  dé- 
cembre, intitulé  «Correspondance  de  la  Hollande» 
et  signé  des  initiales  E.  de  H.,  n'émane  pas  de 
lui.  Il  est  complètement  étranger  à  cette  corres- 
pondance. Dont  acte. 


AN 'VERS.  —  La  période  des  fêtes  a  rendu 
un  peu  de  calme  au  mouvement  artistique 
très   prononcé  des    derniers   temps.  La   Société 


3056 


LE  GUIDE  MUSICAL 


royale  d'Harmonie  a  pourtant  donné  un  concert 
qui,  vu  son  caractère  essentiellement  national, 
mérite  d'être  cité.  A  part  l'ouverture  de  Quentin 
Durward  de  Gevaert  et  le  rondo  de  la  symphonie 
de  Fétis,  les  œuvres  entendues  étaient  d'origine 
anversoise.  Après  une  Marche  habilement  orches- 
trée de  Huybrechts,  M.  Callaerts  nous  a  fait 
entendre,  avec  le  concours  de  M.  Smit,  un  mor- 
ceau de  concert  pour  violoncelle,  de  facture  très 
habile,  mais  d'un  intérêt  musical  assez  mince. 
Dans  son  poème  symphonique  Retour  d'Ulysse, 
le  compositeur  a  été  mieux  inspiré. 

Les  fragments  de  Blanche/tore  de  E.  Wambach 
ont  produit  le  meilleur  effet,  ceci  pour  la  partie 
symphonique  surtout.  La  partie  vocale  aurait  pu 
trouver  une  meilleure  distribution;  la  voix  peu 
assise  de  M"**  Cuvelier  et  la  diction  assez  terne  de 
la  cantatrice  n'ont  pu  que  faiblement  rendre  les 
intentions  de  l'auteur.  M""  Cuvelier  a  mieux  com- 
pris les  Lieder  de  Wambach  ainsi  que  son  Harp- 
zang,  morceau  d'un  très  bel  effet. 

La  légende  symphonique  Saint-Nicolas  de  Jan 
Blockx  a  été  très  applaudie.  C'est  une  œuvre 
franchement  personnelle  et  d'une  orchestration 
limpide. 

On  annonce,  pour  la  semaine  prochaine,  un 
intéressant  concert  au  Cercle  Artistique  ainsi 
qu'une  prochaine  audition,  à  l'Harmonie,  du  qua- 
tuor de  Francfort. 

Le  succès  de  Ondine,  au  Théâtre  lyrique  fla- 
mand, est  loin  de  s'épuiser.  M""  Levering  ainsi 
que  MM.  Fontaine  et  Berckmanns  seront  longue- 
ment applaudir  dans  l'œuvre  si  populaire  de  Lort- 
zing.  A.  W. 


BERLIN .  —  Les  piano-recitals  de  M"'"  Ber- 
THE  Marx-Goldschmidt.  (i) —  On  se  rappelle 
la  stupéfaction  du  monde  artistique,  lorsque  Hans 
de  Btilow  annonça  qu'il  allait  jouer  dans  un  cycle 
de  cinq  séances  toutes  les  sonates  de  Beethoven. 
Ce  haut  fait  artistique  fut  surpassé  depuis  par 
Rubinstein,  qui  en  sept  séances  passa  en  revue  les 
chefs-d'œuvre  de  toute  la  littérature  du  piano. 
M""'  Bcrthe  Marx-Goldschmidt  vient  à  son  tour, 
en  une  série  de  huit  séances,  qui  ont  eu  lieu  dans 
l'espace  d'un  mois,  de  passer  en  revue  toutes  les 
formes  de  la  musique  de  piano. 

M"°  Berthe  Marx-Goldschmidt  est  connue  du 
public  berlinois  depuis  plusieurs  années.  Elle  se 
présenta  pour  la  première  fois  dans  les  concerts 
de  Sarasate,  où  elle  joua,  en  dehors  d'une  grande 
quantité  de  soli  et  de  concertos,  beaucoup 
d'œuv  es  de  musique  de  chambre  avec  son  célèbre 
partenaire,  et  elle  partagea  ses  succès  dans  plus  de 
sept  cents  concerts  en  Europe  et  en  Amérique. 
Mais  M""  Berthe  Marx-Goldschmidt  ne   pouvait 

(i)  Notre  correspondant  berlinois  ayant  été  empérhé 
d'assister  au.\  séances  de  M™"  Berthe  Marx-Gold- 
schmidt, nous  empruntons  à  XAllgemeim  Miisik-Zeilutig 
de  Berlin  cet  article  sur  les  récitals  de  l'éminente 
artiste. 


pas  ainsi  faire  reconnaître,  sous  toutes  ses  faces, 
le  remarquable  talent  qu'elle  possède  et  l'im- 
mense répertoire  dont  elle  dispose.  Ce  répertoire 
lui  a  permis  de  rassembler  et  de  classer,  en  quel- 
que sorte  selon  leur  forme,  une  quantité  d'œuvres 
caractéristiques,  et  par  là  son  entreprise  a  eu  une 
tendance  didactique  d'un  haut  intérêt.  D'abord, 
les  programmes  faisaient  ressortir  le  développe- 
ment des  formes  d'art  en  particulier;  ensuite,  ils 
montraient  comment  se  sont  perfectionnés  succes- 
sivement les  moyens  d'expression  sur  le  piano,  et 
comment  depuis  un  siècle  et  demi  s'est  modifié 
le  caractère  de  la  musique  pour  piano. 

La  première  séance,  consacrée  aux  études,  se 
composait  d'œuvres  de  Clementi,  Czerny,  Mos- 
chelès,  Mendelssohn,  Chopin  (douze  études), 
Schumann,  Henselt,  Thalberg,  Liszt  et  Alkan. 
Les  deux  séances  suivantes  appartenaient  au 
développement  de  la  sonate  :  Phil.  E.  Bach  (le 
père  de  la  sonate  de  piano  moderne)  fut  suivi  par 
Haydn,  Clementi,  Mozart,  Beethoven  (sonates  en 
la  majeur,  op.  2,  en  fa  mineur,  op.  5y,  et  en  ut 
mineur,  op.  m  ,  puis  par  les  sonates  roman- 
tiques, Weber  (la  bémol  majeur),  Chopin  (.^î  bémol 
mineur),  Schumann  [si  mineur,  Ja  dièse  mineur  et 
soZ  mineur).  De  la  sonate.  M""'  Berthe  Marx-Gold- 
schmidt a  conduit  son  auditoire  à  la  forme  plus 
libre  de  la  fantaisie  :  Bach  avec  la  chroma- 
tique et  Mozart  avec  celle  en  tii  mineur  ouvraient 
cette  série,  complétée  par  la  fantaisie  de  Schubert 
en  ut  majeur,  celle  de  Mendelssohn  en/a  dièse 
mineur,  la  fantaisie  de  Chopin  en  fa  mineur  et 
celle  de  Schumann  en  tit  majeur.  Pour  faire  une 
place  également  à  la  «  fantaisie  de  virtuosité  » 
comme  elle  florissait  il  y  a  quarante  ans, 
M""  Berthe  Marx-Goldschmidt  avait  ajouté  à 
ce  programme,  déjà  si  prodigieux,  la  grande  fan- 
taisie sur  Don  Juan  de  Liszt. 

Ensuite  sont  venues  les  formes  moins  grandes  ; 
ballades,  nocturnes,  rhapsodies,  impromptus,  pré- 
ludes, scherzi,  et  les  formes  de  danses  idéalisées  : 
valses,  mazurkas  et  polonaises.  Aux  deux  soirées 
consacrées  à  ce  genre,  étaient  représentés  Chopin, 
Field,  Henselt,  Liszt,  Tschaïkowski,  Schubert, 
Mendelssohn,  Weber  et  Nicolas  Rubinstein  avec 
trente-neuf  compositions  ! 

L'avant-dernier  soir  a  été  consacré  aux  varia- 
tions et  transcriptions.  A  ce  programme  figuraient 
les  noms  de  Rameau,  Haj'dn,  Mozart,  Beetho- 
ven et  Mendelssohn  dans  les  variations  ;  et  dans 
les  transcriptions,  ceux  de  Scarlatti,  Bach,  Gluck, 
Mozart,  Beethoven, Schubert,  Liszt,  Mendelssohn, 
Weber,  Schumann,  St-Saëns,  Sarasate  et  Wagner. 
La  dernière  soirée  a  été  consacrée  aux  com- 
temporains.  En  première  ligne,  les  Français  : 
Dubois,  Chabrier,  Widor,  Bernard  et  Saint- 
Saëns  ;  puis  venait  Brahms  avec  quatre  intermezzi 
(op.  118  et  119),  la  ballade  en  sol  mineur  (op.  118) 
la  romance  en /à  majeur  (op.  118,  et  la  rhapsodie 
en  mi  bémol  (op.  iig).  Et  finalement  suivaient 
P.-V.  Schôzer,  Zarzycki,  Schutt,  Leschetilzki, 
Moszkowski  et  Antoine  Rubinstein, 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1057 


Quelle  incommensurable  activité  physique  et 
psychique,  quelle  persévérance,  quelle  abnéga- 
tion il  faut  pour  posséder  ces  programmes  gigan- 
tesques dans  la  mémoire.  L'effort  physique  seul 
était  déjà  phénoménal!  Or,  les  qualités  artistiques 
de  M""'  Berthe  Marx-Goldschmidt  ont  été  à  la 
hauteur  de  l'entreprise.  Pour  une  telle  artiste,  les 
difficultés  techniques  n'existent  plus  ;  son  inter- 
prétation toujours  profonde,  poétique  et  pleine 
de  charme  traduit  noblement  les  pensées  des 
grands  maîtres  anciens  et  modernes.  Autant 
le  mécanisme  de  la  main  est  supérieur,  autant  a 
été  supérieure  la  compréhension  musicale  de 
l'artiste,  qui,  libre  de  toute  affectation  et  de  toute 
fantaisie  subjective,  a  su  s'élever  avec  un  senti- 
ment parfait  du  style  jusqu'aux  plus  hautes  pen- 
sées des  compositeurs. 

M""  Berthe  Marx  Goldschmidt  a  accompli  sa 
phénoménale  entreprise  au  milieu  de  l'admiration 
croissante  du  public,  qui,  à  la  fin  du  cycle,  l'a 
remerciée  par  l'envoi  de  fleurs  et  de  couronnes 
et  par  d'enthousiastes  rappels.    Otto  Lessmann. 


BRUGES.  —  LaSociétéccAdrjenWillaert» 
a  donné,  le  37  décembre,  à  Bruges,  un  concert 
qui  a  été  pour  M.  Jides  Busschop,  dont  on  inter- 
prétait une  œuvre  nouvelle  et  inédite,  le  Cantique 
d'un  croyant,  l'occasion  d'un  nouveau  et  très  grand 
succès.  Le  public,  composé  des  autorités  de  la 
ville  et  de  nombreux  artistes,  dès  les  premiers 
accords,  a  eu  conscience  d'une  œuvre  s'imposant 
à  ses  auditeurs.  M.  Busschop  les  a  emportés  sur 
les  ailes  de  sa  divine  inspiration  dans  le  royaume 
de  l'art  infini. 

Cette  page  ajoute  un  fleuron  à  la  couronne  de 
l'illustre  compositeur,  dont  toute  la  presse  s'occupe 
en  ce  moment,  pour  lui  obtenir  une  distinction  qui, 
en  raison  de  son  grand  âge,  ne  peut  se  faire  atten- 
dre davantage. 


CREFELD.  —  L'attrait  principal  du  der- 
nier concert  d'abonnement  de  notre  Stàd- 
tische  Capelle,  était  la  réapparition  parmi  nous  du 
pianiste  M.  A.  Wilford,  d'Anvers.  Le  succès  de 
cet  artiste,  l'hiver  dernier,  dans  les  œuvres  du 
maître  flamand  Peter  Benoit,  n"avait  pas  été 
oublié.  Cette  fois  M.  Wilford  avait  choisi  le  con- 
certo de  Rubinstein.  Un  peu  nébuleuse  dans  sa 
facture,  l'œuvre  frappe  pourtant  par  son  côté  ori- 
ginal et  grandiose.  Autant  dans  l'exécution  de 
l'œuvre  du  regretté  compositeur  que  dans  les  soli  : 
BlumensiHck  de  Schumann,  GondoKera  de  Liszt  et 
VEtude  de  Rubinstein,  M.  Wilford  s'est  montré 
maître  du  clavier.  Les  qualités  suivantes  s'ad- 
mirent particulièrement  chez  ce  virtuose  :  la  tran- 
quillité classique  dans  le  maintien,  la  technique 
irréprochable  et  le  toucher  délicat. 

Après  l'exécution  de  la  Marche  Nupliak,  une 
couronne  a  été  offerte  par  les  membres  de 
l'orchestre  au  compositeur,  qui  dirigeait  son 
œuvre. 


C"^  AND.  —  Le  Christus  de  M.  Ad.  Samuel. 
X  Dimanche  dernier,  devant  un  auditoire 
d'invités,  a  eu  lieu  la  première  exécution  de 
l'œuvre  nouvelle  à  laquelle,  depuis  trois  ans,  tra- 
vaillait l'éminent  directeur  de  notre  Conservatoire, 
M.  Adolphe  Samuel.  Christus,  symphonie  mystique 
en  cinq  parties,  pour  orchestre  et  chœur  mixte, 
tel  est  le  titre  de  cette  vaste  composition  qui 
mérite  qu'on  s'y  arrête. 

Je  ne  sais  si  elle  répond  bien  exactement  au 
caratère  mystique  que  l'auteur  a  voulu  y  exprimer. 
11  est  assez  difiîcile  de  définir  ce  qu'il  faut  en- 
tendre par  symphonie  mystique.  Le  mysticisme  est 
un  terme  à  la  mode;  mais  on  ne  voit  pas  bien 
par  quelles  expressions  particulières,  il  se  tra- 
duirait en  musique.  Si  le  mot  mystique  s'applique 
seulement  au  sujet,  il  n'a  pas  grande  portée. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  cette  querelle  de  mots  assez 
oiseuse  au  fond,  il  faut  dire  que  la  symphonie  de 
M.  Samuel  est,  avant  tout,  symfhoîiique,  ce  qui  est 
l'essentiel,  et  que  si  elle  doit  être  rangée  dans  une 
catégorie  particulière  de  compositions  à  orchestre, 
c'est  plutôt  dans  le  genre  du  poème  symphonique 
et  dramatique  qu'il  la  faudrait  classer. 

M.  Samuel  s'est  attaché  sans  doute  à  carac- 
tériser la  donnée  psychique  de  son  sujet,  mais 
fatalement  les  épisodes  choisis  par  lui  l'ont  amené 
à  accorder  une  prédominance  aux  faces  extérieures 
du  sujet.  Sa  symphonie  se  divise  en  cinq  parties, 
dont  les  deux  premières  seules  sont  exclusivement 
orchestrales.  Elles  retracent,  en  une  série  de 
tableaux  heureusement  variés  de  caractère,  l'An- 
nonciation, les  Bergers,  les  Mages,  la  Vie  de 
Jésus  dans  le  désert.  Ce  dernier  épisode  forme 
seul  un  fragment  symphonique  important,  d'un 
beau  caractère  sombre. 

Après  quoi,  nous  assistons  aux  épisodes  du  lac 
de  Tibériade,  au  prêche  de  Jésus,  à  ses  disputes 
avec  les  Pharisiens,  page  pleine  de  caractère,  d'un 
rythme  énergique  et  d'une  facture  intéressante,  où 
!e  thème  caractéristique  de  Jésus  déjà  exposé  dans 
les  parties  antérieures,  oppose  sa  noblesse  et  sa 
douceur  résignée  à  la  véhémence  des  thèmes 
propres  aux  Pharisiens.  Alors  intervient  le  chœur. 
11  chante  l'hosannah  accompagnant  l'entrée  triom- 
phale de  Jésus  à  Jérusalem.  Il  y  a  là  un  crescendo 
.ntéressant,  bien  mené,  qui  arrive  à  un  effet  saisis- 
sant. 

Avec  la  quatrième  partie,  nous  entrons  en 
plein  drame  :  c'est  la  Passion.  Une  très  intéres- 
sante introduction  sur  un  thème  saccadé  des 
basses,  qui  a  une  expression  poignante  de  tris- 
tesse, conduit  à  des  exclamations  curieuses  et 
impressionnantes  du  chœur  :  «  Son  âme  était 
triste  jusqu'à  la  mort  >',  chantées  piano  et  succes- 
sivement par  les  voix  du  chœur;  plainte  désolée, 
que  scandent  des  piszicati  des  contrebasses,  comme 
dans  la  scène  du  Vendredi-Saint  de  Parsifal.  Puis 
l'orchestre  s'anime.  C'est  la  scène  devant  Ponce- 
Pilate,  avec  les  cris  furieux  de  la  foule  :  Toile  et 
crucifige  eum,  la  montée  du  Calvaire,  et  enfin  la 
suprême  exclamation  :  Eloï,  Eloï!  lamma  sabacthani, 


1058 


XE"  GUIDE  MUSICAL 


se  développant  eu  un  grand  ensemble  vocal  et 
instrumental,  violent,  dramatique,  et  incontesta- 
blement très  puissant.  Seulement,  on  pourrait 
discuter  l'interprétation  de  l'exclamation  de  Jésus, 
qui  est  un  cri  de  souffrance  résignée,  la  suprême 
manifestation  de  l'idée  de  sacrifice,  et  non  un  cri 
d'angoisse  ou  de  révolte.  Il  semble  qu'une  expres- 
sion moins  véhémente  eût  ici  produit  une  impres- 
sion plus  tragique. 

La  cinquième  et  dernière  partie  est  tout  entière 
chorale.  M.  Samuel  y  a  très  habilement  fait  reve- 
nir les  thèmes  caractérisant  la  figure  du  Christ  et 
sa  mission  de  charité,  empruntés,  si  je  ne  me 
trompe,  aux  premières  mesures  du  Magnificat 
catholique. 

Les  développements  qu'il  en  tire,  en  commen- 
tant les  textes  évangéliques  chantés  par  toute  la 
masse  chorale,  ont  de  la  variété,  de  la  couleur, 
^de  l'élan,  et  l'ensemble  de  ce  finale  a  vraiment 
belle  allure.  Louons  surtout  la  conclusion  sur  un 
Amen  murmuré  tout  en  douceur,  après  le  Fax  homi- 
nilus  lone  voliiniatis.  Cet  Amen  est  poétique  et  tou- 
chant.    ~ 

En  somme,  le  CJmsùis  de  M.  Samuel  est  une 
œuvre  extrêmement  remarquable,  dont  quelques 
longueurs  n'arrêtent  pas  l'intérêt  et  qui  s'élève 
très  haut  en  plus  d'une  de  ses  pages.  La  forme 
en  est  curieuse;  l'emploi  alternatif  de  la  sympho- 
nie et  de  la  musique  chorale  est  nouveau,  sinon 
en  principe,  tout  au  moins  dans  son  application. 
Ce  n'est  ni  un  oratorio,  ni  une  cantate,  ni  tout  à 
fait  une  symphonie;  l'œuvre  tient  des  trois  genres 
à  la  fois,  et  c'est  ce  qui  en  constitue  l'originalité. 
L'ouvrage  a  reçu  du  public  d'invités  présent  à 
son  exécution  un  accueil  extrêmement  chaleureux, 
et  la  séance  s'est  terminée  par  une  très  sincère 
ovation  au  vénérable  maître  gantois.  Parmi  les 
assistants,  notons  M.  le  D'  WuUner,  directeur  du 
Conservatoire  de  Cologne,  venu  tout  exprès  pour 
entendre  l'œuvre  de  son  collègue  gantois.  Il  est 
probable  que  M.  Samuel  fera  exécuter  sa  sym- 
phonie en  public  à  l'un  des  prochains  concerts 
du  Conservatoire  de  Gand.  Il  serait  à  souhaiter 
qu'elle  fût  aussi  entendue  à  Bruxelles.      M.   K. 

^^ 

LEIPZIG.  —  Les  séances  de  musique  de 
chambre  du  Gewandhaus,  qui  nous  ont  de 
nouveau  procuré  des  régals  artistiques  exquis  et 
au  dessus  de  tout  éloge,  en  sont  arrivés  mainte- 
nant jusqu'à  latroisième.  Les  instrumentistes  sont, 
d'un  côté,  MM.  Hilf,  Beckcr,  Sitt,  Klengel;  de 
l'autre,  MM.  Prill,  Rother,  Unkenslein  et  Wille. 
Parmi  les  œuvres  exécutées,  citons  les  quatuors  à 
cordes  de  Haydn  en  ni;  de  Mozart,  en  sol;  de  Bee- 
thoven, op.  i8,  n"  2  et  op.  i3o;  de  Mendelssohn, 
l'octetto  à  cordes;  de  Schumann,  op  41,  en  la 
mineur;  de  Rubinstein,  op.  17;  de  Klughardt, 
op.  62;  ajoutons  le  quintette  à  cordes  en  ré  de 
Mozart. 

Un  autre  quatuor,  qui  ne  le  cède  en  rien  au 
nôtre, le  Quatuor  Tchèque, composé  de  MM.  Char-  1 


les  Hoffmann,  Snik,  Nebdal,  Wihan,  nous  a  rendu 
visite  et  a  émerveillé  tout  le  monde  par  la  perfec- 
tion de  ses  ensembles. 

Au  cours  de  deux  soirées,  les  artistes  tchèques 
ont  joué,  avec  une  puissance  d'expression  et  une 
verve  entraînantes,  le  quatuor  à  cordes  de  Sme- 
tana.  De  ma  vie,  poème  symphonique  d'une  absolue 
originalité,  qui  a  dû  être  bissé,  et  des  quatuors  de 
Haydn  (Kaiserquartctt),  de  Dvorak,  en  mi  bémol  et 
en  !(/,  et  de  Beethoven  en  fa.  Dans  l'exécution  des 
œuvres  nationales  et  bien  caractéristiques  deleurs 
compatriotes  Smetana  et  Dvorak,  ces  vaillants 
quartettistes  sont  incomparables  et  uniques  en 
leur  genre.  Ce  qu'il  nous  ont  révélé,  surtout  dans 
le  quatuor  de  Smetana,  c'était  l'âme  mj-stérieuse 
de  la  musique.  Les  bravos  et  les  rappels  leur  ont 
été  prodigués. 

Les  concerts  de  solistes  ne  nous  importunent 
pas  trop  jusqu'à  présent.  Gardons-nous  de  désirer 
le  contraire  pour  l'avenir.  Je  ne  vois  guère  à  men- 
tionner que  le  récital  du  petit  pianiste  et  composi- 
teur Raoul  Koczalski,  du  liedersanger  Antoine 
Sistermans,  des  violoncellistes  Henry  Bramsen 
(qui  a  exécuté,  avec  une  technique  bien  remar- 
quable et  avec  intelligence,  trois  concertos  de 
Piatti,  Davidoff  et  Volkmann)  et  Cornélis  Lié- 
geois, votre  compatriote,  qui  a  joué,  avec  ime 
clarté  superbe,  le  concerto  de  Saint-Saëns  et  de 
petites  pièces  de  Popper. 

Les  exécutions  du  Riedel-Verein,  la  renommée 
société  de  chant  sacré,  sous  la  direction  de  M.  le 
docteur  Kretzschmar,  professeur  à  l'Université, 
ont  retrouvé  tout  leur  éclat.  Le  premier  con- 
cert se  composait  d'œuvres  de  Palestrina  et 
de  Lassus;  le  deuxième  contenait  la  messe  en  si 
bémol  mineur  d'Albert  Becker. 

C'est  la  même  Société  qui  avait,  pour  ainsi  dire, 
tenu  sur  les  fonts  baptismaux  cette  œuvre  saisis- 
sante, il  y  a  quinze  ans.  Edm.  Rochlich. 

LIEGE.  —  Un  concert  de  circonstance,  qui 
met  en  vedotte  les  lauréats  principaux  de 
l'année  pour  l'expansion  des  admirations  familiales 
éparses  dans  l'auditoire,  souligne,  de  tradition,  la 
distribution  des  prix  au  Conservatoire.  Cette  fois, 
le  programme  se  rehaussait  de  la  reprise  d'une 
œuvre  de  jeunesse  de  M.  Radoux  :  Fax,  composée 
jadis  sur  un  texte  empreint  de  loyalisme  pour  les 
souverains  belges,  et  dont  la  nouvelle  version, 
beaucoup  plus  obscure,  est  conçue  dans  une  note 
mystique  sinon  symboliste  (mais  décadente  à  coup 
sûr)  d'un  vague  assez  déconcertant.  Les  Wallons 
et  Flamands  y  «  serrent  leurs  rangs  pour  la 
lumière  »  et  implorent  la  «  Vierge  céleste  »,  la 
priant  de  «  garder  loin  des  malheurs  nos  toits,  nos 
champs  ».  Peut-être  la  Vierge  céleste  eût-elle 
trouvé  plus  pratique  de  garder  les  malheurs  loin 
de  nos  toits,  mais  c'est  affaire  entre  elle  et  le  poète 
qui  ne  s'est  pas  nommé. 

Des  axiomes  discutables  comme  «  le  passé  pour 
la  jeunesse  est  le  soleil  de  l'avenir  »  avoisinent 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1059 


(les  constations  d'une  observation  vraiment  trop 
peu  contrôlée.  «  La  guerre  ardait  son  feu  sonore, 
mouillant  de  larmes  nos  berceaux  »,  lesquels,  si  chacun 
s'en  reporte  à  ses  souvenirs  de  prime  enfance,  ne 
sont  pourtant  pas  d'habitude  heumectés  de  tels 
liquides. 

Hélas!  il  est  à  craindre  qu'à  une  poésie  pourtant 
si  moderne  il  ne  faille  appliquer  une  très  ancienne 
et  très  philistine  appréciation  ;  «  Ce  qui  ne  vaut 
pas  la  peine  d'être  dit,  on  le  chante  ».  La  partition 
de  M.  Radoux  se  maintient  dans  l'allure  de 
fresque  hâtive  à  gros  traits,  non  sans  une  certaine 
grâce  parfois  ;  la  phrase  :  «Mais  les  combats», 
l'atteste,  quoique  le  style  général  soit  plutôt  bon 
enfant,  vulgaire  même,  et  non  vraiment  f&pulaire 
dans  le  sens  de  naïvement  rustique,  que  ce  dernier 
mot  implique.  La  notion  intime,  l'âme  du  peuple, 
—  cette  fleur  des  champs,  —  qu'exige  le  styledit 
populaire,  n'a  rien  de  commun  avec  la  rondeur 
facile,  le  sentimentalisme  myope  que  les  superfi- 
ciels décorent  volontiers  du  titre  abusif  de  popu- 
laire. 

Certes,  la  musique  de  M.  Radoux  n'est  pas  sans 
mérités  sérieux;  bien  appropriée  aux  voix  d'en- 
fants, d'audition  plutôt  agréable,  avec  des  détails 
heureux,  elle  a  les  qualités  d'une  œuvre  passagère, 
dont  l'improvisation  ne  peut  résister  au  recul  du 
temps. 

M.  Henry,  pianiste,  a  montré  de  fort  belles 
dispositions  à  une  virtuosité  future  dans  un  Con- 
certo de  M.  Smulders.  Ce  concerto^  très  travaillé,  et 
même  surchargé,  est  d'une  tournure  Scandinave 
assez  prononcée;  une  altération  continue  des  har- 
monies ne  contribue  pas  peu  à  l'obscurcir;  néan- 
moins il  accuse  chez  son  auteur  des  préoccupations, 
des  recherches  pas  banales. 

Le  violoniste,  M.  Lagarde,  paraissait  mal  dis- 
posé, mais  son  exécution  du  quatrième  concerto  de 
Vieuxtemps  a  cependant  montré  la  belle  école 
dont  il  sort;  archet  frémissant,  comme  éperonné, 
uni  au  son  clair  et  juste. 

De  M""  Irma  Weyns,  il  n'y  a  pas  de  critique  à 
faire,  sinon  sur  certaine  prononciation  de  terroir 
qui  lui  fait  dire  :  indou-ive,  gou-we  clochettuî*,  et  ze 
zour,  légers  défauts  que  corrigera  vite  un  séjour 
hors  du  territoire  où  sévit  l'accent  local  (Conser- 
vatoire compris).  M"""  Weyns  est  douée  d'une  voix 
pure  d'une  étendue  et  d'une  homogénéité  admira- 
ble; à  cela  elle  joint  une  ph3'sionomie  singulière- 
ment expressive  et  une  intelligence  scénique 
déliée,  qui  lui  assurent  le  plus  bel  avenir  théâtral. 

Très  intéressante  la  deuxième  séance  de  la 
Société  de  musique  de  chambre.  Le  Quatuor  de 
Schumann  (op.  41)  a  été  joué  dans  une  note  dis- 
crète par  MM.  Harzé  Charlier  Herremans  et  Fallo. 
L'intérêt  de  la  soirée  résidait  dans  le  Quatuor  d'ar- 
chets (en  ré)  de  Franck  qui  a  fait  une  sensation  pro- 
fonde. Les  jeunes  artistes  se  sont  bien  tirés  de  cette 
œuvre  difficile  (qu'ils  feront  encore  entendre  pro- 
chainement). On  y  aurait  pu  noter  une  prédomi- 
nance trop  accentuée  du  premier  violon,  —  tenu 
par  M.  Charlier,  -  qui  phrasait  un  peu  en  virtuose, 


au  détriment  parfois  du  sens  exact.  Une  sonate,  belle 
mais  que  longue!  avec  des  reprises  qu'on  peut 
supprimer  pourtant,  a  été  exécutée  de  manière  un 
peu  molle,  par  M"=  Donnay,  pianiste  et  M.  Fallo, 
violoncelliste. 

An  Théâtre-Royal,  Benvemdo.  Bravo,  allez  vous 
dire,  voilà  enfin  Berlioz  réhabilité!  Un  instant,  ce 
n'est  pas  celui-là  ;  c'est  l'autre,  celui  pour  la 
province,  la  pacotille  d'exportation,  l'opéra  circu- 
laire à  manivelle  automatique,  celui  de  M.  Diaz, 
qu'on  pourrait,  pour  éviter  confusion,  surnommer 
M alvenutroptard  ou  Vllole  ivre. 

Raflafla,  rococo,  pompier,  tous  les  vieux  cli- 
chés et  accessoires  remisés  au  grenier  ont  été 
pieusement  descendus  et  ont  défilé  gravement  aux 
oreilles  ébahies  des  gens.  On  les  reconnaissait  au 
passage,  tandis  qu'ils  passaient  sans  rire  en  se 
dandinant  d'un  air  rajeuni,  qu'ils  croyaient  gail- 
lard. De  tout  jeunes  spectateurs  ne  reconnais- 
saient pas  certains  d'entre  eux,  tant  ils  venaient 
de  loin,  tant  ils  étaient  anciens.  Cette  procession 
avait  du  bon.  «  Voilà  comment  il  ne  faut  pas 
faire  »,  se  disait-on  dans  la  salle,  entre  deux  fre- 
dons,  car  cette  musique  émoUiente  et  hygiénique 
a  ce  mérite  que  si  elle  est  sensément  inédite,  c'est 
pure  modestie  de  l'auteur  :  il  vous  tend  les  deux 
premières  notes  d'une  phrase,  et,  immédiate- 
ment, vous  l'achevez  d'affilée  en  bénissant  Gounod 
ou  Thomas.  C'est  pourquoi  il  faut  se  garder 
d'apprécier  trop  sévèrement  le  Benvenuto  de 
M.  Diaz,  de  crainte  de  manquer  de  respect  à  tous 
nos  grands  compositeurs. 

Il  vaut  mieux,  —  nous  défiant  de  nous-mêmes, 
—  citer  simplement  un  extrait  d'un  compte  rendu 
extrêmement  élogieux  d'un  journal  quotidien  lié- 
geois :  «  Sans  s'attarder  (!)  en  des  polyphonies 
»  vocales,  des  développements  musicaux,  des  in- 
»  géniosités  orchestrales,  M.  Diaz  a  bâti  son 
»  œuvre  avec  sécurité  et  logique,  adoptant  la 
))  forme  classique  des  airs,  duos,  morceaux  d'en- 
»  semble,  sansjamais  déchoir  en  deshors-d'œuvre 
».  qui  auraient  alourdi  l'action  ».  D'où  il  faut 
conclure,  d'après  notre  enthousiaste  confrère, 
qu'il  n'y  a  dans  Benvenuto  ni  polyphonies,  ni  déve- 
loppements, ni  ingéniosités.  M.  Diaz  ne  s'est  pas 
«  attardé  »  à  cela;  il  est  donc  aussi  un  musicien 
de  l'avenir.  Mais,  alors,  comment  expliquer  son 
opposition  â  l'exécution  des  œuvres  de  Wagner 
à  l'opéra?  Que  pouvait  faire  à  cet  Orphée  des 
siècles  futurs  qu'on  jouât,  à  l'Opéra,  ce  pauvre 
vieux  Lohengrin  de  1847? 

Si  encore  la  musique  d'ancien  régime  de  M.  Diaz 
remontait  aux  sources  mélodiques  pures!  S'il  y 
avait,  du  moins,  des  chants  passionnés  et  doux 
comme  dans  Norma.  Mais  ce  n'est  même  pas  Ben- 
venuto-Bellini.  C'est  quelconque,  à  part  les  rémi- 
niscences, qui  sont  choisies  avec  un  goût  sur, 
reconnaissons-le.  L'orchestre  réduit  à  une  humi- 
liante petite  guitare,  toute  la  mise  en  train  du 
vieux  jeu,  retour  inoffensif  du  ci-devant  opéra 
aboli,  dont  le  public  le  plus  arriéré  ne  veut  même 
plus.  Benvenuto  n,  i,  ni,  fini.  M.   R. 


1060 


LE  &UIBE  MUSICAL 


TUXEMBOURG.  —  Le  concert  que  M""" 
J  Leytens-Vanden  Bergh,  professeur  de  piano 
au  Conservatoire  d'Anvers,  a  donné  avec  le 
concours  de  M"=  Adèle  Van  Gogh,  cantatrice. et, 
professeur  de  chant  à  Luxembourg,  le  dimanche 
i6  décembre,  a  obtenu  un  vif  succès. 

Dans  la  grande  salle  comble  s'étaient  donné 
rendez  vous  l'élite  de  la  société  et  tous  les  pro- 
fesseurs de  musique  de  la  ville. 

M™"  Leytens  a  été  chaleureusement  applaudie 
après  le  Caprice  de  IJenoit,  la  Pileuse  de  Mendels- 
sohn,  Etincelles  de  Moszkowski,  etc.,  et  surtout 
n])rès  la  Grande  fantaisie  hongroise  de  Liszt,  qu'elle 
a  jouée  avec  une  iînesse  remarquable. 

M""  A.  Van  Gogh,  très  estimé  professeur  de 
.chant,  qui  possède  une  voix  très  sympathique  et 
claire,  a  chanté  à  ravir  le  grand  air  du  Freischuts, 
et  sa  diction  a  été  parfaite  dans  quelques  romances 
ou  Lieder  de  Massenet,  Brahms,  Robert  Franz  et 
autres. 


PRAGUE.  —  Le  Théâtre-National  tchèque 
vient  de  reprendre  Lohengrin.  Jusqu'ici,  l'in- 
terprétation de  cette  œuvre  y  avait  été  assez 
médiocre.  Cette  fois,  grâce  à  une  distribu- 
tion nouvelle,  elle  a  été  excellente,  et  l'œuvre  a 
produit  une  profonde  impression.  C'a  été  une 
véritable  première,  et  le  public  a  applaudi  fré- 
quemment, pendant  et  après  chaque  acte.  Il 
semblait  se  trouver  devant  une  œuvre  nouvelle, 
tant  l'exécution  a  différé  de  ce  que  nous  avions  vu 
jusqu'ici. 

M.  Florjansky,  qui  chantait  Lohengrin,  a  été 
excellent  comme  chanteur  et  comme  comédien; 
M"""  Matura  (Eisa)  a  toutes  les  qualités  pour 
interpréter  ce  rôle  poétique.  L'orchestre,  sous  la 
direction  de  M.  Ad.  Cèch,  a  exécuté  la  partition 
avec  la  plus  grande  perfection. 

Après  Vienne,  nous  avons  eu  aussi,  au  Théâtre 
tchèque,  le  petit  opéra  de  M.  Ferdinand  Hummel, 
Mara.  On  a  dit  que  cette  œuvre,  qui  fait  son  tour 
d'Allemagne,  était  violente  et  brutale  comme  une 
partition  de  Mascagni.  Le  reproche  est  exagéré. 
Le  sujet  est  sombre,  mais  nullement  mélodrama- 
tique. C'est  une  tragédie  très  passionnée,  très 
impressionnante,  mais  dont  l'amour  conjugal  est 
le  principal  élément.  Il  s'agit,  en  deux  mots,  d'un 
drame  de  famille,  d'une  vendetta,  non  pas  corse, 
mais  tcherkesse.  Eddin  et  Mara  sont  mariés  et 
s'aiment  tendrement.  Une  nuit,  par  suite  d'une 
horrible  méprise,  Eddin  est  attaqué  sur  la  route 
par  son  beau-père.  Ils  ne  se  reconnaissent 
point,  et  Eddin  tue  son  assaillant  en  le  préci- 
pitant du  haut  d'un  rocher.  Le  frère  de  Mara 
demande  la  vengeance  de  ce  meurtre.  Mara  fait 
tout  ce  qui  est  en  son  pouvoir  pour  sauver  son 
mari  ;  on  la  menace  alors  de  lui  prendre  son  en- 
fant, le  petit  Dimitri.  Devant  cette  menace,  le 
père  se  livre  et  la  vendetta  s'accomplit.  Tandis  que 
le  petit  Dimitri  est  auprès  de  sa  mère  jouant  à 
cache-cache,  on  entend  dans  la  montagne  le  coup 


de  feu  qui  annonce  l'exécution  d'Eddin.  Et  le 
rideau  tombe  sur  le  tableau  touchant  de  cette 
mère  cachant  ses  larmes  et  son  angoisse  pour 
sourire  à  son  fils. 

La  partition  de  M.  Ferdina^id  Hummel  est, 
cela  va  sans  dire,  très  passionnée,  très  véhémente, 
comme  le  voulait  le  sujet.  Mais  c'est  une  critique 
fort  injuste  que  de  parler  à  ce  propos  de  Mas- 
cagni, et  d'accuser  le  musicien  allemand  de 
plagiat.  Les  thèmes  sont,  pour  la  plupart,  très 
caractéristiques  et  ils  portent  une  signature  très 
personnelle.  L'auteur  ramène  habilement,  à  la 
fin,  à  la  scène  de  l'enfant,  le  thème  par  lequel 
s'ouvre  la  première  scène,  et  ce  motif  de  Dimitri, 
qui  encadre  ainsi  l'opéra,  est  très  beau  et  très 
touchant.'  Le  motif  d'Eddin  et  de  Mara,  le  chant 
du  sommeil,  la  prière,  et,  en  particulier,  le  motif 
d'amour,  sont  des  idées  grandes  et  originales. 
L'ouverture,  qui  contient  les  motifs  d'Eddin  per- 
sécuté, de  Mara  et  de  leur  amour,  se  présente 
comme  un  tableau  symphonique  de  couleurs  très 
vives.  L'œuvre  est,  incoritestablement,  d'un 
homme  de  talent  et  doué  pour  le  théâtre. 

La  représentation  a  été  excellente.  M"«  Matura 
(Mara)  et  M.  Vezely  (Eddin)  ont  été  parfaits  dans 
leurs  rôles  respectifs,  de  même  que  M.  Victorin 
(Djul). 

L'orchestre,  sous  la  direction  de  M.  Ad.  Cèch, 
a  été  tout  à  fait  supérieur  dans  l'accomplissement 
de  sa  tâche,  qui  n'était  rien  moins  que  facile. 

Victor  Joss. 


NAMUR.  —  Mardi  a  eu  lieu  au  Kursaal, 
sous  la  direction  de  M.  Balthazar  Florence, 
le  concert  annuel  du  Cercle  musical.  Le  pro- 
gramme en  était  des  plus  attrayants  it  le  succès 
a  été  très  vif. 

La  partie  symphonique  comprenait  les  deux 
suites  de  Grieg  pour  le  Peer  Gynt  de  Bjôrnson, 
dont  la  seconde  était  nouvelle  pour  notre  ville; 
puis  la  grande  Polonaise  héroïque  de  M.  Balthazar 
Florence,  qui  a  été  véritablement  acclamée;  enfin 
la  marche  turque  des  Ruines  d'Athènes  de  Beetho- 
ven. 

La  soliste  vocale  de  la  soirée  était  M"'*  Alice 
Verlet,  dont  la  voix  généreuse  et  solide,  la  dic- 
tion claire  et  le  phrasé  musical  ont  été  très  appré- 
ciés dans  le  grand  air  du  Pardon  de  Plœrmel,  la 
valse  de  Mireille  et  deux  lieder  de  Grieg  et  de 
Brahms, 

A  côté  d'elle,  on  a  très  vivement  applaudi  un 
jeune  flûtiste  namurois,  lauréat  de  notre  Conser- 
vatoire, M.  François  Six,  dont  le  talent  a  paru 
élégant  et  souple. 

NIMES.'" —  La  Chambre  musicale  de  Nîmes 
a  inauguré,  le  21  décembre  ses  concerts 
de  la  saison,  avec  le  concours  de  M™  Roger- 
Miclos.  L'éminente  pianiste,  passant  des  œuvres  de 
Schumann  à  celles  de  Chopin,  de  Liszt,  de  Cha- 
brier,  etc.,  a  émerveillé  son  public.  Elle  avait  pour 


LE  a VI DE  MUSICAL 


1061 


partenaires  MM.  Comtat,  violoniste,  et  Boulet  vio- 
loncelliste, dans  l'interprétation  du  deuxième  trio 
de  M"'"  Chaminade.  Le  lendemain,  son  succès  a 
été  encore  plus  vif  dans  une  séance  intime,  con- 
sacrée à  l'audition  des  sonates  pour  piano  de 
Beethoven. 

ROUEN.  —  Samedi  dernier,  a  eu  lieu,  au 
Théâtre  des  Aits,  la  première  représenta- 
tion de  Calendal,  opéra  en  cinq  actes  de  Mistral, 
musique  d'Henri  Maréchal.  Le  livret  du  poète 
provençal  est  la  fantastique  histoire  d'un  pauvre 
bûcheron,  Calendal,  qui,  sauvé  d'une  condamna- 
tion à  mort  par  la  princesse  Diane,  arrache  en- 
suite celle-ci  au  joug  d'un  époux  odieux,  brutal  et 
félon,  le  comte  Séveran,  et  finit  par  épouser  la 
princesse,  après  avoir  délivré  le  pays  de  ce  Séve- 
ran, qui  était  aussi  un  tyran. 

Ce  conte  très  méridional,  où  de  grandes  beautés 
poétiques  se  développent  dans  les  naïvetés  d'une 
fable  tour  à  tour  fantastique  et  réaliste,  n'a  que 
médiocrement  impressionné  notre  public  nor- 
mand. Et  la  partition  de  M.  Henri  Maréchal, 
malgré  des  pages  de  rare  mérite,  n'a  pas  eu  un 
sort  plus  heuieux.  M.  Maréchal  s'est  efforcé  de  se 
hausser  au  niveau  de  l'héroïsme  fruste  du  poème. 
Et  il  y  a  réussi  en  partie,  notamment  dans  le  rôle 
de  la  princesse,  de  qui  les  élans  d'indignation 
juvénile,  les  accès  de  touchante  mélancolie  ont 
rencontré  un  assez  grand  bonheur  d'expression. 

L'interprétation  se  tient  à  égale  distance  du 
satisfaisant  et  du  médiocre. 

Mistral  et  Henri  Maréchal  ont  _été,  à  l'issue  de 
la  représentation,  l'objet  d'ovations  enthousiastes. 

^^ 

rT"^OURNAI.  —  Le  dernier  concert  de  la 
I  Société  de  musique  était  presque  complète- 
ment consacré  aux  œuvres  de  M.  Th.  Dubois, 
membre  de  l'Institut  de  France,  le  successeur  de 
Ch.  Gounod  dans  la  docte  assemblée.  Les  excel- 
lents chœurs  ont  merveili  usement  interprété  ses 
deux  scènes  lyriques,  Hylas  et  VEnUvement  de  Pro- 
ser^ine,  deux  [lartitions  sans  caractère  bien  défini, 
correctement  écrites  et  d'un  tour  distingué.  C'est 
le  travail  d'un  savant,  toutes  les  règles  musicales 
sont  bien  suivies,  l'écriture  est  claire,  bien 
ordonnée, sans  défaut.  Mais  c'est  en  vainque  vous 
y  chercherez  cette  flamme  du  génie,  qui  classe  un 
compositeur  d'emblée  et  attire  sur  lui  l'attention 
du  monde  musical.  Néanmoins,  M.  Th.  Dubois  a 
remporté  un  très  beau  succès,  dont  il  doit  une 
large  part  à  la  superbe  exécution  de  ses  œuvres. 

«  Si,  disait-il,  à  l'issue  du  concert,  nous  avions 
avec  ces  magnifiques  chœurs  de  Tournai,  un 
orchestre  comme  celui  du  Conservatoire  de.  Paris 
ou  de  Bruxelles,  ce  serait  l'idéal.  »  Mais  à  l'im- 
possible nul  n'est  tenu,  et  rendons  un  légitime 
éloge  à  l'orchestre  pour  les  soins  et  la  bonne 
volonté  qu'il  apporte  à  l'interprétation  des  œuvres 
qui  lui  sont  confiées.  M""  Milcamps  et  "M.  Tondeur 


ont  fait  montre  de  beaucoup  do  talent  dans  les 
différents  numéros  du  programme,  où  leurs  bonnes 
et  solides  voix  sonnaient  à  plaisir.  M.  Lilien,  pro- 
fesseur à  notre  Académie  de  musique,  a  joué  en 
maître  le  Concerto  de  violon  de  Mendelssohn, 
avec  accompagnement  d'orchestre.  M.  Colomer, 
pianiste,  du  Conservatoire  de  Paris,  a  exécuté  un 
Concerto  de  sa  composition,  œuvre  du  plus  grand 
mérite  et  d'une  rare  distinction.  Enfin,  l'excellent 
professeur  du  Conservatoire  de  Bruxelles,  M™» 
NeuryMahieu,nous  a  charmés  par  son  impeccable 
diction  dans  différentes  pièces  de  Victor  Hugo, 
Aicard  et  Jacques  Normand. 

Le  grand  concert  annuel,  fixé  au  27  janvier,  sera 
consacré  aux  œuvres  de  M""  Augusta  Holmes. 


JVO  U  V EL  LES  DI  VERSES 

—  Le  Dr  Cari  Krebs,  critique  musical  bien 
connu,  vient  d'être  nommé  professeur  d'histoire 
de  la  musique  à  la  Hochschulefûr  Musik  de  Berlin, 
en  remplacement  du  D"'  Spitta,  mort  récemment. 

La  bibliothèque  extrêmement  précieuse  de  ce 
savant  musicologue,  a  été  achetée  par  l'Etat  et 
incorporée  à  la  bibliothèque  de  la  HochschuU 
berlinoise. 

—  D'après  la  Gazette  de  Francfort,  M.  Catulle 
Mondés  s'occupe  actuellement  de  traduire  en 
français  le  Hansel  et  Gretel  de  Humperdinck. 

La  nouvelle  pièce  de  M.  Mendès  serait  repré- 
sentée probablement  à  l'Opéra-Comique  de  Paris  : 
mais  elle  sera  jouée  d'abord   à  Bruxelles. 

—  La  Scala  de  Milan  vient  de  rouvrir  ses 
portes.  C'est  le  Sigurdde  Reyer  qui  a  servi  de  spec- 
tacle d'ouverture.  Soirée  superbe,  disent  les  dépê- 
ches adressées  aux  journaux  de  Paris;  four  lamen- 
table affirment  les  journaux  italiens  et  les  lettres 
particulières. 

Auquel  croire? 

— Le  Ménestrel  n'est  pas,  d'ordinaire,  d'une  lecture 
très  récréative.  Mais  il  l'est  quand  M.  Barbedette 
y  déverse  sa  bile  antiwagnérienne.  «Quel  malheur, 
pour  Berlioz,  d'être  né  en  France!  dit-il  dans  son 
compte  rendu  du  dernier  concert  Lamoureux  ;  s'il 
était  seulement  né  à  Gérolstein,  comme  le  public 
de  choix  qui  se  pâme  en  écoutant  du  Wagner  se 
délecterait  à  l'entendre  !  Nous  comparions  les  deux 
maîtres  en  écoutant  la  Chasse  de  Berlioz  et  les 
Murmures  de  la  forêt  de  Wagner.  Ce  que  Wagner 
a  voulu  faire  dans  les  Murmures  de  la  forêt,  Berlioz 
l'a  fait  maintes  fois.  Vous  rappelez  vous  ces  chœurs 
des  esprits  de  la  Damnation  de  Faust,  le  poétique 
scherzo  de  la  reine  Mab  dans  Roméo  et  Juliette?  Snt 
la  trame  serrée  de  son  orchestre,  Berlioz,  quand 
il  veut  peindre  les  bruits  de  la  nature,  fait  enten- 


1062 


LE  GUIDE  MUSICAL 


dre,  avec  une  délicatesse  incomparable,  des  har- 
monies d'une  finesse  extrême  :  ce  sont  des  chants 
d'oiseaux,  des  bruissements  d'ailes,  des  échos  loin- 
tains et  affaiblis,  tout  un  monde  enchanté.  Dans 
cette  chasse  des  Troyens,  on  entend,  au  début, 
venir  de  très  loin  le  bruit  d'une  chasse  qui  se  rap- 
proche. Mais  cela  est  discret  et  plein  de  poésie. 
Ecoutez  maintenant  les  Murmures  de  la  forêt  :  ce 
ne  sont  pas  des  fauvettes  et  des  rossignols  que  l'on 
entend,  ce  sont  des  pintades  et  des  pies  ;  ce  ne 
sont  pas  des  insectes  dorés  dont  les  ailes  bruissent, 
mais  bien  plutôt  la  race  porcine  qui  fouille  le  sol 
de  son  groin.  » 

N'est-ce  pas  du  comique  le  plus  délicieux? 

—  L'Université  de  Turin  vient  de  créer  une 
nouvelle  chaire  à  l'imitation  de  ce  qui  existe  dans 
nombre  d'universités  allemandes.  C'est  une  chaire 
d'esthétique  musicale,  qui  a  été  confiéeàM.  Luigi- 
Alberto  Villanis,  avocat,  connu  comme  auteur  dra- 
matique et  critique  musical.  En  Allemagne,  les  uni- 
versités de  Leipzig,  Heidelberg,  Berlin  et  Marpurg 
possèdent  également  des  chaires  d'histoire  de  la 
musique  ou  d'esthétique  musicale.  En  Autriche,  les 
universités,  de  Vienne  et  de  Prague  ont,  toutes 
devix  des  chaires  analogues.  A  Vienne,  l'histoire 
et  l'esthétique  de  la  musique  étaient  enseignées  par 
le  docteur  Edouard  Hanslick,  qui  vient  de  prendre 
sa  retraite.  A  Prague,  c'est  le  docteur  Guido  Adler, 
l'un  des  savants  les  plus  éminents  en  matière  de 
musique  ancienne,  qui  donne  les  mêmes  cours.  Il 
est  probable  que  c'est  lui  qui  succédera,  à  Vienne, 
à  M.  Hanslick. 


BIBLIOGRAPHIE 


Quinze  Lettres   de  Richard  Wagner,  accom- 
pagnées  DE   souvenirs   et   D'ÉCLAIRCISSEMENTS,    PAR 

M™"  Eliza  Wille,  traduites  de  l'allemand  par 
Augusta  Staps.  —  Veuve  Monnom,  imprimeur, 
Bruxelles.  —  Voici  une  nouvelle  et  importante 
contribution  à  l'histoire  intime  de  Wagner,  si  pré- 
cieuse pour  la  compréhension  de  son  œuvre  d'art 
et  pour  l'appréciation  de  l'homme  dans  l'artiste. 

M""  Augusta  Staps  a  fidèlement  traduit  le  com 
mentaire  dont  M"""  Wille  accompagna  ces  lettres 
de  Wagner,  lorsqu'elle  les  publia  en  1887,  dans  la 
Denische  Rundschau.  Ces  souvenirs  constituent  jus- 
qu'ici le  tableau  le  plus  complet  que  l'on  ait  de  la 
vie  de  Wagner  pendant  son  long  séjour  en  Suisse, 
avant  l'infructueuse  équipée  de  Paris  en  1861  et 
la  période  de  folies  qui  en  fut  la  conséquence, 
jusqu'au  moment  de  la  résurrection,  grâce  à  l'in- 
tervention du  roi  Louis  II  de  Bavière.  Les  lettres 
mêmes  de  Wagner,  qu'ils  enchâssent,  se  rapportent 
particulièrement  à  la  crise  terrible  qui  précéda 
immédiatement  ce  dénouement  heureux  autant 
qu'imprévu,  et  aux  premières  années  qui  suivirent. 
Souvenirs  et  lettres  se  complètent  réciproquement. 
Ils  furent  analysés  naguère,  lors  de  leur  publica- 
tion dans  la  Rundschau  ;  quelques-unes  des  lettres 
ont  été  depuis  traduites  et  publiées  dans  le  livre 
curieux  de  M.  Edmond  F.izy  sur  Louis  II. 
[Louis  II  et  Richard  Wagner,  Perrin,  iSgS.) 

Le  mérite  de  M"1  Staps  est  de  nous  avoir  donné 


BKEITKOPF  &  H^RTEL,  BRUXELLES 

Editeurs,    46,    Montagne    de  la    Cour,   46 
Dépositaires    des    œuvres    de 

BORODINE,    CÉSAR    OUI, 

GLAZOUNOW,     LIADOW,     NAPRAVNIK, 

RIMSKY-KORSAKOW,    SOKOLOW", 

STOHERBATCHEFF,  WIHTOL 


Demander  le  catalogue  gratis  et  franco 

ENVOI  A  VUE  EN  PROVINCE  ET  A  L'ÉTRANGER 


TÉLÉPHONE  2409 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1063 


enfin  une  traduction  intégrale  de  ces  précieux 
documents.  M'""  Eliza  Wille  était  une  femme 
douée  des  plus  hautes  et  plus  rares  qualités  de 
l'esprit  et  du  cœur.  Après  avoir  débuté  dans 
les  lettres  sous  son  nom  de  jeune  fille,  Eliza  Slo- 
man,  par  deux  volumes  de  vers  qui  charmèrent 
Chopin,  elle  avait  épousé  un  homme  politique  et 
un  journaliste  de  Hambourg,  François  Wille, 
qu'elle  suivit  en  Suisse  après  les  événements 
de  1848.  C'est  là  que,  quelques  années  plus  tard, 
les  deux  époux  devaient  se  rencontrer  et  se  lier 
intimement  avec  Wagner,  réfugié  à  Zurich;  et 
c'est  dans  leur  hospitalière  maison  que  Wagner 
trouva  l'appui  sympathique  dont  sa  sensibilité 
avait  un  si  profond  besoin,  et  vit  se  grouper  autour 
de  lui  quelques-uns  des  hommes  éminents  dont 
l'influence  a  été  si  vive  sur  son  esprit  et  ses  créa- 
tions :  le  poète  Herwegh;  Ettmûller,  le  savant 
philologue  commentateur  des  Eddas;  Moleschott, 
le  physiologiste  et  naturaliste  philosophe,  mort 
récemment  à  Rome;  Semper,  l'architecte;  Momra- 
sen,  le  grand  historien  de  Rome;  etc.  M"*^  Wille 
retrace  avec  vivacité  et  charme  l'histoire  intime 
de  ce  petit  groupe,  faisant  cercle  autour  de 
Wagner,  qui  en  demeure  la  figure  la  plus  capti- 
vante. Et  elle  y  mêle  des  anecdotes,  elle  y  res- 
titue des  mots,  des  gestes,  des  attitudes  de 
Wagner,  qui  jettent  un  jour  profond  sur  sa  carrière 
si  tourmentée  et  nous  le  montrent  bien  tel  qu'il 
était,  avec  ses  brusques  changements  d'humeur, 
ses  désespérances  profondes,  suivies  de  joies  exu- 
bérantes On  lira  avec  un  vif  intérêt  ce  petit 
volume  vraiment  captivant.  M   Kufferath. 


PIANOS  ET  HARPES 

ÉRARD 

BRUXELLES  :  4,  rue  Latérale 
PARIS  :  i3,  rue  du  Mail 


NÉCROLOGIE 


Sont  décédés  : 

A  Bordeaux,  M.  Gustave  Lelong,  directeur  du 
Conservatoire  de  cette  ville. 

-  A  Paris,  M  Frédéric  Schubert,  maître  de 
chapelle  de  l'église  Saint- Pierre  du  Gros-Caillou. 

—  A  Gand,  M.  Ch  Simar,  lieutenant-chef  de 
musique  retraité,  père  de  M.  Julien  Simar,  direc- 
teur de  la  musique  du  premier  régiment  de  guides 
et  de  la  musique  particulière  du  Roi,  M.  Edouard 
Simar,  directeur  de  la  musique  du  deuxième  régi- 
ment de  guides,  et  M.  Charles  Simar,  chef  de 
musique  au  troisième  régiment  de  ligne. 


Paris,  A.  DURAND   et   fils,  éditeurs,  4,  place  de  la  Madeleine 

VIENl^  DE  PARAITRE  ! 

C.   SAINT-SAËNS 

OP.   99 

TROIS  PRÉLUDES  ET  FUGUES 


POUR    ORGUE 

P.RIX    NET    :    5    Francs 


1064 


LE  GUIDE  MUSICAL 


Le  défunt,  qui  avait  servi  pendant  cinquante- 
trois  ans,  a  rempli  pendant  trente  et  un  ans  les 
fonctions  de  chef  de  musique  au  premier  régiment 
de  ligne,  après  avoir  fait  partie  de  l'orchestre  de 
la  Monnaie. 

Il  était  très  populaire  à  Gand,  où  il  avait  passé 
la  plus  grande  partie  de  sa  vie. 

REPERTOIRE  DES  THEATRES  ET' CONCERTS 


Berlin 

Opéra.  —  Du  23  au  3i  décembre  :  Haensel  et  Gretel.- 
Les  Saisons.  Relâche.  Obéron.  Haensel  et  Gretel. 
Puppenfee.  Haensel  et  Gretel  Cavalleria  rusticana. 
I  Pagliacci.  Hœnsel  et  Gretel.  Puppenfee.  Les 
Joyeuses  Commères  de  Windsor. 


Bruxelles 

Théâtre  royal  de  la  Monnaie.— Du  26  décembre  1894 
au  ler  janvier  iSgS  :  L'Attaque  du  Moulin,  Lohengrin. 
Mireille.  Coppelia.  Faust.  L'Attaque  du  Moulin  et  le 
Portrait  de  Manon.  Les  Noces  de  Jeannette.  La 
Navarraise.  Farfalla. 

Galeries.  —  La  Fille  de  M"=  Angot.  Dimanche  et 
mardi,  matinée  à  i  h.  1/2. 

Alcazar  royal.    —  Bruxelles  sans  Gène. 

Nouveaux-concerts.  —  Dimanche  3o  décembre,  à 
2  heures  précises,  dans  la  salle  de  l'Alhambra  (Empire 
Palace).  Premier  concert  avec  le  concours  de 
Mlle  Marie  Bréma  du  théâtre  de  Bayreuth,  et  sous 
la  direction  de  M.  Franz  Servais.  Programme  :  i.  Le 
Barbier  de  Bagdad,  ouverture  (P.  Cornélius)  ;  2.  Die 
Idéale,  d'après  Schiller  (Liszt)  ;  3.  Deux  poèmes  ; 
(R.  Wagner),  a)  Traeume,  b)  Schmerzen,  chantés  par 
Mlle  Bréma;  4.  Léonore,  ouverture  n"  3,  (L.  von 
Beethoven);  5.  L'ApoUonide,  deux  fragments  (F.  Ser- 
vais), a)  Elégie,  b)  Scène  sous  la  tente  du  festin.  — 
Hymne.  Danse  sacrée;  6.  Gotterdasmmerung,  scène 
finale  (R.  Wagner),  Brûnnhilde  :  Mlle  Bréma. 


MÀCKAR  et  NOËL,  éditeurs,  22,  passage  des  Panoramas  (grande  galerie) 

PARIS 

Propriétaires  des  œuvres  de  TSCHAIKOWSKY,  GOTTSCHALK,  PRUDENT,  ALARD 
des   ARCHIVES  DU  PIANO  et  de  la  CÉLÈBRE  METHODE  DE  PIANO  A.  LE  CARPENTIER 
Seuls  dépositaires  de  l'EDITION  CHARNOT,  spécialement  consacrée  à  la  MUSIQUE  DE  VIOLON 


OIVIUGES  1)  E^SKIGKEMEM 

MÉTHODES,  TRilTÉS,  SOLFÈGES 
ET  EXERCICES  DIVERS 

Net  fr. 
Andîrade,  A.  Méthode  de 
chant  et  de  vocalisation 
adoptée  dans  tous  les  Con- 
servatoires (2<î  édition)  .  .  25  » 
Aulagnier,  A.  A  B.  C.  de 
l'harmonie,  méthode  très 
élémentaire  (2''  édition)  .  3  » 
—  Traité  desinlonations,  mé- 
thode théorique  et  pratique 
pour  prendre,  avec  la  même 
laciliié,  toutes  les  intona- 
tions,même  les  plus  bizarres 
ei  les  plus  étranges;  com- 
plément indispensable  de 
tous  les  solfèges  qui  existent 

(2*  édition) 2     » 

Bax  (Saint  Yvesj,  professeur 
au  Conservatoire.  Exercices 
journaliers  pour  la  voix,  em- 
ployés dans  tous  les  Conser- 
vatoires (20''  édition)  .  20  « 
Bussine,  R.  Professeur  au 
Conservatoire.  Pages  d'exer- 
cice pour  la  voix  (5=  édi- 
tion)     20     » 

—   Pages   de  vocalises   pour 

la  voix  (2°  édition)      .     .     .  10    » 
CoLen,  L.  Solfège       .     .     .  i5     » 
Cuelenaere,    P.    Méthode 
pour   apprendre    à    solfier 
simultanément  dans  toutes 
les  clés >>  7.1 


Net     fr. 

Donne,   L.    Professeur    au 
Conservatoire.  Théoris  mu- 
sicale iCours  élémentaire). 
Questionnaire     .     .      .      .     «  75 
Réponses .      .      .      .      .      .     »  75 

Durand,  E.  Professeur  au 
Conservatoire.  Solfège  élé- 
mentaire et  progressif,  théo- 
rique et  pratique,  avec 
accompagnement  de  piano, 
inscrit  sur  la  liste  des  ou- 
vrages fournis  gratuitement 
par  la  Ville  de  Paris  à  ses 
écoles  communales, 2'^  édit.     6     » 

Cartonnage »  3o 

Le   même,  sans   accompa- 
gnement, 5"  édition  ...     2     » 
Cartonnage »  25 

—  Questionnaire,  marchant 
parallèlement  avec  le  sol- 
fège précédent       .      .     .     .     »  5o 

—  Leçons  de  solfège,  pour 
les  voix  graves  d'enfant,  cor- 
respondant   aux    exercices 

du  même  solfège   ....     i     » 

—  Solfège  à  deux  voix  égales 
(clé  de  'oi'i,  élémentaire  et 
progressif,  avec  accompa- 
gnement de  piano,  inscrit 
sur  la  liste  des  ouvrages 
fournis  gratuitement  par  la 
Ville  de  Paris  à  ses  écoles 
communales,  2"  édition.  .  6  » 
Cartonnage    .      .      .      .      .     »  3o 

—  Le  même,  sans  accompa- 
gnement, 3'-'  édition  .     .     .     2  5o 
Cartonnage n  25 


Net    fr. 

—  Traité  de  transposition  au 
piano(théorique  et  pratique)     5     » 

Duvernoy,  H.  Professeur 
au  Conservatoire.  36  leçons 
de  solfège  à  changement  de 
clés  (ouvrage  couronné  par 
l'Insdtut) 3o     » 

Maury- Renaud  Profes- 
seur au  Conservatoire.  Le- 
çons de  solfège  à  change- 
ments de  clés,  composées 
pour|les  examens  supérieurs 
de  chant  de  la  Ville  de 
Paris I  5o 

—  Solfège  manuscrit  à  chan- 
gements de  clés    .      ...     6     » 

Rougnon  Paul,  professeur 
au  Conservatoire.  Solfèges 
manuscrits  à  changements 
de  clefs(enseignement  supé- 
rieur)suivis  dans  les  classes 
du  Conservatoire  de  Paris. 

IT  volume,  40  leçons,  moyen- 
nes, difficiles  et  assez  diffi- 
ciles, dédiées  à  M.  J.  Mas- 
senet. 

2"  volume,  27  leçons,  dédiées 
à  M.  Ambroise  Thomas. 

3'  volume,  29  leçons,  dédiées 
à  Théodore  Dubois  (diffi- 
ciles). 

4=  volume,  3o  leçons,  dédiées  à 
M.  Ambroise  Thomas  (diffi- 
ciles et  très  difficiles). 

Chaque  volume  grand  f,  net    6     » 


POUR  PARAITRE  PROCHAINEMENT  : 
i  oLrlAllVU  VV  OlV  1    '.  Op.  75,  troisième  Concerto  pour  piano  et  orchestre,  dédié  à  Louis  DIEMER. 


LE  OVIDE  MUSICAL 


1065 


Marseille 

Association  artistique  de  Marseille,  sous  la  direction 
de  M.  Jules  Lecocq.  —  Programme  du  3o  dé- 
cembre 1894  :  I-  Peer  Gynt,  première  suite  d'or- 
chestre (E.  Grieg);  2.  L'Adieu  des  bergers  de  l'En- 
fance du  Christ  (Berlioz),  chœurs  et  orchestre-  3. 
Ouverture  de  Freychutz  (Weber);  4.  Parsifal,  deu- 
xième audition  (Richard  Wagner)  a)  L'enchant  ment 
du  Vendredi-Saint.  S)  Deuxième  tableau  du  premier 
acte,  scène  religieuse,  deux  cents  exécutants;  5. 
Marche  des  nobles  de  Tannhœuser  (Wagner),  orchestre 
et  chœurs. 

Paris 

>ÉRA.  — -  Du  24  au  3o  décembre  :  Othello.  Thaïs  et 


la  Maiadeffa    Faust,  suivi   de  l'Apothéose     La  Val- 
kyrie   Samson  et  Dalila  et  Djelma. 

Opéra-Comique.  —  Du  24  au  3o  décembre  :  le  Domino 
noir  et  le  Chalet.  Mignon  et  les  Noces  de  Jeannette 
Paul  et  Virginie.  Cavalleria  rusticana  La  Fille  du 
Régiment  et  les  Noces  de  Jeannette  Paul  et  Virginie. 

CoNCER-rs  -  Colonne  —  Dimanche  3o  décembre,  à 
2  h.  1/4  très  précises.  Dernière  audition  de  l'Enfance 
du  Christ  (Berlioz).  Première  partie  :  Le  Songe 
dHerode;  deuxième  partie  :  la  Fuite  en  Egypte- 
troisième  partie  :  l'Arrivée  à  Sais.  Interprètes  : 
Sainte  Marie,  M'"<-  Auguez  de  Montalant;  Saint 
Joseph,  MM.  Bérard;  Hérode,  Fournets;  Un  réci- 
tant,  Engel;    Un   père  de  famille,    Fournets;   Poly. 


Paris,  ALPHONSE  LEDUC.  Editeur,  3,  rue  de  Grammont 


A.   BORODINE 


PETITE  SUITE 

N"  I.  Au  Couvent  N»  5.  Sérénade 

»  2.  Intermezzo  »    e   Nocturne 

»  3  Mazurka  (en  ut)  »    7.  Rêverie 

»  4.  Mazurka  (en  ré)  »     8.  Scherzo 

;dition  pour  Piano,  réduite  par  l'Auteur  fr.     4     » 

MORCEAUX  PUBLIÉS  SÉPARÉMENT  : 

N"  4.  Mazurka  en  ce fr      j  55 

Nos  6.  et  7,  Nocturne  et  Rêverie.     .     .     .  ,     135 

Pour  ORCHESTRE  (partition  et  par- 
ties séparées)  .     .     ;    ; 32    » 

La  partition  seule _  .     .  12     » 

Chaque  partie  supplémentaire   .     .    .      ......  2  5o 


PREMIÈRE  SYMPHONIE 

Pour  piano  à  quatre  mains fr      7 

L'orchestre  en  location 


DEUXIÈME  SYMPHONIE 

Pour  piano  à  quatre  mains fr.     7 

L'orchestre  en  location 


MÉLODIES   POUR  CHANT  ET  PIANO 

Fleur  d'Amour  (2  tons) fr      i      ■> 

La  Reine  de  la  Mer  (2  tons)  .......     i  65 


COMMISSION    ET    EXPORTATION    DE    MUSIQUE   BELGE   ET   ÉTRANGÈRE 

'.-B.  KATTO,  éditeur  de  musique,  52,  rue  de  l'Ecuyer,  Bruxelles 

ANVERS  :  49,  Marché  aux  OEufs 

RÉPERTOIRE  DES  CHANSONS  DU  CHAT  NOIR 

Chansons  de  MARCEL  LEFEVRE 

(DEUXIÈME  SÉRIE) 

.  Enterrement  gai     .     .     .      .  5  —  ,  4.   Recette   pour  faire    un   dis- 

.   Mélanie  à  la  représentation  cours  électoral  ....     3   — 

de  la  grande  opéra  .     .     .  3  — 

.  Valse  des  bonnets  ....  3  — 


cours  électoral 

5.  Le  petit  employé  ....     3 

6.  L'Ouvreuse 5 


Paris,  Colombier.  —  E.  Gallet,  successeur 

TÉLÉPHONE   I90a 


1066 


T.F.  GUIDE  MUSICAL 


dorus,  Nivette;  un  Centurion,  Cheyrat,  Fragment  du 
Requiem  (Berlioz)  Dies  irœ,  Tuba  Mirum. 

Concert  d'Harcourt.  —  Dimanche  3o  décembre,  à 
2  h.  1/2.  Dernière  audition  de  Tannhaeuser  à  prix 
réduits. 

Vienne 

Opéra.  —  Du  24  au  3i  décembre  :  Hansel  et  Gretel. 
Robert  et  Bertrand  (ballet).  Valse  viennoise  et  Pup- 
penfee.  Othello.  Roméo  et  Juliette.  L'Ami  Fritz. 
Cavalleria  rusticana.  Le  Crépuscule  des  Dieux  (pour 
les  adieux  de  M""  Materna).  Cornélius  Schutt.  Han- 
sel et  Gretel. 

An  ber  Wien.  —  Le  Baiser  d'essai.  Le  Postillon  de 
Lonjumeau.  Les  Noces  d'un  réserviste. 


JULES   PAINPARE 

Inspecteur    des    musiques    de    l'arméo    belge 

Ex-chef  de  musique  du  6"  de  ligne 

REPRÉSENTANT  SPÉCIAL 

DES 

Pianos  ÉRARD.  KAPS  et  BORD 

ET  DES 

Instruments  BESSÛN  de  Paris 

ARTISTIQUE       MAISOIir       DE       CONFIANCE 

i       Rue  Edeling,  2,  ANVERS 


VIENT     DE     PARAITRE 


EN    VENTE    CHEZ 


SCHOTT  FRÈRES,   Editeurs 

BRUXELLES  —  82,  Montagne  de  la  Cour  -  BRUXELLES 
Bm.     GALLET,    éditeur  à   Paris 


MÉLODIES    CHOISIES,    CHANT    ET    PIANO 

(Version  française  de  Maurice  Kufferath) 

PRIX 

N°  I.  Chanson  de  Thibaut,  comte  de  Champagne  (xiii=  siècle) fr.  i  35 

»    2.   «  Quel  charme,  ô  reine  de  mon  cœur  » . fr.  i  35 

»    3.   «  Ainsi  ma  détresse,  tu  veux  qu'elle  cesse  » fr.  I  35 

»    4.  «  Clos  ta  paupière,  Mignonne  » fr.  i  75 

»    5.  D'amours  éternelles fr.  I  35 

»    6.  Nuit  de  Mai .     .  fr.  i  35 

»    7.  «  De  la  colline  ombreuse,  je  jette  un  long  adieu  » fr.  i  35 

»    8.  Sérénade fr.  i  75 

9    9.  Sur  le  lac fr.  i  35 

»  10.  «  Mes  yeux  en  plongeant  dans  tes  yeux  » fr.  i  35 

V"  LÉOPOLD  MURAILLE,  éditeur  a  liège  (Belgique) 

dépositaire     unique    pour    la    BELGIQUE    DES    FONDS    SUIVANTS  : 

SCHWEERS   et   HAAKE   (ancierne  collection    de  classiques   Hugo  Pohle). 

E.    BAUDOUX    et  C'"'   de    Paris   (œuvres   de   Lekeu,   etc.)   ainsi   que   des    collections    populaires. 
PAYNE  (partitions  de  poche  peur   la  musique   de   chambre). 

P.    BELAIEFF,     »  «  «  "  (école    russe   moderne). 

EULENSBURRG'S,    petite   bibliothèque   populaire    et  portative   de  partitions   d'orchestre    des    symphonies, 
ouvertures,   concertos,    etc.   célèbres. 

Envoi  franco    des   caialogues    détailles 

VHjNTE     -     LOCATION     —     EXPORTATION     —     COMMISSION 


LE  GUIDE  MUSICAL 


1067 


LISTES    DES   PRIMES 


PRIMES  MUSICALES 

PARTITION  POUR  PIANO  ET  CHANT 
Massenet.  —  Esclarmonde  (prix  marqué  20  fr).    12  — 
Port  et  emballage     i   — 
Qoetz.  -  Le  Diable  à  la  maison  (prix  marqué  20  tr  )  10  — 
Port  et  emballage     i  — 
Vieux  ctiants  flamand  S  et  mélodies  popu- 
laires, recueillis  et  traduits  par  Victor  Wiîder. 
Un  beau  vol.  (Marqué  5  fr.)       .         .         .         .     3    - 
ETRENNES  ENFANTINES 
Miry.  —  Chants  enfantins,  sept  vol.  reliés  .         .4  — 
Dreyschock.  —  Les  contes  de  Perrault,  douze 
morceaux  faciles.  Rel.  album     .         .         .         .3  — 
PARTITION  POUR  PIANO  SEUL 
Bizet.  —  Carmen.  Les  Pêcheurs  de  Perles        .         .6  — 
V  Artésienne.         .         .  .         .5  — 

La  Jolie  fille  de  Perth     .         .  .     6   — 

Gounod.  —  Roméo  et  Juliette,  Mireille,  Philémon  {       

et  Baucis,  La  Reine  deSaba.  .         .         .\ 

Offenbactl.  —  Les  contes  d'Hoffmann  .         .         .  (       

Reyer.  —  Salammbô  .  .         .  \ 

Chevalier  -  Van  Ele'wyck.  —  Les  anciens 
clavicmistes  flamands.  Deux  forts  volumes  bro- 
cifés.    Marqué  12  fr.)  .  .         .  5  _ 

Port  et  emballage     i    — 


PRIMES    LITTERAIRES 

E.  Doepler.  —  Der  Ri)ig  des  Nibelungen  von 
Richard  Wagner.  In-fol..  nombreuses  gravures, 
gr  format  et  en  couleurs,  d'après  les  costumes 
originaux,  texte  de  Steinitz.  (Marqué  65  fr  )  .  5o 
Port  et  emballage  2 
J.  Isnardon  —  Histoire  du  théâtre  de  la  Mon- 
naie, un  fort  volume  de  720  pages,  luxueuse- 
ment édité.  In-80,  3o  gravures  et  fac-similés. 
(Marqué  i5  fr.)  .  .  .         .         .7 

Port  et  emballage     i 
A.  Pougin  —  Viotti  et  l'Ecole  moderne  du  vio- 
lon, un  fort  volume,  broché,  in-So      .  .2 
Port  et  emballage     o 


PRIMES  ARTISTIQUES 

EAUX-FORTES 

Beethoven.         Magnifique  eàu-forte  de  Carel 
L    Dake,  hauteur   47  centimètres  J/^,    largeur 
37  centimètres  )/J,sans  les  marges  (prix  marqué 
3o  fr.)         .......  20 

Port  et  emballage     i 
Richard  Wagner.  —  Magnifique  eau-forte  de 
Herkomer,  pendant  de  la  précédente         .         .  20 
Port  et  emballage     i 
Johannes  Brahms    —  Eau-forte  de  Droch- 
wer,    in-So,    hauteur  20    centimètres,    largeur 
12  centimètres,  sans  les  marges.         .         .         .10 

Port  et  emballage     » 


AUTRES  PORTRAITS 

Beethoven,  J.  C.  Gluck,  Haydn,  H^ndel,  superbes 
gravures  au  burin,  par  Sichting  (hauteur  12/10  sans 
les  marges). 

Prix  marqué  :  5  fr.  —  Prix  pour  nos  abonnés  :  3  fr. 

N.-B.  La  maison  G.Gonthier,  rue  de  l'Empereur,  3i, 
Bruxelles,  se  charge  de  faire  prendre  au  Guide  Musical^ 
les  primes  artistiques  et  de  les  faire  parvenir  encadrées 
directement  suivant  le  désir  des  amateurs.  Prix  d'ar- 
tistes pour  les  abonnés  du  Guide  Musical. 


GRANDS  BUSTES  EN  PLATRE 
(Hauteur  55  centimètres) 
convenant   pour  Editeurs,   Ecoles,  Salons  de  musique 
et  Salles  d'auditions. 
Bach  -  H^ndel  —  Haydn  —  Mozart  —  Beethoven 
R.  Wagner  -  Liszt  —  Paganini—  Gevaert 
Moulages  authentiques    des    bustes    de  Leipzig 

(prix  marqué  25  fr.)  Pour  nos  abonnés  .  .  i5  — 
Solide  emballage  pour  l'étranger  et  la  province  4  — 
Port  et  frais  de  douane  à  charge  de  l'acheteur. 


Af.  B.  —  Le  stock  de  ces  diverses  primes  étant  assez  restreint,  nous  servirons  d'abord  les  amateurs 
qui  nous  auront  adressé  le  montant  par  bon-poste  ou  mandat-postal.  Pour  la  province  et  l'étranger  ne  pas 
négliger  de  joindre  les  frais  de  port  et  d'emballage. 

Adresser  les  commandes  et  mandats  à  l'Administration  du  Journal 
12,    Rue    DU    Marteau,    Bruxelles 

Prière  d'indiquer  lisiblement  l'adresse,  avec  mention  de  la  province  ou  du  département. 


VIOLONS    ITALIENS 


GEORGES  niOUGENOT 

luthier   FABRICANT 

Fournisseur  et  conservateur  des  instruments  de  concert 
du  Conservatoire  royal  de  Bruxelles 

23,    Montagne  de  la   Cour,   23 

(au  premier) 

BRUXELLES 

Succursale  à  Londres  :  23,  Bernera  Street 


MAISON    FONDÉE    EN     l854 

DARCHE  Frêees 

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49,  rue  de  la  Montagne 

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Fabrication,  réparation,  vente,  échange 

Achat  d'instruments   a   cordes    et   à    archets 

ÉTUIS  en  tous  genres 

Spécialité  de  cordes  harmoniques  d'Italt'e,  de  France 

et  d'Allemagne 

Accessoires,  instruments  à  vent 

aente,  échange,  location,  réparation 

Accord  de  Pianos  et  Harmoniums 

ORGUES  AMÉRICAINS 


1068 


LE  GUIDE  MUSICAL 


le 


LiMBOSCH&C 

~D~pTT\^TpT  T  TpQ      1 9  et  21,  rue  du  Mid 
-D_rtU^^Jl/J_jJ_jJijO      31.  rue  des  Pierres 

Blanc   et  Ameublement 

Trousseaux   et  Layettes,   Linge   de    Table,    de    Todette   et  d> 

Ménage,  Couvertures,  Couvre-lits  et  Edredons 

RIDEAUX      ET      STORES 

Tentures    el    Mobiliers    complets    pour    Jardins   d'Hiver, 

Serres,  Villas,  etc. 

AMEUBLEMENTS  D'ART 


PIANOS    ET    HARMONIUMS 

H.  BALTHASAII.-FL0IIE1TCE,  ITAMUB 

Fournisse ar  de  la  Cour,  Membre  des  Jurys  Anvers  1885,  Bruxelles  1888 


PIANOS 
PLEYEL 

59,  rue  Royale 

BRUXELLES 

Pianos  GUNTHER 

Bruxelles,  5,  rue  Thérésienne 
DIPLOME  D'HONNEUR 

aax  expositions  iiuiTerselles 

Fournisseur  des  Conservatoires 
et  Ecoles   de   musique   de  Belgique 


BRONZES  D'ART 


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46,  48,  50 


Boulevard  Anspacli 


BRUXELLES 

Usine  Fonderie   :  15,  rue  de  Danemark 
ÉCLAIRAGE  —  PENDULES  —  FANTAISIES 

MAISON      FONDÉE      EN      I860 


^o^es^cFèbres  PIANOS  HENRI  HERZ 

Vente,  Ijocatiou,  etc. 

PIANOS  D'OCCASION 


Boulevard  Anspach,  37,  Bruzell&s 


Bruxelles  —  Impr.  Th   Lombaerts,  Montagne  des  Aveugles,  7. 


BOSTON  PUBLIC  LIBRARY 


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